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Manuscrit auteur, publié dans "in press (2009) 1-223" LES INSCRIPTIONS DE VELEIA-IRUÑA

LES INSCRIPTIONS DE VELEIA-IRUÑA

Hector IGLESIAS*

artxibo-00423946, version 1 - 13 Oct 2009

h.iglesias@biarritz.fr dolhats.iglesias@free.fr

La découverte au cours des années 2005 et 2006 sur le site archéologique de Veleia-Iruña, dans la région de Vitoria, province basque d’Alava, d’inscriptions rédigées, les unes manifestement en latin populaire et tardif1, et les autres assurément en basque, ou plus exactement en « proto-basque », des inscriptions datant selon toute vraisemblance du IIIe siècle de notre ère, voire d’une période allant du IIe au IVe siècle, a déclenché en Espagne une polémique des plus curieuses. Cette polémique, qui vue de France, ou de quelque autre pays européen, pourra surprendre, tant sur la forme que sur le fond, le spécialiste mais également le simple curieux intéressé par ces questions savantes, a pris une ampleur inhabituelle dans le monde de la recherche scientifique, du moins telle qu’on la conçoit en Europe occidentale. En effet, le déroulement de cette affaire, dont la presse, principalement basque et espagnole, s’est largement emparée, est à bien des égards, comme nous allons le constater à présent, tout à fait extraordinaire. Dans un premier temps, les archéologues à l’origine de ces découvertes ont saisi, le plus naturellement du monde semble-t-il, un certain nombre d’universitaires en sciences humaines, spécialisés notamment en linguistique et en histoire, des auteurs originaires principalement de la région basque, auxquels ils ont présenté leurs découvertes afin que ceux-ci donnent leur avis sur le sujet. Jusqu’à présent rien de véritablement surprenant, ni en Europe ni dans quelque autre endroit. L’examen des inscriptions a en effet été confié, à la demande expresse de ces mêmes archéologues – ce point aura toute son importance –, à plusieurs enseignants dépendant pour la plupart de l’Université du Pays Basque méridional, c’est-à-dire la partie du territoire basque * Docteur en Etudes Basques. Membre associé d’IKER, Centre de recherche sur la langue et les textes basques, Baiona / Bayonne. IKER est un unité mixte de recherche (UMR), membre de la fédération Typologie et Universaux linguistiques du CNRS, spécialisée dans l’étude de la langue et des textes basques. 1

La nuance a son importance comme nous le verrons tout au long des présents commentaires.

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jouissant de nos jours d’un statut d’autonomie, ainsi qu’à quelques autres universitaires, presque tous espagnols2. Ces auteurs ont alors établi, chacun de leur côté, un rapport, ensemble de rapports qui ont par la suite été remis, à la demande de celles-ci, aux autorités politiques de la province. Or il se trouve que dans quelques-uns de ces rapports, une minorité cependant, il est clairement affirmé – la plupart du temps il s’agit même d’affirmations catégoriques, tout à fait inhabituelles dans le monde de la recherche européenne, et tout particulièrement dans le domaine des sciences humaines où les certitudes ont toujours été peu nombreuses – que toutes ces inscriptions, plusieurs centaines, résulteraient en réalité d’une grossière falsification. Il a donc été publiquement affirmé par certains de ces auteurs, notamment, pour ne pas les citer, Joaquín Gorrochategui, Joseba Lakarra et Isabel Velázquez, les trois principaux auteurs qui feront par la suite l’objet de la plupart de nos commentaires, que ces découvertes « sont » (à l’indicatif, selon eux) le résultat certain d’une « falsification » (non pas d’une « prétendue falsification », mais d’une « falsification » tout court), conclusion définitive qui à ce niveau de la recherche ne manquera pas également de surprendre, et cela d’autant que toutes les analyses effectuées en laboratoire3 non seulement contredisent les dires de ces auteurs, mais sembleraient même démontrer au contraire l’authenticité de ces inscriptions4. Le ton définitif, absolument catégorique, voire sans appel, de nombre des conclusions de ces auteurs pourra également surprendre et éveiller aussitôt chez le lecteur, fût-il non spécialiste de ces questions, sinon de prime abord le soupçon, du moins une certaine curiosité. Mais le plus étonnant est à venir. Dans certains de ces rapports, ceux qui feront principalement l’objet de nos commentaires, il est clairement sous-entendu, quoique jamais démontré véritablement, que les archéologues à l’origine de ces découvertes, archéologues professionnels reconnus par leurs pairs universitaires, et cela depuis des décennies, seraient les véritables faussaires… Il s’agit, répétons-le, et jusqu’à preuve du contraire, de sous-entendus dénués de tout fondement réel, car jusqu’à présent il n’existe pas de preuves, du moins à en croire la presse et… la justice, un juge même ayant été officiellement saisi de cette affaire. À la suite des rapports réalisées par ces spécialistes en sciences humaines (et non en sciences exactes), et malgré le fait que les conclusions de ces rapports n’ont été à aucun moment corroborées par l’ensemble des analyses effectuées par les divers laboratoires européens et américains sollicités, 2

A l’exception d’un auteur italien et d’un autre anglais dont on a également sollicité l’avis.

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Laboratoires de Geochron, Cambridge du Massachussets-USA et du Centre for Isotope Research de l’Université de Gröningen, Pays-Bas ; laboratoires de l’Université de Cracovie, Pologne ; laboratoires de spectroscopie nucléaire du CEA-CNRS, France ; laboratoires Adirondack du Centre technologique de Zamudio, Pays Basque. Toutes les datations au C14 effectuées offrent des résultats concordants. Ces datations font toutes remonter les objets contenant les fameuses inscriptions et soumis à l’analyse à une époque antérieure au Ve siècle de notre ère. 4

L’argumentation de certains de ces auteurs, cités ci-dessus, pourra cependant paraître des plus byzantines. Par exemple, à ce jour Lakarra, qui n’est pourtant pas, à notre connaissance, un spécialiste de ces questions, considère que les objets trouvés sur le site sont d'époque romaine, mais pas... les inscriptions qu'ils contiennent car toutes, absolument... toutes les analyses effectuées par plusieurs laboratoires internationaux n'auraient, prétend-il... , non sans se contredire quelque peu, aucune valeur... (mais pourquoi reconnaître alors comme il le fait pourtant que ces objets sont bien d’époque ?) ; voir ses déclarations publiées dans le quotidien en langue basque Berria du 26 novembre 2008 où il affirme : « Inork ez du dudan jarri harriak III. mendekoak direnik, baizik eta idazkunak. Karbonoaren frogek ez dute, beraz, eztabaidarako balio, partidu hori irabazia dauka. Ez dago hor gerrarik, inork ez du-eta sekula ukatu markoak benetakoak direnik », soit en langue française : « Personne n'a mis en doute que les pierres [litt., c'est-à-dire les objets trouvés] soient du IIIe siècle, ce sont les inscriptions qui ne le sont pas. Les preuves tirées du carbone [14] n'ont, en conséquence, aucune valeur dans ce débat [linguistique]. La polémique ne porte pas sur la date des objets, personne ne conteste qu'ils soient du début de notre ère ». En admettant que ce raisonnement, des plus insolites et étranges, fût fondé, ce qui est loin d’être assuré, on ne serait pas plus avancé car alors, comment et quand ces inscriptions sont-elles arrivées sur ces objets d'époque ? Il s'agit là d'un mystère que personne, pas même... Lakarra, ne sait expliquer de façon rationnelle et cohérente, comme nous le verrons par la suite.

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les autorités politiques de la province ont procédé, sur la base de ces mêmes rapports, à la fermeture du site archéologique, ce qui a entraîné le licenciement immédiat de l’ensemble du personnel travaillant depuis des années sur le site5, et ont porté l’affaire devant les tribunaux. Jusqu’à présent l’observateur européen, neutre et impartial, dont nous sommes, bref l’observateur parfaitement indifférent, dont nous sommes également, aux rebondissements et aux « dessous », si tant est qu’il y en ait, de cette situation « politico-judiciaire » qui, quoique surprenante, ne concerne finalement que les autorités espagnoles, administratives, universitaires, politiques ou autres, bref l’observateur extérieur, dont nous sommes encore une fois, serait peut-être, à la rigueur extrême, en droit de faire part de son étonnement devant la tournure pour le moins inattendue et le déroulement quelque peu étrange de tous ces événements, du moins tels que les rapportent régulièrement les médias écrits et audio-visuels et il n’y a, semble-t-il, aucune raison de douter des récits, comptes rendus et autres explications émanant de ces moyens de communication. Vu depuis le monde de la recherche, du moins telle qu’elle se conçoit en France, tout cela pourra paraître, il est vrai, relativement étrange. Mais cela ne regarde finalement que les personnes qui sont, de près ou de loin, mêlées à cette affaire. Le fait est, pour revenir sur un terrain purement scientifique, le seul qui puisse nous concerner réellement, que ces rapports universitaires, des rapports officiels précisons-le bien, et les conclusions qu’ils contiennent ont été rendus publics, à savoir versés officiellement dans le domaine public6. Ces rapports étaient-ils destinés à être rendus publics ? Nous n’en savons rien. Le fait est qu’ils l’ont été et c’est là finalement le seul point qui compte. Car à partir du moment où ces conclusions universitaires (en réalité de « certains » universitaires, ce qui n’est pas la même chose comme on le verra par la suite) ont été rendues publiques, ces dernières se sont retrouvées, et se retrouvent de facto exposées à la critique7, tout à fait légitime et inévitable, de l’ensemble de la communauté savante internationale versée dans ces questions. Personne ne peut sérieusement contester ce fait. Or quel n’a pas été notre étonnement – et dans notre cas il en faut beaucoup pour provoquer celui-ci –, à la lecture de ces rapports universitaires officiels ! Les arguments avancés par la plupart de ces auteurs, tout comme le ton et le style, fort inhabituels, parfois même familiers, de certains de ces commentaires – principalement ceux avancés par Lakarra8, un auteur versé dans l’étude de la langue basque, Gorrochategui9, spécialiste des langues indo-européennes anciennes et Madame Velázquez10, latiniste de formation –, sont toujours étonnants, souvent inattendus, parfois tout à fait improbables sinon absolument inexacts, voire franchement extravagants et saugrenus, alors que leurs auteurs sont censés appartenir à l’élite intellectuelle de leur région ou pays, et être dans leur spécialité ce que certains sportifs sont dans leur domaine respectif, à savoir : des athlètes de haut niveau. Le principal tort de ces auteurs est en effet de présenter la plupart du temps, sinon presque toujours, leurs explications comme des certitudes, des « certitudes » que même certains d’entre eux 5

Des archéologues accusés désormais publiquement et officiellement par ces mêmes responsables politiques provinciaux, sur la base de ces fameux rapports qui feront longuement l’objet de nos commentaires, d’être à l’origine de la prétendue falsification. 6

Tous les rapports sont consultables sur le site officiel du gouvernement provincial d’Alava.

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Des conclusions ressortant de rapports universitaires officiels à l’origine, ne l’oublions pas, de la mise au chômage d’un grand nombre de personnes. Il ne s’agit pas en conséquence d’un simple débat savant et feutré entre érudits de bonne famille discourant aimablement et savamment autour d’une tasse de thé. C’est également en cela que cette affaire « veleyense » est extraordinaire. 8

Lakarra, J., 2008, Informe sobre supuestas inscripciones eusquéricas antiguas de Veleia, rapport daté du 19 novembre 2008. 9

Gorrochategui, J., 2008, Dictamen a la Comisión Asesora de la Diputación de Álava sobre los hallazgos epigráficos de Iruña-Veleia, rapport rendu public le 22 juin 2008. 10

Velázquez, I., 2008, Informe sobre los grafitos latinos de Iruña-Veleia, rapport daté du 4 décembre 2008.

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n’hésiteront pas dans certains cas à qualifier d’« absolues »… , alors que ce ne sont que des hypothèses. Ces auteurs ont ainsi tendance, tout au long de leurs singuliers commentaires, à « infliger », il n’y pas d’autre terme, au(x) lecteur(s), spécialisé(s) ou simple(s) curieux, une véritable cascade d'affirmations péremptoires, le tout dans un style axiomatique et sentencieux des plus étranges dans le monde de la recherche. Les présents commentaires pourront paraître relativement longs, plusieurs centaines de pages en effet. Il était cependant difficile de faire autrement. Les sujets abordés étant nombreux et complexes, parfois même d’une très grande complexité, ils ont donc la plupart du temps nécessité de notre part de longs, parfois très longs développements. Nos commentaires concerneront principalement la langue basque mais également, dans une moindre mesure, le latin, la langue latine ayant marqué, comme on le sait, profondément et durablement la langue basque depuis les époques les plus reculées11. 1. À propos du « grado de alfabetización de la sociedad antigua » Après une introduction où l’auteur s’attarde sur toute une série de considérations personnelles, Gorrochategui se lance dans une longue démonstration sur le niveau présumé d’alphabétisation au début de notre ère en Europe occidentale : « El hecho de que en Iruña aparezca una gran cantidad de óstraca sería indicativo, por sí mismo, de un uso extraordinariamente difundido de la escritura, que debió alcanzar a amplísimas capas de la población, no solo a las capas instruidas o a los que por oficio tenían contacto con la escritura (talleres epigráficos, escribas, etc) »12. Il poursuit : « Hay estudios sobre el grado de alfabetización de la sociedad antigua y, aunque haya opiniones más o menos optimistas, hay acuerdo general en que no superaría el 15 % de la población, en los casos más aventajados : sociedades más urbanizadas y romanizadas, etc. ». Et l’auteur d’ajouter : « Se ha discutido si los judíos, y también en parte los cristianos, estarían más familiarizados con los libros (con más proporción de códices que de rollos entre los cristianos) en razón de su religión basada en Escrituras. Pero casi con seguridad este contacto quedaba limitado a los oficiantes y a los lectores especializados »13. Et pour appuyer ses singulières affirmations, il cite les dires de Harry Gamble :

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Echenique Elizondo, M. T., 1987, Historia lingüística vasco-románica, 2ª edición (corregida y ampliada)., Ed. Paraninfo, Madrid ; Echenique Elizondo, M. T., 1997, Estudios de Historia lingüística vasco-románica, Ed. Istmo, Madrid ; Echenique Elizondo, M. T., 2006, « Historia lingüística vasco-románica : tareas acabadas y perspectivas futuras = Euskera eta inguruko erromantzeen arte harreman historikoak: eginak eta eginkizunak », in Lingüística Vasco-Románica. I Jornadas = Euskal-Erromantze Linguistika. I. Jardunaldiak. Oihenart. Cuadernos de Lengua y Literatura, 21, Eusko Ikaskuntza, Donostia-San Sebastián, pp. 25-44.

12

Gorrochategui, Dictamen, p. 7.

13

Lakarra, quant à lui, lance des affirmations encore plus définitives, Informe, p. 7 : « (...) se hace muy difícil entender la proporción de inscripciones veleyenses vascas frente a las latinas teniendo in mente la misma cuestión en el conjunto del Imperio o en las zonas circumvecinas de Veleia. De igual manera, es necesario remarcar el profundo esfuerzo que significa la alfabetización de una lengua y lo costoso y lento que tal cosa resulta en la historia de cualquier lengua a los niveles observables en Veleia, más si tenemos en cuenta el enorme hiato y la completa improductividad de tal esfuerzo veleyense en la scripta posterior ». Et fidèle à son style axiomatique, il conclut : « Tal tipo de cuestiones (además de otras que sí trataré en mi informe) hacen que la verosimilitud del material a analizar sea ya, de entrada, inferior no al famoso 15% que cierta prensa atribuyó a Gorrochategui sino incluso al 15 / 10 elevado a 10 que realmente afirmó ».

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« [...] nella chiesa antica l'estensione dell'alfabetismo fu limitata. Solo una scarna minoranza di cristiani era capace di leggere, certo non superiore alla media del 10-15 per cento della società nel suo complesso, e probabilmente inferiore »14. Et ce n’est certainement pas nous qui irons contester l’érudition de Gamble. Cela étant, ces deux auteurs sont-ils absolument certains de ce qu’ils avancent ? Car on a retrouvé dans un des bordels de Pompéi plus d’une centaine de graffiti différents rédigés en grande partie par les... prostituées elles-mêmes, les autres l’étant par les simples clients de passage. Cela a été une surprise considérable pour la communauté savante qui ne pensait pas que la connaisance et l’usage, manifestement plus que banal, de l’écriture étaient à ce point répandus durant l’Antiquité, même dans les... bordels. Ces prostitués et leurs clients, bref tout ce beau monde, probablement pas de grands intellectuels, savaient pourtant parfaitement écrire... et ils ne s’en privaient pas d’ailleurs !15 Comment Gorrochategui explique-t-il cela ? La découverte en Grande-Bretagne, à Vindolanda, le Chesterholm moderne, aux confins de l’Empire romain, non loin du mur d’Hadrien, d’une quantité absolument considérable de fines feuilles en bois de bouleau ou d'aune16 sur lesquelles on écrivait à l'encre, a également constitué une énorme surprise pour la communauté savante. Tout le monde manisfestement, du simple légionnaire jusqu’au... porcher, savait non seulement écrire, et bien écrire qui plus est, mais de surcroît l’usage de l’écriture constituait une activité parmi les plus courantes de la quasi totalité de la population de cet endroit, même celle des... femmes ! C’est en effet à Vindolanda, aux confins l’Empire, qu’a été retrouvée la plus ancienne lettre manuscrite rédigée en latin par une femme ! Comment Gorrochategui explique-t-il cela ? Et que pense-t-il également de l’existence d’un autre texte célèbre, un document unique en effet du latin non littéraire du premier quart du IIe siècle après Jésus-Christ ? Que lui inspirent les lettres qu’un certain Terentianus, simple soldat de marine, écrivit à son père Claudius Tiberianus, ancien légionnaire ? Un simple soldat de marine, totalement inculte, et qui pourtant écrit de sa propre main, depuis l’Égypte où se trouve basée la flotte à laquelle il appartient, de longues lettres à son père17, lui-même ancien légionnaire, lequel, semble-t-il, lui répond également de sa propre main. Comment Gorrochategui explique-t-il cela ? Par conséquent, ce que Gorrochategui, avec Gamble, présente comme étant une certitude (à savoir : un niveau d’alphabétisation extrêmement bas à cette époque lointaine) semble loin d’être acquis pour l’ensemble de la communauté savante ayant eu à se pencher sur cette question. En tous cas, les inscriptions de Pompéi et celles de Vindolanda entraînent sinon la ruine complète, du moins contredisent cette opinion, pour le moins tranchée, d’une prétendue non-alphabétisation à l’époque du petit peuple.

14

Gamble, Harry Y., 2006, Libri e lettori nella Chiesa antica : storia dei primi testi cristiani, Brescia : Paideia [= Books and readers in the early Church. New Haven & London, 1995], p. 29.

15

Varone, A., 2002, Erotica pompeiana : love inscriptions on the walls of Pompeii, Ed. “Erma” di Bretschneider, Studia archaeologica, 116, 203 pages. 16

Vindolanda Tablets Online : http://vindolanda.csad.ox.ac.uk/. The website is part of the Script, Image and the Culture of Writing in the Ancient World programme, supported by the Andrew W. Mellon Foundation. It is a collaborative project between the Centre for the Study of Ancient Documents and the Academic Computing Development Team, Oxford University. 17

Väänänen, V., 2006, Introduction au latin vulgaire, Ed. Librairie Klincksieck, rééd. de la 3e édition de 1981, Paris, p. 178 et 210 : « Son langage est à l’avenant de ses préocupations terre-à-terre, fruste et maladroit, en phrases hachées et coupées d’incidentes, mêlant formules consacrées et éléments de la langue parlée par le menu peuple » ; pour une analyse linguistique de ce document, cf. Adams, J. N., 1977, The Vulgar Latin of the letters of Claudius Terentianus, Manschester ; pour une édition commentée, cf. Pighi, G. B., 1964, Lettere latine d’un soldato di Traiano (Studi pubblicati dall’Istituto di Filologia Classica, XIV), Bologne.

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En conséquence, les dires de Gorrochategui concernant ce point doivent non seulement être fortement nuancés, mais également considérés avec la plus grande des réserves. Et Gorrochategui de poursuivre : « El hecho de que en Iruña aparezca una gran cantidad de óstraca sería indicativo, por sí mismo, de un uso extraordinariamente difundido de la escritura, que debió alcanzar a amplísimas capas de la población, no solo a las capas instruidas o a los que por oficio tenían contacto con la escritura (talleres epigráficos, escribas, etc) »18. En effet ! Nous avons clairement constaté que cela était effectivement le cas à Pompéi et à Vindolanda. En conséquence, l’étonnement de Gorrochategui est soit feint ― l’auteur feignant alors en effet d’ignorer les exemples, bien attestés du point de vue historique, que nous avons mentionnés auparavant ―, soit cet étonnement est bien réel et dans ce cas, il faudra nécessairement en déduire que l’auteur n’a jamais entendu parler de Pompéi et de Vindolanda... ni des lettres de Terentianus, ce qui ne manquera pas d’étonner. Il ajoute : « Si los óstraca son extremadamente raros cuando están escritos en latín, su escritura en euskara es una novedad absoluta. Si en latín implican una extensión considerable del hábito de escritura (lo cual a su vez necesita de educación y aprendizaje estandarizados en la escuela), en euskara las consecuencias culturales son de una magnitud extraordinaria : no solo implican la existencia de un proceso de enseñanza, sino también la de un proceso de estandarización literaria previa ». Il poursuit : « Antes de enseñar en la escuela hay que tener normalizada la escritura de la lengua, circunstancia que implica un largo proceso de creación, adaptación y difusión »19. Et afin de renforcer son argumentation, il ajoute en bas de page : « El Egipto romano nos ofrece ejemplos de personas alfabetizadas en griego que son de habla egipcia, aunque incapaces de escribir en demótico »20. Dans le cas présent, l’auteur prétend clairement, et d’une façon on ne peut plus subtile, établir un parallèle, qu’il croit heureux, entre la situation présumée des bascophones ou « proto-bascophones » du début de ère et celle des individus de « habla egipcia » ayant vécu à la même époque et qui, selon lui, étaient « incapaces de escribir en demótico » à l’instar de ces mêmes « proto-bascophones ». En effet, laisse entendre Gorrochategui, si les Egyptiens du début de notre ère, bien que s’agissant de « personas alfabetizadas en griego », étaient « incapaces de escribir en demótico », pourquoi les « proto-bascophones » de l’époque, bien qu’alphabétisés en latin, auraient-ils été capables « de escribir » en basque de l’époque ? C’est, il faut le reconnaître, un raisonnement d’une grande subtilité. Mais Gorrochategui est-il absolument certain de ce qu’il avance ? Car l’existence de l’Évangile dit de Judas, découvert il y une trentaine d’années, contredit les affirmations de Gorrochategui. Cet évangile, rédigé à l’origine en grec, probablement vers la moitié du IIe siècle, ouvrage aujourd’hui perdu mais dont l’existence est pleinement confirmée par Irénée de

18

Gorrochategui, Dictamen, p. 7.

19

La connaissance et l’usage de l’écriture sont toutefois extrêmement anciens, beaucoup plus anciens que ne le prétend Gorrochategui, cf. Brixhe, C. et Panayotou, A., 2002, « Le thrace », in Langues indo-européennes, sous la direction de Françoise Bader, Ed. CNRS Editions, pp. 181-205, v. pp. 191-192. Les auteurs signalent qu’« on a retrouvé en Roumanie (1961) et en Bulgarie (1966) des vestiges de ce qui pourrait être l’écriture la plus ancienne d’Europe, puisque assignables au IVe ou au IIIe millénaire av. J.-C. ». Il s’agit, op. cit., p. 192, n. 44, d’« un sceau d’argile à Karanovo (N.-E. de Plovdiv), une tablette d’argile à Gradešnica (N. de la Bulgarie ; photo chez Neroznak, après p. 112) et trois autres à Tărtăria (Transylvanie), voir Georgiev, Premier Symposium, 22, et H. Siegert, I Traci (trad. ital. de Wo einst Appolo Iebte), Milan, 1986, 36-38 ». 20

Gorrochategui cite, en appui de cette affirmation l’ouvrage suivant : Hanson, A. E., 1991, « Ancient illiteracy », in M. Beard et al., Literacy in the Roman world, Ann Arbor [JRA, suppl. 3].

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Lyon21, fit l’objet à la fin du IIIe siècle ou au début du IVe siècle d’une traduction en... copte, notamment « en el dialecto copto sahídico », traduction figurant dans le fameux « Códice Tchacos, un antiguo libro en papiro procedente de Egypto »22 et découvert au cours des années soixante-dix en Egypte. Donc les Egyptiens du IIIe siècle de notre ère savaient encore non seulement parler leur langue nationale, le copte, mais de surcroît ils savaient également, contrairement à ce qu’écrit pourtant Gorrochategui, parfaitement l’écrire. Par conséquent, pourquoi les bascophones du IIIe siècle n’auraient-ils pas pu ou su écrire dans la leur ? Et Gorrochategui de poursuivre : « Así pues, los óstraca vascos de Iruña-Veleia nos estarían indicando la presencia de una fuerte tradición escrita en lengua vasca entre los caristios23 ». Et d’ajouter aussitôt de façon totalement inattendue : « tradición escrita que por razones totalmente desconocidas desaparecería completamente al final de la antigüedad dejando a los vascos como analfabetos totales en su lengua hasta el siglo XV. Es decir un salto histórico de difícil explicación ». Gorrochategui nous parle ici de « razones totalmente desconocidas »... Mais cet auteur est-il seulement sérieux ? Est-il sérieux lorsque, à l’appui de ses singuliers commentaires, il invoque des « razones totalmente desconocidas » ? Gorrochategui en dit trop ou pas assez24. Car après le Ve siècle, tout historien le sait, même les étudiants en histoire qui sont en première année universitaire, c’est l’effondrement général en Europe occidentale ; pour reprendre l’expression d’Eugène Goyheneche, c’est « la ruine de la civilisation urbaine et des civitates romaines »25. Tout s’effondre en effet : le niveau culturel de la population de ce qui avait constitué la population de l’Empire tombe « à pic », les écoles disparaissent, la culture est à l’agonie. C’est la période que certains historiens qualifient de « trou noir », bref c’est véritablement l’« âge des ténébres », une période mal connue et méconnue des historiens, qu’on appelle le haut Moyen-Âge et durant laquelle même un auteur comme Grégoire de Tours avoue ne plus savoir totalement maîtriser le latin. Citons, au hasard, les dires d’un auteur de tout premier ordre, François de La Chaussée : « Après l’effondrement de l’Empire, les écoles, nombreuses en Gaule [cela vaut également pour l’Hispanie, évidemment], on disparu ; si l’on excepte les gens d’Eglise, la totalité de la population est illettrée, il n’y a plus de classe dirigeante cultivée. Le latin n’est plus enseigné, il n’y a plus ni parler directeur ni norme susceptible de freiner l’évolution d’une langue devenue exclusivement orale »26. Or tout cela, Gorrochategui ne peut pas ne pas le savoir, d’où l’aspect quelque peu incompréhensible de ses commentaires. 21

Dans son ouvrage intitulé Adversus haereses et écrit vers 180 après Jésus-Christ.

22

Kasser, R., Meyer, M., Wurst, G., 2006, The Gospel of Judas, from Codex Tchacos, traduction espagnole de Domingo Almendros, El Evangelio de Judas del Códice Tchacos, Commentaires de Bart D. Ehrman, Ed. National Geographic Society, p. 113. 23

Mais pourquoi « los caristios » ? Il n’y avait pas évidemment que des Caristes à Veleia.

24

Et Lakarra, on l’a vu, d’en rajouter, Informe, p. 7 : « se hace muy difícil entender la proporción de inscripciones veleyenses vascas frente a las latinas teniendo in mente la misma cuestión en el conjunto del Imperio o en las zonas circumvecinas de Veleia. De igual manera, es necesario remarcar el profundo esfuerzo que significa la alfabetización de una lengua y lo costoso y lento que tal cosa resulta en la historia de cualquier lengua a los niveles observables en Veleia, más si tenemos en cuenta el enorme hiato y la completa improductividad de tal esfuerzo veleyense en la scripta posterior » 25

Goyheneche, E., 1973, « Lapurdum et Baiona », Bulletin de la Société des Sciences Lettres et Arts de Bayonne, n° 129, pp. 85-92, v. p. 90. 26

De La Chaussée, F. 1982, Initiation à la phonétique historique de l'ancien français, Ed. Klincksieck, Paris, p. 163, § 14.2.

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2. L’« article » -a en basque Lakarra : « El articulo en -a se documenta profusamente en veleyense como hemos visto (NAIA, LURRA, SUA) ». Il affirme, catégorique : « La posibilidad de que algo así se diera en vascuence de la antigüedad es nula »27. Selon lui, l’impossibilité d’une telle existence est « clar[a] e indiscutid[a] para todo el mundo siempre o desde hacía décadas ». Gorrochategui : « La hipótesis comúnmente admitida concibe el surgimiento del artículo determinado (y conseguientemente de la declinación con diferencia de número gramatical) mediante un proceso de gramaticalización a partir de un demonstrativo anterior, según propuso H. Schuchardt hace tiempo y ha sido admitido por todos los lingüistas posteriores »28. Cela est inexact. C’est en réalité Van Eys qui présenta pour la première fois cette hypothèse, en 187329 puis à nouveau en 187930. Et c’est à la suite de cette simple hypothèse de travail émise à la fin du XIXe siècle et reprise ensuite, signale Lacombe31, par Schuchardt, qu’il est désormais « admis » par certains auteurs, et non pas par tous les auteurs, comme l’écrivent pourtant Lakarra et Gorrochategui, que cet « article » ne pouvait pas exister au début de notre ère car le latin n’aurait pas encore possédé d’« article »32 ― cette théorie fut par la suite acceptée et complétée par Uhlenbeck en 191033 et depuis lors elle est devenue une « quasi certitude » pour quelques bascologues et non pas, encore une fois, « para todo el mundo ». Van Eys avait-ils raison ? Plusieurs spécialistes de tout premier ordre ne sont pas d’accord avec les dires de cet auteur car les faits sont moins clairs et évidents que ne voudraient le faire croire aux lecteurs, spécialistes ou simples curieux, Lakarra et Gorrochategui. 2.1. L’inscription de Plasenzuela en Estrémadure Au début du siècle, on découvrit dans la province de Cáceres, dans la localité de Plasenzuela, un village d’Estrémadure situé à trente neuf kilomètres de la ville-capitale de Cáceres et à deux cent quarante kilomètres au sud-ouest de Tolède, dans l’ancien territoire des Vettones ― un peuple voisin des Lusitaniens et considéré comme étant d’origine pré-celtique ― une inscription d’époque romaine. Il s’agit d’une inscription qui fut analysée dans les années soixante-dix, photographie à l’appui, par María L. Albertos Firmat34. L’inscription est nette et ne pose aucun problème :

27

Lakarra, Informe, p. 13.

28

Gorrochategui, Dictamen, p. 16.

29

Van Eys, W. J., 1973, Dictionnaire basque-français, Ed. Maisonneuve, Paris, pp. XXXV-XXXVI.

30

Van Eys, W. J., 1979, Grammaire comparée des dialectes basques , Ed. Maisonneuve, Paris, pp. 25-26.

31

Lacombe, G., 1935, « Hugo Schuchardt et la morphologie de la langue basque », Revue Internationale des Etudes Basques, XXVI, 1, pp. 174-184, v. p. 176. 32

Le débat est en réalité plus subtil et bien plus complexe, comme on le verra par la suite.

33

Uhlenbeck, C., C., 1909, « Contribution à une phonétique comparative des dialectes basques », Revue Internationale des Etudes Basques, III, pp. 465-503 ; 1910, pp. 65-118. Traduit en français par G. Lacombe. 34

Albertos, Mª Lourdes, 1972, “Los nombres éuscaros de las inscripciones hispano-romanas y un Ibarra entre los vettones”, Estudios de Arqueología Alavesa V, pp. 213-218.

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Voici ce qu’on y lit : D(is) M(anibus) S(acrum) / L(ucius) IVLIVS LASCI/VI (scil.35 FILIUS) IBARRA AN(norum) / XXXIII H(ic) S(itus) S(epultus) E(st) / [S(it)] T(ibi) T(erra) L(evis) PATER / F(ilio) F(aciendum) C(uravit) / [- - - LAS ]CIVI / - - - (« Consacré aux dieux Mânes, à L(ucius) IULIUS [fils de] LASCIUUS IBARRA [cognōmen ou surnom], âgé de 33 ans. Ci-gît. Que la terre te soit légère. Son père s’est chargé de l’ériger [le présent monument36] à son fils [… ») Dans cette inscription, le nom, autochtone puisqu’en aucun cas il ne s’agit d’un nom latin connu, IBARRA fait office de cognōmen, c’est-à-dire de surnom.

2.2. Un cognōmen indigène (bizarrement) méconnu des bascologues Or, ce nom37 remettrait en cause, comme l’indiquait, il y a déjà plus de vingt ans, Alfonso Irigoyen, dont l’autorité et la compétence faisaient l’unanimité dans le milieu des Études Basques, l’hypothèse selon laquelle l’« article » -a serait en basque une création tardive : « (…) lo que, si realmente estaba relacionado con vasc. ibar, nos conduciría a la cuestión de la antigüedad del artículo -a en lengua vasca »38. Il est vrai que Lakarra et Gorrochategui ne sont pas les seuls auteurs à passer complètement sous silence ce fait. Luis Michelena, qui devait pourtant avoir une connaissance parfaite de l’ensemble des travaux de María L. Albertos Firmat, préfèrera également ne jamais citer cette inscription... En effet, avant nous, seuls María Lourdes Albertos et Alfonso Irigoyen avaient mentionné l’existence de cet « Espagnol » de l’Antiquité, probablement, voire « sûrement », un Vascon : LUCIUS IULIUS IBARRA, fils de LASCIUUS. Aujourd’hui, un autre auteur, Julen Manterola choisit de mentionner, et donc de reconnaître (mais a-t-il désormais vraiment le choix ?), l’existence de cette inscription du début de notre ère, dans l’un

35

Scil. abréviation du latin scilicet, « il va de soi, cela s’entend, naturellement ».

36

On notera l’absence, courante en latin, du C.O.D (monumentum, sepulchrum) désignant le monument sur lequel on lit cette dédicace. 37

Un nom qui correspond au vocable et patronyme basques ibarra / Ibarra, « le vallon, la vallée ».

38

Irigoyen, A., 1986, En torno a la toponimia vasca y circumpirenaica, Deusto, p. 86.

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de ses articles39, quoique la mention qu’il en fait passe pratiquement inaperçue40, l’auteur se gardant en effet de développer le sujet. Quelques inexactitudes cependant. Il écrit : « Some researchers have noticed (Irigoyen 1986 : 86) the interesting existence of a roughly 2000 year old Latin inscription found close to south Portugal where word Ibarra appears ». Première inexactitude. Il ne s’agit pas du sud du Portugal, encore moins « près du sud du Portugal » (« close to south Portugal »), ce qui reste assez flou, mais d’un village appelé Plasenzuela et situé à l’ouest de Tolède. Ce n’est pas tout à fait pareil. Lorsqu’on mène ce type de recherches, surtout lorsqu’elles sont, comme cela est manifestement le cas ici, sujettes à quelque polémique, il vaut mieux se montrer extrêmement précis dans la description des faits. Tous les détails ont donc leur importance. Il ajoute : « It has been taken as a proof of an early existence of the definite article by others (Iglesias 2007), since in nowadays Basque that word means ‘the valley’, analyzed as ibarr-a ‘valley-the’ ». Manterola écrit que ce fait été interprété par d’autres (« by others (Iglesias 2007) »), c’est-à-dire clairement par nous, puisqu’il nous nomme expressément, comme une preuve d’une existence précoce en basque de l’article défini (« as a proof of an early existence of the definite article »). Autre inexactitude. C’est Alfonso Irigoyen qui a évoqué cette possibilité en 1986, hypothèse à laquelle nous nous sommes ralliés par la suite. La nuance a ici son importance car Manterola présente les faits d’une façon tout particulière, qui laisserait penser qu’Irigoyen ne croyait pas à l’existence de cet « article » – il ne s’agit pas véritablement d’un article, mais en réalité d’un « déterminant » – et que c’est « Iglesias » qui serait arrivé tout seul à cette conclusion, sous-entendu à une conclusion « toute personnelle » dudit Iglesias, c’est-à-dire en l’occurrence nous. Et Manterola de conclure : « As long as this kind of data remain so scanty and isolated, I feel more prudent not to draw big conclusions from them ». Soit en français : « Aussi longtemps que ce genre de données demeure aussi ténu (litt. « maigre ») et isolé, je reste prudent et préfère ne pas tirer de grande conclusion à partir de cet exemple (litt. « de celui-ci ») ». En revanche, comme nous allons le voir à présent, il préfère en tirer de grandes (« big conclusions ») à partir d’un document pourtant célèbre et connu depuis des décennies par la communauté savante : la Reja de San Millán de la Cogolla. Lakarra écrit : « A finales de otoño 2006 Julen Manterola defendió en la Facultad de Letras su memoria de DEA sobre la determinación en euskera y parte de la misma fue publicada a comienzos de 2007 en el homenaje a Larry Trask »41. On apprend ainsi, poursuit Lakarra, que « en tal trabajo (…) se incluía un tan breve como claro apéndice en el que se mostraba que, de entre las sobradamente conocidas (y citadas) haches de la toponimia de la Reja de San Millán (...) era factible explicar la razón de bastantes de ellas, en 39

Manterola, J., 2008, « -a and bat Basque articles and recent contact theories », Non argitaratzekoa - To be published in Language Contact and Morphosyntactic Variation and Change, Vol 2. Cross-linguistic tendencies in Contact-induced variation and change. C. Chamoreau & I. Léglise (eds). CNRS Urtea - Year 2008 Testuaren izaera - Version ZIRRIBORROA - DRAFT Sarean non eskuragarri - Available at http ://artxiker.ccsd.cnrs.fr/ 40

Quelques lignes dans une note, n. 6, p. 24.

41

Lakarra, Informe, p. 13.

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concreto de las abundantes terminaciones -hV o, más precisamente -ha, que alternaban con otras en -a (la conocida y única forma moderna del artículo determinado) y unas pocas en -hea (pleonásticas de ambas) ». Et Lakarra d’ajouter : « Era obvio, pero no había sido visto por tantos y tantos filólogos y onomásticos que habían hecho estudios particulares de tal testimonio (como K. Mitxelena o H. Knörr)42, ni por todos los que de manera más o menos fugaz habíamos puesto nuestros ojos ahí, que -ha era el paso intermedio entre el *har demostrativo reconocido por todos como origen del artículo y la forma -a de éste, documentada así y solo así en vasc. histórico, pero en clara concurrencia con el viejo -ha en la Reja (s. XI) ». Cela étant, et malgré le fait que dans ses Preliminares, Lakarra affiche une ambition de clarté (« En lo que sigue expondré con cierto detalle y la mayor claridad posible mi análisis de las supuestas piezas vascas que han sido presentadas a nuestra atención »), le discours de l’auteur est pourtant en bien des endroits de ce rapport officiel et public quelque peu « brouillon »43, aspect confus résultant peut-être d’une rédaction menée dans la précipitation. De temps à autre, il sera par conséquent nécessaire de le démêler, autant que faire se peut, afin de rendre sa « demonstración » la plus claire possible et compréhensible par tous, spécialistes ou non de la langue basque. Lakarra nous dit donc que son étudiant, ledit Manterola, a fait une découverte (« descubrimiento de Manterola ») de grande envergure, ce dont on ne doute pas. Mais quelle est-elle ? La voici : L’apparition dans la Reja d’un h-, un fait connu pourtant depuis des décennies par les spécialistes, devant l’article -a « prouve » selon Lakarra que l’existence dudit article au IIIe siècle de notre ère, voire au IVe siècle, est « imposible » (fr. « impossible ») car il est inconcevable, toujours selon Lakarra, « que la derivación -*har > -a estuviera completada en esa cronología y aun bastante más tarde (toponimia del s. XI. p.e.) ». Procédons par étape et entrons à présent de plein pied dans les détails, comme l’exige au demeurant toute démarche qui se veut scientifique, loin des grandes généralités. Dans ce document du XIe siècle, daté de l’année 1025 plus précisément, on trouve de nombreux toponymes faisant déjà apparaître l’« article » sous sa forme actuelle. Etant donné qu’ils sont nombreux, on n’en citera que quelques-uns parmi ceux ne souffrant aucune contestation : Larrea, Hazpurua, Hurigurrenna, Ermua, Zavalla, Zuhiabarrutia, Olhaerrea, Carrelucea, Zuffia, etc. Manterola choisit en revanche, dans le cadre de sa démonstration, d’en citer quelques-uns présentant un h : Hillarrazaha, Artazaha, Otazaha, Udalha (a. 1025), puis utilisant quelques documents postérieurs, il ajoute : Horriaha (a. 1087), Elhorzaha (a. 1129). De l’existence de ces toponymes et de quelques autres, il tire la conclusion suivante : « (…) toponimo horien amaieran ikusten dugun [sic, i.e. ditugun] -ha horiek artikuluak dire[la], bere garai zaharrenetan erakusleetarik gorde behar zuen hasperena zutenak »44. Soit en français (traduction littérale) : 42

C’est nous qui soulignons. Luis Michelena et Henrike Knörr n’étant plus malheureusement de notre monde, ils n’auront en conséquence jamais la possibilité d’apprécier cette phrase de Lakarra les concernant. Quelques pages auparavant, l’auteur écrit : « Quiero expresar mi más profundo respeto para con Henrike Knörr »... , Informe, p. 6. En ce qui concerne l’opinion était qui celle d’Henrike Knörr sur cette affaire de Veleia, cf. infra, § 69. 43

En ce qui concerne l’aspect « brouillon » des démonstrations de Lakarra, voir l’opinion de Núñez Astrain (cf. infra, § 41). 44

Manterola, 2008, « Euskarazko artikuluak Erdi Aroko agiri bilduma batean », in Oihenart 23, EuskalErromantze Linguistika, II jardunaldietako hitzaldiak. Eusko Ikaskuntza. Oihenart 23, Proceedings of the II. Congress on Basque-Romance Linguistics. Eusko Ikaskuntza, p. 3.

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« (…) ces -ha que l’on constate à la finale de ces toponymes sont des articles qui maintiennent l’aspiration [héritée] des démonstratifs [telle qu’elle devait exister] à leurs époques les plus anciennes [i. e. de ces démonstratifs] ». Et Lakarra d’utiliser aussitôt cette « démonstration-affirmation » de Manterola comme argument définitif dans sa croisade contre l’existence de l’article -a au début de notre ère. Cela étant, le lecteur de ces lignes, simple curieux ou spécialiste, se permettra de poser quelques questions simples : 1) Si les h que cite Manterola représentent véritablement une aspiration comme il l’affirme, comment se fait-il qu’ils n’apparaissent pas dans tous les noms munis dudit « article » apparaissant dans la Reja de San Millán ? Il s’agit pourtant du même document, et nonobstant cela la majorité des noms où apparaît l’« article » ne montrent à aucun moment une quelconque « aspiration » : à aucun moment nous n’avons les formes suivantes : *Larreha, *Hazpuruha, *Ermuha, *Olhaerreha, *Carreluceha, *Zuffiha, etc. 2) Pourquoi, en effet, le rédacteur de ce document médiéval ne note-t-il pas cette présumée aspiration -ha dans tous les noms munis d’un « article » qu’il est amené à citer ? 3) Comment Manterola peut-il dès lors être sûr que, dans les quelques noms munis d’un h qu’il cite, ce h représente en réalité une aspiration ? 4) Quel est l’élément lui permettant d’affirmer que ce h n’a pas été utilisé comme un simple signe pour rompre l’hiatus entre deux voyelles ? Car ce procédé graphique, très bien connu des spécialistes, a de tout temps été utilisé dans plusieurs langues pour supprimer les hiatus nés de la rencontre entre deux voyelles, et cela depuis l’Antiquité. Par exemple, dans les inscriptions messapiennes et vénètes, osques, ombriennes, etc. et même latines, sa principale fonction consistait déjà à annuler l’hiatus : Moldahias (n° 3000), Dehatan (n° 2959), Morkohias (n° 2946), etc. ; en vénète : Oihavos, Koliahiia, etc., mais également dans le latin ahenus, l’ombrien ahesnes, l’osque stahint, le volsque pihom, etc45. Manterola, lui-même, paraît peu convaincu de ce qu’il avance puisque, à un moment donné, il cite le nom basque Abaunza, lequel est attesté au Moyen-Âge sous la forme Habaunçaha avec -çaha, le nom réapparaissant à nouveau dans le même document sous une autre forme Ahabaunçaa avec -çaa46, ce qui montre clairement que la présence du h ne reproduit pas dans le cas présent une aspiration mais au contraire que cette lettre est utilisée pour supprimer l’hiatus né de la rencontre des deux voyelles -a + -a, soit : -aa > -aha. Le doute sur la présence ou non d’une aspiration s’estompe lorsqu’on constate que, dans un document daté de 127847, le nom basque Abarzuza apparaît écrit Auarçuçaa puis, aussitôt après, sous une forme contractée Auarçuça, ce qui montre ici aussi que nous ne sommes pas en présence d’une aspiration. On voit à travers ces quelques questions simples que ce que Manterola et Lakarra présentent comme étant des « certitudes » sont en réalité loin de l’être. Dans ce type de recherche, il faut toujours raisonner simplement.

45

Pisani V., 1964, Le lingue dell'Italia antica oltre il latino, 2e éd., Turin, 378 pages : les inscriptions dialectales (osco-ombrien, avec les célèbres Tabulae Iguvinae ; messapien ; vénète ; ligure ; sicule ; falisque, etc.) ; bibliographie et commentaire ; traductions éventuelles. 46

Plus précisément en l’an 1066 dans un document connu sous le nom de Becerro de Leyre, cf. Ciérvide, R., 1977, « Indice completo de topónimos citados en el Becerro Antiguo de Leire (II) », Fontes Linguae Vasconum, an IX, n° 25, pp. 117-152 ; Ciérvide, R., 1977, « Indice completo de topónimos citados en el Becerro Antiguo de Leire (III) », Fontes Linguae Vasconum, an IX, n° 26, pp. 281-310. 47

Fortún Pérez de Ciriza, L. J., « Colección de Fueros Menores de Navarra y otros privilegios locales (III) », Príncipe de Viana, Año nº 46, Nº 175, 1985, pags. 361-462, voy. pp. 420 et 422.

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Bref, il faut exprimer des idées intelligibles avec clarté, fuir les complications inutiles comme le jargon, et en rester aux faits et rien qu’aux faits. Et ces faits quels sont-ils ? La plus ancienne attestation de l’« article » ou déterminant basque date de l’an 828 de notre ère : pardinam de aranna < (h)aran, -a48. Le deuxième terme basque où apparaît de façon incontestable le déterminant est daté de l’an 869 de notre ère : in larchederra una bacariza < -eder(r), -a49. Le troisième terme basque date de l’an 945 de notre ère : et ad gubernationem armentium larrehederra et gumenzula < -eder(r), -a50. Le quatrième terme euskarien où, à notre connaissance, apparaît le déterminant basque est daté de l’an 947 de notre ère : latus terra de faranlucea < -luze, -a51. Enfin l’autre nom où apparaît également l’« article » est daté entre 945-950 de notre ère : Belasco Ahardia < ahardi, -a52. Il y a donc plus de mille ans, soit à quelques années près treize siècles... , l’« article » ou déterminant basque avait la même forme que celle qu’il a de nos jours, c’est-à-dire -a. Entre cette époque et aujourd’hui, la forme n’a pas varié. On ne peut guère invoquer une quelconque norme ou quelque autre bon usage expliquant cette surprenante stabilité, car la langue basque n’a pendant longtemps été parlée que par de simples paysans, marins et montagnards, à en croire Juan José Larrea de « pauvres diables »53 qui furent guerriers à leurs heures, et que d’autre part cette langue n’a jamais été par le passé celle d’une administration étatique. Cela étant, à en croire les dires de Gorrochategui et de Lakarra, il est absolument « inconcevable », totalement « impossible » qu’en l’an 328 de notre ère, bref au IVe siècle, voire au IIIe, et pourquoi pas IIe siècle, bref quelque cinq siècles, sinon plus, avant l’an 828, l’« article » basque ait pu exister sous une forme identique, c’est-à-dire -a. Alors que pendant plus de mille ans, on trouve constamment et dans tous les dialectes la forme -a, Gorrochategui, Lakarra et Manterola affirment — il ne s’agit pas de leur part d’une hypothèse de travail, mais carrément d’une affirmation — qu’entre les IIIe-IVe et VIIIe-IXe siècles, nous aurions eu toute une série de changements phonétiques, bref qu’il se serait produit plusieurs changements en cascade, autrement dit qu’à partir d’un prototype théorique *-kar nous serions successivement passé à *-har, puis de ce *-har à *-ha, et enfin de ce fameux *-ha — que Manterola voit dans les toponymes médiévaux qu’il cite, cf. supra — on serait parvenu à la forme actuelle, c’est-à-dire -a... Soit quatre évolutions phonétiques successives en moins de cinq siècles ! Presque une par siècle... Et cela alors qu’une des principales particularité de la langue basque est sa grande stabilité, admise par les spécialistes qui se sont penchés sur la question — on sait que le basque est une « langue qui s’est très peu modifiée depuis les premiers textes »54.

48

Arzamendi, J., 1985, Términos vascos en documentos medievales de los ss. XI-XVI, Ed. Argitarapen Zerbitzua Euskal Herriko Unibertsitatea, Bilbao, p. 111 ; Orpustan, 1999, La langue basque au Moyen-Âge, Ed. Izpegi, Baïgorry, p. 165, p. 324. 49

Arzamendi, op. cit., p. 202 ; Orpustan, op.cit., p. 315.

50

Arzamendi, op. cit., p. 202 ; Orpustan, op.cit., p. 315.

51

Arzamendi, op. cit., p. 333 ; Orpustan, op.cit., p. 324.

52

Michelena, L., Sarasola, I., 1990, Textos arcaicos vascos, vol. 11 des Anejos del Anuario del Seminario de Filología Vasca « Julio de Urquijo », Ed. Diputación Foral de Guipúzcoa, Saint-Sébastien, pp. 23-24. 53

Larrea, J. J., 1998, La Navarre du IVe au XIIe siècle : peuplement et société, Ed. De Boeck Université, p. 149.

54

Allières, J., 1998, « Michel Morvan : Les origines linguistiques du Basque », in Lapurdum III, pp. 315-317, v. p. 316.

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Puis par la suite, c’est-à-dire à partir du XIe siècle, il n’y aurait plus eu d’évolution phonétique ou presque, voire « à peine ». Avant de citer plusieurs exemples montrant cette grande stabilité de la langue basque, soulignons encore une fois une contradiction remarquable présente dans l’« argumentation » mise en avant par ces auteurs, plus précisément dans celle de Gorrochategui. Ce dernier en effet, dans son rapport officiel, met en avant plusieurs « arguments » des plus singuliers. Ainsi, après avoir rappelé que « la hipótesis comúnmente admitida concibe el surgimiento del artículo determinado (...) a partir de un demonstrativo anterior, según propuso H. Schuchardt », ce qui est inexact puisque le premier à avoir proposé cette hypothèse fut en réalité Van Eys, et après avoir ajouté qu’il s’agit là d’un fait qui « ha sido admitido por todos los lingüistas posteriores », ce qui est également inexact, il cite plusieurs faits de linguistique romane bien connus et qui en conséquence n’apportent rien d’utile au sujet dont il est question ici. Puis il ajoute : « Si esto es así, como se ha creído hasta ahora, la conversión del demonstrativo de lejanía *k(h)a en artículo de lejanía -a tuvo que ser posterior a la creación del artículo románico. Y esta conversión necesitó de mucho tiempo para consumarse (c’est nous qui soulignons) »55. Il poursuit : « No hay verdaderos artículos en textos latinos anteriores al s. VI o VII en las Galias (mais pourquoi citer ici le cas de la Gaule ? cf. infra) ; incluso faltan en algunos de los primeros textos románicos como los Juramentos de Estraburgo ». Il conclut : « Por lo tanto, si el modelo de la creación del artículo vasco está en la evolución románica, no pudo crearse el artículo antes del s. VII-VIII. Además, una vez iniciado el proceso, necesitó tiempo (c’est nous qui soulignons) para pasar de una forma autónoma y acentuada *k(h)a a una forma dependiente, ligada y átona -a, a través de una forma con aspiración -ha ». C’est ici que réside une des principales contradictions de la démonstration de Gorrochategui. Car du VIIIe siècle au début du IXe siècle il n’y a qu’à peine un siècle... , guère plus si nous partons du VIIe siècle. Comment en effet dans ces conditions, Gorrochategui explique-t-il le nom médiéval ARANNA attesté en l’an 828, sans même avoir à mentionner les noms à peine postérieurs de quelques décennies LARCHEDERRA, LARREHEDERRA et FARANLUCEA, etc. et dans lesquels apparaît clairement l’« article » ? Bref, la supposée évolution *k(h)a > -a, laquelle, écrit-il, « necesitó de mucho tiempo para consumarse » se serait alors produite en quelques décennies, voire à peine en plus d’un siècle... Il serait intéressant de connaître la réponse de cet auteur concernant cette contradiction flagrante qui, dans sa précipitation à vouloir trancher, semble lui avoir échappé... On voit bien encore une fois qu’il existe de nombreuses contradictions dans les dires de Gorrochategui, lesquelles viennent s’ajouter à bien d’autres contradictions d’autres auteurs, tels que Lakarra et Manterola cités auparavant. Enfin, lorsque Gorrochategui affirme, catégorique, sans faire preuve de la moindre nuance, que « no hay verdaderos artículos en textos latinos anteriores al s. VI o VII en las Galias » (mais pourquoi « en las Galias » en particulier et exclusivement ? Veleia ne se trouve pas, pour autant que nous le sachions, en Gaule... ) et que « por lo tanto, si el modelo de la creación del artículo vasco está en la evolución románica, no pudo crearse el artículo antes del s. VII-VIII », cet auteur ne prendrait-il pas là le risque de voir sa réputation ternie ? Car si on consulte l’ouvrage de Rafael Lapesa56, un auteur de tout premier ordre, on constate, non sans un certain étonnement, car Gorrochategui n’en parle pas, que les faits sont en réalité beaucoup 55

Gorrochategui, Dictamen, pp. 16-17.

56

Lapesa, R., 2000, Estudios de morfosintaxis histórica del español, T. I, édition de Rafael Cano et M.a Teresa Echenique, Ed. Gredos, Madrid, pp. 360-371.

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plus complexes que ne le prétend pourtant ce même Gorrochategui (et accessoirement Lakarra), lequel non seulement simplifie à l’extrême ces mêmes faits mais de surcroît aurait, a même, clairement tendance à omettre un grand nombre d’autres aspects concernant « los orígenes latinos »57 de l’article. En lisant Lapesa on apprend ainsi que « Rönsch, Wölfflin-Meader, Lindsay y Salonius rastrearon presuntos indicios de artículo en textos latinos y creyeron encontrarlos en Plauto, Nepote, Horacio, Petronio o Apuleyo ; con pleno desarrollo, en las versiones de la Biblia o en la Peregrinatio ad loca sancta »58. Et Lapesa d’ajouter : « Entre los romanistas, Bourciez daba el siglo II como época en que empezó la “debilitación” de los demonstrativos ille e ipse , Grandgent situaba en el siglo IV la difusión del artículo, y von Wartburg, durante el bajo Imperio »59. On est déjà bien loin des affirmations définitives de Gorrochategui... Et lorsqu’on constate qu’un autre savant de tout premier ordre, Albert Dauzat, envisageait lui aussi la possibilité que l’article ait déjà pu exister au Ve siècle60, le doute s’installe désormais durablement. On en conclura donc, de façon tout à fait raisonnable, qu’il y a eu et qu’il continue d’y avoir débat entre spécialistes, « au plus niveau » de surcroît, et que par conséquent cette question est loin d’avoir été définitivement tranchée contrairement à ce qu’affirment pourtant Gorrochategui et Lakarra. 2.3. Stabilité phonétique de la langue basque Revenons maintenant à la stabilité phonétique de la langue basque. Prenons par exemple les mots basques attestés en 1140, soit : uric, « de l’eau » (le terme étant décliné ici au partitif), andrea, « la dame », echea, « la maison », iaona, « le maître », etc. Quelle est leur forme aujourd’hui ? La réponse est : urik, and(e)rea, etxea, jauna, etc. Les formes sont absolument identiques, en neuf siècles aucune évolution n’ayant pu être constatée ! Prenons à présent une forme plus complexe, une forme verbale par exemple : pere pascoal badarrayçu, « Pierre Pascal il vous suit »61 (année 1366), où badarrayçu, « il vous suit » est un verbe servant de surnom. Quelle serait de nos jours en basque l’équivalent de cette forme verbale médiévale et relativement complexe (deuxième personne de politesse -zu et assertion positive ba-) ? La réponse est simple : badarraizu. Identique ! En presque sept siècles, il ne s’est produit en ce qui concerne cette forme verbale aucune évolution, fût-elle de nature phonétique ou morphologique ! On pourra nous rétorquer que tout cela est fort bien, mais que cela ne concerne finalement que la période allant de l’an mil à nos jours. Mais qu’en est-il de la période précédente ? Celle allant du début de notre ère à l’an mil. Durant cette période, cette fameuse stabilité du basque existait-elle déjà ? Et si oui, dispose-t-on d’éléments concrets le montrant ?

57

Lapesa, op. cit., p. 360.

58

Lapesa, op. cit., p. 360.

59

Bourciez, E., 1910, Eléments de linguistique romane, Paris, § 108 , Grandgent, C. H., Introducción al latin vulgar, Madrid, § 392 , Wartburg, W. von, 1934, Evolution et structure de la langue française, Leipzig-Berlin, pp. 31-32. 60

Dauzat, A., 1949, « L’article existait-il au Ve siècle ? », Word, 5, pp. 123-125.

61

Orpustan, op. cit., p. 205.

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La réponse semble être oui, clairement. En effet, si on prend les inscriptions aquitaniques du début de notre ère, bien connues des spécialistes et contenant des noms que l’on considère comme étant « basques », voire comme appartenant à ce que l’on considère être du « proto-basque », qu’y lit-on ? On y lit, par exemple : NESCATO (CIL 314), mais également ANDERE (CIL 138). Or, deux mille ans plus tard, c’est-à-dire de nos jours, en basque les mots neskato, « fillette » et andere, « dame » existent encore. Dans le basque actuel, les mots sont identiques et cela au phonéme près ! Nous n’avons pas l’ébauche d’une quelconque évolution phonétique... D’autre part, dans une inscription du début de notre ère trouvée en Navarre, on lit : VMME SAHAR(i) FI(lius) / NARHVNGESI ABI / SVNHARI FILIO / ANN(orum) XXV T(estamento) P(osuit) S(obrino) S(uo) La traduction pose quelques problèmes d’interprétation, au niveau du sens global notamment ; cependant ces questions ne concernent en rien notre propos, une des traductions possible dans les cercles spécialisés étant celle-ci : « Umme, fils de Sahar, [a érigé ce monument] à son cousin Narhunges, fils d’Abisunhar, âgé de 25 ans, selon son testament ». Les quelques difficultés que soulève cette inscription (VM . ME . SA . HAR constitue-t-il un nom composé ou bien sommes-nous en présence de deux noms ? S’agit-il de l’expression T(estamento) P(osuit) S(obrino) S(uo) ou bien de T(itulum) P(osuit) S(umptu) S(uo) ? ; etc.) ne changent rien au fond de la question, c’est-à-dire que celle-ci fait apparaître deux mots dont la signification dans langue basque actuelle est d’une clarté absolue. Ces mots sont : UMME (litt. VM . ME), en basque actuel ume, « jeune, petit, -e ; enfant ; niño, -a; crío, -a » et SAHAR (litt. SA . HAR), en orthographe basque moderne zahar, « vieux, vieille, vieillard ». Aucune évolution phonétique en deux mille ans ! Dans ces conditions, pourquoi le déterminant ou « article » basque n’aurait-il pas pu avoir au début de notre ère la même forme que celle qui était la sienne en l’an 828, à savoir -a ? On pourra néanmoins nous rétorquer que toute cette démonstration a beau être fort bien tournée, cela ne constitue pas pour autant une preuve de l’existence de ce fameux « article » -a. Certes ! Oui, mais voilà qu’aux adversaires de l’existence ancienne dudit déterminant basque, un obstacle — et de taille — se présente: le fameux, et désormais quelque peu célèbre, IBARRA de l’époque romaine. L’expulse-t-on par la porte qu’il revient par la fenêtre ; s’efforce-t-on de nier son existence, manifestement si peu désirée, que celle-ci a l’inélégance de s’inviter et de venir perturber nos « certitudes bascologiques », surtout, disons-le sans ambages, celles de Gorrochategui et Lakarra. Mais qu’est-ce donc que cet inattendu, mais néanmoins tout à fait réel comme nous le verrons plus loin, IBARRA ? La répétition étant à la base de toute pédagogie, on se permettra donc d’expliquer à nouveau de quoi il s’agit et d’étudier à présent tous les aspects concernant cette inscription funéraire du début de notre ère. Elle fut découverte au tout début du XXe siècle, comme cela a déjà été précisé auparavant, par un érudit local dans la localité de Plasenzuela en Estrémadure. Cette petite localité a livré plusieurs autres inscriptions sur pierre d’époque romaine, plus précisément des stèles funéraires, soit, en incluant celle qui nous intéresse ici, un total de neuf inscriptions sur pierre62. Celle que nous étudions dans le cadre de nos commentaires est la suivante :

62

Hispania Epigraphica Oneline Database : http ://www.ucm.es/info/archiepi/aevh/feo3.html

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D(is) M(anibus) S(acrum) / L(ucius) IVLIVS LASCI/VI (scil. Filius) IBARRA AN(norum) / XXXIII H(ic) S(itus) S(epultus) E(st) / [S(it)] T(ibi) T(erra) L(evis) PATER / F(ilio) F(aciendum) C(uravit) / [- - - LAS ]CIVI / - - -63 Toutes les inscriptions trouvées à Plasenzuela sont considérées comme véritables par la communauté savante et cela depuis toujours. En ce qui concerne l’inscription où apparaît ledit IBARRA, elle a été citée et étudiée par des spécialistes de renom, tels que José Vives64 et María L. Albertos Firmat, un auteur que nous avons déjà mentionné, pour ne citer que les plus prestigieux d’entre eux65. La véracité de cette inscription estrémègne ne souffre aucune contestation, aucun des spécialistes s’étant penchés sur la question n’ayant jamais émis le moindre doute quant à l’origine romaine de l’inscription. L’histoire de cette stèle funéraire est fort simple. La voici : Après sa découverte, elle fut transférée, à l’instar de nombreuses autres stèles antiques découvertes dans la région norbense (Norba étant le nom que portait l’actuelle ville de Cáceres durant l’Antiquité), au Museo de Cáceres pour y être conservée. La stèle et l’inscription qu’elle contenait tombèrent rapidement dans l’oubli et personne parmi les érudits locaux ne se préoccupa plus vraiment de cette affaire, jusqu’à la fin des années soixante où un auteur du nom de Callejo Serrano écrivit un article sur le sujet dans la prestigieuse revue espagnole Zephyrus66. Quelques années plus tard, M. L. Albertos Firmat, spécialiste de l’onomastique antique dans la Péninsule, reprit la question en écrivant un autre article, désormais célèbre, intitulé « Los nombres eúscaros en las inscripciones Hispanorromanas y un Ibarra entre los Vettones ». Cet article ne rencontra curieusement aucun écho en Pays Basque... Il est pourtant hautement improbable que Luis Michelena et d’autres n’en aient pas eu connaissance. Quoi qu’il en fût, l’affaire, à notre connaissance du moins, ne fut jamais mentionnée dans le cercle des Etudes Basques et ce jusqu’en 1986 où Alfonso Irigoyen, un spécialiste de la langue basque ayant marqué le monde de la bascologie au cours des dernières années du XXe siècle, mentionna, certes brièvement mais en faisant preuve d’une grande clarté, les nombreux problèmes théoriques que soulevait cette inscription en ce qui concerne l’origine de l’« article » basque. A la fin des années quatre-vingt dix, par le plus grand des hasards nous découvrîmes à notre tour le sujet grâce à la lecture dudit article d’Irigoyen qui, lui aussi et curieusement, n’avait rencontré aucun écho dans le milieu des études euskariennes, cela malgré le statut incontesté de l’auteur. Voilà pour la petite histoire de cette inscription antique, une petite histoire fort instructive qui méritait que l’on s’y attarde un peu. Or, et contrairement à ce qu’affirment souvent Gorrochategui et Lakarra, les « certitudes » sont en sciences humaines, « bascologie » incluse, peu nombreuses. Cela étant, dans le cas présent, celui de cette inscription estrémègne, la communauté savante se trouve face à deux faits considérés comme acquis : Premier fait.

63

Description de la stèle funéraire, actuellement conservée au Museo de Cáceres : « Estela de granito fino gris, con cabecera semicircular adornada con exapétala que tiene un botón central y dos hojas de hiedra en la parte inferior. Neto rabajado. » 64

Vives, J., 1971, Inscripciones latinas de la España romana, Barcelone, p. 586.

65

Les autres étant : M. Roso de Luna, 1904, « Nuevas inscripciones romanas de la región Norbense ». BRAH 44, pp. 119-120, nº 1 ; C. Callejo Serrano, 1967, « Cédulas epigráficas del campo norbense », Zephyrus 18, pp. 107-109, nº 17 ; déjà cité José Vives, 1971, Inscripciones latinas de la España Romana : Antología de 6800 textos, Barcelone ; et, également déjà cité, M. L. Albertos Firmat, 1972, « Los nombres eúscaros en las inscripciones Hispanorromanas y un Ibarra entre los Vettones », Arqueología Alavesa 5, pp. 213-218. 66

Callejo Serrano, C., op. cit., « lám. XIII ».

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L’inscription est d’époque romaine. Bien qu’elle ne puisse être datée avec précision, comme cela est souvent le cas pour la plupart des inscriptions de ce type, il est probable qu’elle a été réalisée entre le Ier et le IIIe siècle de notre ère. Deuxième fait. Le nom qui y apparaît clairement, autrement dit IBARRA, n’est pas un nom latin ni un nom grec. Il ne s’agit pas non plus d’un nom celte ou « para-celtique », voire « proto-celtique ». Il ne s’agit pas non plus d’un nom germanique. Il ne s’agit pas d’un nom illyrien ou « proto-llyrien » ou issu d’une langue parlée en Europe centrale durant l’Antiquité. Il ne s’agit pas non plus d’un nom attesté en Afrique du Nord ni au Moyen-Orient durant l’Antiquité. Mais alors de quoi s’agit-il ? La réponse ne peut être que celle-ci : il doit donc s’agir, comme l’avait déjà présenti Albertos Firmat, reconnue par ses pairs comme une autorité en matière d’onomastique antique, d’un nom que nous qualifierons de « paléo-hispanique », dans le cas présent cette expression ne pouvant signifier que « basque » ou « bascoïde » ou « paléo-pyrénéen », voire, si on préfère, « vascon ancien ». Peu importe, il ne s’agit là finalement que d’un débat sémantique mineur et secondaire. Autre constatation : IBARRA, encore de nos jours, signifie en basque « le vallon, la vallée » < ibar(r), -a67. Ici, encore une fois et quoique disent, ou plutôt ne disent pas, les « reconstructeurs » du « proto-basque », la simplicité est gage de vraisemblance ! Afin de n’écarter aucun aspect concernant cette question, voyons à présent avec le lecteur, fût-ce le simple curieux de passage, intéressé par le sujet, quel pouvait bien avoir été le parcours de cet individu, ce fameux L(ucius) IVLIVS IBARRA. Posons à présent des questions simples car ce sont toujours les meilleures : comment se fait-il qu’on ait trouvé un nom euskarien en dehors des régions présumées de langue basque durant l’Antiquité, c’est-à-dire dans le cas présent dans une région située à plus de 600 kilomètres de l’actuel Pays Basque ? La réponse n’est pas bien compliquée. C’est même là un phénomène d’une grande banalité durant l’Antiquité68. Il n’y a rien de plus banal en effet durant l’Antiquité que la mort surprenant des individus loin de leur patrie d’origine. Quelques exemples afin de ne pas alourdir inutilement la présente démonstration, car les cas peuvent se citer par dizaines. On a retrouvé dans l’ex-Yougoslavie une stèle funéraire69 où le défunt mentionné est d’origine cantabre :

67

Notons l’existence dans le parler berbère d’Algérie, c’est-à-dire en kabyle, du suffixe démonstratif –a, « ce... –ci », par exemple argÈaz, « homme » mais argÈaz-a, « cet homme–ci », cf. Dallet, J.-M., 1982, Dictionnaire kabyle-français, Ed. SELAF, Société d’études linguistiques et anthropologiques de France, Paris, p. 1., cf. suffixe –a. Une influence latine semblerait dans le cas présent peu probable.

68

Citons María L. Albertos Firmat, op. cit., p. 215 : « (…) ¿ Quién era este individuo ? ¿ Cómo fue a parar a la tierra de los Vettones, a la provincia romana de Lusitania, desde sus montañas [pyrénéennes] de origen ? Este es el problema para el cual tal vez la parte que falta de la inscripción nos hubiera dado alguna pista, y ahora sólo podemos en su lugar ofrecer algunas hipótesis ». Quoi qu’il en soit, « [n]uestro individuo aparece plenamente romanizado : Lucius Iulius Ibarra, hijo de Lasciuus, ciudadano romano sin duda, si atendemos a que lleva los tria nomina, y con absoluta seguridad, por su cognōmen indígena, de procedencia vascona o al menos de una región de habla vasca (c’est nous qui soulignons) (…) En cualquier caso, la clave del secreto está en el fragmento que nos falta de la piedra. Y fuera a la tierra de los Vettones por motivos militares, serviles o de simple interés particular, creemos más bien que Ibarra estaría ya relativamento afincado en aquella tierra y que probablemente el soldado, o el siervo o el viajero que se estableció cerca de Norba [act. ville de Cáceres, Estrémadoure] sería su padre Lasciuus (...) Lo que no quita de todos modos el interés que desde el punto de vista lingüístico ofrece el nombre, uno de los pocos nombres vascos claramente documentados en la vertiente meridional de los Pirineos, aunque no podamos llegar a saber de qué zona concreta procedía y qué motivos le llevaron a morir entre los Vettones de la Colonia Norbensis Caesirina ». 69

Mircović, Miroslavei, 1968, Römische Städte an der Donau in Obermoessien, Belgrade, p. 86.

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CRIPVS BE(ene)F(iciarius) DO(mo) AMIN(icum ?) AQVI F(ilius) SE(verus ?) VISI(t) ANN(is) XXX MERVI(t) ANNI(s) VI IN COH(orte) I CANTABRORVM HERES FA(ciendum) C(uravit) Soit : « ...le bénéficiaire Crispus Sévère de la tribu [cantabre] Aminico (?) fils d’Aquo. Il vécut trente ans. Il servit six ans au sein de la Ier Cohorte des Cantabres. Son héritier s’est chargé de l’ériger [cette épitaphe] ». On a également retrouvé dans les mines d’El Centenillo, dans la Sierra Morena, province de Jaén en Andalousie, l’inscription suivante70 : D(is) [M(anibus) S(acrum)] / PATERNVS / CANT(aber) ORGEN/OME(scus) F(rater) F(ecit) / AN(norum) XX Soit : « Paternus âgé de vingt ans. Les Cantabres de la tribu des Orguénomesques l’ont érigé [ledit momument] » A l’époque, c’est-à-dire après que la Cantabrie fut intégrée à l’Empire, il existait en effet une émigration d’origine cantabre vers le Sud de la Péninsule. Ces derniers se rendaient dans la province romaine appellée Baetica, c’est-à-dire l’actuelle Andalousie, à la recherche de travail, probablement poussés par la misère71. Ils allaient travailler comme mineurs dans les célèbres mines de la Sierra Morena. Poursuivons. Au XIXe siècle, une inscription funéraire fut découverte en Espagne. Il s’agissait d’une épitaphe trouvée dans les environs de Sagonte en Espagne72, une localité située au cœur de la province de Valence. Par la suite, l’épitaphe fut malheureusement perdue. L’inscription a toutefois pu être datée avant de disparaître, « parce que l’origine du dédicant est donnée par son nom ethnique, d’avant l’époque flavienne »73. Celle-ci mentionnait de façon explicite l’origine de l’individu concerné par cette épitaphe. L’origo ethnique du défunt spécifiait qu’il s’agissait d’un Tarbelle : Lucius Valerius Muntanus Tarbellus. L’inscription complète était : L. VALERIVS MVNTANVS TARBELLVS IIII S[ig] NANVS74 70

Hispania Epigraphica : CILA III, 64 = HEp 5, 1995, 381

71

Quoique cela puisse paraître quelque peu incroyable, au XXe siècle les paysans de la province de Santander où habitaient les Orguénomesques de l’Antiquité, c’est-à-dire la partie occidentale de la Cantabrie actuelle, avaient encore l’habitude, à l’instar de leurs ancêtres, d’émigrer en Andalousie ! Les habitants de Santander donnent à leurs compatriotes se rendant fréquemment en Andalousie le surnom de Jándalos, soit « Vandales », cf. González Echegaray, J., 1997, Los cántabros, Ed. Estvdio, Santander, p. 57. 72

CIL II, 3876 : ILER 6343.

73

Tobie, J.-L., 1991, « A propos de l’antiquité de Bayonne », dans Histoire de Bayonne sous la direction de Josette Pontet, Ed. Privat, pp. 9-23, v. p. 19. 74

La dénomination de Tarbelli quatuorsignani (« Tarbelles aux quatre signes », étendards ou peuples) indiquait que ceux-ci devaient fédérer quatre tribus. Signalons que Pline cite également parmi les peuples aquitains les Cocosates sexsignani, c’est-à-dire « aux six étendards » ou tribus. Ils habitaient au nord des Tarbelles. Jean-Pierre Bost, « Dax et les Tarbelles », publié dans le Recueil des actes du Congrès de Dax et Bayonne « L ’Adour maritime de Dax à Bayonne », p. 29, pense que « l'interprétation “militaire”, malgré les apparences, ne donne pas réellement satisfaction. Il faut donc essayer une autre hypothèse, celle qui donne à signanus un sens “civil”, celui d'agglomérat de tribus ou de petits groupes formant une tribu. Cette idée apparaît à deux reprises dans l’Histoire de la Gaule de C. Jullian. Appliquée d'abord aux Cocosates, elle a été finalement étendue par l'historien aux Tarbelles, mais aussi aux Auscii et à ceux qu'il appelle les Bigerriones. Tous pourraient n'avoir été que “des sociétés de tribus groupées par l'Empire romain après la conquête” (c'est moi qui mets le pluriel). Je ne partage pas cette opinion, tout du moins la partie qui suggère que ces peuples auraient été des fabrications romaines, ce qui est faux, puisqu'ils ont été les adversaires de Crassus. Leur nom a 19


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DOMV NARB(one)…………….. …………………………………… Soit en français : « L. Valerius Muntanus75 Tarbelle des quatre signes maison Narb. …………….. …………………………………… » On pense en outre qu’il était originaire de l’actuel Pays Basque continental car, comme on peut le constater à la lecture de l’inscription, celle-ci indiquait également son domicile : Domu Narb.76. Or, le village d’Arbonne en Labourd, Arbona en langue basque, s’appelait jusqu’au XIIe siècle Narbona (Narbona, 1188-1194, en gascon Narbonne, 134977) et il n’existe, de l’avis général, aucun autre endroit en Aquitaine portant un tel nom. Notons enfin, à titre de curiosité, que notre Tarbelle résidait en plein cœur du pays des Ibères. Un dernier exemple. On a trouvé à Tarragone une inscription funéraire du IIIe siècle sur laquelle figure le nom d’un Galicien de l’Antiquité, c’est-à-dire un CALLAECVS, qui mourut fort loin de sa patrie, c’est-à-dire un bon millier de kilomètres : Q(uintus) VOCONIVS / RVFINVS CALL/AECVS HIC SEP/VLTVS EST AN/NORVM XXXV / QVETA VOCONIA / PATRONO BENE / MERENTI78 Et l’on pourrait multiplier les exemples à l’envi. C’est pourquoi le fait qu’un Vascon ou un Pyrénéen de l’Antiquité de langue basque au nom si basque (quoi de plus basque en effet que le nom IBARRA !) soit mort dans la région de Norba, en pays vetton, à plus de 700 kilomètres de sa patrie pyrénéenne, est d’une grande banalité, car durant les premiers siècles de notre ère, les déplacements des individus à l’intérieur des frontières de l’Empire étaient, contrairement à ce que pourrait croire le grand public, relativement fréquents et nombreux, quelles que fussent par ailleurs les raisons de ces voyages : militaires, commerciales, etc79. 2.4. Les noms antiques TYCHIA, ILLUNA et VLIA Elexpuru mentionne deux noms intéressants apparaissant dans une même inscription, aujourd’hui perdue, trouvée dans la localité alavaise de Trespuentes, à savoir : été simplement latinisé ensuite pour les besoins du récit césarien. Il me semble pourtant que l'emploi de signanus s'applique effectivement à la composition de la tribu, mais pas tout à fait comme le supposait Jullian. C'est une expression de Strabon que je crois proche, qui m'a incité à me rallier à cette hypothèse. Je me suis demandé si l'on ne pouvait pas y voir un équivalent du grec mérê, qui signifie “partie d'un tout”, à la fois au sens “civil” et au sens militaire. Lorsqu’il parle de l'armée salyenne, le géographe dit qu'elle était composée de dix unités juxtaposées, renvoyant à dix “peuples” différents. Si la comparaison est correcte, elle laisserait entendre que les Tarbelles et les Cocosates étaient constitués respectivement de quatre et six rameaux distincts. C'est la solution que P.-M. Duval a jugée la meilleure, c'est celle aussi que j'ai retenue dans le passage déjà cité de Landes et Chalosses ». 75

Muntanus, « montagnard » fait ici office de cognōmen, c’est-à-dire de surnom.

76

Bost, J., Fabre, G., 1983, « Quelques problèmes d'histoire dans deux cités de l'Aquitaine méridionale à l'époque gallo-romaine », Aquitania, I, p. 29. 77 Le nom labourdin a dû perdre par la suite, signale Orpustan, « la nasale initiale » par analogie avec les nombreux toponymes basques à arb- initial, cf. Orpustan, J.-B., 2004, Nouvelle toponymie basque, P.U.B., § 16, p. 15. Le nom est identique en outre à celui de la localité ibérique appelée de nos jours Narbonne (Aude, Languedoc-Roussillon). 78

Hispania Epigraphica : RIT 384 = AquaeFlaviae 00318.

79

Petit, P., 1983, « La “paix romaine” et la diffusion du christianisme », dans Les premiers chrétiens : la rencontre avec la civilisation gréco-romaine. T III. Historiens et exégètes à Radio-Canada, Interviews révisées par les auteurs et présentées par Gilles Langevin, Editions Bellarmin, Montréal - Editions du Cerf, Paris, pp. 11-21, v. p. 16.

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RHODANUS ATILI F(ilius) SERVOS AN(norum) L TICHIA UXOR [ill]UNA SOCRA. I(c) E(est) Il traduit : « Aquí yace Ródano, siervo, hijo de Atilio, de 50 años de edad. Pusiéronle esta memoria su mujer Tiquia y su suegra Illuna »80. Elexpuru poursuit : « ILLUNA y TICHIA en un barrio de Iruña-Veleia. A Gorrochategui, que cita a Helasse (ver 2.3 ) afirmando que “cuya H inicial es precisamente el único rasgo de evidencia de vasquidad en la zona” (pag. 13), se le olvida curiosamente mencionar en su informe la palabra ILLUNA (o eluna), a pesar de que habla de ella en varias de sus obras »81. Il ajoute : « Dicha palabra estaba escrita en una lápida, hoy desaparecida, que se halló en el quicio de una casa de Trespuentes (al lado de Iruña-Veleia) en el s. XIX, y fue analizada y transcrita por el Padre Fidel Fita en el citado siglo. Por lo visto, las tres primeras letras estaban cortadas por la mitad, pudiéndose leer IIL, o ILL. Según Gorrochategui, se trataría de un antropónimo femenino, que se puede interpretar como Iluna (oscuro) ». L’auteur conclut : « Si así fuera, nos encontraríamos con un caso clarísimo de artículo, puesto que la raíz de la palabra es ilun »82. En effet, de quoi pourrait-il s’agir sinon ?83

80

Elexpuru, J. M., 2009, Comentarios y objeciones a los informes de los profesores Gorrochategui y Lakarra sobre los grafitos en euskera de Iruña-Veleia, 15 mai 2009, Bergara, pp. 10-11. 81

Elexpuru précise : « Por ejemplo, en Estudio sobre la Onomástica indígena de Aquitania. Bilbao 1984, EHU / UPV ; ó “The Basque Language and its neighbours in Antiquity”, 1995 ; ó “Antzinateko euskararen nondik norakoak”, Euskaltzaindia 2001 ». 82

Présence de l’« article » qui paraît totalement assurée dans les noms médiévaux basques Pero Yluna, Pero Garçia Illuna, Johan de Yluna que cite Irigoien, A., 1994, Pertsona-izenak euskaraz nola eman (eta exotoponymiaz eraskin bat), Euskal Ikaskuntzen Institutua, Deustuko Unibertsitatea, Bilbao, p. 264, § 3.357.

83

En ce qui concerne l’autre nom, Tychia, Elexpuru pense qu’il pourrait également s’agir d’un nom basque : « Me atrevería a contradecir al Padre Fita [pour lequel « Fácil se hace suponer que la raíz de Tichia sea (fortuna) »] en lo que respecta al significado de Tichia y a proponer que bien pudiera tratarse de Tikia (Txikia), “Pequeña”. Todavía se pronuncia así en algunos dialectos. < ch > se leía / k / en aquella época. Todo apunta a que la mujer del fallecido se llamaba Tikia y la suegra Illuna. Se trata de una familia de siervos, seguramente autóctonos. Así pues, tendríamos nada menos que dos artículos en ésta lápida ». Malgré l’aspect ingénieux de cette conjecture d’Elexpuru, il nous est cependant difficile d’y adhérer. Il doit tout simplement s’agir du nom grec, ou plutôt du surnom, d’une affranchie, un nom grec apparenté à celui qu’on trouve en 21


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Si la leçon ILLUNA est correcte, et il semblerait qu’elle le soit, en tout cas Gorrochategui y adhère, on voit pas ce que ce nom, trouvé cette fois-ci en territoire alavais, pourrait signifier d’autre sinon « l’obscur(e) » = ilun, -a. En conséquence, on aurait peut-être là84 une autre confirmation de l’existence de l’« article » durant l’Antiquité. Curieusement ni Gorrochategui, comme le fait remarquer Elexpuru, ni Lakarra, pas plus que Manterola, ne mentionnent à aucun moment dans leurs rapports et article cet anthroponyme « alavais » du début de notre ère. Un autre nom de l’Antiquité ayant fait l’objet de plusieurs commentaires, parfois de la part d’auteurs de tout premier ordre tels que Lafon, est celui de VLIA : « Ville de Bétique (Ούλία de Strabon), dans la région de Cordoue. D’après Hirtius (De bello Alexandrino, 61, 3), Vlia in edito monte posita est. Probablement Montemayor »85. Il s’agit manifestement, comme le fait également remarquer Lafon, du même nom que celui du monte Ulia qui domine Saint-Sébastien. S’agit-il de uli suivi de l’« article » défini -a ? Lafon signalait que ce nom guipuzcoan « n’a pas d’étymologie » connue et, prudent, préférait ne pas se prononcer de façon définitive en ce qui concerne la présence ou non dans ces noms, l’ibère et le basque, de l’« article » défini -a. 2.5. Esquisse de « conclusion » La « conclusion » de tout cela est simple : il ne suffit pas d’affirmer comme le font régulièrement Gorrochategui et Lakarra, encore faut-il pouvoir démontrer de façon convaincante ce qu’on avance. Ainsi, ces deux auteurs, auxquels est venu dernièrement se joindre un troisième, c’est-à-dire Julen Manterola cité plus haut, devraient s’ils veulent être suivis en ce qui concerne l’origine de cet « article » -a, d’une part surmonter, s’ils le peuvent, les contradictions dans lesquels eux-mêmes se sont enfermés, et d’autre part nous expliquer, de façon si possible convaincante, ce qu’est véritablement ce nom de l’Antiquité, à savoir IBARRA, ce que manifestement ils ne font pas. En conséquence, si au IIe ou IIIe siècle on a un nom « paléo-pyrénéen » tel que IBARRA et si d’autre part en l’an 828 on trouve un nom tel que ARANNA, et en 869 un autre tel que LARCHEDERRA, quoi de plus banal en effet que de trouver dans les inscriptions de Veleia des mots tels que SUA, LUR[R]A, etc. ? Où est par conséquent dans cette affaire l’aspect prétendument « incroyable », si tant est qu’il y en ait un, de que « algo así se diera en vascuence de la antigüedad » ? Affirmer par conséquent, de façon catégorique qui plus, qu’à cette époque l’« article » ne pouvait en aucun cas exister, que cela est absolument « impossible », et ajouter aussitôt que la présence dans ces inscriptions de l’« article » -a constitue à elle seule une preuve de falsification est, dans le cadre d’une recherche prétendue scientifique, ou du moins qui ambitionne de l’être, parfaitement téméraire. Gaule sous la forme Eutychia, cf. Pelletier, A., 1984, La femme dans la société gallo-romaine, Ed. Picard, Paris, p. 81. 84

Il faut cependant faire preuve d’une extrême prudence car l’existence dans les inscriptions oghamique d’un nom identique ILLUNA que cite Macalister, R. A., 1945, Corpus Inscriptionum Insularum Celticarum Vol. I : The Ogham Inscriptions of Ireland and Britain, 2e éd. 1997, Four Courts Press, Dublin, p. 409, et dont ni Gorrochategui ni Lakarra ni Elexpuru ne paraissent connaître l’existence fait difficulté. S’agit-il du même nom ? L’origine pré-celtique de ce nom de la Britannia de l’Antiquité ne semble pas faire de doute. C’est là le seul élément ne faisant pas, semble-t-il, débat. On sait que l’Irlande, l’Hibernia de l’Antiquité, et une partie de ladite Britannia, étaient avant l’arrivée des populations celtiques, arrivée relativement tardive à en croire les spécialistes de ces questions, peuplées de populations autochtones dont l’origine est inconnue et dont certains auteurs pensent qu’elles auraient été d’origine « ibéroïde », c’est-à-dire originaires de la péninsule Ibérique. Ce sujet, vaste et complexe, ne peut être traité dans le cadre des présents commentaires ; cf. Sjoestedt, M.-L., 1940, Dieux et héros des Celtes, Ed. P.U.F., Paris, pp. 6-7 et p. 9, qui signale que les récits mythiques [irlandais] « représente[nt] les Fomôire [trad. « les démons inférieurs »] comme des puissances autochtones [i. e. pré-celtiques], éternellement refoulées en marge du monde aménagé par les races civilisatrices [i. e. celtiques] ». Un sujet vaste donc que nous n’aborderons pas ici. 85

Lafon, R., 1958, « Noms de lieux d’aspect basque en Andalousie », tiré à part des Actes et Mémoires du 5e Congrès International de Sciences Onomastiques, vol. II, Salamanque, pp. 125-134, v. p. 127, § 6.

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3. A propos de la « falta de ergativo » Gorrochategui : « Estas piezas muestran unas formas tan actuales86 en sus posesivos, pronombres personales, participios, etc. que es lógico pensar que la lengua también tuviera un ergativo. Sin embargo, documentamos frases incorrectas desde ese punto de vista »87. Nous sommes totalement en accord avec les dires de Gorrochategui. Il n’y a aucune raison pour que l’ergatif n’ait pas existé au IIIe siècle. Mais l’analyse critique de cet auteur s’arrêtant là, nous n’en saurons pas beaucoup plus de sa part. Lakarra se montre, lui, en revanche plus prolixe sur la question. Le contenu de ses écrits ainsi que le ton employé pourront cependant surprendre. Après avoir écrit dans son rapport que « [n]o es mucho lo que sabemos sobre la historia del ergativo vasc. »88, ce qui pourrait constituer une lapalissade, il poursuit : « Incluso un euskaldunberri poco adelantado echaría en falta ahí tres marcas -k (*neuk, *rebak, *atak) ». Nous laisserons à Lakarra la responsabilité de ses jugements de valeur. Remarquons simplement que cette absence d’ergatif serait plutôt un argument en faveur de ceux qui pensent qu’il ne peut guère s’agir d’une falsification. En effet, un falsificateur, fût-il « euskaldunberri », c’est-à-dire « néo-bascophone », n’aurait jamais commis une telle erreur, c’est-à-dire une faute aussi grossièrement élémentaire, le niveau des falsificateurs qui ont pu exister au cours de l’histoire ayant de tout temps été relativement correct dans le domaine où ils ont opéré. Nous laisserons également à Lakarra la responsabilité des dires suivants ― surprenants à bien des égards tant sur la forme que sur le fond en ce qui concerne un chercheur de ce niveau ―, et que l’auteur donne pourtant en forme de « conclusion » : « Resultaría, por tanto, mucho más verosímil que esas frases fueran debidas no a vascos [sic, “verbos vascos”] inergativos del III [sic, siglo III] sino a pseudo-euskaldunberris o aspirantes a euskaldunberri (sic) de fines del s. XX o comienzos del siglo XXI que no estuvieran muy atentos al tratar el tema en clase ; dado que por los soportes y el lugar de los hallazgos tal hipótesis es inviable, alternativamente (cf. coda final), solo podemos pensar en aficionados a la falsificación que no supieron evaluar las consecuencias de la supresión de una -k (o forma arcaica correspondiente) en textos que se quisieran del III [sic, siglo III] »89. Malheureusement, ou heureusement, les comportements constituant le quotidien du genre humain sont en règle générale plus complexes que ne le prétend Lakarra dont la vision simpliste et quelque peu manichéenne de la réalité ne cessera jamais d’étonner le lecteur. Prenons à présent un texte de Txomin Peillen90, membre titulaire d’Euskaltzaindia depuis des décennies. Qu’y lit-on ? A la page 455, il écrit : « Zoritxarrez Jean-Louis Davant kontatu zidan gisan (…) » en lieu et place d’un correct « Jean-Louis Davantek kontatu zidan gisan (…) ». La marque de l’ergatif n’apparaît pas… On pourra rétorquer qu’il s’agit d’une erreur d’imprimerie. Oui, mais à la page 465, il écrit à nouveau : 86

En ce qui concerne l’aspect soi-disant « moderne » de ces inscriptions, cf. supra, § 2.3.

87

Gorrochategui, Dictamen, p. 16.

88

Lakarra, Informe, p. 17.

89

Lakarra, Informe, p. 17.

90

Peillen, Tx., 1998, « Urrüstói, Atharrátze, Líginàga edo zubereraren egiazko doiñuez (Urrüstói, Atharrátze, Líginàga or the authentic intonations in the suletine Basque) », Antoine d’Abbadie 1897-1997. Congrès International. (Hendaye, 1997). - Donostia / San Sebastián, Eusko Ikaskuntza ; Bilbao, Euskaltzaindia, pp. 453-472.

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« (…) ezen Joan Coromines erakutsi bezala (…) » au lieu d’un attendu « Joan Corominesek erakutsi bezala ». Dans la même page, il écrit : « (…) Jacques Allières idatzi zuen » au lieu de « Jacques Allièresek idatzi zuen (…) » et à la ligne suivante il écrit « Hector Iglesias (…) dio » pour un « Hector Iglesiasek (…) dio »… Pourtant Txomin Peillen n’omet jamais l’ergatif lorsqu’il parle en basque contrairement, force est de le constater, à ce qu’il se passe lorsqu’il l’écrit… On rétorquera que c’est un « euskaldunberri », c’est-à-dire un « néo-bascophone », comme lui-même le proclame haut et fort à qui veut bien l’entendre ; il a appris le basque à l’âge adulte, comme une grande partie des membres de l’« intelligentsia » basque, depuis la plupart des dirigeants indépendantistes et des cadres dirigeants du PNV jusqu’à de nombreux académiciens basques du Nord et du Sud, en passant par une foule de professeurs, universitaires, hommes politiques, etc., voire par le fondateur du PNV en personne, Sabino Arana, et l’ancien président du gouvernement basque, M. Ibarretxe… Cet apprentissage tardif du basque par Txomin Peillen pourrait alors expliquer qu’il ait omis à plusieurs reprises de marquer l’ergatif à l’écrit. Il s’agirait d’une sorte de réflexe caractérisant la structure mentale des « euskaldunberris ». L’explication est séduisante mais… parfaitement fausse ! Pourquoi ? Parce que lorsque nous étions étudiant à l’Université, il y a une vingtaine d’années, nous avons eu l’opportunité de côtoyer longuement de nombreux jeunes, la plupart d’origine bas-navarraise, dont la quasi-totalité, issus du monde rural, avaient eu l’euskara pour langue maternelle. Certains d’entre eux ne savaient même pas parler français ou à peine quelques mots quand, à peine âgés de quatre ou cinq ans, voire six ans, ils furent scolarisés pour la première fois au sein de l’école française. C’était à la fin des années soixante. Qu’y a-t-il de surprenant à tout cela ? Rien, si ce n’est que lorsque la plupart de ces jeunes devaient rendre des dissertations en langue basque, la plupart omettaient de marquer l’ergatif à l’écrit… alors que dans leur bavardage quotidien en basque, l’ergatif n’était jamais oublié. On ne peut donc guère invoquer en ce qui concerne ces jeunes bascophones un apprentissage tardif de la langue basque expliquant une omission répétée à l’écrit de la marque de l’ergatif. Et pourtant ils l’omettaient bien des fois, ce qui leur valait quelques remarques bienveillantes de l’enseignant. Nous avons un souvenir parfaitement clair de cette époque. Et le fait que nous ne sachions pas expliquer pourquoi ces jeunes bascophones dont le basque était la langue maternelle oubliaient de marquer l’ergatif à l’écrit ne change rien à l’affaire qui nous occupe ici, à savoir qu’ils l’omettaient. Ainsi le fait que la marque de l’ergatif n’apparaisse pas dans les inscriptions de Veleia ne prouve rien. On ne peut en tirer absolument aucune conclusion, encore moins des conclusions définitives, contrairement à ce que fait de façon péremptoire Lakarra. Au contraire, l’absence de la marque d’ergatif aurait plutôt tendance à plaider en faveur de l’authenticité de ces textes. 4. L’« aspiración » Le sujet des graphies antiques censées montrer une aspiration est d’une grande complexité, beaucoup plus complexe en tout cas que ne le laissent entendre Lakarra et Gorrochategui qui voient à tort des h aspirés dans grand nombre d’inscriptions aquitaniques et « basco-médiévales ». Car les faits sont loin d’être d’une clarté absolue. D’une part, comme cela a déjà été constaté auparavant, en ce qui concerne les noms basques médiévaux, dans bien des cas du h n’indiquait en rien une quelconque aspiration ; cette lettre était simplement utilisée pour rompre un hiatus (-(t)zaa > -(t)zaha, etc.), cet usage graphique remontant à l’Antiquité et étant utilisé dans bien des langues.

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Bref, dans cette question concernant la présence et l’origine présumée des h dit aspirés, ou censés noter une prétendue aspiration primitive, en basque étant d’une grande complexité, il faudra faire preuve d’une prudence extrême afin d’éviter de s’abîmer dans des généralisations trop hâtives et abusives. Gavel ne dit rien d’autre lorsqu’il fait remarquer que « les dialectes basques français eux-mêmes présentent entre eux de fréquentes différences en ce qui concerne, dans un grand nombre de mots, la présence ou l’absence de l’aspiration »91. Et l’auteur d’ajouter : « Ces différences portent parfois sur des mots extrêmement usuels : ainsi, l’adjectif qui signifie “bon” se présente en lab. et en bas-nav., sous la forme on, et en soul. sous la forme hun. Sur le territoire d’un dialecte, un même mot peut se présenter avec une h92 dans certaines localités, et sans h dans d’autres ». Mais encore : « Enfin des mots de même racine peuvent, dans un même basque, offrir des différences quant à l’usage de l’h : ainsi, en souletin, la locution conjonctive alabadè, qui correspond à peu près, en français, à “c’est égal” ou à “tout de même”, employé comme une sorte d’interjection dans le langage familier, n’a point d’h, bien qu’elle doivent apparemment s’interpréter hala ba-da ere ». L’auteur mentionne ensuite un autre exemple « plus curieux » encore : celui du verbe joan, « aller » (litt. « allé(e)(s) ») dans le bas-navarrais occidental actuel et dont le radical -oa- augmenté d’un h, soit -oa- > -oha- en empêche la confusion avec le participe passé joan, d’où il s’ensuit qu’en bas-navarrais occidental on dira joan hiz, « tu es allé » mais johan hiz, « tu vas », joan zira, « vous êtes allé » mais johan zira, « vous allez », etc. On voit que tout cela est loin d’être simple, l’origine d’un grand nombre des h aspirés en basque, dont la présence est souvent d’explication malaisée, étant récente. Lorsque Gorrochategui écrit « una cuestión segura de la fonología del vasco antiguo es la presencia de aspiración »93 son affirmation est non seulement trop tranchée, mais son principal tort est surtout de généraliser ce phénomène à tous les territoires de langue basque et à toutes les époques. Il faut en effet faire preuve d’une grande prudence dans cette affaire94. C’est pourquoi il sera fait encore une fois appel à des auteurs, non seulement de premier ordre, mais également comptant parmi les plus mesurés et les plus prudents en la matière. Gavel, qui cite Azkue95, un autre auteur de tout premier plan, résume et explique parfaitement le fond du problème : « Mr Azkue (dicc., I, pp. 373-374) signale comme une preuve possible96 de ce que, à un moment donné, l’h aurait été commune à tout le pays basque, le fait que dans le texte biscayen Refranes y

91

Gavel, op. cit., pp. 451-452, § 201, chap. XI.

92

En français on dira un h, ce h, le h, etc., même si les puristes préfèrent dire une h, etc.

93

Gorrochategui, Dictamen, p. 13.

94

Quant à Lakarra, il affirme, catégorique, avec ce ton définitif et ce style hyperbolique qui le caractérise si bien, Informe, p. 10 : « Para quien tenga una mínima iniciación en la historia de la lengua vasca y conozca también someramente el inventario fonológico de aquellas lenguas (incluida el ibérico) que entraron o pudieron entrar en contacto con ella entre el - 500 y el + 2006, es este aspecto uno de los más llamativos (por lo burdo) de la fonética veleyense. Es conocido para las épocas mencionadas (los últimos 2500 años [sic], aquellos en los que se puede decir algo más o menos seguro al respecto [sic]) que Mitxelena y Gorrochategui establecieron que la aspiración — sea como fonema autónomo / h /, sea como alófono de oclusivas sordas ([ph], [th], [kh]) — es una de las marcas más originales de la lengua vasca, la cual la distingue nítidamente de toda otra circumvecina ». Au-delà du fait que cette dernière remarque est inexacte car l’aspiration existe également en gascon et dans le dialecte montañés (parler de Santander) ainsi que dans plusieurs dialectes galiciens et autres parlers tel que le toscan, etc., Lakarra présente ici des hypothèses de travail comme étant des certitudes absolues, ce qui n’est pas le cas. 95

Azkue n’affirme rien.

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Sentencias comunes en Bascuence (1596) un assez bon nombre de mots ont souvent une h à l’initiale »97. Mais Azkue, écrit Gavel, signale un fait des plus intéressants : « La fréquence de cette h n’est cependant pas une preuve, car Mr Azkue remarque avec raison que pour beaucoup de ces mots on rencontre souvent aussi, dans le texte cité, des graphie sans h ». Bref : « Il est possible, à la rigueur, qu’il faille voir dans ces h initiales le signe d’une aspiration en voie de disparaître. Mais leur présence peut aussi s’expliquer sans leur supposer une valeur phonétique réelle : dans les mots commençant par u, l’h pouvait simplement aider à indiquer que l’u était une voyelle, et non pas une consonne ayant le son du v espagnol : en castillan même, on le sait, des graphies telles que huelo, huele, hues(s)o, huerta, etc. ont pris naissance simplement par un désir de clarté orthographique, pour éviter qu’on ne prononçât velo, vele, ves(s)o, verta, etc. ». Il ajoute : « Enfin, dans les mots commençant par d’autres voyelles, l’h peut être un simple luxe orthographique, causé par l’analogie d’h superflues dont en espagnol l’usage s’est notablement développé au XVIe siècle, quelques-unes d’entre elles étant d’ailleurs étymologiques, par exemple celle du mot honra, et les autres étant complètement injustifiées, comme celle de hermano ». Voilà ce qu’on peut, dans le cadre d’une recherche véritablement sérieuse, qualifier de démonstration mesurée et réaliste, bref crédible. Et ce n’est certainement pas Gorrochategui et Lakarra qui contrediront la mesure et le réalisme dont font preuve Azkue et Gavel. Poursuivons. D’autre part, on sait que durant l’Antiquité, comme cela a déjà vu au début de nos commentaires (cf. supra, § 2.2) un h placé au milieu d’une voyelle redoublée servait également à indiquer que cette voyelle était longue et simple, soit par exemple : -aha = -ā, voire -ihi = -ī, etc. Cela est le cas dans les inscriptions osco-ombriennes : ombrien Naharkum, Naharcom à côté de latin Nār, Nārtēs, etc98. A la finale le h pouvait également indiquer durant l’Antiquité la longueur de la voyelle précédente comme dans l’actuelle exclamation ah ! où le h indique la longueur de la voyelle a, voire comme dans le mot allemand kuh, « vache » où le h ne note pas une aspiration mais la longueur du u, soit kū ou kuu, etc. Au début de notre ère, on constate cet usage dans les inscriptions vénètes se finissant en -ah, -oh ou -eh, c’est-à-dire -ā, -ō, -ē, etc., voire dans le corps des mots lorsque le h était immédiatement précédé d’une consonne. Ces faits de graphie, bien connus des spécialistes, ne nécessitent pas en conséquence qu’on s’y attarde. L’usage semble également avoir été connu durant l’Antiquité en Aquitaine. On lit en effet dans les inscriptions aquitaniques le nom Leherennus qui alterne avec une forme Lerennus et même Lehrennus. Est-on vraiment certain en effet que dans Leherennus le h intervocalique reproduisait un h aspiré ? Mais pourquoi dans ce cas là trouvons-nous dans ce même corpus aquitanique les variantes Lerennus et Lehrennus ? Dans une démarche qui se veut « scientifique », ou du moins qui vise à l’être, ces questions sont légitimes et demandent une réponse. D’autant que Gorrochategui peine manifestement, et il n’en fait d’ailleurs aucun mystère, à nous expliquer ces alternances graphiques :

96

Azkue et Gavel étant deux savants bascologues de grand poids dans le domaine des Etudes Basques, il est en conséquence extrêmement peu probable que Gorrochategui et Lakarra aient la tentation d’en contester l’autorité. 97

Gavel, op. cit., pp. 454-455, n. bas de page, § 202, chap. XI.

98

Fruyt, M., 1987, « Graecī : le nom des Grecs en latin », in Etudes de linguistique générale et de linguistique latine offertes en hommage à Guy Serbat, Bibliothèque de l’Information grammaticale, Paris, pp. 113-120, v. p. 116.

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« La base Leher-99 aparece también en dos ocasiones sin aspiración (¿ indicio de latinización ?) »100… On n’est guère forcé de croire à une telle explication ! Une interprétation à laquelle de surcroît l’auteur lui-même ne semble pas trop croire. On a déjà vu qu’au cours de l’Antiquité lorsqu’un h était immédiatement précédé d’une consonne, comme dans le cas de la forme attestée Lehrennus, cela indiquait d’ordinaire que la voyelle précédente était longue. Doit-on en déduire que Lehrennus = Lērennus = Leherennus ? Nous n’en savons rien, pas plus que Gorrochategui il est vrai. Mais il est loin d’être acquis, comme semble l’affirmer cet auteur à longueur de pages, que tous les h apparaissant dans ces inscriptions aquitaniques représentent en réalité des h aspirés. Citons quelques exemples de plus : Les inscriptions aquitaniques font également état de deux noms, à n’en pas douter gaulois, mais apparaissant écrits sous une forme « étrange » : Dunohorigis et Dunohoxsis, des noms auxquels il faut en ajouter un autre à l’aspect non moins curieux, c’est-à-dire Ulohoxis / Ulohossii / Ulohoxo alternant avec un autre nom à la structure semblable, à savoir Ulucirris. Comment expliquer la présence d’un h dans le segment -oho- ? Gorrochategui, encore une fois, reconnaît qu’il n’en sait rien, pas plus que nous d’ailleurs ni les nombreux auteurs qui se sont penchés sur cette question101. Mais l’existence d’une prétendue « aspiration » ne convaincant pas grand monde, pas même Gorrochategui, la solution doit nécessairement être ailleurs. Dans la possible, voire fort probable selon les propres dires de Gorrochategui, alternance Uloho- / Ulu-, le h devait noter une voyelle longue, soit Uloho- = Ulō- / Ulū- et Dunoho- = Dunōcomme le croyait également et déjà Philipon au début du XXe siècle102. Gorrochategui lui-même semble envisager cette hypothèse lorsqu’il compare l’élément Ulu- avec celui de Uholo- : « Para ello hay que suponer une pérdida de la aspiración [il persiste néanmoins dans l’existence d’une « aspiration » primitive... ] y fusión de las dos / o / en una sola vocal, quizá larga »103. Un fait qui en revanche est acquis est le suivant : les inscriptions messapiennes montrent cet usage graphique pour exprimer l’allongement de la voyelle. Hans Krahe dans son ouvrage Die Sprache der Illyrier le dit clairement : « Zum Lautstand und zur Schrift des Denkmals ist zu bemerken, daβ auf verschiedene Weise versucht ist, die Vokallänge auszudrücken (c’est nous qui soulignons) : 1. durch Doppelschreibung in vaanetos (Z. 4) ; 2. durch Doppelschreibung und Zwischensetzung eines -h- in dazohonnihi (Z. 8 ; vgl. den zugehörigen Nom. Dazonnes in PID.II 558, Ugento) »104 Il est vrai qu’en ce qui concerne les noms gaulois coulés dans le moule de la déclinaison latine ― la nuance a ici son importance ― une forme Dunōrigis avec -ō- long peut paraître étrange étant donné que dans ce type de formations anthroponymiques de type celtique le segment -ŏrix, gén. -ŏrīgis (< -ŏ-rix, le -o- étant ici un élément de jonction, c’est-à-dire, nous dit Lebel, une

99

L’existence d’un mot basque leher, « pin » ainsi que d’un verbe lehertu (< leher-tu), « exploser, éclater, écraser (sous un poids) » ne résout pas non plus définitivement la question car il n’est pas prouvé que le h apparaissant dans ces termes y soit primitif comme on l’a vu auparavant (cf. Gavel, supra, § 4). 100

Gorrochategui, J., 1984, Estudio sobre la onomástica indígena de Aquitania, Ed. Servicio editorial del País Vasco, Vitoria-Gasteiz, p. 345.

101

Michelena, L., 1954, « De onomástica aquitana », Pirineos 10, pp. 409-458., v. p. 419

102

Philipon, E., 1925, Les peuples primitifs de l’Europe méridionale : recherches d’histoire et de linguistique, Ernest Leroux, Paris, p. 101. 103

Gorrochategui, Estudio sobre la onomástica indígena de Aquitania, p. 286, § 378.

104

Krahe, H., 1955, Die Sprache der Illyrier, Ed. Otto Harrassowitz - Wiesbaden, p. 29.

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« voyelle de liaison -o- »105) montre toujours, tout au moins dans les formes « latinisées », un -ŏbref. Etait-ce un nom gaulois prononcé à la façon aquitanique ? Le graveur, supposé être en effet d’origine autochtone, c’est-à-dire aquitaine, aurait alors retranscrit ces noms tels que ses compatriotes et lui-même les prononçaient au quotidien, articulation étrange certes, mais guère plus que ne peut l’être l’actuelle prononciation andalouse ou sicilienne des noms espagnols et italiens ; imaginons en effet qu’un Andalou ou un Sicilien se mette à écrire l’un des mots espagnols et l’autre des mots italiens tels qu’il les prononce. Le résultat graphique serait certainement inattendu106. L’exemple de quelques autres noms aquitains est également révélateur Prenons celui de Herauscorritsehe, nom d’une divinité pyrénéenne de l’Antiquité, probablement du IIIe siècle. L’inscription, trouvée à Tardets en Soule, est connue depuis longtemps puisqu’au XVIIe siècle Oyhénart la cite déjà : FANO / HERAVS- / CORRITSE- / HE SACRVM / C(aius) VAL(erius) VAL- / ERIANVS Soit : « Gaius Valerius Valerianus (a consacré) cet autel votif au temple de Herauscorritsehe ». Comment expliquer ici le segment final -ehe, bref la présence inexpliquée de ce h ? Une hypothétique « aspiration » devant être écartée, aucun auteur ni croyant sérieusement, pas même encore une fois Gorrochategui, il ne peut alors s’agir que d’une lettre dont la seule fonction était de noter la présence d’un -ē long, marque du datif latin ou gaulois, comme est forcé au demeurant de le reconnaître ce même Gorrochategui qui cite le savant Vittorio Pisani à l’origine de cette explication, soit : Herauscorritsehe = Herauscorrits-ē, « à *Herauscorrits »107. Quoi qu’il en fût, la seule « certitude » est que dans le cas présent le h ne peut noter une quelconque « aspiración ». Le cas de la divinité pyrénéenne du début de notre ère connue sous le nom de Artahe / Artehe / Arte est un autre exemple montrant que nous sommes bien en présence d’un usage graphique et non d’un h aspiré. Gorrochategui, qui n’a jamais caché être un partisan convaincu du phénomène d’« aspiration » généralisée en « proto-basque » ― dont la langue aquitanique constituerait un témoignage, hypothétique quoique vraisemblable ― est pourtant forcé de s’incliner devant les faits lorsqu’il écrit : « [on constate l’existence de noms] en los que puede apreciarse una desinencia -e, de modo que la -h- pueda ser entendida como un signo gráfico para marcar la separación entre el tema y la desinencia : arta / arte-h-e »108. Peu importe alors que dans le cas présent le -h- ne note pas, au dire même de Gorrochategui, la longueur de la voyelle, ce qui importe ici c’est que ce -h- ne peut en aucun cas reproduire, reconnaît ce même Gorrochategui, mais a-t-il vraiment le choix face au poids d’une telle évidence, une quelconque « aspiration ». Enfin, à l’initiale h semble avoir eu la valeur du šin phénicien (chuintante sourde non emphatique), plus précisément cananéen109, soit [š] phénomène dont il semblerait plusieurs exemples. En voici à présent quelques-uns paraissant montrer clairement cet usage. Le nom de 105

Lebel, P., 1946, Les noms de personnes, Ed. PUF, Paris, 5e éd., 1962, p. 21.

106

Achille Luchaire, 1879, Etudes sur les idiomes pyrénéens de la région française, p. 83, écrivait d’ailleurs : « Dunohorix est certainement la forme pyrénéenne des Dumnorix, Dubnoreix, Dubnorex fréquents dans les auteurs et sur les médailles ». 107

Pisani, V, 1935, « Il dativo gallico de temi in -i », Archivo Glottologico Italiano, pp. 168-171.

108

Gorrochategui, Estudio sobre la onomástica indígena de Aquitania, p. 309, § 461.

109

Lejeune, M., 1972, Phonétique historique du mycénien et du grec ancien, Ed. Klincksieck, Paris, p. 88, § 79.

