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Réflexions et préliminaires autour de Ciels. Avril 2007

C’est un lien. Dans la pensée vertigineuse. Un vertige qui s’apparente à celui du somnambule. Il s’agit donc d’un éveil ou plutôt d’un cauchemar qui verse dans un cauchemar. L’instant où la conscience sort du brouillard est l’instant du vertige. C’est cette sensation précise qui est recherchée. Il y a la révélation puis le vertige qui en est l’immédiate conséquence. Œuvrer donc ensemble à la mise en place d’une mécanique poétique qui mènera celui qui y assiste à une sensation soudaine du vertige, celui que peut éprouver le somnambule à l’instant où, reprenant conscience, la situation impossible dans laquelle il se trouve se révèle à lui.

Le premier mot est donc celui-ci :

vertige.

Pour le dire autrement Il s’agit aussi d’une collision. Une collision entre plusieurs événements dont chacun produit son propre vertige. C’est une collision de trois vertiges qui se superposant, accentueront la sensation de chute. C’est donc un vertige à trois facettes. Un vertige dont les trois parois sont trois événements qui sont liés en un point qui est l’instant de leur surgissement. Trois parois liées par un point cela s’appelle une pyramide. C’est un vertige en forme de pyramide. Trois parois. Trois événements. Se rejoignant en un temps précis. Point de jonction. Conjonction de faits.


Première paroi : le fils de l’un tue le fils de l’autre. Il y a dans ce versant du récit quelque chose qui relève du monstrueux. La perte du fils. La mort d’un enfant. La disparition. Lorsque cela surgit, qu’est-ce qui surgit ? Quelle coloration, quel mouvement ? Quelle décélération du temps ? Qu’est-ce que l’esprit entend lorsque l’impossible perce à travers les mailles de la pensée et lui fait entendre ce qui ne peut pas advenir ? « Le fils est mort » et lorsque l’article laisse place au pronom personnel rendant le monde, l’univers au complet encore plus étroit, d’une étroitesse qui exige tout de même qu’elle soit traversée : « Quoi ? Je dois passer par là ? », se dit le père et il passe. Il y a dans cet instant un violent rebond vers l’arrière puisque la transmission est brisée. Plus de fils. Plus de possibilité masculine pour l’avenir. Cela est le premier vertige. Cela est la première paroi mais qui ne serait pas complète sans ce rapport particulier qui renvoie à une autre coïncidence : celui qui est mort a été tué par un autre qui, par définition est aussi le fils d’un père. Or nous trouvant en compagnie des deux pères, le vertige de ce qui se présente s’articule de manière effroyable : le fils de l’un tue le fils de l’autre. C’est là le premier versant. La première paroi.

Deuxième paroi : Dolorosa est enceinte. C’est encore une histoire d’assassinat. Encore une fois une histoire d’enfants morts. Ici, ce ne serait pas à proprement parler un vertige s’il ne s’agissait pas de Médée. Après avoir assassiné ses propres enfants, Dolorosa a assassiné son mari, la maîtresse de celui-ci et les deux enfants de celle-ci. Procédant à l’envers.

Troisième paroi : l’espace. L’espace lui-même. Et là où le cri, le hurlement de douleur se fera entendre. Un homme au milieu d’une foule hurle à ce point sa peine, crie la disparition, qu’il en fait tomber les les murs pour laisser apparaître un ciel si étoilé que la terre n’est plus visible, et celui qui peut ouvrir les yeux et se demander si tout cela ne s’est pas déroulé quelque part dans l’univers, si tout cela n’a pas eu lieu dans le ciel de la nuit. Le spectateur, levant les yeux, apercevrait, d’une certaine manière, à la fois une déchirure et une beauté ; une douleur et une consolation. Au même instant.


Réflexions préliminaires autour de Ciels