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Numéro 2 - Mai 2011

Evénements à venir Ce que vous avez manqué Carton rouge : constitution hongroise Le nucléaire en Europe

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Au fil de l’info

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UE pratique : Interrail La réaction de l’UE 4 face aux révolutions arabes

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Parole à Nicole Fontaine

Merci de ne pas jeter sur la voie publique


Au fil de l'info

Eva-Britt Svensson présidente de la commission des droits des femmes du Parlement européen. A l’occasion de la Journée internationale de la femme le 8 mars dernier, elle a soumis un rapport audacieux avec des propositions concrètes pour lutter contre les violences faites aux femmes. Parmi celles-ci, une « directive contre la violence fondée sur le sexe qui contient un instrument de droit pénal » ainsi qu’une uniformisation de la formation des services sociaux, des procureurs et des policiers européens participant à ce combat.

Les actualités du Parlement européen Mobilité. Les députés ont voté un projet de résolution appelant à la mise en place d'une série de mesures visant à promouvoir la mobilité chez les jeunes Européens et à élargir les possibilités d'éducation et de formation tout au long de la vie. Ils souhaitent que le financement des différents programmes concernés soit augmenté et rendu davantage accessible aux étudiants en formation professionnelle, aux enseignants et aux animateurs de jeunesse. Ils proposent également la reconnaissance des diplômes dans l'ensemble de l'Union, l’amélioration de l'interconnexion enseignement/entreprises ou encore des stages rémunérés. Vote de la résolution en mai. Budget. Une rencontre entre les parlements nationaux et européen relative à la coordination budgétaire a eu lieu concluant à une implication plus importante de l'ensemble de ces assemblées, pour surmonter la crise et atteindre les objectifs d'Europe 2020.

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Chiffre du mois 70 000. C’est le nombre de

Serbes qui ont manifesté dans les rues de Belgrade le 16 avril pour demander des élections législatives anticipées. Trois ans après l’arrivée au pouvoir de la coalition pro-européenne, la Serbie n’a toujours pas obtenu le statut officiel de candidat à l’UE et l’impatience de la population serbe est à son comble. Cette manifestation organisée par le parti nationaliste serbe (SNS) illustre une nouvelle poussée populiste en Europe autant que les espoirs forts placés par les pays candidats dans une adhésion à l’UE.

Le mot du mois : Népellenes Expression employée par l’opposition hongroise pour désigner la nouvelle Constitution qu'il qualifie ainsi d'« antidémocratique ». Ce mot est également employé pour décrire le caractère liberticide du nouveau texte. La Constitution serait, selon l’opposition, aussi bien sur la forme que sur le fond, contraire à la notion même de l’Etat de droit. La communauté internationale a invité la Hongrie à revoir cette adoption qui inquiète notamment l’Union européenne, dont la présidence tournante est justement assurée par cet Etat jusqu’au 30 juin prochain. (voir page 7)

L’actualité de la Commission européenne: Reprenant une initiative commune à 25 de ses membres, la Commission a proposé la création un brevet unitaire européen (BUE) pour faciliter la protection des inventions. Ainsi, les demandes pourront être introduites dans n'importe quelle langue, l’Union supportant les frais de traduction, et tout nouveau BUE accordé sera automatiquement validé dans les autres Etats-membres. Cela devrait permettre de réduire de 80 % les frais d’enregistrement actuels. L’Italie et l’Espagne sont pour l’instant réticentes à ce projet, notamment pour des raisons de procédure.


UE pratique Explorer l'Europe par le voyage : Interrail et Erasmus Les vacances d'été approchent à grands pas. Quoi de mieux pour se sentir Européen que de partir à la découverte de nos voisins. Les pass InterRail sont une solution économique et écologique pour voyager à travers l’Europe en utilisant avec une grande liberté les réseaux ferroviaires de trente pays européens, du Portugal à la Turquie en passant par les pays scandinaves et les Balkans. Crées en 1972, ils étaient d'abord réservés aux jeunes, avant d'être rendus accessibles à tous les âges et dans beaucoup plus de pays. Les offres se sont aussi multipliées : tous les voyages sont possibles, grande ou petite distance (Global Pass ou One Country Pass), longue ou courte durée (d'un mois à 10 jours).

