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Edito

The80’s mag Directeur de rédaction Patrick Kapesa

Directeur Artistique Maxime Diana-Mato

Rédacteur en chef Patrick Kapesa

Premier rédacteur Alice Catherine

Rédacteurs

Nous revoilà, cette fois-ci plus équipés et sûrs de nous! On ne va pas vous mentir, la création du magazine était constituée d’un certain degré de courage, d’ambition et de peur. La peur de l’échec et surtout la peur de l’incompréhension. Comment pourrait-on réussir à représenter 80% d’une jeunesse populaire en long et en large ? Que faire pour éviter de se focaliser

Voilà donc de sacrés bons objectifs à at-

sur les 20% restant, tout en réussissant

teindre. Et pour cela, il est logique que

à nous valoriser, nous les « 80% des

nous commençons par les abysses afin

profils de [mon] genre », que ce cher et

de mieux monter et finir par émerger à

tendre mollasson dénué de tout sens

l’air libre.

intellectuel, qu’est Benjamin Chulvanij,

Donc qui de mieux placé que Scylla,

a su si bien étiqueter à ma personne.

pour nous permettre de mieux nous

Là, fut notre plus gros défi.

situer et cela grâce à sa propre profon-

Grâce à Dieu, et à une grande partie de

deur. Voilà donc l’origine du choix de

travail, l’objectif fut plus qu’atteint. Les

la couverture, qui se veut refléter la

retours nous ont tous été bénéfiques,

personnalité de 80% des membres de

des plus positifs aux plus négatifs.

la culture urbaine, tous passionnés et

Ainsi, nous avons décidé de ne pas

amoureux de leur art.

lâcher prise sur un exemplaire. Con-

Ainsi, je vous laisse et vous invite à

tinuons à faire parler nos passions et

découvrir le monde, l’univers, les

laissons notre côté amateur peaufiner

produits, le travail de chaque interv-

le tout. Et si on écrivait l’Histoire de

enant de ce magazine!

demain? Et si ce webzine, ce magazine

N’hésitez pas à soutenir les 80 % : les

réussissait à être la fenêtre d’une nou-

vôtres, les nôtres.

velle génération déterminée, ambi-

Je m’appelle Kapesa Patrick, ils

tieuse et rêveuse? Et si…

m’appellent Kidsy. « Est-ce que you know ngaï ? »

Stephanie Kongolo Prince Kalala Mory Touré David Tanoh Patrick Kapesa

Web éditeur

Maxime Diana-Mato Emmanuel Fernandes


SOMMAIRE

06-07 Milla Brune 08-09 Zoxea

25-27 Christopher Gieskes 28-31 Boho et Dema

10-11 SKY

32-33 Djena Tsimba 34-37 Jessie Van Osselt 41-44 Deparone

Tout dans la tête.

Théorie du chaos.

15-21 Dossier spécial Scylla Abysses

23-24 Ronaldo vs Messi David Tanoh

INK EYE

Give me 5

46-49 Michael Toch Are Music


Milla Brune

I

l y a certaines personnes qui sont faites pour la musique, d’autres qui la découvrent. Elle, elle y est née : fille de parents musiciens en classique baroque, il est presque logique qu’elle se dirige vers cette voie. C’est ainsi qu’à l’âge de six ans, elle papillonne entre danse et chant dans des comédies musicales et autres spectacles, avant de se concentrer sur le chant, en débutant dans un groupe a capella dès l’âge de douze ans. Après un parcours emplit de scènes et de collaborations qui vont de Zap Mama à Baloji, en passant par Jazzmattaz, la voici libre et envieuse d’attaquer le monde avec une musique qui la définit et qu’elle construit en famille. En effet, c’est avec l’aide de son frère (lui aussi musicien) qu’elle réalise et crée son EP : ‘The Other Woman’, un disque où elle «explore et expérimente une musique acoustique et minimaliste où la force, la sensibilité et la fragilité de sa voix magnifient ses compositions. A la fois pop, soul, urbain et jazz, son travail se veut être le reflet d’une émotion simple et vraie.»

C’est après un show live en radio bruxelloise, que j’ai eu la chance de rencontrer Milla. Notre rencontre est chaleureuse et conviviale dans une atmosphère qui lui tient à cœur. Je m’installe et l’observe, le temps qu’elle, généreusement, nous prépare un bon thé. La voici prête, j’actionne le ‘rec’ de mon magnéto et nous démarrons notre entretien. Elle se définit comme un livre ouvert, toutefois un peu embêtée par le fait que beaucoup de gens ne la cernent pas et du coup la trouvent ‘bizarre’. Il est vrai que souvent, elle s’évade dans ses pensées avant de retomber sur terre et de réaliser qu’elle n’est pas seule. Il n’y a pas à dire, j’ai vraiment affaire à une artiste dans l’âme.

The 80’s : Quelles sont tes influences ? J’ai grandi avec de la musique classique. Et j’aime surtout Jean-Sébastien Bach. Sinon, beaucoup de jazz, j’ai une préférence particulière pour Sarah Vaughan. Il y a aussi Michael Jackson, les Beatles, Marvin Gaye,

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The 80’s

Stevie Wonder, Donny Hathaway, Curtis Mayfield qui m’ont beaucoup influencée. The 80’s : Aujourd’hui avec qui travailles-tu ? On est un trio, il y a mon guitariste LUCIEN FRAIPONT, qui est plutôt jazz et rock alternatif, puis il y a LARA ROSSEEL qui est contrebassiste, elle a des influences jazz et contemporain.


The 80’s : D’ou t’est venu le titre de ton EP ? Comment est né cet EP ? « The Other Woman » est le titre d’un des morceaux de l’EP. Ça avait du sens de choisir ce titre car j’ai un nouveau nom, une nouvelle influence ; c’est également la première vidéo live que j’ai postée et c’est grâce à elle que j’ai rencontré ERIC MORAL, mon producteur du label SOUL FOOD MUSIC. Grâce à un de ses projets, SOULFINGER, où il y avait différents artistes qui revisitaient des morceaux jazz, nous avions déjà travaillé ensemble, mais on se connaissait à peine. Il a regardé la vidéo et m’a contactée en me demandant si je voulais faire quelque chose : « c’est toi qui décide, j’apporte les fonds dont tu auras besoin. » C’était la proposition rêvée. The 80’s : Comment s’est passé ton parcours scolaire ? C’était un désastre : je parle de ça dans la chanson « Little Girl » où je dis que je détestais être un enfant car quand t’es enfant, ta vie c’est l’école, et je détestais l’école car les gens me trouvaient bizarre, ils ne me comprenaient. Je n’étais pas adaptée au système scolaire. A tel point que je n’ai jamais eu confiance en moi, car je pensais être plus bête que les autres, c’est grâce à la musique que j’ai pu m’en sortir. J’ai arrêté l’école à 16 ans et je me suis lancée dans la musique. Ce qui était bien, c’est que mes parents ont bien réagi car ils ont bien vu que je ne m’en sortais pas dans le système scolaire et que je m’en sortais bien mieux ailleurs. The 80’s : Écris-tu tes textes ? Je les coécris avec RACHEL CLAUDIO, et sur certains morceaux avec CHRISTA JEROME, qui a chanté avec STARFLAM. Il faut aussi savoir qu’en général pour la création de mes chansons, je ne calcule rien. Je parle des sujets qui me touchent, sans me dire que je ne vais pas parler de ça ici ou que je pourrais plus le faire là. En général, ma musique parle de choses que j’ai vécues, des blessures, des choses qui m’ont touchée ou traumatisée. The 80’s : Dans la vie en générale, quelles sont les choses qui t’ont touchée ou traumatisée ? L’abandon, je suis une « abandonnique » comme on dit. Mon papa est décédé quand j’étais petite. Quand t’es enfant voir le premier homme de ta vie te quitter, c’est très difficile… Et je l’ai vécu comme un abandon. Fatalement, tu construis toutes tes relations un peu autour de ça pour ne pas être abandonnée encore une fois.

The 80’s : Tu construis donc beaucoup tes projets au feeling ? Oui, exactement. Il arrive que lorsque ce ne sont pas des choses que j’ai vécues, je suis touchée par un film ou un livre.

Musique

On bosse ensemble depuis un an et c’est grâce au bouche à oreille qu’on s’est rencontré, on m’a passé leur numéro et ça a tout de suite collé entre nous. Mais pour l’EP, c’était une autre équipe. J’ai demandé à mon frère de s’occuper de la direction artistique. On l’a réalisé dans ma chambre, il y beaucoup de voix qui font les instruments, après on a ajouté quelques éléments comme les percussions, les contrebasses, de la guitare, des violonistes sont également venus.

The 80’s : En parlant de films et livres, quels sont tes top 3 de livres et films ? Je dirais pour les livres : 1. « Lettres A Un Jeune Poète » de RILKE, je l’ai vraiment adoré. 2. « Femmes Qui Courent Avec Les Loups » de Clarissa PINKOLA ESTES. C’est un bouquin hyper féminin. 3. « Mille Soleils Splendides » de KHALED HOUSSEINI, c’est un chef d’œuvre. Et j’aime aussi YASMINA KHADRA. Pour les films je dirais : 1. « Le Gout Des Autres » d’AGNES JAOUI. 2. « Amores Perros» d’ALEJANDRO GONZALEZ 3. je ne sais pas, il y en a plein, mais comme tu en veux trois je vais dire « Crash » de PAUL HAGGIS. The 80’s : Peux-tu citer trois valeurs qui te sont chères et te représentent ? L’intégrité, l’honnêteté, la générosité et je rajouterai la complexité. The 80’s: Ton TOP 3 « best artist ever » toutes musiques confondues? Je ne sais pas, il n’y en a pas trois, mais trois mille (rire) Je dirais Jean-Sébastien Bach, Michael Jackson et heu... Sarah Vaughan. The 80’s : Quels sont tes trois meilleurs artistes francophones ? Brel j’adore. Gainsbourg et Brassens. Je sais que pour beaucoup de gens c’est Brel ou Brassens mais pour moi j’aime les deux. The 80’s : Est-ce que Milla Brune est célibataire ? Joker (rire) The 80’s : Préfères-tu le studio ou la scène ? J’adore les deux. Ce sont deux choses différentes, et seulement faire l’un des deux m’ennuierais. Et puis, j’aime être en contact du public, il te donne une super énergie… et parfois pas (rire).

The 80’s

Propos recueillis par Kapesa «Kidsy» Patrick. Texte par Prince Kalala

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RENCONTRE DE

ZOXEA

A LA

S’il devait y avoir une liste de légendes vivantes du Hip-hop et surtout du rap français, à coup sûr, il serait dans les 5, si pas les 3 premiers. Pour tous ceux et celles qui suivent de loin l’évolution du rap français, c’est un rappeur de talent, membre d’un groupe mythique du rap parisien. Pour tous les autres, il est le père de toute une génération de rappeurs et le tôlier de tout un style de rap qui, aujourd’hui, est répandu bien au-delà des frontières de son pays ! Zoxea est ce genre de pilier qui mérite son nom au Panthéon des artistes ayant eu le plus d’impact sur leur art. Il y a plus de 20 ans à présent qu’il toucha son premier micro. Aujourd’hui, il est toujours présent avec le même amour, la même fierté d’honorer et de servir cette culture musicale.

The 80’s: Pour ceux qui ne te connaissent pas, comment te présenterais-tu ? Je m’appelle Zoxea, on me surnomme Zozo ou même parfois Zozoxeazea ou Zoxeakopat. Je suis l’un des trois membres fondateurs des Sages Poètes de la Rue avec mon frère, Mélopheelo, et Dany Dan. Auteur-compositeur-interprète, avec plusieurs albums à mon actif aussi bien en solo, en groupe qu’en collectif. The 80’s: Comment de Jean-Jacques Kodjo est né Zoxeakopat ? Avant Zoxeakopat le compositeur, il y a Zoxea l’auteur. Zoxeakopat est un néologisme, un mix entre Zoxea et psychopathe. Je trouvais que cela collait parfaitement à mon image de compositeur fou ! (rire) The 80’s: D’où vient TON langage? (exemples : zozoxyzi, danimizy, auzosissi, etc) Lors de notre première tournée avec les Sages Poètes de la Rue, Dany Dan et moi-même, on s’amusait à se défier sur notre créativité. En m’inspirant du Javanais, j’ai tout de suite pensé à utiliser la lettre Z correspondant à la première lettre de Zoxea pour créer un nouveau langage : la langue de Zo d’où Zozoxeazea, dazanizi... The 80’s: Quelles sont tes influences musicales ? Mes influences musicales vont de la musique africaine, antillaise, soul, funk, jazz en passant par le rock, pop, l’électro et bien évidemment le rap. The 80’s: Il y a eu une grande période de silence venant des Sages Poètes de la Rue, pourquoi? Quelles sont les vraies raisons de votre séparation? Nous n’avons jamais cessé de nous produire sur scène avec les Sages Poètes de la Rue, la scène qu’on

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The 80’s


The 80’s: Comment conceptualises-tu tes albums? Clips-vidéos? Pour le dernier en date “Tout Dans La Tête” je l’ai conceptualisé mentalement de A à Z (Zo), à savoir sans feuille ni stylo. Concernant les clips-vidéos, on aimerait en réaliser le plus possible car on pense que chaque titre de cet album mérite d’être mis en images. Comme dirait Mélopheelo : “Aujourd’hui les gens regardent la musique, ils ne l’écoutent plus simplement”.

Musique

King de Boulogne m’est naturellement venu à l’esprit le jour où j’ai écouté l’instrumental de Bun Dinero un jeune compositeur de chez moi, très inspiré lui-même par le rap new-yorkais de Nas, Mobb Deep, Cormega.

The 80’s: Que penses-tu de la configuration band/ rappeur sur scène? J’aime beaucoup voir l’association rap/musiciens, lorsque ces derniers s’adaptent à l’esprit originel du titre sans le dénaturer. The 80’s: Quelle doit être la plus grande qualité d’un rappeur sur scène? Selon moi, la plus grande qualité qu’un rappeur doit avoir sur scène est le magnétisme qu’il crée entre le public et lui-même.

considère comme un facteur primordial pour garder un contact fort avec notre public. Le silence n’a été que discographique, il n’a jamais The 80’s: Selon toi, quelle est la différence entre été question de séparation, nous avons tous des projets personnels de notre côté, à savoir notre engagement musical et entrepreneurial. artiste et rappeur? Pour moi, un rappeur doit être considéré comme un D’ailleurs un prochain album est en préparation. artiste, et se comporter comme tel. The 80’s: Tu as vite côtoyé les meilleurs d’hier comme Mc Solaar, NTM, mais tu as aussi découvert ceux d’aujourd’hui comme The 80’s: On te connait maitre dans l’art de l’improvisation, que doit-t-on faire pour exceller Booba, Sinik comment te vois-tu par rapport à tout cela ? dans cette pratique ? Je me vois comme quelqu’un de chanceux et visionnaire. L’improvisation est un sport qui requiert des heures et The 80’s: Entretiens-tu encore une relation avec eux ? (BOOBA, des heures d’entraînement. LIM, MALA, SIR DOOMS, etc.) ? On a l’occasion de se croiser car on a tous grandi à Boulogne-Billan- The 80’s: Quelle est ta vision du rap, aujourd’hui? J’ai une vision du rap plutôt optimiste car mon équipe court. et moi-même arrivons avec des projets musicaux The 80’s: Que penses-tu de l’album « Mauvais Œil » de Lunatic, d’envergure, et des idées novatrices en termes d’entertainment. comparé à celui qui n’est jamais sorti, que tu as produit? Les deux albums ne sont pas comparables étant donné qu’ils ont été The 80’s: Quelle est l’avenir de Zoxea? (KDB zik, enregistrés à des périodes complètement différentes, dans un état etc., ) d’esprit différent. Dieu seul sait ce que l’avenir nous réserve, une chose est certaine : c’est qu’on travaille depuis plus de vingt The 80’s: Avec du recul, que regrettes-tu de cette période? Étant de nature positive, j’avance toujours sans regret et je ne garde ans pour constituer un empire. que les bons moments en tête. The 80’s: Quelles sont les 3 forces de Zoxea ? The 80’s: Dany Dan est cet autre phénomène issu des Sages Po, Mes forces sont mon flair au niveau artistique, mon pourquoi n’as-tu jamais réalisé ou produit l’un de ses albums ou professionnalisme et mon accessibilité malgré que ce soit moi la “Reusta” (rire) projets ? Je pense que Dany Dan voulait s’affirmer en temps qu’artiste indépendant afin de se détacher de cette image des Sages Poètes de la Rue The 80’s: Quelles sont les 3 faiblesses de Zoxea ? qui lui colle indéniablement à la -Sage- peau (rire) . Il a lui aussi créé Mes faiblesses sont ma générosité, ma patience qui son label “Discdur” ; cela dit, nous serons toujours à ses côtes Mélo et n’a pas de limite et ma gentillesse, si on considère que moi-même, s’il décidait de faire appel à nos compétences de réalisa- gentillesse = faiblesse, bien entendu (rire) teurs ou co-producteurs au sein de KDBZIk. The 80’s: KDB pour King de Boulogne? Pourquoi? En m’inspirant du film “King of New - York” réalisé par Abel Ferrara, The 80’s

