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Juin 2015 #21

DOSSIER SPECIAL CANNES

y e v Har L E T i Ke g N I K FUC

DAvid mora / Tove styrke / constance rousseau & jenna thiam / clovis Cornillac / Alice Pol / zaho / Tania Raymonde


CONTRIBUTEURS

FONDATEUR, DIRECTEUR DE LA REDACTION, REDACTEUR EN CHEF CINEMA & DIRECTEUR DE LA CREATION FRA NCOIS BERTHIER REDACTEUR EN CHEF, REDACTEUR EN CHEF MUSIQUE DINE DELCROIX RÉDACTRICE EN CHEF BEAUTE & NEWS AURIA NE BESSON JOURNALISTES Auriane Besson, Dine Delcroix, François Berthier. Riyad Ciarat PHOTOGR APHES François Berthier, Patrick Fouque, Florent Fromentin. Martin Lagardère PRODUCTION Dine Delcroix + François Berthier PHOTO DE COU V’ François Berthier CONTACT REDACTION/PUB theblindmagazine@gmail.com

The BlindMagazine est édité par la société Ten Feet Under / Tous les textes et photos sont soumis par leurs auteurs qui acceptent leur publication, et n’engagent que leur responsabilité.


EDITO #21

Chers lecteurs, chères lectrices, En Mai, vous avez pu faire ce qui vous plaisait et notre rédaction n’a pas souhaité vous déranger dans votre accueil de la sève printanière montante. Votre magazine préféré est de retour ce mois-ci pour vous éclairer sur ce qui s’est passé à Cannes et vous parler des actualités à ne pas rater en cette nouvelle saison qui nous guette sans oublier d’éblouir vos yeux de ses plus belles photos. Bonne lecture ! L’ÉQUIPE THEBLINDMAGAZINE


Juin 2015

14

36

4 Blind Beauty 12 L’instant Live 14 David Mora 22 Tove Styrke

4

26 Constance Rousseau & Jenna Thiam 36 Clovis Cornillac 48 Alice Pol


SOMMAIRE

68 118

58 Zaho 68 Spécial Cannes Interview + Portfoliov 114 Blind Truth Nathan Zanaga

118 Interview première fois Tania Raymonde 120 mode 146 La fille qui rend Blind Louise Bourgoin

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BLIND BEAUTY Poudre Duo Bonne Mine Naturelle GUERLAIN Guerlain réinterprète ce printemps sa Terracotta en une poudre bonne mine douce et colorée qui réchauffe joliment le teint ! Elle est composée de deux teintes complémentaires : Une poudre de soleil allégée, plus claire que la mythique Terracotta, et une teinte colorée vivifiante, (rosée pour les peaux claires ou abricotée pour les peaux plus hâlées). De la Terracotta elle garde sa formule ultra efficace : des actifs hydratants et apaisants pour un confort et une tenue irréprochable. On mélange les deux teintes dans un mouvement circulaire et on l’applique sur le visage, en suivant la gestuelle du 3 : du front aux pommettes jusqu’au menton pour recréer l’éclat des premiers rayons de soleil... 4 teintes 47€

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s é t u a e v x u u o e n chev

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Shu Uemura crée un primer pour cheveux à mi-chemin entre le soin et le styling pour perfectionner le coiffage : ce gel lustre, apporte du soyeux, et de la luminosité en évitant l’effet mousseux. A base d’huile de Moringa, il protège de l’oxydation, de la sècheresse, facilite le démêlage : la chevelure est domptée, souple et disciplinée. A utiliser sur cheveux secs ou humides.

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Eye Designer Palette BY TERRY

T S MU HAVE

Dans cet écrin chicissime, cette palette propose une partition de basiques intemporels. Ses 10 teintes ultra pigmentées déclinées dans une texture poudre veloutée permettent un « nude » tout en nuances, ou un smoky sophistiqué. A poser à sec pour une couvrance poudrée naturelle, ou mouillé pour un print aquarelle intense. Des nuances qui distillent un regard fumé affirmé autant qu’un look no make up très urbain. Harmonie N°1 Smoky Nude 78€

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Les nou parf Chanel

Guer

Givenchy

Dahlia Divin se décline en une Eau de Toilette sensuelle et précieuse. Une fragrance florale boisée couleur rose pêche signée François Demachy. Les notes solaires de l’orange sanguine et de pêche de vigne fusent dès les premiers instants et contraste avec le bouquet de jasmin rosé présent au cœur du parfum. Délicieusement raffiné. 75 ml, 92€ En avant-première chez Nocibé jusqu’au 28 juin 2015.

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Olivier Polge, nouveau nez de la maison Chanel nous propose un parfum qui retranscrit finement l’univers de Misia Sert, muse bohème de l’avant-garde intellectuelle et artistique du Paris des années 1900 et amie chère de Coco Chanel. Cette ode à la violette et à ses accents poudrés évoque les fards et les artifices d’autrefois. Des matières nobles et rares la complètent avec la rose de Grasse, l’iris, la fève tonka et le benjoin du Laos. En une respiration, on devine l’éternel féminin, et la magie des ballets russes d’antan. 75 ml, 133€ Collection «Les Exclusifs»

Une nouvel s’ajoute à la c tanière d’eaux Allegoria : Cet composition florale associ et le jasmin, de Calabre, et pamplemouss cet agrume vertus tonifia pétillant et f tières premiè tion.

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uveautés fums

rlain

lle fragrance collection prinx fraîches Aqua tte année cette d’hespéridée ie le thé vert la bergamote t des notes de se et de yuzu, japonais aux antes. Un jus frais aux maères d’excep-

e

Diptyque

Cette nouvelle Eau de Toilette est un hommage olfactif à la co-fondatrice de Diptyque Christiane Mautrade-Gautrot, et ses souvenirs d’enfance à Barfleur en Normandie. Ce jus toute en nuance exhale en premier lieu les embruns, vivifiants et salins, et la criste marine. Puis l’osmanthus et la douceur sucrée de la fleur de pommier se révèlent, ainsi que des notes inattendues de café torréfié. Un sillage floral à part, abolissant les perspectives entre terre et mer, douceur et amertume.

Annick Goutal

Ce parfum capture les odeurs de l’Ile volcanique de Jeju, au large de la Corée, où les collines sont recouvertes de buissons de thé, et de champs de mandarinier. Ce sont des notes de mandarine, d’osmanthus, d’absolu de thé et de muscs blancs que l’on retrouve dans cette fragrance fraiche et vive, déclinée également en bougie, pour plus d’expériences olfactives. 50 ml, 79€ Bougie Parfumée 210 g, 55€

100 ml, 90€

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L’INSTANT Live L’instant LIVE

Le 15 Mai 2015, Asaf Avidan faisait escale sur la Croisette pour un showcase exclusif à la Plage Magnum. Le chanteur israélien qui est toujours en promotion de son deuxième album studio Gold Shadow repassera en France le 26 Juin 2015 pour un concert parisien à Solidays. Par Dine Delcroix / Photo : DR


ASAF AVIDAN


DECOUVERTE


DAVID MORA Au casting de la mini-série à succès Scènes de ménage dans laquelle il campe un professeur d’histoire-géographie, David Mora est devenu aujourd’hui un visage familier de la télévision française. Entre deux tournages pour la septième saison du programme phare de la chaîne M6 dont la diffusion est prévue pour la rentrée 2015, le comédien originaire de Bordeaux nous a rendu visite. Par DIne delcroix / Photos : FLORIAN FROMENTIN

Qu’est-ce qui t’a amené à faire de la comédie ? À la base, il y a un truc qui m’a nourri,

Penses-tu que l’on puisse s’improviser comédien sans prendre de cours ?

c’est la télévision. Ma nounou, c’était la

Il y a des natures. Il y a des gens qui ont

télévision avec le «Cosby Show», «Ma-

un charisme, qui ont une sorte de don.

dame est servie»... Je pense qu’incon-

Pour d’autres, le travail est la base de

sciemment, cela a fait son chemin. Aussi,

tout. L’idée, c’est de cultiver sa singulari-

quand j’étais petit, j’avais mes phases où

té. Il n’y a pas de parcours prédéfini pour

je faisais un peu le pitre et ma mère me

réussir à rentrer dans ce métier, cela peut

disait «Tu devrais faire du théâtre !» mais

tomber sans prévenir.

je ne voulais pas en faire. Puis, vers 17 ou 18 ans, ce truc est revenu et je me suis dit que cela pourrait être sympa de pendre des cours. J’ai essayé plusieurs cours sur

C’est un petit peu ce qui t’est arrivé...

Bordeaux et je suis revenu au tout pre-

Oui et je ne réalise pas. Je me dis que j’ai

mier cours que j’avais essayé. Après, j’ai

une chance folle !

eu une révélation en fin d’année quand on a joué le spectacle devant les proches. Sur scène, on s’aperçoit qu’il y a une sensation qui n’était pas là pendant les cours parce qu’on entend les rires et c’est galvanisant. Après, j’ai eu la chance de pouvoir faire mon CV petit à petit et d’avoir le statut d’intermittent.

Doit-on renoncer à certaines choses lorsque l’on est à l’honneur d’un programme à succès comme «Scènes de Ménage» ? La vie change un peu parce qu’on s’aperçoit au fur et à mesure des diffusions que les regards sont plus insistants. Du coup, cela fait un peu bizarre. 15


Quelle est la moyenne d’âge des personnes qui manifestent leur engouement à l’égard de ton personnage dans la série ?

Ne crains-tu pas d’être catalogué dans un seul registre ? Même si c’est le cas, je serais bien cu-

Il y a tous les âges parce que le pro-

lotté de me plaindre. C’est à moi de ne

gramme cible très large. Les gens sont

pas accepter des rôles qui vont être simi-

adorables, c’est toujours des sourires.

laires à ce que j’ai fait sur la série. C’est

La plupart du temps, ils veulent la petite

à moi d’aller sur des projets avec un rôle

photo et je ne me sens pas capable de

aux antipodes pour surprendre. Cet été,

dire «non». C’est grâce à ces gens que je

par exemple, je vais tourner un court

travaille, quand-même.

métrage de genre où je vais passer trois heures en maquillage parce que je serai en diable. Quand on est comédien, on a envie de tout faire. Je veux faire du cinéma, je veux jouer dans des pièces... J’ai

Cela est-il un peu gênant par moments ?

un rêve de carrière. Je fonctionne à l’instinct. Si je sens le truc, je fonce même si

Par moments c’est un peu gênant vis-à-

je peux me planter.

vis de la personne avec laquelle on est parce qu’on doit la mettre de côté. C’est un peu plus compliqué de manger en terrasse, surtout si on fait un festival comme à la Rochelle pour lequel les gens se déplacent spécialement.

Comment se déroule le tournage de la série ? Une journée de tournage, c’est un seul couple. Il peut y avoir des doubles-journées sur un autre plateau avec Audrey Lamy et Loup-Denis Elion qui jouent

À ce jour, tu t’es surtout illustré dans la comé-

Marion et Cédric parce qu’ils sont en

die. Aimerais-tu incarner des personnages

face de notre plateau. Comme on fait des

moins comiques ?

lectures pour valider les textes des auteurs par couple, il se peut qu’un autre

Jusqu’ici, on m’a plus souvent confié des

couple soit en lecture pendant qu’on

rôles comiques et naturellement, c’est

tourne donc on va se croiser. Par jour,

quelque chose qui me plaît. Après, j’en

on doit faire 12 minutes utiles.

suis encore à me poser des questions sur ma légitimité à incarner des rôles plus noirs, plus pervers...

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Combien de temps avant le tournage re-

Par exemple, très souvent, je m’éva-

çois-tu le texte ?

nouissais mais, au bout d’un moment, on

4 à 5 jours avant.

s’en est lassé. Il y a eu aussi une période où je sautais sur ma femme sans raison. Une fois qu’on l’a fait, on passe un peu à autre chose. Après, je pense que forcé-

Quelle est ta méthode pour apprendre ton

ment, l’expérience du plateau fait qu’on

texte ?

doit gagner en naturel et on connaît le personnage par cœur.

J’aime bien le dire pour la mémoire auditive. Le fait de le verbaliser me permet de mettre mes intentions et de savoir comment balancer mes phrases. Plus on en apprend et plus c’est facile parce que le cerveau est un muscle. J’apprends beaucoup plus vite maintenant qu’au début.

Si tu devais changer de partenaire dans la série, qui choisirais-tu ? Valérie Karsenti qui interprète Liliane parce que cette comédienne peut à fois tirer les larmes et faire rire. Elle est très douée. Cela fait quelques années qu’elle

Le texte peut-il changer pendant le tournage ?

fait ce métier et je la trouve très complète.

Oui et on nous encourage même à l’apprendre avec nos propres mots pour que ce soit vraiment fluide. On peut rajouter des trucs ou en enlever. Il faut être un peu vigilant et privilégier la situation de la scène. C’est de là que peut venir une improvisation qui peut être gardée au montage.

Aurais-tu aimé jouer un autre personnage que le tien dans la série ? Je suis content de mon personnage parce que je le trouve assez riche. J’aime bien son caractère qui doit avoir un petit lien avec ma personnalité par moment. Ses activités me plaisent. C’est une espèce de pompier volontaire pourri qui sauve des

Comment as-tu fait évoluer ton personnage

chats dans les arbres ou qui éteint des

au fil des saisons ?

feux de poubelles et qui peut avoir peur de ses élèves (rires). Sa passion, c’est

C’est plutôt les auteurs qui font évoluer

d’avoir un herbier. Il a cette naïveté qui

les choses. Moi, c’est dans l’envie de

me plaît et qui peut me ressembler par

changer et de me surprendre. Du coup,

moments. Je ne bricole pas, exactement

il y a des choses que j’ai pu faire il y a

comme mon personnage (rires).

un an ou deux et que je ne fais plus aujourd’hui parce que j’en essaye d’autres. 18


Pour toi, quelles ont été les guests-stars les

Que réserve la prochaine saison du pro-

plus marquantes de la série ?

gramme ?

Il y a eu des rencontres assez marrantes

Il y aura un nouveau couple dans la sai-

parce qu’on ne s’imagine pas un jour

son 7 avec une différence d’âge entre un

jouer avec telle ou telle personne d’au-

«vieux beau» et une «minette».

tant qu’il ne s’agit pas toujours de comédiens. On a joué avec Régine qui a fait la grand-mère d’Emma et c’était assez marrant à faire. Il y a eu Sébastien Chabal aussi. Il est physiquement impressionnant et il a en même temps un petit côté enfant dès qu’il rit. Il y a eu également le chanteur Christophe.

