Page 1

Quel après-nucléaire à Brennilis ? Héritage énergétique et reconversion d’un site industriel au sein du Yeun Ellez Travail de fin d’études - Sylvain HUOT Directeur de diplôme : Catherine Farelle Année 2013 - 2014 École Nationale Supérieure de la Nature et du Paysage de BLOIS


Bretagne - Monts d’Arrée -- Yeun Ellez --

Composition du jury PRÉSIDENT DE JURY :

Mr Bruno RICARD, Ingénieur INSA Lyon, enseignant en sciences et techniques de l’eau à l’ENSNP

DIRECTEUR DE MÉMOIRE :

Mme Catherine FARELLE, Paysagiste libéral, enseignant en projet de paysage à l’ENSNP

PROFESSEUR ENCADRANT :

Mme Sylvie SERVAIN, Maître de conférences en géographie, enseignant chercheur à l’ENSNP

PERSONNALITÉ EXTÉRIEURE MAÎTRISE D’OUVRAGE :

Mr François KERGOAT, ancien membre de la Commision Locale d’Information Site nucléaire des Monts d’Arrée, ancien maire de Loqueffret

PERSONNALITÉ EXTÉRIEURE :

Mr Yves BOUVIER, Maître de conférences en Histoire contemporaine Paris Sorbonne, spécialiste des «paysages de l’électricité»


4


Préambule

Monumentale aura Le mauvais temps se concentre sur les collines arrondies des Monts d’Arrée. La brume humide, les enveloppe, les dissimule, joue avec. Elle glisse sur les ondulations verdoyantes, dans un vacarme assourdissant : celui du vent. Ce vent qui porte en lui les légendes bretonnes, celui qui vient raconter les histoires de la Mort et de l’Ankou. L’air respire l’Histoire, il est matière, lourd et dense. La matérialité des choses s’évanouissent et se mélangent en sentiments et impressions rarement aussi intenses. Le lac de Saint-Michel, furieuse étendue, se fait balayer. Les vagues par mauvais temps viennent fouetter les rives, parfois même effondrées sous l’action de l’eau. La profondeur imaginée saisit, le volume stocké aussi. Et au pied du long barrage EDF, au milieu de cet impressionnant tableau : elle est là. Ce bâtiment de béton, cette masse lourde avec sa cheminée se dresse et s’affirme. Après l’avoir cherchée partout du regard, elle se dessine dans un arrachement de brume fugace. Le cœur s’emballe et se retourne... Avec l’architecture et le sens qu’on lui porte, vient l’imaginaire qu’elle véhicule. La tentation de s’approcher n’en est que plus forte, quasi irrésistible. Les pensées fusent, mais l’instinct reste. L’air semble lourd, empli de cette matérialité : une aura se dégage de cette centrale. Tout est dans son nom : elle est nucléaire. Et dans ce réacteur, ce sarcophage de béton, l’atome a dégagé énergie, mais surtout radiations, radioactivité. Une menace effrayante que l’Homme a toujours essayé de contenir. Cet imaginaire se véhicule et se transpose autour de ce bâtiment. Suis-je à une distance de sécurité  ? Est-ce étanche  ? Que se passe t-il dans les entrailles de ce monstre de béton ? La radioactivité que l’on s’imagine traîne dans l’air comme un fantôme. Invisible, elle peut être partout. Tout devient suspect, même les belles vivaces de sous-bois en pleine explosion florale. Le temps s’arrête, le silence paraît anormal, artificiel, émanant du réacteur impassible. Mais au fur et à mesure la suspicion radioactive se domine. La curiosité prend le dessus, le rythme cardiaque aussi... Les yeux s’excitent seuls, absorbent une quantité faramineuse d’informations, le cerveau se nourrit d’impressions et d’activité nerveuse : le corps est en alerte et fonctionne seul. Et ce n’est qu’une fois calmé, une fois la nuit passée, à écouter la pluie tomber sur la toile imperméable de la tente que j’ose regarder le ciel breton se déchirer. Le paysage des Monts d’Arrée se dévoile, entier, brut. Des sommets apparaissent, au loin. Entouré d’un amphithéâtre vert et brun, le lac immense est d’huile. La tranquillité a une odeur, celle de la terre humide qui sèche. Elle véhicule un silence sincère, enfin apaisant. Le bourg de Brennilis, plus loin, semble pris dans une léthargie inhérente à l’heure précoce dans la journée. La centrale n’apparaît plus comme une menace, elle devient repère une fois habitué à sa présence. Sa silhouette est hors d’échelle, un objet moderne posé dans un territoire rural. Elle n’est pas seule car accompagnée d’autres cheminées métalliques, plus loin, celles d’une autre centrale électrique, à combustion : inoffensive, aucun intérêt. 5


Un repère, c’est indéniable qu’elle l’est. La chercher devient un jeu, dans ce paysage à la topographie bouleversée. Ce chaos suit tout de même une sorte de logique : il encercle le lac comme une main venant enserrer délicatement un bijou. Il joue au contenant. Et ce n’est qu’en se baladant sur les lignes de crête que l’amphithéâtre se confirme. Les points hauts ouvrent des vues sur un paysage désertique dans le sens où il ne se compose que de landes, et d’eau. Un milieu hostile, mais brut de beauté. L’eau est noire, irrésistiblement envoûtante. Au point le plus haut, sur un sommet chauve, orné d’une simple chapelle, l’étendue se dévoile, entière. La centrale trône sur une berge du lac, au milieu d’un paysage sauvage, entre tâches de lumières et zones d’ombres. Une végétation rase, entre bruns clairs, gris, et verts foncés s’étale, un camaïeu fondu de teintes désaturées. Seuls les champs et bocages sortent leur vert saturé, en contraste fort avec le ciel redevenu lourd et chargé de nuages. Le béton du réacteur se fond dans ces nuances colorées, au contraire de certains autres, entièrement blancs, captant l’attention de l’œil. La dernière tentation sera d’aller à la source, celle qui alimente cette étendue d’eau immense, et l’expérience de descendre ces versants bretons s’apparente une nouvelle fois à une curiosité imprudente. Les chemins gorgés d’eau par la pluie incessante de la veille sont inondés d’une eau noire, lisse, qui m’encercle. Le silence se fait, le vent est tombé, aucun indice d’une quelconque émanation d’être vivant. Même les arbres frêles et tortueux semblent ne pas vouloir pénétrer sur ce territoire de tourbières. Et pour cause, la petite rivière de l’Ellez ne semble pas avoir de fond... Les graminées quant à elles, dansant si légèrement dans l’air, semblent flotter sur l’eau. Un monde existe dessous, c’est certain, celui d’une profondeur là encore imaginée. Et la centrale au delà du lac, à l’horizon, trône une nouvelle fois comme point focal. Il suffit de laisser glisser les nuages un moment pour voir les rares traînées de soleil l’atteindre et la mettre en lumière. Elle irradie de sa présence le Yeun Ellez, et se révèle comme seul indice du monde dit « moderne », dans un territoire aussi brut et sauvage que celui-ci.

6


7


Nucléaire et paysages

«Le paysage, tel qu’il affleure au regard, conserve la mémoire des mécanismes qui l’ont formé.» T. BROSSARD, La production des paysages, 1987.

Le nucléaire fascine, me fascine. Mon intérêt de futur paysagiste s’est éveillé ici, car nous sommes une profession qui travaille l’espace certes, mais aussi et sans doute davantage, le temps. Une centrale nucléaire marque à la fois les deux, mais encore plus le temporel. Et lorsque la trace dans l’espace s’évanouit, lorsque l’infrastructure si lourde, si particulière et si impressionnante est effacée par la main de l’homme qui l’a lui même élevée, que reste-t-il ? Le souvenir  ? La mémoire  ? Ou bien est-ce salutaire d’effacer et d’oublier des histoires qui nous ont un peu trop marqué, et dont on ne sait pas encore bien se défaire ? Le démantèlement nucléaire est une phase de vie d’une centrale, où l’on démonte ce qui ne sert plus, ce qui n’a plus d’utilité. La centrale nucléaire de Brennilis, baptisée EL4, a été construite en tant que prototype, dans les terres intérieures de la Bretagne. Prototype technique elle l’a été, chantier pilote elle l’est aujourd’hui. Premier du genre en France, le démantèlement

d’une centrale entière se réalise ici, une disparition totale programmée, pour une vitrine du savoir-faire français en la matière. Et qui dit effacement spatial, parle aussi de notion d’«après», pour un chantier laboratoire en la matière. C’est une unique opportunité pour le paysagiste de venir s’intéresser à ce genre de site ulta-sécurisé et normé, à ce genre de technologie qui lui est totalement étrangère. Il peut ainsi se pencher sur la nucléarisation d’un territoire (action d’y installer un équipement nucléaire), à la disparition, ainsi qu’à ses conséquences dans le paysage breton, à la fois visuelles mais aussi mentales pour les populations locales. Vivre avec le nucléaire, c’est pour eux vivre avec la peur du risque de l’invisible, de quelquechose qui n’est pas perceptible par nos sens : la radioactivité. Mais vivre avec le nucléaire, c’est aussi vivre de l’exploitation de cette formidable énergie, des retombées économiques que cela induit. En ce sens, une centrale

nucléaire marque profondément le territoire dans lequel elle s’implante.

C’est pourquoi, la question posée de ce travail est l’accompagnement de la mutation d’un site nucléaire et d’un territoire, en l’occurrence celui de Brennilis et du Yeun Ellez, après la disparition d’une telle infrastructure repère. Il pose aussi la question du changement d’image d’un tel site industriel, ainsi que sa reconversion. Faut-il tout effacer et tout oublier de la centrale ? Ou doit-on garder des traces, des indices mettant en récit l’histoire du territoire tout entier ? Au final, jusqu’où démanteler, jusqu’où déconstruire, que peut-on garder ? 8


À travers ces échelles de temps, ce travail essaiera de comparer l’impact de la centrale nucléaire sur le territoire afin de mieux l’appréhender. Tout d’abord, le territoire s’est formé à travers de longues périodes que l’homme ne peut conceptualiser, et les comprendre invitera à mieux cerner l’impact de l’installation de la centrale sur ce-dernier. Le Yeun Ellez s’est en effet vu basculer dans le développement et l’industrialisation avec l’arrivée de l’atome, et à l’échelle du temps des sociétés humaines, cela a aussi eu de nombreuses conséquences spatiales et sociales. Aujourd’hui, le démantèlement s’attache à faire disparaître cet objet industriel. Mais l’homme, dans sa quête du progrès, a une nécessité de points de repères dans son Histoire auxquels se rattacher, et la culture de la mémoire de cette centrale pourrait en être un important, dans le récit post-nucléaire de ce paysage. 9


Préambule

5

Nucléaire et paysages

8

01. Les temps géo-morphologiques du Yeun Ellez

12

Temporalités

15

1.1. Histoire de roches

17

1.1.1. Crêtes des Monts d’Arrée et cuvette du Yeun Ellez 1.1.2. Les temps géologiques 1.1.3. «Les pierres d’ici rayonnent»

1.2. Le lac Saint-Michel et l’Ellez : réseau anthropisé

29

1.3. Saturations en eau : richesse de milieux

35

02. Exploiter le Yeun Ellez : du temps des sociétés humaines au nucléaire

46

L’argoat, le pays des bois

49

1.2.1. Le bassin versant de l’Ellez 1.2.2. L’écoulement morcelé 1.2.3. Le barrage de Nestavel : disparition et création de territoires  1.3.1. Saturation atmosphérique 1.3.2. Saturation du sol et milieux emblématiques 1.3.3. Un territoire grandement protégé

29 29 32

35 36 44

2.1. Conquérir et exploiter l’Argoat

51

2.2. Nucléarisation : bascule du 20e siècle

57

2.3. Vers un barrage d’industries

66

2.4. Vocations régionales du Yeun

85

2.1.1. Les légendes de l’imaginaire breton 2.1.2. Paysages d’énergies

2.2.1. Les paysages nucléaires 2.2.2. L’installation d’EL4 : miracle de l’atome 2.2.3. Fonctionnement nucléaire 2.2.4. Rupture des échelles temporelles 2.3.1. Emprises et transformations 2.3.2. Barrage d’industries 2.3.3. Évocations et transcriptions 2.3.4. La mémoire du sol : radioactivités 2.3.5. Un contexte paysager rural

2.4.1. Dépression démographique 2.4.2. Industrie et production énergétique 2.4.3. Rayonnement touristique 10

17 20 26

51 53

57 60 62 63

66 71 76 78 80

85 86 88


03.Le temps du démantèlement et de la mémoire

92

Anthropocène

95

3.1. Démanteler = démonter + déconstruire + déplacer

97

3.2. Le chantier pilote de Brennilis

101

3.3. Des traces et des repères dans le territoire

107

3.2.1. Vitrine et savoir-faire 3.2.2. Un jeu d’acteurs tourné vers la centrale 3.3.1. Résonances temporelles 3.3.2. Landmark nucléaire 3.3.3. Repère mental

3.4. L a mémoire et la patrimonialisation de l’énergie 3.4.1. Garder la trace 3.4.2. Patrimonialiser l’énergie : enjeux

101 104 107 110 114

116

116 119

04. Vers l’après-nucléaire

124

Ma place de paysagiste

127

4.1. Déconstruction, valorisation et reconversion

129

4.2. Le parc des énergies : héritage mémoriel et productif de la centrale

137

Perspective(s)

187

Annexes

188

Bibliographie

192

4.1.1. POSTULAT // Jusqu’où déconstruire après 2025 ? 4.1.2. Enjeu 1 : la déconstruction comme matière à projet 4.1.3. Enjeu 2 : une mémoire à valoriser par le biais de traces à conserver 4.1.4. Enjeu 3 : impulser la reconversion industrielle globale 4.2.1. Valorisation et reconversion : enjeux spatialisés 4.2.2. Du démantèlement nucléaire à la reconversion industrielle : échelles temporelles de projet 4.2.3. Horizon 2020 : réappropriation et disparition 4.2.4. Horizon 2030 : le Parc des Energies 4.2.5. Horizon 2040 : transition énergétique 4.2.6. Un projet de territoire inscrit dans un contexte sociétal actuel et d’avenir

129 130 134 136 140 141 143 149 169 184

11


01. Les temps gĂŠo-morphologiques du Yeun Ellez


1.1. Histoire de roches...................................p 17 1.2. Le lac Saint-Michel et l’Ellez : réseau anthropisé...................................p 29 1.3. Saturations en eau : richesse de milieux..................................p 35


COMMANA LA FEUILLテ右 BOTMEUR

BRENNILIS SAINT RIVOAL

BRASPARTS

14

01 - Les temps gテゥo-morphologiques du Yeun Ellez

LOQUEFFRET


Temporalités Les choses et le monde évoluent lentement depuis bien longtemps, bien avant notre naissance, avant même notre existence en tant qu'humanité. Tout bouge autour de nous. Nous sommes dans des flux temporels, spatiaux, dans le présent sans jamais vraiment s'en rendre compte, qu'à peine nous pensons au passé ou au futur : tout se compose et se décompose. HUELGOAT

SAINT HERBOT

Ce monde des hommes tel que nous le connaissons et auquel nous sommes sensibles, puisque nous en sommes quelquepart les gestionnaires et un peu aussi les créateurs, est régi par le temps social, celui... des hommes. Cependant le monde a existé dans d'autres dimensions temporelles que la nôtre, d'autres échelles imperceptibles pour nous : celles de l'univers physique et cosmologique. Nous en constatons les formes aujourd'hui, le paysage s'offre à nous, héritage d'un passé, d'une occupation et utilisation du sol de nos prédécesseurs. Le

territoire du Yeun Ellez est une histoire du monde de par son paysage, mais aussi histoire des hommes de par leur impact fort ici. Grâce à notre regard nous percevons aussi à notre échelle ce flux continu et cyclique du monde. Les

5km N

saisons sont là pour nous le rappeler, mais aussi les différents milieux naturels, témoins d'époques différentes comme la lande ou le bocage, ou de périodes plus ou moins longues comme les tourbières. Ces dernières mettent des milliers d'années à se former, tout comme notre histoire humaine. Elles sont les témoins privilégiés de notre rapport au monde, conservant nos archives avec des pollens, elles peuvent nous raconter : elles sont une façon de se comparer à l'échelle des temps du territoire. Et avant d'oser se comparer à pareille entité, il faut tout d'abord en comprendre ses secrets de formation et de composition. 15


Centrale nuclĂŠaire de Brennilis

Lac SaintMichel

16

01 - Les temps gĂŠo-morphologiques du Yeun Ellez


1.1. Histoire de roches 1.1.1. Crêtes des Monts d’Arrée et cuvette du Yeun Ellez Ménez Mikel et la chapelle Saint-Michel

Accessibles depuis les cols, de petits chemins serpentent vers les sommets, recouverts de lande rousse, sauvage, excepté lorsqu'une parcelle a été exploitée en ballots de "landes" pour les animaux. Les sommets sont ponctués de rocs, parfois amoncelés, parfois semi-enterrés, surgissant du sol. D'autres me sont apparus davantage massifs , plus agglomérés. Autour, ce ne sont que fougères, ajoncs, bruyères, calunes, et touffes de molinies. Le vent m'y apporte, m'y fait grimper, puis me fait tourner sur moimême et sur le panorama incroyable qui se déroule sous mes yeux. D'un côté la cuvette du Yeun Ellez, brut, sauvage et cépia, de l'autre la suite de l'Ouest, avec des clochers en pointe surgissant du bocage vert éclatant. Au milieu, moi, sur mon rocher de schiste ardoisier, sur mon Roc'h.

Les Monts d’Arrée sont un massif montagneux faisant partie du massif armoricain. Situé dans le Finistère, cet ensemble de crêtes et de plateaux, malgré sa faible altitude, possède les points culminants bretons. Ce relief à la forme si prononcée et particulière est le reliquat d’une histoire très longue de formation géologique, de plus de deux milliards d’années. Au sein de ce décor d’allure montagnarde, le Yeun Ellez s’étend, vaste dépression issue de l’érosion globale de ces roches. Elle symbolise le cœur d’un amphithéâtre naturel, d’un véritable croissant occupé par un grand lac artificiel : le réservoir Saint Michel.

La crête principale, orientée Sud-Ouest / Nord-Est est un grand synclinal perché, assez rectiligne dans sa forme. Sa ligne de crête est pourtant légèrement ondulante du fait de décrochements et failles qui atténuent la rigidité de cet ensemble. Ses sommets rocheux émergent de la végétation rase de type lande : ce sont des pointes schisteuses que l’on appelle « roch’s » (les plus marquants sont les Roc’h Trévézel -383m- et Roc’h Trédudon -385m-). Ces émergences sont des points de repère forts, permettant au regard de s’accrocher à quelques endroits lorsque ce-dernier parcourt cette ligne de crête. Du Sud-Est à l’Ouest, un vaste arc-de-cercle vient butter contre cette grande crête schisteuse, il s’agit d’un bombement anticlinal de grès. Les sommets présentent une morphologie différente, plus massifs, plus bombés. Certaines émergences rocheuses en marquent le sommet, comme au Tuchenn Kador (383m), ou encore au Ménez Mikel (381m). Cependant, ce ne sont plus les entailles schisteuses du Nord  mais des grands blocs massifs gréseux de plusieurs mètres de haut. La région centrale, le Yeun Ellez, est un ancien bombement vidé par l’érosion, une vaste dépression à l’allure plutôt plane, mais encerclée par ces reliefs énoncés ci-dessus. Le pendage stratigraphique général, vers l’Ouest a pour conséquence des versants assez abrupts (pour l’arc de cercle gréseux) face à 17


1

0

1

2

3

4

5 km

B’ Roc’h Trévézel

A

Roc’h Trédudon

Tuchenn K ador

Ménez mikel

Roc’h Cleguer

B

5km

N

A

B

18

01 - Les temps géo-morphologiques du Yeun Ellez

A’


Les Monts d’Arrée sont un ensemble individualisé qui se détache des bas plateaux voisins. La vaste dépression centrale se retrouve être le cœur de ce paysage aux allures parfois montagnardes.

la dépression du Yeun Ellez et des versants convexes, en pente douce vers le Sud-Ouest. À l’Ouest, le vaste plateau du Ménez-Meur s’inscrit dans le prolongement de la crête des Roc’hs. D’une altitude moyenne de 300m, il offre une ambiance très montagnarde, entre grands plateaux d’altitude et vastes dépressions comme celle de Saint-Rivoal, et se termine assez brutalement, découpé par des fleuves aboutissant à la rade de Brest. À l’Est, c’est le grand plateau granitique de Huelgoat et de la Feuillée qui vient présenter son univers de bocages et forêts denses, cisaillé par de nombreuses petites vallées. L’ensemble des Monts d’Arrée s’individualise nettement par de fortes ruptures de pentes avec les bas pays qui l’encerclent. Au Nord, le plateau granitique de Commana et le pays du Léon forment une vaste limite plutôt plane alors qu’au Sud, le bassin de Chateaulin se dévoile à l’horizon avec des altitudes ne dépassant pas 200m. Bas Léon/Commana

Représentation des grands ensembles géologiques identitaires autour du Yeun Ellez.

Crête des Roch’s

YEUN ELLEZ

Plateau d’ Huelgoat

Plateau Ménez-Meur

Coupes topographiques des Monts d’Arrée et de la dépression du Yeun Ellez. L’impression de cuvette centrale est en fait renforcée par les versants plutôt abrupts qui l’encerclent. (relief multiplié par 2).

Crête des Ménez Bassin de Chateaulin

A’

1km

B’

1km

19


1.1.2. Les temps géologiques

PROTÉROZOÏQUE

La géologie d’un territoire est le témoin le plus prégnant des époques passées. Les millions (voire milliards) d’années se sont déroulés, sans que nous puissions percevoir ces changements gigantesques à notre toute petite échelle de temps des hommes. Le relief que nous pouvons observer aujourd’hui provient des restes de la Chaîne Hercynienne, formée il y a de

cela plus de 340 millions d’années, et de son érosion lente et mouvementée au fil du temps.

ICARTIEN entre 2.2 et 1.8 milliards d’années CADOMIEN -660/540 millions d’années Cycle évolutif complet : sédimentation, volcanisme, épisodes plutoniques,

métamorphisme et déformations intenses.

PALÉOZOÏQUE (SUITE)

Sources bibliographique : Géologie succincte du massif armoricain, BRGM, et notice de la carte géologique BRGM du secteur d’Huelgoat.

DÉVONIEN / -345/330 millions CARBONIFÈRE d’années Formation de la chaîne Hercynienne. Les plissements entraînent la formation d’une schistosité régionale.

20

Formation de la chaîne Cadomienne, et érosion.

01 - Les temps géo-morphologiques du Yeun Ellez

CARBONIFÈRE jusque -290 millions d’années

Ouverture de bassins marins ou lacustres comme celui de Chateaulin. L es sédiments qui s’y déposent sont issus de l’érosion des grands massifs. Production magmatique majeure : batholites (roches intrusives) granitiques.


PALÉOZOÏQUE

CAMBRIEN -540/488 millions d’années

ORDOVICIEN -488/443 millions d’années

DÉVONIEN -416/359 millions d’années

Dépôts briovériens provenant de l’érosion

Importante transgression marine conduisant à des dépôts de sables, à l’origine de la formation des grès armoricains.

Dépôts continus de sédiments schisteux,

PALÉOGÈNE -35/7.5 millions d’années Oligocène et Miocène Grandes transgressions marines et affaiblissement du massif armoricain. Dépôts de sédiments.

NÉOGÈNE/ -5/0 millions d’années QUATERNAIRE Grandes périodes glaciaires et interglaciaires. Formations de terrasses avec des dépôts alluviaux associés. Forte érosion.

de la chaîne cadomienne vers la mer briovérienne.

gréseux et de schistes ampélitiques

(grandes quantités de fossiles retrouvés).

MÉSOZOÏQUE - CÉNOZOÏQUE

PALÉOGÈNE -65 millions d’années Paléocène Massif armoricain : bombement haut qui va se retrouver érodé et grandement altéré du fait d’un climat chaud et humide.

21


QUATERNAIRE Aujourd’hui Cinq natures de roches sédimentaires sont retrouvées sur le territoire étudié des Monts d’Arrée : - La crête des schistes, synclinal perché, se compose en alternance de dalles de schistes bleus et de quartz (formation de Plougastel). Ces roches très dures résistent à l’érosion et donnent les émergences caractéristiques des Roch’s aux sommets. - D’autres schistes (formation de Douarnenez) se retrouvent dans la continuité Nord-Est de cette crête des Roch’s. - Le croissant méridional des Ménez est composé par un massif de grès armoricain, de plusieurs centaines de mètres de profondeur, expliquant l’allure massive de ces monts. Ils résistent eux aussi à l’érosion et forment des amas de roches sur certains sommets, parfois lézardés de filons de Quartz (comme au Tuchenn Kador). - La cuvette du Yeun repose sur des nappes alluviales anciennes (altérations de schistes briovériens) composées de sables, graviers et argiles imperméables divers. - Les schistes du bassin de Chateaulin sont tendres, et expliquent le relief assez doux et plat de cette entité. L’émergence granitique du plateau de Huelgoat à l’Est porte des collines en forme de coupole, et de nombreuses fractures sont empruntées par des petits cours d’eau. Il est possible d’observer des chaos granitiques à Huelgoat et Forch’an (l’érosion ayant déblayé les arènes des versants, de grosses boules de granite se sont retrouvées dégagées). On retrouve un autre massif au Nord, celui de Commana, beaucoup plus bas que la crête des Roch’s.

Bassin granitique de Commana

Schistes et Quartzites de Plougastel Grès Armoricain Schistes Briovérien Schistes dévonien Schistes et grès du bassin de Chateaulin

22

01 - Les temps géo-morphologiques du Yeun Ellez

Bloc diagramme de la géologie visible aujourd’hui. Source carte géologique du BRGM Secteur Huelgoat.


COUPE LONGITUDINALE

N

23


Ménez Mikel Chapelle

Tuchenn Kador

Roch’s

Yeun Ellez

24

01 - Les temps géo-morphologiques du Yeun Ellez


Pays du LĂŠon Commana

25


1.1.3. «Les pierres d’ici rayonnent» LE PHÉNOMÈNE DES MONTS D’ARRÉE Ici, la radioactivité naturelle est forte, car liée à la géologie du territoire. La nature des roches donnent naissance à des éléments radioactifs à partir de plusieurs isotopes de l’uranium : présence en excès autour des milieux humides de l’actinium 227 (descendant de l’uranium 235). Ce phénomène naturel s’exprime sur les roches granitiques du plateau d’Huelgoat, jusqu’au pied du barrage de Nestavel et de l’ancienne centrale nucléaire. Les eaux se chargent

au contact de la roche en profondeur, puis en émergeant, elles transfèrent aux sols, sédiments et végétaux cette radioactivité. Les éléments de la famille de l’uranium 238 sont aussi présents, avec le radium 226 ou le radon 222, origine de certains gazs radioactifs nocifs dans certaines vieilles maisons construites en pierres granitiques. «Les roches rayonnent» donc naturellement ici, pour

Plaque photographique de Becquerel qui a été exposée accidentellement à une radiation de sel d’uranium. L’ombre de la croix Maltaise placée entre la plaque et le sel d’uranium est clairement visible. 1903

certains radionucléides, une sorte de vibrance, d’émission qui se communique à l’environnement dans certaines zones bretonnes comme les Monts d’Arrée.

L’ATOME « Petits objets que seul l’esprit fécond des hommes peut tenter de représenter... » Longtemps considéré comme la matière fondamentale la plus élémentaire, de nombreuses découvertes ont mis en évidence sa composition véritable. Un atome a un noyau, autour duquel gravitent des électrons de charge négative. Le noyau lui-même se compose de protons, à charge positive qui équilibrent les électrons, et de neutrons, à charge neutre. Le nombre de protons et d’électrons forme ce que l’on appelle le numéro atomique de l’élément. Les isotopes sont des variations des éléments, qui ont la même composition, mais dont le nombre de neutrons varie. LA RADIOACTIVITÉ «Phénomène physique naturel qui se produit à l’intérieur de la matière. Elle est la propriété qu’ont certains atomes d’émettre spontanément un rayonnement». Dans la nature, la plupart des atomes sont stables. Ceux qui ne le sont pas et qui se désintègrent en émettant des rayonnements sont radioactifs  : ce sont les radionucléides. Le processus se poursuit jusqu’à l’atteinte d’une stabilité de l’atome, dégageant trois rayonnements différents (alpha, béta et gamma). La désintégration se mesure aussi en durée, ce que l’on appelle la période radioactive d’un matériau. Elle peut aller d’une fraction de seconde à plusieurs milliards d’années (l’uranium 238 a une période radioactive de 4,47milliards d’années...). Elle prend en compte le temps qu’il faut pour que la moitié seulement des atomes radioactifs présents au début ait disparue. LES RAYONNEMENTS Un rayonnement est une propagation d’énergie électromagnétique (flux de photons comme la lumière par exemple) ou particulaire (flux de protons, électrons et neutrons). Nous vivons dans un monde de rayonnements à la fois naturels (radionucléides contenus dans la Terre, les roches, les végétaux, rayonnement cosmique...) et artificiels (créés par l’homme pour la médecine, la communication, le nucléaire...). La force de pénétration de chaque rayonnement (alpha, beta et gamma) dans la matière diffère  : seul les gamma sont durs à stopper, à moins d’une forte épaisseur de plomb ou de béton. 26

01 - Les temps géo-morphologiques du Yeun Ellez

Coupelle contenant du bromure de radium, photographiée dans l’obscurité en 1922. Le radium est un million de fois plus radioactif que l'uranium. Sous l'effet de la chaleur dégagée, le radium émet une couleur bleue que Pierre et Marie Curie aimaient contempler le soir.


Expérience sur la radioactivité : déviabilité des rayons secondaires produits par le rayonnement béta, 1903-1904, tirage argentique d'époque, 8.4*10.5cm.

27


N

La source de l’Ellez

Lac de Saint Michel Barrage de Nestavel

Lac de Saint-Herbot Centrale hydroélectrique L’Ellez rejoint la vallée de l’Aulne

28

01 - Les temps géo-morphologiques du Yeun Ellez


1.2. Le lac Saint-Michel et l’Ellez : réseau anthropisé 1.2.1. Le bassin versant de l’Ellez

La crête principale des Roch’s au Nord est une ligne de partage des eaux importante, où se touchent onze têtes de bassins versants (ou sous-bassins versants). De manière générale dans les Monts d’Arrée, de nombreuses sources et ruisseaux, globalement perpendiculaires aux lignes de crêtes, forment un important réseau hydrographique. Ils convergent vers les dépressions et alimentent des zones humides ou des tourbières. Celle du Yeun Ellez est la plus

importante où la rivière de l’Ellez a recouvert une grande zone de marécages et de tourbières : on y trouve maintenant le Lac Saint-Michel. Comme toutes les

autres rivières du Sud, l’Ellez se dirige vers la vallée de l’Aulne. Au Nord-Ouest, c’est l’Elorn qui prend sa source près du Tuchenn Kador et qui forme le petit lac artificiel du Drennec, avant de s’écouler vers la rade de Brest. D’autres rivières prennent leur source dans le Ménez-Meur, alors qu’au Nord, certaines rivières s’écoulent quant à elles vers la baie de Morlaix.

Bassin versant de l’Ellez et profil schématique de la rivière depuis sa source jusqu’à la vallée de l’Aulne.

Les cours d’eau, à température globalement fraîche, circulent à travers des reliefs souvent très accentués, ce qui leur confère des régimes hydriques à caractère semi-torrentiel, associé aux généreuses précipitations hivernales alimentant les débits. Ils sont bien oxygénés, peu minéralisés ou pollués. La nappe aquifère est limitée sur les roches schisteuses et gréseuses, les étiages pouvant alors être très sévères. Le socle granitique permet quant à lui de retenir davantage d’eau dans les arènes. Ces roches rendent l’eau acide et peu minéralisée aux sources et ces caractéristiques pour certains ruisseaux sont renforcées par le passage fréquent dans des zones de tourbières. Il est important de noter le rôle de régulateur des tourbières lorsque des crues viennent les irriguer abondamment. Les bassins versants étant relativement petits, le temps de réponse des crues est très rapide. Les tourbières ont ainsi le rôle d’une « éponge », retenant l’eau et la filtrant, la restituant progressivement par la suite au cours de saisons plus sèches.

1.2.2. L’écoulement morcelé

L'Ellez est un cours d'eau non-domanial aujourd'hui morcelé et canalisé autour de deux ouvrages d'art importants dans sa partie «Monts d'Arrée». Son aménagement résulte en effet de la production d'énergie électrique à la fois d’origine hydraulique, puis nucléaire, durant le 20e siècle. Le Yeun Ellez, vaste dépression accueille en son sein le lac de SaintMichel. L’Ellez l’alimente, prenant sa source près du Ménez Mikel, dans les vastes landes et tourbières.

L'Ellez est tout d'abord stoppé par le barrage de Nestavel, formant ainsi le grand lac Saint-Michel (appelé officiellement Réservoir Saint-Michel). Il est ensuite canalisé au pied de ce barrage, une réalisation datant de la construction de la centrale nucléaire de Brennilis, installée au pied. L'Ellez poursuit ensuite son chemin à travers une grande zone humide à pente très faible, souvent sujette aux inondations. La rivière arrive dans une ambiance davantage boisée, à un deuxième lac artificiel beaucoup plus petit, Saint-Herbot, où un autre barrage a été construit, avant d'être canalisée dans une conduite forcée pour une chute de plusieurs dizaines de mètres, alimentant ainsi une petite centrale hydroélectrique. Il reprend ensuite son cours naturel, jusqu'à l'Aulne. 29


A

LE LAC SAINT-MICHEL : A Apparu en 1937, après la construction du barrage de Nestavel, le lac de 450ha est alimenté par un bassin versant de 33km² pour une capacité de 13 millions de m3. L'Ellez est son principal affluent, mais deux autres ruisseaux y débouchent : le Roudouhir, et le Ster Red. Sa cote normale d'exploitation est fixée à 227 NGF, et recouvre tout un territoire d'une faible profondeur. Dans la partie supérieure Ouest, le lac n'est profond que de 40cm à 4m, alors qu'à l'aval, au pied du barrage, il atteint 8m de fond. Il y a peu de sédimentation dans cette réserve d'eau, du fait de la présence des tourbières sur une grande partie du bassin versant amont. Le lac n'est pas soumis aux visites décennales nécessitant une vidange du fait de sa faible hauteur de chute au barrage.

B C

D

E

LE BARRAGE DE NESTAVEL : B Construit en 1936-37, le barrage s'étire sur 470m et s'élève au-dessus du terrain naturel de plus de 11m (14m en comptant les fondations). Il se compose d'un grand mur et de 13 voûtes accolées de 25m d'ouverture, s'appuyant sur des contreforts ancrés dans le socle granitique. La prise d'eau permet de réguler les débits d'alimentation de l'usine hydroélectrique de Saint Herbot, et ceux pour le soutien d'étiage de l'Aulne. En effet, le barrage permet de réguler en

partie les crues, mais sert surtout de réserve d'eau pour les saisons sèches, étant toujours grandement alimenté par les conditions climatiques humides des Monts d'Arrée. Au pied du déversoir existe une fosse profonde pour dissiper l'énergie des lâchers, et réduire la vitesse de l'Ellez avant son entrée dans le canal de la Centrale nucléaire de Brennilis, très rectiligne.

A

B

LE BARRAGE DE SAINT HERBOT : D Ce second lac artificiel de 15ha existe depuis 1928, associé à la centrale hydroélectrique située en contrebas d'une grande conduite dévalant le relief prononcé. Profond au droit du barrage de 8m, sa cote maximale est de 209 NGF. Le lac draine un bassin versant total de 63 km², ne pouvant retenir que 330 000m3. Son exploitation se pratique par «  éclusées  », entre les cotes 209 et 204, conférant ainsi de grandes variations de hauteur d'eau en période intense de production électrique.

C

D

E Illustration des paysages et ambiances traversés par l’Ellez entre le lac de Saint-Michel et l’usine hydroélectrique de Saint-Herbot. 30

N

01 - Les temps géo-morphologiques du Yeun Ellez

E

L'USINE DE SAINT HERBOT : Les eaux de l'Ellez sont amenées par un canal souterrain puis par une conduite forcée longue de 365m pour alimenter 3 groupes hydroélectriques en contrebas (production maximale de 6730KW). Les éclusées sont soumises au rythme des saisons (2 fois par jour de Décembre à Février, 1 fois le reste de l'année). En sortie de l'usine, l'Ellez est de nouveau canalisée puis retrouve rapidement son cours naturel vers l'Aulne.


A

B

C

D 31


Territoires dévoilés lors d’une vidange du lac en 1963. La trame d’un parcellaire se dévoile dans les tourbières. Le barrage en haut à droite a permis la vidange pour la construction de la centrale nucléaire. Source : campagnes aériennes IGN.

1.2.3. Le barrage de Nestavel : disparition et création de territoires Le Yeun Ellez fait voyager dans les territoires de la pensée, par ses paysages bruts, impressionnants. Et le lac de Saint Michel participe fortement à ces impressions données, du fait de sa grandeur, et de l'imaginaire lié au monde du «dessous». Sa profondeur, même si elle n'est que relative en terme de mesure, est grande en perception du fait de l'étendue qu'il recouvre.

