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L'ART IDEALISTE & MYSTIQUE PRÉCÉDÉ DE

LA RÉFUTATION DE TAINE

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Î)U

MÊME AUTEUR

La Décadence latine

III.

LE VICE SUPRÊME (l884). CURIEUSE (l885). l'initiation sentimentale

IV.

A CŒUR PERDU

I.

II.

(i886). (1887).

ISÏAR (1888). VI. LA VICTOIRE DU MARI (1889). VII. CŒUR EN PEINE (iSgo).

V.

VIII.

IX.

X.

l'androgyne (1891). LA GYNANDRE (189-2). LE PANTHÉE (1893).

(Ethopée)

TYPHONIA (1894). LE DERNIER BOURDON (iSqS). XIII. FINIS LATINORUM (1898). XIV. LA VERTU SUPRÊME (I9OO). XV. « PEREAT » (19OI). XVI. MODESTIE ET VANITÉ (1902). XVIII. PÉRÉGRINE ET PÉRÉGRIN XI. XII.

I

(1904).

XVIII. LA LICORNE (igoS). LE NIMBE NOIR (lgo6).

XIX.

AniphithôâtB*e des Sciences ntortes I.

II.

III.

COMMENT ON DEVIENT MAGE (éthique), in-8% 1891. COMMENT ON DEVIENT FÉE (érotiqUC), in-S", 1892. COMMENT ON DEVIENT ARTISTE (cslliétique), in-8°,

1894.

LE LIVRE i>u SCEPTRE (poliUque), in-S", 1895. l'occulte CATHOLIQUE (mystiquc), in-8°. 1898. V. TRAITÉ DES ANTINOMIES (métaphysique) in-8. 1901. VI. VII. LA SCIENCE DE l'amour igii ("Messcin).

IV.

Les idées et les Fotfntes la TERRE DU SPHINX (Egypte) I90O. LA TERRE DU CHRIST (Palestine), 1901. l'art ochlographe, in-8'', 1888. LE THÉÂTRE DE WAGNER 'los XII Opéras, scène par scène), 1895. LES XI CHAPITRES MYSTÉRIEUX DU SEPHER BERESCHIT, 1894. LA SCIENCE, LA RELIGION ET LA CONSCIENCE, iSgS. LE PROCHAIN CONCLAVE (instpuctions aux cardinaux) IS98. SUPPLIQUE AU PAPE POUR LE DIVORCE, I904. LA DERNIÈRE LEÇON DE LÉONARD DE VINCI, I904. ORIGINE ET ESTHÉTIQUE DE LA TRAGÉDIE, igoS. LA CLÉ DE RABELAIS (sccrct des Corporations), igo5. DE PARsiFAL A DON QUICHOTTE (secrct dcs troubadours, 1906. INTRIIOUCIIÛN A L'ESTHKTIQUE I906. DB LA SENSATION DAET I907. LA D0CTHIN8 DK DANTE I907. RAPPORT SUR LES BEAUX-ARTS I908.

OB l'human 6ME (sccret de la Renaissance PS l'androcyni 1910.

1909).


(H")

l>ELADAN

L'Art Idéaliste

Mystique^

et

PRÉCÉDÉ DE

LA RÉFUTATIOiN DE TAINE

PARIS BIBLIOTHÉCIUE INTERNATIONALE d'ÉDITIOK

E. 7

6t

SANSOT &

^, Rue

de

l'Eteron,

C" "^

et

^


TBÉATRB PUBLIÉ PaiNCE DK BTZA.NCI, iSt)?, épUÎsé LE FILS DES KTOILEB, 1894, épiitsé. BABYLONK, iSgS, épui.sé. LA PROMÉTHKÏDÏ, 1896, épuisé. ŒDIPE ET LE SPHINX, içjoS, MerciiTe de France. SBMiRAMis, 1904, Mercure de France. i.*

Les Manuscrits de 'Léonard de Yinci, LES tVl IWil^ÛSCHlTS DE L'IflSTITÛT DE f^V^Z^L (Extraits et Commentalrea) 1

vol. in-i8° 1909.

(SANSOT).

LA PHILOSOPHIE DE LÉONARD DE VINCI d'après ses Manuscrits

Bibliothèque de philosophie contemporaine (Alcan).

TROISIEME EDITION

TRAITÉ De UR

PEI^SlTUI^B

de LÉONARD DE ViNCI Traduction complète avec un Commentaire perpétuel et i5o figures, in-8». (Delagrave).

TROISIEME EDITION

TEXTES CHOISIS de

LÉONARD DE VINCI {Pensées, Théories, Préceptes,

Fables et Facéties), traduits en français pour la première fois dans leur ensemble et

mis en ordre méthodique, un vol. in-i8. 1907, Couronné par demie Française (prix Charles Blanc) Mercure de Francet

l'Aca*


A LA MÉMOIRE D'OSCAR LE PACIFIQUE

mon ami M. de Son dé relire sa traduction du Testament d'Oscar II roi de Suède, fai été stupéfait de découvrir un autre Marc Aurèle augmenté de Prié par

française

toute la sensibilité chrétienne.

Je sais

mal son histoire. En 1905 il ne voulut pas la guerre Nord et au cours de son règne il sacrifia

contre ceux du

;

sa7is cesse la gloire

à

la sagesse,

Vambitlon à la justice

:

il

aima la Paix, comme François d'Assise aima la pauvreté ce fut un grand roi selon l'Ecangile, un véritable pasteur d'hommes et parmi les monarques philosophes, il apparaît :

comme «

le

prologue la

plus grand.

Ecoutons

la

voix de notre conscience. La vie n'est qu'un

et ses joies

mêmes ne sont que

le

pressentiment de

pure béatitude. Donnez mol votre main, quel que

réce, et

soit votre

ne disputons pas sur ce que l'humanité ignore.

Ainsi s'exprime

le roi

admirable désir d'une paix que dépasse et s'étend

»

des Goths et des Vandales, dans son

jusqu'au for intérieur.

les matériels conflits


l'art idéaliste et mystique

6 Toutes

les

magnanimités qu'on admire chez Tolstoï, a Vétat le roi Oscar nous les offre plus pures,

fébrile et incohérent,

plus sereines et

même

plus lyriques.

Ce fut un poëte, un grand poète idéaliste, que ce prinee,

vraiment et

comme

très chrétien, les

dans toute

la réalité

de l'expression

:

gens de la politique comprendront difficilement

son magnifique idéalisme, célébrer sa mémoire.

il

J'apporte

appartient ici

aux

écrivains

mon hommage

de

à ce génie

de lumière.

PÉLADAN.


Je suis entré dans

dans <r

chie

l'esthétique,

les lettres,

par

cette

l'esthétique, et

première phrase

:

Je crois à l'Idéal, à la Tradition, à la HiérarJ>

en 1882, je reçenais de Rome. Le

c'était

Salon de Paris

Les artistes

me

stupéfia.

m,' apparurent

dans une telle détresse,

ignorants ou bien oublieux des lesquelles nul n'a la

par

de

lois

jamais œuvré), que je

l'art

(sans

me donnai

mission de leur montrer la craie çoie qu'ils

açaient quitté, à leur plus

Derrière

le

Réalisme se dressait

monstre colossal.

Il jy eut

advient chaque fois que

Mais,

grand dam.

comme

le

Matérialisme,

scandale,

le zèle

comme

il

échoue.

idéalement rien ne se perd,

les

esthètes profitèrent de l'enseignement offert

aux

artistes.

La parole

adressée aux créateurs fut entendue

des admirateurs, qui acceptèrent, en grand nombre,

de purifier leur goût

et d' élever leur

jouissance.


l'art idéaliste et mystique

8 C'est

pour eux, pour

qu'on réimprime L'Art L'édition de

nvystes de la Beauté

les

idéaliste et mystique.

i8g4 portait

la trace

de la hâte

et

contenait quelques expressions de combat, sinon injustes, ((

du moins oiseuses aujourd'hui.

La réfutation esthétique de

Tainei> sert d'intro-

duction à cette esthétique inspirée par la contemd" œuvre.

plation des chefs

Elle ne se /latte d'au-

cune originalité, mais d'une piété sincère ençers les maîtres.

Tai rencontré, dans des ruines d'Asie, un parsi qui entretenait

le

témoin, pour que J'imite cet

feu sacré, sans acolyte, sans

le rite

séculaire ne fut

homme, simple

pas

et entêté.

P.

aboli.


LES DEUX ESTHETIQUES

L'ESTHETIQUE POSITIVE

Les questions

d'art,

il

y a un demi-siècle, se

débattaient entre les professionnels et les teurs. Aujourd'hui,

gent en ateliers; et

beaucoup de salons le

peuple, qui trouve à deux

sous une excellente reproduction de

va par bandes aux expositions

En

ama-

se prolon-

la

Joconde,

comme aux musées.

outre, les artistes, professionnels ou dilettanti,

ont pullulé, au point que

le

prestige de l'art en a

souffert.

Superficiels

électeurs

et

ignares se considèrent

comme

au Saint Empire de la beauté. i*

Une


l'art idéaliste et mystique

10

aux gens du monde comme à ceux du peuple. Quant aux gens du métier, on ne

méthode

serait utile

saurait, sans ironie, les convier au

contemnement

d'eux-mêmes. y a des matières où toute nouveauté est une et la métaphysique, qu'elle traite de erreur II

;

ou conceptible, ne peut innover

l'idéal sensible

que dans l'expression.

Nous prenons en rent Galilée et

le

pitié les

cours du

générations qui jugèsoleil d'après la Bible,

nous trouvons légitime d'appliquer

et

le critère

scientifique aux manifestations esthétiques

On

?

ne différencie pas assez, l'imperfection essentielle de l'Esprit, des fautes individuelles. Dès qu'une civilisation adopte

un déterminisme,

que aveuglément, par instinct

elle l'appli-

par

autoritaire,

esprit administratif, par besoin d'unification.

Convention trines

du

changent

droit divin

décisifs la

fut

La

une autocratie enragée. Les doc;

l'homme

agit de

même, au nom

ou contre ce droit

;

et

les

plus

changements sont ceux des vignettes de

paperasserie et de l'avers des monnaies.

Le

rationalisme

l'Acropole

triomphant

artistique

Raison. Sculpture et

devait

envahir

y installer la déesse Peinture ont eu leurs sans-

culottides, et ce fut le

et

grand contempteur de

la


l'esthétique positive

11

Révolution, Hippolyte Taine, qui légiféra l'anarchie et

donna des

aux

textes

comme

réalistes

Jean-Jacques aux conventionnels, pour substituer à l'ancien

régime de

la tradition,

celui

du bon

plaisir individualiste.

Nous allons étudier la théorie qui a produit les Manet et les Caillebotte et nous saurons pourquoi le Musée du Luxembourg ressemble à un salon annuel,

et

un salon annuel

immense

à une

boutique.

Pendant vingt ans, de 1864 à 1870, Taine professa l'esthétique à l'Ecole des Beaux-Arts.

possédons ses leçons sous

la

Personne, en France, n'a occupé

Nous

forme livresque. si

longtemps une

semblable chaire. Cet enseignement concomite avec notre décadence

;

il

plus bas des gâte-métiers

a fourni des formules au !

L'immortel historien des Origines de la France

contemporaine n'a jamais bien su l'art,

même

après l'avoir enseignée

l'histoire

de

!

M. Delaborde {Des opinions de M. Taine sur Vart italien, {Lett7''e

\^^

janvier 1866)

et

M. Venturi

à Giacomo Barzellotti 1900) relevèrent

beaucoup d'erreurs. La plus colossale fut la méconnaissance du trecento

et

quattrocento

inconcevable de deux siècles,

les

:

négation

plus originaux


12

l'art idéaliste et mystique

plus féconds de la Péninsule.

et les

que Taine

Il

importe peu

mauvais connaisseur, prenant

ait été

un Carrache pour un Gorrège. Je ne jugerai que sa pédagogie, et d'après son texte.

Pour

établir la nature de l'œuvre d'art,

dère trois points

:

il

l'ensemble des œuvres du

artiste, les autres artistes

contemporains

consi-

même

et la civi-

lisation de l'époque. «

L'état des mœuf's, de Vesprit est le

pour

le

public et pour

fréquenté

les

les artistes (1). »

moindres rapins

et les

même Qui a

plus petits

poètes n'ignore pas, qu'il existe

un

l'individu qui cherche à créer

cet état, fait d'en-

thousiasme

d'orgueil,

et

et

isole,

L'homme

autre, de l'ambiance.

femme un modèle

;

état spécial de

qu'aucun

plus

qui voit dans la

dans l'amour une excitation

à écrire, qui préfère un certain rêve à la réalité et

contemple vivre,

la vie

dont

la

pour l'exprimer au

lieu

trouver des lignes et des tons, celui-là, n'a pas le

(1)

même

Philosophie de

de la

jouissance majeure consiste

esprit

que

l'art (1895)

Be Vidéal dans Vart

:

à

l'artiste,

le public.

Philosophie de Vart en Italie

la Philosophie de l'art en Grèce (1869). Ces ouvrages ont été réunis en 1880 en deux volumes intitulés Philosophie de l'art.

(1866)

;

(1867)

;


13

l'esthétique positive

artiste,

Pour comprendre un groupe d'artis-

faut se représenter,

avec exactitude,

Taine pose cette règle

une œuvre il

tes,

l'état

d'art,

un

général de V esprit

auquel

«

:

et des

appartiennent

ils

».

mœurs du

temps

Autant dire que

l'historien sera le seul esthéticien.

La forme, langue tuelle, s'entend

universelle et vraiment perpé-

en dehors de toute érudition. Isdu-

bar étoufîant un lionceau, Héraclès en ses travaux, saint Christophe portant Jésus, manifestent, par

leur gigantisme, la

saltante d'Ankor,

expriment à

un idéal de force.

la

la

la

danseuse

tribune de Florence, à la

il

sur un objet,

n'y a le

à la

a

aimé

Maja de Goya,

Femme au

et

à la

perroquet

que des différences de vision

A

Venise, à

comme au

xix'^

siècle,

œuvré, dans un

état

d'âme

identique, et s'est proposé la

pompéienne,

corps de la femme.

Madrid, à Paris, au xvi® l'artiste

Thèbes,

grâce féminine. Des Vénus de Titien,

Rècamier de Gérard, de Courbet,

L'Isis de

représentation de la

un but semblable dans nue. Aucune révolu-

femme

tion,

aucune catastrophe historique ne modifie

l'état

de concupiscence, ni sa transposition pictu-

rale.

ïaine ne trouve que deux préceptes à donner «

Naître avec du génie,

c'est

l'affaire

:

de vos


14

l'art idéaliste et mystique

parents

c'est

votre

L'Ecole de la rue Bonaparte, non plus

qu'aucune autre, n'a ce

beaucoup,

et travailler

;

affaire.))

mot a un sens que

étourdiment

?

pour

été fondée

j'ignore,

Léonard

a

le

ou bien

génie.

il

Ou

s'en sert

du génie, évidemment.

Luini, BeltrafTio, Lorenzo di Gredi et ceux de la

Lombardie en Si les

ont-ils

musées

et

?

même

le

Louvre

se bornaient à

l'exposition des génies,

que d'espace vide

un peintre de génie au

xix® siècle ? Delacroix

puis? on ne s'entendrait pas sur

du génie* à des élèves équivaut devant des séminaristes. Hélas

!

le travail,

«

!

Qui !

fut

Et

les autres. Parler

à évoquer la tiare

Travailler beaucoup. »

même improbe,

n'aboutit pas

sans méthode. Et qu'est-ce qu'un enseignement qui ne donne point de méthode

?

La science est une botanique appliquée aux œuvres humaines)). On va voir ce que « les principes, les précautions, les fonctions des sciences naturelles communiquent de solidité aux sciences morales ». Et aussitôt surgit une

Parmi

les

grands

classification déraisonnable:

arts, qui sont la 2Joésie, la

sculpture, la peinture,

V architecture

et

la

onusique, ne considérons d'abord que les trois

premiers

».


l'esthétique positive

La poésie graphie ou

un

n'est pas le

art,

15

sinon par

la calli-

dessin des caractères d'imprimerie

typographique? Le propre de

et la disposition

tomber sous

l'art

les sens, et la poésie n'y

tombe

pas. Optiquement, la traduction en vers de

Vlmi-

est de

tation et la Pucelle de Voltaire, une colonne du

Bulletin des lois

On

blables.

homme

Tout

une page de Balzac sont sem-

et

on voit l'œuvre

la poésie,

lit

mais chacun ne

voit,

taines langues dont

il

que cer-

sait l'alphabet et les

n'est pas vrai, en outre,

d'imitation,

lit

d'art.

que

la

mots.

Il

poésie soit un art

ce n'est dans les onomatopées, et le

si

«bréké kékex koax» d'Aristophane tient vraiment

peu de place en la

littérature.

la parole

Il est

dont

Pascal,

sont les formes durables.

elles

bien clair qu'une [statue a

un roman,

».

expression,

il

et,

un homme vraiment moins clair qu'un drame,

L'art n'a qu'un instant pour son faut

donc que cet instant

au plus haut point: tandis que

prend,

objet

esso.yede représenter des caractères y

des actions

ficatif

pour

tout près

d'imiter de

vivant... Il n'est pas

la

La pensée de

période de Bossuet n'imitent rien, non plus que

s'il lui plait,

son personnage au berceau,

par une succession de scènes, ne

tombe, ou

même

soit signi-

la littérature

ne

le

le quitte

qu'à

quitte point, et raconte


l'art IDÉALIBTB ET IfYSTIQUE

16

des épilogues.

Homère trouve Ulysse auprès de

Calypso

ramène à Ithaque

et

le

commencer, par et intercaler le

Le

Sparte.

:

il

pu

aurait

l'histoire de Laërte et d'Anti^lée,

voyage de Télémaque à Pylos

et à

que d'un geste

statuaire ne dispose

pour incarner l'astucieux aventurier. Prenez le père Goriot à la table de la pension Vauquer, rien ne

le

caractérise

vermeil,

il

;

que

durée, que d'un aspect unique

la

à d'autres règles

les aspects possibles, obéit

la littérature,

de temps

son

tord

qu'un art qui ne dispose que

d'une seconde dans

parmi

il

s'élève au point pathétique.

est bien clair

Il

moment où

au

et

que ne borne aucune condition

qui

s'étend

à

succession

la

des

mouvements. Taine prétend que

la carrière

d'un artiste com-

mence par une période de sentiment vrai par

la matière.

7iier

Il

cite à l'appui le

et finit

Jugement der-

de Michel-Ange. Cela m'impressionnerait,

sans cette phase

:

«

On peut

remat^que sur icne autre

Michel- Ange français

».

faire la

vie,

même

celle de

notre

Corneille est fort grand,

mais sans analogie avec Buonarotti.

L'infériorité

des dernières pièces de Corneille vient de l'exécution,

non du plan

;

elles

ne sont plus de son

tandis que le dernier croquis

style,

du maître de

la


17

l'esthétique positive Sixtine est

léonin que nul ne se trompera sur

si

A

l'attribution.

gressait encore « //

soixante ans, Fra Angelico pro!

faut imiter

rapports

les

et les

dépendan-

ces mutuelles des parties », dit notre professeur. Il

aurait

pu

simplement,

dire plus

mais Terreur

proportions;

devenue manifeste. Ces rapports

fût

sont précisément ce que

le

modèle donne

ment. « La logique du corps désigne

les

le travail

»,

très rare-

bonne expression

synthétique de

l'artiste qui,

en

face d'une belle partie, corrige les défectueuses.

Qui

Ange

oserait, sans hésitation, écrire

grand

est le plus

que Michel-

artiste italien et le

tombeau

des Médicis son chef-d'œuvre ? Cette assurance

surprend d'autant plus que Taine a mal vu, appelle

rAwrorg

désespérées

et

?

et la

la

Nalt^ des vierges colossales

Les seins de la Nuit ont allaité, et

son ventre a enfanté

Dans

!

kermesse (qu'iront voir

noce dans VAssoïmnoir)

chœur de flamand

le

Lorsqu'il définit

que celui du lion le tigre ?

de courage

Le

les

gens de

professeur découvre

la

un

ivres de paix et de sécurité,

après les guerres de religion

Et

il

le

!

caractère essentiel,

il

trouve

un grand carnassier. un idéogramme de force,

est d'être

lion est

et à la fois

de magnanimité. Plastique-


.

18

l'art idéaliste et mystique

ment,

tout en tête et crinière, correspond

le lion,

à l'idée de majesté

comme

Au

roi.

;

les

lieu

animaux de

donne une phrase de muséum mâchoire montée sur quatre «

gothique

l'infinité,

:

«

la

fantaisie

lion est

la

différentes,

si

Il

est

la verticale étant la ligne

et spiritualiste

une

comme au temps

s'annulent les uns par les autres.

de dire que

Le

il

pattes.

Ces mots, de valeurs

».

reconnaissent

ayant conçu l'étrangeté,

L'architecture

variété,

le

considérations,

ces

si

simple

ascendante

par excellence, l'architecte gothique

devait l'adopter et l'exagérer. Taine croit à

Famour

il cite André le chapelain, sans se demander à quelle chapelle il appartient d'ensei-

chevaleresque,

gner « que l'amour ne peut exister entre époux ce qui doit s'entendre de l'orthodoxie

»

;

romaine en

opposition avec la religion d'amour des Albigeois

*

On fit de la femme une divinité », dit-il, comme si la Dame des Néo-Platoniciens n'était pas la «

Sophia ou

la

Gnose

L'art reflétant les

!

mœurs,

l'historien

point de chercher la cour de Louis

ne manque

XIV

dans

la

tragédie classique.

(\)

Le Secret des Troubadours

(Sansot.)

.

De ParsifalàDon Quichotte.


19

l'esthétique positive

Achille lui paraît

Nous avons vu

un jeune

officier

aux gardes

!

de Siegfried qui serait

la brutalité

insupportable dans un drame sans musique. Les

bienséances du xvii^ siècle sont une des manifes-

rhumanisme.

tations de Si

Taine avait étudié

au

lie

le

joue,

de

1

le

comme

auteur,

juger par la mauvaise façon dont on

se serait

il

le théâtre

aperçu qu'Oreste n'est pas

si

loin de VOrestle d'Eschyle, et qu'on pourrait l'in-

terpréter helléniquement. Lui aussi, faute d'intimité

avec cet art spécial, se laisse tromper par les mots, là

où l'intonation

est tout.

Gluck soulève

le

note

sans

et

devient

il

avec ritournelle. Appeler

d'ariette

Racine

même problème

flamme,

la

chanté à la

;

un musicien le

théâtre de

peinture exquise du grand monde, c'est

regarder aux perruques et non aux visages, aux

modes

Ange

et

non aux passions.

n'est

D'oii vient

que Michel"

jamais plus colossal que dans

les

enco-

gnures de son plafond? Ses figures géantes grandissent par le

même,

les

peu d'espace où

bienséances

l'intensité pathétique, et

de

il

les contient.

De

Racine augmentent

rendent

significatifs des

mots qui seraient nuls dans Shakespeare. «

L'œuvre d'art

est

déterminée par

l'état

général de V esprit et des mœurs environnantes.))


20

l'art idéaliste et mystique

une formule

Cette loi deviendra plus tard et

on dira

:

« L'état

Comment drait

bases, «

En

scolaire,

général doit déterminer

caractériser

une

civilisation

l'art.» Il

!

fau-

convenir de certains points qui fussent des bien décrire

et

Grèce,

le

jeune

race; au moyen-âge, chevalier

le

personnage régnant.

homme nu le

amoureux ; au

de belle

et

moine extatique

xvi^, le

parfait

homme

de cour, de nos jours, Faust ou Werther. trouve que

féminins

:

les

et le

» Il se

principaux chefs-d'œuvre grecs sont

Victoire de Samothrace, Victoire ratta-

chant sa sandale,

Parques

;

que

le

canon

de

Polyclète est androgyne, et surtout que le statuaire

hellénique est idéogrammatique. Les

mouvements

y expriment des idées.

Le chevalier amoureux cache un mystique un ardent hérétique. Quant au type de Renaissance, c'est 1 humaniste et non le la religieux,

courtisan. Faust ïî^uve. l'alchimiste;

peu

même auteur. « Un personnage ses

il

est aussi

représentatif de nos jours que Vlphigénie

formes expressives

du

régnant, ses dominantes, et acceptées

comme telles,

voilà la formule qui ne laisse rien hors de ses prises. »

Celui

qui

désignera

le

personnage

régnant de notre époque sera singulièrement pers-


L*ESTHÉTIQUS POSITIVE

moins

picace, à

qu'il

2i

ne se contente de l'arriviste

ou du jouisseur, qui sont de toutes

les

époques.

« La plus belle période de l'invention italienne comprend le dernier quart du xvi^ siècle et les trente ou quarante premières années du xvii®. »

Oh vue se

oh

!

!

mérite qu'on s'arrête

ceci

et étant

donnée

A

première

l'autorité de l'écrivain,

rend pas compte de l'énormité de

Le dôme de Pise

!

a été

on ne

cette phrase.

commencé en 1063

;

le

Baptistère par Diotisalvi, 1135, la Tour penchée,

par Bonanno, ^174.

Arnolfo

Cambio,

di

Giovanni

Venise sont en

biffés

d'un

Pisano,

les

ceux du palais ducal à

architectes d'Orvieto, et

trait,

Brunelleschi^ mort

1446, ne compte pas, Alberti, mort en 1472,

non plus. L'architecture italienne

de Taine, avec ture,

Palais Strozzi.

le

Pour

la sculp-

les Pisans disparaissent, Donatello est

à 80 ans, en 1466, et

En

commence, aux yeux

Lucca

délia

mort

Robbia en 1482.

peinture, Giotto et son école, Orcagna, dis-

paraissent avec

Fra Angelico

et

Masolino, et

Massaccio, et Lippi.

Car enfin,

le

dernier quart du xv^, c'est l'an

1475.

Pour Taine,

les artistes

accomplis sont Léonard,


L ART IDEALISTE IT MYSTIQUE

22

Bartolomeo,

Piombo,

Andréa

Michel-Ange,

Raphaël,

le

Giorgione,

En

<(

Sébastien

del

bon de discuter cette deçà, dit-il, des chercheurs

Gorrège.

succession,

Fra

del Sarte,

Titien^

encore frustes, secs

Il

serait

et raides, Pollajuolo, Lippi,

Ghirlandajo, Verrochio, Mantegna, Carpaccio,

Jean Bellin

Madone de

! >

Il suffit

Au

au Louvre,

la

la Victoire, le Parnasse, la Crucifixion,

pour estimer ce qui «

d'aller voir

est fruste, sec et raide

des dise (2^) le s exagérés!

delà,

!

»

Il

n'a

souci ni des condisciples, ni des élèves de Léonard,

du délicieux Sodoma,

ni

Véronèse.

a

La

ni

de Tintoret, ni de

floraison dure cinquante ans

!

»

Quant à Massacio, « c'est icn inventeur isolé » Il ignore Masolino, mort en 1440, et ses fresques de 1428 àCastiglione d'Olona.

Le professeur ne

sait pas, et

il

ne voit pas.

Il

ne

voit pas le paysage chez Léonard, chez Titien, et

auparavant chez Gozzoli, Orcagna «

La peinture

paysage

;

les

et Lorenzetti,

italienne dédaigne ou néglige le

arbres^ la campagne, les fabriques,

ne sont pour

elle' que

des accessoires

l » Ils

n'ont

jamais été autre chose jusqu'à nos tristes jours.

«

La peinture

classique n'est ni mystique, ni

dramatique, ni spiritualiste. et « l'Incendie

du Bourg;

»

Et

« la

et la triple

Dispute

»

scène de la


23

l'esthétique positive

prison de Saint-Pierre, pour se borner à Raphaël?

Cet

((

On

nous

qui

esthète^

Scheffer,

cite

Laymioyeur de

le

aux plus bizarres mélanges.

se plait

trouvera chez Beato Angelico, Durer,

brandt, Metzu,

de

logie,

rêves

intenses...

»

Metzu, Potter et

Hogarth, un intimiste, un animalier riste,

et

et

un

caricatu-

mêlés aux maîtres, pourquoi pas Delacroix...

Troyon «

la

Rem-

Potter, Hogarlh, plus de psycho-

!

Pour que V homme puisse goûte?' et produire

grande peinture,

Nullement,

suffit

il

il

qu'il soit

peinture lui représente

Une Bretonne

faut qu'il soit cultivé. croyant

un thème de

qui ne sait pas

lire,

et

que

»

la

sa croyance.

mais qui

dit

son chapelet avec ferveur, goûtera la chapelle des Espagnols et la

Qui examine

Madonna

dell

les lunettes et les

Arena.

voûtes des appar-

tements Borgia au Vatican ne découvre rien dans ces légendes et ces allégories qui ait le

rapport

avec

les

moindre

chroniques de cette terrible

famille. Si Pinturrichio a peint

aucun

reflet

pour Alexandre VI, sans

du temps, où cherchera-t on l'écho

des vociférations de Savonarole? Les nudités sont très rares

dans

introuvables?

la peinture italienne, les obscénités

Une

lunette au Palais

du T.

I


ai

l'art idéaliste et mystique Cellini,

le

devient pour

plus grand hâbleur de son temps,

Taine

le

type de

le

même

tout du ciseleur,

l'artiste. Il croit

sa prétention d'avoir tué

connétable de Bourbon. Cependant ce grand

pendant son

rageur fut très sage,

séjour

en

France.

A

la vie

lire

qu'il n'y eut

des artistes italiens, on s'aperçoit

qu'un

Cellini.

Torrigiani qui cassa célèbre

s'explique par le caractère de

désobligeant et agressif.

L'histoire

des

férocité

le

:

crime

drames

ou mal

réussi.

comme

l'eau

d'art

;

et

on

on décide

s'il

les

voilà la

:

vie

!

Regardez

de Sienne à Pérousse,

pur,

mystique,

il

est

il

On

plaisir.

ne

il

l'art

il

est

un moine

pigeon d'une bouchée

;

il

de Giotto à

doux,

reflète rien des

X fait représenter devant lui

a pour bouffon

Italie

anecdotes on ferait un tableau

Gozzolli,

Léon

juge

le

Arabie, totalement.

on empoisonne, on assassine, à

de

est bien

Le sens moral aianque en

manque en

En accumulant d'enfer

pleins

sinistres

s'étale partout

comme une œuvre

forme un

républiques

petites

enchevêtrement de

viole,

Buona-

rencontrant Léonard lui-même^ se mani-

roti qui, feste,

il

:

Le coup de poing de

nez de Michel-Ange est

le

la

il

mœurs.

Calandre

il

fait

;

un berner un

goinflre qui avale

chassB)

est

1


25

L ESTHÉTIQUE POSITIVE

capucin dont

la

comédie

est

mauvaise, de façon

un grand coup de ventre sur le plancher de la scène. Parcourez les chambres voici Saint Léon arrêtant Attila, Léon IV éteigna7it V incendie du bourg avec un signe de croix. reçoive

à ce qu'il

:

Les personnages sont aussi beaux, aussi nobles qu'il

que

convient. L'art italien ne représente jamais

l'idéalité

des sujets, et chacune de ses œuvres

donne un démenti aux chroniques.

à savoir pourquoi ce grand talent pittoresque a pris pour principal sujet le corps humain. » Ecole d'Athènes et de la Cène de « Il

reste

V

Milan sont drapées le

nu.

Il

Il

Michel-Ange seul affectionne

faudrait dire que ce grand talent a pris

pour sujet «

:

la personnalité

humaine.

ne jmssait à peine un jour que quelqu'un

ne fût tué à Rome. » Il en est de même aujourd'hui. Mais on chercherait vainement dans la pinacothèque romaine un seul tableau reflétant

les

faits divers.

Ni Vasari, ni Salviati au Palais-Vieux, ni

les

Zuccari dans l'histoire domestique des Farnèse au

château Caprarola, n'expriment l'époque historique. Ces décadents correspondraient troublée, tandis que,

aune période

aux pires moments,

semble œuvrer loin du bruit des armées %

l'artiste et

dans


L^ART IDÉALISTE ET MYSTIQUE

rignorance totale de ce qui se passe, sur

grande

la

place.

En

vain vous chercherez à illustrer

deBurkhardtet Machiavel. La fresque

le

Journal

et le

tableau

aux

de Cimabué à Raphaël, restent étrangers

aux

comme

attentats féodaux,

révolutions

et

l'art italien

avait

moment,

mythologie se mêle au mysticisme,

mais

la

pour

œuvré dans un moutier.

présenter

voluptueuses.

La

ici

un

des images pacifiques

monument

Sixtine,

exhale une humeur de Titan lisme

A

;

si

et

de colère,

mais l'individua-

s'enveloppe de symboles religieux et

le

spectateur attribue au chrétien les accents indignés

du

citoyen.

Comment un

un

chartier,

archiviste

a-t-il

négligé la chronologie des œuvres, au point de se

tromper sur des

siècles;

comment

de Thomas Graindorge ne téristiques

d'une part

saisit-il

de l'œuvre d'art ? et cet

l'observateur

pas

les

carac-

Cette négligence

aveuglement de

l'autre

viennent

peut-être d'une fanatique volonté de positiviste et

servent d'hommages à Auguste Comte.

Quelle que soit

sauve «

pas

une

la

proposition

Uimagination de

gue à

celle des

valeur de la signature, elle ne

comme

celle-ci

:

Vltalie classique est analo-

anoiens Grées et des anciens


27

l'esthétique positive

Romains. Fénelon

;

On

»

l'excuserait au xvii® siècle chez

de nos jours,

Le quattrocento Taine ne

l'a

est

pas su,

elle scandalise. le

grand

lui qui a pris

Sasso Ferrato pour un Titien

siècle italien et

une copie d'après

el

qui parle d'une

Lucrèce Borgia par Véronèse. Si

«

le

grand art

et

son milieu sont contem-

porains, ce n'est pas qio'un hasard c'est

que

guide les

le

les

assemble,

seco7id ébauche, développe, mûrit,

avec soi

et dissout

accidents du

le

premier, à travers

grand pêle-mêle humain

et les

imprévus de l'origi?ialité personnelle. Le milieu apporte ou emporte l'at^t à sa suite. » Voyons: Fra Angelico est mort en 1455, année

jets

où il achevait

la

chapelle de Nicolas V, au Vatican

Masaccio peignait l'Eve du péché originel, première nudité féminine, vers 1420, en 1428. Signorelli,

le

et

:

la

mourut

précurseur de Michel-Ange,

termina la voûte d'Orviéto commencée par Fra Giovanni, en 1499, l'année où Léonard quittait Milan.

Prenons l'année 1455, Masaccio

un quart de relli

siècle,

Léonard a

est

trois

mort depuis

ans

et

Signo-

quatorze. Le mysticisme du dominicain survit

au naturalisme

et

touche au nouveau mysticisme

de Léonard. L'un résume

le

moyen-âge

et l'autre


28

l'art idéaliste et mystique

moderne et son caractère de complexité inexprimable. Le plus ingénu et le contient la synthèse du

plus conscient,

succèdent

V

Nicolas

y

si

pur

le

et le

fol

Faust de

l'art se

exactement, que de la chapelle de

Baptême par

à Fange du

a seulement quinze années

Verrochio,

il

!

Cherchez, entre ces deux dates, ce milieu pantocraie qui apporte ou emporte

génie fantastique, vous ne «

le

quelques noms,

comme

chrétien,

traite ni

lettré

en

Donalello

connaît

ou Bernin.

à la longue lutte de Vesprii chrétien

de r esprit païen sacristie

ne

la sculpture, si ce n'est

la

«

Italie »

mesure où un

passant et dans

Quant

comme un

trouverez pas.

La philosophie de Fart en

de l'architecture ni de

l'art,

qui

»,

cela

et

réédite l'opinion de

appelle païen tout ce qui n'est pas

comme M.

Jourdain

dit

prose ce qui

n'est pas vers.

Considérons

« la

Saint-Anne de Léonard

:

le

mystère remplit ce cadre qui ne contredit pas à un retable

que

;

;

la

l'expression revêt foi

a

pris

un caractère

esotéri-

des traits plus catholiques,

c'est-à-dire universels.

L'humanisme est ce mode de pensée, indépenlieu, du temps et de la race, qui cherche

dant du

aussi viyernent à percer l'horizon qu'à fouiller la


|.'ksthétique positive

29

crypte du passé ei qui découvre les identités et les

radicaux sous la (ïiversité des images minaisons. L'humanisme

d'un beau corps et honore clarté

du

Saint

François devenu

soleil

percevant, au

le

le

face

Créateur pour

l'humanisme,

;

des ter-

et

sa prière en

fait

c'est le

la

cœur de

cerveau de Léonard,

des rapports d'attraction, les

lieu

relations d'harmonie.

Rapprochez

demandez

à

Bacchus

le

et le

Saint- Jean, ou

vraie physionomie

Eleusis la

de

Dionysos. Vous verrez que les catégories corres-

pondent

à

tempéraments

des

d'époque et non à chit l'idéal

la vérité.

de

non du dogme, mais de

Saint François, n'étant pas

peuple

L'humanisme

même

et

afïran-

la discipline.

diacre, reçut la

profession de celle qui fut sainte Glaire. Ainsi l'hu-

manisme

s'affranchit de la formule ecclésiastique.

L'Eglise, accroupie sur le trésor de vérité, répond à l'interrogation

ment point vague de

;

:

«

Je possède et je dors.

elle est la vérité

vie, obéissant à sa

aussi des trésors.

A

Renaissance,

la

mystique en son art que et le lettré,

le

loi,

;

Elle ne

mais

la

découvre

l'artiste,

plus

prêtre en son ministère

avide de connaissances, dépassèrent la

culture des égregores s'éteignit.

immobile

propre

»

;

et

l'hégémonie sacerdotale


l'art idéaliste et mystique

30

Lorsque Sigismond Malatesta rapporte de Morée cendres de Gémiste Pléthon,

les

le

révélateur de

Platon, lorsqu'il prépare des tombeaux fiques à ses pensionnaires

comme

d'autres

la

Tempio Malatesta,

L'homme

honore

et

sainteté, il

ne

fait

qui met dans son blason l'éléphant et la

hommes

choses et des

hommes

1461 appelle des

et :

sa

un

appartient des

lui existent

sont autres que ceux de la vénéra-

«

prince des traîtres, ennemi

hommes

violer

même

criminel, mais

si elle

il

des

pratique une religion

»,

femme,

contre et la tuer est

il

mais ces choses

sacrés,

l'humanisme. Elle ne

assassiner

:

Cet excommunié, que la bulle de

tion générale.

Dieux

élève le

lorsqu'il

à un mysticisme spécial. Pour

ardente

culture

pas œuvre païenne.

rose n'est ni épicurien ni positiviste

et ces

magni-

la

le

la

gêne point pour

dame

résiste,

qu'il

ren-

Sigismond

croit à Platon,

non aux

dieux d'Athènes qui ne lui représentent que des

formes propres à exprimer son rêve de beauté. «

Des

mœurs analogues

sance) avaient produit

(à celles de la Renais-

un art analogue dans

les

nobles gymnases de Va7icienne Grèce. Des mœurs

analogues, mais dans leur genre

un peu moins

perfides, vont produii'-e en Espagne, en et

même en France, un art

analogue.

»

Flandre


l'esthétique positive

L'analogie des niennes,

florentines avec les athé-

espagnoles,

les

françaises

mœurs

31

les

flamandes

et

les

une assertion qui compte sur

est

paresse intellectuelle

du

la

manque

lecteur et son

de coup d'œil panoramique.

Une phrase

affirme et une dissertation seule

pourrait répondre. Sans faire

le

tableau d'Athènes,

de Madrid, de Bruges

de Florence,

de Paris,

et

quelles sont les analogies entre les Métopes, la

Sixtine, la Reddition deBreda^ la Descente de

Croix, d'Anvers

Pendant l'art

en

trois

Italie,

Poussin

et

ans,

?

Taine exposa l'histoire de

sans la savoir chronologiquement,

sans la comprendre esthétiquement. Puis

aux

Pays-Bas, continuant

humaine

à étudier

passa

plante

la

(sic).

Ouvrons VIdéal dans Vart. Aussi

sommes en quête de «

il

nous

bien,

théories et de définitions.

Idéal qui est conforme à l'idée, qui est elle-même

une représentation d'un objet dans Il

serait

mieux de

dire

l'esprit.

»

:

L'Idéal est la qualification suprême d'un objet

dans le

l'esprit

:

esthétiquement, l'idéal est

le

point

plus synthétique d'une forme. Il

n'est pas vrai

de manifester

que l'œuvre

d'art ait

pour but

quelques caractères essentiels ou


ââ

L^ART IDÉALISTE ET MYSTIQUE

saillants

que ne

plus complètement

et

plus clairemen-

le font les objets réels. Celte définition hé

Le but de

convient qu'à

la

d'agir sur la

sensibilité et de l'ébranler dans ur

caricat

ire.

l'art eS'

sens de noblesse, de réaliser spirituellement

1(

une image la recherch( du caractère ne vient que comme méthode. désir de la perfection par

ne

L'idéal

pas un concours de synthèse e

fait

de clarté avec

;

réel

le

emploie

il

:

les

forme:

vivantes pour l'expression de l'âme ou de l'esprit Il

n'y a qu'un caractère pour l'artiste, la perfection

Notre esthète rapproche

du Festm de Véronèse, d'après a peint

un banquet

cCEmmaû

Repas

le

le titre.

Véronèsi

vénitien, le Christ n'y est qu'

pour prétexte.

Le

d'un tableau ne

titre

rien

signifie

:

soj

nomme. Celui qui étiquettera 1 Joconde « portrait d'une dame florentine » classer ce chef-d'œuvre à côté des femmes de Rembrand caractère seul

et

de Rubens, qui ne sont que femmes. Taiiie

muséum

deux manies

a

l'analogie

et

herbier de

l

art,

et sa critique

ni

le

la

démonstration d

littéraire.

Il

a rêvé d'u

d'une classification scientifique

ne se dégage jamais delà littérature

sa littérature

Racine

:

de ses

catégories

est sa victime sempiternelle,

dhistorien il

ne se lass


33

l'esthétique positive

pas de chercher Versailles dans Iphigènie, dans

Phèdre, dans Andromaque. Louis

XIV

Sans cesse

et

chose lue s^interpose entre

En

chose vue. texte,

une ombre sur son papier.

projette la

La perruque de

face d'une statue,

devant un tableau à

temps; en un mot,

il

lui et la

songe à un

il

chronique du

la

considère les maîtres

On

de simples illustrateurs de l'histoire.

comme

n'est pas

plus de son métier.

M. Marcel Raymond en 1883 a tique de Taine,

il

cédé qui décrit

le

montré

a

écrit surl'esthé-

la faiblesse

de ce pro-

paysage, la façon de manger de

l'habitant })our caractériser ensuite l'œuvre d'art.

On trouvera dans

ce

bon

un choix de

travail

contradictions tellement étranges que le professeur

de l'école des Beaux-Arts y apparaît un véritable étourdi. «

Le classique ne

propoyHionner

et

sali

pas voir

d'ordonner.

sort à tout propos,

IL

il

:

a

s'occupe de

en remonte pas

ses règles

poche à la source du beau, du premier coup, et les

les

vrais artistes.

physicien. et

En

comme

Ceci est indigne d'un méta-

Voir, c'est proportionner et ordonner,

quant à

situer?

»

il tie

la

source

du beau,

il

faudrait la

tout cas, on n'y remont© qu'en

portionnant

et

ordonnant.

pro-


34

l'art idéaliste et mystique

«

la

Par

clefd'ime nature cent mille fois plus

La la

Ruhens avait

delà la nature ordinaire,

richesse de la nature, c'est

viande rouge, lourde,

d'Anvers est

le

ici la

?'iche.n

qualité de

abondante. Le peintre

peintre du style jésuite, en pâte

grasse, qui arriva à

Rome au moment

de

la lutte

entre l'école de Caravage et celle des Garrache.

prend à la

première

la

le parti

seconde l'ordonnance

traditionnelle.

d'imitation et peintre de tempérament,

comme

treize cents tableaux et, «

comme

vigoureux

sa verve...!

Mais

».

il

Artiste

a laissé

disent les Belges,

Michel-Ange, il

Il

pris dramatique et à

il

l'

éclipsa par

n'y a que les Belges,

pour

le dire.

La race n'empêche pas

comme

ressembler,

aussi

les

de

primitifs

maîtres

les

et

se les

décadents.

Rapprochez Sienne

et

Cologne

;

voyez

si

les

quatre tempèramments d'Albert Durer ne s'apparent pas aux

figures de

Fra Bartolomeo

Résurrection de Lazare ne esquisse

de

Diétrich,

Van

n'est

pas

Tintoret

cintre

fait

pas penser à une

comparez d'autre

pari

der Verfî et Sasso Ferrato. Le sol

davantage un générateur

promenade sur le

;

et si la

le

grand canal nous

fait

d'art.

Une

voir depuis

roman jusqu'à Tarchitrave palladienne,


3B

L*ESTHÉTIQUE POSITIVE

comme Paris nous montre, non loin de NotreDame et de la Sainte-Chapelle, le Panthéon et le Val-de-Grâce.

De

tous les arts cependant l'archi-

tecture seule subit l'influence

du milieu matériel,

tant pour le choix des formes que pour l'emploi

des matériaux.

L'heure historique ne concorde jamais avec l'heure esthétique. Seul à son époque

Rembrandt

peignait des tableaux bibliques en Hollande.

Race,

sol,

moment,

se fondent en

un quatrième

facteur, le milieu.

Witt, de Taciturne à « Be Barnevelt aux Guillaume III une suite d'hommes supérieurs conduisent les affaires et la guerre » et l'art peint des ivrognes, des servantes, des bourgeoises et

même

des

dessertes et des natures mortes.

Puget, Poussin, Claude, Philippe de Champagne,

Lebrun, toyens

Lesueur,

sont

contemporains,

conci-

!

Le même milieu

n'a-t-il

pas vu simultanément

Ingres, Delacroix, Millet, Marilhat, Corot, Pradier et

Carpeaux, Gavarni, Daurnier? L'esthétique de Taine est tellement fausse que

l'homme qui en

a

le

plus profité, Emile Zola, la

répudie à moitié.

«

La

théorie est trop simple, les

'interprétations sont trop diverses

;

cet

artiste a


36

l'art idéaliste et mystique

obéi aux idées

de son temps

;

œi

autre a réagi

cet autre représente le passé qui s'en va

annonce Tavenir qui

En commençant

;

cet autre

;

vient. »

ces considérations, j'évoquais

temps où Fintransigence théocratique entrait

le

dans

laboratoire

le

du savant

et

opposait à des

expériences des versets bibliques mal traduits et les

promulgait, avec l'aide du bras séculier.

Aujourd'hui, l'Université ne dispose pas de ce bras, seule différence après tant d'années révolues.

Hippolyte Taine, grand inquisiteur dn positivisme, est entré

dans

l'atelier et

des chefs-d'œuvre

le

a opposé au témoignage

déterminisme scientifique.

Par une bizarre vengeance d'Apollon,

cet historien

a subitement ignoré l'histoire, dès l'instant où

voulu en de a et

l'art.

tirer

dommages

à l'école française

faudra un demi-siècle avant que les erreurs

de Taine cessent d'égarer les jeunes sans

a

Sa mésaventure, punition du sectarisme,

causé de grands il

il

des arguments contre la spiritualité

le voir, le

naufrageur de

artistes. Il fut,

l'art latin,

il

alluma

une lueur sur des abîmes où deux générations

se

sont perdues, efforts et œuvres. Eloignons-nous de ces feux trompeurs et mettons le cap sur (jui soit

vraiment de grâce.

un havre,

I


II

L'ESTHÉTIQUE IDEALISTE

Une

réfutation n'est complète, que

une autre doctrine erreurs d'autrui,

pas connue

et

complètement

il

:

il

ne

suffit

si

on formule

pas de signaler les

faut trouver la vérité qu'il n'a

l'énoncer de façon, à remplacer

le

système ruiné.

Je laisse aux esprits d'envergure démesurée la prétention d'imposer un même déterminisme à la Neuvième Symphonie, aux romans de Balzac, aux

métopes du Parthénon, aux dessins de Léonard

et

aux cathédrales. Je ne m'occupe ici que de ce qui se voit,

exactement des

derai-je à

ne pas

arts do l'œil, et encore

deman-

de l'architecture,

comme

traiter

trop sublime et désormais imjjossible à ressusciter.

Aussi bien, et le

il

n'y a plus d'architectes

sculpteur seuls seront en jeu

;

:

le

peintre

jo ne traiterai 9


l'art idéaliste et mystique

â8

donc que des formes

et

propre,

couleur.

le

dessin et

Le dessin

fut la

la

de la langue qui leur est

première écriture

hiéroglyphe conventionnel sina l'objet. Ici la

comme en

apparaît,

nécessité

et

;

toute activité

c'est

avant

le

algébrique, on des-

humaine

première muse

la

et

l'œuvre initiale s'inspira du besoin.

L'homme

primitif,

sur

le roc,

Le jour où

il

préféra

yeux, la

la

sensation

premier

fut le

un pot

sans regardera sa commodité, pour des

il

avec un éclat de pierre,

pour l'étonnement de son foyer. Ce croquis.

oij

un animal inconnu, en traça

avait rencontré

silhouette

au retour d'une chasse

à

un

autre,

la satisfaction

commença.

esthétique

Peut-être l'avait-il déjà trouvée, mais confuse et

mêlée, dans satisfait,

sa

il

la

grâce féminine, lorsque, l'instinct

hanche de

avait regardé le sein ou la

compagne.

A mesure

qu'il évolua,

devint

il

de plus en plus sensible à ce caractère mystérieux et

d'apparence insaisissable qui

plaisir.

Il

rechercha ce

notion de beauté choix

entre

lui vint

comparer aussi

les

autres

venir,

du

donnait du

Si la

première

de la comparaison

deux femmes,

rer à eux. Ses épouses

lui

plaisir.

il

apprit

hommes reste,

et à se

pour

et

bientôt

du à

compa-

se fairebien

avaient naturellement découvert les élé-

il


l'esthétique idéaliste

ments décoratifs chapeau de

le

Son de

le collier

:

la coquetterie

par

laient

plume dans

fleurs, la

plaisir sexuel s'en

son désir et

flattaient

des effets de

regard interroge

le

cheveux.

les

augmenta. Ces inventions

entrèrent dans la case;

de pierres brillantes,

et,

le réveil-

Les parfums

variété.

avec eux, la rêverie

les objets et les

considère

spéculativement, pour les considérer.

Maintenant, fille

du

les traditions

vont nous dire que

potier Dibutade, en disant adieu à son

amant, aperçut l'ombre portée sur traça le contour.

un

la

Dans

mur

le

ce profil, Dibutade

et

en

modela

relief.

Si

nous rassemblons ces circonstances qui n'ont

aucune rigueur nous

les

sont simplement

résumerons de

farultè

et

sentir,

diinsi:

par

évocatives,

L'homme possède

la contemplation^

la les

qualité? immatérielles des objets.

demande pardon à l'Université actuelle, la qualité qui fait un chef-d'œuvre d'un pot, matériellement semblable à un autre, cette inflexion J'en

de ligne, cette ineffable modulation de galbe que nulle règle

que par térielle

le

n'exprime

et qui n'existe

divin hasard de Tinspiration,

comme

l'âme qui

La conteraplation des

somme est imma-

en

la perçoit.

qualités

immatérielles


l'art idéaliste et mystique

40

produit un plaisir singulier qui peut aller jusqu'à l'enthousiasme

ou

les

et se

manifester par

comme

larmes,

la

divagation

volupté amoureuse.

la

Le sentiment esthétique est une des manifestaet les arts ne sont tions de la sensibilité humaine que des modes pour la satisfaire. ;

L'animalier,

vache révéla

est très

Potter ou

Troyon, qui peint une

au-dessous du chasseur primitif qui

à ses compagnons

Tauroch. Le sauvage

apportait de l'inconnu et Potter, de la banalité

Potter est

Je suppUe que l'on tolère ces termes forts. s'agit

;

un dégénéré.

de la dignité humaine

;

les

Il

animaliers et

leurs amateurs comptent pour peu de chose.

Le sentiment esthétique a découvert un reflet d'absolu, une perfection dans un vase d'argile ou au cou de

la

femme

beauté est partie de

l'étincelle révélatrice

;

l'objet.