Parallèlement à la série, tu as récemment été à l’affiche de la pièce de théâtre «Ascenseur pour l’escabeau. Comment t’es-tu retrouvé dans ce projet ? J’ai rencontré Grégory Questel, mon partenaire, un peu par hasard et il me l’a proposé. Avec la metteur en scène,

Jusqu’à présent, il n’y a pas encore eu de couple homosexuel dans la série. Sais-tu si

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ils ont eu envie de monter les textes de Sébastien Thierry. Moi, j’ai trouvé cela

cela a déjà été envisagé par les auteurs ?

très fin. Cela consiste en douze tableaux

C’est un sujet qui a été évoqué, bien sûr,

Monsieur numéro 2 dans douze situa-

mais c’est compliqué. Un couple gay, ce

tions différentes. Ils ne se connaissent

serait complètement normal. Les auteurs

pas et ils ont leur réalité bien à eux. Le

se sont aperçus que les scènes ne seraient

décor, c’est deux escabeaux. Il y a par

pas différentes de celles avec des hétéro-

exemple un vendeur de zizis, une agence

sexuels. On ne peut pas non plus faire

de l’amitié... C’est très absurde et on

«La cage aux folles», ce serait de mauvais

s’éclate bien. C’est une écriture avec une

goût. Ce n’est pas évident à traiter et ils

ambiance et un univers. C’est une comé-

ne veulent peut-être pas trop montrer

die mais il y a aussi des moments un peu

deux hommes ou deux femmes qui s’em-

touchants. Les personnages sont très hu-

brassent à cette heure-là au risque d’en

mains avec des thématiques universelles

choquer certains. Il ne faut pas que l’ho-

comme l’amitié, l’amour ou la sexualité.

mosexualité soit le sujet principal, il faut

On aimerait bien se faire produire et on

juste que ce soit un couple comme un

cherche des dates de tournée et une pro-

autre et j’ose espérer que cela viendra.

grammation sur Paris.

mettant en scène Monsieur numéro 1 et


DECOUVERTE

Tove StyRke Par Dine Delcroix / Photos : Franรงois Berthier

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Elle a fini en troisième position de l’édition suédoise de Swedish Idol en 2009 et a su attirer l’attention avec un premier album electro-pop paru en 2010. Depuis le 8 Juin 2015, elle est de retour avec Kiddo, un deuxième opus mature que la chanteuse a confectionné à sa guise après un break dont elle ne pouvait se passer... 

Après avoir participé à l’émission Swedish

Je savais que j’avais besoin d’un peu de

Idol en 2009, savais-tu dans quelle direction

temps loin de l’industrie pour être ca-

artistique tu voulais te lancer ?

pable de continuer à faire des choses.

Une émission comme Swedish Idol est une façon plutôt étrange de se lancer dans la musique parce que tu deviens célèbre sans avoir prouvé quoique ce soit musicalement. Ce n’est d’ailleurs pas vraiment une compétition musicale mais plutôt un concours de popularité. À la fin de la saison, je suis arrivée en troisième position et j’ai pris mon temps pour faire mon

Bien sûr, mon ambition était de revenir et de refaire quelque chose mais je ne savais pas ce qui allait se passer donc c’était assez effrayant de tout laisser et de rentrer à la maison. Quand je repense à cette période aujourd’hui, je suis reconnaissante envers moi-même d’avoir pris cette décision car je n’aurais jamais fait ce nouvel album sans ce break.

premier album. J’ai essayé de comprendre d’abord de quoi il retournait. J’ai co-écrit la quasi totalité du disque et je pense que cela a contribué à en faire un truc personnel et non quelque chose de construit.

Quelle différence majeure y a-t-il entre tes deux albums ? Je pense que ce nouvel album est bien plus personnel. Il y a beaucoup de ‘moi’ dedans. Il y a une différence entre le fait

Pourquoi as-tu attendu cinq ans entre le pre-

d’écrire de jolies paroles qui riment et le

mier album et le second ?

fait d’écrire de jolies paroles qui viennent

J’ai pris une pause et je suis retournée dans ma ville natale au nord de la Suède. J’ai eu besoin d’espace et aussi de me connaître en grandissant. J’avais envie d’explorer la musique sans avoir la pression de la vendre alors j’ai passé un peu temps loin du business. À cette époque, savais-tu que tu étais en train de faire un simple break ?

de quelque part, à travers lesquelles tu t’ouvres pour donner quelque chose de toi-même et c’est ce que je suis parvenu à faire. J’avais des fondations complètement différentes à partir desquelles j’ai commencé à travailler. Quand je suis retournée à Stockholm pour préparer cet album, j’avais une vision très claire de ce que je voulais faire. J’avais aussi un meilleur sens de qui j’étais et de ce que la musique représente réellement pour moi 23


sur le plan personnel. C’était donc un

évoque la modernité de nos vies de par les ré-

point de départ différent et j’ai l’impres-

seaux sociaux. As-tu déjà eu une mauvaise

sion qu’il s’agit de mon premier album.

expérience avec les réseaux sociaux ? Non, j’ai juste pensé que ce serait amu-

Avec ce deuxième opus, aimerais-tu être considérée comme une nouvelle venue dans l’industrie musicale ? En Suède, je ne suis pas une nouvelle ve-

sant d’écrire sur l’anxiété des médias sociaux qui est très commune (rires). C’est drôle de parler de la manière qu’on a de se voir et d’essayer de se motiver à travers le regard des autres.

nue mais cela est beaucoup arrivé durant ces dernières années où j’ai été absente. C’est probablement dû à la manière dont

Les sonorités de ce morceau sont plutôt R’n’B.

a évolué la musique et mon audience.

Comment t’es-tu retrouvée dans ce registre

C’est donc vraiment comme un nouveau

musical inhabituel ?

départ, même en Suède. Je n’avais, par exemple, jamais travaillé au RoyaumeUni ou aux États-Unis ni même été en France avant cet album.

J’ai travaillé avec mon ami producteur Christian Walz qui fait beaucoup de RnB moderne et j’ai pensé que ce serait amusant de le suivre. J’adore collaboter avec des gens différents de moi. C’est intéres-

De quelle manière cet album a-t-il été influencé par le cinéma ?

sant de combiner des manières de travailler opposées et je l’ai beaucoup fait sur cet album.

De différentes manières. J’écris de plusieurs façons. L’une d’elles consiste à avoir une image en tête, comme une

T’arrive-t-il d’être confondue avec une autre

scène de film et d’essayer de lui trouver

chanteuse suédoise, Tove Lo ?

une musique. C’est là une façon cinématographique et visuelle d’écrire de la musique. Par ailleurs, au début du processus de création de ce disque, j’ai été inspirée par le film Kill Bill dont l’héroïne se prénomme Beatrix Kiddo, d’où le titre de l’album. J’aime beaucoup ce film.

Ce qui est super, c’est qu’il y a plus de personnes qui savent comment prononcer ce prénom depuis qu’elle s’est lancée. Parfois, les gens ne mentionnent pas la bonne chanteuse sur Twitter ou alors ils mentionnent carrément les deux pour être sûrs. En tout cas, je la connais et je l’adore !

Dans cet album, on retrouve le titre Brag qui 24


DECOUVERTE

Constance


C’est dans Tout est pardonné de Mia Hansen-Løve que Constance Rousseau a fait ses débuts en 2007. Jenna Thiam, elle, a notamment eu l’honneur de tourner pour Claude Lelouche dans

Salaud,

on t’aime et de décrocher un rôle dans la série Les revenants. Ce mois-ci, les deux jeunes actrices partagent l’affiche de L’année prochaine, le premier long métrage de Vania

Leturcq

qui raconte les méfaits d’une amitié fusionnelle entre deux meilleures amies. Le duo s’est prêté à une interview croisée autour du film.

PAR DINE DELCROIX / Photos : FRANCOIS BERTHIER

onstance Rousseau Jenna Thiam


Vous souvenez-vous de votre rencontre ? Jenna : C’était pour les essais du film. La

Comment décririez-vous vos personnages respectifs ?

réalisatrice Vania Leturcq avait fait tous

Constance : Je ne peux pas parler de mon

les essais avec constance parce qu’elle

personnage sans parler de celui de Jen-

voulait beaucoup travailler avec elle.

na. Elles se définissent vraiment l’une

Comme c’était des essais, je ne savais pas

par rapport à l’autre et elles endossent

très bien où me placer donc j’étais plutôt

les rôles que l’une et l’autre se donnent.

mal à l’aise et j’ai dû paraître pas très na-

Clotilde, c’est une jeune femme très am-

turelle.

bitieuse qui a très envie de partir à Pa-

Constance : Vania m’a avait déjà choisie à ce moment-là. Du coup, je ne ressentais peut-être pas la pression que Jenna ressentait mais reposait quand-même sur mes épaules le fait d’être juste et de mettre en valeur ma partenaire dans un

ris pour faire ses études de philosophie mais qui ne peut pas envisager de partir sans la personne qu’elle aime le plus : sa meilleure amie, Aude. Elle va donc l’embarquer dans cette histoire alors qu’elle n’aurait peut-être pas dû...

sens. De toutes les comédiennes qu’on

Jenna : Aude est une fille, à priori, très

a vues, c’est clairement Jenna qui m’a le

sûre d’elle, plutôt dans cette joie de

pus séduite.

l’adolescence, de la jeunesse et qui a une très grande affection pour sa meilleure

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amie, une affection si grande qu’elle est

qui existe entre ces deux filles et c’est à

prête à ne pas s’écouter pour l’accompa-

partir du moment où elles partent à Paris

gner ailleurs.

que cet équilibre se rompt.

Selon vous, laquelle des deux est la plus instable ?

Auriez-vous aimé inverser les rôles pendant le

Jenna : L’intérêt du film, c’est que cela

tournage ?

s’inverse. Aude et très sûre d’elle au dé-

Jenna : Naturellement, on allait chacune

part, puis Clotilde l’embarque à Paris.

intérieurement vers le personnage de

Clotilde est très malheureuse et instable

l’autre et c’était très frappant au début,

dans sa vie familiale et dans sa jeunesse

ce qui nous déstabilisait beaucoup parce

tout simplement. Elle devient de plus en

qu’on inversait constamment ce que res-

plus sûre d’elle à Paris avec les cours tan-

sentent les personnages.

dis qu’Aude est complètement dépassée par la fac. Du coup, le rapport s’inverse et

Constance : On inversait les mouvements

Aude devient très instable à ce moment-là.

intérieurs des personnages, oui. Moi,

Constance : Au début, même si Clotilde

Jenna, à ce moment-là, pompait un peu

n’est pas heureuse, il y a un vrai équilibre

la matière et l’utilisait. Plus elle le faisait

je cédais et faiblissais très facilement et


et plus je me ratatinais alors qu’il fallait

où ce sont des éléments extérieurs qui

faire l’inverse. Après, on a réussi à aller

viennent pourrir l’intérieur. Cette réfé-

contre ce mouvement naturel mais c’était

rence m’a inspirée parce qu’elle m’avait

un peu dur au début.

beaucoup choquée à 14 ans. Constance : Je n’ai vraiment pas pensé

Avez-vous connu des amitiés destructrices ou malveillantes à l’image de celle qu’évoque le film ? Constance : Oui, cela m’est arrivée et c’est sans doute une des raisons pour la-

à quoique ce soit. Je me suis dit qu’il fallait envisager la situation comme une histoire d’amour. Du coup, je n’ai pas du tout pensé à des références littéraires ou cinématographiques sur l’amitié.

quelle j’ai voulu jouer dans ce film. Cela m’a touchée en m’évoquant des choses. Jenna : Je dois dire que l’amitié, c’est une chose qui m’est encore assez incon-

Les deux personnages n’ont pas la même ambition. Qui en souffre le plus, finalement ?

nue. J’ai eu une très grande amie quand

Jenna : Aude ! Quand tu es jeune et que

j’étais au lycée. Souvent, la jeunesse

tu ne sais pas ce que tu veux faire, c’est

amène peut-être des questionnements

hyper impressionnant de se retrouver

malveillants d’envie ou de jalouse qui

face à des gens qui savent et qui sont bien

s’éloignent de l’amitié. Cela m’est arri-

avec cela. C’est dur de ne pas retrouver

vée et j’ai plutôt été déçue par moi que

son échec en l’Autre. C’est comme les

par l’Autre. J’étais déçue par ce que je

rêves. On dit qu’ils affectent davantage

pouvais ressentir.

ceux qui ne rêvent pas. Constance : Je crois que Clotilde souffre

Ce thème de l’amitié a souvent été présent au cinéma, à la télévision et dans la littérature.

du fait qu’Aude n’ait pas la même ambition qu’elle d’aller à Paris et de faire des études.

Avez-vous eu recours à ces références particulières pour vous imprégner du sujet ? Jenna : Moi, j’ai pensé au film «Thirteen» que j’avais vu avec ma mère quand j’avais 14 ans et qui m’avait vachement frappée dans ce truc d’auto-destruction qui consiste à emmener quelqu’un dans le malheur. C’est un mal-être chez quleuq’un qui tire les autres vers le bas contrairement au film de Vania Leturcq 30

Comment avez-vous construit votre complicité à l’écran ? Constance : On a fait des répétitions. Avant le tournage, nous sommes allées pendant 5 jours à Bruxelles. Vania Leturcq nous a filmées en train d’improviser sur des situations que nos personnages auraient pu vivre. C’était une


31


parenthèse qui a aidé à avoir confiance

complicité passait quelque part par ce

l’une en l’autre.

jeu-là avec lui. C’était génial à faire. On

Jenna : L’intimité se crée d’elle-même dans ce contexte qui fait qu’on n’est pas

savait qu’on tournait encore rien qu’en se regardant.

chez nous et qu’on dort dans le même appartement. Ce n’est pas quelque chose qu’on arrive à créer volontairement. Cela va aussi avec la narration du film. Au début, je m’étais pris la tête à imaginer un passé mais je ne suis pas sûr que cela serve à grand chose. C’est aussi au cinéaste de trouver comment on lie les gens ensemble.

En termes de mise en scène, y avait-il une demande précise de la part de la réalisatrice ou aviez-vous des moment d’improvisation ? Constance : Cela dépend des scènes. Par exemple, pour la scène du gâteau au chocolat, Vania Leturcq avait donné un périmètre où on devait aller mais on était parfaitement libres.

Et sur le plan technique ?

Jenna : Les scènes dialoguées étaient

Constance : Il y aussi un truc qui a nour-

reste n’était pas forcément prévu. Nico-

ri le film : le cadreur n’arrêtait pas for-

las, le cadreur, était là avec sa caméra à

cément la caméra quand la réalisatrice

l’épaule et il suivait.

disait «Coupez !». Il continuait à filmer et il arrivait à saisir des petits moments de complicité réelle. Jenna : Notre rapport de

32

quand-même assez millimétrées mais le


33


Avez-vous découvert de nouvelles facettes du

quence de l’épanouissement, de l’apai-

métier de comédienne à travers ce film ?

sement. Je suis assez heureuse pour ces

Jenna : C’est très différent à chaque tournage. Moi, c’est plutôt à l’écran que j’ai découvert des choses de moi qui ne sautaient pas aux yeux. Constance : Le jeu se construit effectivement à chaque tournage. Là, on avait vraiment les deux rôles principaux donc le film reposait sur nos épaules et cela

deux filles. Je pense que l’une comme l’autre a accédé à ce qu’elle voulait vraiment. Jenna : Moi, j’ai eu beaucoup de mal à jouer cette scène. Je me souviens que le soleil m’éblouissait et je n’arrivais pas du tout à voir Constance. Je ne sais pas du tout...

fout un peu la pression. Le fait de se lever tous les matins pour aller tourner sans vraiment avoir de pause m’a mise dans un rythme que je ne connaissais pas vraiment avant et cela m’a appris une certaine forme de discipline.