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Salamanque était dans l’Antiquité Helmantica, var. Hermandica d’après Tite-Live (XXI, 5) et Σαλµαντική, lat. Salmantica selon Ptolémée (II, 5, 7). Quelques auteurs de la fin du XXe siècle ont montré leur étonnement et incompréhension face à l’alternance graphique H- / S- apparaissant dans ce vénérable nom de lieu ibérique : en réalité le H initial semblerait y signaler soit une chuintante [š], peut-être l’apico-alvéolaire [ś], soit Helmantica = Šelmantica ou Śelmantica, ce fait étant confirmé par l’actuelle forme du nom, à savoir Salamanca en espagnol110. Voyons un autre exemple. Il y a quelques décennies, on a retrouvé dans la localité alavaise de Miñao Goien / Miñano Mayor, située à dix kilomètres au nord de Vitoria-Gasteiz, une inscription du début de notre ère, Ier ou IIe siècle, où il est écrit : AELIA / HELLICE / HELASSE [-e = datif] soit : « Aelia Hellice [a érigé ce monument à] Helats (nom de divinité) » Si on laisse de côté la graphie -ss- qui ici représente une affriquée, en orthographe basque moderne -tz-, point sur lequel tous les auteurs sont d’accord, voici l’explication concernant certaines autres graphies apparaissant dans cette inscription : La personne qui a fait ériger le momument porte, semble-t-il, deux noms, dont l’un est grec : Έλίκη. Il s’agit d’un nom de femme, probablement une esclave ou une affranchie111. La deuxième possibilité serait d’admettre que Hellice n’était point le deuxième nom d’Aelia mais l’équivalent grec du nom de la divinité locale et autochtone à qui était dédié le monument, c’est-à-dire Helasse, soit Helasse = Hellice. Cela est extrêmement peu probable, mais il y a débat entre certains auteurs. De toute façon, cela ne change à l’affaire qui nous concerne ici. Quoi qu’il en fût, on sait que dans les noms grecs l'esprit rude ‛ signalait que la voyelle suivante était aspirée et qu’il se transcrivait en latin par un h et que l'aspiration devrait être perceptible, quoiqu’il y ait débat entre spécialistes, dans la prononciation. Le graveur, conscient de cela ou simplement et plus probablement se pliant aux règles orthographiques du latin officiel (latin classique ou post-classique) qu’il connaissait manifestement et qu’il appliquait à la lettre, a donc écrit Hellice (< lat. Hĕllĭcē) avec H- représentant une aspirée. Mais pourquoi écrit-il également avec un H- à l’initiale le nom de la divinité locale et manifestement autochtone Helass-e ? Parce que, fuse aussitôt la réponse, il veut reproduire l’aspiration initiale ! Or, si cette explication, la première qui vient immédiatement à l’esprit de tout chercheur, paraît à bien des égards « logique »112, elle n’en semble pas moins erronée. 110

Claude Ptolémée doit donc utiliser une autre tradition graphique, c’est-à-dire une tradition dans laquelle la fricative est reproduite avec plus ou moins de fidélité moyennant le sigma Σ-, et c’est cela qui expliquerait la forme Salmantica qu’il donne car le processus selon lequel à l’initiale devant voyelle la sifflante indo-européenne *s- ne s’est pas conservée en grec et a abouti au souffle sourd h- est un phénomène ancien remontant au premier millénaire avant notre ère. Il est donc peu probable en conséquence qu’on doive faire appel à ce type d’explication dans le cas du nom de pré-celtique de Salamanque. Michel Lejeune précise d’ailleurs, op. cit., p. 94, § 83 : « En grec, par conséquent, un σ- initial devant voyelle ne continue pas la sifflante indo-européenne *s-. Parmi les mots grecs commençant par σ- devant voyelle, un bon nombre sont d’origine obscure ». Pour expliquer cette alternance graphique dans un nom tel que Helmantica / Σαλµαντική, lat. Salmantica, il paraît plus probable de supposer qu’on se trouve en présence de deux traditions graphiques. Ces dernières expliqueraient alors pourquoi certains auteurs de l’Antiquité tels que Hérodote, Sophocle, Xénophon, voire Ptolémée, écrivent par exemple Σαλµυδησσός, lat. Salmydessus (antique ville de Thrace sur le Pont-Euxin, act. Media) et Pline Halmydessos, -ssus (IV, 45). Il se pourrait également que nous ayons été en présence d’un phénomène d’hypercorrection de type hellénisant étant donné le prestige dont bénéficiait à l’époque d’Auguste la langue et la culture grecques parmi les élites romaines, prestige qui aurait alors poussé certains auteurs tels que Pline ou Tite-Live à placer et à aspirer des h dans des noms où ils n’avaient pas lieu d’être, ce fait étant par ailleurs bien connu des latinistes. 111

Nom d’une des Danaïdes de la mythologie grecque. Il était également porté par une ancienne ville d’Achaïe. C’était en outre le nom que donnaient les Grecs à la constellation de la Grande Ourse.

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Pourquoi ? Parce qu’on a retrouvé en Navarre, dans la localité de Barbarin située à douze kilomètres au sud-ouest d’Estella et à soixante-dix kilomètres au sud-est de Miñao Goien / Miñano Mayor une inscription de la même époque, c’est-à-dire du début de notre ère, où il est écrit : SEMPRONI/VS BETVNVS SE/LATSE V(otum) S(olvit) L(ibens) M(erito) Soit : « A la divinité Selats [-e = datif], Sempronius Betunnus s’est acquitté de son vœu de bon gré et à juste titre ». Gorrochategui : « Es muy sugestivo relacionar este nombre con la divinidad Helasse, de Miñano Mayor (Álava), aunque la presencia de aspiración en posición inicial en lugar de S- presenta dificultades »113. Il ajoute, ne pouvant guère dissimuler plus longtemps son étonnement : « Sin embargo, en todo lo demás se corresponden perfectamente »... Et il semblerait qu’il ait entièrement raison. Il doit s’agir à n’en pas douter du même nom. Mais, comme il ne parvient pas à donner une explication cohérente en ce qui concerne l’alternance graphique H- / S- à l’initiale de ces noms, car il ne se doute pas manifestement que cette lettre h a peut-être été utilisée durant l’Antiquité ainsi que par la suite, comme on le verra plus tard, pour noter le šin phénicien, il se lance alors dans toute une série d’explication auxquelles lui-même ne semble pas accorder beaucoup de crédit (« podría pensarse en una disimilación de s- inicial, como Sanso > Anso »... ). L’explication serait fort simple pourtant : dans l’inscription de Barbarin, contrairement à ce qui se passe dans celle de Miñano Mayor, le graveur opte pour une autre tradition graphique, c’est-à-dire celle qui se servait du s- latin afin de retranscrire tant bien que mal un son que le latin ne connaissait pas, autrement dit l’apico-alvéolaire [ś] si caractéristique, encore de nos jours, du basque et de la plupart des romances de la péninsule Ibérique, à moins qu’il ne se fût agi d’une chuintante [š]114. Ce point est confirmé par l’utilisation de cette lettre dans les inscriptions aquitaniques au moment d’écrire le nom Sembe- qui ne peut être, point sur lequel tous les chercheurs sont en parfait accord, que le prototype du vocable basque actuel seme, « fils » (< *semme < Sembe-) et où à l’initiale on a encore de nos jours clairement [ś]. Bref, tous ceux qui, à l’époque romaine, essayaient de retranscrire à partir de l’alphabet latin les noms autochtones qu’ils entendaient dans la péninsule Ibérique et en Aquitaine, ces individus en fussent-ils ou non originaires, étaient contraints de se servir d’une seule et même lettre au moment de retranscrire les fricatives [s], [ś] et [š] qu’ils entendaient. Pour essayer de contourner cette difficulté, certains auraient alors parfois utilisé la lettre h à laquelle ils donnaient la valeur du šin phénicien comme cela était le cas à Miñano Mayor où le graveur écrit Helasse, c’est-à-dire un nom qui s’écrirait de nos jours en orthographe basque moderne Selatz / Selats ou Xelatz / Xelats115. 112

Il faut toujours se méfier de la « logique », surtout dans le domaine des sciences humaines et en particulier dans celui des phénomènes linguistiques. En effet, c’est au nom de la « logique » la plus implacable que le soleil tourne, à n’en pas douter, autour de la terre et non l’inverse. Et pourtant, on le sait, cela est faux !

113

Gorrochategui, Estudio sobre la onomástica indígena de Aquitania, p. 349, §§§ 605, 606, 607.

114

La deuxième possibilité serait ici aussi d’envisager un phénomène d’hypercorrection de type hellénisant. Cela n’est pas invraisemblable. On peut parfaitement imaginer que le graveur ait voulu, du point de vue phonétique et pour des raisons de prestige social, « helléniser » le nom de cette divinité. Cela nous paraît toutefois moins probable que la première hypothèse, c’est-à-dire celle d’une tradition graphique qui rendait le šin phénicien moyennant un h. De toute façon ne change rien à l’affaire, à savoir que la lettre h rendait en réalité une sifflante. 115

Le nom Selats de cette divinité autochtone de l’Antiquité pourrait-il un rapport avec le mot basque, d’origine inconnue, sirats, « sortilège, enchantement, désir de l’âme, consolation, plaisir » ? On peut raisonnablement se poser la question car si l’on devait appliquer les lois phonétiques connues du basque à ce nom de divinité de l’Antiquité nous aboutirions le plus normalement du monde à sirats ! Soit : Selats > *serats (à la suite du passage attendu de -l- à -r-), puis *serats > sirats à la suite de la fermeture courante en basque d’un e primitif à 30


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Il existe un autre exemple où ce curieux usage graphique semble également apparaître. Le voici : Le nom d’un peuple ibérique, celui connu de nos jours sous la forme Edetani, gr. Έδητανοί (première mention chez Polybe, X, 34 ; Pline, III, 20 et 23 ; Ptolémée, II, 6, 15) ou Sedetani (Sēdētani, Σιδητανοί, Appien, Iberica, 77, 330 ; Strabon, III, 156 et 163 ; Tite-Live, XXVIII, 24, 4 ; XXIX, 1, 26 ; XXXI, 49, 7 ; XXXIV, 20, 1 ; Silius Italicus, III, 372), apparaît constamment dans les documents médiévaux sous une forme Hedetani qui alterne avec celle de Sidetani / Sedetani116. Le nom de cette tribu ibérique fut altéré par les copistes du Moyen-Âge et de la Renaissance : Sedetani, Sidetani, Hedetani sont en effet les différentes versions que l'on trouve chez les historiens. A l’époque de l’Encyclopédie de Didérot et d’Alembert, on pouvait encore lire à l’entrée Hédétains : « Les anciens écrivoient indifféremment Hedetani, Edetani, & Sedetani ». Cette forme Hedetani était utilisée presque exclusivement par la plus grande partie des auteurs du XVIIe et XVIIIe siècles, et cela jusqu’au XIXe siècle, époque à laquelle la forme Edetani (sans h) se banalise peu à peu jusqu’à s’imposer définitivement au XXe siècle. Cela avait fait croire à quelques auteurs du XIXe siècle que les Sédétains et les Édétains pouvaient être deux peuples différents. Cette ingénieuse hypothèse émise au cours du XIXe siècle fut reprise il y a plus d’une trentaine d’années par un autre auteur, Guillermo Fatás. D’après lui, l’existence de deux traditions graphiques aurait prouvé, avançait-il entre autres arguments, l’existence de « deux » peuples, c’est-à-dire l’un ayant habité une présumée regio Sedetania, avec S-, et l’autre une présumée regio Edetania, sans S- initial ― mais à aucun moment de cette démonstration, il n’est question de la forme avec Hinitial, soit Hedetani, pourtant de loin la forme majoritaire jusqu’à la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle. Bref, il aurait existé en réalité deux peuples117. Cette singulière et on ne peut plus compliquée théorie de Fatás ne résiste guère pourtant à un examen approfondi des faits, comme le souligne Alicia María Canto118. Mais malgré ses faiblesses, la théorie fut immédiatement adoptée par de nombreux auteurs, la plupart universitaires, parmi lesquels... Gorrochategui, qui pour l’occasion firent preuve de plus d’enthousiasme que de prudence. Mais pour admettre cette théorie de Fatás ― qui, rappelons-le, avait déjà été émise au XIXe siècle, bien que la plupart des auteurs ne le précisent pas ―, il faudrait non seulement ruiner l’autorité de Tite-Live et de Ptolémée réunis, ce qui n’est pas rien, mais également rayer d’un trait de plume les travaux de deux grands savants, Bosch-Gimpera et García y Bellido, et puis dans la foulée passer outre les objections qu’avait émises en ce qui concerne cette hypothèse un autre auteur de tout premier plan, à savoir Antonio Tovar119, et plus récemment celles émises par Alicia María Canto, pour ne citer que ces auteurs. Cela fait beaucoup, même pour Gorrochategui. L’explication de l’existence de deux traditions graphiques serait encore dans le cas présent la plus satisfaisante. Quoi qu’il en soit, les monnaies en caractères ibériques connues confirment que la forme primitive et autochtone, autrement dit originelle, de ce nom faisait apparaître un S- initial et qu’en conséquence celui-ci n’y était pas adventice :

i (pelota > pilota, Agerre > Agirre, etc.). Le nom de cette divinité pourrait-il un rapport avec la divinité « lybico-berbère » SESASE (datif de Sesas ou Sesax) ? ; cf. Camps, G., 1990, « Qui sont les dii Mauri », in Antiquités africaines, t. 26, pp. 131-153, v. p. 143. 116

Ces derniers constituaient un peuple d'Espagne qui, suivant Strabon, habitait le mont Orospeda, et les lieux situés aux environs du fleuve Sucro (act. Xúcar). On trouve dans Tite-Live Sidetanus ager et dans Silius Italicus Sidetana cohors, etc. 117

Fatás, G. 1973, La Sedetania. Las tierras zaragozanas hasta la fundación de Caesaraugusta, Ed. Caja de Ahorros de la Inmaculada de Aragón. 118

Canto, A M., 2001, « Sinoicismo y stolati en Emerita, Caesaraugusta y Pax : Una relectura de Estrabón III, 2, 15 », in Gerión, n° 19, pp. 425-476.

119

Tovar, 1989, Iberische Landeskunde II.3, Baden-Baden, pp. 33-34.

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S-E-DE-I-S-CE-N

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SeàiSÂn

=

ou S-E-TE-I-S-KE-N

Au XVIIIe siècle, l’Encyclopédie avait encore connaissance de cet usage graphique, bien que manifestement Diderot et Alembert n’aient pas su donner du phénomène une définition extrêmement précise ni en connaître véritablement l’origine qu’ils supposent cependant ancienne : « (…) Les Latins ont aussi employé v ou s pour h, en adoptant des mots grecs (…) L'auteur des grammaires de Port-Royal fait entendre dans sa Méthode espagnole, part. I. chap. iij. que les effets presque semblables de l'aspiration h & du sifflement f ou v ou s, sont le fondement de cette commutabilité, & il insinue dans la Méthode latine, que ces permutations peuvent venir de l'ancienne figure de l'esprit rude des Grecs, qui étoit assez semblable à f, parce que, selon le témoignage de S. Isidore, on divisa perpendiculairement en deux parties égales la lettre H, & l'on prit la premiere moitié pour signe de l'esprit rude, & l'autre moitié pour symbole de l'esprit doux. Je laisse au lecteur à juger du poids de ces opinions, & je me réduis à conclure tout de nouveau que toutes ces analogies de la lettre h avec les autres consonnes, lui en assûrent incontestablement la qualité & le nom ». Il existe un autre qui semblerait résolument plaider en faveur d’une telle explication. Le voici : Le nom d’une antique divinité du Nord-Ouest de la péninsule Ibérique apparaît écrit sous deux formes, à savoir : COSSVE et COHVE / CVHVE. Tous les auteurs ayant été amené à étudier ce nom de l’Antiquité sont tous d’accord : il s’agit d’un seul et même nom. Mais pourquoi dans ce même nom la graphie < h > alterne-t-elle ici avec celle de < ss > ? Blázquez, un auteur également de tout premier ordre, ne parvenant pas à comprendre qu’en réalité on a probablement affaire à deux traditions orthographiques, conclut donc « logiquement », quoique assurément à tort : « Cohue / Cuhue como variantes de Cossue con aspiración de la ss »120. Alors qu’en réalité ici la graphie < h > sert uniquement à noter une sifflante (quelle que fût par ailleurs sa nature : dorsale, apicale ou chuintante) ! Un autre auteur, Olivares Pedreño, constate également cette alternance, sans toutefois chercher à l’expliquer : « Prósper considera estas ofrendas referentes a Cossue (Prósper, 1997, 267 ss. ; id., 2002, 244247), bajo las formas Cohue y Cuhue, posición que es seguida por Búa, 2003, 166 »121. Il est en revanche un fait qui ne peut souffrir aucune contestation. Le voici : Au cours du XVIIIe siècle, les notaires des paroisses d’Anglet et de Biarritz, à savoir les notaires Darancette, Dhiriart et Dithurbide utilisaient la lettre h pour noter la chuintante [š], orthographié de nos jours ch en français et x en basque, voire les sons [ś], orthographié de nos jours en basque s, et [s], orthographié de nos jours en basque z. En effet, dans les milliers de minutes notariales que nous avons consultées, un graphème utilisé pour noter la chuintante [š] était h dans, par exemple, le nom de maison Ehquer122 = exker, 120 Blázquez, J. M., 2004, « Últimas aportaciones a las religiones prerromanas de Hispania. Teónimos I. The most recent contributions to Preroman religions of Hispania. Theonymies de Hispania. Teónimos I », ’Ilu Revista de Ciencias de las Religiones, 9, pp. 247-279, v. pp. 253-254. Il ajoute, p. 264-265 : « En la provincia de Lugo se conocen tres teónimos supralocales, Bandua, Cohue Berralogecus, Cohue Tene (…) o simplemente Cohue y Lugus ». 121

Olivares Pedreño, J. C., 2007, « Hipótesis sobre el culto al dios Cossue en el Bierzo (León) : explotaciones mineras y migraciones », Palaeohispanica 7, Revista sobre lenguas y culturas de la Hispania antigua, pp. 143-160, v. p. 143, n. 1. 122

Maison d'Anglet.

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diminutif du mot ezker d’après Lhande ; mais également les noms Mourihcot123 et Domihto(enia)124, etc. Il est possible que ce graphème ait également noté la fricative apico-alvéolaire [ś], si caractéristique du basque, voire la dorso-alvéolaire [s]125 dans le nom de maison Buhquet126. D’où ces notaires du XVIIIe siècle tenaient-ils cette tradition graphique ? Nous ne le savons pas, mais il est probable qu’elle venait de loin. 5. La forme verbale TA Il est à présent nécessaire de préciser certains points théoriques concernant l’origine présumée de certains h initiaux en « proto-basque » ainsi que celle de certains t- initiaux dans cette langue. Il s’agit d’une question difficile nécessitant des commentaires relativement longs. C’est à partir d’une observation méconnue, et cependant empreinte d’une considérable profondeur, de celui qui fut, après Miguel de Unamuno, le recteur de l’université de Salamanque après la guerre civile espagnole, c’est en effet en partant d’une constatation — déjà faite, il est vrai, quelque temps auparavant par Henri Gavel — du savant linguiste, et « bascologue » averti, que fut Antonio Tovar que prendra solidement appui notre démonstration. Tovar, dans un petit ouvrage intitulé La lengua vasca et dont la seconde édition parut en 1954, souligne un fait d’une grande importance et qui est passé inaperçu. Voici ce qu’écrivait le savant bascologue : « Así sabemos que en inicial de palabra el vasco rechaza las consonantes sordas, y así transforma palabras extranjeras : bake, “paz” [fr. “paix”] < pace(m) ; bike, “pez” [fr. “poix, résine, goudron”] < pice(m) ; gela, “cuarto” [fr. “chambre”] < cella ; giristino, “cristiano” [fr. “chrétien”] < cristi(a)no ; gerezi, “cereza” [fr. “cerise”] < cerasia ; dembora, “tiempo” [fr. “temps”] < tempora »127. Il poursuivait : « Esto se hallá también en palabras de los fondos primitivos de la lengua : da, “es”, dira, “son”, en cuanto forman un todo con la negación antepuesta reaparecen con sorda inicial128 : ezta, “no es”, eztira, “no son”. Lo mismo : du, “tiene”, dute, “no tienen”, con negación son eztu, eztute ». Ce paragraphe pourra, à bien de égards, paraître obscur au lecteur non averti et peu rompu aux subtilités de la phonétique historique de la langue basque. En voici présent l’explication exposée de la façon la plus claire qui soit : le basque, à l’instar de bien d’autres langues, possède une série d’occlusives « sourdes » p-, t-, k- à laquelle correspond une série d’occlusives « sonores » b-, d-, g-. Une unité ou réalisation phonique est dite « sourde » ou « non voisée » lorsque celle-ci est produite sans l’intervention de vibrations au niveau des cordes vocales. En revanche, une unité phonique sera dite « sonore » ou « voisée » lorsque son articulation s’accompagnera, toujours au niveau des cordes vocables, de vibrations. En sorte qu’en basque, entre autres, seule l’existence ou non de vibrations différenciera la bilabiale sourde p- de la bilabiale sonore b-, l’apico-dentale sourde t- de l’apico-dentale sonore d-, la dorso-vélaire sourde k- de la dorso-vélaire sonore g-.

123

Maison de Biarritz.

124

Maison de Bidart, act. Domisto, à la limite de Biarritz.

125

Iglesias, H. 2000, Noms de lieux et de personnes à Bayonne, Anglet et Biarritz au XVIIIe siècle : origine, signification, localisation, proportion et fréquence des noms recensés, Elkarlanean, p. 78, chap. III, « La forme des noms ».

126

Maison d'Anglet.

127

Tovar, A., La lengua vasca, « Biblioteca Vascongada de los Amigo del País », 2e éd., Saint-Sébastien, 1954, p. 44. 128

C’est nous qui soulignons : « Cela est également le cas dans les mots primitifs de la langue : da, “il (elle) est”, dira, “ils (elles) sont”, car lorsqu’ils [précisons qu’en espagnol la nuance, assez subtile il est vrai, exprimée au moyen de l’expression “en cuanto + verbe” doit être nécessairement traduite en français par une expression telle que : “car lorsque…” ou bien ‘à partir de l’instant où…”] forment un tout moyennant la négation placé devant ils réapparaissent munis d’une sourde initiale : ezta, “il (elle) n’est pas”, eztira, “ils (elles) ne sont pas”. De même : du, “il (elle) a”, dute, ‘ils (elles) ont”, au moyen d’une négation deviennent eztu, eztute ».

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Or, tous les mots basques129, qu’il s’agisse de mots primitifs ou d’emprunts d’origine celtique, latine ou autres, ayant eu à l’initiale une occlusive sourde (à savoir p-, t-, k-) ont vu celle-ci se transformer, à une époque que certains linguistes arrivent plus ou moins à dater comme nous le verrons par la suite, c’est-à-dire grosso modo au cours des premiers siècles de notre ère, en occlusive sonore (c’est-à-dire p- → b-, t- → d-, k- → g-) et cela à la suite d’un besoin irrépressible et implacable éprouvé par une génération donnée de locuteurs  ici en l’occurrence des locuteurs proto-bascophones , sans que l’on sache cependant quel est l’origine de ce phénomène, relativement mystérieux, que nombreuses langues connaissent au demeurant : c’est en effet ce phénomène linguistique, quelle que soit sa provenance et sa raison d’être profonde, qui est à l’origine de l’évolution phonétique des langues et notamment du caractère régulier des changements phonétiques de celles-ci130. Or si on tient compte des dires, cités plus haut, d’Antonio Tovar, dont un des disciples fut, entre autres, le linguiste et érudit Luis Michelena, en basque ce ne serait pas la sifflante sourde dorso-alvéolaire, représentée actuellement dans l’orthographe euskarienne moderne par la lettre ou graphie z, qui aurait entraîné l’assourdissement des occlusives sonores postérieures131, mais au contraire, c’est cette même sifflante sourde, présente ici dans la particule négative ez, « non », qui aurait empêché132 la sonorisation ultérieure du d-133, à l’origine initial134.

129

Il existe des exceptions qui appellent toutes cependant une explication particulière. Il s’agit toujours en effet d’exceptions qui confirment la règle selon laquelle en basque les sourdes initiales se sont sonorisées. 130

Toutes les langues, la langue basque incluse, et même les plus « normées » comme le français, et donc en théorie les plus « stables », en l’occurrence du point de vue de l’écrit, continuent cependant et inexorablement au cours des décennies, à évoluer du point de vue phonétique et également phonologique, et cela de génération en génération et de façon tout à fait imperceptible (au sein d’une même famille le grand-père ne prononcera plus les mots de sa langue maternelle, quelle que soit le type et la nature de celle-ci, comme le fera son petit-fils qui est censé pourtant parler la même langue) en sorte qu’au fur et à mesure que le temps passe toutes les langues se modifient plus ou moins rapidement, ne se prononcent plus de la même façon, certains mots acquérant même une signification différente. 131

Comme on le pensait, par exemple et entre autres, en ce qui concerne la forme verbale ezta, « il (elle) n’est pas » : une forme verbale qui ne serait donc pas en conséquence issue, comme certains pouvaient et pourraient encore le croire, d’un prototype *ezda < *ez + da où le d initial de da (c’est-à-dire « il (elle) est », représentant la troisième personne du singulier du verbe izan, « être ») se serait assourdi au contact de la sifflante sourde précédente, c’est-à-dire un z provoquant l’assourdissement de l’occlusive postérieure, soit : zd > zt. 132

Hypothèse déjà avancée, on l’a dit, par Henri Gavel qui admettait qu’une sonore « peut devenir (ou redevenir) » une sourde lorsqu’elle est immédiatement précédée de certaines consonnes la protégeant de la sonorisation. En effet, la seconde hypothèse [i. e. redevenir sourde, c’est-à-dire, d’après Gavel, à son état présumé d’origine] « n’est pas moins vraisemblable que la première » car « il est difficile de dire s’il s’agit ici de la transformation d’une sonore initiale primitive […] en la sourde correspondante […] sous l’influence de la sourde précédente z [i. e. dans par exemple ez de ezpadakit, « si je ne (le) sais pas » ~ *pa → badakit, « je (le) sais », etc.] ou, au contraire, du maintien » d’une sourde initiale primitive, cf. Gavel, Eléments…, p. 325, § 150. De façon encore plus explicite, il écrivait également, op. cit., pp. 140141, § 63 : « si l’association de mots est une de celles qui sont courantes, par exemple s’il s’agit de la négation ez et d’une forme verbale, la sonore devient sourde ; ou plutôt, semble-t-il (au moins pour la plupart des cas), elle le redevient, car, ainsi que nous le verrons par la suite, il semble que dans un grand nombre de mots qui commencent aujourd’hui par une sonore, cette consonne initiale ait été une sourde à l’origine, et n’aurait fait que conserver son articulation primitive après la sifflante. Ex : les formes verbales da, duzu, dakit, gira, donnent respectivement, combinées avec la négation : ezta, eztuzu, eztakit, ezkira. De même la particule ba-, qui correspond pour le sens à la conjonction française “si”, devient (ou redevient) pa lorsqu’elle est précédée de la négation ez. » 133

C’est-à-dire que l’on rencontre, entre autres, dans plusieurs formes verbales basques, à savoir : da, dira, dut, ditut, dute, etc. 134

En raison du fait qu’en basque ce fameux d, précédemment initial, n’apparaît plus évidemment à l’initiale des phrases négatives  à la suite de la « soudure », courante et en théorie obligatoire en phonétique basque, de la particule négative précédant le d initial : (e)zt.

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Les formes verbales basques commençant par un d- seraient en conséquence toutes issues de prototypes où à l’initiale on aurait eu en réalité affaire à un *t-, d’où : *t-a > d-a, « elle / il est » ; *t-u-t > d-u-t ; *t-[it]-u-t > d-[it]-ut135 ; etc. Or, si on admet l’hypothèse selon laquelle le d- initial, marquant dans la conjugaison basque la troisième personne136 et dans lequel Hugo Schuchardt voyait le vestige d’un pronom de troisième personne *d(a)-137, aujourd’hui disparu, celle-ci ne serait en fin de compte rien d’autre que le résultat de la sonorisation d’un plus ancien préfixe *t(a)-. 5.1. La question de l’évolution / t- / > [th-] > [θ-] > [h-] > ∅- en « proto-basque » La reconstruction du système phonologique du « proto-basque » mettrait en lumière la non-existence au sein de celui-ci des occlusives p, t, k en début de mot et cela interdirait en conséquence les comparaisons fondées sur de telles bases, c’est-à-dire des rapprochements avec des éléments lexicaux ou morphologiques appartenant à d’autres langues et ayant une sourde à l’initiale. Le raisonnement réside dans le fait que ces sourdes n’auraient en fait eu de véritable existence que dans les emprunts lexicaux, notamment ceux d’origine latine (d’où le latin p-ace(m) → b-ake, etc., cf. infra), mais non pas dans le lexique primitif du « proto-basque » car à l’époque de la romanisation, c’est-à-dire au début de notre ère, ces sourdes primitives avaient cessé d’exister ou, pour le moins, étaient en passe de ne plus exister, d’où l’impossibilité qui aurait été la leur d’aboutir ultérieurement en basque à b-, d-, g-, autrement dit d’être sonorisées. En conséquence, les comparaisons basées sur l’existence de sourdes initiales primitives ne pourraient être, a-t-on prétendu, acceptées. Une lecture attentive des travaux d’André Martinet138 et, entre autres, de ceux de Luis Michelena ne permet pas toutefois de trancher, car dans ce type de recherche, les certitudes sont en effet peu nombreuses. Les travaux du bascologue Henri Gavel, que Martinet et Michelena ne manquent pas de citer à plusieurs reprises, signalaient, en ce qui concerne la question du p initial  et en contradiction avec ce qui a été dit plus haut , qu’« aucun mot vraiment très ancien, disons-nous, n’a pu échapper à l’action de cette loi [de sonorisation], que ce mot fût d’emprunt ou de pure souche139 basque »140, ces travaux admettant même la possibilité que toutes les sonores b-, d-, g- fussent issues d’anciennes sourdes primitives. Le doute réside dans le fait qu’on ne comprend pas quelles auraient pu être alors les véritables raisons ayant pu provoquer cette sonorisation. D’après Martinet une des explications du phénomène de sonorisation pourrait être la suivante : le basque aurait connu à une époque reculée, période que l’on ne peut pas dater avec exactitude, une opposition phonologique entre une série d’occlusives sourdes initiales / p-, t-, k- / et une série d’occlusives sonores et également initiales / b-, d-, g- /. Pour cet auteur, le « proto-basque » distinguait deux séries d’occlusives : une « forte », principalement en position initiale de mot141 et une série « douce » caractérisant les consonnes 135

L’explication est en réalité un peu plus complexe puisque la forme verbale dut, « je l’ai » serait en fait issue d’un prototype *da-DU-da ou plutôt, comme on vient de le voir, *ta-DU-da > *da-(D)U-da > *daud > dot > dut / det.

136

C’est-à-dire au singulier et au pluriel du présent de l’indicatif.

137

Schuchardt, H., Primitiae linguae vasconum : Einführung ins Baskische, Max Niemeyer, Halle and Saale, 1923, § 3.

138

Martinet, A., 2005, Economie des changements phonétiques : traité de phonologie diachronique, Ed. Maisonneuve & Larose, Paris, pp. 239-250. 139

C’est nous qui soulignons.

140

Gavel, H., op. cit., p. 316, § 149, III. Luis Michelena, dont sa Fonética doit beaucoup aux travaux d’Henri Gavel comme il le reconnaît lui-même, ne dit rien d’autre lorsqu’il écrit : « Su anterior falta de sonoridad [des occlusives p, t, k] en inicial ha podido conservarse en las sordas que tras sibilante, posición de neutralización, no se pronuncian aspiradas en ningún dialecto (du, “lo ha” / eztu, “no lo ha”, etc.) », cf. Fonética Histórica Vasca, p. 254, § 12.18. 141

D’où l’expression ultérieure de « position forte » (à ne pas confondre avec l’expression « série forte » mentionnée auparavant), ce qui impliquerait en outre que le « proto-basque » fût accentué sur la syllabe initiale.

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occlusives précédant des voyelles inaccentuées, à savoir principalement, dans le cas présent, les occlusives intervocaliques, d’où l’expression « position faible ». D’une part, les occlusives « fortes » /p t k/ étaient réalisées en tant que sourdes aspirées [ph-, th-, kh-] en position initiale, dite « forte », et en tant que sourdes non aspirées en position intervocalique, dite également « faible », [-p-, -t-, -k-]. Les occlusives « douces » / b d g / auraient été, en revanche, réalisées en tant que sourdes douces [bfi-, dfi-, gfi-] en position initiale, dite également « forte », et en tant que spirantes ou fricatives en position intervocalique, dite également « faible », [-β-, -δ-, -γ-]. Une des principales conclusions de tout cela est que le phonème /t-/ initial du « proto-basque » aurait connu une réalisation en tant que sourde aspirée [th-] pour aboutir, après une étape en tant que spirante sourde [θ-]142, à [h-]143 puis à zéro, soit l’évolution qui suit : / t- / > [th-] > [θ-] > [h-] > ∅-144. Michelena admettait que l’hypothèse de Martinet était vraisemblable, mais principalement  et uniquement  du point de vue strictement théorique, c’est-à-dire du point de vue de la théorie dite structuraliste. Martinet signalait également que son hypothèse n’était en réalité rien d’autre qu’une tentative de reconstruction théorique. C’est pourquoi il est, sinon inexact, du moins prématuré, d’affirmer, comme le font quelques auteurs145, que le « proto-basque » ne connaissait pas, et n’aurait jamais connu, à l’initiale du mot les phonèmes /p-, t-, k-/, ce qu’une lecture, même 142

Une fricative ou spirante interdentale sourde comme dans l’anglais thick, « épais, -aisse ».

143

Les inscriptions aquitaniques, la langue aquitaine étant, on le sait, d’ordinaire considérée comme apparentée au « proto-basque », attestent en effet l’existence d’un élément anthroponymique aquitain Talsco- (en réalité « aquitano-ibérique » car il s’agit d’un élément apparaissant également en ibère sous la forme Talsco / Talscu) qui alterne avec l’élément anthroponymique, également aquitain, Halsco- (i. e. l’évolution Halsco- → génitif latin (il s’agit d’une forme « latinisée », c’est-à-dire coulée dans le moule de la déclinaison latine) : Halsco(nis), « [fille] (d’) Halsco ») présent également dans l’anthroponyme, toujours d’origine aquitanique, Halscotar(r) → génitif latin : Halscotarr(is) (filiae), « (fille) (d’)Halscotar(r) ». Mais si l’hypothèse de Martinet était exacte, pourquoi les deux variantes aquitaniques Halsco- / Talsco- apparaissent-elles alors toutes les deux en même temps sur les inscriptions pyrénéennes du début début de notre ère ? On aurait dû en effet avoir soit l’une, soit l’autre, mais pas les deux variantes attestées à la même époque (ces inscriptions furent réalisées, à en croire la plupart de auteurs, entre le Ier et IIe siècle après Jésus-Christ). 144

Le nom du peuple aquitain appelé au début de notre ère Tarbel(l)-i (il s’agit d’une forme « latinisée », c’està-dire « coulée » dans le moule de la déclinaison latine, soit en français académique « les Tarbelles » ou « Tarbelliens » ; avec un élément pré-celtique *TAR(r)- constituant une racine pré-indo-européenne signifiant, entre autres, « pierre, roche » ?), un peuple qui habitait grosso modo les actuelles provinces du Labourd et de la Basse-Navarre ainsi qu’une partie du Sud des Landes et une autre de l’actuel Béarn, pourrait-il être concerné par cette hypothèse de Martinet ? Le nom de ce peuple pourrait-il en effet être présent, comme certains auteurs l’ont parfois envisagé, dans le toponyme actuel Arberoa, « pays d’Arbéroue » (Basse-Navarre, autrefois Arbeloa, 1264, Arberoa, 1280) ? Un nom ayant alors signifié « le (-a) “lieu”, “pays”, “région” (= -o- ?) de la pierre noire, ardoise = arbel » ? L’évolution phonétique aurait-elle pu être celle postulée par Martinet, à savoir : Tarbel- > *Tharbel- > *Harbel- > Arbel-o-(a) > Arbe-r-o-(a) ? C’est-à-dire « le (-a) “lieu”, “pays”, “région” (= -o- ?) de la pierre noire, ardoise (= arbel) » ? ; la signification exacte du suffixe -o n’est pas connue cependant, peut-être un suffixe de nature locative ou adjectivale : zabal → le nom Zabal-o, « lieu vaste, aplani » (?), garai → le nom Garai-o, « lieu élevé » (?), etc. Il ne s’agit toutefois que d’une simple hypothèse qui, quoique plausible, ne trouve pas de confirmation étant donné qu’on ne sait pas si le toponyme bas-navarrais Arbeloa → Arberoa continue véritablement le nom de peuple aquitain Tarbel(l)-i, d’autant plus qu’on a également cru reconnaître le nom de ce peuple dans le nom de hameau béarnais appelé Castetarbe (commune d’Orthez, autrefois Castet-Tarbe, 1360). 145

Trask, op. cit., p. 128 : « Such words as tutur, “crest”, trikatu, “rest”, kosko, “acorn cap” and muga, “boundary”, found also in neighbouring Romance languages, have often been regarded as loans from Basque. But the first two of these words would have been absolutely impossible in Pre-Basque, while the other two could only have existed in different forms (such as *gosko and *buga) », c’est-à-dire : « Des mots tels que tutur, “crête”, trikatu, “(s’) arrêter”, kosko, “crâne, coquille d’œuf” et muga, “frontière”, que l’on rencontre aussi dans les langues romanes voisines [du Pays basque], ont souvent été considérés comme des emprunts au basque. Mais l’existence des deux premiers mots aurait été impossible en “proto-basque” [ou “pré-basque” [sic]], alors que les deux autres auraient seulement pu exister sous des formes différentes (telles que *gosko et *buga) ».

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sommaire, des travaux de Martinet, doublée d’une lecture de ceux de Gavel et de Michelena, infirme. Il serait également prématuré d’affirmer qu’en « proto-basque » tous les /p t k/ à l’initiale des mots appartenant au fonds primitif indigène, à savoir les termes non empruntés au latin, auraient disparu (à savoir : t- > h- > Ø-), ce que Martinet et Michelena se gardaient pareillement de prétendre. Nous citerons en effet un vocable pour lequel la théorie de Martinet ne peut guère s’appliquer, autrement dit reste inopérante. Il s’agit d’un terme indigène « cantabro-pyrénéen », ou plus exactement « aquitano-pyrénéen », rapporté par Pline et concernant le vocabulaire autochtone utilisé au début de notre ère par les mineurs aquitano-pyrénéens, notamment par les plus célèbres d’entre eux : les Tarbelles146. Ce mot est : TASCONIUM (i. e. < TASC-[-ONIUM]), « terra alba similis argillae, ex qua catini fiunt »147, c’est-à-dire un terme indigène désignant une sorte de terre blanchâtre avec laquelle on fabriquait des creusets pour la coupellation de l’or. Le mot n’est pas d’origine latine, pas plus que celtique. Il est acquis qu’il s’agit d’un terme d’origine obscure, à coup sûr pré-indo-européenne148. Ce terme existe encore de nos jours en basque sous la forme toska149, « argile blanche qui entre dans la fabrication de la porcelaine »150 ; d’après le dictionnaire de Duvoisin « terre blanche »151. Il est nécessaire, encore une fois, de préciser que ce terme ne peut être un emprunt issu du latin car le terme était employé par les indigènes aquitano-pyrénéen à une époque antérieure à l’arrivée des Romains, point sur lequel tous les chercheurs sont unanimes. Ce qui est remarquable dans le cas présent est que si l’hypothèse de Martinet était entièrement exacte on aurait dû aboutir en basque à une forme telle que *(h)osk- ou *(h)ask- (< toska / tasko < TASCONIUM). La seule façon de contourner cette difficulté, qui pour théorique qu’elle puisse paraître n’en reste pas moins réelle, serait d’admettre qu’il ne s’agit pas, en ce qui concerne ce mot euskarien, d’un terme que le basque aurait directement hérité d’un parler indigène cantabro-pyrénéen que nous appellerons « proto-basque » ou « proto-euskarien ». Or, cette option, voire cette issue, paraît difficile à envisager. Le terme n’apparaissant ni en français, ni en espagnol, il faudrait nécessairement imaginer que le basque152 aurait, au cours du 146

La réputation des Tarbelles, en ce qui concerne les techniques d’exploitation des mines, était très grande durant l’Antiquité. 147

Pline, Hist. nat., XXXIII, 69.

148

On citera également un court passage de l’article du savant Vittorio Bertoldi, 1931, « Problèmes de substrat », Bulletin de la Société de Linguistique, XXXII, pp. 98-99, eu égard à la valeur, encore actuelle, de ses dires : « Ce n’est pas le seul mot exotique qui a dû frapper le flair linguistique de Pline. A côté de GANDADIA Pline mentionne une douzaine de mots se rapportant tous à la terminologie technique des mines : AGOGAE, APISTACUS, ARRUGIA, BALUCA, BALUX, CORRUGUS, CUNICULUS, PALAGA, PALACURNA, SEGUTILUM, STRIGILES, TALUTIUM, URIUM, mots qui, en même temps que les récits des auteurs grecs et latins, témoignent de l’intense activité de l’Ibérie. Or, s’il y a un trait commun à tous ces termes, de caractère négatif, il est vrai, c’est qu’ils sont tous d’origine obscure. Rien de surprenant à cela ; car les auteurs anciens attestent unanimement que les gisements aurifères de l’Ibérie avaient été en grande partie exploités par les indigènes dès avant la conquête romaine. César décrit, par exemple, les “Aquitani longe peritissimi” dans l’art de pratiquer les galeries des mines (CUNICULI), “propterea quod multis locis apud eos aerariae secturaeque sunt” (De b. G., III, 21). C’était un trait que les Aquitains avaient surtout en commun avec les Cantabres (Pline, XXXIV, 158, 164). Cette supériorité technique des peuplades cantabro-pyrénéennes à l’égard des Romains justifie les richesses d’une terminologie minière indigène, dont Pline nous a transmis les curieux échantillons mentionnés plus haut ». A la suite d’une métathèse vocalique (t-A-sk-O ↔ t-O-sk-A) qui n’intéresse pas cependant la présente démonstration car il s’agit ici d’un phénomène secondaire. 149

150

Dictionnaire d’Azkue.

151

En béarnais, on a tasko, « motte de terre couverte d’herbe » en regard du vocable aragonais táska, « id. » (parler d’Ansó et de Bielsa). Le parler de Cantabrie (dialecte de la Montaña, Santander) connaît le vocable tascón, « la hierba recogida ». L’ancien provençal a tasca, tasque, « tranche de terre gazonnée ». Ces termes d’origine inconnue n’ont rien à voir avec les mots issus de la racine tasc, « battre » → tascar, « espadar el lino », etc., cf. J. Jud, Romania, XLIX, p. 411.

152

Le terme est commun à tous les dialectes.

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Moyen-Âge, emprunté au gascon ce terme pré-celtique (et vraisemblablement pré-indo-européen) alors que la langue basque est à l’origine elle-même déjà une, voire « la » langue pré-indo-européenne par excellence ! Ce serait là en effet un raisonnement pour le moins singulier qui ne peut que laisser sceptique. L’hypothèse la plus économique ne peut être dès lors que la suivante : c’est le basque qui a conservé le terme depuis la plus haute antiquité sous la forme à peine altérée toska, et cela à la suite d’une métathèse, des plus classiques en langue basque, étant donné, souligne Bertoldi, que si on veut « prendre une valeur géographique plus précise, le domaine de TASC-[-ONIUM] se trouv[e] ainsi étendu à une unité physique qui a pour points extrêmes Santander et Toulouse et pour centre le système orographique des Pyrénées. C’est dans le cadre de cette unité que l’on a essayé, et parfois non sans succès, de jalonner un substrat linguistique dont le basque dans son extension actuelle représente un îlot. »153 L’Orotariko Euskal Hiztegia / Diccionario General Vasco publié à l’origine sous la direction de Luis Michelena ainsi que le Diccionario Etimológico Vasco d’Antonio Tovar et Manuel Agud citent tous les deux, en ce qui concerne ce terme indigène toska, une variante ultérieurement sonorisée doska. Un autre exemple pourra être cité : il existait d’après Ptolémée une cité vasconne appelée Tárraga. On l’identifie d’ordinaire avec l’actuel village navarrais de Larraga (Ribera, bailliage d’Olite, autrefois Larraga, 1128)  il se peut également qu’il s’agisse de l’actuel village appelé Larragueta (cendea d’Ansoáin, Pampelune) dont le nom était autrefois également Larraga, 1249, Larraga prope Loçam, 1276). Il est nécessaire, ici aussi, de préciser que cette antique cité des Vascones porte un nom non seulement d’origine prélatine, mais en outre également pré-celtique, c’est-à-dire un nom pré-indo-européen. Autrement dit, cette cité de Tárraga (avec T- initial) existait  à l’instar du nom du peuple aquitain des Tarusates154 ; ainsi que de l’ethnonyme Tarbelli cité auparavant, cf. supra  avant l’arrivée des Romains. Il s’agit en conséquence d’un nom indigène appartenant au substratum originel d’une des régions septentrionales de la péninsule Ibérique, en l’occurrence ici une région vasconne. Nous sommes non seulement en présence d’un toponyme vascon commençant par un / t- /, mais en outre, si on en croit Michelena, pour aboutir à Larraga, il a dû obligatoirement se produire à un moment donné un phénomène de sonorisation de l’initiale de ce toponyme indigène primitif (Tárraga > *Darraga) étant donné que la forme médiévale Larraga ne peut être envisagée qu’en partant d’une alternance, bien attestée en basque, d- / l-, soit à l’arrivée l’évolution qui suit : Tárraga > *D-arraga / L-arraga. La conclusion de tout cela est simple : en basque, un / t- / initial originel, c’est-à-dire appartenant au fonds primitif indigène de la langue, n’aurait donc pas été systématiquement éliminé  comme 153

Bertoldi, op. cit., p. 102.

154

Les Tarusates habitaient vraisemblablement dans la région de Tartas et d’Aire-sur-Adour, c’est-à-dire les régions actuelles du Marsan, de la Chalosse et du Tursan (sud-est de l’actuel département des Landes). Ils avaient pour voisins, à l’est les Elusates, au sud les Benearni, à l’ouest les Tarbelli et au nord-ouest les Cocosates. Le suffixe pré-celtique et « ethnonymique » -ātes serait d’origine ligure ou « liguroïde ». Il implique que les Tarusates habitaient une localité non identifiée appelée *Tarusa > Tarusātes > Tarusātes, « habitants de *Tarusa » à l’instar, entre beaucoup d’autres, des Elusates (< Elusātes) qui habitaient la cité d’Elusa (toponyme attesté, auj. mod. Eauze), des Tolosates (< Tolosātes) qui habitaient la cité pré-celtique de Tolosa (toponyme attesté, auj. mod. Toulouse), voire des Cocosates (< Cocosātes) qui habitaient la cité aquitanique de *Cocosa (toponyme attesté sous la forme Cœquosa dans l’Itinéraire d’Antonin datant de la fin du IIIe siècle après Jésus-Christ ; l’antique cité était probablement située dans les environs de Morcenx, soit à Laharie, soit à Garrosse, cf. infra)  cf. également les Sibusates dont les variantes attestées dans les manuscrits étaient : Sibulates, Suburates, Sibusates, peuple cité par César, c’est-à-dire les Sybillates de Pline (où la graphie y = u), à savoir les Suburātes / Subulātes, « les habitants de *Subura / *Subula », toponyme attesté au cours du Moyen-Âge sous la forme Vallis Subola, 635, Frédégaire ; Subola, 1178, cartulaire de Sauvelade ; il s’agit du nom de l’actuelle province de Soule, en basque Zuberoa, nom qui paraît explicable à partir d’une métathèse vocalique ultérieure : Sub-o -l-a > *Sub-a-l-o > *Sub-e-lo > Subero / Zubero (à la suite du passage l > r et avec Z dans l’orthographe basque moderne ; cf. également le patronyme basque actuel et méridional Zubero), etc.

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le prévoyait pourtant l’hypothèse structuraliste de Martinet , mais dans certains cas il a même subi la même loi de sonorisation (TASCO- > toska > doska et Tárraga > *Darraga / Larraga les exemples les plus limpides) ayant affecté les emprunts lexicaux ultérieurs, notamment ceux d’origine latine  bien que le cas de l’antique toponyme Tárraga soit en réalité plus délicat à manier que le premier155, les faits semblent être là. Pour contourner les deux exemples cités plus haut  on pourrait probablement en mentionner d’autres, ce qui nécessiterait d’autres recherches que nous n’avons pas eu le temps de mener , il serait nécessaire en effet de se lancer dans toute une série de démonstrations se caractérisant principalement par une grande complication, autrement dit des démonstrations qui seraient la plupart du temps laborieuses, c’est-à-dire des démonstrations à bien des égards peu vraisemblables. En résumé et à titre de « conclusion », du point de vue strictement théorique  n’oublions pas que la démonstration de Martinet est également, comme il le signale lui-même, purement théorique puisqu’il n’existe aucune certitude en la matière , il est possible qu’un ancien phonème /t-/ initial appartenant au fonds primitif de la langue se soit non seulement conservé en basque, mais également sonorisé par la suite. En conséquence, rien n’interdit, en théorie, de postuler pour le préfixe d- caractérisant en basque la troisième personne du singulier un prototype *t-156. Et donc, encore une fois, les dires de Gorrochategui selon lesquels, en ce qui concerne la troisième personne du singulier du verbe izan, « las formas históricas no pueden remontarse a inicial con t- »157, constituent, jusqu’à preuve du contraire, une affirmation gratuite. Pas plus que Gorrochategui, qui pourtant n’hésite pas à le faire, nous ne pouvons, il est vrai, rien affirmer (mais qui le pourrait ?) sur ce sujet fort difficile. Cela étant, nous serions plutôt de l’avis de cet auteur, c’est-à-dire que nous ne croyons pas que les TA attestés à Veleia représentent véritablement la troisième personne du singulier du verbe izan, quoique cela serait pourtant, on l’a dit et contrairement à ce qu’affirme Gorrochategui, tout à fait fait possible du point de vue théorique (en ce qui concerne la forme « veleyense » TA, il doit en réalité s’agir d’autre chose, cf. infra, § 39). 6. La forme verbale négative ESTA... (n° 16365) Lakarra, curieusement, n’en parle pas. C’est est d’autant plus curieux que ce spécialiste de la langue basque et du « proto-basque », voire de ce qu’il a lui-même, paraît-t-il, baptisé le... « pré-basque » (mais qu’est-ce que le « pré-basque » ?158), n’hésite pourtant jamais, dès que l’occasion se présente à lui, à faire feu de tout bois lorsqu’il s’agit de convaincre le(s) lecteur(s) que ces inscriptions « veleyenses » ne peuvent être qu’une grossière falsification. En revanche, Gorrochategui choisit de commenter cette forme verbale. Mais, comme cela est manifestement souvent le cas chez lui, comme on pourra le constater à plusieurs reprises par la suite, il fait encore une fois appel à un argument des plus spécieux, de ceux qui font illusion dans un premier temps mais qui n’en restent pas moins profondément erronés. Gorrochategui :

155

Délicat car il est possible que cette cité vasconne fût en réalité une localité peuplée par une population ne parlant pas « proto-basque » ou, si on préfère, un idiome vascon ! Cela peut paraître curieux aux non-spécialistes, mais il n’est pas sûr en effet que tous les Vascones fussent des « proto-bascophones ». 156 En ce qui concerne le berbère ou plutôt le « proto-berbère », autrement dit ce qu’on appelle d’ordinaire le libyque ou « libyco-berbère », le berbérisant danois K. Prasse a montré que certains morphèmes du berbère moderne existaient déjà au début de notre ère, ou du moins paraissent être attestés dans les inscriptions libyques de l’Antiquité. C’est le cas pour le morphème t- représentant en berbère le préfixe de la troisième personne du singulier des verbes ; cf. Prasse, K., 1972, « Parenté berbère-libyque », chap. II, in Manuel de grammaire touarègue, T. III, Copenhague. 157

Gorrochategui, Dictamen, p. 18.

158

Car avant le « proto- », il devait y avoir, prétend cet auteur le plus… sérieusement du monde, le « pré- »... , un « pré-basque » que notre auteur prétend en effet être capable de reconstruire !

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« [L]a forma negativa esta (que suena exactamente igual que en la actualidad159) muestra también la negación como en época histórica »160. Puis vient aussitôt l’immanquable « cela étant »... : « ...ahora bien, teniendo en cuenta que en el vasco del s. XVI la negación de las formas no indicativas es çe, habría que suponer una forma anterior de la negación como *eze161 ». Le raisonnement est habile. L’auteur fait preuve, cela est incontestable, d’une grande habileté, et nous nous trouvons ici dans l’obligation de le reconnaître platement. La chute est en effet, on ne le répétera jamais assez, des plus subtiles, au delà même du caractère indubitablement spécieux de l’argumentation qu’il avance. La principale habileté consiste dans la généralisation : « (...) teniendo en cuenta que en el vasco del s. XVI la negación de las formas no indicativas es çe ». Affirmer cela sans aucune autre précision, c’est non seulement aller un peu vite en besogne, mais c’est surtout tromper le lecteur... tout particulièrement le non spécialiste ― car aucun spécialiste du basque, pour subtile et spécieuse que soit ici l’argumentation de Gorrochategui, ne peut raisonnablement tomber dans un tel piège162. La négation çe en lieu et place du ez habituel est en effet attestée au XVIe siècle en dialecte biscaïen ― et cela à titre et jusqu’à preuve du contraire purement anecdotique. Or non seulement cela Gorrochategui ne le dit pas, mais en outre il généralise. Sans le dire le moins du monde, il laisse en effet entendre, ou plutôt c’est sa façon toute singulière de présenter les choses qui le laisse entendre, que cette forme çe aurait été autrefois d’un usage courant en basque (sous-entendu : tous les dialectes connaissaient et utilisaient cette forme). « Conclusion » ou plutôt sous-entendu de l’auteur : une forme es (dans ESTA, la graphie latine < S > retranscrivant ici, on le sait, le z de l’orthographe basque moderne, soit ESTA « veleyense » = ezta, « il / elle n’est pas ») ne serait pas concevable au IIIe siècle. C’est très subtil de la part de Gorrochategui, il faut le reconnaître. Le problème en l’occurrence est que la subtilité, fût-elle la plus exquise, ne pourra jamais aller à l’encontre de la réalité. Et la réalité quelle est-elle ? La réalité, la voici : Non seulement la forme ez a de tout temps existé dans les tous les dialectes basques (inclus le dialecte biscaïen et cela malgré l’apparition au XVIe siècle de cette fameuse variante çe dans ce dialecte), mais en outre les plus anciennes attestations de ce terme dont on dispose sont unanimes. La forme ez apparaît en effet en 1415 dans l’expression apeçari ez oroc axeguin, « tous (ou : tout) (ne font, ne fait) pas plaisir à l’abbé »163 ainsi que dans la phrase eznayz bildur ezten alla, soit ez naiz bildur ezten hala, « je n’ai pas peur qu’il n’en soit pas ainsi »164 et surtout et avant tout dans ce qui constituait jusqu’à présent, c’est-à-dire jusqu’à Veleia, le plus ancien document, daté aux 159

L’auteur insinue ici en effet, de façon extrêmement subtile et trompeuse car présentée d’une manière toute déguisée, qu’il ne peut s’agir par conséquent que d’une falsification. 160

Gorrochategui, Dictamen, p. 18.

161

A partir de la forme attestée uniquement en biscaïen du XVIe siècle, quelques « reconstructeurs » du basque ont en effet imaginé un prototype « préhistorique », et on ne peut plus théorique, *eze ou *etze d’où serait issue ultérieurement l’actuelle particule négative ez, « non ».

162

C’est par exemple le cas d’Elexpuru, Comentarios, p. 18, qui ne tombe pas évidemment dans un piège aussi élémentaire et imparfait : « Leemos en OEH bajo la voz ez : “De uso general en todas las épocas y dialectos. Ze aparece en textos vizcainos antiguos, siempre con imperativo o subjuntivo”. Por lo tanto, usado desde siempre, y no como “negación de formas indicativas” ».

163

Orpustan, op. cit., p. 209.

164

Orpustan, op. cit., p. 211.

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environs de 950 de notre ère, connu de la communauté savante où apparaissent clairement des phrases en basque : les fameuses « gloses de San Millán de la Cogolla » dont on a déjà parlé auparavant et où on lit clairement, à en croire l’ensemble des spécialistes s’étant penchés sur la question : guec ajutu ezdugu165, « nous, nous ne l’avons pas accommodé »166. Quoi de plus banal par conséquent que de trouver dans une inscription du IIIe ou IVe siècle une forme verbale telle que ezta, écrite ESTA avec < S > latin = z basque ? Ce qui aurait constitué une curiosité des plus exotiques, pour dire le moins, eût été de trouver en lieu et place de cette forme verbale « veleyense » ESTA = ezta une inscription telle que **SETA ou **ESETA ou bien **EZETA ou encore **ETCETA / **ESSETA, etc. Là, il y aurait eu fort à parier que nous aurions été confrontés à une falsification artificielle et controuvée ! Pour conclure sur ce point, on rappellera, au risque de se répéter, mais comment faire autrement, qu’il est véritablement curieux que Lakarra, le seul véritable spécialiste de la langue basque (après la mort du regretté Henrike Knörr) de cette « commission d’experts » ayant été chargée d’établir des rapports sur l’authenticité de ces inscriptions, bref il est curieux que Lakarra ne dise rien sur cette forme verbale « veleyense ». A moins qu’il ne s’agisse d’un oubli de sa part, ce qui est peu probable, ne serait-ce pas simplement parce qu’il n’y a rien à dire ? Pas même… pour un auteur tel que Lakarra qui n’hésite pourtant jamais à donner son avis sur le moindre détail concernant de près ou de loin la langue basque. 7. Le mot ARRAPA Lakarra affirme à propos de ce mot apparaissant dans les inscriptions : « ARRAPATU es antes germánico que románico y, por tanto, escasamente probable en la Veleia del s. III » (2008 : 21). Il s’agit là cependant d’une affirmation définitive et gratuite, le tout constituant en outre une « démonstration » que l’on qualifiera, pour le moins, de courte, à savoir expédiée en… une phrase ― il écrit par ailleurs ARRAPATU par erreur ; en réalité, on suppose qu’il fait allusion à l’inscription ARRAPA. Gorrochategui, en revanche, analyse plus longuement et beaucoup plus sérieusement ce mot « veleyense ». Quelques remarques cependant. En effet, sa démonstration concernant le mot ARRAPA figurant dans les inscriptions de Veleia apparaît à bien des égards comme superflue, voire inutile, comme on le verra par la suite et en conséquence cela demande que son propos, au ton parfois définitif, soit quelque peu, voire fortement, nuancé. Il écrit : « En cambio, tenemos el vocablo arrapa (n° 16365) por lo que en vasco histórico es (h)arrapatu (agarrar, coger, cazar). » (2008 : 19). Il poursuit : « Parece evidente que esta palabra vasca es un préstamo románico, si tenemos en cuenta la existencia de cat. arrapar, “aferrar, coger por el pelo o con las uñas”, ital. arrapare, “coger violentamente” y occit. ant. arrapar, “arrancar”. » Jusqu’à présent nous pourrions être, en ce qui concerne « préstamo románico », en accord avec ses dires. Il poursuit en citant Corominas :

165

La forme ezdugu pour une prononciation réelle eztugu (cf. supra, la forme verbale ezten < ez den, 1415) constitue évidemment ici une forme qu’on appellera « étymologique », le scripte ayant voulu rétablir dans l’écriture la sonore d- de dugu qui s’assourdit normalement dans le langage parlé au contact du ez antérieur : ez dugu > eztugu.

166

Orpustan, op. cit., p. 204.

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« Corominas (s.v. rapar) los hace proceder del gótico *hrapon [sic, i. e. *hrapōn], “arrebatar, arrancar, tirar del pelo” (es decir, de cronología posterior al s. VI-VII). » Cela étant, ce que Corominas fait en réalité venir du germanique est le verbe râper, « user, frotter, irriter », etc. , esp. raspar, « frotar ligeramente algo quitándole alguna parte superficial ; hurtar, quitar algo » / rapar, « afeitar la barba ; cortar mucho el pelo ; hurtar o quitar con violencia algo »167, port. raspar / synom. rapar, « panser, effacer en grattant, raser, râper », cat. rapar, « tallar el pèlt molt ran ; gratar, rascar ; ferir amb les ungles ; robar, apoderar-se de cosa d’altri, etc. » / arrapar, « prendre o separar violentament ; ant. elevar o excitar fortament l’esperit ; ferir amb les ungles, etc. », tous issus effectivement du germanique raspōn, « rafler » (XIIIe siècle raffe / rafe, « instrument pour racler le feu » ; cf. m.-h.-all. raffel, « id. »), c’est-à-dire plus précisément lui-même issu d'un bas-latin *raspare, que l’on fait remonter, en raison de sa grande extension dans les langues romanes, au germanique occidental raspōn, « rassembler en raclant » ; cf. a.-h.-all. raspōn, « id. », le néerlandais raspen, « râper », etc. Donc, les dires de Gorrochategui sont exacts et valables pour les termes fr. râper, esp. rapar, cat. arrapar, etc. Mais l’affaire qui nous occupe ici concerne un autre mot n’ayant aucun rapport avec ce vocable germanique parvenu jusqu’à nous à travers le bas-latin *raspare. Dans sa précipitation à vouloir trancher, Gorrochategui semble avoir commis une erreur d’inattention. Il semblerait qu’il ait confondu, comme nous le verrons plus loin, deux mots à l’aspect semblable mais néanmoins d’origines différentes : les mots esp. rapar / cat. arrapar / fr. râper (du bas-latin *raspare, lui-même issu du germanique raspōn) et, comme on le verra à présent, celui issu en revanche du bas-latin arrapare / arrapere (< lat. ad-rapĕre). Ces mots n’ont pas en effet, contrairement aux apparences, la même origine. Et la preuve de cela est l’existence du mot basque arraspa, variante biscaïenne (au sens de « raspador, hierro con que se limpia la artesa ») et labourdine (au sens de « raspa ») de la forme bas-navarraise et souletine harraspa, « raspadura, raspa, lima grande, rapé », variantes que cite le dictionnaire étymologique de la langue basque de Manuel Agud et Antonio Tovar, ce mot basque étant, comme le rappelle à juste titre Corominas168, d’origine germanique (< raspōn). Conclusion : si le germanique raspōn est à n’en pas douter, et cela ne semble effectivement souffrir aucune contestation, à l’origine du mot basque (h)arraspa, il n’est en revanche certainement pas à l’origine du basque (h)arrapa dont l’origine latine semble acquise pour la quasi-totalité des savants latinistes versés dans ces questions. Revenons-en au sujet, c’est-à-dire à notre verbe (h)arrapa(tu). Car en effet la suite du propos de Gorrochategui est de loin la plus intéressante, quoique, on l’a dit, en grande partie inutile et cela pour toute une série de raisons qui seront abordées plus loin. Il écrit : « Teniendo en cuenta que Leizarraga utiliza harrapatu para traducir lat. rapere, podría pensarse que se trate de un préstamo latino, el cual estuviera ya atestiguado en nuestro óstracon de Iruña. » Il admet donc qu’une origine germanique n’est point indispensable. Pourtant, cela ne l’empêche pas d’avoir confondu dans son analyse antérieure les deux vocables cités auparavant, d’où la grande complication de cette affaire. Poursuivons. C’est à présent que Gorrochategui, faisant étalage d’une érudition indiscutable, se lance dans une démonstration impeccable, à savoir : « Pero ello se topa con los siguientes problemas : el participio es raptum de donde esperaríamos *arratu ; si partiéramos del verbo lat. raptare, tendriamos un participio raptatum de donde esperariamos *arratatu ; véase lat. captivu(m) > vasc. gatibu, de lat. exemptu(m) vasc. sul. séntho, com. sendo, con pérdida regular de la occlusiva (p) en posición implosiva. » Tout cela, encore une fois, est parfaitement exact. Exact certes, mais pour ce qui est du latin… classique ! 167

Du gotique « hrapôn » d’après la Royale Académie Espagnole.

168

Dans son Diccionario Crítico Etimológico de la Lengua Castellana.

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Or, le latin dit classique, celui grosso modo de l’époque d’Auguste, n’est en rien concerné, on nous le concèdera aisément, par ces inscriptions « veleyenses » pour la simple et unique raison que nous nous trouvons, en ce qui concerne ces fameuses inscriptions, et c’est là l’un des rares points qui ne souffre aucune contestation dans cette affaire, dans une période de « basse-latinité »169. Poursuivons. Faisons à présent appel aux travaux d’un auteur « bascologue » de tout premier ordre, dont l’autorité est difficilement contestable, une autorité qu’il est en effet peu probable que Gorrochategui conteste, c’est-à-dire Justo Gárate. Que lit-on dans l’un de ses articles où l’auteur cite une autre autorité des plus sûres, à savoir don Julio Urquijo170 ? Ceci : « ARRAPATU = El señor Urquijo me dice se deriva del castellano arrapar, que se encuentra ya en el Cancionero de Baena, el cual vendría del bajo latín “arrapare”, en latín clásico “rapere”, robar ». Ici la question n’est de savoir si le basque (h)arrapatu est ou non issu du castillan arrapar, ce qui est peut-être le cas, quoique le verbe basque (h)arrapatu soit plus probablement issu directement de la forme verbale bas-latine arrapare, déjà mentionnée, et non de l’ancien castillan arrapar qui en dérive, ces deux mots trouvant par ailleurs leur origine dans le latin ad-rapĕre171. Peu importe finalement dans le cas nous concernant. En réalité ce dont il est question dans le cas présent est qu’entre le IIIe et le VIe siècle le « latin vulgaire », connaissait une forme arrapare172. C’est ce point, tout à fait essentiel, qui a véritablement de l’importance dans cette affaire. La démonstration de Gorrochategui est donc, au risque de se répéter, parfaitement exacte. Le seul inconvénient pour le lecteur est qu’elle est hors sujet puisqu’elle ne concerne en réalité que le latin classique. En conséquence, elle est inutile. Ce n’est donc pas de raptum ou de raptare qu’il faut partir, mais du bas-latin arrapare (< ad-rapĕre173). Car à partir des vocables bas-latins, connus des spécialistes depuis bien longtemps, arripere / arrapere / arrapare l’évolution attendue en basque, l’appelât-on « proto-basque », ne pouvait en effet être que celle-ci : (ad-rapĕre >) arrapare, « prendre avec vivacité et force, ou avec

169

Väänänen, V., 2006, Introduction au latin vulgaire, Ed. Librairie Klincksieck, rééd. de la 3e édition de 1981, Paris, p. 13, § 20.

170

Gárate, J., 1935, « Quinta contribución al Diccionario Vasco », Revista Internacional de los Estudios Vascos = Revue Internationale des Etudes Basques, XXVI, pp. 347-353, v. p. 348.

171

Le latin rapere signifiant « entraîner avec soi ; enlever de force ». (cf. italien rapire, roumain rapi), etc.

172

C’est un fait connu depuis longtemps. Un auteur du XIXe siècle, A. Eveillé, écrivait déjà : « Roquefort et Ducange citent (…) arraper, anc. français, et arrapare usité dans la basse latinité », cf. Eveillé, A., 1887, Glossaire saintongeais étude sur la signification, l'origine et l'historique des mots et des noms usités dans les deux Charentes, Ed. Champion, Paris-Bordeaux ; également infra, les notes bas de page suiv. 173

Segura Munguía, S. & Etxebarria Ayesta, J. M., 1996, Del latín al euskara. Latinetik euskarara, Universidad de Deusto, Serie Letras, vol. 29, p. 213.

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les griffe »174 / arripere, « recevoir avec empressement, se saisir de »175 / arrapere176  participe passé arrapatu(m)  basque ou « proto-basque » arrapa(tu) puis harrapa(tu)177. Or, quelle serait la forme attendue dans la bouche d’un bascophone de cette époque, autrement dit entre le IIIe et le VIe siècles, bref quelle forme serions-nous en droit d’attendre ? Réponse : arrapa. Et qu’avons-nous sur ces inscriptions ? Réponse : ARRAPA Le dictionnaire étymologique de la langue basque de Manuel Agud et Antonio Tovar, dont nous avons déjà fait état auparavant, confirme par ailleurs cette étymologie puisqu’à l’entrée HARRAPA, harrapatu, arrapatu, ces deux auteurs signalent qu’à leur époque les savants bascologues Willem J. Van Eys et Cornelius Uhlenbeck voyaient déjà dans ce vocable le latin ad-rapĕre. Michelena en personne, comme le rappelle également Gorrochategui178, signale que Leiçarrague utilise la forme harrapatu lorsqu’il veut traduire le verbe rapere de la Vulgate179. Par conséquent, si cette inscription « veleyense » ARRAPA est, à en croire les dires de Gorrochategui, problématique, on ne parvient toujours pas à savoir, après un examen approfondi de la question, en quoi elle l’est véritablement. Par suite, le reste de l’argumentation de Gorrochategui concernant l’étymologie de ce mot tombe également, comme on le constatera à présent, de son propre poids, sans même qu’il soit nécessaire de provoquer sa chute. Mais comme la démonstration de cet auteur est bien des fois spécieuse, elle demande parfois à être explicitée en détail, autrement dit longuement décortiquée. En effet, Gorrochategui écrit : « Por otro lado está la contradicción de que [l’inscription] Roma[n] no muestre prótesis y [le verbe basque] arrapatu sí »; Ici il n’existe que deux possibilités : Ou bien cet auteur mélange involontairement des faits de nature différente ou bien il le fait sciemment, d’où l’aspect spécieux de son argumentation. Cela étant, nous ne savons pas si cela est fait à dessein ou bien résulte simplement d’une confusion née d’une analyse précipitée. Ce qui en revanche paraît être d’une grande clarté est que dans le bas-latin arrapare nous n’avons pas affaire à un une voyelle prothétique a- apparaissant d’ordinaire en basque devant une vibrante ― la plupart du temps il s’agit cependant de la voyelle e-. 174

Du Fresne Du Cange, Ch. ; Henschel, G. A. Louis ; Carpentier, P. ; Adelung, J. Ch. ; Diefenbach, L., 1850, Glossarium mediae et infimae latinitatis : Glossaire français, T. VII, Ed. Firmin-Didot, Paris, p. 16. 175

Tout cela, on l’a dit, est connu des latinistes depuis, au moins, le début du XIXe siècle, cf. Gardin-Dumesnil, J.-B. ; Jannet J.-Ph. ; Achaintre, N.-L., 1827, Synonymes latins, et leurs différentes significations, avec des exemples tirés des meilleurs auteurs, à l'imitation des synonymes français de l' abbé Girard, Ed. Delalain, quatrième édition, Paris, p. 8. 176

Galvani, G., 1971, Saggio di un glossario modenese, Ed. Forni, p. 141 : « (...) i rustici dicevano arrapere ed arrapare ; e già la voce rapax sembra rimanere ad indizio del semplice rapare ».

177

Segura Munguía, S. & Etxebarria Ayesta, J. M., 1996, op. cit., p. 49, § 9.1. : « La h- aparece en préstamos sin justificación alguna (...) harma, harrapatu, harroka, herrátü (...) », etc. 178

Gorrochategui, Dictamen, p. 19.

179

Evangile selon saint Jean, Chap. X : 29 : « 29 Pater meus quod dedit mihi maius omnibus est et nemo potest rapere de manu Patris mei » (soit en français : « 29 Mon Père qui me les a données est plus grand que tout, et nul n'a le pouvoir d'arracher quelque chose de la main du Père. ») que Leiçarrague traduit : « 29 Ene Aita niri hec eman drauzquidana, guciac baina handiago da, eta nehorc ecin harrapa ditzaque hec ene Aitaren escutic » ; également Actes, Chap. XXIII : 10 : « 10 et cum magna dissensio facta esset timens tribunus ne discerperetur Paulus ab ipsis iussit milites descendere et rapere eum de medio eorum ac deducere eum in castra » (soit en français : « 10 Comme le conflit s'aggravait, le tribun, par crainte de les voir mettre Paul en pièces, donna l'ordre à la troupe de descendre le tirer du milieu d'eux et de le ramener dans la forteresse. ») que Leiçarrague traduit : « 10 Eta seditione handi eguin içanic, Capitainac beldurturic, heçaz Paul çathica ledin, mana ceçan gendarmesac iauts litecen hayén artetic haren harapatzera [avec -r- au lieu de -rr-] eta fortaleçara eramaitera ».

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Ce mot propre à la « basse-latinité » résulte simplement de la contraction de l’expression latine ad-rapare / ad-rapere (< ad-rapĕre). Ce point ne peut entraîner, semble-t-il, aucune discussion particulière. En conséquence dire que cela est en contradiction avec le fait que nous ayons dans ces mêmes inscriptions « veleyenses » une forme ROMAN, « à, dans [la ville] Rome » (en lieu et place d’une forme théorique *ARROMAN ou *ERROMAN180), bref affirmer que l’existence de la forme ROMAN est en contradiction avec l’existence d’une forme ARRAPA dans ces mêmes inscriptions est, si on peut se permettre cette expression, « spécieusement inexact ». Encore une fois, Gorrochategui mélange, involontairement ou non, des faits différents d’où la nature quelque peu abusive de sa démonstration, un raisonnement que l’on pourra certes qualifier de subtil, mais qui n’en reste pas moins faux. 8. Le mot POLITA En ce qui concerne ce mot, Gorrochategui écrit : « En cuanto a polita, se trata de un préstamo tomado en vasco de romances septentrionales (occitano, gascón poulit) con el sentido de “bonito” (que se adecua bien a la inscripción) más el artículo -a. Dice el OEH (s.v. polit) : “de uso general en autores meridionales del s. XX ; el primer y único testimonio anterior al s. XIX corresponde a Mendiburu... Al norte se documenta desde mediados del s. XVII” »181. Puis, faisant preuve d’une érudition que nul ne saurait lui contester, il poursuit : « En latín el participio del verbo polire “alisar, pulir” era politum, de donde obtenemos regularmente en español medieval polido con el sentido de “limado, limpiado, adornado”. Si el euskara hubiera tomado la palabra en préstamo desde el latín directamente (como da a entender esta inscripción de Iruña), ahora esperaríamos una forma como **(b)oritu en aplicación de las leyes fonéticas ». Il conclut : « Para explicar la contradicción habría que admitir un préstamo antiguo (atestiguado en Iruña), una pérdida completa del préstamo ulteriormente, para volver a ser tomada en préstamo más tarde desde el occitano primero en los dialectos septentrionales en el s. XVIII y más tarde en los meriodionales. A parte de que esta explicación es antieconómica, nos hallamos con estos problemas : a) adopción en la forma femenina del participio latino, cuando la base del préstamo ha sido siempre la forma masculina-neutra en -tu ; b) dificultad semántica, ya que el sentido que mejor se acomoda a la inscripción es el moderno de “bonito” y no el antiguo de “alisado, limpio, etc.” ». Du point de vue de la « technique linguistique » tout cela semble, dans ses grandes lignes tout au moins, exact. C’est le raisonnement qui est faux. Pourquoi ? Parce que la cité de Veleia était à n’en pas douter un centre urbain où se côtoyaient des individus pratiquant plusieurs langues, dont le latin et manifestement l’ancêtre du basque actuel. Et ce n’est certainement pas un autre auteur, Lakarra pour ne pas le citer, qui nous contredira sur ce point, lui qui mentionne « la enorme diglosia en la que se hallaría la lengua vasca precisamente ahí [dans la localité de Veleia] »182. Et au même titre qu’un grand nombre de bascophones actuels, et cela des deux côtés de la frontière, introduisent couramment dans leurs discours, lorsqu’ils parlent en basque, des mots français ou espagnols, des mots qu’ils mélangent couramment à d’autres mots basques dans des phrases telles que, un exemple entre mille, « kotxe konbeniente bat erosi dut porke joango naiz… », etc., il n’y a en conséquence aucune raison de croire qu’il en était pas de même à Veleia entre le IIIe et le VIe siècle. 180

Cette forme Roman, attestée dans les inscriptions « veleyenses », n’étant rien d’autre, à n’en pas douter, qu’une forme culte expliquant la non-présence de la voyelle prothétique.

181

Gorrochategui, Dictamen, p. 19.

182

Lakarra, Informe, p. 20.

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Celui qui a rédigé cette inscription a simplement introduit dans sa phrase un mot latin, à savoir le mot polita, fém. de pŏlītus qui d’après le Gaffiot signifie, entre autres : « [fig.] orné avec élégance [en parl. d’une habitation] ». En conséquence, la démonstration de Gorrochategui, bien que grosso modo exacte, est cependant inutile. Lakarra, quant à lui, écrit : « (…) la forma polita [est] un préstamo galo-románico del XI o del XII (...) la semántica de polita “hermoso/a” es la moderna pero no la que correspondía en época medieval a polido / pulido, etc., cognados suyos presentes en romance temprano y aún tardío (renacentista) »183. Exact… mais également inutile ! 9. La forme VELEIA (graphiée dans les inscriptions VIILIIIA) Gorrochategui écrit : « Sabemos que el sistema fonológico del vasco antiguo no tenía / w /, a diferencia del latín, que lo expresaba mediante la letra V. Todos los préstamos latinos que poseían este sonido fueron adoptados, salvo por alguna otra causa justificada (p. ej. lat. vagina > magina), con / b / : lat. voluntate > borondate, etc. En la misma dirección apuntan los escasos datos aquitanos (Vocontia > Bocontia) »184. Il ajoute : « Teniendo esto en cuenta, resulta muy poco comprensible que el nombre de la ciudad, Veleia, que ya incluso en ciertas fuentes latinas tardías como el Itinerario de Antonino y el Ravenate aparece con B- (Beleia Iten. Ant. 454,8; Belegia Rav. 4,45.) (como consecuencia del proceso de betacismo, que confundió / w / con / b /fricativa), aparezca siempre en los óstraca vascos escrito con V ». Puis, répondant à la question qu’il s’est lui-même posée, il donne la solution : « Solo podría entenderse como un conservadurismo gráfico del nombre oficial escrito en el Alto Imperio ». Jungemann confirme ce fait : « En el siglo III los gramáticos ponían en guardia contra la confusión de b y v en la escritura »185. Carnoy traite également dans son ouvrage sur le latin d’Espagne de cette question (« v et b initiaux et postconsonnantiques », « b pour v » et « v pour b ») et cite plusieurs exemples186.. 10. Le mot REINU (n° 13364 …RIIINV…) Le latin REGNU(M) a-t-il pu aboutir en latin vulgaire à une forme reinu ? L’existence d’un prototype théorique reinu (une forme désormais sans astérisque puisque, à en croire cette inscription, celle-ci semble attestée) paraît en effet pouvoir être conjecturée en latin vulgaire. En effet, il semble ce prototype puisse être prévu à la suite de l’évolution phonétique suivante, connue des spécialistes : -GN- (groupe primaire) > -In187- > -I188- > -ĭn- (cf. lat. SIGNU(M) qui 183

Lakarra, Informe, p. 20.

184

Gorrochategui, Dictamen, p. 14.

185

Jungemann, F. H., 1955, La teoría del sustrato y los dialectos hispanoronances y gascones, Ed. Gredos, Madrid, p. 345. C’est manifestement au Ve siècle que ce phénomène semble s’être imposé définitivement d’après cet auteur, op. cit., p. 345 : « (…) Que en posición inicial la u] ya había en el siglo V, quada atestiguado por el hecho que la u] germánica en los préstamos subsiguientes a las invasiones fué representada por gu] (…) ». 186

Carnoy, A., 1906, Le latin d'Espagne d'après les inscriptions, étude linguistique, 2e édition revue et augmentée, Misch & Thron, Bruxelles, pp. 128-141.

187

A la suite de la palatalisation d’une vélaire précédant une dentale entraînant une vocalisation de -G implosif, cf. Darbord, B. & Pottier, B., 1988, La langue espagnole : éléments de grammaire historique, Ed. Nathan Université, Paris, p. 60. Il s’agit d’un point de phonétique « diachronique » posant des problèmes non encore résolus de façon satisfaisante par la communauté savante, cf. Allières, op. cit., 1996, p. 27, n. 1 : « En réalité, le traitement du groupe -GN- est moins clair : les grammairiens latins semblent indiquer que G y note une nasale vélaire, et l’italien, qui ignore le passage à yod de k + consonne, fait aboutir lui aussi ce groupe à une palatale ».

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donne en basque zeinu / zeñu, soit [seInu] > [seIu] > [seĭnu]189 puis, plus tard, à nouveau [seIu]190). En conséquence, on dira qu’en latin vulgaire on serait en droit d’attendre une forme reinu (REGNU(M) > *reInu > *reIu191 > reĭnu > *reĭIu > *reIu → cf. le basque erreiñu / erreñu, var. de erreinu). Et l’inscription de Veleia fait apparaître REINU Par suite, les dires de Joseba Lakarra selon lesquels « podemos decir que REINU es simplemente imposible en euskera, no tanto por la falta de prótesis (…) sino por la diptongación románica, un tanto prematura192 » deviennent quelque peu incompréhensibles. Gorrochategui, quant à lui, évite de lancer de telles affirmations et, prudent, se garde bien également de contester la possibilité qu’une forme reinu ait pu exister en latin vulgaire, c’est-à-dire entre le IIIe et le VIe siècle. Il se contente de signaler que « el n° 13364 documenta reinu, “reino” », un mot, ajoute-t-il, que « en euskara adaptamos como erreinu »193. L’absence de prothèse s’explique simplement par le fait qu’il s’agit d’un « cultismo » ou bien tout simplement de la forme qu’avait prise le mot en latin vulgaire (dans ce cas celui qui est à l’origine de l’inscription aurait alors simplement emprunté au latin parlé de l’époque le terme reinu, il ne s’agirait donc pas d’un mot « basque » à proprement parler). De toute façon, cette absence de voyelle prothétique constitue un détail secondaire à partir duquel, comme le reconnaît au demeurant le propre Lakarra, on ne peut tirer aucune conclusion. 11. La formeARRAINA (n° 16365b ...ARAINA... ) Gorrochategui : « (…) el término ar(r)aina (n° 16365), además de presentar artículo, ha sufrido ya el proceso completo de pérdida de nasal intervocálica a través de aspiración y nasalización de vocales adyacentes (*arrani > *arrãhi > arrãi), que más tarde se diversifica dialectalmente en formas con 188

Phonologiquement, [I] n’est pas un phonème, mais la variante combinatoire de [g] devant [n] soit < GN >.

Soit [seI-] (palatalisation en I) qui se résout en [seinu] ([I] se résout en ĭ semi-consonne + nasale, cf. infra, le mot arraina). 189

190

En ce qui concerne la variante basque actuelle erreinu, “reino”, Michelena nous dit : « Es excepcional (...) seguramente por cultismo, no se pronuncia erre(i)ñu como en algunas partes », cf. Fonética… , § 15.4. 191

Il se peut également que la prononciation [*reIu] ait été « graphiée » REINV par les gens de l’époque. Si on retient cette hypothèse, alors la lettre < I > devant < N > aurait alors été utilisée ici pour signaler qu’on avait affaire à une palatale, bref constituer un indice graphique de cette palatalisation.

192

En effet, si ce phénomène de phonétique propre au bas-latin (à savoir -GN- > -In- > -I- > -ĭn-) ne concerne en rien, d’où l’aspect incompréhensible de cette phrase de Lakarra, le phénomène de diphtongaison (spontanée ou conditionné) des voyelles en latin vulgaire, il n’en reste pas moins que l’étonnement de ce même Lakarra sur cette soi-disant « précocité » de la « diptongación románica » peut également surprendre car, entre autres, les dires de Gaston Zink, 1987, 2000, L’ancien français, Ed. P.U.F., p. 15, contredisent clairement les certitudes de Lakarra sur ce point (et les dires de Gorrochategui, ce qui peut paraître encore plus curieux, contredisent aussi les affirmations de Lakarra, cf. infra). D’après Zink : « Tandis que les diphtongues latines se simplifient, il s’en crée de nouvelles par le jeu de l’accent. Aux IIIe et IVe siècles (c’est nous qui soulignons), l’intensité accentuelle, en renforçant la constriction de la consonne qui précède presque toujours è, o ouverts toniques libres, fait naître un son de glissement i, u qui vient former diphtongue > ie uo : pétra > pietra > pierre ; nóvum > nuovu > nuef : cf. ital. pietra, nuovo, esp. piedra, nuevo ». Tout cela, chronologie incluse, est confirmé par deux autres romanistes, Jacques Allières, 1996, La formation de la langue française, 3e éd. P.U.F., pp. 36-37 (où il est montré que la diphtongaison des voyelles a eu lieu entre 250 et 350 après Jésus-Christ) et François de La Chaussée, dont on a déjà cité l’ouvrage, Initiation à la phonétique historique de l'ancien français, p. 107, § 9.1.1.1. 193

Rappelons cependant pour information que le Diccionario General / Orotariko Hiztegia cite les formes basques erregnu et regnu, voire reino (reinoa, reinua, etc.). En conséquence, l’adaptation, c’est-à-dire l’adjonction d’une voyelle prothétique, n’est pas, contrairement à ce que laisse entendre Gorrochategui, obligatoire en basque, dans la pratique du moins. Ici, on laisse de côté la théorie scolaire.

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pérdida total de nasalización (arraia) o formas con segmentalización de la nasalidad (arraina), como en los dobletes zaia / zaina y compuestos : artzaia / artzaina »194. La présence de l’« article » ayant déjà été longuement étudiée195, nous nous bornerons ici par conséquent à l’examen du mot arrain-. Il conclut : « Nuestra forma arraina es pues una variedad moderna y dialectal, de ninguna manera la forma originaria de donde proceden éstas ». Cela est inexact. Cette forme ne peut en aucun cas être une « variedad moderna » car celle-ci est déjà attestée chez Aymeric Picaud au début du XIIe siècle sous la forme araign (= araiI ou araI si le trigramme < ign > = [I] comme cela est peut-être le cas, cf. le souletin arraiñ, var. arráñ). Par conséquent, si les mots ont un sens, on ne peut pas dire qu’il s’agit d’une variante moderne. En outre, la démonstration de Gorrochategui citée ci-dessus, c’est-à-dire consistant, comme on le verra par la suite, en une conjecture de Michelena faisant appel à un prototype *arrani et à une « pérdida de nasal intervocálica a través de aspiración y nasalización de vocales adyacentes », est présentée par celui-ci comme étant une vérité définitive alors qu’il ne s’agit que d’une simple hypothèse. Lakarra présente également cette hypothèse de travail comme relevant du domaine du dogme : « Por lo que toca a arrain, además de un étimo — aceptado por todos (cf. FHV) — *arrani, no podemos saber cuando *-ni- dio -in- pero, por muy temprana que fueran la pérdida de -nintervocálica y los diversos tratamientos asociados a ella (...) éste arraina parece de una precocidad no ya extrema sino excesiva a todos los efectos relevantes »196. L’auteur, utilisant le ton définitif qu’on lui connaît désormais, écrit même à propos de ce prototype, que ce dernier est « aceptado por todos ». Ce qui est également inexact car certains auteurs, de tout premier ordre au demeurant, dont Meyer-Lübke et Henri Gavel197, n’ont pas accepté cette tentative de reconstruction. Michelena, un auteur dont Gorrochategui et surtout Lakarra se réclament continuellement, était lui-même beaucoup moins catégorique en ce qui concernait ces propres hypothèses198, ce qui montre que ce savant bascologue savait, si nécessaire, prendre quelque distance par rapport à ses propres théories. 11.1. Evolution sans chute du « -n- » intervocalique Si on part d’un prototype*arrani199, il semblerait que du point de vue théorique il n’existe aucune raison particulière pour que l’évolution n’ait pas pu être en réalité celle-ci : *arrani > arranj (nasale suivie de yod) > arraI (palatalisation en [I] du groupe nj, quoique non assurée200) qui se résout en 194

Gorrochategui, Dictamen, p. 17.

195

cf. supra, §§§§ 2, 2.1, 2.2, 2.3, 2.4.

196

Lakarra, Informe, p. 22.

197

Deux auteurs à qui la Fonética de Michelena, comme ce dernier le reconnaissait bien volontiers, devait beaucoup.

198

Michelena, L., 1990, Fonética Histórica Vasca, Ed. Gipuzkoako Foru Aldundia, p. 142, § 7.5, n’affirme rien : « De -an- más vocal anterior, el vizcaíno es el único dialecto que ofrece dos resultados distintos (...) Como el primero corresponde a menudo con seguridad a voces romances en -án, reconstruiremos *-ane y *-ani respectivamente ». Il n’y a là aucune affirmation, l’auteur se contentant d’émettre une hypothèse de travail.

199

Prototype reconstruit par Michelena. Rappelons encore une fois qu’il ne s’agit que d’une simple hypothèse de travail contrairement à ce que dit Lakarra qui présente cette reconstruction comme étant une certitude, cf. infra, la forme *arrane conjecturée par Meyer-Lübke. 200

Peu probable car si cette palatalisation a eu lieu en latin tardif à la fin du IIe siècle ou au tout début du IIIe siècle, cf. Allières, op. cit., p. 38, il semble en revanche plus difficile de connaître avec précision la date à laquelle la langue basque a pu expérimenter cette évolution *nj > I (cette palatalisation est en effet bien attestée en basque, cf. Michelena, op. cit., p. 197, mais déterminer avec précision l’époque à laquelle elle a eu lieu semble plus beaucoup délicat) ; cf. également le quartier de Bilbao appelé Begoña, autrefois unum collazum in 48


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arrain ([I] implosif se résout en ĭ semi-consonne + nasale, soit [I] > [ĭn]) et cela sans même à avoir à envisager à aucun moment la chute de la nasale intervocalique. En ce qui concerne la résolution du [I] implosif en ĭ semi-consonne + nasale, Gavel ne dit rien d’autre lorsqu’il signale que « dans ces variétés [dialectales basques] un assez grand nombre d’n actuelles proviennent en réalité d’une n mouillée primitive »201, soit une évolution -ñ > -in puis -i comme dans le guipuzcoan arrai à la suite de la chute d’une n finale, qu’il se fût agi d’une n précédée d’un i semi-consonne, comme dans arrain > arrai, ou d’un i entièrement voyelle comme dans irrintzin > irrintzi, dialectes biscaïen, guipuzcoan, etc. ; izokin > izoki, « saumon », guipuzcoan202. Reste la question de la chronologie de cette évolution et plus généralement de la plupart des évolutions phonétiques qu’ont connues le latin et la langue basque au cours des siècles. Or il s’agit d’une chronologie relativement bien conjecturée et connue des spécialistes203, une chronologie que Lakarra semble pourtant ignorer (il écrit, on le sait : « no podemos saber cuando *-ni- dio -in- pero, por muy temprana que fueran la pérdida de -n- intervocálica y los diversos tratamientos asociados a ella », cf. supra). 11.2. Evolution avec chute du « -n- » intervocalique Si on fait appel à la chute du -n- intervocalique, ce que certains auteurs ont envisagé, il est probable qu’il faut partir, d’après une hypothèse de Meyer-Lübke, d’une forme *arrane plutôt que d’un prototype *arrani, une forme *arrane présentant l’avantage, toujours d’après cet auteur, de la simplicité : *arra(n)e > arrãe > arrain204, lequel aboutit ultérieurement à arrai dans certaines localités guipuzcoanes à la suite de la chute d’une n finale, cf. supra, l’évolution des mots irrintzin > irrintzi ; izokin > izoki, etc. La chute du -n- intervocalique ayant eu lieu au tout début du IVe siècle205, à croire une démonstration savamment argumentée d’Henri Guitter, en conséquence une forme arrain serait donc tout à fait envisageable à cette époque de « basse-latinité » ― quelle que soit ici l’hypothèse envisagée, c’est-à-dire une chute de la nasale intervocalique présente dans un prototype *arrane d’après Meyer-Lübke ou *arrani d’après Michelena ou bien une non chute de cette même nasale à partir d’un prototype *arrani > *arranj, etc., cf. supra. En conséquence, et pour « conclure » sur ce point, on ne voit toujours pas, après avoir envisagé la question sous tous les angles, quelle est la véritable difficulté théorique empêchant Lakarra et Gorrochategui d’accepter cette forme arrain, -a. 12. Le mot ATA Lakarra : « Por fin, ese ATA (repetido en varios lugares) es probablemente demasiado bonito para ser cierto ; sin pretender establecer la etimología de un término perteneciente al lenguaje infantil, con lo que ello supone — y menos de uno sobre el que se ha especulado pudiera ser de procedencia céltica —, hemos de señalar que la -T- difícilmente pudo dar la palatal [at'a] y el diptongo [ajta] en la cronología conveniente y en todas las zonas de habla vasca. Cabe señalar que formas en Atta- (con dos -tt-) no son desconocidas en aquitano, con lo cual quedaría salvado el obstáculo anterior, no así Begonia, a. 1162). Si on part ici de l’hypothèse, probable quoiqu’il subsiste un doute, que le mot arrain ne constitue pas un emprunt au latin, il faudrait alors, dans le cadre de notre démonstration, admettre que cette évolution nj > I aurait également eu lieu en basque à une date très ancienne. 201

Gavel, H., 1921, « Eléments de phonétique basque », Revista Internacional de los Estudios Vascos, 12, p. 281, § 123 202

Gavel, H., 1921, op. cit., p. 276, § 121.

203

Guiter, H., 1989, « Elementos de cronología fonética en vascuence », Anuario del Seminario de Filología Vasca Julio de Urquijo : International journal of basque linguistics and philology, vol 23, n° 3, pp. 797-800. 204

Meyer-Lübke, W., 1924, « Der schwund des zwischensilbigen “n” im baskischen », Revista Internacional de los Estudios Vascos, 15, 2, p. 215 et p. 230.

205

Guiter, H., 1989, op. cit., p. 799.

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el que realmente hallamos en Veleia : sistemáticamente y sin excepciones es ATA lo que encontramos »206. Gorrochategui : « (...) no tengo nada que objetar a la antigüedad de ata ni de ama, incluso el primer término sería congruente con lo previsto por Michelena hace años »207. Il semblerait y avoir une … contradiction entre ces deux auteurs. On ne peut de toute façon guère tirer de conclusion de cette forme « veleyenses » ATA et d’ailleurs Gorrochategui non seulement n’en tire aucune… mais de surcroît il ajoute à propos de cet ATA qu’il s’agit d’une forme attendue. En latin on avait atta, « grand-père, ou plutôt “grand-papa” », selon le Gaffiot « nom donné par respect aux vieillards », grec ἄττα, gotique atta, etc208. et même, à en croire Isidore de Séville, amma, « maman » 209 ; cf. également v.-h-all. amma, « maman (qui nourrit) », etc. Le graveur « veleyense » a peut-être écrit ATA, « père », forme ne faisant apparaître qu’un seul -t-, afin d’éviter que ne se produise une confusion avec l’anthroponyme, attesté durant l’Antiquité, ATTA210, ce anthroponyme étant également le surnom que portait un poète dramatique latin : C. Quinctius Atta211. Bref, on ne peut, avec Gorrochategui, et à l’inverse de Lakarra, en tirer aucune conclusion d’autant que l’alternance graphique –t- / -tt- est un phénomène bien attesté dans l’Antiquité, en particulier dans le domaine de l’onomastique : ATTIVS / ATIVS212., ATTALUS / ATALUS213, etc. 13. Les noms de parenté NAIA, NEBA, REBA, SEBA, SABA, peut-être MONA (n° 13393 ...ΛTΛ – ΛMΛ / NIIBΛ – RIIBΛ / SIIBΛ – SΛBΛ / MONΛ… ; n° 13369 … ZVRII NΛIΛ… ) Lakarra : « Las “caídas” de V[oyelle]- inicial en SEBA, SABA, REBA y MONA sólo son explicables por “imitación”de los de Baiona, Baigorri, etc. toponímicos »214. En est-il absolument certain ? Il ajoute : « sin embargo, no hay, que se sepa, ninguna explicación ni paralelo para estas formas veleyenses ». Ce n’est pas pourtant l’avis de Gorrochategui pour qui manifestement il existe une explication : « Hay cierto apoyo para esta interpretación [i. e. naia = anaia] en otro material del conjunto que permite pensar en una forma con aféresis215. Esa vía nos llevaría a postular un fuerte acento de 206

Lakarra, Informe, pp. 22-23.

207

Gorrochategui, J., « Los asombrosos hallazgos de Iruña-Veleia », El Correo, samedi 18 novembre 2006 ; l’entretien accordé par l’auteur à ce quotidien régional constitue l’Annexe 1 de son Dictamen, c’est pourquoi nous le citons ici. 208

Ernout, A., Meillet, A., 2001, Dictionnaire étymologique de la langue latine, Ed. Klincksieck, Paris, p. 54.

209

Ernout, A., Meillet, A., op.cit., p. 21.

210

Albertos Firmat, Ma L., 1966, La onomástica personal primitiva de Hispania, Salamanque, p. 42 ; également Navarro Caballero, M., Ramírez Sádaba, J. L., 2003, Atlas antroponímico de la Lusitania romana, Fundación de Estudios Romanos et Ausonius (Institut de Recherche sur l’Antiquité et le Moyen-Âge, CNRSUMR 5607), Mérida-Bordeaux, p. 104. 211

Pour une autre explication concernant l’orthographe « veleyense » ATA, cf. infra, § 33.

212

Navarro Caballero, M., Ramírez Sádaba, J. L., op. cit., p. 104.

213

Albertos Firmat, Ma L., op. cit., p. 10 et p. 293.

214

Lakarra, Informe, p. 13.

215

Gorrochategui fait ici bien évidemment allusion, quoique curieusement sans les citer ni les commenter à aucun moment, aux autres noms de parenté attestés à Veleia et cités ci-dessus. Le fait qu’il ne commente pas ces mots ni dans son Dictamen ni dans Armas, pas plus que dans Hallazgos, doit-il être interprété comme une acceptation implicite de l’existence de ces derniers durant l’Antiquité ? Il n’émet en tout cas aucune réserve quant à leur existence.

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intensidad en segunda sílaba, de modo que hubiera hecho desaparecer la pretónica : *aNáia > naia »216. Il existe donc, contrairement à ce qu’écrit Lakarra, une explication... On en conclura que tout cela paraît manquer de clarté. Il faudra donc, afin de tenter d’y voir plus clair, faire appel à des auteurs de tout premier ordre, tel Gerhard Bähr. Ce dernier montre en effet qu’en basque l’existence de mots ou de variantes de mots, en particulier ceux désignant un degré parenté, ayant subi la chute d’une voyelle initiale, notamment de la voyelle a-, serait tout à fait envisageable : « Guraso-ak “padres” cuyo radical le parecio oscuro a Schuchardt. Probablemente (y a pesar de la variante burhaso-ak, comp. gurdi : burdi “carro”) este vocablo esta formado de agure “viejo” y atso “vieja”, es decir (a)guratso-ak “el viejo y la vieja” y primitivamente acaso “el padre y la madre” (…) las variantes guratso (AN-b) y buratso (AN) dans mucha fuerza a esta hipótesis »217. Mais encore : « Se puede sospechar que neba no es sino *(a)nae-ba », etc218. Encore de nos jours, il existe également pour iloba une variante loba sans qu’on sache dire laquelle des deux est la plus primitive. Il s’agit, en ce qui concerne ces termes basques de parenté, d’un sujet délicat car plus ou moins énigmatique et il sera par conséquent, dans l’état actuel des connaissances, difficile d’en dire plus (en ce qui concerne le mot amona, cf. infra, § 34.3.). Et la meilleure preuve de cela est que Gorrochategui préfère ne rien en dire, ou presque, puisqu’il se contente de commenter rapidement la forme naia, et que les commentaires sur le sujet de Lakarra, quelques lignes tout au plus, se cantonnent finalement à quelques banalités contredites de surcroît... par Gorrochategui. Insinuer donc que nous serions, en ce qui concerne ces mots, face à une tentative de falsification serait en conséquence, certes, toujours possible – et c’est d’ailleurs ce que fait Lakarra – mais finalement tout cela n’a pas véritablement grande portée. 14. Le mot SANTU (n° 17050 …SAN / TV…) Ni Gorrochategui ni Lakarra ne mentionnent cette inscription. Une lecture SAN / TV paraissant être, jusqu’à présent et preuve du contraire, la plus vraisemblable, du moins d’après la photographie que nous avons pu consulter, nous avons donc choisi de la commenter avec toutes les réserves d’usage. Pourquoi faire mention de cette inscription ? Car elle intéresse au plus haut point la chronologie des changements phonétiques expérimentés par la langue basque. Comme on l’a déjà mentionné auparavant (cf. supra, §§ 11.1, 11.2, l’évolution d’un prototype *arrani) en basque l’évolution du mot SANCTU n’a pu être que celle-ci : SANCTU > [sanjtu]219. En ce qui concerne le latin tardif, cette évolution est datée de la fin du troisième siècle de notre ère et début du suivant220, soit (du latin au protoroman) : SANCTU > ['sanjtu] > ['saItu] > ['saIto] > [saĭnt]221. 216

Gorrochategui, Armas, p. 17.

217

Bähr, G., 1935, Los nombres de parentesco en vascuence (Trabajo Premiado por la Academia de la Lengua Vasca), con correcciones y adiciones posteriores del mismo, Gaubeka idaztegia irarkola, Bermeo, Biscaye, p. 7. 218

Bähr, op. cit., p. 12.

Puis ensuite [saItu] > [saĭntu] > [saĭndu]. Dans le cas présent [I] implosif se résout en ĭ semi-consonne + nasale, soit [I] > [ĭn] puis, par la suite, -t situé après nasale se sonorisera au cours du IVe siècle : -nt- > -nd-. En ce qui concerne la variante dialectale guipuzcoane santu on ne peut dire avec certitude, écrit Gavel, op. cit., p. 252, § 111 et p. 512, n. 2, « si le t y apparaît conservé simplement parce qu’elle aurait été empruntée à une époque tardive ou si après être devenue d’abord un d, la dentale a été réassourdie par la suite sous l’influence de l’esp. santo ». Il ajoute, fort justement de notre point de vue : « le lab. et le bas-nav. conservent une forme saindu d’aspect très archaïque ». 219

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Et étant donné que le mot basque SANTU ne peut être rien d’autre qu’un emprunt du basque au latin, la seule question nous intéressant dans le cas présent ne concerne donc que la date à laquelle cet emprunt a pu avoir lieu. Or le stade [saItu] ne peut avoir existé que jusqu’à la fin du IIIe siècle, au plus tard, car, nous dit Guitter, la « u tónica todavía no había tomado el timbre o, lo que se produjo en romance hacia el año 300 »222. Cette forme [saItu] a donc été obligatoirement retranscrite, autrement dit « graphiée », par notre écrivain « veleyense » sous la forme santu ou SAN / TV223 avant la fin du troisième siècle à une époque où le changement u > o ne s’était pas encore produit224 ― et la sonorisation de l’explosive sourde t précédée de la lettre n n’ayant eu lieu qu’au cours de la deuxième moitié du IVe siècle225, rend tout à fait cohérente l’existence au cours du IIIe siècle à Veleia d’une forme santu. 15. Le mot ESQUERO (n° 13858 …IISQVIIRO… et n° ? …ESQVERO…) A propos du premier, Lakarra226 écrit : « (…) el ESQUERO (con < QU >, no con < Q > !!) y ESKONDU [en réalité ESKON] (con < K >, insólito en este contexto en latín) vienen a mostrar que al autor veleyense se le han escapado en un texto del s. III-VI grafías castellano-vascas (la 1ª) unos 1000 o 1500 años posteriores, y aun peor, grafías vascas meridionales posteriores a 1850 o 1900 ». Cela semble pourtant inexact. Non seulement la graphie < Q > mais également, ce qui constitue ici un point essentiel, la graphie < QU > étaient toutes les deux employées en latin vulgaire en lieu et place de la graphie classique latine < C > notant le son [k]. Ainsi le mot quiescentis apparaît écrit à Rome (a. 435) quesquentis où < -QU- > reproduit le son [k] et non pas [kw]227. Cela est confirmé en outre par Isabel Velázquez qui, à propos de la graphie < QU > des inscriptions de Veleia, reconnaît que celle-ci est parfaitement attestée à l’époque : « La pérdida de labiovelar es temprana en textos muy vulgarizantes, como en alguna tablilla de defixión donde se lee omutesquant por obmutescant (CIL II2 7, 251 del s. I a.C) »228.

220

De La Chaussée, op. cit., p. 209 ; également Allières, J., 1996, op. cit., pp. 38-39. Dans le cadre de nos commentaires, et cela vaut également pour toute une série d’autres traités classiques de référence, seuls les chapitres et les passages de ces ouvrages concernant les évolutions que connut le latin vulgaire dans l’ensemble de la Romania occidentale sont évidemment utilisés. Cette forme aboutira par la suite, en ancien français cette fois-ci puis ensuite jusqu’à nos jours, à [se}ĩ(t)] > [se}(t)].

221

222

Guiter, H., 1989, op. cit., p. 798. C’est cela qui en effet permet de dire que le latin, par exemple, exemptu adopté en basque sous la forme sendo, var. souletine séntho, l’a été obligatoirement après cette date car sinon nous aurions en basque une forme **sentu ou **sendu

223

La graphie latine ne permettant pas de reproduire la palatale [I], elle ne peut en conséquence être reflétée dans l’inscription en question. 224

Mais qui se produira en revanche en protoroman (SANCTU > ['sanjtu] > ['saItu] > ['saIto]) où l’évolution phonétique se poursuivra normalement contrairement à ce qui se passe en langue basque, une langue qui, on le sait, une fois le mot latin emprunté, « bloque » en partie l’évolution de celui-ci ou du moins lui en fait désormais subir une autre que l’on peut qualifier de typiquement « euskarienne ». 225

Guiter, H., 1989, op. cit., p. 798.

226

Gorrochategui, lui, n’en parle pas.

227

Herman, J. & Wright, R., 2000, Vulgar Latin, Published by Penn State Press, p. 48 ; également Herman, J., Le latin vulgaire, Ed. P.U.F., p. 56, déjà cité auparavant ; Janssens, J., 1981, Vita e morte del cristiano negli epitaffi di Roma anteriori al sec. VII, in Analecta Gregoriana, Pontificia Università gregoriana, Facoltà di filosofia, Ed. Pontificia Università Gregoriana, Rome, p. 261, n. 233 : « In alcuni epitaffi del secolo V si trova il participio quiescentis apposito al nome del defunto nel genitivo possessivo (ad es. ICUR NS, I, 529 : “locus bene quesquentis Marcelli” a. 435 ; anche I, 59) ». 228

Velázquez, Informe, p. 27.

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Et le fait qu’elle s’empresse d’ajouter que, selon elle, « el ejemplo es extraordinario », ne change rien à l’affaire, à savoir que cette graphie < QU > était belle et bien utilisée à l’époque pour noter le son [k]. L’usage de la graphie < -QU- > en latin dit vulgaire, c’est-à-dire à l’époque à laquelle ont manifestement été rédigées ces inscriptions « veleyenses », est par conséquent attesté pour retranscrire [k] dans d’autres inscriptions que celle commentée ici, à savoir : ESQUERO. Si les mots ont un sens, dire en conséquence qu’il s’agit d’une graphie moderne est donc inexact. Citons un autre exemple non dénué d’un certain intérêt que l’on fournira ici à titre d’information. L'Itinéraire d'Antonin ou Itinerarium Antonini Augusti229 établi au début du IIIe siècle après Jésus-Christ cite entre Burdigala (act. Bordeaux), capitale des Bituriges Vivisci, et Aquae Tarbellicae (act. Dax), capitale des Tarbelli, la localité de CŒQUOSA (non identifiée, probablement située, comme cela a déjà été mentionné auparavant (cf. supra, § 5.1), dans les environs de Morcenx, soit à Laharie, soit à Garrosse, cf. supra). Cette graphie est en outre confirmée par la Tabula Peutingeriana230 qui cite également cette localité sous une graphie identique : CŒQUOSA. Si le témoignage de la Tabula Peutingeriana n’est totalement probant car ce document serait l'œuvre d'un moine copiste anonyme ayant reproduit XIIIe siècle un document plus ancien de l’époque d’Auguste, en revanche, celui que nous livre l'Itinéraire d'Antonin est intéressant à plus d’un titre car non seulement il a été rédigé probablement vers 200 après Jésus-Christ, puis complété vers 290, mais en outre le manuscrit le plus ancien qui nous ait été conservé est du VIIe siècle (Manuscrit d’El Escorial, Escorialensis R II 18, dans lequel toutes la partie concernant la péninsule Ibérique a été perdue, mais celle concernant la Gaule, dont faisait partie le territoire aquitain, y figure). Or dans le cas présent nous sommes également en présence, au moment de représenter le son [k], d’une graphie < QU > et non pas < C > (la graphie *Cocosa, non attestée, serait pourtant la graphie normalement attendue puisque César le premier puis par la suite Pline au Ier siècle après Jésus-Christ citent le peuple des Cocosates dont Coequosa était évidemment la capitale ; en conséquence dans le nom aquitain CŒQUOSA la graphie < QU > ne peut, semble-t-il, reproduire le son [kw]231) — la forme *Cœqosa avec < Q > n’est pas, quant à elle, attestée. 229

Itinerarium Antonini Augusti : Itineraria Romana, vol. I : Itineraria Antonini Augusti et Burdigalense, Ed. O. Cuntz, 1929, Ed. Stereotypa, Stuttgart, 1990, pp. 1-75. Deux voies, au début de notre ère, reliaient Burdigala (Bordeaux), capitale des Bituriges Vivisci, à Aquae Tarbellicae (Dax), capitale des Tarbelles. Leur existence est attestée dans une sorte d'indicateur routier appelé l'Itinerarium Antonini Augusti, établi au début du IIIe siècle et par la suite complété et compilé à la fin du siècle, sous Dioclétien et Constantin. L'unité employée est, non le MP romain ou mille pas doubles, soit 1480 mètres, mais la lieue gauloise de 2.222 mètres (gaul. leuga). 230

Konrad Peutinger, célèbre humaniste allemand, né le 14 octobre 1465 à Augsbourg, mort dans cette même ville, le 24 décembre 1547. La fameuse Tabula Peutingeriana est un monument d'une importance considérable pour la géographie ancienne. Elle fut découverte en 1494 dans une bibliothèque de Worms en Allemagne par l'érudit Konrad Celtes. Elle porte le nom de l'humaniste et amateur d'antiquité Konrad Peutinger, qui l'avait reçue en héritage de son ami Konrad. La Table est composée de onze parchemins assemblés afin de former une bande de 6,82 mètres sur 0,34 mètres. Elle montre 200,000 kilomètres de routes, mais aussi l'emplacement de villes, mers, fleuves, forêts, chaînes de montagnes. La Table représente la totalité de l'Empire romain, le Proche-Orient et l'Inde, la Chine étant également mentionnée. La première feuille représente l'est des îles Britanniques, la Hollande, la Belgique, une partie de la France et l'ouest du Maroc. L'absence de la péninsule Ibérique laisse supposer qu'une douzième feuille, aujourd'hui perdue, représentait l'Espagne et le Portugal, ainsi que la partie occidentale des îles Britanniques. Le manuscrit est généralement daté du XIIIe siècle : il serait l'œuvre d'un moine copiste anonyme de Colmar, qui aurait reproduit vers 1265 un document plus ancien. Il serait, a-t-on pensé, basé sur la carte du monde que fit réaliser Marcus Vispanius Agrippa, un proche de l'empereur Auguste. Après la mort d'Agrippa, la carte fut gravée dans le marbre et placée sur le Porticus Vispaniae, non loin de l'autel de la Paix, le long de la Via Flaminia. La Table de Peutinger découverte par Konrad Celtes paraît être une version actualisée au IVe siècle. 231

Car l’auteur du manuscrit d’El Escorial du VIIe siècle n’a pas pu raisonnablement « inventer » ce nom et encore moins lui faire subir de son propre chef une évolution phonétique telle que [k] > [kw] (on sait par ailleurs que les toponymes ont tendance à se vider rapidement de leur sens premier et à se « fossiliser »). Ce copiste n’a pu que reprendre ce nom ― un de plus parmi les dizaines et les dizaines qu’il avait à retranscrire ― dans la forme phonétique et par suite orthographique qui était la sienne au IIIe siècle. Car si à l’époque 53


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Dire en conséquence, en ce qui concerne la graphie < QU >, qu’il s’agit obligatoirement d’un phénomène moderne semble donc ici aussi inexact. 16. La forme ANQUISES (n° 11.042 ANQVI / SIIS) Velázquez : « Son frecuentes las grafías incongruentes de nombres, no achacables a vulgarismos de la lengua. Pueden destacarse, entre otras, algunas llamativas por su imposibilidad : Anquises frente a la esperable transcripción Anchises del nombre griego, habida cuenta de que la misma supone una pronunciación como gutural sorda de la aspirada griega232, poco probable en esta época y menos para un nombre propio literario »233. Suit alors une petite dissertation théorique : « En latín vulgar se utiliza la grafía QV para transcribir el griego κυ y viceversa, como coloquint(h)is por colocynthis, del gr. κολοκυνθίς o iusquiamos por hyoscyamus, del gr. ’Ύοσκυαµος. Las confusiones gráficas en latín se producen entre QV y CV como reflejo de la progresiva descomposición del fonema labiovelar sordo / kw / en el difonema / ku /, dándose grafías en una y otra dirección. Además simplificaciones por pérdida de u en la secuencia fonética / ku (o kw) + i / e /, como refleja el conocido Appendix Probi en diversos ejemplos : uacua non uaqua, uacui non uaqui, coquens non cocens, etc. ». Ainsi : « Grafías erróneas aparecen ya muy tempranamente, aunque de forma excepcional, así puede leerse cui por qui o necue por neque en la Lex Salpensana (finales s. I d. C). Formas de este tipo también en la Lex Ursonensis. En ocasiones que / qui pasó a ce / ci afectada por la africación : cieta por quieta ». Certes ! Tout cela paraît fort exact. Mais, et sans qu’on y voie forcément quelque malice ou quelque autre attitude hostile envers cet auteur, on se permettra néanmoins de poser une question fort simple : Quel rapport cela a-t-il véritablement avec le sujet dont il est question ici ? Car, et au risque de se répéter, mais comment faire autrement devant un ensemble de raisonnements à ce point emberlificotés, pour ne pas dire abscons, Madame Velázquez reconnaît clairement, comme cela a déjà été vu auparavant à propos de l’inscription esquero : « La pérdida de labiovelar es temprana en textos muy vulgarizantes, como en alguna tablilla de defixión donde se lee omutesquant por obmutescant (CIL II2 7, 251 del s. I a.C) ». Où est le problème alors ? Pourquoi, si comme l’écrit cet auteur, la « pérdida de labiovelar es temprana en textos muy vulgarizantes », une orthographe Anquises (où < QV > = / k /) serait-elle véritablement impossible dans le Veleia du IIIe siècle ?

d’Auguste ce nom se prononçait et était orthographié *Cocosa (ce que prouve manifestement le nom de peuple Cocosates que nous font connaître César et Pline), pourquoi ce copiste, qui vivait aux environs des années 600, aurait-il choisi de l’orthographier Cœquosa ? Par conséquent, il est extrêmement peu probable que dans cette graphie < QU > du VIIe siècle représentât le son [kw]. D’autant moins probable en effet que la phonétique historique du gascon, pas plus que celle du languedocien, ne connaît pas le phénomène de diphtongaison des voyelles dans les groupes -co-. Si ce toponyme aquitain avait survécu, l’évolution attendue aurait dû le faire aboutir, semble-t-il, à une forme telle que *Cougousse ou *Cougouse. Or ce nom existe ! Il s’agit du nom d’un petit village situé à quatorze kilomètres au nord-ouest de Rodez (et à environ cent soixante kilomètres au nord de Toulouse) : le village de Cougousse. La phonétique historique du languedocien implique pour ce nom, à n’en pas douter d’origine pré-celtique, un prototype *Cocosa, soit un nom identique à celui du peuple aquitain des Cocosates, « les habitants de la cité de *Cocosa », nom de localité attestée par ailleurs au IIIe siècle, on l’a vu, sous la forme Cœquosa. Cette prononciation (c’est-à-dire < c > [k] = χ) semble néanmoins avoir existé en latin, cf. Väänänen, Le latin vulgaire des inscriptions pompéiennes, p. 55 : « Le latin n’avait pas d’occlusives aspirées du type θ, φ, χ, du grec ; les aspirées grecques étaient rendues sommairement par t, p, c dans le latin archaïque et populaire ».