L'eau,

le

de

vent,

la

la

lumière, par leur action sur sa sensibiHté, ont littéralement

orchestré

l'impression d'art. Ces éveillent

les

balbutiements

murmures de

la forêt

de qui

l'âme de Siegfried sont les voix cosmi-

ques enseignant à l'homme

le

prodigieux mystère

de sa conscience.

Quelques-uns, plus sensibles que

les autres à ce


41

l'esthétique idéaliste

de beauté fortuitement découvert, se

caractère

consacrèrent à sa rechterche et à sa réalisation. Si la

première création, selon l'archéologie, fut

vase et

le

seconde l'ornementation personnelle,

la

la bijouterie

armes;

l'art véritable

civilisation

et

ses

l'on

ne

commença qu'au jour de

chercha l'expression de

exactement à l'heure

plus

sible,

forma

comme aux

appliquée à la parure

dieux,

pour

oii

l'invi-

l'homme

rendre présents

les

et

effectivement protecteurs.

L^humanité,

ne l'oublions pas,

ne

d'une

lit

façon générale que depuis quatre siècles et elle

pense depuis sept mille ans. Tout ce qui tut au grand nombre, pendant par

la

forme.

si

longtemps,

dit

fut dit

Les arts tiennent donc, pour

la

un alphabet morphologique, avant tout phonétisme. Le rébus se trouve au début de chaque écriture et le blason masse, la place des

lettres.

Il

y eut

au fronton de chaque temple. Gatéchistique ou exhortatif, Fart qui donna aux

images divines une demeure ornée devint

le

com-

mentaire des transcendantales pensées, relations de

l'homme avec l'Absolu,

transitions

du temps

avec l'éternité. L'allégorie théologique occupa

pinceau se

et le

mêla aux

ciseau jusqu'au jour sacrés.

oîi le rite

Le despote entra dans

le

royal

la figu-


42

l'art idéaliste et mystique

comme

ration

vicaire du ciel. Bientôt les

ques usurpèrent sur

dieux

les

et

leurs

monarimages

s'élevèrent isolément, mais les attributs restèrent

religieux.

Le passage de

l'art

sacerdotal et royal à la libre

production des Grecs

et

des Latins exigerait une

multitude de points de vue historiques. Je n'ai

voulu en

que

établir

trois:

esthétique, par essence

;

par une volupté spéciale

beauté

la ;

l'homme

et le

est

un

être

lui est révélée

but de Fart

est,

a

été et sera, de rendre visible et virtuelle l'âme des

formes qui Oui,

me

aux formules où

comme résultat. Comme l'âme, invisible du visage

et le

invisible

s'anime

et

la

la

vie s'impose

seuls manifestent, la

ou imprécise dans

la

nature,

rayonne dans l'œuvre.

Qu'est-ce que l'âme

de

et cette

en soi, et que l'expression

mouvement

beauté,

ménal de

des formes

parait applicable aux arts optiques,

préférable

et

harmonie.

beauté est l'âme

la

définition

est leur

la

volonté.

?

sinon l'ensemble phéno-

haute sensibilité, du raisonnement,

Par conséquent,

la

forme

parfaite

résultera d'un dessin expressif, par une confluence

d'imagination

et

La forme pure

de logique. (celle des

métopes du Parthénon


43

l'esthétique idéaliste celle

de Raphaël), typique ou synthétique, ou

sérielle,

correspond au raisonnement. La forme

et

pathétique (de Michel-Ange) subordonne

organique

à l'extériorisation

le

type

sentimentale.

La

forme subtile ou individualisée (Léonard) aban-

donne

tout

à

fait

le

plan

On

d'après

c'est-à-

l'état isolé.

La beauté

se cristallise

parties

la parfaite

l'intensité,

;

et la

donc sommairement, en

et subtilité.

L'harmonie résulte de

qualité,

forme

est forcé de faire des catégories

harmonie, intensité

des

la

caractère dominant, sans prétendre le

le

trouver à

et

un type mental,

passionnelle, pour créer dire abstrait.

sériel

subtilité,

de de

subordination

l'exaltation

d'une

multiplicité

la

des

rapports exprimés.

Cène de Milan sont harmonieuses, et Rembrandt est

h' Ecole d'Athènes et

deux

toutes

intense

Nuit,

comme Michel-Ange. Dans

la clarté

nationaux

et

la

Ronde de

du miracle rayonne sur des gardes

la

cuisine des anges de Murillo a

dans une atmosphère banale.

lieu

A

Assise,

voit de belles les

la

comme âmes

à

Bruges

et à

Cologne, on

à travers des corps imparfaits,

Bolonais nous montreront de beaux corps sans

âme. On ne saurait classer les

artistes par leur titre


44

l'art idéaliste et mystique

de beauté, pour jouer un peu vulgairement sur

le

mot, dans son sens de valeur métallique.

La Vision d'Eséchiel, pour

le

Grâce,

ce tableautin, l'emporte

style sur la fresque de

comme

la

Mignard au Val-de-

Mélancolie de Durer dépasse

toute œuvre allemande.

Il

de Léonard pour balancer

suffirait

d'une sanguine

la gloire des

Pourquoi? Parce que chacune de réunit

portées

un nombre

Chambres.

œuvres

ses

indéfini de rapports sur trois

simultanées

pathétique

plastique,

:

et

spiritualité.

Ces

trois

correspondent à

portées

la

triple

existence de l'homme. Tantôt la mélodie s'inscrit

sur

la

hgne

sérielle

(Raphaël),

tantôt

sur la

pathétique (Rembrandt), plus rarement sur Tin-

les

Mais toujours

hautes

et

basses s'accompagnent, se lisent aisément

et

tellective (Léonard).

qualifient le concept

ou mieux

figure passe par trois états

:

les

le colorent. Si

une

typique, expressif et

symbolique, l'expression elle-même devra résulter

du mouvement circonstanciel

et

du mouvement

individualisé.

Prométhée au Caucase est un patient, il revêt donc les traits généraux d'un supplicié mais son ;

supplice punit

un

acte à la fois

généreux, que

les

accents de douleur organique

si

téméraire et

si


45

l'esthétique idéaliste

doivent se subordonner à la douleur intérieure enfin, cette

;

douleur agissant sur une conscience

plus qu'humaine,

il

faut qu'elle manifeste le dieu

aux dieux,

le

démon sauveur

rebelle

De même, l'état symbolique d'une pond au symbole symbole c'est

abstrait.

un caractère

le lieu et le

pour d'autres

hommes que

contemporain de

le

l'artiste.

est d'autant plus belle qu'elle se diffé-

rencie des œuvres du artistes

au

affectif,

Ce qui constitue l'œuvre d'art, d'universalité permanente, non

temps, d'autres lieux, d'autres

L'œuvre

hommes.

figure corres-

au symbole

type,

individualiste, qui la rend sensible

temps,

des

eux-mêmes

et

même

artiste,

des autres

de leur civilisation. C'est

le

Chambres et de la Sixtine. Le sentiment de la curiosité historique qui nous amuse aux Noces d'Aune de Joyeuse n'emprunte cas de la Cène, des

rien à l'idée de beauté,

sements de

la

non plus que

Kermesse.

Ni

les

les

trémous-

particularités

momentanées de la civilisation, ni les traits animaux et collectifs de l'humanité ne permettent la beauté. Pour comprendre une œuvre

locales

et

esthétiquement, et di;

il

faut oublier la vie de l'artiste

temps. Si Léonard avait voulu nous rensei-

gner sur Louis Le More,

et

la

cour

de Léon X,

peint autrement.

Ces

ils

auraient

Raphaël sur

3*


l'art idéaliste et mystique

46

maîtres n'étaient pas des chroniqueurs et ne se

proposaient nullement de fournir des documents

aux historiens

;

ils

que dans leur

n'a jamais existé

peint

voyaient un monde idéal qui esprit et ils ont

leurs visions. L'artiste n'appartient à son

temps que par

non de

cipent

la

nature de ses visions qui parti-

la

pensée générale, mais de cette

minorité intellectuelle

toujours

qui est

fait

cC Athènes,

parce que l'humanisme a été

son

chef-d'œuvre

table mysticisme de la Renaissance.

et

le véri-

Rembrandt

en son pays, à peindre d'après

est seul,

l'élite.

avec VEcole

Raphaël a

la Bible

dans un sentiment catholique. Près de nous,

les

Eliphas

Lacuria,

ViUiers,

d'Aurevilly,

comme

le

le petit

nombre.

Quoique littérature

grands penseurs, Ballanche,

Lévy,

grands

les

Hello,

le

poète Verlaine,

musicien P'ranck, ne représentent que

je

répugne, l'ayant blâmé, à mêler la

à la critique d'art, l'immense suite de

poèmes chrétiens qui commence avec dours pour s'épanouir dans

forme un fleuve d'hérésie

malgré

la foi

c'est-à dire

forme

si

écrivains

et

la

l'élite

trouba-

d'anticléricalisme,

du temps. C'est encore

subhme à

les

Divine Comédie

des croyants, qui

la

minorité,

donne une

l'aspiration générale.


47

l'esthétique idéaliste

Comparez Sforza à

à

les

grands artistes aux grands princes,

Raphaël

Léonard,

Léon X. Voyez, de

admirable moralité

quelle

pénétrés de la dignité de

le

;

d'usage

Quelques sculpteurs

ciseau. Soit, mais M. Falguière,

contradicteurs d'une

ses

plus que

façon

dira-t-on pour cela que le pugilat était

parmi

Beaux-Arts

?

les

professeurs

que

Dira-t-on

de les

XIX® siècle étaient ridicules, parce fit

la

couteau en main, en

jugement des concours, empoignait

le

collègues brutale

résulte de

elle

;

l'art.

de second ordre avaient

dans

et

II

Ce sont des créateurs,

supériorité des fonctions.

même temps que le

Jules

à

Signorelli à Fra Bartolomeo,

TEcole des

du

peintres

que Meissonnier

répandre des sacs de farine dans son jardin

pour peindre

la

neige de la retraite de Russie

Rien n'est plus contradictoire aux tiques que ces anecdotes

:

faits

?

caractéris-

autant vaudrait consti-

tuer les anomalies en clés de séries.

Pour comprendre une œuvre

o;i

un artiste,

pénétrer son caractère individuel, ce qui le sépare,

de

l'esprit et des

le

il

faut

marque,

mœurs du temps.

U Embarquement de Cythère, celte féerie sentimentale délicieusement théâtrale, ne polissonnerie

d'alors.

mimique éperdue,

les

Quel

reflète

contraste

pas la

entre

la

mains ouvertes du Poussin


l'art idéaliste et mystique

48 et

geste mesuré

le

de Versailles

!

Quel

autre

contraste entre ces compositions antiques, d'une ligne générale

de

si

sonore, et les déplorables groupes

Van der Meulen

Le miracle de

!

Epine,

comme

dans

période Louis Quatorzième.

la

Le grand l'esprit

les

Pensées de Pascal,

un

artiste est

public,

la Sainte

s'isolent

dissident, en face de

soit qu'il le

devance

comme

pré-

curseur^ soit qu'il le repousse, en qualité détenant

du passé. Aux périodes de formation, toujours il

le rôle

d'avant garde

se rejette en arrière,

pour

et

dans

la

il

joue

décadence

ressaisir le

fil

de

le

tradition.

Ceux qui suivent le courant sont des natures moyennes et partant d'une signification seulement historique et documentaire. Or le document, qui prend sa valeur d'une date

et

d'un

lieu, est

la

négation absolue du Beau.

Qu'on y et

fasse attention

:

le

caractère historique

documentaire, depuis quarante années, appar-

tient à la photographie, avec

une supériorité indé-

moment même

niable. Cette

industrie a paru au

où l'informe

et l'incolore généralisés

impossible

la peinture,

Le chef-d'œuvre-plante, que appliquée à

l'art,

rendaient

d'après les contemporains. c'est-à-dire la botani-

aurait passé inaperçue

ou


49

l'esthétique idéaliste

aurait été dédaignée, dans

sous un

nom

En

sans éclat.

une revue de jeunes et France, le lieu où Ton

parle constitue le principe d'autorité

aux

officiellement,

dit

:

ce qui est

du contribuable,

frais

se

revêt d'un prestige administratif écrasant. Si à la

patente de la chaire, on ajoute rateur l'opinion paresseuse

et

,

Une

le

grade du profé-

bourgeoise s'incline.

doctrine ainsi promulguée est

mesure d'ordre, gistre

pour

l'on veut

Dans celui

qu'il

une

y

comme une

sentiment civique l'enre-

et le

une doctrine, au sens

ait

oii

police.

langage des dîners d'augures, dans

le

curieusement noté par

mousse en paradoxe, où

les

Goncourtoii

l'idée s'écrase

monument

que, on peut dire que le

le

vin

en grotes-

du

naît

sol

;

il

y plonge ses fondements comme des racines sa matière dépend des carrières les plus voisines, et ;

les

grands architectes,

même

leur édifice au site dont

En

personnage. collectif

outre,

un génie

;

pierre ne peut être L'édifice

il

les petits,

l'architecture

fait le

fait

est

l'art

plan, mais l'âme de la

que l'âme d'une

immuable

adaptent

sera l'unique et colossal

foule.

corps avec

le

sol

:

la

statue et le tableau passent de l'atelier aux lieux les

plus

divers

déplacement.

;

et

nos musées sont nés de ce


50

l'art idéaliste et mystique

Dès

lors,

l'œuvre d'art devrait perdre à cette

transplantation, d'une cimaise à l'autre et d'une

une autre embrumée.

salle ensoleillée à

rien

au

:

comme

Muséum comme

British

Il

n'en est

Athènes,

à

à la Glyptotèque de Munich, les marbres

grecs conservent leur signification. Si l'on réfléchit à la brève et fausse notion de l'antiquité, qui est celle

delà plupart, à l'ignorance générale, où sont

même ceux

les lettrés,

même

du quattrocento; à

que

la

la routine de

dévotion prépare à sentir les

fresques d'Assise, on conclut à restreindre telle-

ment

public des

le

chef-d'œuvre

qu'il

ne reste

plus que les conservateurs pour les comprendre, et

encore selon leur département.

En

vérité, l'art crée

sur

milieu,

champ

incessamment son propre

d'or

ou d'azur, sur fond de

paysage ou d'architecture, ou

sombre ou neutre

;

il

même

sur

fond

occupe un plan déterminé

un plan surélevé au-dessus de hi réalité humaine et de l'exactitude historique. Le personnage d'art diflère du vivant, comme l'acteur en scène diffère do l'homme privé. Le par

le style,

cadre ou

le socle

sépare ce monde, de

la fiction,

comme une rampe. « Il

est

d'imiter

bien clair qu'une statue a pour objet

de tout près

un homme vraiment


51

l'esthétique idéaliste

vivant

Taine. Gela n'est pas

», dit

une autre

épithète. Prendra-t-on

Lutteurs de

Tribune ou

la

Taureau Farnèse d'héroïser

?

Une

pour

;

il

vie

faut

type les

Laocooîi ou

le

a pour

statue

l'homme vivant,

La

si clair.

n'est pas la caractéristique de la statuaire

le

objet

c'est-à-dire de le faire

passer du réel dans l'abstrait, par synthèse, pathétique ou subtilité.

Ce

qui

constitue

exactement

beauté d'une statue est

la

l'œuvre

l'écart entre

cet

écart consiste d'abord entre

ou

sériel

l'individu

et

sériel et le

et le

l'idée

et

Supposons qu'il

;

et

l'homme général liiomme

ensuite entre

;

personnage représenté

personnage

modèle

majeure

;

enfin, entre le

symbolise.

qu'il

s'agisse d'une statue de

Promélhée,

sa forme sera belle, animalement; de plus, elle

un peu

sera

un

un démon,

être intermédiaire entre l'éphémère et l'olym-

pien qui

colossale, puisque c'est

;

enfin,

ravit

le

il

faudra qu'elle réponde à l'audace

feu,

à la charité qui le donna, et

surtout à la volonté que ne put épuiser

le

supplice

du Caucase. Supposons encore Œdipe allantau sphinx il est jeune, fort et fils de roi mais son irascibilité le :

;

rend sanguin ou

ne

lui

bilieux, et le plastique d'Achille

conviendrait pas

;

enfin, sa prouesse étant


52

l'art idéaliste et mystique

d'un ordre moral

par

et intellectuel,

il

serait

mal rendu

musculature d'un Thésée aux travaux de

la

lutteur ou d'Hercule.

L'imitation de tout près ne nous donnerait dans

premier cas qu'un Titan

le

dans

le

et

non

le

Titan,

et

second qu'un citoyen de Thèbes au lieu

de son sauveur

et légitime roi.

Ce que Taine appelle

« imitation des rapports dépendances mutuelles des parties » est ce travail du retour au type ou beau sériel, qui ne

et

constitue que le premier acte de l'artiste.

Du beau enfin

un

corps,

il

comme

tel,

doit faire le corps d'un tel et

symbole.

Prométhée sera d'abord homme, puis démon, enfin porteur de états, fils

de

roi,

feu.

Œdipe passera par

trois

héros et devin. Ainsi les maîtres

ont procédé, ainsi les élèves devraient procéder.

La cet

théorie du personnage

dominant présente

inconvénient d'unifier à outrance l'aspiration

d'une époque qu'il

faut

Ainsi ont

et

d'évoquer une image fausse, parce

choisir fait

entre plusieurs équivalentes.

des frontispices et

non de

synthèse.

Un jeune homme nu pour

moine

un chevalier pour

et

le

la

la vraie

Grèce, un

Moyen Age, me

satisfont peu.

Le personnage d'une

civilisation, ce n'est jamais


53

l'esthétique idéaliste

que son Dieu ou ses dieux. Autour de se

groupent toutes

Le

cette idée

les excellences.

Olympien passait pour

Jupiter

chef-

le

d'œuvre de Phidias, avec sa Pallas Athéné. La Madone ne paraît-elle pas le personnage dominant du Moyen-Age au lieu du moine el du chevalier, ses servants?

Il

serait assez difficile de

histoire de l'art avec des

que

tandis

morale,

la

moines ou des chevaliers, donnerait

Vierge

la

succession

Les

Sasso Ferrato.

Giotto jusqu'à

de

former une

vierges du Vinci, de Raphaël et de Michel-Ange

sont aussi significatives que celles des primitifs. Ici,

la si

l'état

général de la croyance se manifeste et

Vierge à VHo^le

du

et celle

froidement vierges et

Vœu de Louis XTII,

lointainement belles,

si

expriment l'époque des chiens dormants

et

l'indifférence en matière de religion. Hébert a

chercher

sa

Flandrin. Le l'esprit

la

vision

cœur ne

conçoit,

comme une

dans

l'archaïsme,

comme

bat plus pour Notre-Dame,

à

travers

figure de l'Inde

les

ou de

la

documents, Kaldée.

Vraiment, pour quel contemporain, Faust le

personnage dominant?

disent les professeurs, et vrai,

qui,

il

Il

est-il

n'y a plus de mystère,

cela

n'y a plus de mystère

comme

de

est

horriblement

pour une génération

Klingsor, a tari la souffrance par la


54

l'art idéaliste et mystique

négation de la vie spirituelle et qui

du trouble métaphysique, à

la

s'est

débarrassé

façon d'Origène.En

d'immortels accents, Musset a exprimé cette for-

midable

loi

de notre nature, que

la

Grèce symbo-

adossant la douleur deDéméter àl'ivresse

lisait, en

de Dionysos. Ce que Taine prend pour une crise

morale qui pendant

humain,

l'esprit

le

Moyen-Age

c'est la faculté

communier avec

a-urait

douleur humaine

la

dé b-aqué

presque divine de et

de

la

consoler, en l'immortalisant.

A

qui fera t-on croire

«

que l'homme, animal

supérieur, produit des philosophies et des poésies

comme La

vers à soie des cocons et les abeilles

les

miel?

le

»

création

d'espèce

?

d'art

donc

serait

Je ne dirais pas,

comme

une

faculté

platonicien,

y a entre le génie et le commun la distance de Dieu à l'homme; mais je sens du Vinci à moi qu'il

un abime

On

et

m'estime de pouvoir

le

mesurer.

une climatologie des œuvres, La loi esthétique se trouve dans l'homme même et non dans sa ville ou sa zone: on

intéresse avec

n'instruit pas.

car Tart sort de

Pour où

la

Thomme,

c'est

son Verbe.

les matérialistes, la spiritualité s'arrête là

beauté typique parait; et

semblera à Taine

a

la

Vierge à la chaise

une sultane sans pensée avec


55

l'esthétique idéaliste

un geste d'animal sauvage Vinci seront surtout

Le Voyage en

Italie

«

et

»,

les

apôtres du

des italiens vigoureux.

»

abonde en notations sem-

blables qui portent l'empreinte d'un systématisme

aveugle et professoral.

Le savant voudrait fermer à tous

qui, jadis, imposait son

monde

le

en cette prétention,

;

il

intellectuel

succède au prêtre

jugement, au

nom

d'une

grâce d'état. Nous ne croyons plus qu'à l'autorité individuelle,

prouvée par des œuvres

nous

silé positiviste

fait rire,

quand

et l'império-

elle se

déguise

en corporation intransigeante. «Powrgt^eZ'/îomme

puisse goûter et produire la gi^ande peinture, il

faut qu'il soit cuUivè.

»

Autant dire que, pour

éprouverl'amour,ilfautdelaIecture.Lephénomène esthétique appartient à la série des attractions.

Nous sommes charmés par une

comme nous l'image,

le

serions par

au lieu d'agir sur

une le

belle

belle réalité;

la

mais

plan concupiscible,

actionne seulement notre conceptualisme

contemplons

image

beauté, parce

qu'elle

;

et

nous

n'est pas

tangible autrement.

La Beauté Admirer,

non

le

se

révèle toujours par la volupté.

c'est jouir, j'entends

admirer l'image

et

procédé, car, alors, ce serait juger, opéra-

tion cérébrale différente.


56

l'art idéaliste et mystique

Il

une grande application pour voir comme

faut

pour entendre premier son

et

;

symphonie. Mais d'art

nul au

premier aspect

ne jouit d'une fresque la culture qui

se détache radicalement

et

au

ou d'une

prépare un plaisir

de l'enseignement

universitaire, et Taine nous le prouve avec éclat.

L'émotivité ne résulte pas de l'érudition. Mettez

Antonio del

Paradis d'Angelico, V Adoration de Vierge au Rosier de Lochner et un Rincon, et amenez devant ces œuvres,

d'origine

diverse, quelqu'un qui ait seulement

ensemble

le

V Agneau,

le

si

la

sentiment religieux,

il

rien de

Van Eyck, de

l'Italie,

ni de l'Espagne.

comprendra, sans savoir l'Ecole

Rapprochez des Vénus de

Botticelli, celles

Raphaël, de Corrège, de Titien, et

de Rubens

:

de Cologne, de

même

de

de Cranach

qui ne verra l'effort pour rendre la

beauté féminine

?

Les bons commentaires sont

ceux qui naissent de

la

contemplation et qu'on

n'écrira jamais.

La compréhension dn sujet est-elle utile ? Non plus que la connaissance du thème pour rimpression musicale. Nous tous, écrivains de métier, nous ne concevons rien sans formules et

des phrases nous viennent à

toute impression

des larmes et du vertige vaudraient mieux.

:


87

L^ESTHÉTIQUE IDÉALISTE

Comprendre,

afin d'expliquer, afin de créer,

côté d'un texte, à propos d'un panneau,

commun

cela n'a vraiment rien de

à

une page;

avec l'obscur,

mais profond émoi de l'enthousiasme. L'essence de l'œuvre d'art n'est ni dans ni

dans

la perfection

technique

;

le sujet,

car les décadents

ont traité les grands sujets et Gérard

Dow

est

peut-être meilleur peintre que Léonard au point

de vue du métier

;

l'essence de l'œuvre d'art est

dans l'impression qu'elle produit. La casserole de Kalf,

citron de David de

le

de velours, de dentelles au s'adressent au criticisme.

gageure

:

le

peintre

et

Il

le

Heem,

les imitations

Campo Santo

de Gênes

s'agit d'un pari, d'une

sculpteur ont

fait

un

tour de métier.

L'essence de l'œuvre d'art est dans

de volupté

spirituelle

qu'elle

le

sentiment

produit. Je relie

hardiment l'esthétique à l'amour, dans son caractère

myrionime

qui descend

du divin jusqu'au

sexuel.

Prier avec les primitifs, jouir de la belle nudité

ou de la pompe avec Titien, rêver, s'émouvoir, méditer, tout se résume

en un

phénomène de

conscience.

Le chef d'œuvre nous a

dit

révèle

nous-même Taine !

que chaque situation nouvelle produit un


L ART IDÉALISTE ET MYSTIQUE

S8

nouvel état d'esprit

par

et,

un groupe

suite,

d'œuvres nouvelles, c'est-à-dire que l'œuvre nait de

faudrait-il

sur

s'entendre

Peut être

manifeste.

qu'elle

d'esprit

l'état

nouveauté d'une

la

situation. L'Imprimerie, la Réforme, la Révolution

ont créé une situation, mais reste le

même, de Durer

L'œuvre

problème plastique

à Ingres, l'expression

l'âme ne connaît pas d'autre

permanent

le

d'art est produite par et

de

en 1911 qu'en 1300.

loi

un

état d'esprit

universel qui défie les modalités de

race et de zone.

La

petite

Kaldéenne du Louvre en

ancienne

la plus

Isis,

comme

plissé soleil,

la lorette

de Gavrani

expriment un sentiment sexuel.

La mosaïque de

la

Bataille d'Arbelles

et la

Bataille de Constantin n'impressionnent pas plus le

savant que

Tignorant.

Quels que soient

les

costumes, des cavaliers de Léonard ou des soldats surpris au bain de Michel-Ange disent à tous la

même

circonstance.

Quel

est

donc

cet

état

d'esprit

universel et

permanent? L'état esthétique.

La Beauté estuniqueenses caractères essentiels. La mèuie rechei'che amène au même résultat. Les chefs-d'œuvre ont

entre eux

un

air

famille et cet air constitue la quintessence de

l'ari;.

:


80

L^ESTHÉTIQUE IDÉALISTE

Avec la gamme, Palestrina a tout exprimé, comme Wagner. Avec la forme humaine, depuis le Sphinx placé au seuil du désert jusqu'au Saint-Jean, depuis la déesse de Thèbes jusqu'à tout a été

Madone,

la

dit.

Le Ghristus Judex de Michel-Ange avec de

comme

Zeus foudroyant,

serait

Dispute

la

la

barbe

personnages

les

du Saint-Sacrement i^ourraieni

devenir grecs et ceux de V Ecole d'Athènes chré-

Le Saint Jean à mi-corps

tiens.

n'est-il

pas un

sphinx, avec des bras? Il

faut classer les œuvres,

selon leur rayonnement. titre l'art,

qu'un individu.

n'est pas

Il

de nous intéresser

réalité

comme les personnes, oeuvre vaut au même

Une

à une

au pouvoir de

image

la

nous ennuierait. Les Syndics de Rembrandt

nous assomment en peinture, parce

assommeraient en ils

dont

représentent des

n'admet

pas

réalité.

Ils

intérêts

ces gens-là,

:

au domaine des

nous

sont des syndics,

matériels.

dans

Tel banquier de la Renaissance a

Apollon

qu'ils

son le

formes

Le beau domaine.

visage d'un

il

est

donc

non banquier. Le portrait de Durer à Munich passerait pour un beau Christ. Ce n'est donc pas un portrait, malgré la ressemblance,

Apollon

et

Les intentions

même

pures

ou

sublimes,

ne


LART

60

IDÉALISTE ET MYSTIQUE

comptent pas. Beaucoup voient des merveilles mais ne peuvent

esprit, d'art,

une

étant

Sphinx

Madone

la

et

eri

l'œuvre

doit être jugée en fait.

réalité,

M. Luc-Olivier Merson

endormit

les réaliser. Or,

eut une

idée géniale,

il

du grand

entre les pattes

son tableau cependant n'est pas un

chef-d'œuvre. Je

ne suis pas convaincu que

matériel ou

physique

soit

pathétique

le

canonique

et

qu'on

puisse représenter les miséreux, les vieillards et les

malades,

ce n'est dans le mariage de Saint-

si

François, les prophéties elles scènes miraculeuses

cet accent

douloureux

sert à

un thème essen-

tiellement symbolique. Peindre un pouilleux pour le

peindre est un acte de peintre

abime entre un

;

et

il

y a un

art et l'art, entre la peinture et la

beauté.

Trop longtemps, on a à

insulter

la

laissé

l'homme de métier

métaphysique, par une virtuosité

insolente.

Celui qui ferait flotter du pollen autour d'un

bouquet

serait certes

un habile

;

mais

la maîtrise

appliquée au trompe-l'œil ou à toute imitation

correspond, chez l'exécutant, ciateur,

comme

chez l'appré-

à un véritable abrutissement. Nul,

n'est peintre

s'il

ou sculpteur, ne doit accorder son


\

61

l'esthétique idéaliste

à

attention

peinture et à

la

réservera toute pour la

la

beauté

sculpture

;

la

il

exprimée,

par

n'importe quel procédé. Qu'est-ce que Vénus? La plus belle femme. Et

Apollon? Le plus bel homme. élèves des Beaux-Arts

Apollon

dites-leur

»,

et le plus bel

de dire aux

une Vénus

et

un

femme

Faites la plus belle

«

homme.

Faites

«

:

:

Au lieu

»

La plus belle âme de femme. Qu'est-ce que Jésus ? L'âme divine dans un corps humain. Qu'est-ce que la Vierge

Il

est bien clair

Aphrodite,

Freia,

que

la

?

plus belle femme, Istar,

susceptible

de modification,

virginale pour Artémis, cérébrale pour Athénée,

matronale pour Héra

;

que

le

sera pas identique, sous les

plus bel traits

homme

de Dionysos

ou de Platon, d'Asclépios ou de Thésée Vierge-Mère

peut

être

ne

;

que

la

vue ou juvénile dans

l'Annonciation ou douloureuse dans la Pieta et

que

Jésus des Noces de

le

chasse

qui

celui

les

Cana

est

un autre que

vendeurs ou celui-là qui

porte sa croix.

Mais

moins que bien

il

le

est certain aussi

quePythagore pourrait,

bonnet, prendre les traits de Léonard, et

l'Aristote et le Platon de

tout

nom

Raphaël porteraient

de penseur, Cette

considération


LARt IDÉALTSTB ET MYSTÏQÛE

62

susceptible d'un développement indéfini aboutit à cette

formule

:

y a des modes dans V art qui correspondent

Il

à des catégories mentales

du prisme

expressif.

Ici, la

prendre un nombre sacré, ple,

et

mais

il

;

le

ce sont les couleurs tentation est vive de

septénaire par exem-

de donner l'analyse du spectre mimique

;

convient de renoncer aux énonciations,que

l'époque déteste, quand on peut avoir raison sans attenter aux susceptibilités contemporaines.

On accordera où

la

dans

bien qu'il y a

commande

théodicée

la

Ronde de

l'irréalité

qui

VAnge de

fait

un mode et

;

nuit, qui est

de

Tobie,

la

Pièce

sacré, celui

on reconnaîtra

une ronde de jour,

aux cent

florins^ de

des Pèlerins d'Emmails, des

œuvres vraiment religieuses

;

et

on

accordera

également que ces œuvres sont plus hautes que les

Syndics

et

que

Leçon d'Anatomie, parce un idéal suréminent.

la

qu'elles matérialisent

L'esthétique étant, d'après son étymologie, une entreprise de sensibilité, recherche ce qu'une œuvre fait sentir,

sans souci du

sujet (ancienne

moyen

(technicité) ni

du

catégorie). Ainsi l'art s'adresse à

tous et surtout aux

illettrés, awi3?pwr5

sachant par

compassion^ littéralement. Cette doctrine de'range tellement les intérêts les


63

L ESTHÉTIQUE IDÉALISTE

plus

nombreux

et les plus vifs, elle

attaque tant de

situations frauduleusement acquises et ruine tant

de commerçants, qu'elle rencontrera une résistance

dénature économique,

Pour

écrire

n'avoir pas

remplace la

que

d'un caractère désespéré. imite la nature,

faut

il

que, dans l'œuvre, l'idéalité

réfléchi

vie. L'exclamation

loue que le peintre les Juifs

et

l'art

;

:

«

Vhinocent

de Rembrandt,

les

C'est vivant

X de

»

!

ne

Vélasquez,

personnages d'Holbein

sont vivants. De quelle vie? Historique ou seule-

ment matérielle? Donnons à ces toiles

vite le prix d'exécution

destinées à une Académie^ et allons

voir le reflet de notre conscience dans des d'art

œuvres

qui nous parlent d'autre chose que de la

couperose d'un pape

ou de

la

bonhomie d'un

bourgeois. L'art nous doit le

mot

offusque,

un spasme transcendantal et, si un baiser de mystère qui épa-

nouisse notre sensibilité, accélère

notre vie céré-

brale et nous suscite de l'émotion et des idées.

Pour

le

uns, l'immoralité dans

les

à la nudité

;

déshabillé,

Saint-Pierre de jésuites,

anges.

le

l'art se

borne

les bras, les cuisses nues, c'est-à-dire

ne gênent point nos clercs,

Rome, comme dans

retroussé

fleurit

et,

les églises

à

des

aux draperies des


l'art idéaliste et mystique

64

A sées

l'œuvre qui fomente la concupis-

vrai dire,

cence est basse !

mais combien rare dans

;

Les amateurs de photographies d'actrices ne

du Gorrège

s'arrêtent pas devant VAntio2:)e

donc a éprouvé un

Pour

en face de

désir,

belge Wiertz

ment

le

la

dans

les autres, la moralité

d'une volonté moralisatrice

prend

mu-

les

comme

qui

Milo?

l'art

celle

:

s'entend

du peintre

l'œuvre alors, thèse pathétique,

;

caractère d'un sermon et tend positive-

à inculquer

au spectateur une vérité pratique

et à modifier sa sensibilité

dans un sens de charité.

Des sensibleries de Greuze aux Cassews de Pierres et

au Retour de la Conférence par Courbet

aux mineurs de Constantin Meunier, on dessein, Est-il

besoin de protester contre l'œuvre qui

fins dernières,

a

un

vaguement prêcheur ou polémique.

sermonne ou Tœ

Ange

suit

et

un

la fragilité

d'Orcagna, de Signorelli, de Michelsens exhortatif,

de

Le rappel aux

ivre qui plaide?

Ihomme

et

mais

s'inspire

du mystère qui

de

suit la

mort, au lieu d'avoir ses textes dans les programmes politiques. Montrer le paradis et l'enfer, la justice

divine saisissant juste,

c'est

le

coupable

rester dans

l'idéal

et

couronnant

typique

;

car

le

un

Egyptien, un Hindou, un Persan retrouverait sa

propre mentalité dans ces conceptions, malgré leur


65

l'esthétique idéaliste extériorité

La

latine.

pire

mésaventure

qu'on

puisse évoquer serait celle d'une école moralisa-

s'appliquant aux anecdotes des recueils de

trice

bons exemples.

La Beauté opère par augmente en nous

vie de

la

magnifique qui éclaire

Un

volupté.

et dilate

la

chef-d'œuvre grâce,

miroir

notre personnalité.

D'abord, la Beauté nous dissuade de toute vulgarité,

nous inculque

elle

yeux

;

elle est

le

vrai

le

mystère pour

sensible,

elle est le

les

bien

de Dieu.

visible, elle est le visage

Nous vivons

de perfection et

l'idée

d'harmonie. La Beauté est

intellectuellement

de

mystère

comme

Faust, nous vivons animiquement d'aspi-

rations

au bonheur ou à

la justice

comme Promé-

thée; etrart,créé par la religion, devientla nouvelle

religion

pour

les

sans cesser d'être les prêtres

de

hommes qui hommes et de

l'art se

cessent de croire sentir.

Seulement

recrutent autrement que les

autres, et leur ordination

n'appartient pas à

un

simple évêque.

Tout tère

est

découvre une sorte de blasphème

et je

expliquer

mystère chez ces proférateurs du mys-

humainement

turel, qui ont inventé les

étendirent

notre

à

ces êtres au verbe surna-

formes de nos songes

et

horizon intellectuel, de toute 4*


66

l'art idéaliste et mystique

Celui qui supporte le

leur force d'illumination.

pittoresque,

c'est-à-dire

même, ignore

la

pour

peinture

la

elle-

augmenta-

dignité de l'art et les

de personnalité qu'il peut en recevoir

tions

;

ressemble à celui qui s'arrêterait à contempler

il

la

structure d'un épi au lieu d'en tirer sa nutrition.

Le conseil de Gœthe que Taine a répété avec une vénération inconsciente, a produit dans

même

l'œuvre

de

Gœthe

le

Général-Citoi/en,

le

Grand Cophte, Clavijo, des choses mort-nées le nom qui les soutient.

sans

Se figure t-on Balzac peintre ou sculpteur? Le

roman, qui

est à

proprement parler

l'histoire

d'une

passion et dont l'intérêt tout psychologique dépend d'analyses successives, cité,

il

n'a pas besoin de plasti-

ne s'adresse pas aux yeux. La comédie en

peinture,

qu'il

s'agisse

du

de Steen ou de

rire

Téniers, des singes de Decamps, des augures de

Gérôme, produit un pas volontiers, que et

de prestige,

lustrer

du

poil,

la

effet

On n'admet

de malaise.

couleur, cet élément de gloire

soit ravalé

à frotter du cuivre, à

ou à augmenter

le ridicule

d'une

grimace. N'éprouve-t-on pas un déplaisir à voir laideur, la vieillesse, très ornées

de Miranda au cou de tueuse

de Prospéro sur

?

Quoi

!

Sicorax, la robe

Calibàn

!

la

les colliers

majes-

Et encore

le


67

l'esthétique idéaliste

monstre, dragon, gargouille, Quasimodo,

comme

figure de bas plan peut se justifier, par l'antithèse et l'intensité

de cette antittièse

où l'ouvrier

et l'élégant

le

manuel

travailleur

où l'uniformité règne, où

;

mais à une époque

portent

le

s'habille

le

même veston, comme l'oisif,

chef de l'Etat ne diffère

de son maitre d^hôtel que par un sautoir rouge,

problème

de

représentation

la

devient insoluble, et

le

contemporaine

Bertin d'Ingres ne suffit pas

le

pour déterminer un genre. Les personnages de Velasquez, laids, inhumains et

n'incarnant que

tique, offrent

le

despotisme à base théocra-

au moins un caractère de concentra-

tion, d'exception

morale. Visiblement, ce sont des

individus redoutables dessein que d'habit.

A

et sinistres, la

aussi noirs de

rencontre, on les fuirait.

Cette disgrâce, qui résulte d'un aspect médiocre

sans style ni chaleur, domine n'avait pas sa vraie tête, toire à

l'art entier.

mais

la plus

Socrate

contradic-

son génie, tandis que M. Thiers, ce sinistre

Niebelung de

même.

Il

la

bourgeoise, ressemble bien à lui-

est aussi redoutable

qu'aucun podestat

de la Renaissance et cependant le crayon ridiculise

toujours ce terrible Alberich.

fut

le

Moreau

César Franck

grand musicien de son temps le

plus idéaliste des peintres

;

;

Gustave

tous deux


LART IDEALISTE ET MYSTIQUE

bo

ressemblaient

à

des

un peu de

portent pas

de

notaires

l'exercice du pouvoir absolu

et le

province.

génie ne com-

dans

style,

en trouvera-t-on parmi ceux que passionnent

intérêts

l'extériorito,

médiocres

les

ou bien ira-t-on,

;

Si

comme

font les stupides élèves de la villa Médicis, peindre

des paysans, c'est-à-dire des êtres rudimentaires?

Comparez

comme

Raphaël,

élevé,

les

et

autrement,

et

que ses autres

question

personnages de

les

voyez

si

Courbet ne

avec un sens plus

ligures.

du modèle,

personnages des peintres

portraits

par eux-mêmes

se traite pas

la

et

les portraits et les

Comparez

d'Ingres. réalistes

portraits

les

Il

semble que

ou

non, est

dire la

pompeuse

suffisant

tranchée.

A

aucune époque, on n'a pu

phrase de Gœthe: «Emplissez votre esprit

cœur des sentiments et

et

l'œuvre viendra

».

L'œuvre

venue qu'aux

n'est

temps

artistes emplissaient leur esprit et leur

sentiments permanents

Aujourd'hui

le

et d'idées

les

cœur des

sempiternelles.

sentiment du siècle est une aspi-

ration au confort ou

au luxe

à changer de toilette et

femme.

et votre

des idées de votre siècle,

;

la

l'homme

femme

aspire

à changer de


69

l'esthétique idéaliste

Ah

thème

beau

le

!

Nous avons secoué rons-nous

ment Il

le

que

ceux-là pour

la

le haut-relief.

fresque et

l'autorité spirituelle

celle des fonctionnaires et

:

subi-

de l'enseigne-

?

y

a plus d'audace à critiquer Taine, alors

positivisme est d'Etat,

qu'il

que

n'y en eut à se

gausser de la Bible, au temps de Voltaire.

Quand on pense qu'un homme a pu affirmer publiquement et

:

un moule

{(De nouvelles foo'mes appat^altront

se

rencontrera

»,

pour

cette raison

drolatique que tout changement de mœurs amène un changement d'art. aLeprogrès del'expérietice est infini

:

indéfinies sociétés

applications des découvertes sont

les ;

la

machine politique

protègent

propositions

ne

les

talents...

tiennent

pas

s

améliore, les

y>

Ces folâtres

un moment à

la

réflexion.

Après Raphaël, après Durer, après Rembrandt, après

Rubens, après Vélasquez, aucune forme

n'est apparue,

de l'Arno au Rhin, ni de l'Amstel à

l'Escaut et au Manzanarès.

Léonard, malgré le

maître dont

le

progrès de l'expérience, est

les peintures

ont

le

plus perdu.

seulement nous ne savons plus teinter

Non

les vitraux,

mais nous ignorons comment un Gérard Dovf


l'art idéaliste et mystique

70

fabriquait ses couleurs. Michel-Ange attaquait le

bloc

et

nous

livrons au praticien.

le

Les applications des découvertes de M. Ghevreul

nous donnent quatorze cents teintes, mais des teintes les gens de la cinquantième avenue.

bonnes pour

pour

Illusion

illusion

!

Celles d^antan valaient

mieux. Voyez ce qui sort des écoles municipales c'est

inexposable

que

le

sa portée optique. Expéri-

de demain saura autant

savant d'aujourd'hui. il

n'y a pas de succession. Après

le génie vient la médiocrité

point d'écoles,

il

divins et d'autres fils d;i

digieux le

et,

à vrai dire,

et aussi

n'y a

notaire et delà paysanne, Léonard, plus

comme

I®',

bon

comme un

saint,

mystérieux que

le

la

Cène

mystère, par lui-même,

une plante florentine ou lombarde, ni

un homme

pro-

Faust, aussi fort que Michel-Ange

Carton, aussi suave que Raphaël par

n'est ni

il

y a des hommes plus ou moins hommes appliqués qui les suivent.

racé qu'un Charles

par

sa

comme

Esthétiquement,

Le

comme

est limitée,

J'écolier

force physique,

mentalement,

!

humaine

L'application

!

même

puisqu'il possède l'attribut divin qui

est de créer.

Bien au-dessous de

adorables, Gorrège, Luini et

son rayonnement.

le

lui,

mais encore

Sodoma prolongeât


L^ESTHÉTIQUE IDÉALISTE

71

L'histoire de l'art est celle de quelques indivi-

dus.

Entre eux, on met cinquante noms qui ne valent

que

comme

diminutifs de leurs

ces cinquante, de degrés pour

noms

!

mesurer

Ils

servent,

les géants,

dont, sans eux, nous ne connaîtrions pas la véritable stature.

Natura non

facit aaltus.

Avant

et

après le génie, on ne se prosterne pas, mais on

admire encore.

Le nouvel

inquisiteur, le matérialiste qui pose

ses étiquettes d'apothicaire sur les chefs-d'œuvre,

ne vaut pas mieux que son prédécesseur dans fruits

la

avec

même

cosmologie. Jugeons les doctrines à leurs celle

:

qui,

pour pierre de touche, intervenait

la Bible

de Taine a permis au réalisme et à

l'impressionnisme de se produire, d'occuper

gens raisonnables fastes

dans

et

les

de marquer une date dans les

du goût. Avec

lui,

l'anarchie a pris place

la cathédrale esthétique.

Quel spectacle lamentable que celui d'un salon annuel

En

!

il

ne donne pas la mesure de

la

décadence.

interrogeant les élèves des Beaux-Arts, on s'a-

perçoit que le

mot

«

école

»

ne correspond plus

à une réalité et que l'enseignement échappe à la critique, car

il

n'existe littéralement pas.

nier qui eut des principes,

Gérômt,

les

Le der-

démentaii


l'art idéaliste et mystique

par

Les

production.

sa

jeunes

eu

artistes,

France, livrés à eux-mêmes, sans conseil, sans

méthode, se perdent dans

la bizarrerie

ou

le

mer-

cantilisme. Ils méritent cependant qu'on s'intéresse à leur désarroi. Celui qui leur parlera

le

de l'amour, qui, au lieu de leur raconter

on

comment

des chausses mi-parties en 1499,

portait

Milan,

langage

tiendra des discours de

d'enthousiasme,

celui-là

foi,

à

c'est-à-dire

sera entendu,

celui-là

sera suivi. L'art de la beauté,

France se meurt parce que nul n'aime

comme

saint François

aima

la pauvreté,

éperdument.

Un homme

de

la

valeur de Taine ne peut pas

passer vingt ans sur une matière sans rencontrer

quelque vérité

quand

s'est

il

de VArt,

II

devenir son propre réfutateur

et

trompé.

259)

:

i<.

Il

On

peut

lire

{Philosophie

a pour chaque objet une

forme idéale, hors de laquelle tout est déviation et erreur et on peut découvrir un principe de\ subordination qui assigne des rangs aux diverses:

œuvres

d'art. »

L'art a

pour but de manifester l'essence des

choses. Précisons

forme idéale l'informe.

ce langage d'universitaire.

est la seule

forme

;

toute autre

La esti


?3

L ESTHÉTIQUE IDÉALISTE

La hiérarchie des œuvres

le

degré

âme ou

esprit

s'établit

par

d'idéalité réalisée.

L'esssence des choses s'appelle

dans

les êtres.

Par conséquent, l'esthétique

méthode qui,

est la

appliquée aux arts du dessin, enseigne aux artistes la création et

aux autres

la

contemplation de la

forme idéale, expressive de l'essence des choses et de l'âme des êtres.

Louis

XIV

fut

vraiment un grand esthète, en

face des Téniers, et

un jour l'opinion dira aussi

aux conservateurs des musées

;

Otez-moi de

«

ces magots.

Une esthétique est toujours, même à Tinsu de son auteur,

le

politique.

entre

le

fragment d'une philosophie, voire d'une

Des connexités, maintes

Beau,

méthode où

le

la

Vrai

et le

croyance

au véritable objet de

la

Bien, déterminent une

devait tenter

morale se substituent

et la

recherche.

Taine positiviste, imbu d tifique,

fois signalées

une

!

déterminisme scien-

critique rationaliste de

l'art.

Les écrivains

même

faute.

traditionalistes

Prenant au

littéral

Vasari, dans la vie de Bufîalmaco, les trecentisti n'avaient d'autre

commettent

la

une phrase de ils

but

«

assurent que

que de

glori=


l'art idéaliste Et MYSTIQUE

li

fier les saints et

de rendre les

hommes

meilleurs

».

Dessin implicite peut-être, mais qui convient mieux à des missionnaires qu'à des artistes. L'intention

ne

est pavé,

dans

rien

signifie

les

œuvres.

Si

l'enfer

en

musées en sont tapissés. Le génie glorifie le modèle ou le sujet,

les

du peintre seul et

si

en

effet le

l'homme

maîtrise que «

spectacle de la perfection rend

meilleur,

plutôt

c'est

une question dg

de charité.

Cette statue (le Moïse) est au moins décente,

tandis que celles de la chapelle des Médicis sont

d'une révoltante nudité.

M. cisme

Cartier

donne

officiel.

tragique de

la

»

ainsi la mentalité

Même

interprété

catholi-

avec l'austérité

chapelle Médicis,

manière d^époiivantail, sur juge pas,

du

le

nu

agit en

l'esprit clérical

;

il

ne

exorcise,

puéril

et

obéissant à une notion

niaise,

mais imposante,

et redite

il

superstitieux,

par des voix très autorisées, de siècle en

siècle.

L'Arétin aussi fut scandalisé par Michel-Ange et

demanda au Pape

dernier. On nés. Mais

fit

la destruction

du Jugement

braguetter tous ces élus et ces dam-

aucun dissertateur

ecclésiastique ne s'est

avisé des cuisses d'angesdela chapelleClémentine,

des amours jouant avec les attributs de la Foi sur


78

l'isthetiquk idéaliste les pilastres

de Saint-Pierre, ni de

la

Véronique

colossale dansant la danse

du châle, non plus de

l'Extase de sainte Thérèse

du Bernin, ce monu-

ment

d'érotisme, d'une lascivité

Pareille disposition de la

si

vive.

sensibilité obscurcit

l'entendement. Celui qui n'est pas assez avancé

dans

l'initiation plastique,

des bienséances

pour s'élever au-dessus

communes

devrait rester tout à

fait

et

de l'effluve sexuel,

un honnête homme

et se

sur «ne matière où la morale s'appelle

taire

le

style.

Une

peinture ne mérite pas l'épithète de sacrée

parce qu'elle représente' une scène ou un person-

nage de

la foi.

Le caractère ne vient pas du façon dont

il

Ceux qui

nom

sujet,

mais de

la

est traité.

font à Michel-Ange des procès

au

de l'honnêteté, en instruisent aussi contre

Raphaël, qu'ils jugent moins chrétien d'inspiration

que

le

délicieux,

mais monotone

et

douceâtre

Pérugin.

La Dispute du Saint Sacrement, VEcole cfAihènes se font face dans

la

même chambre du Vati-

can. Essayez de convaincre, je ne dis pas

du commun, mais un cardinal, que très inférieure à la seconde,

un prêtre

la

première est

comme

composition


76

l'art IDEALISTE ET MYSTIQUE

sacrée, et vous passerez facétieux.

Il

pour un esprit paradoxal

et

n'y a desacré que certains personnages

et certains sujets, et

exclusivement

pour un

littéraire,

homme

de culture

des philosophes seront

toujours profanes.

par

Placez,

la

pensée,

Léonard sur un autel

;

Sainte

la

Anne

de

vous produirez un malaise

indéfinissable au dévot, alors qu'il se plairait

au

dernier des Carlo Dolci. Il y a deux raisons à cette méconnaissance. On ne veut pas admettre d'autre vérité que celle de son

habitude

;

et le Jupiter d'Ostricoli et la

Giustiniani n'appartiennent pas^ pour l'art religieux.

Minerve

un dévot, à

Cependant, ces figures rayonnantes

d'immortalité l'emportent sur beaucoup de Pères Eternels et de Madones,

La même répugnance

manifestée aux dogmes étrangers, on l'éprouve

aux expressions nouvelles. Une paresse originelle s'arrête devant le

renouvellement des thèmes

chrétien retrouve plus aisément sa piété

;

le

mouton-

nière dans la fadeur sucrée d'images nulles que

réprouve, au conlraire,ungoûtpurementartistique.

Une

certaine niaiserie

caractère

conçoivent

religieux, :

et

tel

fait partie

que

les

intégrante du

pratiquants

les libres-penseurs,

déclarent profane tout ce qui est

viril et

le

en retour, canonique,


77

l'esthétique idéaliste

Prétendre, avec Taine, que la Gène du Vinci n'est

qu'un groupement «d'Italiens vigoureux» ou avec M. Cartier cherchant à caractériser

que

«

société

dont

la

Renaissance

ennemi voulut rentrer dans

l'ancien il

avait été

chassé

»

cette

sont de ces

formules pitoyables qui désolent les bons esprits.

Réduire l'intention de Léonard faire intervenir le diable,

répugnantes',

filles

si

bassement ou

voilà deux

absurdités

toutes deux du fanatisme et de

l'ignorance.

^ y a quelque impertinence à répéter ce mot propos de Taine, mais il le mérite autant que Il

r

M. Cartier. Ni l'un ni Renaissance.

l'âme de

En

l'autre ne connaissaient la

face des nus, l'un n'apercevait pas

ces nus

son matérialisme,

et les

calomniait an

l'autre les exécrait,

et

nom de comme

fidèle obtus.

