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SE LOGER … DANS LES INTERSTICES Sylvaine ROURE PFE 2013

Ecole Nationale Supérieure d’architecture de Nancy Architecture théorique et critique


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Sommaire PROBLEMATIQUE : se loger dans les interstices ............................ 7 L’infiniment petit ............................................................................ 7 Les interstices urbains … ................................................................ 8 … un potentiel inexploité ................................................................ 9 REFERENCES ................................................................................. 11 UN POTENTIEL A DEVELOPPER A NANCY ............................ 15 UN EXEMPLE HISTORIQUE A NANCY ..................................... 19 LES MATERIAUX .......................................................................... 21 LES LIEUX CHOISIS ...................................................................... 23 DEVELOPPEMENT DES EXEMPLES .......................................... 27 Se faufiler, boulevard Jean Jaurès ................................................. 27 S’insérer, rue des Tiercelins .......................................................... 31 S’élever, rue du Grand Verger ...................................................... 35 S’adosser, rue Gabriel Mouilleron ................................................ 39 HABITER LE PETIT : ..................................................................... 41 un bouleversement des conventions et des strategies developpes .... 41 Un bouleversement des conventions ............................................. 41 Des stratégies développées............................................................ 42 CONCLUSION................................................................................. 45 BIBLIOGRAPHIE ............................................................................ 47

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« Tout le monde est capable de se construire un toit, même rudimentaire, le problème est de trouver, d’acheter ou de louer un emplacement pour construire leurs habitats »

Yona Friedman

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PROBLEMATIQUE : se loger dans les interstices L’infiniment petit L’infiniment petit se trouve au centre de l’évolution de notre société, dans tout notre quotidien. Ainsi se réduisent l’espace et les objets : réduction de leur taille, tout en étant de plus en plus performants. L’architecture peut elle suivre le même mouvement ? Petit, sobre et ultra pratique, tel sera l’espace de vie de demain. Habiter le petit est un sujet auquel nous réfléchissons de plus en plus et qui a déjà été expérimenté plusieurs fois, bien qu’il soit plus contraignant face à la complexité de l’échelle. Pourquoi habiter le petit ? Le petit est un espace de rêve, associé à l’idée de cabane, de cocon. Habiter le petit étant d’abord une aventure mentale, il engendre donc des espaces différents, riches, rivalisant d’inventivité et de poésie. Le petit étant hyper restreint, il prend sa source d’inspiration autrement que par la culture établie et admise. Il est aussi tourné vers la diversité des modes de vie. Habiter le petit c’est le « faire avec », avec peu de moyen, dans la, tout en dégageant une richesse de l’habitabilité.

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Les interstices urbains … Il s’agit par ce travail d’expérimenter la construction d’habitats dans les creux délaissés au cœur de la ville de Nancy : se loger dans des interstices urbains. Les métropoles contemporaines connaissent, depuis une quarantaine d’années, une expansion importante. Cette croissance a généré, malgré elle, des incohérences territoriales, qui s’illustrent pas des délaissés, des vides urbains, des espaces interstitiels en parallèle de l’espace public et du reste de la ville. Afin de faire face à cet étalement urbain, la ville doit donc se densifier plutôt que de s’étendre, se reconstruire sur elle-même : « la ville sur la ville ». Du latin inter-stare, qui signifie « se situer entre », l’interstice évoque une notion d’« entre-deux », impliquant une relation à autre chose. Ces entités du paysage urbain ont un statut vague issu des déficiences politiques ou foncières dans les logiques d’aménagement. Ces espaces, du fait de la métamorphose permanente des villes, se retrouvent dans des situations de dents creuses. Ainsi, bien qu'intégrés dans le tissu urbain, ils posent des questions d'aménagement, ou plus simplement, d'usage de l'espace. Ces interstices, nous les côtoyons tous les jours, sans y faire attention. Lorsqu’ils ne sont pas complètement clos, leur usage se résume à être des espaces de passage ou de stationnement automobile. L’interstice est souvent appréhendé par le citadin, de par son vécu, ses histoires, ce qui engendre des a priori sur une rue ou un quartier. Cette représentation est accentuée par une appropriation de ces lieux par des minorités sociales. L’interstice est alors un « reste de la ville ».