232

233

Velázquez, Informe, p. 27.

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On ne le saura pas234. Cela étant, la seule question nous intéressant dans le cas présent n’est-elle pas finalement celle-ci : oui ou non l’aspirée grecque χ du grec Ἀγχίσης pouvait-elle être rendue en latin vulgaire par le digramme < QV> ? Il semblerait que la réponse soit pour Madame Velázquez plutôt négative, du moins à en croire sa conclusion : « Por este motivo, en este tipo de usos lo que no se da es la grafía QV exclusivamente para la k griega / k / y menos aún para la χ235, es decir la gutural aspirada, transcrita en latín por CH236 ». Madame Velázquez en est-elle absolument certaine ? Car les inscriptions pompéiennes montrent clairement l’usage du digramme < QV > pour noter la lettre C, c’est-à-dire / k / dans par exemple les inscriptions QVOSERVIS = cōnseruīs et COLLIQVIA = collicia(s) où, cela ne peut, semble-t-il, souffrir aucune contestation, le digramme < QV > rend bien le latin C = / k /237. Par conséquent cet auteur est-il absolument certain que le nom grec Άγχίσης, écrit en latin classique ANCHISES, n’aurait pu en aucune façon s’écrire en latin vulgaire ANQVISES ? La question demeure. Madame Velázquez, latiniste de formation, donne souvent l’impression d’éprouver, comme on aura l’occasion de le constater à de multiples reprises tout au long des présents commentaires, certaines difficultés à s’extraire du carcan, fort scolaire et toujours rigide, du latin classique, qu’elle semble il est vrai maîtriser à la perfection, et ne parvient pas la plupart du temps (feint-elle de ne pas y parvenir ?) à se faire à l’idée, relativement simple pourtant, que dans le Veleia du IIIe siècle, c’est bien à du latin vulgaire auquel nous avons affaire, sujet sur lequel nous reviendrons par la suite. La conclusion de Madame Velázquez est en revanche plutôt catégorique : « Así pues, la grafía con -qu- de Anquises responde, en definitiva, a la actual pronunciación castellana del nombre (cf. n°s 11422, 11416, 11423, 11424, 11425) ».

234

Puis, changeant à nouveau quelque peu de sujet ― puisque curieusement il n’est plus désormais question de la « pérdida de labiovelar » ―, Madame Velázquez poursuit son raisonnement byzantin : « Las confusiones y ultracorrecciones son frecuentes entre qui, que, quo y cui, cue, cuo, mucho menos para qua / cua, para lo que hay que esperar al s. IV-V, de ahí que sorprenda un tanto la grafía SECVANO por Sequanus en la pieza n° 11287, como ya se indicó ». Certes ! A la rigueur... Mais aussitôt, elle ajoute : « ...aunque no sería imposible en este caso ». Où est le problème alors ? On ne le saura pas. Tout cela paraîtra en effet un peu confus. Par exemple au début de ses commentaires, Madame Velázquez écrit déjà à propos du nom SECVANO, Informe, p. 4 : « En este caso, además, la grafía -cua- por -qua- es inusitada [ce n’est pourtant pas l’avis de Väänänen, op. cit., p. 54. qui cite les formes attestées à Pompéi ACVAM, ACCVA, etc. où -CV- note [kw]]. En latín el nombre correcto es Sequanus (o Sequanicus), nombre de un pueblo que habitaba la Alsacia meridional. Aunque pudiera tratarse de un cognomen, como aquí parece, la grafía no es esperable, según se dirá en el apartado de lengua ». Pourtant dans son « apartado de lengua » (cf. « VI. Consideraciones sobre la lengua », pp. 25-38), elle conclut, p. 27 : « Las confusiones gráficas en latín se producen entre QV y CV como reflejo de la progresiva descomposición del fonema labiovelar sordo / kw / en el difonema / ku /, dándose grafías en una y otra dirección ». Où est le problème alors ? Et à un moment donné, comme cela a déjà été signalé ci-dessus, elle écrit également que « la grafía SECVANO por Sequanus en la pieza n° 11287 (...) no sería imposible en este caso ». Le lecteur, fût-il le plus bienveillant, éprouvera parfois quelques difficultés à suivre. 235

On fera remarquer, sans qu’on y voie nécessairement aucune malice de notre part, que la phrase « lo que no se da es la grafía QV exclusivamente para la k griega / k / y menos aún para la χ » ne signifie pas nécessairement que l’usage de cette graphie pour noter « la k griega / k / » et « la χ » est impossible du point de vue strictement théorique. Bref, Madame Velázquez suggère ici manifestement que c’est impossible sans l’être pour autant tout... en l’étant ! Cela s’appelle en effet en français, on ne nous contredira guère sur ce point, un raisonnement byzantin. 236

Certes ! Mais en latin classique... c’est pourquoi il eût été préférable pour Madame Velázquez, si elle avait voulu faire preuve d’une plus grande rigueur dans son raisonnement, d’écrire : « transcrita en latín arcaico por C y en latín clásico por CH », ce qu’elle ne fait pas manifestement (cf. supra, § 16, n. 232). 237

Väänänen, Le latin vulgaire des inscriptions pompéiennes, p. 55.

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En lançant de telles affirmations, sans possibilité de retour en arrière, Madame Velázquez ne craint-elle en effet pas de voir à l’avenir sa réputation ternie ? Gorrochategui : « En el texto latino observamos la grafía ANQVISES por lo que en latín debía ser Anchises ; es decir, se usa la grafía QV, que servía para anotar la consonante labiovelar sorda latina / kw / ― o a lo sumo una secuencia de velar más labial / kw / ―, para escribir una palabra que no tenía ningún elemento labial ; se trata, por tanto, de una falta de ortografía (y no de un error accidental, dada la repetición de esta grafía en más de un grafito) ». Après cette constatation, il ajoute : « Toda falta de ortografía suele tener una razón de ser, que consiste habitualmente en un cambio fonético producido en la palabra, que la hace idéntica o próxima a la pronunciación de otro sonido del que antes se diferenciaba : en otras palabras, esta grafía implica un paso de la labiovelar / kw / a velar simple / k /, permitiendo así una grafía hipercorrecta de la palabra »238. Certes ! Mais aussitôt il reconnaît (se trouve forcer de reconnaître ?), à l’instar de Velázquez, que le « paso de la labiovelar / kw / a velar simple / k / » est attesté « en la epigrafía de los tres primeros siglos ». Où est le problème alors ?239 Mais, s’empresse-t-il d’ajouter aussitôt : « Hay escasísimos240 testimonios de esta confusión en la epigrafía de los tres primeros siglos imperiales ». Suit un cours de phonétique historique romane : « Por otro lado, la lingüística románica nos enseña que el mantenimiento del elemento labial fue muy amplio : el italiano y el sobreselvano aún mantienen el elemento labial en palabras como quindici “quince”, quercia “roble” en inicial y cinque “cinco” en medial tras nasal »241. Certes ! Mais quel rapport cela a-t-il avec le sujet nous intéressant présentement, à savoir les inscriptions « veleyenses » du IIIe siècle ? On ne le saura pas. Et l’auteur d’ajouter : « Además tenemos otro argumento claro de cronología relativa : en las hablas románicas donde el grupo -qui- / -que- acabó en velar simple, lo tuvo que hacer necesariamente después de que la velar originaria se palatalizara, fenómeno sobre cuya cronología hay cierto debate, pero que de todos modos no comenzó antes del siglo III d. C. y no terminó probablemente antes del s. V d. C. Independientemente de ello, hay ejemplos diseminados por toda la Romania de mantenimiento del elemento labial : esp. yegua, rum. iapa, sardo ebba, etc. de lat. equa ». Certes ! 238

Gorrochategui, Armas, pp. 7-8.

239

Au cas où le lecteur n’aurait pas saisi le fond de sa pensée, à savoir son extrême réticence à s’incliner devant les faits, Gorrochategui ajoute aussitôt après, se contredisant néanmoins quelque peu avec ses dires antérieurs: « [mais] ...debemos esperar a inscripciones muy tardías para ver grafías como Quiriacus en vez de Cyriacus ». 240

On goûtera ici tout particulièrement l’expression « escasísimos » utilisée par Gorrochategui. On aura compris que l’auteur répugne à admettre cette réalité. 241

Au cas où on n’aurait toujours pas compris que la réalité des faits, à savoir l’existence indiscutable « de testimonios de esta confusión en la epigrafía de los tres primeros siglos imperiales », lui déplait grandement, il insiste en note de bas de page (note n. 8) : « Y si el pronombre relativo muestra eliminación del elemento labial : it. chi, che, se debe más bien a razones analógicas con otras formas del pronombre como quod, quo modo, etc., donde la eliminación ante vocal posterior fue regular ya en latín vulgar. Lo mismo vale para eliminaciones tempranas en posición medial, como coquina > lat. vulg. cocina ». Bref, le lecteur, fût-il le simple curieux de passage, aura compris que Gorrochategui est obligé de reconnaître de façon implicite qu’une forme Anquises est tout à fait possible, mais cela décidément lui coûte…

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Mais quel rapport, encore une fois, tout cela a-t-il véritablement avec le sujet dont il est question ici, à savoir l’existence ou non dans le Veleia du IIIe siècle d’une graphie ANQUISES ? Ici non plus on ne le saura pas. 17. la forme ESKON (n° 15922 …ESKON…) A propos de ESKON, Gorrochategui écrit : « Véase además la diferencia gráfica entre Corne(lio) escrito con C, como corresponde a un nombre latino, y el vocablo vasco eskon, escrito con K, una distinción gráfica incomprensible desde el punto de vista de epigrafía latina (ya que la K solo iba ante vocal a y en pocos casos fosilizados242) y solo entendible desde una norma gráfica vasca contemporánea »243. Pourtant, si nous consultons l’ouvrage de référence de Friedrich George Molh, un auteur de tout premier ordre chez les spécialistes du latin dit vulgaire, on peut y lire : « Constatons encore que l'usage de k pour c jusque sur des inscriptions relativement récentes, comme on a par exemple DEKEMBER même pendant l'époque impériale, cf. aussi DE╞ EM sur le columbarium de la Vinea Somaschi, pourrait bien être en relation avec l'assibilation de c ; on écrit Dekember, nom officiel, avec k, afin qu'on ne lise pas à la façon vulgaire Dećember »244. En conséquence, une graphie ESKON semble tout à fait admissible en ce qui concerne ces inscriptions « veleyenses », c’est-à-dire pour une époque que l’on situe entre les IIIe et VIe siècles. Lakarra, lui, préfère se lancer dans une hypothétique analyse étymologique du terme ezkon, contrairement à Gorrochategui qui, prudent, préfère s’abstenir ici de tout commentaire. Lakarra : « (...) si ezkondu “casarse” viniera como es muy verosímil [sic] de *festa (cf. eztegu “boda” < *bezta-egu [v. FHV]) es claro que necesitaría de algún tiempo para que se dieran *b- > ø, -zt- > -zk- y la contraccion vocalica aeu > -o- »245. Sous-entendu limpide de Lakarra : étant donné que la chronologie de cette évolution phonétique découlant de son audacieuse hypothèse étymologique mentionnée auparavant, est en l’état inenvisageable du point de vue théorique pour cette époque, alors il ne peut s’agir que d’une falsification… Lakarra avance ici certains faits qu’il présente comme étant acquis ou en passe de l’être, sans prendre toutes les précautions d’usage – ce que se garde bien de faire Gorrochategui, trop habile pour cela –, si ce n’est l’utilisation d’un conditionnel de pure forme (« si… viniera »). L’auteur aurait en effet tendance à présenter une simple hypothèse de travail comme étant une… « certitude », voire dans le meilleur des cas une « semi-certitude », alors qu’en réalité il ne s’agit que d’une simple conjecture. Il s’abrite pour cela derrière l’autorité de Michelena. Mais que dit ce dernier ? A aucun moment Michelena n’écrit pourtant que ezkon puisse venir d’un quelconque *beztaegu246. A aucun moment. Il s’agit d’une extrapolation toute personnelle de Lakarra, sortie tout droit de son imagination, manifestement fertile. 242

Cela est encore une fois exact pour le latin classique où, nous dit Niedermann, « k disparut, ne laissant de traces que dans quelques abréviations (K = Caeso [nom propre], K ou KAL = calendae, KK = castra », op. cit., p. 9. En revanche, en latin tardif la lettre k semble avoir été utilisée, non seulement devant la voyelle a, Bokatus, karessemo, etc., mais aussi devant la voyelle i : deposikio, cf. Carnoy, op. cit., pp. 21, 66, 132, 135, 147. 243

Gorrochategui, Dictamen, p. 12.

244

Mohl, F.-G., 1974 [París, 1899], Introduction à la chronologie du latin vulgaire : étude de philologie historique, Ed. Georg Olms Verlag, Hildesheim-New York, p. 305, § 124. 245

Lakarra, Informe, p. 19, n. 11.

246

Michelena, Fonética Histórica Vasca, p. 494, § 4.10.

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Michelena se contente de signaler que le terme « occid. eztegu, y or. eztai, eztei, “bodas”, sólo tienen en común su primer elemento, ezt- sea cual fuera éste ». Michelena ajoute : « ...hasta sería posible que representara un *bezta más arcaico que los atestiguados besta, etc. “fiesta” ». Et dans cette phrase de Michelena (« ...hasta sería posible que representara... ») on est bien loin des « semi-certitudes » et autres « certitudes » affichées par Lakarra ! A aucun moment il n’est fait référence, ne serait-ce qu’une simple allusion, à une quelconque étymologie du terme ezkon. Il eût été en effet fort curieux qu’un auteur du niveau et de la prudence de Michelena s’abîmât dans de telles fantaisies étymologiques. Michelena se gardant bien de proposer une étymologie, et encore moins une étymologie ferme, à ce terme, consultons à présent les auteurs parmi les plus sûrs et respectables en la matière. D’après Bouda et Tovar, pour ne citer que ces deux illustres auteurs, le basque ezkon est issu du latin spondeo, d’autres le disant issu du latin spon-sus (> ezkon), conjectures de loin parmi les plus économiques et réalistes et par conséquent parmi les plus probables247. On peut donc, du point de vue théorique, envisager pour le IIIe siècle l’existence à Veleia d’un terme ezkon (graphié ESKON). 18. La phrase NEU CORNE ESKON Lakarra : « Ahora bien, lo que no es concebible ni para ni vasc. del s. III ni para el de ninguna otra época son “frases” del tipo NEU CORNE ESKON »248. Puis, s’abîmant dans la raillerie facile, inhabituelle à un tel niveau de la recherche, il ajoute : « Concedamos que CORNE sea abreviación de CORNELIUS (o de CORNELIA) y no un diminutivo “a lo cheli”249, lo cual parecería bastante chusco250 ». Lakarra feint de s’étonner et d’ignorer que CORNE constitue effectivement une abréviation utilisée durant l’Antiquité pour noter les anthroponymes Cornelius / Cornelia comme le montre clairement, entre autres, un ouvrage faisant référence en la matière, celui de José Manuel Iglesias et Alicia Ruiz, un ouvrage que Lakarra n’a manifestement pas lu251. A la décharge de ce dernier, il faut ajouter que seule une poignée de spécialistes de haut niveau dans le domaine de l’épigraphie antique connaissent cette abréviation antrophonymique, car elle est relativement rare. Or manifestement le ou les prétendus faussaires la connaissent aussi... Une fois l’utilisation de cette abréviation CORNE explicitée — une utilisation qui ne semble guère plaider en faveur d’une falsification car extrêmement peu connue de nos jours à l’exception de quelques spécialistes —, la suite de l’inscription ne paraît pas non plus poser de problèmes insurmontables.

247

Tovar, A. et Agud, M., 1991, Diccionario Etimológico Vasco, IV (egiluma-galanga), Anejos del Seminario de Filología Vasca « Julio de Urquijo », XXVI, p. 820 [156]. 248

Lakarra, Informe, p. 18.

249

Dans le langage familier espagnol Cheli est ce qu’on appelle dans les cercles spécialisés un hypocoristique, c’est-à-dire la forme populaire et affectueuse d’un nom de baptême, ici en l’occurrence celui de Consolación (var. Chela, Chelo, etc.). L’hypocoristique féminin Cheli est relativement connu en Espagne, surtout dans le nord de la péninsule Ibérique, en particulier en Galice. L’expression « a lo Cheli » utilisée par Lakarra pourrait se traduire en français plus ou moins comme « à la manière de la forme populaire Cheli ».

250

Le mot espagnol chusco signifie dans le langage familier « qui est “rigolo”, qui prêtre à sourire ».

251

Iglesias, J. M. et Ruiz, A., 1998, Epigrafía Romana de Cantabria. Petrae Hispaniarum, nº 2. Santander-Bordeaux, pp. 64-68 où l’abréviation CORNE apparaît, entre autres, dans une inscription datée de la fin du IVe siècle de notre ère, plus précisément de l’an 399 après Jésus-Christ : CORNE(lius) VICANVS / AVNIGAINVM / FESTI F(ilius) ARA(m) / POS{S}VIT DEO / ERVDINO X K(alend)IS / AVGV(stis) M(arco) A(ntonino) VE(ro) CO(n)S(ulibus).

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La forme ESKON ne constituerait ici par conséquent rien d’autre qu’un participe passé signifiant « marié(e) » (certains auteurs ont « reconstruit » par le passé un prototype *ezkoni, quoique manifestement erroné, à en croire cette inscription du moins). Le tout aurait alors signifié : « Moi Cornelius (ou Cornelia) marié(e) ». 19. A propos des « marcas de concordancia ausentes » Lakarra se lance alors dans une diatribe des plus curieuses252 concernant un prétendu manque de syntaxe qui selon lui ne serait en aucun cas « concebible »253. Lakarra ajoute : « Es decir, el autor de la inscripción, mejor dicho, del conjunto de las inscripciones vascas, espera mucho de sus lectores, delegando en estos el trabajo de explicitar prácticamente toda la flexión nominal y verbal ». Il poursuit : « Solo en dos escenarios me parece posible algo similar : a) en una época de la lengua an alejada de la históricamente conocida en la que ésta fuera enteramente analítica, sin astro de síntesis y, por tanto, de las marcas que luego hallamos en el Sintagma Nominal y en el Sintagma Verbal ». La suite est encore plus inattendue : « b) en una especie de prueba / ejercicio — típico de los manuales de lenguas de finales del s. XX y comienzos del actual (¡ pero no de otros mucho más partidarios de la nemotecnia !) — en donde el docente proporciona una serie de frases incompletas para que el alumno rellene los huecos correspondientes, bien sea con léxico, bien con formas gramaticales (adverbios, flexiones verbales, etc.) ». Puis vient la chute où pointent presque des accents moralisateurs : « Lo inaceptable, en cualquier caso, es la sensación de que faltan elementos imprescindibles en las “frases” y no por fractura de los soportes o por cuestiones epigráficas, precisamente, sino por falta de ganas o de interés (¿ de osadía reconstructora ?) del autor de la inscripción ». Et Gorrochategui d’ajouter : « Los textos son, con excepción de pocos casos, secuencias nominales, en las que faltan formas verbales conjugadas ; es decir, no hay frases normales [sic], con una expresión completa de sus constituyentes habituales : sujeto, complementos, forma verbal correspondiente ». Et de constater, faisant montre d’un étonnement qui finit lui-même par étonner : « En su lugar, encontramos sintagmas nominales, a veces formas infinitas del verbo, de modo que da la impresión de que el autor apunta una idea que el “lector debe completar en su mente, en cuanto haya comprendido la finalidad del mensaje” [sic] »254. Pourtant, encore de nos jours, il est courant, dans les formulaires de type administratifs ou des courriers professionnels, ou de quelque autre nature comme par exemple les petites annonces, etc., de rencontrer des « phrases » archibanales telles que « Pierre Dupont, quarante-cinq ans, marié, deux enfants, nationalité française, D.O.M.255 ». 252

Et également, quoique dans une moindre mesure, Gorrochategui qui écrit, étonné ou feignant l’étonnement : « neu Corne eskon (da a entender : neu Corne(liorekin) eskon(du naiz) ». Mais, prudent, Gorrochategui n’insiste pas et, en ce qui concerne cette inscription du moins, décide d’en rester là. 253

Une critique, presqu’une harangue... , au ton des plus vifs : « (...) ¿ quién es el sujeto ? ¿ quién el sociativo ? ¿ cuándo ha ocurrido / ocurrirá / o se querría que ocurriera (o no) la acción ? I.e., ¿ nos hallamos ante “neu[k] Kornelia ezkon[du] [dut]” ?, ¿ “Ni Kornelia [rekin] ezkondu [naiz]” ?, ¿ “Ni[rekín/gaz] ezkondu [da] Kornelia” ? ¿ o cualquiera de ellas en presente, pasado, futuro, potencial o subjuntivo ? Podríamos también suponer que en ESKON hubiera que añadir la marca de nombre verbal (-te/-tze/-(k)eta/-tzaiten) y entender “neu[k] Kornelia ezkon[tzen, etc.] [dut]”, “Ni Kornelia[rekin/gaz] ezkon[tzen] [naiz]”, “Ni[rekin/gaz] ezkon[tzen] [da] Kornelia” », etc. 254

Gorrochategui, Dictamen, p. 12.

255

D.O.M. signifie « Dégagé des Obligations Militaires », ce que presque tout le monde en France sait, encore de nos jours alors même que le service militaire a été aboli depuis bien longtemps. Beaucoup de femmes, qui n’étaient pourtant pas concernées par ce service militaire, connaissent également ce sigle.

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Et le fait qu’il n’y ait pas dans cette « phrase » contemporaine de construction syntaxique n’empêche aucunement d’une part son existence — qui, parmi nous qui parlons français, n’a jamais rencontré ce type « phrase » ? — et encore moins d’autre part la compréhension du lecteur, fût-il d’un faible niveau culturel256. Prenons à présent une petite annonce, celle par exemple d’un hebdomadaire bien connu dans la région de Bayonne, Le p’tit Basque. Qu’y lit-on à longueur de pages ? Exemple : « Setter anglais 3F 2M nés 09/06 dispo mi/08 tat vac + LOF mère2EPA 205 TB lignée 500€ Tél : (...) », etc. Autre exemple : « Ordi puissant tbé sous gtie Wind XP 169€ Tél : (...) », etc. Un dernier exemple : « Tond autoportée Jonsered 14,5c bac & mulghing 6vit BE 900€ Tél : (...) », etc. On trouve le même type de message, c’est-à-dire d’annonces, dans la plupart des quotidiens ou hebdomadaires en langue espagnole ou bien par exemple en basque (quoique de nos jours la tendance à user des abréviations par sigles paraisse, il est vrai, un peu moins développée en basque qu’en français) : « D. 2007 abuzt. 08 etx. salgai irud.g. m² : 95 logela kop. 3 helb. Padura zehb. zk.g. (prob. Gip.) p.k. 20160 prez. (...) tlf. (...) », etc. Or, quel que soit le niveau culturel du lecteur de ce type de messages, on peut tranquillement prétendre que de nos jours toute personne confrontée à de tels textes contemporains, même en prenant en compte les individus ayant peu fréquenté le système scolaire, comprendra parfaitement et au premier coup d’oeil la signification de ce genre d’énoncés ou « phrases ». Imaginons à présent un archéologue vivant aux environs des années 4000, soit dans deux mille ans. Il découvre par le plus grand des hasards — peu importe ici où et comment — un de ces textes, une de ces petites annonces banales constituant notre quotidien. Il les transmet aussitôt à un de ses collègues spécialisé en langues anciennes, autrement dit à un linguiste de son époque. Ce dernier constate alors que ces « phrases » (pour nous, ce sont des petites annonces, mais lui évidemment il ne le sait pas ou plus) sont totalement dépourvues de syntaxe. Et notre linguiste du XLe siècle de s’exclamer alors : « [D]a la impresión de que el autor apunta una idea que el “lector debe completar en su mente, en cuanto haya comprendido la finalidad del mensaje” » ! Et notre homme d’en conclure aussitôt qu’il ne peut s’agir que d’une grossière falsification... en ajoutant, on ne peut plus sûr de lui, c’est-à-dire doctement, qu’il est en effet inimaginable que deux mille ans auparavant (c’est-à-dire à notre époque) il ait pu venir à l’esprit de quelqu’un possédant toutes ses facultés mentales d’écrire un tel charabia ... Et c’est ainsi, on l’aura compris, que d’exellents esprits, et parmi les meilleurs, n’auront pas, au cours de l’histoire, manqué de se fourvoyer. Voilà en effet une des raisons pour lesquelles il faut toujours être extrêmement prudent dans ses conclusions. C’est pourquoi on peut dire dans le cas présent, sans grand risque de s’égarer, que les dires et les affirmations, le raisonnement même, de Gorrochategui et Lakarra concernant le contenu de cette inscription sont, au-delà même de leur inutilité, absolument inattendus et incompréhensibles257.

256

Il ne viendrait bien évidemment à l’esprit de personne, en France du moins… , d’écrire « “je suis” ou “je m’appelle” Pierre Dupont, “j’ai” quarante-cinq ans, “je suis” marié, “j’ai” deux enfants, “je suis de” nationalité française, “je suis” dégagé des obligations militaires »… Cela serait ridicule ! aujourd’hui tout comme il y a deux mille ans… 257

Il ajoute de façon quelque peu énigmatique : « Por si alguien pretendiera datar las inscripciones — o en concreto ésta — en siglos anteriores a la Era (!) me permito recordar el origen de CORNE »... (?)

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D’autant plus inattendus et incompréhensibles que les sigles d’abréviations latins sont très nombreux durant l’Antiquité (la signification de certains d’entre eux n’ayant d’ailleurs pas encore été élucidée comme le signalait déjà à son époque Sacaze258) et le Moyen-Âge259. Car au-delà de la prudence, il faudra toujours dans ce type recherche, est-il seulement besoin de le rappeler, savoir faire preuve d’une certaine flexibilité dans le raisonnement, et d’une certaine humilité. On croit tout savoir ou presque tout, et il suffit d’une découverte totalement inattendue pour tout chambouler, une trouvaille venant souvent nous rappeler que ce que nous savons ou pensions savoir n’est finalement que peu de chose. Les exemples sont nombreux dans l’histoire des découvertes scientifiques. Un des exemples parmi les célèbres est sans aucun doute celui concernant l’histoire du déchiffrement du linéaire B. Ce fut un architecte anglais, Michael Ventris, linguiste à ses heures, qui dans les années cinquante et à la stupéfaction générale de la communauté savante (dont une partie ne s’est pas encore, semble-t-il, remise de ses émotions) démontra que l’écriture syllabique appelée « Linéaire B » (à ne pas confondre aves le « Linéaire A ») servait en réalité à noter au second millénaire un dialecte grec archaïque, le mycénien. Evidemment, beaucoup de savants linguistes ayant antérieurement émis l’opinion catégorique que le « Linéaire B » ne pouvait pas contenir du grec eurent énormément de mal à admettre par la suite leur erreur, sans même avoir à mentionner le fait que c’était un architecte de profession, dont la linguistique n’était finalement qu’un simple passe temps, et non un des leurs qui avait... trouvé la solution. Inutile de dire que l’affaire provoqua au niveau international (et en haut lieu) quelques remous et cela malgré l’adhésion, relativement rapide, de plusieurs savants de tout premier ordre à la thèse de Ventris, tels que par exemple Pierre Chantraine, spécialiste de premier rang pour la langue grecque. Il y eut cependant quelques résistances, parfois des plus farouches. Une d’entre elles fut celle qu’exprima l’excellent Wilhelm Eilers qui, avec force, énergie et détermination, déclara alors au monde : « Que les Grecs de cette époque, par une sorte de sténographie, aient omis les désinences et écrit, pour ainsi dire, seulement le thème du mot, est la plus inconcevable de toutes les possibilités »260. On croirait entendre ou plutôt lire, à une cinquantaine d’années d’intervalle, Lakarra. Si les mots ne sont pas identiques, l’esprit, le raisonnement, en revanche, l’est bien. Le seul problème est que W. Eilers alla tout droit, accompagné de ses opinions définitives, s’échouer aussitôt sur les rivages d’une terre, manifestement inconnue pour lui, appelée... la réalité. Bref, W. Eilers, et ceux qui pensaient comme lui, c’est-à-dire tous ceux qui affirmaient tout haut que cela était parfaitement « inconcevable »261, avaient tort. 20. Le nom DENOS Présent dans l’inscription : DENOS ZURE NAIA (n° 13368b ...DENOS / ZVRII / NAIA...). Egalement dans : JAN TA EDAN DENOS (n° 13367 ... IAN / TA / IIDAN / DIINOS...).

258

Sacaze, J., 1892, Inscriptions antiques des Pyrénées., Ed. Edouard Privat, Toulouse, réimpression 1990, pp. 567-568 et pp. 577-578. 259

Cappelli, A., 1912, Dizionario di abbreviature latini ed italiani, Milan.

260

Chadwick, J., 1972, Le déchiffrement du linéaire B : aux origines de la langue grecque, Bibliothèque des Histoires, Ed. Gallimard, Paris, p. 210. Cette citation de W. Eilers que cite Chadwick a paru dans la revue Forschungen und Fortschritte, 31, 1957, pp. 326-332. W. Eilers fut un orientaliste de renom aux multiples talents : arabisant, islamisant, spécialiste de sémantique, d'histoire des religions et d'archéologie, d'histoire sémitique et indo-européenne. 261

Curieusement Lakarra utilise le même type d’expression lorsque, sans faire preuve de la moindre nuance, il écrit, on l’a vu auparavant, que cela n’est pas « concevable » (« concebible ») : « no es concebible ni para ni vasc. del s. III ni para el de ninguna otra época ».

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L’examen des photographies couleurs, de très bonne qualité, où apparaît ce nom262 ne laisse aucune place à la discussion : on lit DENOS. Mais, étant donné que Lakarra ne parvient pas à expliquer la forme DENOS, qu’ils reconnaît pourtant, à l’instar de Gorrochategui, avoir lue dans un premier temps, il opte alors pour une autre leçon : **DENOK ou **DENOG. Mais toutes ses remarques concernant cette hypothétique leçon sont parfaitement inutiles263 car c’est bien de DENOS qu’il s’agit. Gorrochategui lui-même avoue également avoir lu DENOS dans son exposé intitulé « Las Armas de la Filología »264. Plusieurs inexactitudes cependant dans les propos tenus par cet auteur, à savoir : « Ha trascendido también a la opinión pública la existencia de una frase que dice DENOS ZVRE NAIA, cuya interpretación definitiva deberá esperar a un análisis ocular del grafito y de otros paralelos, ya que hay cierta dificultad en la lectura de la última letra de denos »265. Cela semble inexact. Il n’existe, on l’a vu, aucune « dificultad en la lectura ». Il poursuit : « Esta fue mi primera lectura y no supe, por tanto, hallarle explicación a la forma ; como venía seguido de “zure naia”, supuse que podría tratarse de un nombre de persona desconocido (sic)266, de aspecto nada vasco por otro lado debido a su D- inicial, que era calificado como “vuestro hermano”. Mais aussitôt, il reconnaît pourtant que cette hypothèse anthroponymique est tout à fait plausible : « Hay cierto apoyo para esta interpretación [i. e. naia = anaia, cf. supra, § 13] en otro material del conjunto [conernant les noms de paenté] que permite pensar en una forma con aféresis. Esa vía nos llevaría a postular un fuerte acento de intensidad en segunda sílaba, de modo que hubiera hecho desaparecer la pretónica : *aNáia > naia ». Il ajoute cependant : « Pero la -s de DENOS tampoco es clara, de modo que caben otras dos lecturas : DENOC con una C a la que se le ha añadido un rabo, o bien DENOG ». Cela semble à nouveau inexact, un examen approfondi des deux photographies où apparaît ce nom ne pouvant entraîner aucune discussion. D’autant plus inexact que l’auteur, se contredisant lui-même quelque peu, conclut à la page quinze de son Dictamen qu’une leçon DENOS est en fin de compte, et après un examen approfondi de la pièce, la seule vraiment envisageable :

262

Elles peuvent être consultées sur http ://www.Veleia.com/adjuntos/VeleiaNoticias/48_adjunto1.pdf

263

L’inutilité des propos de Lakarra n’enlève rien au fait que ses commentaires sont véritablement des plus curieux, voire parfois des plus extravagants dans le monde de la recherche dite « scientifique ». L’auteur, désormais adepte de la « théorie du complot »., c’est du moins là la nette impression qui ressort de ses dires, écrit en effet, Informe, p. 15, n. 7 : « En caso de que DENO-, DENOS hubiera de ser leído DENOG como parecen sugerir ciertas grafías de otras ostracas tendríamos un claro caso de “nuevo antiguo”, reconstruyendo el falsificador una sonora final (allí donde nunca pudo haberla) para dar así une pátina de antigüedad a la forma ». La suite est encore plus insolite, Informe, p. 31, à la suite de la n. 21 : « En la nota 7 aludimos a la posibilidad de que sea DENOG (como sugiere Gorrochategui en “Las armas de la filología”) la lectura “sugerida” por [un véritable] < DENOS > ; en ese caso, con una base imposible hasta fines del s. XVIII tendríamos un caso de sonora final no ensordecida aún, i.e., un “falso antiguo”. En este caso, sin embargo, no sólo no encuentro una fuente directa en el libro de Núñez Astrain [un livre auquel Lakarra fait souvent de la publicité dans son rapport] sino que los el/los falsificadores pudieron aprender la regla diacrónica “sonora final > sorda” en la FHV de Mitxelena o quizás oralmente, bien que desde luego no con ningún **denog > denok, dado que el primero nunca pudo existir ». 264

Gorrochategui, J., 2007, « Las Armas de la Filología ». Texto de la conferencia de Joaquín Gorrochategui, impartida el 12 de octubre de 2007, dentro del II Congreso de de la Cátedra Koldo Mitxelena en la Facultad de Letras de la UPV/EHU (Vitoria-Gasteiz), pp. 16-17. 265

Gorrochategui, J., 2007, op. cit., pp. 16-17.

266

C’est nous qui soulignons.

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« Sobre el asunto de DENOS, tratado ya en Armas, p. 16-17, poco se puede decir, ya que la inspeccion de la pieza no permite inclinarse por una lectura denoc (“todos”), que me parece ser la única forma con sentido »267. De quoi s’agit-il alors ? Ce que Gorrochategui estime être un « nombre de persona desconocido » n’est en réalité rien d’autre qu’un nom celtique268. En conséquence, toute la démonstration de cet auteur sur ce point bien précis, c’est-à-dire la forme DENOS qu’il a cru à un moment donné devoir identifier, quoique comme il reconnaît lui-même à tort, avec le basque denok, quand bien même serait-elle exacte dans ses grandes lignes, est, encore une fois, parfaitement inutile269. 21. Le nom CAYO Gorrochategui : « Pero, sin duda, la grafía del nombre de persona Cayo con una Y griega es un fenómeno imposible en latín. Sabemos que este nombre se pronunciaba / gaius / con una g- inicial, aunque por motivos de arcaísmo gráfico que remonta a los primeros siglos de la República romana la grafía

267

Il poursuit : « El sentido cuadraría bien en los dos textos en los que se documenta : denoç / zure / naia (n° 13368) “todos tu voluntad” y ion [sic, pour ian] / ta / edan / denoç (n° 13367) “comer y beber todos”. Ello implicaría una forma muy moderna, como indiqué entonces. Ahora bien, el admitir la lectura Denos deja a la palabra sin explicación y con graves problemas, ya que presenta una D- inicial totalmente ajena al vasco antiguo (quelques pages plus loin, il écrit pourtant, Dictamen, p. 18, qu’en basque « las formas históricas no pueden remontarse a inicial con t- », cf. supra, § 5.1). Una posibilidad, no totalmente evidente, es aceptar una lectura denog, ya que en alguna ocasión la G presenta una forma de aparente S (p. ej. en n° 13373 : Galimatea) : ello indicaría simplemente un estadio arcaico en el mantenimiento de la sonoridad en posición final antes del ensordecimiento regular que experimentó el vasco al inicio de su tradición, pero no eliminaría los problemas inherentes a la formación, que fueron tratados en Armas, y que estarían en contradicción cronológica con el mencionado ensordecimiento ». 268

Delamarre, X., 2007, Nomina Celtica Antiqua Selecta Inscriptionum (Noms de personnes celtiques dans l'épigraphie classique), Ed. Errance, Paris, p. 84. Un nom celtique dont la variante latinisée est Denus.

269

Gorrochategui se lance en effet dans une longue démonstration, que nous rapportons ici pour le lecteur curieux malgré l’inutilité du propos, sur le mot basque denok qu’il croit avoir lu sur cette inscription (Armas, p. 16) : « En cualquiera de las dos formas, la frase adquiere un sentido comprensible desde el vasco reciente : “todos vuestra voluntad” ; pero solo y exclusivamente desde el vasco reciente, porque naia, sin aspiración y con la forma de artículo -a, no puede ser antiguo y el pronombre denoc “todos” es una auténtica contradicción en sus términos, ya que está formado sobre una forma verbal de 3ª pers. singular : da, en su forma relativa, den / dan, más la desinencia nominal determinada de cercanía en plural -oc. Esta unión solo pudo darse tras la reinterpretación de la forma relativa dena “lo que es” > “todo”, que no ocurre, según el DGV, hasta la 2ª mitad del s. XVIII. Y cuando ello ocurre la concordancia de número entre la parte verbal y nominal era la norma : así direanac en Mogel, Añibarro, etc. “Su empleo no concordante, ― según el DGV de Michelena-Sarasola, es decir denok ―, comienza a documentarse al Norte en textos bajo-navarros y suletinos, desde comienzos del s. XIX. Al Sur, los primeros son Añíbarro y Zavala en vizcaíno y Lardizabal en guipuzcoano” ». Il ajoute, p. 16, note 20 : « Por otro lado, si admitiéramos a modo de hipótesis la existencia de una forma denoc en la antigüedad, nos hallaríamos ante una excepción flagrante de la ley fonética que hace desaparecer la -nintervocálica en vasco, en un periodo posterior a la época romana y anterior a la documentación escrita medieval ». Dans son Dictamen, il écrit à la page 14 : « Por otro lado, la pieza n° 13368 : denos / zure / naia presenta ciertos problemas de lectura-interpretación : la lectura que asumo es : “denoc zure naia (egin / bezate)” = “hagan todos tu voluntad”, en la que se da la circunstancia apuntada antes de la suplencia del verbo por parte del lector. En esta interpretación, naia están por vasco común nahia “la voluntad”, con aspiración antigua, al menos de una fase del vasco común : no hay nada en la estructura de nahi que no pueda datarse en época antigua ; pero incluso si pensáramos que la -h- medial es solamente medieval, derivada de otro sonido anterior, éste no podría ser otro que -n- (ya que sabemos que las -n- intervocálicas antiguas, tanto autóctonas como *bini como latinas como anate, desaparecieron dando -h- : mihi, ahate) : así pues, en la antigüedad la palabra solo podía mostrar dos aspectos : bien nahi o bien nani o similar, pero nunca nai- ».

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clásica fue Caius, con C- inicial ; pero los romanos nunca jamás lo pronunciaron / kaius / o / kaio / »270. Il ajoute : « Esta pronunciación es moderna, de los que leen o aprenden latín ahora sobre los textos escritos, ya que pronuncian como leen (al igual que mucha gente, especialmente norteamericanos pronuncian Mexico con / ks /, pronunciación que nunca ha existido, en vez de Méjico) ». Il faut cependant faire preuve de la plus grande prudence car l’existence d’un nom de personne celtique Caio271, dont Gorrochategui ignore manifestement l’existence, ne permet pas de trancher de façon catégorique étant donné que, et on ne nous contredira pas sur ce point, si le Denos cité auparavant est indubitablement un nom celtique, il n’existe aucune raison pour que le Cayo « veleyense », à partir du moment où il est également attesté dans l’anthroponymie d’origine celtique, ne le soit pas aussi. Par suite, cet argument developpé par ce même Gorrochategui, argument selon lequel il ne peut s’agir que d’une falsification (car, nous dit l’auteur, le nom latin Caius « se pronunciaba / gaius / con una g- inicial, aunque por motivos de arcaísmo gráfico que remonta a los primeros siglos de la República romana la grafía clásica fue Caius, con C- inicial ; pero los romanos nunca jamás lo pronunciaron / kaius / o / kaio / ») tombe de son propre poids puisqu’il ne s’agirait plus, en ce qui concerne ce nom de personne dont il est question ici, d’un anthroponyme latin mais en réalité d’un nom celtique. La suite de l’argumention de Gorrochategui devra également être nuancée. Celui-ci écrit : « El segundo anacronismo en esta grafía está en la Y griega. Esta letra nunca jamás se utilizó en latín para designar una / i / o una / j /. Su cometido era transcribir las palabras de origen griego que contuvieran el sonido / ü / escrito en griego mediante Y »272. Cela semble en partie inexact, comme on le verra par la suite (cf. infra, A. Traina). Il conclut, catégorique : « Consiguientemente, esta forma Cayo es en sí misma una causa irrebatible de falsedad ». C’est ici qu’une prudence extrême s’impose et cela pour plusieurs raisons. La première est celle-ci : le ou les présumés falsificateurs ont manifestement, on l’a vu, des compétences en anthroponymie celtique des plus pointues, des compétences que même Gorrochategui ne possède pas, une érudition qui leur permet en effet de connaître l’existence d’un nom celtique tel que Denos273. 270

Gorrochategui, Dictamen, pp. 25-26. En bas de page, n. 10, il ajoute : « Ya para mediados del S. I d. C. tenemos grafías con G, acordes con la verdadera pronunciación, como la del famoso ceramista de Calahorra G. Val. Verdullus ». 271

Delamarre, X., 2007, op. cit., p. 53 : Caio Boudion(is), etc.

272

Il ajoute : « El mismo argumento vale para la inicial de la palabra Yavhe ». En ce qui concerne ce nom, cf. infra, § 22.2. 273

Un autre nom celtique est également attesté dans ces inscriptions : Contogatos. Velázquez le mentionne rapidement, sans s’y attarder, Gorrochategui, lui, n’en parle tout simplement pas. Velázquez, Informe, pp. 1718 : « Así aparece en una fusaiola, n° 10953 (fig. 18) (sector 5) donde se lee CONTOGA en la corona con una marca de flecha dirigida al borde, donde se ha escrito “TOS” como final de la palabra, por tanto, de esta palabra contogatos. Por lo demás, el texto resulta apenas comprensible: CONTOGA[TOS (en el borde marcado por la flecha)] AT ». Elle ajoute, en note de bas de page : « En la foto de que dispongo no se aprecia la flecha al estar en el borde, al igual que la sílaba “TOS”, pero resultan bien visibles en la pieza [mais comment le sait-elle si elle n’a pas vu la pièce ?] ». Il s’agit en réalité d’un nom celtique rarissime, d’où l’étonnement de Madame Velázquez qui pense avoir affaire à une « palabra contogatos »... alors qu’en réalité il doit s’agir d’un anthroponyme celtique composé de deux éléments : conto- apparaissant dans les noms Contobouiouindillus, prob. « Vindillus-aux-cent-vaches », soit « qui possède, riche de cent vaches », Contumeliosus, Contucianco, etc., cf. Delamarre, 2007, Nomina Celtica Antiqua Selecta Inscriptionum, p. 73, et signifiant, suppose-t-on, « cent », cf. Delamarre, Dictionnaire, pp. 124-125, et d’un autre élément anthroponymique cattos, var. catos, « chat » apparaissant dans les noms celtiques Cattos, Cattus, Abucatos, « Chat-de-Rivière » (Abucatos < *Abu-cattos) sur monnaie, etc., cf. Delamarre, 2007, Dictionnaire, p. 110), d’où Contocatos, nom celtique 64


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Ce fait constitue à lui seul, on en conviendra aisément, une « curiosité » des plus insolites qui ne semble guère plaider en faveur d’une falsification. A moins évidemment d’admettre que le savoir de ces prétendus falsificateurs soit, répétons-le, supérieur à celui de Gorrochategui... D’autre part, s’il faut toujours fuir, autant que faire se peut, les simplifications, il ne faut pas pour autant nier la complexité des phénomènes, ici en l’occurrence linguistiques. Or, les explications de Gorrochategui paraissent en effet la plupart du temps fort, voire trop scolaires, presque dogmatiques. Ce n’est pas en effet parce que certaines de ces inscriptions « veleyenses » sont manifestement inattendues que celles-ci sont obligatoirement fausses. La prudence la plus extrême s’impose. Il doit y avoir une explication et celle-ci est probablement à chercher du côté d’une mode grécisante274 et en particulier d’un phénomène, bien connu des spécialistes, faisant appel au « mélange d’alphabet ». Ce dernier est bien connu en ce qui concerne les inscriptions gauloises comme le signale Lambert : « Le mélange d’alphabet peut tenir parfois à l’irruption d’une seule lettre grecque dans un nom (...) Tout cela pose un double problème de transcription et d’interprétation : on est amené à supposer un double modèle alphabétique, soit par erreur du graveur, soit au contraire par intention »275. Il cite l’exemple du nom Diuiciacus : « ∆ΕΙΟΥΙGIIIAGOS BN 7717-7722, l’équivalent de Diuiciacus, le nom d’un roi suession (homonyme du père du roi éduen Dubnorix). Si certaines lettres, comme I et O, appartiennent aux deux modèles, d’autres telles que ∆, Ε (de forme epsilon lunaire), Y ou ailleurs K ne peuvent être que grecques ». Et à Veleia cette intention n’a pu être que celle d’une mode grécisante se traduisant dans l’utilisation par le rédacteur de cette inscription de la lettre Y. Il ne s’agirait plus alors de la transcription du nom celtique Caio, mais d’un autre nom, également celtique, à savoir : Cauo276 et qui aurait alors été retranscrit CAYO après y avoir introduit la lettre grecque Y. Quel est l’élément permettant de parler d’une mode grécisante dans ces inscriptions ? Cet élément le voici. Les inscriptions de Veleia font apparaître certaines « anomalies » que ne manque pas de signaler, sans pour autant pouvoir les expliquer, Gorrochategui (2008 : 28) : signifiant alors probablement « cent chats », apparaissant à Veleia sous une variante tardive Contogatos (avec sonorisation de l’occlusive sourde intervocalique ; Väänänen signale, Introduction au latin vulgaire, pp. 5657, §§§ 104, 105, 106, que « la chronologie de la sonorisation [des sourdes intervocaliques] est difficile à établir (...) Les premiers exemples en date, isolés d’ailleurs, se rencontrent à Pompéi (...) Pagatus (à côté de Pacatus) », etc. Dès lors les questions, relativement simples, sont : comment de présumés falsificateurs auraient-ils pu avoir accès à un tel niveau de connaissance ? Bref, comment auraient-ils pu « inventer » de semblables éléments anthroponymiques de type celtique, des éléments anthroponymiques connus uniquement d’une poignée de spécialistes celtisants de très haut niveau à travers le monde ? Des éléments anthroponymiques que Madame Velázquez avoue elle-même ne pas connaître (elle croit que Contogatos est un mot... ) et que Gorrochategui ne mentionne à aucun moment, trahissant ainsi probablement son ignorance (sinon pourquoi ne les aurait-il pas mentionnés ?). Ces questions, on l’a dit d’une grande simplicité, méritent, doivent en effet être posées. Et Gorrochategui et Madame Velázquez devraient tenter d’y apporter, s’ils le peuvent, un début de réponse. 274

On pourra consulter à ce propos l’ouvrage suivant : Bilingualism in Ancient Society : Language Contact and the Written Text, Edited by Adams, J. N., Janse, M., Swain, S., University Press, 2002, Oxford. Le lecteur pourra y consulter les articles suivants : Biville, F., « The Graeco-Romans and Graeco-Latin : A Terminological Framework for Cases of Bilingualism », pp. 77-102 ; Adams, J. N., « Bilingualism at Delos », pp. 103-127 ; Swain, S., « Bilingualism in Cicero ? The Evidence of Code-Switching », pp. 128-167 ; Leiwo, M., « From Contact to Mixture : Bilingual Inscriptions from Italy », pp. 168-196. 275

Lambert, P.-Y., 1994, op. cit., pp. 180-181.

276

Delamarre, X., 2007, op. cit., p. 62. Un nom celtique Cauo dont la variante latinisée est Cauus ; voir également l’ouvrage, déjà cité, du même auteur, Dictionnaire de la langue gauloise, p. 111-112, à l’entrée cauo-.

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« Por otro lado, se observa que a veces hay errores en la incisión, que son difíciles de explicar desde el punto de vista lingüístico : ounmia por “omnia” ». Il ajoute : « El óstracon 12396 recoge el conocido dicho virgiliano Omnia vincit amor (Bucólicas 10, 69), aunque con una grafía incomprensible (ounmia), que quizá también pueda explicarse como lectura incorrecta de letras minúsculas -mn- ». Le même phénomène a lieu en ce qui concerne l’inscription osou polita (n° 16365) où osou est une variante de l’élément oso présent dans l’inscription oso lagun (n° 15921). De quoi s’agit-il en réalité ? Il s’agit d’une graphie grécisante identique à celle que l’on retrouve par exemple dans un texte célèbre, que nous avons déjà mentionné au début de nos commentaires, un document unique en effet du latin non littéraire du premier quart du IIe siècle après Jésus-Christ, à savoir une graphie présente dans la phrase suivante ce document : Saluta omnes contu|bernales nostrous où la forme nostrous constitue une graphie hellénisante du latin nostros277. Il est peu probable en conséquence que les graphies grécisantes constatées dans les inscriptions « veleyenses » constituent une falsification car l’existence de ce type de graphies propres au latin vulgaire et résultant d’une influence hellénisante ne sont connues ici aussi que d’une poignée de spécialistes à travers le monde. Et la meilleure preuve de cela est que... même un auteur comme Gorrochategui semble manifestement ignorer cette tradition graphique. Si dans le cas présent on optait pour une falsification, il faudrait alors admettre, une fois de plus, que le ou les prétendus faussaires possèdent des connaissances supérieures à celles de Gorrochategui278...

277

Il s’agit, on l’a vu au début de nos commentaires, d’une des lettres qu’un certain Terentianus, simple soldat de marine, écrit à son père Claudius Tiberianus, ancien légionnaire. « Son langage est à l’avenant de ses préocupations terre-à-terre, fruste et maladroit, en phrases hachées et coupées d’incidentes, mêlant formules consacrées et éléments de la langue parlée par le menu peuple » nous dit Veikko Väänänen, 1963, Introduction au latin vulgaire, Ed. Librairie Klincksieck, 3e édition, 1981, Paris, p. 178 et 210 ; pour une analyse linguistique de ce document, cf. Adams, J. N., 1977, The Vulgar Latin of the letters of Claudius Terentianus, Manschester ; pour une édition commentée, cf. Pighi, G. B., 1964, Lettere latine d’un soldato di Traiano (Studi pubblicati dall’Istituto di Filologia Classica, XIV), Bologne. On lit également dans l’inscription n° 16363 une forme OVSTA qui doit représenter soit le latin usta, « cinabre brûlé [matière colorante rouge, tirant vers le rouge] » d’après le Gaffiot, soit plutôt constituer la retranscription en écriture latine du terme grec ὀστᾶ, « os, ossements » (pl. d’ὀστέον). 278

Par suite les objections, en réalité de simples constatations, faisant ici office de sous-entendus, des constatations qui ne prouvent cependant rien, formulées par Gorrochategui et Lakarra à l’encontre de l’inscription n° 15921, à savoir OSO LAGVN, tombent également de leur propre poids (Gorrochategui, Dictamen, pp. 18-19 : « oso lagun (n° 15921) ; osou polita (16365). En ambos ejemplos observamos el empleo del cuantificador oso determinando a un adjetivo : lagun, polita. Este uso con el sentido de “muy amigo”, se documenta en la literatura vasca muy tarde ; según el OEH (s. v. oso II, p. 686) “documentado en textos meridionales desde mediados del s. XVIII” » ; Lakarra : « El LAGUN de OSO _ MARCUS (15921) no es aun hoy “amigo” más que en dialecto vizcaíno, pero no en el resto, donde es unicamente “compañero” ; es indudable, en todo caso, que ha sido el vizcaíno el innovador », etc.). Car en effet, si on admettait que la graphie, on l’a vu de type grécisant, OSOV résulte d’une falsification, il faudrait alors admettre, on l’ a vu, que le niveau de connaissance des présumés falsificateur est supérieur, et de loin, à celui de Gorrochategui et Lakarra, ce qui, on le concèdera, ne manquera pas d’étonner. Comme cette hypothèse ne peut, semble-t-il, être sérieusement retenue, et ce n’est certainement pas Gorrochategui et Lakarra qui nous démentirons sur ce point... , il faut alors s’incliner devant les faits et admettre que si l’inscription OSOV POLITA (où, on l’a vu, polita n’est pas évidemment un mot basque mais du latin : politus, fém. polita) ne peut être en aucun cas le fruit d’une falsification, alors nécessairement, par ricochet, celle de OSO LAGVN non plus ! La seule façon pour Gorrochategui et Lakarra de « s’en sortir » serait d’admettre que les présumés falsificateurs possèdent un niveau de connaissance, bref une érudition supérieure... à la leur. A la décharge de Gorrochategui et Lakarra, lesquels manifestement ignorent totalement l’existence du phénomène des graphies grécisantes, pourtant bien attestées au début de notre ère, est que ce phénomène graphique n’est en réalité connu que par une poignée de 66


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Il existe une autre explication. L’hypothèse d’un anthroponyme Cauo retranscrit CAYO après y avoir introduit la lettre grecque Y étant cependant peu probable, quoique plausible, c’est Alfonso Traina, dans un ouvrage de référence279, qui donne en réalité la solution. La lettre Y a en effet connu durant l’Antiquité plusieurs prononciations : 1. « pronunzia arcaica » [u], 2. « pronunzia “classica” » [ü] et enfin 3. « pronunzia volgare del tardo impero » [i]280. C’est pourquoi les affirmations de Gorrochategui selon lesquelles la lettre Y « nunca jamás se utilizó en latín para designar una / i / » semblent inexactes. Autre point : la retranscription grecque du nom latin Caius ou Gaĭus281, à savoir Γάϊος ― et par conséquent il devait en être également de même pour le nom celtique Caio ― montre clairement que le i ne formait pas une diphtongue avec la voyelle précédente, ce qu’indiquait en grec ancien le tréma sur le -ϊ- (la diérèse grecque). Par conséquent, dans la « pronunzia volgare del tardo impero » qui était celle du latin tardif, une graphie telle que CAYO (où à l’époque Y = [i]) devait nécessairement reproduire, à en croire les dires de Traina, une autorité en la matière, une prononciation /ka-i-o/ et non [kai]-o] ou [ka-jo]. La seule chose qui soit claire dans le cas présent est que dans la « pronunzia volgare del tardo impero », Y se prononce [i] et non plus [ü] ou [u]. Nous avons affaire, rappelons-le encore une fois, à du latin vulgaire, la prononciation du latin classique, à laquelle fait manifestement appel Gorrochategui, n’étant en rien concernée par cette affaire. 22. Noms hébreux (bibliques et évangéliques) 22.1. La forme MIRIAM Les propos de Velázquez en ce qui concerne le nom de la Vierge ne présentent guère d’intérêt puisqu’ils se résument en gros à une affirmation gratuite : ils correspondrait, selon elle, à « una “fonética” castellanizante actual » : « La transcripción de nombres de origen bíblico o, si se prefiere, hebraico, como se dirá, al igual que la de nombres de origen egipcio, corresponden a una “fonética” castellanizante actual, en especial en estos últimos, además de ser contrarios a la tradición latina algunos de los primeros, como MIRIAM por MARIA, para el nombre de la Virgen »282. Ceux de Gorrochategui n’apportent rien non plus : « El nombre de la virgen, Miriam (13368), Mirian283 (13370, 13373) Miria (15923 y 13374 : Miria[), Mer[i]an (13385) se aparta en todos los testimonios de la versión griega y latina del nuevo testamento : Maria, Mariam ». On n’en saura guère plus. Avons-nous oui ou non affaire à une falsification ? Les auteurs cités ne répondent pas... C’est pourtant là l’objectif principal de leurs rapports, un travail pour lequel ils ont été sollicités par les autorités politiques de la province. Etudions à présent le sujet. Maria est « une adaptation gréco-latine de l’hébreu Miriam, influencé sans doute par le latin Marius et sa famille »284. spécialistes de très haut niveau à travers le monde. Bref, la thèse de la falsification devient ici, par quelque côté qu’on l’envisage, insoutenable. 279

Traina, A., 1973, L’alfabeto e la pronunzia del latino, 4e édition, Ed. Pàtron, Bologne.

280

Traina, A, op. cit., p. 66, § 17 et également p. 45 : « La pronunzia ü di y era dotta ; la pronunzia populare oscillò sempre tra u e i, entrambe rappresentate a Pompei : DIDIMVS (CIL IV 2319d) et DIDVMO (ibid. 5274) per il gr. ∆ίδυµος ». 281

Alberich, J. et Ros, M., 1993, La transcripció dels noms propis grecs i llatins, Ed. Biblioteca Universitària, p. 30, § 27. 282

Velázquez, Informe, p. 24.

283

En ce qui concerne le -n final, cf. infra, § 54.3.

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Mais pourquoi avons-nous à Veleia une forme hébraïque Miriam285 et non pas gréco-latine Maria(m) ? Cette question, aussi curieux que cela puisse paraître, Gorrochategui et Velázquez ne (se) la posent à aucun moment… Il est vrai qu’il s’agit d’un sujet d’une grande complexité. C’est Christine Morhmann qui en donne l’explication : « (…) au moment décisif de la première formation de l’idiome spécial des chrétiens, au commencement du processus de différenciation, les tendances vulgaires prévalaient par suite du niveau social des premiers chrétiens (…) Dans les cercles chrétiens les plus anciens, on a considéré la langue plutôt comme un instrument qui devait être prêt à servir d’expression à l’idéologie chrétienne » Et fait d’une grande importance pour notre sujet : « (…) la tradition de la langue cultivée est négligée de la manière la plus complète. Les anciens traducteurs [de la Bible] ont traduit mot à mot, en opposition avec la tradition inaugurée par Cicéron et par d’autres ; ils écrivent une langue populaire, mêlée d’éléments exotiques, qui donnent à ces documents peu littéraires une apparence docte, qui est illusoire : les hellénismes et les hébraïsmes nombreux sont dus aux scrupules de traducteurs qui craignent de violer la parole de Dieu »286. Et ce n’est que plus tard, « au cours du quatrième siècle, après la paix constantinienne, [que] le latin des chrétiens s’oriente insensiblement vers des normes plus traditionnelles ». Le fait de trouver à Veleia, dans des textes chrétiens primitifs de la fin du IIe siècles, voire du IIIe siècle, une forme hébraïque telle que Miriam n’a par conséquent rien de surprenant. Il s’agirait au contraire d’un indice sûr que nous ne pouvons pas être en présence d’une falsification. Et Lόpez García confirme ce fait en ce qui concerne, cette fois-ci, les textes sacrés : « (…) como los niveles de exigencia normativa del auditorio, inculto o extranjero, eran muy bajos, el latín al que fueron vertidos los libros sagrados, la Vetus Latina, fue un latín especialmente bárbaro y extraño, el latín bíblico, un latín que traducía palabra por palabra un texto griego hebraizado »287. 22.2. La forme YAVHE Velázquez : « (…) admitir grafías como YAVHE, supone ver reflejada la letra Y como reflejo de una palatalización de i consonántica inicial que, aunque se hubiese podido producir en esta posición, se hallaba inmersa en el proceso de confluencia y evolución de palatalización de otros grupos consonanticos con yod, que motivaban confusiones gráficas de I, GI, D, Z, pero no podían adoptar la utilización del grafema Y como expresión de la misma, por la sencilla razón de que se utilizaba poco y no como reflejo de estos nuevos fonemas y sus ejecuciones alofónicas »288. Gorrochategui : « Sin duda el nombre más asombroso que documentan estos óstraca de Iruña es el de Yaveh. En cuatro ocasiones presenta la grafía YAVHE y en una quinta no se puede asegurar entre Yavhe o Yaveh, porque no está indicado el rasgo trasversal de la H (n° 13371), al ser la E cursiva (II). Es 284

Dauzat, A., 1988, Traité d’anthroponymie française : les noms de famille de France, 3e édition revue et complétée par M.-T. Morlet, Librairie Guénégaud, Paris, p. 90. 285

Iglesias, H., 2002, « Noms de famille, de baptême et surnoms recensés à Bayonne parmi les ressortissants de “la nation juive du bourg St Esprit” au XVIIIe siècle, Nouvelle Revue d’Onomastique, n° 39-40, pp. 193-219, pour Miriam, var. Myrian, Myriam v. p. 198. 286

Mohrmann, Ch., 1952, « Les formes du latin dit “vulgaire” : essai de chronologie et de systématisation de l’époque augustéenne aux langues romanes », in Latin Vulgaire, Latin des Chrétiens : rapport au Premier Congrès de la Fédération Internationale des Associations d’Etudes Classiques, Conférence à l’Institut de Linguistique de Paris, Ed. Klincksieck, Paris, pp. 1-15, v. pp. 11-12. 287

Lόpez García, A., 2000, Cόmo surgiό el español : introducciόn a la sintaxis histόrica del español antiguo, Ed. Gredos, Madrid, pp. 25-26.

288

Velázquez, Informe, p. 29.

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sabido que el nombre de Dios en hebreo se escribía (‫ = )’הוה‬YWHW, el llamado tetragramaton, pero que los hebreros desde época remota no pronunciaban por tabú, utilizando en su lugar otros muchos nombres (Adonai, Eloim289, etc.) »290. Suit un petit passage, fort intéressant il est vrai, concernant « la pronunciación que debía tener este nombre » mais qui n’apporte rien de fondamental au débat nous occupant ici. Il poursuit : « Vemos que en la casi totalidad de los testimonios antiguos, procedentes de personas entendidas en la materia, el aspecto del término es IAO o similar. Solamente en una variante tenemos la forma IAVE ». Il ajoute : « Pero en ningún sitio se halla documentada una forma con aspiración medial y la vocalización aparecida [i. e. YAVHE] en Iruña ». Cela constitue-t-il pour autant une preuve de falsification ? Gorrochategui ne le dit pas clairement. Puis l’auteur, se décidant enfin à entrer dans le vif du sujet, affirme : « La forma de Iruña es el resultado de una adaptación erudita que ha trascrito las cuatro letras hebreas (yod-heh-waw-heh) según normas modernas de transliteración y el vocalismo, según los testimonios griegos : Yahweh ». Car ajoute-t-il, catégorique : « Esto se aprecia sin ningún género de duda en que los cinco testimonios de Iruña anotan la semivocal inicial (que en latín debería ser escrito mediante I) por medio de Y ; es decir por una letra griega que solamente podía expresar / ü / ». Et Gorrochategui de conclure, sûr de lui : « ¿ A qué se debe este empleo en Iruña ? » Affirmatif : « Al hecho de que en algunas lenguas occidentales, entre ellas en español, la transliteración del nombre es con Y, mientras que en otras es con J291 (alemán, variantes inglesas) : es decir, a convenciones gráficas de las lenguas modernas para la expresión de la semivocal ». Il semblerait que Gorrochategui et Velázquez ne connaissent pas les travaux, cités auparavant, sur la prononciation et l’orthographe latines d’Alfonso Traina292, une autorité en la matière, qui signale, 289

Mais que nous importe ici finalement de savoir que « los hebreros desde época remota no pronunciaban por tabú » ce nom ? A Veleia on a affaire à une communauté chrétienne primitive et non pas à une communauté juive. Et le fait que cette communauté chrétienne primitive utilise, à l’instar des autres communautés chrétiennes de l’époque, de nombreux hébraïsmes, ne change rien au fonds de l’affaire. Que pouvait bien importer en effet à ces chrétiens primitifs de Veleia que le nom de Dieu en hébreu (« el llamado tetragramaton ») fût ou non tabou pour les individus de religion juive à laquelle ils n’appartenaient pas ? Le raisonnement de Gorrochategui est ici difficile à suivre.

290

Gorrochategui, Dictamen, p. 22.

291

En ce qui concerne l’emploi de cette lettre au début de notre ère, cf. infra, § 47.

292

Julio Trebolle, spécialiste de l’hébreu et de l’araméen, écrit dans son Informe, p. 1 : « La transcripción con “Y” (= yod hebrea [cela étant, les noms « veleyenses » étant écrits moyennant l’alphabet latin, que vient faire ici la “yod hebrea” ?] ― “Yhav” (3361), “Yavhe” (3362), “Yaveh” (3363), “Yaveh” (3371), “Ya” (3374), “Yavhe” (3383) ―, no está atestiguada, a lo que yo conozco [Trebolle, subodorant la méchante affaire, préfère en effet rester prudent], en la antigüedad. Los nombres hebreos que comienzan con la letra yod se transcríben con i latina ». Exact. Mais... en latin classique, administratif, voire officiel. Trebolle ne connaît pas manifestement les travaux de Traina. A sa décharge, il sera rappelé qu’il s’agit d’un auteur versé, on l’a vu, dans les questions concernant principalement l’hébreu et l’araméen, non pas le basque, fût-il « proto- », le latin et encore moins le latin vulgaire. Plus loin, il écrit : « Más extraña resulta, si cabe, la transcripción con “H” (…) Las diversas variantes “Yahv”, “Yavhe”, “Yaveh”, “Yaveh”, “Ya”, no dejan de resultar extrañas. El nombre divino se solía transmitir en los textos en una forma estable, en una forma o en otra ». Certes ! Mais dans les documents, littéraires ou administratifs, certainement pas dans de simples « brouillons » rédigés en latin vulgaire ou populaire par les demi-lettrés de Veleia. La différence, la nuance est là et elle est grande. Quant à la remarque de 69


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on l’a vu, que dans la « pronunzia volgare del tardo impero », Y se prononce [i] et non plus [ü] ou [u]. En conséquence, il semble parfaitement envisageable, du point de vue théorique, que le « grafema Y » ait pu être employé au cours du IIIe siècle dans les milieux populaires pour noter « una palatalización de i consonántica » ou semi-voyelle et donc, en conséquence, qu’une orthographe YAHVE ait vraiment existé. En affirmant que cela est totalement impossible des auteurs comme Gorrochategui et Velázquez (« Es de todo punto imposible que en esta época la Y se utilice como grafía de la palatalización de yod inicial, aunque dicha palatalización se hubiera producido » affirme sans sourciller cette dernière) ne prennent-ils pas un risque ? A suivre. 22.3. Les formes IOSHE et IESHV / IEHSVS Et Gorrochategui de poursuivre, de façon tout à fait inattendue : « Ello da a entender una adaptación directa del hebreo (o arameo) al euskara del s. III d. C. sin pasar por la intermediación griega o latina »... Mais quel est l’élément lui permettant de croire qu’il s’agit dans le cas des formes anthroponymiques Miriam, Ioshe293 et Ieshu d’« una adaptación directa del hebreo (o arameo) al euskara » ? Nous y reviendrons. Il insiste : « (...) fenómeno tanto más asombroso cuanto que los hebreos siempre utilizaron el griego en sus manifestaciones escritas incluso en Roma y otros lugares del imperio occidental ». Il a déjà été répondu auparavant, au moment d’aborder la forme Miriam, à ce phénomène hébraïsant ayant fortement marqué les premières communautés chrétiennes294, un phénomène que Gorrochategui trouve « asombroso ». Il poursuit sa démonstration savante, quoique parfaitement inutile comme on le verra plus loin : « Pero, aun aceptado la hipótesis de una adopción directa, nos hallamos con inconsistencias gráficas en la adaptación de los sonidos sibilantes. Así, Iesus (de griego Ίησου}ς) remonta a una forma hebrea Yehošua (...), aramea Yešua (...) con šin, fricativa pre-palatal chicheante sorda [š]; Ioseph en cambio remonta a una forma con samek, fricativa alveolo-predorsal sorda [s] (...) Ambos sonidos sibilantes se redujeron a uno solo en griego y latín, porque estas dos lenguas no hacían la distición ».

cet auteur selon laquelle les « diversas variantes “Yahv”, “Yavhe”, “Yaveh”, “Yaveh”, “Ya”, no dejan de resultar extrañas », elles ne le sont guère plus que ne l’est la forme du nom EVHANGELUS apparaissant dans les inscriptions pyrénéennes, cf. Sacaze, op. cit., pp. 22-23, § 8, qui écrit : « Evangelus doit s’écrire sans h ; le nom est donc mal orthographié ». Pourquoi le demi-lettré ayant rédigé l’inscription pyrénéenne où apparaît ce nom y a-t-il mis une h après le v ? Et pourquoi après le v et non avant ? A ces questions, la communauté savante ne peut apporter de réponse « logique », cohérente. Il semblerait que de tout temps on ait mis des h un peu partout sans qu’il y ait de raisons particuliers à cela, ou du moins des raisons qui soient connues (en ce qui concerne les omissions et les déplacements de h ainsi que de la notation de h parasites à Pompéi, cf. Väänänen, op. cit., p. 58). Encore au XVIIIe siècle, il en était de même dans la région de Bayonne : « Quant à la présence d'une h, il faut savoir qu'au XVIIe et au XVIIIe siècles les notaires, entre autres, la mettent un peu partout sans qu'on sache très bien pourquoi : authorisé, etc. », cf. Iglesias, H., Noms de lieux et de personnes… , p. 201, n. 37. 293

Gorrochategui écrit : « Empleo extraño de la letra H : Ioshe (n° 13368 y 13373), Ieshu (n° 13385 y 13883) junto a otros seis testimonios con la variante normal Iesus, pather (13380) y athe[r] (13374). La variante latina estándar es Ioseph o latinizado Iosephus, lo que en la versión griega del evangelio aparece como Ίωσήφ. Uno puede aceptar la falta de -ph final, a tenor de algunas variantes epigráficas como Ιωση, procedente de Palestina, pero la -h- interna no tiene ningún paralelo, al igual que la de Ieshu ». 294

Il ne s’agit pas, encore une fois, d’« hebreos » comme l’écrit pourtant l’auteur, mais de communautés chrétiennes ou judéo-chrétiennes primitives fortement influencées par les cultures hellénique et hébraïque, nuance qui semble échapper à Gorrochategui, à moins évidemment que l’auteur ne feigne de l’ignorer ?

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En quoi tout cet étalage d’érudition, dont personne ne conteste au demeurant la justesse, est-il cependant utile dans l’affaire nous occupant ici ? Et l’auteur de poursuivre : « El hebreo tenía aún otros dos sonidos sibilantes, uno palatal expresado mediante la letra ‫( ש‬sin [sic, en réalité šin]) y otro enfático anotado mediante ‫( ע‬sade) : el primero se encuentra en el nombre de Israel y Sara (ambos en n° 13382) y el segundo en el de Issaac (mismo óstracon). Il ajoute : « Este último ejemplo podía aducirse en favor de una adaptación de la enfática mediante -ssgeminada, pero el nombre hebreo (...) presenta una fricativa faringal (h) que no ha dejado rastro295 »... Le lecteur spécialiste ou simple curieux, fût-il le plus bienveillant, éprouvera en effet quelques difficultés à suivre le raisonnement pour le moins insolite de Gorrochategui. Et l’auteur d’enchaîner aussitôt avec... la langue basque : « El vasco antiguo tenía las dos sibilantes sordas que ha tenido más tarde en época histórica (la coronal, / s /, escrita ahora < z > y la apical / ś / escrita ahora < s >). La primera de ellas es la que aparece en zeure, izan [ce qui est inexact, cf. infra, § 32] ; si el vasco de Iruña-Veleia había llegado al uso de Z para / s / [ce qui est également inexact, cf. infra, § 33] (con los insuperables inconvenientes que hemos aducido arriba, § 3.5a), debía haberla utilizado para trascribir adecuadamente la samek (esperaríamos así Ioze) »... Mais quel est l’élément lui permettant de croire que Ioshe est véritablement une transcription... en basque de l’époque296 et non pas simplement en latin vulgaire ? Le fait que ces formes anthroponymiques (IEHSUS, IOSHE TA MIRIAM AMA) apparaissent dans une inscription rédigée en basque ? Il poursuit son raisonnement, à dire vrai de plus en plus spécieux, toujours en partant d’un système orthographique... basque : « Recientes testimonios de origen aquitano nos han mostrado que el vasco antiguo poseía palatalización expresiva en inicial (así las láminas argénteas halladas en Hagenbach muestran una variación entre Xembe- y Sembe-), que era indicada mediante X » (cf. infra, § 35). Et de conclure : « Consiguientemente, el vasco podía haber utilizado esta X para anotar la pre-palatal presente en Yešua y en Šamu’el (...) ». Et tout étonné (ou feignant de l’être ?)... il ajoute : « (...) en vez de ello, escribe siempre Samuel, como en latín »... ! Mais... cela apparaît en effet écrit « siempre Samuel, como en latín » parce que… cela est tout simplement écrit en latin ! C’est-à-dire moyennant un système orthographique propre au latin vulgaire et non pas un système orthographique… basque, fût-il antique, car il y a deux mille, et il est peu probable qu’on nous 295

En basque de l’époque ? En latin vulgaire ? Et un « rastro » de quelle nature ? Ici Gorrochategui en dit trop ou pas assez. 296

Car c’est bien cela, semble-t-il, que sous-entend Gorrochategui (sous-entend car jamais exprimé clairement), c’est-à-dire qu’il s’agirait d’une... forme basque de l’époque, à savoir « basquisée » du point de vue « phonético-graphique » et qui par conséquent aurait alors dû être, selon lui, écrite moyennant les conventions de l’orthographe basque « veleyense » de l’époque (norme orthographique on ne peut plus hypothétique selon laquelle la graphie < z > aurait noté, comme dans l’orthographe basque moderne, / s /). Dire que le raisonnement de cet auteur est compliqué est un euphémisme. En effet, une forme anthroponymique que les bascophones du IIIe siècle auraient dû alors, toujours selon lui, retranscrire en basque... Ioze ! Mais comme cela n’est pas manifestement le cas, alors, laisse-t-il entendre, cela montre qu’il s’agirait d’une falsification... Mais dans le cas de Ioshe et Ieshu il ne peut s’agir que de formes retranscrites, on l’a vu, moyennant un système orthographique propre au latin vulgaire. L’erreur de Gorrochategui s’explique manifestement par le fait qu’il croit, à tort cependant, que dans ces inscriptions le < z > « que aparece en zeure, izan » sert à noter à l’époque une fricative alors qu’en réalité il doit noter une affriquée : tzeure > < ZEVRE >, itzan > < IZAN > (cf. infra, § 32)

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contredise sur point, il n’existait pas, et on est ici dans le domaine de la certitude, de système orthographique proprement basque ou à usage exclusif de la langue basque d’alors ! Certes Gorrochategui ne prétend pas clairement – c’eût été ridicule – qu’il ait existé à l’époque un tel système orthographique à usage exclusif de la langue basque mais la façon dont il tourne les faits pourrait pourtant le laisser croire. C’est en cela que sa démonstration pourra sembler quelque peu confuse (à dessein ?). Autrement dit, et au cas où le simple curieux ne saisisse pas le fond de cette affaire, les inscriptions « veleyenses », fussent-elles celles qui furent rédigées en basque comme cela est manisfestement le cas pour certaines d’entre elles, étaient nécessairement écrites moyennant un système orthographique propre au latin vulgaire. Et de poursuivre : « (...) pero Ieshu en dos ocasiones »... Pourquoi ? Parce que le latin vulgaire des communautés chrétiennes primitives de l’époque utilisait le digramme < sh > pour noter le šin caractéristique de l’hébreu ou plutôt de l’araméen ― mais cela ne devait pas constituer une règle absolue, l’utilisation du digramme < sh > pour noter le šin n’ayant pas eu lieu à l’initiale des noms, ce qui explique la forme Samuel à la place d’une graphie **Shamuel. Et le fait, écrit Gorrochategui, que « la secuencia -SH- se ha usado para anotar fricativas palatales en vasco de modo esporádico a partir del s. XVIII, con un modelo en la grafía inglesa que desde fines de la Edad Media había simplificado el conjunto anterior -sch-, que a su vez era una innovación sobre el inglés antiguo -se- » ne change finalement rien au fond de l’affaire nous concernant. Autrement dit, cela ne constitue pas et ne peut pas constituer une preuve qu’une telle graphie ne pouvait pas exister au début de notre ère ― il est vrai que dans le cas présent Gorrochategui ne le prétend pas non plus mais il le laisse entendre. Et pourquoi les auteurs de ces incriptions « veleyenses » tenaient-ils tant à noter ce šin ? Parce que, on l’a vu auparavant, les hébraïsmes (et les hellénismes) étaient nombreux dans les communautés chrétiennes primitives qui essayaient de se maintenir le plus proche possible de la parole de Dieu. Cela résultait en effet d’un phénomène de mode hébraïsante (et hellénisante) qui ne prendra fin, on l’a vu auparavant, qu’au cours du IVe siècle, après la paix constantinienne, époque à laquelle le latin des chrétiens s’orientera insensiblement mais inéluctablement vers des normes plus traditionnelles. Gorrochategui, faisant preuve d’une fougue qu’on ne lui connaissait pas, déclarait déjà il y a quelques années à un quotidien régional : « El material ofrecido ejemplifica un poco esta situación. Si tomamos el texto en el que se hace mención a la Sagrada Familia (IEHSVS, IOSHE ATA TA MIRIAM AMA), no tengo nada que objetar a la antigüedad de ata ni de ama [cf. supra, § 12]. Incluso el primer término sería congruente con lo previsto por Michelena hace años »297... Mais... , ajoute-t-il : « ....pero el problema empieza con la forma vasca [sic, cf. supra] de los nombres propios : ¿ cómo es posible que José haya perdido su consonante final, si tanto en la tradición griega como en la latina se escribía loseph ? ¿ Qué pinta esa H en esa posición ?, ¿ a qué se debe el nombre hebreo de la Virgen, si en toda la tradición cristiana tanto griega como latina, incluso en la judía de lengua griega, es Maria ?

297

Gorrochategui, « Los asombrosos hallazgos de Iruña-Veleia », El Correo, samedi 18 novembre 2006 ; l’entretien accordé par l’auteur à ce quotidien régional constitue, cela a déjà été précisé, l’Annexe 1 de son Dictamen.

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Y fíjense a dónde apunta todo este conjunto de rasgos : a una comunidad judeocristiana que se expresa en lengua vasca ». Le plus surprenant dans cette affaire est que sans le vouloir probablement le moins du monde Gorrochategui pose ici les bonnes... questions et voit juste : il s’agit bien d’une communauté chrétienne primitive de type hellénisant et hébraïsant dont certains membres n’hésitent pas à écrire en basque. Bref, « des textes écrits par des gens qui jamais n’auraient mis un seul mot par écrit, s’ils n’avaient été des chrétiens, s’ils n’avaient pas été poussés par un esprit apostolique, qui voulait rendre accessibles les textes sacrés à ceux de leurs coreligionnaires qui ne savaient pas le grec » signale, en ce qui concerne les premiers chrétiens, Mohrmann298. Et c’est bien évidemment cela qui a poussé certains des membres bascophones299 présents dans cette communauté chrétienne ou « judéo-chrétienne » primitive de Veleia à écrire en basque ou « proto-basque » et certainement pas une quelconque promotion ou défense de cette langue ou quelque autre « militantisme culturel » antique ! Car il deux mille ans… il n’existait pas, jusqu’à preuve du contraire, de « défenseurs de la langue basque » ! Revenons à nouveau aux analyses linguistiques, mentionnées auparavant, de Gorrochategui. En effet, l’auteur continue d’insister... lourdement dans son raisonnement quelque peu abscons, pour ne pas dire confus : « Hay, por tanto, incoherencia a la hora de adoptar los sonidos sibilantes hebreos a los sonidos vascos y en su modo de anotarlos ». Au risque de se répéter, mais la confusion née du raisonnement insolite de Gorrochategui est telle qu’il est nécessaire d’y revenir, il ne peut s’agir de noms ayant été adaptés « a los sonidos vascos y en su modo de anotarlos », mais tout simplement de noms hébreux (ou araméens) retranscrits moyennant un système orthographique propre au latin vulgaire, c’est-à-dire retranscrits en latin ! Ce même auteur, dans un autre de ses commentaires, note pourtant, faisant preuve d’une plus grande clarté : « En el texto vasco observamos el poco esperado uso de H tanto en el nombre de Jesús, como en el de José. La H de Iehsus, puede tener una explicación como cruce de la grafía del nombre en griego IHΣΟΥΣ, que como nomen sacrum quedó en abreviaciones ulteriores IHS, que observamos aún en anagramas modernos. Pero la H de Ioshe resulta inexplicable desde el punto de la escritura latina, que siempre escribió el nombre como Ioseph o Iosephus »300. Puis, après tant d’étonnement (feint ou réél ?), Gorrochategui finit lui-même par donner la solution au problème posé : « Si se ha querido anotar en alfabeto latino el sonido hebreo de la sibilante chicheante, expresado por la shin de su alfabeto ― hecho por otro lado inédito ―, el autor siguió un procedimiento

298

Mohrmann, « Les formes du latin dit “vulgaire”... », p. 11.

299

Pacien de Barcelone, un auteur de la deuxième moitié du IVe siècle de notre ère, signale qu’à son époque de nombreuses populations indigènes présentes au sein de tout l’Empire, dont celles de la péninsule Ibérique, qu’il appelle Hispani et qu’il oppose clairement aux Romani (c’est-à-dire aux autres individus de la Péninsule qui eux étaient de langue latine), priaient dans leurs langues vernaculaires. A moins que la langue ibérique à proprement parler ait encore été parlée à l’époque, ce qui n’est pas impossible quoique curieux, Pacien ne peut faire référence ici par conséquent, semble-t-il, qu’à des langues de type « proto-bascoïde » pyrénéennes ou apparentées, Epistula II, V, 5. : Latium, Aegyptus, Athenae, Thraces, Arabes, Hispani Deum confitentur, omnes linguas Spiritus Sanctus intellegit ; cf. Pacien de Barcelone, Ecrits. Introduction, texte critique, commentaire et index par Carmelo Granado, s. j., traduction par Chantal Epitalon et Michel Lestienne, Ouvrage publié avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique, Sources Chrétiennes, n° 410, Ed. Du Cerf, Paris, 1995, p. 195. Par conséquent, ici non plus on ne comprend pas l’étonnement (fein ou réel ?) dont fait preuve Gorrochategui en ce qui concerne l’existence de communautés chrétiennes primitives utilisant la langue basque dans leurs prières. 300

Gorrochategui, Armas, p. 8.

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extremadamente singular, que cuenta como paralelo el desarrollo gráfico del fonema en inglés medio »301. L’auteur a trouvé la solution. Pourtant, il se refuse à y croire car, à la suite d’une coïncidence des plus fortuites il est vrai, la graphie < sh > est également utilisée de nos jours en anglais moderne. Mais cela constitue-t-il pour autant, en ce qui concerne les incriptions de Veleia, une preuve de falsification ? Gorrochategui ne le dit pas clairement. En ce qui concerne Velázquez, voici ce qu’elle écrit à propos de ces noms et en particulier de l’inscription suivante : « IIISHV / YAVHII / “FILI”. Además de los errores gráficos insostenibles en la transcripción de Iesus, donde cabría haber esperado, en todo caso, y en razón de ser un nomen sacrum, el mantenimiento de la H con valor de “eta” griega y haberse escrito IHSV<S>, como aparece en ocasiones en textos tardíos y vulgares, incluso de forma redundante IHESVS, no se puede entender la E de dos barras (II) ― en esta grafía anacrónica completamente ―, y menos la H entre SHV, con valor de h gráfica, por muy vulgarizante que fuese la grafía »302. Toutes cela ― il s’agit ici d’une série d’affirmations gratuites et autres opinions toutes personnelles, quoique fort respectables il est vrai, de Madame Velázquez ― constitue-t-il pour autant une preuve de falsification ? 22.4. Les formes MATEO, IVAN et MARCOS Velázquez ne commente, et de façon plutôt expéditive et inattendue, qu’une seule de ces formes : « Sobran las explicaciones en el caso de la grafía IVAN del ladrillo 13378 donde se lee : IVAN FILI[—], tanto si se debe entender Ivan, como Juan (por Iohannes) »303. Le ou les lecteurs, spécialistes ou simple curieux, ne sauront pas ce que Madame Velázquez sous-entend exactement par « [s]obran las explicaciones »… En effet, le ou les lecteur aurait certainement apprécié quelques éclaircissements, quand bien même eussent-ils été sommaires, car à ce niveau de la recherche, et dans une affaire aussi polémique que celle de Veleia, c’est bien là le moins qu’on soit en droit d’attendre de la part d’un auteur autorisé tel que Madame Velázquez. Gorrochategui est plus prolixe, quoique dès le début il affirme, catégorique, ne faisant preuve d’aucune prudence : « Los nombres de los evangelistas Mateo / Ivan / Marcos de la inscripción n° 13356 están escritos en una evidente grafía española »304… Suit une lapalissade : « Sus formas latinas [classiques] eran Matthaeus, Iohannes y Marcus »… Que nous importe ici en effet de savoir ce que tout le monde sait ? Car c’est à du latin vulgaire qu’on affaire à Veleia et non pas, encore une fois et au risque de se répéter, à du latin classique. Il poursuit : « En el apartado sobre nominativos sin -s (ver abajo, § 4.4) se discuten las palabras terminadas en -o ». Et d’ajouter de façon inattendue : « (...) pero Marcos presenta, de forma contradictoria, el mantenimiento de -s »… Pourquoi ? 301

Gorrochategui ajoute en bas de page : « El fonema / R / que en inglés antiguo se escribía mediante el dígrafo < sc > pasó a escribirse en inglés medio por medio de < sch >, luego simplificado a < sh > ». 302

Velázquez, Informe, p. 14.

303

Velázquez, Informe, p. 30.

304

Gorrochategui, Dictamen, p. 21.

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Cette question l’auteur ne pense à aucun moment à (se) la poser... Mais tout simplement parce qu’il s’agit probablement d’une forme hellénisante ou grécisante, courante à Veleia, bref d’une forme grecque retranscrite moyennant l’écriture latine : Μάρκος → Márkos / Marcos305. Cette forme est en conséquence à Veleia tout sauf « contradictoria ». Au contraire, elle est tout à fait cohérente avec la tendance hellénisante des premières communautés chrétiennes de l’époque306. En ce qui concerne la graphie IVAN307, l’auteur écrit : « La forma Ivan presenta una forma muy evolucionada del nombre latino, con pérdida de sílaba final átona (ver abajo Pluton, Varron), monoptongación de V las dos primeras sílabas (I-o-an- > Io-an-) y paso posterior de lo- > lu-, que no se da en todos los romances: véase, p. ej. catalán Joan ». L’existence à Veleia de cette forme Iuan est-elle pour autant une preuve de falsification ? Gorrochategui ne le dit pas. Velázquez non plus. Plusieurs textes du début de notre ère font état de formes telles que Ioane / Ioanne. Une forme telle que Iuan est-elle en conséquence invraisemblable en latin vulgaire ? Gorrochategui ne le dit toujours pas. Velázquez non plus. 23. Le nom MONO (n° 11420) Julio Núñez écrit à propos de cette scène où apparaissent plusieurs personnages crucifiés : « Se trata de cinco cruces, cuatro de ellas más o menos completas y otra de la que sólo puede verse su arranque. Cada una de las cuatro “completas” presentan un personaje crucificado cuya identidad se revela en los nombres inscritos junto a ellas y, supuestamente, por algunos atributos iconográficos que se grabaron que las acompañan »308. Il poursuit : « De la quinta y última de las cruces sólo puede apreciarse el arranque del pie, sin que en dicho arranque pueda apreciarse ningún elemento del personaje supuestamente crucificado. No obstante, a la derecha de dicho pie un nuevo letrero nos permite leer con claridad MONO, nominación que teniendo en cuenta el resto de los personajes representados cabría identificar con un nuevo dios, lo que sucede es que dicha deidad no existe en el abundantísimo panteón romano ». « Conclusion » toute personnelle de l’auteur : « En última instancia, la mención de un “dios” inexistente, MONO, parece el argumento de mayor peso para poner en duda la antigüedad de este grafito »309. Donc l’auteur décrète que MONO doit représenter ici le nom d’un dieu de l’Antiquité — à aucun il ne semble envisager la possibilité qu’il s’agit tout simplement... d’un nom de personne. Mais, poursuit-il, ce nom, fût-il celui d’un dieu, est inconnu ou plutôt... « lui est » inconnu. Donc, conclut-il, cela signifie que ce nom n’existe pas et… n’a jamais existé. 305

Il peut également s’agir d’une forme celtique en -os bien attesté dans le latin d’Espagne où, écrit Carnoy, op. cit., p. 239, « on constate dans plusieurs noms propres un nominatif en -os (…) Cette flexion paraît reproduire le nominatif celtique ». Un tel nom est par ailleurs attesté dans l’anthroponymie celtique, cf. Delamarre, Nomina Celtica Antiqua Selecta Inscriptionum, p. 126 : « MARCVS FEC(IT), MARCI O, pot. » (apparenté du point de vue étymologique au latin Marcus ?) ; également Marco, cf. celtique marcos, -a, « cheval », Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, p. 216. 306

Et ce n’est pas Velázquez qui nous contredira, elle qui écrit, Informe, p. 28, n. 10, « Cronos está correctamente escrito en latín, pues mantienne el nominativo en –os, debido a que se trata de un nombre griego ». 307

IVAN = IUAN avec < V > = < U >.

308

Núñez, J., 2008, Informe sobre los motivos iconográficos presentes en los denominados « grafitos de carácter excepcional », del conjunto arqueológico de Iruña-Veleia, p. 12.

309

Le rapport de ce spécialiste en archéologie, un compte-rendu contenant plusieurs commentaires de nature linguistique, raison pour laquelle nous le citons ici, est certainement un des rapports parmi les plus « étranges » qu’il nous ait été donné de lire à propos des inscriptions de Veleia — encore plus surprenant que celui de Lakarra, c’est dire !

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En conséquence, laisse-t-il entendre, il s’agit d’une falsification. C’est, il faut l’avouer, une « technique de recherche » comme une autre ! Revenons à l’essentiel. Ce nom n’ayant évidemment aucun rapport avec l’espagnol mono, « singe »310, de quoi peut-il s’agir alors ? Il s’agit tout simplement d’un nom celtique attesté durant l’Antiquité sous sa forme latinisée Monus311 (pour la question des nominatifs et l’explication de la forme MONO, cf. infra, § 23). 24. Le nom LEONIDA (n° 11420) Le rapport de Julio Núñez contient également d’autres curiosités. Ainsi, il écrit à propos de l’inscription LIIONIDA : « A parte del conocido héroe griego y ya en época romana se documentan nombres como Leone, Leonas, Leonicus o Leónides312 pero no Leonida »... Outre évidemment le personnage de Leonidas, gr. Λεωνίδας, le célèbre roi de Sparte, qui périt aux Thermopyles, ce nom, contrairement à ce que laisse entendre cet auteur, était également connu dans l’Empire romain du début de notre ère. C’était, par exemple, le nom d’un architecte d’après Vitruve et également celui d’un esclave d’après Pline. Pourquoi trouvons-nous à Veleia une forme Leonida au lieu de celle de Leonidas ? L’explication n’est pas bien compliquée. Les noms masculins grec faisant leur nominatif en -ας furent adaptés en latin soit au moyen de la terminaison -as soit, moins fréquemment, au moyen de la terminaison -a. C’est cela qui explique que le nom de ∆ηµέας ait été adapté en Demĕa et non en **Demĕas, celui de Ταυρέας en Taurĕa, etc. D’autres noms, ce qui ici est plus intéressant dans le cadre de notre démonstration, connurent en latin deux formes. Par exemple celui de Φαιδρίας fut adapté en Phaedrĭas mais également sous la forme Phaedrĭa, celui de Χαιρέας le fut sous une forme Chaerĕas mais également sous celle de Chaerĕa, celui de ∆εινίας le fut en Dinĭas et en Dinĭa, etc. Celui de Λεωνίδας fut donc adapté en latin, cela est su, sous la forme Leonĭdas et à Veleia manifestement sous celle de Leonida. Du point de vue théorique, il n’existe aucune impossibilité empêchant l’existence d’une forme Leonida313. Voir en conséquence dans l’inscription LIIONIDA un indice de falsification paraît abusif. Voyons à présent ce que la spécialiste de la langue latine, Isabel Velázquez, pense de cette affaire : « En la segunda cara o cara B (fig. 22) aparece el nombre de LEONIDA (con E de dos barras) y el de MARCO, así escritos, por Leónidas (o Leónides, pues también puede ser este nombre) y Marcus, nuevamente de forma anómala. Al margen de ello, otros dibujos que no entro a valorar pero que ofrecen cierta impresión de inviabilidad al conjunto »314. Puis, elle ajoute une de ces phrases énigmatiques ou, tout au moins, assez floues pour qu’on ne puisse en tirer absolument aucune conclusion :

310

Dans un autre cadre de recherche, il eût été inutile de le préciser, mais au vu des remarques, parfois surprenantes, voire extravagantes, des uns et des autres dans cette affaire de Veleia, une affaire extraordinaire avouons-le, il semble cependant préférable, par précaution, de le signaler. 311

Delamarre, p. 136 ; var. Monnus, dans inscription de Pannonia Inferior on trouve, par exemple : Monno Tessimari Erau(isco). Egalement les anthroponymes celtiques composés de l’élément mono- : Monocastelus, Monomarus, Monomarus, Monosus.

312

Cela étant, Leonides et Leonidas sont deux noms différents, quoique apparentés du point de vue étymologique. En ce qui concerne le premier, c’était le nom du maître d’Alexandre ainsi que celui du jeune maître de Cicéron à Athènes. 313

Pour l’alternance des terminaisons -a / -as dans les noms grecs apparaissant à Pompéi (tels que ARPOGRA / ARPHOCRAS / ARΠOKRA), cf. Väänänen, op. cit., p.53. 314

Velázquez, Informe, p. 20.

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« No me permito hacer conjeturas sobre si la mención aquí de estos dos nombres es intencionada, si se trata de dos cognomina que se han pretendido usuales entre los habitantes de la ciudad o se refieren, como en otros casos, a personajes conocidos de la Antigüedad »... Puis Madame Velázquez, évitant soigneusement de se prononcer, encore moins de trancher (fidèle à ses principes de prudence ?), ajoute en bas de page ce qui n’est en fin de compte qu’une simple constatation : « Aunque el nombre más famoso es Leónidas (-ae), por ser el nombre del rey de Esparta que defendió el paso de las Termopilas, también se encuentra documentado como nombre de un arquitecto o de un esclavo de origen griego. Se trataría de un cognomen latino de origen griego. Leónides (-ae), es el nombre de dos preceptores famosos, el de Alejandro Magno y el de Cicerón ». Cela étant, la question demeure initiale toute entière : Madame Velázquez considère-t-elle que cette forme LIIONIDA est à Veleia envisageable oui ou non ? Car en fin de compte c’est pour cela que la Diputación d’Alava a fait appel à ses services et surtout à ses compétences, c’est-à-dire pour nous faire part de son avis autorisé en la matière. Or, encore une fois, Madame Velázquez ne répond pas clairement... 25. Le nom PARMENIOM Plus loin, Núñez écrit : « N° 12376. Fragmento óseo donde leerse, no sin algunas dudas, PARMIINIOM (...) »315. Il ajoute, de façon tout à fait inattendue : « extraña denominación en latín »... Mais il s’agit tout simplement de… Parménion, lat. Parmĕnĭōn, -om316, var. Parmĕnĭo, gr. Παρµενίων, un des plus célèbres généraux d’Alexandre. Julio Núñez semble (feint ?) l’ignorer, ce qui n’est manifestement pas le cas du ou des prétendus faussaires… Isabel Velázquez, elle, n’en parle pas. Gorrochategui non plus. En revanche Ciprés et Santos Yanguas y consacrent quelques lignes : « Parmenion (nombre del general al servicio de Filipo II de Macedonia y de Alejandro Magno) »317. Ils ajoutent : « (...) aparecen en varias ocasiones, destacando Parmenion con las variantes Parnenios318 [sic, en réalité on lit Parmenios] y Parmeniom, presentes en 6 grafitos ». Malheureusement, on n’en saura guère plus. 26. Le nom MORTEA Julio Núñez écrit à propos de l’inscription n° 12381 : « Por último en este segundo friso se reconoce un letrero en el que puede leerse sin dificultad MORTIIA ». Et il ajoute (en gras dans le texte original… ), ici aussi de façon tout à fait inattendue, pour dire le moins : « (...) palabra inexistente en latín, y que sólo en el Rumano actual encuentra algún significado, muerte »...

315

Núñez, Informe, p. 25.

316

Pour les finales en -om dans le latin vulgaire de Pompéi, cf. Väänänen, op. cit., p. 29.

317

Ciprés Torres, P. et Santos Yanguas, J., 2008, Informe epigráfico-histórico sobre los graffiti hallados en Iruña-Veleia en 2005 y 2006, p. 50.

C’est-à-dire en grec Παρµενίως, le nom apparaissant ici décliné attiquement au nominatif, à savoir à la façon attique. Les Attiques changeaient en effet o en ω à tous les cas de la deuxième déclinaison et dans les cas où il se rencontrait un ι, ils le souscrivaient. Insinuer qu’il s’agit ici d’une falsification, ce serait là prêter à de prétendus falsificateurs contemporains des talents linguistiques vraiment inattendus, en particulier des connaissances en grec ancien des plus poussées. 318

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Alors qu’il s’agit à coup sûr, et tout simplement, du nom latin d’une des Parques : Morta, -ae apparaissant ici sous une forme propre au latin vulgaire expliquant probablement la terminaison en -ea319. 26.1. Représentation d’une « figura de un cerdo muy esquemática » Autre curiosité dans les écrits de Julio Núñez : « N°11459 Fragmento de fondo de TSH, en cuya cara interna se grabó un nombre de deidad IVPITIIR, en este caso utilizando la equivalencia II = E, en el que cabe reconocer la J referencia a Júpiter y, bajo dicha cartela, la figura de un cerdo muy esquemática [...ligne illisible...] que ninguna versión mitica o iconográfica se relacionó en la antigüedad con dicho animal »320... Il poursuit : « Teniendo en cuenta el contexto interpretativo propuesto, deducible también de la aparición en este conjunto de otras deidades del panteón clásico sufriendo “diferentes tormentos”, cabría interpretar este dibujo como una afrenta al principal dioses del panteón latino, pero dicha posibilidad sólo podría ser aceptada desde conceptos contemporáneos puesto que, al contrario de lo que ocurre en la actualidad, la figura del cerdo no contenía las mismas connotaciones peyorativas en la cultura romana »... Mais pourquoi faire appel à la « cultura romana » ? Les porcs, selon la loi juive, étaient des animaux impurs. C’est pourquoi l’affirmation de Núñez selon laquelle « ninguna versión mitica o iconográfica se relacion[a] en la antigüedad con dicho animal » est absolument incompréhensible. Et c’est bien évidemment à une communauté chrétienne fortement influencée par la culture orientale et de tendance hébraïsante que nous devons à Veleia l’utilisation de la représentation du porc321 sous le nom « de deidad IVPITIIR ». C’est aussi simple que cela. Comment se fait-il que Núñez ne le sache pas ? 27. La forme GALIMATEA (n° 13373) Gorrochategui écrit : « Igualmente el personaje conocido en el evangelio (Me. 15. 43) como Ioseph ab Arimataea “José de Arimatea” aparece en el óstracon n° 13373 como IOSHE GALIMATEA »322. Il ajoute : « Es curioso que esta deformación del nombre coincida con la explicación etimológica que da Corominas al término español galimatías, que de todas formas es un préstamo reciente procedente del francés ». Il poursuit : « Hay también otras explicaciones etimológicas para este término oscuro. De todos modos, el propio Corominas piensa como forma originaria *Barimatea [inexact, Corominas écrit : « Quizá de

319

Il se peut en effet qu’il s’agisse d’une forme populaire à l’instar peut-être du « latin classique » post qui prend la forme « posteā dans la langue vulgaire », Mohl, op. cit., p. 9, § 3. L’explication doit probablement se trouver dans le latin vulgaire, à moins qu’il ne s’agisse tout simplement de la part du graveur d’une faute d’inattention. Dans le cas de l’inscription « veleyense » MORTEA il doit simplement s’agir du génitif Mortae où -ae apparaît retranscrit -ea, cf. les inscriptions de Pompéi : MELISSEA, MELISAEA, MELISSAEAE, POPPEA, POPEA, POPIIA, etc., cf. Väänänen, op. cit., pp. 23-24. 320

Núñez, Informe, pp. 14-15.

321

Laquelle connotation pégorative se reflète par ailleurs dans la fameuse citation latine de Matthieu, VII, 6, Neque mittatis margaritas vestras ante porcos, « Et ne jetez pas vos perles aux porcs », analogie moyennant laquelle l’évangéliste mettait déjà en garde les chrétiens, c’est-à-dire dont le véritable sens, écrit Lucien Jerphagnon, était : « n’allez pas galvauder les mystères, les livrer à des gens qui n’en sont pas dignes. Loin d’y entrer, ils les retourneraient contre vous. Cela sous-entendait que le christianisme exigeait une initiation », Le petit livre des citations latines, Ed. Taillandier, Paris, 2004, p. 43. 322

Gorrochategui, Dictamen, p. 20.

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Barimatía (luego Galimatía) »], luego deformado en occitano y francés, quizá por influencia del fr. ant. galer “s'amuser” ». Puis, il cite Alain Rey : « (...) como quiere A. Rey (Dict. hist. de la langue française) »... Plus loin, les insinuations de Gorrochategui se font plus précises et deviennent désormais des accusations : « (…) la variante Galimatea para José de Arimatea, que presupone la existencia del Diccionario etimológico de J. Corominas »... 323 De son côté, Madame Velázquez, délaissant pour une fois toute précaution d’usage, choisit également de « trancher dans le vif » : « La grafía IOSHII por Ioseph (o mejor, Iosephus) resulta inadmisible, sin explicación fonética, pero aún más GALIMATIIA, que hay que leer como Galimatea, por José de Arimatea (Iosephus ab Arimathea) »324. Et aussitôt, le lecteur a droit à l’une de ces « conjectures-démonstrations » de Madame Velázquez, ce genre de démonstrations ressemblant plus à une suite d’assertions définitives qu’à de simples hypothèses de travail : « La mera presencia de esta palabra evoca el actual “galimatías” un galicismo penetrado en castellano modernamente ». Puis vient un rappel « historico-linguistique » sur l’origine du mot « galimatías ». « La palabra se documenta en 1580, usada por Michel de Montaigne, y documentada en castellano a partir de 1742 en Feijoo. Para este término se han establecido muy diversas etimologías y orígenes. Entre ellas, algunas recogidas por Corominas en su Diccionario crítico-etimológico de la lengua castellana o en el Diccionario de Uso de la Lengua Española de María Moliner ». Suit l’étymologie supposée : « Entre las etimologías propuestas se piensa que podría ser una deformación, a través del francés, de Iosephus ab Arimathea, confundido con Iosephus a Barimathea; por deformación no comprensible acabaría dando “galimatías” »325. Conclusion : « Sea cual sea el verdadero origen del término, que no hace al caso aquí exponer y detallar, lo incuestionable es que se trata de un galicismo no anterior al s. XVIII en castellano y que la presencia en este grafito supone la mención intencionada de un nombre, cuya aparición habría servido para confirmar una de las supuestas etimologías propuestas para dicha palabra, encontrando un sorpresivo vulgarismo en el s. III de una deformación del nombre geográfico, que sólo muchos siglos después se documenta y salido de la pluma de Michel de Montaigne ». En résumé, ces deux auteurs prétendent que les prétendus faussaires auraient utilisé le dictionnaire de Joan Corominas (Velázquez hésite cependant entre ce dernier et celui de María Moliner... ), dictionnaire de Corominas où sont en effet citées les formes Barimatía et Galimatía (et non **Barimatea comme le laisse entendre Gorrochategui) et à partir de là ils auraient tiré une forme Galimatea… On pourrait également multiplier les élucubrations. Par exemple, dans le parler populaire du petit village d’Aceuchal, dans la province de Badajoz, en Estrémadoure, le mot galimatea existe (il signifie « mucha gente »). On pourrait parfaitement en conclure que les prétendus faussaires, ou du moins un d’entre eux, seraient originaires de ce petit village estrémègne… 323

Gorrochategui, Dictamen, p. 31.

324

Velázquez, Informe, p. 31.

325

Guiraud, P., 2006, Dictionnaire des étymologies obscures, 3e édition, Payot Paris, p. 313. Mot d’étymologie douteuse, écrit l’auteur, qui ajoute : « D’après une récente explication, ce serait un terme du jargon des étudiants, forgé avec le lat. gallus, “coq” qui aurait désigné les étudiants prenant part aux discussions réglementaires, et la terminaison grecque mathia, “science”, cf. amathia, “ignorance”, d’où *gallimathia. Une autre explication part du lat. de basse époque ballematia, qui signifiait “chansons malhonnêtes” ».

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Encore plus simple. Sans avoir nullement besoin de recourir au dictionnaire de Corominas ou à celui de Moliner, la langue espagnole populaire, celle du commun, connaît l’expression « José de Galimatea »… Il s’agit d’une expression que l’on pourra qualifier d’extrêmement populaire — et elle ne figure évidemment dans aucun dictionnaire de la langue espagnole —, une expression utilisée habituellement par le menu peuple espagnol, celui le plus souvent dépourvu de toute culture. Il est curieux de Velázquez et Gorrochategui ne sachent pas qu’en espagnol populaire la forme Galimatea est parfois utilisée en lieu et place d’une forme Arimatea. Le fait qu’il s’agisse d’une expression extrêmement populaire explique peut-être leur ignorance en la matière. Une partie du menu peuple inculte dit en effet « José de Galimatea » comme on dit güevo pour huevo. Cette façon parler est-elle typique d’une région espagnole en particulier ou est-ce tout simplement une forme d’argot ? Nous ne le savons pas. Cela ressemble au dialecte estrémègne, le parler d’Estrémadoure dans lequel on dit couramment güeso, « hueso », güerto, « huerto », etc326. Admettons un instant qu’il s’agisse ici d’une falsification. Le ou les prétendus faussaires seraient alors peut-être issus du Sud de la Péninsule (d’Estrémadoure ?... ). Ce qui est sûr en revanche c’est qu’ils auraient dans le cadre de leur travestissement utilisé une forme extrêmement populaire, voire triviale, Galimatea, une forme tellement familière que même Velázquez et Gorrochategui, on l’a vu, en ignorent jusqu'à l’existence… — ce qui les contraint, on l’a vu, à aller chercher des explications savantes et invraisemblables faisant appel au terme galimatías que donnent les dictionnaires de Corominas et Moliner. Si on admettait cette hypothèse selon laquelle on aurait eu affaire à une forme espagnole extrêmement populaire Galimatea, cela nous oblige à supposer que nous aurions affaire alors à des faussaires d’un niveau culturel faible, voire extrêmement faible, bref à des individus qu’on nomme habituellement en langue espagnole des paletos… , c’est-à-dire des « hommes rustiques » dépourvus de toute finesse et de la culture la plus élémentaire, mais connaissant pourtant l’existence du dictionnaire de Corominas… Le problème est que le niveau des connaissances de ces présumés faussaires est, comme on l’a vu jusqu’à présent et comme nous continuerons à le constater tout au long de nos commentaires, extrêmement élevé, jusqu’à atteindre des niveaux insoupçonnables. En conséquence, il existerait là une contradiction infranchissable à moins de s’abîmer dans toute une série d’hypothèses fantastiques et incohérentes. Laissons à présent de côté toutes ces « théories du complot », absolument extravagantes de notre point vue, et revenons à l’essentiel. Pourquoi ne s’agirait-il pas tout simplement d’une réfection analogique avec le nom latin de la Galilée, à savoir Gălĭlaea ? En latin classique on a Gălĭlaea mais Galilea dans la Vulgate ― on y lit en effet : a Galilea, « depuis la Galilée » (Luc, 2, 1-14) ―, une forme identique, notons-le au passage, à la forme actuelle moderne en espagnol, également Galilea. Au IIIe siècle, les provinciaux de Veleia sont assurément, pour reprendre l’expression de Juan José Larrea, de « pauvres diables », qui n’appartiennent pas, cela n’entraîne aucun doute, à l’élite intellectuelle romaine, quand bien même certains d’entre eux auraient mené une vie aisée, « matériellement parlant » s’entend. Ces habitants de Veleia, même s’il ne s’agissait pas, on l’a dit, de fins lettrés, avaient bien évidemment dû entendre parler de la région appelée Galilée. Or, de ce nom, sous sa forme tardive

326

Montero Curiel, P., 2006, El extremeño, Cuardenos de Lengua Española, 91, Ed. Arcos Libros, Madrid, p. 35.

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Galilea de la Vulgate, à une forme populaire Galimatea (pour un classique Arīmăthaea) il n’y a qu’un pas. Tirer en conséquence des conclusions définitives à partir d’une forme GALIMATIIA, comme le font pourtant Gorrochategui et Velázquez, pourra paraître en conséquence téméraire. 29. L’inscription NEVR[E] CORDVNIAI (n° 13958 ...NIIVR CORDV NIAI... ) Lakarra327 affirme, ne laissant aucune place au doute et encore moins au débat : « La grafía < c > (sin cedilla) ante a, o, u para representar / s / (no / k /) es, desde luego inesperada en textos que se pretenden del [siglo] III-VI d. de C. ; quizás fuera aceptable unos 1000 años más tarde como lo era, sin duda, entre el XV y el XVIII inicial, momento en el que se adopta (¡ en castellano y en grafías deudoras de ésta !) la grafía < z > »328. Il ajoute : « < CORDUNIAI >329, entendamos como entendamos < -NI- >, presenta además problemas morfológicos irresolubles, como se verá en el apartado correspondiente ». Et plus loin, en effet, choisissant de commenter à nouveau cette inscription, il affirme, plus catégorique que jamais : « ZORDUN (< CORDUNIAI >, en realidad) (...) es un término que, como ya se ha indicado, es absolutamente imposible desde el punto de vista epigráfico (< CO > = / so /) »330. Toutes ces affirmations définitives doivent être fortement nuancées. L’explication concernant la graphie < CO > = / so / se trouve probablement du côté du « mélange d’alphabet » mentionné auparavant. C’est ce phénomène graphique, complexe et subtil, quoique bien attesté durant l’Antiquité et bien connu des spécialistes, et que Lakarra semble manifestement ignorer, qui explique que parfois un « un même phonème, dans un même mot, est noté tantôt par la lettre grecque, tantôt par la latine (S / C, V / Y) »331. C’est cela qui explique, toujours d’après Lambert, que sur certaines monnaies gauloises le nom SOLIMA apparaisse parfois écrit tantôt COΛIMA tantôt COLIMA332 ou encore que celui de SOLIMVS soit écrit SOLIMYC avec C final (sigma lumaire) en lieu et place de S latin. L’inscription CORDV NIAI de Veleia ― où la mode des graphies grécisantes paraît désormais certaine, cf. supra ― ne pose en conséquence aucun problème particulier. Si cette inscription avait été entièrement rédigée en écriture latine on aurait eu SORDV NIAI, c’est-à-dire sorduniai, que l’on pourrait parfaitement retranscrire à partir de l’alphabet basque moderne zorduniai. Le graveur a opté pour un C grec (sigma lunaire) au lieu de S latin. La suite est encore plus intéressante. Les inscriptions de Veleia montrent que non seulement nous sommes en présence d’un phénomène de « mélange d’alphabet » bien connu des spécialistes, mais il semblerait en outre que ces inscriptions « veleyenses » impliquent que nous soyons en présence d’un autre phénomène, également bien connu des spécialistes, celui consistant en un « mélange de langues ». En effet, la terminaison -iai ne peut correspondre ici qu’à un datif singulier en -iāi caractéristique du vieux-celtique333. Cette phrase « euskaro-celtique » constituerait alors un mélange de basque et de 327

Gorrochategui, lui, choisit curieusement de ne pas commenter cette inscription.

