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2011 avril

numĂŠro 161


SOMMAIRE Éditorial

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Vie de la SELF • Conseil d’Administration : Appel à candidatures • Brèves du CA du 8 décembre 2010 et du 16 février 2011

p.5 p.7

Histoire en Ergonomie • Préhistoire d’une ergonomie de langue française : Pierre Cazamian • Entretien avec François Guérin

p.8 p.11

Ergonomie par ceux qui la font • Rencontre avec Sylvain Biquand

p.21

Manifestation à caractère scientifique • 45e Congrès de la SELF : Petite réflexion a posteriori • 46e Congrès de la SELF “L’ergonomie à la croisée des risques”, Paris 2011 • Compte-rendu Congrès Lambda mu 2010 • Séminaire Paris 1 • 4e Journée SELF-IMdR • IHM 2011

p.27 p.28 p.30 p.31 p.33 p.34

Nouvelles des associations • FEES newsletter, juin 2011, numéro 0

p.35

• Prix IEA “Liberty Mutual Medal”

p.39

• Association Homme et Travail Lorraine-Alsace

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Publications • Activités - Appel à publication “Intervenir sur le travail : objets, valeurs et principes”

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E D I TO R I A L L’ergonomie francophone en anglais ? La SELF représente l’approche ergonomique de langue française qui se distingue de l’approche anglo-saxonne, par son intérêt à l’étude de l’activité réelle et située du travail. Au niveau européen, cette perspective est peu représentée. Dans de nombreux pays du vieux continent, c’est l’ergonomie du « composant humain » qui prévaut : en octobre 2010, deux manifestations attestent bien de cela ; il s’agit de la première conférence européenne en Ergonomie qui s’est tenue à Bruges (http://www.ece2010.be/) et de la conférence internationale sur les salles de commande (http://www.ergonomics.org.uk/events/controlroom-design) qui a eu lieu à Paris. Concernant la première manifestation, et à titre d’illustration, les travaux présentés envisagent essentiellement les effets du vieillissement au travail sous l’angle expérimental et physiologique en laboratoire alors que c’est aussi une des conditions au développement de l’expérience voire de l’expertise grâces aux apprentissages situées tout au long de la vie au travail, comme le rapportent certaines recherches francophones. Dans ce paysage, la SELF occupe actuellement une place non négligeable en raison de son histoire et de son ancienneté (bientôt 50 ans !). Néanmoins, l’approche du travail qu’elle «défend» ne fait pas l’unanimité bien qu’elle puisse rencontrer un certain succès auprès des demandes « socio-professionnelles » qui lui sont adressées par ceux qui travaillent notamment pour améliorer leur quotidien. Au-delà de notre « territoire », cela ne semble pas si évident : des échanges avec des chercheurs et des praticiens rencontrés dans ces manifestations européennes soulignent leur difficulté à se faire entendre auprès d’autres interlocuteurs et acteurs de l’ergonomie en Europe. Il apparaît alors que la maîtrise de langue anglaise peut constituer un frein réel à la diffusion des connaissances en ergonomie de l’activité. Pourtant, la communication de nos « savoirs » constitue un enjeu essentiel dans l’évolution de l’ergonomie francopho-

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Directeur de la publication Thierry MORLET Rédactrice en chef Annie DROUIN Tél.: 09 62 09 83 78 / 06 64 27 99 59 email : annie.drouin.2@orange.fr Histoire de l’ergonomie Michel POTTIER & Annie DROUIN Écho des Recherches en Ergonomie Catherine DELGOULET & Béatrice BARTHE Ergonomie dans le monde François HUBAULT & Moustafa ZOUINAR Ergonomie par ceux qui la font Sandro de GASPARO Actualité des institutions et associations Manifestation à caractère scientifique - Offre d'emploi - Publications Véronique TURBET DELOF Création et maquette Elodie Bardon Flashage, Impression G.N. Impressions, Villematier (31) gnimpressions@wanadoo.fr Adresser la correspondance à : Véronique TURBET DELOF Maison de la Recherche 5 allées Antonio Machado F-31058 Toulouse Cedex 9 Tél.: 05 61 50 35 23 - Fax: 05 61 50 35 33 e-mail : turbet@univ-tlse2.fr3


EDITORIAL les sociétés d’ergonomie en Europe, et ce en langue anglaise.

ne à la fois, car ils donnent une autre « vision » du travail, mais aussi parce qu’ils sont porteurs de données nouvelles sur les aspects pluridisciplinaires relatifs aux questions de l’homme au travail.

Ce média constitue, pour nous ergonome de l’activité, une opportunité pour diffuser l’état d’avancée de nos connaissances, mais aussi pour s’informer des actions et projets des autres sociétés européennes : ce qui peut constituer un atout non négligeable pour les praticiens, enseignants et chercheurs en ergonomie à l’heure où les problématiques du travail s’inscrivent dans la mondialisation.

Tous ces éléments encouragent le développement des échanges entre ergonomes audelà de nos frontières et plus particulièrement en Europe. Une des réponses qui y est apportée s’illustre dans la création de la Fédération Européenne des Sociétés d’Ergonomie (FEES). Cette structure propose de rassembler des sociétés nationales d’ergonomie autour d’un projet commun de promotion et de valorisation de l’ergonomie et des ergonomes. Pour y répondre, un groupe de travail, auquel participe la SELF, a proposé de publier une lettre électronique trimestrielle à destination des sociétés membres ; le contenu de ce support étant proposé ces mêmes sociétés. Ainsi, cette newsletter se propose de mettre en relation

Au-delà, un enjeu de taille se profile dans quelques mois puisque les membres fondateurs de la FEES arrivent au terme de leur mandat ; trois postes sont donc à pourvoir (Président, Secrétaire et Trésorier)... une occasion de participer encore un peu à l’essor de l’ergonomie francophone sur le vieux continent tout en parlant anglais !

Sylvain Leduc

SELF

@ INTERNET

w w w. e rgo n o m i e - s e l f. o rg

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HISTOIRE PRÉHISTOIRE D’UNE ERGONOMIE PIERRE CAZAMIAN Introduction : Sur une volonté politique de faire l’Europe

ERGONOMIE

DE LANGUE FRANÇAISE

• Sa durée ; elle s’étendra sur six années ; • Son dirigisme méthodologique. Une même procédure, prédéfinie à Luxembourg, s’impose à tous les chercheurs de telle sorte qu’il s’agira d’une Recherche Communautaire au singulier, dont les interventions locales ne constituent que les différents chapitres ; • Le cadre des interventions. La Recherche doit être menée sur le terrain industriel (ce qui exclut les laboratoires) ; • Les sujets examinés. La Recherche doit porter sur des collectivités de travailleurs (ce qui exclut les études uniquement fondées sur l’analyse des cas individuels).

L’Europe s’est réalisée par étapes. Dans un premier temps, l’effort d’unification s’est limité à deux de ses grandes industries : les Charbonnages et la Sidérurgie. À cet effet, les États qui composeront la future Europe installent à Luxembourg un organisme dirigeant : la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA). Entre autres initiatives, la CECA décide d’innover en matière de sécurité du travail et ceci en agissant simultanément dans les Charbonnages et dans la Sidérurgie. Et, pour organiser scientifiquement cette campagne, puis pour en contrôler le bon déroulement, la CECA s’adjoint un comité d’experts choisis prioritairement dans le personnel des deux industries.

Il importe de remarquer que ces deux dernières exigences ne constituent en rien des innovations et se bornent à transférer au domaine communautaire les conditions habituelles de fonctionnement des campagnes de sécurité menées dans les entreprises industrielles.

C’est ainsi qu’en raison de mes travaux sur la silicose minière, je suis désigné pour y représenter les Charbonnages de France. Je suis ainsi à même de vérifier que le comité s’en tient au seul objectif de la sécurité du travail (il n’est pas question d’ergonomie) mais qu’il entend donner à son intervention une ampleur exceptionnelle.

Ayant débuté en 1960, ce programme fut exactement suivi. De telle sorte qu’en 1967, la CECA peut faire état de l’achèvement d’une Recherche Communautaire qui regroupe les interventions pratiquées : • Dans les Charbonnages : allemands, belges, français et néerlandais. • Dans la Sidérurgie : allemande, française et néerlandaise.

La recherche communautaire sur la sécurité

Un succès qui ne se renouvellera pas. Car l’Europe se parachève, Bruxelles va remplacer Luxembourg, et la rigidité comme le gigantisme du programme de la CECA ne trouveraient pas à s’employer dans une économie diversifiée qui ne se limite plus à la production de charbon et d’acier.

Cette « ampleur exceptionnelle » s’affirme dans le gigantisme d’une enquête exploratoire, baptisée « Recherche communautaire sur la sécurité », menée dans les deux industries. Cette recherche se caractérise par : • Son ampleur multinationale ; elle est proposée à l’ensemble des États membres de la CECA ;

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Mais, ne parlons pas d’échec. Car, du moins

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dans les pays de langue française, la Recherche a porté en elle tous les développements de ce qui allait devenir la spécificité d’une ergonomie francophone.

« expérimental », avec des résultats dont la portée théorique peut être grande, mais qui ne sont pas directement transférables à un travail tout venant.

L’impact communautaire en ergonomie francophone

Et c’est sur ce point que l’impact communautaire se révèlera révolutionnaire. Il fait du travail réel, du travail à l’état brut, tel que le travailleur l’affronte dans la réalité quotidienne de son entreprise, un objet de science pour une nouvelle forme d’ergonomie.

En Francophonie (Belgique et France), la Recherche Communautaire sur la sécurité est représentée par trois interventions : celles de Faverge et de Cazamian dans les Charbonnages, celle de Leplat dans la Sidérurgie. Elles se sont déroulées entre 1960 et 1967, date de la clôture de cette Recherche.

En somme, la référence à une campagne de sécurité menée en milieu industriel a débouché sur une ergonomie ouverte aux collectifs de travail. Et cette dernière deviendra, à côté d’une ergonomie anglo-saxonne de portée internationale (Murrel, 1965), la caractéristique d’une ergonomie francophone. Très exigeante en moyens matériels et humains, l’ergonomie du collectif demeura, un temps, l’apanage de centres de recherches : Centre d’Etudes et Recherches Ergonomiques Minières (CEREM), Régie Renault, CNAM). Avant d’être intégrée dans un nombre de plus en plus important de grandes entreprises.