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… un potentiel inexploité Habiter les interstices possède plusieurs avantages. En effet, l’interstice est avant tout un terrain disponible, voué à être comblé, un lieu en attente. Nos modes de vies évoluent à chaque instant, et ne cesseront d’évoluer. Déployant une capacité d’adaptation à son environnement, de flexibilité programmatique, l’interstice semble s’inscrire dans cette dynamique contemporaine. Plutôt que de le considérer comme une tare urbaine, il faut y voir un espace autre, permettant un développement complémentaire à celui de l’espace majeur de la ville. Cela permet alors de densifier la ville, question actuelle rejoignant le problème de l’étalement urbain et donc la question écologique. D’une part, l’interstice, échappant aux moyens conventionnels de conception de ville, possède un véritable potentiel : support d’expériences urbaines, réceptacle pouvant accueillir des projets participant au développement du quartier. Il offre une ouverture d’usages, un lieu des possibles, pouvant être support d’une véritable appropriation urbaine. Les interstices permettent aux architectes de concevoir la ville autrement, de manière originale et peu conventionnelle, et de repenser la ville par le petit. L’interstice est un véritable vecteur dynamique de projet urbain. Ainsi, habiter l’interstice, c’est permettre au citadin d’explorer, d’habiter l’inhabituel, de se loger dans des espaces de vie riches et variés, entre dedans et dehors, entre intimité et ouverture sur la ville, pour offrir des lieux où l'art d'habiter répond aux besoins contemporains de vivre. De plus, ce mode de reconquête de la ville par le petit permettrait une alternative radicale face à la standardisation. Les espaces ainsi créés auront la particularité d’être différents mais aussi agréables et confortables qu’un espace standard avec en plus la beauté de l’unique et de l’exceptionnel.

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D’autre part, ces espaces sont aussi un foncier inutilisé pouvant être mis à disposition de tous. De nombreuses parcelles résiduelles sont délaissées et étant qualifiées de la sorte, le prix du foncier en est donc faible. Par conséquent, il me semble intéressant de s’approprier ces espaces et de construire dans ces creux urbains, aujourd’hui interdits à la construction et de permettre ainsi à tous l’accès à la propriété en ville. Permettre à des familles modestes de se loger au centre ville dans les mêmes conditions qu’en zone périurbaine (maison, jardin…), comme aux plus démunis d’avoir un toit au centre ville, et des logements accessibles pour les étudiants. Et ainsi, cela contribue à recréer une mixité sociale au centre ville, tendant ces dernières années à devenir réservé aux classes de population les plus aisées. Aujourd’hui, les populations les plus démunies habitent principalement en banlieue et n’ont pas la possibilité d’habiter au centre ville du fait du coût de l’immobilier. Il s’agit donc d’occuper stratégiquement le contexte urbain pour remédier à ce phénomène. Se loger dans ces interstices permettrait ainsi un mode de vie plus confortable pour l’ensemble des classes sociales grâce à la mixité de fonction, habitant proche de son lieu de travail, proche des commerces… Certains creux dévalorisent le lieu. Il s’agit donc aussi, par la réappropriation d’un espace résiduel de requalifier l’urbain. Redonner de sa valeur à un quartier qui en a perdu aux files des années du fait de ces creux entre certaines habitations, non entretenus. L’ensemble de ce travail a ainsi pour objectif de prouver qu’il est possible d’habiter confortablement dans chaque lieu, aujourd’hui qualifié de résiduel. Il vise à inventer un petit espace tenu de faire le maximum et prouver qu’il est aussi agréable d’habiter dans ces lieux que dans la « maison du bonheur » de la plupart des gens.