La première fois que vous avez vu le film finalisé, quelle a été votre réaction ? Jenna : On n’a pas découvert le film ensemble. Moi, je l’ai vu à Angers. Je crois que je suis très mal placée pour juger les films dans lesquels je joue. Ce que je

Quelle est votre scène préférée du film ? Constance : J’aime bien les scènes de

peux dire, c’est que j’ai eu beaucoup de tendresse pour ce que jouait Constance.

fête, je les trouve assez belles, assez sen-

Constance : Moi, je l’ai vu Namur. Ce qui

suelles.

m’intéressait, c’était la réaction des gens

Jenna : Franchement, je n’en sais rien, surtout 2 ans après. J’ai très vite oublié ce film après l’avoir tourné, c’est très étrange...

qui étaient avec moi dans la salle. Ils avaient l’air heureux et c’était chouette. Avec Jenna, on avait visionné une version non définitive du film sur un petit écran ridicule et c’était une très mauvaise idée parce que je n’étais pas très

La scène finale du film ouvre plusieurs inter-

heureuse. J’étais un peu frustrée et je ne

prétations. Quelle est la vôtre ?

comprenais pas ce que Vania Leturcq voulait raconter mais, quand je l’ai revu

Constance : C’est ce que voulait Vania

avec la musique, j’ai été convaincue.

Leturcq. Je crois qu’elles ont mené leur vie comme elles l’entendaient pour elles et ce n’est pas une tiers personne qui a décidé pour elles. Pour moi, c’est la sé34

Make up : Emilie Peltier


tDECOUVERTE

CLOVIS CORNILLAC Après avoir mis ses talents d’acteur au profit du cinéma français pendant plus de 30 ans, Clovis Cornillac s’est décidé à passer derrière la caméra pour réaliser Un peu, beaucoup, aveuglément, une comédie dans laquelle il tient également le rôle principal aux côtés de Mélanie Bernier, Lilou Fogli et Philippe Duquesne. Par Dine Delcroix / Photos : françois berthier

Vous êtes à l’affiche du film «Un peu, beau-

Est-il plus facile de susciter la confiance des

coup, aveuglément» que marque votre pre-

gens du métier sur un premier film quand on

mière réalisation. Qu’est-ce qui vous a donné

a 31 ans de carrière ?

envie de passer derrière la caméra pour Ce n’est pas une chose en particulier, je

et que cela peut rassurer. Après, il n’y a

pense, c’est quelque chose qui a mûri.

pas que les années. Il y a aussi une at-

Pendant 25 ans, j’ai dit que je ne réalise-

titude. Je pense que les gens du métier

rai jamais puis, il y a 5 ans, j’ai commen-

me connaissent. J’ai travaillé avec la plu-

cé à sentir que j’en avais envie mais je

part d’entre eux en termes de production

me suis dit que l’envie ne suffit pas pour

ou de distribution et ils savent que je ne

faire un film. J’aime beaucoup le cinéma

me suis jamais comporté en Charlot, que

et j’attendais que cela devienne néces-

je n’ai jamais pris les choses par-des-

saire. À partir de ce moment-là, plus rien

sus la jambe. Qu’on m’aime ou qu’on

ne vous arrête. Cela fait 31 ans que je fais

ne m’aime pas, on sait que je bosse et je

ce métier et, en réalisant ce film, j’ai ré-

pense que c’est un point qui rassure un

alisé que c’est la plus belle chose qui me

peu.

soit arrivée professionnellement. 36

Je pense que cela donne une crédibilité


Avez-vous découvert des aspects du métier

En tant que réalisateur, quels sont vos ingré-

dont vous n’aviez pas conscience en tant

dients pour installer une bonne ambiance de

qu’acteur ?

plateau ?

C’est certainement une autre pratique

Il faut avoir une notion du travail et un

mais je n’ai pas eu de révélation. En 31

univers, c’est à dire de savoir où vous al-

ans de métier, on connaît les aspects ou

lez embarquer tout le monde. Plus vous

on en entend parler par des camarades

êtes précis, habité, que vous savez ce

réalisateurs. Tout ce qui est post-produc-

que vous voulez faire et pourquoi vous le

tion comme le montage, l’étalonnage, le

faîtes et plus les gens vous suivent. Plus

montage son ou le mixage, je connaissais

vous êtes quelqu’un de généreux et d’ou-

de manière technique. La réalisation, de

vert, plus cela va aider. Après, il y a des

la préparation jusqu’à l’étalonnage, c’est

réalisateurs extrêmement dictateurs qui

sublime !

font de très bons films donc il n’y a pas de recette. Moi, ce qui me convient, c’est quand tout le monde comprend pour-

Durant le processus de fabrication du film, y a-t-il une phase durant laquelle on se décourage ?

quoi il est là mais il faut, bien sûr, qu’il y ait un chef. S’il n’y a pas de chef, de pensée, de point de vue, tout le monde fini par faire son film à l’intérieur du film de

Moi, je ne l’ai pas eue mais cela doit exis-

quelqu’un d’autre. Le rôle du réalisateur

ter. J’ai eu l’occasion de tourner avec des

sur le tournage, c’est d’être le meneur de

gens qui faisant leur premier long-mé-

troupes qui sait où il va et qui entraîne

trage et il m’est arrivé de voir les écueils

tout le monde.

à cause de la tension et de l’angoisse. J’ai justement cherché à éviter ces écueils par expérience. C’était une rencontre avec le métier le plus fabuleux du monde.

Avez-vous rencontré des difficultés dans le fait de réaliser et de jouer aussi le rôle principal ?

Songez-vous à réitérer l’expérience de la réalisation ?

C’est un travail supplémentaire mais, concrètement, sur ce film, c’était possible parce que le personnage est sou-

Je me le souhaite vraiment car je ne

vent seul donc j’ai organisé mon plan

pense qu’à cela.

de travail pour être réalisateur pour les autres toute la journée et, en fin de journée, je libérais les autres acteurs et je tournais les plans sur moi assez rapidement. Le planning était aménagé pour 39


que je puisse réaliser tout le temps et ne

réactifs, excités d’être sur le tournage

pas être encombré par moi acteur.

mais il y a une forme d’exigence, c’est à dire que je ne me satisfais pas tant que je ne suis pas satisfait.

Y a-t-il des réalisateurs qui ont influencé votre manière de réaliser ? Il y en a sûrement mille parce que j’aime

L’êtes-vous, aujourd’hui ?

le cinéma, j’en ai mangé beaucoup et j’en

Aujourd’hui, j’aime mon film, vraiment.

mange encore donc, je pense que de ma-

Je le signe, le contre-signe et je l’assume

nière totalement inconsciente, on s’ap-

totalement.

proprie des choses et on croit qu’on les invente. De ce fait, il y a sûrement plein de choses qui m’ont influencé mais pas de manière didactique et posée. J’avais envie d’un cinéma esthétique, j’avais en-

Comment s’est passée l’écriture avec Lilou Fogli ?

vie de faire une comédie belle à regarder

Dans un premier temps, c’était son

sans traitement brutal, j’avais des envies

idée. Quand elle m’a parlé de ces deux

fortes de rythmes, de musiques, de jeux...

personnes qui se rencontrent à travers

C’est tout un point de vue.

un mur, j’avais envie qu’elle développe donc elle a écrit seule pendant 8 mois. Elle a sorti une version et j’ai trouvé

Le film est une comédie romantique. Êtes-

qu’il y avait quelque chose à en faire.

vous quelqu’un de sentimental ?

On a donc travaillé ensemble avec deux

Oui, je pense. Quand on fait un film, on

Tristan Schulmann. Il y a eu encore une

est beaucoup plus exposé, on est dans

année d’écriture à quatre avec beaucoup

chaque plan, chaque couleur donc c’est

d’échanges. Moi, j’écris en parlant, j’ai

une mise à nu en permanence.

besoin d’échanger des idées alors je leur

autres co-scénaristes, Mathieu Ouillon et

envoyais des choses pour creuser des enjeux qui m’intéressaient. Je ne sais pas Quel genre de réalisateur êtes-vous ?

écrire seul à mon ordinateur ou avec un stylo. J’écris quand je prépare.

Ma manière de travailler n’est pas hasardeuse. Je suis plutôt dans la maîtrise mais dans la bonne humeur parce que j’ai envie que les gens soit heureux de travailler. Je veux que les gens soient présents, 40

Faut-il nécessairement avoir écrit le film pour bien le réaliser ? Je ne crois pas.


41


Certains réalisateurs refusent pourtant de

Cette distribution du rôle n’était pas évidente

porter à l’écran une histoire qui ne leur ap-

dès le départ ?

partient pas...

Non. Une fois que j’ai eu la scénario, Li-

Oui et c’est plutôt français. C’est lié aus-

lou avait fini son travail. Je ne fais pas

si beaucoup à la Nouvelle Vague. Moi, si

de cinéma de copinage. Je peux avoir des

j’ai la chance de faire d’autres films, je

potes dans le film parce que je connais

sens que je ne fais pas partie d’un cinéma

beaucoup de personnes dans le milieu

d’auteur. Je suis un auteur mais je ne fais

mais je n’aime pas qu’on me force la

pas du cinéma d’auteur comme on peut

main. Lilou était à l’écoute et au travail

« Je ne pense pas être un mauvais acteur, je pense être un acteur le placer. Clint Eastwood n’écrit pas ses

comme les autres acteurs. Il n’y avait ni

films. Pourtant, il a une patte et une ma-

différence ni favoritisme.

nière de faire un cinéma. Beaucoup de réalisateurs américains, par exemple, qu’on peut adorer ou détester, ont un film dit «de» car c’est leur point de vue sur une histoire. Moi, je me sens là-dedans.

Vous faîtes partie des ces acteurs connus pour préparer leurs rôles dans le détail avec un travail physique. Ce degré de préparation est-il encore important vous vous, aujourd’hui ?

Lilou Fogli, qui est votre épouse, joue également dans le film. Comment se passe la réalisation lorsque l’on met en scène la personne

Cela m’aide. quand on est acteur, on a le sentiment de représenter à chaque fois

avec laquelle on vit ?

une trajectoire, un métier, une passion

Je suis extrêmement segmentant dans

sayer de comprendre à quel endroit cela

mon travail. Depuis toujours, je ne rentre

doit se situer et comment on a envie de le

pas à la maison avec ma journée de tra-

traduire. Pour cela, il faut s’y intéresser

vail en me plaignant. Là, j’avais une ac-

alors on s’intéresse aux gens, au métier,

trice à qui j’ai proposé le rôle parce que

au statut. Cela ne passe que par les gens.

je trouvais pertinent qu’elle joue ce rôle

L’éclate, c’est d’approcher des milieux

donc on était dans le travail.

et des gens différents. Demain, si je dois

donc, la moindre des choses, c’est d’es-

jouer un journaliste ou un critique, je 42


vais vous côtoyer, par exemple.

Vous avez dit «Je n’ai jamais pensé être un bon acteur». Le pensez-vous toujours aujourd’hui ?

Comment avez-vous préparé le personnage de Machin ? Au départ, je ne voulais pas jouer, je voulais uniquement réaliser. Il s’est avéré que ce n’était pas une mauvaise idée pour des raisons de praticabilité et de financement. Je me suis sincèrement demandé : accepterais-je ce rôle si quelqu’un d’autre me l’offrait ? C’est un beau rôle qui m’aurait intéressé. Je l’ai préparé quelque part en même temps que la préparation du film. Ce n’était pas dissocié contrairement à d’habitude. Tout était un peu mêlé. Je vivais dans le film

Oui. Je ne pense pas être un mauvais acteur, je pense être un acteur. Là-dessus, je sais que je ne trompe personne. J’ai la certitude, quand je joue, d’être à ma place et ne de rien usurper. En revanche, se dire bon acteur, c’est très particulier. Il y a des gens qui vous déteste et d’autres qui vous aime. Pourquoi faudrait-il croire les uns plus que les autres ? Ce qui détermine le fait d’être un acteur, c’est d’avoir une proposition. Si on est entier, sincère et impliqué dans une proposition, alors on est acteur. J’assume ce que je fais en espérant que cela va plaire et toucher des gens.

tout le temps donc je connaissais Machin et je savais ce que je voulais faire de ce bonhomme. Je n’étais pas en panique.

À défaut, pensez-vous être un bon réalisa-

J’ai tourné très peu. Je réalisais toute

teur ?

la journée. Il y avait une doublure pour tous les autres acteurs donc personne n’a joué avec moi dans le film. C’est un gars que j’aime beaucoup qui s’appelle Pierre Cognon à qui j’ai demandé d’envoyer le texte à plat à chaque fois alors que j’étais derrière le combo. En fin de journée, je libérais tous les acteurs et on prenait deux heures pour tourner mes plans. Tout était réglé et je ne voulais pas perdre de temps sur moi, cela faisait partie de mon cahier des charges. Il fallait que je sois efficace et pleinement dedans rapidement.

Je n’ai pas assez d’expérience en réalisation mais, quand je regarde ce premier film, je me dis que le gars qui l’a fait est bon mais il n’y a pas d’excès de fierté là-dedans. Ce qui me conforte, c’est que toute l’équipe du film a pris un plaisir non feint à ce travail. Elle m’en fait preuve en permanence et elle veut tout de suite remettre les couverts. Il y a une valeur qualitative du travail dans le retour des gens que je connais et qui me fait penser que ce n’est pas un navet. On peut ne pas aimer mais on ne peut pas dire que ce n’est pas bossé.

43


Que diriez-vous à quelqu’un qui n’a pas

L’avantage à Cannes même si tout ne va

aimé votre film ?

pas à terme, c’est que les rendez-vous

Je lui dis que j’entends et j’en suis désolé parce que c’est plus une souffrance

sont immédiats. C’est un lieu important pour la planète du cinéma.

de ne pas aimer un film et de le voir que de passer un bon moment si on a aimé. Je me dis que c’est dommage parce que c’est une une heure et demie un peu délicate si on est resté jusqu’au bout.

Aimeriez-vous être maître de cérémonie du Festival de Cannes ? On ne me l’a pas proposé. Je pense qu’il y a quelque chose de l’ordre du show et je n’ai pas du tout l’image d’un showman.