328

Lakarra, Informe, p. 10.

329

A l’instar de Lakarra, nous lisons également CORDV NIAI et non pas CORDV MAI. Un examen approfondi de la photographie couleur et de très bonne qualité que nous avons consultée ne permet pas en effet de douter d’une leçon -NIAI.

330

Lakarra, Informe, p. 22.

331

Lambert, op. cit., p. 181.

332

Dottin, G., 1920, La langue gauloise : grammaire, textes et glossaire, Ed. Klincksieck, Paris, p. 47.

333

Lambert, op. cit., p. 57, nous dit que cette désinence -iāi s’est réduite par la suite à -ī, les deux formes alternant dans les inscriptions celtiques. Cette désinence -ī caractéristique du datif en vieux-celtique pourrait-elle être à l’origine du datif basque en -i ? Il n’est pas en effet impossible que la langue basque l’ait emprunté aux langues celtiques.

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celtique, autrement dit nous serions en présence d’un terme euskarien qui aurait été décliné moyennant une désinence celtique. La signification de l’inscription serait alors neure zorduniai, « à mon débiteur »334 (pour la forme neure, cf. infra, § 36). Si cela est exact, alors la possibilité d’une falsification s’éloigne plus que jamais, car personne ne peut sérieusement prétendre que le ou les prétendus faussaires aient pu avoir un tel niveau de connaissance dans un domaine aussi pointu que celui de la morphologie nominale caractéristique du vieux-celtique. Lakarra, qui tient manifestement à ce que cette inscription ne puisse en aucun cas être vraie, ajoute : « (...) tampoco es nada evidente que zordun, con ese sufijo fuera posible en el s. III. Las primeras documentaciones son muy tardías y si -dun proviene, como quería Mitxelena (Palabras y Textos), de una contracción de la 3e pers. relativa de *edun (*daduen) parece una documentación asombrosamente temprana en el s. III ». Pourtant, lui-même nous donne aussitôt la réponse à la question qu’il se pose. En effet, ce suffixe -dun serait simplement issu d’un prototype *edun au même titre que le suffixe « -din [l’est] de la raíz de *edin », une hypothèse, nous apprend par ailleurs Lakarra, « sugerida oralmente por Rudolf P. G. De Rijk »335. Où est le problème alors ? 30. La forme LAIKE (n° 16362 TV LAIKII / n° 16365 NIIV LAIKI[... / n° 16366 NIIV LAIKII ) Lakarra : « El caso de LAIKE es todavía peor : no se documentan en el vasc. centro-occidental ni siquiera en fecha tardía (si leike de egin / *edin). Por otro lado, sí se pretende que LAIKE sea una forma auxiliar de egin (ninguna de las “frases” en las que aparece es excesivamente clara para establecerlo con seguridad) cabría hacer unas cuantas observaciones : es cierto que formas de egin ocurren junto a formas sparitas de *ezan en vizcaíno y en alavés antiguo, además de (en proporciones diferentes) en guipuzcoano, desde los primeros textos »336. Cela est exact. Il poursuit : « (...) podríamos ahora (cf. Mounole 2008) afirmar taxativamente que tal uso no proviene ni del protovasco, ni de la lengua común antigua [ss. V-VI ; cf. Mitxelena 1981], por lo que constituye una innovación centro-occidental tardía (medieval en todo caso), imposible en el supuesto vascuence veleyense ». Egalement exact. Il ajoute : « Aún si se tratara del intransitivo *edin337, general y único en todas las épocas y variedades del idioma, el -TU LAIKE de (13362) es imposible : tal verbo se combina sólo con el radical, no con el 334

Le texte latin des évangiles, celui correspondant à la majorité des manuscrits grecs, dit littéralement : « Remets-nous nos dettes, comme nous les remettons aussi à nos débiteurs ». D'autres langues, comme le français et l'anglais, ont fait le choix de s'écarter du texte latin. Le texte liturgique français dit par exemple : « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ». Henrike Knörr, 2008, En torno a la datacion de las inscripciones vascas de Iruña-Veleia, p. 2, signale quant lui : « çorduniai [i. e. CORDUNIAI dans les inscriptions], que sin duda alguna es “debitoribus” ». 335

Lakarra ajoute ensuite une de ces phrases quelque peu énigmatiques dont il a manifestement le secret : « Aun optando por una etimología más “barata” a estos efectos — -din de la raíz de *edin como -dun de la raíz de *edun (...) los problemas no desaparecerían por completo ; piénsese en la -r débil del primer elemento y su posible h- como en suletino ». La chute (« piénsese en la -r débil del primer elemento y su posible hcomo en suletino »... ) demanderait en effet a être explicitée et approfondie. 336

Lakarra, Informe, p. 16.

337

En ce qui concerne la forme verbale « veleyense » EGIN BADI il est difficile de se prononcer et encore moins de conclure. En revanche, Lakarra ne connaît pas le doute. Il « sait » et le fait savoir, Informe, p. 12 : 82


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participio y menos con el participio tardío -tu. Esto rige (cf. Lakarra 1985) no sólo para los dialectos orientales sino también para el vizc. mis antiguo y el guip. anteriora 1700 ». Toujours exact. Mais pourquoi se perdre dans tant d’explications, certes tout à fait correctes, mais en l’occurrence parfaitement superflues ? Car la probabilité d’une forme verbale relativement complexe étant dans le cas présent, on ne nous contredira pas sur ce point, extrêmement faible, il ne peut raisonnablement s’agir soit d’un anthroponyme soit tout simplement, hypothèse la plus probable selon nous, du terme latin laicus, « celui qui est non ecclésiastique »338 décliné au vocatif laice et écrit laike à Veleia. 30.1. Hypothèse anthroponymique De quel anthroponyme aurait-il pu s’agir ? Probablement d’un nom de personne latin tel que Laeca339, Lecca, Laecus ou peut-être d’un nom d’origine celtique tels que Laco, Lecco (graphié, probablement à la fin du IIe siècle, LIICCO340 avec II = E comme dans les inscriptions « veleyenses »), Leccus, Licca, Licco, Liccus, des noms attestés durant l’Antiquité341, ou bien de quelque autre nom analogue. Dans l’hypothèse d’un nom latin Laecus342, lequel au IIIe siècle devait déjà se prononcer, à n’en pas douter, Le¤cus, comme le signalent pour l’époque, tous les latinistes, il faudrait alors admettre, ce

« El vocalismo de (…) (EGIN) BADI no habla a favor de la autenticidad de la piezas ». Et pourquoi donc ? On ne le saura pas. Et notre auteur de poursuivre, tout en nuance comme à l’accoutumée et sur le ton définitif qui a fait sa marque de fabrique : « no es sólo que nadie haya encontrado nada así jamás, sino ni siquiera se ha postulado, que yo sepa, por parte de ningún reconstructor [sic ; « auteur » ne serait-il pas ici un terme plus approprié ?] conocido los últimos 50 años »… Mais après ces quelques lignes (seulement… trois lignes dans le rapport Lakarra, qui curieusement préfère ne pas trop s’attarder pas sur cette question), nous ne sommes finalement pas plus avancés qu’au début des commentaires de cet auteur. Et Gorrochategui, lui, qu’en pense-til ? Quoique plus sobres, et surtout moins définitifs, les propos de ce dernier (seulement… deux lignes dans son rapport) n’éclairent pourtant en rien cette affaire, Dictamen, 18 : « la pieza n° 13364 : egin badi zur[e] ofrece un imperativo de *edin (“hágase tu / vuestra (voluntad ?) ” = fiat voluntas tua, del pater noster), aunque lo que esperaríamos seria b-edi ». L’alternance a / e, bien attestée en basque de surcroît, peut-elle être sérieusement considérée ici comme un indice probant de falsification ? Ce serait un peu court. Gorrochategui, qui en est parfaitement conscient, se garde bien de le prétendre clairement. Lakarra, lui, tente de persuader le lecteur (et… de se persuader à soi-même ?) qu’une forme badi serait impossible mais l’aspect et le ton définitifs de ses propos finissent par éveiller chez le lecteur le soupçon et l’auteur finit par perdre en crédibilité. En fin de compte, le fait que ces deux auteurs préfèrent ne pas trop s’attarder sur cette question ne constituerait-il pas là finalement la meilleure preuve qu’il n’y a peut-être, certainement même, pas grand-chose sur à dire sur le sujet ? 338

Laicus, mot attesté au IIIe siècle après Jésus-Christ chez Tertullianus ou Tertullien.

339

Kretschmer, P., 1943, « Die vorgrieschischen Sprach- und Volksschichten (Fortsetzung von Gl. XXVIII 231-278) », Glotta : zeitschrift für griechische und lateinische sprache, vol. 30 / 1-4, pp. 84-218, v. p. 57 ; également Bader, F., 1988, « Génitifs-adjectifs et dérivés d’appartenance d’origine pronominale », Historische Sprachforschung 101, pp 171-210, v. p. 208 : Laecus, Laeca (< Laec-ā-nius). 340

Oswald, F., 1931, Index of Potters’ Stamp on Terra Segillata « Samian ware » : with a supplement of stamps obtained or recorded during the period of printing the index (with corrections), Bridgford Notts, rééd. 1964, Ed. Gregg Press, p. 160. 341

Delamarre, op. cit., pp. 114-121.

342

Un nom latin dans lequel il se serait alors produit une alternance, due à une influence celtique ou de quelque autre nature, -ae- / -ai- ? Une alternance du type de celle rencontrée dans l’antroponyme celtique Baetus (forme latinisée) dont la forme primitive était Baitos — forme également présente dans le nom composé d’origine celtique Βαιτό-ριξ. D’où ultérieurerment une forme celtisée en *Laicos ? Cela étant, une forme celtisée *Laikos, une variante qui apparaîtrait alors sans doute dans les inscriptions « veleyenses » déclinée au vocatif celtique (cf. Adiantunne vocatif de Adiatunnus, var. Adiantos, etc. ; en vieux-celtique, d’après Lambert, op. cit., p. 50, le vocatif des thèmes thématiques ou thèmes en -o- « devait probablement être en -e ») ou latin en -ĕ, soit une traduction : Neu Laike, « moi Laekĕ / Laike (voc. de Laecus / *Laikos ?) est peu probable. En latin les noms propres de la seconde déclinaison en -us, -i faisaient en effet leur vocatif en -e, d’où Laecĕ > Laike, s’il s’agit bien évidemment ici d’un nom décliné au vocatif, ce qui n’est pas assuré. Si cela était effectivement le cas, il ne nous serait pas toutefois possible de savoir si on est en présence d’une 83


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qui est cependant extrêmement peu probable, voire insolite, que la graphie -ai- dans le « veleyense » Laike serait une graphie latine factice résultant de la réforme orthographique menée par Claude343. Cette dernière hypothèse ne pouvant être raisonnablement retenue dans le cas de Veleia, la solution doit être ailleurs. Elle se trouve probablement du côté de la mode des graphies grécisantes, tendance dont on a par ailleurs déjà constaté qu’elle existait à Veleia. En effet, on sait, rappelle Michelena à propos du mot kaisar, que « el testimonio germánico merece ser discutido (…) por no ser probativo, ya que WULFILA, con arreglo al modelo griego de su tiempo, echó mano del dígrafo ai para representar e breve »344. Le graveur « veleyense », au moment d’écrire le nom de personne Laeca, plutôt que celui de Laecus, prononcé à l’époque d’après la présente conjecture Le¤ca ou Le¤cca345, aurait alors opté pour l’utilisation d’une graphie grécisante ai afin de noter le e issu de la monophtongaison d’un ancien ae, d’où une graphie Laike pour une prononciation Leke346. Cela est plausible mais, nous semble-t-il, peu probable. Mais c’est finalement Albert Carnoy qui donne la solution à ce problème lorsque, après avoir rappelé dans un célèbre ouvrage347, considéré encore de nos jours comme une référence de tout premier ordre, que « ai est l'ancienne forme de d’ae » et qu’« elle a été en usage dans les inscriptions jusqu'au milieu du 2e siècle avant notre ère, et par une affectation d'archaïsme, elle a reparu dans des textes du bas empire », il ajoute un autre fait d’une grande importance pour la question qui nous intéresse : « En Espagne, on constate cette orthographe dans les villes les plus anciennement romanisées : Tarragone, Carthagène, Sagonte, Cordoue, et, somme toute, elle s'est maintenue plus tardivement en Espagne qu'en Italie. (…) Ce serait là un archaïsme de la langue d'Espagne ». Après quoi il cite plusieurs exemples, tous sûrs sauf deux qui pourraient être douteux : « Naivi 4970. 312 (Tarraco). Aimilius 4963. 9 (Corduba). Maicia 6257. 4, 3439 (Carthago nova). Cinnai 1343 (an. p. C. 5) (Lacilbula). Flavinai 399. Exemple fort douteux. Sergiai Caesulai 3688 (Peut-être I est-il un E mal dessiné). Corsyaninai 3903 (Saguntum). Herai 4970, 2-24 (Tarraco). Furiai, Secundai 34G8 (Carthago nova). Juliai, Marcellai 5251. Cas douteux parce que le lapicide a mal tracé l’E et le T (VIGIIVS =Vegetus) ». Ce phénomène est également attesté dans le Midi348 où, nous dit Sacaze, on lit dans les inscriptions du début de notre ère prait[ori pour praetori, « praitor [étant] une forme archaïque pour praetor »349. L’explication est en effet à chercher dans cette direction, c’est-à-dire celle d’un anthroponyme Laeca à l’orthographe archaïsante et grécisante Laike350 qui se serait maintenue en Espagne, et non

déclinaison celtique ou latine, les deux étant dans le cas présent identiques. L’explication, s’il s’agit véritablement d’un anthroponyme, ce qui est peut-être le cas, n’est toutefois pas simple car, entre autres, en latin tardif le vocatif se confond parfois avec le nominatif, sans toutefois disparaître complètement. 343

Niedermann, M., 1953, Phonétique historique du latin, rééd. 1991, Ed. Klinsksieck, Paris, pp. 59-60, § 31. On sait en effet que « l’empereur Claude, qui portait un vif intérêt aux questions grammaticales, reprit la graphie [archaïque] ai [qui avait évolué en ae] et exigea, notamment, que son titre fût toujours orthographié Caisar (…) L’on se mit même alors à prononcer Caisar, et c’est sous cette forme que le mot parvint chez les Germains sur le Rhin et, plus tard, chez les Gots sur le cours inférieur du Danube. De là kaisar dans la traduction gotique de la bible par Wulfila, évêque des Wisigots, établis en Mésie. Dans ce même texte, on trouve Krēks, Grecs, qui repose sur le latin Graecus, prononcé Grē¤cus, qui montre que la prononciation factice ai était restée limitée au seul Caisar, auquel on voulait sans doute conférer ainsi un aspect solennel ». 344

Michelena, L, 1964, « Románico y circunrománico : sobre la suerte de latín “ae” », Lengua e Historia, 1985, pp. 253-267, p. 257 ; également dans Archivum XIV, pp. 40-60. 345

L’anthroponyme est attesté : Laeca ou Lecca, un des complices de Catalina d’après Cicéron.

346

Et apparaissant dans le cas présent décliné au vocatif Lecĕ ? En ce qui concerne l’utilisation de la lettre K, cf. supra, le cas de l’inscription ESKON. 347

Carnoy, op. cit., p. 82.

348

Graphie également attestée à Pompéi, cf. Väänänen, 1966, op. cit., p. 23.

349

Sacaze, op. cit., p. 44, § 15 et p. 567.

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plus à chercher dans la direction d’une forme verbale basque, qui dans le cas présent serait véritablement improbable. En ce qui concerne l’inscription n° 16362 ...TV LAIKII... , soit TU LAIKE, l’explication pourrait se trouver dans « le mélange des langues » mentionné auparavant et bien attesté durant l’Antiquité tel que, par exemple, dans l’inscription gauloise (sur peson de fuseaux) suivante : NATA VIMPI | CVRMI DA, « Fille belle, donne(-moi) de la cervoise » où le terme DA, « donne » est du latin et le reste du celte. D’après cette hypothèse TV LAIKII ou TU LAIKE aurait alors signifié : « toi Laeca (graphie archaïsante et grécisante Laike) ». 30.2. Hypothèse à partir du latin LAICUS351 décliné au vocatif LAICE Il s’agit de loin de l’explication la plus simple et économique. D’après cette hypothèse TV LAIKII ou TU LAIKE aurait alors signifié : « toi laïque [tu es] (graphie archaïsante et hellénisante LAIKII) » et NIIV LAIKII, inscription hybride (mélange de langues) « basco-latine » : « moi laïque [je suis] ». « Conclusion » S’il s’agit d’une falsification, il faut alors admettre incontestablement que le ou les prétendus faussaires possèdent une érudition qui étonne par son ampleur et par sa précision : ils connaissent l’usage de la lettre grecque C (sigma lunaire) pour retranscrire / s /, ils connaissent l’usage en Espagne durant l’Antiquité et dans le sud de la Gaule de la graphie archaïque -ai- reflétant un ancien -ae- comme nous le montre Carnoy, ils connaissent le sens exact durant l’Antiquité du terme latin laicus, mot attesté au IIIe siècle après Jésus-Christ, on le sait, chez Tertullien, un auteur peu connu en dehors de quelques cercles spécialisés, ainsi que l’existence l’anthroponyme celtique Denos, dont la variante latinisée est Denus, un nom que même un auteur comme Gorrochategui avoue ignorer jusqu’à l’existence, ainsi que toute une autre série d’autres phénomènes relevant de la phonétique historique du latin et de la morphologie historique du vieux-celtique. Des faits connus uniquement d’une poignée de spécialistes à travers le monde, sans même à avoir à mentionner le fait que ces prétendus faussaires connaissent également l’usage, courant au début de notre ère mais de nos jours uniquement connu de quelques spécialistes de très haut niveau (Dottin, Lambert, Lejeune et quelques autres, cf. supra, § 29), consistant d’une part en un « mélange des alphabets » et d’autre part en un « mélange des langues »352, des phénomènes que même des auteurs comme Gorrochategui et Lakarra semblent également, du moins si on s’en tient à leurs dires, ignorer.

350

Les noms latins appartenant à la première déclinaison ont en effet été adaptés en grec, c’est-à-dire « grécisés », tantôt au moyen de la terminaison -α tantôt au moyen de la terminaison -η, d’où lat. -a → gr. -η, par exemple : Afrĭca → ’Αφρίκη, Cremōna → Κρεµώνη, Salmantĭca → Σαλµατική, etc. L’inverse est également vrai, les noms grecs faisant leur terminaison en -η ont été retranscrits en latin moyennant la terminaison -a : Νύµφη → Nympha, ’Ιθάκη → Ithăca, etc. Issu de l'adjectif grec λαϊκός, lui-même dérivé du substantif grec laos, « peuple », « nation ». Le véritable sens, le sens primitif et étymologique du mot laïque était donc celui de « populaire » ou « national ». Le terme était employé dans les premières communautés chrétiennes au sein desquelles on parlait grec. A partir de l’instant où se constitua dans ces communautés chrétiennes primitives un clergé distinct du peuple des simples fidèles, le mot servit à désigner ceux qui parmi ces derniers n'appartenaient pas audit clergé. 351

352

On pourra consulter à ce propos les études suivantes : Rutherford, I., « Interference or Translationese ? Some Patterns in Lycian-Greek Bilingualism », pp. 197-219 ; Fewster, P., « Bilingualism in Roman Egypt », pp. 220-245 ; Brixhe, C., « Interactions between Greek and Phyrgian under the Roman Empire », pp. 246-266 ; Rubin, Z., « Res Gestae Divi Saporis : Greek and Middle Iranian in a Document of Sasanian Anti-Roman Propaganda », pp. 267-297 ; Taylor, David G. K., « Bilingualism and Diglossia in Late Antique Syria and Mesopotamia ; pp. 298-331 ; Janse, M., « Aspects of Bilingualism in the History of the Greek Language », pp. 332-392 ; Burton, Ph., « Assessing Latin-Gothic Interaction », pp. 393-418 ; Flobert, P., « Latin-Frankish Bilingualism in Sixth-Century Gaul : The Latin of Clovis », pp. 419-430 in Bilingualism in Ancient Society : Language Contact and the Written Text, Edited by Adams, J. N., Janse, M., Swain, S., University Press, 2002, Oxford.

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31. L’inscription n° 13411 - a. côté interne : ATA, AMA, NEVRE GI / V - b. côté externe : EL, NEV / GIATV LA / ESQVERO353 A propos de cette inscription à l’allure énigmatique, quoique moins qu’on pourrait le croire, comme on le verra par la suite, Lakarra se lance dans une longue démonstration ayant pour finalité de nous convaincre qu’il ne peut en aucun cas s’agir d’une forme verbale, ce dont au demeurant on se doutait déjà depuis longtemps, d’où l’aspect quelque peu superflu d’une démonstration354 ne faisant finalement qu’égrener longuement des faits que la plupart des commentateurs, même parmi les simples curieux bascophiles, connaissent déjà355. Le tort de Lakarra est de « décontextualiser », autrement dit d’analyser uniquement une partie de l’inscription, à savoir celle apparaissant sur le côté externe, c’est-à-dire : EL, NEV / GIATV LA, alors que celle-ci devrait plutôt être analysée dans sa totalité, soit : 353

Il s’agit de la leçon que donne Gorrochategui car malheureusement nous n’avons pu consulter, en ce qui concerne cette inscription, qu’une seule photographie, celle du côté externe, une photographie de fort mauvaise qualité qui plus est. Cependant, Gorrochategui a eu la possibilité de voir l’inscription de ses propres yeux et par conséquent il n’existe aucune raison de douter de la leçon qu’il en donne (leçon qu’il cite dans son Dictamen, cf. Annexe 3). C’est cette dernière que nous utilisons ici.

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354

Bien que Lakarra ne fasse que rappeler des évidences, on reproduit cependant ici pour le lecteur curieux son long argumentaire, agrémenté la plupart du temps d’un raisonnement au ton et aux remarques des plus insolites : « De igual manera, algo como EL NEU / GIATU LA podría equivaler a “Jainkoak ni giatu (naza)la / (nagia)la” o algo similar, olvidándonos, claro de la grafía y otros particulares del ESQUERO (sic) de la línea siguiente. Esto presenta vanos problemas, todos y cada uno de ellos insalvables en el nivel actual de nuestros conocimientos : a) el pronombre intensivo neu (aparte su forma, todavía inexistente) es injustificado salvo según las muy modernas y occidentales normas del “galdegaia” : b) un préstamo como giatu en el s. III es inverosímil por su consonanísmo ; c) los participios en tu son posteriores al s, VI o VII según los romanistas (v. ahora los trabajos de Mounole) ; d) si LA es la marca correspondiente a una forma de subjuntivo, es evidente que giatu o lo que fuera hubiera debido ir en su forma radical (*gia, como etor o ekar) ; así lo encontramos todavía hoy en los dialectos orientales y también en los occidentales, como se ve en los textos de los siglos XV a XVII, momento en que se impone ahí por completo el nuevo uso : apurtu dau / apurtu dagiala, vs antiguo y oriental apurtu du / apur dezan (...) Si partimos de egin tendríamos algo así como nagiala y si de ezan nazala parece como sí el autor de la inscripción hubiera preferido que fuéramos los lingüistas y otros lectores del s. XXI quienes optáramos entre uno y otro, al igual que arriba ha permitido amablemente que fuéramos nosotros quienes decidamos entre ezkondu o *ezkoni) y ezkontzen / ezkonetan / *ezkonketan / *ezkontzaiten, etc.), entre KorneliaREKIN y KorneliaAGAZ, entre na(iz) / nax / nitzen / nintzan... o dut / dot / det / neban / nuen / neuke / nuke, etc. Es decir, el autor de la inscripción, mejor dicho, del conjunto de las inscripciones vascas, espera mucho de sus lectores, delegando en estos el trabajo de explicitar prácticamente toda la flexión nominal y verbal ». 355

Et notre auteur de poursuivre, ne pouvant plus manifestement s’arrêter : « Solo en dos escenarios me parece posible algo similar : a) en una época de la lengua tan alejada de la históricamente conocida en la que ésta fuera enteramente analítica, sin rastro de síntesis y, por tanto, de las marcas que luego hallamos en el Sintagma Nominal y en el Sintagma Verbal ; b) en una especie de prueba / ejercicio — típico de los manuales de lenguas de finales del s. XX y comienzos del actual (¡ pero no de otros mucho más partidarios de la nemotecnia !) — en donde el docente proporciona una serie de frases incompletas para que el alumno rellene los huecos correspondientes, bien sea con léxico, bien con formas gramaticales (adverbios, flexiones verbales, etc.). (a) sólo es defendible para el s. III si la lengua de la época fuera todavía algo “no desarrollado” o “primitivo”, parecido, quizás, a algún pidgin más o menos lejano. El problema es que los pidgin surgen en escenarios muy concretos, que no parecen coincidir con el de Veleia y nadie ha sugerido nada así para el vasc. de la época. Si no se tratara de un “primitivismo” provocado por la mixtura de lenguas hay que recordar, simplemente como hemos hecho más arriba, que las marcas gramaticales (y la gramática entera) del eusk. histórico que echamos en falta en Veleia no han surgido de la nada después de escribirse esas piezas, ora varios siglos después, pero antes Vasconum Primitiae de Etxepare : las gramáticas y las formas gramaticales están permanente evolución, como el resto de la lengua, por lo que es inevitable que formas más arcaicas de los morfemas ausentes u otros morfemas o estructuras que cumplieran con sus actuales funciones existieran y hubieran aparecido, causándonos probablemente estrañeza por desconocimiento del valor exacto y del análisis concreto de lo documentado. Lo inaceptable, en cualquier caso, es la sensación de que faltan elementos imprescindibles en las “frases” y no por fractura de los soportes o por cuestiones epigráficas, precisamente, sino por falta de ganas o de interés (¿ de osadía reconstructora ?) del autor de la inscripción ». Démonstration également interminable et surtout, encore une fois, parfaitement... inutile.

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ATA, AMA, NEVRE GI / V EL, NEV / GIATV LA / ESQVERO. Il s’agit là d’une hypothèse de travail tout à fait réaliste et méritant, à tout le moins, d’être envisagée. La seule complication réside dans le cas présent dans la forme GIATV LA où le segment LA fait partie du mot à analyser, comme le reconnaît au demeurant Lakarra lorsqu’il admet que « [p]roponer que LA debe leerse como parte de *[GIATULA] podría ser posible — epigráficamente hablando, claro ». Mais que serait-ce donc ce giatula ? Il doit s’agir, à n’en pas douter, de la retranscription de la forme prise en latin vulgaire ou tardif par le latin classique relevant de la première déclinaison iactura, « dommage, perte », lequel, après que la chute, normale et courante en latin vulgaire, du -c- se fut produite, est devenu iatura (cf. le latin médiéval iatura, « id. »). La graphie initiale gi- est quant à elle une graphie typique du latin tardif servant ici à retranscrire le yod i- du latin classique (gi- / ge- = y-), soit ia(c)tura > giatura356 (et que notre graveur « veleyense » écrit maladroitement GIATV LA), le latin médiéval ayant par la suite rétabli à l’initiale la graphie classique ia-. La totalité de l’inscription prend alors sens. Le sens aurait en effet été celui-ci : ATA, AMA, NEURE GIBEL, NEU GIATULA (lat. vulg. giatula = lat. class. ia(c)tura) EZKERO « litt. père, mère, derrière moi, moi en cas de perte, dommage » Soit, en français académique : « (mon) père, (ma) mère, (sont) derrière moi, au / dans le cas où (j’aurais / connaîtrais) des dommages (des difficultés) » Ce qui en basque moderne, se dirait le plus naturellement du monde : AITA, AMA, NEURE / NERE GIBEL(EAN), NEU(K) DAMU-DOMAIA EZKERO En ce qui concerne le terme gibel, « le côté de derrière, la partie postérieure » apparaissant écrit sur les deux faces de l’objet, fait qui ne pose pas de problème particulier du point de vue épigraphique car les exemples de ce type existent dans d’autres inscriptions de l’Antiquité, soit : côté interne GI / V et côté externe EL, il est nécessaire d’apporter quelques précisions concernant l’ultilisation de la lettre V notant le son b. Jungemann rappelle que c’est au cours du premier siècle de notre ère que « comienza la confusion de las letras b y v en las inscripciones »357, une alternance qui se maintient jusqu’au Moyen-Âge : bagibel (a. 963) berroetaguiuel (a. 1262), guivel (a. 1284)358, don Hobeco / don Oueco359, etc. La graphie « veleyense GI V EL pour noter le mot gibel n’entraîne en conséquence, semble-t-il, aucun autre commentaire particulier ou supplémentaire. Tout cela nous permet de penser raisonnablement, en guise de conclusion, que l’hypothèse, voire la thèse, d’une falsification paraît dans le cas de cette inscription semble, sinon invraisemblable, du moins peu probable. 32. La graphie < Z > Gorrochategui affirme : « Como ya apunté someramente en Hallazgos y en Armas, es injustificable la presencia de la letra Z. Dicha letra, que no pertenecía en realidad al originario alfabeto latino, se utilizaba solamente para representar un sonido africado sonoro (dz), que existía en griego (p. ej. Zeus), y en latín vulgar, en algunas ocasiones, para el resultado del grupo -DJ- (hodie > ozie) »360. 356

Comme dans lat. Iānuārius qui apparaît écrit Gianuaria, CIL XII 934 (Gaule, a. 530 de notre ère) ou Genuarius, cf. Väänänen, op. cit., p. 53, qui cite plusieurs autres exemples.

357

Jungemann, op. cit., p. 345.

358

Orpustan, op. cit., p. 321.

359

Irigoien, Pertsona-izenak euskaraz nola eman, p. 273, § 4.59.

360

Gorrochategui, Dictamen, p. 13.

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Lakarra affirme (2008 : 8) : « < Z >. Como ya he adelantado, una de las sorpresas que la prensa comunicó desde muy pronto (junio de 2006 en todo caso) fue la existencia de la grafía < z > en el material vasco-veleyense. Tal hecho era sorprendente e inesperable más que inesperado, o hubiera nada similar en los cuasi-coetános textos aquitanos361 donde la < s > equivalía a toda fricativa sibilante apical o dorsal (CISON, SEMBE) y se utilizaba la < x(s) > para todas las africadas indistintamente de su punto de articulación apical o dorsal (BIHOXUS) — sino porque la < z > era reservada en todo el Imperio a unas pocas voces griegas (u orientales llegadas al latín a través del griego) en las que equivalía de manera sistemática a sibilantes sonoras : Zeus, etc. »362. Il conclut, catégorique : « Este solo detalle es más que suficiente para cerciorarnos de que estamos ante una burda falsificación MUY tardía : la < z >, de uso absolutamente restringido y preestablecido en la Antigüedad, se utiliza aquí no sólo con profusión sino, lo que es peor, con un valor que no se adecúa en absoluto a la fonología vasca de la época (ni de ninguna otra compatible : no hay sibilantes sonoras en vasco con las salvedades suletinas consabidas) en detrimento de la común y obligada < s > que, sin embargo, era la única que podía cumplir con el cometido de representar toda suerte de sibilantes sordas y, concretamente, la apical (actual < s >) y la dorsal (actual < z >) ». Les affirmations de ces deux auteurs sont inexactes. En latin vulgaire cette lettre a également été utilisée pour noter une affriquée sourde. Sur une inscription latine quelque peu postérieure à l’année 383 de notre ère on lit par exemple PAZE, laquelle graphie reproduit ici une pronociation vulgaire / patse / du latin classique pāce363 où < z > = [ts]364. En latin vulgaire la graphie < Z > était donc également, fait d’une grande importance dans le cas présent, utilisée pour reproduire l’affriquée sourde [ts]. Mais pourquoi l’individu ou les individus à l’origine de ces inscriptions utilisent-ils cette graphie ? La réponse ne peut être que celle-ci : ils l’emploient pour noter l’affriquée sourde. Or, étant donné qu’on a remarqué par ailleurs qu’ils ne l’emploient manifestement que dans des mots euskariens commençant par zu- tels que, par exemple, ZVRE, ZEVRE, etc. la conclusion de tout cela ne peut être également dans le cas présent que celle-ci : au IIIe siècle de notre ère en basque la forme *tzu (encore présente dans des formes verbales telles que, par exemple, dautzu < *da(d)u-tzu, etc.) n’était pas encore devenue zu. A l’époque on prononçait donc tzure, tzeure, etc. les actuels zure, zeure, etc. Et c’est cela qui entraînait pour ceux qui s’essayaient à l’écriture l’obligation d’utiliser une graphie autre que < S > au moment d’essayer de noter l’affriquée initiale. Le latin vulgaire, on l’a vu auparavant, se servant de la lettre Z pour reproduire cette affriquée sourde, il n’y avait par conséquent aucune raison de ne pas l’utiliser. C’est pourquoi on peut dire en l’occurrence que les dires de Gorrochategui ne semblent guère pertinents : « En vasco antiguo no había africadas sonoras y mucho menos en posición inicial de palabra »365. Cela est exact mais ne concerne pas notre sujet.

361

Ces textes aquitains ont pour la plupart été rédigés entre le Ier et le IIe siècle de notre ère.

362

Lakarra, Informe, p. 8.

363

Mohl, F.-G., 1974, op. cit., p. 290 qui cite d’autres exemples ; v. également p. 246.

364

La présence d’une affriquée sourde est en outre corroborée par l’évolution qu’a connue le latin pāce(m) jusqu’à aboutir au français paix : pāce(m) > patse > pái]ŝ ou pái]ts, cf. De La Chaussée, op. cit., p. 114, § 9.2.2.2.1 chez qui la transcription phonétique ŝ représente l’affriquée sourde [ts] ; lat. pāce(m) a abouti en espagnol à paz moyennant également un affriquée sourde : pāce(m) > pat˝se > paz. Dans cette inscription PAZE du IVe siècle la graphie < Z > représente, de l’avis unanime des savants s’étant penchés sur la question, une affriquée sourde. 365

Gorrochategui, Dictamen, p. 13.

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Il ajoute : « zu, zeure tienen sibilante dental fricativa sorda (s), precisamente la misma que existía en latín y que era anotada mediante S ». Cela est également exact mais ne concerne pas non plus notre sujet, car curieusement il oublie de préciser au(x) lecteur(s) que la grande majorité des bascologues postulent une évolution tz > z366. Il poursuit : « La otra sibilante (que ahora escribimos s) es apical y era la que presumiblemente se diferenciaba de la latina y la que, de necesitar algún modo especial de anotación, habría sido escrita por algo diferente de S (aunque no creo que fuera Z, cuyo rasgo sonoro era fundamental). Por tanto, al igual que en las inscripciones aquitanas tenemos GISON para gizon, y en una de Soria SESENCO para zezenko ». Cela est exact. C’est la conclusion qui est erronée : « así deberíamos haber esperado : SV, SEVRE para zu, zeure ». Cela semble inexact. Les formes attendues en « proto-basque » devant être, on l’a vu, *tzu, *tzeure, par conséquent celles-ci n’auraient pas pu être retranscrites à partir de l’alphabet latin SV, SEVRE comme l’écrit pourtant Gorrochategui. Elles ont donc été écrites ZV, ZEVRE = tzu, tzeure, soit < z >367 = [ts], ce que corroborent les inscriptions « velenyenses »368. Mettre en doute dans le cas présent l’authenticité de ces inscriptions, ce serait prêter aux présumés falsificateurs des connaissances en phonétique du « proto-basque » des plus pointues (tz- > z-), un niveau de connaissance qui pourra surprendre. Le ou les présumés faussaires, au sujet desquels Lakarra, qui n’a décidément pas peur pour sa réputation, insinue sans sourciller qu’ils auraient utilisé pour mener à bien leur acte malveillant l’ouvrage d’Astrain369, n’auraient jamais commis une erreur aussi élémentaire, c’est-à-dire qu’ils 366

Gavel, H., op. cit., § 67, « Réduction du groupe tz à z à l’initiale ; cas de conservation du groupe tz à l’initiale », pp. 146-153.

367

Car, on l’a vu, il s’agit dans le cas présent d’une graphie latine tardive ou vulgaire et non pas d’une graphie traditionnelle appartenant au latin classique. La nuance est importante. 368

On ne peut s’empêcher à présent de citer les dires de Gorrochategui qui, en note de bas de page de son Dictamen, écrit, p. 13 : « En la pieza n° 14624, (pondus con unas cuantas líneas inscritas totalmente ilegibles) me ha parecido discernir la secuencia . . ison. . . . marit. . , que quizá podría ser entendida como parte de una lista : gison : maritus. Si fuera así, tendríamos el término vasco “gizon” escrito con S ». Et c’est alors qu’il ajoute, de la façon la plus inattendue qui soit, cette remarque, en réalité insinuation, extraordinaire : « La pieza se descubrió el 20-07-2006, después de haber anunciado mi sorpresa por la grafía Z ». Bref, Gorrochategui, qui ne mesure manifestement pas la portée de ses mots, accuse ici de façon à peine voilée les personnes (lesquelles ?) ayant été les témoins de sa « [mi] sorpresa por la grafía Z » d’avoir falsifié certaines pièces trouvées aussitôt après ou plus concrètement, insinue-t-il que les personnes ayant été témoins de sa « sorpresa » auraient — après avoir toutefois tenu compte de ses remarques concernant la graphie Z… , ce qui, on nous le concèdera, serait non seulement d’un ridicule achevé mais montrerait également que ces prétendus faussaires ne manquent pas d’humour… — poursuivi leur entreprise de falsification ! L’accusation est d’une clarté et d’une gravité qui étonne. Il semblerait que Gorrochategui n’ait pas véritablement conscience de la portée réelle de ses écrits. Donc, à en croire les insinuations de cet auteur, non seulement la falsification aurait eu lieu, en partie du moins, au cours de l’année 2005 mais de surcroît elle se serait même poursuivie par la suite et cela, ce qui ne manque pas de sel, à la barbe et au nez de ses collègues experts ainsi que de lui-même… On connaissait la « théorie du complot », à présent on connaît la « théorie de Gorrochategui »… (en ce qui concerne la ou les théories, encore plus extravagantes, ce qui est peu dire, de Lakarra concernant l’identité des présumés faussaires et la date de cette prétendue forfaiture, cf. infra, § 41). 369

Núñez Astrain, L., 2003, El euskera arcaico, Ed. Txalaparta, Tafalla. Lakarra, Informe, p. 30, laisse en effet clairement entendre que les présumés falsificateurs auraient eu accès à un ensemble de connaissances relevant « de la investigación en la reconstrucción de la lengua vasca actual (cf. Lakarra 2005a, 2006a, 2007a, 2008a-b-c [cet auteur a en effet souvent tendance à citer ses... propres travaux]) », bref à un ensemble de connaissances qui 89


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n’auraient jamais employé, au moment de noter la fricative, la graphie < z > utilisée de nos jours dans l’orthographe basque moderne pour reproduire cette même fricative370. 33. La forme ZUTAN (dans les inscriptions suivantes : n° 13364 …GIIVRII ATA ZVTAN / IIGIN BADI ZVRII… ; n° 13365 GIIVRII ATA ZVTAN / NA… ; n° 17050 [G]EVRE ATA / ZVTAN… ; n° 13371a) ...GIIVRII ATA ZVTAN ..I RII... ; n° 13371b) ″YAVII″″ / ZVTAN IZANA... ) Gorrochategui : « Ahora bien, una de las pocas cosas seguras que sabemos de la fonética del vasco antiguo es precisamente la distribución de las sibilantes fricativas y africadas en la palabra ». Suit alors une affirmation des plus floues : « ...al igual que más tarde, las palabras no podían empezar por africada »... Que signifie exactement « ...al igual que más tarde » ? « ...más tarde », mais quand ? Que signifie exactement par ailleurs « ...las palabras no podían empezar por africada » ? Lesquelles ? Comme cela a été vu auparavant, la majorité des bascologues, et il s’agit là de surcroît d’une théorie bien établie, postulent une évolution tz > z. La suite constitue en revanche un argument des plus spécieux « ...y mucho menos por sonora, que no existía en el sistema. La sibilante fricativa dental sorda de zutan sonaba exactamente igual que la / s / del latín, como ya demostró Michelena (1965) para admiración de los romanistas »371. Argument captieux en effet car affirmer que la « sibilante fricativa dental sorda de zutan sonaba exactamente igual que la / s / del latín » est, sous l’apparence de la vérité, inexact. Ce qu’en réalité, « para admiración de los romanistas », Michelena « demostró » est que la « sibilante fricativa dental sorda » attestée dans le basque historiquement connu, inscriptions aquitaniques incluses, si on accepte que la langue aquitanique constitue bien une forme ancienne de basque, ce qui est probablement le cas, donc ce que Michelena a démontré est que la fricative basque « sonaba exactamente igual que la / s / del latín » ou, si on préfère, l’inverse. Ce n’est pas tout à fait la même chose. C’est là que la démonstration de Gorrochategui acquiert un caractère on ne peut plus spécieux, d’où parfois la difficulté de contrecarrer la forme insidieuse que prend cette démonstration, car si « no son, por tanto, ideas y teorías compartidas ni conocidas siquiera por el común de los vascólogos [Lakarra ne craint-il pas ici cependant de se montrer quelque peu prétentieux ?] »… et que ces connaissances théoriques, à en croire Lakarra d’un très haut niveau (« ni conocidas siquiera por el común de los vascólogos »... , phrase excellente qu’on ne peut s’empêcher de reciter ici), ils ― les présumés faussaires ― les auraient acquises grâce à l’ouvrage d’Astrain : « La fecha que más arriba hemos mencionado como determinante en la divulgación de las ideas mencionadas en los dos párrafos anteriores — fuera de las estrictas publicaciones especializadas o de cursos de Segundo y Tercer Ciclo sobre reconstrucción del protovasco — viene determinada por la publicación de El euskera arcaico. Extensión y parentescos de Luis Núñez Astrain (Ed. Txalaparta, Tafalla “noviembre de 2003” según el colofón) ». Lakarra poursuit alors sa louange en faisant un peu... de réclame pour cet ouvrage : « Esta obra, beca de investigación “Koldo Mitxelena” (diciembre de 2002) del Ayuntamiento de Rentería es, con diferencia, la mejor obra de síntesis — en realidad es la única del género — desde hace mucho tiempo (quizás desde Sobre el pasado de la lengua vasca, 1964, de Mitxelena) »… 370

Et qu’ils aient pu commettre une telle maladresse est d’autant plus invraisemblable que le propre Lakarra sous-entend que ceux-ci posséderaient des connaissances que « no están (al menos de una manera desarrollada y con cierto detalle) al alcance del lector común y mucho menos del ocasional »… Il y a enfin dans le raissonnement de Lakarra une contradiction qui paraît vraiment insurmontable. En effet, d’un côté il laisse entendre que ces présumés falsificateurs sont des sots du plus mauvais aloi disposant d’un niveau de connaissance très faible, et d’un autre côté il sous-entend qu’ils possèdent un niveau de connaissance extrêmement... élevé ― et cela grâce à la lecture de l’ouvrage d’Astrain... Dire en conséquence que le raisonnement de Lakarra est quelque peu confus pourra paraître un euphémisme. 371

Gorrochategui, Armas, p. 9.

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cette « sibilante fricativa dental sorda » est actuellement, dans l’orthographe basque moderne, effectivement écrite ou graphiée z comme dans le terme basque actuel zutan, cela ne signifie pas pour autant qu’au IIIe siècle, comme le laisse pourtant clairement entendre Gorrochategui (à dessein ou involontairement ?), cela ne signifie pas en effet que ce mot « veleyense » commençait nécessairement par une fricative / s / (représentée ou retranscrit, on le sait, dans l’orthographe basque actuelle par < z >) et donc, par suite, on ne peut en aucun cas laisser croire au(x) lecteur(s) que la graphie antique < z > dont il est question ici (et non pas la moderne du basque < z > dont la forme est… identique d’où une possible confusion chez le lecteur qui ne serait pas bien au fait de toutes ces subtilités « graphico-phonétiques ») notait obligatoirement elle aussi dans le ZVTAN de Veleia une « sibilante fricativa dental sorda ». Prétendre en conséquence « que, al igual que en las lápidas aquitanas tenemos inscrito GISON para vasco gizon, así también esperaríamos SVTAN para zutan » constitue un argument certes fort subtil, mais qui n’en reste pas moins erroné, car le graveur de Veleia ne pouvait pas en aucun cas écrire SVTAN pour la simple raison qu’au début de notre ère ce terme se prononçait manifestement, comme cela a déjà été dit pour les termes « veleyenses » ZVRE (= [tsure]), ZEVRE (= [tseure]), etc. mentionnés auparavant, non pas [sutan] mais au contraire [tsutan], prononciation que l’on écrirait de nos jours en basque tzutan moyennant, cela doit être obligatoirement précisé, la nuance a en effet son importance, l’orthographe basque moderne en vigueur actuellement. Résumons : GISON (orthographe latine dans l’Aquitaine du début de notre ère) = gizon (orthographe basque moderne) Mais... ZVTAN (orthographe latine dans le Veleia du début de notre ère) = tzutan (orthographe basque moderne) et non pas... zutan. Par conséquent, les dires de Gorrochategui selon lesquels « así también esperaríamos SVTAN para zutan » paraissent tout simplement inexacts372. L’autre argument, concernant cette fois-ci la signification de zutan, mis en avant par Gorrochategui est le suivant ― on part ici de l’hypothèse, erronée, de Gorrochategui selon laquelle la graphie « veleyense » < z > = / s /, ce qui ne peut, on l’a vu, être le cas : ZVTAN, c’est-à-dire, selon cet auteur, zutan, « en vous », est, écrit-il, « una variante dialectal septentrional, a la que en los dialectos peninsulares y especialmente en vizcaíno se le opone zugan, cuya antigüedad es preferida por los filólogos »373. Dans son Dictamen, il aborde à nouveau la question : « En mis anteriores escritos (Hallazgos y Armas) he tratado algunas cuestiones gramaticales en relación con algunas expresiones de los óstraca: aquí solo las mencionaré haciendo referencia a los lugares en que se han tratado : a) Locativo plural animado ZVTAN (Geure ata zutan, repetidas veces), frente al vasco occidental zugan (→ zuengan), con empleo de sufijo -ga-. Es un hecho dialectal, posterior a la unidad del vasco común, que en su variante zutan se documenta especialmente en la zona septentrional »374. Gorrochategui n’affirme pas dans le cas présent qu’il s’agit d’une falsification. Il est trop habile pour cela ; il ne dispose par ailleurs d’aucun élément pour pouvoir l’affirmer. Il le laisse simplement entendre en mettant en avant le fait suivant : étant donné que zutan est une variante que « se documenta especialmente en la zona septentrional » du territoire basque, alors cela doit 372 Curieusement l’auteur conclut en admettant que sa démonstration demanderait toutefois quelques éclaircissements ― qu’il ne fournit pas cependant : « No es el momento para hacer una historia de la grafía de la sibilante dental en euskara, que deberá tenerse en cuenta para afinar mejor el argumento »... Gorrochategui reconnaîtrait-il que « el argumento », celui qu’il met en avant, aurait besoin d’être affiner ? 373

Gorrochategui, Hallazgos (El Correo, samedi 18 novembre 2006 ; Annexe I de son Dictamen), où il déclare en effet : « Igualmente la leyenda GEVRE ATA ZVTAN plantea cuestiones de cierta envergadura (…) Se trata de una variante dialectal septentrional, a la que en los dialectos peninsulares y especialmente en vizcaíno se le opone zugan, cuya antigüedad es preferida por los filólogos ». 374

Gorrochategui, Dictamen, p. 14.

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nécessairement signifier, sous-entend-il, qu’on aurait dû avoir à Veleia, et en conséquence dans les inscriptions qui y ont été découvertes, une forme méridionale zugan. Or comme cela n’est pas le cas alors il ne peut s’agir, insinuation des plus claires, que d’une falsification… Démarche intellectuelle subtile certes, mais qui laisse en suspens plusieurs questions. Comment Gorrochategui peut-il savoir qu’au début de notre ère une forme zutan n’existait pas et n’aurait pas pu être employée dans la région de Veleia ? Parce que, écrit-il, l’« antigüedad » de zugan « es preferida por los filólogos ». Certes ! Les « filólogos »… Mais lesquels ? Et surtout, ce qui est ici beaucoup plus important, pourquoi est-elle « preferida » par ces mêmes « filólogos » ? On ne le saura pas. Le lecteur, fût-il le simple curieux de passage, aurait en effet certainement apprécié quelques développements. Mais la question principale, la seule qui compte véritablement, est ici la suivante : comment Gorrochategui peut-il être absolument certain que ZVTAN signifie dans ces inscriptions « en vous » ? Comment peut-il être absolument certain que dans les inscriptions GIIVRII ATA ZVTAN (= geure ata tzutan), ce fameux ZVTAN ne signifie pas en réalité autre chose ? Le tort de Gorrochategui ne serait-il pas dans le cas présent de « décontextualiser », c’est-à-dire de prétendre analyser un mot, en l’occurrence celui dont il est question ici, en le retirant de son contexte ?375 Comment ne pas voir dans ces inscriptions, à l’instar d’Elexpuru376, le début du pater que Jésus faisait réciter à ses disciples ? A savoir : Geure aita zeruetan [zarena], « Notre père (qui êtes) aux cieux » traduisant le latin Pater noster, qui es in caelis, etc. selon les évangiles de Matthieu (6 : 9-13) et Luc (11 : 2-4)377.

375

Les dires de cet auteur, Armas, p. 3, n’en deviennent dès lors que plus piquants : « Dice Grafton (2001 : 84) que la impostura crea ante el lector una ilusión óptica, como la del simulador de vuelo ante el piloto: “el lector ― escribe ― queda atrapado por la perspectiva minuciosamente estudiada y detallada que aparece en el centro de su visor, y la ilusión se pone en marcha” ». Et la chute franchement excellente : « La labor de todo crítico es, por tanto, contemplar todo el conjunto, las márgenes del visor, la cabina entera, prestar atención al ruido de los motores, para percibir si realmente se está ante un escenario real o uno virtual ». 376

Elexpuru, 2009, Comentarios, pp. 14, 20-22, 29-32, 39-43.

377

Cela semblerait être en outre confirmé par une des inscriptions, la n° 17050) : [G]EVRE ATA / SVTAN / SIIRA / ANA / SANTV qu’Elexpuru, Comentarios, p. 38, tout en précisant qu’il s’agit d’une « lectura a partir de una mala foto », pense pouvoir traduire, ce qui semble en effet plausible, « geure ata sutan serana santu... Padre Nuestro que estás en los cielos / santo » (pour SANTV, cf. supra, § 14). Elexpuru ajoute : « La frase tiene todos los visos de ser el comienzo del Padre Nuestro. De ser así, sutan sería el equivalente a zeruetan (en los cielos) ». Ici le ou les graveurs « veleyenses » hésitent entre les graphies < z > et < s > puisqu’ils écrivent dans le cas présent, c’est le seul exemple de ce type, SVTAN ce qu’ils écrivent toujours ZVTAN. Il est alors piquant de constater que cette inscription pourrait confirmer les dires de Gorrochategui selon lesquels, comme on l’a vu auparavant, « esperaríamos SVTAN para zutan » (propos qu’il renouvelle devant la presse, Hallazgos : « Eso quiere decir que uno esperaría lógicamente que una palabra vasca como / sutan /, pronunciada con la / s / idéntica a la latina, debería haber sido escrita SVTAN »). Mais curieusement Gorrochategi ne mentionne jamais... dans ses commentaires et autres déclarations cette inscription SVTAN, laquelle pourtant semblerait confirmer ses dires. Quoi qu’il en soit, l’hypothèse d’une falsification semble ici aussi, et encore une fois, des plus laborieuses et les adversaires déclarés de la véracité de ces inscriptions s’abîment la plupart du temps dans bien des contradictions.

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Cela est d’autant plus envisageable et admissible que du point de vue de la phonétique historique du latin tout semblerait concorder. En effet, voici quelle a été l’évolution du latin caelu, d’où est issu le basque zeru, « ciel » : Au premier siècle de notre ère caelu passe à [kēÂlu] à la suite de l’élimination des diphtongues latines ; ae qui servait à noter le η grec, soit ē long ouvert passe à ēÂ378. A la fin du IIIe siècle à l’initiale k + e se palatalise puis peu après s’assibile en affriquée au début du IIIe siècle : [kēÂlu] > [πēÂlu] > [tselu]379. C’est sous cette dernière forme que le mot a dû passer en basque au IIIe siècle380, à savoir avec initiale [ts], affriquée initiale que le graveur « veleyense » retranscrit, on le sait, moyennant la graphie < z > (une graphie que l’orthographe basque moderne utilisera principalement au cours du XXe siècle pour noter cette fois-ci la fricative : < z > = / s /) Jusqu’à présent tout concorde, ce qui rend d’autant plus admissible l’hypothèse selon laquelle on aurait bien affaire dans la forme ZVTAN à ce qui s’écrirait en basque actuel et médiéval s’écrivait zeruetan, « dans les cieux ». Et en conséquence l’hypothèse d’une falsification reste tout aussi invraisemblable qu’elle l’était au début de nos commentaires. Mais pourquoi le graveur « veleyense » écrit-il ZVTAN au lieu de *ZELV(e)TAN retranscrivant un « proto-basque » tzelu(e)tan (cf. soul. zelüetan) ? Deux possibilités : Première possibilité. On aurait eu affaire à une de ces contractions dont la langue basque parlée, et bien d’autres, use la plupart du temps. C’est cela qui expliquerait à Veleia la forme tzu pour tzelu ― et accessoirement la forme ATA pour atta ou aita (cf. supra, § 12). Le graveur était un probablement un demi-lettré, un de ces demi-lettrés constituant une partie de la population de l’époque comme le signale Carnoy (cf. infra, § 49). Or si de nos jours on demande à un bascophone n’ayant pas l’habitude d’écrire ni en basque ni en français de dire puis d’écrire « derrière » en basque, il dira et écrira aussitôt, à n’en pas douter un instant, gilian ou guilian (avec gui- comme en français) au lieu de gibelean / gibelian. La différence de forme existant entre ces deux mots (gilian, c’est-à-dire en réalité gīlian avec ī long, et gibelean / gibelian) pourra surprendre le non-bascophone. Pourtant il n’y a aucun doute sur la question : il s’agit du même mot. Les exemples étant nombreux, on n’en citera qu’un seul de plus : si on demande à un bascophone de dire « Saint-Jean » (« de-Luz », « de-Pied-de-Port », etc.), il dira aussitôt Doniane / Doniene alors que la forme pleine et « correcte » exigerait pourtant une prononciation Donibane. Il est en conséquence tout à fait possible qu’à Veleia la forme ZVTAN résultât de la contraction d’une forme plus « correcte » *ZELU(e)TAN [tselu(e)tan]. Deuxième possibilité. Le graveur « veleyense » n’était pas bascophone. Car il devait y avoir dans cette localité des non-bascophones, peut-être même majoritairement, qui côtoyaient des individus sachant le basque. Un des seuls points communs entre eux, c’est-à-dire entre ceux qui ont écrit ces inscriptions, devait être leur religion : ils étaient chrétiens.

378

De La Chaussée, 1982, op. cit., p. 176, § 15.2.1.1.2.

379

De La Chaussée, 1982, op. cit., pp. 180-181, §§ 15.2.2.4.2, 15.2.3.1.2 ; Allières, op. cit., pp. 38-39 ; également Mohl, op. cit., pp. 289-304, §§§ 119-122 ; Väänänen, Introduction… , pp. 54-55, §§ 99-100 ; Lausberg, H., 1965, Lingüística románica : fonética, T. II, quatrième réimp. 1993, versión española de J. Pérez Riesco y E. Pascual Rodríguez, Ed. Gredos, Madrid, pp. 315-320, §§§§§§§ 310-317. 380

Plus tard il continuera à évoluer en [selu] puis [seru] d’où la forme zeru qui est la sienne actuellement en basque. Gavel, op. cit., 148, § 67, ne dit rien d’autre lorsqu’il écrit : « zelü ou zeru, du latin caelum. Mais il est vraisemblable que, là aussi, on avait à l’origine, un groupe tz, qui ne sera réduit que par la suite ». Les dires de Gavel paraissent désormais confirmés par les inscriptions de Veleia.

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Ce graveur « veleyense », probablement, on l’a vu, un demi-lettré ne sachant pas le basque, aurait alors questionné l’un de ces frères, sachant le parler mais pas l’écrire, en lui demandant de traduire oralement le fameux « Notre père qui êtes au cieux », etc. Mais la méconnaissance de la langue basque, voire tout simplement l’ignorance la plus complète, qui était celle de ce graveur aurait eu pour principale conséquence de lui faire écrire, par exemple, geure ata zutan au lieu de geure atta (ou aita) tzeluetan (orthographe basque moderne). Cela est tout à fait plausible, raisonnable et même réaliste. Il est de toute façon difficile de trancher étant donné que les deux possibilités sont toutes les envisageables et acceptables. 34. A propos du « tratamiento de -N- intervocálica » 34.1. Dans le participe passé IZANA (n° 13371b) ...ZVTAN IZANA... ) Gorrochategui fait ici, en mettant en avant une argumentation des plus retorses. Il commence : « Junto a este aparente tratamiento de -n- intervocálica, hay ejemplos como los ya citados izana y dan[a]381 que muestran la -n- intervocálica sin perder ». Il ajoute : « Para cuando se produjo la unión izan + a, quedando la -n- en posición intervocálica, ya había dejado de funcionar la ley que eliminaba las nasales intervocálicas »382. C’est ici que l’argumentation, en deux temps, prend une tournure qui impressionne par son habileté. L’auteur part en effet du postulat que lorsque « se produjo la unión izan + a », c’est-à-dire lorsque l’« article » -a est venu se greffer à izan, à savoir, selon lui, à la fin du premier millénaire après Jésus-Christ ― cela n’est pas dit mais clairement sous-entendu par l’auteur383 ―, bref à cette époque « ya había dejado de funcionar la ley que eliminaba las nasales intervocálicas »384. Et c’est à partir de cet instant que toute l’habileté de Gorrochategui se dévoile. Il écrit : « Ahora bien, si esta unión fuera tan antigua como estas inscripciones de Iruña hacen creer, entonces habrían sido afectadas por la ley citada (cuya antigüedad está demostrada por el hecho de que afectara a gran cantidad de préstamos latinos) y no deberían mostrar la -n- : es decir, no hay ninguna razón para que la ley afectara a lat. arena > *areha > vasco area y no afectara a vasco de Iruña izana, que debería haber dado > *izaha > **izaa ». C’est impressionnant ! Gorrochategui, nous nous trouvons forcé de le reconnaître, impressionne véritablement par sa subtilité, son art de la spéciosité. L’auteur laisse en effet clairement entendre que si l’« article » -a avait existé au début de notre ère, et par conséquent s’il était venu se greffer à la forme verbale izan (« participio izan »), alors celle-ci « debería haber dado > *izaha > **izaa » au même titre que « lat. arena > *areha > vasco area ».

381

Gorrochategui ajoute, de façon tout à fait gratuite, un -a- à l’inscription DAN[... car il suppose qu’il s’agit d’une relative, à savoir dana, « celui qui est ». Rien ne le prouve. En ce qui concerne ladite inscription DAN[... , cf. infra. 382

Gorrochategui, Dictamen, p. 17.

383

D’après son hypothèse sur l’origine de l’« article », comme cela a été vu dans la première partie de nos commentaires, cf. supra, § 2.

384

Les dires de Gorrochategui, quoiqu’ils ne soient pas tout à fait exacts, pourront cependant être ici acceptés. Ils ne sont pas tout à fait exacts car le phénomène concernant la chute des -n- intervocaliques est un phénomène très complexe. Cette loi a continué s’appliquer puisque, comme le rappelle Gavel, op. cit., p. 265, § 117, « certaines chutes d’n intervocaliques sont anciennes, d’autres paraissent modernes ». Gavel rappelle aussi que « l’n intervocalique est souvent tombée en basque », autrement dit cette lettre pas « toujours » tombée. Il y a là l’existence d’une nuance que Gorrochategui et Lakarra omettent curieusement de signaler.

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L’habileté de cet auteur réside en effet dans le fait de comparer, c’est-à-dire de mettre sur un même plan, deux termes de nature tout à fait différente, à savoir d’une part une forme verbale basque, un participe passé, et d’autre part un emprunt au latin. Car le -a est dans le mot latin (h)arēna, ce que Gorrochategui sait parfaitement mais ne dit pas… , bref le -a de ce mot latin est, pour utiliser le jargon linguistique, « organique », c’est-à-dire qu’il est indissociable du reste du mot. En clair pour les non-spécialistes, on ne peut, dans ce mot latin, retrancher ledit -a ((h)arēna > **(h)arēn-, -a) alors qu’en revanche le -a de la forme verbale basque izana est en réalité un suffixe, bref dans le cas présent izana constitue en réalité un participe passé pourvu d’une marque suffixale, auquel est venu s’adjoindre un suffixe ayant la forme -a. Or ce suffixe, ici l’« article » -a385, peut soit parfois apparaître (comme cela est le cas dans l’inscription « veleyense » IZANA386) soit ne pas apparaître dans la langue. En effet, le locuteur bascophone pourra, devra même, « jongler » en permanence, dans son discours, avec cette possibilité : apparition / non-apparition du suffixe -a dans les participes passés. En résumé, ce -a servant à former le participe passé en basque n’est pas « organique », autrement dit indissociable du reste du mot. Dans le cas nous intéressant ici, cette nuance, que le non-spécialiste de la langue basque pourra peut-être éprouver quelque difficulté à saisir, est cependant absolument capitale car c’est cela qui empêche, qui a empêché que le « vasco de Iruña izana » ait abouti, bref ait « dado > *izaha > **izaa ». La forme verbale izana n’aurait pu véritablement aboutir à **izaa que s’il s’était agi d’un mot pourvu d’un -a « organique », c’est-à-dire présent en permanence, ce qui n’a jamais été le cas. Et cela, un fait que Gorrochategui ne peut pas ne pas savoir387, cela l’auteur ne le dit pas. En conséquence, la conclusion s’imposant est que le fait de comparer, c’est-à-dire de mettre sur un même plan, deux termes de nature tout à fait différente, à savoir d’une part une forme verbale, un participe passé, et d’autre part un emprunt au latin, ce que n’hésite pas pourtant à faire Gorrochategui, invalide pleinement sa démonstration, une démonstration subtile mais qui sous l’apparence de la vérité n’en demeure pas moins fausse. 34.2. Dans le terme DAN[... [i. e. DAN[a?...] (13374b) SAMV/ VIILIII... / ...ATHII../ DAN[...) Comme a été déjà été précisé (cf. supra, § 5), il n’est pas acquis que les TA attestés à Veleia représentent véritablement la troisième personne du singulier du verbe izan, à savoir da, « il / elle 385

Inscription « veleyense » où la graphie < z > de IZANA, rappelons-le, note, à n’en pas douter, une affriquée, notée en basque moderne tz, soit l’équivalence suivante : « proto-basque » IZANA = itzana (orthographe basque moderne). L’hypothèse, formulée depuis longtemps par les savants bascologues, selon laquelle le verbe izan, var. dialectale ezan, serait issu d’un prototype *itzan, var. etzan avec affriquée se déduit de l’existence de formes verbales telles que nitzaio (labourdin), natzaio, zitzaion, etc., ou encore dautzut (labourdin), var. dauzut (bas-navarrais oriental), etc., mais surtout, comme le signale Lafon, 1980, Le système du verbe basque au XVIe siècle, Ed. Elkar, pp. 175-176, celle-ci se déduit de l’existence du verbe etzan. Lafon rappelle en effet que « plusieurs bascologues sont d’avis que la racine (t)za, “être” (cf. natzayo, “je lui suis”) était originellement identique à la racine (t)za, “être couché”. “Il ne faut pas oublier, écrit notamment M. Lacombe (in G. H., 1939, p. 44), que izan (dialectalement ezan) n’est autre chose que etzan, “être couché””. Cette opinion est en effet très vraisemblable ». Et cette inscription de Veleia paraît pleinement... confirmer l’hypothèse de Lacombe et Lafon, deux savants bascologues de tout premier ordre. Encore une fois la thèse de la falsification paraît s’éloigner à grand pas, cette hypothèse de Lacombe et Lafon n’étant en effet connue que par une poignée de spécialistes du basque. 386

L’« article » -a servant en basque, entre autres, à former le parfait (réalisation totale de l’action). La langue basque possède en effet, comme cela sera vu plus loin (cf. infra, § 39), pour les formes du participe un aspect dit « perfectif » et un autre dit « parfait », inexistant en français d’où parfois la difficulté de le traduire dans cette langue (perfectif erori, « tombé(e) » mais parfait eroria ou erorita, « tombé(e) », c’est-à-dire en réalité « (il / elle est) par terre » ; on insiste ici sur la réalisation totale du procès). Ici IZANA est un participe passé apparaissant à l’aspect « parfait », soit litt. « été » avec insitance sur la réalisation totale du procès (nuance du basque intraduisible en français), d’où : ZUTAN IZANA, « litt. dans les cieux été (qui est) ».

387

Il serait en effet extrêmement curieux, voire extravagant, qu’il ne le sût pas.

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est », quoique cela serait, contrairement à ce qu’affirme Gorrochategui, tout à fait possible du point de vue strictement théorique. Ce TA a dû plutôt servir à Veleia à former, coemme cela a été vu en § 5, le participe passé dit parfait. Dans le cas présent, c’est-à-dire l’inscription citée ci-dessus, que pourrait être alors ce DAN[... ? Deux possibilités : 1) Il s’agit d’une relative basque DAN[a, soit da-n-(a), « (celui) qui est ». Ce ne serait pas impossible, du point de vue théorique. La chute du -n- intervocalique n’aurait pas pu se produire pour les raisons invoquées auparavant dans le cas de la forme IZANA (cf. supra, § 34.1.). 2) Il s’agit du terme celtique danos, dannos, « magistrat, curateur »388. Nous aurions eu alors affaire à une tentative de traduction, dans la langue celtique (cf. infra, §§§ 45, 45.1., 45.1.2.) présente, à n’en pas douter un instant comme on pourra le constater par la suite, dans la région de Veleia à l’époque, du terme pater : [P]ATHII[R / DAN[(N)OS. Pour y voir plus clair, il faudrait savoir ce qu’il y avait exactement après la lettre N- dans DAN[?.... 34.3. Dans le terme MONA Lakarra, lui, cite l’exemple de l’inscription MONA (pour amona ?). Et l’auteur d’ajouter à propos de celle-ci, une inscription que Gorrochategui ne commente pas : « ...debería haberse escrito < -NN- > »389. Mais comme cela n’est pas le cas, Lakarra en tire alors une conclusion toute définitive et personnelle, comme à son habitude. En effet, après une introduction qui laisse présager d’une suite insolite (« Lo que sabemos de la historia de la grafia latina, románica y vasca ») arrive en effet ce qu’il faut bien qualifier en effet de… suite insolite, en l’espèce une sentence nette et catégorique : « ...no estamos ante ningún tipo de errata ». Et pourquoi donc ? Parce que, décrète Lakarra : « esto es un error por ignorancia [i. e. des présumés falsificateurs] del desarrollo posterior de las nasales intervocálicas en vascuence »390… Catégorique. Mais comment le sait-il ? Lakarra serait-il en effet en mesure de fournir au(x) lecteur(s) quelques preuves, ne serait-ce qu’une seule, prouvant qu’il s’agit réellement d’une présumée erreur due à l’ignoble ignorance de présumés falsificateurs tout aussi ignobles ? On ne le saura pas. Car comment explique-t-il alors que, dans les inscriptions pyrénéennes, plusieurs noms apparaissent parfois avec un seul -n- dans des situations où la théorie en exigerait pourtant deux. Par exemple, une inscription porte : Cn Pompeius Cn l. Hyla Herculi Ilunno Andosse où le nom ILLVNNO apparaît avec -NN-, ce qui est en effet tout à fait « normal » du point de vue théorique, puisqu’il ne peut s’agir, tous les auteurs semblent d’accord sur ce point, que du mot illun391. Certes ! Mais pourquoi dans ces mêmes inscriptions pyrénéennes a-t-on, dans l’inscription suivante par exemple, Iluni deo Secundinus Secundi, une forme ILVNI, avec un seul -N-, pour un nom pourtant identique à celui cité auparavant (sauf pour la terminaison qui représente, on le sait, la déclinaison 388

Delamarre, X., 2003, Dictionnaire de la langue gauloise : une approche linguistique du vieux-celtique continental, Ed. Errance, 2e édition, Paris, p. 135 ; également Dottin, G., 1920, La langue gauloise : grammaire, textes et glossaire, Ed. Klincksieck, Paris, p. 250. 389

Lakarra, Informe, p. 12.

390

Suit une phrase quelque peu floue : « ...error solidario con la media docena adicional de errores cometidos en la misma [sic] palabra »… (?) 391

Luchaire, op. cit., p. 58, § 201.

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latine) et cela alors que la théorie exigerait en réalité une forme *ILVNNI392 attestée au demeurant dans d’autres inscriptions pyrénéennes, l’alternance ILVNI / ILVNNI étant en effet relativement fréquente et banale dans ces inscriptions393. Pourquoi y constate-t-on l’alternance, entre autres, LEHERENO / LEHERENNO394 ? Pourquoi y trouve-t-on une forme ANE en lieu et place d’une forme attendue *ANNE395 ?, etc. En effet, à en croire Lakarra, « debería haberse escrito » ANNE et ILVNNI et pourtant c’est bien aux formes ANE et ILVNI que nous avons affaire dans ces inscriptions. Comment, si « no estamos ante ningún tipo de errata », Lakarra explique-t-il cela ? Par conséquent pourquoi ne pourrait-on pas avoir, ce qui est de surcroît manifestement le cas, une forme MONA au lieu d’une forme théoriquement attendue *MONNA ? Il serait en effet utile que Lakarra précisât sa pensée qui dans le cas présent semblera, encore une fois, quelque peu confuse. En ce qui concerne cette forme MONA, de quoi peut-il s’agir ? L’inscription n° 13393 fait apparaître en effet plusieurs paires de mots séparées par des tirets (en ce qui concerne l’usage des tirets durant l’Antiquité, cf. infra, § 48.2), soit : ΛTΛ – ΛMΛ / NIIBΛ – RIIBΛ / SIIBΛ – SΛBΛ396, puis on trouve, isolée en bas à gauche, une forme MONΛ, à savoir mona. On s’attendrait dès lors à trouver en face cette dernière une forme telle que a(i)tona, « grandpère », ce qui n’est pourtant pas le cas. Mais s’agit-il vraiment du basque (a)mona, « grand-mère » ? L’anthroponyme Monna397 (masc. Monus, Monnus, Mono, Monno, cf. infra, § 23) étant bien attesté au début de notre ère, il se peut, ce serait même là manifestement l’hypothèse la plus vraisemblable, qu’il s’agisse en réalité d’un nom de personne comme cela est également le cas dans celui de Denos (cf. infra, § 20). 35. La graphie < T > notant une affriquée et / ou une fricative Lakarra est, en ce qui concerne cette question, le seul véritable commenteur398 : « Si a lo anterior añadimos la “solución concreta” veleyense (< T >), la inverosimilitud de tales grafías para el Bajo Imperio... »399. « ...y, quizás, para cualquier otra etapa de la Historia de la Humanidad »... « ...es absoluta »… Le lecteur aurait-il quelques doutes ? Lakarra, lui, n’en a aucun, jamais : « ...jamás una < T > podía equivaler a las < ts > y < tz > vascas modernas »400. 392

Luchaire, op. cit., p. 58, § 199.

393

Gorrochategui, Estudio sobre la onomástica indígena de Aquitania, pp. 333-334, §§ 550-556.

394

Luchaire, op. cit., p. 59, § 209.

395

Luchaire, op. cit., p. 90, § 115 : « Ane. C’est très probablement le datif de Ana pour Anna » signale l’auteur.

396

Soit ata – ama, « père – mère » / neba – (a)rreba, « frère (d’une femme) – soeur (d’un homme) » / (i)zeba – (o)saba, « tante - oncle ». 397

Delamarre, op. cit., p. 136.

398

A propos de cette question, Gorrochategui, Dictamen, p. 18, se contente uniquement d’écrire : « Si beta = “beltza”, tenemos el problema del artículo (ya comentado arriba en § 3.7b) y la anotación de una africada mediante -t-, cuando los testimonios aquitanos utilizan para ello -X(S)- y los hispanos se valen de -TS(Navarra) o -SS- (Minano de Álava) ». On n’en saura pas plus. 399

Lakarra, Informe, p. 9.

400

Suit alors une phrase quelque peu énigmatique : « ...posteriores a Larramendi en el País Vasco meridional, algo anteriores en el PV Peninsular »... Quelle est la différence en effet entre le « País Vasco meridional » et le « PV Peninsular » ? On ne le saura pas.

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Il poursuit : « Es claro de toda claridad que en todos los idiomas a este lado de los Urales »... Et... « ...y también posiblemente más allá »... Et de poursuivre : « [Es claro de toda claridad que] < T > de por sí sólo puede pretender equivaler o representar el sonido / t /, nunca a / t' /, / c / / c' / [i. e. / ć / suppose-t-on] o / c* /401 ». Mais aussitôt, il ajoute curieusement et de façon totalement inattendue : « ...cosa diferente es que los lingüistas sepan o crean saber que bajo algunas o muchas grafías < t > se esconden africadas palatales o sibilantes ». Donc, si on saisit bien les dires de cet auteur, quoique avec Lakarra la compréhension de certaines de ses démontrations soit souvent difficile, l’affirmation antérieure selon laquelle « ...jamás una < T > podía equivaler a las < ts > y < tz > vascas modernas » n’est déjà plus déjà tout à fait vraie… La suite est des plus insolites : « En estos caso, al menos en toda la scripta occidental, NO hay voluntad alguna de reflejar tales sonidos sino otra muy distinta de mantener la nórma gráfica latina, por alejada que ésta hubiera devenido respecto al sonido real en cada caso ». Certes ! M. de Lapalisse, s’il avait vécu à notre époque, n’aurait certainement pas mieux dit. Mais, question fort simple, qu’il y ait « voluntad alguna de reflejar tales sonidos » ou pas, voire au contraire « otra muy distinta de mantener la nórma gráfica latina, por alejada que ésta hubiera devenido respecto al sonido real en cada caso », cela change-t-il finalement quelque chose au fond de l’affaire, à savoir que « bajo algunas o muchas grafías < t > se esconden africadas palatales o sibilantes » ? Lakarra, qui lance le débat, est-il en mesure de répondre véritablement à cette question ? Il semblerait qu’il y réponde en partie : « Incidentalmente, < t > por / c / o / c' / sólo podría ser verosímil si la vocal de la derecha hubiera sido la causante de la palatalización y posterior asibilación como en latín tardío (< tristitia > por / tristitza /, etc.) pero jamás en las veleyenses < ENTUN > < AMET > o < BE[L]TA > por las actuales < entzun >, < amets > y < be[l]tza > ». Bref, l’emploi de la graphie < t > pour noter une affriquée « podría ser verosímil », mais seulement dans certains cas. On est déjà bien loin des affirmations définitives que l’auteur lançait pourtant au début de ses commentaires402. En résumé, l’utilisation de la graphie < t > serait selon Lakarra totalement impossible, sauf dans certains particuliers – cela ressemble fort à une contradiction... une de plus ? –, pour noter une affriquée (« jamás », une « inverosimilitud » qui est « absoluta », durant « el Bajo Imperio » et durant « cualquier otra etapa de la Historia de la Humanidad »... , cela serait en outre « claro de toda claridad » dans « todos los idiomas a este lado de los Urales » et « también posiblemente más allá »..., etc.) Bien. Lakarra est-il cependant absolument certain de ce qu’il affirme ?

401

Quel signification Lakarra donne-t-il à / c* / ?

402

Enfin et en guise de conclusion, l’auteur ne peut s’empêcher de faire part d’une opinion toute personnelle, quoique tout à fait respectable, mais qui cependant n’apporte rien au sujet dont il est question ici : « Por decirlo en pocas palabras, el veleyense inventor de tan sutil norma gráfica sintió una necesidad que no sintió ningún otro vasco (o que no supo cubrir satisfactoriamente al menos) hasta unos 15 siglos más tarde y contestó a la misma de una manera que ni los vascos ni posiblemente nadie podía ni antes ni después del s. III considerar adecuada, dada la necesidad mucho más imperiosa de representar en todo idioma el fonema / t / que no cualquier tipo de africada ».

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Car si nous lisons Gorrochategui, lequel reste étonnement peu dissert sur ce point, ce qui ne manquera d’étonner, bref si on lit un ouvrage de référence de cet auteur403, ouvrage écrit au début des années quatre-vingt, on constate des faits fort intéressants qui à l’époque, c’est-à-dire il y a une trentaine d’années, sont passés totalement inaperçus mais qui prennent à présent, à la suite de la découvertes des inscriptions de Veleia, toute leur importance. Voici : On lit dans une inscription aquitanique BIHOTVS404. La leçon qui fait l’unanimité chez la majorité ces auteurs ayant été amenés à étudier cette question est clairement celle de BIHOTVS405. Cela ne peut, semble-t-il, souffrir quelque contestation. Même Sacaze y adhère406. Quoi qu’il en soit, un examen attentif de la gravure de ce monument, à savoir de l’autel, conservé au Musée Saint-Raymond, musée des Antiques de Toulouse, où apparaît cette inscription aquitanique, gravure figurant dans l’ouvrage de Sacaze, ne laisse que peu de doute. Il ne peut en effet s’agir, à en croire cette gravure du moins, ni de la lettre X, ni de la lettre R, ni du groupe TH. On y voit au contraire clairement la barre verticale I dans laquelle se laisse deviner le reste d’un T. C’est bien BIHOTVS, comme le croient au demeurant la plupart des spécialistes de ces questions, Gorrochategui inclus, qu’il faut lire. En revanche, la consultation ainsi que l’examen approfondi ultérieur de la photographie de ce monument, moyennant un logiciel d’analyse très performant, ne laissent planer aucun doute sur la question. C’est bien, encore une fois, de BIHOTVS qu’il s’agit.

© J.-F. Peiré

Par ailleurs, Madame Claudine Jacquet, assistante de conservation au Musée Saint-Raymond, qui a eu l’amabilité de nous faire parvenir une photographie de ce monument, nous a confirmé la lecture BIHOTVS (« Je vous confirme la lecture de Bihotus. La lecture faite par Robert Sablayrolles407 de cette inscription est : Hercul(i) / Inuict[o] / Bihotus ex uo/to posuit »408). Comment peut-on expliquer ce nom ? En ce qui concerne l’analyse étymologique, Gorrochategui avouait déjà à l’époque de son étude de la question, c’est-à-dire il y a plus vingt ans, ne pas savoir expliquer ce nom :

403

Déjà cité à plusieurs reprises, à savoir : Gorrochategui, J., 1984, Estudio sobre la onomástica indígena de Aquitania, Ed. Servicio editorial del País Vasco, Vitoria-Gasteiz.

404

Inscription figurant dans un autel trouvé à Valcabrère, dans la région de Tarbes.

405

C’est la leçon que retient également le CIL, XIII, 1, 230 et à laquelle adhèrent la plupart des auteurs tels que, pour ne citer que les principaux : Creuly, 1869, « Etudes sur l’Aquitaine des Romains », Revue Archéologique, XIX vol., mois de février, pp. 90-100, v. p. 99 ; May, R., 1996, Lugdunum Convenarum : Saint-Bertrand-de-Comminges, Collection Galliæ civitates, Presses Universitaires de Lyon, p. 73 ; Dessau, H., 1976, Inscriptiones trium Galliarum et Germaniarum Latinae, Academiae Litterarum Borussicae, publié par Walter de Gruyter, p. 27. 406

Sacaze, op. cit., p. 201, § 130.

407

Sablayrolles, R. et Rodriguez, L., 2008, Catalogue des autels votifs du musée Saint-Raymond, Ed. Musée des Antiques de Toulouse, 285 pages. 408

E-mail daté du 22 septembre 2009.

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« Se podría explicar la forma Bihotus como un derivado sobre una base biho- »409. Mais il ajoutait aussitôt, constatation d’une grande importance dans le cadre des présents commentaires : « ...que aparece normalmente alargada por medio de un sonido sibilante africado, biho-tz- en Bihoxus (nom. 321), Bihossi (393), Bihos-cinnis », etc. Ne sachant manifestement ce que pouvait être ce Bihotus, il ajoutait alors, manifestement sans grande conviction : « ...quizá haya que ver un suf. -t(o) »... A présent résumons, en allant du connu vers l’inconnu. Ce qui, pour la grande majorité des auteurs, paraît acquis le fait suivant : Le nom de BIHOTVS alterne avec celui de BIHOXUS et également celui de BIHOSSI. Il s’agit manifestement du même nom. Deuxième point faisant l’unanimité : Les graphies aquitaniques -X- / -X(S)- / -S(S)- représentent assurément une affriquée, à savoir la sifflante sourde affriquée dorso-alvéolaire retranscrite -tz- moyennant l’orthographe basque moderne ou peut-être, moins probable, l’affriquée apico-alvéolaire qu’on écrit en basque -ts-. L’explication selon laquelle BIHOTVS et BIHOXVS (et également BIHOSSI : « Seguramente una variante de Bihoxus » écrit Gorrochategui410) ne représentent qu’un seul même nom aquitanique orthographié de trois façons différentes est dès lors la seule pouvant véritablement être retenue, étant donné que le nom de BIHOTVS ne reçoit et ne peut manifestement recevoir à lui seul, si on n’admet pas qu’il s’agit d’une variante de BIHOXVS, aucune autre explication convaincante. De cela il s’ensuit nécessairement que BIHOX(vs) = BIHOSS(i) = BIHOT(vs), soit en orthographe basque moderne bihotz-, « coeur »411. Cela signifie donc que l’affriquée pouvait être notée au début de notre ère moyennant les graphies -X- / -X(S)- / -S(S)-, mais également -T- comme dans BIHOTVS = BIHOXVS. Contester cette hypothèse, c’est admettre obligatoirement que BIHOTVS et BIHOXVS sont deux noms différents, ce que la grande majorité des auteurs ayant étudié la question se refusent pourtant d’admettre. En effet la quasi totalité des auteurs versés dans ces questions ont de tout temps admis et continuent encore de nos jours d’admettre qu’il ne peut s’agir que d’un seul et même nom. Joaquín Caridad, lui aussi, admet412 cette alternance graphique : « Un tipo alternativo lo constituye el nombre Bihotus y derivados, que alternan por alternancia (s > t) con los del tipo Bihossus en las inscripciones de la zona aquitano-pirenaica. Luchaire lo relaciona con el vasco bihotz “corazón”, y nombres epigráficos como Bihotarris y Bihotar (...) antropónimo Biho-tus (variante de Biho-xus, Bihossus), de inscripciones de Valcabrère, Luchon (Alto Garona, etc.) »413. Et ce n’est certainement pas Gorrochategui qui nous contredira puisque ce dernier, faisant preuve d’un discernement remarquable, signalait au cours des années quatre-vingt un autre fait d’un intérêt inestimable : « Una alternancia similar entre -x(s)- / -t-, añadidos a una misma raiz, se encuentra en Lohisi (gen. 261, variante de Lohixsi, gen. 173, según Whatmough) y Lohi-tton »414. 409

Gorrochategui, J., 1984, op. cit., p. 166, § 89.

410

Gorrochategui, J., 1984, op. cit., p. 165, § 87.

411

Ces noms aquitaniques formés, notait Luchaire, op. cit., p. 80, à partir « d’un radical bihox- (bihos-) » équivaudraient « aux adjectifs romains Cordus, Cordatus ». 412

Au-delà des hypothèses étymologiques qu’il émet concernant ce nom et qu’il n’y a pas lieu de discuter ici.

413

Caridad Arias, J., 2003 / 04, Los fenómenos de homonimia y homofonía en la toponomástica y su repercusión en las etimologías cultistas y populares de la Europa Occidental, directrice de thèse : Carmen Díaz Alayón, Servicio de publicaciones, Universidad de la Laguna, colección soportes audiovisuales e informáticos, Serie Tesis Doctorales, p. 408. 414

Gorrochategui, J., 1984, op. cit., p. 166, § 89.

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C’est lui qui le constate. Nous n’inventons rien. Et il a, de notre point de vue, raison de le souligner car c’est là manifestement que se trouve probablement la clé du problème auquel nous sommes confrontés dans cette affaire concernant les graphies apparaissant dans les inscriptions « veleyenses ». En résumé, voici quelles auraient été manifestement les graphies utilisées dans les inscriptions pyrénéennes du début de notre ère pour noter l’affriquée [ts] graphiée dans l’orthographe basque moderne tz : -X- / -XX-415 / -XS- / -S- / -SS- mais également -TS- (en réalité -TS- dans SELATSE) ainsi que notre fameux -T-416 (dans BIHOTVS) et sa variante -TT- (dans LOHITTON), qui rappelle la graphie -DD- et même celle de -DZ-417 servant en gaulois à noter l’affriquée418, et même probablement la graphie –ST- (l’équivalent, quoique inversé, du digramme méridonal –TS- présent dans le nom autochtone SELATSE cité auparavant) dans l’inscription aquitanique ALARDOSTO deo (datif)419, un nom pyrénéen qui réapparaît à deux reprises sous la forme ALARDOSSI (datif) / [ala]RDOSSI (datif)420 — dans les deux cas il est probable que les digrammes se valent et en conséquence que -SS-, digramme dont il est acquis qu’il servait à noter l’affriquée [ts], et -STnotaient tous les deux un même son qui de nos jours est reflété en basque par la graphie tz421. L’utilisation simultanées, autrement dit à une même époque, de plusieurs graphies, c’est-à-dire en réalité graphèmes (digrammes et trigrammes), pour noter un même son n’a pas lieu d’étonner. C’est même la un phénomène relativement courant encore de nos jours (en français par exemple le son / s / peut en effet se noter indifféremment moyenant plusieurs graphies : < s > / < ss > / / < ç > / < sc > (cf. « conscient ») / < t > (cf. « ration ») / < c > (fr. « décision » / « ce » / « cette », etc.) / < sc > (« sceptique »), etc.). L’examen d’environ dix mille minutes notariales nous a ainsi permis de relever au cours du XVIIIe siècle l’emploi simultané dans la région bayonnaise de sept graphies pour noter l’affriquée dorso-alvéolaire [ts], moderne tz en basque (< ç > = < c > (sans cédille) = < ss > = < x > = < tz > = < ts > = < tc >) et douze graphies pour noter l’affriquée [tš], moderne tx en basque (< tch > = 415

Cette graphie n’apparaît pas dans les inscriptions pyrénéennes du début de notre ère mais dans les « planchas votivas de plata, rescatadas del lecho del río Rin en las cercanías de la localidad de Hagenbach » au cours des travaux de dragage réalisés entre 1961 et 1971. Ces « planchas votivas de plata » font clairement apparaître des noms aquitaniques typiques du début de notre ère ; cf. Gorrochategui, J., 1995, « Los Pirineos entre Galia e Hispania : las lenguas », Veleia, 12., pp. 181-234 ; pp. 212-213. 416

Il se pourrait que la graphie -T- de plusieurs autres noms aquitaniques représente en réalité une affriquée comme par exemple dans le nom BIHOTARRIS ou dans celui de HOTARRIS, des noms qui ne trouvent aucune explication étymologique à partir d’un suffixe supposé -tar (Luchaire, op. cit., p. 80, § 24 : « Bihotarris. On pourrait être tenté de ramener ce nom aux précédents, mais l’absence de s après Biho- est un grave obstacle »). En revanche, si on partait de l’hypothèse selon laquelle ici aussi -T- = [ts], tz en orthographe basque moderne, nous retrouverions en présence de formes anthroponymiques telles que BIHOTZAR(R)-is / HOTZAR(R)-is (orthographe basque moderne) dans laquelle pourrions alors facilement identifier le terme bihotz- (présent dans BIHOX-us, etc.) et celui de hotz- et un suffixe -ar(r), des éléments qui tous se retrouvent encore de nos en basque. L’inscription aquitanique BIHOTHARRIS (avec < TH >, var. de BIHOTARRIS) que cite Sacaze, op. cit., p. 373, § 316, laisserait également supposer que < TH > correspond ici à une affriquée (moderne tz en basque) car il est peu probable que le segment –TH- représente ici une aspiration déjà présente à initiale BIHO-. Toutes ces questions de graphies nécessiteraient une nouvelle étude approfondie de l’onomastique pyrénéenne et aquitanique du début de notre ère, étude que nous n’avons eu le temps de mener.

417

Une graphie < DZ > semble également avoir été utilisée pour noter l’affriquée gauloise / ts /, cf. Lambert, op. cit., pp. 127-128. 418

Environ à la même époque les Gaulois utilisent en effet un D double barré -DD- pour noter cette affriquée (ex. MEDDICI, cf. Lambert, P.-Y., 1998, Nouveaux textes gaulois, Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Vol. 142, n°3, pp. 657-675). 419

Sacaze, op. cit., pp. 334-355, § 297 ; Gorrochategui, J., 1984, op. cit., p. 303, § 442.

420

Sacaze, op. cit., p. 354, § 296 ; pp. 361-362, § 305 ; Gorrochategui, J., 1984, op. cit., p. 165, § 87.

421

Cela signifie que si l’on choissisait d’écrire ces noms pyrénéns antiques en se servant de l’orthographe basque moderne on écrirait ALARDOTZ-o et ALARDOTZ-i (les déclinaisons latines apparaissant ici en minuscule).

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< itch > = < th > = < ith > = < it > = < ch > = < tt > = < thc > = < igt > = < gt > = < ig > = < gs >), etc.422 Et il en était de même au début de notre ère en ce qui concerne la notation des affriquées, en particulier dans la région pyrénéenne, et assurément ailleurs en Europe. En guise de conclusion, le lecteur impartial, spécialiste ou simple curieux, concèdera aisément que si à cette époque, au début de notre ère, l’utilisation de la graphie < t > pour noter l’affriquée dorso-alvéolaire [ts] (comme dans par exemple et entre autres le fameux Bihotus) ne relève pas de la « certitude absolue », si tant est que celle-ci existât, dans une recherche dite scientifique ou dans quelque autre domaine, comme le prétend pourtant à longueur de pages Lakarra, il n’en reste pas moins que l’on peut raisonnablement prétendre qu’« il y a doute » quant à l’emploi ou non durant l’Antiquité de cette graphie < t >. En ce qui concerne en effet l’emploi au début de notre ère de la graphie < t > pour noter une affriquée, il y a incontestablement, si l’on part de l’hypothèse la plus défavorable, « doute », et si l’on part de l’hypothèse la plus favorable, il apparaît clairement que les graphies -T- et -TT- aient été utilisées pour noter une affriquée423. Car en effet, bien que Lakarra affirme, on l’a vu, que « jamás una < T > podía equivaler a las < ts > y < tz > » (et, au cas où on n’aurait saisi le fonds de sa pensée, il insiste dans son affirmation : « la “solución concreta” veleyense (< T >), la inverosimilitud de tales grafías para el Bajo Imperio y, quizás, para cualquier otra etapa de la Historia de la Humanidad es absoluta »... ) les faits sont toutefois plus complexes que ne le prétend cet auteur. On sait par exemple que les textes phrygiens (les derniers documents rédigés dans cette langue sont du Ier siècle de notre ère) sont écrits en un alphabet semblable aux abécédaires grecs archaïques, avec un fonds de dix-sept lettres, auxquelles s’ajoutent quelques symboles spéciaux dont « 424 pour ts »425 Lakarra ne se serait-il pas encore une fois, une de plus... , fourvoyé en lançant hâtivement des affirmations définitives ? Par suite, les inscriptions « veleyenses » < ENTUN > < AMET > o < BE[L]TA > n’ont plus rien d’absolument « incroyable »426 mais elles deviennent au contraire des plus banales et l’hypothèse d’une présumée falsification perd, encore une fois, de plus en plus de poids. 422

Iglesias, 2000, Noms de lieux et de personnes à Bayonne, Anglet et Biarritz au XVIIIe siècle, pp. 78-80, chap. III (« La forme des noms »). En ce qui concerne les graphies utilisées durant le Moyen-Âge, le lecteur pourra, s’il le désire, consulter Orpustan, 1999, La langue basque au Moyen-Âge, pp. 120-122 (« Les sifflantes affriquées non palatales »). 423

En revanche, Gorrochategui, un auteur dont l’habileté n’est plus à démontrer, n’aborde presque pas cette question, quelques lignes à peine, ce qui ne manquera pas d’étonner. Il donne l’impression d’avoir laissé à Lakarra ce sujet, un sujet dont Gorrochategui paraît — c’est du moins l’impression que pourrait en avoir tout lecteur attentif — avoir saisi toute la complexité ainsi que tous les aspects embarrassants allant de pair avec celle-ci, afin que son collègue se débrouille tout seul... 424

En ce qui concerne ce T diacrité notant l’affriquée / ts /, Michel Lejeune, op. cit., p. 88, §§ 79 et 90, note l'existence, dans certains alphabets de l'Ionie et en Pamphylie d'une lettre locale que Lejeune identifie au sampi, lettre archaïque du grec ancien, et qui se traçait de différentes manières, dont . Elle servait à noter la sifflante forte intervocalique issue de diverses modifications phonétiques, dont la palatalisation d'anciens *k et *t du grec préhistorique. Cette sifflante était notée dans la plupart des dialectes par ΣΣ, mais Τ en ionien-attique. A partir du Ve siècle, les alphabets ioniens semblent remplacer de façon progressive ce par ΣΣ, ce que les spécialistes du grec ancien interprétent comme l'indice d'une prononciation [ts] passés à [ss]. 425

Brixhe, C., 2002, « Le phrygien », in Langues indo-européennes, sous la direction de Françoise Bader, Ed. CNRS Editions, pp. 167-180, v. p. 170. 426

Pourquoi en effet les présumés faussaires seraient-ils allés se compliquer l’existence avec une graphie < t > alors qu’ils disposaient pour noter cette affriquée de toute une gamme de graphies très bien attestées durant l’Antiquité telles que, pour ne citer que les principales et les plus courantes, -XS- / -S- / -SS- /-TS- ? Il leur suffisait, pour avoir accès à celles-ci, de consulter, entre autres et par exemple, les divers travaux sur les inscriptions antiques pyrénéennes, facilement accessibles au demeurant, de Gorrochategui, ceux d’autres auteurs tels qu’Untermann l’étant peut-être un peu moins pour les non-spécialistes. La question est encore une fois des plus simples : pourquoi de présumés falsificateurs se seraient-ils embarrassés de telles complications ? A cette question, pourtant fort simple, Lakarra, pas plus que Gorrochategui, n’apporte de réponse.

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Résumons. Le ou les graveurs de Veleia utilisent, on l’a vu, pour noter une affriquée initiale la graphie < z > (représentant ici l’affriquée initiale du « proto-basque », soit ZVRE = tzure, etc.) mais lorsqu’ils doivent noter cette même affriquée à l’intérieur d’un mot, ils optent en revanche pour la graphie < t > dans, par exemple, < ENTUN >427. Il semblerait y avoir incontestablement une grande cohérence dans ce système « veleyense ». Revenons à présent à la question des graphies. Un des principaux arguments de Gorrochategui est que ces inscriptions, en particulier celles rédigées en basque, présentent des graphies modernes, c’est-à-dire appartenant à l’orthographe basque moderne, et que par conséquent cela signifierait qu’il ne pourrait s’agir dans le cas présent que d’une falsification... Bien. Lisons : « La afirmación de falsedad [de ces inscriptions] se sustenta en el hecho de que ni las grafías ni las formas específicas de los términos que aparecen en ellos se corresponden con lo esperado para la antigüedad (antes de fines del s. V), mientras que los soportes y ciertas formas paleográficas, como la E cursiva (II) son inequívocamente antiguas, básicamente de época alto-imperial »428. Bref, selon cet auteur : « Existe por tanto una flagrante contradicción entre soporte y algunos rasgos paleográficos por un lado y existencia de rasgos modernos tanto en forma como en contenido, por otro », etc. 427

Lakarra, qui décidément ne peut supporter l’idée que ces inscriptions puissent être vraies, fait feu de tout bois lorsqu’il affirme, ce que se garde bien pourtant de faire Gorrochategui, au sujet du verbe entzun : « ir más adelante y recordar que es seguro que la primera [mot, c’est-à-dire entzun] tenia fricativa y NO africada en todo el territorio vasco hasta tarde, y todavía se guarda así en más de un habla oriental, y que la segunda [c’est-à-dire le second mot, c’est-à-dire amets] alterna todavía hoy entre fricativa y africada en territorio vizcaíno, p.ej., parecería casi hipercrítico por nuestra parte ante tales escribientes ». Bien. Donc, à en croire les dires définitifs de cet auteur, il est « seguro » que entzun « tenia fricativa y NO [en majuscule dans le texte... ] africada en todo el territorio vasco hasta tarde ». Mais en est-il absolument certain ? En réalité, Lakarra ne fait ici que reprendre à son compte, sans toutefois le dire, l’hypothèse de travail de Michelena, une simple hypothèse de travail rappelons-le (Michelena écrivait en effet, Fonética Histórica Vasca, p. 114, n. 10, à propos de sa propre conjecture : « [cette hypothèse] no pas[a] de ser una posibilidad entre otras »), selon laquelle entzun aurait pu peut-être être issu « de un ant. *e-nezu-n, con *n intervocálica [cette conjecture de Michelena, qu’il n’y pas de lieu discuter ici de façon approfondie, ne paraît pas cependant, d’une grande clarté : *e-nezu-n > *enezun > *eezun > *ezun > en(t)zun ?... ] ». Le tort de Lakarra est ici de faire croire aux lecteurs que cette simple hypothèse de travail (de son maître Michelena) appartient au domaine de la certitude... Or faire passer pour des certitudes de simples hypothèses de travail n’est certainement pas la meilleure façon de gagner en crédibilité. Quoi qu’il en soit, plusieurs auteurs, dont Schuchardt et Lafon, pour ne citer que ces deux auteurs, des auteurs dont la stature internationale n’avaient, et ce n’est pas Lakarra qui nous contredira, rien à envier à celle de Michelena, faisaient venir ce mot du latin inte(n)sum > *intesum (cf. sarde intesu, ital. intenso) > *ent(e)sum > entzun ; Michelena n’avait rien à opposer à cette hypothèse latine sinon « la antigüedad de la supuesta síncopa » de la voyelle interne (qu’aurait entraîné dans son sillage cette hypothèse ?). La remarque est en effet ambiguë. Que signifie-t-elle ? Que cette syncope n’est pas attestée en latin au début de notre ère ? Pourtant, la syncope de la voyelle interne ainsi que l’amuïssement de n devant s (très bien attesté, cf. Väänänen, Introduction au latin vulgaire, p. 40, § 63 et suiv., p. 64 § 121) en latin populaire semblerait tout à fait envisageable pour le latin intensum (avec -ns- > -s- qui un des traits les plus constant et mieux attestés du latin vulgaire, cf. Väänänen, op. cit., p. 64, § 121) > *int(e)sum / *ent(e)sum > intsu(n) / entsu(n) (basque intzun / entzun). Il ne s’agit certes que d’une hypothèse ― proposée cependant, répétons-le, par des auteurs de tout premier ordre ―, mais quand bien même il ne s’agirait que d’une hypothèse (la proposition de Michelena, elle aussi, n’est rien d’autre qu’une simple hypothèse… ), celle-ci n’est pas plus invraisemblable ni plus improbable, jusqu’à preuve du contraire elle paraît être même la seule qui soit réaliste, que celle avancée par Michelena et reprise par son disciple Lakarra. En conséquence l’existence dans le basque ou « proto-basque » du IIIe siècle, et par suite sa présence dans les inscriptions « veleyenses », d’un verbe entzun < ENTUN >, résultant d’emprunt au latin ayant eu lieu au cours des premiers siècles de notre ère, n’aurait rien d’invraisemblable. 428

Gorrochategui, Dictamen, p. 30.

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En résumé, l’idée générale que veut faire passer Gorrochategui dans ses commentaires, à bien des égards singuliers sinon insolites, est que certaines de ces inscriptions « veleyenses » sont écrites à partir, selon lui, de l’orthographe basque moderne, qui à été mise en place il y a quelques décennies (au cours des années soixante et soixante-dix) et qui est actuellement l’orthographe employée officiellement par l’administration autonome basque. Et cela constituerait donc un élément trahissant clairement la volonté de falsification. Bref, les présumés faussaires seraient donc, à en croire cet auteur, probablement des jeunes ayant été scolarisés dans une école en langue basque. Cela l’auteur ne l’écrit pas évidemment, mais le sous-entendu n’en reste pas moins clair. Bien. Mais il existe une contradiction dans le raisonnement de Gorrochategui. Et cette contradiction paraît à bien des égards insurmontable. En effet dans un de ses articles, que nous avons déjà mentionné auparavant429, l’auteur fait remarquer que plusieurs noms de type aquitanique, c’est-à-dire certainement « proto-basques », ont été identifiés dans des « planchas votivas de plata » datant du début de notre ère découvertes au cours des travaux de dragage réalisés entre 1961 et 1971 dans le lit du Rhin. Gorrochategui écrit : « Xembus (nom.) presenta el mismo fenómeno gráfico que el nombre anterior [i. e. Xalinis], ya que hay que identificar [sic430] con el frecuente nombre aquitano Sembus, -i »431. Il ajoute : « La manera más plausible de explicar este fenómeno [graphique], a mi juicio, consiste en admitir una palatalización inicial de la S- con sentido afectivo, que se escribiría [à cette époque, c’est-à-dire au début de notre ère] mediante X-, la letra habitual para la representación de un sonido africado o chicheante en el corpus onomastico aquitano ». Et de poursuivre, de façon absolument inattendue : « Este fenómeno existe hoy en euskara (...) y no sería imposible pensar que pudo ser un fenómeno vivo en época romana ». Ce qui est inattendu ici ce n’est pas tellement que ce phénomène, que l’on retrouve de façon identique en basque actuel, ait pu exister en basque il y a deux mille ans432. Ce qui constitue franchement une curiosité des plus remarquables, à en croire Gorrochategui et il a probablement raison, c’est que la graphie < x > utilisée de nos jours en basque pour noter la chuintante [š] ait également pu être la même, en tout point absolument identique pourrait-on même ajouter, durant l’Antiquité pour noter le même son ! D’où l’équivalence suivante : à la graphie < x > = [š] attestée à l’initiale dans la langue des Aquitains du début de ère (= « proto-basque ») correspond de nos jours la… même graphie < x > = [š] en basque moderne ! Cette coïncidence, extraordinaire, quoique absolument fortuite à n’en pas douter un instant, entre la graphie antique et la moderne ne semblait pas pourtant poser en 1995 un quelconque problème à Gorrochategui. A l’époque ce dernier n’a jamais prétendu, pour autant que nous le sachions, que les « planchas votivas de plata » où apparaissait cette fameuse graphie < x > devaient nécessairement être fausses étant donné que la < x > est utilisée en basque moderne pour noter le même son. 429

Gorrochategui, J., 1995, « Los Pirineos entre Galia e Hispania : las lenguas », Veleia, 12., pp. 181-234. pp. 212-213. 430

On suppose qu’il faut lire « ...que hay que identificar » au lieu de « ...ya que [sic] hay que identificar ».

431

Gorrochategui, op. cit.., p. 214.

432

Quoique cela paraisse être en contradiction avec certains commentaires de ce même Gorrochategui concernant les inscriptions « veleyenses » selon lesquels ces inscriptions auraient une allure trop moderne pour le début de notre ère (« coinciden curiosamente en presentar el mismo aspecto que tienen en la actualidad », « coinciden en presentar el mismo aspecto que poseen en vasco moderno », Dictamen, p. 17, ou encore « el hecho de que el aspecto general de los textos fuera tan inteligible », etc., Hallazgos).

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Certes l’auteur ne pouvait pas alors se douter un instant qu’au cours de la décennie suivante, c’est-à-dire de nos jours, on trouverait à Veleia des inscriptions en langue basque contenant également des graphies « modernes », et surtout il ne pouvait pas savoir non plus qu’un des arguments qu’il avancerait pour réfuter la validité de ces inscriptions serait justement celui… de l’« aspect moderne », bref celui de la prétendue « modernité » des graphies de ces mêmes inscriptions, une « modernité » qui pourtant à l’époque ne lui posait, au risque de se répéter, aucun problème au moment d’étudier lesdites « planchas votivas » du Rhin. Il y a indiscutablement des contradictions dans le raisonnement de Gorrochategui. 36. Les pronoms NEU et GEU et les possessifs NEURE, NERE, GEURE, ZEURE, ZURE Gorrochategui : « Se repite también asiduamente la forma de pronombre intensivo neu (n° inv.13666, 15920, 15922, 15925, 16362, 16364, 16365) »433. Et aussitôt, il ajoute : « Al igual que su genitivo (ni + haure), esta forma deriva de *ni + haur, que se contrajo dando una forma neur con mantenimiento de -r final aún en la tradición literaria (véase OEH) ». Le tort de Gorrochategui est de présenter une hypothèse de travail, au demeurant envisageable, comme s’il s’agissait d’un fait définitivement acquis. Et c’est là manifestement une constante chez cet auteur : présenter de simples hypothèses de travail (la plupart du temps il s’agit des siennes… ) comme étant des certitudes. Curieusement, Gorrochategui ne semble pas se rappeler que dans l’un de ses ouvrages, un des plus connus par ailleurs, celui concernant l’onomatique « indígena de Aquitania », une forme NEV[, constituant un nom, est attestée434. Il ne paraît pas non plus se souvenir que dans cet ouvrage il considère ce nom aquitain « seguramente relacionado con los anteriores », c’est-à-dire les noms aquitains NEVREN[, NEVRESENI et NEVRI, des noms qu’il « oublie » également citer… Gorrochategui « oublie » également de rappeler ses propres dires au sujet du nom NEVRI, à savoir : « este nombre admite comparación clara con Neure-seni ». Il « oublie » surtout de dire dans son rapport que Michelena – une autorité de tout premier ordre, et dont notre auteur ne manque pas de rappeler au demeurant qu’il fut l’un des disciples –, pensait pouvoir mettre en relation ce nom indigène aquitain « con vasc. neure, “de mi mismo” »435. Car au-delà des opinions des uns et des autres, toutes respectables, dans cette affaire seul prévaut en fin de compte l’aspect factuel, à savoir : l’existence incontestable il y a deux mille ans des formes « proto-basques » citées ci-dessus NEVREN[, NEVRESENI et NEVRI ― étant donné que l’aquitain, et ce n’est certainement pas Gorrochategui qui nous contredira sur ce point, est considéré comme étant l’ancêtre du basque actuel. A propos de l’existence durant l’Antiquité de noms de personne basés sur des formes possessives436, comme cela est encore le cas de l’actuel prénom basque féminin archirépandu Nerea, « litt. la mienne », Gorrochategui lui-même dans son ouvrage consacré à l’onomastique aquitanique n’admet-il pas que « Neure-seni (dat. 2) en comparación con vasc. neure, “de mí mismo” puede prestar el apoyo necesario a la propuesta y a la idea de la creación de nombres propios sobre possessivos »437 ? Quant à Lakarra, plus que jamais fidèle à son style axiomatique, et « oubliant » lui aussi curieusement de citer les inscriptions aquitaniques mentionnées plus haut, ce qu’un auteur de son niveau ne peut raisonnablement ignorer, il « tranche » : 433

Gorrochategui, Dictamen, p. 15.

434

Gorrochategui, Estudio sobre la onomástica indígena de Aquitania, § 260, p. 243.

435

Gorrochategui, J., 1984, op. cit., § 259, p. 242 ; Michelena, L., 1990, Textos arcaicos vascos, Anejos del Seminario de Filología Vasca « Julio de Urquijo », XI, § 1.10., p. 19. 436

A propos de la relation entre les pronoms personnels et les noms de parenté, cf. Tovar, A., 1959, El euskera y sus parientes, Ed. Minotauro, Madrid, pp. 32-36. 437

Gorrochategui, J., 1984, op. cit., § 189, p. 209.

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« Esto por lo que toca al valor o a la función ; por lo que hace a la forma, con un / eu / absolutamente imposible antes de -h- > -ø-, *-jau- / *-uau- > *-ieu- / *-ueu- y *-ieu- / *-ueu- > -eunecesariamente posterior al XI ó XII »438. Puis, catégorique que jamais, il conclut : « Junto a lo anterior cabe mencionar la forma de los pronombres personales con -eu- pero sin -r. neu, geu, zeu... Como ya se ha comentado, -eu- sólo puede ser entre 800 a 1000 años posterior a las fechas que el Equipo de Veleia, sus socios y los laboratorios internacionales habían dado para los scripta, además de ser sólo posible mediante dos o tres cambios posteriores al año 1000 ». Si on en croit les inscriptions aquitaniques, cela semble manifestement inexact. 37. ZURE « vuestro de usted » Lakarra écrit : Les inscriptions montrent « (...) un posesivo ZURE “vuestro de usted”, (no “vuestro de vosotros”) »439. Plus loin, il se contredit : « En todos los casos, en veleyense zu significa “tú” (algo que no conseguiría en unos 1600 años), ni siquiera “usted”, para lo cual sólo le faltaba un milenio »440. L’auteur tombe ici dans une contraction étant donné que dans un cas, celui de zure, il traduit « “vuestro de usted”, ([puis, il précise] no “vuestro de vosotros”) », mais pourtant quelques pages plus loin, après nous avoir dit que dans les inscriptions de Veleia « zu significa “tú” », il ajoute aussitôt : « ni siquiera “usted”, para lo cual sólo le faltaba un milenio ». Cela s’appelle en effet une contradiction… 441. Car, en effet, si dans un cas zure signifie « “vuestro de usted” » (traduction de Lakarra), zu doit alors obligatoirement signifier (on parle bien des mêmes inscriptions ?) « usted ». Revenons-en au fond du sujet. Lakarra affirme : « Por lo que toca a los pronombres sólo tenemos ZU, el cual en principio (cf. ni : hi :: gu : _ ) sólo pudo significar “vosotros” »442. La suite est insolite. Gorrochategui et Lakarra font alors, dans le cadre de leur démonstration, appel à toutes sortes d’arguties, parmi les plus spécieuses, autrement dit à cette subtilité excessive d'argumentation dont on use la plupart du temps pour pallier la faiblesse, le vide ou la fausseté de la pensée. Les arguties de leur singulière « analyse » consisteront en effet dans le cas présent à voir dans l’ordre d’apparition des pronoms possessifs « veleyenses » (1) neure, (2) zeure, (3) [g]eure le bien-fondé de leur étrange opinion : Gorrochategui : « El orden en esta lista es enormemente significativa, ya que la forma zeure está en segunda posición, con el valor de “tuyo”, en vez de la forma que debíamos esperar : heure ». Et affirmatif, il conclut : « Su valor como segunda persona de singular (“tuyo”), en vez de plural (“vuestro”) es un hecho moderno en la historia de esta forma posesiva, relacionada con el cambio semántico que sufrió el pronombre personal de 2a plural zu “vosotros” > “vos”, “usted”, casi en época literaria, como consecuencia de los usos corteses de los romances vos - vous »443. 438

Lakarra, Informe, p. 14.

439

Lakarra, J., Informe, p. 5.

440

Lakarra, J., Informe, p. 15.

441

Juste avant, Informe, p. 14, Lakarra s’était déjà contredit en écrivant « zure no había podido pasar en el s. III a ser “vuestro de usted” ». 442

Lakarra, J., Informe, p. 15.

443

Gorrocahetgui, Dictamen, p. 15.