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REFERENCES Qu’est-ce qu’habiter «entre»? Comment projeter des espaces habitables confortables, agréables à vivre, en évitant l'effet d'enserrement ? Habiter les interstices est une problématique déjà mise en pratique par de nombreux architectes et notamment au Japon. Les japonais, développant ce processus depuis quelques années en raison d’un foncier trop cher dans les villes. Les maisons nippones illustrent une philosophie de la spatialité où tout est toujours lié : un objet n'est jamais considéré comme isolé dans l'espace mais en relation avec un autre. Ainsi, les cadrages des vues sur le jardin sont établis en fonction des positions de l'homme à l'intérieur de la maison. La succession de microcosmes engendre des événements qui enrichissent la maison. C'est bien le nombre de vues et non la taille des volumes ou des jardins qui procure la sensation d'espace. Des exemples sont présents dans le monde entier : au Brésil, aux Pays Bas, en France, en Chine…. Ainsi en réduisant les surfaces des logements les architectes ont induit une philosophie de vie qui s’articule essentiellement autour de ces mots : petit, flexible, adaptable, astucieux…

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Hiroaki Ohtani, Couche Maison, Kobe

Christian Pottgiesser Paris

Atelier Bow Wow, House tower

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Le Corbusier, cabanon, Cap Saint Martin

Sami Rintale, Box Home, Oslo

Yasuhiro Yamashita, lucky drops, Tokyo

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Shuhei Endo, Rrooftecture S, Kobe

Oki Sato, drawer house, Tokyo

Holzbox Tirol, mini box, Innsbruck

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UN POTENTIEL A DEVELOPPER A NANCY Afin d’évaluer le nombre et le potentiel constructible des dents creuses à Nancy, j’ai donc arpenté la ville. Ainsi, j’ai observé que de nombreux creux sont présents dans Nancy. Cependant, ce ne sont pas des endroits que l’on regarde, auxquels nous prêtons attention, car ils sont cachés, entourés de bâtiments plus importants ou sont occupés par des garages ou des espaces de stationnement de voitures. Certains de ces lieux dévalorisent le quartier à cause de leur inoccupation, mal occupation et d’un non entretien. Un répertoire non exhaustif dans la ville de Nancy m’a permis de classer toutes ces parcelles par types :

- parcelles résiduelles enserrées dans le bâti,

- parcelles étroites adossées sur un pignon aveugle,

- parcelles très étroites,

- parcelles étroites avec droit de passage 15


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UN EXEMPLE HISTORIQUE A NANCY Ma problématique s’inscrit dans une continuité historique à Nancy. Effectivement, plusieurs parcelles étroites ont déjà été construites à Nancy. Nous retiendrons deux exemples emblématiques : l’Hôtel Foch, près de la gare et une maison rue Jean Jaurès.

Hôtel Foch : largeur 6m, longueur 18m Maison rue jeanne d’arc : largeur 2m 19


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LES MATERIAUX Suite à mon master Architecture Bois et Construction en double cursus, la question de la structure de ces projets a été pour moi très importante. Effectivement, ces petites constructions imposent une recherche et un choix approprié de matériaux. Le travail dans la petite dimension doit être réfléchi grâce à la sensation de l’espace, mais aussi grâce à un travail sur la structure afin de minimiser la présence de celle-ci et donc d’économiser de l’espace et des matériaux. Dans un espace résiduel, le maximum de place doit être réservé à l’espace pour habiter, la structure doit être minime ou se fondre dans cet espace. Il convient de trouver une structure minimum qui s’adapte le mieux à la géométrie et au gabarit de la parcelle. J’ai ainsi choisi de construire grâce à la filière sèche en raison de l’exiguïté des terrains et de leur emplacement (centre ville) qui ne permettent pas d’implanter des engins de chantier imposants. Cette méthode de construction consiste, pour la réalisation du clos couvert, à assembler sur le chantier des composants industrialisés. Mes recherches se sont plutôt dirigées vers les matériaux dérivés du bois en structure, plus écologique que l’acier. L’essentiel du gros œuvre d’une construction bois relève ainsi de la filière sèche. Le bâtiment est hors d’eau rapidement ce qui réduit les nuisances sonores dues au chantier et le second œuvre peut s’enchaîner immédiatement. Les propriétés isolantes du bois permettent d’atteindre aisément et même de dépasser les exigences actuelles en matière d’isolation. Les matériaux utilisés en extérieur sont choisis et mis en œuvre de façon à résister naturellement sans entretien particulier (bardage bois en mélèze). De plus, les qualités mécaniques du bois autorisent des portées plus grandes et ses qualités thermiques, des murs moins épais que des murs maçonnés. Une grande partie de l'isolation s'intercale entre les composants de l'ossature permettant un gain de place et une plus grande épaisseur d'isolant sans perte d'espace. Dans certains cas des panneaux sandwich couplant deux isolants minces, un isolant à changement de phase 25mm avec un isolant 21