Aujourd'hui,

la

doctrine

cléricale

n'a

plus

besoin de réfutation; elle n'exerce aucune influence et ce serait

un gaspillage d'encre que de nier

le

rôle de Satan dans l'éclosion de l'humanisme.

Les erreurs sacerdotales n'offrent plus aucun danger.

Au

impérieuses,

contraire,

celles

des universitaires,

menaçantes, presque triomphantes,

appellent la réfutation.


78

l'art idéaliste et mystique

Jamais en Champagne on ne pensera comme en Auvergne, parce qu'en Champagne il y a de la craie, et en Auvergne du granit, parce que l'un de ces sols est plat et l'autre

montueux de

particulières, des

;

mœurs

dérivent des cultures

spéciales, et les

d'abord les idées, quelles que soient

Gela est vrai

d'un troubadour champenois

vous ne à

retrouverez

cette opposition

si

et

mœurs

font

croyances.

comparez

toutefois

:

les

les poésies

d'un auvergnat et

plus rien qui corresponde

imagée de

la

craie et

du

granit.

Quinet a écrit

:

Par le midi, la France touche à l'Italie et les Pyrénées ne la rattachent-elle pas, comme un système de à la rentrée d'où sont sortis les Calderon,

vertèbres, les

Camoens,

Bretagne ne

les

Michel Cervantes? Par

tient-elle pas

Enfin, par la vallée

ne

Ce sont partielle

;

la

les côtes

de

la race gaëllique?

Lorraine et l'Alsace

comme

aux langues

?

des aperçus ingénieux d'une vérité

là il

du Rhin, par

pas aux traditions

s'unit-elle

germaniques

au corps de

convient de les subordonner à une

loi

autrement prouvée.

L'homme de

génie incarne tantôt l'âme générale,

tantôt celle d'une minorité l'aspiration

d'une

;

époque.

il

épouse ou répudie Amplificateur

ou

contempteur des mœurs environnantes, il se définit


r

79

l'esthétique idéaliste

surtout par dissemblance

même n'est-il pas déjà la

génie par lui-

et le

:

plus grande dissemblance

d'un homme, en face de l'espèce humaine? L'antiquité pénétra la mentalité chrétienne bien

avant la Renaissance. Aristote a de l'Eglise

monde

;

sert

douzième

un passage du à prouver

livre

le

traité

la trinité

rang d'un père

Du

ciel et

on

et

tire

du du

de la Métaphysique les preuves

de l'immortalité de l'âme

et

du dieu personnel.

Voyez au IV de Yinferno « le maître de ceux qui savent siéger parmi sa famille spirituelle. » :

A

Venise, selon

moquait de Moïse étaient

de

le

et

on se

dire de Pétrarque,

de la<jenèse

;

les averroïstes

nombreux. A Padoue, Pierre d'Apone

la résurrection

de Lazare. Si on

relit la

se rit

Divine

Comédie, on y trouvera les éléments de la Renaissance étroitement combinés avec le christianisme.

Au

concile deFlorence(1438)se trouvait

un

homme

dont Tiniluence fut immense Gémistos Plethon; ce :

maître du futur cardinal Bessarion, ne fut pas

pendu comme Gecco dire dans son

d'Ascoli, et cependant

Livre des

embrasseront tous une ni celle

du Ghrist,

lois

:

«

Bientôtles

même religion,

ni celle de

il

osa

hommes

qui ne sera

Mahomet, mais une

troisième dérivée du Polythéisme. » Sous la protection de

Cosme

l'ancien,

Gémistos élabora un


l'aKT lUliiALISTE ET MYSTIQUE

80

culte, des rites,

des

prières

;

et

de

lui, sortira,

intellectuellement, Marsile Ficin, l'apôtre

du néo-

platonisme.

Le clergé

trop intéressé à discréditer les

était

humanistes pour ne pas

les étiqueter

de païens, ce

qui veut dire sensuels, épicuriens, jouisseurs, dans l'esprit

A

de la foule.

qui attribuerait-on ce passage volupté au-dessus des sens

l'âme

!

!

:

joie au-dessus de

allégresse au-dessus de l'intelligence..! C'est

qu'il m^accueille

avec

toi,

ô

mon âme

;

c'est qu'il est

en moi, lunité des unités, Dieu Réjouissez-vous avec moi, vous tous dont Dieu est la force. Le Dieu de l'univers ra'a embrassé, le Dieu des Dieux me pénètre. Déjà, déjà Dieu te nourrit tout entière, ô mon âme, et celui qui m'engendra me régénère, il engendra mon âme illa transforme en ange, il la convertit enDieu... Quelles grâces te rendre, ô Grâces des Grâces !

;

!

Nous sommes que

loin de ce matérialisme prétendu

l'on s'obstine à attribuer

La Renaissance

aux humanistes.

a une doctrine faite de Platon et

de Plotin. Marsile remplit, auprès de Gosme

Laurent, un véritable

office

et

de

de chapelain, sous

les

ombrages de Careggi, aux accents du chanteur Squarcialupi. Politien^ Pic delaMirandole, Benivieni, Laurent

]


l'esthétique idéaliste

81

de Médicis lui-même, tous les poètes néo-platoniciens sont des mystiques ardents.

Le prodige de dix-huit ans qui parle vingt-deux langues, le prétendu pédant des neuf cents thèses,

de omni re

sciblll, est peint à

Saint-Ambroise de

Florence par Gosimo Roselli. Gest un adolescent à la taille

souple et élancée, à l'œil bleu marin, au

teint clair, à la

chevelure blonde

On admire dans

et touffue.

toute sa personne

un mélange

de douceur angélique, de pudique modestie, de

charme

bienveillance attrayante qui

Il

le

regard

et

cœurs.

attire les

en est des divers aspects de la Renaissance

comme du

prétendu pédant

;

on

les a caricaturés

par paresse, pour formuler vite une classification scolaire.

Ghaque

siècle a

c'est-à-dire

que

son tour d'esprit, dit Fontenelle, les

portent visiblement un millésime

d'œuvre ont un tour particulier

pour

l'école apparaît faux

Michel-Ange appartient

Léonard

secondaires

manifestations

pour

;

:

mais

les maîtres. Certes,

à Técole Florentine,

aussi. Ils se sont connus,

ils

mais

ont concouru

ensemble, parfois leurs protecteurs

mêmes. Qui donc

les chefs-

et ce qui est vrai

furent

les

attribuerait à l'un le plus petit

ouvrage de l'autre ? Le Tilantisme du Buonarotti


82

l'art idéaliste kt mystique

non plus que la subtibilité du Vinci ne présentent aucun rapport avec l'art contemporain. Une école est sortie d'eux;

eux-mêmes ne sortent pas de leur

milieu.

Ni Poussin, ni Philippe de tent l'empreinte

Champagne ne por-

du goût public: ce

sont, jansé-

niste et archaïsant, des génies dissidents.

Raphaël lui-même, l'art

le

véritable réalisateur de

humaniste, celui qui illustre littéralement la

mentalité d'un Léon X, ne ressemble à personne

dans ses cartons

et ses fresques.

L'individualisme de tester contre le milieu

l'artiste

que

peut aussi bien pro-

le traduire.

Habile sera la critique qui différenciera le style de Léonard, suivartt qu'il travaille à Florence, ^ Milan,

à

Rome ou

à Amboise, et qui précisera

VA doration des Mages, Madone de Sanf Onofrio à Rome

l'influence de la ville dans la

Cène,

et le

la

Saint Jean peint à Glos-Lucé, aux bords de

la Loire.

Plus vrai que

le

déterminisme du climat

et

de

la race, s'accuse le caractère professionnel.

Taine

découvre

dans Walter Scott,

«

sous

l'amateur du moyen-âge, l'écossais avisé dont la sagacité s'est aiguisée, par le

procédure.»

maniement de

la


l'esthétique idéaliste

L'auteur de

«

83

Thomas Graindorge

d fut

de la

promotion About, Sarcey, Weiss, à l'Ecole normale. et

Il

professa à Nevers, à Poitiers, à Besançon,

même

à

Oxford, et toujours

il

obéit à la ten-

dance pédagogique qui catégorise à tout prix

et

légifère aveuglement.

Jamais fare

les spiritualistes ont-ils

sonné une fan-

de jactance aussi comique que ce passage

{Littérature anglaise, IV, 421):

La science a dépassé

le

monde

visible et palpable

des astres, des pierres, des plantes ou dédaigneuse-

ment on la confinait c'est à l'âme qu'elle se prend, munie des instruments exacts et perçants, dont trois ;

cents

ans d'expériences ont prouvé la justesse

et

mesuré la portée. La pensée et son développement, son rang, sa structure et ses attaches, ses profondes racines corporelles, sa végétation infinie à travers l'histoire, sa haute florai-

sommet

des choses voilà maintenant son objet, que depuis soixante ans elle entrevoit en Allemagne et qui, sondé lentement, sûrement, par les mêmes méthodes que le monde physique, se transformera à nos yeux, comme le monde physique s'est transformé. Dans cet emploi de la science et dans cette conception des choses, il y a un art, une morale, une politique, une religion nouvelles et notre afîaire est aujourd'hui de les chercher.

son au

l'objet

Relisons cette fougueuse et lyrique affirmation


l'art idéauste et mystique

84

où l'impropriété des termes abonde. Quels sont ces instruments propres à l'étude de l'âme ? Les

rayons

X

?

Le rang de

la

autant que sa structure,

pensée étonne au moins et les racines corporelles

d'une floraison invisible, intangible? Entln que faut-il

entendre par

Le monde de yeux

!

la

le

Quelle assertion

Réduisons

le

sommet

des choses

?

pensée va se transformer à nos !

morceau au bon sens

:

La science a dépassé le monde du phénomène phyelle approche de cette zone frontière où le

sique,

matériel confine à l'immatériel. Et par l'analogie elle

peut pousser plus avant

et

plus sûrement les ouvrages

avancés de l'hypothèse.

La pensée, mieux connue dans manifestations,

l'universalité de ses

tend à l'unification

doctrinale

réduira de jour en jour les formules de et

lieu,

qui

de race

de temps, vers un point, pour ainsi dire œcuménique.

Les sciences naturelles, que Taine connaissait

beaucoup moins que Ruskin, s'occupent de l'espèco et

non de

l'individu.

On ne peut

En

art l'individu seul existe-

pas dire qu'on connaît une famille

Léonardine ou Raphaeline, ou Michelangelesque. Trois personnes sont apparues que tous ignoraient

quand

elles se manifestèrent, et

pour toujours.

qui disparurent


85

l'esthétique idéaliste

La graine d'un amandier mise en terre dans des conditions favorables reproduit en peu de temps

un amandier. Peut-on concevoir

la

semence du génie qui ne

manifeste que par l'œuvre

se

?

Un

jeune

homme

mis dans une école des Beaux-Arts reproduit-il en

un temps déterminé un artiste ? Il n'y a pas de phanérogames en art, c'est-à dire d'hommes ayant des organes esthétiques bien distincts. les

Chercherons-nous

l'identification

cryptogames? L'absurde nous

La

avec

arrêterait.

science offre véritablement une suite addi-

tionnelle qui

met

dernier venu en possession de

le

tout l'acquêt des devanciers

Berthelot

et,

:

le

plus mince natu-

découvertes de Lavoisier

raliste s'assimile les

et

de

sauf dans les méthodes, la science

ne semble pas pouvoir rétrograder. L'Art, au contraire, s'incarne, vit et meurt dans

chaque génie. Giotto si

parfait qu'il soit,

est

un

art entier et

ne possède pas

Raphaël,

les qualités

du

trecentiste. Plus près de nous, Ingres et Delacroix

nous ont montré impuissants l'autre.

à

Le premier

generis,

le

le

spectacle

s'assimiler n'a

second

a

les

de deux rivaux, qualités

pu trouver une vainement

pureté de la ligne. Tout à

fait

l'un

de

palette sut

poursuivi

la

de nos jours, Puvis


86

l'art idéaliste et mystique

Gustave Moreaii prirent des voies contradictoi-

et

res,

même

sans songer

à échanger des leçons.

Enfin, ne voyons-nous pas des ouvrages de sau-

vage dans

Salons, des tatouages sur toile, de

les

véritables griffonnages antédiluviens

Faune

caractérise la

du

?

et la Flore, c'est la

Or, ce qui

constance

type.

Jamais n'aurait

un

naturaliste,

un physiologiste

ni

conçu une idée aussi saugrenue que

de voir un

herbier dans

étranger

universitaire,

un musée

;

au laboratoire,

celle

un

seul

pouvait

ainsi s'égarer.

Ah

!

je

comprends qu'on

dégager un

art,

religion. Mais

il

de définir

suffit

la politique et la religion,

ne sont point

se grise

une morale, une

filles

à l'idée

politique,

l'art, la

de

une

morale,

pour connaître qu'elles

de la science.

La recherche de la perfection dans l'œuvre, les mœurs, les lois et les rites ne jailliront jamais d'un manuel expérimental ce sont des matières pas:

sionnelles où l'enthousiasme, l'honneur, la justice et la piété

dominent,

comme muses

Quelle curieuse idée que de

comme

science; et

cela

tirer

montre

et rectrices.

une religion de

le

la

despotisme inné

de l'esprit humain, qui tend sans cesse à usurper sur autrui

!

Longtemps

la théologie s'arrogea

une


l'isthétique idéaliste

87

véritable dictature sur Texpérience; elle posta son

inquisiteur à la porte

du laboratoire

et

mit

le

bras

séculier au service d'unlivre juif dont personne ne

qui fourmille d'allégories

lisait le texte original et

égyptiennes et kaldéennes. Aujourd'hui nous ne

comprenons pas

l'autorité de

matière expérimentale le

rectorat d'un

;

et

Moïse mal traduit, en

on veut nous

faire subir

Auguste Comte, philosophe seule-

ment. y a un demi-siècle, un médicastre, Moreau de Tours, publia un volume très insolent que Taine Il

La Psychologie morbide est de 18S9 Taine commença son cours en 1864. Pour ce

n'ignora pas. et

carabin,

folie et

génie sont congénères.

travail trouva de l'écho,

il

oftrait

Un

pareil

aux médiocres,

hommes, un On aurait augmenté sa vente apologie pour les hommes

c'est-à-dire à la presque totalité des

réconfort inespéré.

avec ce sous-titre

:

accusés de médiocrité. cette niaiserie

En aucun

On y

lit

des phrases de

:

cas

le

fonctionnement intellectuel ne

saurait être plus parfait que lorsque le sujet est à la fois rachitique,

scrofuleux et neuropathique

tres termes, lorsque, par sa constitution, la fois

Les

il

;

en d'autouclie à

à l'idiotie et à la folie. trois

plus grands

hommes du

dessin; Sébas-


l'art idéaliste et mystique

88

Bach comme Palestrina

tien

Alberti

plus

Bramante comme Dante comme Shakespeare donnent le

;

;

formel démenti à cette ridicule assertion.

Goethe, Victor Hugo, Balzac ont été des modèles

de méthode

de persévérance.

et

Le génie n'est pas plus une névrose que la bêtise une diathèse normale. Léonard fut le plus beau cavalier de son temps et Pic de la Mirandole n'est

ressemblait au plus

joli

page.

En

dressant la

liste

des génies d'après leur diathèse, on verrait que les

plus grands furent sains. C'est un travail de

patience, à la portée de chacun.

Au lieu

de poursuivre l'impossible identification

de la botanique éta^Dlir les

La

mieux valu la philo-

les autres.

pour

l'art

ne supporte pas

elle isole l'artiste et le

diminue jusqu'à

doctrine de :

eût

il

concordances de cette partie de

sophie avec

l'examen

et l'esthétique,

l'art

un rôle (ïartlfex. L'autre formule, qui subordonne l'œuvre aux intentions sectaires, religieuses ou libres-penseuses, ne vaut guère mieux. Ces points

extrêmes n'ont été en

somme que

des points de

belligérance. En face d'un idéalisme qui méconnaît la

splendeur du nu, on revendique hautement

droits de l'art

;

comme on

défend

le rôle

les

purifica-

teur de la beauté contre ceux qui veulent borner


89

l'esthétique idéaliste

son action

plus

imitations

à des

moins

ou

parfaites.

Sur ceterrain d'une apparence sereine,

les partis

se manifestent aussi intransigeants, aussi aveugles

que dans Il

la politique.

faut s'entendre sur la morale. Les ouvrages

qui flattent

ou excitent

la

concupiscence sont

moindres que ceux qui s'adressent à tualité; et,

concep-

la

théoriquement, un regard rempli d'âme

l'emporte sur

le

même

galbe d'un sein

même

Toutefois, ce

admirable.

sein l'emportera sur

un autre

regard, moins chargé d'expression.

Le diagnostic du médecin n'apporte aucune Michel-Ange

clarté à la critique. la belle

découverte

nez, qu'est-ce

!

Torregiani

était fort bilieux,

lui avait

écrasé le

que cela fournit pour expliquer

plafond de la Sixtine

le

?

Le génie œuvre, malgré la maladie et non à cause Bazzi a-t-il mérité son surnom ? Qu'im-

d'elle.

porte à l'^OJ^asg de Sainte Catherine et «aux noces

de Roxane »

?

Ceux qui ont vécu dans

l'intimité des

hommes

de génie connaissent leurs manies, leurs

tics et

aussi que ce sont là des accidents, sans rapport

avec leurs ouvrages.

La

taculté créatrice, dès qu'elle existe,

domine


90

l'art idéaliste et mystique

l'être entier

;

ceux qui en sont doués en

elle tient

état de perpétuelle gestation.

Le génie que

meur

et

un homme enceint et on s'étonne amène quelque modification de l'hu-

est

cet état

;

des humeurs,

que

alors

grossesse

la

physiologique donne lieu à un phénoménisme radical et souvent

étrange

si

!

Platon a magnifiquement expliqué

de l'homme fait

un démon, un

mortel

et

à forme scientifique,

sur les

et

bave

seuls

soient l'honneur de l'espèce et

On

il

en

entre le

Le médicastre tourangeau

plaque des injures de clinicien

l'humanité

feu,

être intermédiaire

l'immortel.

que l'Académicien

diathèse

la

du ravisseur de

créateur,

si

les

élève

un

la

calomnie,

mortels qui tel

honneur,

bien au-dessus de

!

ne s'entend pas sur

le

but de

l'art.

Les uns

veulent l'employer à un dessein moral ou religieux, et

ils

n'ont point tort

beauté

comme un

;

seul

les

autres tiennent pour la

objectif,

et ils

ont à peu

près raison. Mais les premiers se trompent, en ne

voyant

le

déterminés à

caractère religieux que dans des sujets ;

et les

seconds en réduisant la beauté

une version prestigieuse du modèle. Quant aux amateurs qui

se délectent de la seule

exécution, ce sont des maniaques ou des profes-


91

l'esthétique idéaliste sionnels.

Le but de

l'art est

de produire chez

le

spectateur une espèce de bonheur ou de volupté assez complexe, puisqu'il se

forme à

de

l'idée

perfection véritable, pour le raisonnement, et de l'idée d'absolu, celle-là

La

perfection des

visage du mystère

;

purement musicale.

formes est littéralement et

lui-même,

le

le

mystère, se

définirait peut-être par trois termes, le lointain

correspondant au passé, Yau-delà analogue au futur et la réalité constitutive du présent.

En réunissant

ces trois termes,

on

définit à

peu

près l'impression des chefs-d'œuvre, et aussi on

découvre l'inanité du réalisme. L'effet

de

la

Sixtine, de la Cène et de Y Ecole

d'Athènes se décompose en ce triple rayonnement. Les sujets sont très loin de ceux que nos yeux rencontrent

les

;

formes employées sont bien au

delà de notre forme personnelle

nous donne que

;

et

l'illusion

d'une scène vraie. Supposons

la Sixtine soit traitée à la Phidias,

plastique admirablement modérée et

cependant une

ou plutôt un caractère d'immortalité

vie intense

qu'elle

ne s'emploie qu'à

des

dans cette

des métopes

mouvements

vulgaires d'œuvre servile, à quelque représentation

des métiers

;

supposons que

moderne, des

juifs

la

sordides

Cène réunisse, à ou

la

de farouches


92

l'art idéausts et mystique

bédouins, avec leur tête d'oiseau de proie guenilles déplorables

d'Athènes lettres

soit

;

groupement de

le

sur un escalier

et leurs

supposons enfin que l'Ecole

:

il

la faculté des

n'y aurait plus de

mys-

de chefs-d'œuvre.

tère, et partant plus

oii

on aura

admis une séparation précise entre l'Art

évocatif,

L'esthétique n'existera qu'au jour

qui est aussi grand, dans une estampe

Melancholia ou

la

dans une fresque,

comme

la

Résurrection de Lazare que et

celui des arts

employés à

l'évocation. «

Les Buveurs

Rembrandt,

les

»

de Velasquez,

banquets de

chefs-d'œuvre picturaux ils

Syndics

»

de

cela est incontestable

;

manifestent ce caractère de réalité qui rend les

choses présentes, mais et

:

« les

Harlem sont des

l'au-delà.

il

leur

manque

le lointain

Des ivrognes, des marchands

et

des

bourgeois ne signifient rien dans notre imagination

;

devant eux on ne songe qu'au peintre, à

son excellent métier.

Transposons ces Buveurs en Corybantes, ces Syndics en Amphyctions, ces banquets en banquet de Platon,

et

aussitôt, par

l'éloignement et par

l'au-delà, ces compositions s'élèverontau plus haut

degré de Tart. Car sentants

du grand

le rite

dionysiaque, les repré-

conseil hellénique et les philo-

I?


§3

LBSTHÉTIQUE IDÉALISTE

Sophes athéniens évoquent une profession d'idées

La dévotion

transcendantales.

et

l'intelligence,

appliquées, à l'évolution d'une race ou à la formule

des

humaine. Chaque

fois

sommet

au

atteignent

idées

de

l'activité

qu'un art cherche sa desti-

nation dans son procédé,

il

se corrompt.

Les chefs-d'œuvre ont une marque, toujours oublier

que devant

les

l'artifex.

ils

font

On ne pense au métier

choses de métier.

Le connaisseur

n'est pas le public

et

la

pire

disposition de l'œuvrant sera toujours de travailler

en vue d'un suffrage corporatif

et

prétendument

compétent.

Un mauvais pousse

les

lèvres

d'une

servir à la

A

sentiment d'orgueil

coupe qui, par son essence, doit

communion

universelle.

qui sont destinés les temples? Les peintures

ornent auraient-elles une

et les sculptures qui les

autre destination

Car l'architecture l'art

despotique

professeurs à vouloir écarter toutes les

?

Gela est,

est

peu vraisemblable.

en dignité et en difficulté

transcendantal, auprès duquel les autres ne

paraissent que

relatifs

et

minimes. Le peuple

comprend-il l'architectonique

?

Il

la

sent.

Son

inconscient vaut bien la conscience faussée du


94

l'art idéaliste et mystique

Le privilège de l'homme

est

pensée jusqu'aux essences que

de toutes

seul, et jusqu'à la source infini

ou

le

lui

les essences, l'Etre les

formes de

et qui le reflètent, tel est l'objet

son but magnifique.

Lamennais

nom

la

interne découvre

Beau absolu. Le manifester dans

émanées de l'art,

de pénétrer par

l'œil

L'œuvre

dit bien.

tend à trouver

la

d'art digne de ce

substance ou forme expres-

sive de l'essence. L'art opère par incarnation.

Lorsque le vénérable Ingres nous montre Jeanne d'Arc armée exactement selon la

17

juillet

1429,

il

ne

fait

mode d'armes du

rien de bon ni de mauvais.

L'essence de son sujet est autre. Quelle est

la

forme

essentielle d'une pucelle inspirée et qui après avoir

mené du

à la victoire son pays, au

ciel,

nom

sera brûlée à dix-neuf ans

de Jésus roi

?

Etendard, épée, armures, accessoires sans intérêt.

Jeanne d'Arc

une idée

est

:

quel est le corps

de cette idée, la face de cette idée et fait acte

d'homme

;

est-elle

?

Non. Est-ce seulement une pucelle Sera-ce saint-Georges

!

Elle est

fille

du sexe de son acte? ?

Pas davantage.

Non plus. Un ange?

Point,

Je ne peux énumérer la succession d'images par lesquelles l'artiste parviendra à concevoir la

Lorraine mais ;

j'affirme qu'il s'agit

bonne

de dessiner

un


95

l'esthétique idéaliste

un

visage, puis

que

le

corps, de trouver enfin

problème

est

purement

un

geste et

expressif et plasti-

que.

Le Moïse de Mie liel-Ange déroute nos notions préconçues. Personne ne rendra un compte satisfaisant de cet ouvrage, et

si

bizarre d'accoutrement,

pourtant personne n'hésitera à reconnaître

le

personnage.

Les orthodoxes n'aiment pas le Moïse,

et

trouvent

révoltants les nus de la chapelle Médicis et les

nomment

a

chaos

le

volupté que

et la matléi'e,

Vorgueil

et la

Renaissance semble avoir voulu

la

glorifier ». J'ai

indiqué combien la sacristie calomnie

dent spiritualisme de

la

Renaissance.

Les quatre strophes funèbres

même

manifestent au le

Saint-Jean

titre

l'art sacré,

Michel-Ange

et

l'ar-

que

la

du Ruonarotti Sainte-Anne et

mais indépendant.

Léonard croyaient, mais non pas

au clergé. Ce sont eux qui ont arraché, aux mains trop intéressées quoique consacrées, ce voile de

Véronique où

le

génie humain, par d'innombrables

miracles, a rendu témoignage à Dieu.

Un pouvoir et

n'a d'autre légitimité

Michel-Ange accomplit dans

dessin le

même

formidable

effort

que sonutilité; le

domaine du

de conscience


06

L^ART IDEALISTE ET MYSTIQUE

qui met la Divine

notre

De

ère.

Comédie au-dessus de toute

l'inconscience des pasteurs naît

comme

l'émancipation du troupeau,

comme

que

thème de

le

fait.

droit autant

Ecoutez Charles Blanc reprendre

l'Arétin.

Pourquoi donc tant d'anatomie et si peu de pensée? Pourquoi tant de matière et si peu d'esprit ? Quoi c'est ici la fin du monde et je ne vois ni terre ni cieux, mais partout des bras et des jambes, des têtes renversées, des pieds en l'air, un étalage effrayant de chair humaine et de tours de force, une exhibition d'Hercules il est bien temps que l'humanité fasse parade de ses muscles, quand le souffle de Dieu va l'ensevelir dans l'éternité ?. La pensée est donc absente et c'est la pure fantaisie de l'artiste qui a tout usurpé. La raison, le dogme, l'histoire, tout a été sacrifié à la puissante et brutale volonté de MichelAnge. !

!

.

.

Cette page avertit les critiques d'art

du danger

l'on se risque à écrire superficiellement.

Invoquer la raison

et l'histoire,

pour un jugement

dernier et prendre la défense du dogme, quand est Charles Blanc, quelle plaisante posture

Je n'ai pas en

mur

d'effroi,

mais

mémoire je

l'avis

suppose

triomphe du corps humain, l'art

pour

l'art.

!

de Taine sir ce

qu'il n'y a

le

on

vu que

le

grand morceau dç


9*?

l'esthétique idéaliste

Sauf la figure du Christ, qui devrait

être

drapée

pour ne pas ressembler à toutes les autres, Michel-

Ange

a

conçu l'ouvrage avec une grande logique,

en titanisant l'aspect humain, en produisant cet effet

unique d'innumérabilité.

rage l'attention;

et

on ne voit

Un

tel effort

même

décou-

plus les cent

chefs-d'œuvre de détail qui forment cet ensemble indicible.

On m'accordera

bien que Buonarotti

comprenait Alighieri, puisqu'il faire

à

offrit

Léon

X

de

au divin poète un tombeau convenable (1519)

l'année où Léonard mourait à Clos-Lucé.

Or, comprendre

le

Dante n'est pas

plasticien exclusif, ni d'un orthodoxe.

de Jules

II, les

médiocrement

chasses de Léon

X

d'un

le fait

Les guerres

devaient plaire

à l'austère gibelin et

il

se

dégage de

son Jugement une doctrine singulièrement

diffé-

rente de celle des Papes.

Habitués par nos contemporains à voir tes aussi étrangers à la

savaient pas tres à ils

lire,

les artis-

métaphysique que

nous réduisons

les

un œil au bout d'un pinceau

:

s'ils

ne

anciens maî-

grave erreur,

priaient et pensaient à la fois, fidèles à la vérité

révélée, libres de la tutelle décevante des clercs.

Je ne

veux pour preuve de Tésotérisme

Jugement Dernier que

les

du

quatre distributions

de caleçons, par Daniel de Yolterre^ ensuite par


9B

l'art idéaliste et mystique

Girolamo da Fano

sous

ensuite sous

V,

Pie

Grégoire XIII. Ce dernier voulait effacer l'ou-

vrage

enfin sous Clément XIII, par les soins de

;

Stefano Pozzi. L'infiltration

protestante

ne

pas

suffirait

à

expliquer cet acharnement.

Que

le

spiritualisme soit vrai ou

que

faux,

l'âme soit immortelle ou non, que la religion soit l'expression de la vérité ou seulement l'art

vit

de spiritualité

:

un songe,

et les aspirations d'éter-

nité seront toujours les seules muses.

Voilà ce que Taine n'a pas compris la science

ni la physique, ni la physiologie,

exclusivement il

de

:

ébloui par

expérimentale qu'il ignorait, ne sachant

littéraire et

avec une culture

une tare

universitaire,

a voulu appliquer à l'essor de la pensée les lois la

pesanteur

et

inaugurer une météorologie du

Beau. Cette entreprise absurde a porté des fruits détestables

:

la paresse,

la

vulgarité,

tous les bas et

lâches instincts de la décadence ont ramassé au

bas de sa chaire, des prétextes faire

ou

laissent

faire

des

mal.

officiels

pour ne rien

MM. Bouguereau

et

cherchez pas d'autre responsabilité que d'esthétique

Henner

dix millions à leurs héritiers

du Collège de

France,

la

;

ne

chaire

ce^theUra


99

l'esthétique idéaliste

pendant un quart de

pestilentise, qui,

officiellement servi à la

ville

et

siècle, a

au monde

les

vaticinations de lincompétence.

Taine fut un sectaire, non de ceux qui se partagent les deniers d'une église, mais de ces autres, tout aussi redoutables, qui se taillent une originalité Il

aux dépens de n'y

pas

a

si

la vérité

:

dans

la

ne fournit pas des

variés que chaque

s'affirmer autrement

de l'expérience.

possible

d'originalité

recherche sincère aspects

la vérité et

survenant puisse

que par des coordinations

et des éclaircissements.

Toute théorie personnelle

est

une erreur; toute

nouveauté une ignorance ou une grimace perverse: et la pire

trahison se voit aux efforts d'innovation

doctrinale.

Voulez-vous créer les

?

Soyez

formes. Enseignez-vous

artistes et

renouvelez

? Attentifs

au legs du

passé, commentez-le, sans ce misérable souci de

paraître neuf aux matières cent fois séculaires.

L^esthétique mérite de conquérir son existence propre, d'être affranchie à la lois du prêtre et du libre-penseur.

Trop longtemps on a demandé à de confession

;

il

ne faut pas qu'on

certificat d'athéisme.

l'art

lui

son billet

impose un


l'art idéaliste et mystique

100

M. Curie n'a nul besoin de théologie pour

phénomène de radiance

constater le doctrine

qui justifie la

en prouvant l'unité de

spiritualiste, et

matière, apporte une surprenante confirmation à

En

l'unité de Dieu.

face de ses appareils

il

peut

sans que cela gêne ses décou-

être matérialiste,

vertes.

au contraire,se condamne à

L'artiste,

en

appliquant à

Ce

laboratoire.

éléments que

sa recherche

qu'il constate

lui fournit la

ne

la stérilité

une formule de signifie rien

pour

et l'alambic ici est

son propre cerveau.

se crislalUser

modèle, analogue au carbone,

en diamant t-il

?

en beauté;

Comment

va-t-ii se

sublimer

A quelles températures d'âme faudra-

soumettre

l'état

les

nature doivent traverser

des états successifs

le

:

le

lumineux

sombre minerai pour l'amener à et radiant ?

Secret vraiment im-

pénétrable, secret quasi divin que cette transfor-

mation de

la

forme actuelle en forme immortelle

!

Cette considération, qui juge l'œuvre de l'art

d'après les précédents et les subséquents, qui lui

donne son rang dans l'évolution historique, cette considération critique qui compare et établit un palmarès

chronologique,

la

véritable

L'ouvrage d'art doit nous apparaître

comme un

abolit

esthétique.


101

l'esthétique idéaliste

individu; et comme

tel, il

de ses aïeux ou de ses

faut l'envisager sans souci

sinon les spécialistes

fils,

seuls pourraient en approcher. L'Italien illettré ne

comprend pas Dante

mais

:

Giotto s'offre à lui autrement lisible puisque

le

grand trecentiste s'exprime par pantomime. Raphaël

comme Orcagna corps

le

humain

emploie une langue universelle, :

et tout

homme

étant passionné

de sa nature, reconnaîtra l'expression des passions, sans lecture ni

On

objectera

l'esprit lui

commentaire. que

peut être

les

sont étrangères et qu'il se

passions de fait

une idée

défectueuse du philosophe et du saint. Regardons

en nous-mêmes attentivement

et

nous découvri-

rons que les choses concrètes agissent bien moins sur notre imagination que les visions transcendantales. Les anges plaisent plus que les gamins, les

vierges

ouvriers, et

que

les

filles,

même aux

héros

les

gamins, aux

que

les

et

aux

filles

ouvriers.

Cette littérature du peuple, que nous ignorons,

nous autres écrivains, cette à

littérature de livraison

un sou qui remue plus d'or

tous les

stylistes

singulier

:

ensemble,

l'idéalisme et la

a

plus d'âme que un caractère bien

et

moralité.

Il

s'agit

toujours d'un thème de pitié pour quelque inno6»


l'art idéaliste et mystique

102

cence que

le

dénouement

fait

triompher

et

quelque

scélératesse à la fin confondue.

Nous sommes

idéalistes d'instinct

capital de l'esthétique

:

voilà le point

seule une corruption delà

;

culture nous rend infidèles à cette innéité. Les chro-

mos Il

des réclames sont

jolis, et la clientèle l'exige.

n'est pas question

de créer

Le réalisme a

véritable

épidémie spirituelle

été

le

goût, mais de le

une dépravation, une

satisfaire.

et aussitôt l'instan-

tané a démontré l'inanité d'une pareille doctrine.

Ouvrez un journal

illustré des sports

de très

réduit à

se

laides

:

le

penthalte

images évoquant

le

manuel médical cependant les hommes sont nus et anatomiquement remarquables. Le prestige des souverains et des fonctionnaires tombe devant :

l'objectif

;

femmes elles-mêmes ne

les

résistent

pas à cette notation brutale.

Cependant

ment la

le

choix des formes, leur unification»

une dominante expressive, constitue seule-

selon

le

premier acte de

l'artiste.

découverte d'une stase

Le second exige Qu'on

significative.

essaye de reproduire devant une glace

apparence

que

le

si

simple d'un antique.

corps ne

la

On

la

pose en

s'apercevra

donne pas aisément

et

du

que son naturel provient d'essais

premier coup,

et

préliminaires,

nombreux

et appliqués.


103

l'esthétique idéaliste

Ces deux opérations, d'où

valeur de l'œuvre

la

dépend, se trouvent supprimées par un sujet méhollandaise ou

diocre à la

Encore

faut-il

Gérard Dow, probe

et

vulgaire à la Zola.

remarquer, à

décharge

la

d'un

que l'exécution précieuse, infiniment

un certain

détaillée, crée

La

intérêt.

même appliDans une toile comme le

perfection donne toujours du plaisir,

quée à un terme bas.

Bon Bock,

l'ennui du sujet s'augmente de l'igno-

rance de métier

:

il

n'y a ni art, ni peinture,

il

n'y a rien. L'idée de perfection est

rent

abondamment

la

une de

celles qui éclai-

question artistique,

si

on

l'entend autrement que dans le sens du métier.

Vélasquez pourrait être proposé pour

en peinture, en la

au plan des ouvriers de

couleur ou à celui des amateurs. Esthétique-

ment, le

se plaçant

royauté

la

il

n'obtiendrait pas

moindre giottesque,

l'emportent sur Celte

cédé

et

même le

centième place;

la

plus

pâle

lombard

lui.

différenciation entre l'excellence

du pro-

l'excellence évocatrice se

comme

une base nécessaire de Est-ce à dire qu'il

place,

la critique.

faut priser révocation au

mépris du métier, proclamer Ghenavard

grand des maîtres,

et

considérer

le

le

plus

belge Wiertz


104

l'art idéaliste et mystique

au-dessus de Delacroix, pour ses intentions morales

A

?

tions. Je

Dieu ne plaise de tomber à ces aberral'ai dit,

les qualités

de

l'intention,

l'artiste

n'ont aucun

seule importe, mais

réalisation

bonne volonté,

la

il

intérêt

:

sa

est étourdi

de

demander au giottesque la vraisemblance plastique du cinquecento. Les fautes de dessin d'un Titien nous choquent parce qu'elles sont des discordances dans un art entièrement évolué

et

rayonnant de

force sereine.

On

ne

les aperçoit

incriminera

pas chez

les Primitifs.

Qui

puérilité de l'enfant, l'étourderie

la

de l'adolescent?

Un

artiste a toujours l'âge de

son

époque. L'architecture atteignit sa perfection, avant les

autres arts de dessin.

A la fusée

de l'ogive s'adaptent

des statues absurdes de verticalité; essayez de les

remplacer par des ouvrages corrects

et

logiques

L'enfance et l'adolescence d'un art ne doivent

pas être critiquées

comme

des étapes, mais consi-

dérées en elles-mêmes.

Le caractère hiératique résulte d'une expressioni de style obtenue avec un procédé restreint; l'immatérialité provient de la pauvreté relative d'exé-

cution. Les maîtres d'apogée auront une beauté, jamais

celle des primitifs.

autre


ÎOS

l'esthétique idéaliste

Chaque artiste renferme un art complet, chaque œuvre n'a de valeur que la sienne propre. Pourquoi s'embarrasser de dates, fatras

d'une madone ou de Il

y

a

un

volupté d'une courtisane

la

calcul intéressé à élever

à faire payer

et

d'éphémérides, du

des commentaires, pour jouir de la pureté

un

?

une barrière

tribut au pauvre

monde

?

L'esthétique officielle s'applique à hérisser l'appro-

che des chefs-d'œuvre, de s'efforce d'installer

une

difficultés

sacristie

dans

:

l'institut

les

musées,

de s'ériger en clergé du beau, quoique ce

et

vœu

cadre mal avec l'évolution contemporaine.

En

Sainte-Anne ou de la « Madone l'homme officiel vous demandera si vous connaissez le milieu, le lieu, les contemporains, le climat, la race, les mœurs. Cela est face de la

de la Victoire

inutile

pour entendre

cette progression de l'animal

de l'enfant s'élevant de la jeune

et

femme mûre, plation delà

femme

à la

sur un thème sacré. Qu'est-ce que

biographie des donataires ajoute à

la

%

»,

Madone de

la

la

contem-

Victoire?

Les Beaux-Arts dédiés à tous s'adressent spécialement aux les et

illettrés

:

l'homme qui ne peut

lire

philosophes, les verra dans \ Ecole d'Athènes^ tel

qui

ignore l'alphabet

effort les merveilles

contemplera sans

de l'extase mystique, hénosis


.

106

l'art idéaliste et mystique j

de Plotin, spasme de sainte Thérèse ou de sainte

A

Catherine de Sienne.

on ouvre

les livres,

l'ignare qui n'ouvre pas

le ciel,

son cortège d'anges

on

montre Dieu

lui

et

et enfin la théologie se pré-

;

aux plus humbles, tangible, séduisante,

sente

féconde, radieuse, je dirais évidente, car, offerte à la seule sensibilité, elle se

lisnie

un

débarrasse de

de son argumentation,

prestige, au

elle

l'aristoté-

comme comme un

apparaît

lieu de se développer

raisonnement.

Suivant l'aspect contemplé, une idée se

en expressions aussi variées que l'esprit

le

reflète

prisme de

humain.

Les définitions se succèdent aisément équivalentes en soi, et préférées, selon les idiosyncrasies.

Cependant

il

faut,

sous peine de se perdre dans la

multiplicité des rapports, adopter

réduire à renonciation

le

simple, parce que

l'on

accumule, plus on multi-

enfermera

de vérité, sous

en disant ((

avec des mots

plans perspectifs.

Je crois que

somme

les

et

la plus courte, la plus

la vérité se voile

nombreux. Plus on plie les

un principe

la

la

formule

plus grande la

plus brève,

:

L'art est la spiritualité des formes. »


THÉORIE DE LA BEAUTÉ

I.

Il

— Il n'y a

ny

pas d'autre Réalité que Dieu. pas d'autre a Vérité que Dieu. Il n'y a

pas d'autre Beauté que Dieu. Dieu seul existe pas est un bruit

parole qui ne l'exprime

et toute

et toute voie qui

;

ne

le

cherche

pas aboutit au néant.

La Il

seule fin de

l'homme

c'est la

queste de Dieu.

faut le percevoir^ le concevoir, l'entendre, ou

périr.

II.

La

Les trois grands noms divins sont

Réalité^

la suhsla?ice

Beauté, la vie ou

le

Fils

;

ou

La

le

Père

:

la,

Vérité ou l'uni-

^cation de la Réalité et de la Beauté^qui Saint-Esprit,

;

2"

est le


l'art idéaliste et mystique

108 Ces

trois

noms

régissent trois voies

mêmement modes

aboutissantes, trois questes de Dieu, trois religieux.

Entendez

religion,

dans

le

sens

de relier la

créature au Créateur.

— La Science ou recherche de Dieu par

III.

la Réalité. L'Art oic recherche de

La

Beauté.

par

Dieu par la

Théodicée ou recherche de Dieu

la Pensée.

IV.

Qu

la ?^echerche

est-ce

donc que

la

Beauté

?

sinon

de Dieu par la Vie et la Forme.

Ainsi que les trois personnes divines sont toutes

présentes en chacune d'elles,

Beauté se

ainsi la

particularise en trois rayonnements,

formant

le

triangle d'idéalité.

La Beauté du Père s'appelle Intensité. du Fils s'appelle Subtilité .^ La Beauté Beauté La du Saint-Esprit s'appelle Harmoni?. V.

1

Aux

traités

de

V Amphithéâtre

subtilité s'attribue toujours

des sciences

au Saint-Esprit

mortes,

la

et l'iiarmonie

au

Fils.

Dans

le

Cenacolo

Dans

monde animique l'harmonie suprême

et

lo

se réalise

au

au Calvaire.

monde

iutelli}ctuel, la subtilité

air la simultanéité de eièoxe perso&Qe<

qui pourrait se

défi*

tous les rapports, appartient à la troU


109

THÉORIE DE LA BEAUTÉ

Lorsqu'on

dit

une chose

lui attribue

l'harmonie conceptibles

l'intensité, la subtilité et et l'art

on

idéale,

considéré dans son essence se définira

— Le point esthétique d'une forme

VI.

point d'apothéose, c

;

:

est le

est à-dire la rèalisatio7i

qui

rapproche de l'absolu conceptible. VII.

— V Intensité réalisée

Le sublime

s'

appelle

tions et opère sur l'esthète par le

en ses deux VIII.

tel,

:

s

d'Athènes

et

et celle

tous les

Michel-Ange

appelle

le

Beau;

la

rapports,

l'œuvre

telles,

:

de Raphaël.

— VHarmonieréalisée

s'obtient par

telle

tels,

s'obtient par la pondération et l'équilibre

des rapports les plus immédiats

IX.

:

et la sur-

arts.

—La Subtilité réalisée

Beau

sublime.

Tétonnement

surbaissement des temples d'Orient

élévation des églises ogivales

le

le

s'obtient par l'excès d'une des propor-

s'

appelle Perfection

pondération

même

les

et l'équilibre

plus

de

asymptotes

:

l'œuvre de Léonard de Vinci.

Les Rose Croix classent toutes de l'entendement

comme

d'une unique iscience

!

les

catégories

autant de subdivisions la

théodicée

;

et 7

VArt


iiô

L ART IDEALISTE ET MYSTIQUE

idèatiste et mystique^ malgré son titre afférent

aux seuls Beaux-Arts, prétend à

annexe,

valoir, en

Sommes et des Manrèze. Au cours de ces pages, l'Art est présenté comme une religion ou. si Ton veut, comme cette part des

médiane de

la

physique

religion, entre la

et la

métaphysique. Or, ce qui distingue

une religion d'une

sophie, c'est le dogmatique

:

philo-

subordination de

la

l'individualisme à l'harmonie collective.

Quel dessin définir

X.

dogme

est le

?

applicable à tous les arts

Quelle est l'essence de l'Art? Et

du

comment

FArt lui-même.

— L'Art

moyens

réali-

V essence de

toute

est V ensemble des

sateurs de la Beauté. XI.

La Beauté

expression par

que

les

Si la

les

est

formes. Les technies ne sont

modes aboutissant. Beauté est

sera la règle

Ouvrez un

!

le

but,

l'art, le

moyen, quelle

mot

Idéal

L'idéal. Littré à ce

réunit toutes les

:

«

perfections que

;

ce qui

l'esprit

peut

concevoir. »

L'art idéaliste est dowg celui qui aÉ>

-<

'NS


>

THÉORIE DE LA BEAUTÉ

111

UNE ŒUVRE TOUTES LES PERFECTIONS QUE l'eSPRIT PEUT CONCEVOIR SUR UN THÈME DONNÉ.

On comprend bas pour qu'ils tion

peinture d'histoire

la

:

y a des thèmes trop suscitent aucune idée de perfecdéjà, qu'il

;

la militaire

toute

;

représentation de la vie contemporaine privée ou

publique

portrait

le

;

paysanneries

;

les

marines

talisme pittoresque sport

;

des ;

quelconques

l'humorisme

;

les

;

Torien-

l'animal domestique ou de

;

les fleurs, les fruits et les accessoires.

Quelles illustrer

perfections

un manuel

se

peuvent concevoir

à essculer

;

à

un factionnaire

à faire défiler des mineurs ou des clubmans

;

;

au

Bonhomet aux peinards de la terre comme de la mer aux anecdotes, à l'Algérie,

visage de

;

;

cet Orient marseillais

aux chrysanthèmes Quelles perfections

choses

et

;

aux vaches

et

aux chiens,

aux melons, aux aiguières?

se

peuvent concevoir à ces

?

Pascal

lumineuse veut nous

se l'est ;

«

demandé^ en une exclamation

Quelle vanité que

la

peinture qui

forcer d'admirer la représentation des

choses dont nous dédaignons la réalité Si

nous rapprochons de l'auteur

ciales l'auteur de Pa?'sifal,

toute la matière

!

»

des Provin-

nous aurons élucidé


L^ART IDÉALISTE ET MYSTIQUE

lia

Wagner ((

dans un de ses

dit

L'Art commence, là Car,

la

même

même

femme,

écrits théoriques

:

oii finit la vie.»

que

concupiscence

la

salue d'un désir, ne solliciterait pas l'admiration,

par son image reproduite. Voilà pourquoi, à la

première épithète

une autre

et

:

:

idéaliste, j'ai

dû en ajouter

mystique.

Or, mystique veut dire qui tient du mystère Il il

ne

suffit

faut encore qu'elle détermine

d'au-delà

;

;

pas qu'une œuvre satisfasse l'idée

il

faut qu'elle soit

;

une impression

un tremplin d'en-

thousiasme, un déterminant de pensées. Généralement,

le

Titien est idéal, jamais mystique

;

le

contraire apparaît chez les Trecentisti, toujours

mystiques, rarement idéals. XII.

La Beauté d'une œuvre

est faite

de

réalité sublimée. XIII.

— La

mysticité d'une œicvre est faite

d'irréalité plastiquemenl produite.

XIV.

— L'œuvre réelle de forme,

d^ expression est pa^"faite

:

et irréelle

Léonard.

Ces principes, aujourd'hui oubliés, dédaignés, présidaient au génie ancjen,


THÉORIE DE LA BEAUTÉ

Se figure-t-on un Paul-Emile Paris,

comme

il

fit

113

demandant

à

à Athènes, un précepteur, pour

ses enfants, qui fût peintre et philosophe.

Évidemment, vers les peintres

l'an 163

avant Jésus-Christ,

d'Athènes savaient quelque chose de

plus que ceux de maintenant.

Platon seul a osé considérer la Beauté

un

être spirituel, existant

conceptions

:

et

cemme

indépendamment de nos

un penseur injustement oublié,

Maxime de Tyr, montre qu'au IP siècle (il vint Rome, sous Commode) la tradition vivait encore Le beau ineffable dans ses sphères. Là, ((

— il

dit-il

— existe dans

à ;

le ciel et

demeure sans mélange. Mais,

en se terrestrisant, il s'obscurcit par degrés... « ... Celui qui conserve en son esprit la notion essentielle de la Beauté, la reconnaît, dès qu'il la ren-

contre

du

:

comme

Ulysse apercevait

la

toit ancestral, l'esthète tressaille,

fumée qui s'élève joyeux et trans-

porté. « Un fleuve majestueux, une belle fleur, un cheval fougueux offrent bien quelques parcelles du Beau, mais très brutes. « Si le Beau est descendu quelque part dans la substance, où le verra-t-on sinon dans l'homme, dont l'âme a le même principe que le Beau. « ... Aimer toute autre chose que le Beau, c'est ne plus aimer que la volupté. « Le Beau est quelque chose de plus vif, il ne donne


114 pas

l'art idéaliste et mystique

le

temps de

la terre,

jouir,

il

extasie.

Notre

âme

exilée sur

enveloppée d'un limon épais, est condamnée

â une vie obscure, sans ordre, pleine de troubles et

d'égarement

;

elle

ne saurait contempler

Beau

le

ineffable avec énergie et plénitude. Mais notre

àme

a

une tendance perpétuelle vers l'ordre, vers la beauté. L'ordre moral ou spirituel, de même que l'ordre physique ou naturel, constitue ce beau avec lequel elle a une éternelle sympathie. » Voici

donc un philosophe qui légitime

appellations de l'art

:

les

mystique.

« idéaliste et

«

— V idéal, Vapogée d'une forme. XVI. — La mysticité d'une forme, son XV.

c'est

c'est

nimbe, sa contenance d'au-delà,

La forme tible

belle en

Maxime de Tyr,en «

soi-même, idéale,

d'une augmentation d'intérêt

:

est

suscep-

comme

le dit

sa vingt-cinquième dissertation:

La Beauté du corps ne peut

être

la

beauté par

excellence, elle n'est, en quelque façon, que le prélude

d'une beauté plus accomplie.

Dans chacune des il

y a encore

trois

formules de la Beauté,

trois degrés,

éléments dans l'homme.

»

comme

il

y a

trois

|


115

THÉORIE DE LA BEAUTÉ L'intensité, la subtilité

et

l'harmonie donnent

lieu à trois résultats esthétiques.

Le sublime peut

être physique,

comme

torse que palpait Michel-Ange aveugle

comme

dans

Laocoon

le

spirituel,

;

dans

le

animique,

;

comme dans

le

Génie du repos éternel (Louvre).

La nèse

physique s'appellera l'Arès Far-

subtilité ;

la subtilité

intellectuelle, la

morale,

Mosé

la subtilité

;

Niké de Samothrace.

L'harmonie physique se l'harmonie morale, dans intellectuelle

le

dans

le

les

voit

dans

la

Milo

;

chambres, VhdiTmome

Cenacolo de Léonard.

Le raccordement de l'esthétique à

la théologie

semblera peut-être gratuit à des chrétiens indignes d'être païens

;

toutefois,

pour

les

convaincre, on

choisit ses preuves suivant les esprits visés, et le 26''

verset du chapitre

synonymement 26.

1

de

la

Genèse va déposer

à la version d'Eleusis

— Les êtres

:

délègues de VÈtre {Elohim)

concevant leur œuvre créatrice décrétèrent que

Vadamité [humanité) serait réalisée [dèlinéée)

d après

leur

ombre portée.

Les Elohim étaient des

esprits, des

émanations

individualisées de l'essence, des Anges.


116

l'art idéaliste et mystique

L'ombre étant une décroissance par rapport à la lumière,

comme

l'ombre de l'essence sera

l'ombre de

la

la

substance,

substance ne peut être que

la matière.

