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Un Festival où chacun d’entre nous, d’entre vous, le public, les équipes de la Scène nationale, de la ville du Thor, de l’association “Le Village”, de la Fondation Abbé Pierre, les artistes engagés à nos côtés ont donné le meilleur d’eux-mêmes, pour que cet acte emblématique de démocratie culturelle soit un réel succès. Ce furent deux jours de rire, de joie, d’émotion, de partage, deux jours illuminés par les créations des artistes venus des quatre coins de France. Des journées et des soirées que nous ne sommes pas près d’oublier. Cela donne envie de crier à tous les empêcheurs de tourner en rond : « Venez et vous verrez que l’Autre, celui ou celle qui vous fait peur, est capable de vous faire changer de regard et de vous donner du bonheur ».

Vous (re)trouverez dans ce magazine un écho de toutes ces œuvres, ces instants de bonheur, de partage. Notre marraine Marie-Christine Barrault, qui aurait tant aimé être avec nous, peut être fière de cette deuxième édition du Festival « C’est pas du luxe ! ». Donnons du sens à la vie, soyons des indignés et des insolents sans mesure. Soyons ouverts aux autres, vive l’utopie, et surtout ne lâchons rien ! Jean-Pierre Gilles Administrateur de la Fondation Abbé Pierre

ique on graph ages Concepti quet d’im u o b u d n ble 13 et créatio s Ensem n lo il a v Nous Tra

Ce magazine a constitué un des projets du festival à part entière. Des personnes accompagnées dans différents lieux d’accueil ont participé à sa rédaction. Rédactrice en chef Géraldine Langlois Fondation Abbé Pierre 3/5 rue de Romainville 75 019 Paris T/ 01 55 56 37 00

s photos © Crédit Guichard Clarisse or to Le Th Club pho y Joss Dra Kurtz e Candic au he Loise p Christo

Rédacteurs Christine Burel, Thimothé Dongotou, Frédéric Dautais, Mathieu Castelli (association Emmaüs Solidarité, Paris) Monique Lauvergnas, Marie-Claude Vogler, de l’association “Le Village” Henri Meurant, Les Amis de Jéricho (Toulon) Responsables de la publication Patrick Chassignet et Thomas Henrion


« La première des nécessités est de pouvoir disposer d’u n toit. Les dispositions du projet de loi Alur (Accès au logement et un urb anisme rénové) devraient permettre bientôt, je l’espère, de fac ilite r l’accès au logement. Mais il y a une autre nécess ité importante pour garantir le bien-vivre ensemble. C’est l’ouverture aux autres et la solidarité. Nou s constatons tous, malheureusement que le monde a tendance à se refe rmer sur lui-même. Si nous laissons la société s’engager sur ce che min , nous allons au-devant des pires difficultés. Qu’est-ce qui nou s con duit à considérer l’Autre, notre alte r ego, comme une menace ? Pou rqu oi les différences, qui font la soc iété, ne sont pas acceptées ? Ce festival est une lumière dans le paysage qui s’obsc urcit. Il brandit haut et fort le besoin d’ouve rture, la force de la solidarité . Puisse-t-il devenir un phare ! ». Jacques Oli

vier, maire

du Thor

mble. ur rêver ense o p te fê e d ent e fête, ager ce mom ce temps d rt e a d p e là d e t n -d a u rt ge, a ce pour « C’est impo ous, au Villa ne vraie pla n u r u e o ir p fa t e n d a à la ée C’est import succomber ière cette id ous évite de quelle man n e t d e cun r a e re it ch b lo a à h xp r d’e on nous émontre ti d a e é d cr st la e t l e a stiv la rencontre jeu de ce fe és ». sespoir. L’en é d u s « capabilit d le r t encore té li le u fata im st e d n traversen », o ti e ir ta n fa e « m à li anière t d’a sa capacité logement e de quelle m r e e d d s n n a o m ti e a d p oir, de ut se Les préoccu e garder esp diens et il fa d ti o t e u q rm s e le p t s l, nou rs notre trop souven , au festiva dire à trave là e s d n o s n iv o v y s a it habité us ess ce que nou rre, qui éta cela que no ie P st é ’e b C b . A re L’ ! ”. dire les rêver enco pas du luxe ait pouvoir ll st fa ’e l C ’i “  u q à it n Thor en e, disa participatio aient ici au nce mesuré is le d so K H in l’ s e Le d ion. ble » ! » par l’idée e de subvers vons ensem ê rm « r fo : e s n n u o c is sd choses ave ”, à Cavaillon t nous, nou iation “Le Village che rien ». E oc lâ ss n l’a « o de r 2 eu 01 ct 2 , dire Vincent Delahaye

« C’est la capi tale mondiale de l’humanit d’inventer. En é que nous so 1982, Maurice mmes en trai Fleuret a impu de la musique n lsé la création en proposan de la fête t de faire joue tous les gens r en qui possédaien semble, le m ême jour, t un instrumen chose d’aussi t de musique. important qu C’est quelque e nous créon d’essentiel. La s aujourd’hui première édit , quelque chos ion, l’année de ailes ! e rnière, nous a donné des Ce festival re nvoie dos-àdos les ques réparation et tions de surv de constructio ie et de vie, n, d’autonom encore trop so de ie et d’émanci uvent que to pation. On croi ut cela vient On a beaucoup t en supplémen parlé du mar t… iage pour tous réalisé un mar . Eh iage à quatre bien nous, nou , entre la Fond s avons Thor, l’assoc ation Abbé Pi iation “Le Vill erre, la ville du age” et la Sc avec le public ène national . Ensemble, n e. A cinq, mêm ous ouvrons la et j’espère qu e, voie à une so ’elle existera ciété nouvelle encore longt emps. » e nationale de Cavaillon

Jean-Michel Gremillet, directeur de la Scèn

Abbé Pierre statuts de la Fondation les ns da ure fig le rel ux « Boutiques « L’action cultu ns membres des résea tio cia so as s Le . on ati s de pratiques depuis sa cré lle » se sont enrichie mi Fa de s ion ns Pe é en direction Solidarité et preuve de leur efficacit la t fai t on i qu es iqu utenues par la d’ateliers artist lent. Ces actions so eil cu ac les ’el qu es cles majeurs des personn ntré qu ’un des obsta mo dé t on rre Pie bé rdre matériel : Fondation Ab taient pas toujours d’o n’é , vie de urs rco t des choses, dans leur pa l’idée que l’on se fai rt, pa e nn bo e un ur nous séparent c’est aussi, po rte ou les a priori qui po n l’o e qu ard reg le ient arriver des les préjugés, d’une petite ville vo ts an bit ha les d an t inquiets. Mais des autres. Qu concevoir qu’ils soien ut pe on ts, en fér dif ! C’est cela que gens un peu sont venus participer ils il, ue éc t ce r sse pa la rencontre, la ils ont su dé festival : provoquer ce nt isa an org en s es différentes. » nous voulion contre entre personn ren la de ire ina ord chance extra Patrick Doutreligne, délégué général de la Fondation Abbé Pierre

Sur des carrés rouges, jaunes, verts, les empreintes et pensées des festivaliers ornent désormais une longue façade d’entrepôt. Un projet réalisé in situ sous la houlette des personnes accompagnées par plusieurs structures montpellieraines. Sur le chemin qui mène du cœur du village vers d’autres lieux d’expositions et de spectacles, je suis tout d’abord intriguée, attirée par une activité intense devant un bâtiment qui ressemble à un hangar. Plusieurs personnes s’affairent à peindre au rouleau des carrés de couleurs vives sur le long mur blanc. Le résultat, provisoire, fait penser à certaines toiles de Piet Mondrian. Je suis rapidement approchée par un monsieur : « c’est une entreprise collective, m’explique-t-il spontanément. Il s’agit de laisser une trace du passage de chacun ici, que chacun ait la possibilité d’inscrire sur cette fresque murale ses pensées, ses rêves, ses désirs, avec des mots, un motif ou simplement l’empreinte de sa main ! ». Il est un des animateurs du projet. Tout en parlant, garde sur l’œuvre en cours d’élaboration un œil attentif plein de fierté pour le travail qui se fait et de bienveillance vis-à-vis des personnes attelées à la tâche. On m’interpelle : « Laissez, vous aussi, votre empreinte ou un message aux passants, ils y seront encore l’année prochaine quand vous reviendrez ! ». On voit déjà des dessins, des phrases, des pensées... Je choisis de laisser

la trace de ma main puis le carré sur lequel je souhaite l’apposer et enfin une couleur : le bleu. Quatre encadrants et quatre participants de différentes structures de la région de Montpellier animent ce groupe. Victoria, une des encadrantes, explique que la venue d’un petit groupe de spectateurs lors du premier festival leur a donné envie de participer et « d’y aller à fond » ! Ce projet est issu de six mois d’ateliers d’écriture, de création artistique, de découverte de la peinture acrylique et du pochoir avec un artiste péruvien, de visites de musées et d’expositions, aussi. Au Thor, sur une surface si grande et si bien préparée par “ Le Village ”, ils ont décidé de créer un fond coloré « pour diversifier les messages et ouvrir le projet aux festivaliers et aux gens d’ici pour en faire un mur qui parle ». Les participants n’ont pas hésité à s’impliquer, à aller à la rencontre des passants et à les conseiller dans le choix de leur empreinte. Cette fresque constitue un symbole fort de la richesse du festival, du partage possible même entre personnes qui ne se connaissent pas, initiateurs du projet, festivaliers et habitants.


Les résidantes de l’Oustaou de Jane, pension de famille à Marseille, évoquent avec humour les difficultés de logement à travers des marottes, des marionnettes fixées au bout d’un manche en bois. Entre textes, costumes, décors et jeu, la préparation de « La Rue en folie » a mobilisé plus de 25 personnes !