sous vide 18 mm ont été employés pour isoler les murs mitoyens.. Cependant, la seule contrainte, avec l’utilisation des isolants minces, est la préfabrication des murs en usine pour éviter tout risque de perçage du produit sur le chantier. Dans le but de minimiser la place de la structure, j’ai essayé de réduire au maximum son épaisseur en suivant des exemples déjà construits, et j’ai choisi de l’intégrer à l’espace à vivre en lui permettant d’assumer d’autres fonctions quand cela était possible. Intégrer la structure à l’espace permet d’effacer sa fonction principale et de la faire disparaître grâce aux fonctions d’usages.

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LES LIEUX CHOISIS J’ai choisi quatre lieux de typologie différente (parcelle très étroite, parcelle avec obligation d’un droit de passage, parcelle enserrée de trois côtés, parcelle en situation d’adossement sur un pignon aveugle), qui m’ont amenée à me familiariser avec la petite dimension des parcelles, à comprendre l’intérêt des petits espaces, leur complexité, leurs similitudes et leurs différences pour mener à bien une réflexion globale sur les parcelles de petites dimensions. Chacune de ces parcelles, par ses formes, sa typologie, sa situation, son contexte… m’a permis d’esquisser un concept et de le questionner pour habiter le petit. La forme de la parcelle, son environnement, sa taille….sont génératrices de projet. Chaque lieu a une spécificité et une particularité qui engendrent un projet. Cependant, toutes les parcelles ont des problématiques communes comme : - la question de l’isolation selon les normes actuelles. Comment isoler une petite parcelle sans perdre tout l’espace intérieur disponible ? - la question de la structure : quelle structure adopter ? - la question du contreventement dans la petite longueur. - la question de la sensation d’écrasement entre les parcelles voisines. - la question de la dimension des équipements et du moindre revêtement. Un travail sur maquette m’a permis de réfléchir à la qualité spatiale obligatoire dans des espaces si restreints. 23


Boulevard Jean Jaurès

Rue des Tiercelins 24


Rue du Grand Verger

Rue Gabriel Mouilleron 25


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DEVELOPPEMENT DES EXEMPLES Se faufiler, boulevard Jean Jaurès Cette parcelle mesure 47 m², elle est large de 2,35 mètres et longue de 20 mètres. Il s’agit d’une parcelle en lanière très étroite, enserrée des deux côtés par des immeubles très hauts, située sur le Boulevard Jean Jaurès, une rue de caractère du 19ème siècle, desservie par le tram et proche de la Gare. Des vues sur les jardins privés sont présentes à l’arrière. Le gabarit de la parcelle m’a suggéré la posture de se faufiler. Le logement pourra être construit en auto-construction et occupé par quatre étudiants. Une réflexion par dessins et maquettes m’a permis d’expérimenter diverses solutions volumétriques, de structure et la relation entre espace et structure. Ainsi le bâtiment reprend le profil des immeubles voisins. A L’arrière, le décalage de la toiture comme sur les immeubles voisins apporte de la perspective. La parcelle étant très étroite, la stratégie a été de minimiser l’épaisseur de celle-ci dans cette largeur. Ainsi, l’isolation des murs mitoyens se fait par un panneau sandwich composé de deux isolants minces, un isolant à changement de phase 25mm avec un isolant sous vide 18 mm, et très performant selon les rapports du CNRS. Cependant, la seule contrainte, avec l’utilisation des isolants minces, est la préfabrication des murs en usine pour éviter tout risque de perçage du produit sur le chantier. La structure est composée de murs d’ossature bois, de murs caisson et de planchers en panneaux contre-collés. Cette structure permet une absence de partition entre les étages, des hauteurs sous plafond différentes et une fluidité des espaces.

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L’escalier est disposé transversalement à la parcelle pour libérer un vide sur toute la hauteur, et permettre ainsi un apport de lumière central et des vues entre chaque étage.