Nous sommes en plein Festival de Cannes. Quel

Quand on regarde les maîtres de cérémo-

rapport avez-vous avec cette manifestation ?

nie, il y a un côté show et moi, je ne suis

J’ai un rapport de travail. Pour moi, Cannes, c’est vraiment notre congrès. Il y a un truc qui m’amuse beaucoup avec Cannes, c’est que tous les gens du métier qui y sont, journalistes y compris, ont le sentiment d’être au centre du monde. Ce qui est rigolo, c’est de voir à quel point tout le monde s’en fout en réalité. Tout

pas vraiment cela donc cela me paraît assez cohérent. Je ne crois pas que je serais très bon. Je préfère faire des films. En revanche, ce qui me plairait beaucoup, c’est de jouer un gars qui est showman. Quand je jouais un personnage qui faisait de la radio dans «Radiostars», je m’éclatais mais ce n’est pas mon métier.

le monde est excité, s’énerve et s’agace d’une conférence de presse que personne ne voit, par exemple. Concrètement, ma famille à Bron ne sait pas ce qui se passe à Cannes (rires). C’est uniquement la presse et le métier. C’est une espèce de bulle mondiale qui ne change pourtant rien au journal de 20 heures. Après, c’est le plus gros marché du cinéma au monde et c’est extrêmement important. Moi, je vais à Cannes pour travailler. J’aime énormément Thierry Frémaux, le délégué général du Festival. Je trouve que le travail qu’il fait avec Pierre Lescure est classe. Là, j’y vais pour vendre mon film et parler de mes prochains projets.

Quel est votre meilleur souvenir du Festival de Cannes ? Le meilleur souvenir, c’est probablement la première fois où j’y suis allé. J’avais fait un film qui s’appelle Hors-la-loi en 1984 et on avait été à Cannes. Comme j’étais tout jeune et qu’on pariait sur moi comme on parie à chaque fois sur des jeunes qui arrivent, on m’avait invité et j’avais une suite au Carlton qui devait faire huit fois l’appartement dans lequel je vivais. Il y avait tout le jeu du gamin qui découvre les étoiles mais cela a duré deux jours et je suis rentré puisque le


film a fait un four (rires).

chit. Je crois que je suis très positif, en fait. Rien ne m’a cassé les pattes au point de me dire que c’est fini. À chaque fois,

Pensez-vous mériter une Caméra d’Or pour votre premier film en tant que réalisateur ?

j’y ai trouvé un intérêt. Du coup, je n’ai pas de regrets.

Non (rires). Typiquement, mon premier film est un film qui n’a pas la carte puisque c’est une comédie. Il y a un cinéma à festival et un autre qui s’offre

Pratiquement tout le temps, oui. Pas par

au plus grand nombre. Toutefois, le fait

«bisounourserie» mais je me dis qu’une

d’avoir été sélectionné dans un festival à

trajectoire, une vie, c’est rempli de choses

Los Angeles, de pouvoir présenter mon

et ces moments où on peut être déçu ou

film à la Guilde des Réalisateurs et de re-

triste sont une aventure. J’en sors rare-

cevoir un Prix du Public là-bas me bou-

ment les épaules basses en traînant les

leverse. Je me dis que j’ai tout gagné.

pied. Il se passe quelque chose.

Vous qui avez pratiquement tout joué en 31

Et comment sortez-vous de cette interview ?

ans, avez-vous une envie particulière, aujourd’hui ?

Plutôt bien. C’est probablement la der-

J’ai envie de réaliser des films. J’ai une

ment loin d’être la pire donc c’est plutôt

sorte de fixette et d’obsession. Ce qu’on

agréable.

me proposera en tant qu’acteur, je le ferai toujours avec autant de cœur mais je vais être beaucoup plus sélectif. Ma priorité devient la réalisation alors je vais me battre pour essayer de faire d’autres films.

Sur 31 années de carrière, y a-t-il des choses que vous regrettez ? Franchement, non. En général, mes choix m’ont toujours apporté quelque chose. Une mauvaise aventure m’enri46

Vous tirez donc toujours le positif du négatif...

nière autour du film et c’est franche-


47


RENCONTRE


ALICE POL PAR Riyad cairat / Photos : FRANCOIS BERTHIER

à l’affiche de Qui c’est les plus forts  ? réalisé par Charlotte de Turckheim, Alice Pol incarne Samantha le personnage principal de cette comédie sociale entourée d’Audrey Lamy et de Bruno Sanches. Bientôt sur les écrans avec Claude Lelouch ou Danièle Thompson, Alice Pol s’est taillée une place dans le cinéma français où pour elle le travail et le respect n’ont pas d’équivalent.

Robe : Gilles Rosier pour DDS Vintage Collier : Pasquale Bruni Bague : Cabinet Oseo Bracelet : Vintage


Robe : Chanel pour DDS Vintage Collier et Bague : Cartier

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Vous êtes pour la première fois rôle principal

très heureuse de faire ce métier, celui que

dans un film. Comment aborde t-on ça ? Est-

je voulais, je ne sais rien faire d’autre.

ce une responsabilité particulière ? Heureusement je n’y ai pas trop pensé parce qu’en fait j’ai peur à chaque fois. Quelle que soit la taille du rôle, même au début quand je faisais de la figuration et que j’avais seulement une porte à ouvrir j’avais peur. J’ai gardé cette peur.

Est-ce que Samantha est un personnage triste avec des situations drôles ou un personnage drôle avec une situation triste ? C’est un personnage énergique, une fille combative, courageuse et amusante avec un gros tempérament. Elle vit des circonstances difficiles sans un adulte

Est-ce que pour vous c’est un gage de

pour prendre les coups à sa place, elle

confiance ? Vous vous êtes sentie rassurée ?

joue le rôle d’une femme mûre alors

(« ça y’est, enfin »)

que c’est encore une très jeune femme.

Cela me fait plaisir bien sûr. On sent que sa carrière évolue et que l’on vous fait confiance. Ce qui me fait plaisir aussi c’est quand on me confie des rôles différents, qu’on me fait jouer aux côtés de gens que j’adore. Je suis aussi très

Ce que j’aime dans ce personnage c’est qu’elle ne se laisse pas aller vers le misérabilisme, elle vit des choses difficiles comme pleins de gens. Souvent les gens se sous-estiment, c’est dans la difficulté que l’on se révèle.

sujette à ce que ressentent les gens. Je suis contente quand les gens arrivent à s’identifier parce que je suis avant tout spectatrice, j’adore ça. Quand le public me fait des compliments je me dis que j’ai bien fais mon boulot mais je n’ai pas de fierté particulière. Je ne me sens pas au centre de l’histoire puisque le centre c’est l’histoire et le personnage. Je suis

Le titre du film est une question (Qui c’est les plus forts ?) et à la fin avec Audrey Lamy et Bruno Sanches vous y répondez timidement par un « c’est nous ». Mais pourtant ce sont toujours les mêmes qui gagnent, ceux qui ont l’argent et donc le pouvoir. Qu’en pensez-vous ? 51


Ce n’est pas aussi simple que ça. Les

fait des sacrifices, des choses plus ou

riches dont on parle dans le film sont

moins faciles et prend des décisions. Je

riches mais ils ont des difficultés sur

pense que l’on a tendance à caricaturer

d’autres choses parce qu’ils sont diffé-

les bons d’un côté et les méchants de

rents. La richesse n’est pas que finan-

l’autre. Ce n’est évidemment pas comme

cière. Il y a la richesse de l’âme, de l’expé-

ça que ça marche et personne n’arrive

rience. Ces personnages sont riches mais

à un bonheur sans faille sans avoir pris

généreux et aussi courageux. La fin du

des décisions compliquées. Le film pose

film est quand même très positive parce

cette question justement « Jusqu’où nous

que même si ces trois personnages ont

sommes prêts à aller par amour pour les

fait des sacrifices, ils arrivent à leurs fins.

siens ». Et je pense que c’est assez loin.

Qui ne fait pas de sacrifices ? Les riches ne sont pas les méchants et les pauvres ne sont pas les bons. Ce n’est pas aussi manichéen que ça.

Mais cette fin en demi-teinte apporte quelque chose de très positif au film, il n’y a pas de « Happy End » alambiquée et tordue où tout se passe pour le mieux dans le meilleur des

Certes, tout le monde obtient ce qu’il veut, modestes et riches. Mais finalement les modestes sont toujours sous le joug et la bonne volonté des riches...

mondes. Oui la fin n’est pas cucu. C’est bien beau d’avoir une Happy End mais encore fautil qu’on y croit !

Il y a un acte généreux de la part de Céline (Audrey Lamy), c’est moins dur pour elle de donner cette contre-partie que pour Samantha, mon personnage. Céline le fait parce qu’elle veut le faire et qu’en le faisant elle sort Samantha du merdier dans lequel elle est. Tout le monde fait des sacrifices pour arriver à une forme de bonheur, pour garder les siens. Ce

52

Le film a un aspect très social lié aux problématiques actuelles telles que le chômage, les délocalisations ou les services sociaux débordés. Est-ce que Samantha ou le film de façon plus globale ne devait-ils pas apporter une réponse à ces problèmes ?

n’est pas une question d’argent, ni de là

On voit que Samantha cherche d’autres

où on est né. Pour qu’une famille tourne,

solutions. Elle cherche du travail, elle

pour qu’une entreprise tienne la route,

passe des coups de fils et elle ne trouve

pour qu’un film marche tout le monde

rien. Elle cherche vraiment des solu-


tions, elle cherche vraiment à bien faire.

parfois difficile comme tout et quand

Et à un moment elle se confronte à un

les gens sont touchés ou ont ri ça me

système administratif, social qui la dé-

donne une force, une envie de continuer

passe, dépassé par lui-même et les gens

à m’améliorer toujours. Pour l’écriture

qui l’incarne et se retrouve au pied du

c’est un peu différent, j’aime beaucoup

mur. On peut tous se retrouver dans

regarder ce que font les autres. Je trouve

cette situation. L’intérêt du film c’est

que c’est absolument passionnant, l’être

qu’il ne dit justement pas ce qu’il faut

humain est déjà passionnant alors l’ac-

faire ou ne pas faire. C’est facile de dire

teur ! (rires)

aux gens « mon point de vue de réalisateur ou d’acteur, c’est ça, moi je vous dis c’est là, ça c’est bien, tout le reste c’est pas bien et vous vous êtes un con si vous ne faîtes pas ça ». Y a une situation qui est a priori merdique, on décide d’en rire parce que les personnages sont comme

Est-ce que vous aimeriez qu’on vous propose des rôles différents de la comédie au cinéma ?Explorer de nouveaux horizons, le polar, des choses plus sombres...

ça. Ils ne sont pas tous d’accord entre

Ça arrive. Je joue une flic dans Dispa-

eux sur la ou les décisions à prendre et

rue, qui marche très fort sur France 2.

à partir de là il n’y a pas de bons ou de

C’est une réalisatrice avec qui j’avais déjà

mauvais choix mais seulement les raisons

travaillé avec qui j’ai un projet de polar

pour lesquelles on le fait.

justement. Je vais jouer dans un film d’époque de Danièle Thompson avec Guillaume Canet et Guillaume Gallienne

Vous venez de terminer un film avec Claude Lelouch, maintenant que vous avez votre place au cinéma est-ce que vous avez envie de retourner de là où vous avez été révélée, le

54

sur l’histoire d’amitié très forte entre Cézanne et Zola. J’ai un rôle qui évolue de 20 à 50 ans et ce sera la première fois que j’aurai un personnage moins frontal.

théâtre, d’écrire de jouer ?

Beaucoup plus ambigu, plus complexe

Oui ! J’aime ce lien avec le public, ça me

louch qui est encore complètement dif-

rappelle pourquoi j’aime ça, pourquoi

férent, j’ai eu des partenaires de rêve.

j’ai voulu faire ça. Je le ressens beaucoup

Je n’ai pas de frustration sur les diffé-

avec les spectateurs quand nous sommes

rentes choses que l’on me propose. En

en tournée pour le film. J’ai besoin de ce

fait contrairement à ce que l’on pense,

rapport là. C’est un métier extraordinaire

les producteurs, les réalisateurs français

donc je suis ravie. Le film de Claude Le-


sont audacieux et pleins ont envie de

(rires) parce que ce sont les premiers

vous voir faire autre chose. Je ne sens pas

qui me regardent qu’il me connaissent

tant que ça le cloisonnement. Après bien

ensuite au métier tout entier et puis

sûr vous êtes révélée par un film et je suis

beaucoup aux gens, j’ai envie que ça les

ravie d’avoir été révélée entre autre par

touche.

Supercondriaque. J’ai travaillé avec deux grands messieurs, je me suis régalée avec ce rôle et que ça m’a permis de rencontrer un public extrêmement large. Je ne crois pas qu’on nous cloisonne tant que ça. Il ne faut pas que ce qui nous révèle devienne un poids. Ce n’est pas un poids

Ce stress, ce traque qui est en vous c’est un moteur, une motivation qui vous pousse à aller plus loin ou quelque chose de terrible qui vous bride ?

au contraire c’est merveilleux. Je me suis

Tous à notre échelle nous avons en-

battue depuis mon enfance pour arri-

vie d’être respectés dans ce qu’on fait,

ver faire ce métier, depuis mon départ

on a envie que nos patrons ou les gens

de Marseille donc je suis très heureuse

qui travaillent avec nous trouvent bien.

de ça. Les choses prennent leur temps,

Donc oui c’est un moteur, ça veut dire

on n’a pas un premier rôle comme ça du

que je ne me moque pas de la tâche que

jour au lendemain.

l’on me confie. Il y a des gens qui vous diront « moi je m’en fous de l’avis des gens » et bien moi je ne m’en fous pas du

Et des envies ?

tout ! L’avis des gens m’importe et j’ai

Bien sûr ! Mais il y a des stress. Je suis

propose. Alors la boule au ventre ce n’est

quelqu’un de fondamentalement angois-

pas facile à vivre mais c’est un moteur qui

sée, j’ai toujours peur de ne pas être à la

signifie qu’on accepte pas d’être moyen,

hauteur, même si j’ai beaucoup travail-

de pas être parfait, qu’on respecte notre

lé pour. Je me dis toujours que je dois

art, notre métier et les gens qui le font,

mériter d’être là tout le temps parce que

les gens qui se sont levés pour être sur

d’autres le méritent aussi. J’ai à cœur

le plateau, les gens qui vont prendre leur

d’être crédible. J’ai toujours cette pres-

place de cinéma.

envie d’être à la hauteur de ce qu’on me

sion. Quand un film sort j’ai toujours envie qu’il plaise. D’abord à mes parents

56

Stylisme : Audrey Jehano vMake up : Angie Moulin Hair : Quentin Guyen merci à Justine Fraioli


RENCONTRE

Combi-pantalon Alexandre Delima Manchette Thomas Sabo Bagues Kairos Paris


ZAHO Alors que son troisième album studio est en préparation, c’est dans un tout autre projet musical que Zaho s’illustrera cette année puisqu’elle incarnera la Fée Morgane dans La légende du roi Arthur, le nouveau spectacle de Dove Attia, qui installera son décor médiéval au Palais des Congrès de Paris à partir du 17 septembre 2015 avant de partir en tournée dans toute la France. par dine delcroix / photos : françois Berthier

Stylisme Amad Make up : Camille Lutz Hair : Nenoit Guinot

59


Tu es née en Algérie où tu as vécu jusqu’à tes 18 ans. T’arrive-t-il d’y retourner ? Oui, j’y retourne presque chaque année mais toujours dans le cadre de mon métier parce que je m’étais promis en partant de ne revenir que si je revenais avec un cadeau, un symbole. J’ai dit que je ne reviendrai pas avant d’avoir réussi même si on ne prend jamais rien pour acquis. Depuis, chaque année, dès que je chante en Afrique du Nord, j’ai un passage par l’Algérie où je fais un concert et je reste un peu pour profiter de ma famille plus élargie qui est là-bas.