Les simples

et

ceux qui font paître

ayant pour devoir de matérialiser afin de le sentir et

les simples,

mystère,

le

ne pouvant se hausser, amoin-

drissent les notions jusqu'à eux, déclarant, aussi

bien dans

saint

Jérôme que dans

protestantes, la création de

versions

les

l'homme à l'image de

Dieu. La moindre connaissance du génie hébraïque les aurait

empêchés de voir

Dieu dans un Il

nom

la

personnalité de

à désinence de pluralité.

résulte de saint Denis

que

créateurs

les esprits

appartenaient à l'une des dernières hiérarchies, et cela se conçoit, étant

donnée

de la fonction; car

Cosmos

le

raissent peu de chose en tuelle,

l'Adamité appa-

face de la série spiri-

Le prototype de l'homme,

séries

et

pour n'en nommer qu'une.

c'est l'ange.

La

la relative bassesse

loi

roi

du monde

sensible,

*

d'évolution, qui nous montre toutes les

créées

devenant

créatrices

à

leur tour

d'autres séries, enseigne le devoir de l'expansion,

(1)

De l'Androgyne

(théorie plastique, 1 vol. 12. 1910 (Sansot.

I


THÉORIE DE LÀ BEAUTÉ

SOUS peine de néant.

dogme

Il

417

découle du texte sacré un

qui gouverne à la fois

la peinture et la

humaine pour dogme sous une forme assimi-

sculpture et toute représentation avoir proféré ce lable

aux cerveaux anémiés de ce temps,

comme

étrangement accusé,

Léonard peut

;

et

Wagner.

XVII.

elle

furent

mes maîtres

triste

à une

écho

d'autre

faire

calomnie, c^est

le

notre

Si

j'ai été :

époque ne qu'une

vérité

qui se déshonore.

On pourrait

définir la beauté, la

recherche des formes ayigèliques. Or, cette forme spirituelle, dont nous

sommes

l'ombre substantielle, nul ne la concevra, sans un de jeunesse,

caractère

en

l'élevant

également

au-dessus des deux sexualités.

— Vandrogyne, d est-à-dire la jeunesse

XYIII.

également distante du mâle appa7^aU

On arts

le

et

de la femelle,

dogm,e plastique.

connaît

la

du dessin.

légende grecque sur l'origine des

A

la

veillée d'adieu,

la fille

de

Dibutade, potier de Sicyone, pour garder l'image

du cher

être qui allait partir, délinéa son

avec du charbon sur

la

blancheur du mur. ?•

ombre


L*A1T IDÉALISTE ET MYSTIQUE

118

âme

Ainsi, pour que reste en notre

fervent de notre angélique origine,

uns par l'œuvre,

les

et les autres

souvenir

le

nous

il

par

faut,

compré-

la

hension de l'œuvre, entretenir notre entendement nos sens même, du désir de retourner un jour

et

auprès de ceux qui nous donneront

amour, vie.

comme

ils

nous donnèrent

le parfait

la réalité et la

Et maintenant, de cette sphère des harmonies

spirituelles,

abaisserons-nous nos regards sur les

de Chardin, les dindons

chopes d'un Manet,

la raie

d'Hondekoeter,

casseroles de Kalf, les figu-

les

rants de Meissonnier

Un

esprit cultivé,

?

une

fois

amené sur

les

hau-

teurs de l'art véritable, ne tarde pas à découvrir l'ignominie de l'art sans beauté, ce

de

la

On

pendant

parole sans pensée. croit

communément que

branche de

pour ces

la littérature

esprits inférieurs

jusqu'à la

foi,

qui

une

même

ne s'élèvent pas

l'esthétique doit leur paraître la

philosophie de sentir

appelons

l'esthétique est

ou de l'érudition:

plaisir

;

et,

emprunte

comme sa

ce que nous

catégorie

à

un

inverse que nous appelons souffrir, ainsi le Beau

ne saurait cale, le

être perçu, que par son antithèse radi-

Laid.

Revenons aux

définitions antérieures et relevons


119

THÉORIE DE LA BEAUTÉ les trois caractères attribués à la

Beauté: l'ombre

n'étant que l'absence de la lumière, la Laideur a

manques manque d'intenmanque d'harmonie. m'objectait le bestiaire du Moyen Age,

trois informes, trois

manque de

sité,

Si l'on les

gargouilles,

:

subtilité,

les

dragons,

les

chimères,

répondrais qu'elles rentrent dans qu'elles ont le double caractère de la

en ses parties,

et irréelle

je

l'intensité, et

forme

réelle

en son ensemble.

Je crois avoir établi que la Beauté est une des trois

façons humaines de concevoir

et j'appelle les sept arts

les sept

modes

la Divinité,

nommés beaux

expressifs de la Beauté.

entre tous,


LIVRE

II

LE TRIVIUM ou

LES ARTS DE LA PERSONNALITÉ 00

INTRINSÈQUES


LES ARTS DE LA PERSONNALITE

La

collectivité

mondaine ou

est

irresponsable, qu'elle soit

politique

:

le

nombre

n'a point

de

mérite ou de démérite propre. Seuls les egrégores

rendront compte à Dieu, egrégore suprême, des

agissements d'ici-bas.

L'âme humaine subit des appétences aux les

instincts

penchants

du corps, et

les

vie,

il

n'est

ils

n'est

d'abstraction,

il

Lorsqu'une

pas gouvernée par des se produit

mauvais

sont conditionnels de

qui est la volonté de Dieu.

civilisation

pas vrai que

attractions soient

en eux-mêmes, puisqu la

et

parallèles

hommes

un débordement

indi-

vidualiste des appétences qui n'ont pas été canalisées et

endiguées. Qui, parmi les esthètes, n'a

gémi devant l'amateur devenu peintre devant l'invasion des Amazones dans

ridicule,

les

beaux-


l'art idéalisth et mystique

124

A

arts?

même

partir d'un certain chiffre de

sans aucune

l'un ou

tout animal latin de

rente,

l'autre sexe est appelé à cultiver ce

bourgeoisie, en veine de blasphèmes,

jour

rentes, et

arts d'agréments.

les

que

la

nomma un

est la donzelle qui

ne sabote sa sonate, qui ne piaule sa romance, qui ne salisse

vertueux

remplacé

son aquarelle?

et réfléchi qui, la

pêche à

ayant des

la

est cet

homme pas

loisirs, n'a

ligne par la peinture de

paysages, ou qui ne se sert de ses pinceaux barbouilleurs pour pousser les affaires de sa concu-

piscence?

est surtout cet être

mâle ou femelle

qui,

en

présence d'une statue ou d'un tableau, saura se taire parce qu'il ignore ?

Les

beaux-arts

que l'homme,

vague besoin

pour Prudhomme,

devenus,

Homais, Bonhomet,

les arts

même d'idéal.

d'agréments,

grossier,

faut

il

porte en lui

fauconnières

du mariage, dans leur soin

dresser leurs

filles

à lever

jamais musique, peinture ture.

Déjà Balzac

l'expression

mariable.

et,

même

d'un besoin

de

un époux, n'omettent quelquefois, sculp-

l'avait noté, et

se pratique encore de

un

Les mères françaises, ces

;

il

l'entraînement

nous faut voir

esthétique chez

la

ici

gent


125

LES ARTS DE LA PERSONNALITÉ

Les superstitions sont

les

de réalités expérimentales

;

formes ânonnantes

de même,

usur-

les

pations sont l'effort discordant d'un besoin légitime,

Dès que l'homme cesse de craindre

insatisfait.

pour sa conservation, dès

qu'il est

momentané-

ment relevé du souci matériel, il songe presque inconsciemment à s'accomplir et se crée un souci qu'on pourrait appeler ornemental. Quel est donc le

légitime penchant qui pousse l'indigne tout-le-

monde

à usurper les sacerdotales fonctions véritable, en

l'artiste

pour

soi,

aux

conséquences

une singerie sans

de

plaisir

sans profit pour autrui? Ce penchant si

déplorables,

un des plus

nobles, est le penchant vers la beauté.

On

a dit

l'homme un animal religieux je le dirai volonun animal esthétique. Sans décider si le sauvage apparaît, être rudiment aire ou bien dégé:

tiers,

néré des antiques civilisations, l'homme constaté à l'état de nature, errant, anthropophage,

même,

présente l'intuition de ce que j'appellerai les arts intrinsèques de l'homme. Prenons le Peau-Rouge,

infortuné débris de ce

monde

grand

que

le

et

plus puissant

Gomanche,

le

américains

finit

voyons en

lui

le

Atlante, nôtre,

qui fut

prenons

Sioux, que la cupidité des épiciers à cette les

heure d'exterminer,

et

caractères des trois sortes de


l'art idéaliste et mystique

126

beautés dont l'homme est susceptible. Nos yeux sont d'ordinaire les premiers affectés par l'être vivant, et ce que nous voyons d'abord c'est l'allure,

démarche,

la

l'impression,

analogue à

silhouette,

la

celle

et tout cela

de

pose,

la

geste,

le

un effet La seconde

rentre dans

la statue colorée.

impression que nous pouvons recevoir d'un être vivant est celle de

Le timbre,

parle.

qu'elle

lations sont

si

chante, soit

l'intonation, les

susceptibles de beauté,

attitudes et les

Enfin,

la voix, soit qu'elle

les

mouvements.

nous suivons

le

Peau-Rouge au conseil

nous pourrons recevoir de

des Sachems,

modu-

comme

lui

une

troisième impression, celle de l'éloquence, c'està-dire

de

satisfaire

qui

bien

!

pour

besoin d'une certaine beauté,

l'obscur

même aux âmes moyennes,

montre

se

Eh

pensée exprimée.

la

et préserver les vases sacrés

du grand Art contre

les attributions profanatrices,

a jadis suffi de

il

révéler les arts laïques, les arts mondains, afin de

préserver

garde

les

arts sacerdotaux.

encore,

morte,

engloba

il

de

est vrai,

l'autre

Seule, la

nos jours, à

l'état

femme

de lettre

une tradition qui longtemps

sexe.

Son

intérêt

seulement,

qui se base sur la concupiscence de l'homme,

préservée d'une obscuration complète. Elle a

l'a

telle-


LES ARTS DE LA PERSONNALITÉ

ment besoin de

plaire,

que

même

n'en ayant pas

le goût, elle serait forcée

aux mêmes

où son

ayant

muse,

infériorité éclate elle

ne s'élève

grâce est

sa

le

les larves de ce

servile

et,

soins. Voici

la nécessité

pour

pas jusqu'à comprendre que

miroir où se reflètent également

monde

rayons de l'au-delà,

et les

devant ceux qu'elle éblouit,

leur présente que

du

:

127

le reflet

elle

ne

de leur néant, augmenté

sien.

La parole peut-elle attaquer avec succès les mœurs d'une décadence? Je sais que la vérité doit être périodiquement révélée, c'est-à-dire pré-

sentée sous des formes nouvelles et que décide le caractère

Après

du

lieu et

du moment.

la publication

de ce

on ne fermera

livre,

pas un piano, ni une boite de couleurs moites.

Considérant ments, corps, vulgarisation sont

:

la

l'être

humain dans

âme,

esprit,

les trois arts

je vais

de

la

ces trois élé-

rendre à la

personnalité qui

kaloprosopie, la diction et l'éloquence.


LA KALOPROSOPIE

Si

j'envisageais

esthétiser par

l'aspect

j'appellerais cet art

retrouver

:

perdu

de moyen.

que

je m'efforce de fait l'infériorité

c'est

pensée d'autrui

son rôle et

non

outre, la théâtrique comporte

ou déclamation

diction,

et

du chanteur,

réalise la

Il

En

l'être

Ce qui

la théâtrique.

relative de l'acteur et

la sienne.

humain peut du corps en mouvement,

que

ce

des

anciens,

et,

la

par

conséquent, ce terme engloberait deux manifestations que

On

mon

analyse présentement sépare.

peut concevoir un art prodigieux qui jamais

ne fut tenté fournit

la

et

dont

êtres doués,

à la fois,

faculté expressive,

Comedia delV Arte nous

la

caricature

s'il

:

s'il

se

rencontrait

des

de faculté créatrice et de

y avait des écrivains capa-


42Ô

LA IvALOPROSOPIE

blés de réaliser scéniquement leurs conceptions,

ou des acteurs susceptibles de créer leurs

mêmes, comme

le

musicien fugue instantanément

un thème donnée

rôles

on verrait alors un spectacle

d'un intérêt sans analogue

;

mais

la

pensée qui

crée

demeure asymptote du moyen qui manifeste,

du

véhicule qui

gens du monde, plus prétendre

épand

s'ils se

à

;

et

ments plastiques de l'œuvre

les

commande-

loisir

d'art, sur

eux-mêmes.

devrait se considérer

l'acteur de sa propre personnalité

que

soit

;

et, si

comme

minime

personne, un mondain trouve à sa

la

portée

une

sorte de collaboration

tique.

Si

on

séances de aussitôt,

les

célébrer les rites sacerdotaux,

mais s'étudieraient à reproduire

L'homme de

pourquoi

voilà

connaissaient, n'oseraient

la

au

ôtait,

par

la

cour de Louis

lieu

au plan esthébien-

pensée, les

XIV, on aurait

de ces sentiments

si

discrets,

en

leur expression, que nous a conservés Racine, les

accents brutaux des

Toutefois

qu'on

se

Mémoires de Saint-Simon. relâche du cérémonial de

sa caste et de son état, on

causable aux autres. La toilette

augmente l'ennui

même

de mauvais

goût est une sorte de très basse idéalité

;

et les

femmes subissent des chiiîonnages disconvenants à leur beauté, parce

qu'en

elles, à

l'état

confus^


l'art idéaliste et mystique

130

réside cependant

un

souci de l'extériorité esthé-

grave

tellement

souci

tique,

qu'elles n'osent

suivre leur intérêt et leur goût, et se soumettent

au

commun

avis,

peur de s'égarer, A-t-on

de

remarqué que l'ancienne magistrature, deux

siècles,

n'avait jamais

subi ces

y a

d'il

invectives

grossières, ces lourds souliers volant à la tête

du

Président, qui émaillent aujourd'hui les séances

de justice

?

Qu'on interroge

que,

plus

décoratif

mœurs

les dévots, ils

avoue-

entre deux évoques d'égale vertu,

ront

le

Dans

les

égalitaires les différenciations n'étant

que

momentanées,

les

davantage.

édifie

les fonctions

devenues analogues à

des séries de représentations, tout Français, qu'il soit

chef de l'Etat, de l'armée, ou de l'Université

redevient bourgeois, au sortir des cérémonies de

son département.

faut

Il

Champs-Elysées, sous

les

avoir vu à pied, aux

regards indifférents,

le

chef de l'Etat promenant sa digestion d'un air qui s'excuse auprès du passant. Or, c'est précisément

l'homme privé qui peut

être aujourd'hui

l'homme

distingué.

On

s'étonnera peut-être que, dans ce traité, le

discours s'arrête à des

maintien» Quiconque

a,

questions de mise

comme on

^monde, connaît deg gens qui

m

dit,

et

de

un peu de

sont point d@9


131

LA KALOPROSOPIE bêtes, qui valent fois,

dont

les

comme

naissance et culture à la

revenus dépassent

le

million et qui,

puérilement appliqués dès l'aube devant des jeux de chaussettes, au bout de longues conférences

avec leurs tailleurs, aboutissent à être un peu plus

mal mis qu'un cocher tout le

monde,

anglais.

La matière intéresse

vaut d'être

elle

puisque, malgré l'application,

si

didactisée,

et,

peu y entendent,

pourquoi ne pas enseigner sur ce terrain

?

Je sais l'ennui de l'individu qui atïecte une pose,

mais

tesse

une rude

les autres, qui affectent

tournent bien vite au goujat s'appelle

:

la

forme de

et,

;

repas

;

il

Tàme

ni

ni

convient de faire aux circonstances

usuelles le bien qu'on peut.

toujours, c'est de s'obliger trictions

la poli-

la charité applicable

aux gens dont on ne peut améliorer les

simplicité,

comme

d'humeur, à

Le bien qu'on peut soi-même à ces res-

celte résorption

du caractère,

sans lesquelles la rencontre d'Alceste devient plus

fâcheuse que celle de l'homme au sonnet. Je ne connais pas le tisation de

On ne

mot qui exprime

l'homme plastique

saurait assimiler à la

nance d'un patricien

;

et

l'esthé-

extériorisée.

me

mimique

la

conte-

voilà forcé de créer

un nouveau vocable pour une chose

très ancienne*


iSâ

l'art idéaliste et mystique

— Le premier des arts de la personnalité

XIX.

Kaloprosopie {de

est la

xaXoç,

beau, et

-rtfodomov,

personne), c'est-à-dire V embellissement de V as-

humain ou^ mieux, le relief, du caractère moi^al, par les mouvements usuels.

pect

XX. Il y a quatre sortes d'iiommes l'homme de Dieu, l'homme d'Idée, l'homme d'Etat, l'homme du Monde. L'homme de Dieu doit paraître absent, abstrait, quand

il

:

passe ou se

enthousiasme, dès pas

qu'il

qu'il parle.

Un

en

public, ni

en

;

prêtre ne doit

ni plaisanter d'aucune sorte, ni lire

rire,

journal

tout en onction

tait,

un

témoigner par son attitude

appartient à la société civile, enfin se tenir

en ambassadeur d'éternité.

L'homme plaisanter

condition

d'Idée, il

:

peut sourire, mais non pas

regarde la

vie

autour de

de la regarder de haut

donner l'impression, fait, et qu'il

qu'il

et

lui,

à

de toujours

vise par-delà ce qu'il

n'est qu'à moitié

au présent, hommes

et choses.

L'homme sourira

pas,

d'Etat sera grave, le

pouvoir, qu'il

silencieux, et ne fait

peser sur les

libertés et les vies, doit le remplir d'une tristesse,

et,

médecin

du

auguste

collectif social,

il


l33

LÀ KALOPROSOPIE

aucun sentiment personnel sans

saurait manifester

s'avouer indigne de son rôle abstrait de justice et d'utilité.

Saint Ignace a promulgué cette doctrine occulte «

Faites les actes de la

dirai sans crainte

XXI.

— Celui

foi,

et la foi viendra.

»

:

Je

:

qui réalise Vextèrioritè d'une

idée en réalisera Vintériorité, à moins qu'il se

démente

;

même,

de

V intériorité peut

amener

l'adéquate extériorité. L'Artiste a pour collaborateur son temps.

Aucun des

artiste, si

grand

ambiantes

formules

collectif qui se retrouve

Dans

l'Art

subtil et

qu'il soit, ;

elles

ne

sont

se le

dégage

modèle

en toutes ces œuvres.

morne de Burne Jones, de

Gustave Moreau, on sent que ces maîtres, n^ayant

pu puiser autour d'eux des éléments kaloprosopiques, ont dû voir avec l'esprit et dessiner leurs inventions, sans appui de réalité

;

au lieu que

les

primitifs italiens ne concevaient pas plus noble et

gracieuse prestance que celle des

hommes de

leur

temps.

A

Haarlem,

ôtez par la pensée pourpoints et

eurcots, traises et feutres, de ces tableaux corpo-


134

l'art idéaliste et mystique

où Hais étale sa couleur sans idée

ratifs

fracquez,

;

vestonnez, redingotez ces bourgeois pansus, repus, et

vous aurez

sitôt

quelque chose de semblable au

Tribunal de commerce de Paris. Esthétisés, ces Hollandais sont supportables

comparez

:

les céré-

monies louis-philipiennes d'un Larivière.

La

de Kaloprosopie est

loi

telle

:

— Réaliser en extériorité

XXn.

le

caractère

qu'on s'attribue.

La robe du

juge, le bicorne

du gendarme sont

des restes de cette doctrine.

On tère

va m'objecter

que ceux-ci ne sauraient extérioriser que

et

leur vide

de

la

qu'il est des êtres sans carac-

?

Et nous voici à

démonstration

;

la partie difficultueuse

nous voici venu à l'homme

du monde.

XXHL d'art,

il

Parmi

en

est

les

impressions de V œuvre

que la personne humaine peut

donner. Je ne parlerai pas de la beauté l'art

n'a jamais

compose de

pu

traduire,

rêve, de désir

de l'œil que

car cette beauté se

ou de vision.


135

LA KALOPROSOPIE

XXIV.

— La personne vivante a un avantage

esthétique sur

statue^

la

la

c'est

succession

indéfinie des mouvements.

L'Art est immobile,

un

mouvement

seul

Tannhaûser d'après je choisirai entre le

du

Pape, et

celui

il

cristallise

:

si

je

pour

dois

la

l'admirable récit de

moment où où

il

durée

représenter

Rome,

aux pieds

arrive

tombe foudroyé

il

par

l'anathème.

Au

contraire, je puis

développer en Kalopro-

sopie toute la gradation d'un sentiment.

Qui

n'a vu, certaines fois,

une femme élégante

donner, pendant un long moment, une série inin-

terrompue

de poses,

de

charmantes, se déroulant geante d'un

même

voisins de nos

moire chan-

!

a-t-il pas

une grâce

Le cordonnier poète Hans Sachs

mélancolique

?

des Maîtres

Chanteurs remplit

et

la

ruban Dans les rôles, assez mœurs, des Perdican et autres

personnages de Musset, n'y

Walter

d'expressions

gestes,

comme

Eva, et cependant

il

la pièce, efface

est réel.

Le Cuirassier de Géricault ressemble à un héros, et le général Boulanger ressemblait à un acteur !

Talma donnait des leçons de maintien impérial à Bonaparte, que les nouveaux N'oublions pas que


l'art idéaliste et mystique

136 évêques,

XXV. cher

peu esthètes, s'exercent cependant à

si

mom

au

bénir,

et la

Il

ent de leur sace.

faut vouloir son allure^ la cher-

maintenir.

Pour rendre ces

affirmations

dans un

faudrait entrer

pratiques,

il

détail extrême, préciser

quelle modification Tâge apporte dans une

même

kaloprosopie, car la plus grande erreur de l'allure est les

de témoigner contre l'évidence, c'est-à-dire

marques du temps sur

Toutefois,

rêvent

l'individu.

comme

le

ducd'J. quoi

les jeunes filles, professe la lutte contre la

vieillesse. nalité,

Baudelaire,

que

Un j'ai

des beaux spectacles de la person-

vu pendant des années

avec un intérêt passionné,

et

toujours

c'était l'efîortde

Barbey

d'Aurevilly, cet Antée de la Beauté féminine, qui,

en l'approchant, retrouvait ses forces. Arrivé,

morne, roide, ankylosé,

l'œil

atone,

la

voix

éteinte,

dans un salon, rencontrait-il une épaule

dont

grain de peau lui plaisait, une nuque où

il

le

pût enrouler

le

serpent de sa concupiscence, on

voyait une métamorphose

s'opérer, et le rajeunis-

sement se prononcer par degré, jusqu'à des flamboiements d'âme à

incendier vingt cœurs, qui


LA KALOPROSOPIK

137

n'eussent pas été les viscères corsetés de poupées élégantes.

Avec quelle grâce,

il

«

Laissez votre

l'œil

d'un vieil aigle

disait

regard de jouvence rallumer

:

qui cherche encore le soleil, de sa paupière alourdie,

mais entêtée.

C'est

pour

»

un devoir de

En

ce

monde

quand on ne laideur.

mieux qu'on

semblances,

de

est,

Vraiment,

les

si

prix de la

femmes manifestaient

leur absence de générosité d'âme,

leur mauvais cœur,

plus mal

faut mentir

il

saurait être vrai, qu'au

leur niaiserie,

irait

paraître

la plupart des êtres.

;

on

si les

les fuirait

;

et

le

monde

magistrats trahissaient leur

conscience par leur contenance,

les

plus grands

désordres, les moins répressibles pulluleraient.

Le grand argument du contemporain pour

sa

défense réside dans la nécessité de ne remuer que la fête et les evant-bras,sous peine le

de faire éclater

grotesque latent du costume actuel,

XXVL

Toute

la

sur deux conditions

beauté plastique :

les

est

proportions

basée et

périphérie du mouvement, laquelle Tiécessite

nu ou

la dra.perie.

la le


l'art idéaliste et mystique

138

Les statues de Baudin font

Mgr

de

Affre,

qu'une

rire, tandis

pourrait valoir, par la seule diilé-

rence de vêture.

Au schématisme

linéaire,

il

demander

faut

les

principales règles de la kaloprosopie. Les dictons

ou

populaires

populaciers

donnent raison au

résultat de l'étude.

L'épithète d'horisontale signifie, en

verticales

les

correspondent

comme

devoir, de sévérité,

raide

comme

La proportion humaine le

en témoigne le dicton

étant cinq fois

l'effet

d'idéal,

il

augmenter l'impression

pour toutes

:

moins

faudrait

parti-pris d'élévation prédominât, et,

contraire,

Mais

aux idées de

la justice.

large que haute, pour

que

une

de paresse, de luxure, tandis

idée de mollesse, qjie

effet,

les idées

de

au

largeur

de contingence et de plaisir.

la ligne droite étant

une pure abstraction,

il

n'y a, au point de vue esthétique, que les angles

obtus et que les courbes plus ou moins visibles

encore ne

dont

les

faut-il

a priori d'imagination peuvent changer

le caractère,

puisque

la

concupiscence

face des formes acides d'impubères,

terreur naît

ou

;

pas trop presser ces généralités

devant

l'obésité d'Henri

le

s'éveille

en

que

la

et

masque arrondi de Néron

VIIL


LA KALOPROSOPIE

139

L'esprit des formes, dans le sens

les

anciens

hermétistes disaient l'esprit des métaux et des simples, est tout à

fait différent

de leur schéma-

tisme scientifique. ce peintre de laideur qui a écrit sur

Hogartli,

proportions,

les

beauté

dit

la

courbe la ligne

or la Résurrection de

;

MelanchoUa de Durer

brandt, la

et

considère

l'obésité

l'activité

spirituelle,

Le mandarin

comme

saint

le

François d'Alonzo Cano ne présentent courbes caractérisées.

de la

Lazare de Rempas de

chinois, lui,

conséquence

la

aux dépens de

de

la physique.

La courbe s'appelle la ligne du mouvement, car un membre ne saurait se mouvoir sans décrire un segment de cercle. On n'a pas assez envisagé et là réside l'esthétique, la

des

lignes.

donnés

propriété sentimentale

Pour reprendre

exemples déjà

les

ce qui peut faire de la courbe l'idée de la

:

concave

et

convexe. De cette opposition seule résulte

la

beauté, c'est l'opposition nette entre le

beauté féminine, et nous

ne

la

le

retrouverons ni

chez Néron, ni chez Henri VIII, dont

les

courbes

sont schémaliquement toutes convexes. L'horizontale

la

est

direction

femme

ligne de

l'instinct

;

elle

marque

du mouvement chez l'animal

initiée,

s'il

en pouvait

être,

;

et

la la

qui attend


l'art idéaliste et mystique

140

l'amant devrait esthétiquement

être

posture où cette ligne prédominerait

pour

elle se lève,

retarde

aller

l'expression

presque toutes

les

un

n'ait affaire à

animale

et

l'homme.

de

entreprises,

A*

elle rappelle à

goujat, pourvu qu'elle se tienne si elle

s'appuie,

sa faiblesse.

de l'honnêteté

une robe entièrement unie, sans mar-

doit porter

la taille

familiarité

l'homme

veut donner Tidée

qui

moins qu'elle

à

debout, sans s'appuyer à rien, car,

quer

au contraire,

;

au-devant de l'attendu,

une femme qui ne veut pas céder arrêtera

l'inverse,

Celle

dans une

;

ce qui divise le corps engendre la

;

le

costume religieux en

preuve

est la

visible.

Je prends

mes exemples de

d'entendement de l'époque

la sexualité

fait

que

:

le

peu

le désir seul

est lucide.

Une forme du vêtement qui a, sans doute, été prise comme terme moyen entre la robe honnête et

la

robe déshonnête, c'est

la

forme oblique,

la

forme cloche qui met, au moins, une sorte de dignité jusqu'à la taille.

Le chapeau de

polichi-

nelle, qui coifla longtemps Henri IV, elle chapeau

haut de forme, d'hui,

(jui coille

ne (jcuveut pas

tout

le

monde aujour-

être dépassés

en laideur

;

mais cette laideur semble consciente d'elle-même


LA KALOPROSOPIE et discrète, tandis que,

depuis

le

141

hennin jusqu'aux

cornes, la femme, consciente de son absence de

cerveau, n'a jaraBis mis sur sa tête que des choses absurdes...

La remarque

serait sans intérêt, si

on n'ajoutait

pas que ces choses absurdes sont les seules qui convienent, parce que, participant de l'oiseau

lui

par

les

mouvements,

qu'elle produit avec

A-ton remarqué

elle

peut modifier TefTet

une variété inépuisable. cette habitude

mondaine de

n'arborer les couleurs vives qu'aux mois de chaleur, et

dans

le

décor de la nature, où

elles

une criante désharmonie. Là encore,

il

produisent faut cher-

cher une explication dans un a priori moral.

couleur a une rachitiques la

de

telle

importance, que

noble

ont été

race

les

La

enfants

rendus à

santé par la teinte violette aux vitres d'une

La concomité de

serre.

la villégiature et des vêle-

ments de couleur procède d'une idée de relâche dans

que

la le

formule mondaine. On remarquera aussi

jaune, en Occident du moins, est en grand

discrédit

auprès des femmes

et

Cependant, avec des parements noirs,

il

devrait composer

des et

imbéciles.

des effilochés

symboliquement

les

Fédora,

des Listomères, et corres-

pondre aux destinées

de violence ou d'égoïsme.

toilettes des


l'art idéaliste et mystique

142

C'est à tort que le rouge se trouve à la fois sur

sur

le cardinal,

le

bourreau

vraie couleur hiératique est

hommes,

et

et sur le soldat

pour

violet

le

l'orangé pour les femmes.

Le

la

:

les

vert,

étant à l'état dominant dans le règne inférieur de la

Nature, ne parait pas une couleur propre à la

vêture.

est

Il

monde

bien certain que les

sont des sots, puisque leurs seuls visages

pouvant avoir forme humaine,

l'éteignent par

Anglais, Semper, divise l'impression plas-

tique de

l'homme en trois éléments le le mouvement instinctif

piètement

ment

ils

blancheur du plastron.

l'éclatante

Un

hommes du

:

;

;

affectif.

Mais

la

ou le mouve-

stase le

principale règle de Taspect

pour l'homme vivant, comme pour la sera la périphérie du mouvement. Le salut

esthétique, statue,

qui ne prolonge pas son action dans tout

ne produit aucune impression de grâce

femme

et

:

la

qui serre la main avec aisance a déjà perdu

beaucoup de son prestige qu'elle

corps

le

s'estime

et n'étant

paraît, tout contact,

si

signification de faveur,

car, ne valant

;

que ce

estimée que ce qu'elle

minime

qu'il soit,

ou bien

prend

la banalise.

la

Puis-

qu'un retour est impossible aux formes décoratives,

sans un retour encore plus impossible aux

institutions

harmoniques,

et

qu'on ne saurait plus


143

ÏA KA'LOPROSOPIE être beau,

Dans

n'y a plus qu'à être distingué.

il

on rencontrera parfois

cette voie, suivant la raison,

cette beauté qui résulte de la parfaite adaptation

d'une forme à un emploi donné. La botte vaut esthétiquement mieux que

que

la

canne,

dentelle que

que

le feutre

le

linge.

le soulier, la

cravache

chapeau dur,

le

Pour ceux

et la

qui, point trop

superficiels, s'efforceront d'appliquer ces avis. une

indication les guidera

musées, dans

:

se filient le plus, et puis qu'ils

ils

leur

cherchent dans les

d'estampe, l'époque et la

les recueils

race auxquels

décident

qu'ils

:

goût seul dictera,

que leur

ce

audace peut emprunter aux anciennes parures,

pour une accommodation Il

n'y

a,

en

actuelle.

somme que

trois

contenances

:

dominatrice, équivalente à celle de l'interlocuteur, et déférente.

Plus un

homme

est qualifié

d'un autre, moins sa voix être durs et nets il

:

dans

les

et

le traiter

son geste doivent

rapports entre égaux,

faudrait laïciser l'onction

on doit

au-dessus

;

quant à l'inférieur

en bonté distante, puisque,

férieur étant celui qui

ne comprend pas,

l'in-

le

ton

condescendant changerait sa notion.

En le

est

thèse générale, la civilisation est basée sur

plus grand

nombre de

capable, et l'art du

réticences dont

dandysme

l'homme

se pourrait


144

l'art idéaliste et mystique

définir

par

la

:

différenciation

procédés

les

les

individuelle

obtenue

plus généraux.

ne faut décourager

ni les vers luisants,

ni les

chacun dans leur

office,

Maintenant, pour ceux qui, sans être une

entité,

Il

gens du

monde

:

ils

sont,

de petits ornements.

ont une demi-perception de

chercher à manifester, par

l'idéal,

ils

peuvent

l'allure, un caractère.

La femme a trois poses, dans le sens noble du mot le devoir, l'Egérisme, etl'érotisme. Pour l'homme, il y a trois effets à produire :

:

l'estime, la déférence, et la

sympathie.

Enfin, finissant ce chapitre, où je ne puis qu'in-

diquer une voie perdue,

possible à rouvrir, que

l'homme désireux de ne pas augmenter la laideur de ce monde, se reporte en sa recherche, vers les chefs-d'œuvre; et lorsque, malgré la livrée actuelle, il

aura conscience

d'un

rythme

tableau, sopie.

il

aura

de

dune

posture de bas-relief,

statue,

fait

à ce

d'une

moment

expression

de

la

de

kalopro-

Le commandement semble ironique, mais

une des conditions de

la

Beauté, a

dit

Baudelaire,

consiste dans la rareté, et celui qui n'est pas rare,

en quelque point,

existe-t-il ?

^


il

LA DICTION

Quoique

regard humain soit

le

spectacle de ce

de l'âme,

la

monde

le

plus beail

et l'expression la

plus vive

parole qu'on a voulu donner en prin-

l'homme apparaît, plus exacte-

cipal attribut de

ment encore que

tout

autre

truchement par lequel l'âme

manifestation, s'extériorise.

le

Les

choses que l'on dit ne valent pas seulement en elles-mêmes,

parler

empruntent de

une puissance,

intérêt, tère.

elles

Il

et parfois tout leur

un

carac-

y a de vilaines, et de belles voix pour

comme

thiques ou plaisir à

la diction

pour chanter

de répulsives,

;

il

et

en est de sympa-

quiconque a pris

une causerie de femme,

intonation»

et

non

à

d'obtuses

b'est

plu à des

pensées.

Le

dialogue d'amour 8e base entièrement sur l'inten* 9


L^ART IDÉALISTE ET MYSTIQUE

146

tion vocale.

Je te hais, je vous déteste

«

éclatamment

signifier

Texclamation

:

«

»

!

peuvent

de ces mots,

le contraire

Je l'aime, oui

»,

servir à

un

et cri

de haine. Plus l'émotion s'avive, moins

le

sens des mots

demeure.

Aux

conversations des raffinés, la sténographie

donnerait de perpétuelles antiphrases, puisque des paroles deviennent affirmatrices par la modulation vocale,

tandis que le: « oui

accentué d'une

»,

certaine sorte, signifie le: «non)). A-t-on assez

remarqué combien chanson

»,

le

proverbe

dans

se vérifie

le

«

:

Le ton

fait la

tous-les-jours de la

parole.

Le cer

trait d'esprit

et,

si

dépend de

la chaire

la façon

de pronon-

chrétienne de nos jours ne

réunit que les fidèles et jamais n'attire ceux qu'elle devrait surtout convertir, c'est que la parole de

Dieu

se trouve, depuis la

plus mal

mort de Lacordaire,

la

dite de toutes.

Oij est l'obligation d'apporter les soins profanes

aux matières divines laïque,

l'acteur

illustre partition.

se

?

Au

montre

théâtre,

temple

ce

l'exécutant

Les prédicateurs de

d'une

l'avenir,

dressés en une sorte de conservatoire homélélique, réciteront

avec des intonations,

scéniquement


LA DICTION apprises, les

l4t

Carêmes de Massillon,

les

Avents de

Bossuet, les sermons de Fénelon, les Panégyri-

ques de Fléchier.

Tout à l'heure, nous parlerons de l'éloquence

proprement

des énonciations de

dite,

envisageons d'abord Démosthène,

le

pensées

;

plus grand

il

n'improvisa jamais.

Le discours pour Ctésiphon,

aussi bien que les

orateur de la race oratrice

:

Phiiippiques etlesOlynthiennes, furent composés

par un écrivain, mais

A

déclamateur.

part

ils

le

furent prononcés par

banqueroute, qui a une valeur

la

un

discours de Mirabeau sur littéraire, toute

l'éloquence politique se résout, depuis

un

siècle,

en déclajnation, non pas étudiée, apprise, mais Gambetta, sans suite

Ceux qui ont entendu sont rendu compte du caractère

informe.

ânonnante,

se et

sans portée de ces improvisations

souvent victorieuses d'une résistance parlementaire.

Ayant dans

parfois suivi le Chevalier Adrien Peladan

les cercles

quoique peuple,

très

légitimistes

jeune,

me

du Midi,

j'ai

rendre compte

incapable de comprendre l'idée

pu,

que la

le

plus

contingente, hors quelques mots qui sont, suivant les

clans,

le Roi,

l'Honneur, la Patrie,

blique, l'Ouvrier, le Progrès, la

Réforme

la

Répun'en-


148

l'art idéaliste et mystique

tendait que la voix et ses modulations.

En somme,

l'orateur républicain ressemble au musicien arabe

tympanisant une chambrée,

et,

du

reste, les clubs

n'ont jamais vu que des succès d'attitude (Robespierre) et de voix (Danton).

La conversation féminine que les

exclamations, les hi

les

eh

Il

!

les

oh

!

les

ah

!

et

!

y a donc, dans

décide

le

maniement de

la voix,

un

instrumental et improvisateur qui

art à la fois

Au

n'a rien de significatif

plus souvent du résultat sur l'auditeur.

le

toujours l'expression du visage se soli-

reste,

darise avec l'intonation, et

apprenant à prononcer

scène de M. Jourdain

la

les

voyelles pourrait se

compliquer instructivement.

maniement de

la

Il

qualité

et

le

voix sont capables d'ajouter ou

de diminuer sensiblement d'un acte.

La

existe

l'eifet

d'une parole ou

une façon de parler à qui

y a une voix de charité, comme il y a une voix d'amour, comme il y a une voix de commandement, une autre de prière. Cette infériorité où était Jeansouffre,

Jacques

soulageante, caressante

Rousseau,

dans

silence

qui

il

ses rapports

noblesse, se retrouve chez tout

de

;

homme

avec

la

d'étude et

n'a pas cultivé la souplesse de

rintonation. Les récitatiis de Gluck et certains de


149

LA DICTION

Wagner peuvent presque

du chant

cesser d'être

et

devenir une déclamation rytlimée.

La musique

«

voix

que

dire

comme

musique.

la

A

comprend

art

la

eût été plus juste de

Il

mouvement

voix est un

la

ment de

qu'un mouvement de

n'est

Lamennais.

dit

», a

vrai

et

un instru-

dire, la

surtout

musique

l'harmonie

la

;

mélodie, malgré des règles semblables, une idenmériterait

technie,

tique

écrivain qui

l'appelle

le

du

l'épithète

même

perfectionnement de

la

parole.

Je conseille aux auteurs tragiques, livrer leur

œuvre

un

dans

L'actrice,

la

malgré

inepties,

s'est

ensuite

la

plus

parce

les

parfaites

intonations

ma mémoire aux mots eux-mêmes.

associées dans

soit,

j'éprouvai

déformaient

qu'elles

de

Ayant eu un admirable acteur

à quelques corrections,

rôle,

difficulté

avant

à la représentation

l'avoir parachevée.

grande

de ne pas

plus connue

et la plus fêtée qui

qu'elle joue, le plus souvent, des

vue attribuer une voix

d'or,

par

l'admiration publique.

Aujourd'hui que

du

leit

motiv

et

Wagner

de

la

loi

mélodie indéfinie, l'auteur

tragique peut concevoir

voix

a révélé la double

un emploi

que Racine a ignoré. Les

littéraire

de la

procédés du


150

l'art idéaliste et mystique

récitatif se

peuvent appliquer à

comme

formule psalmodique au

même. Une

la

la

déclamation, récitatif lui-

objection, qui s'étend à tout

superficielle

l'énoncé précédent, va surgir dans l'attention du lecteur

;

revendiquera

il

la

beauté du naturel,

l'horreur de l'afFéterie et s'écriera que j 'ouvre ^une école de grimace et de comédie.

Rien de ce qui mérite

nom

le

ne supporte

d'art

l'épithète de naturel.

par l'application

faut aider,

Il

dons

les

plus

vifs, les facultés les

Raphaël, certes,

doué

était

mis ces dons en activité

;

et

les

l'effort,

plus gratuites,

par quel travail,

a

il

poussés jusqu'à

et les a

l'excellence.

Ces belles voix

qui ont valu à tel

maçon

la

destinée d'un ténor illustre n'ont pas dispensé de

beaucoup de vocalises

et d'exercices

condamne un gymnaste

plus sylphide se

la

effroyables pour

du

violoniste,

du

pianiste

;

la

à des ;

sur

danseuse exercices

l'entraînement

un morceau de

concert épouvanterait d'autres que des paresseux. Si l'on est si

les il

peu doué,

on a de vives

il

faut

que l'étude supplée

:

que l'effort accomplisse. On apprend à marcher, à parler

y a

facultés,

il

faut encore

;

une gymnique de

la

beauté

comme une

de


151

LA DICTION

l'hygiène

après s'être

;

des muscles, on doit

fait

encore se faire des attitudes de parler

est l'art

;

et, si la

grammaire

correctement,

d'écrire

et

la

diction est l'art de parler bellement.

La modulation parlée

influe

sur les circons-

tances les plus variées.

La

Jeanne,

reine

entrant

dans

prison où

la

gémissait depuis dix-huit mois le prince François des Baux,

dès qu'il eut parlé, séduite

le délivra,

non par des rayons

d'équité,

mais par

les sonorités

de sa voix.

En

puissance, tout ce qu'on raconte des effets

du chant s'applique à oui, voilà

mes

burettes

!

Maury,

diction. L'abbé

la

en montrant ses pistolets

et s'écriant

»

:

«

Calotin,

dut son salut à

l'into-

nation et au geste.

Quiconque les fois

a

souvent parlé d'amour

que

sait

où on s'applique, modulant les expressions

tendres, on

donne un grand émoi. Quelle femme,

à l'Opéra, n'a souhaité entendre des lèvres de son

mari

les

mêmes

exquises inflexions d'amour

?

Or

paix du mariage, l'avenir de la famille et celui

la

même

dépendent de

de

la

les

époux parlent d'amour.

société

la

façon dont

L'incantation antique, qui balbutie encore dans les collèges initiatiques

du Maroc,

n'était

pas autre


l'art idéaliste et mystique

152

chose qu'un

distant également

art de dire,

du

parler vulgaire et du chant. L'intentionnalité de la diction fixe la volonté et l'affirme

:

ici

l'esthétique.

l'homme, de la

il

l'intérêt

le

Sur chacune de ces y aurait lieu à

ou

beauté optique

humaines la diction

;

traité

s'ajoute

à

trois faces

de

plus étroit

un

traité spécial, traité

l'art

des

apparences

de la Beauté sensible ou

mélodique

;

et enfin

l'art

de

matière noble par

excellence, traité d'élocution esthétique.


III

L ELOQUENCE ET LES SEPT MODES

A

oratortire on

l'a

je ne crois ait lieu

pas, hors

a

substitué le parlage,

du

prêtre,

qu'aucun

artiste

de monter à une tribune, c'est-à-dire à un

tremplin d'intérêts aux couleurs nationales,

ne vise

et,

ici

que l'expression de

la

— je

personnalité par

la parole.

La faculté de penser n'engendre pas fatalement celle

d'exprimer

penser

vite, à

« Si je

—à

:

pour bien parler,

propos

conserve,

et

il

faut pouvoir

devant témoins.

dit

Harmonide dans Lucien,

chaque harmonie son caractère spécifique,

l'enthousiasme au

au lydien,

mode phrygien,

la gravité

le

bacl.ique

majestueuse au dorien,

les

grâces à l'ionien, c'est à vos leçons, Timothée, que j'en suis redevable. » 9*


l'art idéaliste et mystique

154

Or ces modes sont applicables

au

discours.

L'impétuosité phrygienne n'a point sa place en

mœurs

nos

tout

;

s'y

costume

oppose, notre

d'abord. Aristote qualifie ce genre de terrible et

menaçant, Platon n'admettait que

nomme mode

divin

il

;

le

dorien,

« vers dorés » rentrent

le

régit la métaphysique, et

l'accent majestueux

l'idéologie,

Lucien

dans

penseur

et

les

;

cette catégorie et toute

pédagogie supérieure.

Le lydien employé pour noces de

Niobé,

attribué

constructeur de

semble être

le

Troie,

fois

aux

particulièrement

au

la

première

Amphion

et

rythme passionnel

pathétique tendre,

le

il

:

c'est le

vous plaira,

dire

Orphée,

et affectif, le

ton sentimental.

L'ionien correspond à la grâce, tuelle

à

même spiriGomme

de Marivaux ou de

la tirade

sur la

reine

Mab,

et

aussi le concetto.

Le lesbien exprime

la

magnificence

;

en ce mode

sont la cour, le règne, la personne de Louis XIV, et l'école

vénitienne entière.

Je ne pousserai pas l'archéologie jusqu'à recher-

cher

les

parallèles vivantes de Fhypo-Iydien,

myxo-lydien, car j'entends tuel.

les

modes

du

à l'intellec-

Je soulignerai seulement par des exemples


l'éloquence et les sept modes

pentagramme de

ces cinq catégories, ce

morales, Michel-Ange, Dante, plus souvent en

155 tonalités

Eschyle sont

mode phrygien. Au-dessous

au plan matériel, viendraient les Puget_, vage, les Ribera,

Tous

les

d'eux,

Gara-

Tintoret parfois.

le

philosophes

de pensée,

artistes

les

le

et

les

théologiens,

les

Vinci, le Poussin, appar-

le

tiennent au doricn.

Lamartine,

Racine,

Euripide,

Médicis relèvent du lydien

;

Vénus de

la

Watteau, Prudhon,

Corrège, Mozart, sont des ioniens.

Haëndel, Milton, Phidias, Titien des lesbiens. :

En

écartant le phrygien pour sa violence, et le

pour sa hauteur,

dorien usuels

le

:

moduler

et,

les

phrase

»,

;

le

modes

trois ;

le lan-

langage lesbien ou

Or, l'homme civilisé est celui qui peut

officiel.

même

reste

langage passionnel ou lydien

gage mondain ou ionien

aime

il

à une

trois intonations et

différentes

qui dira parfaitement

femme

fonctionnaire

:

«

;

«

je

vous aime

Je vous aime

»,

:

»,

d'une

«

Je vous

à

un ami;

à ses subor-

donnés.

Un

ministre en ses voyages ne songe pas qu'il

devrait être lesbien sur

dans

toasts

les

liqueurs

;

et

cependant

le

quai des gares, lydien,

concerts, ionien pendant les la faculté d'être vif,

aimable


l'art idéaliste et mystique

156

ou pompeux semble obligatoire au prestige de l'économie de toute existence.

la personnalité et à

La

profession d'avocat,

sur

le

mépris de la

loi et

immoralité basée

cette

des juges, puisque les cau-

ses les plus perdues trouvent des défenseurs, n'aurait

pas sa raison d'être, pour une certaine caste,

si

Une réforme possible serait de mémoire au plaidoyer déclamé les

elle savait parler.

substituer le

;

magistrats jugeraient sur des documents écrits.

Au

Cour d'assises ressemble à un théâtre de gros drame ou plutôt à une arène où le

lieu de cela, la

caleçon rouge,

noir, l'avocat

;

le le

procureur, lutte avec

le

caleçon

jury prononce, l'enjeu est une

tête, 11

a fallu

un bien grand mépris des magistrats

pour qu'on tempérât leur verdict par l'obtuse sensibilité des jurés qui, susceptibles de s'affoler

comme si

de s'émouvoir, atténueraient un parricide,

Mounet-Sully,

plaidoyer

tait

Vraiment, l'effort

:

il

faut

comédien pour

A la

un jour,

venait

déclamer

comme un

à l'église,

il

faut dédoubler

écrivain pour

le texte et

un

la récitation.

Chambre, au premier aspect de

dique, les

le

par un écrivain.

couteaux à papier

et les

style pério-

couvercles de

pupitre s'opposeraient, de tout leur bruit.


1S7

l'éloquence et les sept modes

La

parole est l'expression

Volonté

;

agit

elle

mieux imaginée

d'autant

et la

de l'idée et de la plus que

l'idée est

volonté chaleureuse.

Démos-

thène mettait son art dans l'action, c'est-à-dire s'adressait à l'âme et

convainct, magnétise il

pénètre

son

;

non à

l'esprit.

Celui

qui

par une électrisation subtile,

auditeur jusqu'à

le

déterminer

contre ses tendances. L'infériorité de l'éloquence la destine

aux

foules, et les foules sont bêtes, irré-

non pas considérées dans leur

médiablement,

composition, mais par leur caractère de foule. Si elles elles

ne sont pas malheureuses

et

deviennent odieuses aussitôt,

touchantes,

par l'excès

animal qu'elles portent à tous leurs mouvements.

Shakespeare

l'a

exprimé dans Jules César

et

Coriolan. L'orateur, idéaliste et mystique, serait celui qui

prendrait toutes

ses raisons de l'ordre abstrait et

providentiel, apportant des preuves d'infini en son

discours, et dédaigneux des individus et des faits,

Normes,

dans

sa

Est-ce possible, hors de la chaire catholique

? Il

développerait

les

en

action

matière.

s'agit

moins de savoir ce qui convient aux mœurs

d'un temps et d'un chose, ce qui

lieu,

que de rechercher en toute

équivaut à l'éternité

et à l'infinité*


l'art idéaliste et mystique

158

La mesure d'un mental dans

;

mais

si

qu'il

un accent de

donne de devient

Ridicule

l'expression.

subtile,

être est celle de son horizon

mesure

la

la

lui tient

pensée

terroir la déforme, si

un

défaut de la langue la bredouille. Paraître ce qu'on est, d'extériorisation

demande une grande force

paraître ce qu'on voudrait être

;

confine déjà à l'œuvre d'art.

humain,

L'être

se

considérant

comme une

matière pour l'œuvre d'art, arriverait à d'étonnantes réalisations.

Les arts ont leur date

et leur

climatérisme que

l'entêtement individuel ne dément pas. L'architecture

est

morte

et l'éloquence aussi.

Elle pourrait renaître dans la chaire, cela dépend

des directeurs de séminaires

dans

les

;

elle

ne paraîtra plus

assemblées politiques.

Mais il y aura toujours des êtres de foi qui voudront convaincre, et ceux-ci doivent savoir quelques règles.

La première condition de manquait

Quintilien, celle qui

àMirabeau, c'étaientles mœursoratoircs.

Une chose vaut

suivant celui qui

l'a dit.

L'art de

forcer l'attention consiste à contrarier son habitude

qu'on a donnée de soi précédemment l'homme grave qui soudain s'enflamme, celui plein

et l'idée

;


l'éloqitence et les sept modes

159

de vivacité qui tout à coup se solennise, frappent fortement l'imagination.

On

ne saurait évaluer la force d'une affirmation,

on ne

la produit dans la forme convenant au Le Bonaparte, en des congrès à diplomates compassés, avisait une précieuse potiche et la brisait à la moindre contradiction l'effet

si

milieu.

:

nerveux était obtenu sur les jugeant

le

assistants; ils cédaient,

corse indomptable. L'affirmation

daine présente une bien autre difficulté

siasme ou l'exécration produire aujourd'hui,

:

peuvent

ne

qu'au prix

mon-

l'enthou-

guère

d'un

se

prestige

personnel.

A

moins de fournir une carrière d'audace

prosélytisme,

il

ne faut pas dépenser

d'individualisme qu'on nous

fait,

le

et

de

crédit

ou bien on risque

de se perdre.

La qualité du personnage discours que son art de dire qu'il dit, vient

en tout dernier

Inconsciemment,

le

agit ;

plus dans

le

l'excellence de ce

lieu.

parleur s'étudie plus à frap-

per son auditoire qu'à se contenter lui-même ou plutôt,

une

d'autre

moyen de

par

fois,

la vérité,

en face du public

n'a-t-il

pas

se satisfaire que d'émouvoir

non

mais n'importe comment.