Dans « La Rue en folie », Vanessa et Colombine alternent entre colère et inquiétude : parce qu’elles n’ont plus de travail, elles n’ont pas pu payer leur loyer et Monsieur Glandu, leur propriétaire, le réclame. Les marionnettistes entonnent : « Venez voir comment les pauvres ne se laissent pas marcher sur les pieds ! ». La musique de Nino Rota ou de La Panthère rose galvanisent les personnages comme le public. Les deux femmes appellent la police qui s’en prend au propriétaire ou essaient « le trottoir » : une très mauvaise idée. La pilule « Je suis en joie et je n’emm... pas mes locataires » aura-t-elle plus de succès ? L’humour, parfois caustique, résiste à toutes les situations, même les plus difficiles, et les marionnettistes en jouent avec une énergie communicative. La rencontre fortuite avec un rebelle, un « imposteur », qui n’a peur de rien et vit dans une maison de carton change la donne... Un spectacle mené tambour battant ! Envie. Sous les applaudissements, quatre femmes et un homme sortent du décor : impossible de reconnaître les personnages sur les visages, évidemment : qui était le policier ? Colombine ? M. Glandu ? Le chien qui chante ? On a pourtant pu croiser certains d’entre eux au Thor en 2012 : ils étaient présents « en touristes » pour voir ce qui se passait dans cet étrange festival... « Celles qui sont venues ont donné aux autres l’envie de venir », raconte Anne, assistante sociale et marionnettiste sur ce spectacle. Sa préparation a nécessité une grosse mobilisation. Les résidantes ont écrit le texte durant plusieurs ateliers avec Virginie Perrin de l’association “ C’est la faute à Voltaire ”, à partir de situations vécues. « Cela s’est construit naturellement », commente Béatrice, une des résidantes. La première écrivait un bout de texte sur une feuille et les autres poursuivaient, chacune à leur tour... 25 personnes. Elles ont également fait appel au marionnettiste Guy Baldet, du Théâtre Chignolo pour la mise en scène mais aussi pour la fabrication des marottes avec des bandes de plâtre et des bouteilles en plastique. L’atelier d’aquarelle a peint les décors du castelet (fabriqué à l’association “Le Village”!) et d’autres résidantes ont participé à la confection des costumes. Un vrai travail collectif qui a mobilisé plus de 25 personnes ! Pour la première fois, les participants à tous les ateliers de la Pension ont travaillé sur un projet commun. Il est d’ailleurs « devenu bien plus grand que celui qu’on avait au départ », souligne Ruth, la responsable du groupe. Chaque marionnettiste s’est glissée dans la peau de son personnage. Nadia, par exemple, a joué l’imposteur, « un anarchiste de 30 ans qui a refusé de vivre dans une société angoissante. C’est ma voix, c’est mon personnage et c’est un peu moi ». Sa vie à lui présente aussi des points communs avec la sienne... « Moi je suis comme le toutou », reprend Béatrice. « Je ne dis pas grand chose mais quand on voit ma tête, on sait ce que je pense. » Charisme. Avant la représentation, le trac, atténué par le fait que les marionnettistes ne se montrent pas et que certaines ont déjà connu la scène, a plutôt laissé la place au stress de donner à leur personnage tout le charisme nécessaire. Certaines se demandaient aussi comment le public allait le recevoir. Mais elles ont bien senti qu’il « répondait », une expérience inédite ! Le projet a eu d’autres vertus. Il « m’a aidée à m’exprimer », souligne Michèle, une résidante. « Au départ, je ne devais faire qu’un personnage, celui qui ne parle pas et finalement, j’en fais deux ! » Nadia quant à elle a « appris à travailler en équipe », ce qui n’était pas évident pour elle au départ. « J’ai acquis une certaine sagesse envers les autres grâce à ce projet et je connais mieux les résidantes », poursuit-elle. Béatrice aussi a du se dépasser : elle ne souhaitait pas jouer et puis « ça s’est fait tout seul » ! « C’est une belle aventure ! », résume Michèle. Une aventure qui ne s’arrêtera probablement pas là.

Depuis 2013, la Boutique Solidarité de Marseille organise des tournages et des projections de films dans un cinéma de quartier. Elle propose aussi des séances de montage dans un petit local de la boutique, réaménagé à cet effet, et de l’improvisation sonore et parlée dans un théâtre voisin… Ces ateliers se déroulent deux jours par semaine. Les participants ont tourné des séquences et des essais de film dans Marseille explique un des animateurs du projet. « On se reconnaît un peu plus et on se lâche mieux ». Les images qu’ils réalisent forment des saynètes de la vie quotidienne, comme trois personnes, dans un parc, qui parlent de tout et de rien. Durant le festival, ils ont poursuivi ce travail cinématographique mouvant, enregistré des images et capté des sons des scènes de rue, des spectacles. Amosphère, atmosphère...


Des scènes du quotidien en Pension de famille et une grosse envie de théâtre forment la matière première du spectacle de théâtre forum conçu par des résidants de La Bazoche, à Tours. Une aventure qui implique la maison depuis plusieurs mois. « Vous l’avez mise où, la télécommande ? Elle est où, la télécommande ? », s’époumone Nathalie, une des résidante de la Pension de famille La Bazoche, à Tours. « Ta gueule ! », lui répondent en chœur Guillaume et Luc, résidants eux-aussi. « Allez-y, plus fort ! », les encourage Geneviève, comédienne de la compagnie des “ Trois clous ” et animatrice de l’atelier théâtre entamé au centre en février. À quelques jours du festival, trois des participants peaufinent avec elle les deux saynètes de théâtre forum qu’ils ont mises au point spécialement pour l’occasion, en plus de la pièce qu’ils travaillent par ailleurs. Échauffements corporels, exercices de voix, improvisation... les comédiens se préparent comme des pros. Guillaume, qui a déjà participé à plusieurs aventures théâtrales et présenté son propre spectacle de marionnettes l’année dernière a sauté sur l’occasion. Tout comme Luc, qui a déjà tourné avec une troupe amateur dans une pièce de Tchekhov. Ou Nathalie qui rêve de monter une pièce qui parlerait d’elle... Jouissif. Avec d’autres résidants, ils ont participé l’année dernière au festival avec la Chanson du dimanche, en première partie du concert de HK et les Saltimbanks. Un souvenir inoubliable. « C’était... c’était jouissif, résume Guillaume. Dès les premières paroles, le trac est parti et on s’est complètement lâchés ! » Frédéric Monneray, l’hôte de cette Pension renchérit : « on était déjà fans des rencontres sportives de Toulon mais ce qui nous a vraiment plu au Thor, c’est qu’il n’y a pas de compétition. On est juste là pour montrer ce qu’on a mis en place. Et passer trois jours ailleurs, cela permet de se rencontrer autrement, entre résidants mais aussi entre les résidants et l’équipe. » Et puis il y a une « ambiance phénoménale », ajoute Guillaume. « Tout le travail en amont, c’est gratifiant. Et puis quand on vous applaudit, dans un chapiteau de 500

personnes, pffff... Ça nous a vraiment donné envie de recommencer », poursuit Luc. Au point qu’ils se sont tous investis dans l’organisation de repas à thèmes ouverts au public pour financer le déplacement des 8 personnes ! Improvisation. Avec Geneviève, les volontaires ont défini les thèmes de leur prestation autour de la vie quotidienne en Pension de famille : l’hospitalité et les parties communes. L’improvisation domine autour d’une trame générale et chaque situation débouche sur un dialogue avec le public. Clémence, en service civique à la Bazoche, simule les interactions avec Nathalie : « Que penses-tu de la réaction de Luc ? Aurait-il pu réagir autrement ? » De fil en aiguille, d’autres solutions, plus constructives, émergent...


Une caisse claire, deux bidons bien sonores, une scie musicale, un accordéon, une trompette, une clarinette, un tambour et un mélodica, plus des voix, voici l’orchestre Village Pile-poil. Une formation musicale hybride, modeste et géniale qui a accompagné le festival de ses créations littéralement énergétiques ! Sous des cieux lourds et profonds, déchirés par un soleil de plomb, surgit de l’écrin du Village, un petit groupe, un orchestre de traverse composé d’une quinzaine de personnes. Village Pile-poil a vu le jour en septembre 2009 au Village, lieu de vie à Cavaillon (Vaucluse). Il regroupe des personnes accueillies, musiciens, non musiciens et sympathisants. Ensemble, ils créent des œuvres musicales ludiques, drôles et originales, notamment via le « soundpainting » (lire ci-dessous). C’est une gestuelle très particulière, des signes qui donnent des instructions aux musiciens. Face à Sylvain, dit « John sylvain sifflet », chef d’orchestre et intermittent du spectacle, une « armée » fiévreuse et soudée par la bonne volonté dont tous les membres acceptent la force et les faiblesses de chacun sans les mépriser. « Voilà quatre ans que j’ai intégré Village Pile-poil, explique Sylvain, ma motivation étant de faire partager mon savoir musical à des gens qui n’avaient pas eu accès à la musique ou très peu. J’y ai rencontré des personnes formidables avec des échanges permanents et réels, je veux dire pas superficiels. » Et le trac ? « Il est présent, mais j’en ai fait un ami et un allié a chaque instant ».

Le cirque Briquetti, présenté par la compagnie ZimZam, c’est l’interprétation circassienne, teintée d’humour et de poésie, du parcours de la brique de terre crue, traditionnelle dans ce secteur du Vaucluse, depuis sa fabrication jusqu’à son utilisation en construction. Pour les spectateurs ce fut un moment de gaieté et d’émotions avec clowns, acrobates, voltigeurs et bien sûr un Monsieur Loyal en redingote. Mais pour les artistes, des résidants de l’association le Village (Cavaillon) et des participants à l’Espace ressource insertion de l’Université Populaire du Ventoux (UPV, Carpentras), c’était un véritable exploit. Les créateurs de la compagnie Zim-Zam, deux éducateurs spécialisés formés au cirque, ont choisi de promouvoir le cirque pour tous, notamment pour des personnes qui traversent des difficultés sociales. Après un premier passage au Village, ils ont proposé un atelier d’initiation aux arts du cirque en juin 2013, ouvert aussi à des stagiaires de l’UPV. Venus découvrir une pratique inconnue et difficile, les participants ont été mis en confiance et se sont retrouvés acteurs et créateurs d’un spectacle qu’ils ont présenté pour la fête du Village... et pour C’est pas du Luxe ! John sylvain sifflet, musicien et animateur de l’orchestre Village Pile-poil, pratique le soundpainting, littéralement « peinture de son ». Une technique de création artistique multidisciplinaire née aux ÉtatsUnis en 1974 et qu’il enseigne depuis quatre ans. Il a animé un bel atelier au festival. CPDL : Le soundpainting, c’est quoi ? John sylvain sifflet : C’est une langue de signes qui permet de créer de vraies pièces musicales et des œuvres sur le vif. Dans le travail que nous faisons on essaye d’adapter ce travail à des gens qui ne connaissent rien du tout sur la musique. Une consigne en entraîne une autre : c’est le premier principe. Tout le monde est à son rythme, tout le monde parle doucement en dessinant une chose (musicale et vocale, NDLR). CPDL : Quels sont les objectifs du soundpainting ?