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Erasmus, une autre façon de voyager À finalité principalement studieuse, ce programme, qui permet aux étudiants de passer de 3 mois à 1 an dans une autre université européenne, est aussi un moyen de connaître un autre pays, sa culture, ses habitants, et aussi tous les autres étudiants internationaux qui s'y trouvent.

1987-2011 : 24 ans !

On est passé de 11 à 33 pays participants. Le programme Erasmus Mundus a étendu les coopérations.

2,2 millions d'étudiants

ont profité d'un tel échange depuis 1987. Mais l'objectif « 3 millions en 2012 » pourrait ne pas être atteint.

Le processus de Bologne

L’été, les favoris chez les jeunes qui partent seuls ou en groupe, sont les a permis d'harmoniser les cursus Global Pass « un mois sans interruption » (409€) ou « 10 jours de voyage en 22 (licence, master, doctorat) et les jours » (249€). En voyage, le Pass dans la poche, plus besoin de payer de billets, diplômes, en facilitant la mobilité vous n’aurez plus qu’à sauter dans le train repéré et indiquer votre trajet sur votre avec les crédits ECTS (fondés sur Pass en attendant le contrôleur, qui viendra ou pas. À cette simplicité, il faut la charge de travail de l'étudiant) mettre cependant quelques bémols : tout d’abord, les trajets pour sortir et rentrer qui permet de valider une année dans votre pays d’origine ne sont pas compris dans le Pass et sont donc à votre passée à l'étranger dans son charge et certains grands trains et autres trains de nuits sont à « réservation université d'origine. obligatoire », vous aurez alors à payer un supplément (de 2 à 30 euros). En général, le coût reste tout de même très intéressant, surtout quand on veut visiter Les bourses Erasmus un grand nombre de villes et de pays. L'Union européenne alloue Les ventes croissantes du Pass montrent son succès. En 2007, 240 000 personnes environ 100 euros par mois par l'avaient utilisé. Il gagnerait cependant à bénéficier de plus de publicité, étudiants et les États complètent notamment de la part de la SNCF. Ses agents en gare ne sont d'ailleurs pas tous selon leur politique. parfaitement au courant de son fonctionnement. Mais peut-être aurez-vous la chance de tomber sur un vendeur amoureux du voyage qui vous guidera avec enthousiasme dans cet achat décisif. Les bourses de voyage Faustine Gauthier Il en existe mais pas autant que Pour préparer votre voyage, sites et blogs permettent de partager expériences pour le sportif ou l'humanitaire. et précieux conseils pour établir votre itinéraire, préparer votre sac, prévoir votre La clé du succès est un projet budget, éviter les pépins. original et documenté qui se - le site officiel : www.interrailnet.com conclut par une production - un site privé et multilingue (conseils, forum) : www.interrail.net créative. La Ville de Paris (bourse - le blog très populaire de trois étudiants voyageurs : de l'aventure), le département www.interrail.experience.free.fr (Défi Jeunes), l'État (bourse Zellidja), le CROUS, la Guilde européenne du Raid, etc, proposent de tels financements..


Dossier du mois La réaction de l’UE face aux révolutions arabes Depuis quatre mois la Tunisie, l'Egypte et la Lybie connaissent des bouleversements historiques. Ces « révolutions » cherchent à renverser les régimes autoritaires en place. Tandis que le climat en Tunisie et en Egypte s'apaise depuis les départs de Ben Ali et Moubarak, en Libye les combats des insurgés pour la chute du régime de Mouammar Kadhafi continuent de faire rage. Aujourd'hui, les insurgés libyens demandent de l'argent et des armes pour poursuivre les combats. S'agissant du Yémen, la contestation est menée par les universités et les grandes tribus. Quant à l’armée, elle est divisée. Au Bahreïn, les Chiites demandent un élargissement de l'assise démocratique et le départ de la monarchie, ce à quoi s’opposent les Sunnites (30% de la population). En Syrie, malgré un dirigeant beaucoup plus jeune, Bachar al-Assad, qui tient un discours d'ouverture, le pays est en proie à des contestations depuis le 15 mars dernier. Dernièrement, la répression a été intensifiée, provoquant la mort de centaines de manifestants. Au Maroc, Mohammed VI essaie d'éviter l'émergence de contestations en prenant des mesures.

