Page 10

Contraint de taire ses convictions et de ne plus s’exprimer publiquement, Büchner se consacre au cours de l’hiver 1834-1835 à l’écriture de sa première œuvre littéraire, La Mort de Danton. [ ... ] Obligé de fuir Darmstadt pour éviter les poursuites bientôt déclenchées par la Diète fédérale contre la Jeune Allemagne, il doit se réfugier à Strasbourg sous un faux nom en mars 1835. Il écrit alors : « À l’heure qu’il est, je considère tout mouvement révolutionnaire comme une entreprise vaine et je ne partagerai pas l’aveuglement de ceux qui voient dans les Allemands un peuple prêt à lutter pour son droit. » Avant même d’avoir été saisi par le destin des victimes de la Terreur et celui de Georges Danton, Büchner a pris conscience de la précarité d’une certaine race d’hommes dans laquelle, peut-être, il se reconnaît déjà. Sa pièce La Mort de Danton est publiée en juillet 1835 dans une version édulcorée. Elle ne sera créée dans sa version intégrale qu’en 1902 à Berlin. On soutient que Bertolt Brecht vit la pièce en 1916 dans la mise en scène de Max Reinhardt; que cela soit vrai ou non, il la reconnut par la suite pour une des œuvres qui l’avaient le plus influencé. [ ... ] Lors de son second séjour en Alsace, Büchner découvre le Journal du pasteur Oberlin, qui avait recueilli le poète et dramaturge Jakob Michael Lenz (1751-1792) en janvier et février 1778, alors qu’il était en pleine confusion mentale et s’était déjà imposé comme un des auteurs les plus fameux du Sturm und Drang (littéralement « Tempête et Besoin », mais qu’on traduit souvent par « Tempête et Passion »), mouvement d’avant-garde intellectuel et littéraire. [ ... ] Considéré aujourd’hui comme le fondateur de la dramaturgie moderne allemande, Jakob Lenz fascine Büchner, qui s’intéresse autant à la maladie mentale de l’écrivain (il était schizophrène et victime d’accès de démence, étranger au monde et à luimême, exilé de la réalité) qu’à son œuvre proprement dite. Il signe alors une nouvelle intitulée Lenz, écrite à la troisième personne, mais reflétant le point de vue de Lenz, selon le procédé de l’erlebte Rede (littéralement « discours vécu », ancêtre du monologue intérieur), un récit dans lequel Büchner fait montre d’une analyse psychologique d’une grande subtilité et manie une très belle langue. Restée inachevée à la mort de Büchner, la nouvelle Lenz paraît chez le même éditeur qui avait accepté de publier La Mort de Danton. Tout en poursuivant ses recherches sur le système nerveux et ses lectures philosophiques (entre autres Descartes et Spinoza), Büchner prend ensuite le temps de participer à un concours de comédies en écrivant Léonce et Léna. [ ... ] Au moyen de ce pastiche littéraire, Büchner se livre à une critique de la comédie, qu’il détourne en la reconstruisant sur le thème de l’ennui, ainsi qu’à une satire virulente de la société et du système politique allemands, qu’expriment clairement les discours de Valério, les adresses du maître d’école au peuple et la transformation de la cérémonie de mariage en un spectacle d’automates.

PAGE 10

En 1836, son travail scientifique entraîne Büchner à Zurich où il devient professeur d’anatomie à l’université. À cette époque, il écrit sa troisième pièce, Woyzeck, et une autre consacrée à l’Arétin (un écrivain italien du 16e siècle), aujourd’hui perdue. Dans Woyzeck, il poursuit sous une autre forme son analyse de

Profile for Théâtre Français Centre National des Arts

Programme de soirée - Woyzeck  

Du 9 au 13 février 2010, une production des Sibyllines.

Programme de soirée - Woyzeck  

Du 9 au 13 février 2010, une production des Sibyllines.

Profile for tf_cna
Advertisement