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Texte de Georg Büchner Adaptation pour la scène de Brigitte Haentjens, avec la collaboration de Louis Bouchard, Fanny Britt, Stéphane Lépine et Marie-Elisabeth Morf Mise en scène de Brigitte Haentjens Avec Le Docteur : Paul Ahmarani Margreth : Catherine Allard Woyzeck : Marc Béland L’Enfant : Raoul Fortier-Mercier L’Artisan : Pierre-Antoine Lasnier Andrès : Gaétan Nadeau Le Tambour-Major : Sébastien Ricard Marie : Evelyne Rompré Le Capitaine : Paul Savoie Assistance à la mise en scène : Colette Drouin Dramaturgie : Mélanie Dumont Scénographie : Anick La Bissonnière Costumes : Yso Éclairages : Claude Cournoyer Musique originale (composition et musique sur scène) : Alexander MacSween Maquillages et coiffures : Angelo Barsetti Direction de production : Catherine La Frenière Direction technique : Jean-François Landry Sonorisation et régie son : Frédéric Auger Régie : Anne-Marie Rodrigue Lecours Collaboration au mouvement : Huy-Phong Doan, Danielle Hotte (professeure de gigue et de claquettes), Veronica Melis Fabrication des décors : Ateliers Yves Nicol Confection des costumes : Siphay Southidara REMERCIEMENTS : USINE C, MONTRÉAL UN SPECTACLE DE SIBYLLINES Ce spectacle a été créé le 17 mars 2009 à l’Usine C à Montréal. DURÉE: 1 H 45, SANS ENTRACTE Rencontre du jeudi La représentation du jeudi 11 février est suivie d’une discussion d’après-spectacle avec la metteure en scène Brigitte Haentjens. L’Oiseau-Tigre Nous vous invitons à lire dans le numéro de janvier 2010 de L’Oiseau-Tigre quelques réflexions autour de Woyzeck.


PRÉSENTATION DE LA PIÈCE C’est d’un fait divers que Büchner s’inspire pour écrire Woyzeck. Le 27 août 1824, un pauvre diable est décapité sur une place publique pour avoir assassiné sa maîtresse. Inachevé en 1837, soit l’année de sa mort à l’âge de 23 ans, le récit de l’auteur révolutionnaire allemand remonte aux sources de l’impensable, aux confins de l’horrible. Subissant l’oppression de tous bords, tous côtés, sans jamais se révolter contre un ordre social impitoyable qui l’humilie, Woyzeck, sans avoir, sans savoir et sans pouvoir, est de ceux qui serrent poings et dents, ne serait-ce que pour arriver à nourrir les leurs. Mais quand tout ce qu’il a au monde, sa Marie, la mère de son enfant, ne peut résister au charme d’un autre, le gouffre finit par l’avaler.

QUELQUES ÉCHOS DE LA PRESSE « Il y a des coups de poing au ventre, des moments de grâce, les instants de théâtre qui vont marquer à jamais la mémoire. C'est dans cette catégorie qu'entre ce Woyzeck. (…) Alors même que la société est en proie à une profonde crise et à la tentation de sacrifier l'humain au profit, le Woyzeck de Haentjens est indispensable. Et beau. Et inoubliable.

»

– – MARIE-CHRISTINE BLAIS, La Presse

« Vous le savez, vous, ce qu'elle a Brigitte Haentjens ? À quoi elle carbure pour faire du théâtre comme elle en fait ? Du théâtre qui ne se contente pas seulement de déranger par les thèmes qu'il aborde. (…) Le Woyzeck qu'elle propose est tout à fait de cette eau : c'est une production déroutante. Déstabilisante. Un truc dont on ne sort pas tout à fait indemne. (…) Le monde que Brigitte Haentjens met en scène ressemble étrangement à notre monde, et c'est un monde insupportable.