Quel accueil est fait à ta musique, là-bas ? C’est au-delà de la musique. C’est très symbolique pour eux. Ils se voient en moi. Je suis née là-bas, j’ai grandi là-bas, j’ai fréquenté les écoles publiques là-bas et ils me voient à la télévision donc, à un moment donné, ils se disent «Si elle a pu le faire, on peut le faire». C’est toujours la fête pendant les concerts. C’est très émouvant à chaque fois que j’y vais. Ils ne me laissent pas finir les chansons. Au milieu des chansons, ils scandent «Zaho est à nous !» ou des noms de mon école primaire ou de mon collège. Ils ont longtemps eu des symboles qui étaient autres de par des gens qui sont nés et qui ont grandi en France tout en étant d’origine algérienne.

Que représentes-tu pour le peuple algérien ?

60

Je

représente

l’ouverture

d’esprit,

l’émancipation, la femme moderne. J’entends beaucoup de commentaires disant que je les représente bien. Je ne me sens pas représenter qui que ce soit à part celui que ma musique touche, au final. Il peut être algérien, hollandais ou suédois.

Tu as quitté l’Algérie pour le Canada où tu as découvert la musique professionnellement parlant. Quel rapport as-tu à ce pays ? C’est un pays d’ouverture et de métissage qui m’a adoptée et qui m’a fait me sentir chez moi. Quand je suis arrivée au Canada, une douanière canadienne m’a dit «Bienvenue chez vous !». Cette phrase a raisonné en moi comme une leçon de civisme énorme. Avant d’y aller, je me posais la question de savoir si j’allais avoir un problème identitaire et réussir à me sentir chez moi mais jamais je n’aurais cru que je me sentirais aussi canadienne qu’algérienne parce qu’on m’a ouvert les bras. On prend aussi sa chance et c’est là-bas que j’ai commencé à envisager la musique en tant que métier et que j’ai créé ma première boite de production. J’avais reçu des subventions du gouvernement qui aide justement les jeunes entrepreneurs à promouvoir l’art francophone. La langue française est très préservée dans La Province de Québec. On m’encourageait dans mon envie et je trouvais cela touchant. D’ailleurs, dans mon premier album, j’ai remercié les deux pays en disant «Merci à l’Algérie de m’avoir faite et merci au Canada de m’avoir révélée». On ne remercie pas des pays en général mais c’était pour moi symbolique. Je remercie au final la vie ou


Robe Pierre-Henry Bor Paris Soutien-gorge perso

61


la providence d’avoir ouvert des portes au bon moment.

dios ou de m’inviter sur certains plateaux télévisés et exposée aux gens. Je suis très contente.

Et la France dans tout cela ?

62

La France est venue plus tard. Je ne connaissais la France qu’à travers la télévision parce que j’avais toutes les chaînes française en Algérie. J’ai grandi avec la même culture qu’un français d’autant qu’à Alger où j’ai grandi, on parlait plus français qu’arabe avec mes amis mais je n’avais jamais vécu en France. Cela étonne toujours les gens de m’entendre dire que je suis partie directement de l’Algérie au Canada. C’est vrai que la culture urbaine francophone n’est pas très développée au Canada et les premiers retours que j’ai pu avoir venaient de français installés au Canada. J’ai eu des demandes de bandes originales pour des films français et c’est un peu de cette manière que j’ai compris que ma sensibilité plaisait plus aux français qu’aux québécois même si les canadiens me donnaient les moyens d’exercer mon art et m’encourageaient. J’ai alors décidé de partir à l’aventure en allant en France. Il y a eu un petit choc des cultures parce que ce n’est pas du tout la même mentalité qu’en Amérique du Nord. En Amérique du Nord, on va droit au but alors qu’en France, c’est plus humain mais moins certain et on arrive moins à deviner les gens. Je n’ai pas lâché et, au final, c’est la France qui m’a mise sur un piédestal, qui m’a parrainée et affirmée. Je suis très reconnaissante. On a beau dire ce qu’on veut, je sais que je ne serais pas là aujourd’hui si on avait pas accepté de me jouer sur certaines ra-

Et c’est en France que tu seras à l’affiche de la comédie musicale La Légende Du Roi Arthur à la rentrée. Quelle est la comédie musicale qui t’a le plus marquée ? Comme tout le monde, il y a eu NotreDame de Paris. Quand je suis arrivée au Canada, il y avait cette culture de la comédie musicale francophone mais j’ai toujours eu un regard extérieur là-dessus. Quand je faisais la promotion de mes albums, il y avait toujours une comédie musicale en parallèle.

Allais-tu voir des comédies musicales de ton plein gré ? Non, je n’avais pas cette culture. Je pouvais peut-être en voir à la télévision mais je n’allais pas faire l’effort d’acheter un billet pour aller voir une comédie musicale. Ce n’était pourtant pas une fermeture. J’y suis allée quand j’étais invitée. Kamel Ouali m’avait mis des places pour Cléopâtre, Matt Pokora qui est un ami m’avait aussi invitée à voir «Robin des Bois», par exemple.

Comment en es-tu venue à travailler avec Dove Attia ? Il aimait beaucoup ce que je faisais. Il avait entendu ma ballade Si Mes Larmes


Tombent que j’avais écrite pour Christophe Willem. Il connaissait aussi mes titres Je Te Promet, Tourner La Page. Il m’a contactée parce qu’il voulait qu’on essaye de travailler ensemble sur des musiques. Je ne voyais pas ce qu’on pouvait s’apporter car on vient de deux univers différents. Le meilleur moyen, c’était de tester alors on a travaillé sur des musiques au hasard. Tout s’est très bien passé. Plus tard, il m’a rappelée et on a encore fait d’autres musiques. On a fini par tisser une relation. On s’appelait, je passais pendant l’enregistrement des morceaux de sa comédie musicale 1789 : Les Amants de la Bastille, je lui apportais des fruits de mes voyages en Afrique et ou à la Réunion parce qu’il adore les fruits frais. Un jour, il m’a dit de venir les lui apporter en studio car il voulait savoir ce que je pensais de certaines musiques. Peu de temps après, il m’a dit qu’il allait faire La Légende du Roi Arthur et qu’il aimerait que je fasse partie de l’équipe de création musicale, chose qui m’enchantait énormément.

À quel moment as-tu reçu la proposition du rôle de la Fée Morgane ? On a commencé à écouter beaucoup de musiques celtes et bretonnes pour baigner là-dedans. Il nous disait de quoi il avait envie et quel angle de la légende du Roi Arthur il voulait traiter. Une fois qu’on avait presque tout fini musicalement, il m’a dit qu’il avait rêvé que j’étais la Fée Morgane. C’était probable que ce soit de l’humour car Dove est un grand blagueur. Pendant près d’un mois, j’ai

cru qu’il blaguait mais j’ai commencé à le prendre au sérieux quand il s’est mis à jurer sur la tête de gens qui lui sont chers. Je préparais un album qui devait sortir en même temps que celui du Roi Arthur dont il n’était pas question pour moi d’accepter mais Dove a été force de persuasion en me parlant beaucoup du personnage dont j’ai fini par tomber amoureuse.

Qu’as-tu aimé chez la Fée Morgane ? C’est un personnage mitigé, complexe et intéressant. J’ai été prise d’empathie pour elle. C’était le moment de vivre des choses, de sortir des sentiers battus et de se faire quelques frayeurs. Là, il est question de vivre une aventure avec Dove Attia et de pouvoir avoir des pouvoirs magiques sur scène (rires).

Comment se passe la préparation du spectacle ? C’est une vraie école avec plusieurs cours par semaine et des ateliers d’escrime artistique. On travaille avec un l’un des meilleurs metteurs en scène au monde qui est Giuliano Peparini. Il a notamment fait Le Cirque Du Soleil et il est lui-même ancien danseur étoile. Du coup, je me sens pleine d’énergie, je me sens grandir et j’aborde la vie différemment. Mon prochain album n’aura pas été ce qu’il sera si je n’avais pas vécu cette aventure.

Avais-tu déjà été sollicitée pour une comédie 63


musicale avant La Légende du Roi Arthur ? J’avais déjà été sollicitée pour composer

Penses-tu avoir déçu des personnes de ta «famille musicale» avec ce projet ? La famille musicale urbaine m’a encouragée quand je doutais. Que ce soit Soprano, La Fouine, Rohff ou Nawell Madani, il y a une fierté au-delà d’un soutien. J’ai reçu beaucoup d’encouragement et d’amour.

Quelle différence y a-t-il entre le fait d’écrire pour soi et le fait d’écrire pour une histoire ? La grosse différence par rapport à d’habitude, c’est qu’il y a des tableaux et des scènes précises. C’est comme si j’avais un clip. Je n’ai pas tout écrit mais j’ai écrit pas mal de chansons que je chante pour mettre un peu ma patte et ma sensibilité à l’initiative de Dove Attia. J’ai écrit avec lui et j’ai appris de lui. mais j’avais dit « non ».  Quelle est ton atmosphère idéale pour écrire ? As-tu le sentiment d’aller à l’encontre de ta proposition artistique en participant à un tel projet ? C’est une continuité. Pour les gens de l’extérieur, c’est une surprise mais je pars du principe que Dove Attia n’est pas bête de prendre ce risque. Il est loin de prendre des décisions anodines et il a vu en moi ce que moi-même je n’avais pas encore vu et que je commence à voir. Je n’étais pas si étrangère à ce projet, au final. Je ne suis pas une pièce rapportée puisque j’y apporte ma touche. 64

Pour faire de la musique, j’aime bien être en studio, ne pas être attendue et ne pas avoir de deadline. Les meilleures choses que je fais, c’est quand je m’ouvre à un projet parallèle auquel mon inspiration profite davantage qu’au projet initial. Après, si c’est des paroles, j’aime bien écrire dans une salle de bain parce qu’il y a de l’écho.

A-t-il fallu se plonger dans les romances médiévales pour bien maîtriser le sujet du spectacle ?


Oui mais ce ne sont pas des choses forcées. Je suis une grande fan de Games of Thrones. La musique qui habille la série est superbe. J’aime bien les musiques qui évoquent des choses fortes, qui sont profondes et donnent ce sentiment de grandeur. Après, j’ai écouté des petites flûtes celtes et des cornemuses pour essayer d’être originale dans mes propositions et ce n’est pas plus mal parce que c’est enrichissant musicalement. J’ai écouté aussi The Cranberries et Ed Sheeran pour avoir des formules irlandaises plus modernes, par exemple.

Appréhendes-tu la première du spectacle au Palais des Sports ? Oui mais c’est un bon stress avec beaucoup d’adrénaline qui me pousse à ne pas rater mes cours de théâtre et à m’appliquer.

Comment travailles-tu sur la comédie ? On répète notamment des textes de Victor Hugo ou de Shakespeare. On répète des personnages dont les traits de caractère peuvent se retrouver dans le spectacle. Par exemple, je travaille beaucoup en ce moment sur le personnage de Marie Tudor qu’on appelait «Marie la Sanguinaire» parce que c’était une femme de poigne. Il y a aussi des pièces où je joue des personnages plus doux. Je travaille les deux extrêmes. On fais aussi des scène de films actuels.

Qu’as-tu en commun avec ton personnage ? On a en commun la détermination. Elle a beaucoup de vécu, j’en ai. Avec ce vécu, elle se dit qu’elle n’a pas droit à l’erreur et je pense un peu comme cela. Elle n’a pas froid aux yeux, elle y va, elle croque la vie à pleine dents et moi aussi. Elle a une grande sensibilité, moi aussi. Elle porte une carapace, moi aussi.

Qu’est-ce qui vous différencie ? Elle a choisi le chemin de la vengeance alors que j’ai choisi le chemin de l’indifférence par rapport aux choses qui nuisent à nos vies. Je passe au-dessus.

Quel est ton petit remède contre le trac ? Ne pas le cacher, m’en servir pour rajouter une fragilité et donner un côté humain à mon personnage, tout simplement.

Quelle chanson de ton répertoire te rend le plus fière à ce jour ? Tourner La Page. C’était difficile de l’écrire et je n’allais même pas la garder parce que c’était un jet personnel dans un moment de faiblesse. Quand je vois l’effet de guérison et d’encouragement qu’elle a eu sur les gens, je me dis qu’elle a peut-être banalisé des blessures que j’ai pu avoir et que, finalement, tout le monde vit cela. Il y a toujours pire. On hésite toujours à se mettre à nu dans une chanson et celle-ci 65


m’a encouragée à baisser un peu plus ma garde vis-à-vis des gens. Qui sont les artistes pour lesquelles tu aimerais écrire ? Il y en a beaucoup mais je n’ai pas envie de donner de noms car j’ai déjà été déçue humainement par des gens avec lesquels je voulais collaborer. Je n’avais ensuite plus envie alors qu’ils étaient demandeurs. Je pars du principe qu’on collabore avec quelqu’un quand il y a une chimie, une connexion, un bout d’histoire à raconter ensemble parce que c’est une œuvre qui va rester indélébile et qu’il vaut mieux faire dans un cadre d’envie mutuelle. Je ne crois pas aux coïncidences. Je pense que les hasards sont des rendez-vous.

C’est un grand monsieur !

Sais-tu à quoi ressemblera ton troisième album ? Il ressemblera à ma version de moi au moment où il sortira. Au fur et à mesure que le temps passe, j’écris. Au fur et à mesure qu’il y a des changements en moi, je change des choses. Il y a des thèmes que j’aurais pu aborder il y a un an et qui ne sont plus d’actualité. Il y a des thèmes nouveaux ou qui viendront. Musicalement, je prends plus de risques. L’émotion est le mot d’ordre et il faut que la voix soit mise en avant. Il y a des choses qui bougent et d’autres qui font pleurer. Sur cet album, j’ai envie de produire moins. J’ai gagné beaucoup dans ma tessiture vocale et on va m’entendre dans des registres nouveaux pour moi.

Quelle collaboration t’as le plus marquée ? Francis Cabrel. C’est mon mentor dans l’écriture et c’est lui qui a fait naître en moi l’envie d’écrire en français, l’amour de l’écriture simple et profonde. Il n’utilise pas des mot trop complexes, c’est la combinaison des mots assemblés entre eux qui fait que la phrase peut emmener loin. C’est lui qui est venu vers moi pour me demander d’être marraine des Rencontres d’Astaffort en ayant peur que je refuse, en plus. J’étais choquée (rires). Sa fille lui avait dit que je ne n’accepterai jamais parce que je suis une star (rires). Il m’a dit qu’il aurait aimé écrire Je Te Promets. Je lui ai dit « Si j’écris, c’est grâce à vous ». J’ai passé dix jours chez lui avec sa famille et on est toujours en contact. 66

Sur le plan vestimentaire, tu sembles avoir adopté un style plus casual chic. La Zaho urbaine, c’est fini ? Non, ce n’est pas fini mais on est en perpétuel recherche d’une meilleure version de soi. Le soi extérieur reflète le soi intérieur. Avant, j’étais un peu plus introvertie alors peut-être que le style urbain me correspondait parce que j’avais une plus grosse carapace. Plus j’avance et plus j’aime me dévoiler physiquement et intérieurement, c’est à dire m’ouvrir et essayer des choses qui me plaisent. C’est une suite logique et des envies personnelles.