Notre éducation gréco-latine nous a leurrés sur


160

l'art idéaliste et mystique

l'éloquence

Bridaine, vains,

ils

on l'envisage esthétiquement,

si

;

Mirabeau étaient de pauvres

les

ne nous ont

laissé

les

écri-

que des cadavres de

discours.

A

considérer

l'art

pratiques, c'est

oratoire pour ses résultats

un magnétisme. Convaincre,

c'est

envoûter.

Un en

initié

bataille

parties

;

ne croira pas que ce soient

les

mots

qui luttent aux lèvres des adverses

pas plus que, dans un tournoi, ce n'étaient

les lances qui

se menaçaient,

mais

les destinées

qui s'affrontaient.

XXVIII.

ment

est

— V éloquence conùdèrèe pratiquel'art

toire et de lui

de fausser

imposer

la volonté

d\in audi-

la sienne, ce qui s'opère

selon les lois magnétiques^

par

des projections

nerveuses de la personnalité^ sous forme de parole.

Hors des premiers moments, on pourrait avec

une voix suppliante

et

des modulations assorties

plaider la culpabilité d'un assassin, et Si si

Démosthène connaissait

l'éloquence

l'action,

est

l'action,

cessons de

la

les lois

encore

considérer

le

sauver.

de son

et

art,

toujours

comme une

i


l'éloquence et les sept modes 'partie

161

des belles-lettres et mettons-la parmi les

musique

arts, puisqu'elle participe de la

et

de la

sculpture et qu'elle couronne la kaloprosopie et la diction.

A on la

une époque aussi pédagogique que est surpris,

au collège de France,

celle-ci,

comme

Sorbonne, du piètre intérêt des professeurs

manquent-ils d'instruction

?

non

:

manquent

ils

;

à

de personnalité.

Les grandes aventures ont été l'effigie

les

médailles à

d'un, qui était puissant devant le Seigneur,

comme Nimrod,

dont

le terrible profil s'enlève

vigueur sur la nuit des temps. de Bonaparte orateur, de parler,

le

lui

On

en

ne parle pas

qui n'avait pas besoin

fascinateur d'un peuple,

le

sorcier

aux cent milles grenadiers, ce vieux de la Montagne qui voulait, unis, et qui,

comme un

de son vouloir

tous les tigres de la jungle

instant, contraria par le seul poids les

Normes de

ce

monde. Arme

empoisonnée, levier de ténèbres, source d'aveuglements,

la parole

publique

et

profane n'a laissé

derrière elle que des ruines; et les Latins

sous

le

meurent

poids des paroles empestées qui vibrèrent

comme un

souffle

de mort, aux lèvres de Luther,

de Voltaire, de Jean-Jacques et des avocats de la

Convention,


162

l'art idéaliste et mystique

Quel silence majestueux sur

le

passé oriental

!

Ceux qui gouvernaient, recueillis et pensifs, ne nous ont laissé que des dates: leurs idées sont demeurées secrètes l'honnêteté sera

Pnyx, de

;

et

la

dernière

forme

désormais de ne jamais

de

aller

au

fuir l'Agora.

Que viendrais-tu dire au désert de la multitude demande l'égalité, ô thérapeute impuissant

qui

désormais, et qui ne peux plus que penser pour

ceux qui déraisonnent,

comme

ceux qui se perdent dans siècle.

la

le

moine

prie

pour

boue mouvante du


LIVRE

III

LE QUADRIVIUM ou

LES ARTS RÉALISATEURS DE LA REAUTÉ ou

EXTRINSÈQUES


i


LES ARTS EXTRINSEQUES

L'ECRITURE DES FORMES OU DESSIN

D'après

par

le

Bèreschit, l'Art aurait

le

dessin

;

les

Œlohim

commencé

apparaissent, projetant

leur ombre, pour élaborer la forme humaine.

L'Art

commence par

la ligne, cet

abstrait

!

J'arrive tout de suite au plus secret de la question.

Apelles,

Prologènes

venant exprès de Rhodes pour voir et

ne

le

trouvant pas, traça une ligne

sur un panneau blanc. vit-il ce

et

il

contour

traça

A peine

qu'il s'écria

:

Protogènes revenu «

un contour encore

Apelles est venu plus

»;

Mais

pur.

Apelles revint et redessina d'une façon incomparable et définitive. Pline

panneau fameux, Césars, sur le

ajoute qu'il a

très effacé,

mont

Palatin.

dans

vu

le palais

ce

des


166

l'art idéaliste et mystique

Or

ceci,

démontre

incompris de tous les peintres vivants, qu'il

y avait une initiation des Beaux-

comme une

Arts

restituer avec

On

des sciences

;

on pourrait

et

un peu de temps. effet, un mystère dans

en

sent,

qui ne peut résider ni dans

le dessin,

modelé, ni dans

le

la

la

perspective. Philostrate, dit

:

«

biographe d'Apollonius de Tyane,

Les premiers peintres de l'antiquité ont

peint avec une seule couleur et rien n'empêche

qu'on ne distingue dans de pareilles peintures formes,

caractères,

les

les

passions

Avec

les

un

crayon blanc, vous pourrez pourtraire un nègre la

de son cou,

le

Le dessin de

:

forme de son nez, de ses cheveux, de ses joues,

l'art

les

;

noircira à vos yeux.

est la seule partie

»

longtemps vivante

peintures du Pœcile par Polygnote

durèrent neuf cents ans

;

mais

si le

coloris parait

un élément qui ne peut rester stable, la ligne, demeure la partie immortelle du dessin.

— La ligne

XXIX. elle

est la

elle,

philosophie de VArt,

ne doit pas dépendre du tempérament de

Vartiste

;

la ligne est

dogmatique

micable théologie de la forme.

:

c'est

Vim-


467

L*ÉCRITURE DES FORMES OU DESSIN

Le

sensibles,

iont

graphisme des formes extérieures

dessin,

la

:

igné est

s'opère par ligne,

le

trois

modelé

et

procédés partiels qui

La

et le clair-obscur.

plan en largeur et hauteur d'une

le

'orme, quant à son profil.

Le modelé ;n saillie

est la

et

des parties d'une figure.

Le clair-obscur umière

mensuration en profondeur

sur

est la proportion

une figure

graduée d'une

un

ou

ensemble

de

îgures.

La

ligne en soi, aussi abstraite que l'alphabet,

l'existé pas

dans la nature

an idéogramme,

le

littéralement, c'est

hiéroglyphe qui pour

gence humaine traduit

lonc

;

le

monde

la partie la plus élevée, la seule

le la technie et

e reste appartient

le

au

l'intelli-

sensible

c'est

;

indépendante

génie se peut montrer

;

tout

formes n'étaient

talent. Si les

]ue des surfaces plus ou moins planes, la ligne suffirait

à les exprimer

;

mais

toute substance, occupent

les

formes,

un espace sous

comme les trois

iimensions. Voilà pourquoi cette définition seule i^aut

:

le

[ormes vivantes traitées par ie la ligne, Il

est

moyen

dessin est l'art d'écrire, au le

procédé abstrait

augmenté du modelé.

donc illogique de considérer

somme une

des

partie de la

peinture,

le

dessin

puisqu'il

la


l'art idéaliste et MYSTIQÛi

168

génère. Esthétiquement, le modelé

suffit

à expri-

mer les courbes et les rondeurs des formes. Le corps humain est la principale et devrait être la seule matière

le

L'homme ou microcosme ou macrocosme,

l'univers

sensible

;

que toute

il

incarne la synthèse de

il

semble, d'après

la création

dessin s'appliquât.

est l'apogée le texte

de

du monde la

Genèse,

animale n'ait été qu'une échelle

ascendante pour aboutir à l'homme.


ARCHITECTURE

L'Architecture duire la

la

arts,

ment

l'art

beauté par une sjccession

géométriques de

techniquement,

est,

réalisés, suivant les trois

matière. la loi

l'unité

produite par

;

et

plans

de

dimensions

Plus encore que dans

de l'unité domine

de pro-

les

autres

non pas seule-

convergence

la

des

parties vers l'expression dominante, mais encore

dans

la

conception

cet art était

mort

même. On et

a cherché pourquoi

on n'a pas remarqué

qu'il

agonisa du jour où l'individualisme devint la forme

de l'inspiration. Le l'étalon

monument

des mesures

qui apparaît sous

du patési Goudéa,

avant Jésus-Christ, date

la

4000

plus ancienne de la

construction esthétique, est venu mourir et cher-

cher une sépulture dans la

Loire.

Quoique

les

les palais

châteaux

à

des bords de

briques

de


l'art idéaliste et mystique

lIO

Louis XIII,

colonnade de Perrault au Louvre,

la

hôtels

certains

mention, Tart

du

le

finit

où ce ne

jour

nommé

personnage abstrait

méritent une

siècle,

xviii®

roi qui se

fut plus le

commanda

demeures, mais l'homme passionnel sous

des

la

couronne, qui voulait des relâchements à sa fonc-

Anet a

tion.

pourquoi

le

été élevé

pour une femme,

grand Art touchait à sa

nerveux ne mérite pas de temple, que

les

hommes

autres

et les rois plus

grandes expressions ne conviennent point

les

aux

petites matières, et qu'il

marbre

et la pierre

ne sied pas de déranger

pour abriter des caresses.

Victor Hugo, qui tout offrit

et voilà

Le frisson

doivent n'oublier jamais

que

le

fin.

long de son œuvre

le

des effets en place d'idées et colora la méta-

physique par des jeux d'aqua-fortiste, a cru formuler

une

clarté en disant

monument,

d

Non,

fanatiques pour

le

:

«

Ceci, le livre, tuera cela, le

le livre,

au contraire, crée des

monument

qui, lui, garde sa

signification propre, à travers toutes les mutations civilisées. la

Mais

le

monument ne

peut refléter que

dominante d'une époque, une communion.

Le monument incarne d'un

lieic,

et

il

la

moyenne

est bien certain

rindustrie incarnait l'âme

que

le

moyenne de

des

âmes

Palais de Paris. J'ai

déjà dit que l'individualisme ne pouvait rien en


171

ARCHITECTURE

rarchitectonique. Les Gustave Moreau, les Burne Jones, les Watts, ont puisé, en eux-mêmes, un art

étranger à leur siècle, Ingres, à une époque de pantalons, a su retrouver parfois

Tandis que

les autres arts

rayonnement par

nu antique.

le

du dessin continuent

la personnalité,

le

l'architecture,

produit de l'âme générale, ne relève, depuis cent ans,

que de

si

la gare,

pu engendrer sa forme n'est pas un hangar, on y cintre romain et le pilastre

particulier, n'ait

expressive

:

lorsque ce

voit, ô insanité, le plein

grec.

que

N'est-il pas extraordinaire

truction.

ce lieu

ou de l'entreprise de cons-

la bâtisse

D'où vient que

les activités

de la pensée se

sont conservées, sauf une seule? Avec des intermittences, la civilisation a toujours pu continuer les

modes

expressifs, sauf

un

;

enfin,

malgré

les

prodigieux éléments de comparaison et d'étude

que l'archéologie nous a

royal, l'hôtel

munale Paris,

livrés, nul

un monument. J'abandonne

surgir

;

de

ville,

ne peut

expression de la vie

com-

en présence du nombre des paroisses de

du nombre des paroissiens qui

tent, et

faire

le palais, lieu

de la place que

le

les

fréquen-

catholicisme tient encore

dans nos mœurs, je ne peux pas dire

qu'il n'y a

plus d'églises esthétiques parce qu'il n'y a plus

de

foi, et la

seule explication la voici

:


l'art idéaliste et mystique

172

XXXI, La loi absolue du monument est Vunité, mais dans cet art Vunitè n'est pas produite par l'individu comme dans les autres, il faut qiCelle résulte de la "tnoyenne animique.

Le métaphysicien, ne s'occupant jamais de inférieur, parce qu'il ne lui présente

tômes

amoindris,

coutume

a

d'après

l'individualisme

temps à

d'une

époque

de

même

la

inintéressant, la

dévote,

qui,

la

formule moyenne

l'état

colossalisé,

sont

la

bourgeois

les

caricature

des

époque. L'individualisme

génies à

l'état

mais dynamique, se retrouve chez

chez

notaire,

le

même

chez

l'officier

en dehors de son service, s'exprime librement.

Les dévots ne sont plus qu'ils étaient, car le jour

ne sentent plus

ceux

concevoir

de

l'individu d'exception.

Mais l'exception n'étant que d'un

l'être

que des symp-

d'en

le

magnifique troupeau

où ceux qui commandent

douleur inquiète du pouvoir,

la

bas perdent aussitôt la

notion

des

douceurs de l'obéissance. Autre cause de l'ignominie des églises actuelles, presque exclusivement

la

femme

et les abaisse à

les

peuple

son image.

Voyez les pauvretés esthétiques qu'édifia Louis II, de sainte mémoire

sommes

;

voyez même,

puisque nous

en Bavière, le touchant effort de Louis

P""


173

ARCHITECTUBE

désespérant de trouver des architectes,

qui,

Rome

copier les palais de

même

et

de Florence

Makart

projets insensés d'un

les

;

fit

voyez

et

d^un

Tracksel.

Une plus,

dissertation sur

un

contemporain n'a

inutile. L'architecte

est

ne créera

art lini et qui

encore qu'une raison d'être: celle de prolonger, par tous les moyens, la durée du legs antique

;

quanta

ses propres élucubrations, qu'il les rentre

incohérences

des

Eût-il

indignes de voir la lumière.

du géuie,

d'un temps seule pourrait

Qu'il soit

théâtre et

du metteur en scène, éléments avec

dernière remarque

de

Montereau,

venus vers nous

:

qu'il

la fatale

et ;

combine

utilité

les

Une

!

l'architectonique est l'art qui

moins de noms

le

le

un émule du décorateur de

féconder.

nous a légué

une

restera impuissant, en

il

matière où l'âme

classiques

comme

;

Ictinos, Pierre

quelques autres

en revanche,

la

seuls

sont

moindre bâtisse

de nos rues est signée, mais plutôt, je l'espère

pour

la

confrérie,

en une adresse commerciale

qu'en prétention esthétique.

Goudéa

est art

qui les détournait

même

plaît d'attribuer

une conscience particulière de leur

aux grands architectes, dont l'ancêtre,

Il

titre

que

le

de

le patési

produire leurs

noms au

sculpteur ou le peintre.

Ils


l'art idéaliste et mystique

174

savaient sans doute que leur

œuvre

véritable auteur telle date de telle

Un monument, maison d'une

le

avait,

en

tel

pour lieu.

pentacle d'un cycle, la

c'est le

idée,

foi,

temple d'une aspiration.

Or, les périodes harmonieuses sont finies, l'évolution intermittente et morcelée ne produit plus

que des incidences manifestatives puissance

et

;

il

n'y

a en

en acte, que des idées fausses sur

tout l'Occident, et les aspirations n'ont plus assez

de hauteur pour devenir monumentales. L'art, c'est

la

queste de Dieu

l'espérance de s'est

le

;

trouver; et

dissociée des

le monument naît de comme l'âme moderne

grands courants qui vont

viennent du divin au mortel,

le

et

peuple qui n'a

plus de religion d'Etat, n'aura plus d'architecture.


Il

LA SCULPTURE

La sculpture

est l'art

formes vivantes les

et,

de réaliser en relief les

plus spécialement, de réaliser

formes humaines, sous

dimensions de

les trois

la matière.

Cet si

art, difficile à sentir,

malgré

précises de sa manifestation, a

autres.

Si

nous demandons

à

les conditions

dû précéder

les

l'ethnologie le

résultat de son enquête, elle

nous montrera chez

sauvage, la calebasse,

récipient du liquide

le

comme

la plus

primitives.

La

le

permanente des manifestations trace initiale d'industrie

humaine

apparaît sous forme de débris céramiques.

Esthétiquement,

les

découpages au couteau des

Océaniens, pas plus que leurs tatouages ne concer-

nent

l'histoire

de

l'art.

La sculpture naquit de

la


176

l'art idéaliste et mystique

religio\i

dire

représenter le Dieu), c'est-à-

a fallu

fil

du temple,

et le plus

ancien spécimen est ce

bas-relief de Sirpoula au Louvre,

où une harpiste

accroupie frôle des doigts les cordes de son instru-

ment, On peut hardiment attribuer, à quinze cents ans avant Goudéa, cette figure. Il

serait

difficile

de préciser,

si le

bas-relief

précéda la ronde-bosse ou vice-versa, mais aurait

de

lieu

des

arts

rent

de

montrer

véritable

assyriens,

égyptiens, tant

la

précédè-

qui

de siècles les statues grecques.

Soit dans la conception hiératique de soit

dans

le

naturalisme assyrien,

art inimitable, en

Nimroud

a

certaines

y

il

artistique,

gloire

il

les

un

race de

grands

sublimes taureaux

Pour rendre à ces

qu'elle vénérait.

l'Egypte, a déjà

La

parties.

prodigieusement exprimé

félins qu'elle pourchassait, les

leur

il y grandeur

faudrait

civilisations

entrer

dans

l'archéologie proprement dite, et au point de vue

de l'enseignement,

précéda

et

art statuaire

Quel

Grèce l'emporte sur ce qui

que nous développerons en exemple.

était ce

a parlé, qu'on l'architecte

la

sur ce qui suivit, c'est l'histoire de sa

Dédale de Knosse dont Pausanias fêtait

à Platée et à Olympie? et

du labyrinthe crétois

de ces mythes que

les

n'est-il

pas un

Grecs se plaisaient à placer


177

LA SCULPTURE

ians

nuit

la

primitive ?

lonner des modèles le Tart,

il

Comme

de

s'agit

il

non de décrire l'évolution

et

faut d'abord préciser en quoi la sculp-

ure grecque a mérité sa place canonique. Elle a

m

borner, dans ses chefs-d'œuvre, au corps

se

lumain

;

elle a

mis dans

sion périphérique

de jeunesse

vision

les trois

La

;

le

n'a jamais

elle

et

humain

corps

de force

;

de

l'expres-

failli

là,

à,

une

découlent

arcanes primordiaux.

statuaire est l'art d'exprimer

mouvement du

corps. Ce

bar

le

être

répandu dans toutes

enfin, la figure doit être

d'apothéose,

un

état

d'âme

mouvement

les parties

de

doit

la figure

;

conçue dans une formule

c'est-à-dire de jeunesse et de force.

Ce qui rappelle l'enfance ou

fait

songer à

la vieil-

lesse se trouve antiplastique.

La Renaissance, pour compenser son

infériorité

dans l'expression périphérique, essaya de reporter,

comme effort

la

peinture, sur le visage, le plus grand

de signification;

et

il

n'est pas

douteux que

œuvres de Donatello en débris ne nous donneraient pas cette impression qui rayonne du les

moindre fragment de

la belle

époque ionienne.


III

PEINTURE

La peinture

est cet art, amplificateur

qui ajoute, à la ligne

analogues le

coloris

à

et

la réalité.

n'est

au modelé, Donc,

du dessin,

les

couleurs

esthétiquement,

qu'un surcroît, admirable sans

doute, d'expression,

mais qui ne

constituer la Beauté

d'une œuvre. Ingres disait

que

le

suffit

jamais à

dessin est la probité de l'artiste, parole

relative,

comme

si

présence réelle est

on le

affirmait

que

la foi

à la

moyen d'une bonne com-

munion.

Le premier point de

la

peinture, c'est-à-dire de

la couleur, c'est le clair obscur.

Le clair-obscur est

la

proportion graduée d'une

lumière sur une figure ou un ensemble de figures. Etant donnée une figure,

c'est-à-dire l'espace


179

i>EINïURE

occupe en hauteur

qu'elle

ciser ses

creux

et largeur,

et ses saillies,

il

pour pré-

faut déterminer

comment elle se comporte, par rapport à la lumière. La Joconde qui fut, au dire de Vasari, éclatante des couleurs de la vie, se voit aujourd'hui incolore et

ne produit plus que des

mais on

est

de clair-obscur,

nom

convenu de donner ce

violent de

parti-pris

effets

l'éclairage

Rembrandt, et déjà constitué dans

à

« le

un

chez

fréquent

Précurseur»

de Léonard.

La lumière de

la

ment

c'est-à-dire indépendante

diffuse,

scène qu'elle éclaire, appartient exclusiveà la peinture murale.

Elle s'emploie lorsque, les figures d'une sition étant

compo-

d'une importance équivalente,

il

n'est

pas permis d'en sacrifier aucune pour en souligner d'autres, exemples

:

l'école

du Saint-Sacrement. Rembrandt, qui est

d'Athènes

et la dispute

loin de présenter à la criti-

que des œuvres orthodoxes, a du moins manifesté

une

loi

La

de

la peint. ire.

figure la plus

qualitative se trouve la plus

éclairée,

ou mieux

encore

devient

elle-même

l'élément

la

figure

principale

lumineux

de

la

tout

à

composition, Ainsi,

sauf cette restriction indiquée


l'art idéaliste et mystique

180

qu'on ne doit pas abandonner à l'ombre

l'heure,

quelques-unes

comme

des

par exemple

entre

égales

figures

elles,

apôtres d'un Cenacolo

les

— dans une apparition divine,

c'est

Dieu qui doi

éclairer.

Depuis latin

d'employer

a cessé

lumière,

comme moyen ayant

peintre,

influence de Manet, Fartistt

fatale

la

arbres, a vu

déshabillé

un modèle sous

les

comprenant pas que du

ombres portées du

le

des

feuil-

nu esthétique s'indépenqu'il

tableau tout ce qui contredit la

La perspective

fan

beauté

est l'art d'exprimer la distanc(

respective entre plusieurs objets. Elle n'a pas

mêmes

1<

a reproduit avec soin cette laideur, nt

il

danlise de l'action atmosphérique et rejeter

de h

distribution

une peau grenue de chair de pouh

marbrée de noir par lage, et

la

expressif. Niaisement,

lois

au pictural

Picturalement,

elle

et

au

est

les

linéaire.

basée sur

ce

qu'oi

appelle le point de fuite de la couleur, c'est-à-dir^ le

point où un ton décroît en sa nuance mineure

c'est-à-dire

diminue

Le coloris

d'intensité.

est cette

partie de la peinture

donne à chaque objet sa l'harmonise

suivant

une

teinte

qu

vraisemblable e

dominante

qui

doi"

produire une impression d'optique sentimentale,


Î8i

PEINTURE

môme à la distance où les lignes ne paraîtraient On a pris Thabitude d'appeler coloristes ceux

pas.

qui n'avaient pas de dessin, et dessinateurs ceux qui paraissaient

que

le

manquer de

coloris.

La

vérité est

Titien ne peut être loué pour son dessin

d'une extrême négligence, que Rubens incarne la vulgarité :

pour

et,

les

monter à

ce plan où

coudoient indûment les grands Florentins, fallu s'entraîner sur des mérites

rieur.

N'oublions jamais que

expressifs, ont la beauté ture,

comme

son sentiment, selon

non suivant sauf dans

le

il

les règles

même

modes

qu'en pein-

et

s'agit

d'exprimer

sans doute, mais

goût de quelques-uns. Poussin,

Déluge, s'accuse un piètre coloriste

le

bleus de Le Sueur font souiïrir

les

a

d'un ordre infé-

les arts, ces

pour but,

en littérature,

ils

il

dans

la

;

la rétine, et

Bibliothèque des Députés,

il

y a

chez Delacroix des taches dissonnantes. L'éclat, qui ne convient pas à

un Jugement Der-

nier devient une faute égale dans les crucifixions

de Rubens où traînent toujours de rutilants plats de cuivre

des chiffons vermillonnés.

et

La touche de

la

et les

a des lois, n'en déplaise

aux capitans

brosse et aux badauds qu'ils rassr!nbîe'.nt

manières

les accents

« strepitosa » elles

;

coups de pouce,

de vigueur etlapastosita Devaient pas il


l8â

l'art idéaliste et mystique

plus que

gascon ou marseillais

l'accent

répugne aux clowneries

tout

cas,

:

;

l'art

il

veut

non pas étonner.

plaire et pénétrer,

En

aux gamineries

et

si le

sabrage du pinceau se sup-

porte dans les draperies et les formes secondaires, dès qu'il s'applique au corps

devient imbécile

il

et à la figure

La ne

humaine.

trace de la touche su7^ le visage

doit

Rembrandt demanderai têtes,

humain

pas être perceptible à Vœil.

:

Halz vont protester, mais je leur

et

à

l'un,

sans son

que deviendraient

ce

de

parti-pris

supporte l'empâtement;

et,

clair-obscur

à l'autre,

s'il

ses

qui

a jamais

peint autre chose que des visages d echevins, des têtes de

marchands.

Cette part de l'humanité qui offusque les

du Musée de Haarlem,

rencontrer, ni vivre avec retenir ce principe

la

Or, qu'on daigne

elle.

:

Ce qu'on dédaigne dans de

murs

on ne souhaite pas

la vie,il le faut rejeter

l'art.

Et

c'est

le

moins

ces cauchemars

;

:

bourgeois

prétexte, on l'appelle )îOîî

à peindre

i

pourquoi

le

et

fixer ces ennuis,

truands.

Il

y a un

pittoresque, qui signifie

pouilleux de MurillOj idiots de


183

î>ËmtûtiÈ

voyous de

Velasquez,

Manet,

bohèmes

Courbet,

de

et ce qui a suivi.

Si les artistes

contemporains aimaient

l'homme de Medan

pas osé

n'eut

Gomment un

doctrine.

ignorant

la beauté,

risquer

de

sa

cet acabit

pu, sur sa parole fantaisiste, déchaîner un

a-t-il

courant de vulgarité, qu'il a fallu Wagner, un

tel

archange, pour déblayer

On

peut

dans

lire,

L'homme

;

X*,

de l'Artiste^ un

l'ineptie

contemporaine.

de Medan, critique d'art

des joyeusetés

Arts

fumier de cet onagre.

Une nouvelle manière de peindre,

article intitulé:

pour mesurer

le

la collection

;

et

l'homme

Sylvestre, inspecteur des Beaux-

directeur

!

Celui-là,

il

ne faut pas

le

nommer

par son nom, car

donné

la

peine d'entrer dans les bureaux, et gou-

verne

l'art

il

n'a rien fait

:

il

s'est

français sans étude, sans compétence,

sans l'ombre d'une garantie.

Une

telle

administration

absurdité que par la

abandonnant sage ces

l'art

n'est

en

dépassée

production de ce temps

officiel

et

choses sans nom,

;

récompensé, j'envisans

dessin,

sans

demi-teintes, sans modelé, sans perspective, sans

forme, qu'on exhibe impunément. Cela s'appelle

impressionnisme ou symbolisme, dans naux, et démence pour

les jour-

les êtres raisonnables,


l'art idéaliste et mystique

184 Il

y en a

mateurs,

même

qu'eussiez-vous la

qui osent s'intituler les défornobles Grecs,

et d'autres les tachistes.

proportion

dit,

sainte

en voyant ces fous bafouer et

de leurs

s'enorgueillir

ignorances, bien mieux les ériger en théories

!

Et

vous, Génies de la Renaissance, vous ne supposiez

pas que

le

clair

cette constante

^

fresques, deviendrait

lumière de vos

synonyme de

la

rue

et

des

pires truandailles.

L'un découvre le chiffonnier

l'autre,

le

le

égale

beau caractériste par lequel plastiquement Lohengrin

;

ton local, qui réduit la peinture à des

juxtapositions d'affiches neuves.

Les anarchistes opèrent depuis longtemps dans le

domaine esthétique

rialiste

;

mais une époque maté-

ne s'aperçoit du danger qu'après son

éclat.

l'homme d'en bas n'était pas Qu'on y pense entré dans le roman et dans le tableau, il n'eût :

si

pas osé lancer ses bombes.

93 a

commencé par

des idées fausses.


IV

DE LA COMPOSITION

XXXIII.

— U ordonnance ou

la réalisation

d'une idée, par

composition est

formes

les

et le

clair-obscur.

Le dessin phonétique,

est Fécriture plastique, elle sert

La peinture par des

comme

la

au lyrisme aussi bien qu'à

l'anecdote, au sublime

principes de 89.

et

comme

d'histoire

trivial.

est fille des

La prodigieuse

ambitions

au

d'avocats

immortels

idiotie, commencée

et

finie

par des

concupiscences d'assassins, communiquées à tout

un

peuple, frappa, l'entendement toujours un peu

féminin des

artistes,

de stupeur

rencontres épouvantables ne

;

et,

comme

comportaient

ces

pas

d'explications en leur énormité, l'événemenij le


l'art idéaliste et mystique

186

invasion dans

fait fit

l'art.

On

vit

dans

l'histoire

Au

des gestes isolés de l'âme qu^ils exprimaient.

Panthéon,

nous

extrêmes de

la question.

d'abord

trouverons

deux

les

Jugement du F eu àçiM..(ldihdinQ\ quelquefois le privilège des membres de

Voici d'abord le (c'est

de garder après la mort cette désinence

l'Institut

qui les rend, malgré leur effort, àce tout-le-monde

dont

ont

ils

au

peintre,

réverbéré l'âme

lieu de voir l'être

formes d'une époque,

mêmes de a

il

fait

cette

Le

humain sous

les

que

formes

les

époque dans leur insignifiance

l'image,

cadre précis

n'a noté

inexistante.)

les

au

lieu

;

en un

de restituer

sentiments constitutif de

l'être

humain. Sur ces mêmes murs, Puvis de Chavannes a peint la vocation de sainte Geneviève.

Il s'est

peu

occupé de savoir l'exacte broderie convenant à saint

Germain d'Auxerre,

ni

de rechercher quelle

espèce de bure les bergères de la banlieue de a

vu

vu

la

consacrée dans

le

Paris employaient pour leurs vêtements.

un

saint bénissant

même

perfection

une sainte future chrétienne

;

vieillard, balbutiant encore chez l'entant

calement,

il

a orchestré ses autres figures

un accompagnement ému aux deux

Il

a

il

;

musi-

comme

significatives;


187

DE LA COMPOSITION

sous

enfin,

formes sans date,

des

a réalisé

il

d'admirables expressions d'humanité.

Chaque

fois

que, ce qu'on intitule

tableau

«

:

une simple occasion plas-

n'est pas

d'histoire »

tique de traduire l'âme

humaine en son

qu'une chose relevant de

principe,

il

ne reste

et

en aucun cas de l'esthétique. Le plus éclatant

de tous

tableaux français,

les

la librairie

plus vénitien,

le

assurément, l'Entrée des Croisés à Constanllreprésente moralement l'apitoiement

no'ple,

brillant

vainqueur en

vaincu.

Ces chevaliers, beaux

de

face

la

du

du

détresse

comme

des héros

féeriques, sont près de se dire, en voyant quelles

nobles infortumes embarrassent coursiers, qu^ils auraient

armes

destin des coliser sentir

en eux

si

Delacroix^

féodales, lassées de leur

darde,

il

rêve,

trahis par le

et cette réflexion suffit à

l'ivresse

du triomphe

même burg

et

mélan-

et à faire

Au

cuirasse.

la

par une archéo-

logie soigneuse, n'avait représenté

un pays de

pas de leurs

le

être

cœur chrétien sous

leur

contraire,

;

pu

que

les brutes

accourues, dans

pour opérer leur aventure sou-

n'aurait

pas

fait

oeuvre

lyrique

:

il

aurait été peintre d'histoire.

Des modes de est la plus

l'imbécilité,

la

forme historique

insupportable, autant par

le

cauche-


188

l'art idéaliste et mystique

mar

impérial qui la détermina, que par le côté

mnémonique,

puéril et scolaire, de ces représen-

tations.

D'après cette idée, juste en rituel

pour condenser l'âme d'un avec

dèrent,

que

moines,

laïcisation

la

déesse et qu'il la

vant rien qui

les

de

humain,

fallait

la

ils

pourchas des

le

fini

qu'il

à leur image;

réverbérât

Tégoïsme national,

On

collectif, ils déci-

et

dieux avaient

les

l'entendement

sur

un

soi, qu'il faut

leur règne

une

fallait

ne trou-

et,

eux-mêmes autant que

inventèrent la Nation.

a reproché d'avoir écrit, dans l'ostracisme

peinture militaire, « sauf la chouannerie

Certes,

les

Chouans avec

».

leurs sabots, leurs grè-

gues, ne s'accordent pas avec l'idéal plastique

mais

comme

défenseurs de

ils

ils ils

la

;

furent, par la date, les derniers

Vérité et de la Raison,

comme

furent les derniers fanatiques du Catholicisme,

appartiennent

à

la

peinture

annexe des Acta Marlyr-um, pour Dieu

:

ce

sont non

religieuse,

ils

sont

en

morts

des soldats, mais des

confesseurs.

La

loi

opti(}ue

optique du théâtre est la

même

que

la loi

du tableau, non pas au physique, mais

au métaphysique. L'illusion, sur laquelle se base le

plaisir

esthétique, exige ou

l'abstraction

du


DE LA COMPOSITION

costume,

le

La

veut

règle

peut

forme noble avec

recul

;

d'aspect

que

or, je défie

odieux que celui de

ne

qui

pas

soit

que l'on fasse un

Le costume de

des fracs.

ne

vitrail

le

de vêture.

et

forme

toute

par

traduire

se

ou l'imprévu des formes,

draperie,

la

c'est-à-dire

489

chasse,

vitrail

moins

ville, et certaines toilettes

femme peuvent donner

de

lieu à des tableaux,

jamais

à des statues. Le pantalon, la redingote et

le frac

ne peuvent sous aucun prétexte entrer dans statuaire,

puisque,

la

statue

l'art

ne signifiant que

XIV lui-même fut raisonnablement traité à l'antique. En vertu de cette affirmation de Wagner que « l'art commence comme

Louis

apothéose,

finit la vie »,

en vertu des progrès de l'instan-

tané, rien de ce que

donne

TArt. Or l'objectif donnera

l'Embarras de voitures,

En

ne relève de

l'objectif, :

le

Carreau des Halles,

etc.

outre, l'Art étant basé sur la signification

banni toute forme

des formes, l'époque qui a significative

s'est

volontairement exilée de

représentation esthétique. Les êtres

et les

la

choses

contemporaines, ne seraient-ils pas vulgaires en

eux-mêmes, de

ils le

deviendraient par

leur transposition

Qu'on se reporte à

sur

le

le

seul lait

plan émotionnel.

la dissertation

sur la kalo11'


l'art idéaliste et mystique

190 prosopie

;

j'y

ai

démontré que

le geste

animîque

devenait impossible avec nos modes; enfin,

veut une preuve plus absolue,

comparé va réciter

la

d'Oreste

si

l'on

critique d'art

L'homme en

fournir.

fureurs

les

la

frac peut-il

discours

les

et

d'Auguste? La femme en corset peut- elle égrener la plainte

harmonieuse d'Iphigénie ou

Eh

plaidoyer d'Esther? Non.

le

touchant

toute forme

bien!

incompatible avec la tragédie s'avoue incompatible

Je

avec

grand Art, qui doit rester tragique.

le

n'entends

continuant

le

pas

même

oublier

siRosalinde,si Desdémone, si

en chignon,

d'être

neutre,

d'être

;

grâce

Il

est

c'est-à-dire

mais

Titania, je

si

en crinoline,

waterproof, en yachting.

l'expression

la

mais,

;

demande

sont possibles en corset, en

Yseult, Sieglinde

pouf,

ici

procédé d'examen, je demande

il

contradictoire,

est

en capote, en

permis au vêtement

de

ne pas

aider

à

défendu au vêtement

c'est-à-dire

de démentir

l'expression.

Les

dessinateurs

d'éphémérides

ont

tiré

meilleur parti de l'élément contemporain

;

le

les

femmes de Gavarni, son Thomas Vireloque, sans aboutir

au typique

représente,

passagères.

valent Il

et

à

comme

l'abstrait

analyse

de ce des

qu'il

formes

faut ajouter que son chef-d'œuvre.


EE LA COMPOSITION

le

Débardeur, ou plutôt

la

que Félégance du chahut

191

Débardeuse, n'incarne et

;

Th. Vireloque,

gâtisme de Vautrin. Je défie que l'on

cite

le

une

œuvre de forme contemporaine qui

résiste

au voisinage, sur un mur de Musée. La

même

seule

aberration qui

fait le

public complaisant au veston

delà pièce moderne pousse l'être incultivé à rechercher dans

l'art

l'image de sa propre bassesse. La

moyenne présente

classe

cette

maladie du goût.

Seul, le peuple désire des mousquetaires, sinon

des héros

;

il

va à l'Ambigu,

Palais-Royal; et en cela

de l'esthétique que grossière

du mélo

le

le

et le

bourgeois au

peuple s'éloigne moins

bourgeois. Cette morale

se rattache encore à

l'idéal,

tandis que les mots à double sens et les vives

le

augmentent

de genre

des théâtres

scatologies

fumier moral du spectateur.

Le

portrait est la forme limitrophe entre l'art

du dessin

et

l'idéal,

susceptible d'être élevé jus-

qu'au grandiose, capable aussi de ne témoigner

que du métier.

Comme

la

fortune tombe de nos

jours aux mains les plus basses et n'y reste pas assez longtemps

trouve

la

pour

les

laver,

le traitant

seule gent portraicturale.

Or

il

se

serait

bien fâcheux que les musées de l'avenir eussent à

conserver

et

à étaler des trognes, par respect pour


192 le

l'art idéaliste et mystique

beau procédé employé. Vivre

condition d'œuvrer

chicaner

sont eux qui

;

sur

l'artiste

première

choix de ses modèles

le

ce

:

ce n'est pas lui qui

choisissent,

le

est la

donc absurde de

serait

il

les élit.

Sur Rops,

la

foi

de quelques Millet et de quelques

on admet

le

genre rustique. Si

est peint avec vivacité,

n'éveille

lement

que

instincts

le

paysan

bien paysan,

ou avortés, ou dégénérés. Quand

la terre n'est pas

têtus,

il

un ramassis de bas

ne présente que

confus de l'humanité;

et

comprendra pourquoi

les caractères

qui a vu de vrais bergers,

les

bergers d'Arcadie sont

admirables, pourquoi Théocrite et Virgile

rendu

la

nature,

façon

plus

réelle

Copier les

Il

la

MM.

que

Poussin,

ont

d'une

Breton, Langée.

sueur sur

le corps,

rapiècetages de fonds de culottes

de Bastien-Lepage, Raffaëli,

que

ainsi

déteintes de la

comme Millet, les M.

il

cette sorte de pitié qu'inspirent éga-

les êtres

l'homme de

et s'il est

les

crasses

de

banlieue de

témoigne d'une véritable aberration.

n'y a qu'un art dans tous les arts, l'allégorie,

représentation

d'une série de

la

faits,

plus

synthétique

d'idées

;

possible

on a vu depuis dix

ans la sculpture saisir la pelle,

la

pioche,

la

charrue Ce qui nous a valu, au lieu d'Hercule,


193

DE LA COMPOSITION

des voyous

;

au lieu de Miion, des décharnés; au

lieu de belles

anatomies, des sabots qui escamo-

tent les pieds, et des bourgerons plus

à modeler que des torses

sous

le

l'ignorance se dissimule

costume.

Lorsque

comme la

;

commodes

la peinture

d'histoire fut

intronisée,

des dimensions contraires à

elle exigeait

vente d'une époque aux petits appartements,

on

la réduisit à des

ce

qu'on appelle

l'homme

qui

proportions de tableautin

genre

le

reçut

Meissonnier,

fut.

l'épithète

et

d'incontestable,

arriva à persuader les niais, que la distance où se

trouve placé un militaire n'influe pas sur bilité

du numéro de

lettes, ainsi

que

les

lois perspectives.

artistes vivants.

mère Gigogne, raffinés,

ses boutons, et

que

la visi-

les aiguil-

brandebourgs, échappent aux

Sa cote dépassa celle de tous

les

De Meissonnier, comme d'une sortirent des séries de reîtres, de

de marquis, ce qui correspond, en plus

propret, aux figurants de théâtre. Là, l'intérêt, ne

une certaine minutie de touche aucun sentiment ne saurait être exprimé par ces

réside que dans

:

modèles en travestissements de mardi-gras. Impuissant à retrouver

que

et

de l'allégorie,

ennui des vignettes à

la

formule du nu héroï-

le peintre

la

Duruy

du

xix'' siècle,

par

et par méfiance de


l'art idéaliste et mystique

194 la

fausse grandeur à la Millet, se mit à représen-

qu'on voit par

ter ce

d'un wagon. Quand

la portière

on songe que M. Harpignies, pour n'en

citer

qu'un,

a passé sa vie à peindre des feuilles d'arbres,

on

peut douter de son entendement. Le paysagiste, c'est

l'homme qui ne dessine

pas, ne conçoit pas,

mais ne voit pas davantage.

Je ne méconnais

pas les nuages

ni les saulaies

Turner,

ni

la

couchers de

mélancolie de Ghintreuil, ni

soleil

Cabat, mais je

comme

de Constable,

de Rousseau, ni

trouve

de les

mares de

les

même

que mettre Corot,

vision du réel, au-dessus de Claude, est

une grave erreur. L'esthétique spéciale du paysage, se

résume en un seul point

:

parti-pris

le

significatif

du clair-obscur.

Comme

les

végétatives

ne représentent

qu'une

beauté

masses

et qu'il n'y a

autre, qu'en

un

l'individu n'existe pas dans la

que tout

du tableau. Chaque

partie site

fois

en lumière dilluse,

que

l'on

du paysage dans

signal de sa fin l'esthétique

l'école

(lunettes

ne considère

;

Italienne

du Carrache). le

peindra

on fera une chose

inesthétique. Chenavard Ta remarqué tion

de

pas d'arbre plus arbre qu'un

y parait collectif; il faut à l'intention poétique la plus grande

végétation, sacrifier

somme

formes

l'apparia été le

Comme

végétal qu'au

sens


DE LA COMPOSITION littéral

de décor,

le

moyen de

seul

salut sera de

l'homme ou de

pressentir la venue de

faire

195

faire

penser à son récent départ. L'accent de véracité ne constitue pas l'œuvre d'art

:

faut

il

une transposition animique, une

prismatisation sentimentale. L'artiste est celui qui sent et reproduit son sentiment, et

non pas

celui

qui voit et reproduit seulement ce que d'autres verraient.

Le paysage musicale

doit susciter

effet

effet

effet

de

de langueur estivale.

Au

de cela, ils inscrivent

favet;

ormeaux

et

:

chênes

ajoutent le département;

distance du l'indication

site

une légende presque

de tristesse vespérale,

méridienne,

joie lieu

:

Platanes, près de

de il

tel

n'y

village;

Monet

manque que

au chet-lieu d'arrondissement

que l'on

peut vérifier, entre

ils

la et

telles

bornes kilométriques. Ces agronomes etgéographes seraient plaisants,

s'ils

étaient

moins nombreux.

Le dessin commence au corps humain, n'est

le reste

qu'un fond, un cadre de couleur dans l'autre

cadre, et rien de plus

:

d'autant que l'appareil voit

plus juste et qu'un peu d'aquarelle sur la photo-

graphie satisferait plus complètement

le

bourgeois.

La mer résiste étonamment, je ne dis pas seulement à la ligne, mais au modelé le morceau ;


19Ô

l'art idéaliste et mystique

qu'on transporte sur caractère

la

ne traduit pas son

toile

mouvement.

en

d'immensité

Aussi

rAnadyomène,Démosthènes'exerçant,lesNéréides, les

Argonautes

faut

Il

sont-ils nécessaires à cet élément.

l'homme dans une marine, sinon

sion pathétique ne sera pas produite

;

l'impres-

mais

il

ne

faut pas le marin actuel, car sa vêture se rapproche

de

la

guenille paysanne ou de l'uniforme militaire,

deux détestables éléments, irréductibles au point de vue plastique. Jésus marchant sur les eaux, la

pêche miraculeuse, l'apôtre qui s'embarque pour aller porter la vérité,

Colomb ou Vasco

intéresse-

ront toujours davantage que la marine d'Etat et les évolutions

de cuirassé. La caravelle, la trirème

sont pittoresques

le torpilleur est

;

L'œil du marin garde sa

avec

fréquentation

l'élève au-dessus

un

la

hideux.

reflet

d'indéfini et

majestueuse Thalassa

du paysan

et

du soldat

:

encore

marin d'une idée, et non pas marin pécheur ou national il faut qu'il incarne

faut-il ici, qu'il soit le le

;

une espérance autre qu'une invasion à formule coloniale.

Quant

à l'humour, à ces ignominieuses farces

dites gauloises

les

cardinaux se grisent

capucins paillardent; quant aux pendants riage de

convenance

et

et «

mariage de raison

des

ma»,

il


197

DE LA COMPOSITION

n'en faut pas parler

l'œuvre d'art

:

vibration plus réelle que la réalité qu'elle néglige la multiplicité des

pour rechercher

Quant

les

il

puis-

ne peut être sujet d'oeuvre,

mais seulement l'accessoire il

même;

symptomatiques

dominantes.

à l'animal,

l'expression,

exige une

:

complémentaire de

ne signifie jamais assez pour l'isoler

de l'homme.

Les grands nes pour

dans

seuls sont assez des person-

félins

être peints et encore cadrent-ils

chasses de Rubens

les

et

mieux

de Snydners.

L'animal n'apparaîtra avec raison qu'en figurant: âne de

fuite

la

en Egypte, ânesse de Balaam ou

de Jésus, bœuf de

Crèche, cygne de Lohengrin,

la

aigle de Proraéthée,

paon de Junon, chouette de

Minerve, bouc des Satyres, ours de Siegfried, aspic

de Cléopatre, cheval de Mazeppa, chien de saint

Roch, oies du Capitole. grues d'Ibicus, agneau allégorie

Mais

du Sauveur

et

vaches de Potier, mais

Dreux ne

lion de

la tète

et

à

ses

chevaux d'Alfred de

de Méduse, fils,

Némée: mais

moutons

les

supportent pas. Tordez les serpents

se

autour de

Laocoon

colombe du Saint-Esprit.

basses-cours de Hondekoeter, mais les

les

n'est pas

le

un

et les

enroulez à

montrez Hercule tuant

le

peintre d'un troupeau de artiste,

et le

lévrier qui


198

l'art idéaliste et mystique

main d'un gentilhomme ne peut

soutient la fine

pour lui-même

être peint isolément,

rentre dans

le

pathologique

goût

femmes pour les animaux. La nature végétale n'est pas lisation

;

sinon, cela

;

des

vieilles

susceptible d'idéa-

entre une belle rose et une rose ordinaire

reproduite,

ne réside jamais dans

la différence

la

forme, mais dans quelques nuances qui tiennent

au et

coloris.

Au

femmes

reste, voilà le terrain des

de ces impuissants qui s'efforcent à trouver un

faux semblant d'art, dans

photographique de

la

trouve la forme

fleurs

dessine une rose au

domaine de

l'art

subordonné à

décoratif,

c'est-à-dire

Dans

!

de

et le

l'art

on peut égayer un pan-

un couvercle de

d'art équivaut

d'espèce

sans modelé

ches d'éventail, avec des fleurs

œuvres

Qu'un peintre de

héraldique

trait,

l'industrie,

neau, un piano,

reproduction chromo-

la nature.

;

les

boite, les bran-

exposer

comme

mélomanes pianistique La

à convier des

pour entendre un exercice de

trait

!

peinture de fleurs ne doit jamais sortir de l'industrie et

mot

de l'intimité

;

et,

d'art décoratif, je

entière se

j'ai

prononcé ce

tiens à dire

que l'époque

puisque

trompe, en amalgamant

peinture monumentale avec queterie, la dinanderie.

la fresque,

la papeterie, la

ou

mar-


199

DE LA COMPOSITION

Le collectionneur du xix®

de

stupéfait

siècle,

trouver dans une vieille clef un caractère d'art

que n'ont pas

les bijoux

de sa femme,

et l'archéo-

logue, ébloui de contempler dans les Tanagras

peu de

la

un

grâce de Praxitèle, ont désiré l'esthéti-

sation des objets usuels. Mais l'amateur guère plus

métaphysicien que

l'archéologue sou-

l'artiste, et

vent peu philosophe, n'ont pas vu saire

pour engendrer

les objets

le

moins.

le

plus, néces-

aucune époque

usuels n'ont donné autre chose que le

pâle reflet esthétique du grand terres cuites de Ja

musées

A

les

art.

Grèce soient

montrent

;

il

faut

Pour que

telles

que

que nos

les Phidias, les

Lysippe aient créé leurs sublimes statues^ mobilier et usuel

amoindrie de

l'art

les

et l'art

ne rendra que la proportion sacerdotal d'un

même

temps.

Une autre considération s'impose cette tendance humaine à rapprocher de soi l'objet de son plaisir :

ou de son

désir,

comme

elle

a matérialisé la

religion, tend à vulgariser l'art, à le familiariser. L'artiste, forcé d'accepter les conditions

d'où dépend sa vie, consent,

d'œuvrer

comme Watteau,

historier des éventails et des boites à fard la ligne, la

modes

forme

et la

mais

couleur sont d'augustes

d'élévation d'âme,

industriels; et le

;

à

non pas des procédés

dandy qui détourne un sculpteur


l'art idéaliste et mystique

200

de l'œuvre de musée pour

pommeau

lui

commander un

de cravache, se trompe. Non,

l'art

ne

doit pas descendre jusqu'aux conditions mesqui-

nes de l'usage mondain, ou bien, pour être logique, faudrait-il enrouler

des phrases de Platon sur

roseau des mirlitons

et

le

mêler des passages d'Apo-

calypse aux dernières nouvelles des journaux. Car, est souhaitable, pour le civilisé, de multiplier à

s'il

des rappels de beauté dans

l'infini

jours de sa vie,

garde

la

il

est

encore plus impérieux qu'il

notion respectueuse de

que jamais

il

religiosité

bibelot,

l'art

et,

partant,

n'ose se familiariser avec lui.

Les collectionneurs que

de

tous-les-

le

esthétique

distraits

devant

j'ai

connus manquaient

passionnels devant

:

le

le

chef-d'œuvre. Ceux

qui ont fondé l'Ecole des Arts décoratifs doivent être

considérés

comme une bande

s'efforçant à détourner

d'ouvriers

une matière de son principe.

Quant au garde-manger, au couvert mis, à desserte, aux crevettes et aux melons, ce sont des ronds

et

la là

des barres, de simples exercices de

couleur, des arpèges.

Lorsque M. Desgoffes fourbit une épée ou les fascettes silier

phes

;

le

le

d'un

cristal,

il

fait l'office

taille

d'un usten-

plus maladroit des amateurs photogra-

surpasse.


201

DE LA COMPOSITION

Par

grand

journalistes

que

reste-t-il

dans

on voit ce qui reste au

les éliminations,

on ne

art et, dès l'abord,

de bonne

donc aux peintres

les règles suivantes

XXXV.

Vévènement représenté

est

mer

dans

humaine

;

»

il

;

et «

:

des

Mais

reste tout,

:

— L'histoire relève

l'âme

pas vu

sont écrié

se

foi

l'a

de Vart, lorsque

Voccasion d'expri^ sa passionnalité

typique.

Le

on met en scène des

militaire est possible, si

guerriers au lieu de soldats.

on

raine est possible,

si

certaines fois a

Rop's.

fait

La

vie contempo-

la transfigure

Le portrait féminin drapé,

le portrait

comme

d'homme

en robe ou simarre peuvent aboutir à l'œuvre d'art.

La

rusticité vue à travers l'antique,

nue ou

drapée.

Le paysage, animé de figures décoratives. La marine, animée de figures mythiques ou aventurières.

Le sourire de

«

Comme

L'orientalisme dea pouillerie d'Alger.

il

vous plaira

Khalitatg,

au

».

lieu

de

la


l'art idéaliste et mystique

202

L'animal, en son complémentarisme expressif

d'une scène ou d'un individu.

La

aux mains, aux

fleur, le fruit, l'accessoire,

lèvres des personnages. Et, maintenant,

vous touâ,

gens de bon sens,

les

rassemblez vos jugeottes, décidez Si le

massacre de Chio

et

dites-moi

:

moins un tableau

est

d'histoire, parce qu'il est lyrique.

Si

peinture

la

militaire

n'est

plus valable,

parce qu'elle représente des Grecs et des Troyens

au

lieu de mobiles français.