»

– – MICHEL BÉLAIR, Le Devoir

«

Brigitte Haentjens offre un Woyzeck galvanisant, pétri de contrastes et d’américanité. (…) Une relecture du chef-d’œuvre de Büchner qui est assez singulière et cohérente pour rivaliser avec celles de Marleau, Schilling et Ostermeier. (…) Impossible de ne pas se sentir concerné par le portrait, de ne pas dialoguer avec une œuvre dont les forces vives et les antagonismes sont si brillamment relevés. (…) L’espace créé est une véritable splendeur.

»

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– – CHRISTIAN SAINT-PIERRE, Voir


MOT DE LA METTEURE EN SCÈNE Si je dois contribuer à notre époque, c’est par la force, la violence, le combat. – – Georg Büchner Woyzeck me fascine depuis très longtemps. Je crois que c’est la pièce dont j’ai vu le plus de productions et certaines d’entre elles ont marqué ma vie de spectatrice de façon très vive. Le projet de la monter en compagnie de Marc Béland, complice de longue date et artiste d’exception pour lequel j’éprouve une profonde admiration et une grande tendresse, me tenaillait depuis plusieurs années. Bien sûr, la pièce propose des territoires qui ont toujours été pour moi des champs privilégiés d’exploration : le politique, le social, les dynamiques d’oppression et leurs répercussions dans la chair, dans le corps et dans l’intime. En outre, Georg Büchner dépeint, comme le font aussi Heiner Müller, Ingeborg Bachmann, Sylvia Plath ou Sarah Kane, des êtres humains qui portent une douleur à être, une angoisse de vivre, une aliénation qui les rend à la fois vulnérables et suspects. Ces êtres sont décrits dans leur chemin vers la mort avec les pensées qui les habitent, les sentiments qui les animent, et ce chemin contrasté et violent est pour moi une voie féconde de recherche artistique. Je suis également saisie par cette capacité que partage Büchner avec de grands écrivains de théâtre de créer des moments fracassants, « de ces moments où le spectateur se fige et se sent suspendu dans le vide, au-dessus du vide, de ces moments qui me semblent être la raison d’être du théâtre », comme le dit si bien Stéphane Lépine. En effet, Büchner élabore un théâtre révolutionnaire, âpre et morcelé. Les scènes courtes presque brutales n’ont pas de préambule, pas de mise en contexte. Les dialogues brefs sont énoncés par des êtres qui ne sont pas passés chez le psychologue et qui, s’ils sont lucides quant à leur condition, n’ont pas les mots pour l’exprimer. Les personnages qui possèdent du vocabulaire (le Capitaine, le Docteur) l’utilisent pour échafauder des discours délirants. C’est un théâtre du ici et maintenant, un théâtre troué comme la vie, qui laisse du silence, de l’espace, du vide et des questions. Woyzeck est-il simplement un pauvre homme malmené par la vie qui tue sa femme par jalousie ? Est-il mentalement ébranlé par les expériences médicales auxquelles il se soumet ? Quelle est la nature exacte de la relation entre Marie et Woyzeck ? Entre Marie et le Tambour-Major ? Pourquoi répond-on à l’humiliation par la soumission ?

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Est-il nécessaire d’avoir des réponses à ces questions ?