La réponse des Etats membres de l’UE : une unité relative À la mi-avril, la stratégie des pays occidentaux à l’égard de la Libye est peu claire. Même parmi les Etats membres de l'UE, c'est la division qui semble l'emporter, le seul point faisant consensus étant l'exigence du départ de Kadhafi et la fin des violences. Par contre, l'Italie s'est prononcée en faveur d'un armement des insurgés, ce à quoi la Belgique s’est empressée de s’opposer. C’est sur l’initiative de la France que la résolution de l'ONU a été adoptée, permettant aux pays qui le souhaitent d'effectuer des frappes aériennes en Libye pour protéger les populations civiles et les zones d'habitations (elle prévoit "une zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye, et l'usage de tous les moyens nécessaires pour protéger les populations civiles à l'exception des forces d'occupation étrangères"). L’Allemagne s'est pourtant abstenue, signe fort d'une division du couple franco-allemand et de l'UE, au-delà de la question de l'aide à apporter. En revanche, un consensus a été trouvé sur une aide financière pour la Libye afin de répondre aux besoins

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la résolution 1973 des Nations Unies. Les Occidentaux sont embarrassés par les conflits au Bahreïn et au Yémen pour des raisons pétrolières, surtout du fait de leur proximité avec l’Arabie Saoudite et donc d'un risque déjà constaté de flambée du prix du pétrole. Ils le sont encore plus concernant la Syrie qui a une position stratégique dans la région et des liens inquiétants avec l'Iran. La réaction de l’UE : sanctions et aide financière La question d'armer les insurgés a été posée fin mars lors de la réunion du "groupe de contact sur la Libye" à Londres. Les avis étaient partagés sur cette option qui "n'était pas prévue par la résolution 1973 du Conseil de Sécurité de l'ONU". Aucune décision n’a été tranchée pour le moment. Cependant, l’UE agit. Elle instaure des sanctions supplémentaires suite à l'adoption de la résolution 1973 de l’ONU du 23 mars. L’UE élargit la portée des mesures restrictives instituées contre la Libye par la résolution 1970 de l'ONU qui interdit tout survol de l'espace aérien libyen. L'UE renforce ainsi l'embargo sur les armes et interdit également l'entrée de l'espace aérien de l'UE aux appareils libyens, ainsi qu'aux appareils soupçonnés de transporter des articles interdits ou des mercenaires armés. Depuis le début du conflit, des équipes d'experts spécialisés dans la protection civile et les besoins humanitaires ont été mobilisées par la Commission et envoyées en Libye, en Tunisie et en Égypte. Si l'UE n'intervient pas directement auprès des rebelles libyens, des aides humanitaires européennes d’un total de 40.millions d'euros ont été accordées aux victimes de la crise libyenne. Enfin, le 22 février la Banque Européenne d’Investissement (BEI), bras financier de l'UE, s'est dite prête à doubler ses prêts aux pays du Sud de la Méditerranée (environ six milliards d'euros pour la période 2011-2013) afin d'aider leur transition vers la démocratie. En attendant, l'Europe est confrontée à des pressions migratoires importantes venant de ces pays. Les tensions entre l'Italie et la France rappellent plus que jamais la nécessité d'une politique commune sur l'immigration. Isabelle Cuttat

Aller plus loin Pour retrouver de très nombreuses réactions sur ce sujet, rendez vous sur notre journal en ligne: www.taurillon.org