Si la représentation des états

d'âme propres à

l'époque ne peut se passer de vêtements négatifs

de tout caractère. Si le portrait est le

modèle Si les

sabots

Si les

nautes de

marins, Si rire

comme

et la

intéressant, parce

que

crasse constituent le berger.

VArgo ne

sont pas aussi des

l'équipage de la Belle-Poule.

Puck ne vaut pas mieux en son

gentil sou-

qu'une grimace de buveur.

Si le paysage

encadre Si

moins

remarquable.

est plus

la

est

moins

le

paysage, quand

forme humaine.

rOrient n'est pas plus l'Orient dans

passé de splendeur que dans VOS amis

il

touristes*

les

son

instantanés de


â03

DE LA COMPOSITION Si

le

faucon ne se place pas mieux au poing

du seigneur qu'au perchoir. Si le clievai est Si,

tenant,

et

un

si

main qui abîme

fruit est gâté

la fleur

en

la

parce que d'enfan-

y mordent.

tines dents

XXXVIII. la

diminué par son cavalier.

enfin, c'est la

L'unité

esthétique résulte

de

connexion des parties. Le

fût,

le

chapiteau et la base sont

de cette unité,

Le

la

pétase,

le

colonne.

caducée

partie d'une statue

Pope n'est ni

une

beauté,

mais

et

les

talonnières font

d'Hermès.

dans son Essai antique

dit,

le

les parties

lèvre, la

ni

un

et l'effet

an

moment

Ce

d'écrire

:

de toutes

»

Le vénérable Malebranche aurait pu fruit,

«

œil que nous appelons

forme réunie

les parties prises collectivement.

avec

:

« Il

se

taire

n'y a que les

sens qui jugent bien de la beauté et de la laideur sensibles. »

Omnisporro pulchritudinis forma imitas est, affirme le plus platonicien des Pères de TEglise,


AU SALON CARRE

Rien

ne

Carré qui,

mieux,

démontrera

pédagogique de ce

livre,

l'importance

qu'une étude du Salon

au dire des guides, renferme

beaux tableaux des diverses écoles, réalité

ne contient pas

les

les

plus

et qui,

en

plus remarquables du

Louvre. Nul n^ignore que l'Ecole Bolonaise, tout

en étant supérieure aux Académies Julian

et

aux

professeurs de l'Ecole des Beaux-Arts, s'appelle

l'abomination de la peinture italienne.

une

telle indifférence

unit

le

Eh

bien!

Directeur des Beaux-

Arts au Directeur des Musées et aux Directeurs des différents départements, qu'en l'an de grâce le

Guerchin

s'étale

1894,

en plusieurs exemplaires, Fille

de Loth^ Protecteur de Modène, Résurrection de

Lazare; le Guide, autre décadent,a un Enlèvement


AU SALON CARRé

2Ô5

d*Europe piteux l'obscur Napolitain Lionello Spada y montre un Concert. Véronèse, dont les Noces de Cana occupent presque tout un mur, a encore un autre panneau pour sa médiocre Chute des Titans. H y a même un Bassan, ce dégoût de TEcole de Venise. Quant au Murillo payé ;

615.300 francs,

tableau

de

dixième

ordre,

'\\

digne et démesuré pendant du tableautin

fait le

du Spagna payé 200.000 francs, je crois, par les soins fantastiques de M. le vicomte Delaborde.

Non

loin se trouve

une

tête attribuée à Durer, qui

déshonorerait une élève de

première année. Le

Poussin a un de ses moindres ouvrages,

gène

;

le

Dio-

Jouvenet,une médiocre Descente de Croix

;

Valentin étonne encore par sa présence qui est double,

si

ne

je

me

trompe. Enfin, s'étalent à

côté de la divine Joconde, ces artistes de néant, ces Meissonnier d'autrefois,

sont que de la peinture et les

Metsu,

un cours

les

Dow

;

ce qui

d'esthétique dans

choses qui

ces

non de

l'Art, les

n'empêche pas de le

ne

Terbug, faire

même immeuble. A

quelles personnes? alors que sont absents du Salon

Tondo de

Carré

le

saint

Thomas

Boticelli,

le

Triomphe de

de Gozzoli, la Gloire du Paradis

de Fra Angelico, la

Madone de

Parnasse de Mantegnaj

la

la Victoire et le

Vierge glorieuse de


2Ô6

l'art idéaliste et mystique

Lippi, le

Jugement de Jean Cousin,

Quentin Matsys, la

le

Christ de

Vierge de Jean Bellin, la

Descente de C^vix de van der Weyden,

le

Saint-

Etienne de Carpaccio, V Adoration des Mages

Madone

de Signorelli, la

on voulait

de Bianchi. Enfin,

du patriotisme, au

faire

Chute des Titans de Véronèse, des Noces

en regard

de

si

de cette

lieu

faudrait mettre,

il

Cana,

l'Entrée

des

Croisés de Delacroix.

Pour combler Vierge

aux

entier, le

mesure, la Ferronnière, la

la

rochers^

et ce

chef-d'œuvre de

l'art

Précurseur, ne sont pas au au Salon

Carré.

En

revanche, on

peintres peints par

a commencé une salle des eux-mêmes où les barbouil-

leuses, les bas-bleus de la peinture s'étalent.

Vainement la salle

les

le

goût public a marché, vainement

des Primitifs n'est plus un simple passage,

conservateurs

en

leur

immuable

mollesse

semblent tous endosser cette stupidité de Stendhal «

Que

pas

n'eût

fait

Raphaël,

s'il

eût connu

:

le

Guide. » Il

y a deux sortes d'erreurs dans ce classement,

Terreur sur

Guerchin,

le

peintre, et l'erreur sur le tableau.

Guide,

Valentin,

Lionello

Spada

Carrache, Murillo, Jouvenet, Rigault, Jordaens,

\


AU SALON CARRÉ

Le Sueur, Bassan, n'ont pas

207

le droit d'être

repré-

sentés dans une sélection, par le peu d'importance

de toute leur œuvre. D'autre part,

y a

il

mauvais choix dans

les

Poussin, le Saint-Michel de Raphaël, le portrait

au chapeau de Rembrandt,

le

paysage de Lorrain,

Tintoret.

le

Une troisième

faute,

grave, c'est d'avoir admis la

Quel

Femme

hydropique.

idéal peut ressortir de cette scène

examinant des urines

cin

beaucoup plus

celle-là

conquête de Metzu, et le

?

Et

un méde-

:

sous-ofT en

le

de Terburg,

et l'autre sous-off

maître d'école d'Ostade, en quoi ces œuvres

expriment-elles la recherche de Dieu qui est la fm

de l'art? Quelle beauté concrétisent-elles?

En

1903,

le

Salon Carré prétendait au caractère

de sélection. Aujourd'hui les

il

a conservé les Guide,

Garrache, les Jouvenet, un Poussin pour

remplissage décoratif

permet guère de

et

à

une hauteur qui ne

les voir.

Léonard n"a que la Joconde Raphaël nière,

la

le

,

la belleJ ai'di-

Castiylione, le Saint Michel

Mariage mystique

l'Antrope

et

Mise au

tombeau,

François

Sainte- Anne;

et la

Madone de François I'^

1^%

le

le

le

Christ à

VHomme au gant,

la

;

la

;

Gorrège

Titien,

la

colonne,

Maîtresse du


208 Titien.

l'art idéaliste et mystique

De Giorgion le Concert. Un Tintoret un ex-Francia. A part le Poussin hors

ordinaire,

de vue,

le

Diogène quasi invisible tellement

il

a

noirci...

Ce choix inexplicable désoriente voudrait trouver là

le visiteur

qui

une seconde Tribune,

le

Saint des Saints de la peinture.


VI

LA MUSIQUE OU GYNÉTIQUE DE LA BEAUTÉ

En

catégorisation de perceptibilité,

arts

s'adressent en leur essence

c'est

par

les

à

si

tous les

l'entendement,

yeux que nous éprouvons leur action.

Michel-Ange presque aveugle promenait ses mains sur

le torse

du Vatican,

percevait ainsi la beauté

et

de ce marbre, en vertu d'une

La

sensibilité à

l'état

hyperphysique.

loi

normal

se localise

dans

certains organes qui deviennent récepteurs d'une série

phénoménale

particulière

somnambulique qui

est

le

;

mais, dans l'état

modèle des unifica-

tions nerveuses, la sensation retrouve son caractère essentiel de faculté périphérique.

De même que formes

l'on fait voir, avec des mots, les

les plus subtiles,

sible peut être

de

même

le

monde

sen-

perçu par l'imagination. Toutefois 12»


l'art idéaliste et mystique

210

dessin et ses succédanés, architecture, sculp-

le

ture

et

peinture, ressortissent de la perception

mu-

optique. Seule, parmi les arts de Beauté, la

sique agit sur nous à

l'état

avec

seul qui soit basé sur le

la théâtrique,

le

périphérique

:

c'est,

mouvement les autres sont immobiles. La musique est le moyen de faire naître, selon une volonté ;

expressive et des règles, une succession d'ondes

Dans

sonores.

demeure

fixe,

peinture, la vibration colorée

la

l'harmonie est un procédé latent qui

ne se manifeste pas, hors de circonstances matériellement évocatrices s'isole

voilà pourquoi ce chapitre

;

des autres arts, qui tous sont basés sur

maintien d^une expression une

La Joconde

fois

répète depuis deux siècles la pensée

de Léonard à ceux qui s'en approchent l'alchimie

du temps sur

jours les

mêmes

hension

semblable

en

mineur,

chimifications ressentir

le

trouvée.

et,

à part

ses couleurs, elle dit tou-

choses aux êtres d'une compré-

son des

;

sa

tonalité

a

rythme continue vernis.

l'impression

quatre instrumentistes

des

Au

pu baisser malgré les

contraire,

derniers

préparent une

pour

quatuors, sorte

résurrection d'âme musicale. L'harmonie

de

est la

Belle qui dort en sa beauté et qu'il faut éveiller

par

le

baiser d'une interprétation analogue à son


211

MUSIQUE OU CYNÉTIQUE DE LA BEAUTÉ

Non seulement une

essence.

un bon instrument

exige

encore

sonate de Beethoven

et

qualité d'âme de

la

traduit en

un virtuose

mais se

formule nerveuse, influera sur l'im-

pression de l'auditeur. C^est donc les

;

qui

Texécutant,

qui exige

l'art

conditions matérielles les plus spéciales

revanche

il

:

en

permet à l'exécutant de collaborer en

quelque sorte à l'audition.

Un jour, on demandait

à Léonard de Vinci qu'elle était la hiérarchie des

beaux-arts, et c'est

le

il

degré

répondit

de

«

:

Ce qui

classe,

les

matérialité expressive.

»

Il

donnait ainsi la première place au dessin, cette écriture par

les

formes

;

il

peinture

plaçait la

immédiatement après, parce que dans

la

sculpture

l'impression agit sensiblement plus matérielle sur la rétine

par la ronde-bosse,

polychrome.

même si

matérielle par ses masses,

quantité disparait,

si

bien

que

représente cependant

l'on envisage

;

que

en la

elle, la

formule

au lieu de concrétiser un prin-

architectonique,

comme

réalise

l'aspiration

cycle.

Certainement

qui

qui,

plus grand effort de l'idéalisation

cipe individuel,

pas

ne pensait certainement pas, en

Il

son classement, à l'architecture

le

elle n'est

improvisait

la statue et le tableau, elle

d'un peuple, d'une race, d'un il

songeait à

la

musique,

lui

sur les instruments qu'il avait


212

l'art idéaliste et mystique

fabriqués, et le

mode

le

il

concluait,

L'opinion générale

chant

comme

qui

et superficielle attribue,

que l'opinion

au

états

se

forme d'impres-

Comme la musique

non de raisonnements.

produit des

mènes

nous, qu'elle est

à l'harmonie, le plus haut caractère

d'au-delà, parce

sions et

comme

plus matériel delà réalisation deBeauté.

nerveux analogues aux phéno-

passionnels, c'est la vivacité de la sensation

a

décidé de

la

formule. Pour

physicien, cette intensité montre

le

que

métades

l'art

sons, attaquant la faculté périphérique et produi-

sant chez l'auditeur des diathèses de pathologie

morale,

se révèle

comme

non

substantiel,

l'art

seulement en ses moyens, mais en son action.

XXXIV. que

— Aie point de vue

occalte, la musi-

ent le cijiictisine esthétique,

anlmique

et peut-être la

V électtHsation

for me artistique de la

volupté. 11 y a trois catégories musicales, la musique proprement dite, c'est à-dire cette partie des

œuvres de chambre de Mozart, de Haydn Mendelssohn

qui

caressent

l'ébranler. Ensuite vient la telle

la

sensibilité

et

de

sans

musique émotionnelle,

que Chopin, Schumann

et

même

partie des


213

MUSIQUE OU CYNÉTIQUE DE LA BEAUTÉ

sonates

de Bœthoven

Enfln,

y a la musique dramatique où

il

s'est astreint

siteur

à

quatuors.

et les derniers

soumettre

compo-

le

son

art

aux

conditions expressives d'un poème. Or, plusieurs, idéalistes

appliquer

les

repousseront

un grand «

ce

aux théories

souscriront

qui

quant aux arts du dessin, cesseront de à

l'harmonie.

la théorie

Ceux

même

qui

par laquelle Rubens serait

artiste, alors qu'il

ne vaut qu'en peintre,

qui est bien différent et bien au-dessous

d'un grand

artiste,

»

supporteront

de

piètres

Hummeleries; ceux mêmes, méprisant lesdessertes de Chardin

et les

bodegomes de Weenix, salue-

ront inconsciemment des variations faites pour

mettre en valeur un instrument.

Ils

de Vieutemps

patients, les concertos

écouteront, et

autres

vanités.

XXXV. ble^

que

si

Une

les

théorie esthétique n'est vala-

règles abstraites s'appliquent à

tous les arts, car la beauté étant la loi absolue

de tous

les

modes qui

la réalisent, il faut

que sa

définition et ses catégories se retrouvent exac-

tement parallèles en tous

L'homme de Médan, lité

;

je

le

cite

devant

les arts.

synthétise la basse animala catégorie

qu'on ne peut


214

l'art idéaliste et mystique

soupçonner d'imagination,

la

seule dont le bon

sens soit garanti par l'acceptation

demande

de tous, je

ce que donnerait, en symphonie, la trans-

cription musicale du «Ventre de Paris», et comment

Largo de

le

fromagerie se comporterait? Le

la

sculpteur qui aurait pris au sérieux

Médan,

qu'aurait-il fait?

thème de

des ivrognes, dans ce domaine de

des battoirs, l'éternelle

le

Des hautes casquettes,

dans cet art d'apothéose

jeunesse,

Celui qui, sûr

d'être

écouté, lance

?

une formule

sans avoir prévu, en sa conscience, son

effet

sur

autrui est un malfaiteur d'un ordre imprévu par la loi

des

hommes, mais qui

sollicite

au lendemain

de la mort l'épée fulgurante des Anges.

un

livre qui

prêche

le

Si,

dans

plus beau style, je puis

me

permettre une image un peu vive et familière, je ne puis voir l'arrivée de Renan dans l'au-delà sans

me

figurer

un mouvement des Anges où

leurs

pieds cnémidés d'or s'agitent et ne piétinent pas. Je prie que

l'on

une formule de

juge

la

les

systèmes à ce critère

;

Beauté doit s'appliquera toutes

ses manifestations.

Quelles que soient les rencontres heureuses et l'art

de la contexture,

la

musique pour

la

musi-

que, est-elle une inférieure formule ? Liszt abonde

de mesures pianistiques sans signification

;

et

de


215

kUSIQUE OU CYNÉTIQUE DE LA BEAUTÉ

même

qu'une œuvre d'art s'élève selon

exprimer des thèmes précis les

rigueur

musicale gagne à

de sa composition, l'œuvre

époque, sur

la

Notre

d'affectivité.

autres terrains, continue d'une

sorte imparfaite les splendeurs précédentes; elle

aura vu l'apogée de l'harmonie. Sansmcconnaitre ce

ni

sommet de

vocal, Paleslrina, ni les

l'art

fresques de Haëndel, ni Sébastien Bach,

qui a produit bilité

de sa

le plaisir esthétique,

science,

la

suprême du choral de

la

le

par

musique

logicien

l'infailli-

jette

Neuvième au

son

cri

finale

de

Parsifal.

Malgré Balzac, malgré Fabre

d'Olivet, Lacuria,

Delacroix, Berlioz, Gœthe, Byron, Cha-

Eliphas,

teaubriand, Lamartine, Musset, César Franck, et tant d'autres immortels, le xix" siècle s'appellera le siècle

homme

de Wagner, car cet à la

réalisant

fois

et

prodigieux,

dramatique

l'art

et

l'art

musical, doublement créateur, a trouvé et prouvé

par ses chefs-d'œuvre, qu'il existe un tiel

de tous

Cette

fin

profondes

;

les arts, le

de siècle

drame lui

art

confluen-

lyrique.

devra des gratitudes

son clair génie, traditionnel en

temps qu'audacieux, a séché

accumulée par

et

chassé

le réalisme; et, si les

rent maintenant

un

même

la

boue

jeunes respi-

souffle noble et pur, c'est

â^


216

l'art idéaliste et mystique

Titan de Bayreuth

rendre grâces.

faut

qu'il

sous l'accumu-

l'intellectualilé qui gisait, enlisée

lation niaise de Fart

l'ouvrier réaliste,

pour

Wagner

A

et

l'art

apporta

les

le

jurons de

feu purifica-

teur de l'idéal éternellement vivant. Mais, sembla-

Michel-Ange qui épuisa

ble à

le statuaire

rendre des accents surhumains,

faisant

en

lui

Wagner

a limité, par la colossalité de son génie, l'horizon

musical pour un siècle au moins.

XXXVI.

Lorsque paraît un des grands

génies humains^

il

se

dégage de son œuvre une

formule dominatrice, qui subjugue les

individualités moind^^es qui

cette

le

et stérilise

suivent, et

formule^ émanation conquérante de

dividualité, s'appelle

Cependant, après

Romain montra

à

sa Gigantomachie,

la

l'in-

un poncif. mort de Raphaël, Jules

JVlantoue, qu'il

au palais du T, en

y a un salut pour

minores d'un mouvement

d'art

;

il

consiste

les

à

développer exclusivement une des trois grandes inspirations. tensité celle

et

Jules

Romain

sut se jeter dans l'in-

y atteignit une puissance différente de

de Raphaël dont

le

génie résulte du très

grand nombre de qualités égales entre

elles,


217

MUSIQUE OU CYNÉIIQUE DE LA BEAUTÉ

Sauf les timbres instrumentaux, dont quelques-

uns sont nerveusement associés avec des catégories imaginatives,

tels

cymbales,

hautbois,

les

imitative.

Comparez

orages

de

que

Berlioz

le

:

naturel Elle

M.

est

la

le

n'est

pas

la Pastorale

aux

exprime

tourmente

;

l'état

l'autre

phénomène.

le

XXXVIII.

de

premier

d'âme des paysans pendant veut exprimer

musique

la

l'orage

cor anglais,

le

Toute

d'un bruit

imitation

une erreur en ^nusique.

ne doit pas décrire,

Saint-Saëns

qui

comme

suppose

le

comprenant rien

ne

aux

poèmes de Wagner, s'avoue incapable de penser autrement que par

l'oreille.

musical se définirait ainsi

XXXVIII.

Esthétiquement,

:

— L'évocation musicale

criptio7i esthétique d'un état

ou individuel, par Cet

humaine d'un lieu, ni

musique

ce est

lieu,

fait.

est la

d'âme

d'un

fait,

que et

l'impression

jamais, ni ce

Malheureusement,

une volupté, en

critique apparaît la

trans-

collectif

les sons.

peut exprimer

art ne

l'art

cette

com'uc

la

matière

h.

plus malaisée. Tel qui sent II


l'art idéaliste et mystique

218

en toute autre

juste

question,

ici

entend rarement dire qu'une musique sauf par des techniciens

ne perçoit que

le

le

soit laide,

public parisien qui

chatouillis de l'art,

que Sigurd alterne avec la

;

la

On

s'égare.

Waikyrie,

supporte préfère

et

Cavalleria Rusticana à la Flûte Encha?itée.

une

Veut-on

preuve

ordinairement

de

l'inconscience

conscients?

Qui

a

d'êtres

entendu un

confesseur interdire Tinstan et Yseult, ou quelle pénitente s'accuser de l'avoir joué? A-t-on appli-

qué

l'épithète

que

celle

immorale

les

à

une autre partition

paroles parlaient d'amour

!

Et

le

couvent des Oiseaux n'admettrait-il pas n'importe quelle musique, tion,

piano seul

que, a

issi

l'état

nerveux,

pourvu que ce !

Cependant un devrait

les

autres.

l'obscénité de l'entr'acte

monde, non plus que laisserait polluer les

récit

En

de

art aussi physi-

Rossini,

du Graal,

supporter

de

Paris

échos de Notre-Dame par tandisqu'il

comme une œuvre

que sur

mêmes

de Lohengrin,

l'archevêque

considérera

les arts

du dessin.

le le

profane.

cette matière, l'esthétique est

flottante

les

Le public n'a pas vu symphonique d'Esclar-

la mysticité

je ne doute pas que

Stabat

une réduc-

substantiel d'action, aussi influent sur

épithètes que

et

soit

encore plus


OU CYNÉTIQUE DE LA BEAUTÉ

îittJSIQUE

Avant

les

chanteurs

de

Saint-Gervais, qui

connaissait Vittoria et maintenant qu'il est

où Texécute-t-on, où est-on en Paris n'a pas le vocale.

chœur d'une

219

connu

état de l'exécuter.

véritable polyphonie


LIVRE

III

L'ART MYSTIQUE

Le thème de

l'art idéaliste

exposé,

il

reste

à

préciser le second terme de la formule.

La mystique, au sens

désigne une

ordinaire,

littérature spéciale, exclusivement consacrée à la

contemplation de Dieu. L^artiste

Angelico,

mystique aurait pour archétype Fra et

en outre

sujets religieux seuls

les

seraient susceptibles de mysticité.

Il

importe de

repousser cette erreur,

aussi déplorable que la

démarcation

entre

arbitraire

le

génie

sacré et

profane, entre les gentils elles juifs.

Chaque

fois

que l'œuvre d'art donne une im-

pression plus complexe réalité,

il

que l'œuvre mystère.

et

plus profonde que la

y a expression mystique, d'art

tient,

c'est-à-dire

par quelque point, au


l'art idéaliste et mystique

222

Nous disons qu'une

forêt au crépuscnle a

mystère, parce qu'elle veille encore

du

et qu'elle est

déjà dans l'ombre.

Le mystère de les murmures de Mais le

le

la

nature c'est la vie invisible

la forêt,

:

dans Siegfried.

mystère des choses ne sert qu'à orchestrer

mystère de l'âme

:

et

c'est ici

que

le

portrait

qui tient tant de place dans les collections pren-

dra sa justification. Il

y a du mystère dans

Messine, au Louvre,

la tête

comme dans

d'Antonello de

certaines figures

de Greuze. Je choisis ces exemples pour contredire

fortement

plus

l'épithète

la

routine, qui

mystique qu'à des

têtes

ne donne

extasiées

et

d'expression religieuse.

Le condottiere a une tête de mystère. Comment un homme a-t-il jamais enfermé cette implacabilité de tigre? Que ce petit tableau soit le mieux peint de tout notre musée, ce n'est pas douteux qu'il

soit

demande de

le

plus

mystérieux

peut-être,

;

cela

Nous avons beaucoup de visages de paradis, d'hommes tournant à l'ange quelle autre figure mêle l'instinct du félin à la pensée humaine et juxtapose ainsi, en un même la réflexion.

:

être,

l'esprit

lisation?

de la jungle et

l'esprit

de la civi-


l'art mystique

Pour Greuze mystère de

a su rendre

il

223

adorablement

le

la nubilité.

Le mystère

est

en tout,

et celui

qui

le

perce est

un myste. Quoi. Greuze, un myste

Les Terburg,

Metzu,

les

magots sans aucune

!

Véritablement. les

bien loin des murs où l'œil voir

:

Dow

et les

signification, sont

humain

doit s'émou-

ce sont des miroirs qui, au lieu de réver-

bérer l'au-delà, reflètent la bassesse

La

Ostade,

à reléguer

terrestre.

religion a réagi contre les joies de l'instinct,

gourmandise, paillardise

;

mais

pas pré-

elle n'a

conisé les joies pures de l'esprit.

Celui

qui

goût du

moins

transpose en clef intellectuelle son

plaisir,

s'il

ne devient

pas saint, du

un chemin

reste noble, élevé et prêt pour

de Damas.

Quel les

homme

peut

vivrait sans passions ? mais

choisir et diff'éremment satisfaire.

il

Un

grand fornicateur revient de Bayreuth continent,

pour plusieurs mois. L'idéalité véritable ne la nature

ment pas sur

le

fond de

humaine. D'assez piètres appétences

débattent en nous

:

les

donne naissance à d'autres désordres, nous sauve.

se

satisfaire avilit, les nier les

subhmer


l'art idéaliste et mystique

224

ne

L'Art,

forme pure de

dentiel,

la

pour

musique,

la

sexualité

dans

serait-il pas,

volupté

la

?

assertion se

cette

Evidente vérifie

en

contemplation des têtes de Léonard

la

;

dessein provi-

le

détourne de regarder celle des passantes. voir dans

cru

J'ai

l'émotion

esthétique

un

équivalent lumineux et haussé des émois passionnels

à une certaine altitude

et,

:

l'art

détourne du péché.

perceptivité harmonique,

aisément sous les

du

l'émotion

vers

soi la

ne supporte plus

la

formes passionnelles,

avidement livre,

on

désordre, que

le

d'impression,

on crée en

Si

vie

nous apporte où

et

pure

et

se rejette

calme du

dessin, de la statue, de la sonate.

Les théories de

la perfectibilité,

élaborées par

au plus haut point de

des natures

religiosité^

devaient, excessives en leurs rayonnantes sphères,

commander

le

plus haut idéal et surtout le plus

général. Mais les besoins étant des guides sûrs du devoir,

cède à la

qu'il faille les refouler,

soit

les satisfaire,

propension

Eh fier,

même

bien! Fart correspond

et

ici

:

si

nous

aune

la détestons.

sophistication

esthétiser c'est encore puri-

le salut s'opère,

l'être s'accomplit.

qu'on

nous enseignent à ne pas nier

sérielle,

noble de l'instinct

soit

en

même

temps que


225

l'art mystique

Un

redoutable écueil se dresse où butent beau-

coup qui prirent plaisir,

voie artistique

la

s'arrêtèrent,

il

et

ici

le

au premier

;

premier plaisir

s'appelle l'œuvre inférieure.

Ah

croit-on sentir la noble volupté en regar-

!

dant la Tour la

Sacré-Cœur de Montmartre,

Eiffel, le

Madeleine, ou bien les panoramas, les crêpons?

La première

de cette ascèse veut que nous

loi

nous forcions au

plaisir de

Bach, de Raphaël, de

Racine. Ce sont des œuvres de touche, des eaux

probatiques

:

même

en

commence

art tout plaisir

par un devoir, c'est-à-dire toute approche de

la

Beauté nécessite un acte de volonté.

La plupart vont d'un ton

fou

de

à l'attirance chiffon

:

les

oriental

uns, éblouis autres,

les

;

amusés de déformation correspondante

à

leur

difformité morale.

Joconde

Si la

et

Précurseur,

le

ces

figures

pentaculaires de la théorie que je propose, pou-

vaient s'expliquer

eux-mêmes

et

montrer

qu'ils réalisent, elles parleraient ainsi «

Je sais tout

sereine réside

sans

et

à

fomente

»,

dirait

et

développe

voie

:

Lisa

:

«je suis

ma mission mon énigme tous ceux qui me regardent

désir

distribuer

Monna

la

:

du

cependant

désir,

je suis le gracieux pentacle

car

:

du Vinci,

je manifeste 13*


226

l'art idéaliste kt mystique

son âme, qui ne se

fixa jamais, parce qu'elle voyait

trop haut et trop profond. Je suis celle qui n'aime pas,

parce que je

temme de

l'intelligence

miroir

donner à

recevront de moi

que

qui

me

je

;

dans

quelques-uns à

et j'aiderai

et

;

ceux-là qui

baiser de l'esprit pourront

le

aime, selon

la

volonté du Vinci,

créa pour montrer qu'il y a une concu-

piscence de

me

les

le

mais,

comme dans un

prendre conscience d'eux-mêmes

dire

pas

se mirera

elle

expression,

multicolore,

passion

la

seule

;

belle, n'attire

m'approche,

mon

prisme de

le

qui pense

celle

quoique

n'ai rien à

baiser, je si

suis

l'art qui,

aimer,

fait

car c'est

l'esprit,

elle

mon

expression qui

qui nie aimer, sinon

de

la

pensée.»

Le Verbe

du Précurseur,

mystérieux

plus

encore, s'exprimerait ainsi partiellement geste incite et

Ne et

mon

t'étonne pas

mon

:

pour

le

petit

androgyne de formes, positif

passif et

doux pour

Mon

nécessité

impérieux,

et

salut

;

!

;

j'agis

nombre

je

;

pour

comme

suis double de

exotériquement

;

les élus.

doigt élevé montre

du

Mon

geste dit la vérité à tous,

sourire la dit à quelques-uns

pensée,

((

«

sourire défie, et je suis Jean

mon

la masse, je souris

je suis

:

le

le ciel

;

j'annonce la

plissement de

ma bouche


227

l'art mystique

révèle que le salut n'est pas toujours la douleur.

que tu vois dans mes yeux,

Ce des

esprits

comme

;

que

sais

je

que

la douleur, et

mal

le

le bien,

c'est la

volupté

transitoire

est

comme

la joie,

ma

seuls sont éternels. Les

imbéciles traduiront

moue

scepticisme, cette igno-

singulière par

rance, et je sais

le

je suis le plus savant des saints

:

ma main ordonne

de croire

et

mes

;

lèvres incitent

à comprendre. Celui qui se laissera séduire par

ma

grâce possédera un jour ce sourire des Khérubs

éternellement ravis de

Les hommes

la

connaissance divine.

ont besoin de craindre

;

mais, moi,

plus près de Dieu, je souris de cette crainte, parce

que j'aime, que j'aime indéfectiblement,

amour m'unit

cet

à lui

;

beauté,

la

que

tel

le

que

le ciel sourit, le ciel est

gai, le ciel est la volupté sainte

par

et

:

je révèle le salut

conçut Léonard de

Viïici,

archange, maître des formes, au séjour éternel. Je suis l'Annonciateur de la Mystique de beauté,

de

la

Mystique

Oui,

d'art. »

c'est bien

constante,

que

Mais

faut

il

la

le

une mystique, que l'admiration rite

enthousiaste de l'esthète

d'abord

présenter

d'une

!

sorte

atténuée et perceptible.

Ceux qui reconnaissent l'art

doivent détester

la

sainte

le sacrilège et la

mission de profanation


228

l'art idéaliste et mystique

comme un

fidèle chrétien

;

au

et,

de cela,

lieu

les

prétendus esthètes se livrent à d'ingrates impiétés et s'enorgueillissent

Que

de leurs profanations.

dire de celui qui, croyant à l'Eucharistie,

oseraitconsacrer,quoiquesimplelaïc etcependant, ;

ces amateurs, qui osent dessiner, sculpter etpeindre, ne sont esthétiquement

que des profanateurs.

La Beauté serait donc cette religion dérisoire où le moindre fidèle officierait sans vocation, sans initiation, sans étude, où tous prêtres,

de chacun

de droit;

et le

les

dévots seraient

dogme,

la fantaisie

?

Je voudrais détourner les velléités artistiques des mondains sur eux-mêmes, les rendre à leur rôle d'élégants et en débarrasser le

A

côté de l'artiste,

il

y a place

comme à côté du prêtre pour le Ah qu'ils m'étonnent ceux !

les joies

tous un

s'établir entre le

entre

le

!

La

dévot.

qui abandonnent

même

rage qui met

1

Est-ce que l'égalité

collectionneur

croûtonnier de paysage

Et ce que est-ce

art.

l'Ariste,

bulletin de vote à la main, y adjoint

un pinceau ou un ébauchoir va

pour

de l'admiration pour s'essayer aux avor-

tements inéluctables à

grand

le xvii« siècle ap])ela

donc disparu ?

et

l'artiste,

et le vrai peintre ?

l'honnête

homme,


229

l'art mystique

Jadis les vers seuls subissaient la

manie des

seigneurs, on rimait et c'était tout; on gâche de

de

la toile et

child, je

aujourd'hui, et une Roths-

la glaise

ne sais plus laquelle

(il

en est une qui a

démoli la maison de Balzac), expose un torchon orné d'un citron ou d'un couteau.

Sarah Bernhardt sculpte, peint, grave, c'est-àdire

montre sous

Jusqu'ici chic

le

le

trois espèces

métier menaçait

survient

et

son mépris de

le

l'art.

Beau, maintenant

achève de perdre l'heure

esthétique.

Etrange

fin

de siècle où tout

qui n'a rien à dire

;

où chacun propre à tel,

le

le

monde

pédagogue ne

tout,

du moins

sait

parle

pas

;

se croyant

apporte son personnel fumier sur les terrains

sacrés

;

moment

d'une

inconscience vraiment

fantastique où, toute hiérarchie détruite, quiconque

a du loisir se rue aux arts d'agrément, devenus

des entreprises de vanité.

Ceux d'un cercle

par

mauvais estomac

l'atelier, et ils

remplacent

peignent avec

le

le

même

d'âme qu'ils appliqueraient au baccarat. La noble fonction de diacre, de servant aux côtés du génie, nul ne la comprend, car la faculté

état

admirative disparaît d'une civilisation où tout

monde prétend

à être admiré.

le


230

l'art idéaliste et mystique

pas curieux de voir à la boutonnière

N'est-ce

même

de l'éditeur la

prétendue distinction qui

rougeoie à l'habit des auteurs?

Que

donc

sii^^nifie

comme

Figaro

dit

Hélas

:

«

la

Qui trompe-t-on

personne.

!

des

entre

consenti

impérieux

et qui se

mascarade française,

Mensonge

réciproque

et

amours-propres également

saluent autant qu'ils se mépri-

La comédie du mérite

sent.

et

ici ? »

intellectuel se jouera

avec un sérieux croissant jusqu'à

la

consommation

politique de la race, qui ne tardera pas. Il

les

faut

donc préparer aux Barbares, un

éduque

art qui

et les élève, car ces fils d'Attila,

deve-

gardent encore dans leurs nerfs

nus ingénieurs,

redoutables, la féroce puissance de la horde originelle

;

et

proconsul

le

main plus lourde

et brutale

cinquante ans d'intervalle, le

en France

aura

la

que son successeur à le

mandarin chinois,

jaune des antiques déluges humains. Si tous

les

les esthètes

lettrés

s'entêtent

musiquer, que deviendra sport,

et

à écrire et tous

à peindre, et tous les

l'artiste

mais occupant

la

mélomanes à au rang de

l'Art, rabaissé

entouré de confrères ridicules,

place à laquelle

il

a droit.

Les femmes n'entendront pas raison

:

abandon-

nées par une race de moins en moins amoureuse,


231

l'art mystiquk

esseulées, inoccupées, elles comblent le vide de

Ah

leur cœur, par de récriture ou de l'aquarelle. qu'il

mieux

vaudrait

qu'elles péchassent

!

elles

:

n'offenseraient pas ainsi le Saint-Esprit, sous la

forme sacro-sainte du Verbe de

Beauté.

la

Cette effroyable décadence provient de l'incons-

cience de

Au

écrivent. mets,,

ceux qui enseignent lieu

et

de ceux qui

de maintenir l'Art, sur les som-

portée des mains désœuvrées,

hors de

ils

ont applaudi aux audaces du mondain usurpant sur

l'artiste.

Rétablissons l'antique barrière qui, jusqu'à ce jour,

sépara Toisif qui s'amuse, de

qui

l'artiste

œuvre. Revenir à c'est

le

la

conception sacerdotale de

sauver.

qui auraient l'opinion,

le

Y

reviendra-t-on

plus vif intérêt à ce

n'y aideront

pas,

?

Ceux

l'art,

même

mouvement de

parce

qu'une

conception oblige à valoir autrement

telle

qu'ils ne

valent, à œuvrer contradictoirement à leur habitude.

Toutefois,

une

civilisation qui a

un

tel

passé

ne saurait pourrir tout à fait et sans exception

;

le

désistement de l'aristocratie nécessite la formation

d'une caste nouvelle sur l'intellectualité la

libre pensée,

et

;

et

sur quoi la baser, sinon

sur l'œuvre

réalisme

et

?

La

vulgarité,

matérialisme sont


232

l'art idéaliste et mystique

démodés que l'économie

aussi

politique.

Ur

génération se forme qui ne sera pas croyant hélas

!

mais qui sera esthète

après les importa

:

tions russes et suédoises, sans profit, sans

lumièn

vint l'œuvre d'épuration par le Titan de Bayreutl,

En

mieux

ont et

ce renouveau d'idéalité, à

faire

du bodégome à

la

que

le lettré et l'esthè

de

Vollon

:

marqueter:

la

doivent

ils

aid(

de leur influence les artistes véritables, épous( ces sublimes intérêts de la Beauté qui devraiei

passionner tout être cultivé

;

enfin, s'ils vei

et,

absolument s'occuper d'eux-mêmes,

lent

arts

trois

oii

leur

amour-propre trouvera de

palmes sans cesse renouvelées, la Diction,

voii

la

Kaloprosopi(

l'Eloquence. Qu'ils soient très nobh

d'aspect, très musiciens de diction,

quents pour leurs idées

:

et,

et

très

él(

alors seulement,

seront en leur genre de vrais artistes, des

i

artist''

de personnalité.

On

appelle polyèdre une figure dont tous

côtés ne sont pas visibles à la

La mysticité de çoit

l'art à

1^

fois.

ce caractère

:

on ne

la pe

que sous des aspects successifs. C'est pourqut

cette partie

du discours

divisée en méditations.

se présentera au lectei


XXII.

MEDITATIONS SUR

L'ART MYSTIQUE


DE L UNIFICATION

Le mystère

n'a pas d'autre

nom que

l'homme, d'autre emploi de sa recherche du mystère,

la

Sur

le

plan physique,

philosophale et panacée

on est

la

nomme amour

médian entre

nomme pluriel

;

triple

c'est-à-dire

;

sur

l'esprit

le

le

que

de l'Un.

s'appelle

l'unité

sur

l'unité, et

force

pierre

plan animique,

plan esthétique qui

et

la

matière,

on

la

Le Bèreschlt donne un nom aux premières phases de la création pour beauté.

exprimer que, dans une cosmogonie,

l'être

absolu

s'appelle le non-être par rapport à l'être créé et évolutif, tandis

que

les collectifs

humains du

x=

chapitre, traitant des exodes primitives, attribuent

un

singulier à

Ainsi

chacune des tribus humaines.

l'œuvre d'art est

le

retour

à

Tunité


236

l'art idéaliste et mystique

expressive d'une conception donnée, et ce retour s'opère par l'accumulation des relativités.

Chaque formule,

qu'un entendement épuise, en une,

fois

les

rapports contingents d'un thème,

réalise le relatif absolu.

Or

chef-d'œuvre est celle de

la seule définition

relatif absolu.

conçue à

fut créé à l'exemple des

à-dire

qu'il

doit

l'instar

comme

Œlohim,

conçu sur

être

trois

du

L'œuvre:

de nous-mêmes,

doit être

l'homme

il

c'est-

plans

plastique, animique, intellectif. L'artiste doit

l'occupe

;

puis,

il

formes

Mais,

l'abstraction de

plan abstrait

le

concevra l'âme

quentielle de ce plan les

!

commencer par

son sujet, c'est-à-dire fixer

abstrait

;

il

du

choisirs

de cette

âme

des arts du dessin oppose

perpétuellement à la liberté du concept sité

qu

la plus consé-

enfin,

les plus caractéristiques

comme une fatalité

;

la néces-

réel extérieur, l'œuvre est susceptible d'un*

disgraphie, fréquente chez les Primitifs. L'Ecole df

Cologne, comme celle d'Ulm et d'Augsbourg,comm« celle

de Bruges, ainsi que

nique, présentent ce

même

la

défaut d'une forme qu

n'est pas unifiée avec l'âme.

que

Qui n'a déjà compris

l'unification entre le concept,

de l'œuvre, et

sculpture synchrO'

que

la

Tâme

ne se produira que par

Beauté est l'unité de l'œuvre

et la

la

formt

Beauté

d'art.


237

bË L UNIFICATION

La recommandation tance que

pénibles sacrifices

;

d'impor-

a d'autant plus

ne s'obtient pas sans de

l'unification elle

oblige à renoncer ce qui

rendrait l'œuvre perceptible au plus grand nombre, c'est-à-dire à cet excès de réalité qui

rapproche

l'art

du personnage. Il y a, dans la salle des Primitifs du Louvre, un bonhomme, caressant un petit enfant, qui exprime à

de

spectateur

la vie et le

un

très

haut point

la

Bonté, mais

nez de ce

le

personnage ressemble à quelque chancre monstrueux. Ghirlandajo a eu tort ce jour-là,

son colossal élève a eu tort toute sa

que

soit

mettre

le

Buonarotti

le front

dans

et

quoique

la poussière

je vois, au-dessus de lui, l'idéal

propre des génies de faire

que

les

qualités,

grand

je sois prêt à

s'il

apparaissait,

même;

saillir

comme

vie. Si

et c'est le

autant

le

défaut

lorsqu'ils oublient l'unification

esthétique.

Michel-Ange qui le

trinôme de

l'Art,

est

a

avec Raphaël

Jugement une forme inconvenante chrétienne.

Il

trompant sur

et

Léonard,

donné au Christ de son à la conception

a réalisé la colère de Zeus

le

;

se

geste qu'il emprunta à Orcagna

(Campo-Santo), geste où Jésus assis montre d'une

main

la plaie

clou, en

du

côté, et de l'autre le stigmate

un muet reproche. Buonarotti

du

a gesticulé


238

l'art idéaliste et mystique

un lancement de

foudre.

On

se

souvient que

le

prisme esthétique se divise en intensité, harmonie et perfection.

sacrifié

Eh

bien

Michel-Ange a souvent

!

de l'intensité,

l'absolu

à

les

relativités

nécessaires de l'harmonie et de la perfection.

;

j

'

On peut ajouter, en compensation, que Vlncendie du Bouj^g de Raphaël ne présente pas rémotion qu'impliquait

le sujet.

La composition, comme

la figure, se subdivise ,

en

trois

éléments

:

unification

corps de la composition

;

des

masses

unification des

ou

âmes

ou convergence expressive unification du concept, ;

c'est-à-dire centralisation de l'intérêt.

Les deux chefs-d'œuvre absolus de l'ordon-

nance sont les

:

le

Cenacolo,

VÈcole d'Athèiies

et

Pendentifs de la Sixtine. Là sont réalisées

l'unification des masses, l'unification des

l'unification

du concept.

âmes

et


II

DE L IMITATION

Tout actuelle

mouvement de l'unité,

représente

puisque

le

une

cessation

mouvement ne

peut être qu'une extériorisation de

la

substance.

La philosophie divise les phénomènes de la vie, en phénomènes proprements dits et en noumènes. Or l'être le

la

combinaison de ces deux éléments,

intérieur en présence de l'extériorité

premier événement à résoudre pour

Forcé à chercher hors de sifs

lui les

est

l'artiste.

éléments expres-

de sa pensée, une compétition a lieu entre sa

vision intérieure et sa vue du réel.

même homologuer l'extériorité le

démon

On

pourrait

la vision intérieure à l'ange, et

au diable, en ayant soin de concevoir d'une

façon ésotérique, c'est-à-dire

d'une façon pieuse et admirative.


240

l'art idéaliste et mystique

La nature n'est ni une ennemie, c'est un ensemble de lois vivantes festations logiques

:

et,

une amie,

et

de mani-

précisément parce qu'elle

évolue d'une sorte invariable,

un

force effective, elle dégage

contre lesquels

ni

possède une

elle

particulier vertige,

Mais, de

l'artiste doit réagir.

même

femme, qui représente toute la nature sous petit volume, a pour norme de dissoudre les un que

la

éléments mâles imparfaits, ainsi

Tartiste. Celui

nature repré-

la

un élément probatique de

sente

la virtualité

de

que sa palette éblouit et qui s'aveu-

gle de ses couleurs, au lieu de continuer de voir

à travers elles sa conception; celui qui s'enivre de

proportion humaine, et ne voit plus, à travers

la

les

membres humains, l'âme

— ceux-là sont des

tinée,

en

art

que

Nahash

les faibles ?

énigme

deviner

qu'il faut

trucidateur ne garde les

Temple de Beauté. Les relevées

même

la

péril,

même double

aucun sphinx avenues qui mènent au !

Hélas

!

bêtes chimériques ont été

de leur faction

auguste

l'homme, épris

de sa propre

mieux renoncer

à son

s'est

surtout

doivent mourir.

Kundry! double nom de

double allégorie du

torce,

qu'il leur avait des-

faibles, et c'est

;

et

dès

lors

bassesse, aimant

rêve qu'à sa vaine gloircj

mis, passif et inconscient, sous le rayonne-»


ment des

241

l'imitation

i)E

extériorités

a produit des choses qui

il

;

ne ressemblent qu'aux choses

qu'un ange ne

pas regarder. Nos conceptions

daignerait certaines,

et

permanentes

;

sont

peuvent concorder

elles

aux formules testamentaires des génies, tandis que nos perceptions, subordonnées à notre double diathèse du corps

de l'âme, ne sont

et

souvent que des symptômes de maladivité,

de

pathologiques fantasmes. L'artiste a dèle,

et

donc à

voici

comment

s'agisse de n'importe

d'une idée,

il

mo-

lutter, surtout contre le

doit procéder,

il

quel

art.

en cherchera

la

Une

qu'il

enceint

fois

composition,

mouvement et l'expression par le informe. Quand il aura composé

le

dessin, fût-il

entièrement,

arrêté la plastique et l'expression, alors seulement il

fera venir devant

rôle de

rage.

lui le

métronome, pour

Une

la

sujet destiné

un

à

proportion et Téclai-

règle absolue c'est que la tête doit être

toujours composée en vivant devant soi

,

de

dehors de tout

même,

élément

les pieds et les

seront dessinés intentionnellement, avant

mains d'être

vérifiés.

Je n'ai jamais vu lignes de

style, et

un

seul

comme

modèle qui donnât les c'est

aux modèles pro^

fessionnels que l'artiste forcément s'adresse,

il

m


242

l'art idéaliste et mystique

doit pas les voir, avant fixées. Ainsi

que ses lignes ne soient

armé de son schéma

pas modifier autre chose que portion

et les

les

écarts de pro-

logiques de modèle, l'artiste s'appro-

impunément de

chera

résolu à n'en

et

désormais

nature,

la

servante de celui qui a su vouloir, hors de ses

On

suggestions.

raconte que les peintres anciens

composaient leur Vénus en interrogeant toutes les

beautés des

femmes d'une

enfantin calomnie l'artiste grec grave,

on son

mages

les

art,

et,

ces

Ce

conte

ce qui est plus

temps glorieux,

les lois traditionnelles

de

par conséquent, on lui enseignait à

créer ses formes et

Rien dans

En

grecs.

au méritant

livrait

ville. et,

la

non à

les copier.

nature n'apparait à

l'état

esthé-

tique, car la sensation qui résulte d'un site, d'une

peau de rousse, l'état

est

d'âme du spectateur

Imaginative, dans

La

basée dans

le

il

faut

premier cas sur

son idiosyncrasie

et

second sur

la

concupiscence.

ne donnerait pas leur

copie de ces réalités,

sensation,

le

donc que

l'artiste

ajoute son

imagination à l'un, à l'autre son désir. L'art

est

susceptible

impressions de

de

la réalité,

recevoir

mais jamais

toutes les

les

formes

de l'exacte réalité.

Toute l'esthétique

oscille entre

deux points de


243

DE l'imitation

rendu

l'individu et le type, c'est-à-dire, ce qui se

:

rapproche

plus du collectif sériel et ce qui s'en

le

éloigne davantage. Le type régit tout le domaine inférieur,

les

êtres rudimentaires

ne commençant qu'à

l'individu

de métier

et la

pensée

;

ne

s'applique qu'à des concepts d'au-delà.

Mais je craindrais d'ouvrir une échappatoire aux réalistes, et je dois leur préciser les lois typiques.

Le type

est

la

figure synthétique de tout

un

I

collectif sériel

;

et,

pour

signifier

dégager

la

localise

par conséquent,

sera

;

figure

la condition

même

pour

le

de

ce

série,

la

date

nu ou

la

il

et

faut la

draperie

même pour l'ouvrier, même pour le soldat.

typique

marin,

qui le

une


III

DE LA NATURE

L'œuvre soumettant

d'art se la

compose de

nature,

tour à l'influx divin.

l'artiste

lui-même

mais se soumettant à son

Une œuvre, exprimant un

pathétisme d'âme, à travers une forme convenante,

ne réalise que sous deux espèces ternaire de l'œuvre d'art, vie

)),

disent les uns

mieux

disent

les

;

« il

autres

«

Il

«

il

L'œuvre

».

pas des pensées

afférentes

Q

faut

qu'on

à l'au-delà

n'a pas

chose créée, rendre

liconque n'aurait pas

encore souscrit à la conception religieuse de tarde n'a

y>,

sente

d'art qui ne suscite

atteint son but, celui de toute la lumière.

grand destin

faut qu'on sente l'âme ;

Dieu, disons-nous

témoignage à

le

faut qu'on sente la

l'art

trop à rejeter cet enseignement, puisqu'il

pu

le

comprendre. Vraiment,

serait-ce la


245

DE LA NATURE

que

peine

distraire

tant

un moment

qu'il

de quelques humains

l'œil

ces quelques humains,

et

s'accomplissent pour

d'efforts

sage de fermer les yeux, quand

est

pas

trouvent

une lueur,

:

sont initiés, savent

s'ils

à

travers ce

ils

ne

qu'ils

regardent.

Le

péril

de

nature

la

une

opprimante

conjuré, la victoire reste encore incertaine

:

fois

après

l'extériorité naturelle, l'extériorité sociale, destinée elle aussi

à dissoudre les faibles, se presse devant

l'artiste

avec

«

Fais

mon

des

intimidantes

impériosités

:

portrait, » dit l'époque, « incarne ton

temps, rivalise avec la plaque photographique

renonce à ces héros

anges que Courbet

et à ces

déclarait ne pouvoir

et

peindre, parce qu'il ne les

avait pas vus. »

Michel-Ange va nous répondre «

que

Amour, dis-moi, je vois est

au fond de

je

:

prie,

t'en

si la

beauté

devant mes yeux, ou seulement

mon cœur

;

de quelque façon que je

la regarde, son aspect est toujours beau. Toi qui

me

ravis toute paix, réponds

:

de

ma Dame mon

même un soupir. comme tu la vois mais

ardeur ne demande pas «

Elle est belle

beauté s'accroit lorsque^ elle

;

passant par

les

a été jusqu'à l'âme. 14»

cette

yeux,


246 «

L'ART IDÉALISTE ET MYSTIQUE

Gage assuré de ma vocation,

cet

amour du Beau

me

guide

élève

mon

j'œuvre.

qui, dans

et m'éclaire.

vils

véritable

la

regards ne montent pas

divin.

Mes yeux sont amoureux de et

ramener aux

ravit au ciel

les infimes

;

du mortel au beau,

arts, à la fois

regard, à cette hauteur de pensée où

sens cette beauté qui

«

deux

Sachez-le, la Beauté seule

Laissons les ignares

intelligence

j'eus en naissant

mon âme

tout ce qui est

aspire au salut

mon

voilà

;

double but. Des suprêmes constellations descend

une splendeur qui et

la

attire

seule espérance,

cœur ne

un noble

bat,

à elle toute espérance

le

duire c'est que

l'y

le xix"

tique de IMiistoire,

que par

convie.

commandement est le

qu'il

et

;

un noble

:

esprit n'agit,

magie d'un beau visage qui Ce qui rend

l'amour

c'est

la

»

difficile

à pro-

seul siècle inesthéfaut

faire

pour

lui II

une exception de défaveur.

A

regarder profondément,

le

visage

humain ne

si les

têtes belles

cessa jamais sa signification, et

au repos se nent.

raréfient, les têtes expressives foison-

Quant à

la

femme,

elle

posera encore pour

qui saura voir, de nouveaux Botticelli. rejetez le décor et

drapez.

