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Š La BalnÊraire, Post-Disaster Residencies, 2018.


CoopĂŠrative Curatoriale

Collectif Post-Disaster Residencies

Occuper la catastrophe

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Coopérative Curatoriale

Le goût du paradoxe permet de laisser se côtoyer des choses apparemment dissemblables, et de cette dissonance même, naît une sorte de vérité. August Heckscher Si nous sentons aujourd’hui la nécessité de nous positionner en tant que collectif artistique et curatorial autour de la notion de catastrophe et de désastre, c’est peut-être en raison de la position paradoxale que l’art et les artistes semblent occuper dans le contemporain. Nos mondes tombent en ruine, des modes d’existences disparaissent, des vies, des pratiques sont laissées à l’abandon et existent désormais de manière spectrale. Les ruines s’amoncellent, les catastrophes écologiques, politiques et existentielles nous submergent de toutes parts. Face à cela, nous est offert un monde vierge, homogène, reproductible, prêt à recevoir sans heurts, sans frottements et sans apparition de ce qui a pourtant cours tout autour de lui. Le modèle de la galerie, interchangeable, le ton neutre des chroniqueurs de chaine d’information continue, le spectacle assourdissant de la politique ou de l’économie sont autant d’espaces d’abstraction du monde environnant. Soustraits à toute hétérogénéité, ils offrent hypothétiquement au publicmonde leurs espaces sans contingence et sans contrainte, zones de repli face à ce qu’on nous représente comme l’invivable, l’inhabitable, l’inoccupable, pour enfin laisser la catastrophe à son esthétique du sublime et à sa contemplation romantique. La catastrophe et le

désastre en tant spectacles s’envisagent désormais avec sidération et stupéfaction comme des espaces sans vie dont la seule exposition est celle d’une figure monolithique lisse, immuable et statique. Il y a donc une position dont le paradoxe pourrait bien être spatial qu’occupe aujourd’hui l’art dans le contemporain. Tout le pari des résidences du collectif Post-Disaster est bien de se désengager et par là même de désarmer cette alternative infernale et sidérante : le déchaînement de catastrophes mises bout à bout dans l’espace purifié de la représentation. Désarmer cette alternative demande de se placer, de se positionner dans la catastrophe, où notre présence est alors usage et non plus un simple moyen de rendre visible. Se réapproprier des usages depuis des espaces dévastés désamorce tout effet sidérant d’une vision catastrophiste du monde. Les catastrophes redeviennent des temporalités et des espaces installés dans un présent épais et occupable, elles nous engagent en elle et nous obligent à de nouvelles alliances. Ici devient une zone d’expérience où la vie est malgré tout toujours à l’œuvre et où la densité des mondes est rendue effective/visible par l’expérimentation. Se réapproprier des modèles économiques, artistiques voire politiques au sein de zones critiques d’expérimentations semble découler d’une stratégie contre-fonctionnaliste de mise en danger de nos rapports et de nos relations aux mondes précaires qui s’instaurent. C’est d’abord par la mise en échec des modes de représentation et des modalités même de l’intervention artistique que

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ceux-ci deviennent engagement. Les Post Disaster Residencies forment alors des moments communs. En vivant le temps d’une semaine en résidence avec pour objectif l’occupation, ici, du Stadium de Vitrolles, érigée par l’architecte Rudi Ricciotti en 1994. Tout en laissant au lieu et à son histoire un rôle premier, les membres de la résidence s’y détournent volontairement et ont travaillé vers la mise en place de dispositifs artistiques immatériels. Se greffant à d’autres usages existants, sans venir les remplacer, cette mise en commun du lieu (que ce soit par les usages préexistants, par les œuvres ou par le public) a primé sur la possibilité de son appropriation. C’est par l’archive comme outil prospectif que nous entendons désormais exister jusqu’à notre prochaine proposition. Les bribes d’instants, les sons et les impressions qu’a laissé sur les participants cette intervention constituent la part narrative de nos expériences. Ce qui est ici décrit n’est qu’un reste de pratiques collectives et de rencontres autour de cet habitat et de son usage devenus autant de moyens de faire acte. Post-Disaster Residencies

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Profile for Post Disaster Residencies

Coopérative Curatoriale #3  

Coopérative Curatoriale #3  

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