Croire que l'Ellez, mince ruisseau en amont, réussisse à former une si grande surface, est difficile. Marcher dans les tourbières au pied du Ménez Mikel n'est pas seulement une expérience en soi en terme de vides, de couleurs, d'humidité ambiante, mais elle permet de mieux se rendre compte du glissement de ces milieux sous la surface du lac, de manière très douce. Les anciens talus en pierre, traces d'un parcellaire encore d'actualité, sont comme des faisceaux tirés au couteau, qui découpent ces milieux et filent sans s'arrêter vers le dessous du lac.

Réalisation des voûtes en 1936 près du hameau de Nestavel, visible en fond. Source Brennilis, histoire d’une centrale nucléaire.

Lors d'une vidange en 1963 pour les travaux de construction de la centrale nucléaire de Brennilis, le Yeun s'est donné à voir une nouvelle fois. Traces, lignes, courbes, ellipses dessinaient le marais, le sillonnaient, conscientes de n'être aperçues qu'une simple fraction de temps, avant d'être recouvertes pour une période indéterminée. Elles sont les témoins submergés d'anciens mode de vie, d'un territoire aux usages différents, révolus, recouverts du voile d'une époque toujours actuelle, reflétant l'industrialisation et le développement de cette contrée bretonne.

La barrage de Nestavel est le garant du Yeun Ellez occupé par cette immense étendue d’eau qu’est le lac Saint-Michel. 32

01 - Les temps géo-morphologiques du Yeun Ellez


Lors de la vidange de 1963, le marais se redévoile un peu moins de 30 ans après sa submersion par le lac SaintMichel. Source : Brasparts, une paroisse des Monts d’Arrée, 1979.

33


Pluviométrie moyenne sur l’année sur les Monts d’Arrée. Le secteur de Brennilis / La Feuillée est le plus humide en termes de précipitations. Source : PNRA/N2000

N

1300mm

1500mm

La brume autour du lac Saint-Michel efface l’horizon et le relief du paysage. Tout devient flou et imperceptible.

34

01 - Les temps géo-morphologiques du Yeun Ellez

1100mm

900mm


1.3. Saturations en eau : richesse de milieux 1.3.1. Saturation atmosphérique Ces landes pelées sont incessamment balayées par le vent, fouettées même. Venant de l’Ouest, il déferle sur les Monts d’Arrée, déséquilibrant le marcheur, le ralentissant, l’énervant parfois. Mais sa force est signe d’immensité. Il me fait ressentir ce qu’est le sommet, ce que sont les conditions la-haut, même par temps clair. Le brouillard, la brume, le crachin ne laissent que peu souvent entre-apercevoir les reliefs des Monts d’Arrée. Ils dissimulent certaines parties, en découvrent d’autres, serpentent à travers le bocage et les boisements sombres. Les calvaires bretons ont parfois l’air de squelettes religieux dans la brume. L’ambiance des lieux est reliée au temps qu’il fait. Ici, l’air est empli d’eau : on la respire, on la sent, on la voit sur les végétaux. Le paysage du Yeun n’est pas immobile, il est mouvant. Le climat dans le Yeun Ellez s'apparente globalement au climat océanique breton, à la fois humide, doux et sans grands écarts entre les saisons. Mais certaines particularités sont renforcées, et se font sentir lorsque l'on est dehors sur les crêtes pelées des Monts d'Arrée ou au pied du barrage de Nestavel. Les précipitations mensuelles moyennes sont assez bien réparties tout au long de l'année avec un maximum à la fin de l'automne et en hiver. En règle générale,

Les nuages ont une véritable force dans la composition et la perception des paysages du Yeun Ellez, ici au Tuchenn Kador.

il pleut davantage en quantité sur le Yeun Ellez que sur les pays alentours. Les nuages provenant de l'Océan Atlantique viennent s'accrocher et se déchirer au relief des Monts d'Arrée qui leur forme une barrière physique. La hauteur d'eau

moyenne des précipitations annuelles atteint 1000 à 1500mm en moyenne, répartis sur 180 à 220 jours sur une année, soit plus d'un jour sur deux de pluie (1800mm sur les sommets) ! Ce régime des pluies et leur fréquence favorisent la

constitution et le maintien de milieux naturels comme les landes et les tourbières.

La température moyenne relevée à Brennilis est douce (9,7°C.). Il fait pourtant globalement plus froid dans les Monts d'Arrée que dans le reste de la région : 36 à 45 jours de gel en moyenne par an, 4 à 5 mois ayant une température moyenne inférieure à 7°C. Ce climat de type océanique a donc quelques particularités qui donnent cette touche «montagnarde» induite à la fois par le relief, mais aussi par la rudesse du climat, renforcée par les vents violents de secteur Ouest.

35


Coupe de principe sur la nature des sols et leur milieu végétal associé : du sommet des crêtes au lac Saint-Michel.

1.3.2. Saturation du sol et milieux emblématiques Le Yeun Ellez tire son identité et sa force paysagère de ses milieux naturels variés et caractéristiques occupant très souvent de vastes étendues. Ces paysages sont très changeant au fil de l’année. La diversité des formes végétales, la variété des couleurs accrochent le regard dans des étendues parfois très planes et rasantes. Les saisons défilant, les tonalités du Yeun varient, passant du vert éclatant pendant l’été, au cépia dominant en automne. Le printemps voit quant à lui l’éclosion de floraisons, que ce soit dans les landes ou dans les haies des bocages, de ponctuations jaunes et roses. Chaque milieu possède sa force, ses variations, et circuler à travers eux nous donne l’expérience du fermé et de l’ouvert. Les champs bocagers ont une trame qui parfois se détend, à d’autres moments se contracte, pour finalement se transformer en couverture boisée de hêtres et de chênes dans les vallons et sur certains coteaux. D’anciennes parcelles cultivées se laissent enfricher, par manque d’entretien, et la fermeture du milieu est inéluctable. D’autres boisements, encore plus sombres, viennent hachurer les crêtes, dessiner des lignes, des rectangles parfaits dans le paysage. Ils se détachent souvent sur les milieux ouverts que sont les landes, ou encore les pelouses sèches des sommets des Monts d’Arrée, incessamment balayées par le vent et les nuages, ravinées par l’eau qui ne s’attarde jamais trop longtemps à ces hauteurs. Selon la définition de Natura 2000, un milieu naturel est caractérisé par un ensemble d’éléments spécifiques comme sa flore (composition floristique particulière), sa faune et ses conditions physiques de constitution (nature des roches et des sols, besoins en eau, éléments nutritifs...). Ici, ces milieux dits naturels sont la transcription de conditions particulières, celles du sol et de sa saturation en eau. Le classement d’une grande partie des Monts d’Arrée en zone Natura 2000 (voir chapitre suivant) a permis l’élaboration d’un inventaire rigoureux de nombreux habitats naturels d’intérêt communautaire, en détaillant ainsi plus d’une vingtaine. Le propos ici n’est pas de les restituer intégralement, mais de comprendre l’essence de grandes catégories de milieux ainsi que la façon dont elles sont réparties sur le territoire du Yeun Ellez. Ces milieux naturels sont la transcription de conditions particulières notamment celle du sol. Le lessivage des sols et la podzolisation, l’accumulation de matière

organique et la teneur en eau sont les principaux facteurs de la formation des sols des Monts d’Arrée, en étroite relation avec la roche-mère. Les sols des Monts d’Arrée sont globalement pauvres et très acides. Leur profondeur est conditionnée par le relief, et la déclivité des pentes. L’érosion des sols a ramené bon nombre d’éléments en bas des versants, dans cette dépression du Yeun Ellez, saturée en eau, car située sur un sous-sol imperméable. Cela entraîne la formation de milieux particuliers, favorables ou non à l’exploitation agricole, aux boisements, à une richesse floristique et faunistique forte... 36

01 - Les temps géo-morphologiques du Yeun Ellez

Répartition des grands milieux naturels emblématiques au sein des Monts d’Arrée et du Yeun Ellez.


RANKOSOLS Pelouses sèches

PODZOSOLS Landes sèches à humides

REDOXISOLS Landes humides

HISTOSOLS Sols paratourbeux à tourbeux Prairies humides et tourbières

Niveau nappe d’eau

L andes

Bocage et friches

Tourbières

Prairies humides et tourbières

L andes Boisements de résineux

N

L andes trame bocagère et champs

Prairies humides Forêt de feuillus

37


La lande recouvre sommets et versants plus ou moins abrupts. Fougères, ajoncs, genêts, bruyères... viennent former une épaisse couche végétale, parfois impénétrable. Elles sont un paysage emblématique des Monts d’Arrée du fait de leur étendue, et sont toutes classées au sein d’un périmètre Natura 2000. Elles sont aussi les éléments d’une variation visuelle importante du fait de leur changement de couleur au fil des saisons.

38

01 - Les temps géo-morphologiques du Yeun Ellez


PELOUSES SÈCHES / LANDES SÈCHES ET HUMIDES

La crête des Roc'hs de nature schisteuse expose aux sommets une végétation rase, balayée par les vents. Ce sont les pelouses et landes sèches, poussant sur un sol squelettique de type «rankosol», très peu profond (moins de 40cm de profondeur), ne permettant pas la rétention d'eau. Ces sols sont pauvres en éléments minéraux, avec une couche de matière organique en surface riche en fragments de roches plus ou moins grossiers. Ce type de végétation s'approche d'un stade «climacique», les conditions empêchant ce milieu d'évoluer vers un autre stade. Sur les versants, le ruissellement de l'eau s'effectue sur les horizons supérieurs. Les sols sont compacts et limoneux, mais avec peu d'éléments minéraux : ils sont peu fertiles, de type «podzosol». La lande s'y développe, où fougères,

touffes de molinie, bruyères, ajoncs, genêts viennent coloniser ces pentes. Sur les versants des massifs gréseux, au Sud-Ouest du Yeun, la roche-mère quartzitique est très acide et se fragmente en blocs. L'eau circule ainsi dans les horizons plus facilement, où le lessivage des éléments minéraux et la podzolisation sont intenses. Lorsque les pentes sont plus faibles, les sols deviennent plus profonds (de 70cm à 1m) récupérant des éléments fins issus des lessivages des pentes. Ces colluvions d'argile forment une couche imperméable à partir de 30 à 40cm, ce qui permet le stockage d'une nappe d'eau temporaire qui engorge les sols en hiver, mais qui s'évapore en été. Ces sols sont de type « rédoxisols  », hydromorphes, et voient se développer un type de lande humide, où l'on a une présence forte de la Bruyère ciliée. Les grands domaines de landes sont ainsi fortement visibles et donc emblématiques dans les Monts d'Arrée, s'expliquant par le relief particulier, mais aussi la nature des roches. 39


TOURBIÈRES / PRAIRIES HUMIDES Ces milieux très emblématiques du Yeun Ellez témoignent de sols toujours saturés d'eau. En bas de pente ou dans les cuvettes, leur profondeur atteint de 80cm à 1,5m, composés de colluvions limono-sableux à argileux. La nappe d'eau y est permanente mais fluctuante : en hiver elle peut recouvrir le sol de 10 à 20cm, alors qu'en été, elle imbibe les parties inférieures. Ces zones humides voient l'installation d'une lande humide caractérisée par la présence de la Bruyère à quatre angles, de sphaignes et de molinies. Des prairies humides se forment aussi, caractérisées par les émergences linéaires des joncs. Le sol est de type «histosol» et paratourbeux. Lorsque la rétention d'eau se fait en surface et de manière permanente, la matière organique ne peut pas se désagréger en l'absence d'oxygène dans le milieu. Elle s'accumule de ce fait  : la tourbe se forme alors. Sphaignes, molinies, joncs, quelques bouleaux, ajoncs et bruyères viennent composer le cortège végétal de ces milieux, abritant parfois des plantes carnivores de type Drosera. Une réserve naturelle (le Vénec) protège un type de tourbière particulier, ombrogène, de morphologie bombée : seul spécimen cette taille en Bretagne, elle est uniquement alimentée par les eaux de pluie.

Émergences de joncs

40

Sols imperméables argileux

01 - Les temps géo-morphologiques du Yeun Ellez

Les tourbières du Yeun Ellez offrent des couleurs en continuité de celles de landes situées plus haut en altitude. Elles se caractérisent par une présence d’eau permanente, empêchant la matière organique de se décomposer. Elles semblent être dans le paysage une continuité de l’immensité plane du lac de Saint-Michel.

Touffes de molinie, et ajoncs

Sphaignes et saturation du sol en eau.


Prairies humides entretenues par la présence de l’élevage bovin. Les joncs émergent de tapis vert flamboyant.

L’Ellez traverse une grande aire de prairies humides à hautes herbes (mégaphorbaie). Les boisements en bordure sont denses et impénétrables.

41


BOISEMENTS ET BOCAGE Le bocage et les champs cultivés se développent sur certains sols, plus profonds, non gorgés d'eau car davantage perméables, plus riches en éléments minéraux. C'est le cas des sols des plateaux granitiques, où l'eau pénètre dans les horizons inférieurs du fait de leur texture plus sableuse (arènes granitiques). Les surfaces fourragères prédominent dans les Monts d'Arrée, où l'on retrouve aussi des cultures de céréales comme le maïs ou le blé tendre. Ces champs labourés se retrouvent dans un tissu bocager assez ouvert, notamment sur les points hauts des plateaux. Les prairies sont quant à elles insérées la plupart du temps dans un bocage beaucoup plus dense et refermé, sur un relief davantage mouvementé. L'élevage bovin y est donc pratiqué. On retrouve dans ces boisements bocagers des espèces arborées comme les chênes, les aubépines, les saules... alors que les grands boisements de feuillus sont des Hêtraie-Chênaie. L'ambiance dégagée est alors en fort contraste avec les grandes étendues tourbeuses et landeuses. Les enfrichements de certaines anciennes parcelles agricoles voient se densifier une végétation arbustive et arborée impénétrable, souvent composée de bouleaux. Enfin, de grandes parcelles de résineux se sont développées en hauteur, sur les lignes de crête, mais là aussi où les surfaces agricoles étaient en déclin (subventions à la plantation des années 1950 à 1990). Ce sont le plus souvent des Epicea de Sitka, le sapin de Nordmanniana, le sapin pectiné ou le Douglas. Des plantations de pins sylvestre, maritime, noir ou laricio sont aussi souvent observées. Le caractère parcellaire de ces boisements se retrouve en superposant le cadastre et les peuplements de résineux : de grandes plantations en «timbre» sont visibles en plein milieu des landes. Parcelle plantée de résineux type Abies, qui ferment les vues lointaines sur le paysage des Monts d’Arrée.

42

La chênaie-hêtraie offre des boisements denses, aux troncs tortueux placés parfois sur des ruines de talus bocagers.

01 - Les temps géo-morphologiques du Yeun Ellez

Cartographie des boisements (feuillus, résineux et trame bocagère). Les boisements sont des éléments de fermeture visuelle dans le paysage, créant des plans opaques, soulignant des éléments, ou jouant avec la transparence relative de la trame bocagère. Les landes, tourbières et champs agricoles sont le négatif de ces boisements, en fond de cuvette ou sur les sommets des Monts d’Arrée.

De nombreuses plantes de sous-bois comme les digitales, les fougères ou encore des arbustes comme les genêts viennent colorer par leurs floraisons les talus bocagers. Les parcelles sont parfois parfaitement délimitées par un boisement dense, placé sur un talus de terre, parfois de pierres. Paysage bocager dans la région de Brennilis jusque Saint Herbot.


5km

N

43


1.3.3. Un territoire grandement protégé La désignation d’espaces naturels protégés1 fait partie des stratégies de protection et de gestion du patrimoine naturel. Il existe ainsi en France différents outils de protection reflétant la multiplicité des acteurs, des objectifs et des types de gestion. Au sein des Monts d'Arrée, les paysages sont fortement emblématiques, les milieux naturels peu anthropisés s'étendant encore aujourd'hui sur de grands domaines, ce qui en fait leur caractéristique et intérêt principal. Seulement, de nombreuses pressions se font sur les territoires des landes et des prairies humides, qui se retrouvent asséchées, défrichées ou plantées par des résineux, pour les besoins de l'agriculture et de la sylviculture. Ce sont ainsi plus de 2000 ha de landes sèches, mésophiles, humides et tourbeuses qui ont disparu entre 1975 et 2002 rien que dans le site Natura 2000, alors que dans les Monts d'Arrée, le chiffre avancé serait de 4600 ha... Face à ces phénomènes et à la fragilité de ces milieux, les acteurs ont élaboré de nombreuses protections permettant une meilleure gestion et contrôle de ces phénomènes de dégradation. Les premiers classements et inscriptions réglementaires vont être enregistrés au titre des monuments historiques, nombreux dans la région : entre vestiges religieux, églises, et vestiges archéologiques (menhirs, tumulus...). L’apparition de la centrale nucléaire dans les années 1960-1970 va coïncider avec l’apparition de plusieurs grandes protections et acteurs en faveur du patrimoine naturel au sein du Yeun Ellez. En 1966, le grand site des Monts d’Arrée est inscrit,

protégeant ainsi le caractère exceptionnel des lieux et justifiant une surveillance réglementaire de son évolution sur les travaux qui y sont entrepris. Le Parc Naturel Régional d’Armorique (PNRA) sera quant à lui créé en 1969, lorsque les travaux de la centrale seront terminés, sans doute en contrepartie de cette infrastructure industrielle lourde dans des paysages remarquables et fragiles. Ses missions

sont d’assurer la valorisation de paysages et milieux emblématiques, à travers les cultures et savoir-faire locaux. Il va devenir par la suite le grand acteur du Yeun Ellez contribuant ainsi fortement à son rayonnement touristique. Dans les années 1975, les inventaires ZNIEFF (Zones Naturelles d’Intérêt Écologique Faunistique et Floristique) sont réalisés délimitant des secteurs présentant de fortes capacités biologiques et un bon état de conservation. De grands domaines autour de la centrale sont ainsi répertoriés, mais ne bénéficient à ce titre d’aucune protection. En 1993, une autre protection de type réglementaire assurera la protection de la plus grande tourbière ombrogène de Bretagne : la réserve naturelle du Vénec. Les missions confiées à ces réserves sont de protéger les milieux naturels, ainsi que les espèces animales et végétales et le patrimoine géologique, gérer les sites et sensibiliser les publics. Elles sont assez semblables aux Périmètres d’Intervention Foncière du Conseil Général du Finistère, une protection par la maîtrise du foncier, dans le cadre de sa politique d’Espaces Naturels Sensibles. D’autres communes ou communautés de communes possèdent elles aussi des terrains, et en assurent une gestion qui leur est propre. Enfin, la grande avancée du début du 21e siècle sera le réseau Natura 2000, avec en 2007 la reconnaissance du site des Monts d’Arrée, et notamment les grands domaines de landes, comme espaces patrimoniaux à protéger. Le vallon de

l’Ellez en aval de la centrale tout comme la totalité des crêtes des Monts d’Arrée sont ainsi classées. Certains sites sont même soumis à l’arrêté de protection de biotope, d’habitat naturel ou de site d’intérêt géologique : une protection de type réglementaire, de niveau départemental. 44

01 - Les temps géo-morphologiques du Yeun Ellez

1. Selon l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), un espace protégé est « un espace géographique clairement défini, reconnu, consacré et géré, par tout moyen efficace, juridique ou autre, afin d'assurer à long terme la conservation de la nature ainsi que les services écosystémiques et les valeurs culturelles qui lui sont associés ».

Parc Naturel Régional Armorique ZNIEFF 1 et 2 Site inscrit Site classé Natura 2000 Arrêté biotope Réserve naturelle du Vénec Périmètre d’intervention foncière du Conseil Général Monuments historiques inscrits et classés. Source : Monumentum

N

N


N

Périmètre PNRA / ZNIEFF1 et 2

N

Périmètre PNRA / Sites inscrits et classés

N

N

Périmètre PNRA / Arrêté biotope / Réserve Naturelle

Périmètre PNRA / Natura 2000

Un territoire aux paysages emblématiques sur-protégés.

N

Périmètre PNRA / Périmètre d’intervention foncière CG 29

Périmètre du PNR Armorique englobant de nombreux paysages emblématiques finistériens. Source : Bretagne Environnement et PNRA.

N

45


02.

Exploiter le Yeun Ellez : du temps des sociétés humaines au nucléaire


2.1. Conquérir et exploiter l’Argoat...................................p 51 2.2. La nucléarisation du Yeun : bascule du 20e siècle...................................p 57 2.3. Vers un barrage d’industries...................................p 66 2.4. Vocations régionales du Yeun...................................p85


Chapelle Saint-Michel

Lac Saint-Michel

Butte de Forc’han Source de l’Ellez

Plaine de l’Ellez

48

02. Exploiter le Yeun Ellez : du temps des sociétés humaines au nucléaire

Centrale nucléaire

Crêtes des Monts d’Arrée


L’argoat, le pays des bois La Bretagne c'est "le bois au milieu, la mer alentour". Auguste Brizeux, poète du 19e siècle. BRENNILIS

En opposition à l’Armor (les terres de la mer) se dresse l’Argoat (les terres boisées). Cette opposition se trouve essentiellement dans les milieux naturels fondés pour l’un sur la mer, sur les reliefs pour l’autre, mettant en scène des contrastes climatiques forts, l’absence ou la présence de boisements, ainsi que des usages et coutumes complètement différents. Argoat, mot breton utilisé seulement depuis le 19e siècle, fait appel à la notion d’un pays boisé, mais surtout rural et intérieur. Aujourd’hui, l’Argoat est connu

pour ses landes nombreuses et typiques, du fait de la disparition de ses anciennes grandes surfaces boisées, défrichées au cours des siècles. La topographie de cette région donne aussi une panoplie de vocabulaires de montagnes pour qualifier et caractériser ces paysages : crêtes, massifs, plateaux, monts, cols... Une trame bocagère se voit déroulée sur ce relief accidenté, là où les sols permettent à l’homme de cultiver la terre. La pauvreté des sols est en effet une autre caractéristique de l’Argoat et a conditionné de nombreux usages et traditions : celui de l’énergie à déployer pour tirer une quelconque richesse du territoire, pour défricher des terres lointaines, pauvres. Le cliché d’une région vieillissante et pauvre est tenace, et encore véridique à certains endroits de nos jours. Au 20e siècle, l’Argoat inspire encore la rudesse. Même si l’aisance et le confort ont pénétré les anciennes fermes, ils n’ont pas encore marqué les paysages. L’arrivée du monde développé dans ces contrées se traduit par le remembrement du bocage et de sa disparition progressive, tout comme le recul des domaines boisés, lentement mais sûrement. Les industries agroalimentaires et les élevages tiennent par contre toujours la corde. Depuis quelques décennies c’est même un tourisme de qualité qui vient redécouvrir des portions de pays originales, monumentales et riches au plan culturel. Ce qui reste de nos jours de l’Argoat, ce sont ses légendes, un paysage qui a une âme, des secrets, des cachettes, de l’intime, de la sévérité, de la richesse, offrant continuellement des plans rapprochés. La Bretagne mystérieuse comme

dernier bastion contre l’uniformisation du paysage dit moderne aux alentours, un pays où les forces puissantes des roches et de l’eau ont modelé un territoire brut.

49


Le Yeun Ellez tel qu’il pouvait l’être avant l’apparition du lac Saint-Michel, terres de marais et de légendes. Source : Brasparts, une paroisse des Monts d’Arrée, 1979.

"C'est là [le Youdig] qu'on allait précipiter les âmes mauvaises qui tourmentaient les vivants. Après qu'elles aient été conjurées par un prêtre et transformées en chiens noirs, elles étaient conduites par un meneur d'âme au presbytère de Brasparts ou Commana. C'est ainsi qu'arriva un jour à Commana, venant du Méné-Bré, le jeune Jobic Ann Drèz, tenant en laisse un affreux barbet noir que lui avait confié un vieux prêtre, an Tadiccoz (le vieux petit père), qui n'avait pas son pareil pour conjurer. À la vue de l'animal, le recteur comprit qu'il fallait aller au Yeun Elez. Au coucher du soleil, le recteur ayant revêtu son surplis et passé son étole, ils se mirent en route. Arrivés au pied de la montagne, ils s’arrêtèrent. Le recteur recommanda à Jobic de ne détourner la tête à aucun moment quoi qu'il arrive. L'endroit était triste, désolé et semblait vraiment la porte de l'Enfer. A peine entré dans les fondrières, le chien se débattit avec fureur, hurlant à la mort. Jobic, les mains ensanglantées, le retenait avec peine. Au milieu du Yeun Elez, le recteur se précipita sur la bête noire, et lui enserra le cou de son étole. L'animal poussa un hurlement effrayant et les deux hommes entendirent le bruit d'un corps qui tombe dans l'eau. Un vacarme terrifiant les enveloppa pendant de longues minutes, après quoi le calme revint. Au retour Jobic apprit de la bouche de Tadic Coz que l'affreux chien noir qu'il venait de conduire était son propre grand-père." D'après A. Le Braz, Les légendes de la Mort, Tome 2, pp. 262-273.

50

02. Exploiter le Yeun Ellez : du temps des sociétés humaines au nucléaire


2.1. Conquérir et exploiter l’Argoat 2.1.1. Les légendes de l’imaginaire breton

De nombreux artistes tels que poètes, écrivains ou chanteurs ont loué les beautés sauvages de l’Argoat, et plus précisément les sentiments de passion et d’attirance des paysages massifs des Monts d’Arrée marqués par le temps, érodés et émoussés, pleins de puissance. Ces perceptions traduisent l’ambiance particulière de ce territoire, des sites qui le composent, que nous percevons en étant conscient des histoires, légendes et mythes véhiculés. Cette couche de sens donne au paysage une épaisseur d’un vécu, de significations placées dans les forces de la nature, mais aussi des forces mystiques qui régissent, selon les croyances, les contrées de l’Argoat. La Bretagne et les bretons ont toujours cultivé une certaine fascination pour ces lectures particulières de la vie et de la nature, et entre autre celle de la mort.

La charette de l’Ankou, accompagné de deux serviteurs. Sa faux avec laquelle il prend les âmes des damnés est inversée. Source : Promenades littéraires en Finistère, N COUILLOUD.

Le Yeun Ellez de par sa morphologie si particulière, ses paysages emblématiques et ses anciens marais si étendus ont été le centre de toute une frénésie mystique, d’un certain rapport à la mort et à sa personnification : l’Ankou. Parmi les écrivains passionnés par ces contrées, Anatole le Bratz, vers la fin du 19e siècle, décrivait avec cœur la morphologie des paysages des Monts d’Arrée. «Montagnes ? Le titre paraîtra sans doute prétentieux, appliqué à des hauteurs dont la plus considérable n’atteint pas quatre cents mètres. Les géologues disent qu’aux premiers âges du monde, l’alpe bretonne ne le cédait à aucune autre pour l’audace des proportions ni pour la vigueur du relief. Seulement le travail des siècles l’a érodée, limée, usée […]. C’est une altesse déchue. […] Ces montagnes qui n’en sont plus se souviennent de l’avoir été. Jusque dans leur médiocrité présente elles gardent un je ne sais quoi de fier et de sourcilleux qui ne permet point de les ravaler au rang de simples collines ». Les landes de l’Argoat sont de plus « le pays de prédilection de l’ajonc, du genêt, de la bruyère, du thym et de toute la minuscule flore aromatique des terres pauvres. À la saison tiède, l’atmosphère est saturée des subtils arômes qu’elles exhalent, de ces odeurs fines si vantées par les auteurs de nos chansons populaires et qui sont proprement le parfum de la Bretagne, l’essence même du philtre breton. » Dans le registre de l’identité bretonne, de l’Argoat, il s’est aussi attaché à répertorier et conter les légendes d’un pays qui l’a vu naître. Les marais du Yeun Ellez sont ainsi connus de tout temps comme un territoire mystique, souvent repoussant, voire hostile, dans lesquels l’Ankou serait souvent présent afin d’ôter la vie des populations locales. Une des portes de l’Enfer, le Youdig, se situerait ainsi dans une ancienne fondrière au cœur des tourbières, d’où les âmes des damnés seraient jetées dans l’autre-monde. L’ancienneté de cette légende trouve même

Les lavandières de la nuit Tableau de Yann d’Argent. « En Bretagne, des femmes blanches, qu’on appelle lavandières ou chanteuses de nuit, lavent leur linge en chantant, au clair de lune, dans les fontaines écartées; elles réclament l’aide des passants pour tordre leur linge et cassent les bras à qui les aide de mauvaise grâce.» Colin de Plancy 1893.

ses racines du temps des cultes druidiques, où la porte amenait déjà dans l’Au-delà, l’Enfer étant à associer plus tard au catholicisme.

C’est dans ce contexte mystique et particulier que les bretons ont toujours vécu. Et aujourd’hui, il est impossible de ne pas y rapprocher l’installation dans ces contrées de la centrale nucléaire, cet objet aux échelles de temps quasi-éternelles, évocateur à la fois d’une puissance mais aussi d’une destruction possible sans limites. Le rapport à l’aura de la centrale, à sa monumentalité, ou encore à l’invisible radioactivité, se mue dans le cœur des hommes comme celui des anciennes croyances réveillées : un rapport au territoire qui devient ici fusionnel entre le modernisme absolu et les légendes bretonnes ancrées dans le paysage. 51


N

52

02. Exploiter le Yeun Ellez : du temps des sociétés humaines au nucléaire


2.1.2. Paysages d’énergies Les forêts du Yeun Ellez, les landes et le bocage sont aujourd'hui davantage les témoins d'une histoire que des vestiges d'un état naturel primitif. Des phases

d'expansion et de reflux ont conditionné ces milieux au cours des siècles, les hommes ayant déployé une grande masse énergétique pour essayer de tirer de la richesse de ces terres pauvres. Toponymie de lieux et bourgs emblématiques des Monts d’Arrée : les noms bretons évoquent souvent les éléments du paysage pour caractériser et nommer les sites. Source : Dictionnaire des noms et lieux bretons, A. DESHAYES

Le parcellaire laisse une trame organique ou géométrique que le bocage ou les talus dans les tourbières et landes donnent à lire. Il est le résultat d’une longue histoire d’exploitation.

COLONISER LE MILIEU Les tourbières conservent les indices d'époques lointaines et ont révélé, dans des analyses de pollens, qu'il y a 10000 ans, une forêt de feuillus (chênes, hêtres, sapins, ormes, aulnes, bouleaux et noisetiers) recouvrait les Monts d'Arrée. C'est au Néolithique, il y a 4000 ans, que les déboisements importants ont commencé pour les besoins de l'agriculture. Des traces d'utilisation de céréales comme le blé sont aussi retrouvées. La toponymie des noms de lieux comme "coat, hoat (le bois), kelleneg (le houx), faouet, faou, fao, faouedic (le hêtre) évoquent ces boisements disparus. De façon plus générale, la toponymie raconte le paysage, en breton, situant des éléments prégnants de paysage, qualifiant tel ou tel site par sa particularité territoriale. Le rapport à la nature y est fort : on parle de ruisseaux, de roches, d'animaux, d'arbres... La Préhistoire voit l'apparition du système de talus et de clairières bordées de lisières pour faire paître les troupeaux  : c'est un début de bocage imparfait, cohexistant avec la présence de landes et de massifs forestiers qui ne feront que régresser jusqu'au Moyen Age. Ces défrichements massifs et intenses sont à l'initiative de prieurés, des monastères et des seigneurs. Le bocage et les champs ouverts se développent de façon intense, l'énergie de l'homme se traduit spatialement par la modification des milieux auparavant climaciques, et par leur disparition progressive.

Au début des temps modernes (après la guerre de cent ans et le remembrement qui s'ensuivit), en 1400, le bocage devient une composante du paysage rural breton, avec des formes particulières comme les méchous (champs ouverts disposés en lanières, regroupés en un enclos très vaste entouré de haies) ou encore les quevaises. Les landes fournissaient quant à elles de manière irrégulière de la litière pour les animaux. Les siècles suivants ne voient pas de grands bouleversements, mais à partir du 18e siècle, tout change. Les nobles locaux envisagent une mise en valeur de la lande, soutenus par l'administration royale. Cela aboutit à une parcellisation des landes avec des talus, des fossés et des clôtures, propices à l'apparition d'un nouveau bocage plus systématique. Après la révolution, les landes se sont vues rétrocédées aux communes qui les revendaient à certains propriétaires. Le bocage a quant à lui une utilité de bois de chauffe mais aussi de bois d’œuvre pour tout ce qui est outillage, et d'objets de la vie courante : il est un complément essentiel à la vie rurale. Au 19e, les industries bretonnes du textile, des forges et de production de bois pour la marine nationale responsables de défrichements intenses sont en déclin, la forêt panse donc ses plaies, et facilitée par l'abandon des anciennes pratiques agraires, elle se restaure. L'introduction de résineux comme agents de reboisement se remarque (l'if et le genévrier étant les deux seuls conifères à l'état spontané en Bretagne) : Pin maritime introduit au 17e, sapin pectiné en 1682, pin sylvestre deuxième moitié du 18e. Ces plantations ont ainsi transformé des landes en pinèdes, de longs et fins boisements s'installent le 53


54

Paysan breton début 20e siècle

Extraction de la tourbe par briquettes

Source : Brasparts, une paroisse des Monts d’Arrée, 1979.

Source : Brasparts, une paroisse des Monts d’Arrée, 1979.

02. Exploiter le Yeun Ellez : du temps des sociétés humaines au nucléaire


Carrière sur la ligne de crête des Ménez

long des crêtes et modifient la perception des paysages. Les landes n'ont cessé de reculer derrière les enrésinements, et les défrichements. Le début du 20e siècle verra le bocage très dense, faisant reculer les autres milieux naturels : l'homme déploie son savoir technologique et son besoin toujours croissant de terres avec le développement des voies de communication, du chemin de fer, et l'introduction des charrues pour défoncer les sols des landes et réaliser leur partage. Le bocage organique, historique, dense était une traduction des contraintes du terrain, du climat, en symbiose avec la terre et l'air alors que l'habitat groupé en petits hameaux était le reflet d'une économie vivrière rurale, et d'élevage. Les Monts d'Arrée ont cependant gardé une partie de ces caractères du fait de la pauvreté de ce territoire, de la mise à l'écart voulue et de son déni par les grandes politiques de modernisation, de remembrement et d'industrialisation. EXTRAIRE DE LA RICHESSE ET PRODUIRE DE L'ÉNERGIE

Les landes ne sont pas des espaces naturels climaciques pour la plupart, elles sont dites régressives, résultant d'incendies et de défrichements intensifs. L'étrepe

Extraction de la tourbe par tranchées

consistait auparavant à couper les mottes et les bruyères des terrains incultes. On brûlait le tout et répandait les cendres qui fertilisaient pour quelques mois les terres, prêtes à être ensemencées en seigle. Ce travail accompli en commun, pour le compte bien souvent d'un seul, était suivi par de joyeuses réunions de village. Une récolte se faisait pour 4/5 ans d'attente afin que la bruyère ne se reforme. Ces pratiques ont disparu à la fin du 19e siècle. Le territoire garde aussi les traces d'exploitation pour les besoins en roches (kaolins et ardoises) : les carrières. Souvent de tailles modestes, elles sont laissées dans le paysage comme des indices de forces puissantes passées par ici, ayant creusé et arraché des portions de terres. Enfin, de tous temps, la tourbe a été exploitée comme combustible, pour le chauffage domestique. Son extraction artisanale ne perturbera pas le milieu

Lac St.Michel : conséquence hydro-électrique

jusqu'à la fin du 19e où la création et l'extension des moyens de transport, notamment le chemin de fer, permet d'exploiter les tourbières profondes (3/4m). Cette exploitation commerciale sert essentiellement pour l'horticulture, et le compost pour les cultures... C. Vallaux écrit en 1907 : "l'exploitation se fait sur le Yeun Elez vers la mi-juillet. La route de rocade de l'arrée, qui va de Quimper à Morlaix, et qui d'ordinaire est déserte, sert alors au passage de centaines de voitures chargées de tourbes. Or le Yeun Elez est le seul marais où la tourbière ait assez de puissance pour qu'une exploitation active ne la supprime pas." Cette richesse du territoire, la tourbe, est un héritage qui s'est vu disparaître de par la modernisation des moyens de chauffage, mais aussi par l'apparition des premiers signes d'industrialisation au 20e siècle : l'hydroélectricité et les barrages de Nestavel et de Saint-Herbot. Le lac de St Michel va recouvrir de grandes étendues d'anciennes tourbières, et cela sera vécu comme un véritable

traumatisme par les populations locales, faisant disparaître une ressource vitale pour eux, une atteinte à leur mode de vie.

Le paysage actuel du Yeun Ellez rend compte de cette histoire de luttes, de colonisation parfois violente, mais aussi de vie en harmonie avec les dynamiques naturelles. L'homme a su exploiter le peu de ressources qu'offrait ce territoire, et l'installation de la centrale nucléaire ne symbolise pas une rupture dans cette dynamique. Mais le basculement dans une nouvelle ère est réel du fait de la nature même de cette nouvelle énergie et de ses enjeux.

55


Carte des explosions nucléaires dans le monde depuis 1945. Source : www.johnstonarchives.net Paysages figés et désertés par l’Homme, là où la radioactivité, invisible, hante et ronge les lieux. Zones interdites de Pripyat et de Fukushima.