Elles se terminent donc en 1967 et c’est alors que les trois auteurs envisagent d’étendre à l’ergonomie le bénéfice des acquis méthodologiques obtenus en matière de sécurité. Ils le font en trois ouvrages : • « L’organisation vivante » de Faverge (1970) ; • « Leçons d’ergonomie industrielle. Une approche globale » de Cazamian (1973) ; • « Synthèse des recherches menées dans la sidérurgie » de Leplat (1967).

Elle imprimera également sa marque dans la formation des futurs ergonomes qui bénéficieront maintenant d’un enseignement multi disciplinaire considérablement élargi.

Les messages diffèrent en ce qui concerne la multidisciplinarité : Leplat privilégie la psychologie et ses dérivés, Faverge raisonne en termes de systèmes, Cazamian préconise une multidiscipline si étendue qu’elle en devient globalisante.

À ce propos, je tiens à souligner que la diffusion et la promotion de ce nouveau modèle d’ergonomie tient beaucoup à mon successeur et ami François Hubault et à son équipe « Ergonomie et Écologie Humaine » (Université de Paris 1).

Mais l’essentiel n’est pas là. Il porte sur la définition de « l’ergo » dans le concept d’ergonomie.

D’une ergonomie francophone à ergonomie

Il faut alors se reporter à la situation qui existait en France et en Belgique avant l’impact communautaire.

La nocivité d’un travail inadapté peut se lire à deux niveaux : celui du contenu même de la tâche et celui des horaires de travail anormaux. Or, dans l’industrie contemporaine, les deux nuisances se trouvent fréquemment associées.

Les spécialités qui sont utilisées en ergonomie sont alors enseignées dans des chaires universitaires mono disciplinaires ; certaines sont assorties d’un laboratoire qui étudie un travail

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Index des noms cités

C’est pourquoi, après la fin de la Recherche Communautaire, le Centre d’Etudes et de Recherches Ergonomiques Minières des Charbonnages de France décide de s’attaquer à ce second problème.

Andlauer, P., Carpentier, J., & Cazamian, P. (1977). Ergonomie du travail de nuit et des horaires alternants, Paris: Cujas. Carpentier, J., & Cazamian, P. (1977). Le travail de nuit », Genève: Bureau International du Travail. Cazamian, P., Chich, Y., Deveze, G., & Faure, G. (1972). Approche scientifique de la sécurité du travail. In Accidents et Sécurité du Travail (pp. 29-44), Paris: PUF, collection du Travail Humain. Cazamian, P. (1973). Leçons d’ergonomie industrielle. Une approche globale, Paris: Cujas. Faverge, J.M. (1967). Psychosociologie des accidents du travail. Paris: Presses Universitaires de France. Faverge, J.M., Houyoux, A., Olivier, M., Querton, A., Laporta, J., Poncin, A., & Salengros, P. (1970) L’organisation vivante, Bruxelles: Institut de Sociologie de l’Université Libre de Bruxelles. Leplat, J. (1967). Synthèse des recherches menées dans la sidérurgie. Recherche Communautaire sur la sécurité dans les mines et la sidérurgie. Collection d’études de physiologie et de psychologie du travail, 3, 13 (Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier, Luxembourg). Murrel, K.F.H. (1965). Ergonomics. Man in the working environment, Londres: Chapman and Hall. Pternitis, C. (1965). Téléenregistrement de l’activité électrique cérébrale en milieu industriel pendant un travail de surveillance. Résultats préliminaires, Communication à la Société d’Electro-Encéphalographie et de Neurophysiologie Clinique de langue française. Pternitis, C. (1975). Étude du sommeil des travailleurs postés, Paris: Charbonnages de France.

La CECA n’est plus en cause, mais son intérêt se manifeste par le fait qu’un de ses experts (James Carpentier) s’associe à nos travaux. De quoi s’agit-il ? Essentiellement d’une production industrielle en continu qui exige des horaires alternants (première source de nuisance) incluant le travail de nuit (donc imposant un sommeil de jour insuffisamment réparateur). Le travailleur posté « en 3x8 » parcourt, tour à tour les trois horaires du matin, de l’après-midi et de la nuit selon une rotation généralement hebdomadaire. Dans d’autres situations professionnelles, seul le travail de nuit – qui peut être permanent – est en cause. Les répercussions, en matière de méthodologie ergonomique, sont importantes. L’enquête sur les lieux de travail doit souvent se doubler d’une enquête au domicile. Et, comme l’un de nos chercheurs (Christophe Pternitis, 1975a, 1975b) l’a montré, il peut être indispensable de recourir à de nouveaux moyens d’investigation : en l’occurrence, à une électro-encéphalographie pratiquée à l’usine pendant le travail et au domicile pendant le sommeil. Pour conclure Ici se termine une préhistoire de l’ergonomie de langue française, contée par un Ancien qui fut contemporain des faits relatés. D’autres prendront le relais et actualiseront le débat en fonction des bouleversements apportés par les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Mais cela est une autre histoire…

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ENTRETIEN

AVEC

FRANÇOIS GUÉRIN

François Guérin a été de toutes les batailles, de tous les débats, j’oserai dire de toute l’histoire de l’ergonomie en France même si, certes, il est encore un peu plus jeune qu’elle… De cette expérience, vécue avec beaucoup d’engagements, mais aussi de retenue et de courtoisie dans l’échange, il donne ici un écho qui rend cet entretien chaleureux, en même temps qu’il interpelle chacun de nous dans sa réflexion sur ce qui tient l’ergonomie debout. Ou devrait.

François Hubault du travail. J’ai commencé à travailler avec Alain Berthoz en réalisant des mesures des vibrations dans diverses situations professionnelles. Ces études étaient financées par des contrats avec la CECA, ou avec les militaires, ces derniers contrats cessèrent après une décision du Comité de Gestion du laboratoire, instance de gouvernance qui avait été créée dans le courant de l’année 1968.

MP : Comment es-tu venu à l’ergonomie ? Et pourquoi as-tu quitté ce que tu faisais avant ? FG : C’est Alain Berthoz qui m’a aidé à sortir du rail sur lequel j‘étais engagé. Il faisait son service militaire au Centre d’Essais en Vol de Brétigny-sur-Orge. J’y étais ouvrier qualifié, mécanicien instrumentiste de bord et faisais des essais d’équipements de navigation et de survie, au sol et en vol. Mes compétences professionnelles étaient assez cohérentes avec la proposition qu’il m’a faite de travailler avec lui pour réaliser des expérimentations relatives aux effets des vibrations sur le corps humain. Restait à Alain Wisner de décider. Je me souviens encore de l’entretien que j’ai eu avec lui, et j’en fus très impressionné, je changeais de monde, rien dans ce qui précédait ne me destinait au parcours que j’ai finalement eu. Les perspectives qu’il traçait pour le laboratoire dont il venait de prendre la direction finirent de me convaincre, même si mes conditions d’emploi y seraient plus précaires que celles que je quittais. Il m’a encouragé à reprendre des études, ce que j’avais commencé de faire en suivant les cours de Jean Daniel Reynaud. J’arrive donc rue Gay Lussac à l’été 1967. Deux polarités se dessinaient : l’une représentée par Alain Berthoz et Jean Foret, tous deux ingénieurs des Mines, développant une activité centrée sur la mesure et les effets sur l’Homme des vibrations mécaniques et sonores ; l’autre avec Antoine Laville préfigurant ce qui allait devenir l’analyse ergonomique

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MP : Mais le travail sur les vibrations avait déjà débuté chez Renault... FG : Bien sûr, et ceci dès les années 50. Au sein du laboratoire de physiologie et de biomécanique de Renault, Wisner étudiait les effets des vibrations sur le corps humain modélisé sous la forme d’un système de masses suspendues, contribuant à la production de recommandations pour des limites d’exposition. Il travaillait également avec les concepteurs sur le dimensionnement des postes de conduite automobile, pour une meilleure accessibilité et un confort accru des conducteurs. L’ensemble de ces travaux avait été rendu possible grâce au soutien de Pierre Lefaucheux, Président de Renault qui avait appelé Wisner pour changer les conditions de travail dans les ateliers. Berthoz explorait quant à lui les risques pour la santé liés à l’usage d’outils vibrants et dans la sidérurgie, les situations de perturbation du contrôle du mouvement et de risques associés lors de la conduite d’engins de chantier dans les mines de fer, ainsi que les effets perturba-

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ce que devait être, à nos yeux, l’objet de l’ergonomie.

teurs des chocs sur le système tête-cou dans le cadre de coopérations avec l’ONSER. C’est à ces activités que je collaborais. Mais Antoine Laville, Catherine Teiger et Jacques Duraffourg réalisent des interventions dans l’électronique et dans l’habillement et faisaient un travail plus essentiel à mes yeux, directement en prise avec la réalité sociale, centrée sur l’analyse des conditions de travail des OS et la valorisation de leurs compétences. Les méthodes étaient hésitantes, encore mal structurées. Leur mise au point nécessitait de mieux comprendre le travail des ouvrières, ce qui conduira Catherine Teiger à faire de l’observation participante en travaillant sur la chaine à la Thomson, après avoir suivi la formation de préparation à ce travail, comme plus tard Dominique Dessors le fera pour une étude des contraintes organisationnelles et la fatigue mentale associée, à la suite d’une demande syndicale s’appuyant sur les plaintes exprimées par des opératrices des renseignements téléphoniques des PTT. Les résultats de ces différentes études et des discussions qu’elles ont générées préfigurent les réflexions critiques ultérieures sur la conception du travail, son contenu, son organisation et ses effets délétères. Encore balbutiantes, les méthodes d’observation utilisées seront une contribution essentielle à l’analyse ergonomique du travail.