Parole à Nicole Fontaine

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L’Europe à l’heure citoyenne Madame la Présidente, vous avez mené la majorité de votre carrière politique au niveau européen. Quelles différences avez-vous pu noter avec la vie politique nationale? […]Au Parlement européen, l’objectif que nous poursuivons est de faire progresser la construction de l’Europe : c’est un ciment qui dépasse les clivages politiques, ce qui n’est pas toujours le cas dans les Parlements nationaux. En outre, nous votons des textes qui n’ont pas forcément une portée politicienne : ils visent plutôt à harmoniser nos législations pour permettre que les libertés prévues par les Traités (la libre circulation des personnes, des marchandises, des capitaux) puissent être appliquées. Une autre différence très importante tient dans le fait que le Parlement européen doit négocier à une majorité très contraignante, à savoir la moitié des membres qui le composent plus une voix, ce qui représente 369 voix pour 736 députés. Or, aucun groupe politique, ni le Parti Populaire Européen [la droite européenne, ndr] ni les socialistes [le PSE, ndr], ne réunit un tel nombre de députés. Le Parlement européen est donc « condamné » à construire des majorités d’idées qui dépassent largement les majorités politiques. Enfin, nous retrouvons souvent, dans les textes que nous votons, des clivages qui sont plus nationaux que politiques, parce que sur certains textes, les pays ont des intérêts divergents. On voit ainsi les députés socialistes allemands travailler la main dans la main avec les députés de la CDU [les conservateurs allemands, ndr], les députés travaillistes britanniques s’allier avec leurs compatriotes conservateurs, pour défendre dans les textes ce qu’ils estiment être leur intérêt bien compris. Tout cela fait que la conception de la politique est différente de celle qui prévaut au niveau national. Nous avons ainsi des communions d’idées avec des collègues issus de groupes de sensibilité politique très différente. C’est d’ailleurs l’un des aspects que j’ai trouvé le plus positif. A quelques jours du 9 mai, qui va être l'occasion de célébrations et de manifestations pour les citoyens dans toute l'Europe, revenons sur le Traité de Lisbonne dont l'une des principales avancées a été le "droit d'initiative citoyenne". En tant qu'ancienne membre de la commission aux Affaires juridiques et aux droits des citoyens du Parlement européen, quel regard portez-vous sur cette innovation? Quelle place pour le Parlement européen dans la mise en œuvre de cette initiative ? Le Traité de Lisbonne a prévu cette possibilité, mais sans en préciser les contours. Ceux-ci doivent être déterminés par un texte législatif, que l’on appelle un règlement. Bien qu’il ne dispose pas lui-même du droit d’initiative, le Parlement s’est immédiatement mis au travail en commandant un rapport d’initiative à la Commission

européenne, chargée de préparer rapidement une proposition de règlement qui permette de mettre en œuvre cet élément du Traité. Le règlement sur la Procédure de l'initiative citoyenne a été adopté par le Parlement et la Commission le 16 février dernier. Il précise par exemple qu'il faut au moins un million de citoyens signataires provenant d'au moins un quart des Etats-membres et que la déclaration sera évaluée dans un délai de trois mois par la Commission. Il fournit également d’autres précisions pour éviter qu’il n’y ait des fraudes, et que la volonté des citoyens soit fermement établie. Quels sont les risques et les atouts d’un tel dispositif? On verra à l’usage ce que cette initiative donnera. Quoiqu’il en soit, le Parlement y est très favorable. Le déficit de communication avec les citoyens, que l’on a notamment pu constater au moment des référendums, s’explique par le fait que ces derniers n’ont pas suffisamment été associés à la construction de l’Europe, de sorte qu’un fossé s’est créé entre les décideurs communautaires et le peuple. Cette initiative pourrait être l’occasion de remettre le citoyen au cœur de la construction européenne. Il est d’ailleurs tout à fait intéressant de noter que la première initiative concerne un moratoire sur les OGM. Bien sûr, on voit bien qu’elle a été portée par des associations très solides [Greenpeace, ndr]. Toutefois, grâce aux progrès technologiques et une bonne organisation, il y a là, pour les citoyens, une véritable opportunité. [Ndr : Pour l'heure aucune déclaration d'initiative citoyenne n'a pu être déposée car elle n’entera en vigueur que le 1er avril 2012. En attendant, les ONG européennes se préparent à réunir le million de citoyens nécessaire pour profiter de ce nouveau droit dès que possible.] Interview réalisée par Fanny Dubray et AnneLaure Berteau.