56

02. Exploiter le Yeun Ellez : du temps des sociétés humaines au nucléaire


2.2. Nucléarisation : bascule du 20e siècle 2.2.1. Les paysages nucléaires LA PERCEPTION DE L’INDUSTRIE NUCLEAIRE L’énergie nucléaire a été jusqu’à la seconde guerre mondiale une découverte technologique incroyable qui suscitera l’engouement devant les prouesses qu’elle pouvait accomplir, et les avancées technologiques possibles. Cependant, son utilisation et ses dégâts au Japon en 1945 ont montré aussi son incroyable force de dévastation et entamé l’enthousiasme des populations, suscitant la peur de la destruction. C’est au prix de nombreux efforts de communication pour discerner le nucléaire militaire du civil que les gouvernements mettent en avant les progrès technologiques de cette nouvelle énergie. L’opinion publique croit en ce nouveau mode de production énergétique, bénéficiant d’une aura de nouveauté, et gage d’indépendance énergétique. Mais au fil des années, l’inquiétude devant sa prolifération et sa banalisation va augmenter jusqu’à atteindre un pic avec l’accident de Tchernobyl en 1986, suscitant les controverses, la peur et le rejet de la majorité des sociétés : le nucléaire est devenu nécessaire mais la prise de conscience de son caractère dangereux est là. Aujourd’hui, les opposants au nucléaire sont plus que nombreux, et présents dans tous les pays nucléarisés. La notion de risque est au cœur du débat sur le nucléaire : est-il acceptable (pollution, prolifération, déchets...) malgré les avantages de la technologie ? Premier champignon et traumatisme atomique dans l’histoire du nucléaire : Hiroshima 1946.

LE NUCLEAIRE DANS LE PAYSAGE Avant l’utilisation domestiquée, des traces nucléaires ont été retrouvées à Oklo au Gabon, dans une mine d’extraction d’uranium. Aujourd’hui, il est possible de parler de réacteur nucléaire naturel, car l’uranium de ce gisement présentait toutes les traces d’une réaction en chaîne entretenue naturellement dans les couches géologiques. Témoignage des forces de la nature et d’échelles temporelles immenses, ce « réacteur » daterait de presque deux milliards d’années. Le nucléaire domestiqué a par contre commencé à marquer le paysage au Japon en Août 1945 à Hiroshima puis à Nagasaki. En plus des pertes humaines sans aucune mesure, deux villes sont rayées du monde, soufflées, mais aussi meurtries mortellement dans leur chair, empoisonnées. Elles ont été les premières zones extérieures touchées par la radioactivité, par la menace invisible. Le nucléaire militaire a frappé, pour la première fois mais pas pour la dernière. De nombreux essais lors de la course folle mondiale à l’arme atomique vont créer des aires interdites, contaminées, à mesure que les champignons géants de fumée proliféreront dans le ciel de notre planète. Les essais conduiront à des retombées significatives sur nos sols, même éloignés des centres de tirs. Cette nouvelle donne amène la question de la responsabilité de l’arme nucléaire, les impacts étant maintenant mondiaux, et non plus limités par les frontières. Encore aujourd’hui, des bombes-test explosent en relâchant et dissipant ce mal invisible. Le nucléaire est devenu une industrie à l’échelle mondiale, et d’autant plus dans le secteur de la production énergétique. C’est dans cette catégorie que l’on retrouve aujourd’hui les deux paysages les plus marqués lors d’accidents aux gravités dramatiques  : Tchernobyl et Fukushima. Pripyat, à 30km de Tchernobyl se situe dans la zone contaminée, interdite à toute population, et concentre les histoires et drames humains de la radioactivité. Pour la première fois confronté aux conséquences dans l’environnement d’une forte 57


58

02. Exploiter le Yeun Ellez : du temps des sociétés humaines au nucléaire


1. Lire Svétlana Alexièvitch et son livre La supplication, Tchernobyl, chronique du monde d’après.

2. Le collège des architectes du nucléaire (1974-1990), le paysage entre réalité et fiction, A. Jeanroy dans Les paysages de l’électricité.

Le nucléaire et la centrale de Brennilis : décor et lieu d’action pour Spirou dans la bande dessinée l’Ankou. À gauche : recherches de Claude Parent sur la notion d’architecture nucléaire. Utopies de formes où la centrale devient un véritable programme architectural, s’inscrivant et alimentant les territoires dans lesquelles elle s’implante. Source : Le collège des architectes du nucléaire (1974-1990), le paysage entre réalité et fiction, A. Jeanroy dans Les paysages de l’électricité.

À droite : Jurgen Nezger et la banalisation des paysages impactés visuellement par la présence d’une centrale nucléaire. Source : www.galerie-photo.com/ jurgen-nefzger.html

présence radioactive, l’homme a expérimenté dans son corps, dans son ADN et ses cellules, les dégâts d’une source énergétique sans limites. La nature était morte en 1986, les hommes tombaient un à un, les animaux aussi, liquidés. Mais après la mort, la nature s’est régénérée, et a repris ses droits au sein des villes, abandonnées depuis presque 30 ans de toute présence humaine significative. La radioactivité résiduelle est toujours présente, mais la vie continue1. Fukushima plus récemment agit comme une piqûre de rappel vis-à-vis de l’apprenti-sorcier que nous sommes. Les zones interdites sont un phénomène nouveau de la deuxième moitié du 20e siècle, qui illustrent l’apocalypse nucléaire, et le risque sous-jacent à cette industrie. Seulement, les centrales nucléaires n’ont jamais été aussi nombreuses, et après un point de stagnation au niveau mondial à l’aube du 21e siècle, les constructions sont relancées. Ces infrastructures viennent marquer le paysage, de par leur architecture et proportions gigantesques, de part leur présence aussi dans les consciences et discussions locales. Cet enjeu d’inscription dans le territoire mais surtout dans le paysage a soulevé de nombreuses inquiétudes sociétales. Dans ce contexte, en 1975, a été fondé le Collège des Architectes Nucléaires2, dont Claude Parent architecte de renom a contribué grandement à alimenter les réflexions. Le but était alors de penser une architecture du nucléaire, s’inscrivant dans le paysage de manière réfléchie et permettant un dialogue véritable avec le monde qui l’entoure. Ces études ont été rendues obligatoires pour les phases de conception et de choix de site, ou des paysagistes ont aussi été consultés. Les co-visibilités, la topographie, les matériaux, les abords sont tous sujets à réflexion. Cette part de conception mettant en lien l’architecture de l’infrastructure et le paysage dans lequel elle s’inscrit a produit des exemples d’intégration paysagère comme à Chinon, dans le Val de Loire. La mission du Collège des architectes du nucléaire a ainsi sans doute contribué à banaliser ces infrastructures dans l’imaginaire de chacun, devant leur essor fulgurant des années 1980. Aujourd’hui, elles cohabitent parfois de très près avec la vie civile qu’elles alimentent grandement en électricité et en confort de vie. C’est ce phénomène que Jurgen Nezger, photographe, essaye de représenter : ce monde manufacturé et industrialisé banalisé dans lequel nous vivons en perdant la notion de risque et danger qui lui est pourtant inhérent. L’essence même du processus nucléaire est lié à ce qui ne se donne pas à voir : invisibilité de l’infiniment petit que l’on manipule, et surtout invisibilité de la   radioactivité se traduisant encore dans les consciences par les dernières catastrophes nucléaires en date. « La centrale nucléaire figurant souvent à l’arrière plan n’est peut-être pas

perçue et reconnue du premier coup d’œil. Pourtant une fois repérée, elle devient le véritable point d’ancrage de l’image, le point focal autour duquel la composition évolue et prend tout son sens. L’image fonctionne par l’antinomie entre la vue pittoresque et le contenu symbolique véhiculé par la centrale nucléaire : emblème du progrès pour les uns et sujet d’inquiétude pour les autres. »

Brennilis n’a pas échappé à ces dynamiques de perception, faisant du Yeun Ellez un paysage nucléaire de fait, un paysage nucléarisé (= territoire ayant subi l’implantation d’une installation nucléaire). Ce territoire sera extrêmement représentatif du miracle de l’atome, et de l’engouement civil que le nucléaire apportait lors de son installation, puis le rejet sera d’autant plus fort face à l’échec de la technologie particulière utilisée et face aux balbutiements d’un premier chantier de démantèlement total français. 59


2.2.2. L’installation d’EL4 : miracle de l’atome UNE POLITIQUE NATIONALE À la sortie de la Seconde Guerre Mondiale, EDF et le Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA, créé en 1945) explorent la piste de l’énergie nucléaire à des fins civiles et d’alimentation du réseau national pour la population. S’en suit une série de prototypes, de constructions de petits réacteurs, où le CEA mène de front recherche scientifique et applications industrielles. L’uranium enrichi étant le combustible exclusif des USA, la France se lance dans l’utilisation de l’uranium naturel, et donc de la filière eau lourde qui lui est inhérente (voir pages suivantes). EL4 (abréviation désignant le 4e réacteur construit à l’Eau Lourde en France) sera ainsi le premier prototype raccordé au réseau national français, produisant de l’énergie pour alimenter les foyers bretons. Les travaux commenceront en 1961 au sein des Monts d’Arrée, et la centrale d’une petite puissance de 70MW entrera en divergence en 1967. En 1971, la technologie eau lourde ne sera pas retenue pour le futur parc nucléaire français, au profit de la technologie américaine à l’eau pressurisée. Le réacteur continuera tout de même à fournir de l’énergie jusqu’en 1985, date de son arrêt définitif. UN CHANTIER MONUMENTAL À BRENNILIS Deux sites en Bretagne présentaient la condition première pour l’accueil d’une centrale nucléaire : le lac de Guerlédan ou Brennilis. Les Monts d’Arrée seront retenus pour plusieurs raisons  : pas de source d’énergie importante dans la région, des besoins bretons importants en énergie, et l’industrialisation possible d’une région pauvre, une source de refroidissement importante (lac Saint-Michel) et un socle granitique stable, une densité de population faible, et un climat sans grandes amplitudes thermiques. Le chantier lancé en 1961 emploie les populations locales pour la construction des infrastructures, gérées par le CEA sur l’emprise foncière achetée par EDF. Près de 500 emplois seront créés, une grande dynamique impulsée au sein des Monts d’Arrée, le monde moderne arrive et la centrale devient une bénédiction donnée par l’Etat : le miracle de l’atome a lieu à Brennilis. La frénésie du chantier rejaillit à l’échelle de la région, avec la construction de maisons, locations, commerces et restaurants bondés... Ce sont de grands travaux qui sont lancés pour assainir les terres, notamment la canalisation de l’Ellez, le drainage des terres marécageuses et la recherche de la roche-mère pour aller poser les fondations du réacteur à 12m sous le niveau initial du sol. Les routes sont créées, les bâtiments aux fonctions variées se construisent, on déplace même un calvaire (celui de Nestavel) classé monument historique depuis les années 1930 pour les besoins des constructions. Le chantier est pharaonique pour la région de Brennilis. L’ÉCHEC D’UNE TECHNOLOGIE  EL4 fonctionnera pendant une période de 18 ans, de 1967 à 1985. Ce seront 106.000 heures de fonctionnement effectif, soit 12 ans de production continus (exclusion des incidents, maintenance, travaux...) pour un total fourni de 6,235tWh (62,35MW en moyenne sur 70MW de puissance maximale). Cela équivaut à

l’alimentation d’environ 100.000 personnes, une population à l’échelle d’un département. Le bilan à en tirer est cependant celui d’un échec technologique,

de par sa brève durée d’exploitation (aujourd’hui on construit des centrales pour 40 ans minimum de services) et car l’eau lourde n’aura aucun avenir. 60

02. Exploiter le Yeun Ellez : du temps des sociétés humaines au nucléaire

Transcription d’un reportage télévisé L’Ouest en mémoire, Avril 1966. Source : Institut National de l’Audiovisuel. JOURNALISTE Brennilis, un petit bourg au coeur même de la région désolée des Monts d'Arrée. Une herbe rase, quelques touffes d'ajonc recouvrent les pentes dénudées qui descendent vers le lac. Au loin, la vénérable chapelle qui coiffe le Mont Saint Michel de Braspart, image enfouie, car sur un autre sommet, celui de Roch Trédudon, la fine aiguille de l'antenne de l'ORTF, signe des temps modernes, le progrès est venu, et ici même à Brennilis, longtemps figé dans son passé, se préfigure l'avenir. La construction d'EL4, la centrale nucléaire des Monts d'Arrée s'achève. Mais qu'en pense-t-on dans le petit bourg breton ? > HABITANT Tout le monde était content lorsqu'on a annoncé le... qu'on allait installer une usine à Brennilis. Le pays était pauvre, les jeunes s'en allaient. Et actuellement ils ont trouvé tout de même du travail. > HABITANT 2 Ça fait du bien au pays. Et maintenant il n'y a plus de chômage. > HABITANT 3 Rien que du bien. Ca donne du boulot ce truc là. > HABITANTE Eh bien, je trouve que ça fait beaucoup de bien pour le pays, pour le travail parce qu'on avait beaucoup besoin. > HABITANT 4 Je pense que c'est une très bonne chose pour la région, pour Brennilis et pour tous les environs, quoi. > HABITANT 5 Oh, ça fait un peu de changement dans le secteur, quoi puisque, autrement, c'était mort. JOURNALISTE Le pays se mourait. Certes oui. Et l'on n'y rencontre plus guère, de nos jours, les célèbres colporteurs marchands de toile dont Brennilis était la petite patrie en même temps qu'ils étaient sa seule richesse. Les vélos, avec ou sans moteur, les camions et les cars chargés d'ouvriers ont donné un nouveau visage au pays. L'architecture nucléaire lui donne de nouvelles dimensions.


Site d’implantation en pied de barrage de Nestavel. Territoire de bocage, de landes et de marais, autour du cours de l’Ellez.

Maison du Lac : restaurant ouvrier

LAC SAINT-MICHEL Barrage de NESTAVEL Réacteur

Bourg de NESTAVEL

Canal de l’Ellez

61


2.2.3. Fonctionnement nucléaire LA RÉACTION NUCLÉAIRE : PRINCIPES

L'énergie provient d'une réaction au cours de laquelle un noyau lourd, que l'on dit fissile, se casse en deux nouveaux noyaux plus légers. Cette réaction n'est spontanée et

naturelle que pour certains noyaux très lourds, et n'est donc plus aujourd'hui possible dans la nature. L'homme utilise donc des noyaux lourds fissiles, comme l'uranium 235 qui existe à l'état naturel et le plutonium 239, qu'il bombarde de neutrons pour provoquer la cassure. Une réaction en chaîne se poursuit à la suite de cela, dégageant, à chaque cassure d'autres noyaux, une grande quantité d'énergie sans intervention humaine. Il suffit ensuite de maîtriser cette cascade de fissions et d'utiliser cette source d'énergie à des fins industrielles. Elle présente cependant l'inconvénient majeur de générer des produits de fission très radioactifs. FONCTIONNEMENT ET ARCHITECTURE NUCLÉAIRE À travers plusieurs circuits, de l'eau circule sous différents états afin de permettre d'entraîner une turbine pour faire tourner un alternateur qui produira l'électricité. Au cœur du réacteur, on utilise dans une cuve des pastilles de combustible entassées dans des gaines (crayons), qui une fois bombardées de neutrons commenceront le processus de fission nucléaire en continu, dégageant une forte température. De l'eau est ainsi chauffée dans le circuit primaire, et permet par transfert de chaleur, dans un autre

circuit (les échangeurs), de former de la vapeur d'eau qui pourra entraîner la turbine. La vapeur d'eau est ensuite refroidie dans un condenseur pour qu'elle redevienne liquide et être réinjectée dans les échangeurs pour un cycle continu. Afin de contrôler la réaction en cascade, les techniciens peuvent depuis la salle de contrôle abaisser des barres de commandes dans la cuve du réacteur, permettant d'absorber les neutrons et ainsi moduler la force de la réaction. En cas d'incident, les barres tombent automatiquement, stoppant la réaction de fission nucléaire. Ici, la particularité d'EL4 est entre autre que le liquide caloporteur (celui qui transporte la chaleur issue de la réaction nucléaire dans le circuit primaire) est de l'eau lourde, permettant de s'affranchir de l'utilisation d'uranium enrichi artificiellement : l'uranium naturel convient.

Le réacteur est toujours surmonté d'une structure béton imposante, aux murs épais d'au moins un mètre, faisant office d'ultime couche de protection entre les poisons radioactifs et l'environnement. Elle a montré toute son efficacité lors de l'accident de Three Miles Island (USA) alors qu'il n'y en avait pas à Tchernobyl. C'est le bâtiment central à Brennilis (hauteur 56m/diamètre 46m), accompagnée de la cheminée de rejets, haute de 70m, servant à libérer les effluents gazeux contenus dans l'enceinte confinée du réacteur. D'autres bâtiments sont construits autour pour gérer et maintenir la centrale nucléaire en état. Certains sont d'usage contrôlé : bâtiments de stockage des matériaux radioactifs, de conditionnement, de traitement de combustible. D'autres sont nécessaires au fonctionnement comme le bassin de refroidissement, les canalisations amenant l'eau du lac et celles de rejet. Enfin, les autres bâtiments servent à contrôler la réaction en ellemême, les accès, les restaurants ouvriers, les hangars de maintenance, un château d'eau, bâtiment du personnel...

Fonctionnement nucléaire et architecture à Brennilis. Source : EDF

62

02. Exploiter le Yeun Ellez : du temps des sociétés humaines au nucléaire


LAC PRISE D’EAU ET REJETS EAU REFROIDIE

REJETS VERS L’ELLEZ

REJETS EAU DE PLUIE REJETS APRÈS ÉPURATION

2.2.4. Rupture des échelles temporelles

Le complexe nucléaire à vocation de production énergétique à Brennilis, et circuits d’eau externes.

« L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive : il coule, et nous passons ! » Lamartine, le lac. L’activité nucléaire des centrales, celle de Brennilis ne fait pas exception, produit des déchets particuliers, radioactifs, qui même évacués d’un territoire iront impacter un autre de par son stockage. La radioactivité des déchets des produits de fission n’est jamais détruite, mais conditionnée pour un futur stockage, ailleurs.

La durée de vie d’un déchet (la période) est assimilable à la durée de la toxicité des radionucléides qu’il contient. Sa période de radioactivité varie entre plusieurs catégories, allant de déchets à vie courte et à radioactivité faible, à des Feuille1

On les classe selon la manière suivante : - Très Faible Activité - Faible et Moyenne Activité à vie courte - Faible Activité à vie longue - Moyenne Activité à vie longue. - Haute Activité à Vie Longue  : ce sont les combustibles usés, les déchets ultimes, pour lesquels aucune solution de stockage définitif n’a encore été trouvée. La période d’un radioélément correspond à la durée dont il a besoin pour perdre la moitié de sa radioactivité. Il a ensuite besoin de 10 fois cette période pour perdre la moitié restante et atteindre un état stable.

PERIODE 131

I 60 Co 85 Kr 3 H 90 Sr 137 Cs 241 Am 226 Ra 14 C 239 Pu 237 Np 129 I 244 Pu 235 U 238 U 40 K 232 Th

8,0207 jours 5,2714 ans 10,76 ans 12,32 ans 28,78 ans 30,07 ans 432,2 ans 1602 ans 5730 ans 24110 ans 2,144 millions d'années 15,7 millions d'années 80,8 millions d'années 703,8 millions d'années 4,4688 milliards d'années 1,277 milliards d'années 14,05 milliards d'années

Intensité de la radioactivité

ISOTOPE Iode Cobalt Krypton Tritium Strontium Césium Americium Radium Carbone Plutonium Neptunium Iode Plutonium Uranium Uranium Potassium Thorium

déchets à vie longue et à radioactivité forte. Ils réclament des solutions adaptées de traitement, et de confinement.

R adio

Période Fin

ac t

iv it

é

de vie décuplée de l’élément radioactif

Temps

63


ÉCHELLES DE TEMPS ET COMPARAISONS AU SEIN DU TERRITOIRE DES MONTS D’ARRÉE :

Les différents évènements qui ont formé et impacté le territoire sont répertoriés ci-dessous, au sein d’une dynamique temporelle globale. L’homme impacte le Yeun Ellez à travers son exploitation des ressources naturelles, le travail de la terre, mais aussi le développement industriel plus récent. La centrale nucléaire s’inscrit ici en rupture, car les échelles de temps produites par cette activité et ses déchets sont quasi-éternelles, rivalisant avec les temps des massifs géologiques disparus pour certains depuis plusieurs milliards d’années.

Iode Cobalt Tritium Strontium Cesium

Période (demie-vie) d’un radioélément Fin de la période : perte de la moitié de la radioactivité Impact humain sur le territoire Milieu naturel originel de l’ère quaternaire

-1400 BOCAGE

TEMPS ACTUEL

Défrichements intenses et le bocage devient une composante rurale bretonne

Évènement géologique Bascule temporelle : chaque cercle divise par 10 le déroulé représentant la durée, de part et d’autre du temps actuel.

1 À 4 MILLIONS D’ANNÉES TOURBIÈRES

Formation de l’épaisseur de tourbe (jusqu’à plusieurs mètres)

-1.000 ans

-100.000 ans

65 MILLIONS D’ANNÉES CHAINE ICARTIENNE

-4000 ANS HOMME

-10 millions d’années

Défrichements du Néolithique Apparition des LANDES

4 MILLIONS D’ANNÉES QUATERNAIRE

2X109 ANS CHAINE ICARTIENNE

-1 milliard d’années

-10 milliards 5X108 ANS d’années CHAINE CADOMIENNE

64

-1.000.000 ans

Socle géologique actuel

-10.000 ans

-100 millions d’années

3 À 2X108 ANS DÉVONIEN CARBONIFÈRE 4 À 3X10 ANS CAMBRIEN ORDOVICIEN DÉVONIEN 8

02. Exploiter le Yeun Ellez : du temps des sociétés humaines au nucléaire

ENVIRON 10000 ANS FORÊT

Forêt avérée de feuillus recouvrant les Monts d’Arrée


Americium

+1.000 ans

Radium Iode129 +100.000 ans Carbone

+10.000.000 ans +1.000.000 ans

Plutonium

Neptunium

Plutonium

+100.000.000 ans

+10.000 ans Uranium 235 +1 milliard d’années

Uranium 238 +10 milliards d’années Thorium

65


2.3. Vers un barrage d’industries 2.3.1. Emprises et transformations

Le site naturel de l’Ellez au niveau de Nestavel a connu une concentration d’aménagements à vocation industriels et de production énergétique qui ont ainsi façonné le parc industriel actuel de Brennilis. 19e siècle : le Yeun Ellez est un marais, des terres gorgées d’eaux, impropres à une culture quelconque. Le parcellaire révèle une trame bocagère dense, fine et serrée au sein de laquelle l’Ellez circule librement. La confluence avec le Roudoudour provenant du Nord crée une vaste zone humide, la force de l’eau est quant à elle exploitée par le Moulin de Kerstrat. Les axes de communication relient notamment le bourg de Brennilis à Botmeur, en passant par le Yeun et les bourgs de Nestavel, un territoire dominé ici par la seule émergence de la butte de Forc’han. 1952 : le barrage construit depuis 1937 a amené à la création du lac et a coupé cet axe Brennilis/Botmeur. Une nouvelle route a aussi été construite au Sud, afin de contourner la butte de Forc’han par l’Est (anciennement on le faisait par l’Ouest). Les terres en pied de barrage autour de l’Ellez sont marécageuses, voires tourbeuses. 1966 : les travaux de la centrale nucléaire démarrés en 1962 sont en phase de finalisation. Le CEA a privatisé une grande portion au pied du barrage (environ 50ha), un foncier clôturé sur lequel se sont installés tous les locaux de la centrale ainsi que l’enceinte réacteur. L’Ellez s’est retrouvé canalisée depuis le barrage, assainissant ainsi les anciennes terres

1815

1978-1982 : dans les années 1980, le site commence à à changer de destination. L’arrêt de la centrale est dans les esprits, et sera acté en 1985. La mutation est entamée avec la construction d’une nouvelle centrale, à combustion cette fois-ci, les T.A.C (turbines à combustion). Le principe est simple : brûler du fioul pour produire de l’électricité lors des pics de consommation. Elles auront donc un fonctionnement épisodique. Deux turbines sont construites (2*85MW) sur une extrémité du site nucléaire, et une nouvelle acquisition foncière a lieu par EDF, privatisant encore plus de terres autour du barrage hydroélectrique. 1992  : le cadastre de cette époque montre cette emprise foncière unique, qui a effacé les anciennes trames bocagères d’avant la centrale nucléaire. Une troisième TAC sera construite, plus puissante (125MW) en 1996. L’ensemble des trois turbines peut produire l’équivalent de la consommation d’une ville de 385.000 habitants. Quant au périmètre de la centrale nucléaire, il se contracte essentiellement d’un seul côté de l’Ellez. Les anciens hangars de maintenance sont quant à eux rétrocédés à des entreprises locales, pouvant ainsi profiter d’infrastructures (locaux et routes) déjà existants. Le parc industriel prend la forme que l’on observe aujourd’hui. 2010  : le chantier du démantèlement de la centrale sur 19.2ha rythme en grande partie la vie de ce parc industriel.

1850

Butte de Forc’han

66

marécageuses. Une nouvelle route se crée à l’Ouest pour contourner la centrale en allant vers le bourg de Nestavel.

Source : d’après cadastre napoléonien

02. Exploiter le Yeun Ellez : du temps des sociétés humaines au nucléaire

Butte de Forc’han

Source : d’après carte d’Etat Major


1952

Source : photographie aérienne IGN 500m

1966

N

500m

50ha

Butte de Forc’han

1978

Source : photographie aérienne IGN

Source : photographie aérienne IGN 500m

1982

N

Entrée principale

Périmètre centrale nucléaire Périmètre parc industriel

N

500m

N

70ha

1992

Source : cadastre Géoportail IGN 500m

2010

Source : photographie aérienne IGN

N

500m

N

70ha

19.2ha

67


LAC SAINT-MICHEL

Belvédère panoramique

68

02. Exploiter le Yeun Ellez : du temps des sociétés humaines au nucléaire


Zone des ateliers mécaniques, magasin et bâtiments de la direction

Ruisseau du Roudoudour

Canal de l’Ellez Poste de transformation, départ des lignes

Bâtiment d’accueil, gardiens et vestiaires Futur parking de l’entrée principale de la centrale ENTRÉE PRINCIPALE DU SITE NUCLÉAIRE DES MONTS D’ARRÉE Ancien cours de l’Ellez avant sa canalisation

Arasement de la butte de Forc’han

250m

N

Le complexe nucléaire EL4 en 1966 : superposition des infrastructures, et de l’ancien cadastre avant les achats de foncier. Source : CIDEN-EDF 69


Cheminée de rejet

Réacteur

Butte de Forc’han

Terrain communal en friche

Bâtiments EDF

A

Bâtiments EDF

Turbines de la centrale à combustion TAC

Entreprise Salaisons de l’Arrée

B Entreprise Salaisons de l’Arrée dans des anciens locaux de la centrale rénovés

TAC

C 70

02. Exploiter le Yeun Ellez : du temps des sociétés humaines au nucléaire

Entreprise métallurgie au sein d’un ancien hangar de la centrale


2.3.2. Barrage d’industries

C

B

A

Les Monts d’Arrée n’existent plus ici, l’homme a construit dans une échelle autre, dans des matériaux autres, avec d’autres logiques. Même si le barrage de Nestavel en 1937 a constitué un véritable changement avec l’apparition du lac Saint-Michel, la centrale nucléaire a apporté la construction de bâtiments en béton, de hangars en tôles et en métal, d’infrastructures routières horséchelle pour ce contexte rural de l’Argoat. L’ambiance ici se transforme, depuis l’ancienne entrée du site nucléaire. Les voies ont un gabarit immense, épousées par de grandes dalles bituminées, sur lesquelles de nombreuses voitures sont stationnées. Elles sont le témoignage de la présence d’hommes qui pourtant sont invisibles, cachés dans les bureaux et hangars. Les sons trahissent aussi une activité industrielle, provenant tour à tour du chantier de démantèlement, ou d’autres hangars de métallurgie. Des semi-remorques alternent les va-et-vient, incessants, repoussant l’échelle humaine, celle du piéton. C’est ici que l’on sent le mieux l’emprise de la centrale nucléaire, son échelle, comparée au gabarit du bloc réacteur. Paradoxalement, la présence du barrage n’est que sonore, car dissimulée derrière les bâtis. L’Ellez canalisé est quant à lui quasiment invisible au sein du parc industriel. Seul un terrain en friche, anciennement sur le site nucléaire, laisse la végétation repartir, en maquis dense d’ajoncs, évoluant vers des bouleaux et saules cendrés sur d’anciens remblais. Les nouvelles entreprises qui sont arrivées au début des années 1990 ont apporté une reconversion industrielle au sein de l’ancien site nucléaire, dans les locaux qui n’ont pas eu à manipuler la radioactivité. Ce site industriel vit notamment

par l’activité du chantier du démantèlement autour de la centrale, permettant à environ 150 employés de travailler. Les Salaisons de l’Arrée conditionnant de la viande porcine emploient quant à eux presque 200 salariés. Les autres entreprises de métallurgie ou encore de communication n’emploient qu’en moyenne une dizaine d’employés par site.

Enfin le dernier grand acteur spatial, les Turbines à Combustion (TAC) se sont elles aussi inscrites dans cette dynamique de reconversion industrielle à l’arrêt de la centrale, une sorte d’anticipation de la perte en production énergétique pour la région. Elles ne fonctionnent cependant que périodiquement, afin de réguler les pics de consommation, ce qui représente à peine quelques jours par an. Sur ces périodes, un ballet de camions-citernes de fioul viennent approvisionner les turbines à raison d’un camion/heure/turbine. L’impact environnemental est à ce moment là fort, à la fois sonore, mais aussi en terme de pollutions aériennes. Seulement une dizaine d’employés réguliers lui sont attribués. Malgré une grande rénovation en 2010, les turbines sont prévues en fin de vie à l’horizon 2020, sans véritable étude pour une future reconversion ou démantèlement. Leur architecture massive, dans un registre assez similaire

de monumentalité à celui de la centrale nucléaire, émerge au-dessus de la frondaison des boisements environnants. Les cheminées de rejets peuvent ainsi se voir depuis les crêtes des Monts d’Arrée, venant dialoguer ainsi avec l’architecture nucléaire. Le poste de départ des lignes est aussi une grande étendue saturée d’ossatures métalliques et de câbles, située derrière les TAC, au sein de leur emprise foncière. 71


A

72

BÂTIMENT RÉACTEUR DE LA CENTRALE NUCLÉAIRE - 1962 Au cœur d’un périmètre protégé et réglementé, l’architecture imposante de la centrale est un point des rares points de repères dans le parc industriel. Le réacteur symbolise aussi le commencement de l’exploitation industrielle intense de ce site, et a nécessité pour son exploitation un vaste programme de constructions périphériques en terme de bâtiments et d’infrastructures.

B

LA MAISON DU LAC - 1962 D’abord créée pour la restauration des ouvriers de la centrale, elle sera reconvertie en 2011 en centre d’explication au public pour l’opération du démantèlement. Bâtiment de grande qualité architecturale, son implantation face au lac est privilégiée.

C

CHÂTEAU D’EAU - 1962 Le sommet de la butte de Forc’han fut d’abord un château d’eau pour les besoins de la centrale, avant d’être déconstruit dans les opérations de démantèlement. Un ancien belvédère y avait aussi été construit.

D

CHEMINÉE DE REJETS GAZEUX - 1962 Autre infrastructure repère : la cheminée. Elle est associée au réacteur à la fois en terme d’usage (ventilation) mais aussi en terme visuel (hauteur).

E

CANAL DE L’ELLEZ - 1962 L’Ellez a été canalisée pour l’assainissement des terrains autour de la centrale. Ses berges en béton sont aujourd’hui colonisées par la végétation.

F

FRICHE DE STOCKAGE - 1962 Vaste emprise qui a servi de lieu de stockage de matériaux et qui accueille encore aujourd’hui deux réservoirs d’eau incendie pour la centrale.

G

BÂTIMENTS DU CIDEN - 1962 À l’origine rattachés à la centrale, ces bâtiments accueillent aujourd’hui les techniciens du Centre d’Ingénierie de Déconstruction et Environnement d’EDF pour les travaux de la centrale.

H

BARRAGE DE NESTAVEL - 1937 Premier ouvrage à vocation industrielle importante sur le site, il est à l’origine de la création du lac artificiel de Saint-Michel, raison principale pour l’implantation de la centrale à Brennilis et pour son refroidissement.

I

TERRAIN COMMUNAL - ANNÉES 2000 Terrain rétrocédé à la commune, à l’endroit de l’ancienne entrée principale.

J

BÂTIMENT COURBE - 1962 Construit pour l’entrée de la centrale, il accueille une petite entreprise.

K

POSTE DE TRANSFORMATION - 1962 Point de départ des lignes haute-tension de la centrale nucléaire, il est aujourd’hui dédié à la production des Turbines à Combustion (TAC).

L

TURBINES À COMBUSTION - 1980 ET 1996 Les deux plus vieilles turbines de cet ensemble ont été construites à la fin de vie de la centrale nucléaire. Elles sont d’une puissance de 85MW chacune, alors qu’une troisième a été édifiée en 1996 pour une puissance de 125MW. Elles sont au cœur d’une emprise foncière importante, marquée par les périmètres de sécurité des deux réservoirs de fioul. 02. Exploiter le Yeun Ellez : du temps des sociétés humaines au nucléaire

Emprises foncières et bâtiments industriels sur le site de Brennilis.

Hameau de Forc’han

N Foncier EDF Parcelle INB - Installation Nucléaire de Base clôtures


M

MOULIN DE KERSTRAT - 19E S. Ensemble de constructions sur le cours d’eau du Roudoudour abritant aussi, au sein de sa parcelle privée, le Monument Historique du Calvaire de Nestavel.

N O

ENTREPRISES MÉTALLURGIQUES - 1962 Anciens hangars de maintenance, ils accueillent aujourd’hui des entreprises spécialisées dans la métallurgie depuis 1990. BÂTIMENTS DES SALAISONS DE L’ARRÉE - 1962 Hangars de maintenance pour la centrale, ils ont été reconvertis dans les années 1990 pour accueillir les Salaisons de l’Arrée, nécessitant pour son fonctionnement une station d’épuration.

Nestavel-Braz

Nestavel-Bihan

B

H F E

C

A

N

O L

D

G I

L

J K

M

73


Les Monts d'Arrée, de par leur topographie particulière et la présence du lac Saint-Michel, distribuent les flux routiers importants le long des versants ou des lignes de crêtes. Les trois routes départementales, la RD 764 (axe

Lorient/Roscoff), la RD 785 (axe vers Morlaix) et la RD 36 (Brennilis/Loqueffret) polarisent la plupart du trafic routier. Un autre réseau dense de routes communales et de chemins s’accommode des contraintes du relief et de l'eau, desservant tous les autres petits bourgs et hameaux. Brennilis est traversé de part en part par la RD 36, empruntée par tous les camions qui se dirigent vers le parc industriel, au pied du barrage de Nestavel. Cette route traverse le

centre-ville peuplé de 454 habitants (en 2011) pour se diriger vers le Sud, vers Loqueffret. Les camions pour le parc industriel empruntent un contournement relatif, pour descendre vers le barrage, passant tout de même dans des zones résidentielles. Cette route communale se divise en plusieurs branches arrivée au niveau du parc industriel : une vers Forc'han, une autre pour les hameaux de Nestavel, et la dernière aboutissant au sein de l'ancien site nucléaire. Cette dernière infrastructure change d'échelle au moment de l'entrée dans le parc industriel, plus grande, plus massive afin de desservir à la fois la centrale nucléaire, les TAC, et les entreprises. Ces anciennes routes, auparavant au sein du site nucléaire ne sont plus par la suite reliées au réseau routier, et se terminent en cul-de-sac, quasiment au pied du barrage. Cette route de desserte est donc en

proportions et en usages importante, mais elle n'est pas pratique d'accès et contribue à procurer cette sensation de barrage d'industries, puisqu'il n'est connecté à rien d'autre qu'à lui même. Il existe aussi une grande route aujourd'hui privée EDF traversant de part en part la parcelle des TAC et se rattachant plus au Nord, vers Nestavel.

Brennilis est situé aux environs de 250NGF, au sommet d'une colline du socle granitique d'Huelgoat. Il surplombe le

territoire entre le bourg et le lac de Saint-Michel (225NGF), et le parc industriel (la dalle de la centrale nucléaire est à 223NGF). Le village sur sa ligne de crête ne signale sa présence que par son clocher effilé, seul élément vertical dépassant de la trame bocagère très dense résultante d'un relief mouvementé et compliqué. Les talus des haies sont hauts avec une strate arborescente très fournie, jouxtant souvent en fond de vallon des zones humides, voire marécageuses, au contact de ruisseaux comme le Roudoudour, ou l'Ellez. Cette impression de fermeture est renforcée par la présence en nombre de terres en friche anciennement exploitées. Les habitations des hameaux autour de Brennilis sont aussi masquées au sein de cette trame boisée bocagère. Dans les secteurs exploités par l'agriculture, la trame bocagère se relâche, s'ouvre, les cultures sont plus présentes que les pâtures. La perception visuelle du fait du relief, des changements de rythmes, des masques de végétation, est donc variée : massifs boisés, collines, crêtes boisées par des résineux, contribuent à fermer l'horizon alors que sur la ligne de crête au niveau du bourg de Brennilis, quelques vues lointaines s'ouvrent. Depuis le carrefour central du village, où se situe la mairie, une vue vers l'Ouest montre tout le complexe industriel, et notamment la centrale nucléaire qui rappelle sa proximité spatiale.