MP : Débats influencés peut-être par les événements récents ? FG : Certes, ce qui s’est passé en 1968 et après a largement contribué à amplifier le débat interne, mais aussi à entraîner une dynamique de développement de connaissances. Ceci s’explique en partie par l’arrivée successive de personnalités aux compétences, aux origines, aux parcours et aux points de vue divers, la plupart militants politiques et syndicaux. Wisner a eu cette qualité rare, doublée d’une grande exigence, qui a permis d’accueillir, de mobiliser, d’encourager, de faciliter le développement des ressources de personnes telles que Jacques Duraffourg ancien dirigeant de la JOC, ou moi. Je lui en suis évidemment reconnaissant. Au fil du temps se retrouveront un ensemble de personnalités marquées par des histoires atypiques : Jacques Theureau, centralien, ancien « établi », complice de Bernard Tort, normalien philosophe, expérimentant tous deux l’ergonomie participative avec des ouvrières en grève, N. Sée ingénieur agronome qui fit partie du comité de rédaction de la Cause du Peuple, Léonardo Pinsky, polytechnicien, de retour d’Argentine, Alexandre Dorna, psychologue chilien, ayant participé à la mise en place d’un système de cogestion à la mine El Tienente sous le gouvernement Allende, Gaston Bouny ancien responsable CGT du dépôt SNCF d’Ivry-sur-Seine qui, lorsqu’il était en activité avait trouvé dans ce laboratoire une oreille attentive pour répondre aux préoccupations des cheminots en matière de conditions de travail, Francis Jankovsky, ancien chef d’escale d’Air France à Saïgon, ou François Daniellou jeune ingénieur de production chez Renault. Wisner est aussi un visionnaire volontariste, encourageant la confrontation des réflexions théoriques et des pratiques de personnalités comme Christophe Dejours, Bernard Doray et

MP : Qu’est-ce qui t’a fait diverger de la voie initialement tracée par Berthoz ? FG : Le travail de Berthoz devient plus fondamental, centrant ses recherches sur la motricité, l’équilibre, la perception et le contrôle du mouvement. Parallèlement les travaux de Laville, Catherine Teiger et Jacques Duraffourg défrichent un champ d’action qui présente une plus grande cohérence avec la perspective qu’avait tracée Wisner lors de ma première entrevue et correspondant mieux à mes attentes. Cette double polarité a évidemment donné lieu à de nombreux débats, en particulier sur

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ERGONOMIE la décision de constituer ce qu’il a appelé « une équipe d’intervention industrielle » constituée de Jankovsky, Mascot, Duraffourg et moi. Cette création ne s’est pas faite facilement, car chacun dans ce laboratoire revendiquait cette capacité et, de fait, allait sur le terrain. Cette création et la sollicitation de l’ANACT pour réaliser une intervention dans un établissement SEB qui avait un projet de construction d’un atelier d’emboutissage ont été concomitantes. Nous allions découvrir à cette occasion l’écart entre la théorie et sa mise en œuvre. Car c’est bien de cela dont il s’agissait : structurer une expertise sur le travail et ses conditions de réalisation, la mettre simultanément à disposition de la direction, des salariés et de leurs représentants, et favoriser la production de pistes de changement utiles pour la direction de l’entreprise et favorables à l’amélioration des conditions de travail des ouvrières.

Alexandre Dorna pour poser les bases de la psychopathologie du travail. Sans doute l’époque a-t-elle été propice au cheminement dans une voix non conformiste et toutefois prometteuse, mais le volontarisme du collectif a été essentiel, compte tenu parfois de la déconsidération des lieux de recherche plus orthodoxes ou des instances d’évaluation tardant à reconnaître la pertinence et la qualité des travaux réalisés. MP : C’était un réel pari. Tu avais un statut au laboratoire ? FG : J’ai d’abord eu un statut de technicien, salarié de diverses associations, comme d’autres membres du laboratoire ce qui impliquait la signature de contrats de recherche. Les questions d’emploi dans la recherche étaient déjà tendues à cette époque et ces contrats permettaient de payer des salaires, ou des compléments pour des salaires plus décents. J’ai ensuite intégré le corps des ingénieurs. J’ai même été fonctionnaire quelques jours pour redevenir contractuel à l’ANACT. L’idée d’un plan carrière n’avait pas grand sens pour moi, et la question du statut n’était pas essentielle dans les choix que j’ai réalisés. Ceuxci sont plus liés à des opportunités que m’ont offertes Alain Berthoz, Alain Wisner et Pierre Louis Rémy, de devenir un professionnel dans le champ du travail et de son amélioration.

PM : C’était des interventions à court terme qui les différenciaient des études à long terme ? FG : À la même époque, nous avons mis sur pied et animé un enseignement d’analyse du travail, les « TP B ». Le travail de l’équipe d’intervention allait contribuer au support pratique de cet enseignement. Notre activité d’intervenants a évidemment généré des débats, parfois tendus, sur l’issue des interventions, en particulier quant à la nature des préconisations. Questions toujours d’actualité, d’une part quant à la nature de l’analyse à réaliser qui nécessite une opération de réduction et de sélection des données permettant de parvenir à un niveau d’information satisfaisant pour produire des connaissances utiles pour l’action, et d’autre part sur les conditions sociales à réunir pour l’action et une maîtrise partagée des perspectives de changement, autrement dit, pour un changement démocratique. Lors de l’intervention chez SEB, nous avons eu l’illusion qu’il suffisait d’analyser correctement le travail pour faire des recommandations à partir des résultats de cette analyse. Cette

MP : Peux-tu me dire comment ta pratique s’est développée ? FG : Ce qui était en jeu c’était notre capacité à mener de front une activité de recherche centrée sur l’analyse du travail pour mieux instruire les questions issues du terrain et leur approfondissement en expérimentant en laboratoire, et à développer simultanément une expertise susceptible de s’intégrer aux contraintes et aux exigences des entreprises, en favorisant l’expression de point de vue de l’ensemble des acteurs, afin de gagner en légitimité. C’est dans cette perspective que Wisner a pris

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partagée et mise à profit pour chacune des catégories d’acteurs. Cela nous a rendus modestes quant à la force intrinsèque de l’expertise et des résultats de l’analyse, même si celle-ci demeure indispensable. On ne peut pas contribuer à la transformation des situations de travail sans être présent au cours du processus de définition des solutions techniques et organisationnelles, et sans qu’un dispositif permettant son « contrôle social » soit institué. La perspective de changement doit être débattue avec l’ensemble des acteurs de l’entreprise, la confrontation des points de vue contribuant, seule, à l’élaboration de compromis temporairement acceptables.

« naïveté » était le fait d’un manque d’expérience. La direction de l’entreprise a retenu ce qu’elle a apprécié, et ignoré ce sur quoi elle était en désaccord ou qui lui paraissait compliqué à mettre en œuvre. Duraffourg et moi sommes retournés dans cette nouvelle usine, alors qu’elle fonctionnait depuis plusieurs mois. Certaines des actions proposées y avaient trouvé place, mais nous avons découvert des transformations que nous n’avions pas imaginées. Certes, les conditions d’ambiance avaient été radicalement transformées : plus d’espace facilitant le travail, une ambiance thermique sonore et lumineuse favorable à un plus grand confort, des systèmes de sécurité moins contraignants pour les opératrices, etc. Soulignant ces évolutions positives, les ouvrières ont simultanément porté une appréciation négative, plus fondamentale à nos yeux. Une partie de l’emboutissage ayant été automatisée, le travail des opératrices était centré sur la surveillance, l’évacuation et le contrôle des pièces, le tout à réaliser avec des contraintes temporelles importantes. Et c’est cet aspect du travail qui, de leur point de vue, devenait prépondérant. Nous avons rédigé un rapport d’évaluation critique, centré sur la démarche que nous avions mise en œuvre, insistant sur ce qui avait marché et qu’on pouvait généraliser dans notre pratique et dans l’enseignement, mais aussi sur ce que nous devions considérer comme des limites à notre intervention et nécessitant une réflexion sur les conditions à réunir pour une meilleure intégration dans une conduite de projet.

MP : Quelles étaient les relations avec les organisations syndicales ? FG : La CGT et de la CFDT ont soutenu le développement du laboratoire, chacun ayant intérêt à ces échanges : aussi bien pour la formulation de questions de recherche en partant des préoccupations des salariés que comme une contribution utile pour l’élaboration des stratégies et pratiques syndicales. Lucien Chavrot et Michel Le Tron tous deux chargés de l’action revendicative en matière de conditions de travail dans ces deux organisations, et qui siégeront au Conseil d’Administration de l’ANACT, ont joué un rôle actif dans cette dynamique. La collaboration avec la fédération CGT des cheminots concernait des sujets divers : l’étude des vibrations dans les locomotives, la qualité du sommeil des agents de conduite. C’était également une opportunité de mise en relation avec des chercheurs (alors peu nombreux à être attentifs aux questions posées par les travailleurs), comme le psychiatre Louis Le Guillant acceptant de s’intéresser aux questions de santé mentale qu’ils posaient en relation avec l’installation de dispositifs de sûreté (la VACMA) destinés à contrôler la vigilance, et s’accompagnant de la suppression des aides conducteurs.

MP : On peut, peut-être, aussi aider les intéressés à mieux formuler leurs problèmes. FG : Bien sûr, cela fait partie du métier de consultant et nous avons à cette occasion découvert quelques principes permettant d’adopter une posture cohérente avec l’objectif de servir un ensemble d’acteurs poursuivant des intérêts rarement convergents. Chez SEB, nous avions en quelque sorte délivré notre expertise, en imaginant, à tort, qu’elle serait

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ERGONOMIE elles, centrées sur les conséquences du travail répétitif sous contrainte de temps sur la santé et l’usure professionnelle. C’est ainsi que fut d’abord réalisée une enquête auprès d’ouvrières de l’industrie électronique, à l’extérieur des usines compte tenu du refus des directions d’y participer. À sa suite, et sous la pression syndicale, des entreprises des secteurs de l’électronique et de l’habillement, rencontrant des problèmes de turn-over et de recrutement, ont ouvert leurs portes pour mieux comprendre les relations entre les problèmes de gestion du personnel auxquels elles étaient confrontées et les contraintes liées à l’organisation du travail. Simultanément à ces actions en entreprise, nous nous sommes impliqués dans les formations organisées par certaines fédérations, comme Hacuitex pour la CFDT. Elles étaient l’occasion d’outiller les militants pour qu’ils soient mieux à même d’analyser les situations concrètes de travail d’y repérer les problèmes rencontrés par les travailleurs pour les traduire dans leurs stratégies et leurs actions revendicatives.