Kapesa «Kidsy» Patrick

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SKY Arrivé en pleine réunion de l’équipe « Guillotine Records », je me permets d’y perturbé son déroulement pour l’interview de Sky. Il est un rappeur membre du groupe La Révolte. Il se définit comme étant un MC des coins de rues, qui ne rap pas juste pour les mecs de son quartier, ni que pour ceux de Bruxelles mais pour la crapulerie du monde entier. Au delà de tout cela, Sky est dans le décor du rap belge depuis longtemps. C’est parce qu’il est très souvent accompagné des membres de son collectif tels que : La Rézistance, 187 Protocoles, Cocktail Rolotof, Molenboy, Outrage, L’Ordonnance, Protocole… Que Sky a commencé à s’établir et se confirmé il y a présent presque 10 ans. «Avant on le faisait pour s’amuser » dit-il de son groupe qu’il a formé avec L’Altess Oussama en 2005. Aujourd’hui il nous sort son 1er album solo la « Théorie Du Chaos » dans les bacs depuis le 13 février 2013. Ceux qui l’ont croisé ne serait-ce qu’une fois dans les rues de Bruxelles ou dans différents événements de la culture Hip-hop, savent à quel point son charisme fait de lui la personne qui marque les esprits. The 80’s se devait donc de partir à sa rencontre lui qui, en plus, est membre d’un des collectifs les plus indépendants de l’histoire du rap Bruxellois. The 80’s: On sait que tu es un fier Bruxellois, mais surtout un franc représentant de Molenbeek (commune de la périphérie bruxelloise). Quels sont tes liens avec les autres groupes molenbeekois? Il y a plusieurs liens, dont ceux avec «La Rézistance». Ce groupe pour moi, c’est LA légende du rap molenbeekois. Pour moi, des mecs comme «Kaz Robio», «Rifino» et les autres, ils auraient dû percer depuis longtemps, mais tu connais la Belgique (soupir). On a fait plusieurs choses avec plusieurs mc’s de Molenbeek. Mais sinon, nos liens sont plus liés à des histoires de street. C’est assez simple, pas de copinage, de calcul, etc. On peut dire que c’est le ghetto dans toute sa splendeur. The 80’s: Quand est-il de La Révolte ? Ça se passe très bien, on prépare un gros cd! Il ne faut pas croire que La Révolte, c’est fini! Si j’en suis là, c’est juste parce que j’ai posé plusieurs choses qui devaient être dans le cd de La Révolte. J’avais plusieurs morceaux,

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peut-être parce que j’écrivais les textes un peu plus vite, donc j’ai décidé de les prendre pour sortir un projet solo avec! On est tous capable de sortir un cd solo, il n’y a pas de jalousie, compétition malsaine etc. Au contraire, nous sommes très soudés. The 80’s : D’où t’est venue l’idée de la «Théorie du Chaos», peuxtu nous expliquer le titre ? Le titre est venu quand j’ai terminé tout le cd. Je me suis dit : «Ça, c’est la théorie du chaos ce truc!». D’ailleurs, tu remarques que nulle part dans l’album, aucune chanson ne porte ce nom, tout comme nulle part, je cite ce titre. The 80’s : Comment s’est déroulée la confection de ce street album ? Il a été entièrement confectionné au studio Guillotine Records. Cela s’est fait dans un mode assez simple, tu sais. Du genre, tu t’ennuies le soir, rdv au studio, on enregistre, etc. Vraiment simplement et très famille, avec la plus part des instrus de 187 Protocoles mais aussi celles de Kaz Rubio, Stito, Molenboy et Cocktail Rolotof. Les morceaux s’empilaient jusqu’à ce qu’on réalise qu’il y avait de la matière à exploiter. Du coup, on a amené le tout chez Zak le miXXionnaire. Et ensuite, voilà. The 80’s: Il en a été de même pour les featurings ? Exactement! Je n’ai jamais fait un son en me disant que j’allais préparer ce street album. Du coup, les featurings sont tout aussi simples et familiaux, pour la plupart. Il y a Kaz Rubio, Wolf Mo, Sinistro. Il y a aussi Lady Fa, une chanteuse que j’aime bien. Et LIM aussi, que j’ai rencontré comme ça en mode ghetto, il y a longtemps. Du coup, on est resté en contact. Voilà, maintenant on clipe le plus possible et on sera un peu partout sur scène, etc. The 80’s: Quelle est ta vision du rap belge ? Je ne dirais pas le rap belge, mais le mouvement du rap belge. Donc les artistes de tout genre et de tout niveau avec tous ceux qui manipulent ce mouvement! Il y a beaucoup de talents mais, selon moi, là où ça bloque c’est

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The 80’s: Que penses-tu du rôle propre de l’artiste par rapport à ces institutions ? Franchement, je n’ai jamais été d’accord avec ceux qui suivent le troupeau bêtement. En pensant qu’ils sont les grands patrons, comme si sans eux, il n’y a pas de musique. Jamais tu ne verras les noms de certaines institutions sur mon cd. J’ai rien contre l’aide, la coopération, les subsides. Mais j’estime qu’il faut tout faire pour garder une certaine indépendance face au système, en tout cas face à ce système. Je m’explique : le rap a toujours été une sorte de révolte contre le système, qu’on le veuille ou non. On est d’accord avec certaines choses, mais contre d’autres aussi. Et selon moi, « si » c’est le système qui te donne tous tes fonds pour faires ta musique, pour moi t’es manipulé, tu es une marionnette. Je ne suis pas d’accord avec ces artistes-là, mais bon ce n’est que mon avis. The 80’s: Pour toi, qu’est ce qui manque dans le mouvement rap belge ? Il manque des gens qui prennent leurs c** en mains. Il faut des gens de notre camp, c’est-à-dire : Des gens passionnés, qui aiment réellement cette culture, qui veulent réellement faire avancer le truc. Des mecs qui organisent de gros concerts, etc. Faut aussi qu’on soit soudé. Si on est tous ensemble, on va faire de grandes choses, si on est tous divisés, on ne va rien faire. En tout cas, il faut choisir son camp. Il ne faut pas faire un coup avec moi et ensuite un coup avec ceux qui dirigent du haut, il faut choisir son camp.

pêché. Alors commencer à inclure l’Islam là-dedans, je ne valide pas. C’est n’importe quoi. The 80’s: Que penses-tu des clashs présents dans le rap ces derniers temps? Ces clashs, c’est du n’importe quoi aussi. Surtout quand ce sont de grands artistes comme Booba, Rohff ou La Fouine. Ils se font passer pour des gamins de merde, ce sont des mômes qu’ils amusent. Moi je dis que les clashs c’est 0 sur 10. Si t’es un bonhomme, tu règles tes comptes en face. Un clash ce n’est pas positif. Maintenant, si des gens extérieurs vont écouter du rap juste à cause de ça, c’est positif, mais pas si c’est juste pour s’intéresser au clash. The 80’s: Que penses-tu de la « street credibility » ? Penses-tu que la crédibilité de la rue est importante ? Je n’ai aucun problème avec ça. Les mecs disent, font et montrent ce qu’ils veulent. A un certain niveau, des mecs comme Booba ont des trucs à prouver. Et du coup, s’il veut montrer son casier dans un clip, qu’il le montre. The 80’s : Comment un artiste doit gérer la critique ? Personnellement, la critique je ne l’écoute même pas. Avant tout, je fais ce que j’aime, il n’y a que comme ça que tu vas monter. Si tu écoutes comment tu dois faire, tu n’es plus toi-même. Si je commence à calculer chaque internaute, je vais péter un câble. Tu ne dois pas gérer en vérité. Tu fais de la musique, elle plait tant mieux, sinon voilà tant pis. Ce que je n’aime pas sur le net, c’est que les gens soient des moutons. Ils viennent direct te dire que ta musique c’est de la merde alors qu’ils n’ont même pas écouté. Ils lancent un clash et tout le monde va suivre ce que cette personne a dit. Après la plupart des personnes sur internet qui font ça, ils ont 12-13 ans, qu’est-ce que tu veux leur dire ? Moi si je n’aime pas une musique, voilà, je ne perds pas mon temps à aller le dire sur le net ; si j’aime je prends mon temps, je le dis. The 80’s: Un conseil à donner à des mecs qui veulent faire du rap ? Dans le rap, il ne faut pas essayer de trop vite monter. Moi je donne 5-6 ans d’écriture et là vous pouvez vous lancer, à part si tu as un vrai talent. Propos recueillis par Kapesa «Kidsy» Patrick. Texte par Stéphanie Kongolo

The 80’s: Comment définis-tu le rap? Ton rap? Pour moi, le rap doit refléter des choses que la personne vit. Après un artiste peut déconner, s’amuser et danser. Je veux dire que le mec du ghetto peut sortir un soir en boîte avec des meufs aussi. Ce n’est pas parce que c’est un mec du ghetto qu’il est 24h sur 24 au coin de sa rue. L’artiste est libre de faire ce qu’il veut, je pense. Il peut même raconter quelque chose qu’il n’a pas vécu directement, tant qu’il est concerné. En tout cas, c’est comme ça que je respecte l’artiste! Mon rap, c’est du rap de rue. C’est la réponse la plus simple du monde. C’est ce qu’on vit au quartier, nos discours de tous les jours. The 80’s: Que penses-tu du fait d’inclure la religion dans la musique ? C’est n’importe quoi. Et cela pour toutes les religions. Déjà que pour nous les Musulmans, le fait qu’on fasse de la musique c’est un

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surtout au niveau des gens qui sont au-dessus, ceux qui reçoivent l’argent pour les différents événements culturels ici. C’est à cause d’eux tout ça. Parfois, j’ai même l’impression que le problème peut être ou est racial. On préfère un certain type de rappeur, par exemple le blond aux yeux bleus qui rappe, aux autres. Dès que c’est autre chose, on va dire «Non, mais..». Nous souvent, on nous stigmatisait de «fouteur de merde» et pourtant j’ai fait beaucoup de concerts et on n’y a jamais foutu la merde. Donc pour conclure, moi, cette partie du mouvement je ne l’aime pas. Il y a trop d’hypocrisie. Du coup ma vision est simple et quelque part purement Hip-Hop : Il ne faut pas s’insérer dans ce mouvement, il faut créer notre propre mouvement et eux, on les laisse faire ce qu’ils veulent.


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Musique Scylla est cet artiste originaire des rues de Bruxelles en quête de simplicité, de partage et de cœur. Rares sont ceux qui conçoivent l’art comme un vecteur de transformation sociétale et d’amélioration de soi. Scylla lui, réussit totalement à représenter tout cela à travers son univers artistique et musical. Il se refuse même à ce que la musique soit utilisée comme un simple moyen de divertissement. Peut-être idéalise-t-il trop la musique en considérant qu’elle peut véhiculer et consolider de vrais principes, messages, etc. ? Quoi qu’il en soit, The 80’s, à travers cet entretien plus qu’enrichissant, vous invite à plonger dans les profondeurs de sa personnalité, de son monde et de sa réflexion.

The 80’s : Comment te présentes-tu ? Scylla. Un artiste en quête de simplicité, de partage, de cœur, qui idéalise peut-être un peu trop la musique, en considérant qu’elle peut véhiculer et consolider de vrais principes, messages, etc. Je conçois l’art comme un vecteur de transformation sociétale et d’amélioration de soi. Je me refuse à ce qu’il soit utilisé comme un simple moyen de divertissement. Mais je t’avoue que je me demande souvent si je ne suis pas dans une idéalisation pure et simple, dans l’erreur, quand je vois ce pourquoi cet art est utilisé actuellement... The 80’s : Peux-tu nous décrire les grandes lignes de ta carrière avant et après Opak? Alors, difficile de faire bref quand tu me demandes de retracer ma “carrière”, même dans les grandes lignes... J’ai commencé avec quelques potes dont Karib (du collectif Opak). La maison de jeunes de Forest (Wielemans) avait mis à notre disposition un local, un peu de matos. On se réunissait aussi chez des potes pour rapper entre nous. Petit à petit on y prend goût. La plume, apprendre à mettre des mots sur des sentiments souvent incompris jusque là. On sonde des parties de soi-même qu’on commence à apprivoiser peu à peu. On commence à kiffer la mise en rythme de tout cela, la technicité des placements. Puis, le travail personnel commence à avoir de l’écho auprès

d’autres personnes. Propositions de mixtapes, compilations sur la Belgique. Parmi ces mixtapes, celles de Dj Alien. Et parmi les mc’s qui posaient sur ces mixtapes, le groupe D.A.K. auquel appartenaient Masta Pi et Lab7. En plus de ces mixtapes, ils enregistraient des titres chez Alien sur des prods à lui. Nous aussi. Donc nous avons décidé de réunir nos titres sur un disque, en formant une sorte de collectif spontané : “O.P.A.K.”. Le disque “L’Arme à L’Oeil” en 2004 a rencontré un succès d’estime sur la Belgique, qui nous a ouvert les portes des scènes chez nous. On a vécu une belle aventure dans ce cadre ! On a sorti un second album en 2006 “Dénominateur Commun”. Mais étant donné l’aspect spontané du collectif, je pense que les objectifs musicaux et les univers étaient trop différents pour qu’on ne se développe pas chacun de notre côté. C’est ce que nous avons fait. J’ai alors commencé mon aventure solo en sortant les titres “Scy”, “Marqué Au Fer Bleu Blanc Rouge”, “Quand Tu Descendras Du Ciel”, etc. J’ai lancé des vidéos freestyles concept comme le clash contre le Beatmaker Crown. J’ai sorti un 5 titres “Immersion” avec les titres “Bx Vibes”, son remix, “Le Voile Des Mots”, “Faites-Nous Mal”, “Souffrances Similaires”. J’ai ensuite sorti le projet “Thermocline” en libre téléchargement. Il y a quelques mois, le maxi 4 titres “Second Souffle”, dernière étape avant l’actuel album “Abysses”. En dehors de mes projets, j’ai participé à ceux d’autres personnes: remix du “Dernier Mc” de Kery James, Booska Tape, collaboration avec Rockin Squat, projet Inglorious Bastardz.

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Voilà, en gros, oú j’en suis. Avec dans mon équipe Lams, Hkar, Ebola (Delit2Fuite), Nicolas Caboche (Northsiderz). Big up à eux pour leurs pierres posées dans cette belle aventure !

La personnalité bien évidemment : chaque homme est différent et se distingue naturellement par cette différence ; mais d’un point de vue musical et artistique : la voix et l’univers.

Le titre de mon album est axé sur la métaphore des “abysses”, à savoir un voyage dans les “profondeurs de l’être”. Mes profondeurs. Intimement convaincu qu’à un certain degré de profondeur, tous les êtres humains se ressemblent et se rejoignent. Il s’agit donc d’un appel aux gens à se rapprocher d’eux mêmes, non pas pour m’acheter mes disques, mais parce que je suis persuadé qu’il n’y a que comme cela qu’on pourra tous vivre en paix les uns avec les autres... Je ne fais qu’exposer un travail personnel dans ce sens.

The 80’s : « BX Vibes » Comment t’est venue cette idée ?

The 80’s : Comment s’est déroulé la construction de cet album ?

Lorsque j’ai sorti les premiers morceaux et vidéos concepts en solo, j’ai eu quelques propositions de labels français. Certains d’entre eux m’avaient conseillé de mettre de côté ma “belgitude”, du moins dans un premier temps.

Très naturellement. Tout s’est fait le plus naturellement du monde.

The 80’s : Quelle était ta particularité dans ce groupe ?

Je trouvais ça assez injuste et j’avais l’impression que chez nous aussi on avait comme ce “complexe” d’être des artistes belges. Du coup j’ai voulu taper dans ce clou directement, en criant d’emblée “tu me verras porter le drapeau de ma ville, quitte à me prendre le plus gros râteau de ma vie”.

