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INDISCRÉTIONS


INDISCRÉTIONS Entre théâtre et photographies Pour la seconde année, de janvier à décembre 2019, les étudiant·e·s de la formation supérieure en photographie du CEPV ont été invité·e·s à explorer le Théâtre Vidy-Lausanne à leur façon. Ils·elles pouvaient circuler dans le bâtiment, s’intéresser à un métier ou à un des espaces du théâtre et ils·elles fréquentaient les artistes et les spectacles, en répétition ou en représentation. Tout en s’insérant dans les usages du lieu, ils·elles étaient libres de leur approche: documenter ce qu’ils·elles découvraient ou reporter les enjeux d’une œuvre voire les méthodes de création d’un artiste sur leur propre pratique photographique, par exemple. Le jeu d’influence du théâtre sur la photographie, à travers leurs regards en formation, restait ouvert et multiple: il s’agissait d’une rencontre, d’une imprégnation, d’une inspiration, d’un transfert voire d’un trafic entre deux arts entre lesquels le dialogue a de tout temps été riche et fécond. Un premier aboutissement de cette invitation de Vidy à participer à la formation de ces jeunes auteur·rice·s du CEPV est une exposition, intitulée justement Indiscrétions, installée dans la Kantina de Vidy du 23 janvier au 1er mars 2020. Cette exposition proposée aux spectateur·rice·s du théâtre est autant le témoignage de cette initiative partagée entre Vidy et la formation du CEPV que le reflet d’un an de créations à Vidy à travers le regard de jeunes photographes. Cette exposition est complétée par la présente publication. Plutôt qu’un catalogue d’exposition, elle a été pensée comme un second support de restitution de cette même enquête photographique collective. Si le mur d’une cimaise offre une possibilité de montage dans l’espace et de circulation libre du regard d’image en image dans plusieurs directions, la publication propose une continuité toute différente qui invite à découvrir, lire et agencer les photographies en suivant une autre logique. Ce nouvel agencement a fait surgir quelque chose d’inattendu de cet ensemble d’images – une sorte de ligne de force, de rapprochement imprévu, une autre discrète cohérence qui n’appartient à aucun des photographes mais traverse leurs différents regards. Si l’exercice est intéressant pédagogiquement – une image se révèle par son contexte de présentation autant que par son sujet et sa forme – il est aussi stimulant intellectuellement. Les images semblent en


effet former un corpus cohérent, malgré leur grande diversité d’approche et de style, qui se situe à l’intersection du théâtre et de la photographie, mais aussi dans un dialogue avec l’époque. Mises, si l’on peut dire, face à face et bout à bout, elles racontent la plasticité de l’identité, autrement dit la fabrique artificielle du signe et du sujet, la déconstruction des stéréotypes et l’invention d’une identité fluide, mouvante, adaptative, qui tranche avec le déterminisme oppressif et excluant qui a longtemps encadré cette notion. L’acteur·rices comme la photographie est et n’est pas: ce qu’ils exposent repose sur le réel mais l’un comme l’autre le transforme sans qu’on puisse dire ce qui relève du vrai ou du faux, du réel ou de l’invention – et dans cet interstice incertain se logent tous les plaisirs et les inventions de ces deux arts. Le travail réalisé par les étudiant·e·s du CEPV à Vidy, comme nombre de spectacles contemporains, tend à montrer que dans ce trouble repose également l’invitation à la curiosité, la richesse des rencontres et l’occasion d’un vivifiant renouvellement des questions liées à cette toujours pernicieuse problématique de l’identité – voici quelques indiscrétions dans la fabrique de soi.