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Lakarra : « La relación NEURE / ZEURE / (?)EURE de (13397) muestra claramente que zeure es concebido no como “vuestro de vosotros” sino como “tuyo, de tí”444, 800 ó 1000 años antes de lo debido »445. « Conclusion » : il semblerait, et il s’agit ici manifestement plus d’une constatation que d’une impression, que dans le cas présent nous naviguions entre d’une part des affirmations gratuites et d’autre part des contradictions notoires, sans même avoir à mentionner le fait que nos auteurs s’abîment le plus souvent dans de vaines arguties, des subtilités dont la force probatoire sera toujours, on en conviendra, des plus faibles, quel que soit le domaine d’étude, basque ou autre. Il nous faut donc en conséquence faire appel, afin de sortir par le haut de cette question, à une autorité de tout premier ordre dans le domaine de la langue basque, à un auteur ayant été amené à étudier le sujet nous intéressant ici, bref à un auteur comptant parmi les plus sûrs et mesurés et à l’érudition « historico-linguistique » bien établie dans le domaine concerné et dont l’autorité ne pourra pas, sur ce point bien précis tout au moins, faire l’objet d’une quelconque contestation, pas même de la part de Gorrochategui et Lakarra. Il s’agit de Jean-Baptiste Orpustan qui a étudié cette délicate question dans l’un de ses articles446. Et que dit Orpustan à propos de celle-ci ? Il dit ceci : « (...) le zu basque de déférence n’a fait que s’étendre dans la langue. Son origine remonte certainement fort loin, et il est antérieur aux premières citations médiévales de phrases basques, qui sont peu nombreuses, mais ne donne que des exemples de deuxième personne de politesse, à l’exclusion complète ou quasi complète (voir ci-dessous) du tutoiement ». Il ajoute : « Le Fuero General de Navarra rédigé au début du XIIIe siècle (1237), mais à partir de fors et privilèges beaucoup plus anciens pour nombre de ses articles, et qui contient plusieurs formules basques pour les noms des diverses redevances médiévales, en donne un exemple clair dans le nom basque du devoir féodal dénommé “albergade”, qui consistait primitivement à offrir un dîner (repas du soir en principe : “souper”) à la réception d’un nouveau et seigneur, laïc ou ecclésiastique ». Or, poursuit-il : « Ce “dîner” d’albergade, en espagnol habituellement nommé “cena de salvedad”, se disait en basque par la formule rituelle que prononçait le maître de maison en accueillant le seigneur : on bazendu avaria dans le texte, c’est-à-dire “si vous trouviez bon de dîner”, où le verbe de mode éventuel à préfixe de condition (ba)zendu “si vous aviez” porte le préfixe de deuxième personne zcorrespondant à zu “vous”. Le texte navarro-castillan précise que ce dîner est nommé ainsi “parmi les Basques” (Esta zena es clamada en los bascongados on bazendu avaria) ». Première conclusion : il y a huit siècle zu signifiait déjà « vous (une personne) ». Il y a plus. Orpustan ajoute : « L’emploi de ce “vous” n’est pas évidemment une invention du XIIIe siècle, puisque la même formule réduite à son segment initial (le verbe d’éventuel précédé de l’attribut d’objet on “bon”) avait formé un toponyme navarrais cité en 1100 onbaçendu, et encore plus tard 1259 onbacendu ». Il poursuit : 444 Et faisant appel une nouvelle fois à la « théorie du complot », il ajoute en bas de page (p. 14, n. 5) : « Parece que hay un ZEURE “de vosotros” ; sería — bien que en evidente contradicción con todo el resto del uso veleyense — la única documentación de esta forma en la historia de la lengua ; naturalmente, el resto del corpus anula cualquier posibilidad y ha de agregrase a los “estilemas” utilizados por el falsificador para hacer más verosímil el conjunto [c’est nous soulignons] (cf. Coda final) ». Extravagant ! 445

Lakarra, Informe, p. 14.

446

Orpustan, J.-B. 2002, « “Tu” hi et “vous” zu en basque », in Hommage à Jacques Allières, T. 1, Domaine basque et pyrénéen, sous la direction de Michel Aurnague et Michel Roché, Ed. Atlantica, Anglet, pp. 221-233 ; v. pp. 223-225.

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« Pour ce qui est du vouvoiement basque ou “pluriel de politesse”, il est probable qu’il remonte bien au-delà encore de ces citations. Dans les célèbres “gloses” du monastère anciennement navarrais de San Millán de la Cogolla sur la rive sud de l’Ebre, abondamment commentées et datées du milieu du Xe siècle, la phrase verbale guec ajutu ezdugu commence par le pronom de première personne gu “nous” (répété en finale de verbe dugu : voir ci-dessus) en fonction d’ergatif : il n’a pas la forme normale d’ergatif, guk, mais celle qui correspond au pluriel “vrai” de deuxième personne zuek créé après la spécialisation de l’ancien zu / zuk en singulier de déférence »447. En résumé, il y a un bon millier d’années, ce qui n’est pas rien, zu signifiait déjà manifestement « vous (une personne) ». Mais pourquoi n’en aurait-il pas été de même six ou sept siècles auparavant ? C’est là une question, fort simple pourtant, à laquelle Gorrochategui et Lakarra ne parviennent pas manifestement à apporter une réponse totalement assurée, pouvant emporter une adhésion définitive, ce qui finalement constitue l’objet de notre débat. Dans leur fuite ou du moins dans leurs efforts à esquiver les questions difficiles auxquelles ils ne peuvent manifestement pas répondre de façon totalement convaincante, nos deux auteurs s’abritent alors derrière la « théorie ». Et cette « théorie » quelle est-elle ? Cette théorie, que personne ne conteste au demeurant, et à laquelle, à l’instar d’Orpustan448 et d’Elexpuru449 et de bien d’autres auteurs qu’il n’y pas lieu de citer ici, nous adhérons bien volontiers, est la suivante : le basque zu450 au sens de « vous (singulier de déférence) » serait issu d’un pluriel ancien (t)zu, « vous (plusieurs) ». Un des éléments le laissant penser est, signale Orpustan, le fait suivant : « Dans le système interne au basque, seul zu trouve une correspondance, peut-être fortuite mais qui intrigue, avec le suffixe pluralisateur qui vient s’ajouter à bat “un” pour faire batzu “des”, et de même par analogie à zenbait, norbait “quelque, quelqu’un” zenbaitzu, etc. »451. Cela étant, on notera qu’Orpustan se garde bien d’affirmer quoi que ce soit et, restant prudent, fait remarquer qu’il s’agit d’une correspondance « peut-être fortuite mais qui intrigue ». On est là bien loin des affirmations définitives de Gorrochategui et surtout de celles de Lakarra. Cela étant, le débat, on l’a vu, ne porte pas tant sur l’aspect pluriel qui a dû être à l’origine celui de (t)zu, idée à laquelle tout le monde ou presque croit, que sur la date à laquelle ce (t)zu a cessé d’être pluriel pour devenir un « singulier de déférence ». C’est là qu’est le fond du problème dont on a ici à traiter. Gorrochategui et Lakarra affirment qu’il est impossible que ce changement ait déjà eu lieu au e III siècle, que cela est tout simplement impossible car cette évolution est obligatoirement la « consecuencia de los usos corteses de los romances vos - vous »452. Et il ne s’agit pas ici d’une simple hypothèse de travail de la part de ces deux auteurs, mais carrément d’une affirmation définitive.

447

Orpustan rappelle, op. cit., p. 225, également note 7, qu’« il est vrai qu’une forme d’ergatif guek a été relevée encore au XIXe siècle dans une zone du dialecte biscaïen, mais elle a aussi bien pu être créée tardivement et par analogie avec le pluriel de deuxième personne comme bien d’autres variantes morphologiques dialectales ou communes aux dialectes basques ». 448

Orpustan, op. cit., p. 223 : « La structure morphologique du système montre assez clairement que c’est le pluriel ancien zu “vous” qui a progressivement changé de nombre pour devenir “singulier de déférence” ». 449

Elexpuru, Comentarios, p. 20 : « Todo apunta a que originariamente zu significaba “vosotros”, pero es muy posible que en época romana ya se iniciara el cambio, al encontrarse el euskera, quizás por primera vez, ante una sociedad enormemente jerarquizada (patricios, ciudadanos romanos, militares, libertos, esclavos... ) en el que se impondrían los tratamientos respetuosos o clasistas ». 450

Issu sans doute d’un ancien tzu, lequel semble attesté dans les inscriptions « veleyenses », cf. supra, § 32.

451

Orpustan, op. cit., p. 223.

452

Gorrocahetgui, Dictamen, p. 15.

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Mais comme la découverte de ces inscriptions « veleyenses » (aspect factuel) contredit et ruine quelque peu leurs opinions et autres affirmations sans appel, ils s’en tirent alors par une pirouette dont on ne peut qu’admirer l’habileté : si ces inscriptions ne cadrent pas avec la chronologie établie et imposée par les « spécialistes » (c’est-à-dire par eux… ) pour ce changement linguistique, une chronologie qui relève ici manifestement du dogme, c’est tout simplement, insinuent-ils de façon à peine voilée, parce que ces inscriptions sont fausses et en aucun cas la chronologie que nous établissons (en réalité imposons) de ces phénomènes linguistiques... Cela s’appelle l’art de tuer le débat... Quant à l’argument de Lakarra selon lequel l’emploi, dans des inscriptions « veleyenses » du IIIe siècle, du vouvoiement zu, « vous (une personne) » est « extrañísimo » car, nous dit-il, « todavía Leizarraga en 1571 trataba a Dios de hire »453, un argument quelque peu étrange au demeurant et qu’il répète à nouveau par la suite (« todavía Leizarraga trata de hika a Dios »454), il est en réalité peu probant. Peu probant en effet, car comme le rappelle Orpustan : « Dans les fragments d’une prière de type populaire trouvée dans un document navarrais daté des environs de 1380-1400 on s’adresse à Dieu en le vouvoyant guaradela çure guomendatu (littéralement “que nous soyons recommandés de vous”, c’est-à-dire “soyons sous votre protection”) »455. Et par ailleurs totalement anecdotique car comme le rappelle Elexpuru dans ses Comentarios : « Pero consultados el resto de Aita Gurea más antiguos que se conocen (Betolaza, Capanaga, Zubia, Ochoa de Arin, etc.), el de Leizarraga es el único que he encontrado que trata de hika a Dios »456. Il nous est en conséquence permis de dire que le fait que Leiçarrague ou Leizarraga tutoie Dieu ne constitue finalement qu’une simple curiosité dont on ne peut raisonnablement tirer aucune conclusion, encore moins définitive, comme le laisse pourtant croire à ses lecteurs Lakarra. En ce qui concerne le fait que ces inscriptions ne cadrent pas avec la chronologie théorique établie et imposée, en particulier par Gorrochategui et Lakarra, pour ce phénomène linguistique, une chronologie qui relève ici manifestement du dogme, que dire sinon que ces inscriptions infirment l’hypothèse (strictement théorique rappelons-le) la plus répandue jusqu’à présent. Mais cela constitue-t-il pour autant une « preuve » de falsification ? Ne perdons jamais de vue un célèbre exemple que nous mentionnerons plus loin (cf. infra, § 55), un exemple absolument « incroyable », à savoir celui de la découverte de l’inscription COMO de Pompéi, une découverte qui a entraîné la ruine absolue de toutes les théories jusque là en vigueur à propos de l’évolution de ce mot. En conséquent, il faut faire preuve de la plus grande prudence. 38. La variante NERE (n° 13361) Lakarra affirme, toujours catégorique, ne laissant jamais la moindre place au doute (2008 : 12) : « La reducción eu > e en los posesivos es, naturalmente, posterior a la desaparición ya citada de las -h- de los posesivos — derivadas de la gramatícalización de los genitivos del demostrativo de primer grado sobre los pronombres personales [ni-haur-e] — y a la conversion posterior de -iau- / -uau- > eu ». Il ajoute :

453

Lakarra, Informe, p. 5.

454

Lakarra, Informe, p. 14.

455

Orpustan, 2002, op. cit., p. 225. Il s’agit manifestement du plus ancien document connu dans lequel on s’adresse à Dieu en langue basque.

456

Elexpuru, Comentarios, p. 19. L’auteur y cite en outre le Diccionario General Vasco / Orotariko Euskal Hiztegia où il est clairement précisé en ce qui concerne le terme zu que « [a]unque existe consenso entre los gramáticos sobre su carácter originariamente plural, ya desde los primeros textos sólo se documenta zu con valor singular ».

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« De hecho, sabemos que no hay nere, gere ni zere, etc. hasta el vascuence moderno, e incluso entonces, sólo en Guipúzcoa. ¿ Será una de las pocas erratas cometidas o quizás otro “adelanto” (de unos 1500 años) del vascuence veleyense ? ». Pourrait-il s’agir d’un simple erratum ? Lakarra, chez qui pourtant le doute n’existe pas, reconnaît cependant qu’il pourrait s’agir ici d’une simple erreur. Gorrochategui, quant à lui, n’envisage pas la possibilité d’un erratum dans son Dictamen et, prudent, ne se prononce pas non plus sur l’existence ou non durant l’Antiquité d’une forme nere. Dans son ouvrage sur l’onomastique de l’Aquitania romaine, il envisage pourtant la possibilité qu’une telle forme ait pu exister au début de notre ère lorsqu’il rappelle l’équivalence « basco-ibérique » nere / neŕe- : « Con la forma de posesivo vasc. nere relacionó Caro Baroja, HEMP, I, 3, 796, el nombre ib. neŕeiltun »457. Lakarra non plus ne cite pas cette inscription ibérique neŕeiltun trouvée à Sagonte, inscription où le deuxième élément -iltun correspond, à en croire la plupart des auteurs versés dans ces difficiles questions, et parmi eux les plus autorisés tels que Michelena, au basque il(h)un458 et où par ailleurs le premier élément nere- ressemble étrangement, on l’a vu, au basque nere ― et si l’ibère -iltun (= lat. -illun) peut correspondre au basque il(h)un, on ne voit la raison qui empêcherait le segment neŕe- de correspondre au basque nere. D’autre part, Gorrochategui, dans son étude sur l’onomastique indigène de l’Aquitaine, reconnaît que le premier élément des noms aquitaniques GEREXO et GEREXSO, c’est-à-dire gere-, pourrait avoir un rapport avec le basque gure. Bien que manifestement opposé à une telle possibilité, il se trouve quand même contraint (au nom du principe d’impartialité ?), de l’envisager : « La comparacion de la base del nombre Gere- con a. nav., guip. y lab. gere, “de nosotros mismos” tropieza con la dificultad de que esta forma es secundaria con respecto de geure, forme reflexiva de gure, aunque, por otro lado, Neure-seni (dat. 2) en comparación con vasc. neure, “de mí mismo” puede prestar el apoyo necesario a la propuesta y a la idea de la creación de nombres propios sobre possessivos »459. Le reste de l’argumentation de ces deux auteurs, à bien des égards fort hypothétique, comme on le verra à présent, concernant ce point n’enlève rien au fait que l’existence des inscriptions aquitaniques citées auparavant, et que nos auteurs omettent curieusement, au risque de se répéter, de citer, est des plus troublantes et permet, pour dire le moins, de douter des « certitudes » et autres conclusions définitives dont nous gratifient Lakarra et Gorrochategui à longueur de pages. Lakarra : « (...) Si esto no fuera suficiente, aparecen siempre sin la -r heredada del demostrativo (haur) que curiosamente, está presente en los nihaur, híhaur, guhaur, zuhaur, etc. de las variantes 457

Gorrochategui, Estudio sobre la onomástica indígena de Aquitania, p. 242-243, § 259.

458

Michelena, L., 1979, « La langue ibère », Actas del II Coloquio sobre lenguas y culturas prerromanas de la Península Ibérica, Salamanque, pp. 23-39 ; également dans Lengua e Historia, Ed. Paraninfo, Madrid, 1985, p. 344 où l’auteur écrit : « On dirait que, quelle qu’en fût la réalisation phonétique [U. Schmoll, Glotta 35 (1956), 304-311], ib. -lt- (gr. -LD-, lat. -LL-, plus tard -L-) était, ou allait devenir, la contrepartie forte de -l- entre voyelles : cf. -iltun, gr. -ILDVN, lat. -ILLVN, et basq. il(h)un “obscur, sombre” ». dans un autre article, 1954, « De onomástica aquitana », Pirineos X, pp. 409-455 ; également dans Lengua e Historia, Ed. Paraninfo, Madrid, 1985, p. 433, Michelena précise : « La correspondencia más clara, sin embargo, porque interesa al aquitano, nos la proporciona aquit. deo Iluroni 154, top. Iluro, actual Oloron, nombre de una ciudad de la Bética y de otra entre los layetanos [act. Catalogne], ib. ILDURO en monedas de esta última. Este ejemplo muestra claramente que lo que en escritura ibérica se escribía, quizá con grafía arcaizante, ld, y en el bronce de Ascoli ll, es l no sólo en los autores clásicos y en las inscripciones latinas de España, sino también en la Aquitania (...) es claro que la correspondencia vasc. il(h)un, aquit. ilun(n)- (ib. -ildun, -illun) puede mantenerse perfectamente ». 459

Gorrochategui, Estudio sobre la onomástica indígena de Aquitania, p. 209, § 189.

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septentrionales sino también en neur, neurk, geur, geurk, etc., presentes en Lazarraga en el XVI, en Axular (1643) y hasta en Peñaflorida (1762) »460. Comment Lakarra sait-il que ce -r dans neu-r, geu-r, etc. n’est pas récent ? Quel(s) est / sont l’élément / les éléments lui pemettant de croire qu’il ne s’agissait pas à l’origine d’une simple lettre euphonique de liaison (neu-r-e, geu-r-e, etc.) dont l’emploi aurait été par la suite étendu à d’autres formes (seme + r + ik pour seme + ik, etc.) ? Bref, comment sait-il que l’évolution suivante, à savoir : neu > neu-r-e (génitif archaïque en -e, cf. infra, § 62) > neu-r > neur, n’est pas celle ayant véritablement eu lieu ? En effet, comment le sait-il ? 39. La « Ley Linschmann-Aresti » Lakarra fait appel à une « loi » linguistique, celle dite de « Linschmann-Aresti » : « Como es conocido (cf. Sarasola 1980 entre otros), en todos los textos y dialectos vascos del s. XV al XVIII la distribución de los pronombres posesivos está organizada sobre la siguiente regla : si el verbo contiene como marca de concordancia — lo mismo da que sea en función de ergativo, dativo o absolutivo — una correspondiente a la misma persona que el pronombre posesivo, éste irá en su forma fuerte »461. Sinon : « (...) en caso contrario, i.e., si no hay esa correspondencia se utilizará la forma débil. P.ej., mientras a ama hil da corresponde ene, sólo podría darse neure en ama hil zait. De igual manera, geure elxea salduko dugu “venderemos nuestra casa” pero gure buruak txikiak dira “nuestras cabezas son pequeñas” ». « Conclusion » de Lakarra : « No es así, claramente, en Veleia ». Et de citer en exemple, quoique presque toujours sans grande utilité comme nous le verrons plus loin, plusieurs inscriptions (la retranscription est de Lakarra) : « (15910) NEURE / AMA, (SIC) RO / MAN ILTA CIS / TIANA, (15912) NEURE ATA / GAU ILTA / NEURE AM[, (15925) NEU XII UR / NEURE AM[, (16363) NE[U] ELOSI TA NEURE AMA MIRTO462 TA463 y (16365) NEURE ATA ARAINA ARRAPA ». Pourquoi presque toujours de façon inutile ? Parce que, comme est obligé de le reconnaître le propre Gorrochategui464, dans la quasi totalité des cas : 460

Lakarra, Informe, p. 14.

461

Lakarra, Informe, p. 17.

462

Il s’agit du nom d’une île, voisine de l’Eubée, celle de Myrtŏs (pour la prononciation [i] du graphème < Y > en latin tardif, cf. supra, Traina). Le nom devait probablement désigner ici une esclave originaire de cette île, à moins qu’il ne se fût simplement agi d’un nom de personne, le nom de lieu ayant été alors transformé en nom de personne, phénomène courant et banal durant l’Antiquité, cf. le nom de lieu et de personne Orontēs, etc. 463

Retranscription inexacte. L’inscription serait en réalité (leçon de Gorrochategui) Mirto (ifut / ou) ta. La forme ifut / ou pourrait-elle être ici une retranscription maladroite en latin vulgaire du nom Īphĭtus (avec une alternance Ifĭtu / Ifŭtou ; pour l’échange de ĭ et ŭ du type lacrima / lacruma en latin vulgaire, etc. cf. Väänänen, Introduction, p. 37, § 57, le ou final étant alors ici, on l’a vu, cf. supra, §§ 21, 54.3., une graphie grécisante) que portait, entre autres, un des Argonautes et un roi d’Elides ? Mais, si cela était le cas, comment de prétendus falsificateurs auraient-ils pu mettre la main sur de tels noms, connus seulement de quelques spécialistes ? Sacaze rappelle dans son ouvrage sur les inscriptions antiques des Pyrénées, op. cit., pp. 97-98, § 44, le grand nombre d’erreur que contiennent certaines inscriptions : « Inofitus pour neophytus est une forme connue. “Peu de vocables, observe M. Ed. Blanc, ont été plus maltraités par le langage & l’orthographe vulgaires. A côté de naeofitae, niofite, niofito, nefito & même neofata, on rencontre des formes moins faciles à expliquer enofitus, innofito, inifito enonfitus” ». La leçon d’Elexpuru, Comentarios, p. 28 concernant cette inscription est MIRTO / OVSTA / TA II, TARO / MA. 464

Gorrochategui, qui sur cette question choisit de faire dans la sobriété, évite en effet soignement ici de faire appel au jargon « jargonnant et jargonneux » du genre « loi de Linschmann-Aresti », etc. qui semble tant plaîre à 111


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« (...) faltan las formas verbales : así geure ata zutan implicaría una forma verbal dugu y no dago, por ejemplo »465. Par conséquent, conclut-il, notre auteur faisant ici les questions et les réponses : « (...) poco se puede inferir de ello, a causa de esta carencia ». Que dire de plus ? Sinon qu’une bonne partie de la « démontration » de Lakarra mentionnée ci-dessus se trouve aussitôt et de facto invalidée par les dires... de Gorrochategui. Ce dernier cite ensuite les deux seules inscriptions pouvant poser quelques difficultés, à savoir : « 15910 : neure / ama, ro / man ilta cis / tiana » et « 15912 : neure ata / gau ilta » Car, nous dit-il : « (...) al menos, en las dos frases siguientes [citées ci-dessus] de lectura clara en las que se emplea NEVRE determinando al sujeto de la oración, deberíamos esperar una forma verbal en que estuviera implicada la primera persona de singular: “neure ama hil zait” y no “neure ama il da”. Este último es un uso occidental moderno, que ha ido generalizándose grandemente en los últimos dos siglos ». Nous tenons ici à exprimer franchement notre opinion personnelle à propos de cette question. Si nous avions pu constater l’existence dans ces inscriptions du IIIe siècle des phrases telles que... neure ama, roman il zait ou bien neure ata gau(r) il zait ...alors oui ! nous aurions assurément été, à n’en pas douter un instant, confrontés à une falsification des plus élémentaires. C’est du moins notre sentiment, notre conviction la plus profonde. Evidemment, dans l’état actuels des connaissances, ni Gorrochategui ni Lakarra, pas plus que nous ni personne d’autre d’ailleurs, ne pouvons savoir si ces formes bipersonnelles zait, zai(t)zu, etc. existaient véritablement à cette époque. Il est de toute façon, malgré notre scepticisme le plus net concernant une telle possibilité, parfaitement inutile de poursuivre à conjecturer indéfiniment sur cette question étant donné que de toute manière il y a « carencia », pour reprendre le terme employé par Gorrochategui, de forme verbales telles que dago, dugu, etc. Ce qu’il faut expliquer ici, c’est la forme ilta. Mais pourquoi vouloir la traduire à tout prix par un passé composé il da, « il / elle est mort(e) » ? Quelle est la raison nous empêchant de croire qu’il ne s’agit finalement dans le cas présent que d’un simple participe passé ilta, « mort(e) » ? Bref, pourquoi n’aurait-il pas pu s’agir de phrases telles que neure / ama, ro / man ilta [dut] et neure ata / gau ilta [dut] ? La question, dans toute sa simplicité, est posée. Car la sonorisation, on l’a vu, de l’explosive sourde t précédée de la lettre n n’ayant eu lieu manifestement qu’au cours de la deuxième moitié du IVe siècle466, il est en effet extrêmement probable qu’il en ait été de même pour le suffixe -ta467 après la liquide l468. Lakarra et se contente d’écrire : « Otra característica de estas formas, común y general en todos los dialectos vascos al inicio de la tradición literaria, es su empleo “reflexivo” : es decir, se emplea cuando hay una concordancia de su referente con la persona de la forma verbal ». Après un exemple tiré du texte de Lazárraga découvert il y a quelques années. 465

Gorochategui, Dictamen, p. 15.

466

Guiter, H., 1989, op. cit., p. 798.

467

Le participe passé parfait se forme par l’adjonction, entre autres, de la particule eta sous une forme -ta, particule qui, observe Orpustan, 1997, Basque et français. Méthode abrégée de traduction : navarro-labourdin classique, Ed. Izpegi, pp. 98-99, « sortie de son rôle de coordonnant, sert aussi à exprimer 112


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En conséquence cela rend tout à fait cohérente l’existence au cours du IIIe siècle à Veleia d’une forme de participe passé dit « parfait »469 ilta, « mort(e) » (en lieu et place d’une forme ilda), c’est-à-dire que nous pourrions traduire en français par « “bel et bien” mort(e) » ― l’expression « bel et bien » constituant ici une façon imparfaite de traduire le fait qu’en basque le locuteur peut, s’il le désire, insister sur la réalisation totale du procès, possibilité qu’ignore le français. Elexpuru, sans s’en douter un instant, apporte à notre démonstration une confirmation indirecte mais bien réelle lorsque, abordant la question des virgules (en ce qui concerne ce sujet d’une grande complexité, cf. infra, § 48.1.), il signale : « Es cierto que algunas de las comas de las ostracas se parecen un poco a las comas actuales, pero es muy discutible que sean iguales, pues las actuales son generalmente curvas, mientras que las de Iruña-Veleia son en su mayoría rectas [les dires Elexpuru sont exacts], unas verticales y otras más oblicuas (ver 13371, 13394, 13397, 15910, 16365) ». Et d’ajouter aussitôt, tout étonné : « Su función es similar a la actual, separar palabras, sintagmas o frases, aunque hay algunas colocadas en posición inesperada, por ejemplo la de NEURE AMA, ROMAN ILTA »470. Mais pourquoi cette virgule est-elle en effet placée, en ce qui concerne cette phrase apparaissant à Veleia, « en posición inesperada » ? Parce que dans cette inscription « veleyense » on n’a pas affaire, et Elexpuru semble ne pas l’avoir compris, à ce qu’on appelle de nos jours le passé composé « il / elle est mort(e) » mais en réalité à un participe passé. Cette phrase « veleyense » signifie en réalité : « ma mère, morte à Rome » et non pas « ma mère est morte à Rome ». Ici c’est la virgule qui fait la différence. Et le fait que ni Gorrochategui ni Lakarra ni Elexpuru ne l’ait manifestement compris montrerait alors clairement qu’il ne peut en aucun cas s’agir d’une falsification, car une falsification, n’aurait pas manqué de s’exclamer M. de Lapalisse, c’est fait pour imiter le mieux qu’il se peut la réalité existante donc pour être immanquablement… comprise par celui ou ceux qu’on désire tromper. Et dans le cas présent les personnes censées être trompées ne comprennent pas… Et donc en conséquence il ne pas s’agir d’une falsification, à moins d’envisager évidemment que les personnes ne comprenant pas de quoi il retourne soient des sots, hypothèse qui dans le cas présent ne peut être sérieusement retenue. 39.1. Les aspects théoriques de la loi dite de « Linschmann-Aresti » Revenons un moment à l’hypothèse selon laquelle dans la forme ilta nous aurions en réalité une forme de participe passé dit « parfait » et non pas le verbe être à la troisième personne du singulier. Il est en effet curieux que ni Gorrochategui ni Lakarra n’envisagent à aucun moment cette hypothèse de travail, c’est-à-dire celle d’un participe passé, de loin la plus économique. Il est vrai que celle-ci provoquerait aussitôt, on l’a vu, la ruine de toute leur singulière démonstration, si laborieusement bâtie à partir de cette fameuse loi dite de « Linschmann-Aresti ». Cela étant, et cela afin de n’esquiver aucun point de la question, examinons un instant l’aspect théorique de cette « loi » ― bien que dans le cadre des inscriptions étudiés, celle-ci ne trouverait pas, comme on a pu le constater ci-dessus, d’application concrète car, entre autres, dans ces inscriptions,

la postérité temporelle », il s’agit, poursuit l’auteur, d’un « procédé très vivant dans les dialectes d’Espagne où la particule est proprement suffixée au participe », itxita, irikita, ikusita, etc. 468

Pour tout ce qui concerne la loi de sonorisation des explosives sourdes après l, m, n, cf. Gavel, op. cit., pp. 249-260, § 111. 469

Le basque possède en effet, comme cela a déjà été vu dans le cas de la forme verbale « veleyense » IZANA (cf. supra, § 34.1) pour les formes du participe un aspect dit « perfectif » et un autre dit « parfait », inexistant en français d’où parfois la difficulté de le traduire dans cette langue (perfectif erori, « tombé(e) » mais parfait eroria ou erorita, « tombé(e) » (c’est-à-dire en réalité « il / elle est par terre », on insiste ici sur la réalisation totale du procès). 470

Elexpuru, Comentarios, p. 15.

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observe judicieusement Gorrochategui et au risque de répéter ses dires, « faltan las formas verbales » et en conséquence « poco se puede inferir de ello, a causa de esta carencia ». Lakarra donnera le signal de départ. Il écrit : « (...) aparentemente, no habría de cumplirse la ley Linschmann-Aresti una docena de siglos antes del primer testimonio de la misma y sin que existieran los elementos básicos (formas fuertes de los posesivos y elementos de concordancia personales en el verbo) previos para ello »471. Suit alors une phrase-démonstration, sinon « énigmatique », du moins quelque peu floue : « Esto, sin embargo, por cierto que pudiera ser »... Il reconnaît donc que cette hypothèse, c’est-à-dire celle de la non-existence de cette fameuse « loi » à l’époque dont il est question ici, n’est pas, du point de vue théorique, totalement impossible. Mais aussitôt, il fait curieusement appel à d’autres raisons censées venir renforcer sa prétendue démonstration (il s’agit, nous dit-il, d’autres « variadísimas razones » non précisées ; certes... mais quel rapport cela a-t-il désormais avec la « ley Linschmann-Aresti » dont il nous parlait jusqu’alors ?) : « (...) no se olviden las variadísimas razones que avalan la falsedad de las ostraca vascas ». Il conclut : « [Esto, sin embargo, por cierto que pudiera ser] (...) no quita para que las frases citadas sean uno de nuestros mejores testimonios de falsedad del conjunto del corpus pretendidamente vasco tardo-antiguo ». On en conclura que tout cela n’est pas clair... Puis, enfin, il se décide à aborder l’aspect théorique de la question : « En el caso de que las diéramos por acordes al uso tardo-antiguo (...) ocurriría diacrónicamente una curiosidad difícil de explicar ». Laquelle ? Voici : « (...) en unos 1500 años en Veleia se habría seguido una evolución circular — (1) no Ley Linschmarm-Aresti (LA) > (2) Ley LA > (3) no Ley LA — y repitiendo, además, en (1) y en (3), épocas separadas por esos 1500 años, la misma forma de incumplir la Ley LA »472. Lakarra croit-il que cela constitue pour lui un indice clair (une preuve ?) de falsification ? On ne saurait le dire car l’auteur n’exprime pas clairement sa pensée. On peut simplement constater que pour une fois l’auteur ne verse pas dans l’affirmation gratuite et définitive ― quoiqu’il ne puisse s’empêcher il est vrai de se contredire quelque peu, ce qui manifestement semble souvent être le cas chez lui, lorsque, on l’a vu auparavant, il reconnaît, à demi-mot certes, que la non-existence de cette « loi » loi au début de ère est tout à fait envisageable... Il se contente de dire, faisant preuve d’une sobriété et d’une pondération qu’on ne lui connaissait guère, qu’il s’agirait là d’une « curiosidad » qui, selon lui, serait « difícil de explicar ». La question qu’il est dès lors légitime de se poser est : une « curiosidad », pour exotique qu’elle puisse paraître, constitue-t-elle pour autant une impossibilité ? Au-delà de cette question et pour en revenir au fond même de cette théorie, l’auteur a, semble-t-il et une fois de plus serait-on tenté d’ajouter, tendance à simplifier trop et trop rapidement des faits qui doivent être et sont en réalité bien plus complexes. Commme disait Corominas, si les choses étaient toujours simples, on le saurait ! 471

Lakarra, Informe, p. 17.

472

Il ajoute, feignant manifestement l’étonnement : « I.e., curiosamente, las frases veleyenses citadas muestran en el s. III el mismo régimen dialectal del vizc. posterior al XVIII-XIX, no el del vizc. (o alavés, cf. Lazarraga) del XVI o XVII y tampoco el de otras variedades (guipuzc, nav. o norteñas ; cf. Rebuschi 1995, etc.) que también se alejaron — siempre después del s. XVIII — del uso clásico pero por otras vías (generalizando o ampliando el uso de las formas débiles, p.ej.) ».

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Il est en effet tout à fait possible qu’au début de notre ère cette fameuse « loi » n’ait pas existé ― comme le reconnaît à demi-mot le propre Lakarra, c’est dire à quel point cette hypothèse est envisageable ! ― et qu’elle n’ait pris naissance qu’à l’époque médiévale pour commencer à décliner au cours des derniers siècles. En quoi une telle évolution cyclique serait-elle à ce point surprenante ? Ce phénomène des cycles, qui existe également dans bien d’autres domaines d’étude tels que celui de l’histoire (les cycles longs de Braudel par exemple), est parfaitement concevable en linguistique, où il semble au demeurant attesté dans la théorie du substrat473. Etant donné que c’est Lakarra, et dans une moindre mesure, on l’a vu, Gorrochategui, qui lancent le débat, un débat qui semble le plus souvent se nourrir d’arguties que de véritables arguments, c’est à eux qu’il correspond de répondre à ces questions. 40. La particule de coordination TA, « et » Gorrochategui, faisant décidément feu de tout bois dans ce qui faut bien désormais appeler une (sa ?) croisade anti-inscriptions « veleyenses », aborde à un moment donné le sujet de cette particule, qui sert également, on l’a vu, à former le participe passé à aspect dit « parfait », non dans l’un de ses deux commentaires sur les inscriptions de Veleia (Dictamen et Armas) mais devant... la presse régionale474, à laquelle il déclare : « En primer lugar, la conjunción copulativa que aparece es ta, variante de la más amplia eta ». Cela étant, est-il obligé de reconnaître aussitôt : « (...) si bien es verdad que ta está documentado mayoritariamente frente a eta en los Refranes y Sentencias de 1596 ». Cela signifie, ici pour les non-spécialistes, que la forme ta apparaît475 dès les plus anciens textes basques connus. Mais tenace, il refuse d’abdiquer :

473

Dauzat, A., 1937, « Le substrat germanique dans l’évolution phonétique du français », Mélanges de linguistique et de philologie offerts à Jacq. van Ginneken à l'occasion du soixantième anniversaire de sa naissance (21 avril 1937), Klincksieck, Paris, pp. 267-272. L’auteur y signale, p. 267 : « La théorie du substrat est bien connue. Formulée la première fois par Ascoli, elle fut, par la suite, mise en doute ; mais on peut dire qu’aujourd’hui elle s’est imposée de nouveau à la majorité des linguistes, grâce surtout à l’appui décisif d’Antoine Meillet, qui en a précisé les conditions. Meillet a montré à diverses reprises qu’un peuple qui change de langue conserve, souvent pendant des siècles, des habitudes de prononciation, des tendances phonétiques. Il est souvent difficile, observe-t-il, « de faire le départ entre les changements qui ont pu intervenir au moment même de la substitution d’une langue nouvelle à l’ancienne et les changements qui se sont produits après cette substitution ». En ce qui concerne les innovations qui ont lieu longtemps après le moment du changement de langue, « on est amené à supposer que ces innovations résulteraient de tendances existant chez des sujets dont les ancêtres ont changé de langue. Hypothèse hardie qui tend à faire croire que certaines habitudes acquises auraient pu être transmises par l’hérédité ». Et d’ajouter, p. 272 : « Voici maintenant une constatation non moins intéressante. Le cycle des palatalisations consonnantiques – interrompu en normanno-picard dès le VIIe –VIIIe siècle, dans le reste de la Gaule au IXe siècle – reprend avec intensité dès le XVIIe siècle et peut-être un peu avant ; une des premières attestations est la graphie guière (guère) dans les Mazarinades. Cette nouvelle vague de palatalisations (qui ne touche pas le Midi peu celtisé où le premier cycle de palatalisation a eu un champ d’action moins vaste que dans le Centre et le Nord) affecte même le normanno-picard (on dit tšuré = curé dans le Cotentin). Le substrat primitif a fini par reprendre le dessus ; mais il a fallu plus de huit siècles pour digérer, assimiler complétement l’apport germanique. Ce cas de résurgence des tendances anciennes, qui n’est pas isolé, prouve la tenacité et la persistance de l’hérédité en matière de linguistique ». 474

Dans un texte du XVe siècle, plus précisément un « échange de correspondance bilingue fiscale (réduction d’impôts) et personnelle (invitation à un dîner) entre dignitaires navarrais » daté de 1415, observe Orpustan, 1999, La langue basque au Moyen-Âge, p. 210, c’est une forme et (= « et »… ), très probablement une variante « romanisée », qui apparaît. L’étrangeté de cette forme dans un texte basque n’a jamais poussé personne, pour autant que nous le sachions, à croire qu’il pouvait s’agir d’une falsification. 475

Gorrochategui, « Los asombrosos hallazgos de Iruña-Veleia », El Correo, samedi 18 novembre 2006 ; Annexe I de son Dictamen.

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« [Pero] sería más complicado hacer derivar eta de ta como forma secundaria que ta de eta con aféresis por razón de fenómenos de enclisis ». Sous-entendu : ces ta pour eta constitue ici un indice de falsification... Lakarra, lui qui pourtant n’hésite jamais non plus à exploiter les moindres « failles » supposées (présupposées ?) de ces fameuses inscriptions, préfère dans le cas présent ne pas aborder le sujet ― ne serait-ce pas parce qu’il n’a et / ou n’y a tout simplement rien de fondamental à dire ? 41. Les couleurs Jusqu’à présent, on croyait avoir tout lu, ou presque, mais il faut avouer que les commentaires qui vont suivre de Lakarra concernant les couleurs en basque feront véritablement date, cela ne peut raisonnablement souffrir, nous semble-t-il, aucun doute. Pourtant, il commence plûtot sobrement : « Querría dedicar unas líneas a dos colores, gorri y urdin, tan relevantes y especiales por muchas razones »476. Mais aussitôt, il fait sonner le canon : « Que ni gorri ha sido históricamente “rojo” ni, desde luego, urdin es ni ha sido históricamente “azul” están fuera de discusión »... Suit une mot d’esprit des plus improbables ― dans lequel il est même fait mention des... Asturiens lors de la bataille d’Arrigorriaga (et nous y reviendrons, pas aux Asturiens... à la question concernant le toponyme biscaïen) : « Bromas como la de S. Arana y la Batalla de Arrigorriaga, i.e., “la batalla de las peñas rojas (en sangre de asturianos allí denotados)” es como mucho eso, una broma de fines del XIX ». Et le voilà qui, après quelques commentaires sur le mot gorri, enchaîne aussitôt sur urdin : « Aun hoy, gorri significa bastantes otras cosas como “desnudo”, “pelado”, etc. y la onomástica medieval y moderna está llena de gorris “rubios” o “pelirrojos”. (...) La cuestión de urdin es aún más clamorosa ». Et pourquoi donc ? Parce que « ningún hablante nativo desconoce todavía hoy que urdin no equivale a “azul” »... Suit une digression, elle aussi des plus improbables quoique bien réelle, où il est fait allusion au Cubain Rubén Darío... ― dont on ne comprend toujours pas ce qu’il vient faire dans cette affaire : « (...) aparte de que, ¿ « qué pintaban en Veleia las estrellas azules de Rubén Darío y otros modernistas ? »... Revenons à urdin. Donc, selon Lakarra, ce mot basque n’équivaut pas à « bleu », mais plutôt : « [sino, más bien] a una serie de tonalidades que incluye gamas (pero no el conjunto) de azules, verdes, marrones, grises y blancos »... Il y a plus : « Es más : todavía hoy urdin no es sólo una sensación visual sino también olfativa o gustativa, aplicable, p.ej., a alimentos y texturas ». « Conclusion », tout en nuance, de l’auteur : « Es difícil, más bien imposible, por tanto, que gorri y urdin fueran nombres de colores y, en concreto, de “rojo” y “azul” en el s. III »... ...ni... « ni en ningún otro »... Enfin arrive la chute, comme bien souvent avec cet auteur quelque peu « énigmatique » (des phrases involontairement incompréhensibles ou bien à dessein ?) : « (...) por otra parte, sería interesante saber qué términos latinos corresponderían a gorri y urdin, sobre todo en las listas que los alumnos habrían de memorizar en la escuela, modelo natural de cualquiera que pudieran ellos componer posteriormente en su propio idioma ». 476

Lakarra, Informe, p. 21.

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Résumons, ou essayons du moins, tout ce conglomérat d’affirmations, une ensemble, il est vrai, assez disparate qu’on pourra en effet qualifier, en faisant preuve d’une certaine bienveillance, de quelque peu, pour reprendre l’expression de Núñez Astrain, « embarullado »477. Donc d’après Lakarra les mots gorri et urdin n’ont jamais signifié en basque « rouge » et « bleu »... Bien. On en tire donc la conclusion, qui dès lors va de soi, que les individus bascophones ou plutôt « proto-bascophones » du début de notre ère ne disaient jamais dans leur conversations quotidiennes « rouge » et « bleu »... Pourquoi ? Parce que, déclare Lakarra, avec l’ardeur qu’on lui connaît désormais, ces mots ne pouvaient à cette époque-là avoir cette signification en basque... ― et qui plus est, il s’agit dans le cas présent, rappelons-le, d’une affirmation archicatégorique, si on peut se permettre cette expression, de Lakarra et non pas d’une simple hypothèse de travail. Face à un raisonnement à ce point surprenant, étonnament abscons même, tout lecteur, fût-il non spécialiste de ces questions, commencera certainement à être saisi par le doute. Où veut en venir Lakarra ? L’auteur nous lance alors une perche... : « (...) por otra parte, sería interesante saber qué términos latinos corresponderían a gorri y urdin ». Eh bien, soit ! Allons de ce pas vérifier. En effet, comment disaient-ils en latin ? A en croire les meilleurs dictionnaire de la langue, dont l’incontournable Gaffiot, ils disaient : rŭber, -bra, -brum, « rouge » ; rŭbens, -tis, p.-adj. (rubeo), « rouge » ; rŭbĕo, -bŭi, -ēre, « être rouge » ; rŭbesco, -bŭi, -ĕre, « devenir rouge » ; rŭbellŭlus, -a, -um, « légèrement rouge » ; rŭbellus, -a, -um, « tirant sur le rouge », etc. Bref, que du rouge… Mais avaient-ils un mot pour dire, pour exprimer le concept de « bleu » ? Réponse : caerŭlĕus, -a, -um, var. caerŭlus, « bleu, bleu foncé » ; caerŭlĕum, « azur, couleur bleue », mais aussi caerŭlĕātus, -a, -um, « peint de couleur bleue », mais encore caerŭlans, -tis, « qui tire sur le bleu », voire caerŭla, -orum, « la mer (les plaines azurées) », etc. Bref, que du bleu… Et le rose ? Avaient-ils un mot pour exprimer le concept de « rose » ? Réponse : rŏsans, -antis, « couleur de rose » ; rŏsĕus, -a, -um (rosa), « (...) de la couleur de rose, rose, rosé ». Bref, de la couleur rose, toujours du rose... Et le vert ? Réponse : vīrĭdis, -e, « vert, verdoyant » ; vĭrĭdĭtās, -ātis, « la verdure, le vert » ; vĭrĭdo, -āre, « 1. rendre vert, devenir vert ; 2. être vert, verdoyant »478. 477

Luis Núñez Astrain, dont Lakarra pense manifestement le plus grand bien (il lui fait même, on l’a vu, une publicité non négligeable dans son Informe), n’hésite pas cependant dans son ouvrage intitulé El euskera arcaico, Ed. Txalaparta, Tafalla, 2003, p. 103 à qualifier les articles de Lakarra, pourtant de loin son meilleur partisan et lecteur, d’« embarullados »… (trad. litt. « embrouillé » qui d’après le Trésor de la Langue Française signifie : « Qui est compliqué, obscur. Explications, intrigues embrouillées »). 478

Gorrochategui, Dictamen, p. 18 : « (...) dos de ellos [i. e. de ces termes] aparecen a final de línea ante una aparente rotura del soporte (ver arriba, § 2.8) : AROS[ y BER[, que pueden ser leídos quizá como arosa y berde (...) son préstamos evidentes del español : arosa de una cronología muy moderna, y berde más antiguo ». Est-il cependant absolument certain que arosa est un emprunt « evidente[s] del español » ? En latin, on a bien rosa. Où est par conséquent l’impossibilité, si tant est qu’il y en ait une, théorique ? Pourquoi ne peut-on pas avoir à Veleia une forme AROS[a ? On ne le saura pas. En ce qui concerne la forme berde (si ce BER[... 117


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Absolument vert... Aucun doute. Et le noir ? Voici : ātĕr, atra, atrum, « noir [sombre, qui manque d’éclat], [de la nuit] », etc. ; nĭgĕr, -gra, -grum, « noir [difft de ater, v. ce mot], sombre (...) de teint basané », etc. Le blanc ? Voici : albus, -a, -um, « blanc mat [opposé à ater ; candidus. blanc éclatant, opposé à niger] », etc. Il est évident que nous n’allons pas continuer ainsi à décliner toutes les couleurs, etc479. A présent résumons et « concluons » : au début de notre ère donc, le commun des mortels parlant latin, quel que fût par ailleurs son niveau culturel, était parfaitement capable de dire des phrases élémentaires telles que celles-ci : « cet objet est rouge » (rouge, tout simplement... ) ou bien « celui-ci est bleu » (bleu, tout simplement... ), etc. Cela ne pouvant raisonnablement, nous semble-t-il, entraîner aucune discussion particulière, pas même de la part d’un auteur comme Lakarra, nous poursuivrons donc. En revanche, affirme Lakarra, dire cela, c’est-à-dire une phrase telle que « cet objet est rouge », etc., aurait été absolument impossible en basque de l’époque... car à l’époque le mot « rouge » ne pouvait pas signifier « rouge » et celui de « bleu » « bleu »... Ce que l’auteur semble sous-entendre dans le cas présent, sous-entendre car cela n’est jamais dit explicitement, est que les locuteurs bascophones de l’époque auraient possédé une langue, et donc indirectement une culture, tellement « primitive »480 que les concepts mêmes de « rouge » et « bleu » n’auraient pas pu avoir d’existence. Autrement dit : gorri, « rouge » et urdin, « bleu » ne pouvaient signifier en réalité l’un que « nu, pelé » et l’autre que « sale, gris », etc., mais en aucun cas et jamais « rouge » ni « bleu ». Le lecteur commence-t-il à trouver la prétendue démonstration de Lakarra quelque peu laborieuse et confuse ? Une sourde inquiétude commence-t-elle à naître en lui ? Ces affirmations à l’« emporte-pièce » et autres sous-entendus (à savoir le sous-entendu, jamais exprimé clairement cependant, concernant le soi-disant « primitivisme » de la langue et de la « peuplade » basques, un prétendu atavisme venu du fond des âges préhistoriques, etc., des croyances des plus puériles et simplistes relevant plus souvent de l’idéologie ruraliste et fantastique de Sabino, et par la suite reprise, entre autre, par Barandiaran, que d’une véritable réalité, et la série de présupposés tout aussi extravagants allant de pair, etc.) doivent faire l’objet, nous semble-t-il, des plus sérieuses réserves. représente, ce qui est probable, une forme « veleyense » berde), il n’existe absolument aucune difficulté. La syncope de la voyelle interne et l’ouverture du ĭ en e étant des phénomènes attestés en latin vulgaire (ces deux phénomènes ayant eu lieu entre le Ier et la fin du IIe siècle - début du IIIe siècle), soit vĭr(ĭ)de > berde (sarde birde), cf. Lausberg, op. cit., p. 301, § 281, p. 282, § 250 ; De La Chaussée, op. cit., pp. 179-181. Dans la Veleia du IIIe siècle, du point de vue strictement théorique, c’est une forme berde qu’on serait par conséquent en droit d’attendre. Or qu’avons-nous ? Une inscription BER[.... 479

Le lecteur pourra également, s’il le désire, consulter les articles suivants concernant le concept de couleur durant l’Antiquité : Arias Abellán, Ma del C., 2003, « El color en los autores (y textos) latinos cristianos », Latin vulgaire - latin tardif VI. Actes du VIe colloque international sur le latin vulgaire et tardif, Helsinki 29 août - 2 septembre 2000, H. Solin - M. Leiwo - H. Halla-aho (éds.), Hildesheim-Zurich-New-York, Olms-Weidmann, 2003, pp. 295-305 ; également du même auteur : Arias Abellán, Ma del C., 1994, Estructura Semática de los Adjetivos de Color en los Tratadistas de Agricultura y Parte de la Enciclopedia de Plinio, Secretariado de Publicaciones de la Universidad de Sevilla, Séville ; Arias Abellán, Ma del C., 1978, Los Términos de Color en las Metamorfosis de Ovidio (Aproximación a un Estudio Semántico y Estilístico), Publicaciones del Instituto de Historia del Derecho de la Universidad de Granada, Grenade ; Arias Abellán, Ma del C., 2006, « La Función Simbólica del Color en el Edipo de Séneca », Medicina y Literatura V. Sevilla, Padilla Libros Editores y Libreros, pp. 121-131 ; Arias Abellán, Ma del C., 2006, « Los Adjetivos Albus-Candidus en la Poesía Epigráfica (Pagana y Cristiana) », Éd. Latin Vulgaire-Latin Tardif VII, Secretariado de Publicaciones de la Universidad de Sevilla, Séville, pp. 53-65. 480

Ce qui est vraiment plus que douteux. En effet, les bascophones de l’époque étaient-ils véritablement à ce point « primitifs » ? On se permettra d’en douter.

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Cela étant, il est indéniable que la culture euskarienne du début de notre ère devait être moins avancée, beaucoup plus fruste, que celle de dont pouvaient faire étalage les Romains. La discussion ne peut en effet porter sur ce point. Mais le sous-entendu, car il s’agit clairement d’un sous-entendu de Lakarra (à moins évidemment que l’auteur fasse des sous-entendus sans s’en rendre compte comme le fameux M. de Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir... ) selon lequel le retard culturel, c’est-à-dire ici essentiellement « technologique », d’une population, ici en l’occurrence la « proto-basque », implique, voire entraîne de facto l’existence d’une langue « primitive », autrement dit « pauvre », est de toute façon profondément erroné et il est étonnant qu’un linguiste d’un tel niveau, ou censé l’être, puisse tomber dans ce genre de raisonnement. On sait en effet, et tout étudiant de linguistique inscrit en première année universitaire le sait également, qu’il n’y a pas de lien entre retard technologique d’une population donnée et la puissance langagière qui sera celle de la langue parlée par cette même population. Autrement dit, si personne ne peut sérieusement nier que la société des Aborigènes d’Australie par exemple, ou bien celle des Amérindiens des Etats-Unis, accusaient lors de leur rencontre avec la société européenne, un retard « technologique » indiscutable, c’est-à-dire que l’on pourrait qualifier en grande partie de « culturel », du moins selon nos critères occidentaux, bien que ces derniers soient dans bien des cas discutables, il n’en reste pas moins les langues parlées par ces populations sont d’une richesse, sinon inouïe, du moins très grande, des langues capables d’exprimer en effet des nuances que ni l’anglais ni le français ne sont capables de rendre, fût-ce de façon approximative. Le « primitivisme » supposé d’une population donnée n’implique donc pas automatiquement et obligatoirement une quelconque « pauvreté » de la ou les langues que cette même population sera amenée à parler. Ce serait en effet une erreur de débutant de croire qu’une langue aurait une structure plus simple parce qu’elle s’est développée au sein d’une culture dont les structures politiques sont simples et la technologie moins avancée. Cela est tellement élémentaire qu’il pourra paraître ici quelque peu superflu de le rappeler. Lakarra semble pourtant l’ignorer, lui qui nous dit, on l’a vu, qu’au début de notre ère gorri et urdin ne pouvaient en aucun cas (quoiqu’il n’en donne pas la raison, qu’il nous faut donc deviner... ) signifier « rouge » et « bleu ». Quant à Gorrochategui, lui qui donne parfois l’impression, mais il ne s’agit peut-être ici que d’une simple impression, probablement, voire même assurément, fausse, de s’être concerté avec Lakarra sur certains points de son Dictamen, reprend le sujet à son compte et en rajoute quelque peu : « Por último, tenemos un problema general acerca del sentido antiguo de los nombres del stock vasco : que su sentido como nombre de color no está asegurado como originario, siendo más probable que se trate de acepciones semánticas evolucionadas y concreciones de sentidos anteriores más amplios »481. Mais, curieusement, il poursuit en ne citant seulement que le cas d’une seule de ces couleurs, le « rouge », alors que quelques lignes auparavant il indique pourtant au(x) lecteur(s) qu’il s’agit d’un « problema general »... : « [A]sí, p. ej. gorri no es única ni originariamente un nombre de color, sino algo que refiera a “pelado, sin cobertura, etc.” como se aprecia por topónimos como Aitzkorri o expresiones como larru gorri ». Donc, et il s’agit ici manifestement d’un sous-entendu des plus limpides de la part Lakarra et de Gorrochategui, donc si ces inscriptions « veleyenses », laissent-t-ils entendre unanimes, font état d’une liste de couleur dans laquelle apparaissent le « rouge » et le « bleu » (Gorrochategui ne mentionne cependant, on l’a vu, que le cas du « rouge »... ), par conséquent cela ne peut que constituer un indice flagrant de falsification... Et la boucle est bouclée, mais la ficelle n’en demeure pas moins quelque peu grossière...

481

.Gorrochategui, Dictamen, p. 19.

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Et il n’y aura guère en conséquence qu’un public candide et mal informé pour tomber dans un leurre aussi éléméntaire et défectueux. Car, aussi loin que l’on remonte dans le temps, gorri signifie « rouge », contrairement à ce qu’affirment ces deux auteurs, en faisant preuve encore une fois d’une imprudence des plus surprenantes, pour dire le moins, du moins à un tel niveau, ou prétendu niveau, de la recherche. Commeçons par le toponyme Arrigorriaga. Lakarra affirme, catégorique, que ce nom basque ne peut en aucun cas et n’a jamais pu signifier « peñas rojas » car cette traduction, ajoute-t-il, ne constitue, « como mucho », rien d’autre qu’une « broma » (une « blague »... ) « de fines del [siglo] XIX »... ― Lakarra ne faisant pas ici, il est vrai et encore une fois, preuve d’une grande clarté, on suppose dans le cas présent que la « blague »... de Sabino, que veut manifestement nous faire partager Lakarra, réside dans l’expression « en sangre de asturianos allí denotados » et non pas dans la signification même du toponyme « peñas rojas ». Par conséquent si, à en croire Lakarra, Arriagorriaga ne signifie pas « (lieu) des pierres, des roches rougeâtres, vermeilles », que peut donc alors signifier ce nom ? Lakarra ne le dit pas, mais il le sous-entend ici clairement. Ce nom biscaïen signifierait en réalité : « (lieu) des pierres, des roches nues, pelées ». Gorrochategui, dont la finesse d’esprit est indiscutable, en tout cas supérieure à celle de Lakarra, et se doutant bien que l’exemple du nom Arriagorriaga n’est certainement pas des plus probants, choisit plus prudemment de ne pas citer ce toponyme biscaïen préfèrant en effet en mentionner un autre, celui que porte une célèbre montagne basque, à savoir : Aitzkorri (l’élément (h)aitz est en effet vieil oronyme signifiant « pierre, rocher, mont rocheux »), lequel signifie en effet, cela est plausible, « rocher, mont rocheux nu, pelé » plutôt que, d’après les photographies de cette montagne que nous avons pu consulter, « mont rocheux de couleur vermeille », ce qui aurait pu parfaitement être le cas cependant. Mais affirmer en revanche, comme le fait pourtant Lakarra, que Arriagorriaga ne signifie pas et ne peut en aucun cas signifier « (lieu) des pierres, des roches rougeâtres, voire vermeilles », c’est aller probablement un peu vite en besogne car ce type de nom, d’une banalité achevée, est bien attesté dans d’autres régions d’Europe. Au nord-est du Portugal par exemple, dans la région de Bragança, on trouve une localité du nom de Penas Roias dont le nom signifie en portugais moderne, et il y a sur ce point unanimité générale chez tous les auteurs ayant été amenés à étudier ce nom, « pedras vermelhas », soit en français « pierres rouges, vermeilles » car le sol de la butte, où se trouvait auparavant une enceinte dite protohistorique, sur laquelle fut contruit le château médiéval, connu sous le nom de Castelo de Penas Roias, était de couleur rougeâtre. En Galice, dans la province de Pontevedra, on a, entre autres, le lieu-dit de Pedras Roxas, etc. En Andalousie, dans la province de Jerez, on a un lieu-dit Las Piedras Rojas décrivant clairement la nature du sol, etc. Dans les Asturies, et assurément dans bien d’autres régions d’Europe, on trouve plusieurs noms de lieux, faisant également appel à la couleur des pierres, autre que « rouge », tels que Pedralba, Pedroba, Pidroba (< pĕtra(m) alba(m), « pierre blanche »), mais également Piedresblanques, A Pedra Branca, Piedrasblancas et même Piedresnegres, « pierres noires », etc. Le véritable nom asturien, traditionel et populaire, de Cabo de Peñas, qui n’est rien d’autre qu’un nom officiel et récent du lieu, c’est-à-dire de la pointe rocheuse la plus septentrionale de la péninsule Ibérique, est en réalité Piedres Albes (le Petris albis attesté en 921 ?)482, etc. Si on s’en voulait s’en donner la peine, ce qui n’est pas le cas, on pourrait continuer mais cela est parfaitement inutile. Donc Lakarra affirme, on l’a vu, il affirme encore et toujours... , qu’il est « difícil », sino « más bien imposible », que, poursuit-il, « gorri y urdin fueran nombres de colores » durant el « s. III » ni... « ni en ningún otro »...

482

.Orpustan, La langue basque au Moyen-Âge, p. 346.

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Pourtant, le surnom attesté en 1258, à savoir (domenca) beguy urdina483 ne signifie pas « l’oeil sale, gris »... mais bel et bien, à n’en pas douter un instant, et personne n’en a jamais douté au demeurant, « l’oeil bleu », c’est-à-dire « Dominique (fém.) aux yeux bleus »484. Conclusion : il y a huit siècle urdin, -a signifiait en basque... « bleu ». Passons à présent à la couleur « rouge », gorri. Le nom du village de Saint-Etienne-de-Baïgorry, en basque Baigorri, traversé par une rivière appelée la Nive de Baïgorry, est attesté pour la première fois en 1057 sous la forme uaigorri, soit la bagatelle, à quelques décennies près, de dix siècles ! Et que peut bien signifier dans ce nom de lieu le mot gorri ? « Pelé(e) » ? Ou bien « nu(e) » ? Certainement pas ! Et s’il faut toujours éviter de tomber, à l’instar de Gorrochategui et Lakarra, dans l’affirmation gratuite et facile, il n’en reste pas moins que nous sommes ici face à une signification n’entraînant aucune difficulté. Dans uaigorri a. 1057 le terme gorri ne signifie et ne peut signifier, comme nous allons à présent le constater aisément, que « rouge ». Pourquoi ? Henri Gavel signalait : « [I]l est fort possible que bai soit précisément la forme primitive de ibai “rivière” ; car l'i initial de nombreux mots euskariens paraît être, suivant une théorie ingénieuse et très vraisemblable de Schuchardt, un ancien préfixe devenu plus tard partie intégrante du thème, sa valeur originelle ayant été oblitérée et perdue de vue ». Au-delà de la question de l’étymologie du mot ibai selon laquelle l’i initial y constituait peut-être autrefois un suffixe, hypothèse de travail dont on pourra toujours discuter, l’auteur ajoutait un fait intéressant : « Cette hypothèse serait corroborée par le nom de lieu Baigorri, qui signifierait en ce cas “rivière rouge” »485. Cette signification paraît en effet d’autant plus vraisemblable qu’il nous est fréquemment arrivé d’assister, et d’autres avant nous l’avaient également constaté, à un spectacle étonnant : vers la fin de l’hiver (et cela s’est produit notamment en 1999), on voit souvent à Bayonne la Nive prendre une couleur rougeâtre extrêmement prononcée. Gavel avait également assisté à ce spectacle : « Or, appliquée à la Nive de Saint-Etienne de Baïgorry, cette signification [“rivière rouge”] aurait une valeur particulièrement graphique ; car les eaux de cette rivière prennent une teinte rouge, dès que la pluie tombe en abondance. L’auteur poursuivait : « Lors des inondations de 1913, la teinte était si forte que la rivière, malgré l’adjonction d’affluents importants, tels que la Nive de Saint-Jean-Pied-de-Port, restait rouge jusqu’au niveau des Allées-Marines de Bayonne ». Cela est absolument exact. Nous en avons été également le témoin oculaire il y a quelques années, comme cela a déjà été signalé auparavant. En effet, en 1999 et quelques années plus tard également, nous avons pu assister pendant plusieurs heures à ce curieux spectacle. Et par conséquent ici l’épithète « rouge », pour quiconque a pu assister à ce spectable, n’a véritablement rien d’une exagération car lors de ces crues la rivière de la Nive se transforme véritablement en une rivière teintée d’une forte couleur rouge ocre486.

483

.Orpustan, op. cit., p. 346.

484

.Orpustan, op. cit., p. 160.

485

Gavel, H., 1931, « Du nom de Bayonne et de quelques autres noms de lieux aquitains ou espagnols », Bulletin de la Société des Sciences, Lettres, Arts et d’Etudes Régionales de Bayonne, n° 7, pp. 37-47, v. pp. 38-39.

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Par conséquent que peut bien signifier un nom comme Baigorri sinon « rivière rouge » ? « Rivière nue »… ? « Rivière pelée »… ? Certainement pas ! Le « nom signifie simplement “rivière rouge” »487. Et à quelle date est attestée ce nom ? Réponse : il y a mille ans. Conclusion : il y a mille ans le mot gorri signifiait donc déjà en basque « rouge ». Peut-on sérieusement se risquer à contester une tel raisonnement, le poids d’une telle évidence ? Par conséquent, laisser entendre, comme le font Gorrochategui et Lakarra, que quelques siècles auparavant, c’est-à-dire au IIIe ou au IVe siècle, le mot gorri ne signifiait pas et ne pouvait pas signifier « rouge » relève simplement de la fantaisie la plus achevée. Que les termes gorri et urdin soient des vocables dit polysémiques, cela personne ne le conteste et ne l’a jamais contesté. Qu’il y a trois ou quatre mille ans, voire plus, bref dans un passé préhistorique plus ou moins lointain, ces termes ne signifiaient pas en « basque » (mais était-ce vraiment du basque ?) de l’époque, « rouge » et « bleu », cela également personne de le conteste. Mais nous ne somme pas ici en train de parler de la préhistoire… mais simplement d’une époque précédant de quelques siècles l’an Mil. En ce qui concerne les inscriptions 16364) NIIV VIILIIIAN GORI BISI NA488, 16365a) NIIV LAIKI / (ῆλloς)489 NA / XI URTE TU / VIILIIIAN GORI BISI TA et 1366) NIIV LAIKII TA VIILIIIAN GORI, Lakarra écrit : « Es difícil pensar que VELEIAN GORRI fuera algo como “en la Veleia Roja (?)” sino más bien “en cueros en Veleia” »490. Mais bien évidemment ! Car c’est le contexte qui déterminera toujours le véritable sens de gorri, aujourd’hui comme il y a deux mille ans. 486

. En ce qui concerne le Baigorri navarrais (La Solana, Estella, Baygorri, 1268), nom d’un ancien village situé au bord de la rivière Ega et aujourd’hui abandonné, le nom désignant également de nos jours une chaîne de montagnes surplombant l’un et l’autre, on a probablement affaire à la même étymologie appliquée cette fois-ci à la rivière Ega. 487

Orpustan, J.-B., 2006, Nouvelle toponymie basque, Ed. P.U.B, p. 164, § 171.

488

A propos de cette phrase « veleyense » BISI NA, où NA ne constitue rien d’autre très probablement qu’une abréviation de naiz ou tout simplement une erreur de l’écolier ayant été amené à écrire cette phrase, Lakarra fait état d’un commentaire, absolument extraordinaire, qui fera, à n’en pas douter un instant, date dans le cercle des Etudes Basques. Les voici, Informe, p. 16 : « Con todo, la forma conjugada más aberrante es otra ; la última palabra de VELEIAN GORRI BISI NA sólo es posible para un vascuence muy concreto : exactamente [sic !] el hablado en el s. XX y comienzos del XXI en la línea Ondarroa-Markina y zonas (muy) allegadas »... Bref, les présumés faussaires seraient, d’après Lakarra, originaires de la région... d’Ondarroa-Markina « y zonas (muy) allegadas » !

Cette inscription « veleyense » < (ῆλLoς) > ou < (ῆλIoς) > constitue une tentative retranscription du terme grec ἥλιος, « soleil », voire du nom propre Ἥλιος / Hếlios, personnification du Soleil. Gorrochategui, Dictamen, p. 11, la qualifie curieusement de « palabra poco inteligible ». L’inscription n° 16363 se lit quant à elle, d’après la photographie consultée, ELOS (φῶς[) ? plutôt que ELOSI φῶς (où ELOSI a été identifié par certains au basque erosi, « acheter » !). ELOS doit être ici une tentative maladroite de retranscrire en écriture latine le grec ἥλιος, « soleil ». Le terme φῶς, phōs signifie en grec « lumière ». Gorrochategui, Dictamen, p. 11, n’est pas clair dans ses conclusions : « Aunque esperaríamos una -s final en forma de c (forma habitual en los grafitos), no podemos concluir su falsedad por esto ; ni tampoco por la existencia de ω ni por la del acento circunflejo ». En revanche, il insinue ensuite, sans oser toutefois le supposer et encore moins l’affirmer, que la forme de la première lettre, à savoir φ, résulterait d’une falsification. Cela étant, une insinuation n’a et n’a jamais eu aucune valeur. La question est par conséquent : s’agit-il oui ou non d’une falsification ? Gorrochategui ne le dit pas. 489

490

Lakarra, Informe, p. 21.

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Par conséquent cette chute de Lakarra, une véritable lapalissade en réalité, sera ici d’autant inattendue que celui-ci s’est auparavant longuement évertué à convaincre son lectorat que gorri ne pouvait en aucun cas signifier au IIIe siècle « rouge ». Qui a prétendu en effet que gorri ne pouvait signifier et ne signifiait à l’époque que « rouge » ? Certainement pas nous ! Mais cela n’enlève rien au fait que prétendre l’inverse, comme le fait pourtant Lakarra, et dans une moindre mesure Gorrochategui, c’est-à-dire prétendre, affirmer même, que ce terme n’a en aucun cas jamais pu signifier « rouge » au début de notre ère, bref prétendre cela n’en reste pas moins dénué de tout fondement. En guise, Lakarra, qui cherche décidément par tous les moyens, même les plus improbables, à persuader le lecteur que gorri ne pouvait en aucun cas signifier à cette époque « rouge », fait feu de tout bois, au risque de finir par éveiller quelques soupçons parmi les observateurs, fussent-ils les plus bienveillants, lorsqu’il écrit : « Por otro lado, gorri es el participio de gor “sordo” pero también “entumecido”, por lo que su antiguo significado se aleja más y más de lo necesario en el uso veleyense »491. 42. La forme PLUTON D’emblée, Gorrochategui affirme (2008 : 23) : « Los nombres propios citados Varron (11417 ; 11461-B), Pluton (11429 ; 11530) y Marte (12379) son formas específicamente castellanas, que se originan a partir del acusativo sing, latino vulgar de sus respectivas palabras : Varrone, Plutone, Marte. La diferencia entre ellas es que mientras que las dos primeras han perdido la -e final, Marte la ha conservado ». Puis, faisant appel à l’« apócope de -E en castellano antiguo », il ajoute : « Pero esta diferencia, que no se aprecia en italiano por ejemplo, se da solo en español gracias a una ley de pérdida de la -e final, que actuó hacia los siglos XI y XIII y que con remodelaciones ulteriores terminó por restringir la pérdida a un contexto en que la -e iba tras consonante apical simple. Así que afectó a las que terminaban en - ne (como pane > pan), pero no a las que terminaban en grupo -rte (como fuerte). (Cf. Lloyd, 335ss.) ». Conclusion de l’auteur : « La secuencia que hallamos es correcta solamente desde los parámetros del español moderno. La forma Pluton (atestiguado dos veces en listas de divinidades) es inexistente en latín ». Pourtant, si nous feuilletons l’Eneide de Virgile, nous y lisons au livre VII, 327 : « Odit et ipse pater Pluton, odere sorores Tartareae monstrum ; tot sese uertit in ora, tam saeuae facies, tot pullulat atra colubris ». Soit en français : « Le vénérable Pluton lui-même hait, ses soeurs du Tartare haïssent, ce monstre qui prend tant de visages, des aspects si redoutables, avec sa tête sinistre où pullulent les serpents ». Le texte latin est d’une clarté indiscutable. Toutes les éditions de Virgile que nous avons consultées sont au demeurant unanimes. Elles donnent une forme (pater) Pluton et non (pater) Pluto. Il ne peut donc s’agir d’une erreur d’imprimerie. Cela paraît d’autant plus clair que quelques vers plus loin, VII, 330, le nom de Junon apparaît dans le texte sous une forme latine Iuno (et non pas **Iunon). « Quam Iuno his acuit uerbis ac talia fatur : “Hunc mihi da proprium, uirgo sata Nocte, laborem, hanc operam, ne noster honos infractaue cedat (...)” ». Soit en français : « Junon l'excite en ces termes et lui dit : “Ô vierge, fille de la Nuit, accorde-moi ton concours, aide-moi : que notre honneur, notre renom ébranlé ne cède pas (...)” ». La conclusion de Gorrochategui selon laquelle la « forma Pluton (atestiguado dos veces en listas de divinidades) es inexistente en latín » semble donc inexacte. 491

Lakarra, Informe, p. 21, n. 13.

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En latin la forme Pluton existe. Enfin, si on consulte, par précaution et à titre de vérification, le Gaffiot, l’autorité en matière de langue latine, à l’entrée correspondant à ce nom on lira le plus naturellement du monde (c’est nous qui soulignons) : « Plūto, Plutōn, -ōnis, m. (Πλούτων), Pluton [fils de Saturne et d’Ops, frère de Jupiter et de Neptune, dieu des enfers] », etc. Cela a pour conséquence de clôre, semble-t-il, le débat492. En fait, la langue latine connaît deux formes : Plūto et Plutōn. C’est pourquoi certains auteurs latins écrivent tântot Pluto, tantôt Pluton493. Il semblerait en effet que sur cette question concernant le nom de Pluton Gorrochategui494 et un autre auteur, Julio Núñez495 pour ne pas le citer, se soient, certainement dans leur précipitation à vouloir trancher dans le vif, tous les deux platement fourvoyés... Isabel Velázquez est la seule qui ne tombe pas dans l’erreur496.

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Et même dans l’hypothèse où une forme latine Plutōn n’eût pas existé, il existait encore bien d’autres explications à la présence de cette forme PLVTON dans les inscriptions En effet, Gorrochategui, pas plus que Velázquez d’ailleurs, ne prend pas en compte le fait que cette « apócope de -E » final avait également lieu, à en croire les dires de Nierdermann, en latin populaire : « e (tant ancien qu’issu de i en vertu du § 22) en syllabe finale ouverte était sujet à tomber ». Nierdermann cite ensuite de nombreux exemples, il est vrai d’époque républicaine, donc dans notre cas peu probable, dont voici un échantillon : vīn, « veux-tu ? » < vīsne ; nōstīn, « sais-tu ? » < nōstīne , viden, « vois-tu ? » < vidēsne, etc492. Mais dans le cas concernant la forme Pluton, il n’était pas même nécessaire de faire appel à ce type d’explication. Car, curieusement, c’est ce même Gorrochategui qui, une fois de plus, donne la réponse à la question qu’il (se) pose... : « Podría argumentarse a la desesperada [sic] que en el grafito 11429 (lista de divinidades por parejas greco-latinas) Pluton fuera un helenismo ; es decir, una trascripción [en écriture latine] de la forma griega Πλούτων ». Cela est exact. C’est la tendance grécisante, manifeste dans les inscriptions de Veleia, comme nous l’avons déjà constaté à plusieurs reprises, et qui ne revêt pas pas plus dans le cas présent que dans les autres un caractère « desesperad[o] », contrairement à ce que prétend Gorrochategui, qui aurait pu expliquer tout simplement une forme comme Pluton. Affirmer donc, comme le fait l’auteur, qu’il ne peut s’agir, en ce qui concerne ce nom, que d’une forme « española » paraît quelque peu hâtif. La suite de l’argumentation de cet auteur, démonstration qui s’apparente plus à une « conclusion-affirmation » qu’à une simple hypothèse de travail, est également des plus insolites : « Pero teniendo en cuenta que el escriba ha sido incapaz de transcribir la divinidad griega Θοιβος correctamente al latín culto Phoebos, o a lo sumo Phoebus, habiendo utilizado en su lugar una forma enormemente vulgar como Febo, dicha explicación para la forma Pluton resulta insostenible. Es, pues, una forma meramente española ». La chute, on nous le concèdera aisément, a de l’allure. Mais est-elle vraie pour autant ? Puis, insistant quelque peu : « Sobre la posibilidad autónoma de la existencia de estas formas en un texto latino vulgar, solamente Marte podría ser admitido, como abl. sing. / acus. sing, (frente a Mars como nom. y Martis — quizá la variante Martes — como gen.) ; ahora bien en el grafito 12379, Marte se encuentra en una enumeración de tres nombres de divinidad, entre Iupiter y Ceres. Ambas formas son formas correctas latinas de nominativo sing. ; esperaríamos por tanto, Mars ; o bien, de haberse producido ya una asombrosamente temprana sustitución del nominativo por el acusativo (¡), esperaríamos la serie Iove, Marte, Cerere ». Est-il en effet absolument certain que cette « sustitución del nominativo por el acusativo », qu’il qualifie d’« asombrosamente temprana », n’avait pas eu lieu au début de notre ère ? Ce n’est pourtant pas l’avis de Väänänen (cf. infra, § 55) ni celui d’un autre auteur de tout premier ordre, Manuel Díaz y Díaz (cf. Díaz y Díaz, M. C., 1959, « El latín de la Península Ibérica : rasgos lingüísticos », Enciclopedia Lingüística Hispánica, vol. I, Madrid, pp. 153-197, v. p. 186, § 62), des auteurs pour qui cette « sustitución » ne pose manifestement aucun problème. 493 Une double tradition existant également dans de nombreux autres noms de l’Antiquité tels que, par exemple, Alco / Alcōn, Amphitryo / Amphitryōn, Aristo / Aristōn, Gyco / Glycōn, Dino / Dinōn, Laco / Lacōn, Lauro / Laurōn, Marcio / Marciōn, Pytho / Pythōn, Solo / Solōn, Xeno / Xenōn, Parmenio / Permeniōn, Telamo / Telamōn, Phaedo / Phaedōn, Philo / Philōn, Chiro / Chirōn, etc. 494

« Todas estas formas son plenamente románicas y además, si el análisis es correcto, la de virgine está en contradicción con Varron y Pluton » affirme-t-il. 495

Núñez, Informe sobre los motivos iconográficos presentes en los denominados « grafitos de carácter excepcional », del conjunto arqueológico de Iruña-Veleia, p. 12, n° 11429, qui affirme : « (...) y luego el nombre de su “partenaire” latino PLVTON, también imposible desde el punto de vista de la lengua »...

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Elle écrit : « Lo mismo podría estar sucediendo en el caso de Pluton, donde lo habitual es la flexión Pluto-onis, pero al no ser desconocida la grafía Pluton, tomada a partir del nombre griego Πλούτων-ωνος, no la considero como otra grafía irregular aquí »497. El ajoute, ce qui est tout à son honneur (mais, si elle veut rester crédible, a-t-elle le choix ?) : « en aras de un estricto rigor en el análisis ». Mais fidèle à son a priori on ne peut plus négatif envers ces inscriptions « veleyenses » dont elle éprouve manifestement du mal à accepter l’existence (cf. supra, §§ 15, 16, le cas de la graphie < QU >), elle ne peut s’empêcher d’ajouter aussitôt : « No obstante, el problema no se plantea por la presencia de PLUTON en nominativo, que puede ser correcto en latín, sino en relación con el contexto de las demás grafías y el panorama lingüístico que ofrece el conjunto onomástico de los grafitos, del que, lógicamente no puede individualizarse ». Cela s’appelle en français une phrase « creuse » ou, si l’on préfère, « passe-partout », c’est-à-dire une phrase voulant à la fois tout dire et... ne rien dire. Isabel Velázquez louvoierait-elle ? Inutile d’être une sommité de la psychologie pour constater que Madame Velázquez a manifestement beaucoup de mal à admettre qu’il ne peut dans le cas présent, c’est-à-dire en ce qui concerne cette inscription PLVTON, en aucun cas s’agir d’une falsification. 43. La forme VARRON Etant donné que Gorrochategui se trompe platement dans son analyse concernant la forme Pluton, dès lors pour quelle mystérieuse raison faudrait-il prendre pour argent comptant ses dires sur la forme Varron ? La forme grecque de ce nom étant Βάρρων, il est tout à fait possible que celle de Varron ne soit dans le cas présent qu’une simple forme grécisante, autrement la retranscription en écriture latine de la forme grecque de ce nom. Ou bien, plus simplement, une forme refaite analogiquement sur celle de Pluton citée auparavant. Pourquoi pas ? Où est par conséquent l’impossibilité ?498 496

Et il est normal que Madame Velázquez, c’est du moins là, serait-on presque tenté d’ajouter, le moins à quoi puisse s’attendre en effet, sinon exiger, le lecteur, spécialiste ou non, il est donc parfaitement normal que cet auteur ne tombe pas dans une erreur aussi élémentaire. Car Madame Velázquez est, rappelons-le, « Catedrática de Filología Latina », c’est-à-dire titulaire de la chaire de latin à l’Université Complutense de Madrid. Si elle avait commis une erreur de cette envergure, une erreur que commet pourtant, on l’a vu, Gorrochategui... , il y aurait eu alors en effet de sérieuses raisons d’être inquiet. 497

Velázquez, Informe, p. 26.

498

Il ne faudrait jamais, au risque de se répéter une énième fois, mais comment faire autrement, perdre de vue que nous sommes au IIIe et IVe siècles, que nous avons affaire incontestablement à du latin vulgaire et non pas à du latin classique, une nuance, de taille, à laquelle pourtant Gorrochategui et les autres commentateurs concernés par cette affaire ne semblent pas, curieusement, accorder la moindre importance, voire ne tenir nullement compte au moment d’analyser ces questions. Dire enfin que ceux qui écrivent ou s’efforcent de le faire ne sont probablement à Veleia, pour reprendre l’expression de Larrea, que de « pauvres diables » (cf. supra, § 2.2), presque toujours des enfants ou des adolescents, qui s’essayent tant bien que mal à l’écriture et rappeler enfin, ce que beaucoup de ces commentateurs paraissent également et curieusement oublier, que sommes ici bien loin de Rome et de ses élites lettrés et raffinés de l’époque d’Auguste. Lorsqu’on constate qu’un auteur comme Grégoire de Tours, qui vécut au VIe siècle, n’a plus, de l’avis des commentateurs les plus autorisés, qui au demeurant sont unanimes sur cette question, qu’une connaissance très imparfaite du latin, une langue qu’il maltraite à longueur de pages, comment en aurait-il pu être autrement à Veleia ? A Veleia de surcroît, dans le cadre de ce qui, selon toute vraisemblance, devait constituer une « école » ou du moins un embryon d’école. Lorsqu’on constate que le niveau des enfants scolarisés de nos jours dans nos pays industrialisés est, à en croire certains spécialistes, « inquiétant », sans même avoir à mentionner le cas particulier de la France où le niveau de la maîtrise de l’écriture et celui des connaissances en général est, semble-t-il, de plus en plus « préocupant » (tous niveaux confondus, de l’école primaire à l’université), pourquoi dès lors tant d’étonnement (un étonnement, de la part de certains des commentateurs que nous sommes amenés à citer dans le 125


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Mais c’est incontestablement García y Bellido499, un auteur de tout premier ordre dont nous avons déjà eu l’occasion de citer le nom et certains travaux au cours de nos commentaires, qui donne la solution au « problème » posé par l’existence de cette forme « veleyense » VARRON. Sur les célèbres « tabellae de arcilla cocida », probablement du début IIe siècle, apparaît une forme LEGION en lieu et place d’une forme théoriquement attendue LEGIO ou LEGIONE500... Pourquoi en conséquence une forme « veleyense » VARRON serait-elle inconcevable ? Gorrochategui prétendrait-il également, comme il le fait pour Veleia, que ces célèbres tabellae où apparaît la forme Legion seraient fausses ? 501

cadre de notre article, qui parfois pourra sembler plus feint que réel) devant l’aspect fautif et maladroit de ces inscriptions « veleyenses » ? Cet aspect fautif et maladroit des inscriptions ne constituerait-il pas finalement dans le cas de Veleia la meilleure preuve d’authenticité qui soit ? 499

García y Bellido, A., « El llamado “Itinerario de barro” », Boletín de la Real Academia de la Historia 172, Cuaderno 3, 1975, pp. 547-563. 500

Dans son article García y Bellido écrit, p. 9 : « No hay trazo de E final de [LEGION]E como se ha dicho, pero sí el ángulo inferior derecho de una N. Debió poner LEGION y no LEGIONE ».

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Tout comme pour les manuscrits de la mer Morte, dont certains spécialistes avaient en effet mis en doute l’authenticité, avant d’être forcés finalement d’admettre qu’il ne pouvait s’agir en aucun cas d’une falsification, ou encore comme dans le cas de la pierre d’Hasparren, dont l’authenticité avait également été mise en doute par certains, ici non plus sans grand succès, voire maintenant les inscriptions de Veleia, que certains veulent absolument considérer comme fausses, l’authenticité du célèbre itinéraire connu sous le nom de Itinerario de barro a également été mise en doute. On a en effet émis, signale García y Bellido, op. cit., p. 549, « ciertas dudas sobre su autenticidad basándose, sobre todo, en diferencias de longitudes con otros itinerarios, principalmente con el de mayor valor, el llamado de Antoninus ». Mais les objections présentées ne tiennent pas, comme cela est également le cas pour Veleia, car aujourd’hui, il est admis, avec et à la suite, entre autres, des travaux de García y Bellido, que l’hypothèse de la falsification de ces tabellae est fantaisiste. García y Bellido ajoutait, p. op. cit., 550 : « Después de estos estudios hemos de citar el nuevamente (1972) hecho por el señor Diego Santos como tesis doctoral relativa a toda la epigrafía de las antiguas Asturiae y su Conventus ; es decir, del Cantábrico al Duero. En este exhaustivo trabajo, aún inédito pero ya público, se estudian de nuevo las listas itinerarias de estas placas poniendo al día los problemas aún subsistentes. Respecto a las sospechas levantadas por Arias se muestra escéptico, adhiriéndose más bien a la opinión común de que todas son piezas igualmente auténticas y, como tales, incluye en su estudio a las cuatro por igual (...) Comencé por hacerme de tres colecciones de fotografías tomadas en distintas incidencias de luz. Sobre ellas y sobre calcos, perfilé a lápiz un dibujo minuciosísimo de las mismas. Con tal dibujo y ante los originales en mano [Puestos gentilmente a mi disposición por la directora del Museo de Oviedo, a quien rindo aquí testimonio de gratitud], pasé a tinta, trazo a trazo, letra a letra, fragmento por fragmento, y a un tamaño como un tercio mayor que el original, las cuatro inscripciones de las tabletas. Para ello, y cuando era necesario, echaba mano también de las fotografías y siempre de la lupa. El resultado son los grabados que reproducimos en las figuras a las que acompañan también las fotografías correspondientes. Este dibujo, hecho por mi, personalmente, me ha familiarizado de tal modo con los grafitos, con el ductus del amanuense, con su “grafología”, digámoslo así, que ello, juntamente con la calidad del barro, su pátina, su estructura, su cochura, etc., me permiten poder asegurar que, cualquiera que sean las deducciones que se quieran sacar de las anomalías o los yerros evidentes y patentes en estas cuatro inscripciones, se trata de piezas absolutamente auténticas las cuatro y más si se cotejan las dadas por auténticas con las reputadas por apócrifas. No hay diferencia entre ellas que autorice a suponer dos manos y dos tiempos (¡ diez y nueve siglos de diferencia entre unas y otras !) distintos. Además, aparte estos argumentos “físicos” y “objetivos”, quedan los meramente “humanos”. Y en ello estoy con las certeras palabras con que replicó Sánchez Albornoz a las dudas de Blázquez antes copiadas: “No tengo empeño alguno – decía Albornoz – en defenderlas [alude a las placas] pero sí en hacer constar que Blázquez [y hemos de añadir: Arias y sus seguidores] no ha probado su falsedad, pues los errores que señala en los datos que consignan aquellas no son pruebas de falsificación, sino simplemente yerros. Puede ser equivocada la información del autor y no ser éstas apócrifas” [C. Sánchez Albornoz, “De Birovesca a Suessatio” , Revista de la Biblioteca, Archivo y Museos del Ayuntamiento de Madrid, 8, 1931,10 s.]. Suscribo este juicio que me evita repetir lo dicho con otras o parecidas palabras. Es como si negásemos valor documental, autenticidad, al Ravennate, a Ptolemaíos o al mismo Itinerario Antoniniano por las discrepancias y errores que contienen ». Et García y Bellido, op. cit., p. 551, de poser des questions simples, les meilleures : « Pero, además de lo dicho, ¿ quién podía haber sido capaz de adquirir la solercia y soltura necesarias para trazar sobre barro tierno, a mano alzada, unas inscripciones como estas sin que se percibiese a una legua de distancia la falsedad o imitación ? Y ello para 126


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44. Le nom MISKAR / MISCAR / MESCAR Ce nom bien connu durant l’Antiquité, comme on le verra par la suite, aurait à la suite de sa découverte fait l’objet, paraît-il, d’une polémique des plus inattendues et savoureuses, une de plus, que nous allons rapporter à présent. Gorrochategui : « La cuestión más significativa radica en el cuarto nombre, ya que puede leerse : +IISCART[, donde hay restos de una letra en primera posición y trazo horizontal superior e inicio del asta vertical de una T en la última letra, antes del final del campo epigráfico. Es crucial, por tanto, la lectura de la primera letra : el campo está desgastado, pero hay un trazo superior ligeramente curvado que puede entenderse como D »502. Il rappelle ou se trouve dans l’obligation de rappeler (au nom d’une certaine honnêteté intellectuelle ?), quoique cependant en présentant les faits d’une manière, il est vrai, toute singulière. Il commence par un : « Al parecer... ». Ce qui est une façon élégante d’enlever par avance tout crédit à son ou ses contradicteurs. Après quoi il poursuit : « (...) el Equipo de Iruña (cf. Informe de Rubén Cerdán, p. 7) leyó Miscar. La lectura de la primera letra como M se deriva de la interpretación como trazo epigráfico de una pequeña raya de desgaste natural (como otras muchas que hay en la pieza) que existe entre esta letra y la primera asta de E ». Poursuivant son raisonnement plein de dissimulation, il conclut : « Por otro lado, la existencia de restos de la T final son evidentes, de donde surge la sorprendente lectura Descart[es] ». Et le tour est joué. Le reste de l’argumentation, toujours à charge, jamais à décharge, ne consiste plus désormais qu’à, si on peut se permettre cette expression populaire et imagée, « porter le coup décisif » ou du moins censé l’être… « La pieza es un ejemplo de “óstracon agrafitado”, porque el listado se ha inscrito ajustado a la izquierda de la pieza cerámica ; además la cara A tiene su dibujo y leyenda también totalmente centrados y ajustados al contorno de la pieza. Mais : « En contradicción con todo esto, la cuarta línea de la cara B “parece” que está incompleta por fractura de la pieza : por un lado las letras se van ajustando al borde para que quepa el nombre, y por otro “se fractura” antes de que aparezca en toda su totalidad, dando a entender o sugiriendo la lectura, pero sin ofrecerla abiertamente. Ya hemos comentado este fenómeno al hablar de los textos vascos ». Sous-entendu de Gorrochategui, sinon accusation des plus limpides : le ou les prétendus faussaires sont non seulement des sots ne sachant pas que Descartes est un philosophe français, mais de surcroît ils sont allés, englués qu’ils étaient dans leur ignoble sottise, jusqu’à fracturer délibéremment la pièce à cet endroit... afin de donner l’apparence de la vérité à leur entreprise délictuelle. Le lecteur ne pourra certes qu’apprécier le raisonnement. Mais, cela étant, Gorrochategui en a-t-il la preuve ? Car, et au risque de vouloir imiter le célèbre M. de Lapalisse, il sera permis au lecteur de rappeler que c’est toujours à l’accusateur qu’il revient prouver ses accusations et non pas l’inverse. Velázquez : « (...) la sorpresa viene en el cuarto nombre, mal conservado en su letra inicial y en las finales, pero que puede leerse como +IISCART[...], también con E de dos barras. La letra inicial tiene un arranque algo anguloso pero parece que de D y continuaría la línea de ejecución desde la mitad del cuerpo de la curvatura ― en la incisión conservada en la pieza que alcanza el borde inferior ―, quedar en barbecho y oculto durante casi medio siglo, en tan pleno abandono que se llegaron a perder algunos trozos. ¡ Mucho trabajo para tan poco rendimiento y a tan largo plazo ! ». 502

Gorrochategui, Dictamen, pp. 27-28.

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coincidiendo con el punto de ejecución en el desarrollo de la misma, a partir del arranque inicial visible »503. Première « conclusion » de Velázquez : « Por eso propongo la lectura : DIISCART[...]. La T final, aunque incompleta, es segura. Así pues esta pieza presenta la siguiente lectura : SIINECA / SOCRATIIS / VIRGILIO / DIISCART[...]504 ». Deuxième « conclusion » de Velázquez : « Sin querer forzar [sic] la lectura, inmediatamente se viene a la mente... » ...mais que vient donc « inmediatamente » à l’esprit de Madame Velázquez ? Voici : « ...el nombre de DESCARTES, lo cual mostraría la falsedad de la pieza de forma contundente ». Et on ne peut plus sûre d’elle, elle poursuit en ajoutant : « Sin miedo a equivocarme... » Elle ajoute : « ...en la lectura o interpretación de los trazos iniciales como D, el problema se plantea porque ni pensando en otras letras posibles, ni siquiera jugando con la posibilidad (no real desde luego) de que la última letra fuese otra... » Et de conclure : « ...lo conservado lamentablemente no responde a ningún autor conocido cuyo nombre hubiera podido quedar mejor justificado en esta serie ». Yanguas et Ciprés : « La última línea grabada lo ha sido siguiendo el borde de la pieza, que, a pesar de estar desgastado, permite reconocer el texto. Se conservan 8 letras incompletas de las que 7 son identifiables sin ningún problema »505. Ils prétendent cependant que cela n’est pas le cas de la première lettre : « La primera es menos visible por el desgaste de la superficie : sin embargo su observación a través de binocular permite apreciar los restos de dos trazos que se unen formando un pequeño ángulo superior identificabile con la parte superior de una D o, en todo caso, de una P, B o R, seguido de un trazo vertical que parece corresponder a una doble I, utilizada habitualmente en este material para representar la letra E ». Après quoi, arrive l’inévitable « conclusion » : « El contenido del grafito lleva a pensar en la mención del nombre de otro pensador. Las restantes letras llevan a identificar la primera letra como una D y a leer DESCART, que solo puede ser interpretado como el nombre del filósofo francés del s. XVII, DESCARTES ». Et le tour est joué. Ces deux auteurs nous apprennent par ailleurs que toujours, selon eux, eux : « Otra reconstrucción no es probable ». Mais aussitôt, pris de scrupules (ou par simple prudence afin de ne pas hypothéquer inutilement leur crédibilité ?), nos auteurs se voient néanmoins dans l’obligation d’admettre, à l’instar de Gorrochategui, qu’il existe cependant une autre possibilité, une autre leçon en réalité bien plus réaliste :

503

Velázquez, Informe, p. 22.

504

A un moment donné Velázquez va même jusqu’à affirmer, Informe, p. 33 : « En cuanto a los autores grecolatinos, se mencionan en diversas piezas los autores clásicos y más conocidos latinos : Virgilio, Tácito, Horacio, Salustio o Séneca. De todas formas, desde una perspectiva de educación escolar imperial o bajoimperial (ya hubiese penetración de cristianismo o no), hay combinaciones que no resultan viables, como la ya mencionada de Séneca, Sócrates y Virgilio ». Mais pourquoi ces « combinaciones » ne sont-elles pas « viables » ? Madame Velázquez ne le dit pas. 505

Ciprés, P. et Yanguas Santos, J., 2008, Informe epigráfico-histórico, p. 43.

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« La lectura de MISCART », une leçon cependant, insinuent-ils de façon à peine voilée, de peu de valeur car « sugerida por los excavadores »... c’est-à-dire les archéologues, qualifiés ici d’« excavadores »... Et de conclure en conséquence que ladite leçon « nos parece totalmente forzada ». Pourquoi ? Car... « En primer lugar, si bien la superficie está muy desgastada, la observación con el binocular no muestra restos de una M y, en segundo lugar, este nombre no se corresponde con ningún intelectual conocido en y de la Antigüedad. Esta pieza pone en duda una vez más la cronología que se ha dado a la unidad 51144 y su carácter cerrado ». L’affirmation selon laquelle « la observación con el binocular no muestra restos de una M » semble, pour dire le moins, inexacte. Nous avons analysé cette inscription à l’aide d’un logiciel extrêmement performant dans l’analyse et l’étude des photographies et la conclusion qui s’impose ― et qui s’était déja manifestement imposée aux archéologues ― est qu’il faut lire, sans l’ombre d’un doute, et pour notre part nous avons toujours été et sommes en règle générale des plus réticents à verser dans l’affirmation rapide, mais dans le cas présent, le poids de l’évidence est tel qu’on ne saurait hésiter, bref la conclusion qui s’impose clairement est qu’il faut lire MISCAR ou MISCAR  (ici la barre  après le R = le haut d’un T ?), mais certainement pas DESCARTES !

En ce qui concerne cette inscription Yanguas, Ciprés, Velázquez et Gorrochategui donnent la curieuse, sinon la fâcheuse impression, quoique probablement, voire encore une fois assurément, il peut ne s’agir, nous semble-t-il, que d’une fausse impression, de s’être concertés à l’avance afin qu’il ne puisse en aucun cas s’agir d’un autre nom que celui de DESCARTES. Avant de poursuivre notre démonstration, il est pour nous absolument clair qu’il est hautement improbable, pour dire le moins, que le ou les prétendus falsificateurs aient pu commettre une telle bévue, une telle maladresse, bref une telle énormité alors même que de nos jours un collégien de troisième, qui aurait voulu se lancer dans l’« art » de la falsification, aurait certainement hésité avant de commettre une telle bourde ― et pourtant le niveau de la plupart des collégiens européens actuels serait pourtant, à en croire du moins certains spécialistes de l’éducation, des plus faibles. Revenons à l’inscription, c’est-à-dire à MISCAR ou peut-être MISCAR[] ( = T ?). Curieusement Yanguas et Ciprés (« este nombre no se corresponde con ningún intelectual conocido en y de la Antigüedad ») et Velázquez (« lo conservado lamentablemente no responde a ningún autor conocido ») semblent l’ignorer l’existence de ce nom durant l’Antiquité... ce qui à un tel niveau de la recherche constitue une curiosité des plus insolites. Gorrochategui, lui, ne se prononce pas sur l’existence ou non d’un tel nom durant l’Antiquité ― par prudence, ignorance ou simplement manque d’intérêt ? De quoi s’agit-il en réalité ? Il s’agit, tout simplement oserions-nous presque ajouter, d’un nom d’Afrique du Nord, autrement dit d’un nom punique antique, celui, entre autres, d’une divinité cartaginoise appelée MISCAR ou MISKAR, var. MESCAR.

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Lisons à présent le grand savant M. S. Gsell : « M. Berger a étudié trois inscriptions néopuniques, de l'époque romaine, trouvées sur l'emplacement d'un temple, à Maktar. Des fouilles ont fait reconnaître que ce sanctuaire était à ciel ouvert. On y accédait par un large escalier et il se terminait en arrière par une cella en forme de transept. Dans la cella même, a été recueillie une dédicace latine à Neptune. Le plus important de ces textes néopuniques est gravé sur le linteau d'une porte. C'est la dédicace du sanctuaire, à Hathor Miskar, divinité hydride, à moitié égyptienne, identifiée probablement par les Romains avec Neptune »506. Mais il ne s’agit pas uniquement d’un nom de divinité, peu connu en dehors d’une poignée de savants à travers le monde. Ce nom de divinité de Carthage est également un nom de personne : Mescar, var. Miscar / Miskar, un anthroponyme d’origine punique comme le signalent Javier Teixedor507, Karel Jongeling508 et Edward Lipiński509, un nom de personne lui aussi extrêmement peu connu en dehors de quelques cercles extrêmement spécialisés. En conséquence, il n’existe pas beaucoup de possibilités. Ou bien Yanguas, Ciprés, Velázquez et Gorrochategui ignorent platement l’existence de cet anthroponyme punique ou bien ils feignent de l’ignorer. La première hypothèse est la seule qui puisse être retenue car la deuxième implique tout simplement qu’il y aurait eu de la part de ces auteurs un délit de « dissimulation de connaissances » équivalant en gros à une « dissimulation de preuves », ce qui dans le cadre de cette surprenante affaire de Veleia aurait constitué, à n’en pas douter, un acte de malhonnêteté intellectuelle d’une extrême gravité ― car, rappelons-le, cette affaire « veleyense », une affaire déjà à bien des égards absolument extraordinaire, est actuellement entre les mains de la justice. Cette hypothèse, celle d’une « dissimulation de connaissances », ne pouvant être dans le cas présent sérieusement retenue, il ne reste qu’une seule explication : ces auteurs, considérés pourtant comme l’élite de la recherche en Espagne et au Pays Basque, ignorent tout simplement l’existence de cet anthroponyme d’origine punique. A leur décharge, on insistera à nouveau sur le fait que ce nom de personne n’est connu à travers le monde que par une poignée de spécialistes de très haut niveau et que par conséquent on ne peut reprocher à Yanguas, Ciprés, Velázquez et Gorrochategui de ne pas en avoir eu connaissance. La conséquence principale de tout cela est désormais fort simple. L’hypothèse d’une falsification est désormais et tout simplement inenvisageable. A moins évidemment d’envisager que le niveau de connaissances des prétendus faussaires ait été largement, et de loin, plus élevés que celui des auteurs cités auparavant, ce qui constituerait non seulement une curiosité des plus insolites et... piquantes mais également une véritable humiliation pour ces mêmes auteurs. Donc cela ne peut souffrir, nous semble-t-il, aucune contestation : dans le cas présent nous ne pouvons pas être face à une falsification.

506

Gsell, M. S., 1899, « Chronique archéologique africain », Mélange d’archéologie et d’histoire, vol. 19, n° 19, pp. 35-83, v. p. 44. Egalement l’article suivant : Teixidor, J., 1967, « Bulletin d'épigraphie sémitique », Syria. Archéologie, Art et histoire, revue publiée par l’Institut Français du Proche-Orient, vol. 44, n° 44-1-2, pp. 163-195, v. p. 177 : « (…) 58. Mactar (Tunisie). Inscriptions néopuniques publiées par J. G. Février et M. Fantar dans Karthago, XII, 1963-1964, pp. 45-59, pl. II-IV. Textes A et B. L'inscription A fut trouvée dans le temple dit Hoter Mÿiscar (Hathor Miscar). Le texte B, “aurait été découvert dans la basilique dite de Rutilius, mais y a été apporté à coup sûr du temple de Hoter Miscar, probablement comme matériaux de remploi” ». 507

Teixidor, J., 1967, op. cit., p. 193.

508

Jongeling, K., 1994, North-African Names from Latin Sources, Leiden, p. 91 et CIL VIII, 5194 = 17307. Egalement Jongeling, K. et Kerr, R. M., 2005, Late Punic epigraphy : an introduction to the study of Neo-Punic and Latino-Punic inscriptions, Ed. Mohr Siebeck, p. 29.

509

Lipiński, E., 1995, Dieux et déesses de l'univers phénicien et punique, Series : Orientalia Lovaniensia Analecta, 64, Ed. Peeters Publishers, pp. 175-176.

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Pour finir, nous goûterons aux propos en forme de conclusion, une chute absolument inespérée, de Gorrochategui : « Esta pieza fue sometida al análisis de pátinas, obteniendo, al parecer, resultados congruentes ». Et l’auteur, après que le ou les lecteurs auront goûté à sa phrase, inimitable à vrai dire, « al parecer, resultados congruentes », de poursuivre : « Si este nombre en esta lista de filósofos-escritores hace referencia, como parece, al filósofo francés R. Descartes (1596-1650), queda evidente que las técnicas analíticas empleadas en estas piezas no sirven para autentificar o falsar epígrafes antiguos ». L’audace (mais est-ce de l’audace ou simplement de l’inconscience, voire les deux ?) dont fait preuve ici Gorrochategui ne peut que forcer l’admiration du ou des lecteurs. Il met non seulement en doute l’« análisis de pátinas » menée dans le cadre de Veleia, ce qui est parfaitement son droit au demeurant, chacun d’entre nous ayant en effet dans nos pays occidentaux la possibilité de s’exprimer librement et d’émettre les opinions qu’il lui plaira sur nombre de sujets (mais le lecteur pourrait alors s’interroger : quelles sont les compétences en matière de « physique nucléaire » dont peut légitimement se parer Gorrochategui pour pouvoir remettre en cause ces analyses ? L’auteur, il n’y a aucune raison d’en douter, ne manquera certainement pas de nous éclaircir sur ce point... ) mais en outre il va beaucoup plus loin. Il va en effet jusqu’à remettre en cause la nature, le fond même, autrement dit la technique, à savoir la « technique en elle même », sur laquelle se basent ce type d’analyses : « (...) queda evidente que las técnicas analíticas empleadas en estas piezas no sirven para autentificar o falsar epígrafes antiguos »... Gorrochategui est-il un audacieux visionnaire ou un irréfléchi ? L’Histoire jugera. 45. Les formes RIAMO, DALIA et DEIDRE Yanguas et Ciprés : « En este caso se trata de un nombre femenino de origen irlandés, puesto que se corresponde con el nombre de una heroína trágica de la mitología irlandesa medieval, cuya historia forma parte del Ciclo del Ulster. Como nombre personal parece que es utilizado en el ámbito anglo-sajón desde el siglo XX, especialmente a raíz de la influencia de la obra de W. Butler Yeats, Deirdre, (1907) y de J. M. Synge “Deirdre of the sorrow” (1910) »510. Ils concluent : « El origen del nombre hace imposible su utilización en un contexto correspondiente a mediados del siglo III d. C ». Et au cas où le ou les lecteurs n’auraient pas saisi le fond de leur pensée ― à savoir qu’il s’agit pour eux indiscutablement d’un faux, nos auteurs se permettent même d’insister quelque peu : « A este hecho habría que añadir el uso de la minúscula moderna (cf. infra, 48.5) para escribir dicho nombre en dos de los grafitos en los que aparece, como ya hemos comentado ». Gorrochategui : « Es un nombre de mujer moderno, de origen irlandés, que presenta una simplificación sobre su forma estándar Deirdre »511. Exact. « El nombre fue popularizada a comienzos del s. XX en el marco del renacimiento céltico por varias piezas literarias como Deirdre de Yeats o la obra de teatro Deirdre of the Sorrows de Synge ». Exact512. 510

Ciprés, P. et Santos Yanguas, Informe epigráfico-histórico, pp. 49-50.

511

Gorrochategui, Dictamen, pp. 26-27.

512

Deirdre ou Derdriu est une jeune fille à la beauté tragique de la mythologie celtique irlandaise. Sa légende appartient au Cycle d'Ulster. Outre la pièce de William Butler Yeats et celle de John Millington Synge basées sur l'histoire de Deirdre, existe également le roman de James Stephens, paru en 1923, intitulé Deirdre (réédité 131


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« El nombre se documenta por primera vez en irlandés medio bajo la forma Deirdriu y hace referencia a una heroína trágica de las leyendas irlandesas ». Exact. « Lingüísticamente se trata de un nombre de tema en -n, *derder-iion- o posiblemente *derder-on con un nom. sig. analógico (es decir, en este caso debería haber tenido un nom. -Cu, pero se cambia por otro en -u, por analogía con los primeros) sobre una raíz verbal reduplicada onomatopéyica *der-der “murmurar” ». Il n’y a en effet aucune raison d’en douter. « Consiguientemente, este nombre en la antigüedad, de haber existido, debería haber tenido una forma similar a *Derderu (o *Derderiu) ; solamente en un periodo concreto del irlandés, posterior al irlandés ogámico del s. V d. C, deberíamos datar la síncopa de la vocal breve medial (*derdriu) y la anotación gráfica de la coloración palatal de las consonantes mediales : Deirdriu ». Exact. « En el periodo del irlandés medio, las vocales finales no acentuada se fundieron en / / [sic!?] y se escribieron de modos diversos, quedando finalmente la grafía Deirdre ». Il n’y a ici non plus aucune raison d’en douter. « Y ya a lo largo del s. XX pierde su -r- medial, quedando la forma Deidre »513. Exact. Puis, tout étonné, il ajoute : « En n° 12099 aparece como elemento de un árbol genealógico con indicación numeral II, que presenta raya horizontal tanto encima como debajo de los trazos verticales ». Fin du commentaire. Mais qui a dit qu’il s’agit à Veleia d’un nom de personne, irlandais... qui plus est et apparaissant de surcroît sous une forme moderne ? Personne... à part les auteurs cités auparavant évidemment. Des auteurs dont la tendance à s’abîmer rapidement dans les simplifications et les fantaisies de tout genre paraît désormais, comme les lecteurs auront déjà pu le constater à plusieurs reprises, bien établie. Julio Núñez, probablement l’auteur dont les commentaires, entre autres, linguistiques sont, on le sait, parmi les plus curieux, décrit longuement et de façon relativement détaillée le contexte où apparaissent ces inscriptions : « N° 12099. Fragmento de cerámica engobada que sólo conserva barniz en tres pequeñas zonas : Banda superior (de izquierda a derecha) : Figura seguramente femenina cuyo peinado abultado coincide con los descritos en otros fragmentos ya comentados. Presenta los senos marcados un vientre abultado, ¿ señal de embarazo ?, y un vestido que otra vez deja visibles la zona de los pies »514. Il poursuit : « Bajo ella un rótulo la identifica como DALIA, nombre inexistente en los repertorios latinos, y debajo del nombre puede leerse en tres líneas, y sin representación iconográfica adjunta, ET // DEIDRE // II ». Il ajoute : en 2001 aux éditions Terre de Brume) et qui raconte lui aussi ce mythe. Le lecteur désirant approfondir le sujet pourra également consulter à l’ouvrage suivant : Ponsinet, L. & Arbois de Jubainville, H., 1888, DEIDRE (Longes mac nUislenn). Traduction de L. Ponsinet, avant-propos d’Hubert d'Arbois de Jubainville, L'exil des fils d'Usnech [= Longes mac nUislenn]. Montévrain, Imprimerie de l'Ecole d'Alembert ; plaquette in-8, 8 pages, tiré à part de la Revue des Traditions Populaires. 513

Puis, après avoir souligné une évidence digne de M. de Lapalisse (« Junto a la evidente modernidad lingüística del nombre [irlandais] »... ), il ajoute, à l’instar de Ciprés et Santos Yanguas et afin probablement de bien « enfoncer le clou », que « hay que recordar que en dos casos se emplea el sistema dual de mayúscula-minúscula (ver arriba, § 2. 4) », un phénomène graphique dont il sera question plus loin (cf. infra, § 48.5.). 514

Núñez, Informe sobre los motivos iconográficos, pp. 23-24.

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« A la derecha se sitúa el segundo personaje »... « ...de esta banda »... Lequel... « ...parece llevar pantalones amplios, bajo el que se puede leer RIAMO, por tanto probablemente un hombre, nombre también ajeno a la onomástica latina »... « Ambos personajes se encuentran relacionados mediante la notación de un guión, que se repite entre los rótulos que los identifican. Desde este último guión... [suit une phrase illisible dans le rapport à la suite probablement d’un scannage ou scannérisation défectueux] ...primeros, donde encontramos peinados abultados, coleta y moño ». « El sexto de los personajes, el más sorprendente, se realizó yuxtaponiendo un cículo [sic, probablement pour círculo], ¿ la cabeza ?, y un ovalo, ¿ el cuerpo ?, dispuestos como si se tratase de un bebe envuelto en algún tipo de manta. Bajo todos ellos encontramos el rótulo identificativo que, de izquierda a derecha, nos permite leer los nombres de DALIA, ya comentado, DA, DEIDRE, RIAMO, también comentado, DEMI y, bajo el supuesto bebe RIIA ». Et de poursuivre, plus étonné que jamais : « Con esta representación se nos sugiere, obviamente, la descripción de un árbol familiar en el que se recogerían los padres, aunque no sin problemas de interpretación, y su descendencia, algo realmente extraño dada la consideración social de los niños en el mundo romano ». Il continue (en gras dans le texte original... ) : « No obstante, donde realmente resulta imposible de admitir la veracidad de esta representación es en los nombres, ya que además de los comentados Dalia, y Riamo, nos encontramos con los inauditos Da y Demi, pero sobre todo con Deidre ». Et de reprendre en coeur, à l’instar de Ciprés, Yanguas et Gorrochategui, l’argument, qui en réalité, on l’a vu, constitue une véritable « lapalissade linguistique », censé clôre définitivement le débat : « Deidre, según Josh Mittleman (1997) quien cita a Corraiu y Maguire (1990) o a Withycombe (1977), derivaría del nombre de la mitológica heroína irlandesa Deirdre, cuyo uso sólo se atestigua a partir de época medieval, y que solo “In modern times, it is ocassionally mis-spelled Dierdre and Deidre” ». Au cas cas où le ou les lecteurs n’auraient pas compris (toujours en gras... ) : « Cuando este autor se refiere a tiempos modernos quiere decir el siglo XX o XXI ». Et au cas cette fois-ci encore où le ou les lecteurs pourraient avoir la tentation d’émettre quelques doutes, voire de demander quelques explications supplémentaires, la chute que voici de l’auteur est censé leur rappeler qu’il n’y a plus rien à débattre (encore et toujours en gras... ) : « Por último cabe señalar también que las incisiones cortan carbonatos y erosiones antiguas ». Fin... Mais est-ce vraiment la « fin » pour autant ? Cette avalanche d’affirmations et d’interprétations plus ou moins hasardeuses, parfois erronées de surcroît, lorsqu’il s’agit pas tout simplement de toute une série de véritables lapalissades, dont nous gratifient dans leurs rapports tous ces auteurs, tout cela constitue-t-il, voire peut-il constituer en effet et en fin de compte pour le ou les lecteurs, spécialistes ou simples curieux, une véritable « preuve » de falsification ? Et Velázquez d’enchaîner aussitôt avec... « [l]os árboles genealógicos »... « Por otra parte y, vinculado tanto a aspectos epigráficos como iconográficos, resulta sorprendente, anómalo y un claro anacronismo, la presencia de árboles genealógicos descendentes, representados de forma esquematizada y con signos como líneas horizontales y verticales para marcar grados de parentesco »515. 515

Velázquez, Informe, p. 19.

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Elle poursuit : « Los árboles genealógicos se desarrollan a partir de los llamados en sentido amplio “árboles de la vida”, presentes en manuscritos medievales, en los que se dibuja un árbol donde se representan las imágenes de la(s) persona(s) primeras de las que se quiere hacer derivar a los sucesores, en la raíz de los árboles, surgiendo del tronco y de las diferentes ramas, las generaciones sucesivas, representando en sus extremos las efigies de los sucesores. Con el tiempo y ya en la Baja Edad Media se sustituirán estas imágenes dejando las cartelas con los nombres ». Et de conclure sa savante démonstration : « La utilización de árboles genealógicos descendentes deriva de estos y es posterior. En cualquier caso el paso a la esquematización de los mismos por medio de simples líneas, con o sin representación iconográfica, presupone un uso habitual y una derivación de los árboles genealógicos medievales ». Elle ajoute : « Al margen de ello, resultan poco o nada creíbles las representaciones iconográficas de los personajes en ellos representados. Pueden citarse algunas como la pieza n° 12046 (sector 5, cerámica común), la n° 12099 (sector 5, TSH), aquí reproducida (fig. 20) y otras ». Mais curieusement les dires de Ciprés et Santos Yanguas contredisent cette, on l’a dit, on ne peut plus savante « démonstration-analyse » de Velázquez, ce qui ne manquera pas d’étonner : « Como ya hemos mencionado, entre el material se localizan varios ejemplos de lo que podríamos llamar el stemma familiar de distintas personas... , » « ...más que el árbol genealógico propiamente dicho, que aparece en una época mas tardía »516. Résumons : avons-nous affaire à Veleia, oui ou non, à des « árboles genealógicos » ? Ou, si l’on veut se montrer encore plus explicites, le ou les prétendus falsificateurs ont-ils voulu, oui ou non, imiter des « árboles genealógicos » ? La question est légitime car en effet dès le début de leurs commentaires, nos auteurs, autrement dit Ciprés, Yanguas et Velázquez, ne semblent pas d’accord entre eux... L’un d’entre eux, Madame Velázquez, nous dit que « resulta sorprendente, anómalo y un claro anacronismo, la presencia de árboles genealógicos descendentes, representados de forma esquematizada » ; donc, laisse-t-elle clairement entendre, sans le dire clairement toutefois... , il ne peut s’agir dans le cas présent que d’une falsification... ; mais les deux autres auteurs, Ciprés et Santos Yanguas, signalent que « se localizan varios ejemplos de lo que podríamos llamar el stemma familiar de distintas personas, más que el árbol genealógico propiamente dicho, que aparece en una época mas tardía ». Ce ne semble pas, pour dire le moins, d’une grande clarté... Poursuivons avec Ciprés et Santos Yanguas : « Básicamente se trata de la representación de una serie de individuos, generalmente los progenitores y sus descendientes directos (padres e hijos) unidos mediante líneas y debajo de los cuales se ha grabado su nombre ». Puis : « Junto a los problemas de carácter iconográfico que estas piezas plantean, analizados en otro informe, llama la atención este tipo de representación sobre un pequeño fragmento de cerámica. Las fuentes nos hablan de la existencia en la Antigüedad de stemmata familiares, consistentes en una especie de cuadro genealógico expuesto en el atrium o en la pars prima aedium de las grandes casas de la nobilitas romana ». Et de poursuivre leur savante démonstration : « En él estaban representadas las imágenes (posiblemente imagines pictae) y los nombres de los ancestros más destacados unidos por unas bandas (stemmata), que definían la recíproca posición en el interior de la genealogía. Esta práctica vinculada a las familias nobles romanas presenta cierta analogía con el ius imaginum, es decir, con el privilegio de conservar (en armaria) los retratos fúnebres de los antepasados que habian alcanzado dignidades particulares para exhibirlos durante determinadas ceremonias. Imagines y stemmata constituían dos signos identitarios de la nobilitas, 516

Ciprés, P. et Santos Yanguas, Informe epigráfico-histórico, pp. 47-48.