« Au début, je n’était pas très partant pour travailler au Village (sur le chantier d’insertion, NDLR) mais le fait qu’il y ait un orchestre dans la structure a pesé dans ma décision. Et finalement, je pense qu’ils font un super boulot. Faire partie de Village Pile-poil, c’est un régal. En fait, je suis content surtout quand je fais de la musique. Ça me recharge en énergie et me remet un peu le pied à l’étrier. J’ai aussi accepté l’idée de faire un travail plutôt « alimentaire » pour pouvoir continuer à jouer de la musique. » Eric, batteur dans l’orchestre Village Pile-poil.

J. s. s. : Le premier objectif, c’est de réunir des gens pour faire des choses ensemble. Ensuite, c’est de montrer qu’on peut faire de la musique avec des choses très simples et accessibles. Dans notre atelier on mélange des gens qui ne connaissent rien à la musique et des gens qui ont une petite expérience pour faire des choses ensemble et ne pas s’exclure. CPDL : Que pensez vous de cet atelier ? J. s. s. : C’est un super moment de bonheur et d’échanges. Le meilleur, c’est de voir les participants à l’atelier à fond dans leur travail ! Au-delà de l’atelier, le festival permet une vraie valorisation du travail fourni, une vraie visibilité. Pour nous, être là, ça donne du sens à ce que l’on fait : c’est le plus bel enseignement à tirer.

Un cirque ouvert Par deux fois pendant le festival, la compagnie ZimZam a animé des ateliers de pratique des arts du cirque. Les participants, des adultes et des enfants, tentaient pour la première fois une approche du funambulisme, du jonglage et de l’acrobatie. Après quelques exercices d’échauffement, place à la pratique avec les animateurs du cirque. Toutes les personnes présentes ont été enchantées de participer à cet atelier. Il y avait de la joie et des rires : à un moment, par exemple, Marco, l’animateur a demandé à tout le monde de rire sans arrêt ! Il explique aussi l’initiation au cirque acrobatique au sol. Pour lui c’est une bonne chose de présenter ce genre de spectacle et de le faire découvrir au public. Il n’y a pas d’âge pour tenir un rôle ou l’autre, c’est vraiment ouvert !


Dans le Vaucluse est Le Thor. Amoureusement blottie entre les deux bras de la Sorgue qui l’enserrent tendrement, cette petite ville, qui compte environ 8000 âmes, doit son nom soit à une racine pré-latine « tor » qui évoque une idée de hauteur, d’éminence, soit au provençal ancien « toro » qui signifierait grosse source. Ses habitants leur préfèrent la légende du taureau (« tor » en provençal moderne) qui s’arrêta à l’endroit où s’élève depuis lors l’église Notre-Dame-duLac. C’est vrai que c’est beaucoup plus joli et que ça colle mieux à la beauté du lieu. Foin de toponymie, allez-y, elle vaut le détour !

« Hic sunt leones », c’est l’inscription qu’on apposait sur les cartes d’autrefois pour désigner les terres inconnues, probablement habitées de bêtes fantastiques. C’est aussi la collision de deux histoires, issues d’un atelier de recherche théâtrale entre des accueillis de la Boutique Solidarité de Gagny (Seine-Saint-Denis) et les jeunes comédiens et metteur en scène de la compagnie C.O.C. Une « méchante farce » dans laquelle se télescopent le parcours d’un groupe de musiciens, imposteurs adulés, et la correspondance d’un père à sa fille qu’il ne voit plus et lui manque terriblement. Histoires de rencontres ratées... On y croise la douleur des parents séparés de leurs enfants mais aussi une sorte de violence qui s’amplifie : « ce monde te dégoûte ? Brûle-le, ce monde n’est pas le tien ! », s’emportent les personnages. La tristesse se mêle à la colère destructrice, les regrets à une sorte de marginalité choisie et à la tentation de faire table rase. Une question émouvante demeure suspendue, toutefois, jusqu’à la fin : « Où est cet enfant doux qui sifflait enfermé dans sa geôle ? » L’exercice théâtral n’est pas simple et désarçonne parfois mais les thèmes abordés et la force de l’interprétation par les comédiens témoigne d’une très forte implication de tous. Il faut dire que la plupart participent depuis plusieurs années à cet atelier et se produisent de temps en temps.

Des spectacles et des expositions dans tous les coins + des artistes qui déambulent et interpellent les clients du marché + des grands concerts le soir + des centaines de festivaliers dans les rues = une petite ville transformée ! « La première année, ça a surtout été une surprise, je n’ai vu qu’un concert mais cette fois j’ai dégagé du temps pour venir. J’ai vu des choses touchantes et parlé avec les festivaliers. Et puis c’est agréable de voir le village transformé. J’ai aussi été touché de voir des Thorois au festival ! » Gilbert « C’est une super idée et une bonne formule, que les gens en difficulté puissent faire des spectacles ouverts à tout le monde. C’est une excellente idée. Je ne comprends pas que d’autres villes aient refusé de vous accueillir. » Armelle

Le festival “ C’est pas du luxe ! ”, que Le Thor a abrité pour la deuxième fois les 20 et 21 septembre 2013, a complètement transformé son centre, le long de la Petite Sorgue. La place du Fer à cheval était méconnaissable sous les monticules de sables et les délicates structures en bambou de l’impressionnante installation Les Archipels. Temporairement, les grandes tablées ont aussi recouvert les places de parking. Place du 8 mai, on pouvait généralement rencontrer les clowns de Gagny avant d’y découvrir, pendues sur des cordes à linge, leurs multiples photos de festivaliers. Un peu plus loin, le petit chapiteau a permis à tous de participer à moult ateliers de soundpainting, cirque et autres arts martiaux sensoriels. Suivent la salle des fêtes, dont les spectacles ont drainé de nombreux spectateurs, la fresque de la salle Siporex et la salle polyvalente remplies d’expositions... Sans parler du “ Pré ” et de son grand chapiteau, si animés les deux soirs ! Mais surtout, des centaines de festivaliers venus de toute la France et de visiteurs locaux se sont croisés dans les rues. Une fois passée la surprise, en 2012, les habitants du Thor ont répondu présent cette année en participant pleinement au festival. Certains ont même apporté leur aide bénévolement ou accueilli chez eux des festivaliers. Accueil. C’est le cas de Thomas, qui partage une grande maison avec des amis. Il a hébergé trois personnes d’une Pension de famille venues présenter leur travail artistique. Bénévole pour l’association “Le Village”, il a spontanément proposé ses services. « C’est ma façon de vivre et la maison est très ouverte », explique-t-il. « Nous, ce qu’on aime, c’est la rencontre. C’est là qu’est la richesse. » Il a donc offert la chambre d’amis et libéré la sienne. Cet accueil a beaucoup touché ses hôtes. « Nous avons été accueillis à bras ouverts », apprécie Dominique. Ils sont vraiment aux petits soins pour nous ! Il y a même quelqu’un qui nous a lu des poèmes au petit déjeuner ! » Le grand luxe ?! Un habitant du Thor a profité de l’occasion (et du thème des Archipels) pour présenter son projet d’association culturelle !

Les élèves de l’école maternelle du Thor, La Garance, sont venus dans le cadre du festival chanter avec les résidants de la maison de retraite voisine. Tous se sont sagement assis sur l’herbe, même les plus petits, arrivés à l’école depuis moins de trois semaines ! Puis Monsieur Lecuirot, directeur de la maison de retraite, a magistralement dirigé la prestation de ses pensionnaires et les a accompagnés avec son harmonica. Les chanteurs ont tout d’abord entonné leur « pot pourri » qui reprend quelques chants familiers : « Savez-vous planter les choux ? », « Sur le pont d’Avignon », « Frères Jacques » ou « Au clair de la lune », connus et entonnés par tous, petits et grands. Les personnes âgées ont toutes participé avec enthousiasme. Mais les parents n’étaient pas les derniers à chanter car tous ont appris ces chants dans leur enfance, comme leurs propres enfants ! Cette rencontre a constitué la première étape d’un projet pédagogique plus vaste. Ces chansons seront en effet apprises en classe tout au long de l’année et les élèves reviendront régulièrement les chanter ou les danser à la maison de retraite. Ce projet permettra d’instaurer un partage et une rencontre entre les générations, mais également la transmission des chants traditionnels.

Agnès Brulins, venue de la région Nord-Pas de Calais, a l’habitude de faire des spectacles avec des personnes en situation de handicap. Dans le projet bohèmes, elle constate qu’il y a « beaucoup d’énergie chez les personnes qui ont monté cette exposition. C’est vraiment encourageant ».

Invisibilité. Certains sont sans domicile. « Savoir qu’il y a des gens qui viennent nous voir sur scène, c’est valorisant, estime Abdel, l’un des participants. Généralement, les SDF, on ne les regarde pas. » Pierre-Vincent, le metteur en scène, souligne quant à lui l’envie, à travers ce projet, d’évoquer l’héroïsme des personnes en marge de la société. Étienne, un participant, rebondit : « par le jeu, on sort de l’invisibilité dont on fait l’objet. Quel bonheur ! On est là, on existe ! » Chacun trouve dans cet atelier l’occasion de s’exprimer ouvertement, de se lâcher. « Quand je sors de représentation, je suis à la limite de l’extase », poursuit Etienne. Guillermina, comédienne, renchérit : « C’est tellement magique, tellement beau de faire cette chose, tous ensemble. Ils nous apprennent énormément, on partage tout cela ! »

« Je ne pensais pas qu’on jouerait devant une salle complètement pleine ! C’était super ! Des spectateurs sont venus nous voir après le spectacle et il y en a un qui m’a dit que ça l’avait touché au cœur. Ça fait plaisir, vraiment. » Guy, comédien

« Je viens souvent voir des expositions mais celle-ci est la première où on voit la vie des gens et ça permet de remettre en question notre façon de vivre le quotidien. Dans ce projet, on s’attache à des gens auxquels on n’accorde pas beaucoup de temps, d’habitude. On réalise aussi qu’on n’accorde pas assez d’importance et de temps à des choses que nous possédons. »

Laure, habitante

Les accueillis du centre d’hébergement Emmaüs Pereire (Paris) ont présenté un formidable travail, le projet « Bohèmes d’hier, réalité d’aujourd’hui », produit avec à l’aide des professionnels du Studio public Julie Guiches et Benoît Lorent et de la Réunion des musées nationaux. Un travail rendu possible grâce à la mission culture d’Emmaüs Solidarité et le partenariat avec la Réunion des Musées Nationaux. Le projet prend sa source dans l’exposition « Bohèmes » qui s’est tenue fin 2012 au Grand Palais, à Paris. À partir de leurs visites sur place, les participants à cet atelier ont raconté leur bohème à eux, à travers, notamment, de photographies. Pour Karel, qui a participé à l’exposition, « dans ce projet on montre notre vie… et si ça peut changer quelque chose.… Ce projet est très bon et laisse des traces sur les gens. On ne connaît pas bien les gens qui sont à la rue, dans la galère. Il y a beaucoup d’hypocrisie envers ces personnes car tous ne s’expriment pas. Il y a beaucoup de personnes qui ont quitté la rue sans rien écrire. C’est dommage car ils ne sont pas tous des alcooliques, des toxicomanes, des fumeurs... On devrait présenter celà dans le futur, dans le projet Bohèmes. J’ai tout donné de ma vie pour ce projet. Mais les gens passent trop vite... »


Sur cet archipel imaginaire, on a vu... • Des petites îles de sable déplacées et façonnées par le vent. • Un lit comme une île, un lit-île rempli de sable, refuge au milieu de l’océan.