Eric Vautrin Dramaturge du Théâtre Vidy-Lausanne Décembre 2019


LE LIEU DE SOI Nous n’existons pas en dehors des lieux que nous habitons et fréquentons. Ils participent de la façon dont nous nous percevons et dont nous sommes perçu·e·s. Ils sont ainsi une part active de notre identité. Ils autorisent: ils invitent ou restreignent, ouvrent, protègent ou enferment, stimulent ou oppressent. Ce n’est pas le lieu en lui-même, mais bien une relation: une ville, une rue, une chambre sera un espace de liberté pour celui ou celle-là et un espace contraint voire oppressant pour l’autre. Les lieux où nous naissons, grandissons et agissons déterminent une part de nous-mêmes – mais les révèlent aussi: nous ne sommes pas les mêmes ici ou là, dans un contexte ou un autre. L’identité est composite et ces différents espaces de nousmêmes cohabitent plus ou moins – la diversité des lieux effectivement accessibles le permet, en tous cas. Ils nous mettent en scène, forment le décor de ce que nous devenons. Les comédien·ne·s le savent: un décor n’est pas un simple ensemble de signes ou une belle image, il détermine des possibles, stimule des initiatives, encadre le comportement du personnage en construction. Il agit autant sur le corps, ses élans et ses fatigues, que sur l’imaginaire ou les voix, leurs portées ou leurs résonances. Les photographes le savent, un sujet n’existe pas en dehors de ce qui l’entoure et qui parfois fait l’essentiel de l’image. L’espace alentour, la façon dont il est découpé, morcelé ou séparé, participe de la façon dont nous l’identifions. L’identité n’est pas un donné, mais une relation composite – les photographies la saisissent avec une belle délicatesse.


YLENIA PAPPALARDO autour du spectacle Festen de THOMAS VINTERBERG/MOGENS RUKOV, mis en scène par CYRIL TESTE/COLLECTIF MXM


FAHNY BAUDIN autour du spectacle Retour à Reims de THOMAS OSTERMEIER, d'après DIDIER ERIBON


«Tu ne voulais pas reproduire la vie de ton père et de ton grand-père avant toi. Ils avaient travaillé directement après l’enfance, à quatorze ou quinze ans. Ils étaient passé sans transition de l’enfance à l’épuisement et à la préparation à la mort, sans avoir le droit aux quelques années d’oubli du monde et de la réalité que les autres appellent la jeunesse. [...] Mécanisme classique : comme tu as eu l’impression de ne pas avoir vécu ta jeunesse jusqu’au bout tu as essayé de la vivre pendant toute ta vie.» Tiré de Qui a tué mon père? d’Édouard Louis


PERRINE BREMKE autour du spectacle HOMINAL/XABA de MARIE-CAROLINE HOMINAL /NELISIWE XABA


Perrine, 23 ans : « J’ai réalisé cet autoportrait suite aux mises en scène réalisées par mes parents, mes sœurs et mon frère. Je leur ai demandé de me photographier de la manière qui me représenterait le mieux, selon eux. Ils sont plus proches de moi, que moi de moi-même »


Gaétan, 19 ans : « Avant on s’amusait dans cet arbre, maintenant on ne sait plus s’amuser, on est devenu trop conscient »


Ségolène, 18 ans : « J’ai envie de te photographier comme tu ne te montreras jamais aux autres »


Bérangère, 26 ans : « On dirait toujours que tu souffres »


Reine, 18 ans : « Tu es quelqu’un de fragile qui se laisse faire »


Amarante, 22 ans : « Parfois tu es belle sur les photos, parfois tu es bizarre, j’ai envie de te photographier avec ta fleur préférée »


Béatrice, 53 ans : « Tu pleurais toujours quand je partais en voyage, alors je te faisais écouter Je suis venue te dire que je m’en vais de Serge Gainsbourg, ça me faisait rire, parfois je te vois toujours comme l’enfant que je coiffais avec la petite fleur bleue »


Andreas, mon père, 58 ans, : « Sehnsucht beschreibt dich am besten »


PAULINE HUMBERT autour du spectacle Pièces de guerre en Suisse d’ANTOINETTE RYCHNER, mis en scène par MAYA BÖSCH