Pour l’étude des vibrations, on fournissait aux cheminots le matériel d’enregistrement et des capteurs qu’ils installaient, clandestinement, dans la cabine de conduite, après qu’on leur avait expliqué les précautions à prendre pour que les résultats soient peu contestables. Le dépouillement des bandes d’enregistreurs de vibrations a été mon premier travail en arrivant chez Wisner. Pour la petite histoire, la SNCF refaisait les enregistrements dans les mêmes conditions pour vérifier que les résultats que les syndicalistes présentaient à leur direction n’étaient pas trafiqués. Plus tard, lorsque Jean Foret a engagé une recherche sur le sommeil des agents de conduite, la direction de la traction de la SNCF n’a pas souhaité s’y associer, ne facilitant pas la réalisation de ce travail. Les chercheurs prenaient le train, voyageaient avec le matériel, retrouvaient l’agent de conduite dans une chambre d’hôtel proche de la gare, posaient les électrodes, enregistraient diverses variables physiologiques, reprenaient le train pour suivre l’agent tout au long de sa période de travail. Plus tard, en 1985, à la suite de la catastrophe ferroviaire d’Argenton-sur-Creuse et des 43 décès provoqués par cet accident, la responsabilité du conducteur du train étant mise en cause, le même Gaston Bouny, alors en retraite, m’a sollicité pour aider les cheminots à analyser cette situation dans laquelle, il fut finalement admis que la superposition des signaux liés aux travaux sur la voie avait rendu difficile la compréhension de l’information à appliquer. J’ai rassemblé un groupe de chercheurs acceptant de réaliser une préétude pour le Comité Central d’Entreprise de la SNCF, puis j’ai animé pendant plusieurs années un groupe de travail constitué de la Commission Conditions de Travail du CCE de la SNCF et de la Direction de la Traction. Sa réflexion a abouti à la rédaction d’un cahier des charges pour une recherche sur le travail des agents de conduite en relation avec l’organisation du travail, et à des expérimentations locales impliquant les agents euxmêmes à la conception de l’organisation. Les demandes de la CFDT étaient quant à

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MP : Ils devenaient des experts ? FG : Le développement de l’expertise des syndicalistes nous paraissait non seulement utile, mais indispensable et notre contribution aux formations syndicales en témoigne. Les positions des organisations n’étaient pas homogènes, la CGT ayant une position plus réservée que la CFDT et préférant laisser la parole aux « vrais experts », en se concentrant dans ce qu’elle estimait être son rôle : l’action revendicative. Cette expertise interne aux organisations est indispensable pour maintenir une collaboration avec les sciences humaines et sociales. De ce point de vue l’histoire des organisations syndicales montre à quel point certaines évolutions tactiques ou stratégiques, même passagères, ont pu les éloigner parfois des préoccupations quotidiennes des travailleurs quant à la dégradation du contenu de leur travail. Certains militants syndicaux ont suivi la forma-

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HISTOIRE tion « d’ergonomiste plein temps » dans le cadre de leur organisation ou dans la perspective d’une reconversion professionnelle pour fonder des cabinets d’expertise, au côté de cadres d’entreprises françaises et de professionnels majoritairement québécois et brésiliens souhaitant développer l’ergonomie francophone dans leur pays.

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Des relations plus étroites se sont ensuite structurées avec le laboratoire dont François Hubault prenait la direction après Pierre Cazamian. MP : Dans quelles circonstances s’est passé ce passage à l’ANACT ? FG : Des relations existaient avec l’ANACT dont Wisner était administrateur et avec les membres de son laboratoire. J’y connaissais des chargés de mission, par exemple Francis Jankovsky avec qui j’avais travaillé auparavant. J’avais de ce fait une assez bonne connaissance de l’institution et j’avais envie de changer. Mon arrivée à l’ANACT a été une rupture importante. J’avais pris une mobilité que j’ai renouvelée, mais très vite avec la conviction que je ne reviendrais pas au CNAM. Le cadre me semblait trop étroit au regard de l’étendue du champ que je découvrais. Toutefois, un organisme tel que l’ANACT ne peut bien fonctionner et être utile qu’en développant des relations de travail avec la recherche, en étant attentif aux connaissances qu’elle produit et en lui posant les problèmes qu’elle rencontre dans le monde du travail et qu’elle ne peut traiter. C’est ce que j’ai pu faire, par exemple, dans le cadre d’une réflexion portant sur les situations d’exclusion par le travail en mobilisant simultanément les expertises de chercheurs en démographie, ergonomie, sociologie et gestion. Et pourtant mon compère et ami J. Duraffourg qui était parti à Grenoble fonder le cabinet Activité m’avait dit : « Si tu vas à l’ANACT, tu t’occuperas de politique des conditions de travail, tu ne feras plus d’ergonomie ni de recherche ». J’ai d’abord testé ma capacité à y travailler et celle de la structure à m’accueillir en collaborant à temps partiel aux travaux d’un département dont l’activité était centrée sur la conception technique. Le responsable de ce département ayant démissionné, Pierre Louis Rémy m’a recruté pour lui succéder et assurer des

MP : Et quelles étaient les relations avec les autres centres d’ergonomie ? FG : Les relations étaient cordiales malgré parfois de profondes divergences quant à l’objet et au devenir de la discipline. Des relations de travail continuaient d’exister avec Françoise Lille ou Hugues Monod après le départ du laboratoire de Jean Scherrer au CHU Pitié Salpêtrière, des échanges complices avec le laboratoire de Véronique de Keyser, une coopération ponctuelle avec John Kalsbeek à l’occasion du développement de sa théorie du canal unique, un rapprochement avec l’équipe d’Odescalchi de la Société d’Ergonomie Appliquée de Milan pour lequel Jacques Theureau et Léonardo Pinsky ont joué un rôle très actif. J’ai d’ailleurs participé à un séminaire avec des syndicalistes italiens pour y présenter les résultats d’un travail auquel j‘ai participé dans les services de saisie et de correction de journaux postérieurement au passage du plomb à l’informatique, dans la presse quotidienne régionale française et qui a fait l’objet de mon mémoire d’ergonomiste. Plusieurs séminaires ont été des sources d’inspiration et l’occasion d’échanges avec d’autres approches disciplinaires, comme l’analyse des faits sociaux et la négociation des règles avec le laboratoire de Jean Daniel Reynaud, le doute relatif aux nombreux indicateurs que les entreprises présentent comme « objectifs » alors qu’ils ne sont souvent que des constructions intellectuelles avec le Centre de Gestion Scientifique de l’École des Mines. Le rôle et l’analyse des communications dans le travail avec l’équipe de Maurice de Montmollin.

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ERGONOMIE travail aboutissant à des choix technico organisationnels, alors que pour l’usine d’injection, hormis l’équipe projet qui allait en prendre la direction, il n’y avait pas encore de personnel embauché ce qui nous a conduits à être particulièrement attentifs à cette spécificité du projet et à réaliser des observations dans d’autres unités de production du groupe. Ces trois interventions nous ont permis de tester la pertinence de concepts et méthodes pour agir efficacement en conception : la définition de situations de référence permettant d’organiser, avec les futurs utilisateurs, la visite de situations présentant des similitudes, y compris dans d’autres secteurs d’activité pour s’en inspirer, l’expérimentation de la simulation pour la résolution de problèmes dans des situations caractéristiques d’actions et la recherche de choix techniques ou organisationnels. Au cours de cette période, j’ai évidemment gardé des liens avec l’ergonomie, mais l’appartenance institutionnelle nécessitait la prise en compte d’autres préoccupations, plus larges que le champ disciplinaire d’appartenance, et impliquait une posture différente du fait d’orientations émanant de la tutelle de l’organisme (aujourd’hui la DGT), ainsi que de décisions du Conseil d’Administration tripartite regroupant l’État, les représentants des organisations syndicales de salariés représentatives, et ceux des organisations professionnelles. En ce sens, Jacques Duraffourg n’avait pas tort, le politique n’est évidemment pas loin, ce qui n’empêche ni l’indépendance d’esprit, ni le professionnalisme. Alain Wisner qui siégeait au Conseil d’Administration de l’ANACT comme personnalité qualifiée et que je rencontrais régulièrement suggérait la création d’un Comité Scientifique. C’est ce que j’ai fait après que j’ai été nommé Directeur Général Adjoint et Directeur Technique et Scientifique. Toutes les personnes sollicitées parmi lesquelles Paul Frimat, Guy Jobert, Pierre Richard, Jean Claude Moisdon, Pierre Éric Tixier, Alain Coffineau, Philippe Zarifian, nous ont

fonctions d’encadrement, ce qui était relativement nouveau pour moi. L’un de ses souhaits était que l’ANACT acquiert une double légitimité, certes institutionnelle, mais s’appuyant également sur une expertise liée à une réelle capacité d’action dans des entreprises. J’ai mis au service de l’institution mon expertise d’ergonome, participant activement à des interventions d’abord centrées sur la conception des imprimeries des journaux Le Monde et Le Figaro, avec François Daniellou, Antoine Laville, Alain Garrigou, Alain Kergulen et Joël Maline qui venait de rejoindre le département dont j’avais la responsabilité à l’ANACT. Plusieurs années auparavant, en même temps que j’intervenais avec Bernard Pavard dans les services de saisie et de correction des journaux, à la demande des directions techniques de la presse quotidienne, le syndicat du Livre CGT avait obtenu, en contrepartie de cette recherche, la réalisation d’une étude relative réalisée par Monique Lortie, Catherine Teiger, Antoine Laville sur les effets du travail sur la morbidité et la mortalité différentielle chez les ouvriers des imprimeries de journaux. Lorsque la direction du Monde a décidé de construire une nouvelle imprimerie, elle a accepté l’idée qu’une équipe d’ergonomes intervienne aux côtés du chef de projet. Le même processus a eu lieu pour la construction de l’imprimerie du Figaro. Plus tard Raymond Pierre Bodin, alors Directeur des Affaires Sociales de l’entreprise Manducher me sollicitera avec Joël Maline pour tenir un rôle identique pour la conception d’une usine d’injection plastique. Ces trois interventions sont évidemment marquantes, car elles nécessitent d’entretenir des relations de proximité avec la maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d’œuvre. Elles exigent de contribuer à la décision avec une grande réactivité, ce qui nécessite d’adapter la conduite de l’intervention aux contraintes du projet. La principale distinction entre ces projets a été la participation active des représentants du personnel des deux journaux dans des groupes de

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HISTOIRE assez patiemment accompagnés, malgré les difficultés à définir et stabiliser le rôle qu’un tel comité peut avoir dans les orientations d’un organisme administré par les partenaires sociaux et l’État, qui ne fait pas vraiment de recherche, et qui n’est pas un organisme de conseil comme les autres.