Parc industriel

Axonométrie du territoire de Brennilis vers les Monts d’Arrée et les berges du lac. La route amenant au parc industriel aboutit en cul-de-sac au pied du barrage, alors que d’autres routes communales le contournent. Les grands axes routiers soulignent la topographie particulière des Monts d’Arrée. Brennilis traversé par la RD 36 voit passer de nombreux camions se dirigeant vers le parc industriel.

Butte Forc’han BRENNILIS RD36

N

74

02. Exploiter le Yeun Ellez : du temps des sociétés humaines au nucléaire


Route de Forc’han Route de Nestavel

Route du parc industriel

RD36 N

Commana

ROSCOFF

64 RD7 La

Botmeur

feuillée

5 78 RD

RD 76 4

Brennilis

Parc industriel

RD36

Sizun

Huelgoat LORIENT N

75


2.3.3. Évocations et transcriptions La centrale nucléaire ne se résume pas que par le site de production en luimême. Ce sont aussi toutes les infrastructures déployées dans le territoire comme les lignes à haute-tension et les pylônes qui les supportent afin de faire circuler ce fluide invisible qu’est l’électricité. Les lignes d’acheminement locales depuis l’ancienne centrale nucléaire, et aujourd’hui les TAC traversent de grandes étendues, saturant parfois l’air de câbles, notamment au niveau du poste de transformateur. Ces structures sont ainsi les indices et les témoins de l’électrification importante de la région à partir des années 1960.

Clôtures à proximité de la centrale

Tout un vocabulaire de clôtures et de barbelés autour du parc industriel est aligné, matérialisant la privatisation industrielle de l’espace en pied de barrage et autour des sites de production énergétiques (nucléaire, TAC, barrage). La centrale nucléaire a aussi nécessité la construction de cités (quartiers) EDF, au sein des communes de Brennilis, Loqueffret, et Huelgoat, ainsi qu’un centre de formation et d’apprentissage à Plounéour-Ménez. Les bourgs du Yeun Ellez ont aussi bénéficié des retombées économiques, notamment de la taxe foncière et ont pu aménager et rénover les centresbourgs, construire des équipements et infrastructures publiques... Enfin, EDF reste un partenaire fort pour de nombreuses associations tout comme pour l’organisation d’événements locaux (Téléthon par exemple). Les lignes HT au sein des Monts d’Arrée sont toutes en partance du poste transformateur de l’ancienne centrale nucléaire et des TAC, expliquant ainsi la saturation aérienne en câbles et infrastructures depuis le parc industriel.

76

02. Exploiter le Yeun Ellez : du temps des sociétés humaines au nucléaire

TAC et départ des lignes HT


Brennilis : centre rénové

Brennilis : place de la Mairie, aménagements de voirie

Brennilis : lotissement EDF

Loqueffret : lotissement EDF

Saturation de l’air en câbles électriques : concentration d’infrastructures de transport de l’énergie

77


2.3.4. L a mémoire du sol : radioactivités IMPACT ENVIRONNEMENTAL DE LA CENTRALE NUCLÉAIRE La centrale nucléaire a rejeté des éléments artificiels dans l'environnement sous forme d'effluents à la fois gazeux (par la cheminée de rejet) et liquides (provenant de la Station de Traitement des Effluents/STE). Cet impact environnemental est

Sievert Gray

une trace et un marqueur dans le territoire, de la part de radio-éléments qui mettront des décennies voire des générations à atteindre leur stade de demievie. Afin de quantifier et qualifier d'éventuelles contaminations issues de la

centrale, les chiffres et faits avancés ci-dessous sont issus de deux études prises comme postulat : le Bilan de la Radioactivité de l'Environnement des Monts d'Arrée de l'Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l'Ouest de 2011, et le Compte-rendu d'expertise de l'état radiologique des sols du site nucléaire commandée par le CEA en 2011. Pollutions dans les Monts d'Arrée jusque Saint-Herbot : Pendant la production nucléaire, des rejets autorisés et encadrés par certaines normes ont été effectués dans l'environnement (1987 : forte contamination au tritium dans le lac de Saint-Herbot 770Bq/l). Mais aucune trace n'est décelée dans la chaîne alimentaire, même aujourd'hui. C'est aussi le cas pour l'eau potable, la qualité de l'air, les eaux souterraines sous le site. On note quelques valeurs en Césium137 et Strontium90 provenant en grande partie des retombées des tirs aériens d'essais. On ne retrouve pas de présence d'uranium ni de plutonium à grande échelle. Les excès mesurés en Actinium227 dans le secteur sont d'origine naturelle car issus du phénomène des Monts d'Arrée (expliqué en 1.1.3). Ce sont surtout les masses sédimentaires qui gardent la mémoire des pollutions et des radioéléments. En amont du site, le long de l'Ellez, on retrouve la présence de trois radio-éléments, Cobalt60, Américium241 et Cesium137, ce-dernier étant prépondérant. Ces observations tranchent avec les traces minimes éventuelles trouvées dans la région des Monts d'Arrée, de par leur origine quasi certaine : la centrale nucléaire. Dans le lit et les berges de l'Ellez en aval du site, vers Stherbot, on retrouve encore du Césium137(162Bq/L), du Carbone14, du tritium (2130Bq/L IRSN2010), du Cobalt60 et un peu d'Americium241. Visiblement, l'Ellez en aval et amont immédiats de l'ancien chenal de la STE, ainsi que ses abords ont conservé les stigmates des activités nucléaires passées (Rapport ACRO2011,

CRIIRAD, traces de plutonium). C'est aussi le cas au fond du lac de Saint-Herbot, chaînon final de l'Ellez (phénomène d'accumulation des sédiments) : on y retrouve aussi du Césium137, du tritium, du Carbone14 et du Nickel63. Contaminations et pollutions sur site : L'étude missionnée par le CEA en 2011 a procédé à une analyse primaire de l'intensité radioactive dégagée par les sols, en ne discernant pas son origine artificielle ou naturelle. Ces zones d'intérêt sont ensuite analysées plus précisément afin de connaître les radio-éléments en question et déceler ainsi des zones contaminées sur site. Il en existait plusieurs dont une avérée le long du chenal de rejet entre la STE et l'Ellez, ayant fait l'objet de tout un chantier de dépollution de la part d'EDF en 2012. D'autres endroits situés sur la dalle du site sont aussi contaminés mais en faible dose (ce sont des traces de radioéléments artificiels qui ne devraient pas être là). 78

02. Exploiter le Yeun Ellez : du temps des sociétés humaines au nucléaire

Bequerel

UNITÉS DE MESURE - Le Becquerel (Bq) sert à mesurer le nombre de désintégrations radioactives par seconde au sein d’une certaine quantité de matière. Cette unité mesure simplement l’activité en nombre d’émission de particules, mais pas la dangerosité de ces rayonnements, qui dépend de la nature des particules émises et de leur énergie. - Le Gray (Gy) mesure la dose d’énergie absorbée, par unité de masse exposée aux rayonnements indépendamment de son effet biologique. - Le Sievert (Sv) est une mesure d’énergie absorbée par unité de masse, mais tenant compte de l’effet des différents rayonnements (type de radiations, leur énergie, l’effet biologique étudié), et de la sensibilité des différents tissus du corps humain.

IRRADIATION, CONTAMINATION, POLLUTION L'irradiation désigne l'exposition, volontaire ou accidentelle, d'un organisme, d'une substance, d'un corps, à des rayonnements ionisants. La contamination désigne le phénomène se produisant quand un produit radioactif se dépose sur un objet ou un être, ou bien est ingéré ou inhalé par un être. La pollution radioactive est quant à elle liée à une contamination radioactive. Elle est l'une des formes de pollution, désignant la contamination produite par la radioactivité.


En conclusion , les mesures montrent

Centrale

que la radioactivité présente dans l'environnement est très majoritairement d'origine naturelle.

Des traces de radio-éléments artificiels sont relevées dans l'environnement du site : leur origine peut être attribuable aux retombées des tirs d'essais nucléaires, ou de Tchernobyl. Certaines traces de faible ampleur, retrouvées dans les sédiments de l'Ellez et des lacs proviennent de l'activité nucléaire du site pendant son exploitation et sa mise à l'arrêt.

INTENSITÉS MOYENNES EN BÉCQUEREL 1 l d’eau de mer : 10 Bq 1 kg sol granitique : 8000 Bq 1 kg granite : 1000 Bq 1 kg de sol contaminé au Césium 137 à Fukushima (valeurs max) : jusqu’à 220000 Bq 1kg minerai d’uranium : 25.106 Bq 1 kg déchets nucléaires haute activité (vitrifiés) : 10 000. 109 Bq Source : Ifremer

Éléments radioactifs présents dans les territoires des Monts d’Arrée.

Sols dans le périmètre de la centrale émettant de la radioactivité naturelle/ artificielle, et zone de contaminations avérées.

Intensité radioactive élevée

LE LONG DE L’ELLEZ À PROXIMITÉ DU SITE (VALEURS MAX EN 2011) : Americium 241 : 1 Bq/kg Césium 137 : 162 Bq/kg Cobalt 60 : 70 Bq/kg Carbone 14 : 1636 Bq/kg Tritium : 2130 Bq/l

Intensité radioactive faible

Contamination chimique

Ellez

Contamination radiologique Contamination radiologique et chimique

Ellez Réacteur

Barrage Lac

Butte de Forc’han STE Maison du Lac

N

Chenal

79


2.3.5. Un contexte paysager rural

Le parc industriel s’inscrit dans un contexte paysager très naturel et faiblement anthropisé. La butte de Forc’han offre une végétation arborée dominée par la chênaie-hêtraie, mais aussi par la plantation de parcelles en résineux. Le sommet est marqué par un maquis de genêts et d’ajoncs, camouflant un chaos granitique important. Les chemins creux sur les versants bordent des bocages denses, orientés vers le lac, amenant au hameau de Forch’an. D’autres parcelles s’enfrichent et un changement d’ambiance s’effectue vers les prairies humides à grandes herbes (mégaphorbaies) inscrites dans le domaine de Natura 2000. L’Ellez et le Roudoudour les traversent de façon très libre, au sein d’espaces inaccessibles, parfois boisés par de jeunes bouleaux et des saules cendrés de façon très dense. Les boisements denses de feuillus, sur le pourtour Nord traduisent l’emprise foncière d’EDF, à la fois sur d’anciennes parcelles agricoles (maillage bocager effacé), mais aussi sur d’anciennes friches de stockage de matériaux pour la centrale nucléaire. Certains boisements ont à peine 20 ans, notamment en bordure de barrage. L’Ellez canalisé est bordé par une « ripisylve » dense, ayant colonisé les berges bétonnées.

80

A

Maquis et chaos granitique

B

Chemins creux - chênaie/hêtraie

C

Ouvertures vers le lac

D

Ambiance de hameau

E

Jeunes bouleaux denses

F

Mégaphorbaie - domaine de l’Ellez

G

Roudoudour et zones humides

02. Exploiter le Yeun Ellez : du temps des sociétés humaines au nucléaire


H

Pâtures et fond boisé des TAC

I

J

Jeune friche sur parcelle stockage

Canal de l’Ellez se refermant

Plateforme ZI : 30ha dont sol dalle béton imperméable : 18,6ha

D C

B J A

D

I H

E G N

F 81


82

02. Exploiter le Yeun Ellez : du temps des sociétés humaines au nucléaire


83


PLOUNÉOUR-MÉNEZ

COMMANA

LA FEUILLÉE BOTMEUR BRENNILIS

ST RIVOAL

HUELGOAT

LOQUEFFRET

BRASPARTS

N

84

02. Exploiter le Yeun Ellez : du temps des sociétés humaines au nucléaire

Densités de population et d’urbanisation dans un rayon de 5km et de 10km autour de la centrale. Le territoire des Monts d’Arrée est faiblement peuplé, avec des densités moindres que la moyenne départementale.


Zonage en aires urbaines (source : recensement INSEE 2008). Les Monts d’Arrée sont proches de trois grands pôles urbains : Brest, Quimper et Morlaix.

2.4. Vocations régionales du Yeun 2.4.1. Dépression démographique N

En 2011, la population du département Finistérien était de 899 870 habitants selon l’INSEE, en constante mais légère augmentation depuis les années 1950. Les grandes villes comme Brest (210000 habitants) et Quimper (80000 habitants) attirent et concentrent les populations bretonnes. Elles se regroupent aussi dans les zones proches du littoral tandis que l’intérieur des terres,

notamment le territoire des Monts d’Arrée, est largement sous-peuplé, en déclin démographique parfois net selon les communes, transcription d’un important exode rural au cours du 20e siècle. Cependant, ces tendances sont à relativiser

au vu de la proximité spatiale et temporelle des grands pôles urbains finistériens que sont Brest, Quimper et Morlaix.

En se référant au dernier recensement général de la population bretonne de 1999, les chiffres avancés par la suite n’ont que peu évolué. Dans un rayon de 50km autour de la centrale nucléaire de Brennilis, la densité de population régionale était de 86 habitants par km² (pour une densité nationale moyenne de 106h/km²). Ce chiffre inscrit notamment la ville de Brest dans son calcul, mais aussi une partie des départements des Cotes-d’Armor et du Morbihan en compte. Une échelle davantage locale (rayon de 10km autour de la centrale) ne donne plus que 7009 habitants (en 1999) soit une densité assez faible de 22 habitants par km². Trois communes de plus de 1000 habitants se situent dans ce

périmètre : Huelgoat, Brasparts et Plouneour-Ménez. Les autres communes comme Brennilis, La Feuillée, Loqueffret atteignent quasiment une moyenne de 500 habitants, les autres communes ayant des populations inférieures à 300 habitants.

Le Yeun Ellez est ainsi une dépression démographique, un territoire en marge dans lequel la centrale nucléaire est venue s’installer en impactant ainsi le moins de populations possible. C’est un territoire en frange, à la marge des grandes Évolution de la population bretonne de 1999 à 2010. Source : Bretagne environnement L’ouest des Monts d’Arrée bénéficient de l’influence des pôles urbains que sont Brest et Chateaudin. L’Est avec Brennilis perd des habitants. Source : Atlas Finistère du CG 29.

villes, à la frange des territoires de la mer, suffisamment loin en cas d’incident nucléaire. L’habitat y est grandement dispersé, en petites unités nucléaires formant les bourgs et hameaux. Le Yeun est encore très peu peuplé, vieillissant, de nombreuses parcelles enfrichées témoignent d’un abandon plus ou moins récent. Des granges et habitations en ruines symbolisent une dépression démographique, un exode, et cependant c’est au cœur de ce-dernier qu’a lieu aujourd’hui un des tous premiers grands chantiers industriels de demain.

85


2.4.2. Industrie et production énergétique

Le territoire rural des Monts d’Arrée s’est vu impacté par le développement industriel au début du 20è siècle, avec la création du lac Saint Michel et l’arrivée du chemin de fer. La centrale nucléaire, dans une seconde étape, a amené avec elle l’industrialisation de pointe, et attiré ainsi les projecteurs sur ce territoire plus que pauvre. Les entreprises ont profité de la reconversion des anciennes infrastructures de la centrale, afin de pouvoir s’installer à moindres frais dans ce secteur : c’est ainsi que s’est formé le parc industriel de Brennilis. La commune se

retrouve ainsi avec un gigantesque ensemble industriel, démesuré par rapport à son échelle (470 habitants), lui conférant le statut de « commune la plus industrialisée » du Finistère : plus de 40% des établissements ici ont une vocation

industrielle. Ce trait de caractère est revendiqué par le village, un passé industriel marqué par un choix politique venu d’ailleurs, une construction de pointe et un chantier pharaonique ont modelé cette identité naissante et entretenue. Brennilis vit aujourd’hui grâce à ce parc industriel, à ses retombées économiques en terme d’emplois, de dynamisme, d’attrait, mais aussi financièrement. La commune ne cherche pas à nier cet héritage, en tirant même une certaine fierté, un rayonnement local. Une deuxième identité découlant de la première provient de la production énergétique que Brennilis a vu émerger depuis la construction du barrage de

Nestavel. Cette production intensive a été confirmée par le choix de construire la centrale dans le Yeun Ellez, et de raccorder cette région reculée au réseau national électrique. Cette vocation est restée, même lors de l’arrêt de la centrale, par la construction d’une autre, thermique, les TAC. Le site industriel a mué, les types d’énergies produites diversifiés mais aujourd’hui, Brennilis reste un centre de production vital pour la région. En effet, en 2008, la Bretagne a produit seulement 8% de sa consommation nette d’électricité, les 92% restants provenant principalement des centrales nucléaires de Flamanville et de Chinon, ainsi que de la centrale thermique de Cordemais près de Nantes. Au sein des 8% produits régionalement, un tiers provient de la filière thermique, qu’alimentent en partie et épisodiquement les TAC de Brennilis et de Dirinon. La production nucléaire a disparu avec l’arrêt de la centrale de Brennilis en 1985, et les autres projets ont tous avortés, le plus connu étant celui de la centrale de Plogoff. La problématique posée par cette production énergétique régionale faible est celle des pics de consommation d’énergie électrique de plus en plus intenses: au cours d’une année, la demande peut tripler voire quadrupler. En bout de réseau, la Bretagne ne peut compter que sur des énergies mobilisables rapidement, à savoir les fossiles. La disponibilité de centrales à combustion comme celle de Brennilis est ainsi très importante en termes de réactivité et de puissance. Mais sur le long terme, des questions commencent à se poser sur leur pérennité ainsi que sur leur impact environnemental. Malheureusement, les énergies renouvelables locales comme l’éolien, pourtant grandement développé en Bretagne, et l’hydraulique n’offrent encore, à ce jour, qu’une réponse trop partielle (production instable) et insuffisante en puissance. Une traduction de l’intérêt énergétique du site industriel de Brennilis s’est trouvée dans le récent projet d’une centrale à gaz, à installer dans la région : Brennilis postulait en mettant en avant ses infrastructures déjà existantes et fonctionnelles. Le dossier avait tout pour aboutir, mais les choix politiques en ont décidé autrement, et ce sera à Landivisiau qu’elle se construira. Mais ceci illustre bien les intérêts et enjeux importants en jeu autour de ce parc industriel. 86

02. Exploiter le Yeun Ellez : du temps des sociétés humaines au nucléaire

Part des établissements dans le secteur de l’industrie. Brennilis est la commune la plus industrialisée du Finistère. Source : Atlas Finistère du CG 29. Consommation, production et approvisionnement de la région Bretagne en électricité pour 2008. Source : Observatoire de l’Energie et des Gaz à effet de serre en Bretagne (2009).

> 8% produits en Bretagne > 92% horsBretagne.

À noter que la production électrique française est excédentaire et d’origine thermonucléaire à 76%, hydraulique et éolienne à 13% et à 11% d’origine thermique.


Les principaux sites de production EDF en Bretagne

Puissances mobilisables en MW pour approvisionner la Bretagne lors de pics de consommation.

BRENNILIS Barrage Saint-Michel/SaintHerbot 6.7MW Centrale combustion 3 TAC 295MW

LA RANCE Usine marémotrice 240MW

DIRINON Parc éolien 1.7MW Centrale combustion 2 TAC 170MW

BARRAGE DE GUERLÉDAN 15.6MW

92% HORS-BRETAGNE

Filières produisant l’énergie importée en Bretagne

CAUREL/ST MAYEUX Parc éolien 4.2MW

8% PRODUITS EN BRETAGNE Production régionale d’électricité en GWh

Répartition par filière en 2008

87


2.4.3. R ayonnement touristique

Images emblématiques du Finistère. Source : finisteretourisme.com

Au-delà des enjeux industriels et énergétiques liés à Brennilis et aux Monts d’Arrée, une troisième identité en lien avec les paysages emblématiques s’est naturellement développée ces dernières décennies : le tourisme. La création du PNRA depuis 1965 a grandement contribué à valoriser l’image du Finistère, un département accueillant près de 400 000 visiteurs (chiffres 2012) au plus fort de la saison pour 890 000 finisteriens, soit une hausse de population de 40%. LES PAYSAGES FINISTÉRIENS Le Finistère regorge de paysages pouvant attirer les touristes et amateurs de découvertes. Entre la mer et les montagnes, le littoral et les forêts, le département offre une grande diversité de territoires mais surtout de patrimoines. Sont ainsi mis en avant la culture bretonne, son rapport à la mer, à la navigation, aux cités maritimes, à la beauté des îles. Mais c’est aussi le territoire intérieur, celui de l’Argoat avec ses grands espaces emblématiques dont font partie les monts d’Arrée, le mysticisme et les légendes, ainsi que le patrimoine bâti, riche et varié, aussi monumental qu’intime (châteaux, abbayes et petites chapelles). Le département propose ainsi une offre touristique grandement basée sur ses paysages, sa diversité et son histoire lisible dans ses architectures typiques que l’on retrouve dans certaines villes historiques. C’est aussi un dynamisme affiché avec la présence des villes de Brest et de Quimper, axées sur l’Océan, attirant à la fois populations jeunes, mais aussi touristes.

Ce type de tourisme est grandement porté par le Parc Naturel Régional d’Armorique (PNRA), afin de valoriser, de faire découvrir et de développer ces territoires bretons. Il regroupe en son périmètre de nombreux sites témoins

et emblématiques, allant de l’Océan et ses îles, aux landes et forêts des Monts d’Arrée. Le parc s’appuie aussi sur la diversité des savoir-faire et cultures, le patrimoine à la fois historique et naturel, et le développement d’initiatives locales visant à promouvoir le territoire. À L'ÉCHELLE DU YEUN ELLEZ La Communauté de Communes du Yeun Ellez (CCYE) regroupant 8 communes (Brasparts, Botmeur, Lopérec, Brennilis, Botmeur, La Feuillée, Loqueffret et St Rivoal) a été créée en 1993. Depuis, ses compétences en matière de développement économique, d'aménagement de l'espace communautaire, de protection et mise en valeur de l'environnement, de création ou aménagement et entretien de voirie d'intérêt communautaire, ainsi que dans la participation à la vie des communes lui confère un rôle majeur dans la valorisation des paysages et du territoire du Yeun Ellez. Conjoitement avec le PNRA, la CCYE gère une partie des nombreux circuits de randonnée pédestre du territoire, et notamment celui communautaire. Ce chevelu balisé au sein des paysages du Yeun Ellez permettent une véritable appropriation et découverte de la part des randonneurs. Un ensemble associatif relativement dense autour de la pratique de ces circuits donne une véritable dynamique à la découverte par thèmes du paysage et des patrimoines locaux. Le PNRA impliqué dans l'entretien et la création de certains circuits soutient aussi la valorisation de ces territoires avec l'implantation de maisons du Parc, ou d'écomusés, cherchant à raconter les traditions et cultures bretonnes locales. D'autres associations comme Bretagne Vivante proposent la découverte 88

02. Exploiter le Yeun Ellez : du temps des sociétés humaines au nucléaire

Ecomusée du PNRA Capacité d’hébergement touristique Voile Sports aquatiques Plage et baignade Panorama répertorié

Équitation Aire de jeux Zone de pêche reconnue


Pays et communautés de communes autour des Monts d’Arrée. La CCYE regroupe 8 communes autour du Lac Saint-Michel. Carte des usages et activités touristiques au sein des Monts d’Arrée : tourisme s’appuyant sur les paysages et les grands milieux sauvages du territoire.

N

LAC DU DRENEC

Circuits

GR380

thématiques

petite randonnée

LAC D’HUELGOAT

LAC SAINT-MICHEL

Circuit

intercommunautaire

5km N

89


d'espaces naturels protégés comme la tourbière du Vénec, des excursions à la rencontre de l'environnement et de la nature emblématiques. Enfin, les activité de chasse, mais surtout de pêche attirent de nombreux pratiquants et touristes autour du lac. Ce-dernier, réputé pour ses brochets et ses truites (stocks soutenus par un plan de ré-empoissonnement périodique) a été classé "Grand Lac Intérieur", une consécration nationale et un label de qualité. Le tourisme-pêche est ainsi grandement développé, des habitués aux occasionnels, venant dans les Monts d'Arrée pour la qualité de ses paysages et de son environnement.

Le Yeun Ellez attire ainsi grâce à ses paysages et sites naturels un tourisme d'activités extérieures, en lien fort avec le territoire, son histoire, ses traditions. L'image du PNRA est fortement associée et porteuse d'une image forte de qualité.

Cependant, l'enjeu de développement de ce tourisme et de sa diversification est toujours d'actualité pour attirer une clientèle plus fidèle et aussi plus régulière dans sa fréquentation annuelle. L'offre d'hébergements est assez complète, mais le climat et l'orientation sur les paysages et milieux naturels limitent potentiellement les flux touristiques. LES BERGES DE BRENNILIS Afin de répondre aux demandes de la part des randonneurs et des pêcheurs, la CCYE a entrepris de grands travaux à l'échelle des sites, notamment le long des berges Est du lac Saint-Michel, en cherchant à concilier activités de loisirs (promenade, jeux, pêche, activités nautiques...) avec les dynamiques naturelles fortes (zones humides, champs bocagers, tourbières). Le long des berges Est du Lac Saint-Michel, des chemins piétons ont été créés, des espaces pique-nique, des pontons, des espaces de mise à l'eau pour les bateaux des pêcheurs, des aires de jeux, des accès facilités au camping municipal, ainsi qu'un tout nouveau centre de vacances construit en 2008. Tout ce projet d'aménagement cherchait à attirer davantage les touristes vers le lac, grand fédérateur d'usages et source d'attrait inévitable, notamment pour la commune de Brennilis. Le parc industriel et son emprise foncière privatisée étaient auparavant un obstacle majeur à la libre circulation des personnes, notamment pour le circuit

de randonnée faisant la boucle du lac. Il a été partiellement ouvert depuis Juillet 2013, un chemin de randonnée passant maintenant au travers, quasiment au pied de la centrale nucléaire, et de la Maison du Lac (le Centre d'Information au Public EDF). Cet aménagement a permis ainsi d'inclure EDF comme partenaire pour le développement du territoire autour du parc industriel. Ce chemin évite cependant de nombreuses zones encore fermées au public (la butte de Forc'han et le pied de barrage). D'autres zones au fort potentiel naturel sont quant à elles inaccessibles, notamment le long de l'Ellez, en aval du barrage, par manque de cheminements. L’aire autour du pied du barrage de Nestavel, occupée aujourd’hui en grande partie par le parc industriel revêt ainsi une importance stratégique, dans cet enjeu que s’est fixée le commune de Brennilis, tout comme la CCYE. L’approche touristique au lac doit être davantage développée afin d’attirer et de fédérer un maximum d’usages touristiques notamment. 90

02. Exploiter le Yeun Ellez : du temps des sociétés humaines au nucléaire

Aménagements en bordure du lac SaintMichel : enrochements, pontons, mobilier, point belvédère sur la centrale nucléaire, le long du chemin nouvellement créé.


Chemin GR et aménagements touristiques

Maison du lac Musée EDF

Aire de stationnement Chemin randonnée

N

Piste de cross

Aire de jeux Cales sèches pour bateaux Pontons et enrochements Camping municipal et centre de loisirs

Moulin de Kerstrat

91


03. Le temps du démantèlement et de la mémoire


3.1. Démanteler = démonter + déconstruire + déplacer..................................p 97 3.2. Le chantier pilote de Brennilis...................................p 101 3.3. Des repères et des traces dans le territoire...................................p 107 3.4. La mémoire et la patrimonialisation de l’énergie...................................p 116


5km

94

N

03 - Le temps du démantèlement et de la mémoire


Anthropocène Avoir construit une centrale nucléaire à Brennilis fut un choix politique et technologique. Ce faisant, l’Homme a produit et impacté à la fois le territoire local, mais aussi le système Terre, dans le sens où les déchets issus de cette activité sont quasi-éternels, dans des échelles de temps fuyant celle de l’Humanité. Cet impact, cette force que l’Homme a mis en œuvre se conceptualise aujourd’hui sous le nom d’Anthropocène : un nouvel âge de l’Humanité (du Grec ancien Anthropos signifie « être humain », Kainos signifie quant à lui « récent, nouveau »). L’Anthropocène est une nouvelle ère géologique, proposée dans l’échelle des temps géologiques par de nombreux scientifiques et géologues, caractérisée par l’empreinte humaine qui rivaliserait avec certaines grandes forces géologiques et climatiques  : la Terre serait ainsi entrée dans un nouvel âge géologique marqué par la capacité de l’homme à transformer l’ensemble du système Terre. Derrière ce nom se cachent les enjeux de notre temps. Ce concept encore scientifique aujourd’hui, illustre et regroupe les principaux agents qui marquent notre planète, qui en gravent littéralement la surface. Deux constats scientifiques sont à l’origine de ce nouveau concept : une révolution géologique, la Terre passe d’un état à un autre, et la certitude démontrée que l’homme en est à l’origine (climat, biodiversité, cycle de l’azote, du phosphore et de l’eau, démographie urbaine, consommation de papier, barrages, déforestation). L’Anthropocène est un fait aujourd’hui, mais c’est aussi un récit, qui induit le fait que l’on ne peut plus reculer, le seuil de réversibilité étant dépassé : il

existe une véritable collision entre les temps de la Terre et ceux de l’Homme, les métabolismes des uns et des autres se lient et s’impactent.

Ce nouvel âge aurait débuté selon les thèses les plus communes comme celle de Paul Crutzen, géochimiste et Prix Nobel, au début de la révolution thermoindustrielle, c’est-à-dire symboliquement en 1784, date du perfectionnement de la machine à vapeur par Watt. Au tournant du XVIIIe et XIXe siècles se produit la «grande divergence», où la Grande-Bretagne surmonte une crise des ressources (bois, alimentation…) par l’approvisionnement en charbon de son sous-sol et de ses colonies. Elle va ainsi déployer sa puissance à travers le monde en inaugurant un modèle économique intensif en capital et en énergie. Depuis, ce modèle s’est mondialisé et l’empreinte humaine met tous les indicateurs dans le rouge. L’homme a donc fortement impacté un territoire au point de se demander s’il ne l’a pas fait définitivement. Ce fameux point de non-retour est-il atteint  ? S’inscrit-on de manière définitive au même titre qu’une poussée volcanique majeure, dans l’échelles des temps géologiques  ? Ou pouvons nous encore à notre échelle d’hommes évoluer afin d’éviter de mettre en péril notre planète.

Le chantier de Brennilis, à son échelle propre, est une occasion de tester un peu cette hypothèse, de se demander s’il est possible d’effacer les stigmates d’une activité passée, mais aussi de s’interroger sur le sens que nous donnons à cette opération : celle de se rappeler et d’assumer notre empreinte, dans le but de transmettre un véritable souvenir utile aux générations futures. 95


96

03 - Le temps du démantèlement et de la mémoire


3.1. Démanteler = démonter + déconstruire + déplacer Toutes les activités industrielles ont une fin une fois leurs infrastructures vieillissantes, ou un filon de ressource première tarit. De façon générale, la question du devenir de ces installations et usines se pose, une fois les productions arrêtées. L’image n’est pas reluisante lorsque l’on regarde dans le passé de notre civilisation industrielle et la prise en charge de ses bâtiments après l’arrêt des activités : abandon en l’état, friches industrielles, bâtiments délabrés et dangereux, et bien souvent des terrains et sols grandement pollués. Il n’est donc pas étonnant de se soucier du sort ultime des installations industrielles nucléaires civiles, et ce dans le monde entier. À mesure que ces infrastructures continuent de prendre de l’âge, de nombreux pays vont de plus en plus être obligés d’en cesser l’exploitation, les démanteler puis les déclasser. Les questions connexes soulevées seront la gestion des déchets radioactifs ainsi que la libération et réutilisation des matériaux, des bâtiments et des sites. Les populations vivant dans l’environnement de ces installations industrielles, nucléaires ou non, attendent des politiques de véritables actions de prévention, de transparence et d’implication dans ces processus de déconstruction. Elles sont restées bien souvent marquées par les catastrophes industrielles, comme celles déjà évoquées du nucléaire civil (Tchernobyl, Fukushima) ou encore celles d’autres usines comme l’exemple d’AZF en France en 2001. La prise en Catastrophes industrielles ayant eu des conséquences mortelles pour les populations habitant à proximité : AZF à Toulouse en 2001, et Tchernobyl en Biélorussie en 1986.

charge de l’après-industriel pour ces structures n’est plus un discours, c’est aujourd’hui un fait, une politique de plus en plus pensée et réfléchie, un véritable outil réglementaire pour l’exploitation de ces usines. Le nucléaire amène

une difficulté supplémentaire avec le gigantisme de ses infrastructures et la présence d’éléments radioactifs à gérer.

DÉMANTELER UNE CENTRALE NUCLÉAIRE ? Démanteler puis déclasser un site nucléaire a pour but d’arriver à le dispenser de manière totale ou partielle de tout contrôle réglementaire, tout en assurant aussi bien la sûreté du public et de l’environnement à long terme que la protection de la santé et de la sécurité des travailleurs chargés du déclassement tout au long des travaux. D’autres objectifs pratiques inhérents concernent la libération de bâtiments, la réutilisation de matériaux, ainsi que le réaménagement du cadre environnemental. L’objectif ultime est de rendre un site anciennement nucléaire sans aucune restriction d’usage ou d’accès. Démanteler ne veut pas seulement dire déconstruire ou démonter, car la radioactivité ne peut être détruite, et reste un danger mortel pour les travailleurs. Elle est simplement conditionnée, stockée ou déplacée ailleurs, dans les sites de stockage prévus à cet effet. Le démantèlement est donc tout un processus ayant pour but d’aboutir au déclassement. Plusieurs étapes jalonnent ce processus : - L’assainissement : avant de procéder au démontage des composants de la centrale, l’exploitant est obligé de mettre en ordre son installation, en évacuant et conditionnant les combustibles, les déchets, ainsi que les fluides susceptibles d’être contaminés. - La déconstruction peut ensuite commencer de manière méthodique et contrôlée afin d’éviter d’éventuels rejets radioactifs contenus dans les matériaux même des bâtiments. - La gestion des déchets est un pan entier du démantèlement, visant à trier 97


et conditionner les matériaux (radioactifs ou non) issus du processus. - Enfin, la réhabilitation du site peut commencer une fois les déchets évacués. Après un bilan radiologique satisfaisant pour d’autres usages, le site sera déclassé par l’Autorité de Sûreté Nucléaire. LES ENJEUX DU DÉMANTÈLEMENT Depuis Fukushima, le marché est en pleine expansion : la décision du Japon d’arrêter la quasi-totalité de ses 54 réacteurs, puis celle de l’Allemagne d’entamer sa sortie du nucléaire ont dopé le secteur du démantèlement nucléaire. À cela s’ajoute, trente ans après son déploiement massif en Europe, le vieillissement du parc nucléaire continental. D’après une étude de la Commission européenne datant de 2004, 50 à 60 réacteurs sur les 155 en fonctionnement dans l’Union devraient être démontés à l’horizon 2025. Au total, ce sont environ 300 réacteurs qui devront être arrêtés dans les vingt prochaines années dans le monde. Dans tous les pays dotés de l’énergie nucléaire, des réacteurs arrivent en fin de vie et les gouvernements veulent montrer qu’ils sont capables d’aller jusqu’au bout de la technologie. Le démantèlement est donc source d’emplois, d’enjeux économiques et financiers considérables  : en terme de savoir-faire à exporter à l’international pour toutes les entreprises concernées, mais aussi en terme de coûts pour l’exploitant.

En France, EDF responsable de l’intégralité du parc nucléaire doit ainsi se charger de la déconstruction de ses centrales,

98

03 - Le temps du démantèlement et de la mémoire

un coût normalement pris en compte dans le prix du kilowatt vendu (la Cour des Comptes a prévu entre 20 et 39 milliards d’Euros pour le démantèlement du parc nucléaire entier français, Brennilis en a déjà coûté 500millions). Mais ces opérations vont sans doute coûter bien plus cher que prévu, et personne ne peut prédire comment payer de tels chantiers dans notre contexte économique difficile : en effet, démanteler est une opération qui ne produit aucune richesse, c’est seulement se débarrasser «  en propreté  » de nos infrastructures radioactives et des risques sanitaires qu’elles peuvent induire, et ce dans un contexte de développement durable de nos constructions. La France n’est pas la seule à chercher à démanteler ses centrales nucléaires, les États-Unis et l’Allemagne ont aussi commencé ce processus. C’est notamment en Amérique que l’on peut trouver les premiers sites presque entièrement libérés d’infrastructures nucléaires (avec des déchets radioactifs conditionnés et entreposés sur place en absence de site de stockage), ou encore des exemples de réhabilitation parfois surprenants comme en Allemagne, à Kalkar en parc d’attractions (la centrale n’ayant au final jamais été mise en fonctionnement). Il est ainsi facile de se rendre compte des enjeux d’images et d’idéologies susceptibles d’être véhiculées et exportées par les exploitants, pouvant ainsi affirmer que le nucléaire peut s’effacer comme n’importe qu’elle industrie, un savoirfaire technologique devant être à la hauteur des enjeux des déconstructions nucléaires programmées.