MÉLISSANDE PREPERIER autour du spectacle Minuit de YOANN BOURGEOIS


PAULINE HUMBERT autour du spectacle Love is a river d’ALEXANDRE DOUBLET


DANS L’OMBRE DU VISAGE L’identité est affaire de face à face. Qu’est-ce qui trouble un visage, qu’est-ce qui s’y reflète? Qu’est-ce que nous croyons reconnaître dans un regard? Il s’y joue la confiance ou le doute et les stéréotypes s’en nourrissent comme un voile qui ralentit la découverte. Mais il y a aussi ce qui se dérobe au regard, la part cachée de soi qui nous souffle ce que nous sommes ou devenons, le texte crypté de nos actions – heureusement que tout ne se voit pas et que chacun·e garde une part de mystère. C’est ce qui s’oppose le plus fermement aux assignations sociales et invite à prolonger la rencontre. Dans les traits d’un personnage se glissent ceux de l’acteur·rice, mais ceuxci échappent : impossible de savoir s’il·elle est ainsi ou non, « dans la vie ». Un portrait photographique est toujours trouble: il dit autant de celui ou celle qui est photographié·e que de celui ou celle qui regarde. Ainsi l’identité supposée d’un·e autre nous dit souvent plus de nous-mêmes, de nos justes joies et de nos doutes, nos désirs et nos angoisses, que de celui ou celle qui se tient face à nous. Le visage est le seuil mouvant sur lequel se trame le mystère de la rencontre, ce qui la nourrit et ce qui la retient. Les étudiant·e·s photographes en témoignent avec une acuité qui ne laisse pas de surprendre.


ALINE BOVARD RUDAZ autour du spectacle Sopro de TIAGO RODRIGUES


SALEM MEMIC autour du spectacle Et Dieu ne pesait pas lourd… de DIEUDONNÉ NIANGOUNA, mis en scène par FRÉDÉRIC FISBACH


APICHAT GANGUILLET autour du spectacle La Vallée de l’étrange de STEFAN KAEGI/THOMAS MELLE/MÜNCHNER KAMMERSPIELE


YLENIA PAPPALARDO autour du spectacle La Vallée de l’étrange de STEFAN KAEGI/THOMAS MELLE/ MÜNCHNER KAMMERSPIELE


LE JEU DE L’ÊTRE Les stéréotypes et les assignations sociales enferment mais sont parfois difficiles à déjouer – pourtant ils peuvent aussi devenir un terrain de jeu, une matière dans l’invention de soi. Ils ne sont pas les seuls: tout est bon à prendre dans la fabrique de sa propre identité. Mettre en jeu ce que nous montrons, transformer ce qui contraint en artifice malléable, trafiquer nos mémoires et nos usages participent à défaire les angoisses et ouvrir les possibles. C’est aussi à chaque fois une invitation, adressée à celui ou celle qui regarde, à entrer dans la danse d’une autre façon. Le théâtre tout entier se structure autour de cette artificialisation de ce que nous croyons connaître pour débusquer les peurs, renouveler l’attention et refonder ce qui lie les humains entre eux et avec ce qui les entoure. La photographie fait la part belle à semblable jeu: qui n’a pas « pris la pose », se montrant sous un jour un peu différent, devant un objectif? Quel·le photographe n’a pas joué avec des références picturales multiples en prenant une photo, faisant résonner une image avec toutes les autres disponibles dans la mémoire collective, tout autant voire davantage qu’avec le sujet représenté? L’image, comme l’identité, est une fabrication, du factice qui s’actualise dans le réel et participe alors pleinement de ce qui arrive en tant que tel. Les jeunes photographes rappellent avec humour et inventivité que nous pouvons nous approprier les codes et trafiquer ce que nous sommes – et que ce jeu est libérateur.

LOUANE NYGA Projet autour du spectacle La Dame aux camélias d’ARTHUR NAUZYCIEL, d'après ALEXANDRE DUMAS FILS


GAIA BAUR ET LOUANE NYGA autour du spectacle Bajazet - en considérant Le Théâtre et la peste de FRANK CASTORF, d'après JEAN RACINE/ANTONIN ARTAUD


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JULIE FOLLY ET THALLES PIAGET autour du spectacle Affordable Solution for better Living de THÉO MERCIER/STEVEN MICHEL


