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TàG MAG' 31

Édito

SEPTEMBRE 2012

Faire le changement en Europe : une règle d’or, celle du progrès social

La victoire de la gauche aux élections présidentielles et législatives souffle un vent de changement en France, mais aussi en Europe. Des milliers de jeunes européens espéraient ce signal, à l'aune de nombreuses élections partout dans le monde cette année. Ce signal, c'est affirmer comme indispensable la renégociation du Traité européen, c'est rejeter l'inscription de la règle d'or budgétaire dans la Constitution, c'est manifester un projet nouveau pour une Europe à forte teneur en d'emplois et à faible teneur en carbone. L'échelon européen est au centre de la configuration d'un nouveau modèle de développement, parce qu'il définit l'architecture de notre économie et doit permettre une harmonisation fiscale, sociale, environnementale, bénéfique pour les citoyens européens, qu'il soient à Paris, Athènes, Madrid ou Rome. Nous souscrivons à l’Union Européenne, mais pas à une alliance budgétaire qui méprise les choix démocratiques des peuples, nous militons pour une Europe fédérale, sociale, écologique. En plaçant François Hollande à la tête du pays, les français-e-s n’ont pas seulement fait le choix de l’alternance politique : ils ont sanctionné par les urnes la coalition libérale de l’Union européenne vers toujours plus d’austérité et de destruction des services publics et des acquis sociaux. Nous l’avons vu durant ces nombreux mois de campagnes : Nous, militant-e-s progressistes, n’avons pas seulement dû gagner la bataille idéologique face à la droite pour remporter la victoire ; nous avons aussi dû déconstruire toutes les résignations que les dirigeants ultralibéraux de la droite conservatrice assènent sans relâche aux populations de la zone euro et établissent la rigueur comme horizon indépassable face aux multiples crises dans lesquelles le libéralisme effréné nous a plongés. Cela débute par le rejet du constitutionnalisme économique, qui nous empêche de mener des politiques de relance keynésienne et écologique et nous condamne à la baisse tendancielle des


dépenses de l’État. C'est à ce nouveau modèle de développement que nous consacrons notre numéro de rentrée. Pour la première fois dans l’histoire de la Vème République, la gauche s’essaye à l’exercice simultané de tous les pouvoirs. Nous avons donné à François Hollande et au gouvernement la majorité parlementaire dont ils ont besoin pour respecter les engagements pris devant les français-e-s. Cette victoire n'est que la première pierre, qui permet à notre génération, la génération de la crise, d'inventer les acquis sociaux de demain. L'exercice de la gauche au pouvoir doit être réussi pour qu'en 2017, les jeunes vivent mieux qu'en 2012. Nous, militants, serons vigilants et veilleront à convaincre qu'au-delà de l'alternance, nous pouvons réaliser l'alternative. Bonne lecture !

Ce journal émane du groupe politique majoritaire du Mouvement des Jeunes Socialistes, Transformer à Gauche qui, avec l’ensemble du mouvement social (politique, associatif, syndical, mutualiste), s’inscrit dans un rapport critique et décomplexé quant à l’analyse de la Gauche au pouvoir. Nous voulons une Gauche volontaire, qui ose enfin rompre avec le dogme libéral. Notre méthode, c'est mettre chacun nos talents au service de la réussite de la gauche au pouvoir. Échanger, transmettre, mutualiser, responsabiliser, faire confiance sont les clefs de la victoire.

Ont contribué à ce numéro : Yseline Fourtic, Anthony Hélène, Kévin Hélène, Théo Lemaire et Marine Marquet