Il émane de Woyzeck, malgré la simplicité apparente de la fable, une aura de mystère qui la rend fascinante. Ce mystère suscite aussi la peur. Peur d’y toucher, peur de s’y brûler, peur de ne pas savoir ou de ne pas pouvoir transmettre le trouble et la douleur, peur de pétrifier la pièce par une lecture univoque qui la contraindrait, la réduirait. Pendant longtemps, je me suis tenue au bord de l’œuvre, à la fois méfiante et captivée. Ce qui, au début du travail, me préoccupait et m’immobilisait, était de ne pas savoir comment rendre vivante, ici et maintenant, la parole de Büchner. Je ne voyais pas comment je pourrais travailler avec les traductions françaises en vigueur. En effet, Woyzeck est écrit dans un allemand abrupt qui crée un effet de réel, dans toute sa brutalité. Les traductions françaises disponibles, si elles sont fidèles à l’objet littéraire original, me paraissaient figées dans le temps et l’espace. Le texte perd alors de sa vitalité, de sa clarté et de son sens. Il me semblait également qu’une œuvre aussi révolutionnaire à son époque devrait, pour garder de sa force subversive, pouvoir encore être en dialogue avec le public. Or, ce dialogue me paraissait compromis si l’action se déroulait dans une petite ville de garnison allemande du 19e siècle, avec son contexte historique et social très spécifique. La décision de créer une nouvelle adaptation pour la scène m’a donné un puissant sentiment de liberté. La peur, elle, n’a pas disparu, tout au contraire. Mais ce n’était plus alors une peur paralysante. Le travail d’adaptation a été passionnant. Nous avons cherché à faire résonner dans l’imaginaire québécois quelques-unes des trames sensibles de la pièce. Nous avons proposé des équivalents modernes aux ancrages populaires dans lesquels Büchner arrime ses personnages et son histoire. Il nous a fallu rester attentif aux rapports de force présents dans l’œuvre. Nous avons aussi souhaité mettre en lumière les dimensions grotesque, satirique, parodique même, qui ponctuent le texte. Ces aspects du théâtre de Büchner annoncent déjà celui de Brecht et de Müller. Ils circulent dans la pièce par le biais de certains personnages – le Capitaine, le Docteur – mais aussi de certaines situations précises – la fête, la scène du Bonimenteur – où Büchner ironise sur certaines théories scientifiques en vigueur à son époque. Le travail a été de bout en bout intense, riche, fertile, rempli de questions, de discussions, de recherches. Une aventure exaltante qui nous a fait voyager de l’Allemagne au Québec à travers l’histoire de l’oppression, du déracinement, du déclassement. Je ne sais comment remercier l’équipe de création et les interprètes pour leur confiance, leur absolu dévouement à l’œuvre et leur extrême générosité. Cette version de Woyzeck leur appartient autant qu’à vous.

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– – Brigitte Haentjens


Photo © Angelo Barsetti

PRÉSENTATION DE BRIGITTE HAENTJENS Originaire de Versailles, Brigitte Haentjens a fait ses études théâtrales à Paris, chez Jacques Lecoq, avant de s'installer en Ontario en 1977. Elle y est rapidement devenue une des chefs de file de la création artistique franco-ontarienne, à Ottawa puis à Sudbury. Elle a dirigé le Théâtre du Nouvel-Ontario pendant huit ans et a insufflé à cette compagnie un dynamisme artistique qui l'a fait connaître au Canada, au Québec et jusqu'en France (avec la production Le Chien invité au Festival de Limoges et au Festival des Amériques en 1988). Avec Jean Marc Dalpé, elle a connu une collaboration artistique fructueuse qui a donné naissance à de nombreux spectacles; soulignons Hawkesbury Blues (1982), Nickel (1984), Le Chien (1988), Cris et Blues (1988). En 1991, elle s'installe à Montréal où elle se fait rapidement connaître par son style percutant, original, personnel. Elle assume jusqu'en décembre 1994 la direction artistique de la Nouvelle Compagnie Théâtrale ; elle y signera des programmations brillantes et des spectacles retentissants, tel Caligula d'Albert Camus (1993). À l'Espace Go, Brigitte a signé de remarquables spectacles : Oh! les beaux jours de Samuel Beckett (1990), Bérénice (1992), et Quartett (1996) qui s'est mérité le Prix de l'Association québécoise des critiques de théâtre et plusieurs Masques dont celui de la production pour la saison 95-96. Dans les dernières années, ses mises en scène de Combat de nègre et de chiens, de Bernard-Marie Koltès et Marie Stuart de Dacia Maraini, au Théâtre du Nouveau Monde, Électre et Antigone de Sophocle, respectivement à l'Espace Go et au Théâtre du Trident, Mademoiselle Julie de Strindberg à l'Espace Go (qui s'est mérité plusieurs Masques dont celui de la production 00-01) et Farces Conjugales de Feydeau ont soulevé l'enthousiasme du public et de la critique.