D’un point de vue visuel, j’ai simplement bossé avec ceux avec qui j’ai toujours bossé depuis le départ. Ebola (Delit2Fuite, Pixnel) qui a réalisé les clips “Second Souffle” et “Abysses”. Et Nicolas Caboche qui a réalisé les clips “S.C.Y. “, “Bx Vibes” (en collaboration avec Ebola) et maintenant “J’Réclame”. J’ai beaucoup de chances de travailler avec des gars aussi talentueux. Mais c’est avant tout familial.

Dire haut et fort cette appartenance. Planter le décor tout de suite, en espérant susciter par la même occasion chez les Belges le sentiment de vouloir supporter leurs artistes nationaux. Et à mon grand plaisir, beaucoup ont suivi ce mouvement ! Cependant, loin de moi l’idée d’ériger des pseudos frontières artistiques ou communautaires, au contraire !

Niveau beatmakers, encore une fois, des “collègues” de longues dates: Crown, Nizi, Alien, Lams, l’Inconnu, Soulchildren, Bastardz Prod, Proof (Din Recordz), mais également Ptifa, Bustar et Bilbok. Point de vue feat, je n’ai absolument pas visé des feat à écrasante notoriété. Je ne cherche pas à faire valoir mon univers sur les épaules d’un autre. J’ai privilégié les connections de longue date: Saké (Zakariens) et Furax Barbarossa (Bastard Prod), présents à chacune de mes étapes d’évolution, depuis quelques années maintenant.

The 80’s : Penses-tu qu’à présent tu portes le drapeau du pays, de la ville ? Quand je dis “porter le drapeau de ma ville”, je n’ai aucune prétention à être le seul ou le plus important représentant de cette ville ou de ce pays, mais un parmi des dizaines d’autres! Comme je le dis d’ailleurs dans le remix de Bx Vibes. Mon avis à ce sujet n’a pas changé. Je ne suis qu’un représentant parmi d’autres, fier de cette appartenance mais sans aucune hostilité pour autant vis-à-vis de personnes qui se situent en dehors de ces zones géographiques. Je serais débile de penser comme ca. Ceux qui connaissent mes titres savent que c’est complètement contraire aux principes que je défends. The 80’s : Aujourd’hui tu sors ton 1er album solo « Abysses », pourquoi ce titre ? “Abysses”, ça signifie bien entendu les profondeurs sous-marines, dont la plupart restent inexplorées par les êtres humains, ils connaissent mieux la lune que les abysses. Mais mon but n’est bien évidemment pas de prendre un sous-marin et de revenir avec un documentaire, lol.

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Le feat avec Tunisiano s’est fait de manière ultra naturelle aussi. J’ai fait une date en commun avec lui. Il est venu me voir et m’a proposé qu’on fasse un titre ensemble. J’ai également appris que REDK adhérait à mon univers. J’ai donc décidé de les réunir sur un titre. The 80’s : Comment définis-tu ton public ? Il s’agit tout simplement de ceux à qui mon univers a parlé. Ceux qui ont des souffrances, des constatations, des réclamations, des principes similaires aux miens. Ce n’est pas plus compliqué que cela. Les raisons pour lesquelles ils adhèrent aux titres diffèrent. Mais quand je discute avec eux, après les concerts, par exemple, ils ont l’air d’avoir plus été touchés par les messages et sentiments véhiculés que par la technicité des rimes ou la « lourdeur » des sons. Mon public est donc composé de personnes qui doivent d’une manière ou d’une autre me ressembler.

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The 80’s : Selon toi, quelle est la différence entre «Hip-Hop» et «Rap» ?

pour te répondre, et encore… Et je ne suis certainement pas la bonne personne pour te fournir des réponses définitives.

La musique « rap » est une forme d’expression artistique, un style musical, tout comme l’est le rock par exemple.

Pour être très bref, beaucoup disent qu’il y a une ligne de démarcation entre les deux. Que ce qui est sacré doit rester exclusivement dans la sphère sacrée, pour ne pas que cela soit « profané ».

Le « Hip-Hop » se réfère quant à lui à un mouvement culturel plus large, qui s’étend à la danse, la peinture (graffiti), etc. Ce mouvement est né sur la base de certaines idées : contestation de l’ordre établi, à l’époque de son émergence, quête de solidarité alternative, etc. Par la suite, le « rap » s’est peu à peu émancipé de cette « idéologie » pour devenir presque exclusivement un genre musical. Dans l’idéal, le rap devrait donc servir à dénoncer les carences de l’ « ordre » établi, comme les dérives du capitalisme sauvage ou les injustices sociales. Paradoxalement, dans les faits, il les renforce bien souvent : mise en avant d’égos surdimensionnés, du culte du matérialisme, ceux qui autrefois ont eu du mal financièrement finissent par exhiber leurs pseudo-richesses encore plus violemment que les autres… Le rap a donc, en quelque sorte, fini « au service de son ancien ennemi ». The 80’s : Selon toi, quelle est la définition d’un bon «Rap» ? D’un point de vue strictement personnel, un bon rap réunit les critères suivants (par ordre d’importance) : • MESSAGE en 1er lieu : le fond ! • Mise en forme de ce message : originalité, créativité. Est-il abordé intelligemment ? • Technicité du MC : en tant que rappeur je ne peux malheureusement pas resté insensible à l’aspect purement technique du MC que j’écoute : ses placements de rimes, la gestion de sa voix, etc. • Le choix de l’instrumental : on reste quand même dans le domaine musical ! Quel univers amène-t-il ? The 80’s : Du coup, pour toi, quel est le devoir d’un bon «MC» ? Son « devoir » ? Je ne suis pas dictateur. Chacun fait ce qu’il veut. Mais pour qu’un rap me plaise, il doit répondre aux critères listés au-dessus, et particulièrement aux critères liés au fond. Je ne conçois pas la musique comme un moyen de divertissement.

Pour ma part, je reste donc très prudent lorsqu’il s’agit d’intégrer l’un ou l’autre élément qui touche à la spiritualité dans mon art, pour éviter que mon art la « salisse », même si ce n’est, bien évidemment, pas mon intention à la base. On ne sait jamais… The 80’s : Quelle est ta définition de la « crédibilité » ? Être cohérent, en accord avec qui on est et ce qu’on véhicule. Entre les lettres de ta question, je lis qu’en tout cas, ce n’est pas lié au « taux de dangerosité » de quelqu’un. Chaque être humain peut potentiellement être dangereux pour l’autre. A mes yeux cela n’a rien d’une qualité, au contraire… The 80’s : Que penses-tu de la « street crédibilité » ? Ça ne m’intéresse pas. The 80’s : Qu’est-ce qui marque la différence entre le rap en français et le rap en anglais, pour toi ?

The 80’s : Que penses-tu de cette nouvelle vague, dans le rap français, qui mêle croyance et musique ? Je ne sais pas si c’est souhaitable, mais je pense qu’il n’y a rien de plus naturel et que ça n’a rien de neuf. Un Mc est un homme comme un autre, qui raconte ce qu’il vit, ce à quoi il pense, etc. À partir du moment où ses « croyances » prennent une place importante dans sa vie, il est tout à fait logique que cela se ressente dans ses textes. C’était déjà le cas avec AKH dans IAM par exemple. La question qui se pose est : peut-on importer quelque chose de sacré dans une sphère considérée comme « profane » ? Ce débat a fait couler beaucoup de salive et d’encre. C’est une question épineuse et très complexe. Il faudrait un livre entier

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En ce qui me concerne, j’attache beaucoup d’importance à la spiritualité dans ma vie de tous les jours. Cela m’intéresse beaucoup ! Mais je n’y fais que très peu allusion dans mes textes. Et si je le fais, c’est de manière plus « suggestive », je n’entre pas dans les détails de ma croyance. Je ne fais pas dans le prosélytisme à deux balles, cela ne servirait absolument à rien, chacun son chemin et je ne suis pas investi d’une mission de « guide » pour les âmes. Je suis loin d’avoir cette compétence ! Lol. Je risquerais de faire plus de mal que de bien si j’entrais là-dedans. Tout au plus, je peux partager mon expérience et dire aux gens de ne pas « fermer la porte » à la dimension spirituelle. Elle a trop de choses à leur apprendre. Mais je ne vais pas effectuer leur quête personnelle à leur place…

La chanson française a peut-être un peu plus la culture de la « plume ». Chez nous, un artiste paraît vite « débile » lorsque son texte n’est pas très « creusé ». Dans la culture anglo-saxonne, on laisse peut-être plus de place au « groove », à la « vibe », quitte à y laisser un peu de plume… Mais attention : il y a de très bons écrivains anglo-saxons !! The 80’s : Quels ont été les artistes qui t’ont le plus marqué ? Ouille ! Il y en a trop ! Pour la plume « classique » de la chanson française : un Brel par exemple, mais il y en a eu d’autres bien entendu. Niveau rap français : IAM, FF, Arsenik, La Cliqua, etc. Le fameux « âge d’or » du rap français. Je ne suis pas « passéiste », mais

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“Être cohérent, en accord avec qui on est et ce qu’on véhicule”

c’est l’époque qui m’a le plus marqué. Peut-être est-ce dû à la manière dont je percevais la vie à ce moment-là ? En tout cas, c’est là que j’ai le plus vibré. Mais il arrive encore que je vibre de temps à autre actuellement.

appelle le rap « conscient ». Mais je trouve ce mot tellement fort et prétentieux ! Est-on réellement « conscient » de quoi que ce soit ? Alors, si tu veux vraiment une « case », disons que je suis un « rappeur en quête de conscience ».

En rap US: Nas, Wu Tang Clan, Big Pun, Onyx, …

The 80’s : Où te vois-tu dans 5 ans ?

The 80’s : Que penses-tu de la compétions dans le domaine musical et surtout du Rap?

Franchement, impossible à dire… Je ne suis pas maître de cela. J’essaie de me fixer certains objectifs, mais les événements de la vie les contrecarrent la plupart du temps. Alors j’apprends à faire confiance à mon « destin » et avancer pas à pas. Avant de te dire où je me vois dans 5 ans, je devrais pouvoir te dire où je me vois demain… et j’en suis incapable.

Si la compétition est saine et qu’on se concurrence dans ce qu’il y a de meilleur, comme l’intelligence des messages, la mise en forme de ces messages, la concentration sur le fond, etc, pourquoi pas… Mais si la compétition se limite à écraser les autres, se sentir plus « important », plus « fort » qu’eux, entrer dans le fameux mythe du « numéro 1 », elle devient bien évidemment néfaste. Elle devient alors un simple temple voué au culte de l’égocentrisme. « Si c’est ça le rap, je ne serai juste qu’un artiste. Qu’on me classe dans les bacs avec la musique anarchiste !» Je te sens venir, tu vas certainement me demander mon avis sur les clashs actuels… No comment. Lol « Si tel est votre rap game, je ne joue pas avec vous ». The 80’s : Où te situes-tu dans toutes ces facettes du Rap ? Je ne sais pas. Je n’aime pas trop les « cases ». Mais d’après les retours de mon public : il semble que je fasse partie de ce qu’on

« Je préfère ne pas savoir quel sera le mot de la fin ». The 80’s : Que penses-tu du rap en Belgique ? Je vois beaucoup de talents. Il y a un côté « spontané », dans le sens où ce sont encore des talents bruts, pas encore lissés par le « système » mercantile. Je pense que la plupart d’entre nous n’avons d’ailleurs pas conscience des rouages de ce système. Cela nous sert, comme ça nous dessert. D’un côté, cela préserve une certaine « pureté de talent ». Mais d’un autre côté, cela empêche la professionnalisation. On a tendance également à ne pas trop se prendre au sérieux. Là encore, il y a du positif car il en ressort une certaine humilité. Mais d’un autre côté, à nouveau, les choses ont du mal à se professionnaliser. Dès qu’une personne sort un peu du lot parce

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qu’elle essaie de se structurer, un certain nombre d’artistes auront tendance à la descendre, au lieu de la soutenir. Comme il n’y a pas beaucoup d’ « exemples » de réussite ici, on a tout de suite l’impression que celui qui y parvient un minimum va prendre la seule et unique place, celle que tous les autres convoitent. Mais c’est bien entendu mal connaître le système. Il n’y a pas une place, pas deux, pas trois, mais autant qu’il en faut pour les gens qui parviennent à drainer un public. Au plus il y en aura, au plus cela attirera l’attention des médias, des organisateurs d’événements, etc. Enfin, bien évidemment, il y a une « identité » belge, qui résulte de notre contexte social et sociétal, des normes propres à la Belgique, ou à certaines, villes ; des expressions linguistiques utilisées, des idées reçues dans l’inconscient collectif, etc. Donc forcément, cette « différence » va aussi se traduire dans les formes que prennent l’art belge. The 80’s : Que penses-tu de la gestion du mouvement Hip-hop belge ? Une chose est certaine, c’est que le rap belge n’est pris au sérieux ni au sein de ses propres frontières, ni en dehors, forcément. Il faut presque systématiquement passer par la France pour se faire un peu entendre, y compris en Belgique. Or, il existe un public rap francophone en Belgique ! Et je vais même

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dire que ce public serait à mon avis heureux de pouvoir écouter du bon rap « de chez eux ». Mais ce rap n’est pas parvenu jusqu’à leurs oreilles. Il y a donc une carence médiatique chez nous. Je suis presque certain que si j’étais allé m’installer en France je serais entré depuis un certain temps dans d’autres perspectives de carrière, avec plus de moyens, plus de professionnalisme, etc. Je le sais. Mais je refuse de jouer la victime en criant « on n’est pas pris au sérieux ici », « on ne nous joue pas assez », etc. Si c’est le cas, il faut s’organiser. S’il y a des carences, c’est qu’il y a encore tout à faire. Il pourrait donc être positif que des gens se rendent compte des différents métiers qui gravitent autour du « rap » : management d’artistes, organisation d’événements, distributions, radios, sites web, journalistes, etc. Or, ici, on est tous Mc ou beatmaker, lol. Après, il est possible que cette « professionnalisation » aille également dans le sens d’une perte de spontanéité au niveau des talents. Il faut juste ne pas soumettre totalement l’art aux logiques marchandes. Vendre du disque, à la limite pourquoi pas, mais pas à n’importe quel prix éthique !

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Kapesa «Kidsy» Patrick


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Ronaldo Messi

Le ballon d’Or dit-il vrai ?

E

t oui ! Vous ne rêvez pas, cet article a bien pour objectif de comparer Lionel Messi à Cristiano Ronaldo. Cela pourrait vous paraître étrange étant donné que le génie argentin vient d’empocher son 4ème Ballon d’Or consécutif. Mais permettez-moi de remettre en doute la légitimité de ce trophée individuel depuis que Fabio Cannavaro l’a emporté en 2006 devant Zinedine Zidane (meilleur joueur de la coupe du monde de la FIFA 2006) ou Thierry Henry (meilleur buteur de Premier League, finaliste de la Champions League 2006 et finaliste de la Coupe du Monde 2006), et je ne mentionne même pas le scandale d’arbitrage dans lequel la Juventus de Turin - club de Fabio Cannavaro à l’époque - était plongé. De plus, attribuer une récompense individuelle dans un sport collectif me parait un peu limite, enfin ceci est un tout autre débat. Pour en revenir à Lionel Messi et Cristiano Ronaldo, Je vais procéder à une comparaison des deux joueurs selon plusieurs facteurs, ce qui vous permettra de tirer votre propre conclusion à la fin de cet article. Le premier point de comparaison repose sur une analyse des statistiques en club de nos deux protagonistes. Pour ce faire, je vais comparer le nombre de buts marqués en championnat espagnol par les deux joueurs. Afin que la comparaison soit la plus objective possible, je commencerai l’analyse en 2009, année de l’arrivée de Cristiano Ronaldo en Primera Liga Español. Il y a deux tendances qui se dégagent de ce tableau(*). Premièrement, on remarque assez aisément que Lionel Messi a marqué plus de buts que Cristiano Ronaldo durant le même laps de temps. Deuxièmement, Lionel Messi a joué plus de match en Primera Liga Español que Cristiano Ronaldo. Bien entendu, vous me direz que cela n’explique pas la différence de 17 buts entre les deux stars du ballon ronds alors que le déficit de matchs joués par Cristiano Ronaldo par rapport à Lionel Messi s’élève à cinq. Inversement, d’autres diront que Cristiano Ronaldo a du s’adapter en venant de la Premier League. Ok je le conçois, mais il est important de savoir qu’avant le début de cette saison l’écart entre les deux joueurs était de 3 buts. Donc nous pouvons dors et déjà écarter cette dernière hypothèse. Pour revenir au titre même de notre article, je me permets de souligner (car il est très dure de donner un avis négatif par rapport à Lionel Messi de nos jours au vu de ces performances) que lorsque le natif de Rosario a remporté le Ballon d’Or en 2011, Cristiano Ronaldo avait marqué 9 buts de plus que Lionel Messi en championnat espagnol. Alors oui vous me direz que le FC Barcelone a été champion d’Espagne et d’Europe cette année là mais cela nous ramène à une question fondamentale voire existentielle : Est-ce que le Ballon d’Or est élu par rapport à ses performances individuelles ou les performances de son club ? Enfin…Passons au prochain point de comparaison pour tirer cette question au clair. Le second facteur de comparaison est tout aussi important que les buts, il s’agit des passes décisives. Nos deux joueurs évoluant en tant que milieu de terrain – du moins jusqu’à la saison dernière pour Lionel Messi-, nous allons analyser ce qu’il en est à ce sujet. Et oui, il n’y a pas photo, Messi fait marquer ses coéquipiers ce que Cristiano Ronaldo peut faire mais dans une moindre mesure. Statistiquement, c’est écrit noir sur blanc, Lionel Messi a été globalement un joueur plus complet que le portugais lors des quatre dernières années en Primera Liga Español que ce soit au niveau des buts marqués mais aussi des passes décisives excepté la saison 2010-2011.

