Page 1

Michel Thamin


Michel Thamin

piliers & lithoglyphes

Nous sommes de l’immobile en mouvement, nous traversons la durÊe. Guillevic


P219 足 11


Dans le silence des pierres Des boĂŽtes de pierre et des pierres levĂŠes,

comme des vestiges intemporels et silencieux de la prĂŠsence humaine.

L057 ­ 07

Michel Thamin


Elles sont appuyées au silence du ciel, scellant leur présence immobile aux

turbulences du monde, quand la lumière compose avec elles une étrange chorégraphie de lignes d’ombre et de nuances.

Les nouvelles sculptures de Michel Thamin conservent leur densité et leur mystère. Elles témoignent encore de l’aventure humaine, en ressemblant à ces totems africains, à ces stèles élancées qui ont essaimé au bord des pistes venteuses des hauts plateaux d’Asie ou encore à ces glaives de guerriers ornés de motifs symboliques et plantés dans la chair du monde, après un harassant combat.

Ici encore, Michel Thamin démêle la généalogie de la pierre, en s’aventurant au­ dessus de l’abîme des durées. Il atténue sa tessiture fougueuse en l’éloignant de son

apparence originelle. Il l’invite à livrer les arpents de son intimité où brasillent dans la lumière des teintes insoupçonnées. Dans leurs stries récurrentes fourmille toute une myriade de motifs nés d’un duo bruyant de la pierre et de la meule du sculpteur. Elles

contrastent avec des zones polies qui ressuscitent des lumières endormies dans la fusion des pétrés. Leur mise en scène dans l’espace public intrigue les arbres alentour dont les troncs à l’allure élancée semblent énigmatique silence. Alain Le Beuze

les

imiter ou

vouloir participer à leur


P249 足 09


P221 足 P223 足 P229 足 10


P188 足 P186 足 10


Chez Michel Thamin la pierre est d’abord apprivoisée par le regard, qui en apprécie la tessiture. Puis la main poursuit une lecture charnelle et conquérante de sa mémoire

ineffable. Alors elle se laisse dompter sous les coups de ciseaux et vibrer sous la morsure des scies. De cette relation intime, elle révèle les constellations de sa livrée et les secrets de sa nuit minérale. Elle offre ainsi au regard l’élégance du geste du

sculpteur, qui répond à celui des hommes du néolithique. Les lithoglyphes de Michel Thamin s’exondent de ces friches rocheuses, comme d’énigmatiques mausolées.

Ses ''boîtes de pierre'' sont de troublants avatars des cairns, dont leur disposition en

chambre funéraire établit une mise en abyme du monde. Ses œuvres gémellaires, qui préfigurent un univers féminin et clos, semblent émerger d’un reg froissé par des

nuances siliceuses. Elles s’épousent, conjuguant ainsi Eros et Thanatos. Le ventre maternel faisant écho à la chambre mortuaire. Elles perpétuent alors l’union sacrée de la vie et de la mort, tout en invitant la main du visiteur à profaner cet apparent secret.

En ouvrant ces « boîtes de pierre », scellées par des griffures latérales, le public peut y lire des symboles qui ont comme ricoché sur l’onde du temps. Alain Le Beuze


L099 足 09


L122 足 11

L091 足 09


L113 足 11


P195 足 P201 足 12


P250 足 07


Ouvrir la pierre Faire violence à la pierre. Le sculpteur qui s’en prend à elle n’est pas homme de douceur, lui qui en taille n’attend rien que de l’affrontement. Car la pierre ne se laisse que rarement circonvenir, si ce n’est par quelque main qui la flatte en ronde bosse sans trop altérer la forme d’origine d’une qui, assez tendre, s’est offerte déjà en

personnalité autre que le cube sorti de carrière. En tradition, et sauf telle exception, le sculpteur de pierre n’a d’œuvre possible que par l’agression d’outil mécanique, animé ou non d’énergie électrique. Il lui faut s’imposer, contraindre.

Michel Thamin, qui depuis longtemps est engagé dans un tel dialogue pugnace avec la pierre, en sait quelque chose. On l’a vu travailler de minces colonnes

schématiquement anthropomorphes par la présence d’une tête ­ mais colonnes

délicatement travaillées en surface. On l’a vu aussi percer, fendre des galets que,

transformés, il a remis dans leur scène naturelle d’origine, sur la grève où il les avait cueillis. On le voit maintenant, en suite de ce jeu avec les galets, autrement aller voir ce que la pierre peut donner. Car celle­ci, pour opaque qu’elle est dans sa densité,

est énigme : ceux qui au cours des siècles et aux quatre coins du monde lui ont donné formes ne sont pas allés voir ce qu’elle avait en son cœur, sauf en modernité du vingtième siècle quelques­uns la trouant (donc la traversant sans rien en révéler).