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Parallèlement à ses activités de metteure en scène, elle copréside les destinées du Carrefour international de théâtre de Québec de 1996 à 2006 et, en 1997, sa soif de liberté artistique la mène à fonder Sibyllines, sa propre compagnie de théâtre, pour y approfondir sa démarche artistique. Elle y a produit et mis en scène, depuis 1998, Bernard-Marie Koltès et Heiner Müller, Louise Dupré et Sarah Kane,


Ingeborg Bachmann et Georg Büchner. Au sein de la compagnie, elle a donné vies scéniques à de grandes femmes écrivain, Sylvia Plath dans La Cloche de verre, Ingeborg Bachmann dans Malina, Marguerite Duras dans L'Eden-Cinéma, Virginia Woolf dans Vivre. D'une production à l'autre, à travers les œuvres des autres, elle n'a cessé de parler de la venue à l'écriture, de l'accès à la création, de ce qu'il faut de courage et de détermination pour parvenir à dire JE, sans concessions aux désirs des autres.

RÉCOMPENSES Ne serait-ce qu’en raison de sa recherche constante d’engagement et de dépassement, personne ne peut nier l’ascendant de Brigitte Haentjens. À ce jour, on lui doit près d’une cinquantaine de mises en scène, dont les plus récentes ont remporté moult honneurs : ses spectacles ont été cités à sept reprises par l’Association québécoise des critiques de théâtre, dont elle a reçu le Prix pour Quartett et Tout comme elle ; et on a retrouvé Brigitte Haentjens en nomination cinq fois pour le Masque de la mise en scène, qu’elle a reçu pour La Cloche de verre. Son plus récent spectacle, Woyzeck, figurait parmi les finalistes au Prix de la critique de la saison 2008-2009. En 2007, Brigitte Haentjens a reçu deux prestigieuses récompenses pour l’ensemble de sa carrière et témoignant de l’influence manifeste de sa démarche artistique : le prix Siminovitch de théâtre et le prix Gascon-Thomas de l’École nationale de théâtre du Canada.

BRIGITTE HAENTJENS AU CNA Habituée du Théâtre français, Brigitte Haentjens a offert, au cours des dernières années, les moments de théâtre suivants aux spectateurs de la région d’OttawaGatineau :

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La Nuit juste avant les forêts (2002) Farces conjugales (2003) L’Éden cinéma (2003) La Cloche de verre (2004) Tout comme elle (2006) Vivre (2007)


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Photo © Lydia Pawelak


GEORG BÜCHNER (1813-1837) – – par Stéphane Lépine La vie de Georg Büchner dessine une trajectoire courte, dense et violente dans l’histoire de la littérature allemande. Michel Cadot n’a pas cessé de le redire dans les textes de présentation et préfaces signés au cours des dernières années et consacrés à l’auteur de Woyzeck : Georg Büchner appartient à la famille des « météores » de la littérature germanophone, où Goethe rangeait Jakob Lenz, et dont font aussi partie Hölderlin, Kafka, Kleist et Georg Trakl. Spécialiste d’anatomie, pamphlétaire révolté et poursuivi par les autorités, philosophe, auteur de seulement trois pièces de théâtre (La Mort de Danton, Léonce et Léna et Woyzeck) et d’un court récit (Lenz), traducteur, Georg Büchner a produit une œuvre dont l’intelligence et l’énergie fascinent encore près de deux cents ans après sa naissance. Né en 1813 à Godelau, [ ... ] fils d’un chirurgien hessois et d’une mère alsacienne, Georg Büchner fait ses humanités au lycée de Darmstadt. Il s’oriente ensuite vers la médecine et les sciences naturelles, et quitte sa famille pour poursuivre ses études à Strasbourg, où il s’inscrit à l’université en novembre 1831 et où il reste jusqu’en 1833. [ ... ] En 1833, il revient en Allemagne, à Gießen, où il suit des cours d’anatomie humaine et animale, de psychiatrie, de psychologie et de chimie analytique, qui laisseront des marques indélébiles dans son théâtre.

