Page 1

CBEGE4<G

PAR

FREDERIC

MACHABERT

Julien Camellini

Cette saison, Julien Camellini portera les couleurs du team britannique Intense Chain Reaction.

Et si tout débutait ?

L’ex-enfant prodige de la Méditerranée a trouvé son équilibre en traversant la manche pour les besoins de ses études. Et après une saison, l’ancien protégé de Nicolas Vouilloz a retrouvé le top mondial. Plus mature et conscient de ses erreurs du passé, Camellini ne veut plus perdre de temps.

I

l aurait pu toucher le ciel. Invincible. Il tendait les bras bien droit comme pour chatouiller les cieux. Quelques minutes plus tôt, l’homme venait de tutoyer le sublime pour s’offrir la troisième place du podium de cette ultime étape de Coupe du monde. Le meilleur résultat de sa carrière. Tout un symbole. Et il jubilait comme un gamin fier de son coup. « Enfin », voilà ce qu’il répétait à l’envi. « Ça paye enfin. J’ai bossé comme un fou pour arriver là. Je suis vraiment heureux », avait-il confié alors (lire Bike 56). Là, sur cette caisse de Maribor, les images devaient un peu se bousculer sous une casquette bien ancrée sur la tête. Tempête d’émotions. Les galères à répétition, les mauvais chemins empruntés au cours d’une carrière entamée il y a dix printemps, les erreurs de jeunesse, les changements d’équipe à outrance (cette saison il portera les couleurs d’Intense Chain Reaction, sa huitième équipe en dix saisons), voilà ce qui a jalonné le parcours d’un garçon qui

père est marchand de cycles sur la Riviera et trimballe le gamin sur le trophée national des jeunes vététistes chaque saison. Un gamin comme les autres, à un détail près. De cette époque, Vouilloz se souvient : « Les parents de Julien m’appelaient pour que j’aille rouler avec lui. Il n’avait pas dix ans. » A quatorze ans, il intègre déjà l’équipe GT. On parle de lui comme le futur prodige. Il enfile la tenue jaune et bleue de la marque ricaine. Les débuts de Camellini rappellent ceux de son aîné de Peille. Même marque. Même région. Et forcément les comparaisons s’enchaînent. Un peu trop vite. Peut-être. A dix-sept piges, c’est le début de l’aventure VProcess. Les années passent et Julien s’installe dans le paysage vététiste. « On a tendance à croire qu’il fait partie des anciens sur le circuit. Qu’il a un certain âge. Mais

Entre le sourire de Maribor (ci-contre) et les premiers tours de roues au guidon de son Intense M6, il s’est passé cinq mois. Cinq mois à travailler pour rester dans le top cinq mondial…

porter les couleurs d’une nouvelle marque : QBikes. L’objectif : mettre au point un prototype. Lagneau et

En deux saisons, Camellini a su se remettre en question monta en 2001 sur la deuxième marche des Mondiaux juniors. Tortueux chemin…

Continent… 118

L’histoire de Julien Camellini, c’est l’histoire d’un gamin presque comme tous les autres. Le

c’est juste dû au fait qu’il a débuté super tôt. Il n’a que vingtquatre ans et encore pas mal d’années devant lui », explique Cyril Lagneau. En 2003, pour sa première saison en élites, le sudiste claque le titre européen. Et bien vite il accepte la proposition de Laurent Delorme pour

Camellini font cause commune en 2004 sous le maillot nordiste. « Ce n’était pas une année évidente à tous les points de vue. Nous étions en phase de développement du prototype et sur le plan personnel, c’était aussi difficile pour lui. Malgré cela, il a fait de super trucs en prenant même

la sixième place des Mondiaux aux Gets. » Mais l’histoire prend fin rapidement. Julien cède aux sirènes de la maison Commençal. Le contrat porte sur deux années. Après juste une saison, malgré un premier podium en Coupe du monde (cinquième à Schladming), il sera remercié. « Ils m’ont viré. J’avais la haine. C’était une année encore compliquée. On n’a jamais réussi à faire marcher les suspensions et de mon côté, niveau préparation, je n’ai peut-être pas fait non plus ce qu’il fallait pour réussir. Finalement, cette séparation fut un mal pour un bien. » Et là, plus personne n’a vraiment envie de parier sur un pilote en manque