Dès lors, nous revenons toujours à la même question de base, Messi a-t-il obtenu le Ballon d’Or cette année là pour les performances du FC Barcelone ? Allons jeter un petit coup d’œil aux stats des quatre dernières éditions de la Ligue des Champions pour vérifier si la tendance est identique pour cette saison 2010-2011. (**)Ce tableau confirme que Messi est bel et bien en avance par rapport à Ronaldo en club que ce soit au niveau national mais aussi au niveau européen. Il est vrai que le portugais a joué 6 matchs en moins que l’argentin mais il en demeure pas moins que l’écart reste de 8 buts entre les deux joueurs. Vous me direz que Cristiano Ronaldo pourrait marquer 8 buts en 6 matchs, je peux vous croire mais il s’agit là de football fiction. Comme je l’ai annoncé un peu plus tôt dans cet article, excepté la saison 2010-2011, Lionel Messi a statistiquement dominé le portugais. Les statistiques de la Champions League confirment bien cette analyse malgré les 12 buts marqués par Lionel Messi contre les 6 marqués par Cristiano Ronaldo lors de l’édition 2010-2011. Au terme de la saison 2010-2011, Cristiano Ronaldo a marqué 3 buts de plus que l’argentin. Lionel Messi a donc été désigné Ballon d’Or 2011 sur base de ses performances individuelles mais aussi sur base des performances du FC Barcelone. La question qui me taraude est donc simple : est ce que le Ballon d’Or est le meilleur joueur de l’année ou le meilleur joueur appartenant à la meilleure équipe de l’année ? Après il faut voir sur quoi se basent les décideurs du Ballon d’Or. Je vous avoue que je ne comprends pas trop leur modus operandi. D’ailleurs personne ne l’a jamais compris. Un peu plus de transparence serait la bienvenue, je ne vous le cache pas. Sinon, si nous nous référons à nos statistiques les 3 autres années où Lionel Messi a hérité du Ballon d’Or, il semble que la décision soit la bonne quoique…nous avons oublié un autre facteur… En effet, pour rendre cette analyse comparative la plus complète possible, il est important d’analyser les statistiques en équipe nationale. Nous sommes tous d’accord pour dire que le collectif barcelonais a été meilleur que le madrilène ces 4 dernières années. Lorsque nous observons l’équipe nationale espagnole, elle est composée de 2/3 de l’effectif du FC Barcelone. Il est donc légitime de penser que le collectif catalan a eu un très gros impact quant aux performances de Lionel Messi lors de ces quatre dernières années. Pendant ce temps, je suis dans le regret d’annoncer aux fans catalans que le portugais n’a pas profité d’un effectif aussi étoffé que l’argentin pour pouvoir étoffer son palmarès. Enfin ceci est de la fiction, je vous l’accorde. Des fois je me perds un peu dans mon imagination. Quoi de mieux que de vérifier tout cela avec les statistiques de nos deux stars du ballon rond en équipe nationale.(***) Et pour cause, pour la première fois, la balance a changé de camps, Cristiano Ronaldo domine totalement Lionel Messi. Il apparait qu’avec un collectif moins bon – j’assume pleinement que l’équipe nationale ne vaut pas le FC Barcelone-, l’argentin ne parvient pas à répéter le

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genre de performances qu’il réalise en club. Et tout cela me ramène encore une fois à l’élection du Ballon d’Or. L’an dernier, Cristiano Ronaldo a été plus performant que Lionel Messi en équipe nationale en marquant 6 buts de plus que l’argentin et a été battu de 4 buts en championnat espagnol et en Champions League par l’argentin. Dès lors, sur quelle base le Ballon d’Or a-t-il été attribué à l’argentin cette fois çi? Les performances individuelles de l’argentin en club ? Lionel Messi a mieux fait mais cétait le cas en 2010-2011 pour Cristiano Ronaldo et il n’a pas remporté le Ballon d’Or pour autant. Les performances individuelles en équipe nationale ? Cristiano Ronaldo a fait beaucoup mieux. Enfin, je pense sincèrement que vous me suivez cette élection manque cruellement de critères de comparaisons objectifs. Cela me fait penser à une élection présidentielle en Afrique ou le dirigeant s’impose avec 88% de voix sans deuxième tour. Ok, certains me diront oui Messi a inscrit 64 buts en club (championnat espagnol + Champions League), mais puis-je vous rappeler que Cristiano Ronaldo en a inscrit 56 mais en plus de cela a été performant avec son équipe nationale en se hissant en demi finale de la coupe d’Europe où il fut éliminé par le futur vainqueur aux tirs au but. Le Ballon d’Or ne se repose pas que sur les performances en club autrement dit on est bien d’accord que Fabio Cannavaro n’aurait jamais obtenu ce trophée en 2006. Donc, on en arrive à la conclusion qu’être ballon d’Or, ne signifie pas être le meilleur joueur du monde car les statistiques le démontre clairement, je n’invente rien.

pas une attention étendue vu le manque de statistiques - est le fait que Lionel Messi, contrairement à Cristiano Ronaldo, n’a joué qu’en Espagne. Cristiano Ronaldo a fait ses preuves en jouant dans les deux championnats les plus relevés du monde et surtout en les gagnant tous les deux. En conclusion, nous avons deux joueurs qui sont sans contestations les meilleurs du monde à ce jour. D’un côté, nous avons Lionel Messi, dominateur en championnat d’Espagne avec des stats ahurissantes, dominateur en Champions League avec deux titres en Coupe d’Europe mais à la traine au niveau international avec un effectif supposé « plus faible ». D’un autre côté, nous avons Cristiano Ronaldo, vainqueur de tous les titres possible en Angleterre (Champions League, Championnat anglais, coupe d’Angleterre, Soulier d’or, Ballon d’Or) mais à la traine en Espagne excepté l’année 2010-2011. Qui est le meilleur ? Très dure de l’affirmer, statistiquement, l’argentin l’est indiscutablement en club mais il est suivi de très près par le portugais. Cet écart n’est cependant pas si proche en équipe nationale, le portugais semble être plus complet que l’argentin. Peut être que Lionel Messi devrait signer en Angleterre afin que je puisse terminer ma petite comparaison car avant 2009, Cristiano Ronaldo fut sans conteste plus prolifique que l’argentin. Mais à la décharge de l’argentin, il a deux ans de moins que le portugais. Il est donc difficile de démarquer les deux joueurs. Cependant la liste des vainqueurs du Ballon d’Or des 4 dernières années semble en démontrer le contraire…

Une dernière inconnue à notre analyse comparative - qui ne retiendra

*

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David Tanoh


Lifestyle ENTREPRENARIAT

Christopher Gieskes

“Je rêve de pouvoir vivre de la boxe et de la mode ! je travaille dur tous les jours pour y arriver”

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“ je ne me trouve pas plus spécial ou plus beau parce que je fais des photos, c’est juste un kiffe pour moi au fond.”

Il y a ceux que l’on voit et ceux qui cherchent à se faire voir dit-on. En voici un qui se fait voir en cherchant sa voie. Intriguant, n’est-ce pas ? Il s’appelle Christopher Gieskes et se décrit comme un simple jeune Bruxellois, zigzaguant entre son métier de chauffagiste, la boxe et sa passion pour le mannequinat. Voilà donc un style de vie qui surprend ! Il va de soi que The 80’s désire mettre en lumière ce personnage afin de découvrir et partager ce qui peut définir ce genre de jeunes “multi-task”, discrets et pourtant exposés. C’est lors d’un show de mode assez huppé que je découvre l’existence de ce modèle belge qui est, à ma grande surprise, bruxellois. Il va de soi également que je mette tout en œuvre pour avoir un échange avec ce jeune homme, grand, svelte, au charisme et à la dégaine unique. Quelques semaines après, me voici en sa présence pour un quart d’heure des plus sympathiques, me donnant une échange enrichissant avec ce jeune qui aime la vie et fonce sur chaque opportunité qui se présente à lui.

The 80’s : Qu’est-ce qui t’a motivé à te lancer dans la mode ? La première fois en tant que modèle c’était pour FTM (Futur Top Model), c’est un concours belge. C’est mon cousin qui m’a montré leur site et qui m’a dit que je devrais m’inscrire. Je lui ai dit « mais non, mais non » pour finir il a rempli le formulaire d’inscription pour moi. Quelques jours plus tard FTM m’a contacté pour me dire que j’avais été sélectionné. Je me suis rendu au concours et j’ai atteint la demi-finale si je me souviens bien. En suite, Joëlle, une amie à moi m’a conseillé de faire Black Models c’est ainsi, que j’ai fait une longue série de défilés et concours centrés et typés pour les Afro-Européens. Ensuite, un jour, j’ai été présenté à François Matisse, qui est un très bon photographe. Avec lui j’ai réalisé des shootings durant lesquels il a pris le temps de m’expliquer tout ce que je connais aujourd’hui : de comment poser comme en vrai professionnel à la gestion d’une carrière. On ne dirait pas, mais l’air de rien ce n’est pas facile. C’est du travail et pour tout ça je lui en suis vraiment, mais vraiment reconnaissant. The 80’s : Qu’est ce qui t’attire dans le milieu de la mode ? Ce sont clairement les défilés et leur adrénaline, mais aussi faire des shootings, car je trouve ça amusant. Mais on peut dire qu’avec le temps, j’aime le côté professionnel de ce milieu. J’apprends beaucoup, à me gérer, à être plus carré mais aussi plus méfiant et critique. Car c’est aussi un monde qui permet de découvrir le comportement des autres, sous pression ou lors de gros deal. Bref, tout ça c’est un pur plaisir pour moi.

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The 80’s : Quelles sont tes forces? Mon sourire, je crois que c’est ma plus grande force. Sinon, on me dit souvent que j’ai un bon profil, que j’arrive à bien « prester ». C’est-à-dire qu’en général, j’arrive à donner quelque chose d’intéressant. Mais je ne m’en vante pas pour autant, je ne me trouve pas plus spécial ou plus beau parce que je fais des photos, c’est juste un kif pour moi au fond. Tu arrives et le photographe te demande de poser de telle ou telle façon, de sauter, de porter tel type de fringues, etc. Sinon, il y a aussi ma sincérité, mon empathie, et ma gentillesse enfin, je crois (rire). The 80’s : Que penses-tu du monde de la mode en Belgique ? C’est difficile à dire. Sans vouloir entrer dans les clichés, je pense que tout dépend de ton profil, de quel type de modèle, mannequin tu es ou tu n’es pas. J’ai eu la chance de participer au grand show de « Miele ». Pour le peu que je sache, c’est un des plus grands shows du genre en Belgique. Mais je l’ai trouvé trop select et trop fermé. Okay, il y avait la famille royale et d’autres personnalités, je peux comprendre que cela ne doit pas être un event ouvert à tous. Mais même dans le public, je ne me suis pas senti représenté. Je pense donc que la mode en Belgique est encore fort conservatrice, sélective et elle devrait, peut-être, l’être moins. The 80’s : Étant néerlandophone à la base, tu travailles des deux côtés de la frontière linguistique, y a t-il une différence ? Je pense qu’il y en a plein. Mais pour répondre sans créer la polémique, je dirais que les différences les plus flagrantes sont, qu’en Flandre, les shows sont clairement mieux organisés, plus carrés et surtout esthétiquement plus soignés. The 80’s : Es-tu célibataire ? Non, je suis en couple avec une fille depuis un certain temps (rire) The 80’s : Où te vois-tu dans cinq ans ? Dans mes plans d’ici 2-3ans je me vois plus loin dans la boxe, en espérant que cela m’aide à ouvrir des nouvelles portes dans la mode et à rencontrer de nouvelles personnes, car je bénéficierais, alors, d’une plus grande exposition. Là, j’aimerais aller en France, pour me faire connaître. Sinon, j’espère être loin car j’aimerais être reconnu de manière internationale. La mode et le sport, sont vraiment des passions que j’aimerais exercer à plein temps.

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Propos recueillis par Kapesa «Kidsy» Patrick. Texte Prince Kalala


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Lifestyle ENTREPRENARIAT


BOHO & DEMA I N K EYE L’un est activiste du mouvement Hip-hop depuis une vingtaine d’années. L’autre est un jeune rêveur, amoureux de belles images. A deux, ils représentent le visage des personnes qui nourrissent en grande partie leur vie de leurs passions. Ces différentes passions, ils ont décidé de nous les présenter sous forme d’une belle exposition qui se déroulait durant le mois de février et début mars au Brass, à Bruxelles.

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Déma, lui, sa passion c’est le graffiti. Il se définit également comme un amoureux des lettres. C’est donc quelque part logique qu’il ait réussi à parfaitement fusionner la calligraphie arabe avec le graffiti. Quant à Boho, qui véhicule la paix et l’amour comme définition de sa personne, est un photographe horspair qui n’hésite absolument pas à mettre sur la même ligne de mire la tête, l’œil et le cœur. Au plein milieu du Brass, nous avons partagé un moment fort enrichissant et plaisant avec ce grapheur et ce photographe pas comme les autres.

The 80’s


The 80’s : Quel est ton parcours? J’ai commencé fin des années ‘80 avec mon premier collectif « S Connection », un collectif de Schaerbeek, nous étions précurseurs avec les mecs de la Zulu Nation à développer la culture Hip-Hop sur Bruxelles. Ensuite, j’ai rejoint le collectif «CNN», c’est avec ce collectif que j’ai beaucoup tagué. On partait dans l’Europe entière, on voyageait par nos propres moyens, on essayait de taguer, sans plus. En 1995, on a créé le collectif « Souterrain », dont je suis un des membres fondateurs. On a autant produit d’albums, qu’on a monté des spectacles de danse, fait des évènements autour du graffiti, des soirées spéciales DJ, des premières parties, etc. Après j’ai levé le pied, parce que j’ai une vie de famille. Voilà deux ans et demi que j’ai repris les activités, c’est axé sur moi et sur un projet qui s’appelle « NU PROJECT ». The 80’s : Comment t’es venu l’idée de faire du graffiti ? C’est simple, j’ai essayé les 4 grandes disciplines du Hip-Hop.

mais ils ne savent pas taguer. Parce qu’ils n’ont pas cette culture de la rue. The 80’s : Et au niveau de la calligraphie, comment as-tu fais le lien avec le graffiti ? Quand j’ai découvert la calligraphie, je n’ai pas pris tout de suite une claque, car en général, la calligraphie est en noir et blanc ; puis un jour j’ai découvert Hassan Massoudy, c’est un calligraphe qui vit à Paris. C’était la première fois que je voyais de la calligraphie en couleur, un peu déliée, pas de la calligraphie classique. Je me suis dit WOW ! Ça parle à mes origines, à mon pays. Je suis Belgo-Marocain et je me suis dit que j’allais me lancer dans ça. J’ai commencé mes premières pièces en 1992-1994, c’est alors que j’ai vraiment développé cet aspect-là et je ne l’ai jamais plus lâché. The 80’s : Que manque-t-il dans le mouvement du graffiti en Belgique ? Il manque un évènement majeur par an, où tout le monde peut se rassembler pour peindre. Autant les gens du nord de la ville que ceux du sud! Il faudrait vraiment avoir un évènement au niveau graffiti, sur quatre jours où les gens viennent peindre et discuter. Le graffiti c’est ça, c’est de l’échange. Aussi peut-être, un ou deux lieux d’exposition qui soient centrés sur les grapheurs qui développent leurs propres affinités visuelles et plastiques. The 80’s : Du genre de l’arrêt de la station de tram «De Wand» à Bruxelles ? De Wand, j’y ai peint. C’est bien, mais c’est un lieu qui ne va plus bouger. Moi je te parle d’un lieu où chaque année, on a facilement 1000 m² à peindre, où chaque année les gens repassent et peignent.