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À cette époque, le jeune Büchner fait déjà preuve d’une conscience morale et politique aiguë et s’intéresse de près aux mouvements de rénovation sociale, à l’histoire de la Révolution française ainsi qu’au soulèvement des Polonais contre les Russes (1830-1831). Même s’il prend très vite ses distances avec la « politique tortueuse » et les « gamineries révolutionnaires » des étudiants radicaux de Gießen, il demeure profondément républicain. Il s’insurge devant le sort des pauvres de la région de Hesse, dont les efforts ne profitent qu’à l’aristocratie et à la bourgeoisie locales. Quoique convaincu du « fatalisme atroce de l’histoire » (cette expression figure dans une lettre de Büchner à Wilhelmine Jaeglé de mars 1834), il s’engage dans l’action politique et rédige un pamphlet très vif pour dénoncer la situation désastreuse du peuple. Intitulé Le Messager hessois et fondé sur une enquête statistique publiée en Hesse quelques années plus tôt, ce texte, limité pourtant à 1 500 exemplaires lors du tirage d’août 1834, déplaît fortement aux autorités. Menacé d’arrestation pour avoir fondé à Darmstadt puis à Gießen des sections de la Société des droits de l’homme, Büchner échappe de justesse à une arrestation (on l’accuse de haute trahison envers sa patrie) et trouve refuge chez ses parents (même si, à l’exemple de Franz Kafka, il entretient des relations personnelles plutôt conflictuelles avec son père), qui l’inscrivent au cours d’anatomie de l’hôpital de Darmstadt.


Contraint de taire ses convictions et de ne plus s’exprimer publiquement, Büchner se consacre au cours de l’hiver 1834-1835 à l’écriture de sa première œuvre littéraire, La Mort de Danton. [ ... ] Obligé de fuir Darmstadt pour éviter les poursuites bientôt déclenchées par la Diète fédérale contre la Jeune Allemagne, il doit se réfugier à Strasbourg sous un faux nom en mars 1835. Il écrit alors : « À l’heure qu’il est, je considère tout mouvement révolutionnaire comme une entreprise vaine et je ne partagerai pas l’aveuglement de ceux qui voient dans les Allemands un peuple prêt à lutter pour son droit. » Avant même d’avoir été saisi par le destin des victimes de la Terreur et celui de Georges Danton, Büchner a pris conscience de la précarité d’une certaine race d’hommes dans laquelle, peut-être, il se reconnaît déjà. Sa pièce La Mort de Danton est publiée en juillet 1835 dans une version édulcorée. Elle ne sera créée dans sa version intégrale qu’en 1902 à Berlin. On soutient que Bertolt Brecht vit la pièce en 1916 dans la mise en scène de Max Reinhardt; que cela soit vrai ou non, il la reconnut par la suite pour une des œuvres qui l’avaient le plus influencé. [ ... ] Lors de son second séjour en Alsace, Büchner découvre le Journal du pasteur Oberlin, qui avait recueilli le poète et dramaturge Jakob Michael Lenz (1751-1792) en janvier et février 1778, alors qu’il était en pleine confusion mentale et s’était déjà imposé comme un des auteurs les plus fameux du Sturm und Drang (littéralement « Tempête et Besoin », mais qu’on traduit souvent par « Tempête et Passion »), mouvement d’avant-garde intellectuel et littéraire. [ ... ] Considéré aujourd’hui comme le fondateur de la dramaturgie moderne allemande, Jakob Lenz fascine Büchner, qui s’intéresse autant à la maladie mentale de l’écrivain (il était schizophrène et victime d’accès de démence, étranger au monde et à luimême, exilé de la réalité) qu’à son œuvre proprement dite. Il signe alors une nouvelle intitulée Lenz, écrite à la troisième personne, mais reflétant le point de vue de Lenz, selon le procédé de l’erlebte Rede (littéralement « discours vécu », ancêtre du monologue intérieur), un récit dans lequel Büchner fait montre d’une analyse psychologique d’une grande subtilité et manie une très belle langue. Restée inachevée à la mort de Büchner, la nouvelle Lenz paraît chez le même éditeur qui avait accepté de publier La Mort de Danton. Tout en poursuivant ses recherches sur le système nerveux et ses lectures philosophiques (entre autres Descartes et Spinoza), Büchner prend ensuite le temps de participer à un concours de comédies en écrivant Léonce et Léna. [ ... ] Au moyen de ce pastiche littéraire, Büchner se livre à une critique de la comédie, qu’il détourne en la reconstruisant sur le thème de l’ennui, ainsi qu’à une satire virulente de la société et du système politique allemands, qu’expriment clairement les discours de Valério, les adresses du maître d’école au peuple et la transformation de la cérémonie de mariage en un spectacle d’automates.