Ancienne centrale de Kalkar (Allemagne) Reconversion en parc d’attractions au sein d’une centrale qui n’a jamais fonctionné. Source : amusingplanet.com

Source : lanouvellerépublique.fr

CEA de Grenoble - démantèlement et déconstruction d’un réacteur expérimental Source : ledaupine.com

La France est un des pays les plus nucléarisés du Monde, derrière les États-Unis. 9 réacteurs sont aujourd’hui en cours de démantèlement, les plus anciens, pour 58 en cours de fonctionnement. Source : Infographies LeMonde

Le premier réacteur de Chinon est devenu un Musée de l’Atome.

Source : chxhistory.com

Centrale de Big Rock Démantèlement d’un réacteur, un chantier actuellement terminé.

Centrale de Yankee Rowe Démantèlement total et disparition des infrastructures de production. Le site reste cependant à vocation de stockage des déchets nucléaires produits ici. Source : yankeerowe.com

99


EFFACEMENT

1969 Création du PNR Armorique

EXISTENCE

1930

100

1940

1950

1960

Retour à l’herbe Mise sous pression

1970

1980

1985 Phase 1 démantèlement : décharge combustible et attente

1937 Construction barrage du lac St Michel

1962 1971 Début Choix national construction pour la filière prototype EL4 eau pressurisée

03 - Le temps du démantèlement et de la mémoire

2005 Mise en évidence de pollutions débat social

1983 Arrêt de la centrale Fin du programme eau lourde

1990

2000

1995 Virage EDF : démantèlement immédiat déconstructions

2025 Fin prévue par EDF du chantier Disparition de la centrale

2010 2006 Arrêt du chantier : vice de procédure

2020

2030

2040

2011 Reprise partielle du processus (fin phase 2) Création de la CLI (Commission Locale d’Information)

Évolution de la dynamique de la déconstruction de la centrale nucléaire.


3.2. Le chantier pilote de Brennilis 3.2.1. Vitrine et savoir-faire En France, le démantèlement d'un site nucléaire se déroule en 3 grandes phases réglementaires, faisant objet chacune d'un dossier déposé par EDF, et de son acceptation par l'ASN et l’État : - La première constitue en la vidange des circuits principaux, des fluides contaminés, et surtout du conditionnement en déchets du combustible. - La seconde permet la destruction de tous les bâtiments pas ou peu radioactifs, autour du réacteur. - La troisième et la plus difficile consiste à détruire le bloc réacteur, ainsi que de démanteler le cœur du réacteur, la cuve, ainsi que tous les circuits et équipements ayant été en contact avec des fluides radioactifs.

État actuel du site : les pelouses symbolisent les bâtiments déjà démolis lors de la deuxième phase du démantèlement.

Ces phases de chantier sont actuellement en cours à Brennilis. Là-bas, la centrale a toujours véhiculé une image de prototype ou de laboratoire d'essais, au vu de sa technologie, des enjeux qu'elle portait à l'époque en terme d'industrie et de politique énergétique, mais aussi aujourd'hui en terme d'enjeux autour de son démantèlement. Ce chantier, le premier du genre en France visant à la libération totale d'un site nucléaire amène de nouveau les projecteurs sur Brennilis. Le caractère innovant, unique et pionnier est mis en avant par EDF tout comme les autorités, mus par une volonté de montrer leur savoir-faire en la matière : le démantèlement de Brennilis se devait d'être une vitrine, un chantier-modèle. Seulement, après 29 années de chantier, le démantèlement est loin d'être fini, et ressemble davantage à une grande aventure difficile, pleine de débats, de projets, et de rejets  : tout comme le nucléaire, le démantèlement suscite la méfiance, et tout ne se passe pas comme prévu. RETOUR SUR UN CHANTIER DE 29 ANS  - 1967. La centrale nucléaire de Brennilis (70MW) entre en fonction. - 1985. La production est arrêtée. Le combustible et 100tonnes d'eau lourde ont été évacués sur Cadarache (Bouches-du-Rhône) : le démantèlement commence officiellement. Il n’y aura plus de combustible à Brennilis en 1992. - 1985 - 1994. Phase d'attente, la centrale est une sorte de friche nucléaire. De multiples projets de reconversion du site sont envisagés. On parlera même d'un centre d'étude et de formation à la protection de l'environnement qui ne verra jamais le jour, faute de volonté politique. Une enquête publique avec peu d’impact est organisée pour une deuxième étape de démantèlement partiel : le démontage de tout ce qui se trouve à l'extérieur de l'enceinte. - 1997. Le chantier continue enfin, et la deuxième phase se met en route. - 1995-2000. Un débat sur le démantèlement final oppose ceux qui veulent laisser «reposer» le cœur pendant 50 ans et ceux qui demandent un «retour à l'herbe» dans les 20 ans comme le PNRA. Le terme de «vitrine» du savoir-faire français apparaît. - 2000. Des prospections sont effectuées pour créer un centre d'enfouissement des déchets nucléaires. Des manifestations importantes ont lieu, notamment à Brennilis. Le projet de centre d’enfouissement est abandonné. - 2005. Des milliers de tonnes de déchets radioactifs ont été évacués vers 101


3150 tonnes de déchets 50 tonnes de faiblement et moyennement déchets faiblement radioactifs à vie courte et moyennement radioactifs à vie longue FMA VC 13300 tonnes FMA VL de déchets très faiblement radioactifs

TFA

83500 tonnes de déchets non radioactifs

100.000 tonnes de déchets issus du démantèlement nucléaire.

Etat actuel du site en 2013 : restent le bloc réacteur, les installations nécessaires au démantèlement, ainsi qu’une partie de la STE dont le chantier se poursuit jusqu’en 2016.

Carte piézométrique 1961 avant la construction de la centrale Source : EDF-CIDEN

102

03 - Le temps du démantèlement et de la mémoire

13300 3150


le département de l'Aube. La deuxième phase de démantèlement partiel s'achève. - 2006. Un décret concernant le démantèlement complet pour 2018 est publié. Seulement, le réseau «Sortir du nucléaire» porte plainte pour «absence de mise à disposition du public d'une étude d'impact». Le Conseil d'État annule le décret, ce qui amène l'arrêt du chantier. Deuxième attente du site en l'état. Quelques rapports font état de nombreuses anomalies sur les chantiers précédents, et le débat autour du démantèlement prend une autre dimension : Brennilis est sous les projecteurs. - 2009. La Commission locale d'information (CLI) est installée. - 2010. EDF se voit refuser sa nouvelle demande de démantèlement complet, pour des motifs de transparence insuffisante, mais aussi en raison de la non-disposition de site de stockage pour certains types de déchets radioactifs (les Faible à Moyenne Activité à Vie Longue FMA-VL). - 2011. Le démantèlement phase 2 est autorisé à se finir, et EDF crée le Centre Public d'Information dans la maison du lac. L'entreprise doit aussi réaliser des travaux d'assainissement de l'ancien chenal de la Station de Traitement des Effluents (STE) où des traces de radioéléments artificiels auraient été retrouvés par « Sortir du nucléaire ». Ce chantier se finira en 2012, et sera piloté par des écologues en association avec le PNRA. - 2013. Premiers travaux au sein du réacteur, mais le démantèlement total n'est toujours pas validé. Cependant EDF prévoit finir le démantèlement de la centrale en 2025 (hors délais administratifs). À ce jour, le chantier a coûté 480 millions d’€uros, alors que la phase la plus compliquée n’a pas encore commencé. DÉMANTÈLEMENT IMMÉDIAT  Pour beaucoup, EDF en prenant la décision de démanteler tout de suite en 1995 a brusqué les choses, et se hâte de Carte piézométrique 1997 avec sens d’écoulement global de l’aquifère. Localisation des principales failles. Source : EDF-CIDEN

trop : les enjeux du marché du démantèlement l’auraient incité à montrer sans attendre son savoir-faire. Seulement, l’Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest (ACRO), mandaté par la CLI en 2009 a fourni dans une étude technique de nombreux arguments sur cette décision. Le démantèlement serait nécessairement immédiat et de type total, en raison de l’hydrogéologie du site. Les

anciennes terres marécageuses de l’Ellez font que la nappe phréatique se situe à seulement quelques mètres sous le niveau du sol (entre 5 et 7m), obligeant EDF à pomper pour rabattre son niveau : cela représente environ 30m3/h, à rejeter dans le lac et ce jusqu’à la fin du démantèlement. De plus, le socle granitique réputé stable est finalement faillé de façon importante, et ce même sous les fondations du réacteur pouvant menacer la stabilité de l’enceinte. Au-dessus de ce socle, le granit altéré forme un horizon d’arènes, très poreux, où l’on retrouve aussi les traces de l’ancien lit de l’Ellez, sous une couche de remblais divers de plus d’un mètre de profondeur. L’étude démontre ainsi que la solution immédiate est à privilégier car un conditionnement type «  mausolée  » du réacteur n’est pas possible de par les contraintes fortes du sol, alors que le démantèlement différé ne permettrait pas une baisse significative de la radioactivité, et une assurance d’un chantier plus sécurisé. L’immédiateté

fournit quant à elle les avantages de la mémoire du site et du fonctionnement de l’infrastructure, par les anciens employés de la centrale, une opportunité de développement économique de la région, ainsi que des garanties sur le financement du chantier. Il est une solution prise et défendue

par EDF, et par les acteurs locaux via la CLI, argumentaire sur lequel je fonde mon positionnement. Cependant, les grands objectifs restant à atteindre sont une transparence totale à travers une meilleure communication, ainsi qu’une véritable réflexion de fond sur les enjeux soulevés par le démantèlement nucléaire. Socle géologique sous la centrale: contraintes et arguments pour le démantèlement total et immédiat.

103


3.2.2. Un jeu d’acteurs tourné vers la centrale Toutes les informations disponibles sur le nucléaire, et ici sur le démantèlement de Brennilis trouvent leur origine dans la loi Transparence et sécurité nucléaire de 2006. Ce diplôme n’aurait pu avoir lieu, faute de documentation suffisante sans cette loi. Elle permet pour tout acteur local, organisme ou association à demander des informations à EDF (en plus de la convention Aarhus de 1998 sur l’accès à l’information, la participation du public au processus décisionnel et l’accès à la justice en matière d’environnement que tout citoyen peut réclamer). La loi TSN est aussi à l’origine de la création des CLI, ces commissions locales d’information constituant de véritables points d’appui dans la communication entre EDF et les populations aux environs d’une centrale nucléaire. Ceci explique en grande partie le jeu d’acteurs que l’on a aujourd’hui autour du site de Brennilis, et qui permet de lever progressivement l’omerta obscure des années postseconde guerre mondiale. LA CENTRALE : ZONE DE CONCENTRATION ET DE RÉPULSION La centrale et le parc industriel sont dans une zone du Yeun Ellez où se concentrent des acteurs nombreux et diversifiés, du fait de la complexité et de la particularité apportées par le démantèlement d’une centrale nucléaire. EDF, propriétaire du foncier et des infrastructures, gère sa parcelle «nucléaire». La commune, propriétaire foncier du parc industriel environnant a pour objectif de garder un pôle économique et industriel fort, même après la disparition de la centrale, choix justifié par la situation de crise que connaît le Finistère de nos jours. La volonté est forte de conserver EDF comme partenaire économique dans le territoire.

Le démantèlement quant à lui se fait dans la parcelle nucléaire, par EDF et quelques entreprises locales et nationales. Il est contrôlé par des échelons supérieurs comme l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) et la DREAL pour les services de l’État attenant au classement nucléaire de l’installation. Ces acteurs encadrent et contrôlent le déroulement du chantier, et donc aussi sa durée en étant extérieurs au territoire.

L’État et même la société civile ont ainsi connaissance de cette opération : son rayonnement dépasse les simples limites des Monts d’Arrée. Pour preuve, c’est le réseau national Sortir du nucléaire qui a décelé des traces de pollution, faisant reconnaître à EDF un besoin accru de transparence et de contrôles en 2006. L’Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest (ACRO) est pour sa part une autre association de contrôle indépendante qui 104

03 - Le temps du démantèlement et de la mémoire

Un jeu d’acteur polarisé autour de la centrale nucléaire, dont le PNRA est aujourd’hui le grand absent.

a été missionnée par la CLI des Monts d’Arrée, elle-même créée de droit par la Loi TSN en 2008. Elle sert au suivi, à l’information et à la concertation en matière de sécurité nucléaire, d’impact des activités sur les personnes et sur l’environnement. Elle regroupe en son sein toute la vie locale présente dans le Yeun Ellez, notamment des élus, les communautés de communes, ainsi que des associations et des acteurs économiques et de gestion (type PNRA). Elle est le lien entre cette opération industrielle de grande envergure et le territoire du Yeun Ellez, un référent local dans ce processus, auquel se réfèrent toutes les communes et communautés de communes concernées, ainsi que les populations locales. Le Parc Naturel Régional d’Armorique (PNRA) qui gère par certaines actions ponctuelles de mise en valeur (écomusées) mais aussi par le biais de Natura 2000 le paysage caractéristique des Monts d’Arrée est le grand absent de ce processus industriel. La communication, la gestion de la zone de la centrale nucléaire, ainsi que les réflexions sur l’après-nucléaire lui échappent, devenant presque une zone blanche, un territoire en marge. C’est pourtant un acteur qui a eu un militantisme certain lors des réflexions dans les années 1990 sur le devenir de la centrale, et du fameux « retour à l’herbe  » prôné. Ce territoire, dont le site de Brennilis fait partie, a aussi vocation à s’ouvrir notamment au tourisme (patrimoine, paysages, pratiques sportives, pêche...), un objectif porté par le PNRA dans sa volonté de valorisation des territoires.


ÉCHELON NATIONAL ASN Autorité de Sûreté Nucléaire

Travailleurs Entreprises régionales et nationales

Touristes

Parc industriel

Z LE L E

TER RIT OI RE DU

YE UN

PNRA Parc Naturel Régional Armorique Travailleurs Entreprises locales

ANDRA Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs

EDF Contrôle

IRSN Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire Sortir du Nucléaire Réseau national

é

ÉCHELON RÉGIONAL

nt

le

/e

st

in

fo

rm

DREAL Contrôle d’une Installation Classée pour la Protection de l’Environnement

Co

CLI Commission Locale d’Information

Habitants/citoyens

Elus :

Région bretagne Commune de Huelgoat Commune de Lannedern Commune de Saint Rivoal Commune de La Feuillée Commune de Botmeur Commune de Braspart Commune de Plonevez du Faou Communauté de communes de Haute Cornouaille

informe

ACRO Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest

COMMUNE DE BRENNILIS COMMUNE DE LOQUEFFRET COMMUNAUTÉ DE COMMUNES DU YEUN ELEZ Exécutif - Sûreté :

Préfecture du Finistère EDF Autorité de sureté nucléaire Ordre des médecins

Personnes qualifiées et représentant du monde économique : Chambre de commerce et d'Industrie de Morlaix Chambre d'agriculture du Finisitère Chambre des métiers et de l'artisanat Pays du Centre Ouest Bretagne Conseil économique et social régional Parc naturel régional

ur

travaille po

Associations :

Bretagne Vivante Groupe Mammalogique Breton (GMB) Eau et Rivières de Bretagne UD-CLCV Sortir du Nucléaire Cornouaille Agir pour l'environnement et le développement durable (AE2D) Vivre dans les monts d'Arrée

105


106

03 - Le temps du démantèlement et de la mémoire


3.3. Des traces et des repères dans le territoire 3.3.1. Résonances temporelles

Le chantier du démantèlement vise à effacer techniquement une trace de l'activité de l'homme à l'échelle d'un territoire. Cependant, l'infrastructure nucléaire de la centrale véhicule davantage que son ancienne fonction et usage : elle amène à lire le paysage du Yeun Ellez, à le comprendre dans sa nature même, à s'intéresser aux traces temporelles que l'homme est capable de laisser dans la «chair terrestre». Ici, l'empreinte humaine a marqué localement

les sols, les roches, ou encore les airs. Dans ce territoire encore peu anthropisé, certaines traces restent intimes, non-pérennes, alors que d'autres deviennent des repères, à la fois visuels mais aussi sociaux et culturels. Il est ainsi important d'en faire le bilan, afin de mettre en avant le sens qu'elles donnent au paysage du Yeun Ellez. N

Éléments de résonance au sein du Yeun La Chapelle Saint-Michel comme point de repère visuel le long de la ligne de crête des Ménez.

Antenne TV du Roc’h Trédudon, calvaire de Nestavel (classé monument historique) et antenne relais TV/radio sur la crête du Tuchenn Kador.

La centrale de Brennilis s’inscrit dans un territoire aux paysages emblématiques, aux étendues sauvages, aux secrets cachés mais aussi aux infrastructures et points de repères forts. L’architecture de la centrale fait donc repère visuel, mais auparavant, les menhirs présents en nombre tout comme les chapelles (celle de Saint-Michel) accrochent le regard, balisent et jalonnent le paysage. Ces symboles ont tous des fonctions diverses, accrochées à des traditions et cultures bretonnes en nombre, évoquant les différentes époques humaines qui se sont succédées dans le Yeun Ellez. Depuis l’Age de Bronze, les tumulus ainsi que les dolmens et mégalithes ont été implantés, balisant un territoire et lui conférant de premières dimensions mystiques. Ces anciennes tombes se retrouvent encore aujourd’hui, notamment vers Brennilis, ou en plein milieu des landes. Leur emplacement n’a jamais été choisi au hasard, et selon les légendes, chaque pierre raconte une légende, ou symbolise un carrefour énergétique au sein des forces terrestres. Une dizaine de sites-vestiges se retrouvent ainsi, côtoyant des éléments d’époques 107


Bâtiment réacteur et cheminée de rejets

Lac Saint-Michel

108

03 - Le temps du démantèlement et de la mémoire


plus récentes, reliés à la religion catholique : les chapelles et les calvaires. Leur dispersion dans le territoire en font des points de repère, bénissant les populations locales, certains étant de véritables sculptures protégés au titre des Monuments Historiques. La chapelle de SaintMichel, la plus haute de Bretagne a connu l’installation d’une station radar allemande lors de la seconde guerre mondiale, trace que l’on peut toujours voir au sommet du Ménez Mikel avec la présence d’un grand socle bétonné. D’autres traces évocatrices d’un ancien usage se retrouve dans les tourbières, avec les talus, évocateurs d’un parcellaire toujours d’actualité. Certaines fondrières, ces anciens trous d’exploitation aujourd’hui en eau, apparaissent aussi ça et là. Enfin, le Yeun Ellez a connu l’installation de plusieurs antennes relais véhiculant des ondes radio et TV, dont celui du Roc’h Trédudon d’une hauteur de 225m, positionné sur les crêtes véritable phare la nuit, de par son éclairage intermittent rouge.

Butte Forc’han

Par leur implantation, ces repères dans le paysage du Yeun nous racontent une part d’histoire des sociétés humaines qui se sont succédées ici. Ce ne sont Traces de parcellaire résultant de l’ancienne exploitation de la tourbe. La centrale nucléaire apparaît, souvent dissimulée dans la brume bretonne.

pas des éléments séparés sans connexion. Bien au contraire, cesderniers font entrer en résonance le paysage, avec cette image mystique et légendaire, dont la centrale nucléaire fait entièrement partie.

109


3.3.2. L andmark nucléaire Le repère visuel qu’est la centrale nucléaire se donne à voir de diverses façons. Sa traduction visuelle se matérialise par l'enceinte réacteur qui est haute de 50m, très imposante, couplée à sa cheminée de refroidissement, mince et encore plus haute, surmontée d'un petit flash intermittent lumineux. La question se pose tout d'abord de reconnaître ou non une centrale nucléaire avec seulement ces deux éléments. Il convient de s'interroger sur la représentation que se fait la société civile d'une centrale nucléaire car pour beaucoup, une centrale se résume à la mégastructure de la cheminée de refroidissement, cette forme si symbolique, conique, dont peu de gens connaissent véritablement la fonction. Les bâtiments de réacteurs passent pour plus discrets, notamment à côté de tels ouvrages symboliques. En admettant pourtant que le visiteur extérieur lambda du Yeun Ellez ne puisse faire le rapprochement avec l'activité nucléaire, cette infrastructure gigantesque est pourtant en contraste fort avec le territoire plutôt rural, brut et très faiblement anthropisé. Elle ne peut donc qu'intriguer, tant dans sa forme, son site d'implantation

que dans son matériau, gris nuancé, prenant parfois les rayons de soleil, la faisant se détacher sur les boisements sombres que peuvent former son arrière plan. La centrale est donc repère, même dénué d'explication sur sa nature, par son architecture particulière et ses dimensions. Mais la perception que l'on en a diffère

selon quatre principes de positionnement dans le territoire, notamment selon la topographie. Cela ressemble maintenant à un jeu, de chercher d'où l'on peut voir cette structure dans le paysage, et l'impact visuel qu'elle renvoie, notamment dans la composition du territoire dans lequel elle s'inscrit. LA CENTRALE : ÉLÉMENT DE COMPOSITION CHANGEANT (voir photos P. 111) Les crêtes des monts d’Arrée sont des points hauts offrant des panoramas d’une rare sincérité, dans le sens où ils montrent tout le Yeun Ellez. Le territoire se met à nu, et tous les éléments se mettent en valeur, entrent en résonance les uns avec les autres, dans des logiques d’implantation humaine, mais aussi des logiques naturelles de milieux écologiques. Vu de haut, le lac est repère, même si sa forme ne peut que très difficilement visualisée, il est l’élément central de la composition, une conséquence logique de la forme du paysage en cuvette. La centrale, elle, peut se fondre quasi-complètement dans les teintes assez ternes renvoyées du paysage. En fonction de la météo, elle parvient à se camoufler dans les couleurs sombres des boisements et des reliefs qui lui servent d’arrière-plan. Elle peut au contraire se détacher franchement lorsqu’une bulle de rayons de soleil l’atteint, et la fait ressortir des conifères sombres qui ne peuvent suivre la chromatique. Elle reste cependant tout le temps en balance, dans un jeu de perception et de vision dépendant du temps qu’il fait (par temps de brûme, toute la cuvette disparaît...). Vue de haut, elle ne dépasse pas les hauteurs des reliefs environnants. L’angle de vue la rabaisse, l’écrase, et la voilà parfois alignée avec une ligne de canopée. Sa forme peut aussi jouer avec l’eau du lac, élément de composition de premier plan, où son reflet se matérialise à de rares occasions, lorsque le vent ne vient pas griser la surface aqueuse. Il apparaît ainsi un effet de miroir inversé, une nouvelle construction aux proportions faramineuses. Vue des crêtes, l’éloignement nous la présente comme un élément qui ne semble pas tant imposant : la perception des échelles et des volumes se fausse, par manque d’autres repères autour. 110

03 - Le temps du démantèlement et de la mémoire

Carte non-exhaustive de perception visuelle de la centrale élément de composition changeant

Repère horizon Présence balisée Monument déconnecté


N 5km 111


LA CENTRALE : REPÈRE HORIZON En descendant vers le lac, le regard change, notamment vis-à-vis de l’horizon. Ce basculement amène à voir l’enceinte réacteur et la cheminée de refroidissement dans une échelle de dimensionnement plus importante. La représentation que l’on peut s’en faire change, le décalage entre les hauteurs de reliefs et le volume de béton frappe. L’homme a construit une architecture aussi impressionnante dans un territoire où ses traces ne se sont toujours résumées qu’à peu d’impact. Toute logique, forme, ligne naturelle est écartée, la centrale apparaît dans un contraste fort et saisissant. Elle devient un point focal sur l’horizon, un véritable repère pour se guider, seul élément fort du paysage à l’Est auquel l’œil accroche, le lac se résumant à une strate écrasée plus qu’à une véritable étendue. LA CENTRALE : PRÉSENCE BALISÉE À certains endroits, la présence de la centrale se signale grâce à la hauteur conséquente de sa cheminée de refroidissement (72m), passant parfois au-delà de certains reliefs et boisements, alors que le réacteur reste lui camouflé. LA CENTRALE : MONUMENT DÉCONNECTÉ Au pied de ce mastodonte, l’échelle humaine est insignifiante. Ce n’est pas tant la hauteur que le volume qui est hors de perception. Il polarise toute l’attention, et a surtout amené de nombreux bâtiments industriels autour. Il est à la fois repère, mais de trop près il ne propose aucune vision du territoire environnant. Son architecture et ses proportions écrasent, aucun élément ne peut tenir la comparaison pour l’atténuer. Son contact transporte dans un autre monde, celui de l’industrie, celui des transports lourds, celui du bruit, en totale déconnexion avec l’ambiance du Yeun Ellez. C’est pourtant un véritable objet architectural, qui impressionne et saisit le regard. En s’éloignant, il peut se dérober, ou ne se dévoiler que partiellement, grâce à la végétation qui l’entoure, comme une succession d’enveloppes et de protections.

112

03 - Le temps du démantèlement et de la mémoire


113


3.3.3. Repère mental Visuellement, la centrale nucléaire s'impose. C'est aussi le cas dans les consciences des populations locales, habitant ou travaillant localement. Les 7000 habitants dans un rayon de 10km autour de la centrale ne semblent pas tant perturbés que cela de la disparition d'un des repères de leur paysage, même si pour certains ce serait tout de même une part d'eux-mêmes qui s'effacerait. Ainsi, plusieurs visions et tendances d'opinion se dégagent des entretiens menés dans le cadre de cette étude. Elles dressent un constat non-exhaustif mais réel des opinions autour du démantèlement nucléaire. LA CENTRALE : MOTEUR ÉCONOMIQUE D'UN TERRITOIRE SINISTRÉ Les adjoints de la mairie de Brennilis, premiers concernés et impliqués dans ce processus de démantèlement expliquent la logique financière et économique que draine la centrale. Mettant en avant taxes foncières, emplois et rayonnement, les élus approuvent la logique du démantèlement, militant pour le maintien par la suite d'une activité qui puisse donner des emplois et aider la commune à rester attractive au sein des Monts d'Arrée. Conscients de la richesse dont ils profitent, EDF reste un partenaire essentiel à leurs yeux, à impliquer dans le futur du site, une fois la centrale disparue. Certains élus travaillent de plus

à la centrale depuis longtemps, et semblent attachés à ce qui les fait vivre, confiants dans les études techniques éloignant la peur de la radioactivité. Ce côté mystique, cela ne les effraie pas : « on aime avoir peur ». La peur première est de louper l'opportunité de l'après-nucléaire.

LA CENTRALE COMME ÉLÉMENT PERTURBATEUR Un ancien travailleur ayant participé au chantier de la centrale comme itinérant se retrouve perplexe. Du paradoxe d'avoir contribué à établir l'atome au sein des Monts d'Arrée, il le regrette amèrement aujourd'hui, car la richesse des gens d'ici, selon lui, provient de leur pauvreté. Jouer à l'apprenti sorcier n'a que peu réussi à l'Homme, et le nucléaire représente une ligne rouge qu'il n'aurait jamais du franchir. Farouchement amoureux des paysages du Yeun Ellez, la terre est ici considérée comme sacrée, car très ancienne. « La terre est trop vieille pour qu'on se moque d'elle ». En Breton, cela résonne comme un avertissement de la part du vieil homme, aussi conteur de légendes mystiques. Cependant, il admet que le chantier ramène de l’activité, le considérant nécessaire, et à réaliser le plus rapidement possible pour retrouver une tranquillité perdue du territoire. LA CENTRALE COMME PATRIMOINE LOCAL Cette vision est l'une des plus intéressante et découle de ceux qui ont participé au chantier, de façon très active. Un autre ancien travailleur recruté en tant que soudeur a connu le Yeun Ellez sans l'industrie. Il a vu le lac apparaître, événement mal vécu, traumatisant pour les gens d'ici. La centrale au contraire

fut une véritable bénédiction, un signe de richesse et de développement que les Monts d'Arrée attendaient. Il a vu les chemins de boue devenir de

véritables routes, les lignes électriques se monter mais aussi venir illuminer les chaumières. Cette part d'histoire, ce changement de vie, il le revendique et en parle avec nostalgie, celle d'une belle époque. Il n'est pas le seul, car parmi ses amis et d'autres travailleurs, la centrale a grandement marqué, faisant partie 114

03 - Le temps du démantèlement et de la mémoire

Communication EDF autour de la centrale: de nombreuses visites et manifestations ont lieu, ce qui contribue à démocratiser et dédiaboliser le nucléaire. Source : énergie.edf.com


d'une sorte de patrimoine local, d'héritage que les générations d'aujourd'hui ont maintenant à faire disparaître.

LA CÉCITÉ QUOTIDIENNE Vivre quotidiennement avec un paysage de l’électricité amène à le considérer en tant que tel, sans véritablement le rejeter. Pour beaucoup de personnes, c’est quasiment arriver à l’effacer de leur perception du paysage de tous les jours. La proximité quotidienne amène l’acceptation du fait nucléaire souvent traduit par les propos comme «on ne se pose pas la question, c’est là, c’est tout» ou encore « on vit avec ». Ces populations, de façon générale, voient d’un bon œil le démantèlement, de façon rapide et d’un plutôt mauvais les gens qui osent s’y opposer et venir perturber un chantier faisant partie de leur quotidien. Cesderniers n’ont souvent pas connu la la période de construction de la centrale et sont arrivés après (ou étaient trop jeunes).

Pour certaines habitations, la vue sur la centrale est quotidienne.

Manifestations contre le démantèlement, et mobilisations parfois tendues entre partisans pour l’emploi, et anti-nucléaires. Sources : fsl56.org et npa29quimper.fr

LE REJET DE L'INDUSTRIE LOURDE Le rejet ne provient pas des populations locales en ce qui concerne le nucléaire, il lui est extérieur, parfois provenant de loin. Les associations environnementales viennent se servir de l’exemple Brennilis afin de faire passer leur message, profitant de la notoriété offerte. De l’aveu de certains habitants, cette situation peut irriter, car les habitants se sont parfois sentis pris en otage, utilisés afin de servir des causes qui ne leur semble pas adaptées. Cependant un autre fait, l’installation programmée d’une centrale à gaz en remplacement des TAC a rencontré une levée de boucliers plutôt locale, devant les contraintes et pollutions possiblement amenées dans leurs territoires. Il ne se dégage donc pas de sentiment prépondérant, d'opinion commune autour de la centrale, de son impact et de sa disparition programmée. À l'image

du chantier du démantèlement, ou même de l'exploitation d'EL4, les histoires, rumeurs et débats sont chaotiques, complexes, même si la disparition des anciennes infrastructures nucléaires sont tout de même attendues rapidement.

115


3.4. La mémoire et la patrimonialisation de l’énergie 3.4.1. Garder la trace « La mémoire c'est du chemin plutôt que des lieux, des actes et des opérations plutôt que des réserves et des facultés. Et l'oubli est oubli du chemin qu'on a perdu sans l'avoir quitté pour autant. » P. CHOULET, La mémoire, 1991

LA FONCTION DE LA MÉMOIRE DANS LA SOCIÉTÉ Mémoire et Histoire sont deux notions liées, se référant toutes les deux au passé. La différenciation se fait dans plusieurs notions clés. «La mémoire sourd d’un groupe qu’elle soude [...] elle est, par nature, multiple et démultipliée, collective, plurielle et individualisée. L’histoire au contraire appartient à tous et à personne ce qui lui donne vocation à l’universel. La mémoire s’enracine dans le concret, dans l’espace, le geste, l’image et l’objet. L’Histoire ne s’attache qu’aux continuités temporelles, aux évolutions et aux rapports aux choses.» 1. Puisque la mémoire est issue de l’histoire d’un groupe qu’elle soude, elle est en fait un lien d’identité, une manière d’unifier la société. Le passé est empreint

1. E. KATTAN d’après P. NORA, dans Penser le devoir de mémoire, 2008.

d’événements marquants pour une société, dont on doit tirer les leçons pour qu’ils soient assumés. La mémoire est ainsi un outil de construction de l’avenir et un engagement pour la société d’assumer un héritage provenant du passé. Nier la mémoire serait donc nier le fil conducteur qui nous unit les uns aux autres. Mais comment mobiliser ce legs si massif, si dur à porter ? LE DEVOIR DE MÉMOIRE, L’OUBLI, ET L’INTÉGRITÉ Le devoir de mémoire manifeste une volonté de reconstituer un rapport de proximité et d’intimité avec le passé, avec ses enseignements. C’est une façon de conserver le passé, mais surtout ce dont il est porteur, «les ruines du passé sont encore porteuses de promesses»2. Selon Nietzsche, l’homme ne doit pas juste conserver le passé, mais y rechercher des modèles qui nous instruisent, consolent et mettent en garde. Mais le philosophe, tout comme Heidegger a mis en évidence le fait que l’oubli était aussi une bonne chose, dans le sens où il est défini comme un processus de sélection permettant de ne pas s’enfermer dans le passé et de rester ainsi tourné vers l’avenir. Devoir assumer tout le legs du passé est un fardeau trop lourd. L’oubli permettrait ainsi de passer à autre chose, de tourner la page. Il permettrait le soulagement de la nostalgie, de l’affect du souvenir et de la mélancolie. Cependant, il est primordial de ne pas tomber dans le négationnisme, car un oubli imposé n’entraîne qu’un silence superficiel. La négation de la mémoire entraînera toujours un retour du refoulé. Mais comment peut-on vouloir se soulager de notre conscience, oublier, car le simple fait de penser l’oubli nous le rappelle... Il faudrait atteindre l’intégrité de la mémoire, celle qui nous permettrait d’assumer avec innocence l’héritage du passé. Il ne faudrait plus se sentir prisonnier et responsable du passé, mais en être conscient afin de pleinement l’assumer, comme une toile de fond devant laquelle chacun de nous

est libre de vivre. «La mémoire ne doit plus être le boulet de la servitude, selon Nietzsche, mais elle doit être ordonnée et apaisée par un juste travail sélectif de l’oubli, où elle ne ferait plus qu’un avec la pensée libre.» 116

03 - Le temps du démantèlement et de la mémoire

2. E. KATTAN dans Penser le devoir de mémoire 2008


POURQUOI SE SOUVENIR DE LA CENTRALE ? DE QUOI SE SOUVENIR ? POURQUOI PATRIMONIALISER ? Ces notions théoriques convergent dans le propos qui nous intéresse, la centrale nucléaire de Brennilis et son effacement programmé. Pourquoi se souvenir de cet objet à l’histoire si lourde ? De quoi se souvenir ? Pourquoi la patrimonialiser ? Cette industrie a tout d’abord marqué le territoire des Monts d’Arrée visuellement et mentalement. Elle est devenue un repère visuel fort, participant à l’identité de ce territoire. Mais elle comme nous l’avons vu, un repère mental pour les populations, quelque chose avec laquelle ils ont vécu pendant plusieurs décennies. La centrale fait partie de la vie de ce territoire, en est de sa constitution même. C’est aussi une industrie lourde qui a marqué le territoire physiquement, du fait de ses infrastructures, son architecture, mais aussi de sa technologie et des déchets qu’elle a occasionné et occasionne toujours. De par sa nature, le nucléaire est une industrie extra-ordinaire, son gigantisme architectural en atteste. Elle marque les temps, et sa trace se retrouvera encore dans des déchets qui resteront radioactifs pendant plusieurs millions voire milliards d’années, ou encore dans les sols de l’environnement proche. La notion de risque lui est aussi inhérente, avec ce danger invisible qu’elle héberge et tente de confiner. Garder la trace de la centrale pourrait de plus se révéler intéressant pour EDF, en tant que support de communication pour l’exportation d’un modèle de démantèlement total.

Enfin, et sans doute le plus important, la société a besoin de repères forts, qui lui permettent de se souvenir, de lui rappeler d’où elle vient. Le nucléaire est un repère significatif du 20e siècle, car il en est un des plus impactant dans la course au progrès technique de l’Humanité. Il a marqué l’Histoire, en bien mais aussi en mal, et les catastrophes nucléaires sont encore dans toutes les mémoires et ont entraîné des territoires du vide, de l’interdit, de la mort en suspension. Le nucléaire est ainsi une trace que l’on ne peut effacer, même en démontant toutes les infrastructures du site. Son aura et son existence mentale restera

dans les consciences, le temps de certaines générations futures, puis le droit à l’oubli viendra de lui même petit à petit. De cette manière, comment se souvenir de la centrale ?

3-4. P. CHOULET, La mémoire, 1991.