Aller plus loin

Pour lire l’intégralité de l’article et le dossier complet consacré à l’ Europe à l’Ecole, rendezvous sur http://www.taurillon.org


Environnement : L'Europe et le nucléaire Entre gestion des risques et refus de sortir du nucléaire Le 11 mars, le Nord-Est du Japon est frappé par un séisme de force 9 sur l’échelle de Richter, riche en répercussions. Au-delà de l’effroyable bilan humain, de la violence de la catastrophe -qui a déplacé d’une dizaine de centimètres l’axe de rotation de la terre- et de l’indécence de nombreux (si ce n’est la totalité) médias européens, la catastrophe a contribué à relancer le débat sur le nucléaire. En effet, la centrale de Fukushima, l’une des 17 centrales du Japon, a vu son système de sécurité et notamment de refroidissement très fortement endommagé voire arrêté suite aux effets combinés du séisme et du tsunami ce qui a entrainé la fusion partielle du cœur de trois de ses six réacteurs et des explosions. Cet accident nucléaire classé au degré maximum de dangerosité (soit le même niveau que la catastrophe de Tchernobyl) a très vite suscité de vives réactions au sein de la société européenne. Sur cet enjeu, qui a même construit en partie l’Union (le traité de l’Euratom étant un des premiers traités européen ancêtre des communautés européennes), les réponses restent diverses. En effet, on observe des comportements différents voire diamétralement opposés au sein de l’Union. Alors que l’Autriche ne produit pas d’énergie atomique depuis 1978 et a même inscrit depuis 1999 cette position dans sa Constitution, la France est le deuxième producteur mondial et a fait du nucléaire sa première source d’énergie (à hauteur de 80% de sa production d’énergie). La catastrophe de Fukushima a, dans un premier temps, mis en valeur et accentué ces divergences. Si la France a annoncé qu’il n’était en aucun cas question de sortir du nucléaire, l’Italie, elle, a décrété un moratoire d’un an sur le retour au nucléaire et l’Allemagne qui semblait revenir sur sa sortie prévue initialement en 2020 a réaffirmé son vœu de sortir au plus tôt du nucléaire. Cependant, ces déclarations nationales n’ont que peu d’impact : l’énergie est un secteur à dimension internationale. Si l’Autriche ne produit pas d’énergie atomique, elle en importe. Et si la centrale de Fessenheim (Haut Rhin) est endommagée, le nuage radioactif touchera la totalité de l’Union. C’est pourquoi la Commission développe autant qu’elle peut des instruments de sûreté nucléaire communs à l’Union et même aux pays tiers, notamment depuis 1991. Si elle ne fut dans un premier temps que peu entendue face aux déclarations nationales tonitruantes, il n’en demeure pas moins qu’elle a mis en place des outils de sécurisation et compte les améliorer. Elle élabore actuellement des outils pour assurer la sécurité nucléaire mais n’a jamais évoqué la possibilité d’imposer aux Etats-membres une sortie progressive du nucléaire. La Commission encourage les agences nationales de sûreté à l’harmonisation de leurs méthodes alors que le Conseil cherche à rendre juridiquement