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En 1836, son travail scientifique entraîne Büchner à Zurich où il devient professeur d’anatomie à l’université. À cette époque, il écrit sa troisième pièce, Woyzeck, et une autre consacrée à l’Arétin (un écrivain italien du 16e siècle), aujourd’hui perdue. Dans Woyzeck, il poursuit sous une autre forme son analyse de


l’affrontement entre l’homme et la société, et entre la société et la « nature ». Il y dévoile l’obscène, ce qui est rejeté hors de la scène, hors du théâtre du monde : l’exploitation de l’homme par l’homme, la folie, les pulsions meurtrières. Büchner y approfondit la critique sociale de ses textes précédents en prenant pour personnage principal un pauvre diable qui sert de domestique à son Capitaine, de sujet d’expérimentation médicale, qui est trompé par sa femme et humilié en public par l’amant de celle-ci. Il finit par la tuer à coups de couteau. Le 2 février 1837, Georg Büchner tombe malade. Son unique souci est de cacher la gravité de son état à sa famille. Mort du typhus le 19 février, à 3 heures de l’aprèsmidi, dans une petite chambre meublée de la Steingasse à Zürich, sa carrière s’arrête en pleine course. Il a 23 ans et 4 mois. Il est des morts qui ne font pas de bruit; celle de Büchner fut de celles-là. De son vivant déjà, il n’était rien, ou presque : un exilé politique, un ancien agitateur désormais retourné à l’anonymat, un jeune professeur dont l’enseignement ne dura que deux mois, dans une discipline bizarre, l’anatomie animale. Côté littérature, il était l’auteur d’une seule œuvre, un drame historique. Ce curriculum déjà modeste ne s’est accru que de la publication posthume des rares manuscrits recueillis après sa mort : un autre drame, à l’état de fragments, une comédie destinée à un concours, un récit inachevé. Pourtant, c’est avec rien de plus que ce peu-là que Büchner a fait son entrée dans la modernité. Et la force de cette œuvre inachevée continue de nous étonner, quand on considère la postérité prodigieuse d’un homme mort à 23 ans. Georg Büchner n’est ni Goethe, ni Schiller, ni même Kleist, il n’est pas romantique, n’appartient pas au mouvement de la Jeune Allemagne, il n’est ni fou, ni suicidé : c’est un sans-papiers, un savant tombé dans la littérature (ou le contraire : un littéraire tombé dans la science). Il est l’étranger, l’irréductible, l’irrécupérable. Sa vie est faite de trois échecs successifs : en politique, en littérature et devant la maladie. Révolutionnaire et dévoré par le désir d’agir sur les masses, il n’a réussi qu’à faire emprisonner ses compagnons de lutte et n’a dû qu’à une fuite précipitée, de Hesse à Strasbourg, de ne pas partager leur sort. Il est mort trop tôt pour assister à la révolution de 1848. D’ailleurs, il aurait reconnu dans cette œuvre avortée le drame de son existence : être un chef sans troupes, un agitateur sans écho dans le peuple. Le poète, chez lui, demeure aussi solitaire que le révolutionnaire : la seule pièce qu’il ait publiée de son vivant n’a pas eu le succès auquel il s’attendait [ ... ] Son unique nouvelle, Lenz, réaliste en ce qu’elle suit de très près des sources sûres et décrit avec une précision clinique la marche de la folie dans un esprit de poète ce Lenz est resté fragment : la revue qui l’avait accepté cessa de paraître avant que Georg Büchner ne l’eût achevé. Léonce et Lena, présenté au concours de la meilleure comédie allemande, est arrivé deux jours trop tard chez les membres du jury; on lui renvoya donc le manuscrit sans le lire.