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Yvon Chotard alors patron du CNPF ne disait-il pas, l’année de la création de l’ANACT, que « les conditions de travail sont le fil que l’on tire et qui défait toute la pelote ». Pour la CGT et la CFDT de l’époque, la question était plutôt celle des conditions d’exploitation des travailleurs. Synthèse difficile à réaliser pour l’ANACT. Les actions réalisées doivent impliquer aussi bien les employeurs que les représentants des salariés en essayant de faire en sorte que chacun y trouve un intérêt. Cette perspective m’a d’ailleurs conduit à rédiger la charte de déontologie du réseau ANACT dont j’ai négocié le détail du contenu avec toutes les organisations d’employeurs et de salariés avant qu’elle soit approuvée par le Conseil d’Administration de l’ANACT. La mission de l’ANACT consiste également à repérer des expériences, en France et à l’étranger et de les diffuser le plus largement possible. Quand Pierre Rémy devient directeur de l’ANACT, il défend l’idée que la modernisation des entreprises ne pourra se faire correctement et efficacement que si le travail cesse d’être la variable d’ajustement, et si cette modernisation est négociée. C’est dans cette perspective que nous « industrialiserons » un mode d’action, le « diagnostic court » dont l’objectif était d’initier une réflexion sur la place du travail comme enjeu stratégique pour l’entreprise en faisant en sorte que ses conditions de réalisation soient débattues, concertées, négociées avec les représentants du personnel. L’objectif était également de faire une offre de conseil public gratuit à destination d’entreprises de taille petite ou moyenne, peu accoutumées à faire appel au conseil. Le développement de cette offre de conseil a accompagné la création des ARACT, structures paritaires au plus près du tissu économique. Cette démarche a donné lieu à de nombreuses critiques, portées en particulier par Jacques Christol qui considérait cette démarche peu sérieuse compte tenu des 5 jours théoriquement consacrés à chaque diagnostic. Ce

MP : Quelle est la mission exacte de l’ANACT ? FG : L’ANACT est un établissement public qui a été créé par une loi de décembre 73, à la suite de grands mouvements sociaux et du souhait de modernisation des entreprises exprimé par un certain nombre d’hommes politiques et de chefs d’entreprises comme Antoine Riboud, convaincus qu’il était nécessaire que le monde du travail se transforme. Il est d’ailleurs intéressant de rappeler quelques tentatives antérieures : la création du Comité d’Organisation Scientifique du Travail entre 1936 et 1940, puis le mouvement en faveur de la productivité entre 1948 et 1959 qui s’inscrivaient dans la tendance dominante marquée par le taylorisme, alors que l’ANACT s’en est distinguée par la recherche d’alternatives favorables à l’amélioration des conditions de travail. Chacun pourra évidemment porter son propre jugement sur la réalité de cette perspective initiale. Son conseil d’administration est tripartite : organisations syndicales de salariés et d’employeurs à parité, représentants de l’État. Y siègent également quelques chercheurs. L’un des rôles de l’ANACT, organisme de mission, est de soutenir des initiatives, d’impulser des démarches innovantes qui contribuent à améliorer les conditions de réalisation du travail et la performance des organisations, en intégrant des sujets aussi divers que la construction de la santé, le développement et la reconnaissance des compétences, la conception technique, l’organisation du travail, l’aménagement du temps de travail, la qualité du dialogue social, certains de ce sujet étant éminemment conflictuels aussi bien sur le plan des relations sociales que sur le terrain politique.

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désaccord ne nous a pas empêchés d’entretenir des relations amicales, et malgré leurs défauts, la réalisation de nombreux diagnostics a contribué à ce que les questions relatives aux conditions de travail soient considérées comme un enjeu majeur.

ne désespère pas qu’on y parvienne, accroissant probablement l’efficacité de ces échanges, quand bien même ils seraient plus difficiles à animer. De plus, cette évolution serait cohérente avec les principes énoncés dans la charte de déontologie de l’ANACT.

MP : Comment vous répartissez vous les rôles avec l’INRS ?

MP : La SELF ? Tu étais à sa création ? FG : Non, mais j’ai un souvenir du 4e congrès organisé en 1968 au CNAM et plus particulièrement de la confrontation de points de vue entre Jean Buet de la CFDT et Vernier Paliez, Directeur de la SAVIEM, débat qui soulignait bien les enjeux de l’époque. Je n’ai jamais occupé de fonction à la SELF, hormis celle de secrétaire général adjoint le temps de la présidence de Jacques Christol. Cette présidence signe une évolution sensible puisqu’elle rompt avec la continuité universitaire. Cette période des années 80 – 90 marquera une évolution significative du devenir de l’ergonomie, compte tenu de perspectives plus affirmées vers l’action, en partie du fait du développement du conseil, et impliquant donc de nouveaux rapports avec la recherche, évoluant d’une relation de « dépendance » à une articulation nécessairement plus étroite entre la recherche et l’action.

FG : Les missions et les expertises des deux organismes sont différentes, l’INRS organisme de recherche au service des CRAM, l’ANACT intervenant public dans les entreprises. Il n’y a pas de concurrence, mais une complémentarité qui facilite les coopérations. Certains thèmes des programmes sont communs comme la prévention des troubles musculosquelettiques. Notre approche est différente de celle de l’INRS, privilégiant l’approche organisationnelle. Le directeur scientifique de l’INRS siège au comité scientifique de l’ANACT, et je fais partie de la Commission Scientifique de l’INRS. L’ANACT, l’INRS, les CRAM, l’OPPBTP, les Services de Médecine du Travail contribuent à l’approche pluridisciplinaire de la prévention des risques professionnels. Leurs champs d’action ne se recouvrant que partiellement, il peut y avoir des actions coordonnées dans des secteurs d’activités ou des entreprises sur des sujets qui nécessitent des expertises complémentaires.

MP : En ce qui concerne les conditions de travail au sens large… FG : Des phénomènes comme le vieillissement de la population posent des questions nouvelles aux entreprises, aux organisations syndicales et aux salariés, à l’État. De réformes en réformes, de mesures en mesures, les difficultés de gestion du vieillissement se sont structurées au cours du temps dans une forme de consensus paradoxal. Les entreprises continuent de se séparer de salariés qu’elles considèrent comme trop âgés pour être performants au regard de leurs niveaux de rémunération, s’adaptant difficilement aux évolutions. Les salariés vieillissants et usés souhaitent quitter leur emploi et ceci d’autant plus que leur

MP : Ce qui débouche directement sur la prévention… FG : Le partage se fait non seulement du fait d’expertises différentes, mais aussi des postures d’action. Par exemple certaines ARACT animent des « clubs TMS ». Ils rassemblent des représentants d’entreprises confrontées au développement des TMS. Les échanges d’expériences, réussis ou pas, permettent à chacun de rendre plus efficaces les démarches de prévention. Les représentants des salariés n’y sont pas représentés, ce qui est dommage, mais je

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HISTOIRE emploi est peu propice au développement des compétences. Les réformes des retraites quant à elles repoussent l’échéance d’une retraite à taux plein. Comment transformer le travail pour que les gens s’y usent moins vite et s’y développent en même temps qu’ils y vieillissent ? Cela me rappelle un texte de Wisner : « À quel Homme le travail doit-il être adapté ? », question qui devrait être une source d’inspiration pour de nombreuses actions. MP : Tu veux dire que le renouvellement de la pratique… FG : Les entreprises ont des problèmes nouveaux à traiter ou des questions anciennes à appréhender différemment, et je ne suis pas sûr que les ergonomes aient bien intégré les effets induits par les transformations actuelles du travail, et ce que cela signifie en termes d’actions à conduire. Mon impression est que leurs marges de manœuvre se restreignent, ou qu’ils ne sont pas en capacité de les préserver, ce qui peut conduire à des actions superficielles, marginales parfois. Quand « j’écoute » les salariés au travers des enquêtes de la DARES ou de celles conduites par les organisations syndicales, j’entends que leurs conditions de travail et d’emploi se sont dégradées au fil du temps, le contenu de leur travail s’est radicalement transformé, exigeant plus d’investissement subjectif de leur part sans que ce travail soit reconnu comme on serait en droit de l’exiger. Cela interpelle évidemment les chercheurs et les enseignants, non seulement du point de vue de leur travail de recherche, mais aussi de celui de leur positionnement actuel au regard des évolutions radicales du monde du travail et de son management, et de la manière dont il faudrait outiller les jeunes ergonomes et les autres intervenants pour qu’ils soient plus pertinents et efficaces dans les actions qu’ils conduisent. Je ne peux terminer notre entretien sans évoquer le fait que le départ de Jacques

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Duraffourg pour créer Activité, sa structure de conseil, et le mien vers l’ANACT, ne nous ont pas empêchés de retrouver Antoine Laville, François Daniellou et Alain Kerguelen pour stabiliser, au moins provisoirement, ce que nos pratiques avaient de commun dans « Comprendre le travail pour le transformer ». Ce travail compliqué, besogneux, de formalisation d’une pratique, a été largement, et le sera peut être encore, utilisé dans divers enseignements d’ergonomie dans les pays francophones, et plus largement du fait de ses traductions en espagnol, portugais et anglais. Cet entretien a en lieu en 2002, nous avons demandé à François Guérin quelques lignes d’actualisation sur son parcours. FG : Mon histoire professionnelle ne s’interrompt évidemment pas au lendemain de cet entretien. J’ai poursuivi mon activité d’intervention assez diverse : appui à la négociation sociale pour la sortie d’un conflit dans le nettoyage industriel, diagnostic socio organisationnel à la biscuiterie moscovite Bolchevik pour le Groupe Danone dans le cadre de la réorganisation complète de l’usine, diagnostic sur les conditions de travail et l’organisation dans les mines de charbon en Roumanie dans la perspective de constituer une structure similaire à l’ANACT dans le cadre de la restructuration du secteur, appui à la définition paritaire d’expérimentations orientées par la volonté de réduction de la pénibilité du travail dans le cadre de l’Observatoire de l’Évolution des Conditions de Vie au Travail à la SNCF, etc.

Entretien avec Michel Pottier du 27 mai 2002

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PAR CEUX QUI LA FONT

RENCONTRE

AVEC

SYLVAIN BIQUAND

SG : Quel est le parcours qui t’a amené à l’ergonomie ?

retour d’Arabie, en 1993, la remontée des limites d’âge de cette institution a fait que je n’ai pas pu intégrer le laboratoire.

SB : Mes études de sciences m’ont permis d’obtenir un Doctorat en sciences biologiques, mention comportement et environnement à l’université de Rennes 1. J’ai fait mes premières chroniques d’activité en étudiant le comportement alimentaire et social des chèvres en Martinique, en tant qu’éthologue. J’ai découvert l’intérêt de l’observation précise des comportements avec cette expérience. Il s’agissait d’observations très approfondies, portant sur la structure sociale et l’exploitation de l’espace des ressources. Ma thèse portait sur la transmission des comportements alimentaires entre la mère et le jeune dans des lignées de femelles, dans un contexte social, c’est-à-dire de relations interindividuelles et collectives pendant l’activité au champ.