COMMENT SE SOUVENIR ? La reconnaissance pour se souvenir s’établit par le biais d’«une reprise des signes distinctifs, naturels ou de convention, d’un être, d’une chose ou d’un phénomène».3 Le signe, la trace, devient preuve garantissant l’identification du souvenir, de la chose mémorisée. Cette reconnaissance permet de nous remémorer, à partir d’une expérience sensible, le souvenir. «L’expérience de la perception met en mouvement (é-motion), modifie, transforme, par la contrainte à associer perçu, image, représentation et idée, l’esprit qui en est le champs et l’idée : il y a du monde en deçà du perçu, et la nécessité de la liaison entre le perçu et ce monde s’impose à l’esprit.» 4. Le sensible par l’expérience donne donc à penser, à réfléchir parcequ’il donne à associer les choses à un contexte. La mémoire devient ainsi la continuité de la perception des choses sous d’autres formes et avec d’autres valeurs : elle permet de re-parler d’une chose disparue, en son absence, de la re-situer. Elle devient une expérience intérieure  pour l’individu : « elle est l’acte, le souvenir de la chose qui a eu lieu, du rappel à soi 117


118

03 - Le temps du démantèlement et de la mémoire


1. P. CHOULET, La mémoire, 1991.

Site de stockage de déchets nucléaires en Finlande. Projets de signalisation pour donner la notion de risque, de mémoire, aux générations futures, et ce même 10000 ans plus tard, en créant un paysage hostile. Sources : Spikes Bursting Through Grid et Landscape of Thorns, Michael Brill. Exemple de transmission de traces pendant plusieurs milliers d’années: mégalithes et dolmens en cercles à Stonehenge, au Royaume-Uni. Le sens d’une telle construction est aujourd’hui difficilement compréhensible. Source : Stonehenge Visitor Centre images.

de ce qui maintenant tient lieu de la chose : l’image, le nom, la représentation.» 1 Dans le Yeun Ellez, les traces dans le paysage, indices d’activités passées, se retrouvent recouvertes progressivement par les forces de la nature. Mais certaines semblent indélébiles, condamnées à s’exposer, témoins d’histoires humaines qui ont chamboulé et marqué le paysage. C’est le cas des fosses de tourbières, des carrières, ou encore de murs en pierres en pleine lande... Un mystère nappe ces éléments, une sorte de mémoire qui n’est pas contée, qui est seule laissée aux proies de l’imaginaire du visiteur. Mais dans le cas de la centrale, garder sa trace devient donc une façon de se remémorer et de re-situer son existence, même physiquement disparue. Garder

une trace c’est aussi une façon de nous apporter une sécurité de conservation des données, que notre mémoire peut oublier : en vulgarisant, on penserait à un pense-bête. Cette trace appartiendrait ainsi au registre mnémotechnique, cet art permettant de combiner tout un contexte pour retrouver l’élément recherché. Cette technique est l’opposé de l’apprentissage et de la mémoire «  par cœur  ». La mnémotechnie n’est pas une mémoire haute fidélité, mais une mémoire qui nécessite un acte de penser, pour recomposer, retrouver par le reste, la case vide. Elle est quasiment un art du savoir, de la réinvention perpétuelle des histoires et des poésies du monde. Mettre ainsi en récit la mémoire de la centrale libérerait les souvenirs car ce serait les intégrer dans un contexte, une histoire, un rapport au temps, si prégnant dans le domaine nucléaire.

3.4.2. Patrimonialiser l’énergie : enjeux

2. Patrimoine industriel de l’électricité et de l’hydroélectricité, 2009, et Les paysages de l’électricité, perspectives historiques et enjeux contemporains, 2012.

La démarche de se souvenir de la présence d'une centrale nucléaire à Brennilis n'est pas un geste déconnecté de toute dynamique : il s'ancre dans des pensées contemporaines de considérer l'énergie et les paysages qu'elle a produit comme des patrimoines historiques et culturels. Ainsi, la notion de patrimoine électrique est apparue récemment, notamment grâce aux travaux de certains colloques comme celui de Divonnes les Bains sur le patrimoine industriel de l'électricité et de l'hydroélectricité, ou celui de Pessac en 2010 sur les paysages de l’électricité2. Ces travaux ont rassemblé un grand nombre de notions, grandement liées au paysage, et à sa modification par les installations de production énergétiques de grande échelle depuis le 20e siècle. PAYSAGE ÉLECTRIQUE ET PATRIMOINE Les paysages électriques créés, purement technologiques et culturels, sont le produit à la fois d'une technique et d'une société : ils sont les marqueurs d'un développement économique et social dans un territoire donné. À ce titre, leur présence est souvent synonyme de mémoire collective, d'histoire à la fois sociale et technologique. Bien souvent, une centrale de production énergétique a suscité l'attention du public dans son exploitation du territoire qu'elle impacte, les territoires qu'elle peut créer (hydroélectricité) mais aussi dans les architectures de ses infrastructures, souvent monumentales. Les retombées économiques et attentions politiques qu'elle a suscité ont aussi leur lot d'impacts à l'échelle du paysage, comme nous l'avons constaté à Brennilis. Parler de patrimoine pour ce type d'installation, c'est avoir une vision du passé 119


et lui attribuer une valeur aujourd'hui, au moment où nous le découvrons comme personne externe (visiteur, citoyen, habitant, professionnel du secteur, ancien travailleur...). Considérer du patrimoine revient à donner de la valeur à des éléments du passé porteurs de sens pour notre présent. Cette valeur se doit d'être collective, à différentes échelles, et propose un retour sur l'activité, ses produits, ses traces et empreintes, ce qui doit ensuite aboutir à un choix qui décide et qualifie ce qui doit être sauvegardé pour être transmis. L'APPROPRIATION SOCIALE DE L'ESTHÉTIQUE TECHNOLOGIQUE L’approche visant à donner du sens et des valeurs à ces infrastructures provient de leur appropriation et reconnaissance sociale. Cette vision valorisante pour ces paysages électriques est récente et n’est pas encore généralisée dans nos sociétés. Elle heurte en effet la traditionnelle confrontation entre paysages pittoresque et industrialisé, une dualité ayant pour cœur la provenance de notre perception esthétique des paysages. Comme l’a montré C. Gagnon1, notre passé lié à l’Art (peinture, jardins...) nous a poussé à voir le paysage comme scène esthétique et composition formelle exceptionnelle, une sorte d’esthétique du remarquable dont nous sommes spectateurs, distanciés de la scène. Cette posture contemplative a occulté l’expérience quotidienne du paysage, et aujourd’hui, il est facile de comprendre en quoi l’industriel (ou l’infrastructure technologique) viendrait en conflit s’incruster dans ces paysages artialisés, provoquant souvent le conflit et le rejet. Cependant, une autre esthétique, appelée quotidienne tend à percevoir les paysages d’une autre façon, moins formelle, et davantage liée au mouvant, à l’imperceptible, aux dimensions humaines, à l’expérience et à la participation. Cela amènerait à considérer de manière plus globale et plus juste les paysages industrialisés dans le quotidien des populations, afin de penser davantage à l’échelle de l’homme, à la fois spatialement et temporellement. La non-prise en compte du social dans le dessin et l’aménagement de tel site industriel énergétique se heurte forcément aux perceptions locales, et aboutissent à leur refus, ou à un aménagement ponctuel dit embellissant en guise de réparation. Cette considération superficielle basée uniquement sur le beau, ne prend donc pas en compte les opportunités de dialogue social que peuvent pourtant offrir les sites industriels ou énergétiques ; une capacité à fédérer des usages, voire des problématiques sociales. PROGRÈS ENTHOUSIASMANT OU PESANTEUR DU PASSÉ  La création de ces «  paysages EDF  » a amené Y. Bouvier2 à se pencher sur leur formation ainsi que sur les stratégies de communication mises en œuvre pour leur acceptation et valorisation. La production énergétique a construit de grands ouvrages techniques, mais aussi des architectures, et machines témoins d’une histoire, d’une culture, et d’un savoir-faire s’insérant et modelant souvent le paysage autour. EDF, en tant qu’exploitant unique en France, a souvent contribué à créer ces paysages technologiques comme pour l’hydroélectrique ou le nucléaire, pour ne citer qu’eux. À travers une campagne de communication rodée, c’est l’industrie mais aussi l’infrastructure qui deviennent des objets de mise en valeur, d’exploit technique, et de création d’un certain paysage. Ce-dernier devient de plus supports d’activités et d’usages (comme les lacs artificiels), synonymes d’acceptation sociale. Cet enthousiasme ambiant autour de ces paysages électriques peut trouver une source dans le mythe 120

03 - Le temps du démantèlement et de la mémoire

1. Paysage, transport d’électricité et esthétique du quotidien, Les paysages de l’électricité, perspectives historiques et enjeux contemporains, 2012.

2. Les paysages EDF, création et appropriation de paysages d’entreprises, dans Les paysages de l’électricité, perspectives historiques et enjeux contemporains, 2012.


Cité de l’énergie à Shawinigan, au Canada, reconversion d’un site industriel en parc à thème autour de l’énergie. Source : www.citedelenergie.com

de Prométhée, une métaphore de l’apport de la connaissance aux hommes. Leur valeur se définit du coup par leur force technologique, une part de reconnaissance de l’homme envers sa propre capacité à construire, à inventer. La déconstruction totale et l'effacement de certaines infrastructures (comme le cas du démantèlement de Brennilis) amènent par contre à une autre vision de ces paysages technologiques : celle d'un reniement, d'une rupture afin de se séparer d'un passé trop lourd et pouvoir ainsi tourner la page (voir l'oubli comme notion mémorielle dans le 3.4.1.). Sa prise en compte à Brennilis est réelle et contribue à expliquer la situation locale. La centrale nucléaire ne véhicule pas le paysage technologique accepté et valorisant. Au contraire, le discours ambiant ayant en partie justifié le démantèlement immédiat trouve ses origines dans l'histoire assez lourde et difficile d'EL4, celle d'un échec technologique certain, celui d'un prototype toujours resté marginal dans l'histoire d'une nucléaire français.

Le patrimoine culturel des barrages hydroélectriques au sein d’un patrimoine naturel sublimé : deux visions opposées ? Source : Électricité de France, 1956, Pragnères.

CONSIDÉRER OU EFFACER LE PATRIMOINE ÉNERGÉTIQUE À travers le monde et en France, quelques exemples permettent de mettre en avant cette différence de perception et de valeur donnée aux paysages électriques et à ses éléments. La Cité de l’énergie de Shawinigan (Canada) offre un exemple de mise en valeur d’un site anciennement industriel où ont vu le jour trois grandes compagnies, ainsi que des centrales de production électrique. Le but est de commémorer le site et les techniques à l’origine de son aménagement. Le projet de reconversion achevé en 1997 cherche ainsi à raconter, dans un contexte urbain, le développement de ce site industriel et des énergies qui y ont été produites : le caractère muséal et mémoriel est ainsi affirmé. Certaines installations sont conservées pour de nouveaux usages, à vocation culturelles et événementielles, ou comme élément symbolique (une tour d’observation de 115m de haut). Le caractère parc à thèmes est aujourd’hui pleinement affirmé, et le site fonctionne clairement comme tel : entrée payante, programmation en constant renouvellement... Sa popularité est forte, et ce site anciennement industriel est devenu un lieu attractif, polarisant de nouveaux usages. Cependant, cette valorisation des paysages et sites de l’énergie n’est pas systématique comme le montre l’exemple des barrages hydroélectriques et de leurs infrastructures inhérentes au sein des massifs montagneux français (Pyrénées et Alpes). L’exploitation de cette ressource renouvelable a marqué dès la fin du 19e siècle les paysages montagnards. Elle cristallise cependant de nos jours deux modes différents de gestion patrimoniale pour ces infrastructures : le démantèlement des installations annexes aux barrages au nom de la protection de paysages naturels en opposition à la réhabilitation et la reconversion de ce patrimoine dans une optique de développement touristique. Cette deuxième approche tiendrait compte de l’hybridité des traces paysagères visibles à l’heure actuelle. Le paysage culturel et hybride de l’hydroélectrique se retrouve ainsi confronté aux paysages naturels, préservés, pittoresques et sublimes. Ce conflit de représentations et de valeurs doit cependant être mis en perspective dans le sens où le patrimoine hydroélectrique fait partie des symboles du paysage montagnard actuel. Il devient de plus en plus support d’activités touristiques, et à ce titre les enjeux liés à sa reconversion se doivent d’être pris en compte dans toute réflexion projectuelle. 121


LE PATRIMOINE ÉNERGÉTIQUE DE BRENNILIS Il n’existe ainsi pas de vision généraliste sur la patrimonialisation des paysages de l’électricité. Leurs traces, empreintes, structures sont à traiter au cas par cas, selon les sites, technologies et vestiges laissés, et surtout en fonction du climat local d’acceptation et de perception. La notion de repère est tout de même souvent centrale pour ces paysages : faire

disparaître la centrale de Brennilis amène à bouleverser la perception quotidienne des populations des Monts d’Arrée, leur vision personnelle du territoire qu’ils habitent. Cela revient aussi à enlever une attraction visuelle du paysage local.

Toute l’histoire complexe et riche de ce réacteur ne laisse cependant pas indifférent, et a toujours mobilisé les opinions, de façon favorable ou non. Cet intérêt illustre sa faculté à trouver de la valeur, du sens dans son inscription territoriale comme dans les consciences locales. Le site du pied de barrage de Nestavel concentre ici une forte richesse en infrastructures de l’énergie. Avec le barrage, les moulins de Kerstrat, EL4, les TAC se combinent de nombreuses façons de produire de l’électricité. Force motrice de l’eau, hydroélectricité, thermonucléaire, et combustion de matières fossiles se côtoient et forgent l’identité forte de ce territoire. C’est une histoire à

travers les temps et les époques, à la fois humaine, mais aussi industrielle, un véritable témoignage et leg à valoriser, et surtout à raconter. Les populations locales ont une opportunité de le faire, mais cela revient avant tout à s’approprier le sens de ce patrimoine, quand la construction/déconstruction est venue d’une décision politique unilatérale. Mettre en récit cette histoire permettra de donner de la valeur et du sens à l’après-nucléaire, en ayant assumé l’histoire du nucléaire et de la vocation énergétique qu’aura donné le 20e siècle à ce territoire.

Depuis les monts recouverts de landes, au Sud de Brennilis. Le territoire de bocage se dévoile, duquel émerge poteaux, lignes HT, cheminées des TAC ainsi que la centrale nucléaire et ses anciens hangars. 122

03 - Le temps du démantèlement et de la mémoire


123


04. Vers l’après-nucléaire


4.1. DĂŠconstruction, valorisation et revalorisation...................................p 129 4.2. Le Parc des ĂŠnergies : intentions pour un projet de synergies...................................p 137


N 126

04. Vers l’après-nucléaire


Ma place de paysagiste Dans le cadre d’une thématique aussi complexe que passionnante, le paysagiste avec sa vision transversale des disciplines peut s’affirmer comme étant à un carrefour de visions. En s’intéressant à la fois au paysage actuel comme à celui historique, partant de la géologie jusqu’au domaine culturel et aux événements marquants, nous donnons une autre approche que celle focalisée sur l’objet centrale et ce chantier de démantèlement. Dans le processus purement technologique, le paysagiste n’a certes pas sa place, mais il peut être concerné et mobilisé dans l’appropriation par les populations locales de ce type de chantier, afin d’en améliorer la visibilité, la communication, et son intégration dans des dynamiques territoriales. L’après-nucléaire donne quant à lui l’opportunité de la

reconversion d’un site industriel particulier. Les enjeux liés à cette opération sont à la fois localisés, tout en comportant une dimension territoriale dont il faut tirer les enseignements et saisir les problématiques liées : dans ce but, le paysagiste fait émerger les traces et dynamiques essentielles à prendre en compte dans ce chantier de reconversion.

Le démantèlement de type immédiat et total de la part d’EDF est à la base de mon travail et de ma façon d’aborder ce sujet. En effet, l’aspect précurseur attire pour le processus technologique mais aussi au regard de cette reconversion qui n’a jamais encore été effectuée en France. Vouloir faire disparaître physiquement la centrale nucléaire sera un défi qui sans doute sera relevé, en 2025 ou plus tard. Il est nécessaire pour l’industrie française, mais aussi mondiale afin d’avancer dans un progrès technologique et une maîtrise de nos actions humaines. Penser l’après-nucléaire nécessite de poser les jalons de la déconstruction. Quel postulat adopter, où s’arrêter, le paysagiste essayant sans arrêt de repousser les échelles spatiales et temporelles afin de trouver une réponse adéquate aux enjeux du site ? L’élaboration de scénarios de déconstruction permet déjà d’évaluer les différents impacts et conséquences qu’aura ce processus sur le territoire. Assumer l’existence d’une réalisation effacée, et surtout la pérennité de l’histoire qu’elle raconte, reconnaître le repère qu’elle est dans le Yeun Ellez, tout cela permettra de l’inclure dans une totalité territoriale : celle d’un véritable paysage d’énergies. Certes, les bâtiments auront disparu, mais à travers une mise en récit, de traces, signes, symboles, le souvenir de cette activité perdurera et permettra une forme d’acceptation et de rayonnement. En ce sens, c’est aussi assumer la vocation industrielle, énergétique, et touristique des Monts d’Arrée, et profiter d’infrastructures déjà présentes, tout en les faisant évoluer. La mémoire du

nucléaire soutiendra de nouvelles activités et usages, au sein d’un paysage d’énergies assumé. À ce titre, Brennilis et le Yeun Ellez ont les potentialités de se tourner vers les défis de la transition énergétique, thème grandement abordé de nos jours, et qui pourrait constituer au final l’héritage énergétique de cette histoire industrielle développée entre autres avec EL4. 127


ACTIONS : Déconstruction : degré de démolition d’éléments industriels. Renaturation : degré de foncier rendu à un équilibre biologique «naturel». INDICATEURS DU TERRITOIRE : Tourisme : potentiel d’accueil et de valorisation touristique. Industrie : potentiel d’exploitation industrielle du territoire. Reconversion : infrastructures ré-utilisées pour d’autres activités.

EFFACEMENT TOTAL

La totalité des superstructures et infrastructures amenées par l’homme sont effacées : l’objectif est de retrouver un état antérieur à toute anthropisation. Suppression de sources attractives que sont le lac et le parc industriel, en termes d’emplois, d’usages. Solution inadaptée au vue du contexte économique actuel, demandant un budget pharaonique non-justifié. 04. Vers l’après-nucléaire

Le démantèlement de la centrale nucléaire appelle à penser davantage la libération et la déconstruction du site en pied de barrage. De nombreuses installations arrivent en fin de vie ou deviennent vétustes, à l’échéance 2025, et la question de leur devenir se pose. Trois scenarios, allant d’une déconstruction extrême à une industrialisation maximale après la fin du démantèlement nucléaire, explorent les impacts et conséquences possibles sur des indicateurs du territoire des Monts d’Arrée pertinents que sont le tourisme, l’industrie, et la reconversion.

PERTE ÉNERGÉTIQUE

N

128

ÉLABORATION DES SCENARIOS POSSIBLES DE DÉCONSTRUCTION :

PRODUCTION

N

N

Avec la centrale nucléaire, les TAC sont aussi déconstruites mais non remplacées : fin de toute production énergétique sur le site de Brennilis.

La réutilisation industrielle de l’ancienne parcelle nucléaire pousse à la construction d’encore plus d’infrastructures.

Perte d’emplois, mais aussi d’un site énergétique stratégique pour la Bretagne. Gain énorme de foncier, permettant un changement d’image fort pour attirer davantage les populations et les visiteurs.

Création d’un fort pôle économique et industriel, en contradiction avec les dynamiques environnementales autour, ainsi que les potentiels touristiques qui seront totalement compromis.


4.1. Déconstruction, valorisation et reconversion 4.1.1. POSTULAT // Jusqu’où déconstruire après 2025 ? Penser à un degré de déconstruction de l'ensemble du site industriel en adéquation avec les dynamiques environnementales, économiques (industrielles) et touristiques locales.

ÉQUILIBRE INTERMÉDIAIRE Postulat de ce travail de reconversion d’un site nucléaire. Scenario intermédiaire présentant un équilibre entre enjeux industriels, touristiques et environnementaux.

Un site de production énergétique est conservé, afin d’utiliser les potentialités des infrastructures existantes (transformateur, lignes HT, dessertes principales...). Le parc industriel est reconverti structurellement afin de mieux l’intégrer dans un site naturel riche. Les emprises libérées par les déconstructions de la centrale et de certains hangars vétustes peuvent devenir supports d’activités touristiques. Se servir d’infrastructures industrielles déjà présentes. Le contexte actuel économique national et régional difficile rend vital la conservation d’une attractivité économique et d’un pôle d’emplois. Intégrer la notion de « vallon  » de l’Ellez  qui a disparu, aplani sous la plateforme industrielle : renaturation pour un nouvel équilibre biologique.

N 129


4.1.2. Enjeu 1 : la déconstruction comme matière à projet PENSER À UN PROCÉDÉ DE DÉCONSTRUCTION QUI PUISSE FAIRE PROJET, À UNE RENATURATION DU SITE NUCLÉAIRE MAIS AUSSI INDUSTRIEL QUI PUISSE ÊTRE MODÈLE DE DÉCONSTRUCTION RAISONNÉE. - Conserver un maximum de matériaux sains issus du démantèlement in situ au lieu de les déporter. - Les valoriser au sein d’un projet de stockage pensé en accord avec les contraintes du site, comme matériau topographique support de projet. - Établir une stratégie de recolonisation végétale afin de créer un milieu naturel en lieu et place de la centrale, en faciliter la réappropriation écologique. - Créer une synergie entre les acteurs de la déconstruction, les populations locales et les organismes publics en charge de la gestion du territoire.

1.

2.

> MODELER LA RESSOURCE « GRAVATS »  Parmi les déchets générés par le démantèlement de la centrale, le stockage des matériaux type gravats et bétons permettra d’éviter leur dispersion hors du territoire, mais aussi de disposer d’une ressource que l’on pourra modeler pour le dessin du projet de l’après-centrale. Cette première étape participera à l’élaboration d’une démarche raisonnée en termes de déconstruction, en prenant notamment en compte la diminution de transports coûteux par camions, et ainsi le bilan carbone global du chantier (bilan concernant les gaz à effet de serre produits lors de toute opération ou activité humaine). Les gravats seront en provenance de la déconstruction de la centrale (dalle et bâtiments) et devront être contrôlés sains, en termes de contamination radioactive éventuelle. Ils ne seront disponibles et mobilisables qu’en fin de chantier, c’est-à-dire en 2025.

3.

4.

Une autre source de gravats sera à prendre en compte, issue de la déconstruction d'autres bâtiments du parc industriel devenus vétustes (cas des TAC, anciens hangars de maintenance, infrastructures routières...). Les calculs des quantités ont été effectués en prenant tout d’abord en compte les superficies imperméabilisées, décaissées de 20 à 50cm de profondeur (si infrastructures considérées comme lourdes ou non). La principale quantité de déblais produite à court terme sera issue du démantèlement nucléaire. Mais il faut aussi être conscient des déchets qui seront produits par la reconversion industrielle, notamment par les TAC, et ses bâtiments environnants.

130

04. Vers l’après-nucléaire

Procédé possible de recyclage et de stockage des gravats issus de la déconstruction.


N

Potentialités en terme de quantités de gravats mobilisables et échéances temporelles (rouge : court terme, orange : moyen terme).

Topographie formée par la réutilisation de déblais issus de la construction du Parc Olympique de Munich. 131


> INITIER UN NOUVEL ÉCOSYSTÈME Stocker environ 35000m3 de gravats sains sur le site nucléaire induit forcément un nouveau rapport au sol, ainsi qu’au vivant. La création de nouveaux reliefs comme traces valorisables de l’ancienne centrale ira de pair avec la renaturation de la parcelle nucléaire, ainsi que ses abords. L’enjeu sera ici de trouver un degré d’action en adéquation avec le contexte paysager autour, sachant que tout sera à faire sur l’ancienne INB (installation nucléaire de base). La renaturation est un procédé récent dans les sciences et pratiques du paysage et de l'écologie. D'après E. FLOCH et J. ARONSON1, l'écologie de la restauration exprime «toutes les tentatives mises en œuvre afin de réparer les dégâts causés par le mauvais usage que l'homme a pu faire de la nature et de ses ressources». Réparer la nature est une action plutôt présomptueuse, mais se pose aussi la question du référent à atteindre dans le passé, l'état naturel visé. R. BARBAULT2 pense en effet que «restaurer implique l'idée d'une situation, d'un état, que l'on peut recouvrer. Il y a une référence à un passé qui s'inscrivant nécessairement dans l'histoire d'une région, relève plus de la société que de la nature». On comprend que le référent à atteindre doit impliquer la dimension sociale de la nature inscrite dans une histoire et dans un territoire : réfléchir à un retour en arrière par la renaturation interroge la temporalité sociale locale, l'objet de ce mémoire. Trois degrés d’interventions sont possibles : - La restauration : compter sur la capacité de résilience du système afin d’avoir un minimum d’action à exécuter. - La réhabilitation  : un recours au démarrage forcé, à l’aménagement par l’écologue et le paysagiste pour retrouver l’état référence.

- La réaffectation : inclut tous les changements d’usage qui sont apparus au cours de l’histoire humaine. L’écosystème peut ainsi être sans relation avec les précédents, il n’y a plus de référent dans le passé à atteindre  : les facteurs écologiques et culturels sont pris en compte.

Au sein du site nucléaire, la nature a cessé de prescrire une normativité. Les remblais et les enrobés qui y ont été mis en œuvre ont gommé tout indices et repères dans un état antérieur avec lequel il serait possible de travailler pour une renaturation. Pour exemple, aucun arbre n’est autorisé de pousser au sein du périmètre INB. Ainsi, puisque les états antérieurs ont été entièrement détruits, il faut créer une nouvelle normativité s’inscrivant dans le prolongement de ce nouveau rapport social et historique qu’a été la centrale, ce que le projet de l’après-nucléaire propose de valoriser. Exemples de dynamiques de recolonisations végétales sur d’anciens remblais, ou sites industriels. Mise en valeur par l’explication du fonctionnement de l’écosystème, et accessibilité à certains endroits : donner à voir. De haut en bas : Parc Matisse à Lille, Carrière de Trévéjean à Guerlédan, Schoneberger Park à Berlin. 132

04. Vers l’après-nucléaire

1. E. le FLOCH et J. ARONSON, Écologie de la restauration, définition de quelques conseils de base, 1995 2. R. BARBAULT, Le concept d’espèce, clé de voûte en écologie de la restauration : clé...ou impasse, 1995


1. Bioremédiation : consiste en la décontamination de milieux pollués au moyen d'organismes vivants. La phytoremédiation utilise ainsi les plantes pour réduire, dégrader ou immobiliser des composés organiques polluants (naturels ou de synthèse) du sol, de l’eau ou de l'air provenant d'activités humaines. Cette technique permet également de traiter des pollutions inorganiques (éléments traces métalliques, radionucléides...). Ces techniques employées sont redécouvertes depuis la fin du 20e siècle dans le génie végétal, permettant une solution alternative au décaissement massif des sols contaminés. Son coût raisonné et sa mise en œuvre aisée doivent cependant être mis en balance avec la durée plus ou moins longue inhérente au procédé d'assimilation, et à son efficacité relative en fonction des plantes, de la nature des polluants et de leur quantité. Source : cours ENSNP-2A

Les enjeux autour de la renaturation seront donc multiples. Ils viseront tout d’abord à mettre en scène de façon paysagère le site réaffecté. Le végétal sera utilisé afin de rendre visible certains phénomènes, comme la colonisation naturelle, les dynamiques de changement d’un écosystème, ou encore exprimer le concept de la radioactivité (spatialement et qualitativement), inhérente à l’activité de l’ancienne centrale disparue. Il sera support de mise en scène, de récit, ou encore d’identité spatiale donnée à certains lieux. La bioremédiation1 (Annexe 1) peut aussi être utilisée sur certains espaces ou stockages de gravats portant encore les stigmates du nucléaire, mais dont la teneur en radio-éléments restera plus que faible, et sans danger pour les hommes. Ces espaces de décontamination seront surtout porteurs d’un message et d’une volonté de transparence, tout en donnant des opportunités d’expériences et de recherches sur le sujet. L’accessibilité sera ainsi contrôlée autour de ces aires, le grand public ne devant pas les côtoyer. La mise en valeur de ce futur écosystème se fera grâce au message porté par la reconversion totale du site, naturellement réaménagé après la disparition des superstructures d’une centrale nucléaire.

L'association "les amis du transformateur" mène une action expérimentale de retour à la nature maîtrisé sur le territoire d'une friche industrielle à Saint Nicolas de REDON. Sources : Rémy Algis paysagiste (bas) et Caroline Cieslik (droite)

133


4.1.3. Enjeu 2 : une mémoire à valoriser par le biais de traces à conserver UNE VITRINE DU SAVOIR-FAIRE DANS LE DOMAINE DU DÉMANTÈLEMENT ET DE LA RECONVERSION, QUE LES POPULATIONS POURRAIENT S'APPROPRIER EN TANT QUE PATRIMOINE LOCAL. - Mettre en synergie tous les lieux de production ou d’évocation énergétiques au pied du barrage de Nestavel. - Cultiver la mémoire de la centrale de par la valorisation de ses traces physiques et son explication dans un musée de l’énergie déjà existant. Garder la lisibilité spatiale de cette infrastructure marquante. - Améliorer l’accessibilité et l’appropriation par les populations et les touristes de l’aire « pied de barrage ». Prendre en compte le nouveau rapport qu’entretiendrait le territoire de Brennilis et celui des Monts d’Arrée.

> TRACE, CICATRICE, EMPREINTE La mémoire de la centrale doit se perpétuer. En prenant le postulat de la disparition totale de toutes les infrastructures de la centrale, sur quoi se baser dans ce cas ? Quels témoignages et traces pour quelle mémoire ? Le concept de cicatrice illustre ici le genre de traces laissées par la centrale nucléaire : « un signe ténu mais visible et palpable, une marque dans la chair qui fonctionne comme un rappel de la blessure mais aussi un signe de la guérison ; une sorte d'alphabet, d'écriture de la fin d'une blessure et le début d'une nouvelle vie. Certaines demeurent cruelles, comme la transcription de la violence de leur cause, d'autres restent juste un signe, une évocation de leur propre effacement.» 1 La trace laissée dans le sol par ce corps bétonné s'assimile aussi à l'empreinte, à l'inscription, donnant ainsi au site une lisibilité énigmatique, une sorte d'éloquence afin de perpétuer le souvenir et de le communiquer. Le vocabulaire qui cherchera à être exploité lors de l'aprèsnucléaire emploiera la métaphore et la mise en récit d'éléments qui perdureront de façon spatiale et mentale, et ce même après la fin du démantèlement. 1. JL NANCY dans Carnets du paysage de Blois, n°13, 2013. 134

04. Vers l’après-nucléaire

1.

2.

3.

4.


Transformateur

Canal de l’Ellez Emprise bâtiments

Route principale

Empreinte réacteur

Bâtiment courbe

Rails

Maison du Lac Point belvédère (ancien château d’eau) Éléments conservés et ré-interprétés comme traces de la centrale : rendre lisible l’histoire de ce site nucléaire.

Empreintes traduisant les forces terrestres, humaines, ainsi que les évocations qu’elles peuvent véhiculer . 1. Formation tectonique de Guelb el Richat en Mauritanie, empreinte de forces terrestres. 2. Centre-ville de Bavay, emprises d’un forum romain disparu. 3. Géoglyphes de Nazca, dessins artistiques avec le sol comme support. 4. Expression topographiques d’un passé violent à Verdun.

N

LES LINÉAIRES : - le canal de l’Ellez sera conservé. Sa renaturation serait trop onéreuse pour une opération avec peu d’avantages écologiques : les berges se sont déjà grandement revégétalisées, et essayer de retrouver l’ancien lit de l’Ellez serait un référent dans le passé trop difficile à atteindre. Le canal symbolise de plus les premiers travaux effectués lors de l’installation de la centrale. - le tracé de la route principale est gardé, comme infrastructure existante menant à la Maison du Lac, réaffecté à un nouvel usage de communication. - des rails sont toujours présents, un tracé servant au fonctionnement de l'installation, reliant des bâtiments entre eux. LA MATIÈRE : - les gravats : métaphore du corps de la centrale, recyclé pour un nouvel usage, celui de modeler le site reconverti, support de la mémoire. LES EMPREINTES : - les bâtiments disparus : il faudra exprimer leur présence, leur vocation afin de communiquer au public le fonctionnement de cette ancienne centrale. - le réacteur : son évocation sera fondamentale, en tant que cœur de l’installation et sera aussi au centre de la reconversion du site, de façon spatiale comme mentale.

135


4.1.4. Enjeu 3 : impulser la reconversion industrielle globale PENSER À LA REQUALIFICATION DANS LE TEMPS DU PARC INDUSTRIEL RESTANT, POUR SA MEILLEURE INTÉGRATION DANS LE SITE DE L’ELLEZ, ET DANS LES ENJEUX TERRITORIAUX ET DE PRODUCTION ÉNERGÉTIQUE DE DEMAIN. > RECONVERSION DU PARC INDUSTRIEL L'origine du parc est étroitement liée à la centrale nucléaire, et son devenir une fois celle-ci disparue interroge. Vétusté des hangars de maintenance, devenir des TAC et de la production énergétique locale, opportunité de renaturation d'une grande partie du foncier, amènent à considérer le démantèlement nucléaire comme une étape vers une requalification plus globale de ce parc industriel.

La production énergétique ainsi que la recherche appliquée à ce domaine pourra être un fer de lance pour le site de Brennilis : une transition énergétique globale peut être ainsi impulsée. 1970

2000

Requalification et reconversion du parc industriel

2025

2040 Emprise ZI

Emprise ZI

Emprise ZI

Emprise nucléaire

Source NRJ TAC

TAC

N

Emprise nucléaire

N

L’avenir énergétique du site de Brennilis devra inclure une réflexion sur la production énergétique, en profitant de l’opportunité foncière et des infrastructures (lignes HT, transformateur) qui seront présents. 136 04. Vers l’après-nucléaire

Emprise renaturée

N

Emprise renaturée

N


Vocation énergétique : différents sites de production énergétique, et évocations de différents types d’énergies produites ou disparues.

TOURBE HYDROÉLECTRICITÉ

NUCLÉAIRE

COMBUSTION

HYDRAULIQUE

137


Tourbière du Vénec

NESTAVEL-BRAZ Crêtes des Monts d ’A rrée Bocage de Brennilis

NESTAVEL-BIHAN

Entrée principale

Maison du lac : musée du territoire du

Plaine de l’Ellez

Yeun Ellez

Butte de Forc ’han

Tourbières

138

04. Vers l’après-nucléaire

FORC’HAN


4.2. Le parc des énergies : héritage mémoriel et productif 4.2.1. Valorisation et reconversion : enjeux spatialisés La valorisation et la reconversion de ce site de production d'énergies territoriales se fera en trois temps appelés horizons, en tant qu'objectifs temporels à atteindre. Ces trois temps se mettent en œuvre spatialement, afin d'aboutir à terme à la reconversion globale du site. À travers ce schéma directeur, il s'agit en fait de repenser le rapport territorial qu'entretient Brennilis avec le Yeun Ellez et le Lac St-Michel, de décongestionner ce barrage d'industries actuel et de l'ouvrir au public ainsi qu'à de nouveaux usages.

EMPRISES Emprise incluse dans le projet de requalification et de renaturation du Parc des énergies Parcelle nucléaire : valorisation de la mémoire des traces de la centrale et renaturation Parc industriel conservé et requalifié, orienté vers la recherche et la production d’énergies renouvelables Frange d’expérimentations spatiales en matière énergétique, accessible au public du Parc des énergies

SEUILS ET ACCESSIBILITÉS

BRENNILIS

Entrées/sorties valorisables pour le futur Parc des Energies Voirie lourde du parc industriel Voirie véhicules légers : accès à la Maison du Lac Cheminements piétons touristiques à valoriser

MISES EN SCÈNE ET VALORISATIONS Sites de production ou de valorisation d’énergies

500m

N

Point haut du site, ouvertures visuelles sur tout le territoire

139


Horizon 2020 : réappropriation Le patrimoine nucléaire n’existera qu’en cas d’appropriation de la notion par les populations locales. L’appropriation se doit d’être spatiale, mais aussi visuelle et donc mentale. Dans ce sens, un premier site peut être rendu, emblématique car seul point haut du site privatisé depuis plus de 50 ans: le sommet de la butte de Forc’han. Proposition de phasage général du projet : les enjeux se distribuent en termes d’horizons, d’objectifs temporels à atteindre pour la mise en place du Parc des Énergies.

140

04. Vers l’après-nucléaire


4.2.2. Du démantèlement nucléaire à la reconversion industrielle : échelles temporelles de projet

Horizon 2030 : mutation vers le Parc des énergies

Horizon 2040 : requalification du site industriel

Cette époque charnière est avancée technologiquement parlant par EDF pour finir le démantèlement total du site. Le bloc réacteur aura disparu marquant la fin du chantier après déclassement du site par l'ASN. À côté de cela, les bâtiments du CIDEN (déconstruction EDF) seront démolis, donnant une opportunité de récupération foncière au sein du parc industriel.

L'étape du démantèlement nucléaire est dépassée, et l'impulsion a été donnée pour la reconversion globale du parc industriel de Brennilis. Le parc des énergies ramène des visiteurs extérieurs, mais aussi des locaux, dans un site rendu entièrement accessible. Son extension finale sera décidée après la destruction des anciens hangars de maintenance devenus trop vétustes.

La reconversion du site peut commencer avec la création du Parc des énergies.