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Déçu, mais non pas abattu, il semblait vouloir orienter sa vie d’abord et avant tout vers la science lorsqu’il se heurta à la maladie qui le minait déjà, le typhus, qui devait donc l’emporter à l’âge de 23 ans.


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LE THÉÂTRE FRANÇAIS EST PLUS BRANCHÉ QUE JAMAIS MICROSITES Pour chaque spectacle des séries Théâtre et Studio, le Théâtre français conçoit des microsites Internet, complémentaires aux programmes de soirée, qui sont dédiés à l’univers de la production théâtrale. Extrait vidéo, galerie de photos, repères biographiques des artistes, cahier d’accompagnement ou autres suggestions culturelles ne sont que quelques exemples d’éléments que vous y retrouverez pour poursuivre votre exploration de l’œuvre des artistes et artisans.

CYBERBULLETINS L’Aigle, le cyberbulletin du Théâtre français, s’envole vers votre boîte de courriels environ une dizaine de fois chaque saison. Nous vous y offrons de l’information détaillée sur les deux prochains spectacles à l’affiche et, par exemple, les programmes de soirée y sont souvent disponibles d’avance pour consultation avant les représentations. Les abonnés dont le CNA a l’adresse courriel reçoivent automatiquement cette publication virtuelle. Pour tous les autres qui souhaitent s’y inscrire : www.cna-nac.ca/bulletins.

BALADOS Les balados du Théâtre français consistent principalement en des captations d’entretiens réalisés par Wajdi Mouawad avec ses invités à l’occasion des Rencontres du midi qui se tiennent dans la Quatrième Salle. Vous pouvez déjà y entendre des discussions avec Robert Lévesque, Thomas Ostermeier et Christian Lapointe, pour ne nommer qu’eux, directement de notre site Web ou en les téléchargeant dans votre lecteur numérique. www.cna-nac.ca/balados

Le Théâtre français a maintenant sa page sur Facebook et vous y attend pour partager au quotidien des actualités, des photos, des entrevues ou de simples pensées susceptibles de vous interpeller. Si vous avez déjà un compte sur le site de réseautage social le plus populaire au monde, vous pouvez devenir un de nos fans Théâtre français du CNA – Wajdi Mouawad.

Pour obtenir les nouvelles les plus récentes sur le CNA (presque dans la seconde où elles peuvent être annoncées!) et d’autres informations d’initiés qui travaillent au sein de l’organisation, Twitter est le réseau le plus efficace pour pour se tenir à jour à jour. Il ne suffit que de joindre notre canal de diffusion : CNAduCanada.

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CNA-NAC.CA/TF


NOUVELLES DU THÉÂTRE FRANÇAIS RENCONTRE DU MIDI AVEC MARC BELAND ANIMÉE PAR ROBERT LÉVESQUE Vendredi 12 février à 12 h dans la Quatrième Salle Marc Béland a une approche physique, mentale et spatiale du jeu de l’acteur tout à fait unique, ce qui le place, aux yeux de plusieurs, parmi les meilleurs comédiens de sa génération. Loin des évidences, il a de surcroît choisi d’exprimer son talent à travers la danse contemporaine ou, plus récemment, la mise en scène. Il endosse ici les habits de Woyzeck – personnage que d’aucuns qualifient d’Hamlet moderne, un rôle que Béland a d’ailleurs déjà joué – dans le spectacle éponyme mis en scène par Brigitte Haentjens.