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contraignants les principes internationaux de sûreté nucléaire établies par l’Agence Internationale de l’Energie Atomique. Le traité de Lisbonne leur offre une base juridique nouvelle pour une politique européenne énergétique commune qui permettra sans doute l’établissement d’une agence de sûreté européenne et une harmonisation totale des normes de sécurité. Cependant, une sortie du nucléaire ne semble en l’état actuel des choses pas souhaité. Cela s’explique dans un premier temps par des facteurs géopolitiques. L’Europe s’est construite sur une volonté d’indépendance vis-à-vis des autres grandes puissances. Et la politique énergétique est un des secteurs clés de la puissance d’un Etat. Or, l’énergie atomique permet à l’Union une production interne indépendante à hauteur de 15% de l’énergie consommée. De plus, si la politique énergétique ne peut être désormais envisagée qu’à dimension internationale, elle demeure traditionnellement une des prérogatives souveraines des Etats. Néanmoins, l’Union ne peut simplement ignorer le souhait de la majorité des Européens qui se prononcent seulement à 12% pour le développement du nucléaire et qui ont purement et simplement rejeté dans plusieurs Etats-membres cette option. Si le développement et peut-être la future création d’un organisme européen de sûreté nucléaire est évidemment nécessaire, le débat sur la sortie doit être posé. En effet, le risque zéro n’existe pas en matière nucléaire, la menace terroriste n’étant pas par exemple à exclure. De plus, au-delà des risques de catastrophe, le stockage des déchets radioactifs pose toujours problème. Ainsi, l’Union propose aujourd’hui une solution pertinente qui est le renfort et l’harmonisation des politiques de sûreté mais cela est toujours en gestation, alors que le projet existe depuis 1957. De plus, même s’il est indéniable que dans l’état actuel des choses, l’Union ne peut se priver de la marge de manœuvre politique que lui offre l’indépendance énergétique apportée, pour l’instant, par le nucléaire, l’interrogation sur la sortie définitive du nucléaire se doit d’être posée. Aurélien Brouillet


Carton rouge La constitution hongroise Le Gouvernement de M. Viktor Orban, le Premier Ministre hongrois, s'était déjà illustré il y a peu en parvenant à museler la presse. Après un tel succès, il était impensable de s'arrêter en si bon chemin. Ainsi, le 18 avril dernier, c'est la Constitution du pays qui a cédé sous les coups de boutoir réactionnaires de M. Orban. Et c'est comme si la remplaçante matérialisait, cristallisait l'inquiétante poussée dont les extrêmes droites européennes jouissent actuellement, alors que c'est la Hongrie elle-même qui préside depuis janvier dernier le Conseil de l'Union. Viktor Orban ou le populisme réactionnaire élevé au rang de norme suprême. Ce funeste texte pose ainsi les bases d'un nouveau nationalisme hongrois qui dépasserait le cadre des frontières de l'Etat, en ayant vocation à intégrer à la Nation hongroise les ethnies hongroises résidant dans les pays limitrophes, remettant en cause la souveraineté de ces Etats ainsi que l'essence même du fédéralisme européen, conçu entre autres pour faire barrage à ces mouvements nationalistes porteurs des germes de la guerre. Ces velléités panhongroises s'accompagnent d'une glorification des racines chrétiennes de la Nation hongroise. Et s'il serait malvenu de tenter d'imposer à nos voisins européens une conception somme toute très française de la laïcité, il convient néanmoins de faire remarquer qu'un tel rappel religieux exclut de facto athées et fidèles d'autres religions. Or c'est de la Constitution d'un Etat dont il s'agit là, et il est inacceptable pour un régime qui se veut démocratique de s'enorgueillir de telles discriminations, a fortiori au niveau de la norme suprême qui a vocation à le régir tout entier. Et comme pour confirmer cette tendance à l'exaltation chrétienne, est élevé au rang de norme constitutionnelle la protection du fœtus « dès sa conception ». Le message est on ne peut plus clair : les jours du droit à l'avortement – qui existe depuis 1986 en Hongrie – sont comptés. Où l'on foule du pied l'idéal démocratique européen. Mais bien plus préoccupant encore, cette nouvelle Constitution introduit au plus haut niveau du dispositif législatif Hongrois moultes atteintes à la démocratie, et non des moindres. Ainsi, sans vouloir être exhaustif, l'indépendance de la Justice se trouve menacée, tandis que la Cour constitutionnelle elle-même voit sa compétence amputée en matière économique et sociale. Trois des médiateurs de l'Etat hongrois – respectivement dévolus à la protection des générations futures, des minorités ethniques et des données personnelles – disparaissent purement et simplement de la Constitution, laissant le champ libre au pouvoir .