J’ai écrit des textes de rap, mais je trouvais que je ne savais pas les raconter donc ça ne m’intéressait pas. Le deejaying, on n’avait pas les moyens, donc c’était vite réglé. Et le break dance, j’ai essayé, mais c’était trop dangereux pour moi (rire). Le graffiti ça m’a vraiment pris aux tripes pour cette adrénaline, cette prise de risques, cette sensation d’être hors la loi, c’était un truc qui me parlait bien. En plus je faisais ça avec mon cousin, Kumi qui m’a initié! Ensuite, j’ai rencontré la calligraphie arabe en 1995, elle m’a encore plus influencé et maintenu dans le graffiti. Et puis au-delà de tout ça, il n’y a rien à dire : taguer en rue, c’est trop top ! (rire) The 80’s : Par rapport au graffiti, as-tu un endroit de prédilection ? La rue ! J’adorais l’adrénaline de la rue, surveiller, faire attention, taguer… C’est quelque chose qui me prends aux tripes. The 80’s : Que penses-tu de la « culture du graffiti » maintenant, par rapport au moment où tu as commencé ? C’est autre chose. Si on parle de culture du graffiti, il faut séparer le tag du graffiti. Maintenant, on a de bons grapheurs The 80’s

The 80’s : Quel est le lien que tu peux faire entre le graffiti et l’art ? Le graffiti c’est de l’art. On délivre un message, même si on s’impose partout, souvent on vous dit «Merde!». A l’époque quand je taguais, j’en n’avais rien à faire, je me plaçais là où les gens me voyaient, je m’imposais. Je savais que lorsque je plaçais mon tag, on ne pouvait ne pas le voir. The 80’s : Quelles sont tes 3 grandes influences dans le graffiti ? Au niveau de la beauté du travail, je dirai CES des FX Crew, un gars de New-York. Ensuite, il y a la calligraphie arabe, Hassan Massoudy qui est une grosse influence pour moi, mais maintenant je me suis un peu détaché de son travail, pour faire à ma façon. Et en dernière position, les muralistes mexicains. Au niveau des noms, à l’époque j’aimais bien «Colors » parce qu’il était partout. J’aime MODE 2 dans sa démarche.

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Lifestyle ENTREPRENARIAT

DEMA


Mais mon meilleur appareil reste mon imaginaire : l’appareil photo fait partie d’une multitude de moyens d’expression.

BOHO

The 80’s : C’est quoi une bonne photo, pour toi? Une photo qui me gifle et qui me fait envier. Ou une qui parle, qui s’engage! The 80’s : A partir de quel âge ta passion pour le voyage ainsi que pour la photo est-elle née? J’ai toujours été attiré par les belles choses et mon père était dans la photo étant plus jeune. Ensuite, je suis entré en école d’art où j’ai fait du graphisme ; donc je pense que j’ai toujours été attiré par le milieu du visuel, de l’émotion par le regard et aussi une passion inconditionnelle pour la culture Hip-Hop. Pour la question du voyage depuis l’âge de 19 ans j’aime ça, et j’ai aussi un entourage qui ne fait que voyager, donc étant baigné dedans je n’ai pas hésité à faire de même ... C’est pour moi mon seul moyen d’évoluer dans ma vie. Sans voyage, je pense que je ne serais pas là où j’en suis sur toutes les formes ... Un poète arabe disait: “L’homme est comme l’eau, s’il est dans une source, l’eau reste propre, bonne et savoureuse car elle est en mouvement, par contre celui qui stagne comme un marais, l’eau devient mauvaise pour les autres, change de couleur et devient repoussante.” The 80’s : Quel type d’appareil préfères-tu utiliser? Mon père a commencé avec un Canon Argentique. Pour ma part, j’ai commencé avec un Pentax. Aujourd’hui, je compte revenir au Canon, pour les prochains projets, je reprends l’appareil de mon papa en Argentique.

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The 80’s : Quelle est ta particularité? J’ai commencé par booster les effets quand je faisais la photo en post prod. J’ai été fort influencé par le graphiste REZA qui faisait du photomontage et aussi par ma formation de graphiste. Je ne pouvais pas m’empêcher de créer un univers hors du commun. Ensuite, je me suis “assagi” dans les effets pour revenir à la simplicité et au côté brut de mes clichés ... mais je suis en perpétuelle évolution et c’est ce qui me plaît dans la photo. D’un jour à l’autre, ma technique se différencie, tout comme mes voyages en constant mouvement. Par exemple pour mes prochains projets qui arrivent, je change complètement d’univers, de style et de thème. Je suis en quête de surprise pour l’émotion des autres, je m’en nourris. The 80’s : Quelles sont tes références photographiques? Le premier photographe qui m’a interpellé, je m’en souviens je n’avais pas assez de sous pour pouvoir m’acheter son livre! C’était David Lachapelle. Par la suite j’ai découvert REZA, le photographe avec ses clichés en Afghanistan qui sont juste EPOUSTOUFLANTS. Par après, le Hip-Hop m’a rappelé à l’ordre. Armen Djerrahian, lui m’a mit une gifle quand j’ai vu son cliché pour “le combat continue”. Estevan Oriol pour son style en argentique, juste MONSTRUEUX! Après, j’ai aussi beaucoup de lecture, donc d’écrivains, qui m’ont inspiré. Et bien entendu dans la musique - le rap en particulier - qui m’a fort marqué dans le monde de la culture - Oxmo, Soolar, Lunatic, Scred, Iam, Psy4, Sniper, Saian Supa Crew - et plein d’autres, la liste serait longue, très longue même...

The 80’s


Lifestyle ENTREPRENARIAT The 80’s : Où te vois-tu dans 5 ans? Je ne sais vraiment pas! Avec le Projet Inkeye sûrement loin... on a envie d’aller plus loin, de pousser le délire à son extrême et on en n’est qu’au début! Après, j’ai envie de suivre mes passions, “mes pulsions” artistiques avec mon collectif : Rezolution Prod, avec lequel j’ai plein de délires que j’ai envie de concrétiser, parce que mine de rien, c’est ma famille artistique et je ne peux pas m’en séparer. Après, comme disait Massoud: “C’est à l’aide de Dieu.”

partie, enfin je l’espère. The 80’s : Comment faire pour avoir Boho en photographe? L’envie doit venir de moi. Il ne faut pas oublier que la photographie, et comme toute forme d’art, c’est une envie qui prend au “performeur”, c’est un moment qui touche une personne avec qui on a un feeling avec qui on fait un échange, que ce soit un regard, un café, un sourire ... The 80’s : Où pourra-t-on te retrouver après cette exposition? Quelque part dans le monde....

The 80’s : Avec qui aimerais-tu collaborer? Avec moi-même. Je me cherche encore...

The 80’s : Que peux-tu nous dire sur le milieu de la photo, en Belgique? Je pense que nous sommes dans une période charnière où les talents commencent à émerger un peu partout et où les styles se définissent. La nouvelle génération arrive et j’en fais fièrement

Propos recueillis par Kapesa «Kidsy» Patrick. Texte par Stéphanie Kongolo

The 80’s

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Djena Tsimba

Le cinéma français est remplit de perles toutes plus talentueuses les unes des autres. Dans ce décor rempli de grandes et flamboyantes fleurs, il y a celles qui sont plus discrètes et qui valent la peine que l’on se concentre dessus. C’est le cas de Djena Tsimba, cette jeune Parisienne qui n’a qu’une envie: c’est de vivre de son art qu’elle défend corps et âme. The 80’s se permet de faire un arrêt sur image le temps d’une courte interview afin de découvrir, de la manière la plus complète et simple possible, qui est cette étoile montante! The 80’s : Peux-tu te présenter en quelques mots, pour ceux qui ne te connaissent pas ? Je m’appelle Djena Tsimba. J’ai 23 ans. Je suis le fruit d’un couple hybride : l’Algérie et l’Ile Maurice pour ma mère et le Congo pour mon père. Je suis l’ainée d’une famille de trois enfants, j’ai grandi en région parisienne. Une éducation qui m’a transmis une certaine sensibilité pour le mélange des genres et les rencontres inattendues. J’ai un parcours scolaire atypique : inscrite par ma mère, dans un collège et lycée à horaires aménagés, j’allais en cours l’après-midi et les matinées étaient dédiées aux activités extras-scolaires comme la danse, le chant et le théâtre. Un « Fame », version parisienne… J’ai eu ensuite un bac littéraire et j’ai poursuivi mes études à la Sorbonne. Aujourd’hui, je suis étudiante en journalisme, et “apprentie” comédienne. The 80’s: Comment l’aventure d’actrice a débuté pour toi ? Par hasard… ou pas! En tout cas, ce n’était pas prémédité. J’ai d’abord été attirée par le chant, la musique. Je faisais du théâtre pour atténuer ma timidité… Plus jeune, ma mère m’avait inscrite dans une agence de mannequins ; par la suite j’ai été repérée par un agent : Jacky Hanser. C’est sous le nom de Bernadette que je tourne ma 1ère expérience cinématographique dans « Madame La Proviseure », avec Eva Darlan, dont le sujet du téléfilm était « l’ascenseur est en panne ». The 80’s: Quelle a été ta plus grande expérience ? Laquelle choisir ?? J’ai eu de la chance de vivre de grandes expériences dans divers domaines… Premier investissement : Team Age. Un groupe de musique Hip-Hop/R’n’B à la française. J’avais 12 ans quand j’ai intégré ce groupe de 6 membres. Nous étions signés chez Warner Music, nous avons vécu des entrainements intensifs et des moments extraordinaires, ainsi que rencontré des gens inoubliables. A la fin de cette aventure, j’ai intégré un autre groupe : la troupe KAWAI. 12 nanas, pour animer une émission divertissante, en direct. Avec des interviews, des rubriques. Je crois que j’ai grandi d’un coup. A 16 ans, j’en paraissais 20 ans

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physiquement et mentalement, je côtoyais des filles de 10 ans mon aînée. Je crois que c’est une expérience incroyable, j’ai eu la chance de faire les 4 saisons. C’était extra. En parallèle, de cette expérience, j’ai fait le casting du film « Mes Copines ». Un casting géant, de 1500 candidates…Un casting mêlant à la fois jeu d’acteur, mais aussi la danse! Que demander de plus ?! J’ai eu la chance d’être sélectionnée pour un des rôles principaux. Énorme ! Le tournage était une explosion de découvertes sur les autres, sur le travail de comédiens, sur l’autonomie, sur la vie… Il a été tourné principalement en Belgique…Ce fut aussi la découverte de la capitale européenne. D’ailleurs j’ai fêté ma majorité durant ce tournage. The 80’s: Depuis tes débuts, que retiens-tu du monde du cinéma? Je n’ai pas de mauvais souvenirs, au contraire… Je retiens qu’on est beaucoup de prétendants, avec des univers semblables et/ou différents. Que le soleil tourne pour tout le monde. Après bien entendu, c’est un travail personnel rigoureux, alliant patience et ténacité. Dans ce métier, je crois que la devise mère est : “tout vient à point à qui sait attendre”, enfin j’espère. The 80’s: Selon toi, quelle est la différence entre comédienne et actrice? La comédienne interagit avec le spectateur. Sur scène, elle joue en proximité directe avec le spectateur. Sa voix emporte le public, ses gestes habillent la pièce. Le jeu des lumières et des costumes épousent le sens de la pièce. C’est de l’instantané. Presque un non droit à l’erreur. Tandis qu’une actrice, dans une préparation toute aussi minutieuse que la comédienne, bénéficie d’une sécurité. Sur un plateau rempli de techniciens, ce qui est difficile à gérer, c’est de faire abstraction de l’assemblée, de tout ce qui se passe autour de toi, et de ne penser qu’à la scène, à la dimension psychologique du personnage, afin que la caméra capte l’émotion et le jeu souhaité par le réalisateur. The 80’s: Quelle a été ta plus grande influence? Il y a des acteurs qui me touchent plus que d’autres, surtout dans le cinéma américain, ce sont les têtes d’affiches. En fait,

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je crois que leur capacité à épouser un panel de personnages différents donne envie de pousser son jeu vers des compositions extrêmes. En France, il y a des acteurs qui m’émeuvent, et une influence particulière, parce que je lui ressemble : Sara Martins. Autrement, ma grande influence pour avancer dans la vie, c’est ma mère. Sans mélodrame. The 80’s: Selon toi, est-il plus facile d’être actrice pour un homme ou une femme? C’est pareil, la pluralité des personnages dans un scénario ne fait pas de distinction de sexe… Il est plus question de personnages, de clichés, d’appartenances sociales et raciales. The 80’s: Que penses-tu de l’image du cinéma français, aux yeux du monde? Le cinéma français s’exporte bien. Je crois que le 7e art plait aux yeux du monde, à en constater l’année 2012 qui a connu de grands succès internationaux: The Artist, Intouchables, Amour, De Rouille Et D’Os… Je pense que le panel de films et de genres différents suit son cours vers les portes du monde… En tout cas, ça donne envie de continuer... The 80’s: Que penses-tu de la relation entre le cinéma français et les acteurs étrangers? Je pense que les choses commencent, ou continuent lentement, à s’inverser. La France est un pays cosmopolite, chargé d’Histoire. Le métissage fait aujourd’hui partie du paysage, même s’il est vrai que nous sommes cantonnés dans des rôles clichés. L’ascenseur n’est plus en panne, petit à petit des personnalités de diverses origines reflètent et illuminent le paysage du cinéma français. Ce n’est pas encore les États-Unis, mais la nouvelle génération d’acteurs “colorés, métissés et français” avancent doucement mais sûrement. Il y a tellement d’exemples que j’ai peur d’en oublier… Mais si je peux parler des projets dans lesquels j’ai eu la chance de participer, il y a là, la preuve en images. Je crois que le concept Benetton peut aller se rhabiller, lol. The 80’s: Quelles sont tes faiblesses et tes forces? Oh… cette question est la plus difficile à répondre. Difficile de savoir si c’est une projection de ce qu’on aimerait être ou réaliser ce qu’on est avec ses qualités et défauts...En l’occurrence, en rapport avec ce métier

mon défaut est ma sensibilité. Gérer et accepter ses faiblesses, se mettre à nu c’est quelque chose qui touche à l’amour-propre et qu’il faut savoir contrôler. A l’inverse, je n’ai pas peur d’être généreuse, mon écoute et ma simplicité me permettent d’avoir du recul. The 80’s: Quel est ton plus grand rêve, artistiquement parlant? De réussir à pouvoir continuer à apprécier ce que je fais…Après il y a des rêves, des espérances mais jamais de certitudes, alors on verra où le vent me portera. The 80’s: Tu chantes aussi, qu’en est-il a ce niveau? Oui, c’est mon premier amour le chant… J’espère un jour pouvoir allier les deux : un rôle qui me permettrait de mettre en exergue ma voix. Je prends des cours occasionnellement, histoire de rester dans le rythme.