Le bitume de la place du Fer à cheval a disparu sous de petits îlots de sable blond et un enchevêtrement suspendu de tiges de bambous. De véritables « Archipels », une fédération d’îles-projets plus poétiques et signifiantes les unes que les autres. Visite guidée de ce projet formidable.

La grosse baleine bleue imaginée par un groupe de l’Université Populaire du Ventoux, à Carpentras, a connu un beau succès durant le festival. Elle a placidement observé les festivaliers se promener et manger un morceau sur les grandes tablées ombragées. Le choix de la baleine a été fait en équipe parce qu’elle semble apporter la paix et la sérénité. Surtout, elle est si grande et autonome - qu’elle peut porter son île sur son dos. Sur cet îlot paradisiaque et miniature, des petits personnages de plastique profitent de la plage, d’une petite paillote, de l’ombre d’un cocotier et invitent à la relaxation. Lors de la préparation « chacun voulait donner son idée, explique une des animatrices. On a aussi dû apprendre à se servir de différents matériaux et outils que l’on n’avait pas l’habitude de manipuler, comme la perceuse. Surtout nous avons mis beaucoup de notre imaginaire dans cette réalisation ». L’artiste plasticien Nicolas Tourte a proposé des plans, un montage, des cotes... mais l’équipe (sept femmes et deux hommes) a préféré ne pas opter pour le bois, un peu lourd à mettre en œuvre. Ensemble, ils ont trouvé d’autres solutions plus simples et légères, ils ont adapté les plans et fabriqué une splendide baleine !

• Un pont de livres entre les îles pour se nourrir d’histoires sur place. • Une île recouverte de petits moulins multicolores qui tournicotent à chaque rafale de mistral. • Une île où chantent des oiseaux invisibles. • Une délicate maison de bambou portée par le courant de la petite Sorgue. • Une accueillante paillote, ingénieux assemblage de cartons, idéal bar de plage. • Un « vidéomaton » ou chacun a pu enregistrer sa bobine et son message. • Un entrelacs complexe de viaducs en bambous qui apportent l’eau sur chacun des îlots et gouttent sur des potées de fleurs. • Une île de voiles légers couverts de messages de paix.

Lors de la première édition du festival en 2012, une première œuvre collective, “ les m2 ” avait permis à chacun d’inscrire un ressenti, une envie, une phrase... Cette année, les trois artistes associés au festival ont souhaité reconduire cette idée à plus grande échelle et en redéfinir les contours. « Ce n’est pas « Le Thor Plage », confient Stéphane et Christophe. Il s’agit plutôt de transformer la ville en plusieurs îles, non solitaires mais toutes reliées entre elles et qui forment un archipel. Le concept c’est d’usiner sur une terre d’accueil où chacun, quelle que soit son origine, sa religion ou sa culture, puisse créer son île idéale. Elle peut être exprimée par une émotion, un mot ou même faire découvrir des talents, parfois cachés. »

Pour chacun des artistes, comme pour les participants aux ateliers, ces projets offrent un moment d’échange et de créativité privilégié. Les premiers n’hésitent d’ailleurs pas à se frotter à des techniques nouvelles pour faire l’expérience, avec les participants, de la nouveauté, comme Christophe avec le « land art », l’art du paysage ! « Dans ce genre de rencontre, poursuit Stéphane, la création revient à un geste, une intention très libre et la façon de le penser et de le réaliser, du coup, devient belle. » Il apprécie beaucoup, par exemple, la légèreté de la fabrication, qui transparaît bien dans ce que les festivaliers ont pu voir et expérimenter : les installations jouent avec l’eau de la rivière, avec le vent...

Travail invisible. Les trois artistes ont accompagné chaque groupe dans sa démarche, en amont du festival, de manière plus ou moins intense : ils sont restés plusieurs jours ici ou se sont rendus là une ou deux fois avant de suivre le projet à distance... Stéphane a résidé par exemple une semaine au “ Village ” pour préparer le travail. Il aurait aimé y rester davantage ! Mais l’intérêt d’un accompagnement plus léger, soulignent-ils aussi, c’est qu’il laisse plus de liberté aux groupes et aux personnes pour imaginer des solutions... Derrière ces îlots se cache beaucoup de travail invisible, le jour J.

De l’eau et du vent. Quelques matériaux ont été nécessaires mais comme le souligne Nicolas, « tout a été fait pour que ce que nous avons projeté puisse être mis en œuvre ». Les objets de récupération et la demi-tonne de terre ont été trouvés, tout comme les 20 tonnes de sable et les dizaines de grosses et petites tiges de bambou, offerts par un particulier ! Des résidants du Village sont aussi venus donner un coup de main bienvenu au moment de l’installation, juste avant le festival... Les m2 de 2012 ont donc réussi en 2013 à se transformer en îlots solidaires. Si ce n’est pas du luxe, qu’est ce que c’est ?

• Une île subversive d’objets au rebut, support de chants révolutionnaires. • Une île peuplée d’animaux fantastiques et métalliques. • Et même une énorme baleine bleue avec une île de vacances sur son dos et qui s’est balancée doucement entre deux platanes. Œuvre collective. Des îles-projets, conçues et préparées par les accueillis et résidants de près de 20 Boutiques Solidarité, Pensions de famille et autre Groupe d’Entraide Mutuelle, Université Populaire et Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation. Trois artistes ont supervisé le projet, Christophe Loiseau, Nicolas Tourte et Stéphane Delaunay, épaulés sur place par Fabien Gruau.

H2O rompt l’isolement 10h. La place du Fer à cheval est maintenant très animée. Chacun jette un dernier coup d’œil à l’installation de son œuvre. On sent une anxiété joyeuse et joueuse, les regards des badauds glissent sur les présentations afin d’en percer le sens. Quelques-uns s’affairent encore, comme s’ils étaient en retard. « On ne pouvait rien préparer à l’avance ! Nous sommes détenus au centre de détention du Pontet (près d’Avignon, NDLR) et nous devons concevoir, fabriquer et installer notre stand en direct. ». Ils interrogent : « Alors, d’après vous, ça représente quoi » ? On observe trois îlots de sable reliés par des baguettes de roseau. Sur chacun, sont fichés divers objets : CD, livre, DVD sur l’un tandis qu’un autre est équipé d’une chaise longue miniature, d’un parasol ... « Les trois îlots sont positionnés pour figurer la molécule de l’eau H2O, vous ne l’aviez pas reconnue ? » Maud Lecrivain, animatrice de l’atelier artistique du centre de détention explique : « les trois parties de l’installation sont reliées car l’isolement n’est supportable que s’il est compensé par des liens aux autres. L’isolement, et son contraire la promiscuité, sont des sujets sensibles pour les personnes en détention. Chaque îlot représente donc une ambiance différente : la consommation, la vie solitaire et la culture, cadres de vie qui sont tous nécessaires mais pas uniques ni exclusifs l’un de l’autre ».


Les gens se disent toujours que la culture, c’est pas fait pour eux. Ils s’imaginent que pour en avoir, ou pire, en faire, il faut avoir les jambes croisées sur un plateau télé, allonger la gueule et tirer des phrases longues comme un jour sans pain. Le cultureux est un pas normal, qui se fout de la gueule du monde ou qui plane à des hauteurs stratosphériques. Marrant, ça, de constater que la culture est associée dans l’imaginaire à l’exclusion de soi hors du champ de la normalité. Et c’est là le finaud de l’affaire : bondir dans

des espaces et des temps où sont rassemblés les femmes et les hommes de l’exclusion. Et tricoter cette drôle de chose dont chacun croit qu’il est exclu : la culture. Et ici, au Thor, avec eux, retourner la peau du lapin sur l’animal encore vif. C’est-à-dire : « On vous exclut ? Pas grave ! » J’arrive avec ce truc dont tout le monde se sent exclu. Et alors vous connaissez la règle en maths ? Moins par moins, ça fait plus... Et ben là, au festival, itou.»

re pour TOUS

rd en faveur de la cultu

Plaidoyer d’Alain Guya

L’animateur de l’atelier photo à la Pension de famille L’Éclaircie, à Angoulême, a posé cette question aux personnes accueillies qui y ont participé. L’exposition “ La 3D s’invite sur l’île ” présente leurs réponses, émouvantes, touchantes, directes. Et en trois dimensions. « J’emmènerais cette photo de moi en train de tondre la pelouse car elle me rappelle ces longs moments agréables », dit Pascal. « J’emmènerais cette photo de ma voiture car c’est mon habitat », dit Nathalie. « J’emmènerais la photo de mon chien, Zack, car il est mon compagnon de tous les jours », dit J.F. . « J’emmènerais cette vue d’Angoulême car elle me rappelle mon lieu de naissance », dit Bernard.

Les Guerriers de l’arc en ciel forment une sorte d’armée colorée, habillée de toutes les couleurs et originaire des contrées cévenoles. Leur mission, au Thor : nourrir 600 personnes chaque midi et soir du festival. Un défi lorsque la cuisine doit être faite sans électricité, au feu et à l’huile de coude. D’abord, débiter le bois à la hache. Puis laver la salade dans des baignoires. Éplucher ensuite les dizaines de kilos de carottes, d’oignons... et préparer le reste, cuit ou cru, pois chiches, lentilles germées, alfalfa, haricots, boulgour... Avant la maxi-vaisselle au nettoyeur haute pression, qui a mobilisé bien des bénévoles. Les assiettes végétaliennes -eh oui ! pas de frigo, pas de viande ni de poisson ni de laitage- ont fait découvrir à beaucoup la cuisine sans protéines animales. Tout le monde n’a pas été convaincu mais elle a laissé à la plupart des festivaliers un souvenir impérissable !