Le parc industriel se réoriente ainsi vers le Nord, profitant de l'axe routier anciennement privé des TAC, avec de nouvelles constructions qui apparaissent pour relocaliser et accueillir de nouvelles entreprises. La condition de leur implantation est leur spécialisation dans la recherche en production d’énergies, ou leur innovation dans ce domaine, notamment dans la valorisation de la biomasse.

141


TURBINES À COMBUSTION

NESTAVEL BIHAN

Transformateur H.T.

CO

UP

EA

A’

A ire stationnement Nestavel

m Péri

I.N ètre

.B -

tûre Clo

SITE NUCLÉAIRE Chantier du démantèlement

Phytoremédiation S.T.E

Maison du lac B elvédère de la butte de F orc ’han

FORC’HAN

142

04. Vers l’après-nucléaire

200m

N


4.2.3. Horizon 2020 : réappropriation et disparition Réappropriation sociale et spatiale // Belvédère de la butte de Forc’han Cette première réappropriation spatiale et sociale va intervenir sur le point haut du site, la butte de Forc'han. Aujourd'hui, le sommet est privatisé par EDF et est donc inaccessible. La première intervention du projet est de redonner ce sommet au public, tout en donnant à voir le « spectacle » du démantèlement, la disparition de la centrale et de son réacteur. Différents acteurs peuvent être

Acteurs impliqués > Populations locales et visiteurs > Électricité De France (E.D.F.) > Commission Locale d’Informations (C.L.I) > Communauté de Communes du Yeun Ellez (C.C.Y.E.) > Parc Naturel Régional d’Armorique (P.N.R.A.)

La structure du belvédère symbolise le mélange des flux énergétiques tout en marquant le sommet de la butte de Forc’han.

impliqués, notamment EDF, la CLI, La CCYE, et le PNRA afin de lui redonner une crédibilité locale sur ce dossier. Le belvédère évoque dans son architecture le mélange des flux, notion se rapportant à l'énergie et atteint une hauteur de 15m pour la plateforme de vue, 20m au total. L'habillage de la structure est en feuilles d'inox, afin de refléter le territoire et les éléments qui vont jouer avec, à savoir le ciel, la végétation. De ce point de vue, une vision du site nucléaire se dégage, mais aussi du territoire des Monts d'Arrée et de Brennilis. Inédite depuis plus de 50 ans, les visiteurs pourront de nouveau arpenter du regard ces paysages magnifiques. Le sommet se perd dans une végétation abondante de type chênaie-hêtraie, où les fougères, ajoncs, genêts, et chênes pédonculés abondent. Ici se retrouvent aussi de grands rocs granitiques, étranges masses naturelles posées au sommet de cette butte. Le site nucléaire reste par contre toujours inaccessible au public pour les besoins du chantier.

Cheminée d’évacuation des effluents gazeux

Chaos granitique

143


Ambiances de chênaie-hêtraie Strate arborée

Strate arbustive

Lac de Saint Michel

Barrage de Nestavel

1.

2.

3.

4.

5.

6.

7.

1. Quercus robur 2. Fagus sylvatica 3. Castanea sativa

Strate herbacée

8.

9.

11.

10.

12.

13.

4. Ulex europaeus 5. Cytisus scoparius 6. Crataegus monogyna 7. Ilex aquifolium 8. Pteridium aquilinum 9. Digitalis sp. 10. Rubus fruticosus 11. Asplenium scolopendrium 12. Umbellicus rupestris 13. Erica cinerea

Sommet Butte de Forc’han LANDE ARBUSTIVE

Foncier EDF inaccessible et clôturé

Chaos granitique

Périmètre I.N.B Clotûre

50m COUPE AA’

Emprise foncière rétrocédée par EDF

265 NGF

223 NGF

144

04. Vers l’après-nucléaire

Canal de l’Ellez


Réacteur en déconstruction

Antenne TV de Trévezel

BRENNILIS Bâtiments du parc industriel de Brennilis

Transformateur Haute-Tension

Le point de vue du haut de la structure belvédère sera unique : il donnera à voir le spectacle du démantèlement, l’événement que sera la disparition du réacteur. Il offrira aussi la possibilité de voir le territoire du Yeun Elez, du lac de Saint-Michel, en passant par le bocage de Brennilis et les crêtes des Monts d’Arrée.

Périmètre I.N.B Clotûre

Réacteur en déconstruction

Barrage de Nestavel en fond Canal de l’Ellez

145


Structure

> HAUTEUR TOTALE : 20m > HAUTEUR DE VUE : 15m > EMPRISE AU SOL : 16m > 4 SPIRALES pour un déroulé de 140m de long > Montée en GRADINES de 140cm de long, 200cm de large, 15cm de haut > PENTE MOYENNE : 11% > HABILLAGE : plaques d’inox > STRUCTURE : acier galvanisé

HABILLAGE

Pli plaque inox pour lisse

Poteau structurant Acier galvanisé

Plaque inox Poteau accroche IPN

STRUCTURE

Caillebotis Platine

IPN

Poutre acier galvanisé

ACCROCHE RAMPE SUR STRUCTURE

146

04. Vers l’après-nucléaire


Principes de phytoremédiation // Ancienne station de traitement des effluents Amaranthus

Brassica juncea

Cs/Ur

137

Ur

Carex sp .

Salix

Divers

Cs/90Sr

137

Panicum virgatum

Calluna vulgaris

Cs

137

Cs

137

Le chantier se poursuivra, mais en intégrant une démarche supplémentaire autour de la phytoremédiation des sols contaminés par des radionucléides artificiels. Cette démarche se localisera autour de l'ancienne Station de Traitement des Effluents (voir situation actuelle p.72 et 79) un endroit aujourd'hui problématique dans sa déconstruction car source de pollutions. L’emplacement

de l’opération sera à déterminer avec précision en fonction d’études environnementales poussées et rendues publiques. La démarche se veut expérimentale, sur une longue durée

Chenopodium

Cs

137

(30 années) où plusieurs récoltes seront effectuées afin d'extraire avec les végétaux, la pollution du sol.

Un suivi devra impérativement être mis en place en parallèle par EDF qui pourra ainsi ajouter une expérience à son savoir-faire du démantèlement, mais aussi par des instituts universitaires pour des thématiques de recherche, ou encore des associations environnementales locales.

2016 T.+0

Acteurs phytoremédiation > MISE EN PLACE après fin démantèlement STE > Préparation terrain > Essais de plantations > Mise en place d’un suivi

2025

2035

T.+10

2045

T.+20

Récolte 1 Conditionnement Analyses sols et végétaux Incinération Stockage ou dispersion cendres

> E.D.F. + Autorité de Sûreté Nucléaire (A.S.N.) > Commission Locale d’Informations (C.L.I) > Parc Naturel Régional d’Armorique (P.N.R.A.) > Instituts universitaires (suivi) > Associations environnementales

T.+30

Récolte 2

Récolte 3

Déclassement terrain et ouverture possible au public

147


TAC arrêtées

e

bo

Entrée vers M aison du L ac

isé

A xe

min

ér a

l

Ax

A xe de l’ellez

A xe du lac

Musée de la centrale

A xe de

CO U

PE B

B’

Maison du L ac s ai rs

Phytoremédiation S.T.E

A ire stationnement 74 places + 2PMR + 3 cars

148

04. Vers l’après-nucléaire

Belvédère de la butte de F orc ’han


4.2.4. Horizon 2030 : le Parc des énergies Vocation : valoriser les traces de la production d’énergie Nous sommes en 2025-2030. La première phase de la création de ce Parc des Energies va concerner la partie de l'ancien site nucléaire, qui sera, après de stricts contrôles de la part de l'ASN, déclassé. L'ouverture au public va donc être possible. Le dessin du Parc vise à la valorisation spatiale ou à l'évocation de l'empreinte de la centrale nucléaire sur site. L'élément principal reste

le réacteur, comme du temps où il existait encore. De son emprise spatiale conservée rayonnent de grands axes qui permettent de se déplacer au sein du Parc : l'axe Boisé, du Lac, de l'Ellez, le Minéral et celui des Airs. Ces grands axes traversent pour certains des remblais géométriques allant de 2 à 4m de haut, qui stockent les déblais sains que la déconstruction et la renaturation ont engendré. Ces empreintes en volume visent à donner une lisibilité aux anciens bâtiments disparus qui servaient au contrôle et à la gestion de la réaction nucléaire, autour du réacteur.

Transformateur renaturé

CO U

PE C

C’

Tout autour, la végétation reprend ses droits, initiée par une stratégie végétale mise en place et modelée par le paysagiste.

Entrée principale

Il sera possible d'accéder au Parc des Energies et aux différents bâtiments en son sein par trois accès hiérarchisés. Deux sont raccordés aux chemins de randonnée des berges du Lac, au Nord (Nestavel) et au Sud (Forc'han). L'entrée principale se situe quant à elle à l'endroit où existait celle de l'ancien site nucléaire. Elle est signifiée par la réhabilitation d'une aire de stationnement principale (100 places) d'où débutent plusieurs itinéraires de découverte. L'un emmène vers la Confluence Ellez/Rhoudoudour, alors qu'un autre amène à découvrir une partie de l'emprise de l'ancien transformateur Haute Tension aménagée et renaturée, mettant en scène des structures métalliques de pylônes.

piétons

Stationnement 102places

principal

L’objectif poursuivi est ainsi la conception d’un parcours de découverte et d'interprétation autour des différents milieux naturels composant ce site reconverti. Ce parcours met aussi en évidence la question des énergies, de leur mode et site de production, ainsi que de leur inscription dans le territoire.

200m

N

Le site du belvédère de Forc’han prend sa place au sein du périmètre du Parc des énergies, et sert de point final à la visite, permettant d'embrasser une globalité visuelle et territoriale. 149


Programmatique // Un public local viendra visiter ce parc avant tout, notamment les écoles, collèges et lycées. L'entrée est gratuite, le site entièrement ouvert, sans limitations d'accès, excepté autour de l'opération de phytoremédiation. Les touristes du Yeun Ellez pourront aussi visiter le Parc, comme tremplin vers les paysages des Monts d’Arrée. Enfin, ce peut être aussi à visée industrielle pour EDF, en tant que vitrine exhibée auprès d'industriels, entreprises, personnalités politiques intéressées par le démantèlement nucléaire et ses débouchés... La deuxième vocation (emprise violette ci-dessous) du Parc des Énergies sera de préparer l'héritage énergétique du territoire, en faisant des études avec des acteurs privés comme EDF, ou encore publics, associatifs, à la fois à portée locale mais aussi régionale voire nationale. Le but poursuivi est l’élaboration

d’une stratégie de production énergétique à l’échelle du territoire, en pensant la reconversion du parc industriel de Brennilis, et celle des TAC en fin de vie.

Des visiteurs et des acteurs Entrée non-payante, site ouvert au public Accueil de jeunes publics (écoles, lycées...), visiteurs occasionnels, industriels invités par EDF, populations locales : la notion de vitrine reste au cœur de la reconversion de l’ancien site de la centrale.

acteurs mobilisés > Électricité De France (E.D.F.) > Autorité de Sûreté Nucléaire (A.S.N.) > Commission Locale d’Informations (C.L.I) > Communauté de Communes du Yeun Ellez (C.C.Y.E.) > Parc Naturel Régional d’Armorique (P.N.R.A.)

penser la transition énergétique > Entreprises locales > Chambre de Commerce et d’Industrie > Conseil Général > Conseil régional > Programmes €uropéens > Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie ADEME > Association d’initiatives locales pour l’énergie et l’environnement AILE > Associations environnementales > Office National des Forêts

150

04. Vers l’après-nucléaire


Le Parc des Énergies va permettre la réhabilitation de bâtiments (en vert cidessous) et de conforter l'usage déjà acquis de certains autres comme la Maison du Lac. Aujourd'hui Centre de Communication d'EDF, elle se réoriente de par sa position privilégiée vers le paysage des Monts d'Arrée : gîte, musée du Yeun Ellez, antenne du PNRA. Le Musée de la Centrale prend place au sein du Croissant attenant au réacteur, assaini et reconverti pour ce nouvel usage. Les différentes phases de la vie de la centrale y sont racontées, et le démantèlement y est mis en valeur. Le bâtiment courbe en arrivant de Brennilis accueille de nouveau un restaurant, optimisé pour l'accueil de ces nouveaux visiteurs, mais permettant aussi l'alimentation des travailleurs du parc industriel. Les TAC, côté industriel (violet) sont programmées en fin de vie à l'horizon 2020-2030. Leur reconversion est au cœur de la réflexion sur la transition énergétique. Les bâtiments du CIDEN sont déconstruits avec la fin du chantier de démantèlement, impulsant une démolition programmée des anciens hangars datant de l'époque de la centrale. Seules les Salaisons demeurent du fait de leur impact important sur l'emploi et l'économie locale.

TURBINES À COMBUSTION Arrêtées - en attente de reconversion

SALAISONS DE L’ARRÉE Employeur principal du secteur - conservé

TRANSFORMATEUR Emprise conservée pour de futures lignes électriques

ENTREPRISES En attente de reconversion

ENTREPRISE En attente de reconversion

ACCUEIL RESTAURANT + BOUTIQUE + LOCATIONS VÉHICULES ET VÉLOS Pour visiteurs du Parc + employés du parc industriel

MAISON DU LAC > Musée du Yeun Ellez et des Monts d’Arrée > Antenne PNRA > Caféteria

BELVÉDÈRE

MUSÉE DE LA CENTRALE > Lieu exposition sur exploitation et démantèlement > Centre de phytoremédiation > Maintenance du Parc des énergies

ACCUEIL/PORTE Marque l’entrée du Parc des Énergies

MOULIN DE KERSTRAT Marque l’entrée symbolique du Parc des Énergies

151


Mise en scène des sites de production d’énergies // Marquer l’empreinte territoriale et temporelle du nucléaire SOLSTICE ÉTÉ

BELVÉDÈRE

BUTTE DE FORC’HAN

CRÊTES DES MONTS D’ARRÉE LAC SAINT MICHEL

MAISON DU LAC

BATIMENT DES AUXILIAIRES RÉACTEUR BÂTIMENT DU COMBUSTIBLE IRRADIÉ

BASSIN DE REFROIDISSEMENT

BÂTIMENT DE CONTRÔLE

Remblais +++

Modéliser les traces supports de la lisibilité de la mémoire nucléaire.

0

Déblais --CIDEN -2600m3

Parking -200m3

TAC - friche -940m3

Dalles manutention -4600m3

Dalle centrale -1100m3 Réacteur -1000m3

Empreintes -5570m3

Pied de butte +4000m3

Parking -100m3

152

04. Vers l’après-nucléaire

Transformateur -100m3

Empreintes +14400m3

Pied de butte -2200m3

Équilibre Déblais / remblais 18.500m3

Le projet du Parc s'est dessiné en pensant aux résidus de la déconstruction, mais aussi de l'aménagement des traces de l'ancienne centrale nucléaire. Ainsi en ROUGE, les déblais liés à la renaturation du site et à son aménagement ont contribué à la formation et la mise en valeur de traces en ORANGE comme les anciennes empreintes au sol des bâtiments de contrôle.


LE RÉACTEUR : METTRE EN SCÈNE LE VIDE EN CONSERVANT LA BASE DE L’ANCIENNE ENCEINTE Fin passerelle vers Belvédère

Grand fossé en pied de butte de Forc’han Début passerelle COUPE GENERALE BUTTE REACTEUR vers Belvédère

MUSÉE DE LA CENTRALE

Remblais hauteur 3m Ancien réacteur avec passerelle traversante

Murs conservés des sous-sols

50m COUPE BB’

L'enceinte du réacteur, après assainissement des murs est conservée en partie, notamment sur une hauteur de 5m au delà du sol. Le bâtiment

en forme de croissant, le futur Musée de la Centrale lui est attenant et atteint cette même hauteur. Véritable point central, il marque par un diamètre interne de 46m le cœur de cette ancienne activité, il incarne le redoutable, l'invisible mais aussi le jamais-vu. Le visiteur découvrira les entrailles de la centrale mises à jour.

La cuve du réacteur a des fondations et des soussols qui atteignent 12m de profondeur, avant de reposer sur un radier de 2m supplémentaires et le socle granitique. Le projet veut exploiter cet appel de la profondeur, de la mise en scène du vide, de l'imaginaire, du hors-échelle à la fois spatial et temporel. L'effet recherché est de saisir les visiteurs, qui, par une passerelle, pourront traverser à niveau cet impressionnant vide. Il sera ainsi l'attraction phare et saisissante de ce Parc des Énergies. Belvédère

MUSÉE DE LA CENTRALE + 5MÈTRES Évocations des niveaux altimétriques Marquage des anciens murs intérieurs

NIVEAU 0 -12MÈTRES

153


Évoquer les bâtiments de contrôle

Terre végétale

4m

Mur soutènement béton aspect brut + tranchée drainante Remblais à granulométrie croissante

Hauteur mur pour garde-corps

5m

4m

Terre végétale

1.10m

4m

Fossé récupération eaux en pied de talus

Mur soutènement béton aspect brut

3m

Remblais à granulométrie croissante

1m

Tranchée drainante Fond de forme compacté

1m

Colonisation interne : laisser une végétation spontanée habiter le fond et les parois de la cuve.

Agrandir l’emprise spatiale du réacteur : remblais autour de la cuve, issus de la déconstruction et du démantèlement.

VÉGÉTALISATION DU FOND : Chambres fermées remblayées Attente d’une végétation spontanée sciaphile

Passerelle

Remblais et terre végétale

Hymenophyllum tunbrigense

Osmunda regalis

Sphagnum sp.

3m

Ancien mur béton soussol ajouré à la base Pompe des eaux de pluie fond de cuve

Balcon

1m

FOND -12m Mur d’enceinte

ASSAINISSEMENT DE L’ENCEINTE : Remblais

Gratter l’épaisseur des murs intérieurs SURFACE RUGUEUSE OBTENUE

154

04. Vers l’après-nucléaire

Lichens

Mousses


Les différents niveaux de sous-sols sont peints le long des murs, eux-même dégradés sous l'effet du temps, et végétalisés naturellement par les mousses et lichens. Au fond se développe une végétation au sein de certains compartiments conservés de ce plan de sous-sols. Traverser le vide et prendre conscience de l’échelle monumentale de l’architecture nucléaire.

Balcon

Vocabulaire industriel : acier + transparence du caillebotis

IPN assise structure en long

Garde corps acier vertical

Caillebotis plaques 100x86 fixées sur IPN de traverse

Support transversal des poteaux acier IPN de traverse

3m

Un ensemble architectural au départ d’axes rayonnants vers les autres sites du Parc.

BUTTE DE FORC’HAN Passerelle vers Belvédère

BÂTIMENT RECONVERTI EN MUSÉE DE LA CENTRALE Toiture accessible

17M

48M 73M

155


156

04. Vers l’après-nucléaire


S'inscrivant en positif, les remblais marquant les anciens bâtiments viennent encadrer le réacteur. Ils symbolisent à travers différents volumes et différentes hauteurs le contrôle de la réaction nucléaire. L'ancien bassin de refroidissement des eaux voit son emprise en creux conservée, contrastant avec le volume des remblais, le tout dans une ambiance prairiale.

Réacteur

Ancien bassin de refroidissement

Butte de Forc’han

157


Turbines à combustion fin de vie

Crêtes des Monts d’Arrée

Espace prairial dégagé devant le barrage de Nestavel Début Canal Ellez Borne d’informations béton brut sérigraphié

158

04. Vers l’après-nucléaire


Des cadrages à travers les masses de la chênaiehetraie de Forc’han sont ouverts, le long de l’Axe des Airs menant au Belvédère. D’ici, il est possible d’embrasser à la fois les volumes, les échelles spatiales, d’avoir une lisibilité du site mais aussi du territoire des Monts d’Arrée et du bocage brennilisien.

La présence du barrage est aussi mise en valeur, par l'ouverture de points de vue, afin de montrer le contexte dans lequel s'est implanté et configuré ce site, et de prendre conscience de l’architecture énergétique liée à l’hydroélectrique.

Eléments de mobilité disponibles au sein du Parc en location.

Se déplacer

Navettes électriques

Vélos électriques

Dalle béton brut de localisation

Marquer les seuils

Banc béton brut

Se reposer Montrer Borne béton brut sérigraphiée

Typologies de signalétiques et de mobiliers mis en place, dans un matériau industriel et brut : le béton. 159


Démarche de renaturation du site nucléaire // Traitement des eaux de ruissellement du site et stratégie végétale 4.

Aire stationnement en

auto gestion

1.

3.

Maison du Lac Aire stationnement en

Impluvium secondaire Exutoire Ellez

auto gestion

2.

DONNÉES CONTEXTUELLES > Pluviométrie : 1500mm/an > Quantité de pluie tombée en hiver moyenne : 0.75l/s/ha > Evapotranspiration : 240mm/an 2. IMPLUVIUM PRINCIPAL : Superficie totale 70.000m2 80% surfaces d’infiltration 3. IMPLUVIUM SECONDAIRE : Superficie totale 30.000m2 95% surfaces d’infiltration

Impluvium principal Exutoire Ellez

L'hydrologie du site sera gérée et centralisée autour de

2. IMPLUVIUM PRINCIPAL

l'ancien bassin. Il ne sera pas souvent voire jamais en eau,

Exutoire impluvium

mais en tant qu'élément aménagé, il pourra assurer cette fonction technique. Il récupérera les eaux de pluie de la

butte de Forc'han, qui seront dirigées par un grand fossé en pied de butte. Ce grand fossé en amont de l'ancien bassin

récoltera en plus les eaux pompées de la cuve de l'ancien réacteur. L'ancien bassin récupérera de plus les eaux de la Route de la Maison du Lac, et enverra par grandes pluies ces eaux vers le canal de l'Ellez. Cependant, en grande partie, les eaux de pluie s'évacueront par

ELLEZ Débit 0.5 à 2m3/s

évapotranspiration et par infiltration dans des sols souvent perméables (arènes granitiques et remblais).

Empreinte bassin 5120m3

Fossé pied de butte Forc’han

Réacteur Diam. 48m Superficie 1810m2 12m profondeur

Pompage à -12m

Fossés en pied de remblais

Exutoire pompes réacteur

160

04. Vers l’après-nucléaire


La démarche ci-dessous illustre les différentes étapes à programmer afin de penser la renaturation du site, ainsi que sa gestion ultérieure par le Parc des Énergies.

1. Observer ETAT DES LIEUX ENVIRONNANT ETAT DES LIEUX SANITAIRE DU SITE

2. Travailler le substrat

TOURBIÈRE OMBROGÈNE

IMPULSER LA RENATURATION PAR LA BIOSPHÈRE > TRAVAIL DU SOL Strier / scarifier Scier et décompacter Apport de terre argileuse

BOCAGE Pâtures

Ex : Fabacées

BOISEMENTS Emprise foncière EDF

> CHOIX DE PLANTATIONS NATURELLEMENT FAVORABLES AU DÉVELOPPEMENT D’UNE RIZOSPHÈRE

3. Gestion et suivi du Parc

BOCAGE Pâtures ZONE HUMIDE Rhoudoudour

> PLANTATION POUR UN PREMIER RENDU DU PROJET

> DISSÉMINATION NATURELLE ET COLONISATION Animaux Vent

OPÉRATION DE RENATURATION

LAC Marnage et berges

Mise en défend

BRF / Compost Banque de semences

> GESTION DES DÉFRICHEMENTS ET RECYCLAGE DES MATÉRIAUX VERTS

BOISEMENTS Butte de Forc’han MÉGAPHORBAIE Ellez

1. Observer Cartographie des milieux naturels autour du site nucléaire. Ces milieux possèdent leurs propres dynamiques écologiques à prendre en compte dans les choix d’aménagement et de projet de renaturation au sein du Parc afin de créer de nouvelles continuités environnementales in situ.

BOCAGE Pâtures

BOULAIES ET SAULAIES

TOURBIÈRES ET LANDES

161


2. et 3. Travailler le substrat et gestion

RENATURATION DES SOLS Incorporation BRF + gestion taillis

DISSÉMINATION T+20ANS PRAIRIE Fauche 2 fois par an

PRAIRIE Fauche 2 fois par an

PLANTATIONS

CHÊNAIEHÊTRAIE Éclaircies pour garder des vues sur le site et des milieux ouverts

162

04. Vers l’après-nucléaire

PHYTOREMÉDIATION Gestion du taillis et récoltes tous les 10 ans


t+1

Afin de minimiser les opérations d'aménagement, il est nécessaire d’impulser à certains endroits les dynamiques végétales de recolonisation par un travail sur le sol. Des opérations primaires comme la scarification de l'enrobé au sol permettront l'implantation de mousses et de lichens.

- 2025

STADE PIONNIER

Mousses

Lichens

t+3

STADE POST-PIONNIER

t+10

- 2035

t+20

- 2045

t+30

- 2055

Salix aurita

Ulex europaeus

Cytisus scoparius

Rubus fruticosus

À d'autres endroits, découper la dalle sera nécessaire, et en décompactant les remblais en dessous, une végétation pionnière pourra ainsi se développer. Différents stades de

végétation vont se succéder afin de tendre, à terme, vers la chênaie-hêtraie, en passant par des ambiances et volumes paysagers différents. Cependant, à but de rendu immédiat pour l'ouverture du Parc, il faudra enclencher la dynamique de colonisation et planter à certains endroits stratégiques, ce qui

Taillis de bouleaux

permettra aussi d'accentuer les phénomènes de dispersion, en créant ainsi des « puits » écologiques.

Castanea sativa

La gestion du Parc sera ainsi de suivre, et d’accompagner ces phénomènes de dispersion, de les contenir et de les protéger

du public. Les entretiens seront les plus minimes possible, réduisant les fauches à deux fois par an, pour les espaces ouverts autour du réacteur. La conservation de cadrages visuels sur le flanc de la butte de Forc’han sera aussi à prévoir. Tous les résidus végétaux de ces travaux seront réutilisés afin de produire du compost et du Bois Raméal Fragmenté (BRF). Ces quantités recyclées seront par la suite réintroduites dans les sols que l’on cherche à renaturer, afin de recréer une biosphère au sein de ces sols et horizons pédologiques (sur l’ancienne emprise CIDEN, et au sein du périmètre TAC, en vue des usages futurs du parc industriel de Brennilis).

Quercus robur

Fagus sylvatica

Illustration des différents stades de végétation autour de la dynamique Chênaie-Hêtraie. Ces transformations végétales ont vocation à être les éléments forts le long de l’Axe Minéral.

Saules Bouleaux Robiniers...

Belvédère Espaces de recolonisation végétale

Accueil et orientation

Vers le réacteur

163


Accéder au Parc des énergies // Entrées, abords et seuils, communiquer L'entrée principale du Parc des énergies se doit de signifier l'accès dans un lieu symbolique, accueillant du public. Pour cela, la réhabilitation du grand parking

actuel en enrobé prévoit une ré-organisation et optimisation profonde. 102 places sont ainsi disponibles afin d'accueillir les visiteurs. D'ici, ils peuvent se rendre au bâtiment courbe, d'où l'on peut louer des vélos ou des navettes de groupe électriques.

Une colonisation végétale est initiée selon les mêmes principes de travail des sols exhibés le long de l'Axe Minéral. La stratégie de « casser la dalle » est ici mise en œuvre, tout comme sur l'ancien transformateur haute tension, qui voit des squelettes d'anciens pylônes et structures métalliques accompagnés par le végétal. Des points d'observation, de repos et de signalisation sont créés par le biais d'une plate-forme bétonnée multi-modale. Une autre est implantée le long du Rhoudoudour afin de donner un point de vue sur les Moulins de Kerstrat, reliquat d'une énergie hydraulique développée jusqu'au 19è siècle.

Ces plate-formes font partie de la signalétique développée afin de guider les visiteurs, de leur communiquer des informations, de les situer, d'expliquer les sites qu'ils observent. Ce mobilier utilise la matière béton brut afin de rappeler le contexte et la mémoire industrielle présente au sein de ce site. Les vélos et navettes électriques permettent à tous publics de se déplacer et de couvrir les distances, ou de monter le dénivelé afin de mener à la Maison du Lac et au belvédère. Vue sur l’ancien Transformateur Haute Tension, reconverti en lieu d’exhibition des anciennes structures électriques. Vue sur l’entrée principale du Parc des énergies, en venant de Brennilis.

Stationnement principal 101 places + 2 PMR Vers le Musée de la Centrale

Bâtiment industrie + restaurant

10m

COUPE CC’

164

13m

10m

Voirie lourde du Parc industriel

Emprise piétonne

04. Vers l’après-nucléaire

34m 5m

6m

5m

2m

5m

Aire de stationnement principale

6m

5m

Ancien transformateur


Point de vue

Observer Point de vue

Informations sérigraphiées sur béton

Plateforme du transformateur

Plateforme béton du Moulin de Kerstrat

Transformateur partiellement en service inaccessible au public Partie renaturée Conservation de structures et d’anciens pylônes Plateforme béton d’informations et d’observation

165


Stationnement 74 places + 2PMR + 3 cars

Panorama sur Lac Saint Michel et Monts d’Arrée Maison du Lac

La Maison du Lac devient un véritable point de départ vers le territoire du Yeun et des Monts d'Arrée. Avec la

présence d'une antenne PNRA, la Maison se concentre sur la découverte et la communication à l'échelle du territoire et du paysage. Son parking

optimisé de 76 places permettra aussi l'accueil de 3 cars visiteurs.

Le Parc des énergies a aussi pour vocation de donner à voir et de valoriser le contexte paysager remarquable dans lequel il s’inscrit. Ce sont ainsi

des vues et cadrages comme sur la mégaphorbiaie de l’Ellez au Sud-Est qui sont ainsi mis en valeur et rendus accessibles, par la création d’une troisième plateforme. L’objectif est

ainsi de faire redécouvrir des trames bocagères et des talus en terre-pierre à entretenir, témoins de toute une histoire autour d’une exploitation du territoire, à proximité immédiate de l’ancien site nucléaire.

166

04. Vers l’après-nucléaire

Ellez


Plans et textes sérigraphiées + assise pique-nique

Point de vue

Plateforme de la Confluence

Plateforme d’observation sur la mégaphorbiaie de l’Ellez

Anciens talus et maillage bocager

167


Nouvel accès Parc industriel

Cultures biomasse TCR peuplier NESTAVEL - BRAZ

Parc industriel de B rennilis

NESTAVEL BIHAN

Unité de production bois + méthanisation

Cultures biomasse TTCR saules

Siège de la C.E.M.A.

M usée de la centrale

S ource de F orc ’han

M aison du L ac

200m

168

04. Vers l’après-nucléaire

N


4.2.5. Horizon 2040 : transition énergétique Les réflexions et études sur l'avenir énergétique du site de Brennilis ont abouti et se sont orientées vers une production localisée pour un territoire donné, à partir de ses ressources renouvelables.

Le Parc des Énergies voit l’opportunité d’étendre son périmètre vers le Nord, en profitant de l’emprise foncière EDF des TAC libérée et rétrocédée. Son emprise passe ainsi d’une vingtaine d’hectares à 70. Il permet ainsi des expérimentations spatiales sur la culture de biomasse, notamment des parcelles de Taillis Très Courte Rotation (TTCR) et de Taillis Courte Rotation (TCR) en saules et peupliers afin de développer la filière Bois-énergie. Ces parcelles viennent s'inscrire dans une trame bocagère ré-ouverte, traversant le futur parc industriel de Brennilis. Ce-dernier voit se construire de nouveaux bâtiments réutilisant en grande partie les infrastructures existantes, comme l'axe routier et les surfaces enrobées des anciennes TAC. La création d'une Coopérative Énergétique des Monts d'Arrée, la C.E.M.A, permet de gérer à la fois ces expérimentations et productions de biomasse locales, mais aussi de fédérer à l'échelle territoriale du Yeun Ellez, les ressources qui peuvent être mobilisées en vue de produire de l'énergie. Une unité combinant chaufferie

commune pour le parc industriel et production électrique permettra d'utiliser au mieux ces ressources, et de rendre indépendant en approvisionnement ce parc industriel rénové.

La CEMA devient un acteur fort et incontournable pour l’attractivité et l’économie locales, tout comme pour la gestion du paysage du Yeun Ellez. 169


Stratégie énergétique // Fédérer les ressources territoriales au Parc des Énergies

Lande

Biomasse

Boisements Déchets bois

Bocage/Friches Déchets bois

100m linéaires de bocage = 15 à 40m3 de plaquettes (50% humidité)

Vision identitaire des paysages du Yeun Ellez. Le paysage devient source de ressources pour la production et la valorisation d’énergies renouvelables.

170

04. Vers l’après-nucléaire

Les ressources énergétiques territoriales sont variées et issues des éléments qui participent à l'identité forte des paysages du Yeun Ellez. Les territoires en

friche sont nombreux, du fait de la déprise agricole, tout comme les taillis ou les espaces de landes. Du fait de la trame dense bocagère, son entretien constitue un grand réservoir de ressources utilisable en bois-énergie. Les exploitations d'élevage porcin et ovin produisent quant à elles de grandes quantités de lisier difficilement épandables sur les champs, dans le contexte de sols saturés en azote en Bretagne, alors que les collectivités locales se doivent de gérer leurs boues d'assainissement.


Élevage Lisier

Déchets

Boues épuration

Ainsi, le paysage révèle de forts potentiels énergétiques, des ressources aujourd'hui non mobilisées. Du fait de ses sols fortement contraignants, le Yeun Ellez ne peut supporter une agriculture alimentaire forte, tout comme une production sylvicole de bois de qualité (pour l’industrie du bois) rentable. De nombreuses parcelles en friche sont ainsi disponibles, et se prêtent, dans ce contexte particulier, à une agriculture énergétique raisonnée et adaptée. Le Yeun Ellez se tournerait ainsi vers les défis énergétiques de demain, à l'échelle de son territoire.

171


Produire au sein du Parc des énergies // Expérimentations spatiales et temporelles avec les cultures biomasse PROGRAMATION ÉNERGÉTIQUE PORTÉE PAR LE PARC DES ÉNERGIES

Réseau chaleur

2

1

PARC INDUSTRIEL NOUVEAUX LOCAUX

5 3

4

CEMA - UNITÉ PRODUCTION ÉNERGIE

Chaudière collective à plaquettes bois - 1MW Cogénération pour production électrique Unité de méthanisation

8 10

11

12

9

EMPRISE TRANSFORMATEUR CONSERVÉE si opportunités de reconversion

13

04. Vers l’après-nucléaire

de surface à chauffer pour une coopération énergétique entre bâtiments du Parc de l’Energie Alimentation à terme des bourgs environnants, ou impulser la création de petites unités collectives de chauffage.

7 6

172

23500m²

CEMA - SIÈGE SOCIAL CENTRE VISITES - HANGARS MAINTENANCE / STOCKAGE


Stockage Boues Lisiers Déchets

Production locale

TTCR / TCR Biomasse

Production territoriale

PARTENARIATS

Biomasse

Collectivités territoriales Agriculteurs P.N.R.A E.D.F.

Entretien haies bocage Défrichements Déchets boisements

EMPLOIS CRÉÉS

Bois-énergie

Méthanisation

Fonctionnement interne de la CEMA, véritable instrument de développement local.

Gestionnaires Opérateurs terrain Maintenance machines

Cogénération Parc industriel Electricité

Collectivités territoriales

R éseau chaleur Biogaz Biocarburants (possible) Compost Plaquettes bois

fournit

Particuliers

DÉVELOPPEMENT LOCAL

Coopérative Énergétique des Monts d’Arrée (C.E.M.A.) La programmation énergétique portée par le Parc des Énergies repose donc sur l'implantation de la CEMA, et sur

la mutualisation des moyens de distribution d'énergies au sein du parc industriel. Un réseau de chaleur est

notamment créé, pouvant à terme se poursuivre vers les hameaux de Nestavel ou inspirer de nouvelles unités de production bois-énergie de petite taille. Le parc industriel de Brennilis se reconvertit et se rénove sur lui-même, au sein d'une emprise foncière conservée, mais optimisée avec la création de 23500m² de locaux. Son orientation industrielle

change avec de nouvelles entreprises locales, ou d'autres relocalisées après les destructions des anciens hangars de la centrale. Ce sont surtout des entreprises spécialisées dans la recherche énergétique, avec des constructions à haut rendement énergétique qui auront vocation à faire de Brennilis un pôle énergétique majeur autour des énergies territoriales renouvelables...

La CEMA se voit donc confier la gestion de cette production territoriale, mais aussi locale, in situ au sein du Parc. Son

siège social implanté dans le bâtiment courbe à l'Est du site lui donnera une vitrine, notamment auprès des visiteurs du Parc. Elle gérera l'approvisionnement, la collecte de ressources issues du Yeun et du Parc, ainsi que son stockage. Toutes ces ressources seront transformées au

sein d'une unité de production de chaleur et d'électricité (biogaz+biocarburants potentiellement possible aussi). Cette unité aura pour objectif premier de fournir toute l'énergie nécessaire au fonctionnement des bâtiments du parc industriel. Mais elle pourra aussi avoir comme clients les collectivités territoriales, ou des particuliers en cas de surplus de ressources. Sa visite sera aussi possible, afin de véhiculer l'image de vitrine et de pôle énergétique, en continuité du cheminement de mémoire autour de la centrale nucléaire. La CEMA sera donc une unité productive, mais cela ne pourra se réaliser qu'avec des partenariats conclus notamment avec EDF, le PNRA, ou les collectivités locales. Son rôle social sera aussi important, à la fois en tant qu'attraction, mais aussi en termes d'emplois : une dizaine de postes à plein temps pourraient être créés (voire davantage si la CEMA a vocation à entretenir en partie le territoire du Yeun), à coupler à une autre dizaine pour le

fonctionnement de la partie visite de l'ancienne centrale nucléaire (maison du Lac, restaurant, accueil, gestion...).