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que no solo cumplían la función de recordar permanentemente las hazañas de los antepasados a los miembros de la familia (cuya obligación era emularlos), sino también a todos aquellos que visitaban la casa, incluidos los libertos consideran que estos stemmata ayudaban a establecer la cronología relativa de las imagines que se guardaban en los armaria, sirviendo para ordenarlas unas respecto de otras ». Enfin : « No parece que sea éste el contexto que reflejan estas miniaturas, en las que, como hemos señalado, hay razones iconográficas (vid. informe correspondiente) y lingüisticas (vid. supra), para poner en duda su antigüeda ». 45.1. Résumé et reprise de la question dans sa totalité En résumé, on peut avancer, sans grande crainte de se fourvoyer, que la conclusion de tout cela est que la plus grande prudence s’impose, assurément. En effet, étant donné que ces auteurs se contredisent indubitablement, voire se perdent dans des démonstrations interminables, souvent approximatives, en tout état de cause la plupart du temps des plus floues ou inutilement compliquées, voire faussement savantes, et de surcroît, comme on pourra le constater par la suite, en réalité des hors-sujets, il est par suite nécessaire de remettre dès à présent de l’ordre dans cette affaire ainsi que dans les esprits des uns et des autres en reprenant pour cela toute la question depuis le début et dans sa totalité. Bref, et comme cela a déjà été signalé au début de nos commentaires, des idées intelligibles exprimées avec clarté, fuir les complications inutiles, le jargon « jargonnant » et « jargonneux », les étalages interminables et autres rappels savants, ou prétendus tels, souvent inappropiées, dans certains cas constituant même de véritables digressions n’ayant pas de rapport avec le sujet, et en rester aux faits observables et rien qu’aux faits observables, c’est en effet de cela dont a besoin, voire réclame le ou les lecteurs, spécialistes ou simples curieux, dans cette affaire « veleyense », absolument extraordinaire il est vrai, on ne le répétera jamais assez, tant sur le fond que dans son déroulement. Reprenons. A quelle époque sommes-nous ? Au IIIe siècle. Où sommes-nous censés nous trouver ? Nous sommes censés nous trouver dans une sorte de paedagogium localisé par les archéologues au sein d’un ensemble de bâtiments formant une grande résidence urbaine située dans le secteur V du site archéologique de Veleia ― résidence à laquelle il a été donné le nom de Domus de Pompeia Valentina en raison du graffito trouvé sur place. Et qu’est-ce qu’un paedagogium ? D’après le Gaffiot un paedăgōgīum est une « pension, école [pour des esclaves destinés à des fonctions un peu hautes] ». Le terme désigne également, d’après Pline, « les enfants qui fréquentent une école ». Bref, nous sommes censés nous trouver dans une école ou, du moins, dans ce qui à l’époque tient lieu d’« école ». Et que trouve-t-on d’ordinaire dans une école ? Aujourd’hui comme hier, fut-ce il y a deux mille ans517, on est censé y trouver des maîtres et des élèves, la plupart du temps des enfants de sept à treize ans, voire parfois des adolescents. Et ces enfants et ces adultes, que font-ils ou du moins que sont-ils censés faire dans un tel endroit ? Les maîtres sont censés y enseigner et les enfants, c’est-à-dire les élèves, sont censés y acquérir une certaine culture élémentaire, autrement dit, ces enfants sont censés être là pour, entre autres, apprendre à lire, à écrire, à compter, etc. A partir de ces constatations élémentaires, et bien réelles car basées sur l’observation la plus plate, en quoi par conséquent est-il utile de faire appel, comme le fait pourtant Madame Velázquez, et dans 517

Carcopino, J., 1939, La vie quotidienne à Rome à l’apogée de l’Empire, Ed. Hachette, Chap. III, « L’éducation, la culture, les croyances : ombres et lumières », pp. 125-167 ; voir en particulier le passage traitant de l’école, cf. § II, « L’Ecole primaire », pp. 127-132.

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une moindre mesure, Gorrochategui, à des « árboles genealógicos » dont on sait de surcroît qu’ils sont d’origine médiévale ? Première conclusion : il ne peut pas s’agir dans le cas présent d’« árboles genealógicos », comme le font également remarquer, on l’a vu, Ciprés et Santos Yanguas. Par conséquent, il est inutile de poursuivre dans cette voie. Mais Ciprés et Santos Yanguas, qui font preuve d’un discernement tout à leur honneur en rejetant avec raison « el árbol genealógico propiamente dicho, que aparece en una época mas tardía », se fourvoient pourtant aussitôt en faisant appel, de façon tout à fait incompréhensible, à « varios ejemplos de lo que podríamos llamar el stemma familiar de distintas personas »... Puis, tout étonnés et manifestement conscients de l’aspect quelque peu invraisemblable de leur propre hypothèse, ils finissent par reconnaître qu’il est vraiment surprenant de trouver « este tipo de representación sobre un pequeño fragmento de cerámica »... Malgré leur surprise évidente, qui dans le cas présent n’est en aucun cas feinte, les auteurs choisissent néanmoins de se lancer quand même dans un rappel savant sur le sujet... de la « stemma familiar », un véritable cours magistral, certes intéressant mais dont l’inutilité saute pourtant aux yeux de tout lecteur, fût-il le simple curieux de passage : « Las fuentes nos hablan de la existencia en la Antigüedad de stemmata familiares, consistentes en una especie de cuadro genealógico expuesto en el atrium o en la pars prima aedium. de las grandes casas de la nobilitas romana ». Pour le moins curieux en effet lorsque, de surcroît, on sait, comme le signalent les propres auteurs de cette on ne peut plus singulière explication, qu’il s’agissait en réalité d’une « práctica vinculada a las familias nobles romanas », laquelle « presenta cierta analogía con el ius imaginum, es decir, con el privilegio de conservar (en armaria) los retratos fúnebres de los antepasados que habian alcanzado dignidades particulares para exhibirlos durante determinadas ceremonias ». Que faire en effet dans la Veleia du IIIe siècle, dans ce qui tenait manifestement lieu d’« école », une sorte de paedagogium, de ces « stemmata familiares » ? En effet, qu’en faire... ? Pourtant Ciprés et Santos Yanguas, qui manifestement ne disposent d’aucune autre explication à laquelle pouvoir se raccrocher, insistent : « Imagines y stemmata constituían dos signos identitarios de la nobilitas, que no solo cumplían la función de recordar permanentemente las hazañas de los antepasados a los miembros de la familia (cuya obligación era emularlos)... ». Mais également : « ...sino también a todos aquellos que visitaban la casa, incluidos los libertos consideran que estos stemmata ayudaban a establecer la cronología relativa de las imagines que se guardaban en los armaria, sirviendo para ordenarlas unas respecto de otras ». Tout cela pour que nos auteurs se trouvent finalement forcés d’admettre, dans un moment de lucidité qu’on ne saurait en aucun cas leur reprocher, que « [n]o parece que sea éste el contexto que reflejan estas miniaturas »... Mais au lieu d’en tirer la conclusion que la solution doit forcément... se trouver ailleurs, Ciprés et Santos Yanguas préfèrent simplement « poner en duda su antigüeda »... Cette méthode de travail ne devrait-elle pas être tout simplement qualifiée d’« a-scientifique ». Nous avons vu qu’il ne peut s’agir de « stemmata familiares » et encore moins d’« árboles genealógicos ». Mais alors de quoi peut-il s’agir ? Première constatation : nous sommes, on l’a vu, dans ce qui tient lieu d’« école ». Deuxième constatation : les enfants et les adolescents de Veleia, à l’instar des adultes, utilisent manifestement de petits fragments de céramiques comme ardoise518.

518

Cet usage était déjà connu : « Un autre support très bon marché est utilisé par les écoliers, pour apprendre à écrire leur alphabet : il s'agit de tessons de céramique, sur lesquels on retrouve parfois les lettres de l'alphabet, 136


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Ce genre de petites ardoises en effet qu’il y a peine quelques décennies nous mêmes utilisions dans la plupart des écoles et que de nos jours la plupart des petits écoliers africains utilisent encore. La seule différence est que ces petites ardoises contemporaines sont réutilisables à l’infini. En effet, il suffit d’effacer ce qu’on y a écrit à la craie et l’ardoise peut être à nouveau utilisée pour un nouvel excercice pratique. Mais les enfants et les adolescents de Veleia qui utilisaient des morceaux de céramiques fracturées, c’est-à-dire en réalité des fragments constituant eux mêmes des déchets, pour leurs exercices n’avaient pas évidemment la possibilité de réutiliser, au-delà de deux ou trois fois à la suite, les petits fragments qui leur servaient d’ardoises519. Une fois les inscriptions réalisées, c’est-à-dire gravées à l’aide d’un poinçon, ils étaient dans l’obligation de jeter les objets servant de support à leurs inscriptions. Et c’est grâce à cela que les archéologues ont pu retrouver ces inscriptions. Cela est d’une telle simplicité et d’une telle cohérence qu’il est stupéfiant que Velázquez, Ciprés et Santos Yanguas n’en aient pas au moins émis l’idée, ne serait-ce que comme simple hypothèse de travail, avant de se lancer dans d’interminables dissertations savantes. Examinons à présent attentivement le « pequeño fragmento de cerámica » dont il est question ici. Qu’y voit-on ?

On y voit indubitalement cinq ― en réalité six ― individus qui sont... pendus ! Cela ne saurait raisonnablement souffrir, semble-t-il, aucune discussion, le poids de l’évidence se dégageant du simple examen, fût-il des plus sommaires, de la photographie du fragment de céramique telle qu’on peut la voir ci-dessus, paraissant dans le cas présent difficilement réfutable. Et quel rapport peut-il bien y avoir entre un paedagogium, bref une « école » et... un ou des pendus ? inscrites de façon plus ou moins habile », cf. Chew, H., 2009, [s. d.], Langue et écriture en Gaule romaine, Musée des Antiquités nationales, Saint-Germain-en-Laye, p. 10. 519

Et Madame Velázquez, feignant l’incompréhension (ou ne comprenant pas vraiment ?) de s’interroger, Informe, p. 4 : « Uno de los aspectos más conflictivos en relación con la antigüedad de los grafitos se produce precisamente en este tipo de textos escritos a modo de óstraka, pues en diversas ocasiones éstos aparecen incompletos como si se hubiera producido una nueva fragmentación después de escritos y, sin embargo, los espacios vacíos hasta los bordes de las piezas y el campo epigráfico empleado se contradicen con la aparente pérdida de texto. Cabría pensar que ofrecen un panorama de grafitos “abandonados” en su ejecución, es decir, inacabados. Aunque esta circunstancia no sea inusitada no resulta fácilmente explicable, al menos en un número alto, dentro de un mismo contexto ». Et pourquoi donc ? Velázquez : « En especial, porque la apariencia que ofrecen no es la esperable de un texto que se ha comenzado y se ha abandonado en un punto, sino de un texto al que le faltan letras o sílabas en el interior del cuerpo del mensaje epigráfico, sin que haya rastro de su existencia »... Et donc ? Que sous-entend par là exactement Madame Velázquez ? On ne saura pas.

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Le Jeu du Pendu... évidemment ! n’aurait pas manqué de répondre M. de Lapalisse. Ce jeu, fort ancien, que nous avons tous, quelle que soit la classe sociale et culturelle à laquelle nous appartenions, pratiqué au cours de notre scolarité est d’une banalité achevée. En Espagne on le connaît sous le nom de Juego del Colgado et en basque on l’appelle Urkatuaren Jokoa. On savait qu’il s’agissait d’un jeu populaire extrêmement ancien, transmis de générations en générations, sans pour autant se douter, il est vrai, qu’il pouvait remonter aussi haut dans le temps, ce qui, force est de le constater, est manifestement le cas520. Ce jeu est tellement connu et répandu en France, archiconnu et archirépandu pourrait-on même ajouter, et depuis si longtemps, qu’il figure même désormais, semble-t-il, dans les programmes scolaires, ou du moins qu’il paraît y être recommandé, en tout cas aucun inspecteur académique n’en a jamais, à notre connaissance, interdit l’usage, le nombre d’instituteurs l’ayant pratiqué au moins une fois au cours de leur carrière ou le pratiquant encore étant relativement important. Qui n’a jamais en effet joué, en compagnie ou non du maître, à ce jeu avec ses petits camarades d’école ? Il consiste, on le sait, en un apprentissage du vocabulaire de base sous une forme ludique. Le maître ou un camarade d’école donne la première et dernière lettre d’un mot. Le jeu consiste dès lors à deviner le reste des lettres composant ce mot. Le participant se trompant dans le choix des lettres manquantes se trouve dans l’obligation de dessiner, de façon fort schématique, une partie du pendu... , à savoir la tête ou bien les bras, voire les jambes, etc. Jeu d’une simplicité et, on l’a dit, d’une banalité achevées, il permet aux enfants d’apprendre à écrire toute une série de mots tout en s’amusant. C’est, paraît-il, un jeu d’une grande efficacité. Dans le fragment de céramique n° 12099 nous sommes en présence de six pendus. Cela s’explique tout simplement par le fait que six enfants devaient participer simultanément à ce jeu d’apprentissage de l’écriture. Chacun d’entre eux se devaient en effet de deviner les lettres formant un mot, à l’exception probablement de la première et de la dernière qu’ils devaient connaître au moment de commencer à jouer, comme cela est encore le cas de nos jours. A chaque erreur commise, l’élève perdant se devait par suite de dessiner une partie de son... pendu. Le premier ayant fini de dessiner son pendu, celui qui lui correspondait, perdait ainsi la partie. Et la meilleure preuve qu’il ne peut s’agir ici que du Jeu du Pendu, version antique, est le fait que le dessin du sixième pendu, celui qui se trouve tout à fait à droite, n’a pas été achevé. Pourquoi ? Parce que l’enfant à qui correspondait ce pendu avait tout simplement... gagné la partie ! Et Julio Núñez, qui ne parvient pas à comprendre, on l’a vu plus haut, pourquoi le dessin représentant le sixième pendu apparaît inachevé, de s’interroger innocemment : « El sexto de los personajes, el más sorprendente, se realizó yuxtaponiendo un círculo, ¿ la cabeza ?, y un ovalo, ¿ el cuerpo ?, dispuestos como si se tratase de un bebe envuelto en algún tipo de manta »... Et si on pouvait encore entretenir quelques doutes sur le fait qu’il s’agit bien de ce fameux jeu, on constate qu’un des pendus, celui du centre du dessin, est barré d’une croix... Pourquoi ? Parce que l’enfant à qui correspondait ce pendu a été... éliminé de la partie ! 520

L’existence d’un autre jeu durant l’Antiquité, celui dit de mourre (la mourre, un jeu « auquel se livrent encore aujourd’hui en Italie les gens du peuple ; il consiste à faire deviner le nombre de doigts que l’on a levés en ouvrant brusquement la main », cf. Benabou, M., Ailloud, H., 2003, Suétone. Vies des douze Césars, Ed. Folio, p. 98 et p. 454, n. 13 ; d’après Le petit Robert : « Jeu de hasard dans lequel deux personnes se montrent simultanément un certain nombre de doigts dressés en criant un chiffre pouvant exprimer ce nombre (celui qui donne le chiffre juste gagne) »), montre que certains jeux populaires et usuels encore de nos jours existaient déjà… il y a deux mille ans ! Suétone, Auguste, XIII, raconte en effet : « (…) deux autres captifs, le père et le fils, lui demandant la vie sauve, il [Auguste] leur ordonna de tirer au sort ou au jeu de mourre celui des deux qui obtiendrait sa grâce ».

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C’est tellement simple qu’on éprouve encore des difficultés à comprendre comment tous ces auteurs ont pu passer à côté... 45.2. Aspect linguistique Mais que peuvent bien dans ce cas signifier les formes RIAMO, DALIA, DA, DEMI et DEIDRE ? Il s’agit en réalité et tout simplement de mots appartenant à une langue celtique, une des langues parlées manifestement dans la région de Veleia à l’époque. Ces mots apparaissent dans le cas présent sous leur version tardive ou / et vulgaire, c’est-à-dire qu’il s’agit, à n’en pas douter de l’équivalent, version celtique, du latin vulgaire, bref il s’agit d’une forme de celtique tardif. Mais que signifie alors ces mot ? Le premier, RIAMO, est clairement un mot celtique. Il signifie tout simplement « fr. premier, esp. primero » < riamo, cf. irl. riam, « avant » au sens de « premier »521 ; cf. Rēmi, « Rémois, habitants de Reims ; litt. “les premiers”522 », gaulois remo-, etc., variantes toutes issues d’un prototype *preimo-523. Ce que corrobore pleinement le fait que sous le fameux dessin inachevé du pendu, celui qui étonne tant Julio Núñez... , c’est-à-dire le dessin correspondant à l’enfant ayant selon toute vraisemblance gagné la partie, on peut lire RIA[... , c’est-à-dire riamo, autrement dit le « premier »... puisque, on l’aura désormais compris, il s’agit du dessin de l’enfant qui a gagné la partie ! La forme DALIA est ici un mot celtique, plus précisément une forme de celte vulgaire et tardif « veleyense », signifiant assurément « deuxième » ou plutôt « second » comme le montrent clairement les noms propres celtiques Alalius (= « lat. Secundinus »), Alla et Alliola (= « lat. Secunda »), etc524 ; cf. le gaulois alos, allos, « second », irl. anc. all, gall. ail (moy. gall. eil), bret. eil (< v. bret. all), « second »525, également « deuxième, autre »526 et alla, « “aliud” (Schol. de Juvénal, VIII, 234) »527. Quant au terme DEIDRE, il n’entretient évidemment dans le cas présent aucun rapport avec le nom de l’héroïne irlandaise connue sous le nom de Deidre, lequel nom de surcroît ne constitue rien d’autre que la variante moderne d’un plus ancien Deirdriu (d’où Deirdriu > Deirdre > Deidre). Absolument aucun rapport, en effet. Le terme deidre est ici apparenté au vieux celtique tidres, « trois »528, forme vraisemblablement féminine529 de treis. La forme deidre aurait donc eu dans le parler celtique de Veleia le sens de « troisième » comme dans le vieil irlandais treide, breton trede, « troisième »530 et le vieux-celtique continental tritos / tritios, « id. »531. Et le fait que le pendu sous lequel figure la forme cardinale deidre, à savoir « troisième », c’est-à-dire le pendu se trouvant au centre du dessin, soit le seul desdits pendus à être barré d’une croix... montre qu’il ne s’agir ici que de l’un des perdants... celui arrivé en « troisième » position et donc en conséquence un des candidats à avoir été éliminés du jeu ! 521

Dottin, La langue gauloise, p. 281.

522

Lambert, P.-Y., 1994, op. cit., p. 34.

523

Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, p. 256.

524

Delamarre, Nomina Celtica Antiqua Selecta Inscriptionum, pp. 17-18.

525

Lambert, P.-Y., 1994, op. cit., p. 131.

526

Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, p. 39.

527

Dottin, La langue gauloise, p. 225.

528

Lambert, P.-Y., 1994, op. cit., pp. 142-144.

529

Thurneysen, R., 1925, « Gallisches », Zeitschrift für celtische Philologie, XV, Tübingen, pp. 379-383, v. p. 380.

530

Lambert, P.-Y., 1994, op. cit., p. 131.

531

Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, p. 302.

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En outre, un examen attentif des dessins que contient ce fragment de céramique montre clairement que les dessins des trois derniers pendus, ceux se trouvant le plus à droite, sont ceux qui sont dont les formes sont les moins achevées, bref l’examen montre clairement il s’agit des trois personnages dont la représentation apparaît la plus incomplète, la moins achevée. Et curieusement il s’agit des personnages sous lesquels on peut lire de gauche à droite : RIAMO DEMI RIA[... , soit « premier » [..?..] « pre[... », c’est-à-dire les personnages représentant, à n’en pas douter, les enfants étant arrivés en tête du jeu, bref les gagnants ! Et c’est cela qui explique évidemment l’aspect inachevé de ces dessins. Quant aux dessins représentant les deux enfants, une fille et un garçon, se trouvant en haut à gauche au dessus des pendus, ces deux dessins d’enfants qui étonnent tant Julio Núñez, ce ne peuvent être que les représentations, relativement réalistes, des deux enfants ayant gagné la partie. En effet, en croire l’inscription, une inscription que Núñez ne parvient pas manifestement à décrypter (il écrit en effet, on l’a vu auparavant, tout étonné : « A la derecha se sitúa el segundo personaje de esta banda (...) bajo el que se puede leer RIAMO, por tanto probablemente un hombre, nombre también ajeno a la onomástica latina »... ), c’est évidemment le dessin représentant le garçon qui a gagné, à savoir celui qui est arrivé en tête, bref le « premier »... , autrement dit en celte RIAMO. A côté se trouve le dessin représentant une fille, celle qui est arrivé, à n’en pas douter, en deuxième position... comme semble clairement l’indiquer le terme celtique DALIA se trouvant juste dessous et que Núñez ici non plus ne parvient toujours pas à expliquer et à s’expliquer... (« Bajo ella un rótulo la identifica como DALIA, nombre inexistente en los repertorios latinos »... ), le tout étant suivi de ET // DEIDRE signifiant ici tout simplement « et troisième » suivi du signe II représentant peut-être ici le chiffre deux (Núñez : « debajo del nombre puede leerse en tres líneas, y sin representación iconográfica adjunta, ET // DEIDRE // II »). Les deux autres mots que l’on trouve dans ce fragment de céramique, à savoir DEMI et DA, sont plus délicats à interpréter. Dans le cas de DEMI figurant sous un des pendus, le cinquième en partant de la gauche, il s’agit peut-être et tout simplement, quoique cela soit extrêmement peu probable, voire impossible, d’un mot signifiant demi, « qui forme la moitié d'un tout, à moitié » < lat. vulg. demĕdiu, réfection d'après dīmĕdiu532. Cela est en effet extrêmement peu probable car, entre autres, le terme demi n’est attesté en ancien français qu’à partir du XIe siècle. La forme DEMI doit être ici en conséquence autre chose, mais quoi ? Il doit s’agir en réalité d’une forme verbale celtique à laquelle est venu se suffixer le pronom personnel -mi, « moi ». C’est le phénomène appelé « enclise des pronoms ». Lambert en signale l’existence dans le cas du gaulois lorsqu’il signale que « les pronoms sujets viennent renforcer la désinence verbale qui exprime déjà le sujet »533. Dans ce cas DE(-mi) serait un verbe : « je [?], moi ». La disposition des mots sur le fragment de céramique est la suivante : RIA[... , DEMI DREIDE RIAMO Ce qui laisse, semble-t-il, deux possibilités : Soit il s’agit d’une lecture RIA[... DEMI suivi d’un autre RIAMO qui n’aurait alors aucun rapport avec les deux éléments précédents se trouvant au-dessus et décalés vers la droite, soit il s’agit d’une phrase DEMI RIAMO précédé cette fois-ci de RIA[... qui serait dans ce cas un élément indépendant des deux autres. Dans un cas, le verbe se trouverait en début de phrase et dans l’autre en fin. Prenons l’hypothèse selon laquelle il faudrait lire DEMI RIAMO. Dans le cas d’une forme verbale celtique DE(-mi), de quel verbe pourrait-il s’agir ? 532

De La Chaussée, 1982, op. cit., p. 127, § 9.5.4.

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Lambert, P.-Y., 1994, op. cit., pp. 66-67.

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Il ne peut s’agir que du verbe celtique dede, « parfait à redoublement 3sg. (...) sur le th[ème] verb[al] *dheHe-, “placer” »534, la forme verbale DEMI (< de-mi535) signifiant alors « je place, moi », c’est-à-dire au sens de « je me place, moi (après enclise du pronom venant renforcer la désinence verbale) », d’où pour la totalité de la phrase, à savoir DEMI RIAMO, la traduction tout à fait cohérente qui suit : « je (me) place, moi premier ». En ce qui concerne le mot DA, se trouvant juste après le mot DALIA, s’il ne s’agit pas simplement de la forme abrégée (ou inachevée ?) de ce même mot DALIA apparaissant ici répété, il pourrait s’agir tout simplement, quoique peu probable, d’un mot celtique apparenté au vieil irlandais dá et signifiant également « deux »536 ou bien plus probablement d’une forme verbale celtique ou latine da. Dans l’hypothèse d’une forme verbale latine537, il s’agirait alors du verbe « donner » à la troisième personne du singulier dăt, « il / elle donne » (< *dā-t)538 apparaisant ici sous une forme vulgaire da(t) à la suite de la chute, très bien attestée en latin vulgaire, du -t final : dat > da539. Il faudrait dans ce cas lire d’un trait DALIA DA, « elle donne seconde, deuxième », c’est-à-dire « elle est arrivée deuxième, en seconde position », ce qui en espagnol pourrait se dire « da segunda, queda segunda ». S’il s’agit d’une forme verbale celtique, hypothèse qui a ici notre préférence, il doit alors s’agir « du thème verbal da-, de *dhHe- “placer” »540, d’où une traduction DALIA DA, « il / elle (se) place seconde, deuxième ». La possibilité qu’il s’agisse ici d’une falsification est véritablement des plus lointaines et on pourrait facilement ajouter que même les adeptes de la « théorie du complot », et il sont nombreux sur terre, auraient bien du mal dans le cas présent à argumenter à partir des éléments disponibles. Cela étant, en ce qui nous concerne, nous n’écarterons jamais, contrairement à Gorrochategui, Velázquez, Ciprés, Santos Yanguas et Núñez, aucune hypothèse, fût-elle la plus improbable, au nom d’un quelconque dogme. Faisons-nous l’avocat du diable. Admettons, ne serait-ce qu’un instant, que nous avons effectivement affaire à une falsification. D’emblée, il nous faudrait alors admettre, encore une fois, quoique cette fois-ci de façon on ne peut plus éclatante, que le ou les prétendus falsificateurs sont de véritables surdoués, cela ne peut souffrir, semble-t-il, aucune contestation. Tellement doués et surdoués même qu’il faudrait en effet, si on parvenait un jour à les identifier, leur attribuer aussitôt une chaire dans une des plus prestigieuses universités européennes ou américaines. Cela serait amplement mérité, sans aucun doute. Mais il y a plus curieux. 534

Lambert, P.-Y., 1994, op. cit., pp. 86-87. Les celtisants sont cependant, observe Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, p. 138, « dans l’incertitude sur l’identité de la racine qui peut aussi bien être *dhē[*dheh1-] “mettre”, que *dō- [*deh3-] “donner” (auquel cas < *de-dh3-e) ».

535

Une forme redoublée **dede-mi ou « parfait à redoublement » attesté dans les langues celtiques (et conservée également par le grec qui l’a étendu, cf. gr. δί-δω-µι, « je donne » , le latin n’en ayant conservé que des traces) n’étant pas nécessaire dans le cas présent car il s’agit d’une forme au présent « je (me) place, moi » et non pas « j’ai placé, moi (je me suis placé) ». 536

Vendryes, J., 1908, Grammaire du vieil-irlandais : (phonétique - morphologie - syntaxe), Ed. Librairie Orientale & Américaine, Paris, pp. 130-131, § 243. 537

Ce mélange des langues, ici en l’occurrence celtique et latin, est bien attesté, on le sait, durant l’Antiquité comme cela est le cas dans l’exemple de l’inscription gauloise, citée auparavant, NATA VIMPI | CVRMI DA, « Fille belle, donne(-moi) de la cervoise », phrase dans laquelle la forme verbale DA, « donne » est du latin (ici DA est cependant à l’impératif et non pas au présent) et le reste du celte (cf. supra, § 30.1). 538

Ernout, A., 1914, Morphologie historique du latin, Ed. Klincksieck, pp. 261-262, § 255.

539

Väänänen, Introduction au latin vulgaire, p. 69, § 130, qui signale qu’à « Pompéi, on a une douzaine d’exemples de -a(t) ».

540

Lambert, P.-Y., op. cit., p. 38.

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Quelle est par définition le but d’une falsification ? L’objectif de toute falsification est d’imiter le plus fidèlement qu’il se peut la réalité. Autrement dit, le désir de tout falsificateur est d’être évidemment... compris par le ou les spécialistes qui à un moment donné seront amenés à se pencher sur sa falsification. Or, pour que la tromperie fonctionne, celle-ci se doit obligatoirement de respecter certains codes que l’ensemble de la communauté savante tient pour acquis depuis plus ou moins longtemps. C’est en cela que consiste en effet l’art de la falsification, à savoir respecter autant que faire se peut et de la façon la plus fidèle possible certains codes bien établis et admis depuis un certain temps par les cercles érudits les plus autorisés (codes iconographiques, épigraphiques, linguistiques, etc.) afin que le ou les spécialistes étudiant le ou lesdits faux éprouvent le plus de difficultés possibles à s’apercevoir de la supercherie, voire tombent dans le piège. Bref, le ou les falsificateurs feront toujours tout leur possible pour amener le ou les spécialistes à comprendre les codes établis et admis depuis plus ou moins longtemps par la communauté savante à laquelle ils appartiennent ― codes que ces mêmes faussaires se seront donc donnés pour but ultime, bref se sentirons toujours obligés d’imiter de la meilleure façon. Pourquoi, pourra-t-il alors nous être rétorqué bien légitimement, être obligés de rappeler ici de telles évidences ? Parce que ce l’observation des représentations et inscriptions « veleyenses », en particulier celle dont il est question ici, ne cadre point avec ces mêmes évidences. Que constate-t-on en effet à Veleia ? Les spécialistes ― et il ne s’agit pas d’un jugement de valeur mais, on ne pourra nous contredire sur ce point, d’un simple constat à la portée de tous ― que sont Gorrochategui, Velázquez, Ciprés, Santos Yanguas et Núñez, pour ne pas citer Lakarra et quelques autres, ne comprennent pas manifestement pas l’objectif recherché, bref les codes, entre autres, utilisés par le ou les prétendus falsificateurs... et quand ils croient les comprendre, les interpréter, ils les comprennent, les interprétent de travers... comme cela est la cas en ce qui concerne la représentation iconographique et l’inscription dont il est question ici, incapables qu’ils sont manifestement de saisir la pensée de nos présumés faussaires. C’est à désespérer d’être falsificateur ! C’est surtout extrêmement curieux. On pourrait également ajouter un autre fait des plus surprenants, à savoir : bien des codes utilisés par le ou les présumés falsificateurs qui auraient opéré à Veleia ne correspondent parfois, souvent même, à... rien de connu ! Or, on n’a jamais vu, pour autant qu’on puisse le savoir, un falsificateur... inventer des codes. Il est là pour les imiter, souvent à la perfection pourrait-on même ajouter, mais en aucun cas il ne les invente car, dans ce cas, nous n’aurions plus affaire à un « falsificateur » mais plutôt à un « inventeur », bref une sorte de créateur de codes... Mais il y a encore plus étonnant, quoique tout ce que nous avons vu jusqu’à présent le soit déjà largement, c’est dire à quel point la suite peut l’être. Le bruit a couru en effet que le ou les prétendus falsificateurs auraient voulu démontrer que la langue basque, et non une langue celtique, aurait été en réalité la langue originelle et exclusive du territoire des Caristes ou Caristii, autrement dit du territoire où était située la cité de Veleia. Bref, le ou les prétendus falsificateurs auraient voulu démontrer que les Vascongadas, notamment le nord de l’actuelle province d’Alava et la Biscaye en général, n’ont jamais « basquisées » du point de vue linguistique à partir du Ve ou VIe siècle, mais qu’elles ont au contraire toujours été de langue basque541.

541

A propos de cette question, délicate et controversée, le lecteur pourra consulter, s’il le désire, notre étude à paraître : Iglesias, H., 2009, « Sur l'origine présumée du fractionnement dialectal de la langue basque », ARSE Boletín anual arqueológico saguntino, 43 in press, pp. 1-24 ; étude dans laquelle il est clairement démontré, nous semble-t-il, arguments historiques, linguistiques et même génétiques à l’appui, que l’actuel territoire des Vascongadas ne pouvait pas être raisonnablement de langue basque durant l’Antiquité.

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Si l’un des objectifs du ou des prétendus falsificateurs a véritablement été de démontrer cela, le moins qu’on puisse dire est qu’ils auront échoué... 46. Forme des lettres 46.1 La lettre M Gorrochategui : « En este sentido, hay letras que funcionan ellas solas como test de autenticidad, p. ej. la M. Prácticamente no hay ningún texto en todo el conjunto que presente una M antigua, una de cuyas características fundamentales era que el ángulo interior formado por las astas oblicuas llegara hasta la línea inferior de la caja »542. Et d’ajouter : « salvo en muy pocos textos (en realidad aquellos que también por alguna otra razón podemos considerar auténticos), todas las M tienen ángulo elevado » Pourtant : « Este tipo de M existió en la antigüedad de forma limitada ; según mis investigaciones en Cartago y a partir de la época bizantina, tras la dominación vándala, es decir, ya en el s. VI d. C. (véase L. Enabli). Et insinuant qu’il ne peut donc s’agir à Veleia que d’une falsification, il ajoute : « En cambio es la forma usual de escribirla manualmente en la actualidad ». Cela étant, si l’on examine attentivement une célèbre inscription du IVe siècle après Jésus-Christ trouvée à Lyon, on constate que l’utilisation des M faisant apparaître un « ángulo elevado » était à l’époque parfaitement connue dans la partie occidentale de l’Empire. Voici l’inscription et la photographie de celle-ci :

Procula cl[arissima] femina « Procula noble dame » Famula dei « Servante de Dieu » A terra ad 543 martyres « [Va] de la terre auprès des martyres »

On constate que la forme du M avec « ángulo elevado » de cette inscription du IVe siècle est identique à « la forma usual de escribirla manualmente en la actualidad ». Les conclusions de Gorrochategui pourront donc apparaître, encore une fois... , quelque peu hâtives. L’épigraphie gauloise montre également d’autres exemples de ce type de M. Ce dernier apparaît par exemple dans la dédicace aux Mères Nîmoises figurant dans un chapiteau d’ordre dorique trouvé vers 1740 à l’emplacement du temple de la Fontaine (dédié au dieu Nemausus). Aujourd’hui au Musée de Nîmes, l’inscription, « très soignée »544 signale Lambert, fait clairement apparaître plusieurs M avec « ángulo elevado » tels qu’on les écrit « manualmente en la actualidad ». 542

Gorrochategui, Dictamen, p. 9.

543

Jaubert, A., 1967, Les premiers chrétiens, Editions du Seuil, Paris, p. 149.

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Voici une reproduction de cette inscription, probablement du Ier siècle avant Jésus-Christ, telle qu’elle figure dans l’ouvrage de Lambert545, avec sa traduction probable (« (?)artaros fils d’Illianus (l’) a offert aux Mères Nîmoises, (?) par reconnaissance, avec la dîme ou, pour réalisation du voeu »).

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Ci-dessous la reproduction d’une autre inscription gauloise, elle aussi probablement du Ier siècle avant notre ère, telle qu’elle figure dans l’ouvrage de Lambert546 et faisant clairement apparaître un M avec « ángulo elevado » tels qu’on l’écrit « manualmente en la actualidad ».

Ci-dessous la reproduction d’une autre inscription gauloise sur pesons de fuseaux, probablement du Ier siècle de notre ère, telle qu’elle figure dans l’ouvrage de Lambert547 et faisant elle aussi clairement apparaître plusieurs M avec « ángulo elevado ».

544

Lambert, op. cit., p. 86.

545

Lambert, op. cit., p. 86.

546

Lambert, op. cit., p. 88.

547

Lambert, op. cit., p. 123.

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Ci-dessous la reproduction d’une autre inscription gauloise, un graffite après cuisson sur vaisselle campanienne tel qu’il figure dans l’ouvrage de Lambert548 et faisant lui aussi clairement apparaître plusieurs M avec « ángulo elevado ».

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Il s’agit, signale Lambert, « d’une marque de propriété exceptionnellement développée : c’est l’obejt qui parle, “je suis (imni) la propriété inaliénable (aniateios) d’Eskengolatios” »549. 46.1.1. L’inscription d’Hasparren Enfin, la célèbre inscription découverte à Hasparren550 montre, écrit Sacaze, que « les caractères des deux dernières lignes, notamment l’M ressembleraient à ceux de l’époque carolingienne »551, c’est-à-dire la forme qui est encore la sienne dans notre alphabet moderne, on le sait, où les deux jambages formant la partie médiane de l’M, se rejoignent vers le milieu de la ligne sans descendre jusqu’au bas de la ligne comme cela peut être constatée dans la photographie ci-dessous. Les deux dernières lignes de la pierre d’Hasparren

Gorrochategui prétendrait-il également que la pierre d’Hasparren est un faux ?552 La question, dans toute sa simplicité, est posée553.

548

Lambert, op. cit., p. 89.

549

Lambert, op. cit., p. 89.

550

Tout comme les inscriptions de Veleia, l’inscription d’Hasparren a inspiré des doutes, cf. Sacaze, op. cit., p. 540. Mais aujourd’hui il est unanimement admis, malgré les nombreuses incorrections et autres curiosités graphiques qu’elle renferme, que cette inscription est authentique.

551

Sacaze, op. cit., pp. 539-540, § 468.

552

Une inscription faisant apparaître par ailleurs nombre d’incorrections comme le fait remarquer Sacaze, op. cit., p. 540 : « Les incorrections que ces vers [ceux de la pierre d’Hasparren] doivent-elles les faire condamner ? On a écrit legato pour legati ; il faudrait une préposition avant urbe ; après le second siècle on renonce à l’archaïsme optinuit. Il faut compter les syllabes de novem pour une longue ou pour deux brèves, & ne pas élider l’i de pagi. Ces objections ne me paraissent pas décisives ; des fautes ou des anomalies de même nature se rencontrent souvent dans les textes épigraphiques, surtout s’ils sont versifiés. Cependant le vers est étrange : un cursus honorum trouve mieux sa place dans une inscription funéraire que sur un monument votif, qui doit signaler seulement des fonctions actuellement occupées : on peut donc s’étonner que les titres de magister pagi & de questeur (municipal) aient été mentionnés. Etait-ce pour faire élever le vers & vaincre une difficulté de prosodie ? ». Quelques pages plus loin, Sacaze, op. cit., p. 550, admet implicitement cependant l’authenticité de cette inscription lorsqu’il écrit : « Ce qu’avaient obtenu les Neuf Peuples, c’est assurément la séparation au point de vue du paiement de l’impôt (…) Je dis que la séparation au point de vue fiscale est certaine ; & je le prouve. Strabon (…) », etc. Encore une fois, Gorrochategui contesterait-il l’authenticité de l’inscription découverte à Hasparren au XVIIe siècle ? La question est posée. 553

Il existe d’autre exemples, que nous ne pouvons tous commenter dans le cadre de cet article, montrant également des M tels qu’on les écrit « manualmente en la actualidad », cf. Garcia, José Manuel, Religiões antigas de Portugal. Aditamentos e observações às Religiões da Lusitânia de J. Leite de Vasconcelos. Fontes epigráficas, Ed. Imprensa Nacional - Casa da Moeda, Lisbonne, p. 602, inscriptions 343-a, 363.

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Cela étant, si on s’en tient aux écrits et rien qu’aux écrits de cet auteur, il semblerait qu’il n’ait jamais envisagé cette hypothèse puisqu’il y a encore quelques années il écrivait dans son fameux ouvrage sur l’onomastique aquitaine à propos de cette pierre : « La inscripción no está fechada ni nos dice el nombre del emperador ante el que cumplió su embajada el ilustre aquitano. Ello ha sido motivo de innumerables opiniones y polémicas acerca de su datación y correcta interpretación ». Il poursuivait : « Varían desde considerarla, por un lado, de época de Augusto, suponiendo que la separación, en el sentido expuesto por Estrabón, se refería a la tributación, hasta datarla, por otro lado, en época inmediatamente anterior a Diocleciano »554. Et il ajoutait : « con lo que cual coincidiría también la forma de las letras »... Il concluait : « En mi opinión, es más probable la segunda datación que la primera ». Enfin, la consultation de l’ouvrage de Väänänen555 semblerait également montrer l’utilisation à Pompéi de certains M faisant apparaître un « ángulo elevado ». 46.2. La lettre E Velázquez, qui elle, curieusement, n’émet absolument aucune réserve sur la forme de la lettre M, écrit : « Por otro lado, la abusiva presencia de la E formada por dos barras (II), de manera completamente arbitraria y sin correspondencia con otras letras. Esta E (II) es también una forma arcaica presente en las inscripciones desde el s. III a. C. y que poco a poco va cayendo en desuso, sobre todo desde mediados del s. I y II d. C »556. Mais aussitôt, elle ajoute : « Es cierto que su uso permanece en algunos grafitos de tipología similar a los de Veleia, es decir en instrumenta domestica, casi hasta el s. IV. Puede verse conviviendo con la E normal en los grafitos de la Graufesenque, mayoritariamente de época julio-claudia y fiavia (por tanto, s. I d. C), y puede alcanzar cronologías posteriores como se ha indicado ». Où est le problème alors ? Le voici, selon elle : « El problema de la presencia de esta E de dos barras (II) en Veleia es que no se corresponde con el resto de tipos de letras que deberían haber aparecido, es decir, en alfabetos de capital rústica antigua de esas épocas que es donde se incardina la pervivencia del uso de esta E (II) o en cursivas antiguas ». Le lecteur, fût-il des plus bienveillants, aura ici l’inélégance de ne pas se montrer totalement convaincu par le raisonnement, plutôt insolite sinon improbable, de Madame Velázquez557… Elle insiste : « No existe tampoco congruencia alguna con el resto de letras que deberían haber mostrado ciertos rasgos inequívocos de esa cronología, en cualquiera de los tipos gráficos al uso en los siglos II-IV 554

Gorrochategui, Estudio sobre la onomástica indígena de Aquitania, p. 46.

555

Väänänen, Le latin vulgaire des inscriptions pompéiennes, p. 146 : « Formes de lettres usitées dans les inscriptions pompéiennes selon C. Zangemeister (CIL IV, tab. I) », § IV.4. graphio scriptarum. 556

Velázquez, Informe, p. 7.

557

Sacaze, op. cit., p. 457, § 367, cite une inscription aquitanique dans laquelle on peut lire : SΛBINIΛNO SΛBINI FIL(io) VRIΛ HΛRBII / LIIXIS FIL(ia) MΛTER, « A Sabinianus fils de Sabinus sa mère Uria fille d’Harbelex ». Et Sacaze d’ajouter : « Les E d’Harbelex dont figurés par deux II (sans doute la lettre grecque H moins la traverse), forme archaïque dont cette inscription offre un exemple unique, je crois, dans nos régions pyrénéennes, assez fréquents, au contraire, dans d’autres pays. J’ai vu, notamment au Musée de Beauvais, un monument consacré aux Dieux Mânes & à son mari, T. Antonius Barbarus par Claudia Nice ; on y lit : NICII FIICIT pour NICE FECIT », etc.

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d. C. ― por dar una cronología amplia ― y en épocas donde podemos esperar diferentes usos, incluso mezclas. Así no son détectables las formas características de B, D, H, L ». Mais quelles sont ces « fameuses formas características de B, D, H, L » ? On ne le saura pas. Elle poursuit, plus catégorique que jamais : « Incluso aparecen formas diversas no estandarizadas o mínimamente homogéneas de otras letras como A, R, incluso algunos remates de letras T, u otras, apuntan a formas claramente modernas o, desvinculadas, del mundo antiguo ». Et d’ajouter de façon inattendue : « ...incluso de un tipo de alfabeto estandarizado en una u otra época »... Bref, la forme des lettres ne correspondrait pas non plus, selon Madame Velázquez, à celle qui serait la leur de nos jours... Mais à quoi ces formes correspondent-elles alors ? On ne le saura pas non plus. Elle poursuit : « Pueden citarse diversos casos de inscripciones con tipos gráficos anómalos, con mezclas de letras impensables en épocas antiguas, artificiales e incongruentes ». Et de citer alors... qu’un seul exemple : « Por ejemplo, la n° 10999 (fig. 5) (sector 5 TSH), donde se lee MARCVS MARCI FILIO ». Mais en quoi cette inscription, dont on pourra consulter ci-dessous la photographie, présente-t-elle des « mezclas de letras impensables en épocas antiguas, artificiales e incongruentes » ?

Etant donné que Madame Velázquez ne nous le dit pas, on ne le saura tout simplement pas. La forme, faisant apparaître un « ángulo elevado », de la lettre M est pourtant bien attestée durant l’Antiquité. La forme de la lettre A se retrouve, comme le lecteur a eu tout loisir de le constater, dans la dédicace aux Mères Nîmoises citée auparavant. Celle de la lettre S est des plus banales au début de notre ère. On la retrouve un peu partout, par exemple dans la tessère d’hospitalité de Carbedo (musée de Lugo)558. En quoi par conséquent la forme des lettres de cette inscription est-elle étrange ? A suivre. En revanche, elle ajoute, changeant totalement de sujet : « Además esta forma de filiación resulta extraña. En latín es inusual que se escriba por extenso la filiación ». En est-elle absolument certaine ? « Lo esperable habría sido: MARCVS M. F »... L’auteur, qui donne ici l’impression de pas être totalement convaincue par ses propres… arguments, ajoute alors : 558

Tranoy, A., 1981, La Galice romaine. Recherches sur le Nord-Ouest de la péninsule Ibérique dans l'Antiquité, Publications du Centre Pierre Paris, Boccard, Paris, planche. XV.

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« En todo caso »... Bref, on s’en doutait déjà, elle n’est pas véritablement convaincue de ce qu’elle avance559. « … En todo caso lo que no resulta lógico es MARCVS escrito correctamente en nominativo y, en cambio, FILIO ». Et encore une fois, Madame Velázquez gratifie ici le lecteur d’une analyse scolaire sur le latin… classique, analyse tout ce qu’il y a de plus « lógic[a] » et impeccable il est vrai, mais qui ne tient à aucun moment compte que c’est à du latin vulgaire et fautif que nous avons affaire à Veleia et non pas à du latin classique officiel ou administratif comme le laisseraient croire pourtant les commentaires de cet auteur. Pourquoi ne pas envisager tout simplement dans le cas présent que le graveur « veleyense » savait parfaitement, voire se rappelait, que la forme correcte et classique de la forme populaire Marco était Marcus, mais en revanche ignorait, ou bien ne se souvenait plus, qu’à une forme vulgaire filio correspondait en réalité un forme correcte filius ― car pour ce graveur demi-lettré il ne s’agissait certainement plus en ce qui concerne ce filio d’une forme vulgaire mais simplement d’une forme courante sinon quotidienne, la notion de « latin vulgaire » ne devant pas lui être des plus familières puisqu’il s’agissait en réalité d’une forme de langue qu’il utilisait à chaque instant de façon spontané et inconsciente560. 47. La graphie < J > et les « litterae ramenses » Gorrochategui : « Es sabido que el alfabeto latino no tenía letra diferenciada para la expresión de las semiconsonantes / j / y / w /, sino que utilizaba para ellas las letras I y V respectivamente, las mismas que utilizaba para la expresión de las vocales / i / y / u / »561. Et d’ajouter : « Se debe al humanista francés Pierre de la Ramée el criterio de diferenciar arabos sonidos mediante letras diferentes ( j / i , v / u ) en la edición de textos latinos ». Il conclut : « En la antigüedad, si bien la V podía adoptar en los escritos cursivos y especialmente en la escritura uncial una forma muy parecida a la u, nunca jamás hubo ninguna letra J. Por esa razón, resultan imposibles ciertas grafías que hallamos en algunos óstraca : p. ej.n° 11139 : JVLIO A. ; n° 11261 : JVLi[ ; n° 10771 : “JUPITER” (en este caso, nos encontramos incluso con una U clarísima, en vez de V, además de las ya consabidas “comillas”, ver abajo 3. 4) ; n° 15656 : JAN sobre un plato tardo-antiguo ». Le lecteur goûtera tout particulièrement le passage suivant : « En la antigüedad (...) nunca jamás hubo ninguna letra J ». Pilar Ciprés et Santos Yanguas : 559

Et elle a raison de ne pas se montrer totalement convaincue de ce qu’elle avance car ce n’est pas en effet ce qu’il ressort de la consultation de l’ouvrage de Sacaze sur les inscriptions pyrénéennes. Ces inscriptions du début de notre ère montrent clairement l’utilisation non seulement de l’abréviation F., qui côtoie celle de FIL, mais également que la filiation s’écrivait souvent, contrairement aux dires de Madame Velázquez, « por extenso », à savoir : FILIO, FILIUS, FILIA, FILIAE, etc., cf, Sacaze, op. cit., pp. 137-138, § 74, p. 170, § 85, p. 192, § 118, p. 209, § 141, etc. 560

De nos jours nombre de personnages publics, hommes politiques ou autres, auraient tendance en France à mettre, croyant bien faire, le subjonctif partout. Ils diront par exemple : « je pense qu’il faille le faire »... en lieu et place d’un correct « je pense qu’il faut le faire », ou bien « il est probable qu’il doive »... ou encore « après qu’il ait fait cela »... au lieu de « après qu’il a fait cela ». Pourquoi font-ils cela ? Parce qu’en français l’emploi du subjonctif est considéré comme quelque chose de prestigieux et ce faisant ces personnes pensent s’élever dans l’échelle sociale dans une société, la française, extrêmement élitiste et conservatrice contrairement à la société espagnole qui l’est beaucoup moins. A Veleia, le demi-lettré ayant écrit cette phrase dont il est question ici a cru bien faire en remplaçant la forme courante Marco par une forme plus « soutenue » Marcus. C’est probablement aussi simple que cela (cf. Carnoy, op. cit., p. 268 qui cite plusieurs erreurs de ce type commises par des demi-lettrés). 561

Gorrochategui, Dictamen, pp. 10-11.

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« Resultan así mismo anacrónicas una serie de letras para representar sonidos que en la antigüedad romana se representaban de manera distinta. Así, por ejemplo, J para representar el sonido yod de la i (JVPITIIR, JVLIO, JVAN [sic, on suppose qu’il s’agit de l’inscription n° 15656 : JAN) : QV [au sujet de cette graphie, cf. supra, §§ 15, 16] para transcribir el sonido griego ji [on suppose qu’il s’agit de χι] (ANQVISIIS), cuando lo correcto seria CH (Anchises) (vid. informe I. Velázquez) »562. Suivant à lettre le conseil prodigué par ces deux auteurs, nous consulterons donc la latiniste Isabel Velázquez. Qu’écrit-elle ? Voici : « Pero lo más llamativo es, sin duda, la presencia de J y no I en nombres donde hoy se escriben en castellano con “jota”, tipo “Julio”. No aparece, como quizá sí habría sido más esperable la I longa que sobrepasa la caja del renglón por la parte superior y que ya está desvinculada de su antiguo origen de marcar i larga, sino que aparece incluso como inicial de nombre o de título en algunas inscripciones »563. Elle ajoute : « Sin embargo, en algunos grafitos puede verse escrita una J correspondiendo a la actual J de los nombres, como J en JVPITER (incluso aquí con remate horizontal superior, a modo de T, impensable en su forma, incluso en las grafías de I longa medievales, véase más abajo sobre el origen de la letra) y JVLIO (así escrito), ambos en la pieza 11139 (fig. 7) (sector 5) ». Elle en arrive ensuite à l’inévitable, l’inéluctable « démonstration-conclusion » censée convaincre définitivement les quelques lecteurs pouvant encore se montrer réticents, voire dubitatifs devant une telle avalanche d’affirmations. Et ce n’est plus désormais à un informe qu’ont droit les lecteurs, c’est véritablement à un cours digne du Collège de France ― malgré quelques longueurs, on ne peut raisonnablement s’empêcher de citer intégralement Madame Velázquez : « Aunque el origen gráfico de esta letra J actual procede de la llamada “i longa” (sin confundir con la i longa de tipo fonemático) que se escribía como prolongación de la i por debajo de la caja del renglón ― como puede verse en inscripciones y en manuscritos, sobre todo cuando se trata de representar el uso de “i consonantica o yod” frente a “i vocálica”, por ejemplo, titjus ―, y su nombre deriva lógicamente del nombre de la letra griega “iota”, su forma fluctuará con x, g, y en fonemas palatales en la Edad Media, pero el uso para representar / χ /, es decir la “fricativa velar sorda”, no se da hasta el siglo XVI en que, en efecto se produce este fonema como retraimiento de la articulación en la pronunciación del fonema fricativo prepalatal sordo / š / ». Elle conclut : « Sin entrar en cuestiones muy problemáticas de la evolución de estos sonidos en castellano, debe indicarse que el uso de J en palabras como “Julio” no comienza a darse hasta el siglo XVI ». En effet, ajoute-t-elle : « De hecho, se atribuye la estandarización de la actual forma de la letra J a Pierre de la Ramée (Petrus Ramus) a mediados del siglo XVI, para diferenciar precisa y claramente esas mencionadas “i vocálica” e “i consonantica”, en francés. Sin necesidad incluso de recurrir a dicha estandarización que se dará en la imprenta, y admitiendo que la letra “j” pueda devenir directamente de las formas gráficas de la antigua i longa prolongada, de documentos y códices medievales, su uso se emplea fluctuante con otras grafías para diversos fonemas como se ha indicado, pero no se corresponde a la representación del actual fonema fricativo velar sordo sencillamente porque éste fonema no se fija en la pronunciación hasta el s. XVI ». Le lecteur a ensuite droit à un cours de phonétique historique de la langue espagnole, centré en particulier sur l’origine de la « jota » espagnole, propos fort intéressant certes mais dont on ne parvient toujours pas à comprendre en quoi cela concerne le sujet nous intéressant ici, à savoir l’utilisation ou non au début de notre ère de la graphie < J > : 562

Ciprés, P. et Santos Yanguas, J., 2008, Informe epigráfico-histórico, p. 31.

563

Velázquez, Informe, pp. 8-9.

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« A pesar de la normalización ortográfica de la reforma alfonsi en el siglo XIII y de posteriores usos, la letra y muestra confusiones y mezclas con s, así como grafías de j o g para s (celojía por celosía, frísol por frijol, etc. o relisión por religión, mesor por mejor, etc.), ante las confusiones y evolución de fonemas sibilantes desarrollados por el castellano. En concreto el fonema fricativo sordo prepalatal / š / será el que devendrá en fricativo velar sordo / χ / cuyos primeras manifestaciones se dan en el s. XVI, como se ha indicado ». Elle poursuit : « De hecho, su uso no se estabilizará hasta, al menos, el s. XVII o XVIII, viéndose en textos impresos humanísticos que su no está sistematizado, al igual que ocurre con los de “v” y que sirve tanto para “i consonantica o yod”. De hecho, para este fonema fricativo velar sordo se usaba habitualmente la grafia x, de ahí la duplicidad gráfica en palabras como México o Méjico. Las grafías i y j, competirán durante prácticamente dos siglos entre sí, hasta que su uso se sistematice definitivamente. Así ya será en 1815 cuando la Real Academia Española use la letra J, abandonando la X para el fonema que representa en la actualidad ». Si le but de Madame Velázquez était de nous convaincre qu’au début de notre ère la prononciation de la « jota » espagnole n’existait pas en latin, il est clair qu’elle y sera parvenu sans grande difficulté. Cependant, la question demeure : quel rapport ce cours de phonétique espagnole a-t-il, au risque de se répéter, avec l’utilisation ou non au début de notre ère de la graphie < J > ? Revenons à l’essentiel. Gorrochategui, Ciprés et Santos Yanguas nous disent donc ― et il s’agit pas de leur part d’une hypothèse, mais d’une affirmation ― que l’existence de la lettre J au début de notre ère est absolument impossible et que par conséquent des graphies telles que JVLIO et JVPITIIR ou JVPITER, en place et lieu de IVLIO et IVPITIIR ou IVPITER, sont à Veleia inconcevables, Gorrochategui se permettant même le luxe d’utiliser l’expression « nunca jamás » (« nunca jamás hubo ninguna letra J ») ― l’expression « nunca jamás » pourrait se traduire en français par un exclamation hyperbolique telle que « Jamais, Ô Grand Jamais ! »... Difficile d’être plus catégorique. Velázquez est en revanche beaucoup plus nuancée, mais sa démonstration paraît en bien des endroits fort ambiguë. Elle commence en effet par nous parler de « la I longa que sobrepasa la caja del renglón por la parte superior y que ya está desvinculada de su antiguo origen de marcar i larga », c’est-à-dire du type SILANVS (= Sīlanus), etc.564, puis, changeant curieusement de sujet... , elle enchaîne aussitôt en ajoutant : « Aunque el origen gráfico de esta letra J actual procede de la llamada “i longa” (sin confundir con la i longa de tipo fonemático) que se escribía como prolongación de la i por debajo de la caja del renglón ― como puede verse en inscripciones y en manuscritos, sobre todo cuando se trata de representar el uso de “i consonantica o yod” frente a “i vocálica”, por ejemplo, titjus ». Par conséquent, elle ne nie pas clairement l’existence de la lettre J durant l’Antiquité tout en nous laissant entendre que cette lettre ne pouvait pas exister à l’époque... , à plus forte raison « como inicial de nombre o de título en algunas inscripciones ». Certes Velázquez ne dit pas ici non. En effet, elle ne ferme jamais la porte en ce qui concerne l’utilisation ou non de cette lettre. Elle se contente simplement et presque toujours de feindre l’étonnement ― ce qui, il faut le reconnaître, est une manière fort habile (et prudente ?) de dire non sans le dire... On cerne dès lors sans grande difficulté la personnalité la plupart du temps on ne peut plus subtile de Madame Velázquez, et il s’agit là de notre part d’un compliment plutôt que d’une critique, à moins que nous ayons affaire à un esprit qui se plaît dans la contradiction, ce que nous ne croyons pas. Résumons.

564

Niedermann, M., 1997, Précis de phonétique historique du latin, Ed. Klincksieck, 5e édition revue et augmentée, Paris, p. 8.

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Ces subtilités dont on vient de parler mises à part, l’ensemble des auteurs cités auparavant affirment (dans le cas de Velázquez laisse entendre) que l’utilisation de cette cette lettre J n’est pas possible au IIIe siècle car, disent-ils, il s’agit d’une graphie moderne et en conséquent l’utilisation qui en est faite dans les inscriptions de Veleia constitue à elle seule un indice flagrant de falsification. Pourtant, il existe une difficulté. Quelle est-elle ? Pompéi. Que lit-on en effet dans les inscriptions de Pompéi ? Des inscriptions que Gorrochategui, doña Pilar Ciprés et Santos Yanguas ne semblent pas manifestement, aussi curieux que cela puisse paraître, connaître... ― et qu’Isabel Velázquez ignore ou bien feint d’ignorer ? Avant de rappeler quelques-unes de ces fameuses inscriptions populaires, il nous donner quelques explications de nature linguistique en faisant appel pour cela à une des plus hautes autorités en matière de latin vulgaire565, notamment celui des inscriptions découvertes à Pompéi, autrement dit Veikko Väänänen, qui signale : « Les lapicides romains, les scriptores de programmes électoraux et les dresseurs de quittances sur tablettes de cire, voire les oisifs qui barbouillaient les murs de Pompéi, usaient ― non pas régulièrement, il s’en faut ― du signe I, J que les Romains appelaient I longa, pour marquer principalement la voyelle longue ī (...) »566. Puis il ajoute, ce qui dans le cas de notre étude constitue un point capital : « Mais en dehors del a valeur ī, l’I longa apparaît aussi dès avant la fin de la république mais surtout à la haute époque impériale comme la notation de la semi-voyelle [j] ». Il poursuit ; « Cet usage d’I longa est assez répandu dans les inscriptions pompéiennes, en comparaison avec les I longa notant un ī ». Et de citer aussitôt les cas d’I longa pour i consonne567 à Pompéi (on donne ici la retranscription littérale des graphies telles qu’elles apparaissent dans les inscriptions pompéiennes) : « JACVIT 5255 JAM 118 (p) JANITOR 1894. 1921 JANVA 1893 JANVARIAS 2059 JANVARIAES 2233 JANVARIVS 2333 JARINV 2251 JVCVNDVS 1398. 1936 JVCVNDI t. c. II 3, JVCVNDO t. c. VI 7 et passim dans les tabl. de cire JVDICI NSA 1936 p. 1936 p. 342, 222 (el) JVDICIJS 1074 (p) JVL(ias) 1349. 2007. 2192 JVLIVS 2152 JVNIVS 3060 (...) », etc.568.

565

Curieusement aucun des auteurs que nous venons de citer ici dans le cadre de nos commentaires, pas même Madame Velázquez, pourtant latiniste de formation, ne citent dans leurs commentaires ni dans leur bibliographie les travaux de Veikko Väänänen concernant le latin vulgaire. C’est un peu comme si un physicien ou astrophysicien ne citait pas Einstein dans l’un de ses ouvrages… 566

Väänänen, Le latin vulgaire des inscriptions pompéiennes, p. 35.

567

Christiansen, J., 1889, De apicibus et i longis inscriptionum latinarum, Ed. Delff, Husum ; Rodríguez Adrados, J. V., 1971, « Usos del a “i” longa en CIL II », Emerita 39, pp. 159-168 ; également Väänänen, op. cit., p. 35, qui rappelle que « c’est bien de l’I longa que dérive la lettre des alphabets modernes, et qui dans les langues germaniques et certaines autres désigne le yod ». Et l’auteur d’ajouter : « Est-il légitime de déduire de ces exemples une prononciation consonantique de ivoy ? Nous pensons que oui ». 568

Väänänen, Le latin vulgaire des inscriptions pompéiennes, p. 35, n. 2 ; v. également p. 146 : « Formes de lettres usitées dans les inscriptions pompéiennes selon Zangemeister (CIL IV, tab. I [cf. la réédition de l’ouvrage Zangemeister, C., 2003, Inscriptiones parietariae pompeiannae herculanenses stabianae, vol. IV de Corpus Inscriptionum Latinarum Series, Ed. Walter de Gruyter]) », cf. § IV.7, 8 et 9. graphio scriptarum ainsi que pictarum recentiorum, § II.5d, où une forme < J > (notant à Pompéi I longa), une forme qui est manifestement identique à celle de l’actuelle lettre < J >, apparaît clairement. à plusieurs reprises dans l’ouvrage cité de Zangemeister, op. cit., Volume 4 de Corpus Inscriptionum Latinarum Series, Ed. Walter de Gruyter ainsi que dans celui, déjà cité auparavant, de Mau, A., 1968, Inscriptiones parietariae Pompeianae Herculanenses Stabianae, Volume 4 de Corpus Inscriptionum Latinarum Series, Walter de Gruyter ; voir, par exemple, p. 712, § 6787, etc.

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Par conséquent, lorsqu’il est affirmé péremptoirement par certains des auteurs cités ci-dessus que les graphies « veleyenses » telles que JVLIO, JVPITER, etc. sont inconcevables dans le Veleia du IIIe siècle, le lecteur, fût-il le simple de passage, pourrait, semble-t-il, être en mesure de demander quelques explications et éclaircissements supplémentaires à ces mêmes auteurs. Il serait en effet intéressant de connaître leurs explications sur ce point bien précis, éclaircissements que ces auteurs auront à coeur, on n’en doute pas, de fournir au(x) curieu(x) et autres lecteurs intéressés par ces questions. 48. La ponctuation 48.1. Les virgules Velázquez, à propos de la ponctuation antique, notamment les virgules : « Los signos de puntuación existentes ― que sí los había ― se usan escasamente y de forma irregular ». Elle ajoute : « Lo más habitual en época imperial son puntos medios, también cuadrados, triángulos, incluso formas de vírgulas similares a las comas (éstas a veces en el pie de la propia caja, de forma similar a la actual) »569. Ce qui est manifestement en... contradiction avec ce qu’elle affirme pourtant elle même quelques lignes auparavant, à savoir : « En el mundo antiguo los signos de puntuación difieren notablemente de la época moderna ». Et surtout : « las comas de separación no pueden ser interpretadas como signos de interpunción antiguos, ni por su forma ni disposición, iguales a los actuales, ni por su funcionalidad, al estar empleados de forma idéntica a la actual ». Madame Velázquez se contredit toute seule... Encore plus curieux. Gorrochategui affirme, catégorique : « la coma como signo gráfico fue totalmente desconocida en la antigüedad »570. Il ajoute : « el único signo gráfico empleado con normalidad en la escritura latina fue el de la interpunción ». Bref, cela apparaît également en... totale contradiction avec l’affimation, citée auparavant, de Madame Velázquez selon laquelle il est d’usage « en época imperial » de rencontrer « formas de vírgulas similares a las comas »... Gorrochategui : « no hay ningún testimonio de la existencia de comas gráficas, en el uso que nosotros le damos ahora, hasta el inicio del Renacimiento »571. Il ajoute : « El sistema tardo-antiguo (...) consistía en la utilización de puntos a diferente altura de la caja según se quisiera indicar una mayor o menor pausa, coincidente con el final de una unidad semántica mayor o menor ». Soit : « Un signo gráfico consistente en una pequeña raya era la virgula, pero se escribía siempre en la parte superior de la caja de escritura ». Velázquez écrit, on l’a vu, exactement l’inverse... : « ...vírgulas similares a las comas (éstas a veces en el pie de la propia caja, de forma similar a la actual) ».

569

Velázquez, Informe, pp. 10-11.

570

Gorrochategui, Dictamen, p. 9.

571

Gorrochategui, Dictamen, p. 10.

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En résumé : « en la parte superior de la caja de escritura » ou bien « en el pie de la propia caja, de forma similar a la actual » ? Cela n’est pas clair, pour dire le moins. Ces deux auteurs ne sont manifestement pas d’accord entre eux. Le lecteur, fût-il le simple curieux, commencerait-il à avoir quelques doutes ? Voici la suite. Velázquez, contrairement à Gorrochategui, ne nie donc pas l’existence de « comas » durant l’Antiquité, donc à Veleia, mais la suite de sa démonstration pourra paraître cependant des plus byzantines : « resulta sorprendente que en los grafitos de Veleia aparezcan comas, no por la forma »572... Mais alors pour quelle autre raison cette apparition « resulta sorprendente » ? Velázquez : « ...no por la forma sino por la función que en ellos adquieren, siendo interpretables como pausas en enumeración de listas de nombres y muy distintas, en cualquier caso, de algunas formas de interpunción que pudieran guardar cierta similitud formal »... Ne serait-ce pas là en réalité non plus à des arguments que nous affaire désormais mais plutôt à de véritables, pour employer un euphémisme, arguties byzantines ? La question mérite d’être posée. 48.2. Les « guiones » ou tirets Velázquez, catégorique : « Los guiones simples al final de línea sólo en algún manuscrito de los siglos IX y X en adelante pueden verse para indicar que el renglón continúa ― entiéndase el periodo oracional ―, pero no para separar palabras »573. Gorrochategui : « En el conjunto epigráfico también se documentan guiones separadores de palabras en listas (6 en el sector 5 ; 2 en el sector 6 y sondeos y otros 2 en el sector 12) »574. Il poursuit : « me parece un fenómeno reciente ». Mais aussitôt il ajoute : « ...pero pudiera pensarse (sin duda exagerando) que son una forma de interpunción a media caja, de modo que no los tengo en cuenta como prueba ». Encore une fois Velázquez et Gorrochategui ne semblent pas être d’accord entre eux. De surcroît, Gorrochategui doute... Par suite le lecteur aura, lui aussi, toutes les raisons de se montrer également dubitatif. 48.3. Les « comillas » ou guillemets Velázquez, catégorique : « La presencia de “comillas” para marcar nombres y de comas para separación entre palabras, que pueden entenderse simplemente como los signos actuales de puntuación, son desconocidos en el mundo antiguo ». Cela semble pourtant inexact. Car les divers travaux de Nina Catach sur l’origine ainsi que le développement et évolution ultérieurs de la ponctuation au sein de la culture gréco-latine et judéo-chrétienne occidentales, et ce depuis la plus haute antiquité jusqu’à nos jours, Catach un auteur considéré par ses pairs comme un

572

Quoique, s’empresse-t-elle aussitôt de rajouter, « ...aunque ésta sea minoritaria y extraña en inscripciones de la época y en Hispania ». Mais pourquoi est-elle « extraña » ? On ne le saura pas. 573

Dans les comptes de potiers de la Gaufresque, on constate pourtant clairement l’usage de tirets (identiques à nos tirets actuels) pour séparer les mots entre eux, cf. Lambert, op. cit., p. 133 (photographie Marichal n° 1). 574

Gorrochategui, Dictamen, p. 10.

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des plus grands spécialistes au niveau mondial de ces (très) difficiles et complexes questions, bref les divers travaux de Madame Catach contredisent clairement les dires de Madame Velázquez. Catach : « Les guillemets, rares avant le XVIIe s., indiquaient, dès l’Antiquité, les passages importants ou fautifs (diplè) »575. Et le fait qu’ils aient été rares pendant le Moyen-Âge ne change rien à l’affaire, à savoir qu’ils existaient durant l’Antiquité (Veleia c’est l’Antiquité, pas le Moyen-Âge) et qu’à cette époque, c’est-à-dire au début de notre ère, on s’en servait principalement pour indiquer les termes, les faits et les passages importants, comme cela est… exactement le cas à Veleia ! Les dires de Gorrochategui n’en deviennent dès lors que plus piquants : « Hay una característica epigráfica ― que aparece también en algunos textos del sector 5 (p. ej 10771, 12108 = Calvario) ―, que consiste en resaltar algún nombre sagrado (a veces, una imagen) mediante unas comillas dobles (como las actuales) o bien triples unidas en un extremo (‫» )ש‬576. Il ajoute : « Este medio de resalte me es absolutamente desconocido en la epigrafía antigua »... Et afin d’être tout à fait précis, rappelons les faits. Au début du XIIe siècle Hugues de Saint-Victor emprunte à Isidore de Séville, à l’usage de ses moines, les différentes notae utilisées par les Grecs et les Latins577. Donc ces notae il ne les inventent pas. Il les emprunte simplement à Isidore de Séville. Ce point est d’une importance capitale pour l’affaire qui nous concerne ici. Ce ne sont pas en conséquence des signes médiévaux. Il s’agit en réalité de signes qui étaient utilisés durant l’Antiquité et que cet auteur du XIIe siècle récupère. Et parmi ces signes (vingt-cinq signes différents578) on trouve, entre autres, « la virga jacens (en forme de tiret, obelos en grec, sagitta en latin) et diverses formes de la diplè, qui sert, dit-il [Hugues de Saint-Victor], à “séparer les témoignages sacrés” »579, comme cela est également le cas à Veleia... Et rappelons ce que sont les diplè chez Isidore de Séville. Catach : « (...) le tiret (obelus), le signe de citation ou diplè (sous plusieurs formes, y compris une forme qui ressemble beaucoup à celle de nos guillemets [i. e. < ‫]> ״‬, et sert à distinguer deux mots entre eux »580. C’est exactement ce que l’on constate encore une fois dans les inscriptions « veleyenses »... 48.4. Les « paréntesis » ou parenthèses Velázquez n’aborde pas le sujet. Le lecteur pourra donc en conclure de façon tout à fait légitime qu’elle ne conteste pas l’existence des parenthèses durant l’Antiquité. Gorrochategui, catégorique : « Otro hecho absolutamente desconocido hasta ahora en la epigrafía latina es la presencia de paréntesis, tal como los conocemos y usamos en la actualidad para encerrar palabras »581. Il ajoute : 575

Catach, N., 1994, La ponctuation, Ed. PUF, p. 77.

576

Gorrochategui, Dictamen, p. 13.

577

Catach, op. cit., p. 21.

578

Parmi ces signes, Catach, op. cit., p. 20, v. Tableau II, signes existant durant l’Antiquité, cités par Isidore de Séville et récupérés ensuite au XIIe siècle par Hugues de Saint-Victor, celui de la virgule (suspensivum) ressemble en outre « comme une goutte d’eau » à celui de la virgule apparaissant dans les inscriptions « veleyenses », à savoir < ‫> ׀‬. 579

Catach, op. cit., p. 26.

580

Catach, op. cit., p. 18, n. 2.

581

Gorrochategui, Dictamen, p. 10.

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« Pero el paréntesis es una invención del s. XV, empleándose además en una disposición contraria a la actual, así : )palabra( ». En est-il absolument certain ? Ce n’est pas pourtant ce que dit Madame Catach, un auteur, au risque de se répéter encore une fois, mais comment faire autrement, de tout premier ordre au niveau international pour tout ce qui touche aux questions ayant trait à l’histoire de la ponctuation ― et que Gorrochategui, pas plus que Velázquez, ne citent jamais dans leur bibliographie... Catach : « Les parenthèses < ( ) > [et non pas < ) ( > comme l’écrit Gorrochategui] sont, semble-t-il, citées pour la première fois en France dans la traduction de Barzizza (1470, vr chap. 2, 4) »582. Elle ajoute : « …mais devaient être utilisées depuis longtemps ». Déjà chez Isidore de Séville on trouve des signes tels que < ‹ > et < › > qui constituent des signes de renvoi (diplè)583 et qui ressemblent déjà fort étrangement à des parenthèses... Gorrochategui ne se serait-il pas montré, encore une fois, trop définitif dans ses « conclusions » ?584 48.5. Majuscules et minuscules Velázquez n’aborde pas le sujet. Le lecteur pourra donc en conclure de façon tout à fait légitime qu’elle ne conteste pas l’existence de majuscules et de minuscules durant l’Antiquité. Gorrochategui, catégorique : « Independientemente del tipo de escritura romana utilizada (capital, cursiva romana antigua o nueva, uncial, etc.), en la antigüedad no existía la diferencia entre letra mayúscula y minúscula ». Mais nuance-t-il aussitôt : « ...tal como la conocemos ahora : la primera para inicio de frase, inicial de nombre propio, etc., y la segunda como letra no marcada ; es decir, lo que se ha llamado el “sistema dual” »585. Mais la différence en elle même existait-elle durant l’Antiquité oui ou non ? Gorrochategui ne le dit pas. Il poursuit : « Existen en nuestro catálogo de Iruña dos inscripciones (nos. 11293 y 12501) que ofrecen el nombre de persona Deidre586 en una grafía totalmente moderna, con D mayúscula y el resto de letras minúsculas. La primera de ellas trae además el segmento Pau[ con idéntico empleo de mayúsculas-minúsculas (ver Fig) ». Il ajoute : « las letras minúsculas, una a una, pudieran tener apoyo en las formas de la “nueva cursiva romana” de los s. IV y V ». Où est le problème alors ? Le voici, selon lui : « ...[le problème est que] hay rasgos que la alejan de un texto típico del momento : a) su escritura no es ligada, b) aparecen en la misma palabra formas de evolución cronológica diferente, y c), si el grafito fuera auténtico suscitaría verdaderos problemas de coherencia con el resto de grafitos de este “conjunto sellado”, ya que ninguno de ellos muestra este tipo de escritura ».

582

Catach, op. cit., p. 73.

583

Catach, op. cit., p. 20.

584

Ou plutôt « sous-entendus » car à aucun moment il n’affirme ni ne dit clairement, semble-t-il, que cela constituerait une preuve de falsification. 585

Gorrochategui, Dictamen, p. 10.

586

En réalité, on le sait, il ne s’agit pas ici d’un nom de personne.

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Le dernier point constitue une opinion toute personnelle, et tout à fait respectable au demeurant, de l’auteur et en conséquence elle n’a pas ici à être discutée, Gorrochategui ayant parfaitement le droit de penser ce qu’il veut à ce sujet. Le deuxième point (« aparecen en la misma palabra formas de evolución cronológica diferente ») reste flou. Ces « formas de evolución cronológica diferente », quelles sont-elles ? Gorrochategui ne le dit pas. Le premier argument avancé par cet auteur (argument selon lequel « aunque las letras minúsculas, una a una, pudieran tener apoyo en las formas de la “nueva cursiva romana” de los s. IV y V, hay rasgos que la alejan de un texto típico del momento : a) su escritura no es ligada (...) ») est clairement contredit et invalidé par les dires autorisés de Catach, à savoir : « Les plus anciens manuscrits (ou ms.) grecs présentent une scriptio continua (sans blancs entre les mots ». Et l’auteur d’ajouter : « ...mais on a retrouvé dès l’écriture mycénienne archaïque des traces de séparations de mots, et des signes de ponctuation ont été utilisés dès le grec classique »587. Catach poursuit : « A Rome, certains manuscrits latins connaissent des espaces et des points (apices) entre les mots, et même des marques de ponctuation »588. Par conséquent, l’argument, ici véritablement des plus insolites, de Gorrochategui selon lequel la « escritura » des rares mots « veleyenses » apparaissant écrits en minuscule « no es ligada », et donc, sous-entend-il, cela rend nécessairement impossible à Veleia l’existence de telles inscriptions, ne tient pas. Sachant probablement intuitivement que ces trois objections sont véritablement des plus fragiles, Gorrochategui tente alors l’« argument » censé être « définitif » : « Pero la imposibilidad absoluta se cifra en la distinción entre mayúscula y minúsculas, fenómeno que solamente ocurrirá a partir de la reforma carolingia muy tímidamente e irá generalizándose hasta fines de la Edad Media »589. En est-il absolument certain ? L’auteur n’eût-il pas mieux fait ici de faire comme Madame Velázquez, qui prudente se garde bien de se lancer dans méchante question, bref Gorrochategui n’eût-il pas mieux fait lui aussi, ne serait-ce que par la plus élémentaire des prudences, de s’abstenir ou, du moins, de se montrer plus nuancé ? Car à en croire encore une fois et toujours Madame Catach, un des auteurs de tout premier ordre parmi, on le sait désormais, les plus sûrs et respectables versés dans ces difficiles questions, il semblerait qu’il en soit tout autrement. Ainsi après une introduction des plus mesurées590, Catach écrit :

587

Catach, op. cit., p. 12.

588

Un autre auteur, Pfeiffer, R., 1968, History of Classical Scholarship. From he Beginnings to the End of the Hellenistic Age, Oxford, p. 179, rappelle également qu’une sorte de ponctuation est attestée pour la scriptio continua grecque depuis les origines. L’auteur signale même l’existence d’un graffiti très ancien (700 ans avant Jésus-Christ… ) portant des signes de ce type, et, au IVe siècle avant notre ère, l’existence de textes sur papyrus faisant apparaître une ponctuation très nombreuse. Et l’auteur de conclure qu’Aristophane de Bysance (257 avant Jésus-Christ – 180), loin d’avoir « inventé » la ponctuation, continuait déjà une longue tradition. 589

Pourtant une simple consultation d’un ouvrage pris au hasard, par exemple celui de Mau (cf. Mau, A., 1968, Inscriptiones parietariae Pompeianae Herculanenses Stabianae, Volume 4 de Corpus Inscriptionum Latinarum Series, Walter de Gruyter) semble infirmer les dires de Gorrochategui. A suivre.

590

En effet cette imminente spécialiste, voyant probablement elle aussi, à l’instar de Velázquez, se profiler à l’horizon la méchante affaire préfère dès le début de ses commentaires se couvrir : « L’usage des majuscules est si délicat et si vaste qu’il nécessite de véritables traités », op. cit., p. 84.

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« Les scribes grecs d’Egypte utilisaient déjà plusieurs types d’écritures (IVe-IIIe s. av. J.-C.), en particulier une cursive rapide dont certaines lettres dépassaient de la ligne, vers le haut et vers le bas. Ainsi est née l’usage de la “minuscule”, opposée à la “majuscule” »591. Par conséquent, il y a pour le moins, en ce qui concerne cette question, le lecteur le concèdera aisément, « doute ». Il aurait également été intéressant de connaître l’avis sur cette question de Madame Velázquez qui préfère, on l’a dit, ne pas aborder le sujet, probablement par prudence. 48.6. Signes « desconocidos » Gorrochategui : « Si volvemos al óstracon de Eneas (en ce qui concerne ce nom, cf. infra, § 55), observamos la presencia de signos totalmente desconocidos hasta ahora en la epigrafía latina ». Puis se ravisant aussitôt, il modère quelque peu son propos et ajoute entre parenthèses : « (al menos desconocidos para mí) »... Ce n’est déjà plus tout à fait pareil. Puis, après avoir pourtant mentionné l’existence de « signos totalmente desconocidos » au pluriel, il n’en cite curieusement qu’un seul... : « como son las dos flechas dobles que sirven para expresar la noción de “engendrar” : algo así como “Anquises y Venus ‘engendran’ a Eneas” »592. Et d’ajouter : « Una manifestación de esta naturaleza, por así decir, abstracta o matemática y no lingüística, para cuya expresión se utiliza además un signo no realista593 (es decir, no es una flecha para arco [sic594]), representa una absoluta novedad en la epigrafía latina, que no hallará paralelo material hasta su utilización en tiempos modernos en el cálculo de enunciados lógicos ». Velázquez : « Uno de los signos más sorprendentes es el signo “matemático de implicación” => Procedente formalmente del signo =595, no se documenta gráficamente hasta época moderna. Como es sabido el signo matemático de igualdad fue ideado por Robert Recorde en 1557 y sólo popularizado a partir del s. XVIII »596. Elle ajoute : « La inmensa mayoría597 de los signos matemáticos son modernos, pero en el caso del de implicación no se usa de forma habitual hasta el mismo siglo XX (por Barbouki) ». Donc, à en croire Velázquez, le signe « de implicación no se usa de forma habitual », mais cette phrase « no se usa de forma habitual » signifie-t-elle pour autant que ce signe n’a jamais été utilisé avant le XXe siècle ? On ne le saura pas. Mais le plus surprenant reste à venir.

591

Catach, op. cit., p. 84.

592

Phrase « semi-énigmatique » qui demanderait à être éclaircie de la part de l’auteur.

593

Mais pourquoi s’agit-il d’un « signo no realista » ? On ne le saura pas.

594

Gorrochategui, Armas, p. 7.

595

Elle ajoute : « Resulta ejemplificador el grafito n° 11422, cara A (fig. 16) (sector 5, cerámica común), donde puede leerse II = E de dos barras) : ANQUI/SIIS ET VE- (signo de separación de palabra a final de línea) / NUS => ENE/AS ET CRE/VSA => IVLIO ». 596

Velázquez, Informe, p. 16.

597

Donc, à en croire cet auteur, puisque l’« inmensa mayoría de los signos matemáticos son modernos », on en tire obligatoirement la conclusion, si les mots et les phrases ont un sens, qu’ils ne le sont pas tous, sinon elle aurait écrit la « totalidad », ce qui n’est pas cas. Le lecteur aurait certainement apprécié que Velázquez précisât en effet ici sa pensée en nous disant lesquels le sont et lesquels ne le sont pas. La suite est également floue (« en el caso del de implicación no se usa de forma habitual hasta el mismo siglo XX (por Barbouki) »).

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Car aussitôt Madame Velázquez nous dit, ce que Gorrochategui se garde bien et curieusement de rappeler, qu’en réalité ce signe a existé durant l’Antiquité : « en la Antigüedad existe en las inscripciones un signo similar al de igual = ». Où est le problème alors ? Le voici, selon elle : « ...pero es una abreviatura para indicar sextans que aparece profusamente en los grafitos de la Graufesenque (la mayoría de época julio-claudia y flavia), combinado en ocasiones con S, abreviatura para semis »598. « Pero estos signos están dentro del sistema gráfico de cifras y cantidades y nunca se pueden confundir ni con el modelo alfabético ni con otro tipo de valores. Otro tanto ocurre con la presencia de flechas con el vértice hacia abajo : ↓. Es una forma que suele aparecer en las inscripciones arcaicas para indicar el número 50 : L, junto a otras formas similares como el de una T invertida (┴), que son diferentes ejecuciones de la letra L con valor numérico ». Elle cite ensuite un autre signe, dont curieusement la validité n’est à aucun moment contestée par Gorrochategui, à savoir ∞ : « Puede añadirse igualmente una representación similar al símbolo de infinito : ∞ ». Mais aussitôt elle ajoute : « que es una deformación de la letra M con valor numérico de mil y que, junto a otras formas diversas, como ((I)), se pueden ver en inscripciones arcaicas ». Où est le problème alors ? Le voici, selon elle : « Sin embargo, el uso del símbolo = con valor de “igual” o el de ∞, con valor de infinito, son creaciones modernas, no necesariamente inspiradas en lo formal y, sin duda, desvinculadas en lo funcional de estos signos antiguos ». Admettons que Madame Velázquez ait raison. Mais quels sont alors les éléments lui permettant d’affirmer de façon définitive qu’« el uso del símbolo = con valor de “igual” » serait obligatoirement une création du XVIe siècle ? On ne le saura pas. Comment sait-elle d’autre part que le symbole « veleyense » ∞, qu’elle compare de façon gratuite et péremptoire « al símbolo de infinito » connu depuis le XVIIe siècle599, avait obligatoirement durant l’Antiquité la même valeur, c’est-à-dire celle « de infinito »600 ? On ne le saura pas non plus. Pourquoi n’envisage-t-elle à aucun moment, ne serait-ce qu’à titre d’hypothèse de travail, qu’il puisse simplement s’agir d’un élément décoratif ?601 On ne le saura pas, encore une fois.

Dans les comptes de potiers de la Gaufresque, on constate en effet l’usage des signes S = ou = = (identiques à notre signe = actuel) qui sont des abréviations pour les termes latins bessalis et trientalis indiquant certaines unités de mesure de poids et de volume, cf. Lambert, op. cit., pp. 129-130 (gravure représentant l’original Marichal n° 13).

598

599

Ce, symbole utilisé en 1655 par John Wallis (1616-1703), vient soit d’une ligature de la lettre m, initiale de mille, soit de la dernière lettre de l’alphabet grec ω (omega), soit de la forme de la lemniscate. 600

La signification de plusieurs signes utilisés durant l’Antiquité reste encore de nos jours, malgré leur apparence qui pourrait nous paraître familière, inconnue. Par exemple, on retrouvé dans « un jardin gallo-romain “une bague en bronze taillée à huit pans”, avec l’inscription suivante : ISE | CAR | RVA | >> XA | >> AC | SB >> | XXV | SAO », cf. Lambert, op. cit., pp. 126-127. Lambert signale qu’« on ne connaît pas la valeur du signe >> ». 601

On trouve également dans les incriptions aquitaniques, Sacaze, op. cit., p. un signe ou symbole, intercalé entre deux mots, ayant la forme d’un 8 auquel on aurait ôté la partie supérieure (Q). Il doit s’agir d’un élément décoratif.

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Enfin et curieusement elle ne précise pas non plus dans quelle inscription ni dans quel contexte apparaît ce signe, ce qui empêche par conséquent tout commentaire précis de la part d’autres auteurs pouvant être intéressés par cette question. Gorrochategui ne le cite pas, tout simplement. Le lecteur pourra avoir en conséquence l’impression légitime qu’il n’en conteste pas l’existence. 49. L’abréviation < ″RIP″″ > Gorrochategui : « El denominado “Calvario de Iruña” es una pieza que ha suscitado mucha expectación : no solo por tratarse aparentemente del primer calvario cristiano conocido, sino por su inesperada leyenda en la titulatura de la cruz »602. Et d’ajouter aussitôt : « Muchísima gente se ha sorprendido por el hecho de que en época tan temprana aparezca una escena, cuyos personajes y posición en el conjunto recuerdan a composiciones netamente posteriores ». Pourtant Velázquez ne semble pas de cet avis, elle qui écrit, manifestement en contradiction avec ce qu’affirme cet auteur : « (...) se conocen algunos ejemplos aislados de escenas figurativas de la crucifixión como la de la puerta de madera de Santa Sabina en Roma del año 432 »603, etc. ― en ce qui concerne la véritable première représentation du Crucifié, cf. infra. D’emblée, il y a pour le moins un manque de clarté ou plutôt un certain manque de cohérence entre les dires de ces deux auteurs... Gorrochategui, qui préfère ne pas insister, enchaîne alors : « Pero dejando a un lado estos aspectos iconográficos, lo que nos interesa como filólogos es la cartela sobre la cabeza de Cristo ». Il poursuit : « El equipo arqueológico de Iruña lo ha leído como RIP, lectura que se acepta sin problemas a tenor de la fotografía. Nos encontramos, evidentemente, ante unas abreviaturas, lo cual siempre representa un grado mayor o menor de incertidumbre en el desarrollo de las letras. Quien tenga un poco de trato con la epigrafía latina, sabe que unas mismas abreviaturas pueden ser desarrolladas de modo totalmente diferente, dependiendo del tipo de epígrafe y de la posición del texto, aunque, en la práctica, estas circunstancias limitan enormemente la ambigüedad ». Et d’ajouter une anecdote ou plutôt un jeu de mots (une boutade ?) en note de bas de page afin d’illustrer son propos : « Siempre puede haber interpretaciones y lecturas sui generis, como la que sobre estas mismas letras cuenta la tradición popular de la villa armera : ante las recriminaciones que un amigo le hacía a otro por fumar su cigarro puro en el interior del cementerio, éste no halló mejor modo para justificarse que espetarle que hasta los muertos le invitaban a ello : erre i pe “erre hik bere” », ce qui en dialecte biscaïen signifie : « Fumes [eRRe] toi [I] aussi [P] »... Moyennant ce qui ressemble manifestement à un mot d’esprit, Gorrochategui veut nous dire ici, suppose-t-on, que R.I.P. pourrait avoir eu durant l’Antiquité plusieurs autres signification, ce avec quoi nous pourrions être d’accord, au même titre que de nos jours le sigle R.I.P. peut signifier en français Relevé d’Identité Postal ou encore, dans le jargon de l’Education nationale, Reconnu d’Intérêt Pédagogique… Il se peut parfaitement, en conséquence, et Gorrochategui ne nous contredira pas sur ce point puisque, entre autres, c’est lui qui lance l’idée… , il se peut donc que le sigle R.I.P. ait pu avoir en latin une autre signification que celle qu’on lui attribue habituellement. En effet, pourquoi pas ? Peut être faudrait-il alors interpréter le P. et le R. de ce R.I.P. « veleyense » comme des abréviations de

602

Gorrochategui, Armas, p. 9-11.

603

Velázquez, Informe, p. 18-19.

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mots appartenant au vocabulaire chrétien tels que par exemple P(assio) pour P. et R(esurrectio) pour R.604 En ce qui nous concerne du moins, nous pensons qu’il doit s’agir de l’abréviation traditionnelle R(equiescit) I(n) P(ace) (ou, à l’extrême rigueur, comme le suggère Gorrochategui, R(ecessit) I(n) P(ace)). Deux possibilités réalistes et raisonnables se présentent donc à nous : 1. Le graveur « veleyense », d’un niveau culturel relativement faible, s’est tout simplement trompé — les erreurs, comme le note Carnoy605, étant à cette époque extrêmement nombreuses, surtout chez les demi-lettrés. 2. Le graveur « veleyense » connaissait parfaitement le sens de cette abréviation mais l’a utilisée dans purement ludique et ironique, bref pour ce moquer de Jésus… une « blague de potache » en somme606. Puis faisant preuve d’une érudition en matière religieuse que nul ne saurait honnêtement lui contester, Gorrochategui se lance dans une longue et, il faut le reconnaître, fort intéressante démonstration : « Parece evidente que en nuestro caso las letras deben representar precisamente la fórmula cristiana de la muerte : o recessit in pace “murió en paz” o requiescit in pace “descansa en paz”, lo cual dicho de Cristo es una verdadera contradicción con el mensaje central del Evangelio y de la fe cristiana ». car, nous dit-il, ...« Cristo precisamente no descansó en paz »... ...« sino que resucitó »... 604

Mohrmann, Ch., 1952, « L’étude de la latinité chrétienne : état de la question, méthodes, résultats », in Latin Vulgaire, Latin des Chrétiens : rapport au Premier Congrès de la Fédération Internationale des Associations d’Etudes Classiques, Conférence à l’Institut de Linguistique de Paris, Ed. Klincksieck, Paris, pp. 17-35, v. p. 26, qui signale : « Les recherches spécialisées sur certains mots, ou groupes de mots, dont les résultats sont publiés sous forme de monographies, comme celles de De Ghellinck sur sacramentum, de Zeiller sur paganus, de Pétré sur la charité chrétienne, de Dekkers sur l’humilité, de Fascher sur resurrectio, me semblent être des plus utiles ».

605

Carnoy, op. cit., pp. 267-268.

606

Qui n’en a en effet jamais fait durant sa jeunesse ? N’oublions pas que ces inscriptions n’ont aucun caractère officiel, il s’agit uniquement de « brouillons » destinés à être jetés après leur rédaction, d’où la présence dans ces inscriptions de dessins érotiques et autres phrases dénuées de cohérences et d’intérêt (sauf linguistique évidemment). C’est ce type de phrases qui ont également été retrouvées sur les murs de Pompéi : insultes, expressions grossières, vulgarités de toute sorte, jeux de mots détestables, blagues à « deux sous », etc. Väänänen, Le latin vulgaire des inscriptions pompéiennes, p. 13. Il semblerait qu’une des inscriptions de Veleia doive ainsi être classée, à n’en pas douter un instant, dans cette catégorie relevant des blagues de potaches. Il s’agit de l’inscription NAHI / SIIT / SVMO / LIBERATE — elle est citée par Elexpuru dans ses Comentarios, l’auteur la considérant de « difícil interpretación ». Il se pourrait qu’il faille en réalité la lire ainsi : Nahis et Sumo liberate. Ici liberate ne peut être, semble-t-il, qu’un impératif pluriel du verbe liberāre (du type amate !, « aimez ! », properate !, « hâtez-vous ! », etc.) signifiant « libérez ! ». Mais qui ? Nais et Simon ! Nāis était une nymphe des fontaines et des fleuves, elle est citée par Ovide. Quant à Simon, lat. Sĭmo, il s’agissait d’un célèbre chef Juif que cite Tacite, Histoires, V, 9 : « Après la mort d'Hérode, et sans attendre les ordres de César, un certain Simon avait usurpé le nom de roi. Il fut puni par Quintilius Varus, gouverneur de Syrie, et la nation, matée, fut partagée entre les trois fils d'Hérode » , également V, 12 : « Elle [Jérusalem] avait trois chefs, trois armées. Simon occupait l'enceinte extérieure, la plus vaste de toutes; Jean, surnommé Bargioras, tenait l'intérieur de la ville ; Éléazar s'était retranché dans le temple » ; pour l’échange de ĭ et ŭ dans Simo / Sumo du type lacrima / lacruma, maximus / maxumus en latin vulgaire, etc. cf. Väänänen, Introduction, p. 37, § 57. Pour ce qui est de ce nom Sĭmo, il s’agissait également d’un personnage de comédie cité, entre autres, par Plaute. Cette phrase « veleyense » aurait-elle pu signifié « Libérez Nais et Simon ! » ? Il s’agirait alors d’une de ces phrases dénuées de sens dont le seul but pour ceux qui l’écrivent est évidemment le divertissement. Il s’agirait du même style de phrase que la plupart des adolescents ont gribouillé au moins une fois au cours de leur scolarité sur les murs de leur collège, des phrases incohérentes telles que : « Libérez Pancho Villa et la princesse de Clèves ! », etc. Elever alors des doutes sur l’authenticité d’une telle inscription, ce serait supposer aux présumés faussaires non seulement beaucoup d’imagination et d’érudition mais aussi une connaissance de la phonétique du latin vulgaire (l’alternance de ĭ et ŭ) qui ne manquera pas de surprendre.

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Il ajoute : « Por otro lado, el letrero se alejaría de la versión de los evangelios (de los cuatro, aunque con pequeñas diferencias entre sí), que concuerdan en decir que el letrero recogía la causa del proceso y sentencia : “Jesús rey de los judíos” y según el evangelio de San Juan “Jesús nazareno rey de los judíos” ». On apprend ainsi qu’il existe un problème ou plutôt deux : « Tenemos, por tanto, dos problemas : el teológico y el histórico ». Puis, répondant aux questions que lui-même se pose à... lui-même : « ¿ Es el teológico un escollo verdaderamente insalvable ? ». Réponse de Gorrochategui à... Gorrochategui : « Lo es solo desde una perspectiva ortodoxa, pero podría tener alguna explicación desde otro tipo de teologías cristianas que surgieron en los tres primeros siglos de cristianismo y fueron luego totalmente barridas por la ortodoxia que conocemos. Par conséquent : « El letrero incide no solo en la humanidad de Cristo, sino en su naturaleza no divina ». Donc : « Sabemos que en la cristologia primitiva había algunas corrientes cristianas, como la de los ebionitas, que seguían inmersos en una tradición judía muy fuerte, para quienes Cristo - al que consideraban el Mesías enviado por Dios para la salvación del pueblo judío - era un hombre de carne y hueso, hijo de una pareja humana (José padre y María madre) que por su santidad y piedad había sido “adoptado” por Dios como Hijo suyo ». Bref : « Tenían por tanto una cristologia adopcionista ». Cela étant : « Ahora bien, esta idea de la naturaleza de Cristo como exclusivamente humana no parece cuadrar demasiado bien con un elemento iconográfico verdaderamente llamativo que hallamos a los lados de la cabeza de Cristo : esas rayas que denotan santidad o divinidad. Voy a dar por bueno la existencia de ese elemento iconográfico en la antigüedad, que aunque extraordinariamente raro creo haber podido identificar en la representación de “Dios” en forma de Mano en la iconografía judía de la sinagoga de Dura Europos ». Il poursuit : « Sea lo que sea de ello, en estos momentos me interesa señalar que también había otra corriente cristiana que consideraba a Cristo como un hombre que había sido penetrado por Dios en el bautismo y abandonado por él un poco antes de la muerte en la cruz : eran cristianos gnósticos con una cristologia separacionista ». Car : « Como nos cuenta Ireneo de Lyon “los que separan a Jesús del Cristo” tenían el evangelio de San Marcos como texto de referencia, ya que en el relato de la pasión hace decir a Cristo : “Dios mío, Dios mío ¿ por qué me has abandonado? : o ¿ por qué me has dejado atrás ?” (Heloi, heloi, lama sabacthani? ». Il ajoute : « El evangelio gnóstico de Felipe (72) añade : “Esto lo dijo en la cruz, pues se había separado de allí” ». Conclusion de Gorrochategui : « Vemos, por tanto, que hay explicaciones teológicas posibles para este extraordinario Calvario de Iruña ». Où est par conséquent ce fameux problème théologique auquel faisait référence l’auteur au début de ses commentaires ? Si tant est qu’il y en ait un et manifestement, et à en croire les propres dires de Gorrochategui, il n’y en a pas... Aurions-nous eu droit en conséquence à une démonstration inutile de plus ? 161


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Et l’auteur d’enchaîner : « Ahora bien, los problemas filológicos son de otra envergadura »... D’une part : « Para empezar no hallamos atestiguada ninguna de las variantes de la fórmula funeraria cristiana antes del 350 d. C ». Est-ce là pour autant une preuve de falsification ? La question, fort simple au demeurant, est posée. Et étant donné que c’est Gorrochategui qui lance le débat, c’est évidemment à lui d’y répondre. Et il n’y répond pas... Il poursuit : « José Vives, en su útilísima obra Inscripciones cristianas de España Romana y Visigótica, hace la siguiente periodización de las inscripciones cristianas hispanas : a) cristianas o presumiblemente cristianas de los s. III y IV ; no tienen formulario característico ; lo más peculiar es la ausencia de fórmulas marcadamente paganas y sus sustitución por memoria + Gen. o memoriam posuit (en mi opinión rasgos totalmente insuficientes). b) entre el 350 d. C y 450 d. C. : mismo formulario pobre que en la fase anterior, pero con presencia del monograma cristiano ; o expresiones formulares para indicar el fallecimiento : recessit, receptus, seguidos o no de in pace. c) especialización del formulario en cada una de las provincias hispanas (entre el 450 y el 700 d. C.) : recessit in pace (Bética) ; requievit in pace (Lusitania), mezcla de las dos junto a hic requiescit (Galaecia), hic quiescit o requiescit (Tarraconense) ». On apprend ainsi que : « En mis búsquedas por la epigrafía cristiana de las Galias he hallado fórmulas y cronologías parecidas o incluso más tardías. Pero en todos los repertorios que he consultado, hay un par de rasgos que se cumplen por doquier : a) variación en la posición de los elementos integrantes de la fórmula : hic requiescit in pace / hic in pace requiescit / in Xisti pace requiescit, o incluso quiescit, etc. b) ausencia total de abreviaturas del formulario ». Il ajoute : « De los 60 testimonios hispanos de la fórmula recessit in pace en el catálogo de Vives ― y no olvidemos que recoge documentos hasta el final de la época visigoda ― no hay un solo ejemplo de abreviatura RIP ; recessit aparece en tres inscripciones abreviada como : rcs., rec. y reces. respectivamente ; in pace : in p. (4 veces), in pac. (2 veces), in pc, in pce e in pe (1 vez) ». « Conclusion » ― ressemblant étrangement à affirmation, sans en être pourtant une... ― de Gorrochategui : « De todo ello se deduce que la abreviatura RIP para la fórmula recessit in pace no fue utilizada, ni seguramente conocida, en época romana ni visigoda, siendo su empleo de época posterior ». Pourtant, et au-delà de cette conclusion en forme d’affirmation à peine voilée, la question demeure inchangée : cela, à savoir la « déduction » de Gorrochategui, constitue-t-il pour autant une preuve de falsification ? Gorrochategui, relativement prudent sur ce point, hésite en effet à répondre clairement... Douterait-il ? Il se contente d’écrire, dans le style hyperbolique utilisé d’ordinaire par Lakarra : « Ello plantea evidentemente un problema filológico de enorme calado ». Dans son Dictamen, il revient sur le sujet et ne... répond toujours pas la question essentielle nous réunissant ici, à savoir : le fait que cette abréviation ne soit pas, semble-t-il, attestée dans la documentation connue constitue-t-il pour autant une preuve définitive de falsification ? « Añado ahora más documentación comparativa. En las inscripciones cristianas de la Viennoise (RICG XV) hay 26 casos con la fórmula hic requiescit in pace ; aunque la mayoría no están datados, los que llevan fecha comienzan a datarse a partir del año 467. Otras fórmulas documentadas son : hic requiescit in pace bonae memoriae (s. VI) e in hoc sepulcro requiescit / in pace / bonae 162


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memoriae (s. VI y VII). Como en Hispania, no existen abreviaturas de la formula. La primera atestiguada es : hic R(equiescit) del s. VII u VIII. Si repasamos las inscripciones cristianas de Bélgica (RICG I), el formulario más frecuente es hic quiescit e hic quiescit in pace, llegando a la mitad del total ; las fórmulas con requiescit solo alcanzan el 11 %. Es general la presencia del adverbio hic. Igualmente no hay testimonio de abreviaturas. La fórmula hallada mayoritariamente en otra región de Italia (Supplementa Italica, n° 14) es hic in pace requiescit. Todo ello viene a confirmar los datos de Hispania, obtenidos de la obra de Vives : 1. la fórmula era muy variada ; 2. la datación es del s. V o posterior y 3. No hay ningún ejemplo de abreviatura RIP »607. Toujours pas de réponse... à une question fort simple au demeurant : s’agit-il oui ou non, en ce qui concerne ce fameux R.I.P., d’une falsification ? Velázquez : « Aunque, como se ha advertido, en este informe no se consideran aspectos iconográficos e imágenes, sí hay que hacer referencia por un lado a la presencia de representaciones de calvarios, por cuanto que alguno lleva la inscripción “R.I.P.” »608. Elle ajoute : « La representación de las tres cruces es posterior en el tiempo, en especial con reproducción de una figura crucificada ». Inexact. Voici quelle était jusqu’à présent la plus ancienne représentation du Crucifié connue avant la découverte des inscriptions « veleyenses ». Et cette représentation, dont voici une photographie609, date du IIIe siècle.

Puis, se contredisant à elle même quelque peu et contredisant également, on l’a vu auparavant, Gorrochategui, Madame Velázquez poursuit : « Este tipo de composiciones es muy escaso durante la Antigüedad tardía, aunque se conocen algunos ejemplos aislados de escenas figurativas de la crucifixión como la de la puerta de madera de Santa Sabina en Roma del año 432, la de un manuscrito iluminado hallado en Rabula Gospels (Mesopotamia), fechado hacia el año 586 y, por último, la ampulla procedente de Palentina, también del siglo VI ». 607

Gorrochategui, Dictamen, p. 27.

608

Velázquez, Informe, p. 18-19.

609

Simon, M., 1972, La civilisation de l'Antiquité et le christianisme, ouvrage contenant 190 héliogravures, 8 planches en couleurs, 18 cartes et plans, Ed. Arthaud, Collection « Les Grandes Civilisations » dirigée par Raymond Bloch, v. ill. n° 156.

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Vient ensuite un long développement : « Será en la Edad Media cuando este tema se haga frecuente en los programas iconográficos. Pero lo que es absolutamente impensable es la presencia de una cartela del tipo R.I.P. en la cruz de Cristo. Ya habría sido sorprendente para la época no sólo la aparición de tres cruces simbólicas (sin imágenes) ― y menos aún con las imágenes figuradas ― y con la inscripción INRI (Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum), pero lo que no puede entenderse es que la cartela contenga R.I.P. (requiescat o requieuit in pace), como aparece en la pieza n° 12108 (fig. 19) (obsérvese además lo dicho sobre las “ ” “comillas” que enmarcan la cruz como imagen simbólica de santidad) ». Puis, reprenant l’argumentation de Gorrochategui, elle écrit : « Las inscripciones cristianas llevan la forma “quieuit in pace” o similares aplicadas a difuntos cristianos, pero no puede esperarse esta expresión referida a Cristo, pues iría contra la noción básica de la idea de la Resurrección de Cristo ». Après quoi, elle ajoute : « Por otra parte, esta fórmula frecuente en las inscripciones funerarias, se observa en los siglos V y VI de manera habitual, en medida mucho menor el compuesto “requieuit”. En todo caso, no aparece abreviada. Para encontrarla así hay que presuponer un periodo amplio de desarrollo y estabilización de la abreviatura, antes de que pueda ser entendida y asimilada como tal abreviatura y ser, después, ejemplificada en una imagen en un grafito de estas características. Fórmulas clásicas como DMS (diis manibus sacrum), STTL (sit tibi terra huis) u otras, perfectamente extendidas y estandarizadas en las inscripciones romanas paganas, presuponen un uso inveterado de las mismas para poder ser comprendidas en su plenitud, hecho que no podemos suponer para esta abreviatura hasta épocas muy posteriores y, como se ha dicho, en ningún momento para Cristo ». Conclusion : « Dicho todo esto desde un punto tanto desde el punto de vista [sic]610 conceptual como, en otro orden de cosas, gráfico, sin entrar aquí a valorar la cuestión de la más que improbable penetración del cristianismo en época tan temprana en esta zona ». Mais après ce long monologue ininterrompu de Madame Velázquez, le lecteur, spécialiste ou simple curieux, n’a toujours pas... de réponse à la principale question du jour, à savoir : Oui ou non cela, c’est-à-dire le fait que cette abréviation ne soit pas, à en croire cet ou ces deux auteurs, attestée aux IIIe et IVe siècles, constitue-t-il pour autant et réellement une preuve de falsification ? Or, c’est à cette question qu’il faut répondre, le reste n’étant ici en fin de compte que savoir livresque et étalage savant (« doctus cum libro »). Mais curieusement Gorrochategui et Velázquez ne le font pas, autrement dit ils ne répondent pas clairement dans leurs rapports officiels à la question qui leur est posée par, entre autres, les autorités politiques de la province. Pour le « clore » cette question « théorico-théologique », des plus intéressante il est vrai, rappelons cependant que les vocables « incroyable », « extraordinaire », « inconnu » n’ont jamais constitué pour autant dans le monde de la recherche des synonymes de « falsification » comme le laisseraient pourtant croire les propos des deux auteurs cités ci-dessus. Bref, ce n’est pas parce que, à la suite d’une découverte inattendue, un fait paraît « incroyable » qu’il est obligatoirement faux... Prenons par exemple l’affaire, célébrissime, des manuscrits de la mer Morte. Certains d’entre eux contiennent des éléments qu’on peut aisément qualifier, encore aujourd’hui, d’absolument « incroyables ». En effet, lorsqu’en mai 1950, au cours d’une communication présentée à l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, les dires d’André Dupont-Sommer, professeur de langue et civilisation sémitiques à la Sorbonne, produisirent l’effet d’une véritable bombe (de très forte puissance... ) quand

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Phrase peu claire.

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à un moment donné de sa communication il en vint à annoncer que le « Maître de Justice », chef de la secte essénienne, apparaissait en réalité comme un prototype de Jésus611. La presse nationale s’empara aussitôt du sujet et annonça : « A-t-il existé, soixante ans avant Jésus-Christ, un Maître de Justice qui prêcha la doctrine de Jésus et fut crucifié comme lui ? ». Dupont-Sommer, s’appuyant sur les manuscrits découverts, soulignait une continuité de pensée et de doctrine entre le Maître de Justice et Jésus. Comme Jésus après lui, le Maître de Justice avait prêché la pénitence, la pauvreté, l’humilité, l’amour du prochain, la chasteté, prescrit l’observance de la Loi de Moïse. Il avait été l’Elu et le Messie de Dieu. Objet de l’hostilité des prêtres et des Sadducéens, il avait été condamné et mis à mort. Il reviendrait à la fin des temps. Ses fidèles attendaient son retour glorieux. Inutile de préciser que cette annonce provoqua une véritable levée de boucliers et une vigoureuse riposte des instances catholiques (l’affaire remonta jusqu’au Vatican... ) qui ne pouvaient admettre que soit ainsi mise en cause la singularité du Christ et son caractère unique. Dupont-Sommer fut l’objet d’attaques d’une rare violence et reçu même des menaces. Ebranlé, il fera marche arrière et... se rétractera en partie. Mais l’affaire n’en resta pas là. Quelques années plus tard, un jeune philologue de l’université de Manchester, John Marco Allegro, un chercheur « libre de toute prévention religieuse et plein d’une naïve insouciance » écrira Jean Perrot612, en arriva à la conclusion que « Dupont-Sommer était encore plus près de la réalité qu’il ne le supposait ». Une série d’émissions qu’il fit en Angleterre en 1956, reprise par la presse, mit le feu aux poudres. Il y déclarait notamment : « Les origines de certains rites et doctrines du Christianisme se retrouvent dans les textes d’une secte extrémiste juive ayant existé cent ans avant la naissance de Jésus-Christ. L’Eucharistie, la prière du pater et l’enseignement de Jésus peuvent être rattachés à l’enseignement de la communauté de Qumrân ». A nouveau la machine de propagande catholique se déclencha. Par la suite, le pestiféré Allegro écrira en 1970 un ouvrage intitulé Le Champignon et la Croix, ouvrage où il affirmera que Jésus-Christ n’est qu’une vue de l’esprit, provoquée par une drogue, la psilocybine, composant actifs des champignons hallucinogènes. Le Christianisme serait issu, comme d’autre religions, d’expériences psychédéliques... La polémique de Veleia au sujet du sigle « R.I.P. » figurant au dessus de la représentation de trois crucifiés (c’est-à-dire, à n’en pas douter, Jésus et les deux larrons) constitue, comparée à celle des manuscrits de la mer Morte, on l’aura compris sans grandes difficultés, une véritable bluette. Or, au début certains chercheurs prétendirent, comme de nos jours pour Veleia, que ces documents étaient le fruit d’une falsification613, ce que pas même les instances catholiques, pourtant concernées au premier chef, n’avaient eu l’audace, même au plus fort de la polémique autour de ces manuscrits, d’affirmer ― ces mêmes instances catholiques, qui savaient parfaitement que la thèse de la falsification était absolument intenable, prétendirent simplement que les chercheurs n’avaient pas... su ou n’avaient pas... bien lu les manuscrits ! On sait ce qu’il advint : les chercheurs qui prétendirent qu’il y avait falsification ont fini dans les profondeurs de l’Histoire, oubliés à tout jamais... Certes, dans le cas de cette inscription de Veleia où apparaît ce fameux « R.I.P. », Velázquez et Gorrochategui n’affirment jamais qu’il s’agit d’une falsification ― ils n’osent pas franchir le pas ― mais ils l’insinuent clairement. 611

Perrot, J., 1994, « Les controverses : interprétations et polémiques », in Les manuscrits de la mer Morte : aux origines du christianisme, Ed. Faton, Dijon, pp. 93-95. 612

Perrot, J., 1994, op. cit., p. 94.