Rien ici de l’ambition monumentale qui fait jouer le sculpteur au titan, mais un travail intime d’incursion dans un bloc à peine plus gros qu’un galet.

Michel Thamin ouvre la pierre et lui fait montrer son cœur. Les six faces n’en sont pas pour autant négligées, qu’elles soient laissées brutes, en cassure plus ou moins hasardeuse de la machine qui les a rompues, ou polies, ou marquées de quelques

signes, ou déjà en bas­reliefs, et l’objet, tel qu’il se montre d’abord en sa plénitude avec juste sur quatre faces l’apparence de la fissure qui la divise, a déjà sa présence artistique autonome en variation raffinée sur le cube. Cela ne suffit pas : la sculpture

ici ne se satisfait pas d’être une forme en harmonie close sur elle­même ; elle a encore à se livrer à qui en soulève la partie supérieure telle un couvercle pour voir

ce qui en elle est inscrit, plus gravé que sculpté, comme signe mystérieux qui chiffrerait quelque secret.

La sculpture, donc (tout nous poussait à l’ignorer) a une vie intérieure qu’elle ne livre pas à l’évidence. Oui, il faut, à l’encontre des règles de musées, y mettre la main, en

sentir le rugueux et le poli, en éprouver le poids et, comme boîte, l’ouvrir. Ainsi elle se fait deux et, couvercle posé, montre une face nouvelle, comme trace laissée jadis

par ces hommes qui marquaient de leur main les murs des grottes, les pierres levées

dans les champs, les édifices funéraires. Comme si, derrière l’évidence de la forme

d’abord donnée à voir s’était gardée une part de rêve, de mystère, de nostalgie peut­


être; comme si, là, dans un coffret précieux, nous était donnée une clef dont nous n’aurions plus qu’à trouver quelle serrure elle peut ouvrir.

Alors peu importe par qui quelque chose fut écrit dans la pierre – ou ce que la pierre montre comme sa propre écriture. Lithoglyphes, dit le sculpteur pour nommer ces

œuvres par lesquelles il a ouvert une nouvelle voie en sculpture et le mot grec a un son d’énigme qui leur convient. Par la langue ancienne nous voici conduits en un autre temps, un autre esprit que le nôtre, qui est de modernité déchirée entre raison et passion, dans le temps d’une Grèce encore vive des mystères delphiques, non

encore édulcorée par la « sagesse » philosophique. Mais c’est aussi un temps de granit immémorial – temps universel, temps hors du temps, qui est autant celui de notre origine que celui des forces sous­jacentes n’ayant pas fini de nous hanter que celui d’un futur en lequel un homme réconcilié avec lui­même n’aurait plus honte de sa part d’ombre, n’aurait plus l’obsession de réfuter l’énigme qui fait son cœur

radiant. Et si l’homme a un cœur de pierre, ce cœur est cairn irréfutable dans le grand vent de l’histoire – ou bien trou sombre en lequel parle une voix qui est celle de la vie même, dont le chant s’élève du cœur du monde comme ces colonnes, ces piliers que dresse aussi Michel Thamin entre terre et ciel. Gilles Plazy


L118 足 11 L117 足 11


L110 足 11 L121 足 11


L095 足 09


L107 足 10


P247 足 P244 足 09


Il faudrait s’asseoir tranquillement, par une fin d'après­midi du mois de juin, au plus près

des sculptures de Michel Thamin. Je vous jure qu’on peut les voir s’étirer, s’allonger, grandir, parfois elles brillent et leurs rugosités nous offre l’occasion d’une échelle.

Grandir d’orgueil, oh non, ce n’est pas la démesure des hommes qu’elles dénoncent.

Grandir pour atteindre ou attendre l’infini, oui, peut­être; mais lequel? Le cosmos païen ou la plénitude promise...

Grandir en nous, ouvrant à qui le veut la diversité des chemins… ceux­là même qui allient le vertical et l’horizontal, le lisse et le chaotique.

Et je passe de l’une à l’autre stèle, dans l’exercice de mon regard libre et je gagne

inévitablement, l’espace d’un instant, la sphère poétique du silence des pierres : Néruda '' le silence dans la pierre se concentre, les cercles s’y ferment ''.

C’est face au ciel ouvert qu’elles vivent et prennent leurs élans telluriques.