À terme, des passerelles entre les employés pourront se faire, afin d'optimiser les fonctions de chacun dans un site commun.

173


UNE RÉSURGENCE AGRICOLE : CULTIVER L’ÉNERGIE SUR DES SOLS CONTRAINTS

1950

Bocage extrêmement développé et entretenu, parcelles agricoles sur sols acides et hydromorphes. Landes et tourbières autour du Rhoudoudour

2000

Emprise foncière privée EDF boisée, net recul des parcelles cultivées. Enfrichement des zones humides.

2050

Réouverture des boisements pour la culture de biomasse, évitant les zones humides à fort potentiel écologique. Conservation d’une trame bocagère dense, et ce même au sein du parc industriel.

La CEMA aura aussi à gérer l'emprise foncière concernée par les cultures énergétiques TTCR et TCR de saules et peupliers, à vocation de production de plaquettes bois. Ces terres qui ont été privatisées par EDF et le CEA pour la construction de la centrale étaient auparavant des parcelles de landes ou de prairies, peu productives, avec des sols plutôt hydromorphes. Aujourd'hui, l'emprise privée d'EDF se traduit dans l'espace par un boisement peu géré et peu valorisé. Le projet vise à rouvrir certaines parcelles, sur la base d'une trame bocagère assez épaisse ayant déjà existé, mais réinterprétée dans le dessin, notamment au plus près du cœur du Parc des Énergies (parcelles géométriques, s'intégrant dans les grands axes du Parc). LE TAILLIS TRÈS COURTE ROTATION DE SAULES : UN NOUVEAU PAYSAGE Pour le bois-énergie et ces sols contraignants, deux cultures seraient adaptées : le TTCR Saule et le TCR peuplier. Le saule est une plante très intéressante pour la culture biomasse, dans ce contexte de sols pauvres et saturés en eau autour de l'Ellez. Le cycle de productions s'étale sur 3 ans, impliquant un jeu permanent à l'échelle du site sur les hauteurs, les couleurs, les emprises. L'alternance est importante, entre parcelles saturées de 4m de haut, et coupes franches cycliques pour les récoltes. L'ouverture succède ainsi rapidement à la fermeture, à l'inaccessibilité, à la végétation de lisière qui accompagne ces cultures : un nouveau paysage se crée en pied de barrage, couplé à celui lié à la renaturation et à la mémoire de l'ancienne centrale nucléaire.

L'impact environnemental des TTCR saules est aussi intéressant. Les boisements obtenus s'accompagnent d'une faune et flore typiques de milieux de lisières ou de sous-bois. Implantées pour une vingtaine d'années, ces cultures de saules cycliques conservent ainsi un cortège floristique important même après les 174

04. Vers l’après-nucléaire

Temporalités et jeux d’alternances en fonction des cycles de cultures du TTCR saule. Un cortège environnemental important, faunistique et floristique, accompagne ces cultures.


Salix viminalis ‘Bjorn’ ‘Tora’ ‘Olaf’ ‘Hoden’ ‘Jorr’ (résistance à la rouille) Forte production de biomasse Culture non-alimentaire : épandages de boues possible Forte évapotranspiration et absorption racinaire Longue saison de végétation Tampon contre lessivage des sols

1ère année

1.5m

0.75m

5m

STADE HERBACÉ

Epilobium parviflorum

Plantation = 15000 boutures/ha Hauteur = 1m

Juncus effusus

Agrostis sp.

2ème année

OURLIFICATION

Hauteur = 2m Cirsium palustre

Angelica sylvestris

3ème année

Récolte en fin de saison Hauteur = 3-4m

Digitalis purpurea

4ème année Nouveau cycle

STADE ARBUSTIF

Ensileuse de la C.E.M.A.

Pteridium aquilinium

Ulex europaeus

Cytisus scoparius

175


TTCR Saule de 3 ans

Axe agricole menant vers les installations ouvertes au public de la CEMA

176

04. Vers l’après-nucléaire


coupes de récolte. En continuités spatiales et écologiques avec la trame bocagère, les habitats sont plus diversifiés et peuvent accueillir une faune intéressante, en lien avec les zones humides du Rhoudoudour par exemple (à l'Est).

Création d’un nouveau paysage agricole de cultures énergétiques en pied de barrage.

Ce sont 15000 boutures qui sont plantées de façon dense par hectare. Les premières années nécessitent un travail de désherbage afin de supprimer les concurrences végétales, et de réaliser les épandages d'engrais (les boues d'assainissement récupérées). La récolte se fait au bout de 3 ou 4 ans, selon les expérimentations (toutes les données sont disponibles avec le projet breton Wilwater suivi par l'association Association d'Initiatives Locales pour l'énergie et l'environnement - AILE - voir Annexes 2 et 3).

TTCR Saule de 1 an Butte de Forc’han et Belvédère

177


ESTIMATIONS DE RENDEMENTS BOIS-ÉNERGIE PRODUITS SUR LE PARC DES ÉNERGIES

Parcelles TCR Peuplier 1 1.745 ha

4 0.38 ha

3 0.47 ha

6 0.9 ha

RENDEMENTS : 12t. Matière Sèche/ha/an CYCLE de récolte : 7ans

Parcelles TTCR Saule

2

1 5 3

4 7 6

2 0.46 ha

10 1.51 ha

5 1.56 ha

11 0.48 ha

7 1.03 ha

12 1.27 ha

8 2.35 ha

13 1.06 ha

9 1.34 ha RENDEMENTS : 10t. Matière Sèche/ha/an CYCLE de récolte : 3ans

8 10

11

12

9 13

178

04. Vers l’après-nucléaire


L’intérêt de coupler TCR peuplier et TTCR saule provient d’une stratégie de diversification, mais aussi de lissage des rendements : le TTCR servirait de par son cycle court de

production à moyen terme à assurer un fond de roulement en plaquettes bois, alors que le peuplier viendrait par des cycles plus longs donner des pics de production à vocation de stockage.

Acteurs impliqués > C.E.M.A > Collectivités locales > E.D.F. > Exploitations agricoles > Parc Naturel Régional d’Armorique (P.N.R.A.) > Associations (type AILE) > ADEME > Conseil général + régional

14,5 hectares pourraient ainsi être mis en culture, donnant une production locale moyenne de 128 tonnes de matière sèche de biomasse (plaquettes bois) selon les données de

l’association AILE et du projet Wilwater. Le diagramme cidessous vise à calculer ces rendements à l’année, mais aussi de prédire l’évolution de ce paysage agricole, notamment les années de récolte pour toutes les parcelles : certaines sont ainsi couplées, afin de garder une homogénéité cyclique spatiale et temporelle au sein du Parc des énergies.

Estimations de rendements tout au long de la durée d’une vie d’une culture TCR et TTCR (20 ans). Les parcelles de même couleur sont celles qui sont cultivées dans la même temporalité.

128t de m.s./an sur

14.55ha cultivés en TTCR/TCR

179


UN NOUVEAU TYPE DE PRODUCTION TERRITORIALE ET LOCALISÉE

128t de m.s./an ÉQUIVAUT EN COMBUSTION COMPLÈTE À : Source : Comité National pour le Développement du Bois

Centrale nucléaire EL4 Puissance nominale 60 mw Puissance fournie 519.000 mwh/an pour 200.000 habitants

000 hab it a 200

n

389 STÈRES DE BÛCHES

49T DE PROPANE

62200l DE FIOUL

Centrale hydroélectrique de Saint-Herbot Puissance nominale 6.7 mw Puissance fournie 13000 mwh/an pour 6000 habitants

7

622 MWh

0 00

hab

itants

ts Brennilis

Saint Herbot

180

04. Vers l’après-nucléaire

54700M3 DE GAZ NATUREL


Au regard de ces échelles de comparaison, la production in situ du Parc peut paraître dérisoire pour son emprise spatiale. En effet, la production de bois-énergie à l'échelle du Parc des Energies ne peut alimenter qu'un bassin de vie de 300 habitants, un chiffre faible mais qui traduit et qui

Cette production locale et territoriale portée par la CEMA est ainsi un modèle qui a vocation à se développer dans les prochaines décennies. Son rendement peut se comparer

à d'autres sources et sites énergétiques de différentes échelles et puissances. La centrale nucléaire produisait une grande puissance !de façon très centralisée avec des ressources extérieures et aux conséquences que l’on connaît, pour un grand bassin de vie (région Bretagne-Ouest). La centrale hydroélectrique de Saint Herbot a une capacité de production pouvant alimenter un bassin de vie équivalent au secteur des Monts d’Arrée. Une éolienne de grande puissance pourrait donner de l’énergie au bassin de vie de Brennilis.

donne une direction certaine : celle de produire localement, en quantités adaptées au contexte local, pour des besoins locaux.

La CEMA et le Parc des Energies ont certes la vocation de couvrir les besoins du parc industriel, mais ils doivent aussi être vecteurs d’une nouvelle façon de produire de l’énergie, dans l’expérimentation et la communication, où de nombreux acteurs pourraient prendre part et valoriser ainsi le territoire du Yeun Ellez.

Parc des énergies / Bois-énergie

30

Puissance équivalente 620 mwh/an pour 300 habitants

0

bi ha

n ta

ts

1 éolienne

1

Puissance nominale 1 mw Puissance fournie 2000 mwh/an pour 1000 habitants

0 00

hab

itants

Brennilis

181


Libérer la totalité du site nucléaire // Fin de l’opération de phytoremédiation sur l’ancienne Station de traitement des effluents L’ouverture au public d’un dernier site marquera de façon emblématique la réappropriation spatiale et sociale du paysage local : l’ancienne Station de Traitement des Effluents. La libération du site nucléaire est totale, et ainsi son déclassement est définitif après d’ultimes études et analyses autour de la phytoremédiation. Il est temps de tirer les bilans de ce cas pratique effectué en conditions réelles, EDF pouvant valoriser cette opération de génie végétal. Le site ouvre et va permettre au public de découvrir une source naturelle, auparavant rabattue artificiellement par les pompes d’EDF, mettant à jour les eaux de l’aquifère passant sous l’ancienne centrale nucléaire. Soulignée par une opération de terrassement, la pièce d’eau est aussi placée stratégiquement, permettant de décliner certains cheminements, notamment autour de l’Ellez : le Parc des Énergies voit ainsi ses connexions avec les paysages et sites environnants diversifiées.

Vers l’ancien réacteur nucléaire

182

04. Vers l’après-nucléaire


183


4.2.6. Un projet de territoire inscrit dans un contexte sociétal actuel et d’avenir Dans un contexte actuel où la question se pose sur notre avenir énergétique, les gouvernements actuels européens planchent sur de nouvelles pistes de développement, visant à la fois à réduire la dépendance vis-à-vis des énergies fossiles non renouvelables et des énergies fortement technologiques et centralisées dont le nucléaire fait partie. La bascule vers la piste des énergies renouvelables est aujourd'hui une alternative réelle dont les potentialités d'exploitation et de développement s'accroissent, s'inscrivant dans la continuité du Grenelle de l'Environnement de 2007. Changer de système de production et de consommation en énergie implique non seulement des mutations industrielles, mais aussi sociétales et comportementales, aux impacts territoriaux forts : la transition énergétique s'est

ainsi imposée dans le débat public. En effet, la France s'est fixé à l'horizon 2020, un objectif de 23 % de ressources renouvelables dans sa consommation énergétique, dont 58% devront être issus de la biomasse. Au point qu'une loi soit en cours de réflexion, dont les grandes lignes présentées le 18 juin 2014 par Mme Royal, actuelle Ministre de l’Écologie et du Développement Durable, projette de porter à 32 % la part des renouvelables en 2030, avec une place centrale pour les bioénergies1.

Pour celà, ce projet de loi prévoit deux axes d'interventions forts. D'une part, le doublement en trois ans du Fonds Chaleur géré par l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (Ademe), dédié au développement de la production de chaleur à partir de ressources renouvelables (biomasse, géothermie, solaire thermique…), dans l'habitat collectif comme au sein des collectivités territoriales et des entreprises. D'autre part, un appel à projets pour le lancement, sur trois ans également, de 1 500 projets de méthanisateurs répartis dans les territoires

184

04. Vers l’après-nucléaire

1. Données extraites du journal Le Monde, Ségolène Royal fait feu de tout bois. 2014


ruraux, pour la production de biométhane pouvant être injecté dans les réseaux de gaz. Ces mesures, même si elles restent dans le cadre d'un projet de loi, sont les illustrations concrêtes de cette volonté profonde et de l'importance de la question énergétique dans notre paysage. De nombreux outils financiers,

règlementations et conseils sont disponibles aujourd’hui pour les collectivités territoriales porteuses de projets s'inscrivant dans ce cadre (programmes TTCR saules, méthaniseurs, réseaux de chaleurs, rénovation thermique...).

2. Données extraites du journal Le Monde, La biomasse, dévoreuse de terres agricoles et de forêts ?, 2014

Des craintes sont tout de même formulées, notamment dans les emprises spatiales nécessaires aux objectifs de production énergétique cités plus haut : l'impact paysager et environnemental est à prendre en compte dans toute réflexion. Les bio-carburants sont surtout montrés du doigt, tout comme l'exploitation de territoires forestiers pour la filière bois-énergie². Mais le projet du Parc des Energies de Brennilis développe une approche conditionnée et spécifique au territoire du Yeun Ellez, adaptée aux contraintes

géographiques (sols pauvres, relief, saturation en eau...) mais aussi sociales et historiques (déprise agricole, poids du passé nucléaire, notion de prototype permanent...). Ce territoire s'est modelé par l'énergie déployée par les hommes pour en exploiter les ressources. Le nucléaire a été un point de climax qui n'est plus adapté au contexte territorial. Se tourner vers la transition énergétique,

c'est comprendre que l'ouverture et la découverte de ce territoire (dont la mémoire de la centrale fait partie) seront positifs pour le tourisme, alors que le potentiel énergétique sera vecteur de développement local « renouvelable » au sein d'un nouveau modèle énergétique français.

Ce projet est ainsi une ouverture vers l'avenir pour le territoire. Son caractère pionnier est à valoriser par et pour les acteurs locaux, initié par le regard du paysagiste qui a une place certaine dans ce processus de mutation territoriale, en créant un nouveau paysage censé, en adéquation avec les contraintes, histoire et atouts spécifiques du Yeun.

185


186


Perspective(s) Le paysage est le reflet de notre société, de notre Histoire, de notre propre humanité. Il est une transcription de notre propre rapport aux choses, un concentré d’histoires, de réussites et d’échecs, mais aussi de tentatives. Le paysage recense nos empreintes sur la surface de la Terre, à la fois spatiales et temporelles. Le nucléaire est ainsi une activité où l’homme a acquis

pouvoir et puissance quasi mythiques, sans limites, à la fois fascinants et terrifiants. C’est avec conviction qu’il veut aussi faire preuve de sa capacité à en faire disparaître les traces. Est-ce cependant le meilleur objectif à avoir, la meilleure façon d’assumer une telle expérience industrielle ? La conservation de la mémoire semble pourtant essentielle au regard de l’empreinte laissée dans le paysage, l’environnement, les consciences. Garder une trace ne va

pas à l’encontre de la disparition des superstructures, mais va dans le sens d’une mise en récit et d’une contextualisation territoriale, d’une valorisation d’une histoire contemporaine et d’un paysage façonné par les énergies de tous temps.

Ce cas donne l’occasion de se pencher sur un territoire particulier, empli de légendes, de mystique et d’immatériel. Une centrale nucléaire au cœur de la Porte des Enfers avive forcément les passions, les rumeurs, les légendes bretonnes. Le Yeun Ellez est un territoire qui tel un livre nous fait voyager, par sa beauté sauvage mais aussi dangereuse. Vivre avec EL4 a été imposé aux populations locales, mais vivre sans sera une nouvelle étape à franchir. L’aprèscentrale n’est au final pas une fin en soi. Le prétexte du démantèlement n’est qu’une étape, vers des objectifs territoriaux plus globaux où le rapport de Brennilis au territoire des Monts d’Arrée évolue, en pensant au développement et à la valorisation de ce site du pied de barrage. Le Parc des énergies aura cet objectif premier à remplir, mais au-delà, il s’agit de réfléchir à une stratégie énergétique territoriale à travers la requalification globale du parc industriel existant. Le développement d’énergies renouvelables adaptées sera un enjeu, mais le parc industriel requalifié peut se donner pour objectif d’être innovant et d’être le lieu de communication des différents exemples de production énergétique à partir des territoires et de leurs ressources : le rôle de vitrine de Brennilis pourra ainsi perdurer.

La place du paysagiste est là, en pointant du doigt l’importance des éléments qui marquent le territoire et les paysages, les échelles à la fois spatiales et temporelles engagées. La disparition de la centrale nucléaire est une perte

identitaire forte, représentant en contrepartie une grande opportunité de changement et de prise de conscience des qualités paysagères de ce site, aujourd’hui réduit à un espace industriel. L’objectif n’est ainsi pas la table rase de toutes les superstructures nucléaires, mais la mutation de ce site à partir de sa mémoire industrielle valorisée : le début d’un héritage pour nos paysages et façons de vivre de demain.

187


Annexes Annexe 1 : procédés de phytoremédiation D’après MOREL J-L, Phytoremédiation des sols contaminés, 2012. PHYTO DEGRADATION : Absorption et décomposition des contaminants par des enzymes au sein de la plante (oxydo/réduction).

PHYTO VOLATILISATION Absorption des contaminants et libération dans l’atmosphère d’une substance moins toxique, dégradée par des enzymes.

PHYTO STABILISATION Séquestration ou immobilisation des polluants en les absorbant au sein de leurs racines. Limite la migration des éléments nuisibles dans le sol.

188

PHYTO EXTRACTION Absorption des contaminants et accumulation dans les tiges et feuilles. Plantes devant être récoltées et éliminées comme des déchets spéciaux.


Annexe 2 : des projets énergie à échelles variables Sources projets : www.bioenergie-promotion.fr

TERRITOIRE À ÉNERGIE POSITIVE LE MENÉ (22) Unité de méthanisation Réseau de chaleur Pépinière d’entreprises Eolien + photovoltaïque Biocarburants Pour 4000 foyers + revente : 14.4gWh de chaleur/an 13.8gWh d’électricité/an 6800t d’engrais/an avec 33000t de lisier de porc. Communauté de communes + Coopérative de 37 agriculteurs + citoyens

RÉSEAU DE CHALEUR - BOIS LA RÉOLE (33) Réseau de chaleur 2800ml Chaufferie bois-énergie 1.3MW Chaudière Gaz 1.3MW (appoint) Pour Centre hospitalier avec 7 bâtiments + 3 écoles + Maison enfance + École de musique + Centre formation + Collège et Gymnase + Maison de retraite Chaleur 3000mWh/an d’électricité avec 1500t de plaquettes Régie municipale

MÉTHANISATION+BOIS FONTENAY LE COMTE (85) Unité de méthanisation Réseau de chaleur Chaufferie bois-énergie 1MW Pour 1 piscine + 1 collège + logements collectifs + 1 bâtiment commune 259 TEP/an Chaleur 195kW/an d’électricité Compost avec 8300t de lisier de porc 980t de plaquettes 13300t de déchets cuisines et boues

Communauté de communes + 3 agriculteurs en SAS + gestion SEM

189


Annexe 3 : valorisation du potentiel bois-énergie en Bretagne PLAN BOIS-ÉNERGIE BRETAGNE 2007-2013 Développement de la filière boisénergie à l’échelle de la Bretagne. Subventions de projets valorisant l’utilisation de la biomasse en ressource énergétique. Acteurs impliqués : Conseils généraux Conseil régional Europe ADEME Association AILE

création d’une CUMA (Coopérative d'Utilisation de Matériel Agricole) en 2006, « la Rivoal ». Elle s’est constituée autour de l’achat et de l’utilisation d’un matériel spécifique permettant la production de copeaux de bois à partir des opérations d’entretien du bocage : une déchiqueteuse à alimentation manuelle. En 2007, la FDCivam a poursuivi sa réflexion en réalisant, conjointement avec le PNRA, un diagnostic des potentiels de production à partir d’une gestion durable du bocage ainsi qu’une évaluation des besoins dans les monts d’Arrée (agriculteurs, particuliers et collectivités loca­les). Plusieurs réunions d’information sur cette nouvelle filière ont été organisées de 2005 à 2007 (plus de 120 personnes aux deux réunions organisées en 2007). Le bocage des monts d’Arrée présente de bonnes potentialités pour le bois-énergie, par les es­sences qui le composent (châtaignier, saule, noisetier, chêne…) ainsi que son maillage encore relativement dense et bien préservé. Jusqu’à présent, sa valorisation en bois-énergie, c’est-àdire pour l’alimentation de chaudières à copeaux, n’est réalisée que par l’intermédiaire de la déchiqueteuse de la Rivoal. Celle-ci a produit 480 m3 de copeaux en 2007 (348 m3 en 2006) et a un objectif de production futur d’au minimum 750 m3 en raison de l’arrivée de nouveaux adhérents à la CUMA. 190

04. Vers l’après-nucléaire

CENTRE D'INITIATIVES POUR VALORISER L'AGRICULTURE ET LE MILIEU RURAL (29), JUIN ET AOÛT 2007 (Source diagnostic PNRA 2007/charte 2009-2021)

Depuis 2004, la FDCivam du Finistère (basée à Brasparts) mène une réflexion sur les éner­gies renouvelables et notamment, sur le développement d’une filière boisénergie locale. Un groupe de travail « Bois énergie des monts d’Arrée » est d’ailleurs constitué depuis cette an­ née et compte aujourd’hui une vingtaine de membres, exploitants agricoles ou non. Cette structure a débuté son action par des formations techniques ouvertes à tout public (visite de chaufferies, démonstration de déchiquetage, formation sur l’entretien des talus). Un groupe d’exploitants agricoles locaux, en systèmes alternatifs (bio ou systèmes herbagers) et adhérents à la FDCivam, a concrétisé la démarche par la Néanmoins, les estimations de « productivité » des haies font apparaître un potentiel bien supérieur : • estimation haute : 25 m3 de bois / 100 ml de haie (ou 10 m3 / 100 ml si bois bûche), soit 2 093 m3 de copeaux / an (523 t de plaquettes) ; • estimation basse : 15 m3 de bois / 100 ml de haie (ou 8 m3 / 100 ml si bois bûche) soit 1 471 m3 de copeaux / an (368 t de plaquettes). À ce jour, 7 chaudières à copeaux fonctionnent sur le territoire du Parc, et on peut déjà re­censer 8 projets en cours (dont la chaudière du Parc, au Faou - cf. bilan) et 4 collectivités en phase d’étude sur le mode de chauffage de certains de leurs bâtiments (Plounéour-Menez, Crozon…). Parallèlement, 1 essai a été réalisé avec une chaudière à bois raméal fragmenté (BRF) et a fait naître 2 projets. [...] De nombreuses pistes sont avancées par la FDCivam pour développer cette filière sur le ter­ritoire du Parc, et notamment la contractualisation des approvisionnements, la qualité et la facilité des livraisons (choix de matériels adaptés), la réalisation d’études pour les projets de particuliers (offre « clé en main » de l’installation de la chaudière à l’approvisionnement local), le développement d’autres alternatives « au bois-déchiqueté » induisant l’expérimentation d’une nouvelle filière (= bois-granulés), l’évolution de la CUMA vers une structure juridique autorisée à vendre ses produits, les actions de communication, sensibilisation et formation, etc.


LA FILIÈRE TTCR SAULE EN BRETAGNE En Bretagne, les premières expérimentations datent de 1998. Le saule cultivé en TTCR a été sélectionné parmi différentes essences à croissance rapide. Il semble être le compromis le plus intéressant tant en matière de productivité qu’en terme de coût et d’intégration à la filière bois énergie. Différents programmes de démonstration et d’expérimentation sur les TTCR de saule ont été mis en place en Bretagne : > de 1998 à 2001 13 ha répartis sur 10 sites, Expérimentation de la faisabilité technique et économique de la culture du saule en Bretagne Résultats prometteurs quant à l’intérêt technique et économique de la culture du TTCR de saule dans le Grand Ouest. Nécessité de développer la culture du TTCR de saule à partir d’une approche multicritère où la seule valorisation énergétique constitue une impasse économique. > de 2002 à 2006 5 ha sur la commune de Pleyber-Christ, Tests d’épandage de boues liquides de station d’épuration Projet de chaufferie bois pour utiliser le bois produit par les saules. Life Environnement Wilwater > de 2004 à 2007 Plantation de 100 hectares de TTCR de saule Démonstration de l’intérêt épuratoire des TTCR associé à la production de bois énergie Validation de l’intérêt économique et environnemental de la filière dans le Grand Ouest.

Créée en 1994, AILE (Association d’Initiatives locales pour l’Énergie et l’Environnement) est une agence locale de l’énergie spécialisée dans le secteur agricole et le développement des usages énergétiques de la biomasse. AILE assure l’animation du programme Plan bois énergie Bretagne, avec le soutien des partenaires financiers. Ses missions : - Suivi des projets de chaufferie bois : - Développement et animation des réseaux de conseillers (bureaux d’étude, installateurs) - Accompagnement des porteurs de projets, de la définition du projet à sa réalisation - Acquisition de références sur le montage de projets (aspects juridiques, techniques…) - Suivi des projets liés à l’offre de bois - Soutien à la mobilisation du bois forestier - Aide à la structuration de l’offre industrielle et à la coordination des projets - Accompagnement des plates-formes locales et acquisition de références sur l'organisation technique et commerciale, sur le montage juridique et la gestion des ressources.

Expérimentations sur les TTCR au sein de la région Bretagne, où la dynamique de production biomasse est enclenchée, couplée à d’autres débouchés (épandages, épuration...) Source : De la production d’énergie renouvelable à la valorisation d’effluents pré-traités, 100 hectares de Taillis à Très Courte Rotation de Saule dans le Grand Ouest, Projet Wilwater, AILE.

191


Bibliographie Ouvrages :

- ALEXIEVITCH S., La supplication, Tchernobyl, chronique d’un monde après l’apocalypse, ed. J’ai lu, 2004. - ARMAND D., Le nucléaire, progrès ou danger ? Coll. Les essentiels, ed. Milan, 1996. - BENHAMOU O., Le temps, au bonheur des philosophes, Ed. La Martinière, 2003. - BOUNEAU C., VARASCHIN D., LABORIE L., VIGUIE R., BOUVIER Y., Les paysages de l'électricité, perspectives historiques et enjeux contemporains, ed. Peter Lang, 2012. - CHOULET P., La mémoire, ed. Quintette 1991. - COLLEGE DE St TREMEUR, Brennilis histoire d'une centrale nucléaire, ed Le livre de l'année. - FABIANI JL, L’écologie de la restauration considérée comme mise en spectacle du patrimoine naturel, dans les Carnets du paysage, ed. Actes Sud, 1999 - FILHOL E., La centrale, ed. POL, 2010. - FOURNIER J-C, L’Ankou, coll.Spirou et fantasio, ed.Dupuis, 1986. - GARREAU J., TANGUY B., CASTEL Y-P.. Bretagne intérieure, l'Argoat, terres d'Histoire et de légende. ed. PRIVAT 1995. - GIN S., Les déchets nucléaires, quel avenir ? ed. Dunod, 2006. - GUILLON L-M. et REGNIER M-C., Étude Natura2000 Monts d'Arrée Centre et Est et partie Menez Meur, - KATTAN E., Penser le devoir de mémoire, ed. Presses universitaires de France, 2008. - MOHEN J-P, Les mégalithes, pierres de mémoires, ed. Gallimard, 1998 - MOREL J-L, Phytoremédiation des sols contaminés, 2012. - PARC NATUREL REGIONAL D'ARMORIQUE, Patrimoine bâti et paysages autour du Yeun Elez, 2009. - TANGUY P., Le nucléaire, Coll. Idées reçues, ed. Le cavalier bleu, 2002, - THOMAS E., Géologie succincte du Massif armoricain, BRGM, 2005. - VARASCHIN D., BOUVIER Y., Le patrimoine industriel de l'électricité et de l'hydroélectricité : actes du colloque international de Divonne-les-Bains et de Genève, ed. Université de Chambéry, 2009.

Études techniques :

- ACRO, Examen du dossier d’enquête publique relatif à la demande d'autorisation de démantèlement de la centrale de Brennilis, 25/11/2009 - ACRO, Bilan de la radioactivité de l’environnement des Monts d’Arrée, 20/06/2011. - France AGRIMER, L’observatoire national des ressources en biomasse, évaluation des ressources disponibles en France, 2012. - AILE, De la production d’énergie renouvelable à la valorisation d’effluents pré-traités, 100 hectares de Taillis à Très Courte Rotation de Saule dans le Grand Ouest, Projet Wilwater 2004-2007 - AILE, Etude d’impact ex-post des Taillis à Très Courte Rotation de Saules, Décembre 2007. - BAYLOCK, ENSLEY, HUANG, KAPULNIK, Phytoremediation of Urnanium contaminated soils : role of organic acids in triggering uranium hyperaccumulation in plants, 1998. - BRETAGNE ENVIRONNEMENT, Observatoire de l’énergie et des gaz à effet de serre en Bretagne, 2009. - CEA, Compte-rendu d'expertise radiologique, 29/11/2011. - DUSHENKOV S., Trends in phytoremediation of radionucleides, 2002. - EDF, Etude de maîtrise des risques - Résumé non technique, Mars 2009. - EDF, Etude d’impact - Résumé non technique, Mars 2009. - RESEAU BIOMASSE ET TERRITOIRE, LIGNOGUIDE - Guide d’aide au choix des cultures lignocellulosiques, 2013.

192


Filmographie :

- CHEVET B., Brennilis : la centrale qui ne voulait pas s’éteindre, 2008. - DENIAU J-C., Infrarouge : Nucléaire, la grande explication, 2013. - NICOLAS B., Centrales nucléaires, démantèlement impossible ?, 2013.

Principaux sites internet consultés :

- LE HIR P., Ségolène Royal fait feu de tout bois, Le Monde, 1/07/2014, en ligne, http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/07/01/ segolene-royal_fait_feu_de_tout_bois4448809 3244.html, consulté le 3/07/2014 - LE HIR P., La biomasse, dévoreuse de terres agricoles et de forêts ?, Le Monde, 28/05/2014, en ligne, http://www.lemonde. fr/planete/article/2014/05/28/la-biomasse-devoreuse-de-terres_agricoles-et-de-forets 4427191 3244.html, consulté le 29/05/2014. - MAIRIE DE BRENNILIS, Démantèlement de la centrale de Brennilis, quelques éléments du dossier..., Gazette en ligne, 2013, en ligne, http://www.brennilis.com/demanteler/, consulté entre Septembre 2013 et Février 2014. - BORVON G., Brennilis : le démantèlement des centrales françaises est mal parti, S-eau-S, 13/04/2011, en ligne, http://seaus. free.fr/spip.php?article171, consulté en 2013. - EDF, Centrale nucléaire de Brennilis, 2013, en ligne, http://energie.edf.com/nucleaire/deconstruction/carte-des-centrales-endeconstruction/centrale-nucleaire-de-brennilis/presentation-48058.html, consulté entre Septembre 2013 et Février 2014. - CONSEIL GÉNÉRAL DU FINISTÈRE, CLI des Monts d'Arrée, en ligne, www.cg29.fr/Le-Conseil-general-et-vous/EauEnvironnement/CLI-des-monts-d-Arree, consulté en 2013. - MINISTÈRE DE L’ÉCOLOGIE, DU DÉVELOPPEMENT DURABLE ET DE L’ÉNERGIE, Énergie, air et climat, 24/01/2014, en ligne,http://www.developpement-durable.gouv.fr/-Nucleaire,275-.html, consulté en Janvier 2014. - NOUHALAT L., L'anthropocène, une révolution géologique d'origine humaine, Libération Terre, 25/10/2013, en ligne, http:// www.liberation.fr/terre/2013/10/25/l-anthropocene-une-revolution-geologique-d-origine-humaine_942427, consulté en Décembre 2013. - RODRIGUEZ J-F., Paysages de l’hydroélectricité et développement touristique dans les Pyrénées , Revue de Géographie Alpine, 2012, en ligne, http://rga.revues.org/1805, consulté le 18 Février 2014. - AILE, Association d’Initiatives Locales pour l’Energie et l’Environnement, en ligne, http://www.aile.asso.fr/, consulté en Mars/Avril 2014. - RÉSEAU BIOMASSE ET TERRITOIRES, La biomasse au service des territoires, en ligne, http://www.biomasse-territoires. info, consulté en Avril 2014.

Données cartographiques :

- BUREAU DE RECHERCHES GÉOLOGIQUES ET MINIÈRES, Carte géologique n°276 secteur Huelgoat, éditions BRGM. - INSTITUT GEOGRAPHIQUE NATIONAL, Données SIG : bd alti, bd topo, bd ortho, scan 25 du département Finistère (29).

Nos prédécesseurs :

- BRUN M. Brennilis, mutation d’un site nucléaire, TPFE ENSP Versailles, 2012 - LAFON J. Brennilis, vacance pour le territoire, TPFE ENSP Versailles, 2011 - ROUAT A. La forêt des légendes à l’épreuve du temps, TFE ENSNP Blois, 2011v

193


Sylvain HUOT INGÉNIEUR PAYSAGISTE ENSNP BLOIS 2014 sylvain.huot@hotmail.fr


Je tiens à accorder toute ma reconnaissance à toutes les personnes rencontrées et qui m’ont donné de leur temps pour la compréhension de ce site si particulier, pour l’élaboration du mémoire, tout comme celle du projet à venir.

- Mr Kergoat, maire de Loqueffret, pour son écoute et sa disponibilité. - Mme Celia Blanc-Pringent, du CIDEN EDF pour ses informations fortes utiles. - Mr Bouvier, maître de conférences en histoire contemporaine pour ses encouragements et son regard transversal. - Mr Laborie, comité d’histoire de l’électricité et de l’énergie pour sa mise en contact avec le monde du paysage d’énergies. - l’école pour sa qualité de formation et l’encadrement attentif de Mme Catherine Farelle et Sylvie Servain, - Mr Dominique Boutin, pour sa participation et ses éclairements importants. - Mélodie Brun, paysagiste DPLG qui m’a précédé dans les terres du Yeun Ellez. Un grand merci à mes parents pour leur soutien infaillible devant mes envies de paysage, et plus particulièrement à mon grand-père qui m’a initié à observer et comprendre la nature très tôt. Enfin, et bien sûr, un clin d’œil à Mathilde pour sa présence, ainsi qu’à mes colocs et mes amis pour ces cinq années de découvertes et de franche amitié.


Après un long arrêt depuis les années 80, la centrale de Brennilis dans le Finistère fait l’objet d’un programme ambitieux de démantèlement total. Premier du genre en France, piloté par EDF, le chantier connaît du retard, coûte cher, mais reste ambitieux et se veut une vitrine du savoirfaire français en la matière. Située au sein des Monts d’Arrée, dans le territoire sauvage du Yeun Ellez et en contre-bas du lac-réservoir de Saint-Michel, la centrale sert de repère visuel. Avec sa fine cheminée de refroidissement, le réacteur béton reste imposant avant sa disparition programmée en 2025. Le territoire autour reste très rural, en plein milieu du Parc Naturel Régional d’Armorique, d’une beauté sauvage notamment avec ses vastes tourbières et landes autour du grand lac artificiel. La centrale démantelée, ce n’est qu’un tiers d’un complexe industriel où se trouvent une autre centrale à combustion EDF, ainsi qu’une zone d’activités économiques (hangars, entreprises) au pied du barrage. L’emprise cadastrale nucléaire se retrouverait ainsi vidée, effacée, un véritable «retour à l’herbe». Le projet voulu par la suite par EDF et la commune reste flou : allier tourisme et parc d’activités économiques. À l’aube d’une explosion probable au cours du siècle de «friches nucléaires», le site de Brennilis offre une opportunité originale d’expérimentation sur l’après-centrale. C’est poser la question de l’effacement, de la disparition d’un repère dans le paysage, mais aussi dans la vie du territoire. C’est appréhender des échelles de temps qui nous dépassent mais que l’on côtoie et que l’on a créées. C’est enfin penser à un projet de territoire dont le point de départ serait la culture de la mémoire d’un site qui autrefois fut producteur d’énergie nucléaire. Il est temps d’écrire de nouvelles pages dans les contes et légendes bretonnes propres au Yeun Ellez, celles d’une enclave bétonnée silencieuse devenant un possible centre de mémoire et de découverte du paysage brennilisien, se couplant à un centre d’expérimentations pionnier sur les énergies territoriales.

École Nationale Supérieure de la Nature et du Paysage 9 rue de la Chocolaterie, 41000 BLOIS 02 54 78 37 00 - www.ensnp.fr

Brennilis héritage énergétique EL4 - S. HUOT  
Brennilis héritage énergétique EL4 - S. HUOT  

Travail de Fin d'Etudes - 2014 - ENSNP BLOIS

Advertisement