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The 80’s: Quel est le futur de Djena Tsimba? Être diplômée ET continuer à tourner aussi… Actuellement, je suis à Liège sur le tournage du film « Être » de Fara Sene, avec Bruno Solo, Kevyn Diana, Salim Kechiouche et d’autres acteurs français et belges, comme Sophia Leboutte, David Murgia, Benjamin Ramon. The 80’s: Un conseil à donner à un passionné de cinéma ou de théâtre qui veut débuter? Ne rien lâcher, même dans les moments de doute et de remise en question… travailler, croire et espérer. Les plus persévérants reçoivent toujours une récompense. The 80’s: Le mot de la fin? Merci de “nous” faire exister à travers vos mots, vos articles, vos envies… et j’espère à bientôt… Longue vie à « The 80’s »! Propos recueillis par Kapesa «Kidsy» Patrick. Texte Prince Kalala

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Jessie Van Osselt

La mode ! Pour tous, la mode est généralement vue comme le rassemblement d’une fourchette de mannequins prêts à défiler sous la chaleur des énormes faisceaux et autres projecteurs. Elle également vue comme un milieu rempli de centaines de personnalités, de couturiers populaires et tout autre artifice aux milliers, voire millions de strass et paillettes. Qu’en est-il de toutes ces personnes qui passent la plupart du temps à courir partout pour un tissu particulier ? Qu’en est-il de toutes ces personnes qui passent plusieurs nuits blanches sur la confection d’un style nouveau, d’une fraiche tendance, d’une identité vestimentaire ? Qu’en est-il des stylistes ? The 80’s s’en va à la rencontre de Jessie Van Osselt qui est une des stylistes les plus populaires de Bruxelles. The 80’s : En trois mots comment te définis-tu ? Créative, sociable et je kiffe les petits trucs de la vie. The 80’s : Qu’est-ce que tu entends par « les petits trucs de la vie » ? Là je vais parler en tant que vieille fille, maman (rire). Les petits trucs de la vie que j’aime c’est par exemple quand un de mes enfants rigole, quand il fait un truc de fou, je rigole avec lui, passer du temps avec les gens que j’aime, kiffer quand les gens apprécient mon taf… enfin toutes ces petites choses. The 80’s : Voilà, on entre dans ton intimité là, profitons-en pour te présenter aux personnes qui peuvent ne pas te connaitre du tout. Je m’appelle Jessie Van Osselt, je suis styliste photo, ce qui est différent de la styliste créatrice. En fait en Belgique, nous, les stylistes photos et stylistes créateurs sommes désignés par la seule et même appellation, on

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nous appelle stylistes. La différence avec le styliste créateur, c’est que moi j’utilise les créations des autres pour créer une image, que ce soit pour des pubs, pour un shooting éditorial, pour des magazines, pour un shooting beauté, etc. Sur Facebook, j’ai mon profil où c’est plus moi en tant que personne, mais ce n’est jamais personnel ; j’ai aussi ma page Fashion In A Cup, parce que j’ai un blog qui est axé pure mode avec des avis et des discussions, ouvert à toutes personnes voulant y participer. Et finalement, j’ai mon site web où y figure mon travail en tant que styliste photo. Au final, les personnes qui me voient à travers les réseaux sociaux ou même dans la vie réelle, mais qui ne me connaissent pas, ne me voient pas du tout comme la personne que je suis vraiment. Mon image extérieure reflète une personne très extravagante. On pourrait dire que je ne vis que pour le glamour et la mode. Mais en vérité je suis mariée et maman de deux enfants, j’ai toute une vie à côté qui n’est pas du tout liée à la vie que j’ai sur internet ou à l’image qu’on peut avoir de moi. Les gens


Lifestyle ENTREPRENARIAT ont tendance à me dire que si on tape mon nom sur internet, mise à part l’aspect extérieur, on a du mal à reconnaitre la personne que je suis. Après, l’image qu’on a l’habitude de se faire de moi fait réellement partie de moi, mais ce n’est que la partie visible de l’iceberg, comme on dit. En gros, je suis maman, femme, styliste… En fait, j’étais Jessie avant d’être maman et femme, je le suis toujours, mais maintenant c’est un mix de tout ça. The 80’s : Explique-nous un peu ton parcours. J’ai suivi des études secondaires des plus normales, en LatinLangues. Après ça, et motivée par un ras-le-bol de la Belgique, je suis allée pour un an aux Etats-Unis, notamment à Hawaï. Je sais ce n’est pas banal (rire). J’y ai fait une année en école sup. Ensuite, je suis allée, en grande folle, trois mois travailler en Espagne sans péter un mot d’espagnol… oui ça aussi c’est toujours la conséquence du ras-le-bol. A mon retour en Belgique, j’ai fait une année d’étude à l’unif mais j’ai détesté ça : l’université ce n’était vraiment pas mon truc. Du coup, j’ai été faire de la communication, je sais ça a l’air cliché mais c’était justement parce que je ne savais vraiment pas quoi faire, comme la communication est un de ces domaines qui te permettent de faire plusieurs choses après. En plus de ça, j’étais danseuse à l’époque et ça me permettait de combiner les deux. Mes études réussies, j’ai continué à dan-

ser, et là, je suis tombée enceinte. Grosse remise en question. Et j’ai décidé de reprendre des études de mode ; de là, tout est parti! The 80’s : Pourquoi la mode ? La mode a toujours été dans ma vie, j’étais danseuse depuis que j’ai 12 ans. Pour tout ce qui est spectacle, show, concours, la mode est importante pour une danseuse. Il faut être créatif, il faut connaitre les tendances, et faire ressortir l’intérieur par le style vestimentaire. En fin de compte, je crois que la mode a toujours été liée à ma vie, et bon en revoyant des photos de moi à l’âge de 6 ans, chaussée d’All Stars jaunes lacées toutes deux de deux lacets de couleurs différentes, je crois que ça fait longtemps que c’est en moi (rire). Et puis, en plus de la danse, il faut dire aussi que la culture pop a eu une grande influence sur moi. The 80’s : La mode, c’est quoi pour toi ? C’est une passion! Je ne vais pas dire que c’est un mode de vie parce que comme je l’ai dit, il y a toute une partie de moi qui est différente. Pour moi, c’est vraiment une passion, un kif, et ça me permet d’être la Jessie-mode. Malgré tout, ça fait partie de ma vie car sans ça, je ne pourrais pas vivre, mais je considère ça comme une façon de vivre, et non mon mode de vie. La mode me représente, mais ce n’est pas seulement ça qui me représente en fait.

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The 80’s : A partir de quel âge t’est venue cette passion pour le stylisme photo ? A vrai dire, je ne savais pas que ce métier de styliste photo existait. J’ai lu un magasine un jour, c’est là que j’ai su qu’il y avait des personnes qui habillaient d’autres personnes (rire). Donc c’est vraiment tard en fait. Autant j’aimais déjà la mode, autant je ne savais pas que cela existait. Je l’ai découvert tard, vers mes 23 ou 24 ans. Donc j’ai commencé à me renseigner, j’ai pris mes cours, j’ai fait mon stage chez une styliste photo d’ailleurs, sans quoi je n’aurais jamais su chez qui aller, à quelle porte frapper, comment avoir des vêtements, etc… C’est donc vraiment par hasard, en lisant un magasine. The 80’s : Quelle est ta signature ? Alors là, pour répondre à cette question je vais surtout utiliser des expressions que d’autres me donnent : touche de folie, touche urbaine, et puis je vais aussi dire, parce que je sais que c’est vrai, un peu dénudée, flash, trash même. Mais pas toujours, j’essaie de rester calme dans mes baskets (rire). En fait, il y a toujours un détail qui fait que les gens me disent qu’ils reconnaissent mon travail, donc c’est cool. The 80’s : Est-ce que tu as des références ? Si oui quelles sont-elles ? Le truc le plus stressant que j’ai pu faire était d’habiller l’acteurchanteur Jared Leto et son groupe de rock « 30 Seconds To Mars ». Ce fut assez stressant parce que l’artiste qui se présente devant moi a un bon bagage au niveau stylisme, il s’y connait niveau mode et marques. De plus, il a côtoyé des grands stylistes, que

ce soit dans sa vie hollywoodienne, celle de rock star ou même celle de tous les jours. Donc oui, c’était assez impressionnant. Mais je retiendrais aussi dans cette catégorie, le fait d’avoir eu la chance d’habiller pour un shooting Ariel Dombasle, qui est réellement un personnage. Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, c’est une icône, et une icône qui a été l’épouse de l’une des premières fortunes françaises. Le mix de tout ça fait qu’il faut se présenter avec des pièces de qualités et de marques, des pièces à la hauteur. Pour elle, comme pour le groupe « 30 Seconds To Mars », il faut avoir une énorme confiance en soi. D’ailleurs, j’ai une petite anecdote qui peut être marrante. Lors de l’habillage de Mme Dombasle, j’arrive avec mes bas DIM, parce que je les trouve géniaux, on ne voit même pas que ce sont des DIM, et surtout on ne voit pas que tu portes des bas, donc ça met encore plus les jambes en valeur. Donc en lui présentant ces bas, elle me regarde et me di t : « Ha, ce sont des bas DIM, ce ne sont pas des Wolford ? ». Du coup, je sens la pression, parce que je n’ai pas de bas Wolford, et on est dans un coin où il n’y a pas de magasin aux alentours où aller en chercher (rire). J’essaie tant bien que mal de vendre mon truc le mieux que possible, le shooting se termine et elle me demande « Je peux avoir les bas ? » (rire) Cet épisode m’a donné encore plus confiance en moi. Après, il y a aussi d’autres choses que j’ai faites qui sont fun comme les shootings pour les éditoriaux des magazines, car tu peux te lâcher, tu peux aller dans tous les styles que tu veux tant que tu respectes le thème bien entendu. Il y a aussi les campagnes, les catalogues, etc… que ce soit pour le shop online de Levi’s, Snookies ou encore Wrangler, c’est chouette mais tu as une pression quand même, parce que tu représentes une marque et tu as tout le catalogue à faire. En fait, tu as ta petite touche qui revient mais c’est plus la leur qui doit être représentée. The 80’s : Sur quelle collection ou quelle personne as-tu préféré travailler jusqu’à maintenant ? J’aime beaucoup travailler avec les artistes. Par exemple, j’ai habillé une chanteuse turque qui commence à fort monter là-bas. Elle s’appelle Funda, et elle est très ouverte et prise de risque, donc c’est fun pour une styliste. Et puis en vérité, ce sur quoi j’adore travailler, c’est vraiment les « tests shoots » parce qu’on a une liberté totale! The 80’s : Avec qui aimerais-tu collaborer ? C’est assez cliché mais je dirais Beyoncé, ou plus encore, sa sœur Solange. Solange c’est une fashionista dans l’âme, Beyoncé aime la mode et ça se voit, mais ce sont des vêtements plus « show ». Donc pour un show, ça serait Beyonce, mais dans la vie ça serait Solange, on reste chez les Knowles (rire). Oh, non non non ! J’oublie Gwen Stephani. The 80’s : Ta IT GIRL ? Solange et Gwen Stephani, car elles n’ont pas peur, elles prennent des risques et elles osent. The 80’s : Trois pièces principales dans ton dressing ? 1e : Vestes et chemises en jeans, je kiffe. En plus, c’est tendance, donc tout le monde devrait en avoir dans sa garde robe (rire). 2e, une paire de talons facile et stylée. Et last but not least, des

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boucles d’oreilles. The 80’s : La pièce que tu ne pourrais pas ne pas avoir ? La première chose que les gens voient et qui saute aux yeux, si on se montre, c’est le sac à main. Donc les filles, vraiment, faites attention à ne pas avoir un sac qui fait vraiment trop cheap. Ça ne doit pas forcement être du Channel ou du Vuitton, mais un sac qui ne fait pas aspect plastique, même si on l’a acheté à 5 ou 10 euros, parce qu’il y en a des beaux à ce prix-là, et faire attention à ce qu’il ne soit pas abimé car là, c’est No Way ! The 80’s : Parle-nous un peu de l’expérience Fashion Express ? Il faut savoir que F.E. n’est pas forcément une émission sur la mode, c’est une émission de divertissement où il y a Zidani, qui est une comédienne qui monte bien et qui est aux antipodes de la mode, pour mettre une touche d’humour. Zidani est l’animatrice, et nous sommes trois connaisseurs de mode qui sommes là pour donner un avis critique aux commentaires de l’animatrice. On essaie de rendre ça fun parce que le monde de la mode belge est vraiment beaucoup trop sérieux. On y prend du plaisir, je m’amuse, j’aime ça (rire). The 80’s : Selon toi que manque-t-il au monde de la mode en Belgique ? Si je peux me permettre d’être vulgaire, je dirais qu’il retire ce bâton qu’ils ont dans le derrière, qu’ils relâchent la pression quoi. La personne à côté de moi ne pète pas des paillettes. A un moment, on est tous les mêmes, et tous là pour avancer en étant soi-même et ne pas se donner des genres ; donc soyons cool entre nous. Il existe des barrières dans le monde de la mode dans le sens où, malgré ton talent et tes faits, tant qu’on ne te voit pas dans les soirées, et autres événements, tu n’es pas connu et donc tu n’es personne et je trouve ça dommage. Mais je tiens aussi à dire qu’en Belgique, il y a un talent fou, la mode belge est respectée à mort de par le monde. Mais je trouve ça dommage que ce que la Belgique représente aux yeux du monde ne soit pas réellement ce que les acteurs belges de la mode vivent. The 80’s : Quels sont tes projets futurs ? Je vais arrêter la télé pour le mo-

ment mais pour des super projets. Alors, actuellement je suis bookeuse chez Dominique Models, l’agence la plus importante dans la Belgique et le Luxembourg, un gros truc dans ma carrière. A côté, je continue à faire du stylisme, quelques projets en cours dont je préfère ne pas encore parler car rien n’est fait. Je travaille aussi sur des projets artistiques dans les boîtes, les défilés ou habiller des artistes dans les boîtes, justement pour donner ce côté « mode » à la nightlife. Récemment, c’était au Mirano, avec Débora Velasquez qui est d’ailleurs sur Fashion Express. Voilà beaucoup de projets… The 80’s : Où et comment peut-on te contacter ? J’ai mon site internet www.jessievanosselt.com, donc là, il y a mes contacts, mais à coté de ça, il y a Facebook et ma page Facebook Fashion In A Cup, et je suis aussi bien entendu sur Twitter, j’ai aussi mon blog. On peut donc me contacter facilement.

The 80’s : Quelle est l’importance des réseaux sociaux dans le monde de la mode ? Très très important. Le monde de la mode c’est comme être un artiste. Une personne qui est dans la mode doit y être. Parce que c’est un monde très visuel, donc il faut que les gens voient et qu’ils sachent qui est derrière quel projet pour avoir sa vision, non pas une opinion politique, mais vraiment au niveau de son travail. C’est devenu non négligeable. The 80’s : Où te vois-tu dans 5 ans ? Je ne me vois pas ! Je veux dire que j’ai arrêté de me postposer dans le temps. J’ai eu tellement de surprise dans ma vie que j’ai pris la décision de ne plus me projeter dans le futur. D’une part, pour ne pas être déçue, et d’autre part pour ne pas me mettre de limite. Sky is the limit ! Propos recueillis par Mory Touré

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Deparone Comme à son habitude, The 80’s part à la recherche de passionnés afin de pouvoir mettre en lumière leur personnalité, leur travail ou leur parcours. C’est exactement le cas de Déparone. Il est ce jeune entrepreneur aux multiples casquettes, toutes cousues sous un même blason, celui du Hip-Hop! Déparone est tout simplement un acharné du travail, animé par sa profonde passion et son envie de marquer l’histoire à son échelle. Ancien grapheur, il rassemble à présent ses forces, son énergie pour plusieurs projets qui vont de l’audio au visuel, en passant par le textile. Déparone est une machine de guerre à lui tout seul, une machine au service de sa culture qu’il aime, qu’il chérit tant et disons-le, est l’un des seuls à réussir à l’exporter de la plus noble des manières.

rue, j’ai placardé des affiches dans tous les sens, sans pour autant démarcher, et savoir où je pouvais afficher ou pas. Malheureusement, la commune de Schaerbeek a pu nous retracer et a calculé la dégradation que nous avions, soit disant, engendrée au mètre carré, alors que nous collions les affiches avec du scotch. Du coup, l’Asbl s’est vue écoper d’une amende de 800 euros. Et tu sais, quand tu commences un nouveau projet, que tu n’as aucun subside et qu’on vient te couper une jambe dès le départ, ce n’est pas évident. Alors de là, j’ai directement coupé avec l’Asbl. Pour ça, et d’autres raisons plus personnelles. Des raisons qui me poussent à souvent travailler seul sur mes projets.

The 80’s : En quelques mots, quels ont été tes premiers pas dans la culture Hip-Hop ?

The 80’s : Aujourd’hui, tu es un membre plus qu’actif, on peut même dire un pilier de l’histoire de la culture HipHop belge. Comment as-tu su te rendre nécessaire?