Alors la pierre, celle que l’on considère si quotidiennement comme inerte, concentre

l’énergie d’une force vive. Le défi résolu de ces œuvres qui se conjuguent, passe dans la brisure. On ne monte pas sans cassure. Le rectangle poli est interrompu dans son rêve de cercle. La piste verticale aboutit inexorablement à l’espoir d’une intelligence à venir. Anne Le Guen


P189 足 P190 足 P188 足 P186 足 10


P179 足 11


P209 足 12

P198 足 12


P180 足 11


P179 足 11b


L108 足 10


P223 足 P229 足 10


Michel Thamin né en 1946 à Paris ­ autodidacte ­ vit et travaille en Bretagne. expositions personnelles et collectives depuis 1982 en France et à l'étranger. Expositions [sélection] _ collectives /

_ solo /

1999

St'art 99, galerie Patrick Gaultier, Strasbourg

1993

2000

Art contemporain & Mégalithes, Arzon

2001 2002 2003 2004 2005 2006

Art Paris, galerie Patrick Gaultier, Paris Galerie Guislain, États d'art, Paris L'art chemin faisant, Pont­Scorff

Galerie Patrick Gaultier, "20 ans", Quimper Galerie Emmanuelle Morin­Pitel, Paris Orangerie du Château, Sucy­en­Brie

1999

Ferme auberge La Ville Andon, Plélo Biennale, Saint­Brieuc

Ar Milin, Châteaubourg

La Prébendale, Saint Pol de Léon

2002

Maison de la fontaine, Brest

2003

Lieu­dit, Hédé

2004

Galerie Michèle Guérin, Limetz­Villez

2006

Galerie Atelier d'Estienne, Pont­Scorff Galerie Le Sphinx, Montauban

Artenim, galerie Michèle Guérin, Grenoble St­art 07, galerie Michèle Guérin, Strasbourg ‘Trois déplacements', Lorient, Auray, Le Faouët

2010

Galerie Le Sphinx, Montauban Galerie Les Stèles, Huelgoat

2012

Galerie Atelier d'Estienne, Pont­Scorff Galerie Dédalus, Morlaix

Galerie l'art du temps, Vannes

L'art dans les chapelles, Bretagne KNA­studio, Nantes

Galerie Le Sphinx, Montauban Galerie Arekom, Morlaix

Socles & Cimaises de Desforges, Nancy

'Été 2000', Château de Tronjoly, Gourin Galerie Édouard Roch, CH ­ Ballens

Galerie Uta Goppelsröder, D ­ Bretten Galerie Le Sphinx, Montauban Artothèque, La Roche sur Yon

Galerie Michèle Guérin, Limetz­Villez Galerie Artesol, CH ­ Solothurn

Galerie Ombre et Lumière, Saint­Malo Galerie Le Sphinx, Montauban

Galerie Artesol, CH ­ Solothurn

Radnicní výstavní sín, CZ ­ Ceské Budejovice Galerie Janine Haag, CH ­ Bôle

Galerie Jane Morley, Champagne­Vigny Galerie du Présidial, Quimperlé

'Lithoglyphes et Cie', Médiathèque, Bannalec Galerie Michèle Guérin, Limetz­Villez

Commandes publiques

St­art 08, galerie Michèle Guérin, Strasbourg

1999

Homolithique H 295, commune de Réminiac

'Quelle pensée de pierres', Lieu­dit, Hédé

2001

Homolithiques H 245 ­ H 125, ville de Gourin

mt­galerie, 'hors les murs', Douarnenez

Lille art fair, galerie Michèle Guérin, Lille

mt­galerie, abbaye de Coat Malouen, Kerpert St­art 09, galerie Michèle Guérin, Strasbourg 'Paysages habités', musée de Saint­Brieuc

'Côté jardin’, galerie Michèle Guérin, Limetz­Villez 'Sans les mots', galerie Les Stèles, Huelgoat Galerie Richard Nicolet, Coustellet

Art Elysées, galerie Michèle Guérin, Paris

2012

2008

Abbaye Galerie, Vern s/Seiche

'30 ans déjà..', La Ville Andon, Plélo Galerie Le Sphinx, Montauban

2011

2005 2007

'In situ / Espaces vécus', PL ­ Olsztyn

2010

2000

Galerie Michèle Guérin, Limetz­Villez

'Les artistes nomades', galerie HD Nick, Aubais

2009

1998

2001

Biennale, Saint­Brieuc 2008

1996 1997

Chapelle bleue, Ploërmel 2007

1995

Galerie Ombre & Lumière, Saint­Malo

'Côté jardin’, galerie Michèle Guérin, Limetz­Villez Sculpt' en Sologne, Chaumont/Tharonne Galerie Richard Nicolet, Coustellet

Art Elysées, galerie Michèle Guérin, Paris

2000 2002 2011

Passage XXI, commune de Plémet

Homolithique H 189, Conseil général, St­Brieuc Eclats paysage sonore / ­6000ans, Plussulien


conception

Marie Thamin photographies

Michel Thamin impression

Imprimerie de Bretagne 足 Morlaix http://thamin.eu


Michel Thamin Piliers & Lithoglyphes  

Piliers & Lithoglyphes