613

Wise, M., Abegg, M., Cook, E., 2003, Les manuscrits de la mer Morte, Collection Tempus, Ed. Perrin, Paris, p. 15.

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C’est un peu comme si quelqu’un tenait un raisonnement byzantin tel que celui-ci : « Les théories de M. Einstein sont tellement incroyables que cela en devient fort curieux »... 50. Le nom RAMSES Gorrochategui se lance, en ce qui concerne ce nom, dans une longue, pour dire le moins, démonstration savante, faisant ainsi preuve d’une érudition que nul ne saurait, encore une fois, lui contester : « Manetón. Será conveniente introducir brevemente a este sacerdote de la antigua religión egipcia, autor de un libro titulado Aigyptiaka, porque esta obra suya fue muy utilizada desde pronto como inspiración para la confección de una “historia alternativa” a la descrita en las obras de los autores greco-romanos »614. Puis : « Originario de Sebennytos, en el delta, vivió durante el remado de Ptolomeo I Soter y descendiente (inicios del s. III a. C.), siendo sacerdote en Heliópolis. No ha sobrevivido ninguna de sus obras. De su Aigyptiaka, escrito por el propio Manetón en griego, se conocen fragmentos gracias a las citas de autores posteriores. En primer lugar está Flavio Josefo, que lo cita muy extensamente en su obra “Contra Apión”, tanto utilizándolo a su favor como criticándolo en los pasajes en que Manetón habla de los hebreos. Luego están dos escritores cristianos que lo utilizan como fuente de información para la creación de tablas cronológicas universales, desde la perspectiva de la historia del mundo a partir de la creación. Son Sexto Julio Africano (s. III d. C.) y sobre todo Eusebio de Cesarea (s. IV d. C., conocido nuestro como polemista de Porfirio). Estas dos obras tampoco se conservan, si no es a través de versiones y recensiones diferentes : a) una de San Jerónimo que traduce al latín la cronografía de Eusebio ; b) una traducción armenia de los s. 6°-8° ,y c) por último una recensión bizantina hecha por Syncellus (s. 9o) comparando los textos de Eusebio y Africano ». Il conclut : « A Manetón se le suele atribuir el invento de la periodización de la historia del Antiguo Egipto en Dinastías de faraones. Según la información trasmitida, los nombres de los faraones Seti y Ramsés eran bien conocidos ». Ce qui est manisfestement en contradiction avec les dires de Ciprés et Santos Yanguas, lesquels écrivent : « El primero, grabado sobre un fragmento de hueso con la lectura RAMSES SETI FILIO, plantea dudas sobre el significado correcto del texto que derivan de la transmisión de los nombres egipcios al latín »615. Car, ajoutent-ils : « Si admitimos que el grafito ha sido correctamente escrito, deberíamos considerar la posibilidad de entender “Ramses para su hijo Seti” ». Et, poursuivent-ils de façon totalement inattendue : « ...lo que implicaría un conocimiento detallado de la genealogía de los reyes egipcios, difícilmente pensable para esta época y este ámbito geográfico »... Ce qui est en effet, on l’a vu616, en flagrante contradiction avec les dires de Gorrochategui qui signale qu’à cette époque, autrement dit au début de notre ère, « los nombres de los faraones Seti y Ramsés eran bien conocidos »... Poursuivons avec Gorrochategui : « San Jerónimo lo ha adaptado a la 2a declinación latina Sethus, manteniendo la aspiración de la consonante medial. El nombre de Ramsés presenta mayor variación : si dejamos de lado la variante 614

Gorrochategui, Armas, pp. 11-12.

615

Ciprés et Santos Yanguas, Informe epigráfico-histórico, p. 33.

616

Et au-delà du fait que prétendre, comme le font Ciprés et Santos Yanguas, qu’un « conocimiento detallado de la genealogía de los reyes egipcios » serait « difícilmente pensable para esta época y este ámbito geográfico » ne constitue manifestement rien d’autre qu’une affirmation gratuite et péremptoire, voire tout simplement une opinion personnelle, tout à fait respectable au demeurant, mais dénuée ici, jusqu’à preuve du contraire, de toute valeur scientifique.

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del Africano [i. e. ‘Ραψάκης], el nombre adopta básicamente dos aspectos : ‘Ραµέσσης = Ramesses y ‘Ραµψής = Rampses ». Conclusion de l’auteur : « Las formas que hallamos en Iruña son RAMSES y SETI, idénticas a las que la convención y tradición eruditas españolas utilizan »617. Pourtant, une simple consultation du Gaffiot, une autorité, on le sait désormais, en la matière, nous permet de lire : « Rhamsēs, ancien roi d’Egypte », cité par Tacite, etc. et la présence d’un h, ici manifestement postiche, ne change pas grand chose, on nous le concèdera aisément, à l’affaire. Dire en conséquence, comme le fait Gorrochategui, que Ramses est une forme identique à celle que « la convención y tradición eruditas españolas utilizan » constitue un argument spécieux, un de plus, dont le seul but est en effet d’insinuer, de façon à peine voilée, que nous serions dans le cas présent devant une tentative de falsification car cette forme, laisse entendre l’auteur sans pourtant oser le dire clairement, n’aurait pas existé durant l’Antiquité, ce qui est manifestement inexact étant donné que Tacite l’utilise déjà à son époque618. Résumons. Dans une autre partie de son Dictamen, Gorrochategui affirmait, en ce qui concerne la forme Pluton, qu’une telle forme n’existait pas et ne pouvait pas exister en latin. On consulte Virgile et le Gaffiot et on constate qu’elle existe... A présent Gorrochategui laisse entendre, en ce qui concerne cette fois-ci la forme Ramses, qu’une telle forme — faisant apparaître en latin le groupe -ms- — n’existait pas et ne pouvait pas exister en latin. On consulte le Gaffiot et on constate qu’une forme latine faisant apparaître pour ce nom le groupe -ms- existe... Pour « clore » le sujet, nous goûterons tout particulièrement les affirmations, cette fois-ci quelque peu catégoriques d’Isabel Velázquez, elle qui pourtant hésite la plupart du temps à verser dans les assertions définitives : « En primer lugar cabe pensar que el contenido claramente escolar de estos grafitos, con referencias mitológicas y literarias paganas, mezcladas con elementos cristianos en tal profusión resulta poco probable... »619 Et... « ...y absolutamente inverosímil que se sumen a ello supuestos jeroglíficos egipcios (naturalmente no voy a entrar en el análisis de estas piezas que escapan a mi competencia) y o nombres de faraones egipcios, transcritos aparentemente en latín, cuando, en realidad... » De surcroît... « ...por medio de grafías con pretensiones de arcaísmos como, una vez más la E de dos barras, o con expresión de filiaciones al estilo latino como Ramses Seti filio (sic !), lo que se hace es transcribir la convención actual de la pronunciación en castellano de dichos nombres »... En effet, des affirmations pour le moins catégoriques... 617

Et il ajoute, sans qu’on sache très bien pourquoi, probablement dans le but de parfaire sa démonstration : « Recordemos que en inglés el nombre del gran faraón es Ramesses »... Et au cas où on aurait pas saisi le fonds de sa pensée, Gorrochategui en rajoute quelque peu dans sa tentative de convaincre le lecteur qu’il ne peut en aucun cas s’agir, en ce qui concerne la forme Ramses, d’une forme utilisée durant l’Antiquité : « Por otro lado hay que tener en cuenta que en latín había una aversión fonética al grupo medial -ms- : en la historia de la lengua latina los grupos etimológicos, como el del perfecto de emo “comprar” *emsi, pasan a empsi, así como sumpsi, etc. ». Pourtant et curieusement le Gaffiot fait état, au risque de se répéter, d’une forme Rhamsēs, avec « grupo medial -ms- ». 618

Dans son Dictamen, p. 26, Gorrochategui revient à la charge : « Solamente diré que, frente a la lectura adoptada en Armas, parece que en n° 12388 hay que leer Ramases, lo cual se acercaría algo a la forma antigua más normal Rameses. Pero la segunda A del nombre es claramente una adición posterior, incisa después de que se hubiera grabado anteriormente RAMSIIS ». 619

Velázquez, Informe, p. 23.

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51. Le nom SETI En ce qui concerne ce nom, les propos, pour le moins contradictoires, de Gorrochategui laissent sceptique, pour dire le moins. Il commence par nous dire que les « formas que hallamos en Iruña son RAMSES y SETI, idénticas a las que la convención y tradición eruditas españolas utilizan », ce qui est, on l’a vu, inexact. Mais aussitôt, après avoir signalé que le nom de « Seti es la transcripción de la secuencia de tres consonantes egipcias : sthy », ce dont on ne doute pas, il ajoute : « (...) bien es verdad que en Iruña [la forme SETI] puede ser entendido como gen. sing., de Setus [sic, ici sans h], adopción latina atestiguada por Jerónimo ». Où est le problème alors ? D’autre part, on ne peut pas s’empêcher non plus de citer les dires de José Manuel Galán Allué qui écrit, à propos des formes RAMSES et SETI : « En egipcio antiguo la trascripción del primer nombre seria algo así como Ramessu, y el segundo Suteh. En griego está atestiguado el nombre de “/ Rameses /” y el de “/ Setos /” (no Seti620) »... 621 Mais que nous importe ici de savoir qu’en « egipcio antiguo » on prononçait le premier Ramessu... et « el segundo Suteh »... ? Et en quoi est-ce également utile, à partir du moment où ces noms apparaissent écrit en latin... , de savoir qu’en grec ancien les formes de ces noms aient été Rameses et Setos ? En effet, la seule question intéressant dans le cas présent la communauté savante est : Des formes telles que Ramses et Seti pouvaient-elles exister en latin (classique et / ou vulgaire) ? Or, ce sont là des questions auxquelles il a déjà été répondu auparavant. Ce qui aurait été véritablement surprenant, voire rocambolesque, c’eût été en effet de trouver à Veleia les noms de Ramses et de Set(h)us, gén. Seti, sous la forme qui était la leur en... égyptien d’époque classique, le tout retranscrit... en écriture latine ! La falsification n’aurait fait alors aucun doute... L’auteur écrit également à propos de la pièce n° 12375 : « Caracteres de escritura no egipcios, que parecen transcribir el nombre de una localidad egipcia, Hermópolis ». Et d’ajouter, ici aussi de façon tout à fait inattendue : « Evidentemente, en antiguo egipcio esta localidad se llamaba de otra forma bien distinta y su sonido no era ni parecido (sería algo así como / Unnu /) »... Mais encore une fois en quoi est-il utile, dans le cas de l’étude de ces inscriptions « veleyenses » rédigées en latin... , de connaître et de citer une forme appartenant à l’égyptien ancien ? Car en effet, ce qui à Veleia aurait certainement constitué, pour dire le moins et au risque ici aussi de se répéter, une curiosité véritablement des plus abracadabrantes eût été de trouver pour cette localité d’Egypte une inscription faisant apparaître en... écriture latine une forme... égyptienne originelle Unnu ! La suite est également surprenante : « En griego sí está atestiguado “/ Hermópolis /” ». Mais Hermŏpŏlis est simplement, comme l’indique le Gaffiot, la forme prise en latin par le nom grec ‘Ερµόπολις. En quoi par conséquent est-il à ce point étonnant de trouver à Veleia une forme latine Hermŏpŏlis dans des inscriptions... également latines, à savoir rédigées en latin ? 52. Le nom NEFERTITI Gorrochategui commence sa démonstration ainsi : 620

Galán Allué ne semble pas s’apercevoir que Seti est en latin tout simplement le génitif de Set(h)us comme le reconnaît et le signale au demeurant, on l’a vu, le propre Gorrochategui. 621

Galán Allué, 2008, Listado y análisis de los grafitos que contienen supuestos signos jeroglíficos egipcios hallados en Iruña-Veleia (Vitoria), p. 1.

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« La mención de Nefertiti, bella esposa de Ajenatón, es mucho más sorprendente ». Puis : « Evidentemente Manetón no proporciona este nombre, en primer lugar porque no fue faraón (o al menos con ese nombre), y en segundo porque los últimos faraones de la dinastía XVIII, debido a la herejía de Amenofis IV o Ajenatón, sufrieron una damnatio memoriae total por parte de los grandes faraones de la XIX »622. Ayant fait appel à l’argument de la damnatio memoriae, un argument dont on mesurera plus tard le peu de valeur, il poursuit : « No existe hasta ahora ninguna mención a esta personalidad en ninguna fuente greco-romana y muy posiblemente su recuerdo había desaparecido también de las propias fuentes egipcias ». « Conclusion » de Gorrochategui : « Nuestro conocimiento de este personaje es exclusivamente moderno, desde el momento en que se descubrió su tumba a comienzos del s. XX ». Donc, laisse-t-il entendre, sans oser l’affirmer toutefois, il ne peut s’agir que d’une falsification... Mais aussitôt il trouve l’explication au problème qu’il a lui-même soulevé, autrement dit il répond lui-même à la question... qu’il s’est posé : « Nuestro grafito con la leyenda Nefertiti supondría la existencia de una tradición alternativa a la de Manetón en el s. III d. C., que remontaría a documentos egipcios originales que habrían mantenido el recuerdo de la historia de la “revolución de Ajenatón” ». Et bien qu’ayant trouvé tout seul la réponse... , il persiste néanmoins, en faisant preuve d’une habileté incontestable, dans sa démonstration antérieure lorsqu’il écrit : « Tanto la lista real del templo de Abydos (construido por Seti) como la lista de Karnak omiten los nombres de los herejes de Amarna ». Sous-entendu : l’hypothèse selon laquelle nous aurions affaire à « una tradición alternativa a la de Manetón en el s. III d. C., que remontaría a documentos egipcios originales que habrían mantenido el recuerdo de la historia de la “revolución de Ajenatón” » doit donc être écartée... La démonstration est, à n’en pas douter, des plus habiles. Il poursuit . « Igualmente pasa con la lista de Saqqara, aparecida en la tumba de un escriba real de la época de Ramsés II ». Mais cependant... « Es verdad que se trata de listas de marcado carácter religioso y propagandístico, siendo posible la existencia de listas políticas o archivísticas más completas, como parece indicar el papiro de Turín »623. Cela étant, ajoute aussitôt l’auteur, qui peine manifestement à s’incliner devant les faits : « Aun admitiendo la posibilidad de esta tradición egipcia alternativa, cuyas secuelas hayan llegado de algún modo extraordinario a esta zona alejada del imperio occidental »... Gorrochategui reconnaît donc, quoique de façon implicite et manifestement, on ne peut que le constater, de mauvaise grâce (mais s’il veut rester crédible a-t-il vraiment le choix ?), qu’il existe une explication tout à fait réaliste et valable à la présence durant l’Antiquité d’un tel nom624. 622

Gorrochategui, Armas, pp. 12-13.

623

Comme le confirme au demeurant l’égyptologue Christian Jacq, 1996, Néfertiti et Akhénaton, Ed. Perrin, Paris, p. 11 : « La documentation sur laquelle nous nous fondons se compose de textes religieux, administratifs et diplomatiques, de multiples oeuvres d’art allant d’un colosse royal à un modeste dessin sur un tesson de calcaire. Ce matériel, bien que fragmentaire et souvent énigmatique, permet d’obtenir quelques faits précis qui ne sont pas sujets à caution ». 624

En ce qui concerne le prétendu argument de la damnatio memoriae, peut-on sérieusement croire que ce dernier, mis en avant la plupart des auteurs cités ici, constitue véraitablement une allégation de poids ? Citons en exemple une histoire fort connue : celle de Caracalla. Septime Sévère devint empereur en 193 et associa un de ses deux fils, ce fameux Caracalla, au trône en 211. À la mort de son père, Caracalla fut cependant contraint de partager le pouvoir avec son frère Geta, comme en avait exprimé le souhait leur père avant de disparaître. Mais 169


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Et d’en venir ensuite à l’aspect proprement linguistique de cette affaire : « ...comprobamos que la grafía del nombre de la reina es Nefertiti, como por convención se dice en la mayoría de las lenguas modernas, aunque no así en alemán o húngaro donde la llaman Nofretete y Nofertiti respectivamente ». Il ajoute : « Esta variación moderna se debe a que se han seguido en la transcripción dos criterios diferentes : unos, los que usan Nefertiti, se han atenido a la convención erudita, según la cual se completa mediante E las secuencias consonánticas, únicas existentes en la escritura jeroglífica egipcia, convirtiendo nfr en Nefer-, mientras que los otros han tomado como base la palabra copta para “belleza” : nofre, que muy probablemente continúa la antigua palabra del egipcio medio demόtico nfr.t ». Allusion à peine voilée et quelque peu confuse : la forme Nefertiti résulte d’une « convención erudita », donc, laisse-t-il entendre encore une fois, sans l’affirmer toutefois, il doit s’agir d’une falsification... Mais aussitôt, il ajoute : « Un elemento onomástico Nefer- se atestigua, sin embargo, en la documentación de Manetón, p. ej. Nefercheres, 3er. faraón de la dinastía V (solo por Africano), de igual nombre que el 3º de la dinastía XX y Neferites de la dinastía XXIX »625. Où est le problème alors ? Gorrochategui ne le dit pas... Il se contente, dans ce qui constitue une « conclusion-affirmation » des plus curieuses, en réalité des plus spécieuses, d’écrire : « Es por lo tanto asombroso que los tres nombres existentes en los grafitos de Iruña (Ramses, Seti y Nefertiti) aparezcan en la grafía en la que estamos acostumbrados a verlos en época reciente, y no en alguna otra de las versiones más extendidas en la antigüedad »626. par la suite, le nouvel empereur assassina lui-même son frère et se livra à une véritable tuerie ayant pour cible les amis, les relations et les partisans de ce dernier — à en croire l'historien romain d'origine grecque Dion Cassius, Caracalla aurait même été le responsable direct de... 20 000 assassinats politiques, lesquels furent tous commis... en l’espace de quelques semaines ! Caracalla fit ensuite effacer le nom et l’image de son frère de tous les monuments publics de Rome (notamment de l'arc de triomphe de Septime Sévère encore visible au Forum Romanum) et alla même jusqu’à interdire que le nom de celui-ci fût prononcé en sa présence. C’est cette méthode, pour le moins expéditive et radicale, qu’on appelle dans les cercles érudits la damnatio memoriae. Mais cette dernière a-t-elle été pour autant efficace ? Manifestement pas... puisque de nos jours nous la plupart des personnes cultivées, fût-ce le simple curieux possédant un niveau culturel relativement correct, ont un jour entendu parler de ce malheureux Geta. Les efforts de son frère pour le faire disparaître de la surface de la terre auront donc été, pour dire le moins, vains. Ce raisonnement, ne manqueront peut-être pas de rétorquer certains contradicteurs, ne pourrait pas cependant s’appliquer au cas de Néfertiti. Et pourquoi donc ? Quel est l’élément probatoire et définitif, sinon la « preuve », permettant à Gorrochategui, Velázquez, Galán, Ciprés et Santos Yanguas de penser, de laisser entendre, voire de conclure, qu’au début de notre ère personne n’avait jamais entendu parler de Néfertiti ? D’autant que Gorrochategui reconnaît, comme cela a déjà été souligné auparavant, que « la existencia de listas políticas o archivísticas más completas, como parece indicar el papiro de Turín » rend tout à fait possible une telle conjecture, ce que par ailleurs les dires, également cités auparavant, de Christian Jacq corroborent pleinement — lequel auteur rappelle en effet l’existence de plusieurs « textes religieux, administratifs et diplomatiques », etc. ayant manifestement échappé à cette fameuse damnatio memoriae et mentionnant Néfertiti et Akhénaton. Par conséquent, la seule réponse valable dans le cas présent, c’est-à-dire en ce qui concerne la connaissance ou non de ce nom égyptien par certains individus ayant vécu au début de notre ère, est qu’en réalité nous n’en savons rien. En tout cas, le fait que les sources classiques connues ne citent pas ce nom ne peut en aucun cas constituer une preuve de falsification. 625

Il ajoute également en note de bas de page : « Igualmente en papiros griegos se documentan algunos nombres que ofrecen vocal / e / : Νεφερσῆς por demótico nfr s.t epíteto de Isis “beautiful of throne” ». 626

Puis faisant preuve d’une audace toute « mathématicienne », sans qu’on sache toutefois quelle peut être ici la formule utilisée, il conclut : « La probabilidad de la propia mención de estos nombres en nuestro territorio y época, más el hecho de que lo hagan en el modo gráfico concreto en que lo hacen, no alcanza seguramente el 1% ».

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On a vu auparavant qu’en ce qui les deux premiers noms, Ramses et Seti, il ne s’agit pas de formes modernes, mais en réalité latines (Rhamsēs, Tacite et Seti, gén. de Set(h)us, Jérôme). En réalité le seul « argument »627, de nature linguistique mais qui en réalité n’en est pas un comme on le verra par la suite, qu’est en mesure d’avancer Gorrochategui628 est celui qu’il expose rapidement dans son Dictamen, à savoir le suivant : « Por otro lado, tanto desde el punto de vista griego como latino, la adopción de un nombre de tema en -i (como Nefertiti y Nefertari) pediría una forma de nominativo correcta en -s ; deberíamos esperar pues (haciendo salvedad de todas las objeciones apuntadas en Armas) formas como Nefertitis, Nefertaris »629. En ce qui concerne les s omis sans raisons apparente dans la terminaison -i(s) à Pompéi, le lecteur pourra se reporter à Väänänen630. En ce qui concerne la chute de -s final en latin vulgaire (cf. infra, § 67). Velázquez, qui avait pourtant plutôt fait preuve jusqu’à présent, dans la plupart des cas du moins, d’une certaine retenue, voire subtilité, n’hésite pas désormais à verser dans l’affirmation la plus définitive, contrairement à Gorrochategui et Galán, lesquels se gardent bien d’aller aussi loin, lorsqu’elle écrit : « Entre las transcripciones más inaceptables están las pretendidas transcripciones de nombres egipcios, escritos en algún caso con aparentes formulaciones de filiación latinas. Como ejemplo puede citarse por su curioso carácter, el grafito n° 12391: RAMSIIS SIITI FILIO (con las E de dos barras) »631. Elle ajoute : « En las inscripciones latinas la filiación — que en cualquier caso debería haberse expresado en filius y no filio —, no aparece escrita por extenso, sino con la abreviatura f(ilius) ». « Conclusion », définitive de l’auteur : « La lectura es una castellanización de los nombres egipcios usual en época moderna, así como NIIFIIRTITI en la 12392, o bien OSIRIS y ANVDIS (posiblemente por Anubis) de la 12395 ». Fin de l’analyse. 53. Le nom NEFERTARI Curieusement Gorrochategui ne consacre qu’une seule ligne à ce nom. Velázquez n’en parle pas et Ciprés et Santos Yanguas non plus... Le seul à en parler quelque peu est, on l’a vu (cf. supra, § 51), Galán Allué : « Nefertiti y Nefertari son dos transcripciones modernas de los nombres antiguos. En egipcio antiguo la transcripciόn fonética es algo distinta ». 627

José Manuel Galán Allué, qui n’est pas en mesure de produire un seul véritable argument, sans même avoir à parler de « preuves », allant dans le sens d’une falsification, se contente d’écrire en forme de constat, Listado, p. 2 : « Nefertiti y Nefertari son dos transcripciones modernas de los nombres antiguos. En egipcio antiguo la transcripciόn fonética es algo distinta ». Après avoir, on l’a vu, fait appel, encore une fois sans qu’on en sache la raison, à l’égyptien « antiguo », il ajoute : « Se desconoce cόmo fueron transcritos en griego estos dos nombres, pues no aparecen mencionados en 1as fuentes clásicas ». En conséquence, conclut-il de façon pour le moins inattendue : « Este hecho hace dudar de la autenticidad de la inscripción »... Il poursuit : « (...) estas dos reinas no son recordadas en listas de reyes, relatos o historias posteriores. La primera de ellas : Nefertiti, al ser la esposa del “faraón hereje” Akhenaton, fue borrada de la memoria histórica con toda intención. « Conclusion » de Gálan : « Así, es altamente improbable que sea recordada en un grafito del siglo III d. C. escrito en caracteres latinos y hallado al otro extremo del Mediterráneo »... La première partie de ses commentaires constitue un simple constat. Et la deuxième partie n’est rien d’autre qu’une opinion personnelle, tout à fait respectable au demeurant. 628

Ce qui rend d’autant plus inutile, et cela malgré le côté tout à fait intéressant du sujet, le long développement historique antérieur de Gorrochategui que nous avons cité dans le cadre de nos commentaires et que l’auteur expose dans Armas. 629

Gorrochategui, Dictamen, p. 26.

630

Väänänen, op. cit., p. 80.

631

Velázquez, Informe, p. 32.

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Il ajoute : « Se desconoce cόmo fueron transcritos en griego estos dos nombres, pues no aparecen mencionados en 1as fuentes clásicas »632. Il poursuit : « (...) estas dos reinas no son recordadas en listas de reyes, relatos o historias posteriores ». Mais curieusement, il ne parle par la suite que la première... : « La primera de ellas : Nefertiti... ». Puis... rien sur Néfertari. Il est vrai que dans le cas de Néfertari on ne peut guère invoquer, ne serait-ce que comme simple hypothèse de travail, une quelconque damnatio memoriae. Revenons-en à Galán Allué. Lorsqu’il écrit à propos de Néfertari que celle-ci ne fugure pas « en listas de reyes, relatos o historias posteriores », cela semble quelque peu discutable, voire abusif. Discutable, voire abusif parce que le nom, inscrit dans un cartouche, de la première épouse de Ramsès II (vers 1296-1229 avant Jésus-Christ), morte en l’an XXIV du règne de son époux, ainsi que sa représentation dans les peintures ou dans la statuaires, figurent sur les nombreux sites dans lesquels Ramsès II manifesta sa présence en construisant et en aggrandissant plusieurs monuments. Autrement dit, le nom et la représentation de Néfertari apparaissent clairement dans les nombreuses statues, modelées à l’image de cette reine, celles situées par exemple aux pieds des colosses du roi, dans les temples de Louxor et d’Amon-Rê à karnak, mais également en façade de celui de Rê-Horakhty à Abou-Simbel. En outre, et si cela n’eût pas suffi à convaincre le lecteur, spécialiste ou simple curieux, de la renommée considérable qui fut celle de cette reine égyptienne en son temps et au cours des siècles qui suivirent sa disparition, on signalera également qu’il existe un temple rupestre dédié à Hathor d’Ichbek et à Néfertari dont les colosses décorent la façade. Enfin, et qui plus est, cette reine a d’autre part bénéficié d’une tombe dans la Vallée des Reines (tombe 66), momument dont la conservation demeure encore de nos jours exceptionnelle, considéré en effet qu’il est comme un véritable chef-d’oeuvre car le décor en relief a, entre autres, conservé ses couleurs originelles. En résumé, cette reine fut célèbre, célébrissime même — et curieusement Gorrochategui, Velázquez, Ciprés et Santos Yanguas omettent d’en parler dans leurs commentaires. Par conséquent le fait que mille et quelques années après sa disparition, c’est-à-dire au début de notre ère, fût-ce dans une localité comme Veleia, le commun des mortels ait eu connaissance de l’existence ainsi que du nom de cette reine égyptienne ayant vécu au XIIIe siècle avant notre ère n’aurait véritablement rien d’incroyable ou d’invraisemblable, ni même de surprenant quand bien même Gorrochategui et les autres auteurs cités auparavant voudraient nous faire croire le contraire. Afin de conclure sur ce point, prenons à présent l’exemple d’un individu ayant un niveau culturel faible, voire extrêmement faible, à la limite de l’analphabétisme et de l’illéttrisme, et posons lui la question suivante : avez-vous déjà entendu parler de Charlemagne ? La réponse sera indubitablement... oui, bien évidemment. Ajoutons-y la question suivante : pourriez-vous nous dire à quelle époque a vécu ce personnage ? La réponse sera indubitablement... il y a un millier d’années, plus ou moins. Conclusion simplissime : tout le monde sait cela, même parmi les couches de la population ayant un niveau culturel extrêment faible. Et au début de notre ère, il devait en être de même dans tous les recoins de l’Empire en ce qui concernait ces reines egyptiennes quand bien même ces noms ne figurent pas dans les sources classiques connues à ce jour633. 632

Galán Allué, Listado, p. 2.

633

Rappelons en effet un fait capital que la plupart des auteurs cités ici ignorent ou feignent d’ignorer, à savoir que, suppose-t-on dans les cercles initiés les plus autorisés, près de 80% des sources existant durant l’Antiquité 172


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Le soldat, l’artisan, l’esclave le plus humble et bien d’autres couches de la population de cette époque savaient qu’il y avait des pyramides en Egypte au même titre qu’ils savaient qu’il y avait eu dans ce pays des pharaons et des reines dont une qui s’appelait Néfertari au même titre qu’ils savaient également qu’il y avait des aurores boréales dans la partie la plus septentrionale du monde qui leur était connu. Cela est d’autant plus probable que les dires d’Hérodote d’Halicarnasse ne laissent que peu de doutes sur le niveau de connaissance, des plus élevés manifestement, qu’avaient les anciens sur l’Egypte, notammment sur sa culture et son histoire. En effet, Hérodote, dans sa longue description de l’Egypte (Livre II de ses Histoires également connues sous le titre L’enquête, en grec Historiè), un pays où il s’était rendu personnellement, écrit, II, 99 : « Jusqu’ici, j’ai dit ce que mes yeux, mes réflexions et mes enquêtes m’ont appris ; je vais maintenant rapporter, sur l’histoire de ce pays, ce que j’ai entendu dire aux Egyptiens ». Il ajoute, II, 100 : « Après lui, [i. e. Min, le premier roi d’Egypte], les prêtres m’ont cité, d’après un livre634, les noms de trois cent trente autres rois », etc. Qu’y a-t-il par conséquent de tellement surprenant dans le fait de trouver dans le Veleia du IIIe siècle le nom de la reine Néfertari sur une inscription ? Il y a par ailleurs, semble-t-il, un autre abus de langage et assurément quelques inexactitudes, au demeurant fort surprenantes à ce niveau de la recherche, qui plus est dans un rapport se voulant officiel, lorsque Gorrochategui écrit à propos de Néfertiti : « Nuestro conocimiento de este personaje [il parle de Néfertiti] es exclusivamente moderno, desde el momento en que se descubrió su tumba a comienzos del s. XX »... Il nous sait gré de l’apprendre. Car nous ne savions pas en effet que la tombe de Néfertiti avait été découverte... Dans sa précipitation à vouloir « statuer », bref expédier cette affaire le plus promptement qu’il se peut et, si possible, définitivement, Gorrochategui s’est manifestement et encore une fois égaré... Il semblerait en effet que cette auteur confonde dans le cas présent Néfertiti avec Néfertari. Car la seule tombe, jusqu’à preuve du contraire, à avoir été jamais « découverte », en réalité « redécouverte » comme nous le verrons à présent, est celle de la reine Néfertari. En effet, la tombe de cette reine — où figuraient peints deux cartouches au nom de Néfertari — a été « redécouverte » pendant la deuxième campagne de fouilles d’Ernesto Schiaparelli en 1904. Pourquoi « redécouverte » ? Parce que à l’arrivée de Schiaparelli la tombe avait déjà été ouverte et pillée, probablement depuis des siècles, sinon des millénaires. C’est pourquoi, si les mots ont un sens et si l’on veut être précis, Schiaparelli ne « découvre » pas la tombe de Néfertari, en réalité il l’a « redécouvre ». La nuance a son importance. Et par conséquent et encore une fois rien, absolument rien ne permet d’affirmer dans l’état actuels des connaissances qui sont celles de la communauté savante qu’au début de notre ère le commun des

sont de nos jours inaccessibles à la communauté savante car perdues ou détruites à la suite, entre autres mais pas seulement, de l’incendie au VIIe siècle par les Arabes de la grande bibliothèque d’Alexandrie, créée par Ptolémée Ier Sôter, une immense bibliothèque qui contenaient, semble-t-il, des trésors considérables d’érudition (plus de 500.000 volumes, dit-on) remontant aux temps les plus reculées. 634

Vraisemblablement un papyrus qui ne nous est pas parvenu mais probablement analogue à celui connu sous le nom de Papyrus royal de Turin, qui remonte au Nouvel Empire et donne une liste des rois depuis les dynasties divines. Le lecteur pourra également consulter, s’il le désire, l’ouvrage de Gaston Mapero, 1911, Les contes populaires de l'Égypte ancienne, E. Guilmoto, Paris, 4e édition entièrement remaniée et augmentée, Maisonneuve & Larose, Paris, 1988. Maspero, op. cit., p. 4, y rappelle que « lorsque M. de Rougé découvrit en 1852 un conte d’époque pharaonique analogue aux récits des Mille et une Nuits, la surprise fut grande, même chez les savants qui croyaient le mieux connaître l’Egypte ancienne ». Il signale également op. cit., p. 22, qu’« Hérodote nous apprend ce qu’on disait d’eux [i. e. Chéops, Ramsès, etc.] dans les rues de Memphis ». A signaler également, comme le fait remarquer Maspero, op. cit., p. 28, que « Strabon savait déjà pourtant qu’on pénétrait dans la grande pyramide par un couloir dont une pierre mobile dissimulait l’entrée ». Comment Strabon avait-il eu connaissance de cela ? Nous ne le savons pas.

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mortels, en Egypte ou dans le reste de l’Empire, n’avait jamais entendu parlé de cette fameuse Néfertari. En ce qui concerne Néfertiti, dont on ignore toujours où se trouve la tombe, car jamais découverte à ce jour, l’égyptologue Christian Jacq écrit : « Les fouilles pratiquées à la fin du XIXe siècle, tant à El-Amarna qu’à Karnak, |qui] sont décisives pour situer Akhénaton à sa juste place dans la suite des régnes et permettent d’exhumer un matériel documentaire, à partir duquel sera reconstituée son aventure. C’est en 1891 que l’égyptologue anglais Petrie commença à fouiller le site de l’ancienne Akhétaton [nom égyptien de l’actuelle ville El-Amarna qui en est son nom arabe]. Il fut possible de lire le plan de certains édifices, de préciser l’emplacement des principaux quartiers. De la ville dévastée partaient des sentiers en direction des stèles frontières et des tombes creusées dans la falaise. Ces dernières comportaient scènes et inscriptions qui, malgré un médiocre état de conservation, allaient fournir des informations essentielles [sur Akhénaton et Néfertiti] »635. Et pour « clore » les présents commentaires sur Néfertiti, le ou les lecteurs, simples curieux ou spécialistes, pourront encore une fois légitiment s’interroger : Quelles sont les véritables éléments, qui plus est présumés « définitifs », dont dispose actuellement la communauté savante dans l’état des connaissances qui sont de nos jours les siennes, permettant d’affirmer qu’au début de notre ère le commun des mortels, en Egypte ou dans le reste de l’Empire, n’avait jamais entendu parlé d’une reine connue sous le nom de Néfertiti ? Il revient en effet aux auteurs, dont Gorrochategui fait manifestement partie, contestant la possibilité que ces noms égyptiens aient pu exister dans la Veleia du IIIe siècle d’apporter ces éléments, et par voie de conséquence les preuves qui pourraient en découler, à la communauté savante, et non pas simplement de nous faire connaître leur opinion personnelle sur le sujet, aussi respectable soit-elle. 54. A propos des « sentencias o máximas latinas » 54.1. AD MAIOREM / DEI, GLORIAM Gorrochategui : « Pero la perplejidad que causan estas sentencias procede de que en la mitad de los casos consisten en aforismos posteriores al s. III d. C, incluso de época moderna. En este sentido uno de los más llamativos es : Ad maiorem / Dei gloriam, que como todo el mundo sabe es la divisa de la orden jesuíta. Al parecer fue empleada por primera vez en el Concilio de Trento. Según cree V. J. Herrero Llórente (pp. 33-4), San Ignacio o el autor se basó en un lugar de los Diálogos de San Gregorio Magno (Roma, ca. 590 - 604) »636. Après quoi, il indique au(x) lecteur(s) : « Tras la búsqueda pertinente, solo he podido hallar un párrafo que pueda ser fuente de nuestra máxima ». Et de citer la traduction espagnole d’un des passages desdits Dialogi de Grégoire Magnus : « (...) sobre todo si se presenta la ocasión de hacer otras obras que puedan reportar MAYOR GLORIA A DIOS637 (Diálogos, Vida de S. Antonio Abad, cap. III) ». Mais ajoute-t-il aussitôt, affichant une satisfaction non dissimulée : « Pero el texto no deja de ser una ilusión, ya que si vamos a la versión latina original, lo que parece muy cercano de nuestra sentencia está expresado de forma muy diferente. = Nam ubi omnimodo de bonis fructus deest, fit aliquando de malis labor vacuus ; maxime si e vicino caussae suppetant, quae fructum Deo ferre valeant meliorem ». « Conclusion » de Gorrochategui : « Consiguientemente este texto no es la fuente material de la divisa jesuítica, aunque quizá supusiera alguna especie de inspiración ». 635

Jacq, op. cit., p. 10.

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Gorrochategui, Dictamen, pp. 28-29.

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Les majuscules sont de nous.

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Pourtant Ciprés et Santos Yanguas ne donnent pas, en ce qui concerne ces Dialogi, la même traduction... , ce qui d’emblée constitue, les lecteurs nous le concéderont aisément, sinon une contradiction flagrante, pour le moins une curiosité des plus remarquables, lorsqu’ils écrivent : « (n° 12.390) “para mayor gloria de Dios”, que constituye la divisa adoptada por la Compañía de Jesús (s. XVI). La frase corno tal se encuentra por primera vez en San Gregorio Magno (540-604), en los Dialogi 1.2,6 : “Sed AD MAIOREM DEI GLORIAM638 vicit pietas illud pertus virtutis, quod ideo fuit validum quia devietium”639 ». La question que peut dès lors se poser légitiment tout lecteur est : Gorrochategui, Ciprés et Santos Yanguas font-ils référence au même texte ? Une certaine confusion se faisant manifestement jour entre les écrits de ces auteurs, une de plus serait-on tenter d’ajouter, le ou les lecteurs pourront dès lors commencer à douter, fort légitimement semble-t-il, en ce qui concerne le reste de la démonstration de ces mêmes auteurs. Ciprés et Santos Yanguas signalent également un autre élément, ce qui ne manque pas également d’ajouter quelque peu à la confusion, que Gorrochategui omet curieusement de rapporter (Ciprés et Santos Yanguas s’y résignent-ils à la suite de quelques scrupules ? ou par simple honnêteté intellectuelle ? voire les deux ?) : « [P]ara algunos existiría un antecedente en la expresión “in gloriam Dei” presente en la primera epístola a los corintios de San Pablo »... Quoique, manifestement effrayés par leur audace, ils se ravisent en ajoutant aussitôt : « [Cela étant] la formulación [i. e. ad maiorem Dei gloriam], tal como aparece escrita, se sitúa en época posterior y se generaliza su conocimiento a partir del nacimiento de la Compañía de Jesús ». Puis arrive la « conclusion » de ces deux auteurs : « Esta cronología y la presencia de la coma en el grafito contribuyen una vez más a poner en duda la datación establecida para la UE 51.144 y su consideración como una unidad cerrada ». Voici en réalité quelle serait pourtant la conclusion, raisonnable et réaliste, qui devrait s’imposer à tout auteur prétendant à quelque sérieux. Cette conclusion de peut être en effet que celle-ci : on ne peut certes rien affirmer, mais si un auteur tel que Grégoire Magnus utilise au VIe siècle un telle expression (à savoir Sed ad maiorem Dei gloriam que citent Ciprés et Santos Yanguas), il n’existe absolument aucune raison nous empêchant de supposer que cette expression pouvait déjà exister au début de ère, soit à peine deux ou trois siècles auparavant, d’autant plus que les auteurs cités auparavant, Ciprés et Santos Yanguas, signalent qu’il se pourrait parfaitement qu’il existât également au début de notre ère « un antecedente en la expresión “in gloriam Dei” presente en la primera epístola a los corintios de San Pablo ». Par conséquent, l’affirmation dans un cas, voire le sous-entendu dans l’autre, selon lesquels la présence de cette expression dans une des inscriptions de Veleia est, comme l’affirme Gorrochategui, « absolutamente reveladora[s] de que nos hallamos ante una impostura moderna » pourra paraître à bien des égards comme abusive, pour dire le moins. Car il ne s’agit là en fin de compte, encore une fois et jusqu’à preuve du contraire, que d’une opinion personnelle de Gorrochategui, tout à fait respectable au demeurant mais que l’auteur présente pourtant comme une certitude... Or, dans le cadre d’une démarche prétendument scientifique, il ne peut s’agir en aucun cas de rien d’autre que cela : une opinion personnelle. Gorrochategui met également en avant un autre argument des plus spécieux : « En el conjunto de los textos hallados, especialmente en los sectores con grafitos latinos, se encuentran algunos que recogen sentencias latinas conocidas ». Il poursuit : « Hay una característica común a casi todas ellas : el correcto empleo de los casos latinos. Es decir, mientras que en el resto de los textos cotidianos, compuestos todos ellos de nombres sueltos o en lista, 638

Les majuscules sont de nous.

639

Ciprés et Santos Yanguas, Informe epigráfico-histórico, p. 44.

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sin frases lingüísticas normales con verbo, hallamos formas no solo vulgares sino enteramente incorrectas, en las sentencias encontramos los casos correctos (con la excepción de 12431b). Así, p. ej., en todos los casos observamos que el ac. sing, ha mantenido la -m (maiorem, gloriam, abisum), a pesar de que en el habla vulgar de esa época se había ya perdido ». Est-ce là pour autant un indice de falsification ? Il est vrai que Gorrochategui n’ose pas, cette fois-ci, le prétendre, encore moins l’affirmer, sachant probablement que cet argument reste des plus fragiles, mais le sous-entendu n’en demeure pas moins subtil et le raisonnement on ne peut plus spécieux. En réalité de quoi s’agit-il ? Pourquoi trouve-t-on dans ces adages les cas de la déclinaison correctement exprimés comme s’il s’agissait de latin classique ? Pourquoi observe-t-on « que el ac. sing, ha mantenido la -m (maiorem, gloriam, abisum), a pesar de que en el habla vulgar de esa época se había ya perdido » ? Parce qu’il s’agit tout simplement de formules latines cristalisées... se transmettant telles quelles au cours des siècles, ce qu’un auteur tel que Gorrochategui ne peut raisonnablement ignorer — dans le cas présent il est évidemment que Gorrochategui feint l’étonnement. On ne peut enfin s’empêcher de goûter aux dires de Velázquez en ce qui concerne cette fameuse expression latine et quelques autres. Le début est résolument optimiste, quoique formulé au conditionnel... : « La presencia de unos cuantos adagios y sentencias latinos en los grafitos podría640 haber sido una documentación de excepcional importancia para el estudio del sistema educativo romano »641. Mais aussitôt, elle ajoute de façon inattendue : « Sin embargo, los grafitos que las contienen revelan una realidad muy diferente a la pretendida. En primer lugar, ya es llamativo el empleo mayoritario del hueso, tanto como soporte gráfico, como para albergar la mayoría de las máximas ». En quoi « el empleo mayoritario del hueso » est-il un problème ? On ne le saura pas. La suite mérite également d’être rapportée : « Por otra parte, aunque hay algunas antiguas y que, por tanto, habría sido esperable poderlas encontrar por razones de cronología simple, el problema se presenta en otras cuyo origen conocemos bien y que son posteriores en el tiempo ». Suit alors une phrase des plus tarabiscotées : « Además, y es una cuestión fundamental que afecta al conjunto, la mayoría de ellas, por no decir todas, son sentencias famosas que han traspasado épocas y son muy difundidas y que, puede afirmarse, pertenecen al acervo común cultural, prescindiendo de la época de creación, incluso algunas... » « ...que, aun siendo antiguas, sólo se han hecho famosas y manejables en épocas muy posteriores »... Ce qui constitue une interprétation, pour dire le moins, toute personnelle de Madame Velázquez à laquelle aucun lecteur ayant un tant soi peu de dicernement et d’esprit critique n’est guère obligé d’adhérer ! Elle ajoute : « Como se acaba de indicar algunas son antiguas, como la escrita en hueso (n° 12390), la famosa “amicus certus in re incerta cernitur”. Atribuida a Ennio, se transmite y difunde gracias a la utilización de la misma por Cicerón en el diálogo De amicitia, 64 ». Donc : « La antigüedad de la misma podría explicar su presencia en el grafito ». Mais... : 640

On appréciera ici en effet l’utilisation du conditionnel.

641

Velázquez, Informe, pp. 35-36.

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« ...pero el problema se presenta cuando en el reverso del mismo se lee la expresión “ad maiorem Dei gloriam”. La frase procede de los Dialogi (1.2.6) del papa Gregorio Magno (540-604 d.C.), por lo que, como fecha muy temprana habría que situarlo en la 2a mitad del s. VI ». Cela étant : « Sin embargo, la frase se hace realmente famosa y adquiere categoría de máxima o adagio a partir del Concilio de Trento (1542 y ss.) y, sobre todo, cuando se convierte en el lema de la Compañía de Jesús, tradicionalmente adjudicada su autoría a Ignacio de Loyola, hasta el punto de figurar su abreviatura A.M.D.G. en las obras escritos y monumentos relacionados con la congregación religiosa ». Madame Velázquez fait appel, encore une fois, à ce que l’on pourra aisément qualifier de « démonstration creuse », s’il nous est permis d’utiliser une telle expression, c’est-à-dire une démonstration à partir de laquelle on ne peut tirer absolument aucune conclusion. Et la meilleure preuve de cela est que Velázquez n’en tire aucune... Du coup le ou les lecteurs ne sont pas plus avancés qu’au début car la question de fond demeure toute entière et inchangée, à savoir : tout cela constitue-t-il pour Madame Velázquez, oui ou non, une preuve de falsification ? 54.2. HOMO PROPONIT / SED DEUS DISPONIT Gorrochategui : « Especialmente relevante es la sentencia Homo proponit / sed Deus disponit, muy popular en multitud de lenguas europeas (en español El hombre propone, pero Dios dispone), que remonta a un párrafo de la Imitatio Christi de Tomás de Kempis, monje renacentista que vivió entre 1380 y 1471. La obra apareció publicada en 1481 de manera anónima, habiendo sido una de las obras más editadas en Occidente. La sentencia en cuestión se halla en Libro I, Cap. 19, 2 : Nam homo proponit, sed Deus disponit, nec est in homine via ejus »642. Velázquez : « Otra sentencia de carácter cristiano es la escrita en la pieza 11811 (UE 12076B, sector 12, hueso, campaña 2007) HOMO PROPOVIT / SIID DEVS DISPONIT ». Elle ajoute : « Al margen del error de V por N en propouit, sin importancia, pues puede achacarse a mala ejecución, aquí la E de dos barras vuelve a ser un claro anacronismo », ce qui constitue, on le sait, une affirmation gratuite et péremptoire (cf. supra, § 46.2.) Elle poursuit : « Pero lo significativo de esta frase es que pertenece a la famosa obra De imitatione Christi de Tomás de Kempis (1379-1471), filósofo medieval bien conocido, que en el capítulo 19 de su obra (De exercitiis boni religiosi), señala en el punto 2. Nam homo proponit, sed Deus disponit, nec est in homine uia eius »643. Ciprés et Santos Yanguas : « HOMO PROPONIT / SIID DIIVS DISPONIT (n° 11.811), localizada en el sector 12, UE 12076, “el hombre propone, pero Dios dispone” »644. Alors que Gorrochategui et Velázquez préfèrent dans le cas présent ne rien affirmer, se contentant uniquement d’instiller le doute par petites touches, Ciprés et Santos Yanguas décident quant à eux de prendre certains risques et vont plus loin en écrivant : « La frase se atribuye al teólogo alemán Thomas de Kempis (1380-1471), presente en su obra De imitatione Christi 1.19.9, por lo que no puede ser admitida su existencia en un contexto de época romana ». Et pourquoi donc ?

642

Gorrochategui, Dictamen, p. 29.

643

Velázquez, Informe, pp. 37-38.

644

Ciprés et Santos Yanguas, Informe epigráfico-histórico, p. 45.

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En réalité, si on veut faire preuve d’un minimum de sérieux et de rigueur, on ne sait pas avec certitude qui est le véritable auteur de l’Imitation de Jésus-Christ. Le sujet a été très débattu dans les cercles érudits du XIXe siècle et continue encore à faire l’objet de quelques débats. Au XIXe siècle en effet, on débattait déjà avec passion à propos de ce moine, de son véritable nom Thomas Hemerken, né, en 1377 environ, dans le diocèse de Cologne, au bourg de Kempen, d'où il reçut, plus tard, le surnom d'A-Kem pis, par la suite orthographié Kempis. Théophile Huc n’écrivait-il pas : « Ce moine, à peine lettré, qui passa toute sa vie enfermé dans un couvent, partageant les longues heures du jour entre la prière et la transcription des bibles, des missels et des antiphonaires ; ce moine, qui jamais ne vit de près le tumulte des passions humaines, pour qui les murs de son couvent étaient comme les limites du monde ; ce moine n'a pas pu écrire l'Imitation de Jésus-Christ. — Il n'a pas pu écrire l'Eternelle consolation, cet homme qui n'a jamais souffert !... »645. Mais peu nous importe finalement que Kempis ait ou non écrit cette oeuvre ou qu’il y ait eu à l’origine de celle-ci, comme l’ont cru et le croient encore certains savants, un autre auteur, anonyme celui-là, ayant vécu quelques années auparavant. Cela n’a guère d’importance dans le cadre de nos commentaires. Ce qui importe ici est le fait que cet adage latin, à savoir Homo proponit, sed Deus disponit, n’a pu raisonnablement, de l’avis général, sortir de l’imagination de ce moine du XIVe siècle, « naïf religieux » à « la longue et paisible existence » nous dit Théophile Huc, un homme dont la plupart des érudits ayant été amenés à étudier cette question s’accordent, semble-t-il de façon unanime, pour dire qu’il ne fut qu’un rien d’autre qu’un médiocre intellectuel dont l’« abrutissant métier » de « calligraphe copiste » sera l’unique « labeur de sa vie tout entière »646. Ainsi quand bien ce moine, ou quelque autre auteur anonyme ayant vécu à la même l’époque, eût été un intellectuel de tout premier ordre, cela ne changerait pas finalement grand chose au fond de l’affaire nous concernant dans le cas présent, à savoir que cette sentence latine venait assurément de loin, de fort loin même pourrait-on ajouter sans grand risque de se fourvoyer. Pourquoi ? Parce qu’on trouve de semblables adages, de la même veine à n’en pas douter un instant, en latin et en grec ancien ainsi que dans l’Ancien Testament. Par exemple, chez Publilius Syrus647 : Homo semper aliud, fortuna aliud cogitat, « L’Homme envisage toujours une chose, la Fortune une autre » ; également du même auteur : Homo semper in os fert aliud, aliud cogitat, « L’Homme a toujours une chose dans la bouche et une autre dans le cœur » ; voire encore : Vitam regit fortuna, non sapientia, « C’est la Fortune, et non la Sagesse, qui est l’arbitre de la vie », etc648. Plus haut dans le temps, on trouve déjà dans l’Ancien Testament le proverbe suivant : « Le coeur de l'homme médite sa voie, Mais c'est l'Éternel qui dirige ses pas »649. 645

Huc, Th., 1856, « Etudes historiques et critiques sur l'Imitation de Jésus-Christ, considérée dans ses origines, ses textes, son auteur, par G.-Ch.-M. Vert », compte-rendu de l’ouvrage de Vert paru dans la Revue de l'académie de Toulouse et des autres académies de l'Empire [act. Revue de Toulouse et du midi de la France], pp. 531-543, v. p. 535. 646

Huc, Th., op. cit., p. 535.

647

Publilius Syrus, Ier siècle avant Jésus-Christ. Ce poète latin, né en Syrie, est arrivé à Rome comme esclave. Il fut éduqué et affranchi en raison de ses qualités intellectuelles. Il est l’auteur de mimes, genre mineur de la comédie auquel il contribua. La tendance moralisatrice y est si forte que, dès l’Antiquité, ses maximes furent réunies en recueil pour l’usage scolaire. Cet ensemble fut l’objet de multiples remaniements et adjonctions au fil du temps. 648

Egalement une expression équivalente chez Plaute : Sperat quidem animus ; quo eveniat, dis in manu est, « Je l'espère ; mais il en sera ce qu'il plaira aux dieux » (Les Bacchides, act. I, scèn. II, 144). 649

Livre des proverbes. Par la suite, ce proverbe biblique fut adapté par Jérôme dans la Vulgate en Cor hominis disponit viam suam, sed Domini est dirigire gressus eius, « Le cœur de l'homme prépare sa voie ; mais c'est au Seigneur à conduire ses pas » (Vulgate, XVI, 9) ― afin de traduire le Nouveau Testament ainsi que l'Ancien Testament, traduction qu’il entreprit respectivement en 382 et en 385, Jérôme se rendit en Palestine pour 178


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Et en ancien grec650 on trouve chez Homère : ἀλλ᾽ οὐ Ζεὺς ἄνδρεσσι νοήµατα πάντα τελευτᾷ, « Mais Zeus n'accomplit pas toutes les pensées des hommes » (Iliade, XVIII, 328). Et chez Pindare : ...] νῦν δ’ ἔλποµαι µέν, ἐν θεῷ γε µὰν τέλος, « [celles qu'ils cueilleront à l'avenir, je les chanterai aussi] et ce bonheur leur est sans doute réservé, j'en ai l'espérance, quoiqu'il dépende encore de la divinité » (Les Olympiques, XIII, 145). Ce qu’on sait en revanche est que l’expression latine Sic transit gloria mundi, « Ainsi passe la gloire du monde », sentence qu’on serinait au nouveau pape lors des solennités de son couronnement, en lui faisant flamber chaque fois sous le nez un tampon d’étoupe aussitôt éteint, inspira ce même Kempis lors de la rédaction de l’Imitation de Jésus-Christ, I, III, 6 : O quam cito transit gloria mundi, « Ô, combien vite passe la gloire du monde ». En conséquence, comme en s’en doutait au demeurant, Kempis s’inspirait bien de citations déjà existantes. Par ailleurs on sait qu’au cours des premiers siècles les premières communautés chrétiennes de tout l’Empire se sont inspirés et ont puisé, entre autres, dans la culture classique651, en la réinterprétant à leur façon, et c’est là à n’en pas douter que le fameux adage dont il est question ici trouve son origine et certainement pas dans le texte d’un auteur de la fin du Moyen-Âge qui n’a fait probablement que reprendre une expression existant déjà depuis fort longtemps. Il est vrai que Velázquez se garde bien d’écrire, et encore moins d’affirmer, que l’inscription « veleyense » HOMO PROPOVIT / SIID DIIVS DISPONIT constitue une falsification et que cette expression n’a pu exister au début de notre ère, contrairement à Ciprés et Santos Yanguas qui en prennent le risque ainsi que, dans une moindre mesure, Gorrochategui. 54.3. SI VIS PACIIN PARA INSTITIAM Gorrochategui de poursuivre : « En el mismo sentido, la conocida sentencia Si vis pacem, para iustitiam (independientemente de los errores cometidos en nuestro óstracon) ha sido empleada en épocas muy modernas »... bien que, est-il aussitôt obligé de reconnaître : « ...aunque tiene reminiscencias antiguas ». Suit un cours d’histoire contemporaine, des plus intéressants à vrai dire, mais dont on ne perçoit pas toutefois le véritable rapport avec le sujet nous concernant ici : « En su literalidad se encuentra en la fachada del Tribunal Internacional de Justicia de la Haya (creado después de la II Guerra Mundial), que remite a la sentencia creada por los fundadores de la Organización Internacional del Trabajo (OIT) con sede en Ginebra tras las I Guerra Mundial, la cual está inscrita en los fundamentos del edificio : Si vis pacem, cole iustitiam ». Il ajoute : « Ambas son variaciones modernas de la conocida sentencia latina : si vis pacem, para bellum ». Cette « sentencia » est cependant, reconnaît-il : « [es] el remedo de una frase originaria documentada en la obra Epitoma rei militaris, escrita por Flavio Vegecio : Igitur qui desiderat pacem praeparet bellum (3. prol. 8), que se data a finales del siglo IV (con seguridad entre el 383 y el 450 d. C ; cf. M.D. Reeve, Oxford 2004) ».

consulter les docteurs de la Loi juive, spécialistes du texte hébreu car il désirait retrouver la veritas hebraica par-delà l'héritage grec. Il lui faudra plus de quinze ans pour mener à bien son son œuvre, qu’il achèvera en 405. 650

Arthaber, A., 1981, Dizionario comparato di proverbi e modi proverbiali : italiani, latini, francesi, spagnoli, tedeschi, inglesi e greci antichi, éd. Hoepli Editore, p. 204.

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Mohrmann, Ch., 1952, « L’étude de la latinité chrétienne : état de la question, méthodes, résultats », in Latin Vulgaire, Latin des Chrétiens : rapport au Premier Congrès de la Fédération Internationale des Associations d’Etudes Classiques, Conférence à l’Institut de Linguistique de Paris, Ed. Klincksieck, Paris, pp. 17-35, v. p. 22 et 29 ; également p. 33 en ce qui concerne les IVe et Ve siècles. Du même auteur : Etudes sur le latin des chrétiens, I-V, Rome, 1958-77.

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Est-ce là pour autant une preuve que l’inscription « veleyense » si vis pacem, para iustitiam résulte obligatoirement d’une falsification ? A en croire la « conclusion-affirmation » globale et catégorique de Gorrochategui, il semblerait qu’il le croit sérieusement : « Las tres sentencias son, por tanto, absolutamente reveladoras de que nos hallamos ante una impostura moderna ». Mais comme cet auteur croit nombre de choses qui par la suite s’avèrent être en grande partie... inexactes, voire parfois totalement fausses, il nous semble donc préférable de faire preuve de la prudence la plus extrême et de conclure qu’on n’en sait rien. Lorsque Gorrochategui reconnaît que cette sentence « tiene reminiscencias antiguas » et ajoute aussitôt qu’il s’agit du « remedo de una frase originaria documentada en la obra Epitoma rei militaris, escrita por Flavio Vegecio : Igitur qui desiderat pacem praeparet bellum (3. prol. 8), que se data a finales del siglo IV », il sous-entend clairement, difficile en effet d’être plus clair dans l’insinuation, que l’inscription « veleyense » doit obligatoirement résulter d’une falsification car l’ouvrage de Végèce ne date que de la fin du IVe siècle... donc, laisse-t-il entendre, cette phrase, de même l’idée qu’elle véhicule, cette phrase donc, « documentada en la obra Epitoma rei militaris » et « escrita por Flavio Vegecio », ne pouvait pas être connue au IIIe siècle... Raisonnement subtil certes, et même d’une subtilité extrême qui confine à la spéciosité, mais curieusement Gorrochategui « oublie », tout comme Velázquez au demeurant, à moins évidemment qu’ils l’ignorent, que l’idée véhiculé par cette phrase « escrita por Flavio Vegecio » à la fin « del siglo IV » existait depuis fort longtemps puisque Cicéron, lequel, comme tout le monde le sait, vivait au Ier siècle avant Jésus-Christ, en avait déjà clairement exprimé l’idée lorsqu’il écrivait dans ses célèbres Orationes philippicae : Si pace frui volumus, bellum gereudum est. Si bellum omittimus, pace nunquam fruemur, « Si donc nous voulons avoir la paix, faisons la guerre ; si nous renonçons à la guerre, nous n'aurons jamais la paix »652. Et il est probable que Cicéron avait lui même puisé son inspiration chez Epaminondas653 en se servant pour cela de l’ouvrage que son ami Cornelius Nepos654 avait consacré à cet auteur grec. Cornelius Nepos rapporte en effet dans son ouvrage sur Epaminondas les répliques piquantes que celui-ci adresse à son détracteur, un certain Ménéclide, son adversaire dans l'administration de la République : Huic ille : “Fallis, inquit, verbo civis tuos, quod hos a bello avocas : otii enim nomine servitutem concilias. Nam paritur pax bello. Itaque qui ea diutina volunt frui, bello exercitati esse debent”655. 652

Cicéron, Orationes philippicae in Marcum Antonium, VII, 6, 19.

Epaminondas, gr. Έπαµεινώνδας / Epameinốndas, homme d'État et général né vers 418 avant Jésus-Christ, mort en 362. 653

654

Ami de Cicéron ayant écrit sur plusieurs auteurs grecs dont Epaminondas.

655

Cornélius Nepos, Epaminondas, V, 4. On trouve par ailleurs un passage chez Polybe, Histoire Générale, IV, 31, qui éclaire également le propros de Cornélius : « Les Messéniens, pour qui la guerre avait éclaté, répondirent aux ambassadeurs, que la ville de Phigalée, qui dépendait des Étoliens, inquiétant leurs frontières, ils ne prendraient pas les armes avant que cette ville fût détachée de la ligue étolienne ; cette résolution leur fut arrachée par les éphores Énis et Nicippas, et par quelques autres oligarques, aussi étrangers en cette circonstance à la raison qu'à l'honneur. Je l'avoue, je regarde la guerre comme chose redoutable, mais non pas à ce point qu'il faille consentir à tout pour l'écarter ; et pourquoi donc faire sonner si haut ces mots d'égalité, de liberté, d'indépendance, s'il n'est rien qu'on doive mettre au-dessus de la paix ? Nous ne louons ni les Thébains de leur conduite en présence des Perses, alors que, par une lâche crainte, ils quittèrent la cause périlleuse des Grecs, et embrassèrent celle des Mèdes ; ni Pindare d'avoir flatté en eux cet amour de la paix par ces vers : “Que le citoyen qui veut faire couler à la république des jours purs et tranquilles, recherche la brillante lumière du repos”. Oui, sur le moment, Pindare parut avoir exprimé une utile maxime ; mais bientôt on reconnut qu'elle était aussi fatale que honteuse. La paix, quand elle se concilie avec la justice et l'honneur, est le plus beau, le plus précieux des trésors ; lorsqu'on l'achète par une lâcheté ou par une honteuse servitude, elle est infâme et funeste ».

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Soit en français: « En détournant vos concitoyens de la guerre — lui dit Epaminondas —, vous les trompez par l'abus des termes. Sous le nom de repos, vous ne leur donnez que la servitude. La paix naît de la guerre : qui veut jouir longtemps de l'une doit se préparer à l'autre ». Thucydide, à la même époque, dit de même : « Décidez-vous pour la guerre, sans vous laissez intimider par les périls immédiats et avec le souci d’assurer, au prix de ce risque, une paix cette fois durable. La paix sort affermie de la guerre, tandis que l’on s’expose bien davantage en refusant se sacrifier sa tranquilité et de prendre les armes »656. Au voit à travers ces quelques exemples que tout cela vient de loin, très loin. Et le lecteur, fût-il le simple curieux de passage, de s’interroger alors : Gorrochategui n’aurait-il pas tendance à simplifier quelque peu les faits ? Mais c’est indiscutablement les dires de Velázquez qui sont dans le cas présent les plus intéressants, et de loin. Elle commence par signaler des faits graphiques d’une grande importance comme nous le verrons plus loin (elle rapporte en effet la véritable graphie de l’inscription, ce que ne fait pas Gorrochategui) : « Otras sentencias parten también de épocas cronológicas posteriores. Así la inscripción de la pieza 12394, donde se lee SI VIS PACIIN PARA INSTITIAM, con E de dos barras y una -N final ilógica (la N de institiam podría ser considerada como un mero errror gráfico del autor), corresponde lógicamente a la frase “si uis pacem para iustitiam” ». Nous y reviendrons. Elle poursuit, dans les pas de Gorrochategui : « Dicha frase se considera un desarrollo de la famosa si uis pacem para bellum, cuyo origen suele hacerse derivar de una expresión de Vegecio en el De epitoma rei militaris : Igitur qui desiderai pacem, praeparet bellum, escrito hacia el 390 d. C. y que sólo con posterioridad se convertirá en la máxima famosa citada de si uis pacem para bellum »657. Puis elle ajoute un fait fort intéressant à propos de cette sentence si uis pacem para iustitiam, un fait que Gorrochategui curieusement ne mentionne pas : « (...) de hecho se suele asociar a la idea de “justicia distributiva”, que será analizada siglos más tarde por el filósofo Kant, quien, en efecto, utiliza dicha máxima de si uis pacem, para iustitiam ». Madame Velázquez rappelle donc qu’à l’époque de Kant, c’est-à-dire au XVIIIe siècle, cette maxime exisait déjà. Elle n’a donc pas été créée pour le « Tribunal Internacional de Justicia de la Haya (creado después de la II Guerra Mundial) » comme le laisse pourtant entendre Gorrochategui et en en conséquence elle ne renvoie pas non plus simplement, comme l’écrit d’autre part ce même Gorrochategui, « a la sentencia creada por los fundadores de la Organización Internacional del Trabajo (OIT) con sede en Ginebra tras las I Guerra Mundial, la cual está inscrita en los fundamentos del edificio : Si vis pacem, cole iustitiam ». Encore une conclusion hâtive de Gorrochategui ? Revenons au sujet. La question dès lors est : cette fameuse sentence, Kant l’a-t-il inventée ou bien l’a-t-il reprise ? Or en régle générale l’expérience nous montre que les auteurs, fussent-ils de tout premier ordre et s’appelassent-ils Kant, n’inventent pas de telles formules, a fortiori lorsqu’il s’agit de sentences (on serait même tenté de dire : « Ça ne s’invente pas ! »). Ils se contentent de reprendre ce qui existe déjà, bref l’existant, quitte à le modifier un peu — à l’instar de Végèce qui avait dû, à n’en pas douter, s’inpirer de Cicéron qui s’était lui-même inspiré... de son ami Cornélius Nepos, lequel probablement avait à son tour repris l’idée à... Epaminondas qui lui-même la tenait peut-être... de Thucydide qui vécut quelques décennies avant lui. Revenons à Kant. 656

Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, I, 124.

657

Velázquez, Informe, pp. 36-37.

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Mais où et à qui celui-ci a-t-il bien pu emprunter cet adage ? Nous n’en savons rien658. A la rigueur, des plus extrêmes cependant, il pourrait être rétorqué que l’hypothèse la « économique », sinon la plus « simple » (la plus simpliste ?), n’en resterait pas moins celle d’une falsification. Il existe cependant un point de phonétique, des plus pointus au demeurant, qui ne manquera pas d’étonner le spécialiste, un point en effet qui ne plaide guère en faveur d’une falsification : il s’agit de la terminaison -n apparaissant dans le mot PACIIN, soit pacen, en lieu et place d’une terminaison -m qui aurait été celle d’une forme plus régulière en latin classique pacem et que Velázquez qualifie curieusement de « -N final ilógica ». Pourtant une simple consultation d’un ouvrage de tout premier ordre que Velázquez ne cite pas dans sa bibliographie, ce qui pourra surprendre, même le simple curieux, celui de Carnoy sur le latin d’Espagne, où l’auteur indique clairement qu’on « rencontre assez souvent dans les inscriptions populaires n pour m finale »659. Madame Velázquez ignore-t-elle (ou feint-elle d’ignorer ?) ce phénomène caractéristique du latin vulgaire ? Ce phénomène n’étant connu que d’une poignée de spécialistes internationaux de haut niveaux660 — et la meilleure preuve qu’il s’agit là d’un fait peu connu en dehors de quelques cercles extrêmement spécialisés dans le latin vulgaire est que dans le cas présent même un auteur tel que Madame Velázquez semble l’ignorer… 661 — la question est par conséquent : Comment dans ces conditions de présumés falsificateurs ont-ils pu avoir accès à un tel niveaux de connaissance que même des auteurs tels que Gorrochategui et Velázquez ne semblent pas (feignent de ne pas ?) maîtriser ? La question, légitime, est posée. La suite mérite également quelques commentaires. Gorrochategui, à propos de l’adage Amicus certus in re incerta cernitur, « C’est dans le malheur qu’on reconnaît ses amis » : « En cambio las otras cuatro sentencias remontan a fuentes literarias anteriores al s. III d.C. En concreto la sentencia Amicus certus in re incerta cernitur procede de Cicerón, Laelius de amicitia, 17, 64, que lo trasmite como original del viejo Ennio ». La suite est franchement insolite : « La cuestión pertinente en nuestro óstracon es que la forma verbal presenta la grafía cernitur, con posterior intento de corrección (quizá CIInrlTVR). Il ajoute en effet : 658

Ce qui en revanche semble probable pour la communauté savante est le fait suivant : la citation latine Nil novi sub sole, « Rien de nouveau sous le soleil » (Ecclésiaste, I, 10, probablement du IIIe siècle avant Jésus-Christ) serait tirée d’une parole de Salomon (Xe siècle avant Jésus-Christ) : Nihil sub sole novum, Jerphagnon, Citations latines, p. 46. Bref, beaucoup d’expressions qui nous sont familières remontent la plupart du temps très haut dans le temps. 659

Carnoy, A., 1906, Le latin d'Espagne d'après les inscriptions, p. 200 et suiv. ; en ce qui concerne ce -n pour -m finale, on pourra également consulter l’enquête approfondie sur l’m finale de Diehl, E., 1899, De M finali epigraphica, Jahrb. F. class. Philol. p. p. A. Fleckeisen, Suppl. 25, 1, Leipzig.

660

A propos de n final en latin vulgaire, citons, outre Carnoy et Diehl, Sommer, F., 1914, Handbuch der lateinischen Laut- und Formenlehre, 2e et 3e éd., Heidelberg, p. 302 ; Stolz-Leumann, Fr., 1928, Lateinische Laut- und Formenlehre, in fünfter Auflage völlig neu bearbeitet von Manu Leumann, München, p. 175 et Meyer-Lübke, W., 1890-1902, Grammatik der romanischen Sprachen, I-IV, Leipzig, vol. I, § 403, g.

661

Il est probable que Madame Velázquez feint de l’ignorer car au moment d’aborder la forme anthroponymique Miriam, elle écrit, p. 32 : « Además de ello, MIRIAN, por MIRIAM, como se ha indicado, resulta extraño, cuando la tradición latina es el nombre de Maria » (en ce qui concerne la forme Miriam, cf. supra, § 22.1) Et elle ajoute : « Además de ello, es bastante anómala la presencia de final -N por -M, sobre todo en nombres propios », tout en reconnaissant pourtant « que en algún caso puede verse en textos muy vulgares », quoique, selon elle, « pero más tardíamente », ce qui est inexact.

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« Este error no puede ser entendido sino como una mala lectura de la fuente por parte del escribiente ». Puis de façon totalement inespérée et faisant preuve preuve d’une audace qui ne peut laisser qu’admiratif, il affirme sans le début d’une preuve : « [E]sa fuente solo puede haber sido una fuente impresa moderna, en la que la secuencia rn se haya leído mal como m »... Après quoi, il poursuit de façon plus ou moins énigmatique : « Pero hay que hacer constar que el texto ocupa una de las dos caras del hueso, siendo la opuesta ocupada por la divisa jesuita ». Puis : « El óstracon 12396 recoge el conocido dicho virgiliano Omnia vincit amor (Bucólicas 10, 69), aunque con una grafía incomprensible (ounmia), que quizá también pueda explicarse como lectura incorrecta de letras minúsculas -mn- ». Nous avons déjà vu (cf. supra, § 21) qu’il s’agit d’une graphie grécisante relativement courante au début de notre ère, phénomène bien connu des spécialistes du latin vulgaire et que Gorrochategui semble ignorer. Il poursuit : « Los nos. 12384 y 12386, con grafías diferentes en lo que afecta a la S medial, recogen uno de los versículos del Salmo 42 : Abyssus abyssum invocai in voce cataractarum tuarum ; omnes gurgites tui et fluctus tui super me transierunt, mientras que el n° 12431b se refiere a una de las bienaventuranzas (Beati pauperes spiritu,..., en la versión de Mat. 5, 3), aunque presenta grafías totalmente inexplicables ». Quant à Madame Velázquez, elle se contente également de nous faire part d’opinions toutes personnelles, souvent des affirmations, opinions personnelles tout à fait respectables au demeurant, mais qui ne constituent pourtant que cela : de simples opinions personnelles ne prouvant rien. « Se han esgrafiado algunas frases bíblicas que bien podrían haber aparecido en inscripciones del s. III ». Pourtant, elle ajoute aussitôt : « si no fuera porque representan un estadio avanzado de penetración del cristianismo en esta zona, que resulta indemostrable, incluso incoherente »... Mais comment Madame Velázquez sait-elle qu’« un estadio avanzado de penetración del cristianismo en esta zona » est « indemostrable, incluso incoherente » ? Quels sont en effet les éléments lui permettant d’affirmer cela ? Nous n’en saurons rien. Les dires de cet auteur sont d’autant plus incompréhensibles qu’on sait en effet qu’en 254 Saragosse avait déjà, selon saint Cyprien, évêque de Carthage, son évêque et que c’est un fait connu que dès le IIIe siècle il existe dans la cité de Calahorra une communauté chrétienne662. Il est acquis qu’au IVe siècle le christianisme avait envahi toute la Péninsule, même plusieurs régions éloignées, et à l’accès relativement difficile, du Nord, comme la Galice et les Asturies. Au concile d’Elvire, en Espagne, vers 306, il est fait mention de l’évêque de León. Et en 343, au cours d’un concile célébré dans l’actuelle Bulgarie, il est mention de plusieurs évêques espagnols dont celui d’Astorga663. Et on sait également, toujours d’après un document attribué à saint Cyprien, cité auparavant, qu’un siècle avant ces événements, à savoir en 257-258, durant la persécution menée par Dèce, les évêques d’Astorga et de León durent, semble-t-il, s’apostasier664.

662

Orella Unzué, J. L., 1997, Los vascos de ayer, Txalaparta, Tafalla, p. 262.

663

Mandi, J. D., 1759-1798, Sacrorum Conciliorum nova et amplissima collectio, Florence-Valence, T. III,

38. 664

Cyprien, Epist., 67.

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De façon plus générale, on connaît les paroles de l’avocat Tertullien qui en 197 après Jésus-Christ écrivait une apologie en faveur des chrétiens : « Nous ne sommes [les chrétiens] que d’hier, et déjà nous avons rempli la terre et et tout ce qui est à vous : les villes, les îles, les places, les bourgades, l’armée, l’administration, le forum ; nous ne vous avons laissé que les temples. Nous pouvons dénombrer vos armées, les chrétiens d’une seule province sont plus... Nous aurions pu vous combattre, même sans armes, sans révolte, simplement en nous séparant de vous. Car étant si nombreux, si nous avions rompu avec vous pour aller nous établir dans quelque coin retiré de la terre, la perte de tant de citoyens aurait couvert de honte les dominateurs du monde : bien plus, cet abandon eût suffi à lui seul à les punir »665. Il est en effet certain pour la communauté savante, signale Annie Jaubert, qu’« au début du troisième siècle, l’expansion géographique du christianisme est déjà spectaculaire. Des églises fleurissent en Mésopotamie et jusqu’aux frontières de l’Arménie. L’Asie Mineure, la Grèce, la Thrace, la Dalmatie, l’Italie péninsulaire et même septentrionale ont reçu le message du Christ. En Gaule, les grands centres sont Lyon et Vienne, mais saint Irénée mentionne les églises des Germanies. L’Espagne est touchée. En Afrique, dans la Tunisie actuelle, le christianisme est solidement implanté. Le grand centre chrétien d’Alexandrie rayonne sur l’Egypte et la Cyrénaïque. La région côtière de Palestine est couverte de communauté chrétiennes »666. En effet, fait-elle remarquer : « (...) bien d’autres attestations confirment l’étonnante extension du christianisme à la fin du second siècle »667. Et d’ajouter : « Un fait en dira long sur cette silencieuse infiltration. Au temps de l’empereur Commode, vers 190, les chrétiens n’étaient plus des exceptions à la cour impériale. Certains y occupaient des postes importants et il eût fallu beaucoup de bonne volonté pour l’ignorer (...) il est vrai aussi que l’une des favorites de Commode, Marcia, qui finalement devint sa femme, était certainement chrétienne par la foi ; elle obtint la grâce des chrétiens condamnés dans les mines de Sardaigne (...) les sympathies qui commençaient de naître dans les classes dirigeantes ne doivent pas faire oublier que la propagation du christianisme au second siècle avait été surtout le fait des classes modestes et pauvres ». Et Madame Velázquez de prétendre sérieusement que cette vague de christianisation, qui touche, rapidement, avec une rapidité surpenante précisent même la grande majorité des spécialistes en la matière668, toutes les régions de l’Empire, fussent-elles les plus reculées, et toutes les classes de la société, même les plus élevées669, n’aurait pu en aucun cas (« indemostrable, incluso incoherente ») atteindre la localité de Veleia... Et l’auteur de poursuivre : « (...) y, sobre todo, porque la paleografía de la escritura refleja modernidad e incongruencias en cada grafito »... Et d’affirmer : « (...) que anulan la posibilidad de autenticidad »... Puis : 665

Tertullien, Apologétique, 37, 4-6.

666

Jaubert, A., 1967, Les premiers chrétiens, Editions du Seuil, Paris, p. 181.

667

Jaubert, op. cit., p. 152.

668

Dupont, J. ; Trocmé, E. ; Simon, M. ; Refoulé, F. ; Jaubert, A. ; Schmidt, F. ; Cirillo, L. ; Grelot, P. ; Beauchamp, P. ; Guillet, J. ; Ligier, L. ; Chevallier, M.-A. ; Soeur Jeanne d’Arc ; Lemaire, A. ; Von Allmen, J.-J. ; Quéré, F. ; Pelland, G. ; Poirier, P.-H. ; Petit, P. ; Pépin, J. ; Grimal, P. ; Tardieu, M. ; Benoît, A. ; Minnerath, R. ; Prigent, P. ; Mandouze, A., 1983, Les premiers chrétiens : historiens et exégètes à Radio-Canada, Interviews révisées par les auteurs et présentées par Gilles Langevin ; 1. Les rapports du christianisme naissant avec le judaïsme ; 2. La foi, le culte et la communauté ; 3. La rencontre avec la civilisation gréco-romaine, Editions Bellarmin, Montréal - Editions su Cerf, Paris. 669

Meslin, M. et Palanque, J.-R., 1967, Le christianisme antique, Editions Armand Colin, Paris : « Le christianisme à la Cour impériale » ; « Le christianisme et l’aristocratie », p. 257.

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« Así hay que citar la frase Abissus abissum inuocat, del Salmo 41.8. Puede leerse en el grafito 12386, en la primera cara ABISSVS / ABISSVM, y en la segunda INVOCAT. Curiosamente con la S angulosa arcaica, cuya anómala presencia ya se comentó. Además de que la grafía es moderna. Ahora con una sola S, pero también angulosa, y debida probablemente a la misma mano que la anterior, se presenta en la pieza n° 12384 : ABISVS ABISVM / INVOCAT ». Elle conclut en affirmant, catégorique : « No resulta tampoco gramaticalmente aceptable, ni como error vulgarizante, la expresión BIIATI PAVPIIRV / SPIRITV (beati pauperu spiritu) en el grafito 12431, en su fragmento A14, por beati pauperes spiritus [sic]670, frase bíblica, de Mateo 5.3, de las famosas bienaventuranzas. Aunque bien podría haberse encontrado esta frase ― famosa en la tradición escolar cristiana ― en un texto cristiano de los siglos IV o V (incluso en ciertas zonas algo antes), la forma de ejecución y los errores anulan la posibilidad de su autenticidad por las diversas razones que se han ido exponiendo a lo largo del informe »671. Madame Velázquez en est-elle certaine ? Dans l’inscription BIIATI PAVPIIRV / SPIRITV (beati pauperu spiritu) la forme pauperu (à savoir ici manifestement, selon toute apparence, le nominatif singulier pauperus de pauperus, -a, -um672 en lieu et place d’une forme classique pauperes, « pauvres, misérables », nominatif pluriel de pauper, -eris) doit assurément constituer une formation vulgaire car, comme le rappelle Väänänen, « le latin vulgaire avait tendance à ramener les adjectifs en -r de la 3e déclinaison673 au type plus commun et plus régulier en -ro- de la 2e déclinaison ; cf. “acre non acrum” App. Pr. 41 et acer, -ra, -rum chez les auteurs de la basse époque »674, la forme correcte, du point de vue théorique, ayant dû être en effet en latin classique « pauper mulier non paupera mulier »675. Par conséquent à Veleia beati pauperu(s) spiritu devait, semble-t-il, signifier « bienheureux le pauvre (et non “les pauvres”) en esprit », à moins qu’il faille voir dans cette phrase une autre confusion, également attestée en latin vulgaire, celle du singulier pour le pluriel (le singulier pauperu étant alors amené par la forme à l’ablatif singulier spiritu ?)676. Quoi qu’il en soit, il s’agit dans tous les cas, on l’aura constaté, de faits d’une grande complexité du point de vue théorique. Pourquoi le(s) présumé(s) falsificateur(s) se serai(en)t-il(s) empêtré(s) dans de telles complications, par ailleurs, on l’a dit, d’une grande complexité théorique, propres au latin vulgaire, des phénomènes linguistiques inconnus en effet en dehors de quelques cercles spécialisés677, alors qu’il lui / leur suffisait de reproduire la forme pauperes ?

670

Velázquez, Informe, pp. 36-37.

671

Madame Velázquez commet manifestement une erreur d’inattention, erreur que ne commet pas cependant Gorrochategui, puisque la forme spiritu (et non spiritus avec -s) est tout à fait correcte en latin étant donné que c’est bien de la phrase latine suivante qu’il s’agit : Beati pauperes spiritu, « Bienheureux ceux qui en esprit sont pauvres ! » ― c’est ainsi que Jésus vantait ceux qui ont l’esprit de pauvreté. En effet dans l’évangile selon Matthieu le mot spiritu y est décliné à l’ablatif (litt. « pauvres en esprit, dans l’esprit »). Pourquoi le décliner par conséquent au génitif singulier spiritus comme le fait pourtant Velázquez ? 672

L’adjectif pauperus, a, um appartient à la catégorie des adjectifs relevant de la première classe se déclinant selon la deuxième déclinaison. 673

L'adjectif et nom pauper appartient en revanche à la catégorie rare des adjectifs de la deuxième classe imparisyllabiques se déclinant selon la troisième déclinaison. 674

Väänänen, 1966, op. cit., p. 85.

675

Appendix Probi, 1893, éd. W. Foerster, Vienne.

676

Väänänen, 1966, op. cit., pp. 114-115.

677

En effet quel aurait pu véritablement être l’intérêt pour ces présumés falsificateurs de mettre en avant de telles connaissances dont seuls quelques rares spécialistes sur terre, dont manifestement les auteurs des rapports mentionnés ici ne font pas partie... , auraient été en mesure de saisir toute la profondeur ?

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Et surtout comment a-t-il / ont-ils pu avoir accès et assimiler aussi talentueusement un tel niveau de connaissance de ce même latin vulgaire ? La forme pauperu678 ne constituerait-elle pas ici finalement la meilleure preuve qu’il ne peut en aucun cas s’agir d’une falsification ? 55. La forme CUORE Une inscription de Veleia fait apparaître le mot CVORE, soit cuore. Gorrochategui nous dit que la « forma (n° 11019 [i.e. CUORE]) es aparentemente italiana »679. Mais aussitôt, il reconnaît pourtant qu’une forme cuore est... admissible en latin vulgaire. Il cite à l’appuie de cette possibilité le « texto de Donato y fechado en el s. V d. C, en el que denuncia la inobservancia generalizada de la diferencia de cantidad en las vocales : así para denunciar a los que pronuncian Roma con ŏ breve (en vez de la correcta Rōma), dice : “como si dijeran Ruoma” (cf. Renzi ; Lloyd, 216) ». Cela corrobore donc les dires de Zink et de De La Chaussée (cf. supra, § 10) selon lesquels aux e III et IVe siècles le latin nóvum est devenu nuovu (cf. supra, § 10 où Zink signale que « lat. nóvum > nuovu »). Où est le problème alors ? Bref, en quoi par conséquent cette inscription « veleyense » CVORE est-elle inattendue ? Gorrochategui se refuse pourtant et fort curieusement d’en admettre la véracité car, écrit-il : « (...) el problema es que, en el caso que nos ocupa (inv. 11019 : virgine meo cuore), cuore no podría ser sino forma de nom.-acus. (que tendría a su lado otras formas casuales como cordis, corde), con lo que tendríamos que entender meo por meum, y virgine como acus. sing, en vez de un nominativo virgo) »680...

678

Le seul cas connu de ce changement dans le latin d’Espagne, jusqu’à la découverte des inscriptions de Veleia, était, semble-t-il, celui de pauperum dans Orat. visig. 1193, pauperum, accusatif masculin singulier, en lieu et place manifestement d’un accusatif masculin singulier pauperem. En ce qui concerne ce sujet, le lecteur pourra également, s’il le désire, prendre connaissance de l’opinion de Díaz y Díaz, op. cit., p. 174, § 42, n. 64. 679

Gorrochategui, Dictamen, p. 24.

680

Gorrochategui avance également un autre argument, quoique dans le cas présent de manière implicite, bref sans jamais le dire clairement puisqu’il s’agit en réalité plus d’une suggestion que d’une opinion clairement affirmée et démontrée, d’où le côté subtil, voire spécieux de sa démonstration : « Ahora bien, se admite normalmente la existencia de una forma en latín vulgar *core [laquelle rapidement aboutit, toujours en latin vulgaire, à cuore comme le reconnaît également par la suite, comme cela a déjà été vu plus haut, le propre Gorrochategui] con -e paragógica a los efectos de homogeneizar las sílabas del paradigma (de imparisílabo a parisílabo) y con paralelos en casos como sal > sale, mei > mele. La o breve en sílaba abierta acentuada se diptonga no solo en español, sino también en francés e italiano: esp. ant. cuer, fr. ant. cuer, it. cuore ». Et d’ajouter aussitôt, subtilement : « Sin embargo, en atención al testimonio sardo (k ro) [sic, prob. pour koro], se piensa que la vocal paragógica sería originariamente una -o ». Le sous-entendu de Gorrochategui est d’une clarté inégalable : la falsification ne peut faire, insinue-t-il, aucun doute car sinon on aurait eu, à la rigueur, une forme telle que *coro ou cuoro, ce qui n’est pas le cas... Donc, sous-entend-il, il ne peut s’agir que d’une falsification... Sous-entendu on ne peut plus subtil certes, on ne peut plus spécieux même. Cela étant, seuls en vérité quelques lecteurs peu au fait de toutes ces subtilités « linguistico-phonétiques » pourront se laisser impressionner par ce type raisonnement. Gorrochategui présente en effet une simple hypothèse de travail, émise par un ou quelques auteurs dont il ne cite pas cependant le nom (hypothèse selon laquelle à en croire le « testimonio sardo (k[o]ro), se piensa que la vocal paragógica sería originariamente una -o »), comme étant une certitude... , alors qu’il ne s’agit que d’une opinion toute personnelle de cet auteur. Allières, op. cit., p. 16, n. 3, confirme d’ailleurs que c’est bien un -e paragogique, et non un -o, que postulent pour le latin cor la plupart des auteurs versés dans ces questions (il écrit : « De même *CORE (COR) »). Par ailleurs, Lausberg, op. cit., p. 440, § 561, écrit : « La -r latina toma en sardo una vocal paragógica potestativa : COR ko¤r(o), SEMPER sémper(e), QUATTOR báttor(o) » (mais l’exemple SEMPER sémper(e), que cite ici Lausberg, montre clairement qu’en sarde la voyelle n’est pas toujours un -o et donc contredit donc l’opinion de Gorrochategui selon laquelle « se piensa que la vocal paragógica sería originariamente una -o »). Enfin, l’inscription de Veleia CVORE (= cuore) apporte une éclatante confirmation aux auteurs ayant posé l’existence de ce -e paragogique en latin vulgaire ! Dès lors l’hypothèse de la falsification s’éloigne encore et toujours un peu plus. Comment croire en 186


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Gorrochategui est-il absolument certain de ce qu’il avance ? Il semblerait en effet qu’il applique, encore une fois, à du latin vulgaire des schémas théoriques propres au latin classique ou peut-être quelque autre raisonnement analogue dont il semble ici aussi véritablement difficile de saisir l’esprit. Par exemple, on sait que l’italien vergine, « vierge » est issu de l’ablatif virgine et non pas du nominatif virgo, ce qui laisse supposer qu’en latin tardif l’ablatif singulier virgine (troisième déclinaison des noms imparasyllabiques) s’est substitué à un moment au nominatif681 comme le signale certains auteurs ― c’est en effet un fait connu que l'ablatif latin serait à l’origine, par exemple, de nombreux mots en italien682. C’est cela qui expliquerait également la présence à Veleia d’une forme Marte propos de laquelle Gorrochategui écrit : « Marte podría ser admitido, como abl. sing. / acus. sing, (frente a Mars como nom. y Martis ― quizá la variante Martes ― como gen.) ; ahora bien en el grafito 12379, Marte se encuentra en una enumeración de tres nombres de divinidad, entre Iupiter y Ceres. Ambas formas son formas correctas latinas de nominativo sing. »683. Donc, ajoute-t-il, en mettant en avant un raisonnement des plus scolaires : « ...esperaríamos por tanto, Mars ; o bien, de haberse producido ya una asombrosamente temprana sustitución del nominativo por el acusativo ( ¡ )684, esperaríamos la serie love, Marte, Cerere ». effet que le ou les prétendus falsificateurs aient pu avoir accès à un tel niveau de connaissance en phonétique historique du latin vulgaire ? 681

En revanche, et à titre d’exemple, ce que l’on croit plus ou moins savoir avec certitude est qu’en latin vulgaire l’accusatif de la troisième déclinaison des noms imparisyllabiques tels que militem et l’ablatif correspondant milite « finirent par coïncider », Herman, op. cit., p. 59, et que le datif (virgini) avait pour concurrent la construction ad + accusatif (ad virgine(m), « à la jeune fille, à la vierge »). Dans le cas présent la difficulté provient essentiellement du fait que les latinistes connaissent encore mal la totalité des structures propres au latin dit tardif, une période relativement obscure, et c’est pourquoi les analyses de Gorrochategui, correctes pour l’époque classique, paraissent souvent discutables en ce qui concerne le latin vulgaire et doivent donc faire l’objet des plus grandes réserves. C’est Joseph Herman, op. cit., p. 65, encore lui, qui apporte peut-être un début de solution à cette difficile question lorsqu’il signale que « vers le milieu du Ier millénaire, la langue parlée ne connaissait plus qu’un seul cas oblique, en gros identique dans sa forme à l’ancien accusatif et représenté dans la graphie par la forme écrite de l’un et l’autre des anciens cas, forme prise presque au hasard dans les textes très vulgaires, choisie plus ou moins en conformité avec les règles classiques chez les auteurs relativement instruits ». Il ajoute : « Lorsqu’au début du VIe siècle (...) nous lisons qui cum rege ancilla mechatus fuerit... (“celui qui aurait eu des rapports sexuels avec une esclave du roi... ”), nous sommes en face d’une forme rege qui pourrait être interprétée, d’un point de vue purement morphologique, comme ablatif ou plutôt comme un accusatif après amuïssement de -m, qui remplit la fonction habituelle d’un génitif possessif ou à la rigueur d’un datif possessif et qui est en réalité le représentant graphique d’un cas régime désormais unique (c’est nous qui soulignons) » — et c’est là exactement la même interprétation que fait Gorrochategui à propos de la forme virgine qu’il prend « logiquement » pour un accusatif ! Mais est-ce vraiment encore un accusatif ? Il s’agit d’une question difficile. 682

Cela ne faisait déjà aucun doute pour la plupart des auteurs du XIXe siècle. C’était, par exemple, le cas de Schlegel, lequel écrivait : « Mais il est incontestable que, dans l'italien, la plupart des mots de la troisième déclinaison au singulier sont formés de l'ablatif latin ; vergine, par exemple, est l'ablatif latin VIRGINE en autant de lettres », cf. Schlegel, A.-G., 1816, Œuvres de M. Auguste-Guillaume de Schlegel : poésies. — essais philosophiques et historiques, etc., Tome premier, oeuvres écrites en français et publiées par Edouard Bocking Leipzig, Librairie de Weidmann, p. 177. 683

Gorrochategui, Dictamen, p. 23.

684

Ici l’étonnement de Gorrochategui, feint ou réel, finit par étonner et doit être de toute façon être fortement nuancé car les inscriptions de Pompéi montrent clairement, comme le note Väänänen, Le latin vulgaire des inscriptions pompéiennes, p. 116, que dans bien des cas « au lieu du nomatif, l’accusatif s’est présenté à l’esprit de celui qui a manié le stylet ou pinceau comme la forme familière de ces mêmes mots » ; le lecteur pourra également consulter à ce sujet, outre les références que donne Väänänen : Gerola, G., 1949, « Aspetti della sintassi del nominativo e dell’accusativo nel tardo latino », Atti dell’Istituto Veneto di scienze, lettere ed arti, 1949-50 CVIII, Classe di Scienze morali e lettere, pp. 207-236. D’autre part, la suite du raisonnement de 187


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Suit la désormais l’inévitable, car désormais habituelle, conclusion de Gorrochategui : « La secuencia que hallamos es correcta solamente desde los parámetros del español moderno ». Cela étant, Gorrochategui est-il absolument certain, ici aussi, de ce qu’il avance en ce qui concerne la forme « veleyense » Marte ? Comment sait-il en effet, bref quel est ou sont les éléments lui permettant de croire qu’en latin vulgaire un ablatif, voire, comme il reconnaît lui-même au demeurant, un accusatif, Marte ne s’était pas substitué au nominatif dans la langue quotidienne ? La question est posée. Revenons à la forme virgine. S’il ne s’agit pas d’une forme caractéristique en latin vulgaire du mot signifiant « vierge » (d’où par ailleurs est issu, on l’a dit, l’italien vergine), il se peut également qu’il s’agisse d’une forme anthroponymique latine, à savoir du nom de femme Virginia, var. Verginia que cite Tite-Live. Une phrase telle que virgine meo cuore aurait peut-être pu signifier en latin vulgaire « Virginie (“tu es” ou “est”) mon coeur » 685, mais cela est cependant, nous semble-t-il, peu probable. En réalité, cette phrase virgine meo cuore686, assurément rédigée, à n’en pas douter un instant, en latin vulgaire, doit plutôt signifier « Vierge (“tu es” ou “est”) mon coeur ». Après avoir consulté les meilleurs, les plus respectables et les plus autorisés des auteurs versés dans l’étude du latin vulgaire (dont la plupart ne sont curieusement jamais cités par Gorrochategui ni par Velázquez... comme on a pu le constater à plusieurs reprises, sinon à l’envi, au cours des présents commentaires), nous ne parvenons toujours pas à saisir quelle pourrait être, si tant est qu’elle existe véritablement, ce dont on peut sérieusement douter désormais, la nature profonde et exacte de cette prétendue « impossibilité » théorique. La seule certitude est que dans le cas nous avons affaire à du latin vulgaire et non pas à du latin classique et qu’une forme cuore est tout à fait possible dans ce type de latin. C’est pourquoi les affirmations de deux autres auteurs, celles de Santos Yanguas et de Ciprés pourront également surprendre : « De todas las anomalías detectadas el ejemplo más evidente lo hallamos en la UE 51. 144, donde en el grafito n° 11. 019, realizado sobre cerámica común, con la leyenda VIRGVNII687 MIIO Gorrochategui est également quelque peu spécieux (involontairement spécieux ?) lorsque celui-ci, après avoir noter, on l’a vu, que « de haberse producido ya una asombrosamente temprana sustitución del nominativo por el acusativo », il ajoute : « esperaríamos la serie love, Marte, Cerere »... Ici le raisonnement de Gorrochategui est soit d’une subtilité extrême, soit absolument spécieux, soit les deux... car on sait que dans la langue vulgaire l’accusatif ne s’est pas toujours substitué de manière mécanique et régulière, comme le sous-entend pourtant ici clairement Gorrochategui, au nominatif. Il y a eu substitution uniquement dans certains cas, c’et-à-dire lorsque, au risque de répéter les dires de Väänänen, « au lieu du nomatif, l’accusatif s’est présenté à l’esprit de celui qui a manié le stylet ou pinceau comme la forme familière de ces mêmes mots ». En conséquence, une série Iupiter Marte Ceres, comme celle apparaissant dans les inscriptions « veleyenses », est parfaitement envisageable en latin vulgaire. 685

Mais comment expliquer alors à Veleia une forme Virgine ? Emile Roy note l’existence une forme « Vergine (prob. pour Verginie) » dans un manuscrit médiéval, probablement du XIVe siècle, mais cela ne peut concerner, semble-t-il, le début de notre ère ; cf. Roy, É., 1901, Études sur le théâtre français du XIVe et du XVe siècle : la Comédie sans titre, publiée pour la première fois d'après le manuscrit latin 8163 de la Bibliothèque nationale, et les Miracles de Notre-Dame par personnages, Ed. B. Franklin, rééd. 1971, p. 308. 686

En latin classique on disait meum cor, « mon coeur » (par exemple chez Lucrèce, De Natura rerum, I, 921-950 : sed magna spes laudis percussit, « mais un grand espoir de gloire a frappé »… meum cor acri thyrso, « mon coeur de son thyrse aigu »), ce qu’en latin vulgaire on disait meo cuore et le fait que cette forme latine vulgaire soit identique à la forme qui est actuellement celle de ce mot en italien ne change rien à l’affaire. 687

Velázquez et Gorrochategui proposent, sauf erreur, une leçon VIRGINII et non VIRGVNII. En ce qui concerne cuore, Velázquez donne une leçon CVORII et Santos et Ciprés une leçon CVORE. D’après la photographie de bonne qualité que nous consultée, nous lisons, à l’instar de Velázquez CVORII. En ce qui concerne la première partie, il semblerait que les deux leçons VIRGINII MIIO ou VIRGVNII MIIO soient également possibles.

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CVORE, encontramos la voz italiana “cuore” para designar el corazón, en lugar del correspondiente caso del término latino cor /-dis »688. Ils ajoutent, de façon encore plus surprenante car manifestement en contradiction, on l’a vu auparavant, avec ce que disent la plupart des spécialistes, parmi les plus autorisés, du latin vulgaire : « (...) un uso [d’une forme cuore] totalmente inadmísible para la cronología establecida en este conjunto (segunda mitad de s. III d. C) y que, sobre todo, pone en duda el carácter cerrado que los excavadores han dado a esta unidad estratigráfica ». Les propos que tient Isabel Velázquez dans son rapport concernant cette inscription devront également, semble-t-il, être fortement nuancées, sinon jugés irrecevables : « O la [phrase] “italiana” VIRGINII / MIIO CVORII (uirgine / meo cuore), de la pieza n° 11019 (sector 5) incomprensible, sin sentido lógico y con una expresión “meo cuore” impensable en latín »... Sans même avoir à mentionner ceux de Julio Núñez (en gras dans le texte original... ) : « No obstante, y teniendo en cuenta la problemática que nos interesa en este momento, lo más destacable es señalar, en mí opinión, qne CUORE no es una palabra latina si no perteneciente al idioma italiano actual y, por ello, resulta un término difícilmente justificable en un contexto histórico-arqueológico datado supuestamente en el siglo IIIo de nuestra era »689. Il faut en effet faire preuve d’une grande prudence, ce que ne font pas manifestement la majorité de ces auteurs. Ce n’ait pas parce que le terme « veleyense » cuore est de nos jours une forme italienne qu’il s’agit obligatoirement dans cette inscription de Veleia d’une forme italienne (c’est-à-dire par conséquent d’une falsification) puisque les latinistes et les romanistes postulent pour les IIIe et IVe siècles une évolution -ó- > -uo- que même un auteur comme Gorrochategui admet manifestement, c’est dire à quel point la prudence la plus extrême s’impose. Citons l’exemple du vocable italien sera, « soir ». Celui est certes et indiscutablement une forme italienne, mais également... une terme typique du latin vulgaire ; le terme sera y apparaît déjà en effet sous une forme identique à celle qui est la sienne de nos jours en italien moderne, et avec la même signification, dans l’Itinerarium (peregrinatio) Egeriae, un ouvrage composé aux abords de l’an 400 par Egeria, originaire du Midi de la France ou, plus probablement, du nord-ouest de l’Espagne690. Un autre exemple : mesa signifie en espagnol, « table ». Cette forme caractéristique de l’espagnol actuel est identique en tout point au latin vulgaire mesa, forme vulgaire pour un latin classique mensa691. L’exemple de la forme SVSPENDRE retrouvée écrite sur les murs de Pompéi est également révélateur. Il s’agit pour en ce qui concerne cette forme pompéienne suspendre d’une forme vulgaire représentant le latin classique suspendere > suspend(e)re signifiant, comme dans le français actuel, « suspendre »692....

688

Ciprés Torres et Santos Yanguas, Informe epigráfico-histórico, p. 29.

689

Núñez, Informe sobre los motivos iconográficos, p. 6.

690

Väänänen, op. cit., p. 213 et 189 où est cité le texte d’Egeria : « III. 1. Nos ergo sabbato sera ingressi sumus montem (…) ». Egeria était une dame pieuse, « supérieure d’une congrégation ; elle possédait une certaine culture. Sa langue trahit une recherche stylistique, tout en étant parsemée d’éléments populaires qui en font le prix », écrit Väänänen. 691

Väänänen, op. cit., p. 64, § 121 et p. 202.

692

Considérer, par exemple, que la forme ENEAS apparaissant dans l’une des inscriptions de Veleia est une forme « espagnole », c’est comme si l’on prétendait que les formes attestées à Pompéi EMILIO (au lieu d’AEMILIVS), voire THELESPHORO deux fois (à côté de TELESPHORVS), pour ne citer que ces deux exemples, seraient écrites en « espagnol », cf. Väänänen, op. cit., p. 57 et p. 23.

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La forme et le sens sont identiques ceux du français actuels et pourtant il ne s’agit pas d’un mot français mais de latin vulgaire693. Un dernier exemple suffira à nous convaincre de la nécessité d’être prudent. D’une part, l’exemple archiconnu du latin vulgaire como, identique en tout point à l’espagnol actuel como, « comme »694. A ce propos, rappelons l’« incroyable » histoire du mot latin como de Pompéi, racontée par Väänänen, lequel écrit : « COMO = quōmodo mérite d’être signalé comme le plus ancien exemple de cette forme apocopée passée dans les langues romanes »695. Il rappelle que Meyer-Lübke pensait jusque là, manifestement à tort, que como était « attesté seulement depuis le IIIe siècle »696. Et Väänänen d’ajouter également, non sans quelque malice, les dires d’un autre linguiste de premier rang, C. H. Grandgent, qui à propos de la forme vulgaire como, avait écrit au début du XXe siècle : « (...) la sílaba final [de quōmodo] se perdió en cierto modo hacia el siglo VII [!] »697... — le point d’exclamation est de Väänänen. On voit à travers ces quelques exemples que la plus grandes des prudences doit s’imposer aux quelques auteurs qui se risqueraient à commenter cette forme « veleyense » cuore. 56. La forme NOVVA Gorrochategui : « Más incomprensible resulta aún la grafía novva para lat. nova / nowa /, / noßa /, ya que no tiene ninguna justificación ni desde el punto de vista latino ni menos aún vasco »698. Ces propos doivent être, semble-t-il, nuancés. S’il ne s’agit pas tout simplement d’une graphie grécisante NOV-VA (< ou > pour < o >), qui serait ici tout à fait vraisemblable, il peut s’agir tout simplement d’une tentative plus ou moins maladroite de retranscrire un phénomène phonétique, que nous allons détailler à présent, caractéristique du latin tardif. Car en effet, comme cela a déjà été vu auparavant, c’est à partir du IIIe et IVe siècles, nous disent spécialistes les plus imminents en la matière dont Zink (cf. supra, § 10), que le latin nóvum devient nuovu, époque à « laquelle l’intensité accentuelle, en renforçant la constriction de la consonne qui précède presque toujours è, o ouverts toniques libres, fait naître un son de glissement i, u qui vient former diphtongue > ie uo ». Gorrochategui lui-même abonde en ce sens lorsqu’il cite, comme on l’a déjà vu auparavant dans le cas de la forme cuore, le « texto de Donato y fechado en el s. V d. C » qui dénonce ceux qui 693

Väänänen, V., 1937, Le latin vulgaire des inscriptions pompéiennes, Imprimerie de la Société de Littérature Finnoise, Helsinki, p. 23 ; nous utilisons ici, on le sait, la troisième édition revue et augmentée, 1966, Abhandlungen der Deutschen Akademie der Wissenschaften zu Berlin, Klasse für Sprachen, Literatur und Kunst Jahrgang 1958, Nr. 3, Akademie-Verlag, Berlin. L’auteur précise : « Il suffit de se rappeler d’autres imprécations pompéiennes du même genre, par ex. SAMIVS CORNELIO SVSPENDRE 1864 », moyennant laquelle il était clairement signalé qu’à Pompéi il était d’usage d’envoyer le badaud (signalé ici par l’expression « Cornelius de Samos »… ) à la potence. « Du reste, ajoute Väänänen, le graffito est accompagné d’un dessin qui représente la corde et les clous suggestifs »… 694

Väänänen, Introduction au latin vulgaire., pp. 48, § 86 ; 51, § 91.

695

Väänänen, Le latin vulgaire des inscriptions pompéiennes, dans l’édition parue à Helsinki en 1935, p. 228 ; en ce qui concerne l’édition de 1966 parue à Berlon, v. p. 47 et p. 55. 696

Meyer-Lübke, 1920, Einführung in das Studium der romanischen Sprachwissenschaft, 3e éd., Heidelberg, § 222.

697

Grandgent, C. H., 1907, Introduction to Vulgar Latin, Boston. Traduction espagnole : Moll, F., 1928, Introducción al latín vulgar. Traducción del inglés, adicionada por el autor, corregida y aumentada con notas, prólogo y una antología por Francisco de B. Moll, Madrid, § 283. 698

Gorrochategui, Dictamen, p. 14.

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« pronuncian Roma con ŏ breve (en vez de la correcta Rōma), dice : “como si dijeran Ruoma” (cf. Renzi ; Lloyd, 216) ». Il est par conséquent tout à fait envisageable que le graveur ait simplement voulu, moyennant une graphie géminée < V-V > ( = / u]-u] / ou selon une autre tradition graphique phonétique / w-w / ), reproduire tant bien que mal la diphtongue du latin vulgaire / nu]ou]a / ou / nwowa / présente au IIIe siècle dans la forme nuova (l’évolution détaillée ayant été : ŏ > o¤ > ó¤o¤ ¤> úo > wo), ce qui l’aurait amené à écrire novva pour une prononciation nuova. S’il s’agit véritablement d’une falsification, on est alors dans l’obligation de reconnaître que le niveau de connaissance des faussaires est, en particulier en matière d’évolution phonétique historique du latin dit tardif, étonnamment élevé. En effet, comment le ou les présumés falsificateurs auraient-ils pu avoir connaissance d’un tel phénomène de diphtongaison, d’une grande complexité par ailleurs, caractéristique du latin tardif ? Vu que Lakarra et Gorrochategui, pour ne citer que ces deux auteurs, ne cessent de nous expliquer à longueur de pages que ces présumés falsificateurs ne peuvent être, voire ne sont indubitablement, que des médiocres du plus mauvais aloi ayant fort mal « ficelé » leur affaire, on voit mal comment dans ces conditions ils auraient pu avoir eu vent d’un tel phénomène de phonétique propre au latin tardif, de surcroît un point de phonétique extrêmement pointu, cette évolution phonétique, décrite auparavant, n’étant connue en effet que d’une poignée de spécialistes à travers le monde. Il existe en outre d’autres exemples qui montrent que l’usage de cette double graphie < VV > était relativement bien connu durant l’Antiquité. Les inscriptions celtiques montrent en effet que ce procédé graphique était bien connu en Gaule. La graphie se retrouve par exemple dans la forme verbale AVOT dont « la forme authentique du mot, nous dit Lambert, paraît bien être AVVOT, avec deux -VV-, si l’on en croit la graphie gallo-grecque αυουωτ / au]-u]ot / relevée dans trois inscriptions »699. D’autres inscriptions celtiques, en écriture latine cette fois-ci, montrent également l’usage de cette graphie géminée -VV- comme par exemple dans l’inscription celtique gravée sur une bague VEDZUIDIVVOGNAVIXVVIONI, soit VERZUI DIVVOGNA VIXUVIONI où le nom de personne, probablement celtique, Diuuogna (< Diuuo-gna) est également attesté à Bordeaux sous la forme DIVOGEN(A) avec ici un seul -V-700. 57. Nominatifs sans -S Il s’agit probablement de l’un des aspects les plus complexe mis en lumière par la découverte de ces inscriptions « veleyenses ». Un sujet d’une grande complexité pour la communauté savante depuis plus d’un siècle et que Madame Velázquez expédie pourtant en... quelques lignes, à savoir en à peine une trentaine !701 Gorrochategui en revanche y consacre plusieurs paragraphes mais curieusement les principaux auteurs faisant autorité en la matière depuis plus d’un siècle ne sont cités par aucun de ces deux auteurs. Velázquez, pourtant latiniste de formation, ne cite en effet dans sa bibliographie ni les travaux de Mohl, ni ceux de Schuchardt702, ni ceux de Väänänen, ni ceux de Meyer-Lübke703, pour ne citer que 699

Lambert, La langue gauloise, p. 119 ; également Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, p. 61, à l’entrée auuot, « a fabriqué, fecit » ; également Billy, P.-H., 1993, Thesaurus Linguae Gallicae, Georg Olms, Hildesheim. 700

Lambert, P.-Y., 1994, op. cit., p. 127.

701

Quelques lignes consistant principalement en une suite d’affirmations de Madame Velázquez, Informe, p. 25 : « Las listas de nombres, tanto de dioses grecolatinos, como de autores literarios, así como otros nombres personales aparecen escritos realmente en castellano, aunque tengan apariencia latina, como se ha indicado. No resulta viable suponer que en el s. III d.C. aparezcan listas de nombres personales que, perteneciendo a la flexión temática, deberían haber figurado en nominativo acabado en -us y aparecen en -o, como si presentasen pérdida de -s y apertura de u breve en o ». 702

Schuchardt, H., 1866-1868, Vokalismus des Vulgärlateins I-III, Leipzig.

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ceux-là, des auteurs de tout premier ordre, elle ne cite pas même l’ouvrage incontournable de Carnoy, ce dernier ayant pourtant pour objet le latin d’Espagne. Gorrochategui cite en revanche dans sa bibliographie l’ouvrage, précieux, de Carnoy mais nulle part il n’est fait référence aux travaux de Mohl et de Väänänen. Dans un premier temps, Gorrochategui livre une sorte de petite introduction : « Los textos latinos también ofrecen materia de comentario lingüístico. Hemos tratado alguna cuestión de fonética, con ocasión de la grafía de Anquises. Ahora me detendré en la inusual forma de nominativo que presentan muchos nombres de la flexión temática o segunda declinación. En el óstracon de los dioses paganos crucificados, leemos con claridad los siguientes nombres, de arriba abajo y de izquierda a derecha : MONO, VERTUMNO, VVLCANO, CERES, TELLVS. De la misma manera que en el óstracon de Eneas, las formas de los nombres masculinos de la segunda terminan en -o, en vez del esperado y correcto -us, mientras que todas las demás formas muestran sus desinencias correctas. La misma relación que existe entre Venus y Iullo, tenemos aquí entre Tellus y Vertumno »704. Puis il pose la question, la seule qui vaille : « ¿ Estamos ante una evolución achacable al latín vulgar ? » Et c’est à partir de cet instant que Gorrochategui, faisant étalage d’une érudition réelle que nul ne saurait honnêtement lui contester, entame véritablement sa démonstration : « Esta parece ser para muchos la única explicación posible, dada la muy extendida tendencia en convertir al latín vulgar en el lugar común de las anomalías, errores y divergencias con respecto al latín clásico. Pero el latín vulgar no es otra cosa más que el latín hablado por la gente corriente en situaciones corrientes de habla : en definitiva un sistema lingüístico coherente, cuyos rasgos específicos pueden abstraerse tanto a partir de los errores ortográficos o las construcciones poco clásicas de los textos latinos como de la comparación lingüística ejercida sobre las lenguas románicas ». Certes, mais quel est véritablement le problème ? « El problema al que nos enfrentamos es saber si en la Hispania septentrional durante el s. III d. C. el latín hablado había cambiado la desinencia de nom. sg. -us en -o, como la conocemos ya desde los

703

Meyer-Lübke, W., 1890-1902, Grammatik der romanischen Sprachen, I-IV, Leipzig ; Meyer-Lübke, W., 1926, Introducción a la lingüística románica. Versión... con notas y adiciones por A. Castro, Madrid. De cet auteur, Velázquez ne cite que l’ouvrage suivant : Romanisches etymologisches Wöterbuch, 3e éd. Heidelberg, 1935. 704

Gorrochategui, Armas, pp. 17-18. D’autre part, dans son Dictamen, p. 24, l’auteur écrit également : « Nominativos sin -S. Sobre este apartado no tengo gran cosa que añadir a lo escrito en Armas, p. 18. Ahora, tras la inspección de todos los epígrafes, resulta que la forma románica general en -O es la más frecuente en los textos de Iruña y no una variedad esporádica, que pudiera ser admitida como errata o falta ortográfica o gramatical. Como dije entonces, la generalización de la forma originariamente de acusativo en vez de nominativo ― que es el único modo de explicar las formas sin -S, ya que ésta se mantuvo en posición final de manera regular ― se dio en español tras el periodo visigótico. En otros romances, como el francés o provenzal, se mantuvo vivo el contraste durante el periodo medieval (prov. nom. cavals / ac. caval). Estas formas de nominativo en -O sin -s final son, por tanto, claramente anacrónicas ». Il ajoute : « Fusión de timbres. El otro aspecto de la cuestión, íntimamente relacionado con los nominativos en -O, es la fusión de timbres entre las vocales posteriores, que implica la presencia de dicha desinencia. En muchos documentos latinos de carácter vulgar hay testimonios de confusión gráfica entre /u/ breve y lo /ō/ larga que deviene una [ō] cerrada [sic, certainement pour [o]] (véase Armas, p. 17-18). En castellano el resultado final es -O, desembocando en la misma desinencia tanto el dat.- abl.- sing, (antigua -o) como el ac. sing, (antigua -um, tras pérdida de -m). Pero esta fusión definitiva no se dio en el s. III d.C. Las pizarras visigóticas, de los siglos VI y VII, presentan muchos ejemplos de ac. sing, en -u, con la esperada pérdida de -m, (triticu, auitanciu, lauoranciu, etc. cf. Pizarras, 359 : “La distinción entre -u(m) / -o se conserva bastante bien en estos textos”). Por otro lado, hay dialectos hispánicos como el asturiano que aún conserva la final -u. Pero sin duda un argumento relevante en esta cuestión es el hecho de que el euskara haya mantenido el vocalismo final -u en los préstamos latinos [p. ej. zaldu < lat. saltu(m)], incluso en aquellos que por sus rasgos internos no pueden ser muy arcaicos como zeru < lat. caelu(m). A ello hay que añadir cantidad de topónimos : Luku, Guircu, etc. ».