Renégocier le Traité : être les bâtisseurs de l'Europe de demain Notre génération de militants a grandi sous une Europe en construction, mais l'Union européenne n'a pas su profiter des élargissements de 2004 et de 2007. L’élargissement n'a été bénéfique aux peuples des pays nouvellement intégrés. Au lieu de ça, l'Europe devient un prétexte à un nivellement par le bas des normes sociales, fiscales et environnementales, à cause de la politique libérale prônée par la majorité au parlement européen (le Parti Populaire Européen), dirigeants libéraux-conservateurs des plus grands pays membres (Merkel et Sarkozy) ainsi que par le Président de la Commission José Manuel Barroso. L'élargissement à tout va est devenu un frein au progrès social. De plus, l’Union Européenne traverse aussi une crise démocratique. En effet, partout en Europe, on note une poussée de la méfiance envers l’Union Européenne. Pour les peuples, l’Union Européenne est souvent source de malheur, comme avec les cures d’austérité prônée par la droite européenne qui ne servent qu’à satisfaire les agences de notations et les marchés financiers, ceux-ci ne voyant pas en quoi l’Union Européenne va améliorer leur quotidien. C’est pour cela que nous, à Transformer à Gauche, nous avons décidé d’agir en faveur d’une Europe plus au service des peuples que de la finance. Promouvoir l’Europe de l’emploi Face à l’appauvrissement des peuples européens, nous prônons une rupture pleine et entière avec la dérive néo-libérale européenne. Le sacro-saint libéral « produire moins cher en faveur de la croissance par l’offre » a causé l’effondrement des richesses détenues par les peuples en augmentant le chômage. Nous militons pour une politique volontariste en faveur d'un salaire minimum européen, la mise en place de normes sociales et environnementales à l'échelle européenne, pour lutter contre la mise en concurrence des travailleurs. Nous devons garantir l’emploi dans l’espace communautaire en luttant farouchement contre les délocalisations. Cela requiert une stratégie européenne de réindustrialisation, comportant notamment la création d'un tarif extérieur commun et la possibilité pour la Banque Centrale Européenne d'agir directement. Mais aussi, cela demande une réelle stratégie de développement, en relocalisant l'activité de réduire les coûts liés aux transports et de diminuer l’émission de gaz à effet de serre (GES). Cela permettrait aux salariés d’envisager un avenir et aux jeunes arrivants sur le marché du travail de bien débuter dans leur nouvelle vie d’adulte. Tout cela n’est possible qu’avec une politique européenne commune, qui se doit de réaliser d'importants investissements dans des secteurs porteurs comme les nouvelles technologies, l'énergie, etc. Au vu du problème de l’augmentation de l’émission des GES, tout un secteur concernant le développement durable s’offre à nous, et on se doit de ne pas rater ce virage énergétique.


En ce qui concerne l’harmonisation fiscale, elle aura l’avantage d’éviter les délocalisations des industries d’un pays à un autre et elle a aussi l’avantage s’assainir les comptes publics. Cette harmonisation consiste à instaurer une taxe sur les transactions financières à l’échelle européenne ainsi que de fixer un taux minimum d’impôt sur les sociétés, car cet impôt a un taux très différent selon les pays : 33% pour la France, et moins de 10% pour l’Irlande par exemple. Fonder les conditions d'une Europe des peuples Ces dernières années, grand nombre de décisions prises à l’échelle européenne l’ont été sans consultation des peuples. L’exemple le plus marquant est l’adoption du Mécanisme Européen de Stabilité, instrument de la droite libéralo-conservatrice pour justifier la mise en place de plans d’austérité dévastateurs pour les peuples mais avantageux pour les financiers. Il faut certes éviter la dérive budgétaire. Pour sortir de la spirale de récession ou ne pas y entrer, il est important de mener des politiques contracycliques d'augmentation des dépenses de l'Etat en temps de crise et de réduction des déficits en temps de croissance. Les priorités en Europe doivent être en premier lieu l'emploi et la transition écologique. Dans cette optique, nous devons faire évoluer notre système monétaire européen. Actuellement, la Banque Centrale Européenne (BCE) n’a pas le droit d’intervenir directement dans l’économie. Or, la condition sine qua non au soutien à l’investissement est que la banque centrale puisse venir en aide aux Etats afin de réduire leur dette, comme le fait la Réserve Fédérale des Etats-Unis (Fed) ou la Bank of England (BoE). Pour cela, tout d'abord la BCE pourrait refinancer la « dette ancienne ». On accumule en fait de la dette, et pour rembourser cette dette, on réemprunte, ce qui nous oblige à rembourser et donc à réemprunter etc… L’idée est donc, pour rembourser cette dette ancienne, que la BCE puisse prêter aux Etats à des taux quasi-nuls, directement (ce qui impliquerait la modification des traités) ou indirectement en prêtant aux organismes publics de crédit qui prêtent à leur tour aux États à des taux semblables. En plus de cela, il faudrait qu’on accorde le droit de monétiser les dettes à la BCE, en prêtant aux Etats à des taux beaucoup plus avantageux que les marchés (à hauteur par exemple de 1% au lieu de 3% pour la France ou plus de 6% pour l’Espagne). De concert, il faut impérativement réformer les institutions européennes afin de placer la démocratie au centre du processus décisionnel européen et ainsi leur donner les moyens d’agir. Nous devons donner au Parlement européen un rôle central, en lui donnant de réels pouvoirs, comme par exemple l’élection du Président de la Commission ou encore la possibilité de proposer des lois ou de décider des politiques budgétaires. En somme, transférer des compétences incombant à la Commission vers le Parlement. En parallèle, il faut changer le mode de scrutin et abandonner le système de circonscriptions par pays au profit de listes à l’échelle européenne par parti (les structures telles que les partis européens existent déjà) ce qui permettrait de confronter les divers projets politiques à l’échelle européenne. Ensuite, la Commission doit être le Gouvernement à l’échelle européenne, et doit être responsable devant le Parlement et ce afin de garantir l’intérêt général européen. Il faut également, mettre le Parlement européen et le Conseil européen sur pied d'égalité, et ce dans tous les domaines. Il faut également mettre fin à la règle de l’unanimité des 27 pays pour décider d’une mesure, pour mettre en place le principe d’un vote majoritaire, ce qui se fait dans la plupart des démocraties.