119


JULIEN

CAMELLINI

Camellini

Digest Né le 7 janvier 1984, 24 ans Vit à Beaulieu (06) Taille, poids : 1m78, 77 kg Situation une petite amie Equipes successives : GT (1998-2000) ; Vouilloz Racing team (20012002) ; GT France (2003) ; QBikes (2004) ; Commençal (2005); Santa Cruz Race Company (2006) ; Mojo Orange (2007) ; Intense Chain reaction (2008)

Palmarès

Championnat du monde : 6e (2004) ; 7e (2007) ; 2e juniors (2001) Principales places d’honneur en Coupe du monde : 5e à Schladming (2005) ; 3e à Maribor (2007) Championnat d’Europe : Vainqueur en élites (2003) ; 3e (2004) ; 6e (2005) ; 2e juniors (2000-2001) Championnat de France : 3e élites (2006) ; 3e juniors (2000) ; vainqueur en juniors (2001-2002) Autres : 3e de la Mégavalanche (2007) Merci à : ceux qui m’ont toujours soutenus, ma famille, mes amis Pierre, Julien, Vincent, Chris, Yann, et Karim, Nico, Fabien, Manu Huber…

C’est sur la piste de Sainte Maxime que nous avons shooté Julien Camellini. Après seulement quelques kilomètres au guidon de son Intense M6, ça envoie fort !

120

de résultats et alourdi de quelques kilos. Il lui faudra deux saisons pour retrouver les sommets. Mais le vrai changement intervient cette saison. Etudiant en langues étrangères appliquées, il termine sa scolarité en Angleterre. Grand bien lui prend. « J’étais dans l’inconnu. Là-bas, hormis du vélo, il n’y avait rien à faire. En plus, vu la taille de ma chambre, ça limitait un peu pour les grosses fêtes. La philosophie anglaise est très différente de chez nous. Ils ont toujours le cul sur le vélo, mais c’est de l’entraînement plaisir. En plus, il y a moins de rivalité entre les pilotes par rapport à chez nous. » Pour Lagneau : « Camellini avait peut-être besoin de voir ce qui se passait ailleurs » et Vouilloz reprend :

« Cette année en Angleterre lui a fait du bien. »

Le début… Julien a tiré un trait sur son enfance gâtée. Le voilà homme et bien décidé à ne plus perdre de temps. Mais pour cela, il sait

tion, je l’aurais fait. En fin de saison dernière, Mojo a décidé de ne garder que Dan Stanbridge. C’est un vrai regret de n’avoir pu continuer avec eux. » C’est le Britannique Nigel Page, champion du monde masters et manager de la structure Intense Chain Reaction qui lui tend la

“ Hormis du vélo, je n’avais pas grandchose à faire… ” que les trop nombreux changements d’équipes ne favorisent pas la performance à long terme : « Je ne veux plus revenir en arrière. Il faut que j’avance. Si j’avais pu éviter cette situa-

main. « Même à l’époque où il était chez nous, Julien a toujours voulu rouler sur Intense. J’espère pour lui qu’il sera bien dans cette structure », confie Laurent Delorme, à l’origine de la signa-

ture de Camellini chez QBikes. Pour Lagneau, la donne est simple : « Il semble avoir grandi et il devra poser un peu ses valises, arrêter de changer d’équipes chaque année s’il veut rester dans le top mondial. » Propos confirmés par Vouilloz. Et si le début d’une nouvelle histoire avait commencé en septembre dernier sur les pentes de Maribor ? Le futur coéquipier de Chris Kovarik y croit. Lui qui avoue désormais gérer seul ses entraînements (il fut entraîné un temps par Jean-Baptiste Wiroth, mais aussi par Stéphane Girard) veut croire que « Maribor servira de déclic. C’était tellement bon ! Ce n’est pas une fin en soi, mais plutôt le début de quelque chose. » A vingt-quatre ans, la carrière de Julien Camellini débute à peine. L


bike  

bike mag aboti bikes

Read more
Read more
Similar to
Popular now
Just for you