J'ai

le

costume

;

De l'époque

n'habillez

vu à Bruges des dévots,

les

pas,

bras


247

DE LA NATURE

merveilleux modèles, en changeant la

étendus,

tête et l'habit.

persuadera

Depuis un demi-siècle, on tente de de se restreindre à reproduire

l'artiste

l'ambiance. Les journalistes, ces éphémères de

l'éphéméride, par un instinct semblable à celui

que l'on attribue aux damnés, ont Beaux-Arts

des

couleur

«

:

Fais

pochades

des

croquis,

de la bosse

et

;

»

crié à

l'homme

comme

nous,

sois

reporter de la

et

le

des

fais

beaucoup ont cédé à

la folle invite. Il

faut vivre et penser

l'abstrait,

et

hors du temps,

dans

pratiquer l'indifférence à l'égard du

milieu.

Par quel mépris de

l'artiste

a-t-on voulu

le

ravaler jusqu'au rôle d'historiographe des formes;

on

lui a dit

que ses œuvres seraient plus tard des

documents. Ah!

ment Phidias s'abaisser

modes

à

et

le

beau laurier que voilà

Vrai-

!

Léonard de Vinci n'ont pas pensé

reproduire les visages grecs

florentines

;

ils

et

les

ont créé selon l'éternelle Divin. Par

beauté des formes, qui expriment

le

quelle aberration, le

contemporain

dessinateur

dépourvu de tout orgueil, sans souci de de son

art, se résout-il à

doubler

la dignité

le triste

emploi

dujournaliste par celui de photographe en couleur. L'objectif,

au

reste, défie la

concurrence

et,

si


248

l'art idéaliste et mystique

quelque riche

était spirituel,

un costumier

et

un grand

avec des figurants,

appareil, on ferait les

tableaux d'un salon annuel, mieux

La doit

!

mysticité, c'est-à-dire le goût de l'inconnu,

rayonner dans l'œuvre

contemporanéité.

d'art,

et

non

la


IV

DE L ASPECT ACTUEL

Quelle erreur de prétendre vivre d'une sorte

œuvrer de bocks

de

l'autre opposée, et

s'entourer de

et

filles,

peindre des saintes et des fées; à

peine sorti de Tatmosphère du café, croire qu'on

va se retrouver apte aux grandes visions

Comment une époque éprouve

la nécessité

rompu pour dit-elle

aussi les

pas,

les

plus matériels résultats,

analogiquement, que

comme

les

hygiène de l'âme. Le indispensable

gymnique

et

qui

d'un entraînement ininter-

se cultive, qu^il

neris

aussi

!

à ceux

laut

éduquer

qui

regardent les tableaux de

et

propulser

y a une Ghamberland semble

muscles filtre

ne se

la sensibilité

qu'il

et

lisent

mœurs

les

journaux,

et assistent

aux


250

l'art idéaliste et mystique

pièces du boulevard. Cependant la microbie sen-

timentale existe au moins, n'y a

comme

potentialité:

pas d'actes sans conséquence,

il

il

n'y a pas

d'ingestion cérébrale sans harmoniques similaires

à l'élément ingéré.

contemporain les

mœurs

pompes

impériales,

dogales

étalaient le faste patricien et

du costume sur place, à poser

En

ces

l'art

l'absence de beauté parmi

contemporaines. Jadis, la vie publique

déroulait les

mœurs

L'absence d'idéal dans

reflète

;

les

une réaction

l'allure obligeait le palais et la

noblement devant

l'œil

de

l'artiste.

temps heureux, l'homme des beaux-arts

porté par

le

courant, aspirait l'esthétisme de l'am-

biance et recevait d'une réalité déjà embellie la

monde extérieur fournit à l'œuvre. Les jeunes hommes qu'on voit au bas des fresques

part que le

de Signorelli ne dépareraientpaslaplus noble composition;

ont été

ils

faits

cependant d'après nature.

Lignes, couleurs, décors se trouvaient réunis, et l'artiste

la

pouvait agenouiller son donataire devant

madone, sans

Sforza dans la

l'allégoriser.

Madone de

vous verrez ce que dans signifie

M™6 le

l'extériorité

Lise,

grand

Remplacez

la Victoire par la

moderne.

le

duc

M. X.

langue des formes

La Joconde

était

une mondaine du temps de Léonard artiste n'en a

;

pas plus changé la vêture

il


DE l'aspect actuel

que Palma Vecchio pour Titien dans la

Femme

L'artiste fermera les se

Trois Sœurs, ou

les

à sa

251

toilette.

y eux, en refusant de jamais

plaire à l'extériorité contemporaine.

valent aujourd'hui ont compris cette

Puvis de Ghavanes

sime par

la draperie

réfugié dans le et 1

instinct de

;

comme

nu

Rops

;

G. Moreau

est allé

génie,

ils

ont fui

le

ParsifaI, avec l'instinct

vocation, fuit l'embrassement

s'est

au Sabbat

élevé dans le rêve.

s'est

leur

nécessité.

sauvé de l'afïreux millé-

et le

mythe

Burne Jones

moderne,

s'est

Ceux qui

;

Avec

monde de sa

de Kundry. Quant

aux autres, aux impuissants, aux eunuques, aux Klingsors, quant aux Béraud et aux autres blas-

phémateurs, espérons que d'intelligents barbares

un jour, le feu des bivouacs, avec et non peintes.

allumeront, toiles salies

Certes,

angoissée

et

apparaît

terrible,

ces

cette

situation de l'homme des formes qui ne doit pas

regarder autour de

lui.

L'époque ajoute son carac-

tère ingrat à toutes les autres difficultés qui envi-

ronnent le

la

production esthétique. La tour d'ivoire, sont

plus seulement

d'une personnalité

intémérable. à

burg individualiste

l'expression

ne

force de race et d'idéal intangible

s'imposent

comme

le

sine

;

désormais,

qna non du grand

ils

art.


252

l'art idéaliste et mystique

Donc, sans s'appuyer à

la réalité vivante, pui-

soi-même tout ce que

sant en

fournissait

abondamment,

traitement, en ses rêves. Mais,

un concordat des

concevra abstraditions et de

dans nos songes, l'incohérent,

Tinharmonique foisonnent

bizarre,

métronome marque incessamment goût

:

chef d'œuvre

le

Tépoque

jadis

l'artiste

;

non pas

;

le

un seul

et

le

rythme du

celui

où quelques

qualités s'élèvent sur l'oubli des autres, mais le

canonique qui enseigne, autant

qu'il éblouit.

Pour l'énumératior» des génies de tout ordre et la hiérarchie de leurs œuvres l'étendue nécessaire ;

ne permet pas de l'insérer

ici,

mais voici quelques-

uns des canons esthétiques.

Pour

la

Cenacolo

composition:

V Ecole d'Athènes,

;

Pour l'expression de

la tête

curseur à mi-corps du Louvre

Pour seules

Pour seul

:

En

la

la la

signification

:

le

Pré-

;

Melancholia de Diirer

par

les lignes

;

animique par l'éclairage

Résurrection de Lazare de Rembrandt;

sculpture, la

sente le lyrisme iiu

humaine

la signification intellectuelle

:

le

:

Nihè de Samothrace

V Apollon (Belvédère),

repos (Louvre), l'harmonie;

le

repré-

Génie


253

DE l'aspkct actuel

Le Thésée

et

VYlyssus,

Parques (Londres),

les

la perfection. Il

rhétorique

des

formes,

chez

composition chez Raphaël

Rembrandt quez

Léonard

faut apprendre le dessin chez

;

la

féminine,

;

la

grâce

;

Michel-Ange

le clair-obscur,

peinture technique,

masculine, chez

chez Rotticelli

et

;

la la

;

chez

chez Velas-

Mantégna

;

la

Melozzo da Forli

;

l'androgyne, chez Signorelli. Il

n'y a aucune leçon à recevoir, hors de

sinon au plus matériel pour et

au plus immatériel pour la

la palette à

pitié à

l'Italie,

Madrid,

Bruges.

1&


DE LA VOLONTÉ ESTHÉTIQUE

En même temps que sait

dans l'opinion,

la

notion artistique s'abais-

s'amoindrissait parallèle-

elle

ment chez l'artiste. Au lieu d'œuvrer dans le silence, un Horace Vernet s'entourait du plus grand bruit possible ce n'était, du reste, qu'un :

peintre

;

mais d'autres, prétendant ceux-là, être

des artistes, n'ont pas craint d'arriver à l'extrême

de

oubli

travaille le

leur dignité.

qui

ressemble étonnamment à son confrère

peintre d'enseignes, dont

bagout

parisien

L'artiste

et la

il

a souvent l'âme, le

chanson vulgaire aux

sont-ils

ceux qui,

comme

lèvres.

Watts, croient à

la

mission providentielle de leur œuvre, qui officient ieur art;

comme Burne

Jones,

ou

le

dérobent


255

bË LA VOLONITÊ ESTHÉTIQUE

jalousement à

de

l'œil

comme Gustave

tous,

Moreau. Ouvrier à l'ouvrage, mondain ou bohème

du temps,

reste

au

lui-même

renonce de

l'artiste

dont

presque religieux

prestige

le

il

pourrait

s'entourer.

On

prétendu

a

le

que Wagner

fions

momentanément de la de son œuvre, catholique dans Tannhaû-

religion

Tétralogie.

rarement

Il

fixée

était

païen et Scandinave dans

ser et Parsifal,

importe peu de démêler de l'homme des formes

quelle conviction

vit

il

croyance à son art d'un

Pérugin sceptique. Certi-

Beau sur

pensée

de savoir

pour son œuvre

d'un haussement jusqu'au

prêcheur, enfin

sance du

la

ce qui importe c'est la

;

et l'ambition

effet d'iconostase,

rôle de

et

la

les

conscience de la puis-

la

âmes. Ce ne sont pas

les

simples qui s'extasient aux vitraux, aux sculptures, le

aux fresques

journal

Foi,

la

et

le

;

les

café

simples d'aujourd'hui ont

concert,

haute culture reste,

et,

survivant à la

la seule

qui veille encore devant les œuvres. se placer

au point de vue

le

garde noble Il

faut

donc

plus intellectuel, pour

la subtibilité à obtenir, et aussi

pour que

d'œuvre accomplisse son

de Bonne Parole,

Saint- Victor a dit

effet

qu'une vertu

le

chef-

se retir©

du


256

l'art idéaliste et mystique

monde, chaque

qu'un chef-d'œuvre disparait

fois

;

on peut ajouter qu'une vertu nouvelle rayonne sur

le

monde, quand un chef-d'œuvre

N'est-il

s'y produit.

pas singulier que les laïcisateurs, en

proscrivant les formes catholiques de l'au-delà, aient voulu proscrire l'au-delà lui-même, refusant

à

l'homme

latin

légitime

satisfaction

la

besoin animique. Lorsque

Robespierre

d'un

sur

les

débris de la religion, instaura la fête de l'Etre

suprême, ce sous-crétin montrait encore une sorte de jugement que

onagres,

les

successeurs,

ses

ont perdu. Le président répondant annuellement

aux vœux du Nonce

évitait de

prononcer

devenu séditieux du Créateur. Eh bien formule

talmudiquc

comme une

se

suspend

sera effacé de ce qui est écrit, sauf

l'Etre

nom

d'elle-même,

épée de Damoclès, sur tous ceux qui

se refusent à cette évidence sans pareille,

Ainsi les

le

la vieille

!

hommes

et les

Absolu sont

les

nom

le

ce

Tout

Divin. »

choses qui ont méconnu

promis du néant: rien ne

saurait survivre ni dans l'au-delà

ni

devant la

pensée humaine, qui disconvienne, à cepoint,aux nécessités de la raison. Il

veut

faut vouloir le Beau, le

Bien

;

il

faut

comme

appliquer

à

le

mystique

son art

les

exercices fervents que les fondateurs d'Ordre ont


2S7

DE LA VOLONTÉ ESTHÉTIQUE

nécessaire, pour amener la personnalité humaine au point d'abstraction en Dieu et je ne

jugé

;

sais pas

d'argument plus

l'artiste

des

que de

lui

décisif

pour convaincre

conditions de son particulier salut

comme j'ai

présenter,

fait,

une sorte

de nimbe rapprochant, sur l'outre-mer de nité,

génie et

le

dérait en

assimilait (et

il

donne une âme arrachés par effets

si

les

vraiment

peut

son

de enfin

qu'il

il

consacrées

effort

s'il

au miracle

aux formes parfaites, des

préférât

suffrages

touche ou

les

?

la milice

attaques

les

se consi-

croyait que Dieu

de l'Eglise

Templiers dispersant

les

il

devenir) et

le

goujateries de

de trompe-l'œil

Actuellement ouest sont

il

éternelle

apparence

quelle

(et

réussite

la

doit),

le

Si

le saint.

thaumaturge

l'éter-

contre

de

Quels

?

épées

leurs

Rome

?

Quelle

apologétique répond aux blasphèmes? Ce ne sont pas les oints du Seigneur privés de talent chaleur, qui soutiennent devant tige croulant

de

la civilisation

chrétienne

intellectuelle ce sont les

l'élite

fresque, de la voix,

de

?

sans

et

le siècle le

pres-

En

face

génies de la

Giotto à Michel-Ange, les génies de

Palestrina et Vittoria, les génies de l'ar-

chitecture

et

toute l'armée

de la sculpture ogivales qui sont

du Pape

éternel. Ainsi la gloire de


2oS l'Eglise

l'art idéaliste et mystique

ne

brille plus

que d'un prestige

d'art

qui lui conquiert encore des ànies, car

le

ancien

miracle

de Parsifal. à Bayreuth. dépasse ceux que produisent Lourdes et Paray. l'Eglise

esthétique,

et.

Wagner par

oraisons, c'est-à-dire de ses

Saint-Esprit

!

la

est

un Père de

vertu

de

ses

œuvres, on a vu

le


VI

DE L EROTIQUE

La les

seule forme poétique compréhensible à tous

hommes

l'amour

c'est

;

et

dans l'amour

sentent surtout la concupiscence.

l'œuvre d'art

de

la réalité

ils :

nudité

la

il

se

comporteront

En

face

comme

ils

de

vis-à-vis

n'y a donc pas à ciabauder contre

puisqu'elle

ment, qui permet

au

constitue

commun

le

truche-

de soupçonner

la beauté.

Quand Alexandre donna Campaspe ce

n'était pas

mais

à Apelles,

une munificence de royal

l'acte réfléchi

beauté plus que la

d'un

libertin,

prince qui aimait

la

réalité.

Quand M. de Bullow abandonna sa femme à Wagner, il imita Alexandre, il préféra la retrou-


l'art idéaliste et mystique

260 ver

dans

partitions

les

du

L'Art

mérite,

singulière

centiœ

;

le

mariage,

comme

le

style et la beauté, pas plus

demande

lettré

ne

cale,

l'Art transfigure

h maines

les

et

plifie la vie,

il

la poésie.

D'une sorte radi-

comme

moins de s'élever jusqu'à

jusqu'à l'androgyne,

:

il

sim-

milieu entre

le

être mi-parti qui

premier, mais qui prie

A

le

en l'élevant au-dessus des

contingences. L'artiste tient :

que

plusieurs des appétences

dissuade de se réaliser

l'unifie,

laïc et le religieux le

l'épithète

remedium concupisdemande plus à la femme la

l'esthète ne

lui

la

tellement moindre.

profonde de

et

proportion,

maître que de

et

conserver matériellement

la

pèche

le

comme

l'autre.

forme angélique,

comment produire

la

beauté

des corps, sans toucher sexuellement aux formes féminines.

Les femmes, d'elles-mêmes, ne comprennent pas les Beaux-Arts bien l'extériorité

;

l'artiste

œuvrant ne sent pas

masculine.

Comment mécon-

naître cette unanimité de l'Art, symbolisant les

plus viriles conceptions par la forme

Une

allégorie sera toujours

féminine.

une femme, Victoire

de Samothrace, Heui'es du Guide, Géométrie de

Mantegna.

Dans

la

voie

que

les

plus

grands

génies ont suivie, voyons toujours la plus forte


261

DE l'Erotique

présomption de vérité allégorique

figure

et, s'ils

;

ont attribué à

de

plastique

la

la

la

femme,

trouvons-en une meilleure raison que leur propre désir.

La dominante psychologique de la femme consiste dans un indéBni musical, susceptible de devenir n'importe quoi tandis que l'homme présente un caractère défini et sculptural, au figuré. ;

Donc,

plastique féminine se prête

la

volonté expressive de

femme ne

;

elle

la

elle a

Ici la réalité

nous

et éclaire l'adaptation esthétique.

Quant au rayonnement charnel qui de

la

une

devient plus ou moins

identique à celui qu'elle aime.

guide

la vie,

quand

reste pas ce qu'elle était,

rencontré un amant

mieux à

Dans

l'artiste.

femme

reproduite, doit on

l'épeurement moraliste

chacun

s'est

:

penchant

la

se

dégage

voir à travers

religieux

et

enivré de son

Juan méconnaît FAmour,

le

encore

et, si

Don

Casuistique mécon-

naît aussi la volupté.

En présence d'une

force constitutive de l'être

humain,

la

utilise et

ne maudit pas.

sagesse canalise, endigue, approprie,

Toutefois, le tableau ou la statue qui arracherait

au charretier ce si fière et

cri

animal, dont M™'" Récamier fut

chatouillée, serait

une mauvaise œuvre.


l'art idéaliste et mystique

262

figure, comme une compose virtuellement d'un corps

Souvenons-nous qu'une personne,

se

àme

sans doute, mais d'une

et d'idée; et

que l'idée

doit timbrer l'âme et déborder sa haute significa-

cation sur celle toute instinctive

L'œuvre

sens instinctif, c'est le cas

du

corps. le désir,

au

mais solliciter l'imagination,

et

d'art

ne doit pas éveiller

de toutes les anciennes représentations.

Joseph de Maistre a discuté longuement sur ce fait

qu'une moinesse, en son froc à

réalise autant d'art

que

la

Vénus au

plis droits,

bain, et nous

n'en disconviendrons pas. Mais plusieurs qui sentent la

faut pas

Vénus, ne sentent point

excommunier

ment, on doit

les

les

la

nonne;

et

il

ne

gens sur leur tempéra-

juger sur

le

résultat de leur

vouloir.

Quels sont ceux qui ont été corrompus par les statues et les tableaux

?


VIII

DE LARISTIE

Dans Comment o?i devient Artiste} une image

qui, reproduite

la triplicité

ici,

dH

employé

fera bien entendre

des éléments esthétiques et les condi-

tions de leur unité dans le chef-d'œuvre.

«

On peut

se figurer l'être

humain comme un

double coffret enfermant un diamant, La première enveloppe seconde

est

opaque,

les heurts,

lumière, la

les

le

corps

transmet à

la

non pas

la

si

la

buée

»

Le problème du chef-d'œuvre Beauté

il

seconde est translucide,

organique ud'obstrue pas.

la

;

secousses,

consiste à ce que

spirituelle transparaisse à travers l'ex-

pression ou corporelles.

âme

et

s'extériorise sur les

formes


264

l'art idéaliste et mystique

Or, plus la forme est subordonnée à l'expression, plus la beauté s'intensifie et devient subtile

jusqu'à laisser paraître la pensée esprit

même. Le diamant

rayonne dans sa double monture animique

animale.

et

Chez

plupart des artistes l'œil et la main

la

mouvement

seuls sont en

Chez

qu'un repoussé de

même

!

l'artiste véritable, la

la

beauté formelle n'est

beauté sentimentale,

elle-

substantification de la beauté intellective.

Si j'écrivais

dirais que,

une métaphysique de

même

obtenue sous

la beauté, je

les trois rapports

plastique, expressif et conceptif, elle ne se réalise

totalement que par l'unification, que j'appelerai

au-delà pour divin pour Si la

de

l'art,

le

profanes

beauté paraît à

que

elle n'est

supérieure, taire

les

Verbe

le

approximatif du

;

la fois le le

et,

de la triple qualité,

il

but

et l'essence

moyen d'une

essence

après l'obtention unifaut poursuivre encore

point de divinité.

Tel l'aboutissement

chef-d'œuvre réjouissent,

conçoit, et

et

les initiés.

me

il

;

en

parabolique du véritable

même temps

que

yeux

les

se

que l'àme s'émeut, que l'entendement

ya

un phénomène englobant

à produire,

servant d'une expression musicale

:

la réso-


DE

265

l'aristie

lution de cet accord à trois incidentes doit être

sur un relatif d'au-delà.

La Beauté, aux yeux de forme du mystère

;

par son sujet de

faire

et

l'initié,

s'appelle la

œuvre insusceptible

toute

ressentir l'inquiétante et

salutaire impression de l'inconnu d'en haut, n'est

qu'une œuvre de luxueux métier. La science dédie ses

palmes à ceux qui démontrent une

phénoménisme celui

qui

;

l'art

réalise

ses

n'offre

un des

du

loi

palmes qu'à possibles de

aspects

l'Essence incréée. Je propose ce critère précis

aucune forme ne doit

à la manifestation d'un ange

passage du Bereschit où tuelle

inventer

hardiment à

série

la

l'instar

pason d'œuvre,

:

être réalisée qui disconvient

l'on

;

et,

revenant à ce

voit la série spiri-

humaine,

de Baudelaire

qu'il faut

je

donnerai

comme

dia-

concevoir des figures

Dont les formes et les couleurs Gagnent le suffrage des Anges. Le plus grand préjudice, que et

la théorie idéaliste

mystique puisse subir,réside dans

doxies d'exécution.

seux

copier

des

On

a

pu voir d'habiles pares-

Epinaleries

prétexte de spiritualité.

les inortho-

Au

religieuses

contraire, plus

œ.uvre prétend à rendre l'au-delà, plus

elle

sous

une doit


266 être

l'art idéaliste et mystique

accomplie dans ses conditions techniques; de

même

que

renonciation

des

vérités

A-t-on

plus réfléchie.

parole limpide,

la

remarqué que,

littérairement,

exige

la

assez

l'expression

des

idées supporte mal les couleurs de l'image, exi-

geant l'emploi des formules de ne pas

afin

sur un thème Il

les

plus consenties,

mettre une obscurité de lexique

difficile

à percevoir par son essence.

faut distinguer cette impression grossière d'au-

delà qu'on produit avec des éléments hallucinaet

toires,

véritable version

la

de l'invisible qui

doit toujours se concrétiser en des formes sereines, telles

que

les

Grecs

le

conçurent.

La

Joconde,

le

Précurseur ont un calme physique, transportable aux

bas-reliefs,

si

l'on fermait leurs yeux,

éteignait la signification des bouches.

du timbre-poste

ler l'usage

idéal

si

Ton

Sans conseilcette

et

poncive du corps humain qui infériorise

la

vue

plupart

des belles œuvres de Gustave Moreau, on doit

prendre la tête

sance. sériel

le

type corporel à la Grèce, mais étudier

exclusivement chez

les génies

Ainsi la figure réalisera à

de la Renais-

la fois le

par l'eurythmie des membres

dualisme par

la subtilité

de la

type

et l'indivi-

tète.

Je voudrais surtout être pratique et j'insisterai

sur

un des secrets de

la

matière

:

c'est l'expression


DE l'arisïie

267

le mouvement d'une mouvement de la figure

des yeux qui déterminera figure

et,

littéralement, le

doit être la dispersion périphérique de l'expression

du

regard.

Léonard

est

Par l'excellence de cette Léonard.

qualité,


VIII

DE L ORIGINALITE

Jusqu'ici nous avons

Normes

aux

et

demandé

de suivre

rectrices de la Beauté:

les

venons

à

à l'artiste d'obéir

antiques

règles

lui-même,

et

aux

clauses d'un concordat entre sa personnalité et les canons. L'artiste

ressemble à un prisme cons-

cient chez qui le double courant de la vie et de la

réflexion se résout en lignes, en formes, en notes.

Ce prisme

s'appele, selon les vocabulaires,

rament, caractère d'âme vocation.

d'esprit,

et

Quoique l'harmonie

gogique à imposer,

et

tempémieux,

soit le point

péda-

y aurait de lillogisme à empêcher l'individu de se développer dans le sens de sa propension. de sentir, sent

;

On

il

peut

mais seulement

lui

imposer une façon

s ir

un

terrain

on convaincra un charnel de

il

l'idéalité di|


269

DE l'originalité

nu

;

mais,

on

si

on

insexuelles,

condamne

le

lui ôte ce

à des expressions

moteur, qui génère sa

vibration. Donc, que l'homme des beaux-arts s'interroge et, après s'être essayé à la montée abstraite vers la beauté, expression du mystère qu'il choisisse, parmi les notions esthétiques, une ;

fiancée,

Tépouse,

qu'il

qu'il la

garde dans sa passionnalité

généraux de son

art,

Suivant l'analogie, l'inconnu par riel,

le

le

cette

connu,

le

connaisse

satisfaite, les

canons

chef-d'œuvre

naîtra.

mélhode qui

éclaire

matériel par l'immaté-

persuade du parallélisme synchronique entre

les réalités et les entités,

sens, —

entre la substance et les

l'œuvre d'art est

le fruit

bisexué, s'est fécondé lui-même, sous la vie

l'artiste,

un

ce

influx de

ou de l'au-delà.

L'important sera de ne céder ni trop à tion, ni trop à la vie les

et, s'il

;

;

ou plutôt de

faire

la tradi-

concomiter

impressions du réel avec les conceptions.

On

pourrait, d'après le planétarisme, indiquer la voie

que souvent fixer.

Ici,

Gary de

la

il

faut

Grozc

fication des les

l'artiste

;

cherche longtemps, sans se

emprunter une idée à le

l'esthète

type solaire représente l'uni-

six potentialités

catégories astrales,

il

schématiques

signifie le parfait

;

dans

;

sans

égard aux planètes individuelles de Léonard, type


270

l'art idéaliste et mystique

solaire,

mais aussi mercurien,

solaire,

mais vénusien, leurs œuvres absolument

parfaites

bien

signifient

la

et

Raphaël, type

Solarlté,

parmi

la

caractéristique des chefs-d'œuvre.

Tous ceux qui

mineurs de

bleutés, les tons

lunariens,

emploient

comme

les

tons

cendrés,

la palette, sont

Proud'hon, tandis que

Rubens

décèle le marsien chez

le

des

rouge

et la goujaterie

de

sa suite. Lorsque la couleur ne concourt pas à l'expression,

chez ceux

qui

voient

presque en

camaïeu, ce sont des saturniens,

comme

Ange, Philippe de Champaigne

et,

Michel-

à un degré

moindre, Nicolas Poussin. Mercure régit ces autres

dont

le

ton se localise d'habitude, avec une domi-

nante argentée, vénitienne

du

xvii"^

Toute

l'école

réalise l'influence jupitérienne. L'art

On

en France, relève de Vénus.

siècle,

peut, en

Véronèse.

tel

laissant

le

type solaire

comme

l'idéal

proposé à tous, synonyme d'œuvre aboutissante, dire qu'il y a six voix de la propension artistique la lunaire effets

qui comporte la rêverie, la légende, les

d'angoisse inexpliquée et tout

d'animisme non marsienne

Romain, les

:

réalisé,

comprend

le pittoresque

analogues

les

le

domaine

désirs et souvenirs

violences

à

la

;

la

Jules

exagéré de Salvator Rosa,

du Miracle de Saint-Marc de


271

DE l'originalité Tintoret,

Delacroix;

et les

c'est ici

peintre passionnel, du dramaliste. est

lieu

le

du

La saturnienne

une voie qui conduit aux compositions sur-

chargées, mais puissantes et pensées, à la fresque, particulièrement,

mercurienne,

et

jamais au portrait. La voie

moins caractérisée en

la

la

soi et

plus souple, opère des transitions aisées entre des points par

eux-mêmes

réfractaires

de

;

là,

relèvent

tous les éléments d'illusions physiques, parfois

expression d'un intérêt

de l'expression,

l'acuité

contingent.

La voie jupitérienne

est

celle

des

pompes, des fêtes, tant sacrées que profanes, dans les

grandes dimensions. Lebrun en

est le type,

comme

Haëndel. La voie vénusienne conduit à

grâce,

à l'attendrissement

;

c'est la

la

matière fémi-

nine par excellence, qui rayonne aux Madones de

Raphaël, lesquelles sont conçues dans une donnée plus restreinte et terrienne que ses fresques.

Ainsi

l'artiste

chant qui

s'interrogera

lui paraîtra

et,

suivant

prédominer,

il

le

pen-

saura quelle

qualité développer, prometteuse de fruits.

Au reste, une

ascèse n'est jamais qu'une accom-

modation entre une personnalité

comme une œuvre d'une

vision

avec

n'est le

et

des règles,

aussi que

l'harmonie

procédé

qui

l'exprime.

Contrarier ces penchants serait réduire l'artiste à


272

l'art idéaliste et jiystique

une formule monacale,

et le

une renonciation de toute êtres qui y entrent

:

la

couvent repose sur

valeur expansive des

tandis que l'Art n'existe que

par l'individu, sauf TArchitecture

à ce point que

;

toute collaboration est impossible,

un

pas d'exemple de deux auteurs pour

une

d'œuvre. L'équilibre

tempérament de de

s'agit

le

fois

l'artiste et la

préserver

comment? sinon en

des

Norme

se créant

il

une esthétique, en et les

abandonne, en un mot en trouvant les

de l'Art,

le

heurts évolutifs. Et

en précisant d'avance ce qu'on réserve

Que nul ne

chef-

obtenu entre

élaborant un compromis entre soi

où s'harmoniser avec

a

et qu'il n'y

règles

et ce

le

;

qu'on

point par

convenances tradition-

entre les chefs

il y a un air de famille d'œuvre, car tous ont été conçus à

un moment où

leurs auteurs se trouvaient, malgré

nelles.

la

différence des

l'oublie,

temps

et

des lieux, en des états

de surnaturalité analogue.

Par conséquent, à la et

l'artiste

ne peut que s'anneler

chaîne d'or qui remonte

le

cours des âges,

fuguer sur des thèmes de pérennité humaine.


IX

DE L ASCESE

Agir d'après un motif consciemment élaboré, voilà

une moitié de

que

le

motif s'accorde au consensus des 'peïiseurs

pris

dans l'universalité,

la sagesse définie

et

;

ajoutons

nous avons une formule

d'éthique.

Or, l'éthique ne se différencie pas de l'esthétique

:

la façon

de vivre est dictée par la façon de

sentir, et telle façon

sement

telle

façon de vivre.

Toutefois, le point soit

goût

la théorie

le

commun

mode

quelque et

de sentir implique rigoureu-

tuelle ni farouche,

de

oii ils

à tous les créateurs,

s'expriment, c'est le

la solitude,

non pas perpé-

mais subordonnée à son propre

vouloir.

Evitant

la

comparaison de

l'abeille qui

rapporte


274

l'art idéaliste et mystique

à sa ruche

manger et

de

suc des fleurs, du tigre qui vient

le

sa proie assez loin

du

lieu

il l'a

saisie,

emportant vers son aire ce que ses

l'aigle

serres puissantes ont étreint

;

dans son

l'artiste,

mouvement nécessaire de convergence à lui-même, doit sortir de la retraite, dès qu'il manque de matière à ^œuvrer

y rentrer aussitôt qu'il a

et

emmagasiné des impressions nouvelles. La soirée stérile qu'on passe à mal rêver appartient au bal. Quand on est veule et absent de soi-même,

il

faut se souvenir de l'autrui

mondain.

qu'une

enrichisse

Je ne prétends pas

beaucoup l'imagination de l'aérer,

le

à tout le

soirée

l'artiste,

mais

elle

peut

forcer à des remarques profitables

moins,

et la nécessité

du

lui

démontrer

le

et,

néant du réel

salut par le rêve.

L'exagération qui éclate dans la vie des saints serait

f

meste au simple

fidèle

;

l'exagération coutu-

mière aux maîtres compromettrait plus

difficile

désobéi

et

modération dans L'art

raison

demande

même

se maintient,

le

à ses

i'artiste

Quel la

phénomène d'enthousiasme. adeptes de ne pas cesser la

en leur extase. Aucune violence ne et

on

mouvement, d'après d©

l'élève.

commandement que

calculera l'extinction d'un

sa vivacité

;

or, le

entraine tout l'avenir, et

il

grand œuvre doit

marcher


278

L*ASCÈSE

t>Ë

pas de continuité, un pas possible à l'habitude. Le dernier des êtres contient la force d'un élan faut une grande vocation, pour une simple il tin

;

habitude idéale.

La Régularité dans peu étonnante

à

l'intermittence, formule

première vue, par

un

développe-

le

ment, se plausibilisera. Il

faut que les oppositions se succèdent chez

l'artiste

:

à

une période de

travail

une de relative

dissipation succède, et proportionnelle

maintenant,

la

précision

applicable à l'un ou l'autre,

Se créer des habitudes les

rompre

de

l'idéalité

le et

tableaux

me semble

illusoire.

moins possible, devenir coutumier régulier de l'eftort

l'artiste

sculpteur ou peintre, des

se peut;

de jours

de pensée, de travail,

qui accomplit une vocation ou

Sauf pour

s'il

du nombre

de

même

:

la détermine.

monumental,

l'homme des

chevalet

médailles et les exhibitions

peut

tel le levier

architecte,

statuettes et

dédaigner

officielles.

les


X

DU SORT

La comédie humaine ne présente pas toujours un dénouement moral et le génie, comme la ;

vertu,

de prétendre à une récompense, doi-

loin

vent se

féliciter,

lient,

ne soient pas écrasés

monde

qu'ils

humi-

en l'éblouissant.

Par bonheur, l'histoire, flatte

ils

de tout un

par l'indignation

anormaux,

quétraiigers,

et

ennemis,

7'èfractalres,

moment, qu'on leur

à chaque

permette d'exister,

les

et

les

riches ne

comprennent pas

pauvres Fignorent;

incessamment que

sont vaines et que

les

la foule se

menaces

de

Tart

chef-d'œuvre annoncé ne

le

paraîtra pas.

Quand se lève,

il

et

parait, le

ah

!

tout l'armoriai de France

Jockey club

siffle

Tannhaûser,


277

bt SORT

Heureux encore qui arrive jusqu'à combattre, pour tomber en héros de l'esprit sous la bêtise d'une capitale

du

d'autres finiront dans l'hypogée

;

étouffés par leur pensée inexprimée,

silence,

assourdis par leur voix sans écho: et Lacuria

aura faim,

et

n'étouffe pas

pied disant as

un Wagner.

titanesque :

sifflé

va

César Franck mourra âgé

Le génie n'implique pas

nu.

faire

la

et

incon-

combativité; on

Celui-ci

a

posé son

nuque des mondains,

Admire, élégant fantoche, ce que tu

« ;

sur

la

l

»

et,

tous les soirs,

le

fantoche élégant

amende honorable au génie vainqueur.

D'autres, à défaut du génie wagnérien, ont reçu

du démon leur ancêtre, un entêtement tellement radieux qu'il défie à et

;

mais que

d'efforts profitables

l'œuvre se perdent à lutter contre les intrigues la niaiserie

La chance son milieu

des employés

de ce pays.

résulte d'un accord entre le talent et

or cet accord, actuellement, ne peut

;

se conclure sans prostitution, car l'artiste, loin de

prendre

le

diapason du public, doit imposer

le

sien.

En

1864,

l'homme

(1) Les Harmonies de Platon chrétien.

de

qui

avait

déjà produit

l'Etre, 2 vol. in-S',

dignes de Platon,


l'art idéaliste et mystique

278

Riensi, Tamihauser,

Lohengrin

Dis, viens à

«

A

aide

:

jusqu'à présent

poche,

et

un monde superbe

«

me

princier

Lohengrin

ce que tu peux pour moi, cher ;

;

le

mon me commande mon

que quelqu'un m'achète

que quelqu'un

Slegf7'ied, je

ferai à

bon marché. Je ne puis

pourtant pas faire mettre dans je n'ai ((

et rien

chaufîer.

Réfléchis à

homme

pu

se déroulera

devant moi où je n'aurai rien à manger

pour

j'ai

de ce|mois,le dernier florin sera sorti

la fin

ma

de

mon

et

:

aux avances d'un ami.

vivre, grâce «

Vaisseau Fantôme

le

écrivait à Liszt

les

journaux que

pas de quoi vivre.

Que ceux

qui m'aiment

me donnent

quelque

chose. <$.

de honte,

d

Voilà par où passa

son

ma misère dans les ma femme: elle en mourrait

Je ne pourrai avouer

journaux, à cause de

secret,

en

le

triomphateur de Bayreuth

même

temps que

son

:

génie,

s'appelle, la persévérance.

Aucune de bêtise

résistance d'opinion, aucune épaisseur

ne

résiste à celui qui persévère.

verare diabolicum

et

angelicum

Perse*

est, dit la thé9=»


279

DU SORT logie

;

en

eiïet, la

force des esprits réside dans la

continuité de leur vouloir.

L'homme

qui œuvrerait sans cesse, accumulant

productions surproduction, forcerait magiquement gloire

la

même

La

esthétique

création

une

à venir s'offrir. Seulement,

épouvantable complication se dresse

:

la santé.

épuise les forces

Tadmiration ne vient pas

et,

si

les renouveler, l'inspi-

ration tarit.

Aussi ne

faut-il pas,

de gaieté de cœur, se hisser

en Stylite sur sa colonne

;

concessionner, l'homme a plier parfois,

l'œuvre ne doit rien

le droit

dans l'abord,

courtois

enfin

si

les

et

aux imbéciles, pour sauver

de

être l'inté-

de sa pensée.

grité

On

ne remarque pas assez que l'intransigeance

de l'œuvre passe assez aisément,

même

transige

monocle que

de vivre

manières,

et

;

et

si l'artiste

un pantalon retroussé en

les sculpter

ou

lui-

mieux vaut encore porter un les peindre.

plein soleil


XI

DE

L EFFORT

Si l'on étudie quels soins

du

les fatigues

somme

comportent

riche, les nécessités

nécessaire

d'efforts

à la

l'oisiveté,

du monde

et la

plus aisée des

existences, on verra que les souff'rances de l'artiste,

sont compensées par des joies singulières. Et, d'abord,

rent

avec

le

que veulent ces

niais,

cocher, le cuisinier,

le

qui contètapissier,

tous les corps d'état, et arrivent, au soir de gala, harassés, pour la plus grande joie de quatre cents malveillants, qui

les

toujours?

dénigreront

veulent faire envie. Telle la bassesse

nul ne sait jouir, sans que

ne

souligne

son

plaisir

;

Ils

humaine que

la souffrance d'autrui

bien

plutôt,

elle

le

constitue.

Quel ennui de savoir que Michel-Ange

allait,


281

DE l'effort

œuvres des concurrents de

dessiner les

la nuit,

Raphaël

!

Comme on voudrait que ces

beaux génies

fussent fiers et purs, tels que leur œuvre.

Nous sommes convenus, en poser les passions, au lieu de

occulte, de trans-

les nier.

Que

l'envie

s'applique aux génies morts, dans une émulation

ardente

!

Que chacun

choisisse son patron d'art

rageusement poursuive

et

ment noble

et

le

intense. L'envie de valoir l'espoir

idéal

!

Un peu

Senti-

œuvre

un écueil

présente

;

de cette crainte, que

le

donne pour commencement à

la

d'égaler.

rituel religieux

sagesse, devrait enseigner les

même

fructueux, et d'où sortira une

aux jeunes

artistes, pour

grands maîtres, une vénération fanatique.

Ce qui accuse Beaux-Arts,

les

c'est le

vrais génies.

On

professeurs de l'Ecole des

silence qu'ils gardent sur les

ne cherchera pas bien loin la

raison de cette conduite

:

Harpocrate

« la crainte pour son prestige

».

ici

s'appelle

Aucun enseignant

de nos jours ne donne l'impression salutaire du respect des maîtres,

dans

le

ton où

il

doit être

présenté. Malheur en art à celui qui n'admire pas

jusqu'à balbutier, à pleurer devant une œuvre

Malheur à

comme plus

l'artiste

en matière ordinaire.

fameux de ce

!

qui tranquillement apprécie,

saint

Un

des exemples les

amour, Verrochio, 16»

le


282

l'art idéaliste et mystique

statuaire élève,

du Golieone,

Christ, se révéla

panneau

Florence

:

son

jeune

à

l'Académie

tel

le

— on peut voir

des Beaux-Arts

de

que maître Andréa renonça à peindre

consacra entier à

et se

montré

Léonard, chargé de peindre un ange dans

Baptême du le

l'a

la sculpture.

Quel contem-

porain suivrait ce modèle? L'artiste la

critique

de et

mal

la

Renaissance,

supportait

la

dague

infailliblement

aurait

répondu aux tons des journaux actuels

;

cette

exaspération allant jusqu'au meurtre venait, sans doute, de la mauvaise elle naîtrait

foi

des rivaux

m'étonne que Delacroix

Je

:

aujourd'hui

de leur ignorance. parfois

ait

tant

soulTertd'unarticle,commeje reste stupéfait d'avoir

vu Gustave Moreau à

l'Institut.

L'artiste

doit

puiser en lui-même la résistance opposable aux contradictions règles et le

et,

allié

il

dédaignera, certain que

de toute vérité, en sa voie

mais sûre, fera triompher son

lente,

secret des grandes

pour

le siècle

l'avis

contemporain.

Car, lieu

s'appuye fermement aux

s'il

aux maîtres,

temps, cet

Le

;

idée.

œuvres réside à œuvrer

à venir, sans jamais s'enquérir de

invinciblement,

l'homme médiocre, au

de chercher Dieu dans l'œuvre, s'y cherche


283

DE l'effort

lui-même mais

le

:

monde

applaudit,

et

s'y trouve,

peut être convaincu du néant

l'artiste alors

de ce qu'il a produit. faut

Il

que l'œuvre

ment moral chez

le

d'art nécessite

spectateur.

plain-pied dans sa pensée,

si

Si

un hausseon entre de

les relatifs

de réalité

sautent aux yeux tout de suite, l'impression esthétique n'a pas lieu.

L'œuvre ne peut avoir

venu où

elle doit

;

elle

ment Il

recueillement

engendrée, pour en faire un tremplin de

une excitation, sinon à penser, à rêver.

faut

impérieux,

mieux

niveau du premier

même

fut produite et cette volonté qui longue-

l'a

l'âme,

le

dégager ce

que l'œuvre pentaculise un sentiment et

elle le

plus elle est faite loin du

subjuguera.

monde,


XII

DE LA TEMPERANCE

désappointements

naissent

tous

d'une

mauvaise équation entre nos désirs

et les

renon-

Les

ciations nécessaires à leur satisfaction. les

insuccès de l'artiste proviennent

de

vent

rapports

n'avoir

pas

su

Mêmement

le

plus sou-

abandonner certains

secondaires, pour

montrer en entière

valeur la qualité significative.

Dans un

portrait, celui qui

s'amuse aux damas-

quinures de la cuirasse, à la dentelle du cou, ou

du cavalier Bernin, chifdraperie du marbre, en coup do vent, et

cet autre qui, à l'instar

fonne

la

s'applique à rendre des différences d'étoffe

ceux

qui, à la suite de Ruskin,

les feuilles

;

enfin

voulurent que

d'arbres fussent étudiées aussi minu-


DE LA TEMPÉRANCE

285

tieusement que les figures, en quelle erreur sont tombés

Simplifier formule

:

il

ils

!

pour

faut

intensifier,

du génie

ielle

l'exacte

du goût dans

et

le

génie pour connaître sur quoi la simplification

portera

Puvis de Ghayannes simplifie

;

partie méplate et les modelés

animées par

scènes

ouverte

:

dans

les cinq doigts

la

la

Femme

:

le

trop

la

Poussin gâte ses

projection de

la

main

adultère, par exemple,

en éventail tournent au grotesque

par leur répétition

;

en outre,

le

nez de statue,

le

nez de masque tragique qu'il impose à tous ses visages les éloigne trop de la vie, sans les rappro-

cher du

style.

Les mains ne doivent être en vue que dans un tableau à peu de figures

et,

exprimer l'étonnement ou

l'efîroi, la

jamais,

môme

pour

main ne

doit

être ouverte entièrement.

Ce qui décèle ou

sculpteur,

le

c'est

le

soin qu'il

visible joie

le le

plus souvent, chez le peintre

peu d'envergure cérébrale,

donne à

d'ouvrier,

fier

l'accessoire, avec

une

de montrer un figno-

lage technique. Le goût public pousse à des rendus puérils,

bons

pour Netscher

;

et

combien peu

d'amateurs se défendent d'un plaisir animal à voir, parfaitement distingués par la touche, les luisants


286

l'art idéaliste et mystique

les brillants de la soie, les matités du La robe de la Joconde en quoi est-elle ?Nul ne se le demande. De quoi s'ag-it-il en art ? De

de peluche,

drap.

produire de

la

beauté plastique,

beauté morale, on le doit

qu'on

tuelle,

seule réalité

s'y

efforce

comme

de

;

la

il

le

Franz Hais,

;

de la

beauté intellec-

Ceux qui

!

faut

réalisent

comme

la

Velasquez

ont droit à l'admiration des élèves qui apprennent à parler la celui

même

langue des couleurs,

comme

qui s'énonce avec aisance dans les circons-

tances de la vie excite une approbation unanime.

Hercule ne réside pas dans ses biceps, mais dans l'emploi qu'il en fait

admirable pour la arpèges

il

;

même

de

vélocité

et ses traits,

Liszt n'était pas

de

ses mains,

appliquait: ainsi celui qui, par un sûr

les

procédé, étreint l'extériorité des choses et porte dans

que

le

de son

L'artiste

ses

mais dans l'emploi esthétique

marbre ou sur aptitude,

réaliste,

qu'il

et

la toile,

ne témoigne

non de son

s'appelle

la trans-

altitude.

Jordaëns

ou

Chardin, est semblable au Paganini qui jouerait des transcriptions de musique militaire, ou au

chanteur qui consacrerait une admirable voix aux

d'Auber et de Adam. Quand se produit un tempérament semblable à celui d'Haïs, de

inepties

Rubens, on

est

en présence de ce qui s'appelle en


287

DE LA TEMPÉRANCE

La nature

tnusique une belle voix. ses

dons ne signifient devant

adhésion à l'éternelle beauté.

moral

quel

a

donné, mais

l'art,

qne par leur

Au

monstre dangereux

point de vue serait

l'esprit

laïque et négateur apportant l'analogue de l'onction

à la propagande athéiste les

? Tels,

cepenrlant, sont

exécutants d'art sans pensée et sans reflet de

de se figurer avec mauvaise

la

divinité. Inutile

foi

notre enseignement

proprement

dite

:

d'un sens divin, et

le

restreint à

paganisme

même

Cythère de Watteau ne

Que

beauté.

aboutisse au ce sera force,

celui, joli,

peu

disconvient

couleurs diluées,

;

impuissant à réaliser

le

beaucoup

le

amoindries,

l'homme des

Arts.

le

à

la

Beau,

victoire,

sens latin de

Beau, en ses

recevront sous des

mais suffisantes à

cette action sociale qui associa jadis à

des Dieux,

pas

— ce sera encore une

d'êtres perçoivent le

formes suprêmes

susceptible

V Emharquemenl poii?^

encore une vertu dans

car

mysticité

la

est

l'homme


XIII

DE LA VOCATION

Avant de

se consacrer à l'Art,

on devrait

s'in-

lerroger et ne pas décider tout de suite, car le seul vie

;

fait

et

de choisir

le

destin d'artiste,

change de

qu'on parvienne au talent ou seulement au

ruban rouge, les conditions d'existence deviennent spéciales.

Celui qui n'a pas de talent et celui qui

n'a pas de succès sont

malgré

mais,

malheureux également;

l'habit vert, les

commandes

et les

décorations étrangères, le sans talent, par exemple, souffre profondément.

En

outre,

j'écris

terrible

la

et

ici

les

spirituels Français

langue s'esclafferont à

loisir,

il

dont

y a un

compte à rendre, outre monde, pour tous

ceux qui osèrent toucher à

l'arc

Ithacien

:

ils

péfirout sous la flèche des Causes Secondes, en


289

DE LA VOCATION vertu de ce principe

:

la témérité s'appelle

un

droit

ou un crime. Sophocle magistralement symbolisa cet arcane redoutable

;

mais nul n'entend plus la

voix traditionnelle des vieux mythes

goujats sont sur droits,

le

trône,

criminels,

ces

les

et,

comme

les

téméraires sans

consomment

toutes

les

usurpations.

Lois sans justice, gouvernement sans autorité,

mœurs

sans noblesse, littérature sans idée, et

peinture sans dessin se complètent

et se nécessitent

entre eux.

Vaines

les

lamentations, inutiles

les

anathèmes!

Quelle alchimie sur de pareils éléments produira

une parcelle d'or? l'individualisme.

Ce que

j'ai

ailleurs,

dit

spécieusement à

l'artiste

à l'artiste, s'applique

condamné désormais à

un rôle de burgrave. La magie pratique consiste à tirer

plus lumineux parti de soi, des autres

le

et des circonstances

lois

de ce

toujours

:

et telles

sont les mystérieuses

monde qu'une compensation surgit à un désastre même. Une

parallèle

époque sans théorie, sans école,

un développement tout à

laisse à l'esthète

fait libre.

Puvis,

Burne

Jones, Watts, Gustave Moreau, Rops ne se ressemblent qu'en

un

point, leur indifférence des idées

qui font leur gloire* i?


290

l'art idéaliste et mystique

La décadence ipsisshnus

;

permet

à

d'être

l'artiste

permet aussi de

lui

elle

lui

s'abstraire,

c'est-à-dire de concevoir, en dehors des conditions

de milieu.

Le métaphysicien a charge l'artiste

et

ne s'en

il

légitime,

à

il

a droit

aux égards qu'on ne refuse pas

une femme enceinte

que

la niaiserie des

du Gharap-de-Mars qu'on veut,

Là,

et

mais

ne geste

faut-il qu'il

indépendance de

l'opinion,

indépendants.

;

!

entière

sanctionne

Champs-Elysées ;

elle a

on

l'artiste,

a produit plus

et la

vulgarité

produit l'exposition des

expose

littéralement

l'époque,

ce

à une exposition

cela ressemble

Libre envers

que

d'horreurs

clinique plutôt qu'à une exhibition des Arts.

l'artiste

Beaux-

se

trouve

d'autant plus obligé envers la tradition.

Au

reste, je

cherche quelle œuvre violatrice des

règles a triomphé par le pouvoir

ne

la

découvre pas. Delacroix,

classiques, tandis

du temps,

Wagner

et je

sont des

que Manet, par exemple, retom-

bera au néant, après que les boursicotiers auront fini

;

pas faute. Son égoïsme apparaît

fait

pas un monstre Cette

d'esprits et d'âmes,

créateur ne peut songer qu'à lui-même

de soutenir sa mémoire pour placer

similaire des sous-Maneti

le

stock


1

29

DE LA VOCATION

Ce

même

public,

ces

mômes amateurs

qui

encouragent aux audaces, n'estiment que l'observation au moins apparente des règles et

le

vieux

Charles Blanc parle, dans ses salons, de l'impeccable Bouguereau, sensa errore^

comme André

del Sarté. Jamais l'individu vraiment

doué ne

dans de meilleures conditions pour

se ressaisir

fut

sur l'emprise ambiante, qu'en cet affreux millésime,

du moment qu

il

adhère à un parti-pris d élévation

et de noblesse. Il

est

plus

une période

valoir dans

de

aisé

déchéante que de se détacher en vigueur sur un

ensemble lumineux

;

je

m'étonne que l'homme

des Beaux-Arts ne saisisse pas plus habilement l'occasion offerte de s'élever sur la ruine latine.

Nous sommes de sentiments les

qui,

dans

un confluent d'idées, de formes, courant charrie

le

;

plus divers

étaient tels,

à

;

et les

habiles,

si,

prendraient la voie du

les

fins

les

éléments

vraiment,

ils

style, la seule

de civilisation, puisse s'appro-

prier, sans se corrompre, les parties encore saines et flottantes, sur les

cence qui approche.

premières eaux de l'intumes-


XIV

DE LA TRADITION

Le

médiocre, puisque

dilettante, outre qu'il est

âme

son

chaleur ne

sans

s'enflamme jamais,

incarne la sénilité d'un temps

;

c'est

l'égoïsme

dans un domaine où rien n'existe que colossaux du passé disant: c'est

le

«

Moi

;

c'est

la

aussi, je suis

fourmi,

les le

Moi

ciron,

un microcosme:

»

bourgeois transporté dans la sphère de

Tidéal et savourant les chefs-d'œuvre avec gour-

mandise, au lieu de prie

;

les

contempler

Prudhomme et BonhomRevue des Deux Mondes le

le dilettante, c'est

met passés par vieil utilitaire

la

;

qui trouve que les petites

des tableaux dérangent moins petites (jui

comme on

femmes vivantes

;

femmes

la

digestion que les

c'est le

calme malfaiteur

achète les premiers crépons, collectionne lec


293

DE LA TRADITION affiches et

commandite

lisme

dilettante,

le

;

épateur;

paye

tachisme

et le pointil-

bourgeois devenu

c'est le

malin rentier qui, prenant sa revanche

le

sur les charges se

le

les

Daumier, avec un peu d'or

de

dernières consciences, et ruine, par sa

protection intentionnelle, l'art véritable.