J’ai commencé dans «l’art rural », à la base, je suis un grapheur. En 2007, j’ai commencé à faire des compilations comme «Dès Le Départ» et la «Face C». En 2008, j’ai proposé à des amis d’enfance, qui avaient une Asbl bien en place, mon premier projet « Give Me Five ». On a ainsi fait un cd 5 titres à 5€ sur lequel on pouvait retrouver des artistes tels que Stromae, Ekila, Berreta, 13or, etc. Ensuite, je me suis lancé sur un nouveau projet qui a été «Give Me Five en Mode Rasta» en 2009, les vidéos ont commencé à se faire. J’ai fait le rassemblement des vidéos sur dvd, toujours en 2009 ; ça a été une grosse année au niveau production. Puis, je me suis écarté de la production de cd’s, car je me suis rendu compte qu’à l’échelle belge, malheureusement, le travail que cela engendrait par rapport au retour qu’on en avait au niveau des ventes n’était pas quelque chose d’exceptionnel. Du coup, vu que je ne trouvais pas ça très valorisant, j’ai préféré avoir une visibilité énorme sur internet, ce qui a fait que j’ai développé une image qui aujourd’hui est reconnue. J’ai aussi commencé à imprimer des t-shirts. Ce qui est marrant, c’est qu’à la base, je faisais cela pour la gueule !! Ce n’était que pour mettre dans les vidéos, dans les clips de Give Me Five. Puis, d’un seul coup, il y a eu de la demande, ce n’était pas forcément des grandes demandes, on va plutôt appeler ça de la débrouillardise. Je voyais ça comme un moyen de subsidier mon travail. De me dire : « Finalement même si on ne fait appel à personne, on a nos fonds pour investir dans nos projets ». Ces mêmes ventes de t-shirts m’ont permis de presser mon 1er DVD. The 80’s : Tu as commencé avec l’aide d’une Asbl, mais pourtant tu as l’air fort indépendant. Oui, c’est par ce que je le suis. Ce qui s’est passé avec l’Asbl est simple : pour la scène du concert du 1er cd, on a loué l’Atelier 210 qui est une salle sur Etterbeek et qui permet d’accueillir +/- 600 personnes. Pour la promo, étant un « apache » de la

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Je pense que c’est grâce au concept des vidéos «Give Me 5». En réalité, j’en suis sûr! Give Me Five, c’est vraiment ce qui m’a permis de faire mon trou dans le mouvement. Parce que je dois avouer qu’avant ça, on ne me connaissait pas beaucoup. Ceux qui me connaissaient, c’était vraiment les connaisseurs, les puristes. Puis de là, je pense que les gens ont du remarquer l’évolution, donc le sérieux à travers tout cela. Je suis passé de la petite caméra de voyage pour city trip à la petite caméra HD, et de la petite caméra HD à la Canon. Puis avec des mecs comme Frank Lucas et toute sa team on voyait bien que ça bossait dur, donc on a investi du meilleur matos. On a commencé les freestyles, et il y a eu une grosse demande de tout le mouvement qui voulait passer dans GM5. The 80’s : Tu fais parti de ces activistes « jeunes vétérans », quel est ton sentiment face à ceux qui t’ont précédé et ceux qui te suivent ? J’ai toujours reproché aux grands de l’époque de ne pas nous accorder d’importance. Bien entendu, il y a des exceptions. Dans le graffiti par exemple, un des seuls gars du crew le plus respecté à mon époque qui nous a donné une énorme motivation par ses encouragements et conseils, c’est Déma. Sinon, quand je suis arrivé dans la musique, j’ai vu un milieu fort fermé avec toujours les mêmes sur la scène. C’est une remarque récurrente, tous les jeunes d’aujourd’hui te la diront aussi. Et même si je comprends beaucoup mieux maintenant le comment du pourquoi de cela, néanmoins, je pense que certains devraient tirer leur révérence ou faire monter les plus jeunes. Il y en a certains qui étaient déjà là, à la même place, il y a 15 ans. Maintenant pour ma part, je me suis fait repérer par les anciens. Pour la petite anecdote : C’était à l’époque de MySpace. Encore une fois, comme par

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The 80’s : En parlant d’anecdote, il y a cette fameuse anecdote mêlant GM5 et Base mobile, peux-tu en quelques mots nous la raconter ?

hasard, c’est encore le groupe CNN ; eux, qui pourtant étaient la bête noir de tout le monde à l’époque. Cette fois-ci, c’est Rival qui est allé voir mon MySpace Give Me Five et il me laisse un commentaire où il me dit tout simplement « I give you Five », rien d’autre. Après un an de Give Me Five le gars m’invite sur scène lors de l’événement «Hip Hop[e]» pour filmer. Puis d’un coup, à 3 heures du matin, il m’appelle et me dit que je dois le filmer. Donc, il commence à parler et il dit «on va récompenser un gars important pour le mouvement, Deparone pour Give Me Five». Mais moi je suis entrain de filmer donc je tombe des nues pendant qu’il me remet un trophée, des cadeaux… Là, ce geste-là, je l’ai pris de manière beaucoup plus importante que tout aspect financier. C’est pour cela, que je porte une grosse importance à répondre, dès que possible, à n’importe quel artiste, de n’importe quelle ville, village. Et ce, peu importe qu’il débute ou non. Je pense qu’à partir d’un certain niveau, il faut savoir se rendre accessible tout en imposant un certain mythe. The 80’s : C’est-à-dire ? Par exemple, pendant toute une période j’ai eu des menaces, des réflexions de tout genre venant d’un peu partout. Pour moi les soucis ont commencé à partir du moment où j’avais une grande visibilité et donc beaucoup de demandes, mais aussi beaucoup de refus. Pas de refus, pour se la raconter, mais simplement parce je ne bossais qu’avec mon monteur. Et aussi, parce que je fais des choix. Il faut que les gens comprennent, que « Oui, TU as des choix à faire! ». Simplement, parce que tu dois atteindre une qualité que tu vises.

Un jour ma femme m’appelle, elle me dit qu’elle est devant un Base Shop et qu’elle voit une affiche Give Me Five avec une main… en gros, mon logo. Je lui demande de m’envoyer l’image via mms, et effectivement, une affiche Give Me Five avec comme inscription une formule à 5 euros. Ma réaction a été de directement les contacter via une lettre d’avocat avec l’aide d’une amie de ma femme qui est juriste étant donné que le logo Give Me Five a été déposé en 2008. Base a donc été super réceptif et a prétexté que tout ceci n’était évidement pas voulu, que leur graphiste avait certainement été inspiré par ce qu’il avait vu en rue. Effectivement c’est une particularité que j’avais avant d’avoir créé le label Give Me Five, donc avec le projet « Dès Le Départ », j’invitais des grapheurs que je connaissais pour faire des devants de magasins qui annonçaient une sortie prochaine. En fait, c’était quelque chose d’innovant dans le mouvement, car c’était la première fois que le graffiti était utilisé à des fins promotionnelles. Ensuite, avec les sorties des projets Give Me Five, j’ai continué avec le même procédé. Et là donc, à mon avis, les graphistes de Base ont du être inspirés inconsciemment. Du coup, j’ai été les voir et ils ont tourné la chose en me disant ça serait bête d’aller si loin avec les procès et autres, est-ce qu’on ne ferait pas plutôt une collaboration ? On fixe donc un autre rendez-vous chez KPN Mobile, je suis venu seul avec tous les projets : la Face C, Dès Le Départ, le cd 5 titres, en mode rasta et le dvd. Le gars voit le dvd, il voit les noms qui y figurent, comme Stromae qui était au début de son succès, et il me dit que franchement le dvd ça l’intéresse « quel serait votre prix pour qu’on vous en re-presse ? Faites nous un devis. » Du coup, j’ai pu en re-pressé 1000 exemplaires. Je dois avouer que j’étais fier de moi. A côté de ça, ils m’avaient proposé de faire des événements, et c’est là que si j’étais accompagné de gens sérieux, à ce moment-là, on aurait pu avoir des événements entièrement sponsorisés par Base, ce que je n’ai pas fait. Et j’en retire un peu de regrets.

Et tout cela, suscite une envie, un mythe dans la tête des gars. The 80’s

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Le but ultime, c’est qu’ils se disent que « voilà, si un jour je suis dans Give Me Five c’est que j’aurais atteint un truc de qualité!». Avec le magazine «The 80’s» vous faites là même chose, donc tu sais que c’est sans prétention que je dis ça. Si Give Me 5 devient une référence, ça poussera ‘peut-être’ les gens à s’améliorer ce qui engendre que les gars vont devoir bosser plus et qu’on aura un rap de qualité en Belgique. C’est pour ça que, malgré tout, je trouve limite insultant les messages que je reçois où on me dit «voilà je rap depuis 5 mois, est-ce qu’il y a moyen de faire un freestyle Give Me Five?». Non, les gars! Il faut réfléchir un peu…


The 80’s : Peut-on penser que les choix de collaboration visuelle sont pas basés sur le capital qu’on t’offre?

The 80’s : Un conseil à donner à un passionné qui débute et qui veut comme toi s’investir dans le mouvement Hip-hop ?

Alors là, NON!! Bon après je t’avoue que j’ai failli m’écarter de ce pourquoi j’ai monté le label. J’ai pensé beaucoup de fois qu’à l’aspect financier. J’avais des gens qui me proposaient des 200 euros pour une vidéo qui allait durer 5 minutes. Mais je me suis dis que si je rentrais là-dedans, ça serait de l’escroquerie car j’aurais des artistes « pas bon» sous le label.

Ne pas brûler d’étapes, bien réfléchir, bien se reposer avant de sortir quelque chose et être productif tout en apportant de la qualité. Persévérance, logique et humilité. Et surtout savoir relativiser! Par exemple, de nos jours avec internet et tous ses frustrés, jaloux voir haineux : il faut pouvoir canaliser cette énergie négative et la transformer en énergie positive. Enfin, je dirai de ne pas avoir peur de partir de rien, de se construire seul sans compter sur l’aide, les subsides de quiconque. En tout cas, c’est comme cela que j’ai fonctionné et que je fonctionne encore.

The 80’s : Comment t’es venu l’idée des collaborations vidéo Franco-Belge? J’ai toujours eu pour but de faire le tour des artistes belges et de leur créer une certaine vitrine. Chose que j’ai su mené à bien, jusqu’à ce que très vite, je reçoive de plus en plus de pressions, menaces, insultes et j’en passe. Parce que l’on me reprochait de ne pas filmer tout le monde, alors que je commençais à peine! J’ai donc laissé cette idée de côté et j’ai commencé à faire mes capsules France- Belgique où j’ai associé des rappeurs français de renommée avec des rappeurs belges. J’ai pris mon pied à faire ça, parce que je suis en train de filmer un rappeur français que j’écoute depuis que je suis bien plus jeune et je le mets avec un Belge à qui j’offre alors une visibilité qu’il n’a pas dans le rap français. Pour moi les Give Me Five France-Belgique ont exporté le rap belge sur le réseau français. On peut voir les capsules sur RapADonf.com, certaines capsules de Gandhi se sont retrouvées sur Booska-p.com et d’autres. Et là Because Music (Label français) m’ont appelé pour faire une capsule spéciale pour Médine. Ce qui est une fierté parce qu’on reconnait mon travail, et j’ai un plus grand pourcentage de Français que de Belges qui regardent mes vidéos, ce qui est aussi une réussite, pour l’exportation du rap belge au pays hexagonal.

The 80’s : Où te vois-tu Give Me Five dans 5 ans ? Soit, je ne le vois plus. Soit, je le vois d’un œil extérieur. En tant que patron, disons. Que je puisse en vivre en le gérant à distance. Bien entendu, il y aura toujours des scènes sur lesquelles j’aimerai être. Et sinon, je me verrai bien travailler avec des jeunes qui prennent du plaisir à faire ça, à rencontrer leurs idoles, monter de bonne vidéo, etc. Je le fais déjà avec mon gars Azili Kazma, mais pourquoi pas avec 3,4 fois plus de jeunes plus tard ? The 80’s : Le mot de la fin ? Plus un message global : Beaucoup de jeunes pensent qu’il y a du boycott de ma part pour des sessions freestyles. Je tiens juste à préciser que j’ai souvent proposé à des artistes de travailler avec eux, et ils m’ont dit «non» catégoriquement. Donc voilà : je démens toute accusation de boycott.

Propos recueillis par Kapesa «Kidsy» Patrick. Texte Mory Toure

The 80’s : Que manque-t-il dans l’aspect entrepreneurial du mouvement hip-hop belge ? Des gens m’ont dit que ça ne servait à rien cette explosion de structures parce que s’il y a un freestyle à faire, ils ne passeront que chez moi. C’est flatteur, mais je ne pense pas être d’accord avec cette façon de penser. Maintenant que tout le monde peut faire ses vidéos, tout le monde peut s’arranger pour faire une interview, le matériel est maintenant à prix démocratique, ce qu’il manque réellement, ce sont des gens qui prennent le courage de poser une somme d’argent pour investir sur des projets sans pour autant toujours faire appel aux structures qui sont déjà sur place et qui mettent toujours les mêmes personnes en avant. Il manque des gens qui prennent des risques, mais aussi tout ce qui concerne la visibilité dans les médias (radio, tv, presse écrite, etc), heureusement qu’on a le net, car eux ne jouent pas du tout le jeu.

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Michael Toch est l’ultime exemple d’un homme dévoré par sa passion : la musique. Denis Diderot a, un jour, dit : « Seules les passions, les grandes passions peuvent élever l’âme aux grandes choses ». C’est sûrement l’une des citations qui représente le plus cet homme qui tantôt est producteur, tantôt éditeur ou encore ingénieur du son et arrangeur. Mais il est surtout un homme de cœur, aux ambitions démesurées mais tout à fait à sa portée. Ses ambitions, il les réalise et les montre au travers de ses différentes réalisations professionnelles. Ainsi, il a créé avec l’aide de son cousin, le berceau de tout son empire « A.R.E music » qu’il tient et dirige à présent. Rencontre avec ce maitre de cérémonies aux multiples facettes. pourrais m’en prendre qu’à moi-même.

“Je me définirais comme une personne vouée, passionnée et dédiée à la musique ainsi qu’aux personnes de talent “ The 80’s : Pour les gens qui ne te connaissent pas, comment te définirais-tu? Je me définirais comme une personne vouée, passionnée et dédiée à la musique, et aux personnes de talent, car j’ai, au fur et à mesure de mon évolution, axé ma vie sur la découverte et le développement de talent. The 80’s : D’où t’est venu ton amour pour la musique? J’ai commencé mon parcours dans un groupe de rap Ultime Team, qui était une sorte d’entreprise familiale. Il y avait mon cousin Imani, mon frère Nixon et Kobra et Convok. C’est dans cet environnement-là que j’ai fait mes armes, que j’ai tout appris. J’y ai appris à gérer un studio, réaliser un disque, gérer une équipe, monter et tirer un projet, certes très maladroit à l’époque, plein de défauts et d’erreurs, mais c’est ce qui m’a beaucoup appris. Dans le groupe je composais, rappais, réalisais, mixais, et j’enregistrais aussi les voix. A l’époque c’était assez rare de trouver un moyen ou une personne apte à enregistrer. The 80’s : C’est-à-dire ? J’ai eu mon premier studio à 15 ans. Bon mon premier studio, c’était deux

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mini-disques, une table de mixage et un micro qui se branchait dessus. Je parle de l’époque en 1996-97 ; des mecs comme B.D. Banx venaient chez moi à la maison, car j’étais un des rares gars à avoir ça. Puis j’ai eu un 8 pistes, qui était un truc complètement exceptionnel et rare, une VS880 j’avais tout juste 16 ans, ça c’était mon premier vrai studio. Après, ça a évolué. Donc j’ai toujours fait les deux en parallèle. Ma logique a toujours été la même, si j’en suis arrivé à faire ce que je fais. C’est parce que je ne trouve jamais des gens qui le font assez bien alors je préfère le faire moi-même. Donc en gros, à l’époque, on rappait, mais on ne trouvait personne pour nous enregistrer donc je me suis dis : « Je vais le faire moi-même ». On n’avait personne pour nous faire des beats à part mon frère, donc on s’est dit : « On va faire nos beats nous-mêmes », et quand il a fallu développer nos projets, vu qu’on n’avait pas de management on s’est dit qu’on allait le faire nous-mêmes aussi, et c’était à chaque fois la même chose. Au lieu de m’en prendre aux autres si le travail est mal fait, je préfère le faire moi-même car si c’est mal fait je ne