A-plats de roses, de jaunes, d’orangé, superpositions et mélanges, explosions de couleurs douces... Les tableaux présentés au sein de l’exposition « Jardin de couleurs » ont été réalisés par les accueillis de l’association “ Coup de Pouce ” de Valréas (Vaucluse), avec l’aide de l’animatrice Régine Clayrfait. Ils ont utilisé la technique de l’aquarelle diluée sur papier appelé « esquisse », préalablement mouillé. Cette technique apprend à avoir une approche des couleurs et une meilleure connaissance de leur transformation. Elle est accessible à tous les publics et à tous les âges et permet à chacun de se situer en tant que personne entre la lumière et l’obscurité et dans la réalisation d’œuvres originales.

Je déambulais benoîtement dans les rues sinueuses du Thor quand je vis, au fond d’une venelle à peine plus longue que mon bras, un petit coin de verdure sur lequel quelques silhouettes se mouvaient avec une lenteur qui frisait l’immobilité. On aurait dit des statues qui auraient décidé de prendre vie... Intrigué, je me dirigeai vers elles et, à ma grande surprise, je constatai qu’il s’agissait d’êtres de chair et de sang. Eussent-ils été vêtus de robes safran que j’eus pu les prendre pour des bonzes et bonzesses en plein exercices de méditation transcendantale. Je décidai donc de m’approcher et m’assis non loin d’eux pour les observer.

Sébastien Coulombel, le photographe qui a animé cet atelier à la Pension de famille explique : « Il y a deux semaines, les hébergés ont tout d’abord pris les photos des objets ou des personnes qu’ils aimeraient prendre avec eux sur une île. Elles ont été retravaillées sur un logiciel spécifique. C’est très rapide à faire. Ce sont des images imprimées pour être vues en relief, à l’aide de deux filtres de couleurs différentes disposés devant chacun des yeux de l’observateur ». Pour percevoir l’effet sur la photographie, il faut se munir d’une paire de lunettes spéciale (3D).

Murmures. Leur gymnastique ressemblait aux katas que « Petit Scarabée » répétait à longueur de série dans le feuilleton qui enchanta mon enfance, « Kung-fu ». Ils exécutaient une danse immobile, ou presque. J’entrepris de me nettoyer les oreilles car seuls m’étaient -à peine- audibles le frémissement léger d’un doux zéphyr d’été et la voix lénifiante du chorégraphe qui les dirigeait. Il disait : « Verticalité, doucement. Ancrage et doucement. Ressens et doucement. Envol et doucement. Sois en toi, doucement, doucement, tout doucement… » . Je me laissai bercer par ses presquemurmures, et m’allongeai doucement, fermant les yeux doucement pour profiter de l’instant doucement, doucement. Et l’heure passa doucement, doucement… Puis, la réalité me rattrapa, pas si doucement que cela, car l’atelier d’« art martial sensoriel » venait de se terminer tout à coup, brusquement. Il me fallait me remettre au travail. Vite ! Vite !

Proprioception. L’« art martial sensoriel » est une technique somato-psychopédagogique qui permet une exploration du monde du sensible et la réappropriation de son propre corps par l’entremise du mouvement et de la prise de conscience de son ressenti dans l’instant. Il est une manière, une méthode de recherche du bien-être personnel et relationnel pour un mieux-être/mieux-vivre. Un moyen de connaître son corps dans ce qu’il est de réel, d’apprendre ce qu’est ce sens méconnu qu’est la proprioceptivité*. Il utilise la lenteur du mouvement comme vecteur de potentialité. C’est du moins ce que m’en a dit Laurent Maltet qui enseigne cette discipline. Je ne l’ai personnellement pas expérimentée mais les quelques personnes qui avaient participé à ces ateliers ont dit se sentir, à la fin, plus détendues. * La proprioceptivité est ce sens inconscient que possède le corps et lui permet toujours « savoir » où se situent chacune de ses parties les unes par rapport aux autres.


Le manifeste C’est Pas Du Luxe ! Les Origines du projet En 2008, à l’initiative de la Fondation Abbé Pierre, s’est déroulé à Gennevilliers un séminaire entre travailleurs sociaux et artistes. Il s’agissait de réfléchir à l’intégration de la pratique artistique comme vecteur de relation avec les personnes des Boutiques Solidarité et Pensions de famille. Un bémol à cette rencontre : l’absence des personnes accueillies et/ou résidantes des structures. Pour engager leur participation, la FAP et ses partenaires décident alors de créer un Festival. Ainsi, est né « C’est pas du luxe ! » en 2012. Lors de cette première édition, un Forum intitulé « Sortir de l’expérimentation », rassemblait à la Scène nationale de Cavaillon, des travailleurs sociaux et des personnes accueillies et résidantes.

Motivations

Il s’agit de rendre compte de ce qui amène les artistes à intervenir dans ces lieux de vie et avec quelles motivations ! Est-ce le fruit du hasard ? Est-ce une évidence ? « Ce sont des espaces qui nous ramènent à l’essentiel de la vie, à l’essentiel de la création (…) c’est dans ces espaces là, dans les marges, qu’on peut penser et créer aujourd’hui. »  « On retrouve du collectif, ce qui n’est pas forcément facile ailleurs (…) on dépasse les enjeux de pouvoir. Pour moi c’est une motivation, un engagement, avec ceux avec qui, dans cette société on peut repenser le monde. » Joss Dray, photographe « Est-ce qu’à un moment donné, on se fixe comme objectif ensemble, de faire en sorte que la société dans laquelle on est puisse aller moins mal ?  Est-ce qu’on réintérroge la liberté, l’émancipation, la place faite à chacun pour une libre expression ? On parle des sans-voix mais est-ce que ce n’est pas redonner la voix à tous ceux qui ont du mal à prendre la parole ? Faire une place à chacun, pour que chacun puisse s’exprimer à sa manière ?. » Vincent Delahaye, “Le Village” « Il y a des choses dans l’acte de création qui sont pour un artiste, extrêmement riches, parce qu’en effet, les personnes ont une jeunesse, une simplicité, une sincérité, cette rencontre induit beaucoup moins de rapports de pouvoirs qu’entre artistes. » Stéphane Delaunay, artiste-plasticien

Deux responsables de la Boutique Solidarité de Toulouse sont venus au premier festival, juste pour voir, et repartis enthousiastes. Un an plus tard, ils sont revenus présenter avec les participants à l’atelier théâtre « Ici et maintenant », une pièce riche et enlevée. Les Amuse(s) Gueule, la petite troupe constituée d’accueillis et d’intervenants de la Boutique Solidarité ARPADE, à Toulouse, jouent sur les mots et se jouent des mots. « Amuse ! », lancent les uns. « Gueule ! », répondent les autres. Ces invitations impératives annoncent la couleur. Mais ils enchaînent très vite : « Amuse-gueule ! Elles vous amusent nos gueules ? » La pièce que le groupe a travaillée depuis des mois au sein de l’atelier théâtre animé par la compagnie “ La Part manquante ” prend appui sur les textes écrits au sein de l’atelier d’écriture de la Boutique, explique Marie-Eve Santoni, éducatrice coordinatrice du projet. Certains des accueillis participent d’ailleurs aux deux ateliers. La pièce aborde des thèmes familiers aux participants, comme les préjugés, illustrés sur un mode mi-amusé, mi-sévère, ou la lenteur du temps qui s’écoule, la force du présent. La question de ce qui manque est aussi posée : la culture n’est pas un luxe, elle nourrit aussi et on peut

en manquer cruellement ! « Apportez-moi de la viande, apportez-moi des livres, apportez-moi de la poésie, apportez-moi du pain, s’écrient les comédiens ! J’ai faim de nourriture, j’ai faim de culture ! ». Avec les animateurs de l’atelier, « on a travaillé très professionnellement », commente Marie-Eve Santoni. Ils ont répété deux heures par semaine pendant des mois, tous les jours la semaine précédente et toute la journée la veille de la représentation. Un engagement exigeant. Mais des liens forts se sont tissés entre tous. « Dans ces moments-là, dans ce travail artistique, on est tous ensemble, il n’y a pas de différence. C’est une parenthèse qui crée des liens. » Une première représentation à Toulouse a confirmé ce que tous pressentaient : c’est une belle pièce. Au fil des jours, la pression est cependant montée... Trop forte pour l’un ou l’autre mais le spectacle a bien eu lieu. A la fin, témoigne Marie-Eve, « on était fous de joie » !

Processus et création

Le processus de création doit-il aboutir obligatoirement à une œuvre rendue visible ? « L’enjeu n’est pas que sur le processus. L’enjeu c’est le processus et la restitution. Il y a une démarche invisible, le processus de création et ce qui est montré, c’est extrêmement fort, dans un rapport critique, qui que l’on soit. On ne peut pas s’interroger que sur le processus, il faut aussi avoir le projet d’être dans la critique de ce qui se montre et la critique n’a rien de négatif. Ce qui se montre a toutes les raisons d’exister mais on doit aussi en parler et avoir la possibilité d’en parler. Après on peut se questionner, progresser et imaginer les choses autrement. » Stéphane Delaunay, artiste-plasticien « Pour moi, c’est important de créer cet espace d’expression. Est-ce que ça doit aboutir à quelque chose de concret, présenté ? C’est bien, mais c’est aussi important que de donner cet espace d’expression. Quand j’ai entendu parler de ce projet, ça m’a tout de suite interpellé et ça me permet personnellement d’exprimer quelque chose, avec les autres aussi, ça m’a confronté aux autres, permis de voir comment ils s’approprient cet espace, ce temps-là. C’est important. » Hamza Baa, accueilli « La création c’est ce qui nous transforme ». Joss Dray, photographe

Enfin, en 2013, pour la 2e édition du Festival « CPDL! » au Thor, se sont retrouvés artistes- travailleurs sociaux- personnes accueillies et résidantes pour un temps fondateur de « CPDL – Le Manifeste », en réaction à la réflexion engagée l’année précédente qui mettait en exergue la difficulté à rendre ces pratiques indispensables, voire quotidiennes.

Pourquoi un Manifeste ? Se retrouver pour échanger sur les pratiques, confronter les points de vue et affirmer une philosophie d’action, s’est avéré nécessaire.Il semblait impératif de définir ces pratiques artistiques qui voient le jour dans les différents lieux d’accueil, au delà des urgences quotidiennes, chronophages.