Par ailleurs ma mère, Yvonne Biquand, kinésithérapeute, s’était formée à l’ergonomie à Paris I, au moment où François Hubault succédait à Pierre Cazamian. Je me suis donc inscrit moi-même à cette formation, en y voyant une continuité entre mon expérience d’observation en éthologie et ce que font les ergonomes lorsqu’ils observent et analysent l’activité de travail. Ce qui m’a intéressé dans cette approche c’était d’un côté une mise en perspective de l’analyse de l’activité humaine et d’un autre côté la dimension d’intervention et d’action dans les milieux de travail. Ce second aspect est important, parce que, si dans la recherche scientifique on doit obtenir des résultats significatifs, d’un point de vue statistique, dans l’intervention en ergonomie on cherche plutôt des résultats « signifiants ». Un résultat significatif au plan statistique est difficile à établir, car cela implique de contrôler un ensemble de variables et de paramètres, on cherche une réalité indépendante de l’observateur ce qui n’a pas beaucoup de sens dans une situation réelle de travail. Mais un résultat signifiant, qui change les situations, modifie les représentations, améliore les conditions de travail, s’attache aux variables utiles à l’action, porte d’autres satisfactions par l’action sur le réel.

Le métier de l’éthologue sur le terrain – on parle aussi d’écologie comportementale – est basé sur l’observation et s’appuie sur des méthodes de description de l’activité et des interactions sociales. L’éthologie s’inscrit dans une perspective d’adaptation darwinienne, où le sens du comportement est à trouver dans une finalité alimentaire, de reproduction ou de protection ; il s’agit là d’une différence majeure avec l’ergonomie, où d’autres finalités sont à prendre en compte, sans compter ce qui fait l’homme : le langage qui structure la pensée et les relations sociales.

Cette différence fait écho à un double héritage familial : alors que mon père était chercheur scientifique, mon grand-père était menuisier, ébéniste. D’où une certaine sensibilité à l’activité de travail, à la gestuelle, au « geste efficace » de métier.

Je me suis intéressé par la suite à l’observation des primates, plus particulièrement à leurs modes de vie sociale en fonction des ressources alimentaires. J’ai passé quelques années en Arabie Saoudite, qui présente une faune variée dans les montagnes de l’Asir. Là j’ai travaillé en tant que chercheur rattaché à un laboratoire de primatologie du CNRS. À mon

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Autre aspect de mon parcours. L’importance que j’accorde au collectif de travail, qui est venue à travers mon expérience de l’action revendicative étudiante, au lycée et plus tard à

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Sur le plan de celle-ci, il y a les outils d’analyse qu’on utilise, mais aussi l’échelle temporelle dans laquelle on agit, qui est différente quand on répond à une demande sociale située.

l’université. Ces expériences m’ont fait comprendre l’enjeu fort du collectif : on ne travaille pas de la même façon, on n’a pas la même efficacité, on ne vit pas la même histoire si on est seul ou si on est intégré dans une action collective finalisée. Par exemple, en observant les groupes sociaux de primates dans leur milieu naturel, j’ai vécu une activité qui demande un certain isolement pour pouvoir se rapprocher des animaux. Cela fait partie plus généralement de l’activité scientifique, qui se caractérise par un « tête-àtête » avec son sujet de recherche. J’ai donc connu cet écart entre la rigueur de la recherche en sciences biologiques, qui implique une certaine solitude, et la dimension interactive collective de mes expériences d’action militante.

SG : L’ergonomie représente donc pour toi une convergence entre plusieurs « sensibilités » et te fait découvrir la dimension d’intervention SB : En ergonomie, j’ai également rencontré l’idée du travail comme porteur de sens pour le travailleur. Cela reste un moteur important dans mon activité. Les personnes avec qui je travaille agissent avec une intentionnalité : ils pensent et agissent dans leur activité pour se construire, pour se constituer en tant qu’hommes.

L’ergonomie m’a permis de regrouper plusieurs sensibilités et expériences : le plaisir de l’observation, de l’étude d’un geste de métier, la prise en compte de la dimension collective du travail, etc. Par contre, j’ai laissé de côté un certain plaisir que je trouvais dans le travail scientifique, c’est-à-dire dans l’usage et le développement d’outils d’analyse fondés sur l’approche statistique multivariée. En ergonomie, il y a une certaine réticence à l’utilisation d’outils statistiques, qu’ils viennent des sciences de la nature ou même de la sociologie, des disciplines qui les emploient fréquemment.

SG : N’est-ce pas là une différence majeure entre l’éthologie et l’ergonomie ? SB : Il est intéressant de constater qu’en éthologie, notamment en primatologie, on parle de coopération, de comportements de réconciliation ; Franz de Waal a publié un ouvrage sur la « politique du chimpanzé ». Il y a de l’histoire chez les primates les plus proches de l’homme. Le projet même de l’éthologie, science relativement récente, consiste à individualiser les animaux, on ne s’adresse pas à l’espèce, mais on considère des individus définis par leur histoire et l’histoire du milieu dans lequel ils vivent. Ceci revient à accorder une grande importance à l’épigenèse, c’est-à-dire à la manière dont l’environnement, naturel et social, influence les comportements individuels, qui ne sont pas strictement déterminés par la génétique. Chez l’homme, c’est le niveau d’historicité qui change, notamment grâce à l’accès et l’usage du langage, qui permet des transmissions plus complexes que chez l’animal et structure le cerveau d’une manière spécifique. Le point commun que l’on peut retenir, c’est que le milieu et son histoire agissent sur les comportements individuels et leur expression. De ce point de vue, ce qui unit la démarche de

On peut comprendre cette différence au regard de ce qui fonde l’intervention en ergonomie : une demande sociale. Elle est présente à la source, comme motif de l’action de l’ergonome, et reste présente tout au long de l’intervention, comme « force de rappel » qui oblige l’ergonome à ajuster sa méthode et ses objectifs pour répondre au vécu des acteurs de la situation de travail. C’est pourquoi le résultat recherché doit être « signifiant », porter du sens pour les acteurs qui formulent une demande et motivent l’intervention de l’ergonome. Le cadre de l’activité du scientifique et de l’ergonome intervenant n’est pas le même, dans le choix de l’« objet » et de la méthode.

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individuelle. Le regard que je porte sur le travail est nourri par une vision humaniste. En ergonomie, on vise à redonner de la valeur au travail réalisé par l’homme. Ce n’est pas l’approche prônée par les modèles qui sous-tendent les formations en management ou en stratégie dans les écoles de commerce. Cela m’a permis d’approcher une certaine idéologie du management et les bases sur lesquelles elle repose, qui sont souvent légères à la fois du point de vue de la culture générale et du point de vue de la rigueur des méthodes qui produisent ces modèles. J’ai rencontré récemment un jeune responsable méthode qui me disait saturer d’abord les machines, puis saturer les salariés, en leur donnant plus de travail qu’ils ne pouvaient faire, pour éviter qu’ils s’ennuient… Taylor n’est pas loin ! Là-dessus, c’est-à-dire dans la considération de l’activité portée par ceux qui sont en charge de l’organisation du travail, on n’a pas beaucoup avancé.

l’éthologue et de l’ergonome, c’est la nécessité d’observer des individus dans leur confrontation à l’environnement, naturel ou de travail, et à ne pas se cantonner à les étudier en laboratoire, comme ça se faisait en psychologie expérimentale. SG : Peut-on dire, d’une certaine façon, que l’éthologie est à la psychologie expérimentale ce que l’ergonomie est à la physiologie du travail ? SB : C’est à peu près ça. L’ergonome doit faire des observations dans un milieu complexe, avec de multiples variables. La variable utile n’est pas connue à l’avance. C’est fondamental dans la posture d’un intervenant qui se présente dans une entreprise. Des intervenants, nonergonomes, imposent à l’entreprise des variables préétablies et les solutions qui vont avec, ils cherchent juste les paramètres qui les relient. Alors qu’être intervenant en ergonomie, c’est avoir une posture de « diagnostic » : on ne sait pas a priori et on doit trouver quelles sont les variables pertinentes à la situation, pour avancer. Dans les sciences naturelles, la vérité est là dehors et préexiste aux vicissitudes humaines. Il y a là une beauté formelle de la découverte. Alors qu’en ergonomie, et a fortiori quand on fait de l’intervention, on n’est que dans les vicissitudes humaines ! … et la beauté est dans l’action de transformation.

L’ergonomie tire sa puissance de cet ancrage de sa conception de l’activité dans une culture humaniste, qui se trouve en opposition par rapport au dogme de rationalisation productiviste que l’on trouve majoritairement dans des fonctions de gestion. Cette formation m’a apporté une certaine aisance pour décoder le langage du management et m’a conforté dans l’idée que l’ergonomie fait autre chose.

SG : Terminée la formation en ergonomie, qu’est-ce que tu as fait ?

SG : C’est à ce moment-là que tu t’installes comme consultant ?

SB : J’ai suivi un DESS en administration d’entreprise à l’IAE de Rennes. Cette formation m’a permis de comprendre ce que l’on enseigne aux futurs responsables d’entreprise, au-delà des cours de finance et de droit. Mon parcours personnel et dans la recherche m’a donné un regard humaniste, dans lequel s’enracine ma conception du travail comme activité intentionnelle, la valeur que j’accorde au geste professionnel, l’importance du collectif dans l’activité

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SB : J’ai créé la structure Abilis avec Christelle Casse, qui était dans ma promotion, à la sortie de notre formation en ergonomie. Nous avons commencé à ADP, une mission passionnante dans une grande entreprise complexe et fascinante. Cependant, depuis, les grandes entreprises acceptent difficilement des prestataires de petite taille, a fortiori avec un statut libéral. La logique des achats prime sur la qualité de l’offre

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d’organisation et le modèle de conception des tâches.

qu’on peut proposer. Le maillage d’ergonomes internes se développe dans ces entreprises et suscite la demande d’intervention de conseils, mais rencontre ses limites quand les critères de choix des services Achats ne correspondent pas à nos réalités professionnelles.