Body et pantalon

Pierre-Henry Bor Paris, Collier Giuseppe Zanotti

Blazer Cop. Copine Pantalon Mango Collier Only Noa


GRAND CORPS MALADE

publiait l’album Funambule sur lequel on retrouvait le titre Le bout du tunnel en hommage à Laurent Jacqua, un prisonnier au destin hors du commun. La chanson a fini par donner lieu à un court métrage du même nom réalisé par Mehdi Idir et dans lequel on retrouve Izia Higelin, Nicolas Duvauchelle, Richard Borhringer et Kyan Khojandi. Quand la musique fait son cinéma...

En 2013, Grand Corps Malade

Par Dine delcroix / Photos : DR/Julien mignot


Le film Le Bout Du Tunnel porte le titre de

un texte est bien écrit et qu'il raconte

ta chanson parue en 2013 sur ton album Fu-

vraiment quelque chose qui accroche

nambule. En l'écrivant, avais-tu imaginé

avec un début, un développement et une

qu'elle servirait un jour de bande originale

chute. Cela peut aussi marcher avec une

à un film ?

petite mélodie dans la voix mais cela ne

Non, cela s'est fait par étapes. Le but était de faire vivre l'histoire de Laurent

donnerait pas la même ambiance un peu pesante.

Jacqua en un morceau de 4 minutes 30, d'essayer de résumer 25 ans de vie en une chanson, ce qui n'était pas gagné. Je n'avais pas fait lire le texte à Laurent, j'ai attendu qu'il soit mis en musique et que la musique soit mixée avant de le faire venir au studio. J'ai vu dans sa réaction qu'on ne s'était pas trompé car il était

Comment est née l'idée du film ? Mehdi fait tous mes clips. Quand il a entendu ce morceau, il m'a dit qu'il aimerait bien le mettre en images et il n'allait pas faire ce film-là sans ma voix.

content. As-tu été sollicité dans le processus de créaPlus qu'une bande originale pour le film de

tion du film ?

Mehdi, cette chanson sert de voix off narra-

Très peu. Mehdi m'avait parlé de toutes

tive...

les étapes de sa réflexion. Il m'a dit tout

Ce film, c'est un peu un ovni. Ce n'est pas un clip. Mehdi a presque fait un clip sauf qu'il est allé au-delà du clip avec un format inédit en proposant un court-métrage. Il y a ma voix comme si on était sur un clip mais la chanson s'arrête pour laisser des scènes jouer, le tout en noir et blanc et en caméra subjective. Tout cela

de suite qu'il voulait du noir et blanc, de la caméra subjective. Après, on a vu ensemble quel casting on pouvait avoir alors on appelé des potes et on a obtenu des autorisations dans les prisons. J'étais beaucoup dans l'aide à la production mais, sur le scénario, c'est vraiment Mehdi qui a tout fait tout seul.

contribue à accrocher le spectateur. Étais-tu présent sur le tournage du film ? Penses-tu que cette force de narration soit

Oui, pendant tout le film. Laurent Jacqua

une des forces du slam ?

était là aussi puisque c'est son histoire.

Je pense que c'est la force de n'importe quelle chanson à partir du moment où

Du coup, quand on tournait en prison, il a su nous aiguiller sur ce qui était pos69


sible ou pas. Il a une science des prisons,

Son histoire ! Il a tué quelqu'un, il ne

il fait des conférences et connaît toute

faut pas le nier et je n'en fais pas du tout

l'histoire des lois et du milieu carcéral.

un ange dans ma chanson. Il était en po-

On a tourné pendant 3 jours en tout dont

sition de légitime défense mais il était

2 à la prison de Nanterre. Les conditions

armé... Il a pris 10 ans et l'univers car-

étaient assez incroyables parce que les

céral abîme plus qu'il ne répare. Le sys-

détenus étaient présents.

tème carcéral ne marche pas. Tu prends 10 ans et, au final, tu en fais 25 parce que, quand tu rentres là-dedans, tu rentres

Ne penses-tu pas que ce film aurait pu être un long métrage ?

dans une spirale infernale et c'est ce que je voulais exprimer aussi. Ce qui m'a touché vraiment chez Laurent, c'est cette

Mehdi a un peu cette idée-là derrière la

histoire complètement folle : la maladie,

tête et ce n'est pas un scoop.

la prison, l'évasion, le braquage, le retour en prison... Comment peut-on se reconstruire après tout cela ? Lui, en 2000,

Comment avez-vous convaincu Nicolas Duvauchelle, Izia Higelin et Richard Bohringer de participer à l'aventure ? Nicolas Duvauchelle avait écouté le morceau à la sortie de l'album et il l'avait adoré. Il avait dit qu'il serait là si un jour on faisait un clip. Izia Higelin, c'est passé par un contact car je ne la connaissais pas personnellement mais elle a également accroché au morceau. Richard Bhoringer, c'est devenu presque la famille et il a accepté de nous filer un coup de main et de nous faire une petite scène. Il y a

alors qu'il se battait avec ses poings depuis 15 ans, il a décidé d'arrêter cette violence-là. C'est presque une caricature. Il dit lui-même qu'il a arrêté d'utiliser ses poings quand il a commencé à utiliser son stylo. J'ai trouvé assez touchant que cet homme arrive après cette histoire incroyable a tout arrêté pour se racheter une conduite et se mettre à écrire. Cela a été complètement salvateur pour lui. Ce qui est impressionnant aujourd'hui, c'est sa stabilité et son équilibre. Il a des projets, il écrit pour le cinéma et c'est une magnifique reconversion.

aussi Kyan Khojandi qui connaissait Mehdi... Ce sont vraiment des potes qui ont accroché au projet.

Te souviens-tu de ta première rencontre avec Laurent Jacqua ?

Qu'est-ce qui t'a touché chez Laurent Jacqua au point de lui dédier un morceau ?

Oui, bien sûr. On était dans le vestiaire du gymnase de la prison après le concert. Il est venu, il était très speed. Il n'a pas beaucoup parlé avec nous mais il nous

70


a salués. 2 ans plus tard, on a refait un

Cette justice à deux vitesse, on ne peut

concert dans cette même prison et je l'ai

pas la nier.

revu. Il s'est assis avec nous et il a commencé à me raconter le fait qu'il s'était mis à écrire et que cela avait changé sa vie.

Selon toi, comment pourrait-on améliorer les conditions de vie des détenus ? Je n'ai pas la recette. Après, si je vais faire

Penses-tu qu'il ait été victime d'injustice ?

des concerts ou des ateliers de slam en

Je ne sais pas. On ne refait pas l'histoire.

utile. Les gens qui sont en prison ne sont

C'est sûr qu'il s'est fait agresser et que

pas des sous-humains donc il faut conti-

c'était de la légitime défense. Après, la

nuer à les traiter en êtres humains. Il faut

justice a décidé. Il avait quand-même

amener de la culture en prison. C'est in-

un gros calibre sur lui... Moi, je ne veux

dispensable et vital.

prison, c'est parce que je pense que c'est

pas refaire le procès de 1984 mais je peux faire le procès du système carcéral. Qu'il soit coupable ou pas, qu'il mérite ces 10 ans de prison ou pas, au final, il en a fait 25 parce qu'il est rentré dans la spirale de la violence, une sorte de puis sans fond.

Fais-tu des ateliers slam dans d'autres milieux ? Oui, je vais dans des écoles et dans des hôpitaux.

Quel est ton point de vue sur la justice française ? C'est une question compliquée (rires).

Tu as déjà fait du doublage. Aimerais-tu réitérer l'expérience ?

C'est un gros débat ! Cela dépend de

Ce n'est pas un souhait absolu mais s'il y

la justice. J'espère la plupart du temps

a un projet rigolo, pourquoi pas ?

avoir confiance en la justice de mon pays. Après, on sait bien qu'il y a des justices à deux vitesses. On sait bien qu'il y a des petits délits comme la conduite sans permis qui sont punis de 4 ou 6 mois de prison alors qu'il y a de la criminalité en col blanc avec des détournements de millions et des abus de biens sociaux en toute impunité. Il y a des grosses injustices selon 72

les délits et selon l'appartenance sociale.

As-tu justement des projets dans le cinéma ? J'ai sorti un livre qui s'appelle "Patients" en 2012 et je suis en train d'en faire un scénario que je vais sûrement co-réaliser avec Mehdi en 2016. On a déjà des producteurs...


Qu'en est-il de la musique ? Je suis actuellement en pleine tournée et je sors un album en Novembre 2015

viennent de milieux très différents. C'est un album concept, un disque multi-artistes, une compilation d'auteurs.

chez Believe. Ce sera un disque un peu particulier, un disque d'auteurs. Pour la première fois, je vais réunir une dizaine d'auteurs qui viennent tous écrire et interpréter leurs textes façon slam. Ils

Es-tu conscient d'avoir popularisé le slam ? Oui, j'en ai conscience et c'est une vraie fierté. 73


Spécial CANNES Par DINE DELCROIX

C'est du 13 au 24 Mai 2015 que s'est tenue la 68e édition du Festival International du Film sous la présidence atypique des frères Joel & Ethan Coen. Cette année, la sélection cannoise a offert des films de qualité toutes sections confondues sans pour autant déroger aux habitudes stylistiques du célèbre festival. En effet, Cannes ne serait pas Cannes sans quelques plans-séquences à rallonge qui font la part belle à un remplissage excessif traduisant la hâte trop prématurée de passer derrière la caméra chez certains réalisateurs mais c'est peut-être finalement ce qui fait le charme du cinéma dit "cannois" devenu un genre à part entière. Retour sur un palmarès plutôt honnête.

EN COMPÉTITION LONGS MÉTRAGES Palme d'or : DHEEPAN Réalisé par Jacques Audiard Grand Prix : SAUL FIA (LE FILS DE SAUL) Réalisé par László NEMES Prix de la mise en scène : Hsiao-Hsien Hou pour NIE YINNIANG (THE ASSASSIN) Prix du scénario : Michel FRANCO pour CHRONIC Prix d'interprétation féminine Ex-aequo : Emmanuelle Bercot dans MON ROI Réalisé par Maïwenn & Rooney Mara dans CAROL Réalisé par Todd Haynes Prix d'interprétation masculine : Vincent Lindon dans LA LOI DU MARCHÉ Réalisé par Stéphane BRIZÉ Prix du Jury : THE LOBSTER Réalisé par Yorgos Lanthimos 74


COURTS MÉTRAGES Palme d'or du court métrage : WAVES '98 Réalisé par Ely Dagher

UN CERTAIN REGARD Prix Un Certain Regard : HRÚTAR (BÉLIERS) Réalisé par Grímur Hakonarson Prix du Jury - Un Certain Regard : ZVIZDAN (SOLEIL DE PLOMB) Réalisé par Dalibor Matanic Prix de la mise en scène - Un Certain Regard : KISHIBE NO TABI (VERS L’AUTRE RIVE) Réalisé par Kiyoshi Kurosawa Prix Un Certain Talent : COMOARA (LE TRÉSOR) Réalisé par Corneliu Porumboiu Prix de l'Avenir Ex-aequo : NAHID Réalisé par Ida Panahandeh & MASAAN Réalisé par Neeraj Ghaywan

CINÉFONDATION Premier Prix de la Cinéfondation : SHARE Réalisé par Pippa Bianco Deuxième Prix de la Cinéfondation : LOCAS PERDIDAS Réalisé par Ignacio Juricic Merillán Troisième Prix de la Cinéfondation Ex-aequo : VICTOR XX Réalisé par Ian Garrido López & THE RETURN OF ERKIN (LE RETOUR D'ERKIN) Réalisé par Maria Guskova

CAMÉRA D'OR Caméra d'or : LA TIERRA Y LA SOMBRA Réalisé par César Augusto Acevedo 75


TREY EDWARD SHULTS Par Dine Delcroix / Photos : DR

Pour

son premier long métrage, Trey Edward Shults a souhaité raconter un drame familial en mettant en scène les membres de sa propre famille afin de proposer le film le plus personnel possible. Le résultat est un ovni cinématographique qui surprend, intrigue et dérange. Krisha était présenté à la Semaine de la Critique et concourait pour la Caméra d'Or 2015.

S’agit-il de ta première fois à Cannes ? Oui et c’est même la première en France. Je m’attendais pas ce que le film soit reçu à Cannes. C’est surréaliste !

mon personnage et celui de Krisha dans le film est d’ailleurs la même que celle que j’ai pu avoir avec mon père qui est aussi décédé il y a un peu plus d’un an. J’ai essayé de traiter ce sujet familial en proposant quelque chose de cathartique.

Qu’est-ce qui t’a donné l’envie d’être réalisateur ?

Qui a inspiré le personnage de Krisha ?

Je l’ai su dès le plus jeune âge. J’ai tou-

Un peu ma cousine, un peu mon père, un

jours filmé les réunions de famille. Je faisais aussi des films avec mes amis où on

peu ma grand-mère, un peu moi-même.

jouait aux gendarmes et aux voleurs. Les gens m’ont trouvé fou parce que j’ai arrêté l’université pour regarder une tonne de films et étudier la grammaire du cinéma. Voilà où j’en suis aujourd’hui !

Toi-même ? Oui. Elle a ma colère. J’ai eu des problèmes avec la colère. J’aime l’idée de toucher le fond avant de prendre du recul et avoir un peu de perspective. C’est un

Comment est née l’idée du film «Krisha» ? J’avais une cousine qui soignait sa dépendance à l’alcool et qui a fait une rechute à une réunion de famille. 2 mois plus tard, elle a fait une overdose et elle est décédée. L’addiction a l’alcool été présente dans ma famille. La relation entre 76

peu ce que raconte le film mais je veux laisser aux spectateurs la liberté d’en garder ce qu’ils veulent.