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S’insérer, rue des Tiercelins La parcelle mesure 33m², et est large de 4,27m. Il est question ici d’une parcelle encastrée entre une entreprise automobile et un bâtiment de logement. Cette parcelle est à l’heure actuelle occupée par un garage à voiture individuel. Elle se situe entre la gare et le Canal de la Marne au Rhin et est orientée Nord-Sud, la façade principale étant au Sud. Le bâtiment proposé est une maison de ville pour une famille de 3 personnes, tout en conservant le garage en rez-de-chaussée. Un grand vide, puits de lumière est créé en fond de parcelle. C’est à cet endroit qu’est placé l’escalier qui dessert les trois plateaux et permet d’accéder au salon et à la terrasse, au dernier niveau, orientée au Sud. Les espaces de vie sont traversants afin d’optimiser l’apport de lumière (des baies vitrées et du puits de lumière). La structure est une construction en ossature bois et de planchers par solivages bois.

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S’élever, rue du Grand Verger La parcelle mesure 30 m², pour une largeur de 2,5m. Il s’agit d’une parcelle disposant d’un droit de passage pour les bâtiments en arrière. Elle est située à deux pas du centre ville, de la gare, et en même temps à deux pas des coteaux de Nancy. La parcelle est orientée Nord/Sud. La façade sur rue étant celle au Sud, celle au Nord donne sur le passage arboré. Afin de conserver le passage, la structure choisie est composée de poteaux et de planchers en panneaux contre-collés. A chaque niveau, la structure fine du meuble, composée de deux plaques de trois plis de 18 et 22 mm, permet de contreventer dans la direction transversale et longitudinale le bâtiment. De même que dans l’exemple de la parcelle rue Jean Jaurès, la structure permet une absence de partition entre les étages, des hauteurs sous plafond différentes et une fluidité des espaces. L’isolation des murs mitoyens se fait par des panneaux sandwichs composés de deux isolants minces, un isolant à changement de phase 25mm avec un isolant sous vide 18 mm. Des escaliers à pas décalés ont été choisis afin de minimiser l’espace occupé par ceux-ci. De plus, une double fonction leur est associée : ils servent de placard pour la cuisine et de bibliothèque pour le bureau. Afin, d’optimiser tout le volume offert, l’espace de la chambre est agrandi en occupant l’espace au dessus de la salle de bain. Les espaces ne sont jamais totalement clos afin d’optimiser la lumière mais il est possible de le faire par des parois ou une bibliothèque mobiles.

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S’adosser, rue Gabriel Mouilleron Le projet est celui de reconsidérer une bande de garage et de rangement associés à une succession de six maisons. La largeur de cette bande est de 3m, pour une longueur de 40m, soit 120 m². La parcelle se situe à deux pas de la gare, dans une zone de lotissements. Ces maisons en bandes possèdent d’une part un jardin et de l’autre un rangement extérieur ou garage. Un passage entre la maison et la bande de rangement permet l’accès à ces maisons. La stratégie pour cette parcelle est de garder ces rangements et garage en rez-de-chaussée et de créer une pièce en plus en ajoutant un niveau. Une pièce d’eau est installée et un grand espace meublé y est associé. Cette pièce en plus est ainsi multi-usages, pouvant servir de chambre pour accueillir des amis ou la famille, de bureau, de salon grâce à un mobilier modulable. La structure de cette construction est en ossature bois.


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HABITER LE PETIT : Un bouleversement des conventions et des stratégies développées Un bouleversement des conventions Tout au long de mon travail la question a été de savoir jusqu’où les conventions réglementaires et d’usages peuvent être respectées ou détournées pour créer un espace habitable, mais surtout agréable à vivre dans des petits espaces. Habiter dans le petit engendre forcément un changement des conventions. La contrainte dimensionnelle perturbe les usages, et ainsi nous n’attribuons plus obligatoirement une fonction par pièce, mais nous les enrichissons en permettant des modulations d’espace pour avoir différents usages dans un même lieu. De plus, le petit remet en question la taille des pièces, par exemple la chambre n’a peut être plus besoin de mesurer 9m² ? Est-il indispensable de conserver la convention 2H+G pour un escalier ? N’est-il pas possible de monter autrement d’un étage à l’autre ? (par un escalier à pas décalés ou par une échelle). La taille des espaces doit être adaptée à la taille du mobilier et inversement. Nous pouvons distinguer une différence entre la taille du mobilier comme une table ou un lit…qui peut avoir d’autres usages ou disparaître dans un meuble ou être replié, et des équipements tel que WC, douche, évier…qui sont des éléments moins facilement rétractables. De plus, il est indispensable que chaque élément mis en place ait au minimum un usage double. Ainsi, dans l’exemple développé rue du Grand Verger, la porte de la chambre disparaît, pour laisser place à une bibliothèque qui est mobile pour clore la pièce. 41