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exécutif dans des domaines qui n'ont rien de neutre Afin de garantir la pérennité des nominations entreprises par M.Orban, même en cas d'alternance politique, la durée des mandats des dirigeants de la plupart des institutions de l'Etat se voit rehaussée à 9 ans – voire à 12 ans pour certains postes – le Premier Ministre actuel s'assurant ainsi de limiter au maximum les pouvoirs d'un éventuel successeur. Enfin – et c'est peut-être le plus grave – cette nouvelle Constitution prévoit que le Conseil monétaire de la Banque Centrale puisse dissoudre le Parlement dans les cas où ce dernier tarderait trop à voter le budget. On se retrouve ainsi dans une situation où le législateur, qui tire sa légitimité du peuple via les élections, serait incapable de défendre sa position en matière budgétaire car soumis au bon vouloir d'une institution sans légitimité démocratique aucune et qui est, à l'heure actuelle et pour longtemps, noyautée par les fidèles de M. Orban.

L'équilibre des pouvoirs hongrois, déjà très précaire, n'est plus. Seul, ou presque, subsiste de cette Constitution un exécutif hypertrophié. Et à sa tête : Viktor Orban. Or, l'Europe, c'est avant tout la démocratie. Il est intolérable qu'un Etat-membre de l'Union européenne adopte une telle Constitution, niant jusqu'aux valeurs de l'Union européenne, bafouant les règles démocratiques les plus élémentaires. Si la Biélorussie est la dernière dictature d'Europe, la Hongrie de Viktor Orban, quant à elle, est en passe de devenir la première dictature de l'Union européenne. Epinglons au passage la réaction de l'Union qui se distingue par une mollesse exaspérante et indigne de l'enjeu. Waël Salem


Actualités de notre association

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A venir :

Ce que vous avez manqué : Le 9ème séminaire européen de Paris Du 15 au 17 avril, 48 participants de 10 nationalités différentes ont réfléchi à des solutions concrètes à même de renforcer la démocratie en Europe : circonscription européenne, partis européens, initiative citoyenne... La convivialité transeuropéenne était aussi en rendez-vous.

7-8 et 9 Mai Les journées de l’Europe

Le modèle Conseil de l’UE -COREPER Du 22 au 25 avril s’est tenu à Fécamp le Modèle Conseil de l’UE-COREPER. Organisée par les Jeunes Européens de Sciences Po Paris et Le Havre, la simulation a réuni 46 jeunes européens de 9 nationalités. Les débats ont mené au vote d’une directive sur la gouvernance économique européenne. Au-delà de la simulation politique, un week-end animé avec conférences, visites, soirées…

Comme chaque année, elles se auront lieu sur le parvis de l'Hôtel de Ville, avec de nombreux stands et animations. Les Jeunes Européens tiendront un stand et proposeront documentations, questionnaires, goodies et bonne humeur !

1-31 Mai

Paris d’Avenir au Centquatre :

Europe à l’école:

Le 22 avril, nous avons participé avec d'autres assoc' laïques à ce grand rassemblement international de l'association Scouts et Guides de France. Des jeunes de 18 à 22 ans sont venus, en équipe, «parcourir l’Europe» en répondant à des questions institutionnelles, historiques, culturelle etc. Une bonne façon d'aborder la notion de citoyenneté européenne, dont les jeunes prennent conscience, avant tout, grâce à la liberté de voyager en Europe.

En mai, plus de 14 interventions Europe à l'Ecole sont déjà prévues par les sections parisiennes. Nous restons présents et motivés jusqu'à la fin de l'année scolaire et avons toujours besoin de bénévoles ! Il n'est pas trop tard pour se lancer et découvrir ces moments d'échanges passionnants avec les élèves. Pour se renseigner, n'hésitez pas à écrire à eae.paris@gmail.com

Notre association: L'association Jeunes Européens rassemblent des jeunes qui croient en l'intégration européenne partout en Europe, veulent la connaitre mieux et la faire exister davantage auprès des citoyens européens. Adhérez pour 10 euros sur www.jeunes-europeens.org

Le Taurillon en Seine est une co-publication des Jeunes Européens – Universités de Paris et des Jeunes Européens – Sciences Po avec le soutien du Taurillon.org. Rédacteur en chef: Anne-Laure BERTEAU Directeur de publication: Faustine GAUTHIER Maquettiste: Aurélien BROUILLET Nous contacter: taurillonenseine@gmail.com


Taurillon en seine num2  

Magazine parisien d'information euro-citoyen; num 2 mai 2011

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