La description de la « danse du peintre » dans l’industrie automobile, présentée par Fabrice Bourgeois lors d’un congrès de la SELF, a marqué une étape pour moi : on peut décomposer le geste à loisir, mais pour comprendre l’activité du peintre, il faut resituer le tout dans une « danse » : le geste s’inscrit dans une intention, une manière de s’exprimer, une expérience vécue par le travailleur. Le « beau geste » est le « bon geste ». Yves Clot indique aussi que l’action empêchée, l’intention brimée, le geste que l’on ne peut faire font partie intégrante de l’activité. Il s’agit alors de comprendre ce qui se joue dans le travail, ce qui se trame derrière ce qu’on voit, ce que dit ce qui n’advient pas. Ce sont là des outils conceptuels puissants qui permettent de penser, d’entrer dans la complexité de l’activité de travail.

SG : Comment caractériserais-tu le métier de consultant ? SB : Il y a deux aspects dans le métier : d’une part la gestion du volume de travail, avec des hauts et des bas ; d’autre part la qualité du travail et la pertinence de la réponse vis-à-vis du demandeur. Avec le temps, on apprend à lisser l’activité, pour avoir un flux plus ou moins constant, pour éviter des périodes de surcharge suivies de périodes sans activité, avec les enjeux financiers de la situation. Reste que l’activité du consultant est caractérisée par le fait qu’on est rarement dans la longue durée : quand la demande arrive, il faut être prêt à répondre rapidement et de la manière la plus pertinente possible. C’est une contrainte… et à la fois cela constitue l’homme consultant dans son activité et s’accompagne d’un certain plaisir. Tu reçois un coup de fil de personnes que tu ne connais pas et le lendemain tu es avec elles pour chercher la manière de les aider, c’est une rencontre sans cesse renouvelée avec la multitude des activités humaines et de leurs organisations.

C’est à partir de là aussi qu’on peut redéfinir des problématiques dans le métier de l’intervention, pour faire évoluer la « demande » des acteurs que l’on rencontre. SG : Dans quels domaines exerces-tu ton métier de conseil en ergonomie ? SB : Il y a plusieurs champs d’intervention. Je fais du conseil aux entreprises dans le cadre de projets, d’évolutions organisationnelles, de problématiques de prévention des risques. À côté du conseil, je fais également des expertises à la demande des CHSCT, le plus souvent dans des PME.

Ce que je recherche dans ce métier, c’est cette rencontre avec l’activité humaine. Connaître et comprendre la diversité de l’industrie humaine. L’ergonomie ne doit pas se cantonner à une approche limitative de protection de la santé au travail et de l’aménagement de postes. L’organisation est un déterminant de la santé au travail, on le sait avec l’apparition massive de TMS ou aujourd’hui la prise en compte des risques psychosociaux. Face à ces questions, on doit considérer l’activité de travail dans un cadre plus large, où les enjeux de santé sont à mettre obligatoirement en lien avec les choix

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PAR CEUX QUI LA FONT

Les interventions en conception architecturale se développent et m’intéressent, mais il faut nuancer. Si dans certains secteurs, comme celui de l’hôpital, il existe une histoire de collaborations fructueuses et de vraie intégration de l’ergonomie, dans d’autres situations les architectes ne savent pas vraiment ce qu’ils peuvent attendre de l’ergonome et les conditions de montage des projets ne permettent pas tou-

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ERGONOMIE

PAR CEUX QUI LA FONT

riés plus âgés, ceux qui sont déjà usés par le travail et qui vont devoir travailler plus longtemps. Il y a là une vraie question à laquelle l’ergonomie peut peut-être apporter quelques réponses. En tout cas, elle peut interpeller l’entreprise sur ses pratiques d’organisation. Je pense par exemple à une entreprise industrielle, dans laquelle les salariés passent leur vie à visser des composants métalliques pour le salaire minimum. Les gens sont abimés, un tiers des salariés est touché par des TMS et le patron reste hostile, par principe, à toute proposition d’aménagement ou de réflexion sur une organisation limitant l’impact physique du travail. C’est une entreprise dans laquelle les salariés ne vont pas pouvoir arriver à la retraite à 65 ans : il n’y a pas de postes pour ces salariés usés par le travail ! Que vont-ils faire ? D’une manière générale, on peut se poser la question de ce que vont devenir les salariés vieillissants et blessés par le travail, au plan physique ou au plan psychique, dans l’industrie comme dans le tertiaire.

jours de construire cette collaboration. Je fais aussi de la formation. En milieu universitaire, dans le master d’ergonomie de Paris I. À un niveau professionnel, j’ai mené des formations de référents en ergonomie en milieu hospitalier. Actuellement, je développe des formations dans le cadre des plans seniors, avec Nadia Heddad, sur le volet amélioration des conditions de travail, et de plus en plus sur la problématique des risques psychosociaux. SG : Quel est ton point de vue sur le développement de l’ergonomie, sur les rendez-vous importants de notre pratique dans les temps à venir ? SB : Sur le plan de la formation, je pense que nous sommes confrontés à une évolution générale de la société qui tend à oublier les bases de la culture humaniste que j’évoquais tout à l’heure : comprendre ce que représente le travail dans nos vies, dans notre culture, dans notre histoire ; interroger des politiques de délocalisation, de dégradation des conditions de travail. Il me semble important de garder l’ergonomie à l’intersection entre une culture technique et une culture générale : la capacité d’une approche généraliste des problématiques que nous rencontrons dans les entreprises, pour savoir les relier à des enjeux sociaux, humains. On constate une rupture dans le rapport au travail entre générations différentes de salariés : chez les plus anciens, il y a un attachement fort, des récits – souvent au passé – où le travail est certes dur, mais donne accès à des expériences collectives et humaines riches de sens, qui nourrissent ; chez les plus jeunes, on voit plutôt une stratégie de retrait : ils ont compris que le travail est dur… et de plus qu’il y a peu à attendre en retour. Pourquoi, pour qui s’investir dans un groupe de travail, un projet… ?

Tout travail peut user. J’ai l’exemple d’une intervention dans le champ musical. J’ai rencontré deux altistes qui ont eu l’épaule endommagée par une saison de concerts de Wagner en Asie. Wagner, joué de manière intensive pendant une saison, ça use ! Ce sont des œuvres longues, intenses… le geste du bras droit au violon est répétitif et comme on le devine la musique est une activité sous contrainte de temps ! Imposer six mois de Wagner à des musiciens, ce n’est pas tenable du point de vue de l’activité. Ne pouvant changer la partition wagnérienne, une préconisation organisationnelle serait de revoir le répertoire ou le programme de la saison, mais tu imagines bien que ce n’est pas simple de dire cela au chef d’orchestre. Il est difficile pour l’ergonome de construire sa position quand l’activité de travail est ignorée, alors que le résultat est survalorisé comme dans la représentation musicale. Mais on trouve là aussi des activités qui peuvent produire des TMS et la difficulté de dialoguer avec les « prescripteurs » – chef

Un autre défi majeur actuel concerne les sala-

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ERGONOMIE

PAR CEUX QUI LA FONT

d’entreprise ou chef d’orchestre – du point de vue de l’activité.

une légitimité de l’ergonomie sur ces questions qui sont d’actualité dans les entreprises.

Que cela soit dans des organisations tayloriennes ou des activités artistiques en tant qu’activités de travail, la question de la pénibilité est liée à la manière dont on conçoit le travail. On peut prioriser le gain d’espace, limiter le geste en entassant des machines qui ne laissent plus de place à l’opérateur, ou programmer une œuvre très physique dans l’organisation d’une tournée internationale sans laisser aux corps le temps de repos nécessaire ; le problème est le même : à un certain niveau les personnes ne tiennent plus, et on peut l’observer. Le modèle d’organisation initié par Taylor se veut une organisation scientifique du travail, mais il est tout aussi scientifique de constater que « ce n’est pas tenable ». La question est : quels critères priorise-t-on dans l’organisation et comment fait-on les choix ?

Face à la question des TMS, les ergonomes ont su construire un discours pertinent pour ouvrir une vraie réflexion sur l’organisation et les modes de gestion dans les entreprises. Nous devrions faire la même chose pour répondre aux nouvelles demandes sociales : l’emploi des seniors en lien avec les évolutions du travail, les risques psychosociaux, le développement durable et la responsabilité sociale, ce sont des véritables défis sociaux et professionnels pour l’ergonomie. Nous avons assisté à une vague de « rationalisation » du travail, opérée avec l’aide de grands cabinets de conseil en stratégie et en organisation. Et aujourd’hui, nous payons cette course en avant… ou vers d’autres pays du monde, prêts à endurer des conditions de travail qui ne sont plus tolérables chez nous. Il s’agissait là d’une « rationalisation pauvre », qui appauvrit le travail et ceux qui le font, et non pas d’une « rationalisation riche » au service du développement et de l’accroissement de l’expérience humaine du travail. Je pense que la visée de l’ergonomie, c’est de définir, dans une démarche rationnelle et collective, des critères d’organisation qui soient durables... qui soient « bons » pour l’homme.

Le lien entre pénibilité, développement de TMS et problématique senior est un enjeu important pour l’ergonomie, qui peut légitimement se positionner sur la manière de concevoir et d’organiser le travail. Un autre enjeu auquel je suis attaché est celui du lien entre qualité du travail et développement durable, notamment sur le volet de la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE). Nous croisons cette problématique dans nos interventions, les entreprises étant de plus en plus sensibilisées sur la RSE au sens large, leurs performances dans ce domaine font partie des audits réguliers. Nous travaillons avec des collègues, en particulier avec Benoît Zittel, sur cet aspect du maintien de la « ressource humaine » dans l’entreprise, par le biais des qualifications, des conditions et de la qualité du travail.

L’ergonomie repose sur une vision humaniste de la vie et du travail… mais elle est souvent appelée à se prononcer sur une « meilleure adaptation » des moyens, pour servir des objectifs stratégiques fixés ailleurs et qui négligent la qualité du travail. Il serait utile que la communauté, par le biais de la SELF notamment, se positionne sur la valeur de l’activité et l’importance de la qualité du travail pour l’homme social, en contribuant ainsi aux débats qui traversent la société et restent souvent polarisés par l’emploi en négligeant quelque peu le travail.