DISTINCTIONS POUR WAJDI MOUAWAD Le directeur artistique du Théâtre français a reçu, vers la fin de l’année 2009, le premier doctorat honoris causa de sa carrière en France. La distinction lui a été remise par la prestigieuse École normale supérieure de lettres et de sciences humaines de Lyon, à l’ouverture des 22e Entretiens Jacques-Cartier. « Je n’ai pas pris ça comme un prix, mais vraiment comme un diplôme, comme une reconnaissance de mon travail par un autre chemin », a expliqué le dramaturge et metteur en scène. Quelques jours plus tard, l’Académie française honorait à son tour Mouawad en lui remettant son Grand Prix du Théâtre. Wajdi Mouawad, a expliqué le directeur de l'Académie, l'écrivain Jean-Marie Rouart, a été honoré pour l'ensemble de son œuvre dramatique, cette « odyssée moderne dans laquelle il nous entraîne, où la légende côtoie l'histoire contemporaine, où les morts côtoient les vivants, où les ancêtres parlent à leurs descendants ». Il a aussi été salué, a poursuivi l'académicien, « pour l'ampleur et la force de sa tétralogie Le Sang des promesses », présentée l'été dernier au Festival d'Avignon. Le Prix du Théâtre a été créé en 1980 par l'Académie française. Depuis, la récompense a notamment été décernée à Jean Anouilh et Marguerite Duras alors que Wajdi Mouawad est le premier Québécois (et le premier Libanais) à le recevoir.

SAISON 2010-2011 À mi-chemin de la saison 2009-2010, l’équipe du Théâtre français s’active plus que jamais pour finaliser les détails de ce qui constituera la troisième saison du mandat de Wajdi Mouawad. Tous les détails entourant les spectacles et événements qui seront présentés dans le cadre de la saison 2010-2011 du Théâtre français seront annoncés le mardi 16 mars.

MOUVEMENTS AU SEIN DE L’ÉQUIPE

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L’équipe du Théâtre français salue le départ de deux collègues pour lesquels un nouveau chemin professionnel sera tracé : le directeur technique Xavier Forget vient d’être promu à titre de producteur associé, Variétés et programmation régionale au CNA alors que l’agent de communication Hugo Couturier est maintenant le directeur des communications et du marketing du Festival TransAmériques (FTA) à Montréal. Nous les remercions pour leur passage au Théâtre français et les félicitons sincèrement !


ÉQUIPE DU THÉÂTRE FRANÇAIS Directeur artistique : Wajdi Mouawad Directeur administratif : Fernand Déry Adjoint à la direction artistique : Guy Warin Coordonnatrice administrative : Lucette Proulx Artiste associé, direction Enfance/jeunesse : Benoît Vermeulen Coordonnatrice, Enfance/jeunesse : Marie-Claude Verdier

ÉQUIPE DES COMMUNICATIONS ET DU MARKETING Agente de marketing : Hélène Nadeau Coordonnatrice, Marketing : Odette Laurin Coordonnatrice, Marketing : Marie-Chantale Labbé-Jacques Stagiaire : Vincent Legros

ÉQUIPE DE PRODUCTION Directeur technique : Charles Cotton Chef menuisier : David Strober Coordonnateur des costumes : Normand Thériault Coordonnateur des accessoires : Victor Elliott Perruquière : Sandra Harris Administratrice de production : Lucie Bélanger-Hughson Adjointe administrative : Shanan Hyland

ÉQUIPE DU THÉÂTRE Chef machiniste : Zygmunt Galko Chef électricien : Marc Vaillant Électricien adjoint : Pat O’Leary Chef accessoiriste : Michel Sanscartier Ingénieur du son : Denis Redmond Chef cintrier : Terry McNamara

COMMENTAIRES

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Nous souhaitons vivement que vous communiquiez avec nous si vous désirez nous transmettre vos commentaires ou discuter suite à ce spectacle. Pour ce faire, contactez Guy Warin, l’adjoint à la direction artistique, en composant le 613-947-7000 x581, ou en lui écrivant à gwarin@nac-cna.ca.

Profile for Théâtre Français Centre National des Arts

Programme de soirée - Woyzeck  

Du 9 au 13 février 2010, une production des Sibyllines.

Programme de soirée - Woyzeck  

Du 9 au 13 février 2010, une production des Sibyllines.

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