Rencontres

Un espace de rencontre, trop rare dans notre société est proposé ici. « Dans la rencontre, je ne pose pas la question de savoir qui est qui, je ne fais pas de distinction entre les personnes avec qui je suis amené à faire des choses. » « La relation elle est très simple et très riche parce que ce sont des espaces de création qui sont vierges, il n’y a pas de sophistication. Dans le rapport artistique, très vite entre artistes il y a des codes qui se mettent en place, on peut en jouer mais c’est une réalité. » Stéphane Delaunay, artiste-plasticien « Nous travaillons sur la dissymétrie ». « Dans le rapport aux personnes, comme on est plein d’empathie, on a tendance à croire qu’il n’y a pas de dissymétrie. Or il y a de la dissymétrie, il y a de la différence. » « Il faut être prudent dans le chemin créé avec l’autre et conserver l’exigence » Compagnie Mise en Scène « On se rencontre là où l’on en est et là où l’on a envie d’agir. » Vincent Delahaye, “Le Village” « On ne veut pas seulement le bonheur des gens, on veut le bonheur des gens en les rencontrant  sur leur chemin » Henri Desroche

Espaces « Se saisir des espaces. » « Quelles est la place des espaces de création dans nos missions ? De quelle manière on gère les urgences et contingences quotidiennes sans perdre de vue ce qui peut être plus large et ce qui nous guide de façon plus durable ? » Vincent Delahaye, Association le Village « L’enjeu c’est les moyens que l’on se donne, il y a beaucoup de choses à faire. La culture, l’art a une place, mais elle est souvent moindre (…) Pour moi, il ne faut pas définir des territoires, c’est vraiment des ensembles. Les pratiques artistiques doivent être beaucoup plus présentes dans ces lieux et encadrées par des gens qui sont à l’écoute. » Stéphane Delaunay, artiste-plasticien « Se rassembler pour unir les intelligences. » Guerrier de l’Arc en ciel

Passeurs « Nous sommes des passeurs. Il y a une inscription de sens dans le temps pour les personnes. » Patrick Sagon, Habitant du Vaucluse « J’ai l’impression qu’on est arrivé à un point où les artistes viennent en aide aux travailleurs sociaux qui n’y arrivent plus parce qu’il faut autre chose, il s’agit d’autre chose. J’ai l’impression que nous, on n’est même plus des passeurs, on est des gens qui font avec, qui vivent avec, on se donne à voir avec notre propre identité sociale, et l’art devient un véritable vecteur pour la rencontre. » Sabine Brohl, responsable de Pension de famille


Un jardin au bord de la Sorgue, des canapés sous les platanes, une large pièce grande ouverte : la galerie éphémère de la Goutte d’eau, dans le centre du Thor, a offert un moment de calme et de découverte des travaux réalisés par des résidants de Pensions de famille ou des accueillis de Boutiques solidarité. Un lieu propice aux belles rencontres... Cette galerie, « la Goutte d’eau », a permis à plusieurs personnes d’exposer les travaux qu’elles ont réalisés dans des ateliers d’écriture, de peinture, de sculpture, de BD ou de photo. Le long des murs du jardin, on a

pu découvrir l’intéressant travail de plusieurs photographes amateurs, leur portrait écrit et une photo professionnelle d’eux-mêmes. Un peintre peignait aussi à l’ombre des branches, non loin de plusieurs de ses toiles exposées, mélange abstrait de couleurs ou de chimères mystérieuses. Parfois, il lâchait le pinceau pour jouer de son bandonéon... À côté, on pouvait même goûter et acheter les délicieuses confitures bio confectionnées par les résidants de la Pension de famille de Bourges.Dans la grande salle, les premières planches d’un beau projet BD, une multitude de petites constructions poétiques à partir d’objets de récupération, des tableaux, aussi. Certains étaient réalisés par des enfants du Secours catholique de l’Isle-sur-la-Sorgue, lors d’ateliers animés depuis trois ans par Madeleine, artiste peintre. Des visiteurs ont eu de vrais coups de cœur pour des œuvres et les ont achetées !

Une des résidantes du centre d’hébergement Emmaüs de Malmaisons (Paris), a aussi exposé ses tableaux, très colorés, aux motifs riches et complexes, dont certains ont agrémenté l’installation Archipels. « Mes personnages, sur les toiles, parlent de ma vie, de mon enfance, des maisons où j’ai habité », nous a-t-elle expliqué peu avant le festival. « Ces tableaux sont exposés au sein du foyer. C’est en rencontrant un responsable de l’exposition « Dynamo » au Grand palais (à Paris, NDLR) que j’ai voulu absolument produire. J’y ai consacré beaucoup de temps, le jour, la nuit et mes vacances. Je peignais en présence des autres hébergées, avec de la musique. Je mettais parfois des animaux, des personnages indiqués par mes copines ». Pendant tout le festival, un visiteur a cherché Marae-Annick pour lui acheter une toile. Après une série de rendez-vous manqués, les organisateurs ont réussi à les faire se rencontrer. In extremis, au moment où tout était en train d’être démonté... Marae-Annick a d’abord été très heureusement surprise... puis démunie au moment de définir un prix pour son tableau ! C’est finalement une intense émotion qui l’a emportée...

À la Goutte d’eau, des personnes de la Pension de famille de Woippy, près de Metz, ont présenté le livre qu’ils ont produit et qui s’intitule « Voyage en terre artistique, souvenirs de comédiens audacieux ». Ils y racontent, en textes et en images, la préparation et la présentation de la pièce de théâtre qu’ils ont jouée l’année dernière dans plusieurs villes et notamment au Thor. Vingt personnes y participaient, des résidants de la Pension et des étudiants de l’Institut régional de travail social (IRTS) de Lorraine. Ils ont eu envie de poursuivre la démarche de la pièce de théâtre en créant un livre, pour y exprimer toute l’expérience qu’ils ont vécue. Emilie Petitdemange a animé l’atelier autour de ce projet de livre entre février et mai 2013, à raison d’une séance d’expression par semaine. Ils ont fait le choix des couleurs, de la typographie, des photos, de la mise en page et aussi l’écriture des texte. Ils ont également vu des spectacles de danse, d’opéracomique, etc.

Dans ce livre très touchant et plein d’humanité, on peut voir de très belles photos de la pièce de théâtre. Les comédiens sont habillés de vêtements récupérés chez Emmaüs et portent des valises. Ils ont aussi écrit les textes. « Ce qui a changé dans ma vie, c’est de voir que maintenant j’existe. Cette expérience m’a enrichie humainement et socialement. » « Lorsque le public a applaudi, j’ai ressenti une joie immense. » « Cette expérience a ouvert mon regard sur moimême et sur les autres. » Quatre personnes ont participé à son écriture : Isabelle Delafuente, Olivier Disipio, Marie Eitel et Dominique Rouze. Dans ce projet, raconte Marie, « il s’agissait de traduire les émotions dans des textes, des collages, des découpages, la mise en page... » Dominique réplique : « cela me semblait inconcevable d’exprimer avec les bons mots les bons moments que j’avais vécus ». Mais l’atelier a permis à chacun de se réapproprier les mots, l’écriture et de dépasser les blocages... « Maintenant, je cherche toujours le bon mot et j’ose poser des questions », constate Marie. En découvrant le livre terminé, imprimé, « nous en avons pleuré d’émotion », témoigne Dominique.


Elles sont là, debout, elles parlent et elles sont dignes, fières d’elles-mêmes. Les résidantes et ex-résidantes de CHRS du Rhône qui ont présenté « Bulles d’elles » ont composé une sorte de manifeste féminin qui touche au cœur.

« Bulles d’elles », c’est un peu l’histoire, théâtralisée et dansée, de femmes qui sortent de leur chrysalide. Il était une fois, donc, des femmes qui voulaient affirmer qui elles sont. « Je suis là, je suis debout, je suis sur cette route qui s’ouvre et je marche », déclament les unes pendant qu’une autre entonne d’une voix cristalline une chanson mélancolique, une sorte de berceuse. Cela ne va pas forcément de soi et lorsque la vie est dure, elle abîme aussi les femmes, souvent dans le silence. Celles qui dansent et jouent dans ce spectacles, issues de l’association Conciliabules, ont choisi de le briser. Elles ont travaillé avec deux artistes, Helen Ginier-Gillet et Isa Bartnicki, de la compagnie “ Ainsi danse ”. Entre deux passages récités, elles enchaînent les mouvements coulés, fluides et embrassants... Avec douceur et une belle dignité, au travers de textes de plusieurs auteurs, elles revendiquent la valeur de ce qui les constitue : la langue comme un pays, qui dit d’où l’on vient et permet de se dire, les mains qui invitent et consolent, le corps qui danse et enfante, le « génie de la relation »... « Je suis cette femme-là et pas une autre », assure l’une de ces « bulles ». Debout, elle marche.

Vêtus de blouses et de pantalons verts fluo, coiffes et rubans roses pétard, ces drôles de personnages sympathiques à la mine bien joviale nous arrivent tout droit de Montargis. Les clowns de l’Agence thoriste (sic) y sont nés un mois avant le festival au cœur de l’association Imanis, qui regroupe une Pension de famille et une Boutique Solidarité. Pour Mircea Navarian, intervenant de

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C’est la deuxième fois que nous présentons ce spectacle au festival du Thor. La première fois je me suis promenée pour voir plusieurs ateliers. Cette année, la SPAP m’a encore contactée pour cette deuxième édition et nous avons travaillé depuis le mois d’août 2013. Un de nos objectifs, c’est que les participantes « trouvent leur corps ». Derrière ce projet, il y a aussi des enjeux culturels. Le festival commence à attirer un grand nombre de participants et de spectateurs. J’aimerais revenir aux prochaines éditions.

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Zéline Zonzon, chorégraphe

C’est une aventure de deux ans. Au départ, ça devait être un simple cours de danse. Et déjà, ça, ce n’était pas évident pour moi. Vraiment, est-ce que je suis façonnée pour danser ? Ça ne s’est pas fait tout seul ; au début, je me faisais beaucoup prier. Quand on a parlé de spectacle, j’ai pensé qu’on n’allait jamais y arriver. Et finalement ça s’est fait... Danser devant un public, ça fait du bien au moral, en fait. Et danser, ça m’a permis d’exorciser des choses. Leïla

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Les émotions, douces ou douloureuses, s’inscrivent dans le corps, à notre insu, et il les restitue à sa façon, claire ou mystérieuse, au-delà des mots. Ces émotions imprimées puis exprimées, les résidantes de la Pension de famille de la SPAP (Société Protestante des Amis des Pauvres), à Nîmes, les ont restituées dans une chorégraphie émouvante signée Zéline Zonzon.

La chorégraphe travaille avec ces femmes depuis longtemps. L’année dernière, déjà, elles sont venues présenter leur spectacle, « Les Imprimées » au festival du Thor. Et elles ont eu très envie de revenir.