Qu’est-ce qui ne va pas chez Krisha ? Elle a des problèmes avec l’alcool et la drogue. Elle a essayé de travailler sur elle-même. Elle pense être prête mais elle ne l’est peut-être pas tout à fait. Je pense qu’elle a désespérément besoin d’amour, besoin d’être aimée. Il y a un joli mystère autour du personnage. Plus on avance dans le film et plus on a envie d’en savoir plus sur elle. Il lui manque un doigt et on se demande pourquoi. Personne ne semble se soucier d’elle... C’est vrai... À part sa sœur qui est toujours là pour elle. L’histoire ne dit pas ce que Krisha a fait dans le passé mais laisse entendre qu’elle a blessé tout le monde. Il est difficile pour les autres d’être gentils avec elle et de l’accepter.

le sauver mais elle a fini par se faire amputer. Ensuite, elle m’a envoyé un e-mail à ce sujet disant qu’elle n’avait plus envie de faire le film. J’ai répondu que nous allions reporter le tournage et que nous tournerons quand elle se sentirait prête. Puis, elle a changé d’avis et elle a décidé de le faire. Pour moi, c’était une jolie facette du personnage, quelque chose que je n’ai pas choisi littéralement mais qui a rajouté un mystère. Kirsha est un film de famille puisque tu y mets en scène ta mère ainsi que ta grandmère et 2 tantes. Ce casting familial était-il une évidence dès le départ ? Oui et c’est ce qui rend le film spécial. Il y a aussi des amis et ils ont tous été très bons. Nous avons d’ailleurs tourné dans la maison de ma mère. Je n’aurais pas pu faire le film sans ma tante dans le rôle principal et sans cette maison. J’avais

Peut-elle être sauvée ? Je pense que oui. Je pense qu’il y a de

imaginé l’histoire dans ce lieu et cela a donné une certaine intimité au film.

l’espoir. À la fin du film, son visage dit beaucoup de choses mais chacun y voit quelque chose de différent. J’avais envie de faire un film qu’on peut regarder plusieurs fois et y voir différentes choses à chaque fois.

As-tu déjà eu des réunions de famille comme celle que tu décris dans ton film ? Nous n’avons pas eu de dîner qui ait autant mal tourné (rires). Nous avons eu des disputes dans la famille mais pas à ce point. Nous avons eu des dîners gênants

Pourquoi lui manque-t-il un doigt ? Deux mois avant le tournage, les chiens de l’actrice qui joue le rôle de Krisha se sont battus et elle a été mordue au doigt. Son doigt s’est infecté et elle a essayé de 78

comme toutes les familles.


T’arrive-t-il d’éviter ces dîners ?

Pourquoi as-tu choisi de filmer ton histoire comme un film d’horreur ?

Oui (rires). Pour moi, la tension était très importante. Quand j’ai vécu la rechute de ma Préfères-tu le dîner de Thanksgiving ou de Noël ?

cousine en famille, j’ai ressenti beaucoup de tension et j’étais comme mon personnage dans le film : assis et incapable de

Je crois que je préfère celui de Noël.

quoi que ce soit. J’ai eu envie de trans-

J’aime la période des vacances, les ca-

mettre ce que j’ai ressenti dans la vraie

deaux...

vie. La première partie du film est drôle, la deuxième est tendue et la troisième et incroyablement triste. J’aime aller sur toute une gamme d’émotions.

As-tu rencontré des difficultés dans le fait de réaliser et de jouer dans le film ?

Dirais-tu que Krisha est un film d’horreur ?

Oui. Le plus dur était la praticité de

Je ne pense pas mais le prochain film sur

tous ces plans-séquences au début. Par exemple, quand Krisha arrive, elle sort de son camion, marche vers la maison et j’entre en scène juste à la fin de cette séquence. Avant cela, je suis en mode réalisateur avec mon moniteur. Puis, je lâche tout pour aller jouer la scène. Il n’y

lequel je travaille est, selon moi, un film d’horreur et sera plus intense. Il y aura plusieurs meurtres (rires). C’est un film que j’ai écrit après le décès de mon mère. Il y est question de peur, de mort, de regret...

a pas eu de coupures.

Il y a justement beaucoup de plans-séquences dans le cinéma «cannois»... Oui, c’est un truc de réalisateur. Pour moi, le fait de ne pas couper crée une réalité. À chaque fois que l’on coupe, on manipule l’audience d’une certaine manière.

79


MAGNUS VON HORN Par Dine Delcroix / Photos : DR

Magnus von Horn s’est inspiré d’un fait divers pour son écrire et réaliser Le lendemain, un drame sur la réinsertion d’un jeune garçon qui a fini de purger sa peine de prison pour le meurtre de sa petite amie. Pour le rôle principal, le réalisateur et scénariste suédois a fait appel à Ulrik Munther, star de la pop en Suède à qui il a offert sa première expérience au cinéma. Les deux artistes étaient cette année à Cannes pour présenter le film, sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs. Quel effet cela fait-il de

sier est classé, il est acces-

son après un tel acte parce

montrer son film à Cannes ?

sible. J'ai ainsi pu lire 70

qu'en Suède, quand on

pages

d'interrogatoires.

a moins de 18 ans, on ne

Ce jeune garçon avait fi-

fait jamais plus de 4 ans de

nir par avouer au bout

prison et ce, quelque soit

de sa troisième rencontre

le délit.

J'ai travaillé sur ce film pendant 5 ans et là, je le montre à un tas de personnes. C'est une démarche tellement exhibitionniste ! J'ai une sorte de paranoïa qui m'amène à observer le moindre mouvement autour de moi

lice. C'était très émouvant parce que je pouvais lire entre les lignes et ce garçon n'avait pas d'antécé-

C'est une justice bien particulière...

dents. Il s'est simplement

Oui, c'est le système sué-

senti trahi en amour mais

dois et je n'ai pas spécia-

il était très jeune et ne

lement cherché à l'expli-

comprenait pas comment

quer dans le film mais

il avait pu commettre un

c'est la réalité en Suède.

tel acte. Il a en quelques

Là bas, les gens peuvent

Ton film s'inspire d'un fait

sortes essayé d'en tirer les

aller en prison pour avoir

divers survenu en Suède, ce-

conséquences et il était

tué quelqu'un en étant

lui d'un jeune garçon de 15

plein de regrets. Cela m'a

enfant et en sortir. D'un

ans qui a étranglé sa petite

fasciné et je me suis dit

côté, je suis fier que mon

amie. Qu'est-ce qui t'a fasci-

que cela aurait très bien

pays croit aux secondes

né dans cette histoire ?

pu m'arriver quand j'avais

chances et d'un autre côté,

15 ans. J'ai alors essayé de

c'est un système très com-

me mettre à sa place pour

pliqué à mettre en place

écrire cette histoire en

car il est plein de risques.

m'imaginant sortir de pri-

Il n'y a pas vraiment de

pendant

la

projection.

C'est stressant mais dans le bon sens du terme.

Je suis tombé sur ce cas en faisant des recherches. En Suède, quand un dos80

avec les officiers de po-


parachutes pour ce qui

pétitions avant de prendre

assuré de bien dissocier la

peut se passer quand tu

ma décision donc il n'y a

musique de la comédie. Je

sors de prison. Il faut s'ac-

pas vraiment eu de risque.

ne voulais pas mélanger

quitter d'un grand bagage

Ulrik est un célèbre chan-

les deux. Le film est une

émotionnel.

teur en Suède mais, pour

chose et la musique en est

moi, c'était un acteur ama-

une autre. Sa carrière mu-

teur qui ne connaissait pas

sicale ne m'intéressait pas.

Avais-tu

l'impression

de prendre un risque en

m'en suis servi.

Dans ton film, tu ne montres

confiant le rôle principal

pas la violence. Était-ce un

au chanteur Ulrik Munther ?

parti pris dès le début ou cela

Non, ce n'était pas un risque. Tous les jeunes acteurs du film sont amateurs. Les amateurs ne

82

son talent d'acteur et je

Le fait de choisir un chanteur

s'est-il précisé au montage ?

pour incarner le personnage principal pouvait toutefois

C'était intentionnel. Le

décrédibiliser le film...

film est à 90% fidèle au script. La violence est om-

sont pas conscients de

J'y ai pensé mais je suis

niprésente mais pas de

leurs talent et je les aime

allé très loin avec lui avant

manière physique. C'est

avant qu'ils n'en prennent

de le choisir parce que je

une violence indirecte et

conscience. J'ai fait des

ne savais pas si j'allais arri-

passive, ce qui est pire. Le

castings et beaucoup de ré-

ver à le diriger. Je me suis

personnage principal pré-


fèrerait une violence phy-

Pour moi, ce qui comptait,

des mécanismes trop évi-

sique car la violence pas-

c'était qu'il n'y ait que des

dents aux spectateurs.

sive le ronge de la pire des

hommes dans sa famille.

manières. L'histoire se dé-

Il y a une absence totale

veloppe avec les person-

de femme. Depuis qu'il a

nages. Ils ne disent jamais

tué une fille, John a be-

rien de spécial qui pour-

soin d'en rencontrer une

rait clarifier les choses.

autre afin d'avancer dans

Nous découvrons leur his-

la vie mais il n'y a pas de

toire en les suivant un peu

femme à la maison. Si

comme des touristes dans

j'avais expliqué l'absence

leur vie.

de la mère, cela aurait été retenu comme une raison à son geste et je ne voulais

Es-tu quelqu'un de violent ?

pas. Les personnages le

Pas du tout mais je suis

soin d'en parler.

savent mais n'ont pas be-

quelqu'un d'assez peu expressif sur le plan émotionnel et cela peut être négatif. C'est une raison pour laquelle j'aime faire des films, c'est une sorte

Quelle scène du film a été la plus difficile à mettre en boite ?

d'exutoire pour mes émo-

La scène du garage quand

tions et cela me permet

John parle à la fille et lui

d'évacuer des choses.

raconte ce qu'il a fait.

Dirais-tu que la violence vient de notre société ?

Cette scène était importante et très compliquée à réaliser

Je pense que la société est violente, oui. C'est une violence passive mais c'est

Pourquoi n'utilises-tu pas de

la pire.

musique dans ton film ? Je n'utilise pratiquement

L'absence de la mère n'est jamais expliquée dans le film. Pourquoi ?

jamais de musique dans mes films. J'aime raconter les histoires de façon organique. La musique donne 83


ULRIK MUNTHER Par Dine Delcroix / Photos : DR

C'est la première que tu viens

Qu'est-ce qui t'a fait accep-

Comment as-tu travaillé sur

à Cannes ?

ter ce rôle comme première

le tempérament de ton per-

expérience au cinéma ?

sonnage ?

neur d'être au Festival In-

Je viens de la musique et

J'ai travaillé avec le réa-

ternational du Film. C'est

j'ai l'impression que je

lisateur. Il m'a beaucoup

ma première expérience

n'étais pas vraiment pris au

parlé du personnage, de

en tant qu'acteur.

sérieux en tant qu'adulte.

ses sentiments et de ses

Ce qui m'a intéressé, c'est

actes afin que je puisse

que ce film s'inspire d'une

le comprendre vraiment.

histoire vraie, qu'il est très

En incarnant John, j'al-

sombre et qu'il constitue

lais forcément lui donner

un grand pas pour moi car

quelque chose moi.

Oui et c'est un grand hon-

En tant que chanteur reconnu en Suède, quel effet cela te fait-il de présenter un film dans un pays où tu es anonyme ?

j'ai dû sortir de ma zone de confort pour rentrer dans l'esprit de ce personnage.

Qu'as-tu en commun avec

Cela me plaît ! Je n'aime

Je pense que c'est de cette

pas vraiment être célèbre.

manière qu'on évolue en

Je vis constamment avec

tant que personne et ar-

ce truc d'être reconnu et

tiste. C'était un challenge.

Il y a un jeu d'acteurs

j'ai toujours la pression

J'ai adoré le script. Quand

très scandinave au niveau

d'être moi-même quand je

j'ai rencontré le réalisa-

émotionnel. C'est un film

suis à l'extérieur. Quand

teur Magnus von Horn,

très calme et je suis ain-

tu es un parmi d'autres, tu

je l'ai vraiment apprécié.

si moi-même en tant que

peux faire des erreurs ou

Lorsque j'ai été contacté

personne tout comme l'est

agir de manière étrange

pour ce rôle, cela m'a don-

John. Je suis fier de garder

sans que cela n'intéresse

né confiance en moi et je

mon calme. Quand je n'y

les gens.

ne pouvais pas refuser.

arrive pas, j'ai honte de ne

John, ton personnage dans le film ?

pas pouvoir me contrôler.

84


T'arrive-il d'être hors de

autre. Ce film, je ne l'ai

cela oriente les sentiments

contrôle ?

pas fait pour être vu au ci-

du spectateur. Je peux

néma, je l'ai fait parce que

comprendre pourquoi le

c'était un challenge et un

réalisateur n'a pas voulu

sujet important avec un

de musique. Le film est

bon script.

fort et l'absence de mu-

Oui, je pense que dans de mauvaises circonstances, cela peut m'arriver.

sique le rend plus réaliste et permet de ressentir Jusqu'où peux-tu aller dans ces moments-là ?

As-tu peur de décevoir tes fans ?

J'espère ne jamais le découvrir. Je peux crier, je peux probablement pousser quelqu'un un peu fort...

Non. Je pense que mes plus grands fans veulent me voir tout faire. Quand on voit le film, on voit

L'idée de contribuer à la bande originale du film t'at-elle effleuré ?

que ce n'était pas juste

Avant de lire le script et

pour faire du cinéma et on

de savoir ce que le film al-

peut comprendre que j'ai

lait raconter, cela m'a tra-

Aimerais-tu continuer la co-

eu envie de faire quelque

versé l'esprit d'être musi-

médie ?

chose de différent. En fait,

calement impliqué dans la

j'étais beaucoup plus ner-

bande originale du film en

Je ne pense pas en avoir

veux à l'idée de décevoir

chantant ou en composant

besoin, pas maintenant,

le réalisateur. Il m'a choi-

une musique mais c'est

du moins, mais j'espère

si et j'en suis très heureux

évident que cela n'aurait

vraiment

j'aurais

mais il pouvait être dur et

pas fonctionné. Je pense

l'occasion de renouveler

me mettre beaucoup de

aussi que le réalisateur ne

l'expérience avec un rôle

pression. J'avais parfois

voulait pas mélanger ma

différent. J'ai le privilège

l'impression que je ne lui

personnalité et ma car-

d'avoir une carrière dans

donnais pas assez et c'est

rière musicale.

un autre domaine alors

justement ce dont j'avais

je vais continuer ma mu-

besoin pour me dépasser.

que

sique. Je ne m'étais jamais imaginé jouer la comédie. C'est très américain comme démarche et cela me paraissait superficiel. Ce n'est parce que je suis bon dans un domaine que je peux me lancer dans un 86

vraiment les choses.

Il n'y a pas de musique dans le film. Comment vis-tu cela en tant que chanteur ? Les

bandes

originales,

c'est bien mais, parfois,


ZITA HANROT Par Dine Delcroix / Photos : François Berthier

Elle

faisait des débuts prometteurs en grande soeur de Manu Payet dans en 2012, la voici aujourd’hui dans Fatima, le nouveau film de Philippe Faucon présenté cette année à la Quinzaine des Réalisateurs. Nous avons rencontré cet espoir du cinéma français pour sa première fois à Cannes.

Radiostars

Est-ce la première fois que tu viens à Cannes ? Oui. J'imaginais cela plus stressant (rires). Je trouve cela bien de venir parler d'un film qu'on a fait et de pouvoir le défendre, le montrer. J'aime bien cette

j'allais faire le film. J'ai alors commencé à regarder son travail et j'ai beaucoup aimé son cinéma. C'est humain et fin avec pudeur et élégance. Il fait aujourd'hui partie de mes réalisateurs français préférés.

ambiance de travail.