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The 80’s : C’est ainsi que tu as accumulé les nombreuses étiquettes qui te définissent? Disons que pour les étiquettes, je me suis rendu compte que j’avais des talents pour développer d’autres choses, et puis la vie m’en a fait développer tout autant. D’abord comme ingénieur du son, comme réalisateur et ensuite comme producteur. De fil en anguille les casquettes se sont multipliées. J’ai toujours était intéressé et passionné par la musique. J’aime l’écouter, la découvrir et la faire partager, dans le sens où quand des gens viennent chez moi, j’aime leur faire écouter ce qui m’a « traumatisé ». Et donc mon parcours naturel a été de me repositionner par rapport à certains choix pour en faire un métier car je ne pense pas que j’ai pu en faire un en tant que rappeur. The 80’s : C’est donc cela qui a marqué le lien entre ta vie d’artiste et celle de ta vie de producteur d’artistes ? Le lien entre les deux n’a été qu’une suite logique, il n’y a pas eu de rupture. Ma carrière de rappeur est un passé que j’assume à fond. C’est la meilleure école que je n’ai jamais faite, on n’aurait pu m’envoyer dans n’importe quelle école de business ou d’ingéniorat du son, je n’aurai pas été à meilleure école. The 80’s : Selon toi, en quoi cela t’a-t-il grandi ? De manière humaine, ça m’a appris plein de choses sur les qualités et défauts des êtres humains, de part les erreurs et les belles choses que j’ai amenées et surtout celles que mes proches ont amenées. En fait, ça m’a enlevé pas mal d’utopie concernant le facteur humain. Par rapport à A.R.E music, aujourd’hui, j’ai la même façon de travailler. Je reste dans une formule de structure très familiale. Il faut savoir, que je me retrouve avec


J’aime bien ce délire-là, mais il faut avouer que je suis moins utopiste quant à la manière dont ces relations artistiques peuvent évoluer. Disons qu’aujourd’hui je vois ces rencontres comme des relations amoureuses, des vrais coups de foudre qui peuvent finir un jour, malheureusement. A l’époque par exemple, je me disais qu’Ultime Team on serait encore là dans 50 ans !! Ce n’est plus le cas du tout. Ce côté-là m’a beaucoup appris, ça m’a fait grandir. Et enfin, je pense que Dieu m’a donné cette chance de trouver la paix, d’être heureux dans mon cœur, ma tête et dans mes relations. Ce qui n’était pas le cas durant ma période de rappeur, j’étais quelqu’un de très perturbé, très en recherche, et c’est ça que j’exprimais. Et dés le moment où je me suis retrouvé en paix sur ma chaise, j’ai réalisé que je n’avais plus rien à rapper. The 80’s : Quand as-tu vécu le basculement entre le rap et la variété ? Déjà à l’époque d’ultime Team il y avait plein de refrains où je chantais. On a toujours été dans une réalité où on aimait casser les codes. Je n’ai jamais été un mec qui était attaché à la culture urbaine et qui pissait sur le reste. Je passais deNTM à La Cliqua en passant par Nirvana aux albums d’Aretha Franklin et aux tubes d’un Ray Charles. Et c’est vrai qu’à un moment, le rap a pris le dessus sur tout ce que je pouvais écouter, car à un moment le rap était un truc de ouf, musicalement. C’était brillant et génialissime!! Je veux dire que quand tu écoutes un album comme « Le Combat Continue », d’Ideal J, et que tu réalises qu’ils n’avaient QUE 20 ans sur ce disque !! Mais le génie de ces mecs, la maturité de la musique, des textes, du message et même la pochette avec le drapeau et la main noir : c’était un truc de malade!

The 80’s : Peux-tu citer 3 projets auxquels tu es fier d’avoir participé ? Pas facile, pas facile… Forcément, je suis fier de l’album de Jali car j’y suis au four et au moulin. Ensuite, il y a le « Point G » de Gandhi. C’était une des meilleures expériences humaines que j’ai eues et c’est surtout le premier projet d’A.R.E. Music. Pour le 3ieme je dirais un projet qui n’est pas encore sorti, c’est le nouvel album de Veence Hanao. Je ne gère que l’aspect business du disque. Mais je trouve que c’est un très grand disque. Car c’est un énorme artiste, je trouve que c’est un génie, c’est l’un des plus grands auteurs de sa génération et je suis très fier de pouvoir travailler avec lui. Il y a aussi d’autres projets dont je suis fier, mais qui ne sont pas encore sortis et dont je ne peux malheureusement pas parler car les gens ne les connaissent pas. The 80’s : Que veux dire A.R.E. MUSIC ? Art Rythme Ethique Music. L’art basé sur le rythme et tout ça avec de l’éthique, de l’humanité. En même temps ça fait « arithmétique » car la musique ce ne sont que des chiffres, que ce soit le business, ou la physique que ça représente... Et il y a d’autres petits jeux de mots assez sympas. Genre quand tu prends le ARE anglais. Tu dirais facilement « we ARE music », nous sommes la musique. The 80’s : A.R.E. MUSIC est composé de qui ? A la base, il y a Imani et moi. ARE MUSIC s’est fait un peu par la force des choses car on se retrouvait systé-

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pas mal d’artistes et qui pour la plupart sont dans mon entourage depuis 10ans, comme Pablo Andres, Cléo, Veence Hanao par exemple.

matiquement sur les mêmes projets, on m’appelait pour faire des arrangements et lui comme « beat maker » et puis en plus c’est mon cousin, mon « assos ». Donc on s’est dit qu’on allait monter un label et le premier artiste qu’on a signé c’est Jali, c’est le 1er projet qu’on a porté avec nos couilles et où on a mis toute notre sueur. Aujourd’hui, Imani a arrêté entre guillemets le côté professionnel de la musique, il est rentré au pays, démarrer une nouvelle carrière professionnelle. J’ai donc repris ARE MUSIC tout seul et j’y ai intégré énormément d’artistes, chose que je n’aurais pas faite à l’époque où je travaillais avec Imani, parce que c’est quelqu’un qu’il faut savoir convaincre. Et donc maintenant, je n’ai plus personne à convaincre, du coup il y a énormément d’artistes qui se sont greffés à la structure depuis. Les artistes signés dans la structure sont : • JALI

Aujourd’hui, écouter du Fababy ou du LECK ça ne m’intéresse pas. Moi ce qui m’a amené à avoir un basculement, c’est au moment où le rap à commencer à ne plus m’amuser. Le moment où je me suis ouvert à aller faire d’autres choses même s’il n’y pas eu de déclic, car comme je le disais j’ai toujours été attiré par d’autres choses.

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plus important, c’est le nerf de la guerre car un artiste avec un bon producteur, un bon éditeur, un bon tourneur mais un mauvais manager peut se casser les dents. En revanche un artiste avec un mauvais producteur, un mauvais éditeur, un mauvais tourneur mais un bon manager il peut toujours rebondir. Je pense que c’est vraiment la base.

• VEENCE HANAO • AXYDAN, qui est une chanteuse avec qui on travaille depuis quelques temps. • JOY WELL BOY avec qui je travaille en management • PABLO ANDRES avec qui je travaille en management sur sa carrière de comédien. • CLEO • LOIC dont on finalise l’album maintenant. •C.O.V. (CHANT OF VICTORY), compositeur, arrangeur et producteur électro qui est signé en édition chez nous. • Trois projets en voie de signature... Je travaille aussi avec Maelan sur tout ce qui est arrangement, placements éditoriaux, ... The 80’s : Tu démarres direct au top : avec ton 1er artiste, 1er disque d’or … Disque d’or qu’en Belgique... On a encore beaucoup de travail en France, au Canada et ailleurs. On veut beaucoup plus, là, ce n’est que le début. The 80’s : Selon toi, que sont : produire, manager et réaliser ? Manager : C’est le rôle le plus compliqué dans toute la chaine d’encadrement artistique, car c’est le travail le plus fatiguant, le plus éprouvant où tu te prends le plus de coups et où tu fais le plus de sacrifices, et c’est le truc le moins valorisant à mon sens. Si tu n’es pas près à prendre une balle pour tes artistes, ne deviens jamais manager. Mais en même temps, c’est le rôle le

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Producteur : Ce n’est rien d’autre que mettre des sous pour faire un disque, c’est trouver un projet et y croire, financer les bandes et l’enregistrement et gérer la mise sur le marché, trouver le bon marketing le bon développement du projet. Réalisateur : C’est exactement la même chose que réalisateur de film. Ça veut dire que tu as un artiste qui arrive avec des chansons, des maquettes ou des guitares/voix, ou pour des rappeurs des beats un peu fragiles, un peu faibles, des textes, des refrains qu’il y a moyen d’améliorer. Le réal, il arrive pour donner son expertise pour amener chaque titre sous sa meilleure forme. Que ce soit dans l’interprétation ou dans la réécriture de certaines choses ; changer un refrain, réarranger certain beat, donner forme. L’artiste arrive avec des idées et le réalisateur l’aide à les mettre en place. Mais un réalisateur ne doit pas prendre la place de l’artiste en commençant à s’occuper de l’artistique alors là ça ne va pas. Tout doit être en phase avec les idées de l’artiste, c’est les amener le plus loin possible tout en les rendant les plus élégantes possibles. The 80’s : Et toi, quel est le rôle qui te plait le plus ? Alors en fait je pense que ce qui me plait le plus, c’est de faire plusieurs trucs. Car je pense que si j’étais juste manager « ça me ferait chier », juste éditeur « ça me ferait chier », juste réal « ça me ferait chier », juste directeur artistique « ça me ferait chier », juste être producteur « ça me ferait chier ». Ce qui me plaît, c’est cette polyvalence et aussi le fait d’avoir des projets très différents. D’être à un concert avec Joel Boy un soir puis le lendemain en studio avec Jali et le surlendemain avec Veence. Je passe d’un monde à un autre et ça c’est super magique, c’est exceptionnel. D’ailleurs c’est très crédibilisant. Par exemple, en ce moment je discute avec des partenaires pour Jali, Veence et Joel et eux se disent :

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« Le mec peut te parler de ces trois artistes alors qu’ils sont tellement loin les uns des autres». Donc ça te crédibilise car ils se disent que le gars à une expertise et une oreille, car souvent les gars quand ils ont des artistes pop/rock, ils ne se spécialisent que dans des artistes pop/rock, et ceux qui font des trucs plus urbain, ils ne se spécialisent que dans ce genre-là. C’est assez rare d’avoir des bonshommes aussi polyvalents et c’est ça que je kiffe. C’est une fausse fierté car ça fait partie de moi, mais c’est mon petit kif. The 80’s : Comment as tu réussi à donner à cette petite structure belge un rayonnement et une crédibilité internationale ? Heu je ne sais vraiment pas... Je pense que c’est parce les projets qu’on a, on essaye de bien les travailler. On essaye de les présenter à des partenaires en amenant des arguments solides et des projets bien montés et puis quand on travaille avec eux, on essaye d’être sérieux dans ce qu’on fait. Je pense que nous sommes des gens travailleurs, sérieux dans le travail, qui respectons nos engagements et qui faisons les choses au mieux de ce que nous pouvons faire. Et c’est pour ça, je pense, que nous avons la confiance de certains partenaires. Mais encore une fois j’insiste, on n’est pas à 5%. Oui on a sorti un premier album sur le marché grand public qui a rencontré un succès en Belgique ; qui n’a pas rencontré du tout un succès en France mais qui a de bon résultat, au final on va finir avec entre 20.000 et 30.000 copies vendues pour l’album donc ça va. The 80’s : Tu as l’air d’être un peu déçu, pourquoi ? Oui et non, car tout le monde pensait qu’on allait faire minimum 100.000 copies, que ce soit nous ou Barclay. Et là, on est à un peu plus de 13.000 pour la Belgique et un peu moins de 20.000 pour la France. Oui donc je pense qu’on va finir entre 25.000 et 30.000. Voilà maintenant, ce n’est pas un échec pour un premier album. Aujourd’hui, pour faire ça, les mecs ils galèrent. Mais pour moi tout est à faire, pour le prochain album de Jali il faut passer d’autres étapes. Alors oui on a la chance d’avoir cette crédibilité chez différents partenaires, comme les tourneurs, les maisons de disques. On a également la chance d’avoirs plusieurs projets signés chez de gros partenaires qui sont en cours de création mais j’insiste : tout est à faire.


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Au niveau du grand public, il y a plein de choses à faire et pour moi on est loin d’être dans un processus d’accomplissement ou de réussite, on est qu’à 5% du business plan. The 80’s : Que penses-tu de la manière dont la musique en Belgique est gérée ? En Belgique francophone, c’est un cauchemar, un désastre. Dans la partie néerlandophone, c’est différent car ils réfléchissent comme des Anglo-Saxons, ils sont ailleurs. Par exemple, le groupe Cluzo qui te fait 17 fois le Sport Paleis d’Anvers en sold-out (Ndr : plus de 15 000 places) !! Fais le calcul, c’est le stade de France !!! Tu prends Nathalia qui elle, en fait 7. Ils sont vraiment dans un autre monde. Quel artiste belge francophone va te faire même deux fois Forest National (Ndr : plus de 8 000 places) sold out ? Ici, il y a un vrai problème dans la logique. Par exemple, faut voir la répartition des artistes locaux par rapport aux internationaux sur les radios en Flandre et ici. Donc, je pense qu’il y a un vrai problème dans la logique de l’industrie belge francophone, où les gens attendent de recevoir des subsides pour sortir leurs disques. Personne ne prend ses couilles en main pour sortir ses projets, ils attendent de recevoir les subsides de la Communauté Française. La gestion de cette industrie est catastrophique. Attention, il faut quand même dire que même par exemple Universal France gratte des subsides sur un disque. N’importe quelle maison de disques demande des subsides, mais maintenant il ne faut pas uniquement compter sur ça et surtout il faut les utiliser à bon escient. Et puis, c’est vrai que c’est aussi une question de mentalité, mais je ne me battrais pas pour changer les choses, chacun fait ce qu’il veut, et moi je n’ai jamais gratté un euro de subside. Maintenant il faut également dire qu’il y a une nouvelle génération de gens « smart » qui font bien les choses, alors moi je change les choses pour moi et les miens. The 80’s : Du coup qu’est-ce qu’il manque ? Beaucoup de choses. Mais surtout que les médias jouent le jeu. Car aujourd’hui, si tu veux vendre des disques tu as besoin des médias. Et en Belgique francophone ils ne jouent pas le jeu. Quand on a sorti l’album de Jali, on est parti voir les radios pour qu’ils jouent ses

sons mais les réponses étaient des « ouinon, oui-non » ; dès qu’il a commencé à être joué en France, là ils ont commencé à le diffuser. Donc on a eu du mal au début, on a du revenir par la France pour qu’il soit joué sur les radios en Belgique francophone. C’est fou! Et puis il manque de structures qui se responsabilisent et prennent leurs couilles en main pour sortir des projets valables et cohérents car des artistes talentueux il y en a partout.

a fait « briller » ce sont des gars de son quartier. Et il en a fait le plus grand label indépendant de la planète à un moment. Je trouve ça génial. Après il y a des gens qui m’ont influencé de par leurs erreurs. J’ai pu assister à des tas de situations où je voyais de gens avoir des opportunités, et qui on fait des mauvais choix et du coup se sont cassés les dents. Et c’est plus grâce à eux que j’ai pu éviter de faire les mêmes erreurs qu’eux, car je pense constamment à tout ça. C’est ça qui m’a le plus appris.

The 80’s : Où te vois-tu dans 5 ans ? Je n’en sais rien du tout. Je veux des disques de platine, de diamant! Je veux amener mes artistes au sommet de l’affiche. Je veux que la structure se développe mais le problème c’est qu’on ne sait jamais à quelle vitesse elle va grandir. Donc dans 5 ans, je ne sais où on sera mais je sais qu’on a encore des truc à donner et on donnera tout ce qu’on peut pour aller le plus loin possible.

The 80’s : Quels conseils donnerais-tu à des jeunes qui veulent se lancer sur la même voie que toi ? Il faut avoir un sens monstre du sacrifice. Mais alors là sur tout : que ce soit ton argent, ton temps, tes relations amoureuses et sur le manque de reconnaissance que tu vas avoir après tout le travail que tu as fourni. C’est un métier qui demande beaucoup de don de soi et qui ne te rend pas tout le temps ce que tu as donné. Si tu n’es pas prêt à donner, donner et encore donner change de métier. Ne pas compter son temps. Et être en phase avec sa sensibilité.

The 80’s : Quelles sont tes plus grandes influences ? Française, c’est Eddy Barclay. Anglaise, c’est George Martin. Américaine, c’est Berry Gordi. Des trois que je viens de citer celui dont j’ai suivi le chemin inconsciemment c’est Berry Godi. Car il a emprunté 5.000 $ à son père pour pouvoir monter son premier studio qu’il a installé dans le garage de ses parents. Et tous les artistes qu’il

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Propos recueillis par Kapesa «Kidsy» Patrick. Texte par Prince Kalala

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The 80s Magazine (n°1)