Alors sur la scène de la salle des fêtes, elles ont à nouveau dansé. Et beaucoup ému le public. La pièce met en scène des corps « chaotiques », de toutes formes, de tous âges, des corps qui ont vécu, un peu ou beaucoup. Ils s’accordent, se répondent, s’articulent et se comprennent, au-delà des mots. Ils révèlent les émotions enfouies que la parole ne peut dire.

l’association et membre actif du groupe, un des objectifs de cette démarche collective, « c’est que nos résidants sortent de leur solitude et de leur grande timidité, d’un vécu pénible et douloureux ». Il poursuit : « Tous ensemble, nous distribuons des cartes postales aux gens pour qu’ils y écrivent un mot, une phrase que l’on poste dans une grande boite et qu’on

retrouvera pour la troisième édition de « C’est pas du luxe ! ». Cela permettra aux gens de se retrouver, de voir leur évolution personnelle et ainsi de rompre leur solitude. Et ça non plus, ce ne sera pas du luxe ! ». L’avenir révélera aussi ce que les festivaliers du Thor, à l’invitation gaie et décalée de ces drôles de clowns, ont inscrit sur les précieuses cartes...


Esprits des ancêtres amadoués, totems funéraires pleins d’énergie et figures géométriques papoues ont inspiré les fabuleux Tokachipas présentées par des accueillis des Amis de Jéricho, de Toulon. Les clowns de “ ParcouRire le monde ” ont distillé leur bonne humeur et leur fantaisie tout au long du festival, marché compris ! Une joyeuse intervention préparée avec la « clownesse » Chantal Fourcault.

L’exposition « Tokachipa » illustre l’idée mise en valeur par le festival, que les personnes défavorisées ne sont dépourvues ni de culture ni de sens artistique. Elle était proposée à l’initiative de deux associations de l’aire toulonnaise : la Boutique Solidarité « Les amis de Jéricho » et l’association « Kaïré », qui promeut le droit à la culture pour tous par l’expression artistique. Les œuvres présentées ont été réalisées au sein de l’atelier de la Gribouille où se réunissent régulièrement une quinzaine d’artistes et qui est dirigé par la plasticienne Caroline Delaye autour des objets rituels. Pour nous faire découvrir l’univers étrange et mystérieux de cette forme d’art, elle a imaginé « TOKACHIPA ».

Les clowns de “ ParcouRire le monde ” sont habillés de couleurs vives et, bien entendu, équipés d’un gros nez rouge. Ils parcourent les rues du Thor, au milieu des festivaliers et des habitants qui font leur marché. Ils hèlent les uns, singent gentiment les autres, papotent avec tous... Soudain on entend crier « C’est... » et le public reprendre à pleine voix : « C’est... ». Puis, tous en chœur s’exclament : « C’est pas du luxe ! ». Autour des clowns venus de l’Hôtel Social de Gagny (Seine-Saint-Denis), tout le monde joue le jeu et contribue ainsi à la dynamique du spectacle. Un des clowns me confie : « les spectateurs ont très bien participé, j’en ai oublié mon trac ». Ce clown, je l’ai aussi croisé lors de mes promenades au cœur du festival, dans le village, qui se promenait avec un cadre de tableau - quatre bouts de bois vides - en compagnie d’une photographe. Ils interpellent les passants, les invitent à poser derrière le cadre, un portrait facétieux immortalisé par une photo. Samedi, dernier jour du festival, l’ensemble des photos prises –plusieurs centaines– se retrouvent accrochées à une corde à linge tendue entre les arbres de la place ! À chacun de se chercher et de retirer délicatement une image : la sienne, celle d’une connaissance ou d’un anonyme qu’on choisit pour sa drôlerie, son incongruité. Ce sont les traces du passage de ces clowns qui, l’espace de deux jours, auront donné du rire, à voir et à vivre, à tous ceux qui les ont approchés !

Tokachipa, Kézako ? Ce nom à consonance étrange est un acronyme formé sur les syllabes initiales de TOtems, KACHInas et PApous. Et Tokachipa, c’est ça : des objets rituels, culturels de peuples appelés premiers et réinterprétés par des artistes de chez nous.

Quant aux Papous de Nouvelle Guinée (Océanie), ils ont développé un art graphique tout en relief et motifs géométriques. Sculptés dans du bois, ils représentent de façon très stylisée des plantes, des figures ou des silhouettes.

Les TOtems qui ont inspiré ceux présentés ici sont des poteaux funéraires décorés de figures animales et de motifs géométriques de couleurs vives par les Yolngu de la Terre d’Arnhem (Australie). Ils symbolisent l’énergie surnaturelle qui transcende la vie mortelle.

Ce fut un bonheur que de déambuler entre ces œuvres occidentalo-exotiques. Les artistes varois qui les ont créées m’ont emmené plus loin que mon imagination. Aussi, si vous deviez descendre dans le sud-est, plutôt que d’aller vous allonger en chaussettes à la plage* de La Ciotat, poussez une pointe jusqu’à Toulon et cherchez où se trouve l’association Kaïré. Vous ne le regretterez pas.

Les KACHInas, sculptées traditionnellement dans la racine d’un peuplier américain, représentent pour les Amérindiens Hopis et Zunis les esprits des enfants de leurs ancêtres qui, après s’être noyés, revenaient enlever leurs descendants.

* Référence à une chanson-phare du festival, signée Village Pile-poil

« Ce qui m’a motivé depuis le début, c’est le déguisement. J’aime aussi échanger avec les autres, être un clown et non un accueilli, voir les personnes autrement car on est tous importants. Cet exercice nous apprend des choses, il permet au timide de pouvoir discuter, d’échanger des mots, des paroles. Au Thor, nous présentons le travail en groupe : chaque personne a mis sa touche personnelle. Ça nous rapproche aussi - on n’est pas si différents que cela – et ça nous conduit à voir les choses en commun. » Franck, alias « Bob »

« Ça m’a fait du bien d’intégrer cet atelier. C’est joyeux ! Quand tu as le fruit de ton travail, tu es fier, tu te sens bien. Je rigole et je parle avec tout le monde, c’est impressionnant. Et le clown tu le fais vivre toi-même. Tu rentres dans le jeu, c’est comme du théâtre. On fait des parcours durant une heure, en contact avec des gens à l’extérieur. Mais il y a une différence entre faire le clown dans le centre et à l’extérieur : voilà ce que j’ai appris du clown !» Ousman, un participant « Cette année, on travaille sur le clown relationnel, c’est-à-dire en relation avec les gens. Le clown que je représente c’est Chikito. Au festival du Thor on va présenter notre travail, on y travaille depuis presque un an. Avec mon expérience je peux parfois aider mes camarades. Il y a aussi des jours où c’est difficile... » Jean-Michel, un participant « J’ai découvert le clown en 2003, il y a 10 ans... mais il était chez moi depuis longtemps. Et ça a été une révolution. J’ai quitté mon travail pour me former et faire le clown. Je l’ai pratiqué dans les hôpitaux, auprès des enfants, des personnes âgées... Pour moi, c’est une manière de se développer et de se dépasser personnellement. Les participants trouvent une satisfaction et ils donnent de leur énergie. J’ai envie que ça soit magique pour eux. Qu’il y ait des surprises et que ça donne envie de continuer. Pour des personnes qui n’ont pas de famille, qui n’ont personne, c’est formidable. C’est une autre reconnaissance du travail qu’ils font. » Chantal Fourcault, la clown animatrice

« J’ai trouvé cet atelier amusant et j’aime faire rire les gens. Cela m’a aidée au niveau de ma timidité. Au sein du collectif, je suis un peu la « grande sœur ». Ça m’a rendue moins nerveuse, moins agressive et plus calme. J’oublie ainsi les soucis du quotidien. Ces activités m’évitent de tomber dans la dépression. En allant au Thor, j’ai le sentiment que je peux m’amuser malgré le fait que je me sente exclue de la société.. » Leïla, résidente

« Cette expérience me fait du bien psychologiquement et moralement. Quand on est en précarité, c’est important de voir qu’on peut encore faire quelque chose. Aller au Thor, c’est un honneur et une découverte, en groupe en communauté... Un moment où je pourrais faire mon clown ... J’ai hâte d’y être et d’y présenter ce qu’on a travaillé ». Houssoum, alias Ice

La pauvreté n’est pas forcément où l’on croit. Exemple avec ce morceau choisi de la pièce adaptée d’« Un riche et trois pauvres », de Louis Calaferte, interprétée par des membres du collectif “ La Boussole ” (Montpellier) et présentée à l’ouverture du festival. Pauvreté et richesse : à partir de ces deux notions à la fois essentielles et relatives, les membres du collectif, accompagnés par Marc Nicolas et Mohid Abid, de la compagnie “ Outil théâtre ”, ont imaginé une comédie à la fois pathétique mais aussi très réaliste. Dans cette pièce, les comédiens prennent des expressions parfois cinglantes qui dépassent l’entendement. Ils décrivent par exemple avec une gestuelle démesurée l’ampleur que peut prendre une situation apparemment anodine de la vie quotidienne quand on est « pauvre » mais aussi soumis à la violence psychologique et physique. La dérision et le rire sont toujours de mise dans cette pièce mais il suffit de peu pour faire replonger immédiatement le public dans un univers hostile et impitoyable, puissant, riche et misérable. Le message est très fort : l’opprimé, la veuve et l’orphelin ont rarement gain de cause dans ce système abusif et discriminatoire. Néanmoins, cette comédie est aussi porteuse d’un message d’espoir.

«

- Tu es qui, toi ? - Moi ? Je ne sais pas. - Toi, tu n’es rien. - À qui ça appartient, ça ? - Ça, c’est à moi ! - Et ça ? (en montrant du doigt une personne du public) - Ça aussi c’est à moi !!! - Tout est aussi à moi, même toi.

«

« Au début, c’était dur de se dévoiler : le regard des gens, les rencontres lors des représentations, les problèmes de santé... Cela m’a beaucoup marqué et a changé ma personnalité. Faire le clown ça m’enlève tous mes problèmes, je n’y pense plus, je les laisse devant la porte. Cela assagit un peu et permet de vivre autre chose. Maintenant je bouge plutôt que de rester toujours enfermé chez moi. Mais j’appréhende beaucoup le fait de me produire devant un public ». Hassan, alias « Le Chat »


Trois grands concerts ont rassemblé des centaines de festivaliers sous le grand chapiteau installé au Pré. Trois groupes engagés venus bénévolement rencontrer le public, trois styles différents pour parler de la vie et dénoncer les injustices. Le public a adoré.