Comment as-tu réagi à la première lecture Comment t'es-tu retrouvée à jouer dans "Fatima" ? Mon agent m'a dit de rencontrer le réalisateur Philippe Faucon pour son prochain film. Je ne connaissais pas son travail. J'ai fait une première session d'essais où il m'a donné la réplique sur une scène entre mon personnage et son père dans une cuisine. C'était très fluide dans la façon de jouer et rien n'était poussé. Il m'a rappelée pour une deuxième session d'essais en présence du chef opérateur et du directeur de la production. Là, on a essayé d'autres scènes avec des lumières. Ensuite, il m'a rappelée pour me dire que 88

du scénario ? Je me reconnaissais beaucoup plus en Souad, la petite sœur qu'en Nesrine, mon personnage, dans le tempérament insolent car j'ai été ainsi. Nesrine, je ne la comprenais pas forcément à la première lecture. Je la trouvais très calme. J'aime bien les scènes un peu explosives et il m'a fallu comprendre ce que j'allais défendre. Plus je lisais le scénario et plus je trouvais Nesrine belle avec une volonté forte, des failles intéressantes, un engagement par rapport à ses études et à sa mère... Elle a énormément de douceur et de reliefs.


As-tu malgré tout fini par te trouver des points communs avec ton personnage dans le

As-tu appris l'arabe à force de l'écouter ?

film ?

Non mais je viens de tourner un film

Oui. J'ai fait le Conservatoire National

gine algérienne.

dans lequel je joue une jeune fille d'ori-

de Paris et, pendant que je préparais le concours, je faisais serveuse pour payer mon école et mon loyer. J'étais obsédée par l'idée de réussir ce concours. Je ne voulais pas quitter Marseille pour ne rien

Les acteurs de "Fatima" ne sont pas tous pro-

faire. J'ai cette détermination et cette es-

fessionnels. As-tu été gênée par leur manque

pèce d'exigence en commun avec elle.

d'expérience ?

Cette façon aussi d'essayer de tempérer les choses.

Pas du tout. J'ai effectivement fait une école et quelques films avant mais ce n'est pas la réalité d'un plateau. C'est la première fois que j'ai un rôle aussi important et aussi riche. Du coup, j'étais

Comment as-tu travaillé avec Soria Zeroual qui joue le rôle de Fatima et qui te donnait la réplique en arabe dans le film ?

tout autant fragilisée que les autres et je n'avais pas l'impression d'avoir plus d'expérience qu'eux.

Techniquement, j'avais le scénario en version française et elle avait sa version arabe parce qu'elle ne lit que l'arabe. Je connaissais son texte. On répétait le matin

Abordes-tu tes rôles comme un nouveau dé-

dans les loges pour connaître mes tops.

part systématique ?

Elle me disait plusieurs fois le dernier mot de sa réplique. Même si la langue est

Complètement ! Je remets tout en ques-

différente, on comprend les intentions

tion et je repars à zéro à chaque fois.

et du coup, c'est une approche plus sensible car il faut se rattacher au regard, au visage et pas forcément au sens du mot.

90


Pavle Vučković par dine delcroix / photos : dr

Connu de la Croisette grâce à ses prix à la Cinéfondation en 2003 et 2007, Pavle Vučković  était de retour à Cannes cette année en Séance Spéciale avec Panama, un premier long métrage candidat à la Caméra d'Or. Rencontre avec le réalisateur serbe.

Tu es déjà venu à Cannes LinkedIn. Pour moi, les Ton avec

2

courts

Cela

fait

quoi

film

métrages. réseaux sociaux sont un d’une de

parle

jeunesse

surtout perdue.

reve- outil pour exprimer diffé- Quel regard portes-tu sur

nir avec un premier long ? rents niveaux de jalousie les jeunes de nos jours ? et ils ont tout ce matériel J’ai eu une assez longue à base d’images et de pho- Je ne peux pas les décrire et pause entre mon dernier tos pouvant engendrer la je n’ai pas essayé de décrire court et ce premier long et jalousie. Sur le plan émo- la jeune génération dans c’est une sorte de soulage- tionnel, les gens sont très ce film mais j’ai cherché à ment pour moi. Je m’étais dépendants

des

réseaux exprimer ce que m’inspire

mis la pression pour ne pas sociaux et j’ai pensé que ce genre de relations ainfaire quelque chose de qua- c’était un bon instrument si que les réseaux sociaux. lité inférieure. C’est une de travail pour mon film. Je suppose que la jeune sorte de nouveau départ

génération

pour moi. C’était un long

est bien plus influencée

processus et c’est pour cela

par Internet que je ne l’ai

que je le vis aujourd’hui Trouves-tu comme un soulagement. sociaux

les

d’aujourd’hui

réseaux été moi-même à cet âge.

destructeurs

?

Je pense qu’ils peuvent détruire Pourquoi

as-tu

parler

des

ciaux

dans

choisi

réseaux Panama

quelque

chose, Penses-tu que l’amour existe

de oui. Ils peuvent à la fois encore chez les jeunes ? so- aider les gens à se connec? ter entre eux et à se dé- Dans chaque partie de l’hisconnecter. Je ne suis pas toire de l’Homme, il y a dif-

Jusqu’à présent, je n’ai contre les réseaux sociaux férents obstacles à l’amour, pas été vraiment partisan mais je pense qu’ils ont qu’il s’agisse de politique, 92

des réseaux sociaux à part des

effets

de secondaires.

religion,

d’Internet...


Je pense que les jeunes As-tu eu du mal à convaincre Pourquoi Maya part-elle ? peuvent aimer, bien sûr. les acteurs de jouer nus ? Elle est partie parce qu’elle Pourquoi mettre

as-tu

autant

choisi de

de Je n’ai pas eu de problèmes n’avait aucune raison de

scènes avec cela. Dès le départ, le rester. Sa grand-mère est

de sexe dans ton film ? acteurs savaient que leurs morte, elle n’était pas saparties intimes n’allaient tisfaite de ses relations avec J’ai choisi d’avoir beaucoup pas être filmées d’autant les garçons et elle n’avait de scènes de sexe parce qu’il ne s’agissait pas de rien à perdre. Contraique c’est un mode de com- vrais rapports sexuels. Ils rement à elle, les autres munication entre les pro- n’ont ainsi pas eu de souci personnages

sont

dans

tagonistes. Il y a une diffé- avec le fait de se déshabiller. une sorte de bulle. Elle rence entre ce qu’ils disent

est finalement le seul per-

et ce qu’il font vraiment.

sonnage positif du film.

Cet équilibre est important pour le film car l’his- Pourquoi as-tu choisi spétoire parle de mensonges et cifiquement la ville de Pade vérité. J’ai juste eu en- nama pour ton histoire ? vie d’en faire un dialogue entre

personnages. L’un

les

des

personnages,

Maya, va là-bas. Je ne voulais pas qu’elle aille dans un pays occidental et qu’on Ces

scènes

difficiles

à

étaient-elles pense qu’elle partie pour réaliser

? des raisons matérielles. Je ne voulais pas qu’elle choi-

Pour des raisons finan- sisse un endroit touristique cières, nous avons mis 2 ans et c’est pour cela que j’ai à faire le film et nous avons choisi Panama. Ce qui est tourné en 3 étapes. J’ai marrant, c’est que, un an beaucoup appris durant ce après avoir écrit le script, premier long métrage. J’ai j’ai lu sur Wikipedia que eu l’idée de tourner toutes les gens les plus heureux les scènes de sexe à part. vivent à Panama (rires). Ainsi, les acteurs ont pu se focaliser sur deux manières différentes de jouer sur deux périodes différentes. 94


Niels SCHNEIDER


PORTFOLIO CANNES


L’acteur US PAul Dano dans YOUTH


Rachel Brosnahan que l’on a decouverte dans House Of Cards


Anton Yelchin


Ariane Labed


John C. Reilly avait 3 films Ă Cannes cette annĂŠe


l’acteur Chang Chen


Francois damiens venait dĂŠfendre le film Les COW-BOYS


Gabriel Byrne, shootĂŠ en quelque secondes au Silencio


l’acteur Jeremie elkaim

Le rĂŠalisateur Belge, Jaco Von Dormel


Gaspar noĂŠ venu presenter son film controversĂŠ Love


la jeune Mackenzie Foy, vue dans Interstellar, pour Le petit prince


Louise Bourgoin pour Un soldat


les legendes Michael Caine et Harvey Keitel


Barbet schroeder


la top model russe, egerie L’orÊal, natasha poly


The Blind truth


Nathan ZAnagar Repéré lors de sa participation aux inRocKs lab, le concours de découvertes musicales des Inrocks, Nathan Zanagar est l’heureux interprète du single Le jeune dont il a réalisé le clip. Voici son amusant BLIND TRUTH. Par dine delcroix / photos : MArtin lagardère

Lorsque tu te regardes dans la glace le matin, que te dis-tu ?

Quelle super héroïne aurais-tu aimé être ? Buffy Summers.

J’accepte mes cheveux du jour. Quel pouvoir magique aimerais-tu avoir ? À qui voulais-tu ressembler quand tu étais enfant ?

Savoir jouer génialement de tous les ins-

Céline Dion.

répondre autre chose.

Si tu avais une baguette magique, que chan-

Quel prénom aurais tu-aimé porter ?

gerais-tu ?

truments. Mais demain je pourrais vous

Je n’y ai jamais pensé. Je suis content

La question.

avec le mien.

Si tu devais emporter une seule chose sur une

Que peut-on entendre comme message d’ac-

île déserte, laquelle serait-ce ?

cueil sur ta boite vocale téléphonique ?

De la musique.

Un message ultra classique avec une tentative de voix profonde et mystérieuse.

115


Quand et comment as-tu cessé de croire au

Que ferais-tu s’il ne te restait que 24 heures

père Noël ?

à vivre ?

Que voulez vous dire ? Je ne devrais plus

Du classement, du rangement, un peu de

y croire ? Vous plaisantez j’espère.

ménage…

Que peux-tu me dire de négatif sur toi ?

De quelle question aimerais-tu avoir la ré-

Je suis visiblement très mauvais en interview.

ponse ? Je me demande si Sting a jamais entendu une version que j’ai faite de l’une de ses chansons The Hounds of Winter.

Et de positif ? J’aime Céline Dion.

Quel a été ton dernier instant de solitude ? Ah non ! Trop privé.

Qui veux-tu épater le plus ? Les gens que j’admire et ceux qui croient en moi.

As-tu menti pendant cet entretien ? Bien sûr.

116


INTERvIEW PREMIERE FOIS Tania Raymonde incarnait Alexandra Rousseau dans la série Lost et sera bientôt à l’affiche du film très attendu Manson Girls de Susanna Lo qui évoquera l’histoire du célèbre criminel américain Charles Manson. En attendant, l’actrice californienne nous raconte ses premières fois.

IA N TA

Top : Jitrois Soutien gorge et culotte : Tara Paris Collier : Cabinet Oseo Bracelet : Pasquale Bruni Bague : Atelier Renée

D N O M RAY


DE

PAR Photos Dine D : Fra elcroix nรงoi / s Ber th

ier


Première voiture ? Dodge Challenger.

Premier souvenir ? L’odeur des pralines chaudes sur la place Saint-Nicolas à Bastia.

Premier métier que tu voulais faire ? Vétérinaire.

Premier baiser ? Jacques Dubois en CE2 dans la salle de Karaté.

Premier amour ? Jack Nicholson dans Chinatown».

Première fois ? Mon père se retournerait dans sa tombe si je le disais.

120


Robe : Jitrois Bague : Pasquale Bruni Bracelet : Una Nox

121


Premier chagrin d’amour ? À 10 ans, quand Justin Timberlake et Britney Spears se sont mis ensembles : c’est quand j’ai réalisé que je l’avais perdu à jamais.

Premier animal de compagnie ? Kenzo, un pinscher nain qui détestait les hommes et a mordu mon père. Premier disque acheté ? Spice Girls.

Premier concert ? Snoop Dogg.

Premier film culte ? Stranger Than Paradise de Jim Jarmusch.

Premier livre culte ? The Childlike Life Of The Black Tarantula par Kathy Acker.

Premier prof détesté ? Tous mes professeurs de maths du jardin d’enfants à la terminale.

122


Robe : Jitrois Bracelet : Una Nox


Premier prof adoré ? Monsieur Manchon, CPE et professeur de français.

Premier choc dans la vie ? La mort de mon père.

Premier voyage ? En corse à 3 ans pour le baptême de mon cousin.

Premier péché ? Piquer un paquet de cigarettes à 12 ans dans le sac d’une amie de ma mère.

Premier job ? Guest-star sur la serie Providence à 12 ans, habillée en Alice au Pays des Merveilles.

Premier vote ? À 18 ans pour l’élection de Barack Obama.

Premier sentiment de fierté ? À 9 ans quand j’ai joué Dorothy dans Le Magicien D’Oz au théâtre du Lycée Francais de Los Angeles.

124


Combi short : Pepa Loves Collier : Tony Yaacoub chez DDS Vintage Manchette : Torrente chez DDS Vintage


MODE Photos : Franรงois Berthier Stylisme : Morgan De steur

make up : emilie plume hair : Laurie anne zanoletti assistant : florian fromentin


Pull H&M Pantalon Stéphanie Coudert Manchette Fendi Bagues Daphné Dasque Collier Mors à cheval


Jupe Soledad Nunez Soutien gorge Dim Sautoir Chanel Bague & Bracelets DaphnĂŠ Dasque Sandales Zara


Top Atil Kutoglu Body Wolford Collant Dim Bottes Givenchy Bracelet de force BHV Bagues StĂŠphanie Coudert Cravache Pikeur


Robe Stéphanie Coudert Bottes Givenchy Manchette MDS Bagues Daphné Dasque Collier Forever 21


Veste & Jupe Soledad Nunez Lunettes Miu Miu


Robe Atil Kutoglu Bagues DaphnĂŠ Dasque Bracelet de Force BHV Ceinture MDS


Top Soledad Nunez Jupe The Kooples Bagues DaphnĂŠ Dasque


Short Soledad Nunez Collant Dim Sandales Prada Sac Lady Dior Bijoux DaphnĂŠ Dasque


Veste Soledad Nunez Pantalon VentCouvert Bijoux DaphnĂŠ Dasque Sandales Zara


LA FILLE QUI REND BLIND Cette année, Louise Bourgoin était à Cannes pour présenter Je Suis Un Soldat dans la section Un Certain Regard. Dans ce drame franco-belge signé Laurent Larivière,  la jeune femme démontre l’étendue de sa gamme de comédienne en incarnant une trentenaire sans emploi qui se retrouve mêlée à un trafic de chiens. Arborant sa nouvelle coupe de cheveux, l’ex Miss Météo de Canal+ a ébloui la Croisette.

Par dine delcroix / photo : françois berthier

LOUISE BOURGOIN


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THEBLINDMAGAZINE #21  

david mora, tove styrke, constance rousseau, jenna thiam, clovis cornillac, alice pol, zaho, tania raymonde

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