LA FORMATION SUPÉRIEURE EN PHOTOGRAPHIE DU CEPV Fondée en 1997 au sein du Centre d’enseignement professionnel de Vevey (CEPV), la formation supérieure en photographie a pour but de préparer les étudiant·e·s aux évolutions perpétuelles des marchés de la photographie. Issu·e·s de différentes approches et pratiques du médium, les étudiant·e·s sont amené·e·s à créer un dialogue entre pratique et théorie de la photographie. Accompagné·e·s d’enseignant·e·s régulier·ère·s et d’intervenant·e·s externes de renommée internationale, ils·elles développent une démarche d’auteur·rice susceptible de s’inscrire dans les différents champs professionnels. Les étudiant·e·s effectuent des stages et participent à des projets extérieurs tels qu’avec le Musée de l’Elysée, les Rencontres de la photographie d’Arles, le Festival Images Vevey, la Fondation Nestlé pour l’Art, le Musée d’art de Pully ou encore le laboratoire d’architecture ALICE de l’EPFL. LE THÉÂTRE VIDY-LAUSANNE Conçu par l’architecte suisse Max Bill sur les bords du Léman, le Théâtre Vidy-Lausanne est un lieu de création où les artistes de Suisse et d’ailleurs viennent inventer le théâtre d’aujourd’hui et présenter des spectacles qui tournent dans le monde entier. Vidy est un carrefour de langages artistiques et d’idées pour des artistes et des spectateur·rice·s qui interrogent notre monde. Dirigé par Vincent Baudriller depuis 2013, le théâtre propose une programmation pluridisciplinaire et internationale; des expériences esthétiques fortes en variant les langages artistiques – théâtre, danse, cinéma, musique, arts plastiques – comme les formats et les dispositifs de médiation autour des œuvres. La programmation se déploie sur quatre salles et comprend une quarantaine de spectacles pour 300 représentations environ par saison. Elle est composée en partie de créations et de productions déléguées, qui sont répétées et jouées au théâtre et tournent ensuite en Suisse et à l’étranger (environ 250 représentations par saison en tournée). La dimension internationale du théâtre, par son programme et par son rayonnement à l’étranger, est un élément déterminant de son identité qui doit être à la fois ancrée sur le territoire suisse romand et ouverte sur le monde.


Photographies et editing: Etudiant·e·s de la formation supérieure en photographie du CEPV Fahny Baudin, Gaia Baur, Aline Bovard Rudaz, Perrine Bremke, Julie Folly, Apichat Ganguillet, Pauline Humbert, Salem Memic, Louane Nyga, Ylenia Pappalardo, Thalles Piaget, Mélissande Preperier et Ivana Vidovic-Canal Suivi pédagogique et direction artistique du projet: Virginie Otth, enseignante au CEPV Texte: Eric Vautrin, dramaturge du Théâtre Vidy-Lausanne Design graphique et conception: René Walker, wapico Impression: Cric-Print Remerciements particuliers à : Vincent Baudriller: directeur du Théâtre Vidy-Lausanne, Mathilda Olmi: photographe Michel Etienne: directeur du CEPV, Léonore Veya: doyenne du département de photographie, Nicolas Savary: maître principal de la formation supérieure en photographie. 2019 © Fahny Baudin, Gaia Baur, Aline Bovard Rudaz, Perrine Bremke, Julie Folly, Apichat Ganguillet, Pauline Humbert, Salem Memic, Louane Nyga, Ylenia Pappalardo, Thalles Piaget, Mélissande Preperier Spectacles 2019 © Théâtre Vidy-Lausanne Bacchantes, Prélude pour une purge, Marlene Monteiro Freitas – Retour à Reims,Thomas Ostermeier /Didier Eribon – Sopro et Antoine et Cléopâtre,Tiago Rodrigues – La Dame aux camélias, Arthur Nauzyciel/ Alexandre Dumas – Love is a river, Alexandre Doublet – Affordable Solution for better Living, Théo Mercier/Steven Michel – Minuit,Yoann Bourgeois – Festen, Cyril Teste/Thomas Vinterberg/Mogens Rukov – Et Dieu ne pesait pas lourd…, Frédéric Fisbach/Dieudonné Niangouna – Bajazet - en considérant Le Théâtre et la peste, Frank Castorf /Jean Racine/Antonin Artaud – Pièces de guerre en Suisse, Maya Bösch/Antoinette Rychner – HOMINAL/ XABA, Marie-Caroline Hominal/Nelisiwe Xaba – La Vallée de l’étrange, Stefan Kaegi /Thomas Melle. Quatrième de couverture: Folly Julie et Piaget Thalles - CEPV © 2019 / bureau de la costumière du théâtre


Profile for Théâtre Vidy-Lausanne

Indiscrétions  

Le Centre d’Enseignement Professionnel de Vevey ( CEPV ) présente les images réalisées dans le cadre d’une collaboration de la formation sup...

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Le Centre d’Enseignement Professionnel de Vevey ( CEPV ) présente les images réalisées dans le cadre d’une collaboration de la formation sup...

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