Des stratégies développées Que ce soit par obligation parce que nous habitons en ville, ou par choix personnel, construire un petit espace de vie réclame astuce et réflexion. Le défi consiste à produire des habitations de petites dimensions qui soient plus écologiques, plus flexibles et plus efficientes, tout en correspondant aux normes contemporaines en matière de style et de confort. Il s’agissait de rechercher comment habiter ces petites parcelles le plus judicieusement possible, pour habiter dans un espace confortable. Des stratégies ont dû être mises en place pour gagner de l’espace. Le mobilier modulable est une stratégie intéressante à développer. Un canapé peut être ainsi transformé en lit, un panneau peut être abaissé pour servir de bureau ou fermer un meuble. De même, il est possible de penser le mobilier mobile, ainsi la bibliothèque tirée ferme la chambre, des cloisons coulissantes ferment la cuisine… Le mobilier peut aussi avoir plusieurs usages. Ainsi, dans le logement rue du Grand Verger, le mobilier sert de contreventement de la structure et les escaliers à pas décalés développés servent de placard à la cuisine et de bibliothèque au bureau. La taille du mobilier peut être remise en question, suivant l’usage et la posture que nous adoptons, comme expliqué précédent. Ainsi, il est obligatoire de faire des choix, par exemple préférer une grande chambre à un escalier confortable. L’obligation, pour qu’il soit possible d’habiter les petits espaces, est de penser aussi la place de chaque chose . Le moindre espace au centimètre près doit être utilisé intelligemment. Nous sommes également en mesure de gagner de l’espace dans la hauteur afin d’occuper tout le volume du sol au plafond. 42


Ainsi, grâce à de grandes hauteurs sous plafond et de grandes baies vitrées les pièces sont abondamment éclairées et la chambre par exemple peut se développer sur différent niveaux en installant le lit en hauteur. Ainsi, un grand nombre d’astuces sont imaginables pour permettre d’habiter convenablement dans un petit espace et créer des espaces non conventionnels ludiques et attrayants.

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CONCLUSION

De nombreuses familles habitent dans de petits espaces à Paris ou dans d’autres capitales mondiales. Ainsi, ces expériences sur l’habitat m’ont permis de me poser la question des limites de l’habitat minimum, des stratégies à employer, pour revenir à une architecture plus simple et rudimentaire, pour questionner nos besoins actuels. Ainsi, en développant ces différents scénarios, mon but était de montrer le potentiel que représentent ces interstices et de prouver qu’il est possible d’habiter ceux-ci. En France, un texte législatif réglemente et interdit les constructions sur des parcelles trop étroites. Est-ce vraiment judicieux d’interdire la construction sur des sites en centre ville très bien situés, et appropriables ?

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BIBLIOGRAPHIE - SUZUKI Akira, Archilab 2006, éd. HYX, Orléans - RICHARDSON Philip, XS vert, grandes idées, petites structures, Londres, éd. Thames and Hudson, 2007 - RICHARDSON Philip, XS Extrême, grandes idées, petites structures, Londres, éd. Thames and Hudson, 2009 - WILLEMIN V, Maison Mobiles, Paris éd. Alternatives, 2005. - PASCAL Blin, 25 maisons en ville, éd. le Moniteur, 2006 - Tophem & Smith, Xtremes houses, éd. Prestel Verlaq, 2002 - RICHARDSON Phyllis, Nano habitat, éd. Ouest France, 2011 - BERTHET-BONDET Isabelle, 20 maisons nippones, un art d'habiter les petits espaces, éd. Parenthèses, 2010 - BROTO Carles, Maisons mitoyennes, éd. Links International, 2010

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Roure sylvaine notice Projet de fin d'études Juillet 2013  

Notice résumant ma réflexions sur mon travail de PFE sur le thème " se loger sans les interstices"

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