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MOT DE LA METTEURE EN SCÈNE Si je dois contribuer à notre époque, c’est par la force, la violence, le combat. – – Georg Büchner Woyzeck me fascine depuis très longtemps. Je crois que c’est la pièce dont j’ai vu le plus de productions et certaines d’entre elles ont marqué ma vie de spectatrice de façon très vive. Le projet de la monter en compagnie de Marc Béland, complice de longue date et artiste d’exception pour lequel j’éprouve une profonde admiration et une grande tendresse, me tenaillait depuis plusieurs années. Bien sûr, la pièce propose des territoires qui ont toujours été pour moi des champs privilégiés d’exploration : le politique, le social, les dynamiques d’oppression et leurs répercussions dans la chair, dans le corps et dans l’intime. En outre, Georg Büchner dépeint, comme le font aussi Heiner Müller, Ingeborg Bachmann, Sylvia Plath ou Sarah Kane, des êtres humains qui portent une douleur à être, une angoisse de vivre, une aliénation qui les rend à la fois vulnérables et suspects. Ces êtres sont décrits dans leur chemin vers la mort avec les pensées qui les habitent, les sentiments qui les animent, et ce chemin contrasté et violent est pour moi une voie féconde de recherche artistique. Je suis également saisie par cette capacité que partage Büchner avec de grands écrivains de théâtre de créer des moments fracassants, « de ces moments où le spectateur se fige et se sent suspendu dans le vide, au-dessus du vide, de ces moments qui me semblent être la raison d’être du théâtre », comme le dit si bien Stéphane Lépine. En effet, Büchner élabore un théâtre révolutionnaire, âpre et morcelé. Les scènes courtes presque brutales n’ont pas de préambule, pas de mise en contexte. Les dialogues brefs sont énoncés par des êtres qui ne sont pas passés chez le psychologue et qui, s’ils sont lucides quant à leur condition, n’ont pas les mots pour l’exprimer. Les personnages qui possèdent du vocabulaire (le Capitaine, le Docteur) l’utilisent pour échafauder des discours délirants. C’est un théâtre du ici et maintenant, un théâtre troué comme la vie, qui laisse du silence, de l’espace, du vide et des questions. Woyzeck est-il simplement un pauvre homme malmené par la vie qui tue sa femme par jalousie ? Est-il mentalement ébranlé par les expériences médicales auxquelles il se soumet ? Quelle est la nature exacte de la relation entre Marie et Woyzeck ? Entre Marie et le Tambour-Major ? Pourquoi répond-on à l’humiliation par la soumission ?

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Est-il nécessaire d’avoir des réponses à ces questions ?

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Programme de soirée - Woyzeck  

Du 9 au 13 février 2010, une production des Sibyllines.

Programme de soirée - Woyzeck  

Du 9 au 13 février 2010, une production des Sibyllines.

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