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 Quartier,

                                                            


Quartier, lointain peut­être, c’est un constat qu’elle peut faire, une surface des choses qu’elle effleure  du regard. Elle pose alors des questions. Que peuvent dire les réponses ? Les réponses disent ce qu’elle attend, ce qu’elle sait qu’un homme, une femme misérable est capable  d’exprimer de son état constamment défavorisé. L’image montre un visage, les mots qu’exprime ce  visage font à première vue le drame de la situation du corps qui le porte.  Que peuvent répondre des gens pauvres à des questions de ce type : Depuis combien de temps vivez vous ici ? Vous sentez­vous en bonne entente avec le voisinage ? Votre situation ici vous satisfait­elle ? Une question attend un type de réponse. Ici, les réponses seront affirmatives, négatives, indiqueront une  quantité… Ce sont ces donnés qui seront censés donner la qualité du drame vécut par l’homme, la  femme interrogé : Le dispositif peut ainsi plus ou moins arbitrairement sous­entendre que le spectateur  a pour devoir morale de s’en émouvoir.  Il est aussi possible, pour souligner la qualité de ce drame, de donner à voir l’intérieur d’un habitat. La  saleté est déterminante… On se dit : Des vilains microbes traînent par là… C'est pas bon pour la santé  de ces gens !  Les gens portent peut­être leur drame en étant déterminé par un champ moral. C’est convenu : Ils sont  défavorisés selon… Mais on se dit surtout que les corps souffrent, les pauvres sont malades. Ils ont une espérance de vie  moins élevé.                                                                                  * Elle se croit, se dit engagée… Jusqu’à quel point, ce drame la concerne­t­elle ? Il est facile de dire que tout est lié : ils sont pauvres, parce qu’ils sont plus défavorisés qu’elle, ils ont  une quantité d’argent moins importante. Mais pourquoi ont­ils moins d’argent ?  Nous avons là besoin de beaucoup de mots, et pas directement issues du lieu qui nous intéresse.  Ici il est pourtant surtout question d’images. Si l’essentiel peut se dire en mots, à quoi bon filmer ? …Pour avoir des preuves à l’appui peut­être ? Des preuves : la saleté des lieux ; la mine des gens.  Les enfants jouent­ils ? Ils ne vont peut­être pas tous à l’école ? Ils sont peut­être délinquants ? C’est peut­être la racaille à faire disparaître, que désigne monsieur Sarkozy ? Puis quoi encore ? Le monde va mal, dites­vous… Comment vibre un monde qui va mal ?


La terre s’écroule sous vos pieds… Des vagues vous tombent sur la tête… C’est à cet instant que le spectateur peut s’indigner. Et qu’il s’indigne, c’est très important… Vraiment important. Doit­on déterminer le type d’émotions, de réactions que doivent provoquer des images sur des  spectateurs ? Et quels spectateurs ? Quelle intentionnalité ? Nature d’arbitraire, conscience d’arbitraire, il faudra peut­être à la suite de la vision de nos images vous  en remettre à votre député européen… Et le monde ira mieux. Oui je vous assure le monde ira mieux ! Mais il ira mieux où ? Quels lieux seront à nouveau chargés d’énergie positive ? Le monde en son  entier peut­être ?  L’esprit du spectateur est peut­être une globalité suffisante ? Cependant je vous l’avoue tout de suite : Nos images ne provoqueront peut­être pas l’indignation, ou la  révolte… Je ne suis ni indigné, ni révolté, du moins pas dans ce sens.  Dans le déroulement de ce texte, il a donc été très peu question de la nature des images que nous  aimerions produire, mais plus de motifs qui seront contenus en leur sein. Nous tenterons d’atteindre  une idée de globalité. De montrer l’état, les rapports au sein d’un monde désigné par le cadre du film.  Des gens se plaignent peut­être en son sein. Mais la plainte n’est pas la nature du drame, la plainte est  une conséquence du drame. Ce qui nous semble pourtant le plus intéressant, c’est elle. Celle qui regarde et commente ce qui se dit  être un drame. Nous la comprenons peut­être mieux que ce qu’elle dit être un drame… Elle traverse à  un moment le monde que nous avons décrit au début de ce texte (ce qu’elle dit être un drame). Mais ce  n’est pas son monde, elle n’est pas dans l’état de misère des gens contenu dans le lieu compris dans  l’image à un moment du montage du film. Le monde dans l’idée de sa globalité, c’est une nature de rapports, c’est la croyance en une globalité.  Une globalité ouverte, une globalité non définie… L’ouverture c’est ce flottement entre son monde  (moins misérablement connoté) et celui des gens décrient plus haut. Ce qui fait consciemment le sens  de sa vie quotidienne ce n’est pas le monde misérable qu’elle a visité à un moment de sa vie. Elle n’y  pense que très peu. Cela n’influe pas sur son rythme de vie. Elle se dit juste parfois que c’est dommage  que ces gens soient dans la misère. Cela ne crée pas une grande tension, même pas de la tristesse. Sa  mélancolique est dû à des phénomènes qu’elle pense la concernant directement… Des phénomènes qui  sont inclus ou qui sont plus à proximité de son espace privé. Ce qui fera peut­être l’énergie du projet  c’est ce flottement. Cette ouverture, cet écart entre les deux mondes que nous aurons choisi de cadrer.  Rien ne doit être déterminé, il faut comprendre dans la nature de l’image, l’idée de cette ouverture, du  moins sa sensation. Les mensonges sont souvent des phrases affirmatives. La phrase précédente est  peut­être un mensonge. Comme la phrase qui précède celle­ci etc. En fait nous aimerions tenter de  beaucoup moins mentir. Mais nous mentirons peut­être sans en avoir totalement conscience. Ce qui  ment dans un film c’est peut­être plus le montage que le plan… Mais aussi ce qui est dit par les motifs  présents dans le cadre… Est­ce qu’un plan dans lequel un éléments ment, ment­il autant que l’élément  qu’il montre. Sans doute ment­il parce qu’il prend la responsabilité de le cadrer. Mais bon la taille du  plan, le rapport au hors champ, au reste du montage, dément le mensonge, ou peut le démentir. Les  rapports, l’idée c’est le montage. Puis un film doit surtout éviter de dire qu’il représente fidèlement la  réalité… Quelle réalité ? Par quel prisme ?  



Quartier