Après la victoire de la gauche en France nous avons la possibilité de changer en profondeur l’Europe pour la mettre au service de la population et non au service des financiers. La gauche européenne se doit de donner la priorité à l’emploi, à la réduction des inégalités, à l’accessibilité aux services publics et à l’émancipation des peuples. Il est nécessaire de construire la mobilisation avec tous ceux qui veulent une Europe du changement et ainsi démontrer qu’une autre Europe est possible !

Zoom sur les Eurobonds Dire non à la politique d'austérité mise en place à travers les discours culpabilisateurs de la droite et rendre effective la solidarité européenne pour sortir de la crise, c'est possible notamment avec la création d'eurobonds ou euro-obligations. Il s'agit d'émettre des obligations communes aux États membres de la zone euro, ce qui est indispensable afin de lever l'emprunt. L'objectif est d'éviter la spéculation sur la dette des États les plus fragiles qui échapperaient ainsi à la contrainte des marchés financiers. Afin d'y parvenir, il est nécessaire de mettre en place un audit public de la dette. La création d'eurobonds permettrait de mutualiser les risques et par conséquent de favoriser la stabilité financière de tous les États de la zone euro. Cette création sera corrélée à la mise en place d'un impôt commun sur les sociétés et permettront de nouvelles perspectives pour les peuples en Europe. La nécessité d'établir une politique de relance en Europe est à présent une idée qui fait son chemin, malgré la fermeté de l'opposition des gouvernements libéraux et conservateur. ECOSY, késako ? Les jeunes socialistes ne sont pas seulement organisés au niveau national mais aussi au niveau européen. ECOSY comprend 44 organisations-membres, et constitue la structure "jeune" du Parti Socialiste Européen. Les jeunes socialistes européens sont particulièrement attachés aux idées de démocratie, de solidarité, d'égalité, de justice et de liberté. Le Festival ECOSY 2012 s'est tenu du 13 au 20 Juillet derniers à Savudrija en Croatie. A cette occasion, les militants ont débattu lors d'ateliers et de plénières sur l'écologie, le féminisme, les retraites, l'éducation, la politique fiscale, le fédéralisme, une protection sociale européenne etc. Dans un cadre idyllique, nous avons participé à la Marche des fiertés, organisé des tournois sportifs et inlassablement relayé la nécessité de renégocier le Traité européen pour promouvoir une Europe de l'emploi, sociale, fédérale, écologiste. La déclaration finale du camp d'été est l'aboutissement de cette semaine de travaux, et le point de départ d'une aspiration commune des jeunes européens à se lever face à la crise qui bat son plein. Generation of the crisis, Rise up !


TàG MAG 31 : Le changement en Europe : une règle d’or, celle du progrès social  

La victoire de la gauche aux élections présidentielles et législatives souffle un vent de changement en France, mais aussi en Europe.

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