« Cet atelier permet l’épanouissement de tout un chacun car il redonne confiance en ses propres productions. Et puis il permet de s’amuser tout en ayant un objectif précis qui oblige à être réglo sur la production. Aller jusqu’au bout ça aide à développer sa confiance en soi, pour une meilleure intégration. » Selim Martin, animateur de l’atelier

Donner vie à ses rêves : c’est le beau projet que Manuela Triani Gomes de Knegt et Selim Martin, de l’association “ Mémoire de l’avenir ”, ont animé durant l’été avec des résidants du centre d’hébergement Emmaüs Louvel-Tessier (Paris). Une vidéo d’animation a donné corps aux boites à rêves qu’ils ont illustrées.

Le premier soir, Moussu T a ancré ses thèmes autour du port de La Ciotat avec plusieurs chants en occitan qui racontent les joies et les peines de sa vie, avec tendresse et tolérance. Le public a fortement vibré avec eux à l’évocation de l’histoire sociale et du quotidien des ouvriers sur le port ou dans les calanques.

Ogres gentils ! Les Ogres de Barback ont enchaîné en deuxième partie. Malgré leur nom, ils sont très gentils et, de plus, excellents musiciens ! Ils utilisent à eux cinq une vingtaine d’instruments ! Leur prestation, illustre bien leur conception du partage ! L’ambiance du festival, dont ils ont pu voir quelques spectacles et performances avant le concert, leur a beaucoup plu !

« Cet atelier « Instant de rêves » s’est proposé de réaliser des courts métrages d’animations. L’idée, c’est d’orienter les personnes participantes afin d’avoir un résultat fini. Cet atelier c’est une proposition enfantine à travers l’art. Les participants racontent leur histoire personnelle pour se faire entendre et s’exprimer devant le public. Martin, qui travaille avec moi, traduit cela en animation vidéo avec des personnages, à travers une narration et par des moyens visuels. » Manuela Triani Gomes de Knegt, animatrice de l’atelier

Le lendemain, festivaliers et fans locaux sont revenus en nombre assister aux derniers concerts. En préambule, l’orchestre Village Pile-poil a joué ses « tubes » sur la grande scène devant un public hyper enthousiaste.

« Ce n’est pas un simple concert de plus » Trois questions à Jean-Marc, batteur des Fatals Picards Propos recueillis une semaine avant le festival CPDL : L’engagement politique du groupe est-elle la raison de sa participation au festival ?

Un partage Des paroles fortes sur la précarité, les difficultés de logement ou les parcours de vie compliqués, un humour parfois grinçant, provocateur, une présence sur scène toute en générosité font vibrer le chapiteau. Le son puissant traverse la toile et les festivaliers, accueillis, habitants et bénévoles, restés sur la prairie profitent aussi du concert. La force du partage se ressent sous le chapiteau comme à l’extérieur.

Jean-Marc, le batteur du groupe : Le sens de notre venue au Thor, c’est que pour nous, écrire des chansons sur des sujets qui nous touchent, qui nous concernent, n’est pas suffisant. Les artistes peuvent faire un peu plus pour faire avancer les choses. Le concert qui sera donné au Thor ne sera pas un simple concert de plus, parce que la rencontre avec le public, c’est notre vie. CPDL : L’accès à la culture pour tous, et pour les plus démunis en particulier, c’est un sujet qui vous touche ? J.M. : C’est un sujet terrible, oui. Tout est fait pour que les gens ne pensent pas par eux-mêmes. Le temps de cerveau disponible, comme on dit, doit être absolument occupé à autre chose que réfléchir ou se cultiver. À la radio, par exemple, ce ne sont jamais nos chansons évoquant la précarité ou le chômage qu’on passe, parce que les chansons sont choisies en fonction des publicités diffusées avant ou après.

CPDL : Comment vous est venue cette nécessité de vous exprimer sur ces questions de société ? J.M. : Je suis musicien mais j’ai longtemps été professeur de mathématiques avant que les Fatals Picards existent et nous permettent de vivre. Je voulais enseigner en milieu carcéral mais ce n’était pas possible alors j’ai demandé les quartiers et les collèges les plus difficiles. En fait je faisais du social à temps plein et je découvrais entièrement l’ampleur des phénomènes de pauvreté et de malaise ou mal-être en général. C’est sans doute cette période qui m’a fortement sensibilisé à toutes ces questions dites “ de société ”. Aujourd’hui, on peut s’exprimer à travers nos chansons, alors on le fait.

Une ode à la lumière, au mouvement et à la couleur : des résidants du centre d’hébergement Emmaüs de Malmaisons (Paris) présentent le résultat de leur travail expérimental autour de l’exposition Dynamo au Grand Palais, à Paris. Sur le film qui est présenté à partir du travail des résidants, des images abstraites défilent très vite. Leur signification est interprétée par chacun en fonction de ce que l’on met dans le mot « art ». Les principes de lumière, de mouvement et de couleur que l’on retrouve dans l’art contemporain sont ici bien présents. Parfois ils désarçonnent. Interview de participantes à l’atelier. Natacha « Autour de l’exposition « Dynamo », nous sommes allés visiter le Grand Palais. On a fait des photos à partir de nos propres idées et les animatrices ont choisi celles à conserver. L’atelier a duré trois mois. Y participer, ça montre que j’ai envie de faire quelque chose. Ces photos sont aussi des empreintes que je laisse ». « J’ai eu envie de participer à l’atelier pour le festival du Thor. Je suis intéressée par beaucoup d’activités proposées ici : il y a du cinéma, des randonnées, des sorties culturelles, du théâtre. Je participe aussi à l’extérieur avec certaines personnes : quand on peut aider, on aide ! Quand j’ai appris que nous irions au Thor, j’ai été très contente. Je n’ai jamais été dans cette ville mais je suis un peu curieuse d’aller voir ce qui se passe dans d’autres régions de France. Aller au Thor, c’est pour moi une découverte. Là bas, ce sera intéressant de voir des amis qui ont fait d’autres expositions. » « J’ai pris des photos pour l’exposition « Dynamo ». Cela m’a aidée à me décharger de certains problèmes. Je suis à la recherche d’un emploi et c’est pour moi l’occasion de découvrir quelque chose que je n’ai jamais fait. Je ne participe pas beaucoup aux différents ateliers proposés habituellement, c’est la première fois que je le fais. D’habitude, c’est par la télévision que je découvre et que je visite les expositions ! » Une participante

Gisette


C’est très chouette ce festival et, surtout, il est de bonne qualité ! MARION, une

festivalière

Sur la scène ouverte, j’ai écouté Henri Meurant lire ses textes. C’était vachement beau. Et sous le chapiteau (avec le cirque Briquetti et Village Pile-poil, NDLR), c’était très chaleureux. Je ne pensais pas trouver en dehors d’une grande ville une manifestation comme celle-là, avec une dimension sociale forte.

J’ai beaucoup aimé les concerts et surtout le premier groupe (Moussu T e lei jovents, NDLR). J’ai trouvé ça génial. Ça bougeait bien au niveau musical et il y avait beaucoup d’interactions entre le chanteur et le public.

lle voisine

tant d’une vi

PI ERR E, habi

LUC, festivalier

Les gens ont trouvé la fresque formidable. Une dame qui passe devant la salle Syporex tous les matins et tous les soirs a demandé à participer. Elle était contente à l’idée de voir son empreinte à chaque fois qu’elle passerait. Deux couples avec des enfants ont aussi laissé leur empreinte. Ils ont dit qu’ils repasseraient avec les copains des enfants et leur papi. Un accueilli s’occupait des enfants. C’était très touchant.

L’ambiance de ce festival est super, très conviviale ! Je revois des gens que j’ai rencontré l’année dernière ou à Toulon (aux rencontres sportives, NDLR). Les spectacles sont super aussi, j’ai presque tout vu. A NTONIO, fe st

ivalier

AG N ÈS, b é

névole

C’était grandiose ! HASSAN,

r

festivalie

Ce festival est très sympa ! En tant que bénévole au Sonograf (une salle de concert au Thor, NDLR), j’ai donné un coup de main au bar, hier soir, pour les concerts de Moussu T et les Ogres de Barback. C’est super de rencontrer d’autres gens, d’autres cultures. Je suis cuistot à l’association au Village et je suis venu deux jours pour aider. J’aime le contact avec les gens. Et puis j’ai connu la même galère, maintenant je remonte la pente. J’avais envie d’aider.

ALAIN, bénévole

névole

NOË L, bé

Je suis allée voir des expositions vendredi pendant ma pause déjeuner et hier soir je suis allée au concert des Ogres de Barback. Mais j’aurais aimé avoir plus d’informations et plus tôt sur le programme. Certains personnes hésitent à venir, elles se disent : « il y a des SDF », elles ne savent pas comment c’est et mélangent parfois les choses. C’est dommage car il y a plein de propositions intéressantes !

C’est très bien qu’il y ait ce festival. Il dynamise le village. Il devrait même prendre plus d’ampleur ! Et ce serait bien si on était plus avertis parce que les concerts de ce soir sont super mais ils sont complets ! EMMANU ELLE, habitante

M IC H ÈLE, ha

bitante

Les gens qui sont passés ont trouvé la fresque très belle. Ils sont très satisfaits qu’elle reste après le festival et ont dit bravo. ante

, particip

BAR BARA

Je suis venue au concert de Moussu T parce que je trouve qu’il y a beaucoup de poésie dans leurs textes et les thèmes abordés. J’ai découvert les Ogres et les Fatals Picards. J’ai apprécié la grande qualité musicale des premiers et l’humour décapant et l’ambiance rock des deuxièmes. J’ai également trouvé que chaque groupe, à sa façon, parlait de la vie et défendait des valeurs d’humanité auxquelles je suis très attachée. MONIQU

C’est très bien d’organiser ce festival au Thor. Ça met de l’animation dans le village et une ambiance un peu festive ! Certains commençants disent que les clients ne peuvent pas se garer. Moi en tout cas j’ai pris des places pour le concert des Fatals Picards ce soir.

le

E, bénévo

G I LLE

S, hab

itant

spectateurs ont découvert les spectacles, les expos… repas servis personnes ont présenté un projet

groupes venus de toute la France

« têtes d’affiche » bénévoles artistes plasticiens associés, Christophe, Nicolas et Stéphane

lieux de spectacles et d’expositions

km de câblage son chapiteaux

kms de rallonges électriques

• des dizaines de bénévoles, • l’investissement de 30 personnes de la Fondation Abbé Pierre, • de toute l’association “ L e Village ”, • des salariés de la Scène nationale de Cavaillon • et de très nombreux agents municipaux et élus du Thor !

Journal du festival "C'est pas du luxe #2"  

Le journal relate toutes les œuvres, les rencontres, les moments de partage, qui ont jalonné la 2e édition du festival, les 20 et 21 septemb...