En

face de ce sinistre

artiste

termite,

une

complémentaire, se développe

tante pratiquant,

auquel

:

espèce, le

dilet-

d'insane ne reste

rien

étranger, qui copie les crépons, les affiches, enfin

expose

mauvais papier peint ou

le

le bas-relief

océanien.

Les Garraches, ces génies à côté des gens du présent,

ces

ennuis

il

côté des autres Italiens,

à

Sur

étaient éclectiques.

les

murs de leur

atelier,

y avait une célèbre formule rassemblant, en

une

litanie

formule « Il

Ange,

de qualité,

disait à

les

grands mérites,

peu près ceci

et la

:

faut au véritable artiste la force de Michel-

perfection de

la

Gorrège,

le

Raphaël,

mouvement du

d'André del Sarté.

du

grâce

la

Tintoret,

le

dessin

»

Cela était touchantjbien intentionné

et naïf ces :

qualités émanaient de l'âme de ces génies, et seul le

procédé s'apprend.

On peut

dire

:

«

Enlever

les

clairs sur clairs


294

l'art idéaliste et mystique

comme

Corrège,

bleutez les fonds derrière une

comme

figure unique et sans action, et,

quand

la tête et le geste

la

Joconde

même la constituent seule, noyez le d'ombre, comme dans le Précurseur. On sion et

attribuer la forme de la

décoratives,

et' dire

flamme

que

les

agitée

coudes

torse

peut

aux figures

et les

genoux

On

doivent être écrasés un peu, pour l'élégance.

apprend une technie

âme

;

;

suffisent à l'expres-

on ne décalque pas une

d'après une âme.

Toutefois, l'artiste doit se forcer à sentir cano-

niquement, c'esl-à-dire à penser beau idéal, et

dans

les

conditions

et à

mêmes où

les

œuvrer génies

pensèrent et œuvrèrent.

Le plus répété des thèmes,

Madone permet

la

d'exprimer des sentiments vivants

vrais.

et

Les

Italiens primitifs l'ont faite grave et consciente

du

mystère quil'a honorée; lesautreslavirentsereine, avec des traits d'immobile joie.

peut hardiment évoquer devant le

Calvaire et réaliser ainsi

mais

la

un

yeux de Marie,

efl'roi

indicible,

Vierge restera belle. Le point d'art d'une

expression est celui Est-ce que tout l'œil

Un contemporain les

des

le

oîi elle n'enlaidit

monde

femmes des

yeux de Madeleine?

effets

pas

la

forme.

flotter

dans

transposables

aux

n'a pas

vu


295

DE LA TRADITION

Avec ses

on

l'œil des fait

lasses des les

mères

et le visages des religieu-

une madone

mondaines on

vieux prêtres on

avec

;

les

expressions

une repentie. Avec

fait

de nobles saints. Ai -je

fait

dit, en

cetteaccumulationdedétails,que,la jeunesse

étant

une condition de

une condition de où

la

la figure,

Beauté

et le patriciat

n'y a que

il

deux cas

l'on puisse reproduire la vieillesse et la basse

humanité: quand l'une exprime

la fin

d'une vie

mystique, quand l'autre accomplit un acte de piété. C'est la divine faculté de la religion d'embellir

tout ce qu'elle englobe giosité qui

;

ou, mieux, c'est la reli-

comme

apparaît

l'état

d'âme

le

plus

noble où l'homme se puisse trouver mieux vaut manant à genoux que noble arrogant à cheval. La filiation du présent aux traditions s'opère sur le plan des pérennités de l'âme humaine à :

;

travers

les

formes

modifiées,

constitutifs de l'être se retrouvent,

les

sentiments

semblables en

puissance, différentiés seulement d'expression.

Les

mêmes

mêmes

désirs,

les

mêmes

noblesses,

agitèrent l'âme de

les

la

Renais-

sance se disputent encore l'âme actuelle;

l'artiste

fièvres qui

doit voir avec l'œil de l'esprit, et transporter

dans

comme

ditHamlet,

le style cette réalité

de l'âme

qui est la matière seconde de toute œuvre.


XV

DE LA MORALE

Les rapports de

l'idée

morale

de

et

l'idée

esthétique, en perpétuel conflit, ne furent jamais réglés.

Deux fanatismes opposés

s'augmentent chacun,

au

lieu

en vérité unificatrice. Mysticité

à

l'un

de et

l'autre

résoudre

se

perversité

se

regardent, inséparahles autant qu'opposées, comme

Modestie Il

et

Vanité de Léonard.

faudrait

trouver une

oeuvre

perversité pour résoudre le problème.

typique Il

y a des

Rops qui sont des crimes, surtout parce blasphèment atrocement dans

le

xvni*

siècle,

perverse et je ne Si

la

;

il

de

qu'ils

y a des lascivités

mais je cherche l'œuvre

trouve pas.

on déclare pervers, le sourire de

la perversité serait alors

la

Joconde,

seulement la complexité


297

DE LA MORALE

OU encore

ment

de sa Norme, à rebrousser

Or

Etymologiqne-

l'hésitation expressive.

la perversité consiste à

détourner une chose le

sens harmonique.

ne s'applique pas au Précurseur. Si

ceci

la

perversité réside dans la forme, elle devient relative

aux notions du spectateur. Des incultivés consi-

comme une

déreront l'Androgyne

du sexe

différentiation

Funité

est

;

déviation à la

ce qui équivaut à dire que

une déformation

du

binaire.

En

général, nos jugements sont faits de nos impulsions, et

ceux qui voient Sodome à propos de cette

suprême pureté, l'Androgyne, sont simplement des gens à sodomie latente. Car

il

faudrait accuser

tous les maîtres, les plus grands, et leur biographie étant connue

créance à de

ne nous permet pas de donner telles

Le Phèdre

et

calomnies.

/e

Banquet de Platon

révèlent,

sans doute, l'abominable erreur des Ioniens. Mais le

Christianisme a sanctifié TAndrogyne en faisant

l'Ange

;

et l'Ange, c'est le

dogme

plastique. Ainsi

des formes réelles et harmoniques ne sauraient être perverses

éléments

l'expression pourrait receler des

;

blâmables

;

comment

incriminer un

caractère aussi impressif que celui d'un sourire

ou d'un regard qui

regarde.

?

Là encore

Oninla

tout

dépend de

munda mundis 17»

;

celui

ormila


298

l'art ioéaliste et mystique

immunda immundis. Jacopona Thérèse

sainte

accumulé

ont

comme

da Todi

expressions

les

rendre leur amour de Dieu.

passionnelles pour

L'audace des mystiques dépasse celle des poètes; s'étonne que

et l'on

mer que par

les

qui ne peut s'expri-

l'artiste,

formes

ne ren-

et les couleurs,

contre pas des effets de concupiscence, chaque

de la beauté.

qu'il réalise

que notre désir

s'éveille

Il

fois

est fatal et légitime

aux belles formes

:

il

est

nécessaire qu'il se subordonne aux beaux senti-

ments

:

il

est

suprême des

mieux encore

belles idées. Mais, esthétiquement,

pour manifester une liser

charme

qu'il subisse le

par l'expression

idée, ;

il

faut la sentimenta-

la

et

beauté des

idées

mystiques s'exprime parla beauté des formes. ce sont les yeux

ou plutôt

Ici,

regardeurs qui sont coupables,

est-ce cetfe infériorité

de ne pouvoir rien

sentir,

où nous sommes

que sur

portées

trois

simultanées, dont une seule est pure

?

Toutefois, pour descendre à l'acception courante

du mot,

la perversité consisterait à s'adresser à

l'instinctivité, à

ce sens,

le

émouvoir animalement; mais, en

tableau patriotique est

semblable au tableau la partie brutale

La morale de

lascif

;

une opération

tous les deux visent

du public. l'artiste s'appelle le style

;

et, s'il


299

DE LA MORALE

ne met en son œuvre rien qui ne disconvienne à

un

vitrail

ou à une fresque, qu'il

seuls juges

chargent

soit

en paix

!

Les

sont les anges et ce sont eux qui se

du péché d'androgynisme, qui

façon de les prier.

est

la


XVI

DE LA LUCIDITE

L'art chez les anciens se greffe sur les institutions politiques et fait corps avec elles.

La grande

peinture fut publique, monumentale et exclusive-

ment

décorative. Les Grecs étaient trop excellents

sculpteurs pour n'être pas parfaits dessinateurs leur trait vaut le nôtre

Siudli

le

montre.

Ils

sous sa forme, non

Hercule

n'est

;

une

visite

ont traité la figure humaine, individuelle, mais typique.

pas un

individu,

abstrait qui réunit les traits

Ce qu'on Anciens

est

;

au musée degli

un

c'est

généraux de

pourrait appeler

perdu pour nous

le

être

la force.

grand art des

et les restitutions

archéologiques ne nous montrent que les chefs-

d'œuvre déclarés et

tels

par

la

plume des rhéteurs

qu'on ne peut juger sur les éloges

pompeux

i


301

DE LA LUCIDITÉ

que

les

poètes en

c'est l'art

ont

fait.

Ce qui nous reste, et Pompéi

Herculanum

domestique.

sont là qui nous donnent sinon

célèbres et l'expression c'est

la

du goût général. Toutefois,

plume même de

sa conception

plus haut point

le

du moins des copies des œuvres

de perfection,

nous dira

l'antiquité qui

du beau.

Le concept grec est parallèle à la nature, comme sa ligne monumentale parallèle à la terre. Dans un pays où Iharmonie était la religion d'Etat, l'art

ne pouvait être qu'unitaire,

l'artiste

et

ne

devait avoir pour but «jue produire l'impression

de sérénité. Parcourez l'Anthologie

que ce qu'on loue nous appelons l'imitation de

un peu

le

la

et

vous verrez

plus, c'est rillusion, ce

le

rendu,

ce

qu'on a

que

nommé

nature. Pline, dans ses phrases

indécises, et, Cicéron, dans ses Verrines,

ne sont élogieux que pour l'excellence de cution qui leur paraît supérieure

à

l'exé-

l'invention.

Lorsque Quintilien parle des peintres comparés aux orateurs,

Dans

le

c'est

dialogue

Socrate demande le

dans

le

même

rapporté

sens.

par

Xénophon,

à Parrhasius de faire

du visage

miroir de l'âme. Aristote trouve que l'expression

morale manque à Zeuxis. Mais Socrate

et Aristote

sont des esprits supérieurs de beaucoup à leurs


302

l'art idéaliste et mystique

contemporains

dont

et

les

dépassaient le

idées

siècle. L'artiste grec,

ayant à exprimer un senti-

ment

C'est

élude.

violent,

marbres d'Egine, que

l'on

Munich, devant

à

comprend

la

les

méthode

grecque, dans la représentation des passions. Toutes les

têtes

de lignes, tandis que

calmes

sont

mouvement du corps donne l'expression

le

appelle

d'ensemble. Et cela n'est pas vrai

seulement de Fart primitif

:

la,

Niobê, par exemple,

par sa pose, mais décollez

est pathétique et

qu'on

ce

vous n'y verrez certes pas

le

la tête

désespoir d'une

mère.

Ce

n'est qu'à

un Laocoon

dans

les afîres

douleur. Ce spectacle eût été insupportable

la

pour

l'on verra

se crisper et hurler

se contracter,

de

Rome que

les Grecs.

Mais, à côté de la bêtise

humaine

l'art

sacerdotal, la sculpture

:

agissait sur la peinture qu'ache-

taient les particuliers.

Le grand ouvrage de M. Helbig sur la peinture campanienne démontre l'admiration des Anciens pour

le

trompe

l'œil, et

M. Desgoffe leur eût semblé

un maître incomparable.

Ce

que

Philostrate

décrit avec le plus de plaisir et de soin, c'est Tin-

carnat

d'une

pomme,

le

caillé

du fromage,

la

goutte de rosée perlant sur un fruit, une araignée


303

DE LA LUCIDITÉ

d'une minutieuse exécution

;

et, lorsqu'il s'extasie

Andromède contemplant dans

devant Persée

et

l'eau la tète de

Méduse,

qu'ils

ne sauraient regar-

der en face sans danger, c'est bien moins l'ingé-

que

niosité de la composition qu'il admire,

le reflet

habilement produit. Les bodegones, ou tableaux de salle à manger, remplissent plusieurs salles au

Musée de Naples, et nul doute que, aux yeux des romains, La Berge, Huysum, Weenix n'eussent paru de grands

artistes.

Quant aux œuvres

véritables, elles

nous ont

été

racontées par les sophistes, et nous ne pouvons rien en inférer, légitimement.

gnage de Pline, une œuvre

D'après

le

témoi-

pouvait être

d'art

inférieure à la description qu'elle avait inspirée.

De

là,

une émulation qui pousse

mettre dans

le

indépendamment de réalisé.

«

le

rhétheur à

tableau tout ce qu'il a dans la tête, ce que

le

Tout ce que peuvent

peintre a les

Hermogène,

discours le peut,

dit

sert

comme

amours d'Hysminè

dans

les

le

non seule-

ment Vecphrasis

et

déjà

peintres,

d'ornement aux contes, et

dHys-

minas ; mais elle est un genre littéraire, un exercice qu'Hermogène distingue avec précision des autres. La subtilité que l'on a reprochée se trouve à chaque instant dans Vecphrasis. La


304

l'art idéaliste et mystique

Diane de Chios

paraissait triste

entraient dans le Temple,

Une femme troyenne

sortaient.

sant la base,

c'est, dit

ceux

qui

a

en

un pied dépas-

Libanius, qu'une captive,

une femme n'ayant plus de la terre de ses

à

gaie à ceux qui

deux pieds

patrie,

ne touche pas

enfin,

et,

;

Alexandre

d'Aphrodisias donne pour raison de la nudité des

dieux que

c'est là le

symbole de l'innocence.

Montalembert prétend que,

si

dans

la

»

chaire du

Baptistère de Pise, Nicolas Pisano a représenté le

po

Christ les bras horizontalement étendus, c'est r

embrasser l'humanité tout entière dans

Rédemption

et

;

il

ajoute

«

:

Le

la

critique est alors

doublé d'un voyant qui cherche dans l'œuvre d'art

le

voyant,

symbole de sa

foi.

» Cette épithète de

la science positiviste la jette à tout écri-

vain catholique. J'ai entendu professer, à l'Ecole

que

des Chartes, était

le

symbolisme du moyen-àge

une création des archéologues, et que les

sculptures de

nos cathédrales n'avaient aucun

système suivi

et constant.

tation facile la

!

Grave erreur,

et réfu-

Les dix-huit cent quatorze statues

de'

cathédrale de Chartres ne sont que la reproduc-

tion figurée

du Spéculum Unlversale de Vincent

Beauvais. La cathédrale de Laon

le

abrégé, celle de Reiras montre

miroir

le

contient eni histo-a


30S

DE LA LUCIDITÉ

rique

développé extrêmement aux dépens

miroir naturel Il

et surtout

du miroir doctrinal.

n'y a qu'à lire V Encijchypèdie

saint Louis

pour

chons dans

la

boles de notre

du

du précepteur de

se convaincre que, si

nous cher-

sculpture du moyen-âge les foi, c'est qu'ils

sym-

y sont et que nous

ne sommes point des voyants^ mais simplement des clairvoyants. 11

et

y a donc eu, à toute époque, un art sacerdotal art commercial.

un

Tout rapprochement impossible entre de Zeuxi-i

et les

les Raisins

Noces Aldohrandines

;

entre les

pastiches de l'Espagnolet par Ribot et la sirène de

Burne Jones. Séparer afin

du pur froment,

l'ivraie

que nul n'ignore qui sont

marchands du temple

les prêtres et

qui

vœu. Donc, que l'artiste se juge lui-même est-il prêtre ? qu'il nous montre ses Dieux. Est il

sont

les

:

voilà le

:

industriel ? qu'il cesse de voler et

qu'il

un

prestige sacré

continue à tenir les articles portraits,

paysage, patrie,

Beaux- Arts.

et

autres

numéros du magasin des


XVII

DE LA GLOIRE

Les Sermonnaires de tout temps fulminèrent avec aisance sur la vaine

mieux

fait

de

gloire

eussent

ils

;

nier la gloire dans la vanité et de

montrer qu'elle doit

être l'anticipation

Cherchez ce que sont devenus Sylvestre du dessin

;

ils

dorment dans

boutiques, pour Toeil du

du

vieillard

le

salut.

Armand

les

fond des

lubrique, et

c'est tout.

La fut

postérité fait justice des indignes, et ce qui

composé pour

flatter

une passion basse a péri

avec son occasion. La gloire ne nimbe d'un or indestructible

que

les

pour désigner coup

succès.

et

il

faudrait

La renommée,

un mot

c'est

beau-

et notoriété, insuffisant; réputation est

;

grave

le

purs génies,

;

engouement conviendrait à

ce

bien

phénomène


307

DE LA GLOIRE

par lequel

homme,

public,

le

met au pavois un

séduit,

sans valeur véritable.

Prétendre que

jugement des

le

siècles soit équi-

table, ce serait oublier qu'il s'agit d'un

humain,

que

et

la

jugement

mémoire universelle

retient

peu de noms.

Combien

sont-ils

qui connaissent Melozzo da

Forli,

ce radieux génie, et Signorelli, ce Michel-

Ange

antérieur à

siècle

Qui

"?

l'autre

se doute,

la critique d'art,

gieux artiste

?

parmi

les

dun Bénozzo

En

sont-ils

consiste-t-elle à

gloire

presque d'un

rédacteurs de

Gozzoli, ce prodi-

moins grands,

être

demi-

connu de

et

tous,

la

ou

adoré de quelques-uns?

La pratique répond nettement qu'il n'y a aucun plaisir à être connu du nombre, et que seuls les pairs nous réconfortent, en nous louant. je

me

Du

reste,

risque à rabaisser la notion de gloire, en

notion d'hygiène de la production.

La

gloire nécessaire est cette approbation qui

confirme un créateur dans sa voie.

comme

la

compris

et

Il

a besoin,

femme, d'un milieu fomentateur où, aimé,

il

trouve l'appui mental d'une

communion. Un ami vaut mieux que cent articles, et dix

amis que dix mille

articles, et j'entends, ici^

amis de l'œuvre plus que de l'homme, car

il

faut


l'art idéaliste et mystique

368 séparer

les

malgré

ici,

l'avis

wagnérien. L'œuvre

d'art, à pe-î près toujours, dépasse celui qui la

au lieu que

duit,

complètement

les

lettres

pro-

n'expriment jamais

à cause de la surabon-

l'écrivain,

dance d'idées conscientes

qu'il lui

tandis

faut,

que l'homme du dessin œuvre en un demi-som-

nambulisme.

Veut on savoir

renommée

nelle

?

la plus

solide base d'une éter-

qu'on cherche ce qui survit aux

races et aux cités

leur

:

religion, cette partie

religion

;

et,

dans

la

semblable en tout temps, en

tout lieu, l'ésotérisme, patrimoine

commun,

diver-

par les symboles, mais permanent à travers

sifié

la variabilité des formes.

La et

gloire consentie

vraiment

les

mais, parce que être

petit

nombre

ce sont des génies,

le ils

est sûre

;

monde

;

n'ont pu

compris de beaucoup.

La élite

du

génies ont étonné tout

difficulté se ;

on ne saurait

ni de littérateurs,

prétendent

voit à la spécification de cette la ni

composer de professionnels, de philosophes et ceux

à l'esthétique

qi

sont bien divers et diver-

gents d'opinion. «

a dit

Le beau

est ce qui plaît à la vertu éclairée, »

quelqu'un, définition superficielle et qui ne

guide pas.


DE LA GLOIRE

309

Plus sûres que les avis des vivants, les œuvres des grands morts

sont là pour avertir de ce qui

rapproche ou détourne une œuvre de sa perfection.

Les chefs d'œuvre sont

l'artiste

de touche

les pierres

éprouvera par comparaison

de ce qu'il produit; et qu'il

soit

la

valeur

persuadé que

continuer la version de beauté d un maître, c'est

conquérir aussi quelque chose de son immortalité.

La

gloire obtenue

par une chevalerie d'idéal,

la

gloire où l'on parvient dans l'armure complète de

son idée, faits

la gloire

méritée par des prouesses, des

d'œuvre aux tournois du

auguste

et

courtisan

réel, est

d'un salutaire exemple. de son époque,

une chose

Mais celui,

complaisant

de

son

mauvais goût, valet de ses manies, qui conquiert de honteuses palmes, au prix du sacrilège

et

de la

profanation, celui-là sera balayé par les réactions

du goût. Il

faut choisir entre son

temps

et

le

temps,

entre son siècle et les siècles, entre sa patrie et l'univers, entre

maintenant

et toujours; et,

comme

je

pressais tout à l'heure l'artiste de se décider

et

franchement de s'avouer, ou aspirant à

trise

ou emporocralique

l'immédiatité du «ïiire la

vogue

;

la prê-

je le presse d'o})ter entre

succès et la glorieuse

et le vrai laurier*

surviej


XVIII

DU PATHETIQUE

TAr^ roma7%tique, exprimait le désir d'une sorte de musée secret, non pas aussi assommant que celui de Naples, Baudelaire, en son volume,

mais réunissant

les

œuvres expressives de

la

passion. Est-ce par une idéalité inconsciente que l'artiste

d'aucun temps n'a rendu l'amour, ou bien est-ce impuissance à saisir

la

forme d'un phénomène

aussi vif?

Je

ne connais dans tout

peinture passionnelle a dix-huit ans, à

:

l'art

du Giorgon

italien ;

on

la voyait,

une exposition rétrospective,

y au profit des Alsaciens-Lorrains dans

il

qu'une

la

salle

des Etats,

En

ce temps, j'avais l'honneur

de promener

i


bV PATHÉTIQUE

311

J.-B. d'Aurevilly à travers l'Art contemporain, et

me

je

souviens de son impression extraordinaire

devant ce tableau qui appartient à un particulier.

Un homme mûr, tête

mouvement

mais encore

possessif

il

très vivant, ù la

un débris ancien

assis sur

est

fière,

pose

les bras

;

d'un

sur l'épaule

d'ane jeune femme, tandis que, debout, un per-

sonnage au costume de pèlerin sorte

On

de bulle.

Rome

obligeant

bine.

Quoi

tant

Le de

en

soit

de

à chasser sa concula

date et du

signification dramatique

historique, la rable.

un podestat

qu'il

lui présente une une sommation de

croirait à

geste de

l'homme sur

sa jeunesse

enthousiasmait

le

et

est

fait

admi-

le retour, protes-

de sa volonté d'aimer,

Connétable,

qui

déjà

luttait

contre la vieillesse et la terrassait, dès que son

regard trouvait de beaux yeux, une belle chair oii

appuyer son

Le

baiser,

désir.

cette

caresse intense et cependant

plastique, attend encore sa forme chef-d'œuvrale.

Souvent, s'adresse

l'artiste

ques Corrège, Tassaert,

songe à donner du désir

et

au concupiscible. Jamais, malgré quelquelques Jules Romain, quelques

quelques

représentation

Rops,

il

franchement

ne s'attaque à passionnelle

cependant; quel thème plus appuyé sur la

;

la et,

réalité.


312

l'art IDÉAliSTE ET MYSTIQUE

quel

phénomène plus

plus

commode que l'amour

fréquent, quelle constatation

une volonté d'au-delà d'un

élément

sexuel ? Peut-être

ici

s'oppose-t-elle à l'intrusion

dans

inférieur

le

domaine

comme on le

représentations idéales,

de Tascèse magique qui, malgré efforts vulgarisateurs, résiste et

les

des

sent au cours

bévues elles

garde ses secrets.

Cependant l'élément concupiscentiel apparaît

visi-

blement inférieur à l'élément passionnel. Pourquoi transcription plastique et

alors ne pas tenter la

picturale des

embrassements nobles?

jamais soulever une énigme sans car on ne sait pas ce que

Il

ne faut

résoudre,

la

moindre élément

le

interrogatif engendre de désordres dans certains esprits.

Ici,

poserai

cette

est

me

forcé de

citer

moi-même,

je pro-

simple considération que l'amour

un succédané de

l'âme humaine

et ce

l'art,

que

l'écho de la poésie dans

l'être

général peut maté-

rialiser de rêve. La nature a donné l'instinct et

spasme, l'alchimie de l'Art en a la volupté, qui sont

du Nahash

deux

Ce

originel.

l'amour représente

le

arts,

fait la

deux sublimations

serait

donc parce que

cynétisme esthétique,

à-dire l'efiortsubstantiel d'unification et qu'il

Car,

y aurait double empoi avec si

la

musique

le

passion et

c'est-

momentanée laj

musique.

est la volupté esthétique,


bu Pathétique

âlâ

l'amour pourrait bien être une musique substantielle

dès lors, seraient ruinés les vieux

et,

;

songes, au

nom

men-

desquels tant d'existences furent

gâchées.

La connexité de

musique

la

et

de l'amour

résulte, d'abord, de la singulière identité entre le

processus nerveux de la

de l'harmonie

musique que

j'ai

la

;

formules

et les

on n'observe pas dans

ensuite,

la

même lacune d'expression passionnelle

relevée

pour

chercherait vainement

du dessin. On

arts

les

un groupe dans

qui illustra virtuellement et

femme

l'art entier

second acte de Tristan

le

Yseult, le réveil de Brunenhild,

l'hymne

à

Vénus de Tannhaûser. J'insiste sur ce terrain non foulé de l'expression passionnelle par dessin

;

mais

j'y insiste

avec

de beauté, de noblesse, de de

la

les

style, q :e je

peinture mythique. Ce qui,

se concrétise

en beauté dans un

se transposer dans tous les autres j'invite

l'artiste inquiet

le

mêmes obligations

art^ ;

réclame

comme

sujet,

doit pouvoir

par conséquent,

de suivre des voies trop

tracées où les chefs-d'œuvre précédents écrasent, je

l'invite

à faire passer

dans

les

yeux de

figures ce qui se trouve dans Chopin, dans ïîiann,

dans

les

ses

Schu-

derniers quatuors de Beethoven»

L6 thème qui devrait séduire entre tous, c'est t9


l'art idéaliste et mystique

314 la

tête

d'expression

et,

depuis

le

cahier

de

M. Lebrun, peintre du Roi, nul n'a traduit que des états d'âme d'un individualisme insuffisant.


XIX

DU SUJET

En

toutes matières, l'enseignement détermine

puissamment

l'avenir

de

l'élève,

et

les

fautes

d'une génération incombent toujours à ses éducateurs.

N'envisageons pour un

de l'Ecole décisif de

moment que

au concours.

spéciale dicte les sujets et les

folie

au

des Beaux-Arts, arrivons

l'entraînement:

cours

les

point

Quelle

emprunte à

des domaines incompréhensibles, sans une haute

un jeune homme, qui ignore la mythique, de dessiner un Orphée, un Prométhée, ou bien d'illustrer un verset, incompréhensible culture.

Demander

à

souvent, de la Bible,

vue ne

intellectuel et signifie

Au

serait

probant au point de

archéologique à la

fois,

mais

rien par rapport aux Arts du dessin.

contraire,

si

je dis à

un

élève

:

par une ou plusieurs figures, la joie,

exprimez, la terreur,


316 la

l'art idéaliste et mystique

supplication,

piété, la

à montrer

courage, je

le

le

dedans de lui-même

il

faut

le force

et à

donner sa

les

sentiments

mesure.

En

art,

commencer par

précis, schématiques,

pour aboutir plus tard aux

formules complexes, ambiguës faut

composer,

commençant,

en

linéaire et n'arriver

même

de

;

qu'il

d'une façon

que tard à l'emploi du

clair-

obscur.

Ce qui devrait dra

le

dans

être la règle des

concours devien-

salut de plusieurs, empêchés de produire le

sens harmonique

ou

subtil.

Cette

expression des états typiques de l'àme, obtenue

en formule drapée ou nue, apparaît plus sûr où

l'artiste

se souvienne,

surtout en statuaire, que le

vement sentimentalisé périphérique.

En

doit

outre,

mou-

d'une façon

signifier

mouvement de

le

la

principale détermine déjà, dans une large

figure

mesure, celui des figures corollaires

au point de vue de tableau taire

le terrain le

puisse marcher, pourvu qu'il

de

;

de

même,

la couleur, tous les tons

d'un

doivent être la dégradation complémenla

figure

principale

:

telle

la

semblable

orchestration de l'ordonnance des masses et des teintes.

On

le

voit,

la

s'applique à cette matière

plus

extrême

du goût,

logique

qui, à en croire


317

DU SUJET serait réfractaire à toute

les imbéciles,

Du

sation.

reste,

passif écho

vérifier, d'après les

de n'être pas

afin

l'artiste,

d'une voix

même

dogmatile

autorisée n'a qu'à

œuvres canoniques de son

art,

ce que valent ces préceptes.

me

Je veux être profitable et

d'étonner

une des conséquences de

:

d'une doctrine,

ment

soucie assez peu

l'engrenage

c'est

la

vérité

fatal, l'annelle-

obligatoire, entre les points à

démontrer qui

forcent à des répétitions trop fréquentes.

Considérant, selon tale,

cette

méthode expérimen-

formule rationnelle du moment,

d'œuvre

comme

phénomènes, comme des

des

expériences, je leur applique résulte Il

certain qa'à exécution

;

marbre

extérieures

que l'âme et ;

sur la

enfin

que

der à la figuration de

de raison à reproduire

les

même

inégale,

est plus difficile à fixer

à figer

modes d'une

toile

le

la vie

les

saison,

les

dans

formes

commande comman-

êtres, doit ;

qu'il n'y a pas plus

mœurs que plus

éléments transitoires, plus

l'avenir lintérêl et le

que

la beauté, qui

au classement extérieur des

les

déterminisme qui

religieux élève le pinceau et le ciseau qui

l'abordent le

le

pour tout esprit sensé de leur étude.

est

thème

les chefs-

il

d'un temps que l'artiste

élague

prolonge dans

rayonnement de son œuvre 18»

;


l'art idéaliste et mystique

318

que

enfin,

met

la

même

la théologie

hiérarchie des matières, qui

en tête de

la

culture intellectuelle,

instaure aussi l'expression religieuse, par-dessus toutes

mais qu'on ne se trompe pas

autres,

les

sur cette proclamation de l'excellence mystique.

Une

divinité sort des formes, et,

si

beauté

la

pouvait n'être que belle, elle serait encore l'absolu matériel;

mentale,

un

encore

serait

que

Elle est plus

attribue

beauté pouvait n'être que senti-

la

si

elle

rôle

cela,

l'absolu

du cœur.

puisque sa destination

lui

médian entre nos aspirations

et

la réalité.

Celui qui sera assez lucide pour se souvenir de cette

formule

substance

:

Beauté

« la

celui-là

»,

œuvre valable pour

fera les

est la théologie de la

indubitablement une à venir, car les

siècles

théologales vertus s'appliquent à tous les actes

de l'homme

;

et

quel acte égale l'œuvre

!

Il

faut

donc croire au Verbe de cette Eglise des Génies qui promulgue ses Bulles perpétuelles aux Pinaco-

thèques la

et

aux Glyptothèques

promesse

qui les faut,

tacite qu'ils

;

il

faut espérer dans

ont donnée à tous ceux

suivraient en leur effort de lumière

enfin,

aimer

l'idéal,

afin

que

le

génie se produise par l'enthousiasme, autres miracles se produisent par

;

il

miracle du

comme

la prière.

les


XX

DU DIVIN

On

entend, en ésotérisme catholique, par œuvre

des trois personnes, la succession substantielle, individuelle et abstraite, des manifestations d'une idée,

selon l'économie de la création où Dieu le

Père donna et

Dieu

le

la Réalité

Dieu

le Fils, la

Charité

;

Saint-Esprit, l'Esprit ou Perfection.

On entend

aussi, sous cette

trois âges évolutifs de

Le

;

dénomination,

les

Thumanité.

réel aurait eu son

apogée entre

le

déluge

et

la venue du Christ. L'animisme et l'individualisme

chrétien seront couronnés par une perfection de

l'entendement, effluve de FEsprit-Saint, recteur à son tour d'une période effets

pectives,

pour que

accomplissant

et

déjà produits. J'ouvre l'on sente

ici ;

les

ces célestes pers-

que

les

chose» ne


320

L ART IDÉALISTE ET MYSTIQUE

peuvent pas rester ce qu'elles sont,

nement va

stupéfiant les courtes habiletés

monde

intellectuel d'une

pourquoi,

suivant

coinrne au soir,

de tempête,

les

pour

esquifs,

vents et des

la

s'il

à

qu'un évé-

secouant

et

façon

terrible.

comparaison

le

Voilà

d'Eschyle,

y a de la houle et une menace

naates amarrent solidement leur-

les

sauver de

la

double fureur des

flots, l'esthète initié, doit

ses notions, les appuyer, résister

et

se produire démentant la prudence,

les

rassembler

affermir,

de

afin

tourmente qui se forme, marche

la

et

va crouler. C'est l'art

pour

soit

cette fatalité

sauvé de

la

que

je

prêche

:

afin

que

grande intumescence des

peuples.

Première condition de ce salut techniciens reconnaissent

la

:

faut que les

il

règle esthétiq

:e

;

il

faut que les idéalistes soient d'infaillibles techni-

ciens

sinon,

;

mission

ils

dcNouah

ne rempliront pas leur grande et

de sauveurs de

ceux qui savent sculpter saient à

la

Beauté,

s'ils

la

lumière. Si

et peindre, se convertis-

venaient à

l'idéal, avi^c

leur excellent procédé, quelle floraison magnifique

précéderait la nuit de l'an deux mil.

Le nabi, de

la

serait-il plus

éloquent que tous ceux

Judée, ne réveillerait pas ces chiens dor-


DU DIVIN

mants d'Eschaya, ces

tièdes

321 neutres de

ces

et

du Dante qui clieminent leur

l'enfer

vie et leur

œuvre, d'un pas de promenade.

Combien ont reçu

le

don dn Pèie

qui est la

sans en user dignement, êtres singuliers

Réalité,

qui savent une langue, el ignorent ce qu'elle doit dire,

et

arrangeurs de mots n'ayant pas d'idées, œils

mains sans pensée.

Comme un un peu de

peu

de cervelle s'unit rarement à

dessin, quel

divorce

triste

entre la

faculté de s'exprimer et la plénitude de pensée

Réconcilier l'idée et la forme, la technie, l'art et l'idéal

:

tel le

le

sentiment

!

et

devoir où quicon-

que a reçu d'En Haut l'amour de

la

beauté doit

travailler de ses forces entières.

Trop longtemps a duré ce divorce scandaleux entre la pensée esthétique et son expression, entre le

rêve et la réalisation, entre l'idéologie

et

la

plastique. Il

tion,

faut que surgisse une cohorte de réconcilia-

unephalange unificatrice de ces deux éléments

stériles,

la plus

Le

séparément

et qui, unis,

aboutiraient à

Père, auteur du réel, incarne l'autorité. Or

l'autorité

morts

;

rayonnante lumière. en matière esthétique, appartient aux

et à leurs

œuvres

;

elle

ne se présente pas,


322

l'art idéaliste et mystique

impérieuse

et vivante,

sous la forme d'une indivi-

dualité peut-être antipathique. L'autorité, c'est la

voix de la tradition, l'expérience, l'acquêt inesti-

mable de tout

l'effort

humain. Quel fou

se prive-

de cette lumière où s'insurgerait contre ce

rait

salutaire rectorat

?

L'orgueil ne persuade-t-il pas de suivre la voie

de lumière, où

au

effort,

meilleur des races a

le

lieu de se dater de

Ah! misère de

l'être

son pauvre soi-même.

qui n'est que

borne, en sa piètre impression

lampe

;

lui,

l'homme

parfois précieuse et prismatique

le divin

qui s'y est

une

mais,

;

si

ne l'alimente, cette lampe, objet sans clarté

sans

et

marqué son

ne

chaleur,

mérite

qu'on

plus

s'y

arrête. Il

y a dix-neuf siècles que

de la Sainte Trinité,

Dieu

la

seconde personne

le Fils, est

venu sur

la

terre.

A

ce

moment,

les

Esséniens possédaient un

corps de doctrine théologique supérieur au séminrire actuel de

La tion,

Rome.

vérité abstraite n'agissant le

monde

que sur l'excep-

pourrissait, malgré

un groupe de

penseurs aussi illuminés que ceux de

la

Révéla-

tion primitive.

Parmi eux,

les

uns reconnurent

la

nécessité


bù wviN d'évoluer sur

le

32â

plan animique

;

sant à Tinfatuation cérébrale, l'Eglise

les autres, obéis-

séparèrent de

se

commençante.

Loin de moi la pensée d'instruire le procès d'Ammonius Saccas. La primitive Rome a refusé aux intellectuels leur stalle dans le chœur; et les intellectuels n'ont

pas su pardonner cette étroitesse excusable par

son but:

le salut

du plus grand nombre.

L'hérésie n'est jamais qu'un orgueil

cachant sous

les traits

d'une idée

;

il

humain

se

n'y a pas de

raison contre la hiérarchie.

Ce qui a trompé les

les

gnostiques, ç^a été

ancien où

le

Esséniens le

des esprits et celui

des âmes, où ladirection esthétique tion morale, appartenaient le

plus tard,

spectacle du sacerdoce

commandement

Aujourd'hui,

et,

comme la direc-

aux mêmes hommes.

myste va à

la

messe, tient pour

un honneur de la servir et se confesse très humblement à un prêtre dont il ne supporterait pas la conversation

deux minutes.

Ce déplorable divorce entre la pensée théocra» tique et l'action que

Hugues des Païens voulut

conjurer; cet autre divorce entre la perfection intellective et la perfection

Hosencreuz

:

animique, où s'épuisa

voilà la matière de l'effort»


â24

l'art idéaliste et mystique

cependant que

faut

Il

encore une livre, à

fois,

ceux

faut que la latinité finissante

il

épée.

trésors légués,

par

il

;

manifesté'

soit

qui doivent lui succéder,

un temple, une modernes

l'idéal

Il

le

livre,

faut faire l'inventaire des

passé

des conquêtes

et

surtout réaliser dans

faut

un

un mode

susceptible de civiliser les Barbares qui vont venir. Or, l'Art seul peut agir sur le collectif animique, è

défaut de mysticité

nous connaissons tous, des

:

croyants à Phidias, à Léonard, qui n'ont cure de la vérité catholique.

dans

Insufflez

dans

et,

surtout,

la culture esthétique, l'essence théocratique.

Ruinez cution

:

la

la

comme

notion qui s'attache à la bonne exé-

éteindre

subordonner dans

contemporain

l'art

les

le

tradition qui est de le

du

dilettantisme

procédé,

arts à l'Art, c'est-à-dire rentrer

but unique de

considérer

l'effort

l'idéal

architectonique

ou pictural ou plastique. Si l'art est le miroir il

est

doit supporter les

Caritas.

»

du Divin au monde formel,

appellations divines

L'art est

un amour du

rend indulgent aux défauts d'autrui l'artiste

ne

sépare la

^ême

sait quelle distance

créature

h

;

«

Ars

nul plus que

incommensurable

son apogée,

lointaine de son Créateur

:

parfait qui

;

de l'ombre

nulj par conné"'


Dû DIVIN

328

quent, n'est plus averti des devoirs qui incombent à

tout être de valeur et à la spéciale mission de

l'homme de beauté. J'appelle ainsi, celui dont vocation implique une expansion prosélytiste. L'humanité

la

se divise en prêtres et fidèles: prêtre

des expériences, prêtre des hypothèses, prêtre des idées, prêtre des formes, et

c'est-à-dire la série

bien

et

La donc il

chacun

à laquelle

il

a ses ouailles,

peut

laideur le rôle

est

une désharmonie.

de thérapeute

;

L'artiste

par ce qu'il

nous console de ce que nous sommes

un rapprochement de

l'invisible,

nos sens avec des réalités irréalité

et

opère

en satisfaisant

une

de pensée.

de son

les miracles

d'opérer

a

réalise,

d'art, sertissant

Pourquoi n'a-t-on pas dévoilé à les lois

du

faire

procurer de l'élévation d'âme.

effort, le rôle

l'artiste,

avec

bienfaisant qu'il joue,

de bonification qu'il est susceptible

?

Lelaïcisiinea-t-il

vu un danger dans

la religion

du Beau? A-t-il pressenti d'irréductibles adversaires ou mieux le courant de l'erreur a-t-il débordé sur

le

plan esthétique?

Las, l'orgueil n'a rien dit aux artistes

!

Ils

igno-

reront donc toujours leur dignité, leur puissance et

leurs devoirs aussi sublimes que leurs droits. 19


l'art idéaliste et mystique

326

Concevoir

l'idéal

et

le

réaliser reste

la

plus

haute des vocations.

Pour l'éprouver: va aux maîtres, va au chefd'œuvre.

Cède au rabatteur de parlé te parlera, qu'elle pilier,

;

la voix qui

m'a

d'un tableau.

Quand nera

l'idéal

sorte d'une statue, d'un

de

tu l'auras entendue, ton esprit se détour;la

terre

et

tu

prononceras

le

vœu

d'idéalité.

I

i


XXI

EXHORTATION

Artiste, tu es prêtre et,

:

l'Art est le

grand mystère

lorsque ton effort aboutit au chef-d'œuvre,

rayon du divin descend

comme

sur

un

un

autel.

présence réelle de la divinité resplendissante, sous ces

noms suprêmes:

Ange, Beethoven

et

Artiste, tu es roi

Vinci, Raphaël,

Michel-

Wagner. :

l'Art est l'empire véritable

;

main écrit une ligne parfaite, les chérubins eux-mêmes descendent s'y complaire, comme dans un miroir. lorsque ta

Spirituel dessin, ligne d'âme,

forme d'entende-

ment, tu incarnes nos rêves, Samothrace et saint Jean, Sixtine et Cenacolo, saint Ouen, Parsital,

Neuvième Symphonie, Notre-Dame Artiste, tu es il

mage

:

l'Art est le

prouve seul notre immortalité.

!

grand miracle,


328

l'art idéaliste kt mystique

Qui doute encore? Le Giolto a touché

les

stigmates, la Vierge est apparue à Fra Angelico

;

Rembrandt a prouvé la résurrection de Lazare! Réplique aux arguties pédantes, on doute de Moïse, mai^s voici Michel-Ange on méconnaît Jésus, mais voilà Léonard on laïcise tout, l'Art immuable et sacré continue sa prière. et

;

;

Sublimité indicible et sereine, saint Graal toujours rayonnant, ostensoir et relique, oriflamme invaincu, Art tout-puissant, Art-Dieu, je t'adore à

genoux,

dernier reflet d'En-Haut sur

notre

putrescence.

Les rois hébétés

et sordides,

achèvent de mourir sur

devenus citoyens,

pavé des

le

villes

où leur

race a régné.

Les nobles heaument leur blason du bonnet de septembre,

ils

courtisent

stupides, se complaisent

le

aux choses

Les prêtres ont revêtu

ou bien,

peuple,

la livrée

d'écurie.

homicide

;

sont donc les insermentés?

Tout

est

pourri,

tout

est

fini,

la

lézarde et fait trembler l'édifice latin

esseulée n'a plus

même,

:

décadence et la croix

à sa garde, l'épée

des

Guise, le fusil d'un chouan. Pleure, Grégoire

VII, ô pape gigantesque, toi

qui eus tout sauvé, pleure, du haut du

ciel,

sur


329

EXHORTATION ton Eglise enténébrée, et

ta colère

vieux Dante, lève-toi

Homère

trône de gloire,

de ton

mêle

toi,

catholique,

et

au désespoir du Buonarotti.

Une lueur pourtant de

lumière, une

la sainte

pâle

couleur a paru, se fonçant... Voici que

gibet

du

le

saint supplice s'étoile d'une fleur.

Miracle

miracle

!

!

une rose

s'élève et s'ouvre

grandissante, s'efforçant d'enserrer, en ses feuilles pieuses,

la

croix

divine du salut

consolée resplendit

monde, Jésus Les

Mages,

Maître; les

;

;

et

la

croix

maudit ce

pas

Jésus n'a

reçoit l'adoration de l'Art.

premiers,

les

Mages,

les

vinrent

au divin

derniers, resteront

ses

enfants.

L'enthousiasme auguste de

l'artiste survit

à la

piété éteinte d'autrefois.

Pitoyables modernes, le néant vous aspire tombez donc sous le poids de votre indignité vos blasphèmes jamais n'effaceront la foi des œuvres, ;

:

ô stériles

!

Vous fermerez Louvre Oui,

officiera, si le

l'archange

couvert le

l'Eglise,

mais

Notre-Dame

le

musée

est profanée.

Strauss a nié, mais Parsifal affirme

de Franck, de

sa

Le

?

;

sublime voix,

et

a

commérage impie du Renan.

L'humanité, ô citoyens, ira toujours à

la

messe,


l'art idéaliste et mystique

33ô

quand

prêtre sera Beethoven, Palestrina

le

ne peut pas athéiser l'organe sublime

:

on

!

Misérables Alberichs, vous ne vaincrez jamais; car

le saint

Georges, ô monstre, l'éternel justicier,

c'est le génie, et le

beau toujours sera Dieu.

Frères de tous les arts, formez une sainte milice

pour

le salut

de

l'idéalité.

Nous sommes peu, mais les anges sont nôtres. Nous n'avons point de chefs mais les vieux maîtres, du haut du paradis, nous guideront vers ;

Montsalvat.

Notre mission a commencé du jour où

phème

honorer

et servir l'Idéal

soyons au moins formes

;

blas-

imparfaits et pécheurs,

preux

des

des couleurs

et

que

;

s'érige

la rose des

en tabernacle,

rédemptrice s'y complaira.

et la croix

Cette Eglise

si

chère, la seule chose auguste de

monde, bannit

ce

le

devint roi; qu une chevalerie paraisse pour

la

Rose

et

croit son

parfum

dangereux.

Auprès

d'elle,

dressons

le

temple de Beauté;

nous œuvrerons aux échos des

non rivaux, l'artiste est

est

un mystère,

miracle

!-

prêtre,

non pas divergents, un roi, un mage, car

le seul

empire véritable,

différents,

un

prières, émules,]

le

car" l'art

grandi


XXII

L APPEL DU GRAAL

Dans^ rèther pur, où ne vibre aucune aile, au-delà des neuf chœurs et du troisième il est une splendeur si radieuse et si cieh sublime que nul esprit ne la peut contempler. Ce feu subtil, cette clarté divine sépare V Absolu du créé. D'innombrables rayons de ce foyer s' épandent et vont extasier Vâme des bienheureux, ou se

prolongent vers la terre, illuminant d'Abst^^ait les

génies créateurs.

Quand

du Verbe, les Augustes Idées descendent des hauteurs pour s'incarner ici, alors un hosanna indicible s'élève, et le monde ces filles

céleste entier est prosterné.

(1)

Ecrit après une représentation de Lohengrin.


332

l'art idéaliste et mystique

C'est Vidéal, soleil d'Éternité qui échauffe et

féconde de joie et de beauté

les

saints et les

artistes.

Celui qui a reçu

le

baiser de Vidée repousse

la joie vaine des

humains

V au-delà vermeil.^

il

est le

;

il est

le

fiancé de

chevalier d'une pure

pensée. S'il fait servir sa

magique puissance à

satiS"

faire de personnels desseins, son front sitôt terni perdra la trace lumineuse

du baiser séphirien. Mais si, pieux amant des belles Normes^ il sacrifie sans cesse à rori/lamme sa propre gloire et les joies actuelles que

au le

le siècle

décerne

félon, alors de Vidéal la force sans seconde

cuirasse et

plus

le

un mortel,

heaume d'invincibilité ; et les anges eux-mêmes

il

n'est

Vassis-

tent de leur bras.

De Vidéal le merveilleux mystère fut révélé par Mon Seigneur Jésus, lorsqu'il nous enseigna le sacrifice volontai^'e, le don de soi pour le

rachat de

tous.

Artiste qui n'as pas appelé sur ton œuvre le rayon du divin, écoute je révèle ici la récompense promise aux preux de Vidéal. Sais-tu :

que Vart descend du coule

du

soleil

?

ciel,

comme

la vie

nous

Qu'il n'est pas de chef-d'œuvre


L^APPEL

qui ne soit

333

DU GRAAL

d'une idée éternelle

le reflet

?

Que

noïnme Abstrait, peintre ou poète, le c'est un peu de Dieu même, dedans une œuvre. ce qu'o7i

sais-tu

?

Apprends que, si tu crées une forme parfaite, une âme viendra r habiter, et qu'elle âme ! une parcelle de l'Archée.

N'as-tu pas vu briller au regard du saint Jean

même

la subtilité

pas parlé,

la

Samothrace Nikê surhumaine ? ?

fa-t-elle

la

Apprends encore ceci au croulement du monde^ Dieu sauvera fâme des œuvres, comme :

Vâme

des justes.

aura son Louvre et le cœur des chejsadorera pendant ï éternité son Créateur, V artiste comme nous-mêmes. Dieu. Le

ciel

d' œuvre

Ah !

jamais un autre devenir que compagnons, dans que les fils de ton art.

tu n'auras

celui de ton rêve, et d'auti^es le siècle infini,

Prends garde: nul repentir ne vaut contre la félonie ; si tu aimas le laid, tu n'as droit qu'à Venfer. Il en est encore

temps,

préfère

suaves invites des anges conseilleurs les

chanter

le

rappel au divin,

trompette idéale

:

et

:

les

écoute-

sonner

la


334 «

l'art idéaliste et mystique

Rose d'Amour^

encadrez de sourire

la

redoutable croix.

Croix du

salut, purifiez de

larmes la Rose

trop terrestre.

Rose du corps., épanouis ta grâce sur le symbole du supplice accepté. Croix du renoncement, sublimise la vie, apaise ses vertiges et consacre la Rose.

Emmêlez, symbole

très parfait, la charité

au

beau, la pensée à la forme et que la Rose enguir-

lande la croix, de la Rose.

et

que la croix vive au cœur

»

J


TABLE


TABLE

LIVRE

I

LES DEUX ESTHÉTIQUES I.

L'esthétique positiviste

II.

L'esthétique idéaliste

9 38

Théorie de la beauté

107

LIVRE

II

TRIVIUM LES ARTS DE LA PERSONNALITÉ OU INTRINSÈQUES II.

La kaloprosopie La DICTION

145

III.

L'éloquence bt les sept modes

15_

I.

128

LIVRE

o

III

QUADRIVIUM LES ARTS RÉALISATEURS DE LA BEAUTÉ OU EXTRINSÈQUES l'écriture des formes 1.

Architecture

.

,

,

.

165

169


338

TABLE

Sculpture Peinture

178

De Au

la Composition

185

5.

SALON CARRÉ

204

6.

Musique

2. 3.

4.

175

209

LIVRE

III

L'Art mystique

221

XXII I.

II

.

III

IV

.

.

V.

VI

.

VII VIII .

IX

.

.

X. XI.

XII

.

XIII.

XIV.

XV. XVI. XVII. XVIII.

XIX. XX. XXI. XXII.

MÉDITATIONS

De l'unification De l'imitation De la nature De l'aspect actuel De LA VOLONTÉ ESTHÉTIQUE De lérotique De l' aristie De l'originalité De l'ascèse Du SORT De l'effort De la tempérance De LA VOCATION De LA TRADITION De LA morale De la LUCIDITÉ De LA GLOIRE Du PATHÉTIQUE Du SU.IKT

235 239 244 249 '

259

263 268 273

276 280

286 288 292 296

300 306 310 315

Duo EXHO L'API

254

319

A/îO -îf^iOin yj^JOOM^Ol 1

327 331


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L'art idéaliste et mystique  

déclaration pour le salon de la rose-croix

L'art idéaliste et mystique  

déclaration pour le salon de la rose-croix

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