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primeros testimonios románicos hispanos. El problema afecta a dos procesos fonéticos independientes: 1. fusión de timbres y 2. pérdida de -s final ». Or, nous dit-il : « Hay múltiples testimonios en las inscripciones tardías de todo el imperio que apuntan a una confusión de timbres tanto en la zona palatal del sistema vocálico (entre ē / i tónicas) como en la velar (entre ō / u tónicas) como consecuencia de un progresiva pérdida fonológica de la cantidad vocálica. Esto se aprecia en que muchas veces tenemos I por / ē / rigna, minsis y E por /i/ sene, vigente, así como U por / ō / honure y O por / u / tomolo, aunque en menor medida ». Il poursuit : « Las lenguas románicas, con excepción del sardo, en occidente confirman esta evolución. Ello podría, por tanto, dar explicación de la vocal -o, que hallamos en Vertumno, Vulcano y Iullo ; pero resulta llamativo que esta sistematicidad en la indicación del nuevo timbre no se aplique a otros casos : *vertomno (< o > por / u /) y quizá *ceris (< i > por / ē /), así como *venos por Venus705 (...) ». Donc : « Esta confusión se limita, por tanto, a las formas casuales de la segunda declinación ». Sous-entendu : étant donné que cela n’est le cas à Veleia, il doit donc nécessairement s’agir d’une falsification... Or il est parfaitement normal qu’à Veleia cette « confusión se limit[e], por tanto, a las formas casuales de la segunda declinación » car l’ouverture en o du u en syllabe tonique, se confondant ainsi avec ō du latin classique, devenu o fermé en latin vulgaire, n’a lieu, à en croire les auteurs les plus qualifiés en la matière, dont François de La Chaussée, qu’à la fin du IIIe siècle - début ou milieu du IVe706. Par conséquent, il est tout à fait cohérent, si ces inscriptions de Veleia sont de la fin du IIe siècle début du IIIe siècle, comme cela est manifestement le cas, que nous n’ayons pas une forme *Vertomno au lieu de Vertumno, etc., l’ouverture de « E por /i/ sene, vigente » n’ayant lieu quant à elle qu’au cours du IIIe siècle707. Il ajoute : « [Esta confusión] se une con el segundo problema : el de la pérdida de -s final. Se ha discutido mucho sobre la extensión geográfica y la cronología de este cambio ». Il poursuit : « Los resultados románicos son claros : el sardo y los romances occidentales, es decir, todos los hispanos, galos, alpinos y noritálicos, han mantenido la -s final ; son testimonios inequívocos de ello las desinencias personales en el verbo (cantas, cantamos, cantáis), las desinencias de plural (dueños, dueñas), así como el mantenimiento de -s en todas las formas de caso recto en francés medieval y provenzal medieval: fr. med. murs “muro”, prov. med. cavals “caballo” ». Et de s’interroger : « ¿ Cómo pueden explicarse por tanto las formas de los romances peninsulares sin -s final, atestiguadas ya desde los primeros testimonios ? ». Après une petite digression des plus intéressantes708, il répond à la question. 705

Il ajoute un ajoute un argument des plus spécieux : « Y por otro lado no debemos olvidar que los préstamos antiguos del vasco, tanto léxicos como zaldu o estrictamente toponímicos como Guircu y Luku, muestran aún la -u originaria que poseía la forma de acusativo latino : saltu(m), circu(m) y lucu(m) ». Spécieux en effet car il s’agit assurément d’emprunts que le basque a faits au latin à une époque extrêmement ancienne, probablement au cours du Ier siècle avant Jésus-Christ, ce qu’un auteur tel que Gorrochategui ne peut raisonnablement ignorer, des arguments qui en conséquence n’ont aucune valeur probatoire pour le débat dont il est question ici. 706

De La Chaussée, op. cit., pp. 185-186.

707

De La Chaussée, op. cit., p. 181.

708

A savoir : « En primer lugar hay que señalar que existen formas marginales con -s : dios y algunos nombres de persona como Carlos han mantenido la -s originaria (con cambio de timbre según lo establecido antes) ; igualmente algunos antiguos neutros en -us, como opus o tempus mantuvieron hasta tarde su silbante : uebos, 193


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Selon lui : « En realidad nuestras formas románicas sin -s no son antiguas formas de nominativo : dueño no procede de dominus, sino de *domnu / domno, caso sincrético o resultado de la fusión de los antiguos acusativo, dativo y ablativo ». Car : « Sabemos por gran cantidad de datos e indicios epigráficos como por testimonio de los gramáticos que la -m final de los acusativos era muy lábil : es la falta ortográfica más común en las inscripciones latinas. Unido a la fusión de timbres de las vocales velares provoca la aparición de un caso oblicuo, acompañado preferentemente por preposición, que irá tomando todas las funciones a excepción de la de sujeto. El último paso en la evolución románica es la sustitución de la forma del nominativo con final en -s por la forma oblicua, cambio de naturaleza analógica, a imagen de lo que ocurría en la flexión primera de los femeninos en -a (donde no había diferencia entre nominativo y acusativo) »709. C’est à partir de maintenant que la question prend un tournure des plus intéressantes : « Ahora bien, este cambio analógico de uniformación de todo el sistema nominal en un único caso no se dio en el siglo III d. C., ni siquiera en época visigoda, según nos atestiguan las importantes pizarras halladas en gran número por Zamora, Salamanca y provincias limítrofes de Portugal ». Et de conclure, faisant preuve de la subtilité et de l’habileté qu’on lui connaissait déjà : « En resumen, existen en los epígrafes latinos de Hispania algunos ejemplos de falta de -s final, pero como ya mostró claramente Carnoy (1906 : 184ss.) en una investigación pionera a comienzos del s. XX son errores epigráficos, no achacables a hechos de lengua ». Fort habile en effet que de mettre en avant les dires d’un auteur de tout premier ordre tel que Carnoy. Mais malheureusement pour sa démonstration, quelque habile et subtile, voire spécieuse, qu’elle fût, Gorrochategui simplifie quelque peu (à dessein ?) la pensée de Carnoy.

tiempos en castellano medieval, hasta que el primero de ellos (empleado en el dicho por huevos, es decir “por necesidad”) fue reinterpretado por los hablantes en el modo semántico y cultural que conocemos y el segundo fue entendido como plural ». 709

Pourtant la suite de son propos, ce qui pourra paraître contradictoire, laisse clairement entendre que cela ne serait pas le cas : « Estos dos óstraca de Iruña nos muestran en sus listas datos incoherentes : formas con -s final conservada (Venus, Ceres, Tellus) y formas sin -s (Vertumno, Vulcano, Iullo), unidas significativamente a un mantenimiento de timbre en las primeras y a fusión en las segundas. Una interpretación que entendiera las formas en -o como acusativos (hay ejemplos de accusativus pro nominativo en listas) choca con las formas exclusivamente nominativas de las demás palabras : no tenemos ni Tellure, ni Cerere, ni Venere ». Madame Velázquez ne semble pas y croire non plus, Informe, pp. 25-26 : « Tampoco cabe pensar en una invasión del caso acusativo en usos de nominativo, porque, si bien es cierto, que donde comienza el caso acusativo a invadir al nominativo, en ocasiones es en listas, donde hay mezclas de palabras de diversos géneros (masculino y neutro en -us / -um) básicamente, junto a los usos de formas analíticas de pasiva y otros contextos, esto ocurre en latín tardío en épocas muy posteriores a las postuladas para la época de estos grafitos y no en nombres personales y, menos aún, en un contexto culto y / o didáctico y escolar, como el que sugiere el tipo de nombres, así como los grafitos con máximas y sentencias filosóficas o populares latinas ». Mais alors de quoi peut-il s’agir ? Ces auteurs ne le disent jamais clairement mais semblent l’insinuer : il ne peut s’agir que d’une falsification… Les explications de ces deux auteurs, surtout celles de Velázquez, ne paraissent pas toujours en effet d’une grande clarté. Quant à la pensée de Madame Velázquez elle est parfois carrément difficile à suivre, voire insaisissable. Prenons par exemple, la phrase suivant : « Aunque podemos encontrar ejemplos tempranos de usos de acusativo en -um, pronunciado incluso -o por pérdida de -m final y apertura de u breve en o y, por tanto confusión entre dativo y acusativo, conviviendo con formas regulares en -us, el mantenimiento por el peso de la tradición gráfica y por el valor funcional de, al menos, un caso recto y uno oblicuo, como restos del sistema flexivo, hace que permanezcan en la lengua escrita de forma mayoritaria ― sólo excepcionalmente y en palabras del léxico común, pueden verse algunas alteraciones tempranas ―, pero en el caso de nombres personales la tendencia es absoluta, por no decir sistemática, y sólo en épocas muy tardías ― hacia los siglos VI-VII d.C, o ya en textos medievales, cuando el latín es una lengua escrita, frente a las lenguas romances vivas ― puede verse evolucionado »... Mais que signifie exactement une telle phrase ? Ou, si on préfère, où veut en venir exactement Velázquez ? Le fonds de la pensée de cet auteur, en qui concerne les inscriptions de Veleia, est en effet parfois difficile à saisir.

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Car en effet Carnoy ne dit pas tout à fait cela ou du moins ne dit pas que cela. Carnoy commence effectivement par contester la célèbre explication de Molh concernant les nominatifs en ǒ du latin d’Espagne (la fameuse hypothèse de Mohl dont curieusement, étrangement même, Gorrochategui et Velázquez ne... soufflent mot !710), à savoir : « (...) le prétendu nominatif en ǒ dont parle M. Mohl711 car, à supposer que ce nominatif en ǒ soit la forme vulgaire et courante du latin d’Espagne, il est à présumer qu’un graveur qui aurait ignoré la grammaire jusqu’à substituer cette finale vulgaire au nominatif en -us de la langue classique, aurait écrit o et non u. En effet, s’il avait connu assez de latin pour savoir que cet ǒ s’écrivait u, il aurait su aussi qu’il fallait terminer le mot par s. La finale o d’ailleurs ne choquait point. On y était accoutumé par les datifs et les ablatifs. u, au contraire, était absolument étrange »712. Or, Carnoy, qui se montrait quelque peu réticent face à la thèse de Mohl, reconnaissait pourtant : « Toutefois on pourrait se demander si ce ne serait pas précisément ce fameux nominatif en ǒ qui se manifesterait sous les cinq ou six formes : Firmo, Abascanto, Mesto, Cavio, Vero, Bovecio, citées ci-dessus ». Carnoy était opposé à l’idée de Mohl car celle-ci ruinait évidemment la plupart de ses propres conjectures sur le latin d’Espagne, mais malgré les réticences qu’il n’avait pas manqué d’émettre, il se trouvait pourtant dans l’obligation de reconnaître que les hypothèses qui étaient les siennes étaient loin de constituer des certitudes lorsqu’il écrivait : « Certes, comme je l’ai dit dans la préface de cet article, il ne faut pas exagérer la valeur démonstrative de l’argument négatif [à l’encontre des nominatifs en ǒ dans le latin d’Espagne] tiré [par moi, i. e. par lui, c’est-à-dire Carnoy] des inscriptions [d’Espagne] ». Et l’auteur de conclure, laissant la porte ouverte à de futures investigations : « L’hypothèse de Mohl se trouve privée d’une confirmation par les faits qui lui serait précieuse »713. Or, avec la découverte des inscriptions de Veleia, cette « confirmation par les faits », pour reprendre l’expression de Carnoy, de l’hypothèse émise par Molh à fin du XIXe siècle sur les nominatifs en ǒ en latin vulgaire apparaît désormais aujourd’hui de manière éclatante ! C’est en effet Veleia qui donne, manifestement et à n’en pas douter un instant, raison à Mohl ! Cet illustre auteur de la fin du XIXe siècle n’aurait probablement jamais espéré qu’un siècle plus tard les découvertes faites à Veleia viendraient confirmer aussi nettement sa célèbre hypothèse714. 710

Et il est impossible, sinon tout à fait extravagant, que des auteurs tels que Gorrochategui et à plus forte raison Velázquez n’aient jamais entendu parler de la célèbre hypothèse de Molh concernant les les nominatifs en ǒ en latin vulgaire.

711

Cette hypothèse peut se résumer ainsi : les inscriptions romaines antérieures à l’époque classique fourmillent de nominatif sans s. Carnoy, op. cit., 179, § 17, rappelait ainsi que la « raison pour laquelle s est omise en diverses positions et celle pour laquelle on l’a rétablie en latin classique sont d’assez obscurs problèmes ». Mohl admet que sous l’influence de la langue écrite l’s a été restituée partout sauf au nominatifs des thèmes en ŏ. Là, le peuple n’aurait jamais connu d’autre forme que o car c’est les nominatifs en o sont toujours attestés sur les inscriptions populaires négligées, tandis que -us est la forme des textes soignés. Le maintien du nominatif en ŏ pour us dans la langue vulgaire aurait été favorisé selon Mohl par le nominatif-accusatif ombrien en ŏ, qui se serait répandu dans toute l’Italie après la guerre sociale. La langue vulgaire de l’Italie aurait toujours conservé cet ŏ. Mohl signale qu’il n’y a qu’un siècle d’intervalle entre les graphies archaïques en o pour us et les inscriptions italiennes du IIe siècle dans lesquelles o pour us apparaît communément. Etant donné qu’il est difficile d’admettre que la langue parlée ait rétabli absolument ce qu’elle venait de détruire à peine un siècle auparavant Mohl attribue alors à la florescence de la langue classique au siècle d’Auguste et à l’instruction générale des graveurs de cette époque la substitution de la graphie us à ŏ vulgaire. Ce nominatif en ŏ s’est alors répandu, signale Mohl, dans les provinces dont l’Espagne où on aurait toujours prononcé caballo, canto, etc., sauf en Gaule où une influence indigène (nominatif celtique en –os) aurait fait maintenir l’s. Voilà en résumé quelle est le fonds de l’hypothèse de Mohl. 712

Carnoy, Le latin d'Espagne, pp. 191-192.

713

Carnoy, op. cit., p. 196.

714

Mohl, Introduction à la chronologie du latin vulgaire... , p. 184 et suiv.

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L’hypothèse d’une falsification semble dès lors invraisemblable. Il faudrait en effet, et entre autres, imaginer que les présumés falsificateurs auraient eu vent des travaux de Mohl, connus seulement d’une poignée de spécialistes de très haut niveau à travers le monde, et que nos présumés faussaires, après avoir étudié de manière approfondie tous les aspects, toutes les facettes d’un sujet d’une très grande complexité, auraient alors pris la décision d’inclure leurs désormais nouvelles connaissances, acquises de fraîche date, dans leur projet de falsification... Invraisemblable, jusqu’à preuve du contraire. Certes, on pourrait, à la rigueur extrême, rétorquer que les présumés falsificateurs auraient, par le plus grand des hasards, sans avoir jamais entendu parler de la célèbre hypothèse de Mohl, c’est-à-dire « au petit bonheur la chance », inclus dans ces inscriptions, bref introduit de façon tout à fait fortuite dans ces inscriptions nombre de ces -o reflétant le nominatif du latin vulgaire. Ici aussi on ne peut plus improbable, jusqu’à preuve du contraire. En effet, pourquoi de présumés falsificateurs auraient-ils fait cela ? Comme il est, au risque de se répéter, extrêmement peu probable qu’ils aient eu connaissance de l’hypothèse de Mohl, et quand bien même ils l’eussent connu, pourquoi seraient-ils allés se compliquer l’existence avec des formes et des graphies qui pour la grande majorité des individus, spécialistes tels que Gorrochategui et Velázquez inclus, « sonnent » espagnol ? alors qu’ils avaient à leur disposition des formes classiques et archiconnues, que tout débutant en latin connaît, telles que Horatius... des forme qui auraient de surcroît permis à cette présumée falsification de « passer comme une lettre à la poste », pour reprendre une expression populaire. A cette question, élémentaire et de bon sens, Gorrochategui et Velázquez n’apportent pourtant aucune réponse... Enfin et pour finir, Gorrochategui écrit, faisant preuve d’une attitude « bienveillante » teintée d’un sentiment de supériorité : « Consiguientemente, la aparición de este óstracon [faisant apparaître des nominatifs en -ǒ], independientemente de su iconografía, es también poco probable desde el punto de vista de la lengua. Al fenómeno lingüístico no le daría, siendo generoso, más del 5% de posibilidades ». Au-delà du ton on on ne peut plus condescendant du propos (« 5% de posibilidades »... prétend-il en effet, sans qu’on sache toutefois comment il parvient à un tel résultat), on constatera, ce qui est beaucoup intéressant, que cet auteur reconnaît néanmoins clairement que l’existence de telles inscriptions au début de notre ère sont, du point de vue théorique, tout à fait possible. 58. La forme Horacio et « las consonantes palatales » Gorrochategui : « Uno de estos textos donde aparecen nombres listados con terminación románica en -O es el n° 11426 : Tacito Sene[ Horacio Tit[ Virgilio Salust. Pero, además, la forma Horacio presenta una grafía aberrante con C en vez del correcto Horatius »715. Il poursuit : « La cuestión es que las palabras que contenían el grupo -TJ-, como Horatius o ratio, y las que tenían el grupo -KJ-, como ericiu, se confunden totalmente solo en español, en una historia muy enrevesada y llena aún de puntos oscuros : razón, erizo. El italiano tiene resultados diferentes (-zzfrente -cci- : pozzo / faccia), así como el francés : raison / hérisson ». Mais aussitôt il reconnaît : « Es verdad que el proceso de palatalización de ambos grupos empezó ya en época imperial ; hay algunos pocos ejemplos de erratas que apuntan en este sentido (nunciare por nuntiare, etc. Ia mitad s. III) ». Où est le problème alors ? Le voici, selon lui « (...) pero la confusión de los sonidos no se dio de manera generalizada en español hasta mucho más tarde ». 715

Gorrochategui, Dictamen, p. 25.

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Certes, mais... quelle rapport cela, c’est-à-dire le fait que la généralisation ultérieure de « la confusión de los sonidos no se dio de manera generalizada en español », a-t-il avec l’emploi dans le latin vulgaire du IIIe siècle des graphies ci pour ti ? le seul sujet nous intéressant dans le cas présent. On ne le saura pas. Car évidemment une chose c’est l’aspect phonétique que ce phénomène prendra par la suite « en español » et une autre, toute distincte, c’est l’aspect graphique, à savoir l’emploi de certaines graphies particulières dans tel ou tel cas au cours des premiers siècles de notre ère. Suivent alors quelques considérations sur les « pizarras visigóticas », bien postérieures dans le temps. « En las pizarras visigóticas tenemos más ejemplos de confusión gráfica : auitanciu por “habitantium”, auitaciones por “habitationes”, por un lado y untia por “uncia” ». Mais, ajoute-t-il... — et l’auteur de citer dans la foulée une opinion toute personnelle, quoique tout à fait respectable au demeurant, de Madame Velázquez : « Pero I. Velázquez, Pizarras, p. 371-2, teniendo en cuenta el relativamente bajo número de confusiones y los testimonios de Julián de Toledo que habla claramente por una distinción entre los dos sonidos, piensa que aún no se había producido la confusión ». Puis arrive alors la chute de Gorrochategui : « En definitiva, para un hablante iletrado [du IIIe siècle] sería posible pensar en una forma como *Oracius (*Oraciu en acus.), por no poder distinguir en la grafía sonidos diferentes pero próximos ». Il faut donc comprendre, du moins à en croire les dires de cet auteur, qu’au IIIe siècle une inscription telle que Horacio serait tout à fait possible à Veleia. Bref, si la clarté ne semble manifestement pas la plupart, on ne nous contredira guère sur ce point, la première qualité des raisonnements de ces deux auteurs, l’argumentation finale de Gorrochategui est encore plus étonnante : « (...) pero al escribir una H- inicial, totalmente gráfica en latín, ya que la aspiración hacía siglos que había dejado de pronunciarse, el escriba está delatando que sigue una norma gráfica, pero esa no es la del latín, sino la del español culto ». Comment ne pas sourire en effet devant un raisonnement à ce point spécieux ? Affirmer en effet, comme le fait pourtant Gorrochategui, qu’étant donné que « la aspiración hacía siglos que había dejado de pronunciarse », cela signifie obligatoirement qu’« el escriba está delatando que sigue una norma gráfica, pero esa no es la del latín, sino la del español culto » ne peut pas, dans le monde la recherche, être considéré comme une opinion sérieuse. Ce n’est pas sérieux car l’amuïssement de bonne heure de l’aspiration n’a jamais empêché, comme le signale au demeurant Väänänen, pour ne citer que cet auteur, « la coexistence, dans la tradition littéraire, de arēna - harēna, allec - hallec, alica - halica, ūmor - hūmor, olus, olitor - holus, holitor, erus - herus »716, etc. Voici à présent ce que dit Madame Velázquez : « Horacio por Horatius, suponen la culminación de los procesos de palatalización y africación de i consonantica y de grupos consonanticos, cuya evolución es lenta y se prolonga durante siglos ». Et ajoute-t-elle : « ...y en algunos casos, como en el grupo ty + vocal, su propio inicio es posterior en el tiempo [c’est-à-dire au IIIe siècle] ». Madame Velázquez en est-elle vraiment sûre ? Voici la date qu’elle donne concernant ce changement : « Sólo a finales del siglo IV la de ti + consonante717 y sólo en el V la de c + i, e718 ». 716

Väänänen, op. cit., p. 57 ; également v. p. 58 à propos des omissions et déplacements de h ainsi que des notations de h parasites. 717

Ce que dit Madame Velázquez n’est pas tout à fait exact. En réalité, comme le rappelle Väänänen, Introduction au latin vulgaire, p. 54, § 99, si « ce n’est qu’aux IVe / Ve siècles que les grammairiens Servius et Papirianus reconnaissent ce phénomène », celui-ci est déjà attesté en réalité sur des tables d’exécration des IIe / IIIe siècles. Velázquez oublie manifestement de le préciser… 197


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Ce n’est pourtant pas l’avis de plusieurs auteurs de tout premier ordre, déjà cités auparavant, dont Carnoy que nous allons citer à présent719, un auteur que Velázquez curieusement ne mentionne pas dans sa bibliographie, contrairement à Gorrochategui qui le cite. Carnoy signale en effet à propos du latin d’Espagne : « ti] s’était assibilé de très bonne heure puisqu’on a déjà des preuves certaines de ce processus au d 2 siècle et que les grammairiens regardent la prononciation tsy comme courante et même comme recommendable »720. Velázquez ajoute ensuite : « Por este motivo, se siente primero la necesidad de una nueva grafía que dé cuenta de la evolución de ty hacia un sonido / tsi / ; dicha grafía recae sobre ci, gracias a la palatalización que había sufrido ». Certes ! Mais la question est : où est alors, en ce qui concerne l’inscription Horacio, le problème ? Voici ce que laisse entendre Velázquez, c’est du moins que tout lecteur croit devoir comprendre, à savoir que l’aspect, selon elle, tardif de cette confusion graphique impossibiliterait par conséquent l’existence dans la Veleia du au IIIe siècle d’une inscription telle que Horacio — mais cela, à savoir qu’il s’agirait ici d’une falsification, n’est cependant jamais clairement soutenu par cet auteur, Velázquez se contentant de le suggérer, de l’insinuer, sans jamais le dire clairement : « Aunque tarda en producirse esta confusión gráfica, cuando lo hace, según sostiene la mayoría de los autores, no es tanto porque ty y cy se hayan confundido plenamente (al menos no en toda la Romania, ya que los resultados difieren en diversos lugares), sino por esa necesidad gráfica ». Puis, l’auteur de rappeler une évidence, que nous avons déjà rappelé auparavant à propos du raisonnement de Gorrochategui : « Pero una cosa es la evolución fonética y otro el reflejo gráfico que adquiere y cuándo empiezan a observarse confusiones gráficas, en este caso de intercambiabilidad de grafías CI y TI o, de sustitución de una por otra ». Certes ! Mais cette phrase de Velázquez ne répond toujours pas à la question et celle-ci demeure toujours inchangée : où est le problème en ce qui concerne l’inscription Horacio ? S’agit-il oui ou non d’une falsification ? Ni Gorrochategui ni Velázquez ne répondent clairement à la question. Bref on constate sans grande difficulté que les commentaires de ces deux auteurs donnent souvent l’impression, ici comme dans bien d’autres cas, d’être rédigés d’une façon tout particulière les rendant en partie, sinon incompréhensibles (à dessein ?), du moins malaisés à saisir sur le fond, d’où la plupart du temps l’aspect quelque peu confus (toujours à dessein ?) de ces commentaires. 718

Mais dans le cas nous intéressant ici, il ne s’agit pas… de la palatalisation de c + i, e [= k + e, i dont les indices graphiques sont effectivement rares et tardifs, Väänänen, op. cit., p. 54-55, § 100] mais de ky et ty (occlusives sourdes t et k + y). En conséquence, ce qu’écrit Velázquez a propos de k + e, i, est exact mais… hors sujet ! Et la meilleure preuve de cela est ce qu’elle écrit juste auparavant : « En cuanto a la africación de ty y cy, aunque es general también el toda la Romania, es un proceso » ayant lieu « seguramente a finales del s. II, afectando a cy [= ky] » puis, non sans quelque contradiction, elle ajoute quelques lignes plus loin : « Mientras que para el primero [à savoir ty] se admite ya el siglo II d. C. como época de inicio de su asibilación [ce qui par ailleurs est déjà et également en contradiction parfaite avec une autre de ses phrases précédentes, cf. supra : « Sólo a finales del siglo IV la de ti + consonante »… ] para cy [ou ky] sólo a partir de los siglos III-IV »… ce qui également en contradiction avec ses dires antérieurs, cf. supra, « seguramente a finales del s. II, afectando a cy [= ky] »... Dire en conséquence que le raisonnement de Madame Velázquez paraît bien des fois manquer de clarté (à dessein ?) est un véritable euphémisme.

719

Carnoy, op. cit., p. 145 ; également Väänänen, op. cit., p. 54, § 99 et De La Chaussée, op. cit., pp. 179-181, en particulier § 15.2.2.3. et § 15.2.3.2.2., pour qui ces évolutions ont lieu entre la fin du IIe siècle et le début du troisième. Egalement Allières, op. cit., p. 38, pour qui les palatalisations des groupes kj et tj ont lieu à la fin du IIe siècle. 720

Carnoy, op. cit., p. 145.

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Il nous faut donc revenir au fond de la questions ou si on prèfère aux faits et rien qu’aux faits, bref à l’aspect purement factuel. Et ces faits quels sont-ils ? Prenons à nouveau en exemple un auteur de premier plan, parmi les plus respectables et sûrs en la matière, autrement dit Carnoy. Dans son ouvrage sur le latin d’Espagne, celui-ci signale plusieurs confusions graphique dont celle de ci pour ti. Dès lors qu’importe à la rigueur pour le sujet étudié ici le fait de savoir ou non — et ce malgré l’indéniable intérêt que cette question peut avoir du point de vue strictement linguistique — qu’importe en effet le fait de savoir quelles pouvaient être les réalisations phonétiques que reflétaient ces graphies à partir du moment qu’il apparaît, comme le signale Carnoy, que les graphies ci et ti étaient au début de notre ère interchangeables. Car, au risque de rappeler des évidences, la seule question qui intéresse dans le cas de Veleia est : une graphie Horacio pour Horatius est-elle possible oui ou non dans les inscriptions « veleyenses » du début de notre ère ? Et de Carnoy de citer en exemples plusieurs inscriptions latines d’Espagne du début de notre ère, telles que Cancio pour Cantius, voire Marciae pour Martiae et Terciae pour Tertiae, etc. et Carnoy d’ajouter également à propos de ce dernier un exemple célèbre de l’épigraphie gallo-romaine (« Tercius est aussi le plus ancien exemple de ci pour ti qu’on ait recueilli en Gaule CIL XII. 5347 »)721. Par conséquent une graphie Horacio pour Horatius est, semble-t-il, tout à fait possible dans les inscriptions du début de notre ère découverte à Veleia. 59. TVLIVS PATIIR FAMILIAII Velázquez écrit à propos de cette inscription « veleyense » : « Cabe señalar que en algún caso aparecen los nombres en -us, pero nuevamente con otros elementos incompatibles, así en la n° 11267, un fondo de plato (sector 5, TSH), se lee en círculo, rodeando a un signo interior, la expresión : TVLIVS PATIIR FAMILIAII ». Et d’ajouter de façon totalement inattendue : « (...) sorprende la expresión pater familiae, frente a la habitual pater familias que estaba absolutamente arraigada en la lengua latina como arcaísmo lingüístico ». Suit un petit rappel historique, fort scolaire et par conséquent tout à fait exact, sur les génitifs en -as : « Se trata del uso gramatical de la antigua desinencia de genitivo de singular en -as, frente a la clásica en -ae, que se fosilizó de forma sistemática en esta expresión, por lo que no cabe pensar en la forma en -ae clásica de genitivo en esta fórmula que, incluso, se mantiene como “latinismo” en épocas modernas ». Certes ! Mais si Madame Velázquez maîtrise la plupart du temps fort bien le latin dit « classique », ce que personne ne saurait lui contester, elle semble cependant et manifestement éprouver quelques difficultés avec le latin vulgaire... C’est Mohl, que Velázquez, au risque de se répéter, mais comment faire autrement, ne cite, pas plus que Gorrochategui d’ailleurs, à aucun moment dans sa bibliographie, qui donne la solution : « Les nominatifs en -ās, en lutte depuis l’origine avec les formes en -ai, ont dû disparaître définitivement de la langue littéraire à l’époque où le génétifs familiae succède à familiās ; or, celui-ci ne succombe complètement que dans la période historique [c’est-à-dire au début de notre ère] »722.

721

Carnoy, op. cit., pp. 142-143.

722

Mohl, op. cit., p. 206, § 82.

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Bref, si les archéologues avaient trouvé à Veleia une inscription telle que PATIIR FAMILIAS, alors oui ! les commentateurs, bref les véritables spécialistes, auraient certainement eu à ce moment là, et à juste titre, toutes les raisons de se montrer plus que sceptiques. Mais cela n’est pas le cas. C’est bien à une forme, normale en latin vulgaire, PATIIR FAMILIAII à laquelle que nous avons affaire. Par conséquent, ici aussi, l’hypothèse d’une falsification paraît invraisemble car celle-ci suppose obligatoirement que les présumés falsificateurs auraient possédé un niveau de connaissance considérable dans le domaine du latin vulgaire, une érudition des plus pointues, un niveau de connaissance que pas même Madame Velázquez ne possède manifestement... 60. L’« adverbio de negación » NO et l’« adverbio afirmativo » SI (n° 10942 et 11258) Gorrochategui : « En cuanto al adverbio de negación, no, la forma medieval normal era non, con mantenimiento de -N final, que dura hasta inicios del s. XV »723. Il ajoute : « La pérdida en NON comienza en la Edad Media724 en determinados casos especiales : ante pronombres como lo, nos por asimilación, pausa final, etc. de donde se extiende progresivamente al resto ». Velázquez : « Otra pieza que resulta ciertamente insostenible es la aparente ficha de juego, n° 11258, donde por un lado se lee SI y en el reverso NO (también la n° 10942). En latín la afirmación suele repetir el término utilizado en la pregunta y para la negación se utiliza diversos adverbios como haud, non o minime »725. Elle ajoute : « Caso de admitirse una ficha de este tipo, aunque no sean las habituales, y aun presuponiendo la posibilidad de “sí / no” para marcar una alternativa en juegos u otro tipo de circunstancias, habría sido, como mucho, SIC / NON, anticipando desde luego un valor a sic que no posee en latín todavía ». Pourtant, les dires de ces deux auteurs ne correspondent pas à ce que l’on constate à la lecture des inscriptions pompéiennes. Ecoutons ou, plutôt, lisons à présent Väänänen à propos de ces inscriptions de Pompéi : « NO IICO 4233 (ib. NON IIGO ; il s’agit d’un fragment de vers ovidien, Her. IV 17 non ego nequitia socialia foedera rumpam) NO BIILII 4185 ». Il poursuitc: « Le latin vulgaire a eu le doublet nōn et nō, dont la forme brève est sans doute développée dans la proclise »726. Manuel Díaz y Díaz confirme ce phénomène et signale l’existence d’une forme no dans la péninsule Ibérique, notamment dans la Bétique, au IIIe siècle (CIL, 1088)727. Doit-on en conclure que Velázquez et Gorrochategui ne connaissent pas les inscriptions de Pompéi et celles de la Bétique ainsi que le latin qu’elles contiennent ? En ce qui concerne la forme SI, Gorrochategui écrit : 723

Gorrochategui, Dictamen, p. 23.

724

Affirmation en contradiction, semble-t-il, avec ce que ce même Gorrochategui écrit quelques lignes auparavant… : « (...) non, con mantenimiento de -N final, aunque hay casos aislados de arcaísmo y vulgarismo hasta Cervantes ». Cela étant, la phrase est, il est vrai, des plus ambiguës : « (…) casos aislados de arcaísmo y vulgarismo hasta Cervantes ». Ici Gorrochategui en dit trop ou pas assez : « casos aislados », oui mais lesquels ? « [H]asta Cervantes », oui mais à partir de quand ? On ne le saura pas.

725

Velázquez, Informe, p. 30.

726

Väänänen, Le latin vulgaire des inscriptions pompéiennes, p. 135.

727

Díaz y Díaz, op. cit, pp. 153-197, v. p. 184, § 59, n. 89.

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« Adverbio afirmativo sí (al igual que su variante plena assí) es un uso especial del adverbio de modo assí / sí, procedente del lat. sic »728. Il conclut : « En español desde los primeros momentos ha perdido la -C final. Es un empleo, por tanto, medieval pero no latino ». Inexact. Les travaux de Manuel Díaz y Díaz contredisent les dires de Gorrochategui : « Las consonantes finales -m, -c tendieron a perderse desde antiguo en latín, y es por ello explicable que se den en vocablos hispanos : sic > si > “sí” »729. Une lecture attentive des travaux de Väänänen ne permet pas non plus d’adhérer sans plus aux conclusions quelque peu définitives et erronées qu’exprime sur ce point Gorrochategui — dans le cas de Velázquez ses conclusions concernant cette question paraissent beaucoup moins tranchées que celles de Gorochategui, Madame Velázquez, on a déjà eu l’opportunité de le constater, étant un auteur qui n’affirme que rarement730, la plupart du temps elle suggère... L’existence en effet en latin vulgaire de doublets tels que ac si et ac sic (à l’origine de l’esp. así, port. assim, prov. aissi, a. fr. eissi) montre clairement une chute du -c final731. Les inscriptions de Pompéi sembleraient également montrer une chute de c final dans l’inscription HICACAT = hīc cacat 3146732. A eux seuls ces faits auraient dû inciter Gorrochategui à la plus grande prudence et l’empêcher de conclure, et encore moins affirmer, qu’au IIIe ou au IVe siècle une forme telle que SI ne pouvait pas exister. En effet, et pour « clôre » sur ce point, étant donné que manifestement Velázquez et Gorrochategui s’égarent en ce qui concerne la forme NO, il n’existe, d’un point de vue strictement objectif, aucune raison particulière empêchant le lecteur de croire qu’ils ne sont pas également fourvoyés dans le cas de la forme SI... Dès lors, tout lecteur, neutre et impartial, préfèrera en effet rester extrêmement prudents devant tant de conclusions hâtives car en effet il y a manifestement toutes les raisons de croire, et au-delà même de l’autorité d’un latiniste de tout premier ordre tel que Díaz y Díaz cité auparavant, que Madame Velázquez et Gorrochategui se sont encore une fois... fourvoyés ! Cela ne fait même, semble-t-il, aucun doute comme nous allons pouvoir le constater à présent. Quel est ou sont les éléments permettant de le croire ? Ce sont encore et toujours les travaux incontournables de Carnoy sur le latin d’Espagne, que Gorrochategui et Madame Velázquez paraissent curieusement pour l’un méconnaître, voire pour l’autre ignorer, bref ce sont les dires autorisés de cet illustre auteur qui nous autorisent à le penser. Carnoy signale en effet que les Inscriptiones Hispaniae christianae font état au début de notre ère de l’existence dans les inscriptions d’Espagne d’une forme si pour sic733. 61. Le « desconocimiento » du latin On ne peut à présent s’empêcher de citer les dires de Ciprés et Yanguas :

728

Gorrochategui, Dictamen, p. 23.

729

Díaz y Díaz, op. cit., p. 167.

730

Quoique, quand elle affirme, elle ne le fait jamais à moitié...

731

Väänänen, Introduction au latin vulgaire, p. 159, § 369.

732

Väänänen, Le latin vulgaire des inscriptions pompéiennes, p. 124.

733

A savoir : « si IHC. 235 = sic ») ainsi que par ailleurs d’une forme hi pour hic (à savoir : « hi 3244. (Hi iacet Laetus »)), cette dernière forme hi corroborant manifestement et par ailleurs l’inscription pompéienne citée auparavant par Väänänen, à savoir : « HICACAT = hīc cacat 3146 », cf. Carnoy, op. cit., pp. 177-178. Carnoy précise d’ailleurs à propos de ce dernier, p. 178 : « La chute du c dans le démonstratif hic dès une époque ancienne expliquerait très bien la confusion de is et hic qu’admet M. Mohl pour expliquer les formes romaines : lui, lei, etc. ».

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« El grafito n° 11.287 con la lectura SIICVANO/ PRIMA / GIO plantea de nuevo problemas. (...) Admitiendo la posibilidad de que Secuano (sic) esté en dativo debemos entender que se ha querido expresar “para Secuano, de la Legio I”. Si fuera asi, en latín debería formularse Secuano Legionis I » La suite est franchement inattendue : « En el texto se evidencia un desconocimiento de los casos y de su funcionamiento en latín, llevando a concluir que quien lo ha escrito ha querido aparentar la existencia de un texto latino, sin saber escribirlo correctamente »734. Comment ne pas sourire devant un tel raisonnement ?735 Comment en effet d’illustres auteurs tels que Hugo Schuchardt, George Mohl, Albert Carnoy, Veikko Väänänen, Alfonso Triana, pour n’en citer que quelqu’uns, des auteurs ayant consacré toute une partie de leur existence à étudier de manière approfondie le latin vulgaire, comment en effet auraient-ils pu ne pas sourire devant tant de naïveté, tant de propos spontanés et, qui plus est, probablement sincères ? Il est clair que Ciprés et Yanguas n’ont qu’une vague et manifestement très lointaine idée de ce que pouvait être le latin vulgaire. On rétorquera, à leur décharge, qu’ils ne sont pas, semble-t-il, de véritables spécialistes de la chose linguistique. Certes ! Mais cela ne les empêche pas pourtant de disserter longuement sur plusieurs aspects linguistiques concernant certaines de ces inscriptions « veleyenses »... Ils n’hésitent pas, par exemple, à écrire : « Algunos de ellos no resultan extraños en documentos de carácter epigráfico. Así, por ejemplo, la forma Fortunate en lugar de Fortunatae »... ...où, ajoutent-ils, tout étonnés, « (donde el diptongo -ae ha pasado a -e) »... Alors qu’il s’agit d’un des aspects les mieux connus et les plus caractéristiques du latin vulgaire, comme le rappelle Carnoy, pour ne citer que lui, à propos du latin d’Espagne lorsqu’il écrit : « Les inscriptions chrétiennes [d’Espagne] fourmillent d’exemples d’e pour ae »736. Et l’auteur de citer aussitôt une longue liste de nom datés entre le Ier et le IIIe siècle et faisant apparaître -e pour -ae tels que Baetice, Serve, Feste, materne, paterne, etc. Est-il utile de poursuivre ? Ici aussi l’hypothèse d’une falsification paraît invraisemblable car il faudrait alors supposer que les présumés falsificateurs auraient possédé un niveau de connaissances que Ciprés et Yanguas737 n’ont pas manifestement pas... 62. IN NOMINE PAT[? / ATARE IZAN (n° 13362b) IN NOMINII PAT[? / ATARII IZAN) Velázquez : « En cuanto a los errores sintácticos, quizá el más llamativo por inaceptable es la falta de flexión de genitivos en la expresión de filiación, como Iupiter Venus pater, por Veneris, ya citado, o en la fórmula in nomine patris, que se lee como IN NOMINE PATER »738. Conclusion de l’auteur : « En un texto tardío (ss. VI-VII) en Hispania podría haberse admitido aquí una confusión de genitivo y dativo y haberse leído patri (sobre todo por contaminación o influjo de domini, Dei, o fllii,

734

Ciprés et Santos Yanguas, Informe epigráfico-histórico, p. 25.

735

A propos des incorrections apparaissant dans les inscriptions latines des Pyrénées, cf. supra, § 46.1., les dires de Sacaze, op. cit., p. 540.

736

Carnoy, op. cit., pp. 70-71.

737

Ces deux auteurs sont considérés, rappelons-le, comme d’éminents spécialistes dans le domaine dit des « Estudios Clásicos », comme cela figure dans l’intitulé de leurs commentaires. 738

Velázquez, Informe, p. 30.

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de la flexión temática), pero es inadmisible la presencia aquí de nominativo, no confundible en su forma con genitivo, al igual que ocurre con el mencionado Venus por Veneris ». En est-elle absolument certaine ? N’aurait-elle pas, encore une une fois, tendance à simplifier quelque peu des faits autrement plus compexes qu’elle ne le prétend ? Car une lecture, même sommaire, des travaux de Väänänen, paraissent contredire les dires définitifs de cet auteur. Väänänen : « dans les inscriptions de l’époque impériale, le nominatif tend à devenir une sorte de forme de base, en particulier des noms propres, la cohésion des groupes nominaux n’exigeant plus l’accord des composants »739. Madame Velázquez ne confondrait-elle pas, encore une fois, le latin classique, scolaire, et le latin vulgaire ? De toute façon, la démonstration de Madame Velázquez pourra paraître inutile en grande partie car, contrairement à ce qu’elle avance, on ne lit pas PATE[R mais PAT[... Il y a difficulté en ce qui concerne la véritable lecture et par conséquent on ne peut guère tirer de conclusion, encore moins définitives. En revanche la partie de l’inscription rédigée en basque, une inscription des plus intéresantes pourtant, n’est à aucun moment... mentionnée par Gorrochategui, ce qui ne manquera pas d’étonner. Velázquez, elle, la mentionne rapidement : « Otro tanto cabe decir de la pieza n° 13362 (sector 6, mortero), escrita por ambas caras. En la primera de ellas aparece una mezcla de latín y euskera, donde se lee : IN NOMINII PATE[R] / ATARII IZAN »740. Lakarra, lui non plus, n’aborde presque pas le sujet, se contentant d’écrire : « En el mismo libro741 podía(n) el o los falsificador(es) encontrar reiteradas referencias a la antigüedad del genitivo en -e [présent dans l’inscription ATARII] : “El sufijo -en suele compararse con el genitivo vasco de igual forma, aunque Lakarra y Gorrochategui no consideran tan antiguo a este último” (232)742 ». Bref, cette inscription « veleyense » correspond point par point aux théories... de Gorrochategui et Lakarra.

739

Väänänen, Introduction au latin vulgaire, p. 116, n. 1 ; également Herman, J., 1966, « Recherches sur l’évolution grammaticale du latin vulgaire : les emplois “fautifs” du nominatif », Acta classica Univ. Scien. Dubrecen, II, pp. 109-112.

740

Velázquez, Informe, p. 15.

741

Celui d’Astrain que Lakarra aime tant citer car l’auteur mentionne... souvent son nom.

742

Lakarra, Informe, p. 31, n. 19. Il poursuit en citant, encore et toujours, les dires d’Astrain : « “Por lo que respecta a la similitud entre sufijos, al ibérico -en se le ha solido atribuir el valor del genitivo vasco de igual forma, pero Gorrochategui y Lakarra son de la opinión de que el primitivo genitivo vasco no fue -en sinon -e, de manera que ya no corresponderia con el ibérico” (252) ». Lakarra, qui refuse pourtant de s’attarder sur la question du fameux génitif archaïque en -e présent manifestant à Veleia, profite cependant de l’occasion pour essayer de « régler son compte » à la fameuse hypothèse « basco-ibérique » (mais que vient faire cette hypothèse dans l’affaire de Veleia ?), une fameuse hypothèse donnée presque toujours pour disparue, voire obsolète, et qui au grand dam de certains finit toujours cependant par renaître de ses cendres (le lecteur interessé par ce sujet pourra, s’il le désire, consulter un de nos articles dans lequel figure une bibliographie sur le sujet : Iglesias, H., 2008, « Observations concernant les récentes critiques et omissions de Joseba Lakarra à propos des recherches d’Hector Iglesias sur la problématique “basco-ibérique” suivies d’une hypothèse inédite concernant l’inscription de Liria », ARSE, Boletín anual arqueológico saguntino, n° 42, pp. 35-104). Le sujet concernant le génitif en -en et / ou en -e en basque et… en ibère (car en ibère il existe également un élément morphologique -e, peut-être une variante de l’élément ibérique -en) est un sujet d’une grande complexité qui ne peut être abordé ici. Disons toutefois que Lakarra aurait tendance, encore une fois, à simplifier quelque le sujet. L’hypothèse la plus simple, donc la plus économique, bref la plus vraisemblable, est celle qui voit dans ces deux formes -en / -e de simples variantes dialectales tant en basque qu’en ibère.

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Ces deux auteurs devraient donc se réjouir que la découverte des ces inscriptions vienne conforter, voire confirmer leur hypothèse ! Mais au lieu de cela Gorrochategui garde un... silence absolu sur cette question, un silence qui ne pourra dès lors paraître que des plus suspects. Pourquoi en effet ne faire aucun commentaires sur le sujet ? Lakarra, le spécialiste du basque, se retrouve lui dans l’obligation de constater (mais comment faire autrement s’il veut rester un tant soi peu crédible ?) que nous sommes bien en présence du fameux génitif archaïque en -e postulé par certains chercheurs (dont, on l’a vu, Gorrochategui et Lakarra... ), mais de façon totalement inattendue, il insinue aussitôt (il ne le dit pas clairement, il se contente de mettre en avant les dires d’Astrain cités auparavant) que cela, c’est-à-dire la présence dans les inscriptions de Veleia de ce fameux génitif en -e, est uniquement dû au fait que les présumés falsificateurs ont eu vent de cette hypothèse concernant génitif archaïque en -e en lisant l’ouvrage dudit Astrain... Abracadabrant et surtout... d’un ridicule achevé !743 On comprend dès lors que Gorrochategui, qui a parfaitement conscience de l’aspect parfaitement ridicule et extravagant encore une fois de cette fameuse « théorie du complot » et qui a peur d’être ridicule, contrairement à Lakarra qui n’a manifestement peur de rien et surtout pas d’apparaître burlesque, on comprend dès lors que Gorrochategui préfère garder un silence prudent, quoique véritablement assourdissant. 63. TIIATRO Velázquez : « Otro caso donde puede verse el uso de símbolos o imágenes representativas es el de la pieza n° 11709 (figs. 23 y 24) (sector 5, cerámica común). Se trata de una pieza de contenido y características también inusuales y llamativamente extrañas. En la primera cara o cara A (fig. 23) aparece un dibujo esquemático de una máscara y un pequeño dibujo que parece representar un teatro romano -o así lo entiendo en mi caso-. En un lateral se lee la palabra TIIATRO »744.

Puis, elle affirme, encore une fois : « la palabra está escrita realmente en castellano, por theatrum »... Et ajouter aussitôt de façon plutôt inattendue : « Además de ser poco esperable la grafia, hay que hacer notar que la presencia de la máscara, mucho mayor que la imagen del supuesto edificio, representa una conceptualización moderna o, al menos, no anterior a la Edad Media ».

743

Comme l’écrit, non sans quelque ironie, Elexpuru, Comentarios, p. 23, on aurait alors affaire, en ce qui concerne le(s) présumé(s) falsificateur(s), à « un individuo (o individuos) que desconoce la existencia del ergativo, pero que se conoce la hipótesis del genitivo arcaico sin terminación en -n, y escribe atare ». 744

Velázquez, Informe, pp. 20-21.

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Cela étant, les « máscaras teatrales », qui servaient de signes préétablis orientant l’entendement de l’intrigue, constituaient durant l’Antiquité de véritables « masques terrifiants ou hilares dont la peinture, brune ou blanche, identifiait le sexe, mâle ou féminin, des personnages »745 dont l’existence est très bien attestées. Madame Velázquez qui sait cela parfaitement, se trouve alors dans l’obligation de le reconnaître : « Aunque conocemos máscaras teatrales de la Antigüedad, como las famosas de Pompeya, una sonriendo y la otra llorando o con gesto de tragedia ». Où est le problème alors ? Le voici, selon Madame Velázquez : « lo cierto es que jamás en el mundo antiguo se usa el término theatrum, “teatro”, para la representación escénica o la obra literaria, que es lo que simboliza la máscara, sino sólo para el edificio, incluso en usos figurados. Como es sabido en la Antigüedad las obras teatrales recibían el nombre de fabulae, tragoediae, comoediae, etc., pero no teatro ». Certes ! Cela étant, quand bien même toutes ces assertions « historico-conceptuelles » que lance avec une assurance sans faille Madame Velázquez à propos de l’art théatral seraient exactes, ce qui demanderait toutefois à être scrupuleusement vérifié, comment cet auteur sait-il que dans le cas présent le mot TIIATRO ne désigne pas en réalité l’édifice ? En effet, comment Madame Velázquez le sait-elle ? On ne le saura pas. 64. PATHIIR PONTI / FICII Velázquez : « Otro tanto cabe decir de las sorprendentes lecturas del grafito 13380 (figs. 26 y 27). Se trata de varios fragmentos que pueden unirse, en total 6, de los cuales los fragmentos A + B contienen un texto y los C + D otro »746. Elle ajoute, catégorique, un ton des plus définitifs qui aura aussitôt pour principal effet d’éveiller quelques soupçons chez le lecteur : « Ambos textos resultan imposibles desde el punto de vista de la escritura y de la lengua ». En est-elle absolument certaine ? Suit une phrase peu claire ― la phrase paraît incomplète, en tout cas dénuée de sens, en l’état du moins : « ... pero el contenido resulta forzado por las implicaciones que pretende con la mención en el primero, nada menos que de Veleia [sic], junto a Samuel y Iesus, además de pather pontifice, así escrito, donde debería en todo caso haberse leído pater pontifex » (?) Le sens global de cette phrase semble en effet incompréhensible. Ce qui en revanche paraît d’une extrême clarté est le raisonnement de Velázquez, à savoir : en latin (classique évidemment) la forme correcte serait pater pontifex, mais étant donné que l’inscription dit pather pontifice, cela signifie, sous-entend-elle, sans jamais l’affirmer toutefois, cela signifie donc que nous sommes en présence d’une falsification... C’est un peu court. Elle poursuit : « La lectura ofrecida es : SAMVIIL IIIS/VS NIITO VIILIIIAN PATHIIR PONTI/FICII (Samuel Iesus Neto / Veleian / Pather Pontifice) ». Et : « En el segundo grupo la lectura es igualmente impensable. Vuelve a leer la palabra pontifice, pero ahora en la expresión maximo pontifice : C + D : MARIO CAYO / MAXIMO / PONTIFICII ». 745

Carcopino, op. cit., Chap. III, « Les spectacles », pp. 235-286, § IV, « Le théâtre», pp. 255-267 ; v. p. 258.

746

Velázquez, Informe, p. 34-35.

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Suit l’affirmation, désormais habituelle chez cet auteur, mais qui n’en reste pas moins toujours aussi gratuite, selon laquelle on aurait affaire à du « castellano » et non pas à du latin : « Aparte de que esta secuencia se lee en castellano y no en latín, donde habría que haber esperado Marias Caius maximus pontifex, tiene diversas incongruencias »747. Après quoi elle se lance dans une démonstration « historico-religieuse » : « A Si se trata de una persona debería haber sido C. Marius, es decir, Caius Marius, no al revés. Hablar de un maximus pontifex implica un título religioso que después adoptarán los emperadores y que nunca en la titulatura aparece de esta forma. Siempre en abreviatura PONT. MAX.748 Pero, en cualquier caso, en el orden inverso al que aquí se presenta ». Madame Velázquez est-elle cependant absolument certaine de ce qu’elle avance ? Car au VIe siècle le terme pontifice, orthographié sous cette forme, signifiait clairement, cela ne souffre, semble-t-il, d’aucune contestation, « évêque »749. Quant à Henrique Knörr, il écrit : « En cuanto a las inscripciones latinas, puedo confirmar lo dicho antes sobre pontifex. Antes de Sidonius, obispo de Clermont (s. V), Pontifex Maxiumus se aplica ya,en sentido irónico o en sentido propio, rastreando los múltiples textos de Tertuliano, en torno al año 200 »750. Madame Velázquez est-elle par conséquent absolument certaine de ce qu’elle avance ? Dans l’attente, le lecteur préfèrera certainement, jusqu’à y voir plus clair, en tirer la conclusion, réaliste, raisonnée et raisonnable, selon laquelle les dires, voire la « démonstration », de cet auteur demandent tout de même, et à tout le moins, à être en bien des endroits quelque peu éclaircis et approfondis et que donc pour l’instant il y a, pour dire le moins, « doute ». 65. CIPRIANO Velázquez : « En este contexto onomástico y ante las múltiples irregularidades existentes, la presencia de un nombre CIPRIANO en una fusaiola (11156, sector 5), como único nombre de tradición greco-latina característico del ámbito cristiano ― al margen de los citados de tradición bíblica o hebraica ―, resulta no sólo forzada »751. Mais, reconnaît-elle aussitôt : « ...aunque naturalmente habría sido posible pues Cyprianus es un nombre conocido ». Où est le problème alors ? « ...pero el problema viene de ser el único adscribible a la tradición cristiana, frente a los autores latinos paganos, a nombres como Octavio, Mario, Cayo, etc., citados »... L’argument est à vrai dire tellement inattendu, probablement un des plus insolites et byzantins auxquels on ait eu affaire jusqu’à présent, pourtant nombreux, et en outre tellement dérisoire que ce serait un véritable euphémisme que d’ajouter qu’il ne manquera certainement pas de laisser sceptique le lecteur. Suit alors, de façon encore plus inattendue, c’est dire... , une attaque en règle et, à n’en pas douter, des plus déroutantes qu’il nous ait été donné de lire jusqu’à présent, un véritable assaut frontal dirigé contre la profession des archéologues et tout particulièrement contre certaines des méthodes qui en découlent : « ...y en especial a que se haya querido por parte de los arqueólogos utilizar su constatación como término de datación y confirmación del yacimiento y de la presencia de cristianización, aludiendo a que se puede estar ante la mención explícita de Cipriano el obispo y mártir de la iglesia, en tiempos de

747

Bref, Madame Velázquez en appelle encore et toujours au latin classique et scolaire, d’où le caractère quelque peu lassant de certains de ses « commentaires-démonstrations ». 748

Encore et toujours une démonstration, une de plus, basée sur du latin classique et scolaire.

749

Väänänen, Introduction au latin vulgaire, p. 214, VII, n. 2.

750

Knörr, 2008, En torno a la datacion de las inscripciones vascas de Iruña-Veleia, p. 2.

751

Velázquez, Informe, p. 35.

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Diocleciano, habida cuenta de la fama e influjo de este obispo en la iglesia de Hispania cuando era aún dirigente de la iglesia de Cartago y, por supuesto, la devoción originada después de su muerte ». Et d’ajouter : « En dicha fusaiola, en la parte plana se lee : ANTONINO BALIO (o BAHO) y en la zona exterior DOMICIANO CIPRIANO PP. Tratar de justificar la mera presencia de este nombre en la fusaiola como elemento de datación de la misma, en directa referencia al obispo de Cartago, muerto en 258 d. C, y, por ende, como argumento de datación del yacimiento, resulta inaceptable metodológicamente, pero más aún, en la misma pieza donde se leen otros dos nombres ― que, por el mismo motivo, podrían ser referencias a personajes históricos ¿ los respectivos emperadores Domiciano y Antonino ?, entonces incongruentemente citados aquí ―, resulta insostenible, habida cuenta del conjunto onomástico que presentan estas piezas, según se ha expuesto ». Madame Velázquez ne prendrait-elle pas, en lançant de telles affirmations, quelques risques inconsidérés ? Car, en effet, quels sont les éléments lui permettant de prétendre que cela n’est pas le cas ? On ne le saura pas. Et quels sont d’autre part les éléments lui permettant de contester la validité de cette méthode archéologique dont elle fait mention, laquelle méthode, toujours selon elle, « resulta inaceptable » ? Mais pourquoi est-elle « inaceptable » ? On ne le saura pas non plus. Quels sont enfin les éléments permettant à Madame Velázquez de prétendre, par exemple, que « resulta insostenible », bref que « resulta inaceptable metodológicamente, pero más aún, en la misma pieza donde se leen otros dos nombres », à savoir ceux des, semblerait-il, « emperadores Domiciano y Antonino », lesquels, toujours selon Madame Velázquez, seraient « entonces incongruentemente citados aquí » ? Antonin, c’est-à-dire Antonin le Pieux, en latin Titus Aurelius Fulvus Boionius Arrius Antoninus, est un empereur romain ayant régné, on le sait, au IIe siècle de notre ère. En conséquence, pourquoi son nom ne pourrait-il pas apparaître dans les inscriptions « veleyenses » du IIIe siècle ? Quant à Domitien, en latin Imperator Caesar Domitianus Augustus Germanicus, il s’agit d’un empereur romain ayant régné au Ier siècle de notre ère ― à Veleia il pourrait également s’agir, à la rigueur la plus extrême, de Domitianus, en latin Imperator Caesar Domitianus Pius Felix Augustus, un officier romain qui au IIIe siècle de notre ère, vers 271 semble-t-il, se proclama empereur au sein de l’Empire des Gaules ou bien encore pourrait-il s’agir de Domitianus, dont le nom complet en latin était Lucius Domitius Domitianus, un usurpateur romain qui au IIIe siècle de notre ère, en 296, se rebella en Egypte contre l'empereur Dioclétien et sa réforme fiscale. En conséquence pourquoi un tel nom ne pourrait-il pas également apparaître dans des inscriptions du IIIe siècle ? On ne le saura toujours pas. Ce serait pourtant à Madame Velázquez de répondre à ces questions, fort simples au demeurant, étant donné que c’est elle qui lance le débat. 66. OCTAVIO Velázquez : « En el campo de la onomástica pueden hacerse otras observaciones de presencias ajenas a la tradición latina. No resulta esperable leer Octauio Augusto en el grafito 11419 (sector 12) ». Et, « una vez más », Madame Velázquez affirme sans sourciller qu’on a affaire à du « castellano » et non pas à du latin : « Una vez más con una grafía forzada y con el nombre castellano ». Et d’ajouter : « ...desde el punto de vista del contenido mismo, hay que indicar que Octavio Augusto es el nombre con el que actualmente designamos al emperador romano, pero nunca se le denomina así en

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latín. Antes de su adopción por César, el nombre es Caius Octauius Thurinus. Al ser adoptado por César tomó el nombre de éste : Caius Iulius Caesar »752. Suit alors un cours d’histoire des plus intéressants : « Fue después de la victoria en Accio sobre Marco Antonio en el 31 a.C. y después de hacerse con el poder absoluto de Roma cuando comenzó a adquirir ciertos títulos. En el 27 a.C. Octavio devuelve teóricamente al Senado y al pueblo de Roma los poderes extraordinarios que había detentado durante el segundo triunvirato y, después, en la época de la lucha contra Marco Antonio. A cambio de dicha devolución el Senado le reconoce la primacía personal, otorgándole el título de Princeps, y su auctoritas por encima de los demás, otorgándole el de Augustus, un término de origen religioso, antes atribuido sólo a Júpiter. Por este motivo Augusto pasará a recibir la titulatura imperial de Imperator Caesar Augustus ». Certes ! Tout cela est exact, à un détail près cependant comme on le verra par la suite, et nul saurait en effet contester à Madame Velázquez une érudition, dans le cas présent, bien maîtrisée, semble-t-il, sauf peut-être en ce qui concerne l’affirmation, manifestement en partie hâtive et tranchée, selon laquelle en effet « Octavio Augusto es el nombre con el que actualmente designamos al emperador romano, pero nunca se le denomina así en latín » et une conclusion ultérieure non moins hâtive et définitive selon laquelle « la secuencia “Octavio Augusto” es la forma abreviada de designarle modernamente ». Madame Velázquez est-elle absolument certaine de ce qu’elle affirme ? Car une lecture, même sommaire, de l’Histoire Auguste, et notamment d’un passage de Spartien où il est question de la vie de l’empereur Sévère, appelle à la plus grande des prudences. En effet, Elius Spartien753, dans sa biographie consacrée à Sévère et dédiée à l’empereur Dioclétien, dont il était manifestement, a-t-on supposé, le contemporain, cite à un moment donné dans son ouvrage l’empereur Auguste : « Sed quum in senatu esset, milites per seditionem dena millia poposcerunt a senatu, exemplo eorum qui Augustum Octavium Romam deduxerant, tantumque acceperant »754. Soit en français : « Tandis qu'il était au sénat, les soldats mutinés exigèrent de cette assemblée dix mille sesterces, à l'exemple de ceux qui avaient autrefois conduit Octave Auguste à Rome, et à qui l'on avait donné la même somme »755. Première constation : au IIIe siècle, on disait en latin (classique) Augustum Octavium, ce qui devait se prononcer en latin vulgaire, à n’en douter un instant, Augusto Octavio. En conséquence les affirmations, pour le moins catégoriques, de Madame Velázquez doivent être, semble-t-il, fortement nuancées. Il y a plus. Eutrope756, qui vécut au IVe siècle, écrit, dans son Abrégé de l'histoire romaine757 :

752

Velázquez, Informe, pp. 33-34.

753

Elius Spartien ou Ælius Spartianus serait, selon la tradition, l'un des six écrivains de l’Histoire Auguste consacrée à la vie de nombreux empereurs. Il aurait vécut au IIIe siècle, sous Dioclétien. Il est cependant admis depuis la fin du XIXe siècle, que cet auteur n'aurait jamais existé, pas plus que les cinq autres scriptores. Il s’agirait en réalité de pseudonymes, l'identité de l'auteur ou des auteurs réels de ce célèbres recueil de biographies de l’Antiquité étant inconnue. 754

Elius Spartien, Histoire Auguste - Sévère, VII.

755

La traduction en français est de Désiré Nisard, cf. Nisard, D., 1865, Les écrivains de l'histoire auguste, Eutrope, Sextus Rufus, Collection des Auteurs Latins, Ed. J. Dubochet, Paris.

756

L’historien romain Eutrope, en latin Flavius Eutropius, vécut au IVe siècle. Il connut les règnes des empereurs Constantin Ier, Julien, Jovien, Valentinien Ier, Valens, Gratien et Théodose Ier. Il participa, à l'expédition menée par Julien contre les Perses en 363. Son Abrégé fut écrit sous le règne de Valens, à une date indéterminée, probablement vers 370. 757

Liv. VII, 7, 8.

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« Ægyplus per Octavianum Augustum imperio Romano adjecta est, praepositusque ei Cn. Cornelius Gallus. Hunc primum Ægyptus Romanum judicem habuit ». Soit en français : « Octavien Auguste ajouta l'Egypte à I’Empire romain, et il en donna le gouvernement a Cn. Cornélius Gallus, qui fut le premier Romain que l'Egypte eut pour juge ». Ou encore : « Ita bellis toto orbe confectis, Octavianus Augustus Romam rediit, XII anno quam cos. fuerat ». En français : « L'univers ainsi pacifié, Octavien Auguste revint à Rome, douze ans après son premier consulat. A dater de cette époque, il gouverna seul la république pendant quarante-quatre ans »758. Ainsi c’est bien, et Madame Velázquez ne pourra certainement pas contredire le lecteur sur ce point, Octavianus Augustus que nous lisons chez Eutrope et Augustum Octavium dans l’Histoire Auguste. Madame Velázquez est-elle par conséquent, et au risque encore une fois de se répéter, est-elle en effet absolument certaine que l’« emperador romano » Octave Auguste « nunca se le denomina así en latín » ? Est-elle également absolument sûre qu’une forme populaire Octavio Augusto n’a jamais pu existé en latin vulgaire ? Le lecteur, spécialiste ou simple curieux, aura lui en revanche le droit d’en douter. 67. A propos du « latίn bίblico, latίn vulgar y protorromance » Nous citerons à nouveau à présent un auteur de premier plan, et les auteurs cités jusqu’à présent dans le cadre de nos commentaires sur les inscriptions de Veleia ne nous contredirons pas sur ce point, autrement dit Angel Lόpez García dont on a déjà mentionné les travaux qui font autorité759 et que Gorrochategui et Velázquez, sans même avoir à mentionner les autres commentateurs, ne citent pourtant à aucun moment... pas même dans leur bibliographie. Citons en effet quelques passages de cet ouvrage, on ne peut plus intéressant à bien des égards. Il commence par citer deux passages de deux textes du IVe siècle, la Peregrinatio ad loca loca santa d’Egeria, dont nous avons déjà parlé au début de nos commentaires, et un passage de la Vulgate (Luc, 2, 1-14). Après quoi, il constate : « Como se puede ver, este texto y el de la Peregrinatio, ambos del siglo IV d. C., pertenecen al mismo universo lingüístico »760. Et d’ajouter : « El orden de el mismo y, además, coincide con el de las lenguas románicas hasta extremos verdaderamente sorprendentes ». Quelques pages auparavant, il note déjà à propos d’un autre passage de la Vulgate écrite par saint Jérôme : « Cuando se examina la versión que San Jerónimo hizo de la Biblia, esto es, la Vulgata, se advierte que el texto de dicho documento, en el que propiamente hunde sus raíces el llamado latin cristiano, no sólo es protorrománico, sino prácticamente romance por lo que respecta a su estructura textual »761. Il poursuit : « Esto puede advertirse en cualquier pasaje tomado aleatoriamente, largo o breve, de una parte o de otra ». Après quoi, il cite un autre long passage de la Vulgate (Rois, III.3, 16-28) : 758

Il existe dans l’ouvrage d’Eutrope plusieurs autres exemples qu’il n’y pas lieu de citer ici.

759

Lόpez García, A., 2000, Cόmo surgiό el español : introducciόn a la sintaxis histόrica del español antiguo, Ed. Gredos, Madrid.

760

Lόpez García, op. cit., p. 27.

761

Lόpez García, op. cit., pp. 20-23, § 1.3. : « La sintaxis de la Vulgata como sintaxis protorrománica ».

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« Tunc uenerunt duae mulieres... , etc., “alors vinrent deux femmes... ”, etc. ». Et de conclure : « He aquí un texto impresionante. No hay duda que se trata de latín ». Et pourtant, note-t-il : « Y, sin embargo, el pensamiento de San Jerónimo ya no transcurre por cauces latinos, y eso que estamos todavía en el siglo IV. Se trata de un pensamiento plenamente romance, y de ahí que podamos seguirlo palabra por palabra prácticamente sin alteración alguna ». Et d’ajouter : « ¿ Debemos concluir de aquí que la sintaxis románica comienza a finales del siglo IV d. C. con la obra de San Jerónimo ? Sí y no : comienza con la Vulgata y aun puede decirse que había comenzado antes con las primeras versiones latinas de la Biblia ― la llamada Vetus Latina ―, pero no con Jerónimo como autor ». Le plus étonnant dans cette affaire concernant le latin de Veleia est que Madame Velázquez elle même reconnaît pleinement ce fait : « (...) el nivel de vulgarismos que muestran [ces inscriptions de Veleia] [hace suponer]762 que estaríamos no ya ante una lengua muy evolucionada, sino prácticamente romance, al menos al nivel fonético-morfológico y en algún caso sintáctico ». Et d’ajouter, de façon quelque peu inattendue car manifestement en nette contradiction avec tout le reste de sa démonstration selon laquelle ce type de « lengua muy evolucionada » aurait pourtant été absolument impossible dans la Veleia du IIIe siècle, bref d’ajouter : « ...aunque en algún caso tuvieran cabida a nivel de la lengua hablada »763... Il semblerait y avoir là en effet un début de... contradiction, pour dire le moins. Effrayée alors par l’audace dont elle vient de faire preuve, une audace qui il est vrai pourrait accréditer, voire accrédite tout simplement l’authenticité de ces inscriptions, elle ajoute aussitôt en note de bas de page : « Aunque algunos errores son, sencilla y llanamente, impensables e ilógicos »764. Madame Velázquez sera encore une fois parvenue à s’extraire, quoique cette fois-ci véritablement in extremis et de façon fort laborieuse, des contradictions où elle même a tendance à s’enfermer toute seule. On voit à travers ces quelques passages, tirés d’un ouvrage écrit par linguiste faisant véritablement autorité en la matière, à quel point il faut se méfier des apparences, dans le domaine de la langue en particulier comme dans bien d’autres au demeurant. C’est pourquoi la prudence et le scepticisme les plus extrêmes s’imposent. Lorsque Gorrochategui, Velázquez, Ciprés, Yanguas, pour ne citer que les principaux auteurs concernés par cette affaire, répétent à longueur de commentaires que les inscriptions trouvées à Veleia « sonnent » souvent et indubitablement à de l’« español », ce qui est effectivement la plupart du temps le cas, mais ajoutent aussitôt, faisant preuve d’un manque de prudence qui à ce niveau de la recherche pourra étonner, que cela constitue par conséquent une des principales « preuves » montrant que ces inscriptions doivent immanquablement et obligatoirement résulter d’une (grossière) falsification, le lecteur, spécialiste ou simple curieux, est parfaitement en droit de se montrer dubitatif. Ces auteurs font véritablement preuve d’une vision des plus simplistes, et même d’une simplisme plus qu’inattendu à ce niveau, au risque de se répéter, de la recherche, et l’ouvrage de López García cité ci-dessus ne peut que nous renforcer dans nos convictions et notre scepticisme le plus marqué face à bien des commentaires, des plus singuliers à n’en pas douter, de ces auteurs, et en conséquence leur vision, explications et arguments ne peuvent être que difficilement recevables, quand bien même ferait-on montre à leur égard d’une grande bienveillance, dans le cadre d’une démarche de recherche se prétendant scientifique. 762

Il manque en effet un élément à cette phrase de Madame Velázquez, probablement une faute d’inattention.

763

Velázquez, Informe, pp. 23-24.

764

Velázquez, Informe, p. 24, n. 9.

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Le propos pourra paraître sévère mais il n’en reste pas moins qu’il est scrupuleusement adapté à la situation, absolument extraordinaire, découlant de la découverte de ces inscriptions et à la teneur des commentaires, d’une sévérité sans égal et véritablement des plus singuliers, tant au niveau de la forme que du fond, que ces auteurs, principalement Gorrochategui, Lakarra et Velázquez, tiennent à l’endroit des archéologues à l’origine de ces découvertes. 68. Les « conclusions » de Velázquez, Gorrochategui et Lakarra En lisant les conclusions de ces auteurs on perçoit rapidement, même après une lecture rapide et sommaire, inutile de préciser par conséquent que cette perception se renforce dès lors qu’on procède à une lecture des plus attentives, ce qui notre cas, quelques contradictions sur le fond, ce qui ne manquera pas d’étonner, mais également on constate qu’il se dégage de tout cela un certain flou, qui n’a rien d’artistique, et a plutôt tendance à laisser le lecteur, neutre, impartial et bienveillant, franchement dubitatif. Quelques exemples. Velázquez : « Después de lo tratado en este estudio, debo volver al planteamiento inicial del mismo. Los argumentos aquí expuestos vienen a corroborar que el conjunto de los grafitos de Iruña-Veleia analizados, básicamente los hallazgos de los años 2005 y 2006, carecen de validez en cuanto a la cronología a la que se han adscrito, es decir, a la posibilidad de fechación en el s. III d. C, ni tampoco a siglos inmediatamente cercanos »765. Elle ajoute : « Esto no quiere decir que no pueda haber algunos auténticos antiguos, pero, en todo caso, pertenecen a otras campañas de excavación anteriores ». Mais aussitôt : « ...dentro de las cuales también pueden detectarse algunas irregularidades, no obstante »766. Gorrochategui : « Estoy convencido de que la mayoría del material hallado en años anteriores es auténtico »767. Ces auteurs ne sont pas manifestement d’accord entre eux. Velázquez : « Un conjunto como el de Veleia, a juzgar por los restos arqueológicos y el conjunto de edificaciones que se observan, responden a un emplazamiento humano importante que, a buen seguro, tendría múltiples manifestaciones escritas ». Elle ajoute : « No en vano, el mundo antiguo se ha denominado “la civilización del epígrafe”, de ahí que podamos esperar todos que, sin duda, se encontrarán manifestaciones de la cultura escrita de Veleia »768. Cela est en contradiction avec ce que dit Gorrochategui dans son introduction (cf. supra, § 1). Gorrochategui : « Tras los comentarios anteriores queda absolutamente claro para quien esto suscribe que... ». 765

Velázquez, Informe, p. 38.

766

Mais que signifie véritablement cette phrase ? Que les inscriptions découvertes au cours des « campañas de excavación anteriores » seraient également, selon elle, des faux ? Bref, des « campañas de excavación anteriores »... Mais lesquelles ? Des « campañas de excavación anteriores » au cours desquelles on aurait détecté, toujours selon cet auteur, « algunas irregularidades »... Certes, mais lesquelles ? Madame Velázquez en dit soit trop soit pas assez et le lecteur aimerait bien avoir quelques éclaircissements supplémentaires à ce sujet. 767

Gorrochategui, Dictamen, p. 31.

768

Suivent quelques considérations convenues et des propos de type humaniste : « Por ello, deseo, si se me permite, concluir mi informe, haciendo un llamamiento a la Diputación Foral de Álava y a las autoridades políticas y académicas, así como a cuantas instituciones se hallan implicadas en el estudio de Veleia, para que, a pesar de la situación que el conjunto de grafitos pueda haber provocado y con independencia de que éstos no resulten válidos, se siga apostando por las excavaciones y el estudio sistemático y riguroso de Veleia, porque es un enclave de la Antigüedad de importancia maxima ».

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tous les... « ...todos los óstraca hallados en Iruña-Veleia durante las campañas de 2005 y 2006 »... qui... « ...que han sido objeto de este estudio, no corresponden a la Antigüedad, siendo por consiguiente falsos »769. Quelques lignes plus loin : « Ahora bien, hay casos en los que uno duda sobre la autenticidad o no de la pieza ». Et de citer l’exemple suivant : « Así, en algunas fichas se han inscrito abecedarios. Hay ejemplos de abecedarios en otros lugares del Imperio y su presencia en Iruña no sería nada extraña ». Pourtant quelques lignes auparavant il écrit que « todos los óstraca hallados en Iruña-Veleia » sont faux... Il déclare en effet, catégorique : « El convencimiento de hallarse ante una falsificación... » « ...es total... » « ...sin existencia de duda ninguna »770. C’est ce qu’on appelle être catégorique et contradictoire... Gorrochategui, à propos des inscriptions en langue basque : « Y por razones arriba indicadas, es aún mucho más firme en los casos de los óstraca latinos que en los vascos ». Lakarra : « quiero hacer constar explícitamente que la imposibilidad de autenticidad de los supuestos materiales lingüísticos vascos examinados no es ni casual, ni parcial, ni dudosa y además, que no se refiere sólo a la época que pudiera ir del III al V, p.ej. »771. Il ajoute : « Tales materiales tampoco presentan ninguna posibilidad de corresponder al s. IX, ni al XI, al XVI, al XVIII o al XIX ». Bref, en dehors du fait que ces deux auteurs ne semblent pas manifestement être d’accord entre eux, ces « materiales lingüísticos vascos » ne correspondraient, selon Lakarra, à rien... ni à aucune époque. Pourtant quelques pages plus loin, il écrit : « Realmente, es difícil encontrar de manera tan concentrada — era imposible hacerlo antes de diciembre de 2003 y sigue siéndolo aún hoy en cualquier otra obra que no sea el excelente [sic] y útil Euskera arcaico772 - todos los particularísimos rasgos morfosintácticos veleyenses señalados en el apartado correspondiente del informe »773. 769

Gorrochategui, Dictamen, p. 30.

770

Dans sa conclusion il écrit également, Dictamen, p. 31 : « Incluso si no tuviéramos argumentos concretos para la atribuir la falsedad a cada uno de los óstraca aparecidos (cuestión que como digo dista de ser real), con solo tener seguridad absoluta para uno de ellos, se derrumbaría todo el trabajo interpretativo de la estratigrafía propuesta así como de todas las interpretaciones históricas derivadas de ella, quedando todo el conjunto bajo sospecha »... « Es decir, se aplica una especie de regla de transitividad, que afecta solidariamente a todos los elementos aparecidos en el estrato ». La suite, non moins extravagante : « A veces se tiene la sensación de que el impostor ha escrito su texto sobre letras antiguas (o reaprovechándolas), como me parece ser el caso n° 11139, del sector 5. 7 ».

771

Lakarra, Informe, pp. 25-26.

772

Il écrit en bas de page : « En realidad, supongo que la distribución general en librería empezaría varios meses más tarde (particularmente en Vitoria), cumplido el trámite tradicional de las editoriales de su presentacion a comienzos de diciembre en la “Feria del Libro y Disco Vasco” de Durango »... Ces commentaires sont absolument extravagants dans le monde de la recherche, en France du moins. 773

Lakarra, Informe, p. 31.

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Bref, il écrit l’inverse... Gorrochategui : « Aunque parezca que los hallazgos sean revolucionarios, lo son solamente de un modo aparente »774. Pourquoi ? « [Parce que] [e]n el fondo no hay ningún dato realmente novedoso, que sirva para avanzar en el conocimiento de parcelas desconocidas hasta ahora, tanto desde el punto de vista de la lengua como de la historia ». Et : « Todos los hallazgos nos remiten a situaciones conocidas ». Lakarra : « Téngase en cuenta que junto a lo anterior hallamos en la scripta veleyense “errores singulares” que lo alejan de cualquier lengua humana »... Puis le lecteur a droit à ce qui ressemble fortement à une contradiction, une de plus, de Gorrochategui : « Consiguientemente, aunque no haya en muchos casos prueba irrebatible de falsedad para muchos de estos grafitos consistentes en pocas letras o simples rayas, el hecho de que el yacimiento esté totalmente plagado de textos falsos arroja una enorme duda sobre ellos ». En effet, ce n’est pas d’une grande clarté. Car ces preuves définitives existent-elles oui ou non ? D’après Gorrochategui la plupart du temps elles... n’existent pas : « ...aunque no haya en muchos casos prueba irrebatible de falsedad [para muchos de estos grafitos] ». Donc ces preuves n’existent pas... Mais aussitôt après, il souligne le fait que... : « ...el hecho de que el yacimiento esté totalmente plagado de textos falsos arroja una enorme duda sobre ellos ». Bref, le flou le plus complet semble régner. Ou encore : « Uno puede llegar a pensar que los falsificadores han podido crear muchos grafitos banales para dar la impresión de una gran abundancia de epigrafía sobre instrumentum ; algo así como el excipiente en el cual envolver los óstraca ». Mais Gorrochategui dispose-t-il de véritables preuves démontrant ce qu’il insinue ? On ne le saura pas. Gorrochategui : « En mi opinión no hay conocimiento nuevo en estado puro »775. Il ajoute, lucide, presque sincère : « Soy consciente de que los comentarios y argumentos previamente aducidos muestran mi actitud crítica ante estos extraordinarios hallazgos »... C’est vrai, reconnaît-il alors : « Es verdad que la existencia de cristianos euskaldunes en el s. III d. C. en Álava sería un dato importante, pero no revolucionaría ningún ámbito de la Historia ; que en un grafito tengamos escritos el nombre de Jesús, José y María (o Miriam) puede ser importante en el mercado de las piezas arqueológicas singulares ». Mais... « ...pero no aporta nada a nuestro conocimiento general »776...

774

Gorrochategui, Dictamen, p. 30.

775

Gorrochategui, Armas, p. 21.

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Gorrochategui mesure-t-il toujours la portée réelle de ses écrits ? Le lecteur aura le droit d’en douter. Il poursuit : « Se han aducido argumentos en favor de la antigüedad de los hallazgos, básicamente dos : la estratigrafía arqueológica, al parecer clara, de los hallazgos y los análisis de laboratorio que han medido las pátinas de superficies y surcos ». Il ajoute : « Estos dos argumentos, especialmente el segundo, se han presentado como evidencias, ante las cuales las demás disciplinas deben ceder cambiando sus conclusiones y hasta sus principios ». Et de protester alors, le plus sérieusement du monde... : « Yo no estoy de acuerdo con ese modo de pensar, y mucho menos en este momento de la investigación ». Les lecteurs avaient cru en effet le deviner. La suite du propos paraît raisonnable, au début du moins : « Las pruebas deben ser independientes, y solamente al final del necesario trabajo interdicisciplinario podrá llegarse a una conclusión. Es de esperar que en algunas cuestiones todas las disciplinas lleguen a acuerdos mínimos y seguros ». Mais... « ...pero si ello no fuera así en todos los casos, me toca reivindicar la prelación de la filología para las cuestiones que afectan a la filología, ya que es ésta la que tiene que responder de manera coherente dentro de sus principios metodológicos a los problemas planteados por los textos ». Gorrochategui est-il sérieux (et quelque peu prétentieux... ) ou est-ce simplement de l’humour ? La suite du propos est absolument inattendue, pour dire le moins : « De todas maneras, como siempre hay gente que cree en la debilidad de las humanidades frente a los argumentos incontestables de la física »777... Et d’enchaîner aussitôt : « ...quisiera ahora, como pobre homenaje a Koldo Mitxelena cuya afición a las matemáticas era de sobra conocida, recurrir a la ayuda del cálculo de probabilidades »... Une sourde inquiétude commencerait-elle à gagner le(s) lecteur(s) ? La suite du propos ne risque pas de le(s) rassurer : « A lo largo de mis comentarios, he ido señalando un índice aproximado — evidentemente subjetivo y sometido al parecer de los colegas —, de probabilidad de aparición de cada uno de los temas tratados ». Où veut-il en venir ? « Decía que los óstraca no suponen más del 3% de los grafitos hallados ; no le daba al calvario más de 1% de probabilidad, otro 1% a la mención de los faraones y Nefertiti ; otro 1 % al óstracon de Eneas, por su grafía y flechas ; quizá un 5% a la existencia de nominativos sin -s ». Il ajouter : « ...y creo que soy muy generoso »... Le propos qui va suivre à présent est, en pesant les mots au plus près, absolument... extravagant, du moins dans le monde de la recherche tel qu’on le conçoit en France : « En concreto sería el producto de las probabilidades señaladas : es decir 3/100 x 1/100 x 1/100 x 1/100 x 5/100 : 15/1010 o quince entre diez mil millones »778...

776

Gorrochategui, Armas, p. 21.

777

Gorrochategui, Armas, p. 22.

778

Dans son Dictamen, p. 30, Gorrochategui s’était déjà improvisé... statisticien : « El cálculo de probabilidades también apoya claramente la conclusión de que estamos ante una impostura ». Ou encore : « ...la probabilidad de que aparezcan todas esas piezas juntas en un solo estrato arqueológico es el producto de las ínfimas 214


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Conclusion de l’auteur : « A la vista de este cálculo, no parece que la Filología y la Lingüística Histórica sean demasiado dogmáticas si por el momento siguen manteniendo los logros alcanzados en los dos últimos siglos tras minuciosos estudios y piden que las denominadas evidencias analíticas [des laboratoires] sean sometidas a contraste y crítica ». Laquelle ? La sienne... ? 69. Conclusion M. de Lapalisse, s’il avait vécu à notre époque et avait entendu parler de cette extraordinaire affaire de Veleia, n’aurait certainement pas manqué de réagir. Et qu’aurait dit l’excellent M. de Lapalisse à propos de celle-ci ? Il aurait, à n’en pas douter, déclaré au monde : « Mesdames, Messieurs, il n’existe que deux possibilités : soit il s’agit d’une falsification, soit il ne s’agit pas d’une falsification ».... Admettons un instant qu’il s’agisse d’une falsification. S’il s’agit de cela alors, par quelque endroit qu’on examine la question, l’observateur, neutre et impartial, se trouvera contraint d’admettre que le niveau de connaissance, l’érudition même, au sens premier du terme, des présumés falsificateurs est supérieure à celle de Gorrochategui et à celle de ses collègues... En effet par quelque endroit qu’on puisse examiner l’affaire, on aboutit toujours au même constat... Et un silence s’installe alors dans l’auditoire... Cette hypothèse, faisant des présumés faussaires de véritables puits d’érudition, est-elle en effet envisageable ? Et pourquoi pas ? Pourquoi, ne manquerons pas de lancer quelques observateurs goguenards, un petit sourire narquois sur les lèvres, pourquoi en effet ne pourrait-on pas envisager que les présumés faussaires aient véritablement eu une érudition, bref possédé un niveau de connaissance supérieur à celui de tous ces auteurs, dont Gorrochategui est la figure de proue ? En ce qui nous concerne, malgré toutes les réserves que nous inspirent les dires et les écrits de Gorrochategui et ceux de la plupart de ses collègues, nous nous refusons catégoriquement à prendre en compte une telle hypothèse de travail et ce n’est certainement pas ces auteurs qui nous contrediront sur ce point. Si cette hypothèse nous paraît à ce point invraisemblable, c’est tout simplement parce que celle-ci est véritablement extravagante ! Cela constituerait de surcroît une véritable humiliation pour Gorrochategui et ses collègues. Cela est par conséquent, en pesant les mots, impossible : le niveau de connaissance d’hypothétiques falsificateurs ne peut en aucun cas avoir été supérieur à celui de tous ces auteurs. Mais alors, où se trouve la véritable explication concernant cette affaire, disons-le désormais sans ambages « tragico-comique », de Veleia ? La seule explication raisonnable, la seule conclusion sérieusement envisageable est qu’il ne peut dès lors en aucun cas s’agir d’une falsification. Ces inscriptions doivent donc être authentiques comme l’avait pressenti dès le début Henrike Knörr, disparu trop tôt malheureusement, un auteur dont les compétences en basque, fût-il « proto- », et en latin, n’étaient en rien inférieures à celles de Gorrochategui et Lakarra. La réaction de Gorrochategui et de certains de ses collègues, une réaction la plupart du temps inattendue, souvent démesurée, quelques fois acerbe, parfois même révélatrice d’une hostilité des plus insolites envers les archéologues, s’expliquerait alors simplement par le fait que certaines des probabilidades de cada una de ellas : es decir de 1/10 elevado a un número grande de potencia »... « ...pongamos »... Et d’ajouter aussitôt, le plus sérieusement... du monde : « ...1/10100 6 »...

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certitudes « (proto)-historico-linguistiques » auxquelles ces auteurs se raccrochaient religieusement depuis des lustres se retrouvent à la suite de ces découvertes en partie anéanties du jour au lendemain, bref se sont subitement effondré laissant nos auteurs totalement désemparés779. Et cela, c’est tout à fait humain, ces auteurs, tout particulièrement Gorrochategui et Lakarra qui affichent souvent bien des prétentions qui peuvent faire sourire780, ne peuvent manifestement l’accepter sans protester781. Revenons un instant aux nombreuses incohérences que présente le raisonnement des partisans de la thèse de la falsification. Lakarra, par exemple, on l’a vu au début de nos commentaires, déclare au monde782 : « Personne n'a mis en doute que les pierres [litt., c'est-à-dire les objets trouvés] soient du IIIe siècle, ce sont les inscriptions qui ne le sont pas. Les preuves tirées du carbone [14] n'ont, en conséquence, aucune valeur dans ce débat [linguistique]. La polémique ne porte pas sur la date des objets, personne ne conteste qu'ils soient du début de notre ère »783. Mais alors, comment et quand ces inscriptions sont-elles arrivées sur ces objets d'époque ? Lakarra ne le dit pas. Il n’existe cependant que deux possibilités. 1) Les présumés faussaires ont trouvé ces objets d’époque romaine à une date indéterminée (mais quand ?), les ont extrait du sol (mais comment ?), ont procédé à la rédaction des inscriptions (mais où ? Et encore une fois comment ?) puis ont procédé à nouveau au « réenfouissement » (mais ici aussi la question sera : quand ? Quelques jours après ? Quelques mois après ? Et comment s’y sont-ils pris ?) de tous ces objets, désormais falsifiés, sans que les archéologues les ayant découverts par la suite s’aperçoivent à aucun moment de la supercherie, c’est-à-dire du fait que ces objets avaient fait

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Gorrochategui nous fait part de ses états d’âme, faisant même preuve d’une sincérité désarmante, presque coupable, lorsqu’il écrit dans son Dictamen, pp. 4-5 : « Pero mi asombro por el hallazgo de los textos vascos empezó a convertirse en preocupante inquietud y perplejidad a lo largo de la semana del 8 al 15 de junio : la visión fugaz de algunos óstraca latinos durante la presentación oficial y una segunda visita más pausada al yacimiento, en compañía de H. Knörr, para preparar la rueda de prensa del día 15 de junio, me suscitaron muchas cuestiones inquietantes sobre la naturaleza de los grafitos. Una profunda y obsesiva reflexión [sic... ] sobre todo lo visto durante esa semana me llevó a la convicción de que no era en absoluta segura la interpretación ofrecida por el Equipo de Iruña-Veleia y que había posibilidades reales de hallarse ante un fraude (...) tras una larga reflexión me sentí en la responsabilidad de expresar públicamente mis dudas sobre los hallazgos: publiqué en El Correo (18.11.2006) el artículo titulado Los asombrosos hallazgos de Iruña-Veleia, en el que me limitaba conscientemente a unas reflexiones de carácter general. Como algunos de los argumentos que utilizaré en este Dictamen estaban ya en ese trabajo, lo adjunto como documentación anexa y será citado en lo sucesivo como “Hallazgos”. El Equipo de Iruña-Veleia volvió a proclamar su convicción en la autenticidad de los hallazgos a través de un manifiesto1 (24-11-206), en el que se remitía a argumentos estratigráficos y a validaciones analíticas hechas en prestigiosos laboratorios ». 780

Lorsque, par exemple, Gorrochategui intitule l’une de ses conférences « Las Armas de la Filología », soit en français « Les armes de la philologie », intitulé quelque peu martial, il affiche clairement la prétention, que Lakarra accepte sans sourciller, bref il prétend le plus… sérieusement du monde que non seulement les analyses linguistiques constituent en réalité une… arme mais en outre que ces analyses, et tout particulièrement les siennes… , ont et auront toujours plus de valeur que toutes les analyses effectuées en laboratoire, fussent-ils les plus prestigieux. En effet, on appelle cela une prétention. 781

Mais il s’agit là désormais d’un sujet qui serait plutôt du ressort de la psychanalyse que de la recherche et par conséquent il ne concerne en rien les sujets « linguistico-historiques » dont il est question ici.

782

Déclarations publiées, on le sait, dans le quotidien en langue basque Berria du 26 novembre 2008.

783

Certes ! Mais ce n’est pourtant pas ce qu’avance son collègue Gorrochategui qui lui, comme cela a déjà été souligné au cours de nos commentaires, conteste carrément (est-ce de l’inconscience de la part de cet auteur ? Ou simplement un manque de discernement dû à un moment d’égarement ? Un moment né d’un sentiment de toute-puissance ?) la validité même des techniques d’analyses menées dans les divers laboratoires internationaux sollicités. Lakarra, lui en revanche, ne conteste pas la validité des techniques d’analyses des objets mais uniquement la validité des techniques d’analyse... concernant les inscriptions que ces mêmes objets contiennent. On ne savait pas capable Lakarra de telles subtilités byzantines...

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l’objet au préalable d’un nouvel enfouissement. Mais comment des archéologues professionnels n’auraient-ils pas pu s’apercevoir que ces objets avaient l’objet d’un nouvel enfouissement ? En outre, cette hypothèse fourmille d’incohérences. Imaginons en effet que cette prétendue falsification ait eu lieu au début du XXe siècle, par exemple en 1910, mais pourquoi les présumés faussaires se seraient-ils donné autant de mal ? Pour que leur falsification soit découverte un... siècle plus tard ! Bref, à une époque à laquelle nos hypothétiques falsificateurs seraient déjà probablement, certainement même, tous morts depuis belle lurette... Admettons maintenant que cette prétendue falsification ait eu lieu après 1975, comme semble l’insinuer Gorrochategui784, bref entre 1975 et 1980. Nos hypothétiques faussaires auraient alors patiemment attendu une... trentaine d’années avant que leurs « exploits » soient mis à jour. C’est qu’on appelera avoir de la patience... Cet ensemble d’hypothèses explicatives est tout simplement invraisemblable, personne n’y croit vraiment, pas même... Gorrochategui et Lakarra, c’est dire à quel point celle-ci ne peut être sérieusement retenue ! 2) La prétendue falsification a eu lieu immédiatement après la découverte de ces objets d’époque. C’est cette hypothèse que retiennent clairement, c’est-à-dire qu’ils insinuent en réalité sans prendre la moindre précaution d’usage Gorrochategui et surtout Lakarra, ce qui à un tel niveau de la recherche laisse interdit l’observateur extérieur785. Mais cette dernière hypothèse butte principalement sur deux obstacles. Le nombre de pièces ayant été, d’après cette insolite « théorie du complot », prétendumment falsifiées s’élèvent en effet à... plusieurs centaines (une cinquante pour les inscriptions basques et plusieurs centaines pour les latines, en tout et pour tout un bon millier, semble-t-il, de pièces... ) ce qui signifie donc, et en ne prenant en compte que cinq cents pièces, que les présumés falsificateurs auraient dû travaillé d’arrache-pied et à la « à la chaîne », si ce n’est du levé au couché du soleil, à tout le moins une bonne dizaine d’heures par jour... , et cela pendant au moins, dans le meilleur des cas, une douzaine de jours... , sinon plus, la falsification d’une seule pièce nécessitant en effet, et encore une fois dans le meilleur des cas, au moins entre dix et vingt minutes de travail, probablement plus. Mais comment dans ces conditions ces « stakanovitch de la falsification » auraient-ils pu mener leur malveillante entreprise sans être à aucun moment repérés et découverts ? Ni Gorrochategui ni Lakarra ni personne d’ailleurs n’est capable d’apporter ne serait-ce que le début d’une réponse à cette question, pourtant d’une grande simplicité. Mais le principal obstacle, le seul, le vrai, celui qui laisse véritablement bouche-bée tout observateur neutre et impartial, si ce n’est tout un auditoire, est celui qui veut que les présumés 784

Gorrochategui, Dictamen, p. 31 : « ¿ Se puede avanzar algo sobre la fecha de la falsificación ? Esta es una cuestión distinta de la que se pedía en el planteamiento inicial, pero íntimamente ligada con ella. En mi opinión, la falsificación es contemporánea, no anterior al s. XX (...) Una concreción temporal mayor dentro del s. XX es difícil a partir de las propias piezas ». Et l’auteur d’ajouter alors cette remarque, extraordinaire : « Solamente argumentos indirectos me hacen pensar que la falsificación no remonta a mucho atrás. En primer lugar, que nada semejante haya aparecido en las excavaciones anteriores, especialmente en las extensas de G. Nieto de los años 50 y en las de Elorza en el sector III durante 1974-75, proporciona una clara fecha post quem ». Mais en quoi le fait « que nada semejante haya aparecido en las excavaciones anteriores, especialmente en las extensas de G. Nieto de los años 50 y en las de Elorza en el sector III durante 1974-75 » constitue-t-il un argument ? » 785

Mais alors dans ce cas qui aurait pu procédé à cette prétendue falsification si ce n’est les propres archéologues ! L’accusation, à peine voilée, de Gorrochategui et Lakarra est d’une clarté et d’une gravité qui surprend. Disposent-ils cependant de preuves ? Et si oui lesquelles ? Nous ne savons pas ce qu’il en est en Espagne. Mais en France du moins, il semblerait acquis que de telles insinuations publiques, des insinuations figurant de surcroît par écrit dans des rapports officiels, rapports rendus, on le sait, publics par les autorités politiques de la province, des insinuations réitérées en outre publiquement et à plusieurs reprises devant divers médias, seraient probablement, quoique cela reste à vérifier par des hommes de loi, passibles de poursuite pour diffamation. Car en France, au risque de s’abîmer dans des évidences élémentaires, on ne peut accuser sans preuve, fût-ce au moyen d’insinuations voilées, une personne ou un groupe de personnes.

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faussaires aient possédé, on l’a dit, mais comment s’empêcher de le redire tellement cela est inattendue, « excellent » diront même les méchants et les ironiques, bref que les présumés falsificateurs aient eu un niveau de connaissance supérieur à celui de Gorrochategui et des autres auteurs partisans de la thèse de la falsification. Et si cet obstacle paraît indépassable, c’est qu’il est véritablement indépassable ! Il y a enfin un dernier point qui doit être abordé, ne serait-ce que sommmairement. C’est l’attitude on ne peut imprudente, pour dire le moins, dont ont fait preuve la plupart de ces auteurs ayant été amenés à rédiger les fameux rapports officiels. Mais pourquoi se sont-ils avancés, sabre au clair, lançant à tout-va affirmations catégoriques et définitives et autres insinuations du plus mauvais effet, sans la moindre preuve et précaution, comme cela est pourtant l’usage dans le monde de la recherche en sciences humaines, telle qu’on la conçoit du moins dans nos sociétés occidentales contemporaines, pourquoi en effet avoir pris le risque de se fourvoyer d’une façon si peu glorieuse ? Pourquoi en effet ne pas s’être ménagé une porte de sortie ou issue de secours, une possibilité de faire marche arrière, autrement dit de revenir sur leurs pas ou plutôt sur leurs écrits, bref une possibilité de sauver la face, dans l’éventualité où la roue de la fortune tournerait... , on ne sait jamais, comme le font au demeurant presque toujours, sinon toujours, tous les auteurs en sciences humaines, bref, pourquoi avoir pris autant de risques inconsidérés ? Ces auteurs ne craignent-ils pas à présent de voir leur réputation durablement ternie ? C’est en cela également que cette affaire de Veleia, qui fera, à n’en pas douter un instant, date, est extraordinaire. 70. Et maintenant ? Si cette affaire de Veleia fera assurément date, personne ne peut plus désormais en douter, elle semble également partie pour durer longtemps. En effet, lorsqu’on sait que la polémique des manuscrits de la mer Morte a duré une quarantaine d’années... il y a tout lieu de croire que celle de Veleia, quoique de moindre ampleur, durera elle aussi également encore quelques années, pour dire le moins. Ce sont les fameux rapports dont il a été question tout au longs de nos commentaires, rapports destinés pourtant à l’origine à clôre définitivement le débat, qui sont finalement les principaux responsables de cette situation. Ils n’auront fait finalement, par suite principalement des lacunes et parfois même des erreurs flagrantes qu’ils contiennent, que jeter de l’huile sur le feu. Contrairement à Gorrochategui, qui affiche des prétentions exagérées qu’il n’est pourtant pas en mesure de tenir, nous ne croyons pas que l’analyse linguistique, pour précise et talentueuse qu’elle puisse être, puisse véritablement être une arme permettant de terrasser de façon définitive le doute et de faire le poids face aux analyses menées en laboratoire. Gorrochategui affirme de façon catégorique qu’il s’agit d’une falsification. Nous, contrairement à lui, nous n’affirmerons jamais, et encore moins de façon définitive, que ces inscriptions soient indiscutablement authentiques car nous ne pensons pas que la linguistique et les sciences humaines en général puissent apporter une solution définitive à ce type d’affaire. Cela étant, il n’en reste pas moins que nous aurons la faiblesse de croire que les arguments plaidant en faveur de leur authenticité sont relativement nombreux, comme sembleraient en effet le laisser penser notre démonstration, relativement longue et la plupart du temps fort détaillée, et nous aurons également la faiblesse de croire que certains des arguments que nous mettons en avant pourront même avoir un certain poids, parfois même considérable on nous le concèdera, les rendant difficilement négligeables. Il faudra probablement approfondir certains points, des points théoriques et relativement techniques que n’avons pas pu par manque de temps et de place traiter comme ils l’auraient certainement mérités de l’être. Mais si ce n’est nous, ce sont, à n’en pas douter un instant, d’autres auteurs qui auront à coeur de continuer, au cours des années à venir, ce travail de recherche indispensable. Cela ne fait aucun doute. Nos commentaires n’ont d’autre ambition que celle de clarifier le débat et de permettre la mise en

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route de futures études, et il est à souhaité qu’elles soient nombreuses, sur ces inscriptions dont on ne pourra plus nier d’un simple revert de main la valeur, assurément réelle et considérable. Mais, comme cela a déjà été dit, si nous ne croyons pas que la linguistique puisse véritablement résoudre cette affaire. Au-delà des études stratographiques et chronologiques classiques et indispensables en archéologie786, seules les analyses en laboratoire sont en mesure de le faire. Il suffit pour cela de soumettre les pièces où figurent les fameuses inscriptions faisant débat. Les pièces concernées sont, semble-t-il, au nombre d’un millier (celles découvertes depuis 2005 jusqu’en 2009) dont une cinquantaine rédigées en basque ou « proto-basque ». Les analyses en laboratoire effectuées jusqu’à présent n’ont concerné, semble-t-il, que quelques pièces et inscriptions. Rien n’empêcherait par conséquent, à notre connaissance du moins, et sauf erreur de notre part, de soumettre d’une part la totalité d’inscriptions rédigées en basque, soit au total une cinquantaine d’inscriptions, ainsi que d’autre part sinon la totalité du moins une grande partie des autres inscriptions, à savoir celles rédigées en latin (mettons par exemple trois cents d’entre elles) à toute une batterie d’analyses très poussées, lesquelles analyses seraient effectuées dans divers laboratoires européens et américains. Si les analyses confirment que ces inscriptions, et non pas simplement les objets où elles figurent, bref si les analyses confirment bien que ces inscriptions n’ont pu être réalisées qu’au début de notre ère, alors nous nous retrouverons contraints, linguistes, historiens et autres spécialistes, Gorrochategui inclus, quand bien même celui-ci protesterait, de nous incliner devant le poids de l’évidence, bref de nous soumettre, bon gré mal gré, devant la réalité telle qu’elle se présente et non telle qu’on aurait voulu qu’elle fût. Aur risque de se répéter, mais encore une fois comment faire autrement, les analyses linguistiques, fussent-elles celles de Gorrochategui, n’auront jamais le dessus sur les analyses de laboratoire. Nous prenons le risque, pas des plus grands il est vrai, de le prétendre. Aucun chercheur affichant des prétentions de sérieux ne pourrait et ne pourra jamais contester sérieusement ce fait. Enfin rappelons que chaque fois que s’est produite au cours de l’histoire une nouvelle découverte, les sceptiques du monde entier se sont levés tels un seul homme. Voici quelques exemples, parmi les plus célèbres, déjà mentionnés au cours de nos commentaires : 1) Ainsi lorsque les manuscrits de la mer Morte furent découverts certains auteurs, dont aujourd’hui plus personne ne se souvient du nom soit dit en passant, prétendirent que ces documents étaient le fruit d’une falsification. Ce n’est pas le cas. 2) L’authenticité de la célèbre pierre d’Hasparren, découverte au XVIIe siècle, a également été sérieusement mise en doute. Quel auteur, du Pays Basque ou d’ailleurs, prendrait pourtant aujourd’hui le risque d’en contester la nature authentique ? A notre connaissance du moins, personne – à moins que dernièrement Gorrochategui ait émis des doutes ? 3) Lorsque les tabellae constituant le célèbre itinéraire de l’Antiquité connu en Espagne sous le nom d’Itinerario de barro furent découvertes certains auteurs doutèrent encore une fois de l’authenticité de ces documents. García y Bellido, avec l’appui de Sánchez-Albornoz, a démontré de façon convaincante qu’en réalité ces documents ne pouvaient être qu’authentiques car la thèse de la falsification était illusoire et non fondée du point de vue strictement scientifique. La majorité de la communauté savante versée dans ces questions a depuis accepté ses conclusions. On pourrait, si on voulait bien s’en donner la peine, citer bien d’autres exemples. En guise de conclusion nous ne pouvons pas ne pas citer les dires d’un auteur de tout premier ordre, à savoir Luis Michelena, des réflexions qu’Elexpuru reproduit, à juste titre nous semble-t-il,

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Comme l’écrivait Henrike Knörr, ce sont évidemment, aujourd’hui comme hier, les archéologues qui « mènent » et qui doivent « mener la danse » dans cette affaire, ici comme partout ailleurs dans le monde, et non pas les linguistes : « Hoy los que estamos en esta mesa participamos a todos nuestra alegría, con la promesa de trabajar, a una con los arqueólogos (de quienes dependemos totalmente) », cf. Knörr, H., 2007, « Iruña-Veleia otra vez a la palestra », Araxes, Anuario internacional armenio-vasco, 1 (12), p. 9.

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dans ses commentaires787 car celles-ci paraissent véritablement, à n’en pas douter un instant, du plus grand intérêt, des propos dont Gorrochategui et Lakarra devraient probablement s’inspirer. La première de ces réflexions paraît avoir été tout spécialement écrite pour Lakarra : « Además del valor mayor que hay que atribuir a los hechos probados contrapuestos a las hipótesis reconstructivas, hay que tener presente la riqueza inagotable de lo histórico, reflejo de la multiforme realidad, que no tiene comparación con los esquemas brutalmente simplificados de la reconstrucción ». Le reste pourrait parfaitement s’adresser à ces deux auteurs : « Toda reconstrucción, aunque trata de recobrar, - y lo consigue al menos en los casos más favorables - aspectos de una realidad desaparecida, posee siempre características que nacen y se deducen del método del que nos hemos valido para llegar a ella. Y, como éste contiene - implícito o explícito - un postulado de simplicidad, los resultados saldrán deformados a consecuencia de la torsión esquematizadora a la que se han visto sometidos los datos : entre dos estados de lengua, más antiguo y más reciente, la reconstrucción busca siempre, por definición, el camino más corto posible, sin tener en cuenta las vueltas y revueltas del camino real que no está en su mano restaurar ». Et Michelena de conclure : « Sería pues insensato que, si nos es dado seguir ese camino en todo o en parte de su vacilante recorrido, gracias a los datos históricos, nos empeñáramos en marchar a lo largo de la línea trazada con regla y tiralíneas en los mapas de la reconstrucción »788.

Bayonne, le 12 octobre 2009 Hector Iglesias

787

Elexpuru, Comentarios, p. 27.

788

Michelena, L., 1964, Sobre el pasado de la lengua vasca, Edit. Auñamendi. [Rééd., 1988, SHLV, p. 24. Ed. de Joseba Lakarra].

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TABLE DES MATIÈRES

1. A propos du « grado de alfabetización de la sociedad antigua » 2. L’« article » -a 2.1. L’inscription de Plasenzuela en Estrémadoure 2.2. Un cognōmen indigène (bizarrement) méconnu des bascologues 2.3. Stabilité phonétique de la langue basque 2.4. Les noms antiques TYCHIA, ILLUNA et VLIA 2.5. Esquisse de « conclusion » 3. A propos de la « falta de ergativo » 4. L’« aspiración » 5. La forme verbale TA 5.1. La question de l’évolution /t-/ > [th-] > [θ-] > [h-] > ∅- en « proto-basque » 6. La forme verbale négative ESTA 7. Le mot ARRAPA 8. Le mot POLITA 9. La forme VELEIA 10. Le mot REINU 11. La forme ARRAINA 11.1. Evolution sans chute du « -n- » intervocalique 11.2. Evolution avec chute du « -n- » intervocalique 12. Le mot ATA 13. Les noms de parenté NAIA, NEBA, REBA, SEBA, SABA, peut-être MONA 14. Le mot SANTU 15. Le mot ESQUERO 16. La forme ANQUISES 17. la forme ESKON 18. La phrase NEU CORNE ESKON 19. A propos des « marcas de concordancia ausentes » 20. Le nom DENOS 21. Le nom CAYO 22. Noms hébreux (bibliques et évangéliques) 22.1. La forme MIRIAM 22.2. La forme YAVHE 22.3. Les formes IOSHE ET IESHU / IEHSUS 22.4. Les formes MATEO, IVAN et MARCOS 23. Le nom MONO 24. Le nom LEONIDA 25. Le nom PARMENIOM 26. Le nom MORTEA 26.1. Représentation d’une « figura de un cerdo muy esquemática » 27. La forme GALIMATEA

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4 8 8 9 15 20 22 23 24 33 35 39 41 45 46 46 47 48 49 49 50 51 52 54 57 58 59 62 63 67 67 68 70 74 75 76 77 77 78 78


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29. L’inscription NEVR[E] CORDVNIAI 81 30. La forme LAIKE 82 30.1. Hypothèse anthroponymique 83 30.2. Hypothèse à partir du latin LAICUS décliné au vocatif LAICE 85 31. L’inscription n° 13411 - a. côté interne : ATA, AMA, NEVRE GI / V - b. côté externe : EL, NEV / GIATV LA / ESQVERO 86 32. La graphie < Z > 87 33. La forme ZUTAN 90 34. A propos du « tratamiento de -N- intervocálica » 94 34.1. Dans le participe passé IZANA 94 34.2. Dans le terme DAN[... [DAN[a?...] 95 34.3. Dans le terme MONA 96 35. La graphie < T > notant une affriquée et / ou une fricative 97 36. Les pronoms NEU et GEU et les possessifs NEURE, NERE, GEURE, ZEURE, ZURE 105 37. ZURE « vuestro de usted » 106 38. La variante NERE 109 39. La « Ley Linschmann-Aresti » 111 39.1. Les aspects théoriques de la loi dite de « Linschmann-Aresti » 113 40. La particule de coordination TA, « et » 115 41. Les couleurs 116 42. La forme PLUTON 123 43. La forme VARRON 125 44. Le nom MISKAR / MISCAR / MESCAR 127 45. Les formes RIAMO, DALIA et DEIDRE 131 45.1. Résumé et reprise de la question dans sa totalité 135 45.2. Aspect linguistique 139 46. Forme des lettres 143 46.1 La lettre M 143 46.1.1. L’inscription d’Hasparren 145 46.2. La lettre E 146 47. La graphie < J > et les « litterae ramenses » 148 48. La ponctuation 152 48.1. Les virgules 152 48.2. Les « guiones » ou tirets 153 48.3. Les « comillas » ou guillemets 153 48.4. Les « paréntesis » ou parenthèses 154 48.5. Majuscules et minuscules 155 48.6. Signes « desconocidos » 157 49. L’abréviation < ″RIP″″ > 159 50. Le nom RAMSES 166 51. Le nom SETI 168 52. Le nom NEFERTITI 168 53. Le nom NEFERTARI 171 54. A propos des « sentencias o máximas latinas » 174 54.1. AD MAIOREM / DEI, GLORIAM 174 54.2. HOMO PROPONIT / SED DEUS DISPONIT 177 54.3. SI VIS PACIIN PARA INSTITIAM 179 55. La forme CUORE 186 222


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56. La forme NOVVA 57. Nominatifs sans –S 58. La forme Horacio et « las consonantes palatales » 59. TVLIVS PATIIR FAMILIAII 60. L’« adverbio de negación » NO et l’« adverbio afirmativo » SI 61. Le « desconocimiento » du latin 62. IN NOMINE PAT[? / ATARE IZAN 63. TIIATRO 64. PATHIIR PONTI/FICII 65. CIPRIANO 66. OCTAVIO 67. A propos du « latίn bίblico, latίn vulgar y protorromance » 68. Les « conclusions » de Velázquez, Gorrochategui et Lakarra 69. Conclusion 70. Et maintenant ?

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190 191 196 199 200 201 202 204 205 206 207 209 211 215 218