La communauté des ergonomes et la SELF pourraient être un appui pour promouvoir une action collective dans ce sens, porter des pratiques d’ergonomes, et avancer sur le sujet dans le champ de la recherche pour construire

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Propos recueillis par Sandro de Gasparo

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MANIFESTATIONS À CARACTÈRE SCIENTIFIQUE

Programme provisoire du séminaire Paris 1 (suite) : Mardi 7 juin 09h00-10h30

Approche croisée ergonomique et RH du travail des gar-

S. Biquand (Alibis, ergonomie) diens d'immeuble dans le cadre du plan Senior de la RIVP N.Heddad (PAST Paris1, consultante S. Guérin (RDRH, RIVP) (Régie Immobilière de la Ville de Paris)

11h-12h30

Le sentiment d'efficacité personnelle au cœur des délibéra-

(MCF/IETL-Lyon2 ; GIS-CREAPT)

tions des fins de carrière 14h00-15h30

D. Cau-Bareille

Le travail comme facteur de construction-destruction de la

J.C. Marquié (DR-CNRS/Toulouse 2)

santé cognitive : résultats de l’étude VISAT Organisation du travail et modes de fonctionnement avec des populations de tous âges, d’expériences et de compétences très variées (FranceTélécom)

P. Pintrand (FTSA) C. Guibert (FTSA)

09h00-10h30

La gestion des âges à l’épreuve d’exigences contradictoires (ADP)

C. Benet (DRH adj./ADP) C. Lemoine (DPRT/ADP)

11h-12h30

L’action contre la pénibilité prise dans les mailles des accords d’entreprise

V. Poète (Alterergo)

14h00-15h30

Endiguer le travail du temps de travail sur la santé: l’aménagement des horaires postés au sein d'une entreprise du secteur de la plasturgie

N. Bessa (doctorant/Porto) M. Lacomblez (Pr/Porto)

16h00-17h30

Disposition, occasion, situation : comment l’âge interpelle l’organisation

F. Hubault (Paris1)

16h00-17h30

Mercredi 8 juin

SELF

@ INTERNET

w w w. e rgo n o m i e - s e l f. o rg

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MANIFESTATIONS À CARACTÈRE SCIENTIFIQUE

4ème JOURNÉE SELF-IMdR “Des leçons des risques avérés à la prévention des risques potentiels : comment passer du diagnostic au pronostic ? ESPT de Cachan, 23 juin 2011 de la prévention et de la maîtrise des risques. La réflexion cible cette transition, ce passage de l’explication de l’événement critique au « pronostic », c’est-à-dire à l’explicitation d’un risque potentiel, d’une situation à risque potentielle, d’une mise en place de barrières ou de parades. Il s’agit d’aller audelà de la prévention du même type d’accident analysé, et d’élargir à une panoplie de situations possibles existantes ou futures pouvant engendrer de nouveaux risques.

La prévention reste une préoccupation pour toutes les entreprises qu’il s’agisse du point de vue des risques professionnels (accidents du travail) ou des risques industriels (accidents industriels). Des travaux théoriques et méthodologiques lui consacrent une place importante, et ce depuis maintenant plus de 60 ans, dans les domaines techniques, des sciences humaines et sociales, ou de la fiabilité humaine. Cependant, on constate que des difficultés persistent dans la réalisation des enquêtes et analyses d’accidents voire des presque accidents ou incidents, puis des difficultés dans la mise en œuvre d’un réel Retour d’Expérience (REX) pour une prévention dite « proactive », c’est-à-dire pour une anticipation d’un éventuel évènement critique avant qu’il ne se produise. Si des politiques de prévention correctives et réactives restent indispensables, leur enrichissement systématique par des approches pluridisciplinaires d’analyse de l’évènement critique permettrait une meilleure identification pour la prévention non seulement des risques avérés, mais aussi des risques potentiels en matière de sécurité et sûreté.

Ainsi, en combinant des points de vue clinique, juridique, médical, militaire, organisationnel, technique, on pourra s’interroger sur : - Quelles approches et quels apports à la compréhension des risques avérés pour l’anticipation des risques potentiels ? - Quels outils et démarches pour l’anticipation des risques potentiels ? - Quelles articulations entre les enquêtes et analyses d’accidents et la conception «sûre» ? - Comment passer du «diagnostic» des risques avérés au « pronostic » des risques potentiels ? - Qui sont les « acteurs » porteurs de la prévention dans les entreprises ? Et qui sont les acteurs pouvant mettre en place des approches prospectives des risques ?

Cette journée se donne pour objectif de mener une réflexion du « diagnostic » de l’évènement critique à son « pronostic », de l’apprentissage du passé vers l’anticipation des risques. En partant de démarches d’enquête, d’analyse et d’évaluation d’évènements critiques (accident, incidents, presque accident), issues aussi bien des sciences humaines et sociales que des sciences pour l’ingénieur ou autres, nous tenterons la construction d’approches « prospectives »

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Nous espérons pouvoir dégager des pistes de réflexion à l’issue de cette journée et contribuer ainsi à une réflexion pluridisciplinaire dans ce vaste champ de la prévention.

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MANIFESTATIONS À CARACTÈRE SCIENTIFIQUE

IHM 2011 23ème conférence francophone sur l’IHM Nice-Sophia Antipolis, 24-27 octobre 2011 Présidente du Comité de Programme : Laurence Nigay Président de la conférence : Michel Riveill Nous avons le plaisir d’accueillir la conférence IHM 2011 à Sophia Antipolis, du 24 au 27 octobre 2011. Les thèmes de la conférence sont tous les thèmes de recherche ayant trait à l’IHM. Les différents mots-clefs sont : - IHM et publics spécifiques ; analyse des usages ; analyse et modèles de tâches ; analyse et modèles des utilisateurs ; analyse et modélisation des émotions; analyse et représentation des besoins interactifs ; apports de la psychologie expérimentale ; assistance à l’utilisateur ; cognition distribuée ; conception et évaluation des performances d’usage ; modélisation cognitive ; méthodes formelles dans la conception ou l’évaluation ; praxéologie des usages ; user experience ; utilisabilité; évaluation ergonomique et validation. - Interfaces portées / mobiles / sensibles au contexte ; modèles et formalismes ; WWW et hypermédia ; architecture et formalisation des systèmes interactifs ; arts graphiques et interaction ; collecticiels ; composition d’IHM ; environnements de développement ; ingénierie de l’IHM ; interaction gestuelle, multimodale, haptique, en 3 dimensions ; interfaces adaptatives ; liaison NF - IHM ; morphologie de l’interaction ; multimédia ; onthologie et IHM ; outils de conception et réalisation ; outils de construction ; outils de prototypage ; programmation par démonstration ; programmation visuelle ; présentation sonore; réalité augmentée ; réalité virtuelle ; techniques d’interaction et de présentation ; technologies de visualisation d’informations ; technologies disséminées ; technologies

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embarquées ; technologies mobiles ; vision par ordinateur. - conséquences du déploiement des technologies de l’information ; contextes d’utilisation ; enseignement de l’IHM ; ethnographie des usages des nouvelles technologies ; marketing interactif ; sociologie des interactions ; technologies de l’information pour des publics spécifiques ; transformations sociales, organisationnelles et économiques. De plus compte tenu du contexte de travail à Sophia Antipolis autour des IHM, nous aimerions mettre l’accent sur les liens entre l’IHM et le contexte, l’IHM et le Web Sémantique, l’IHM et la partie métier. Ces thèmes ne sont nullement limitatifs, et nous vous invitons à répondre à cet appel.

Pour plus d’information : http://ihm2011.unice.fr http://twitter.com/niceIHM2011

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NOUVELLES

DES ASSOCIATIONS

FEES

NEWSLETTER, JUIN

SECTION 1 NEWS FROM FEES

healthy ageing. This very interesting initiative of EU Inclusion is perfectly in line with the outcome of our October conference in Bruges about the ageing people at work! We certainly can contribute to this EIP ! • The follow up of the October conference in Bruges is for all of us a major issue. Not only the final financial results, but much more how to use the outcome of the conference in the future policy of FEES. How can we can we really contribute making steps forward with the issue of the ageing worker in Europe? Please see also the latest Preface of the FEES website. I wish all of us a prosperous and successful 2011!

Introduction of the President (Pieter Rookmaaker, President of FEES) I’m proud to introduce to you the first Newsletter edited by the Federation of European Ergonomics Societies / FEES. We have received many suggestions how to improve the communication between the FEES Board or Executive and the various ergonomics societies, members of FEES. After a good discussion at the recent Council meeting in Bruges, October 13th., all participants agreed to start with a Newsletter on a more or less regular basis with information exchange of interest for many of us. That means specifically NOT only information from the Executive to the members, but certainly also from the members to other members and also to the Executive! Let’s use this as a platform with interesting and useful information for many of us! Tommaso Bellandi, the chairperson of the Communication & Promotion Committee of FEES, will explain more precisely about that platform-function! What has been happened since we met in Bruges? Some items of interest: • In Brussels (on November 25th.) FEES was again recognised by OSHA as official Campaign Partner of the Healthy Workplaces Campaign on Safe Maintenance. Through this partnership FEES has entries to the OSHA network to meet many other partners at the European level and to promote facilities. FEES will also be invited to become involved in the preparation of new campaign themes. • FEES is involved in completing a questionnaire for the preparation of the European Innovation Partnership / EIP on active and

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2011, NUMÉRO 0

What is this newsletter ? (Tommaso Bellandi, chair of the FEES Communication and promotion Committee) It is a great pleasure to finally edit and send the first newsletter from FEES. Both the Council and the Executive of our association supported my proposal to create this kind of tool and encourage communication between FEES standing committees and the federated societies, as well as within the community of ergonomists in Europe. According to these premises, the Newsletter is organized into three sections: 1-news from FEES, 2-news from the federated societies, 3-ergonomics up to date. Section 1 includes contributions from FEES executive members and committees; section 2 any articles from the federated societies describing the ongoing life and the national activities that otherwise go unseen because of the language barriers; section 3 collects mainly links to reviewed web resources such us announcements of international conferences, scientific papers, articles, books or websites and welcomes the individual contribution of any researcher, practitioner or student in ergonomics and human factors, yet possibly member

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NOUVELLES

FEES and non-FEES participants were encouraging for an ergonomics break-through in wellbeing issues. We have seen for example that the classic disciplines and methods are not able to bring some good solutions in the ageing issue or in WMSD (Work Related Musculoskeletal Disorders) – the results are stagnating, or even worsening. After the conference I have the strange feeling that there is a unique opportunity to show Europe that FEES and ergonomics has a reason to exist. BUT we have to leave the classic principles and strategy to safety and health specialists and their organizations which handle the issues through their specific approaches and their financial resources which are much larger than ours. Furthermore we should support them fully in their efforts. However, the feed-back (retro-active) approach of the effect-cause relations which can be efficient in accidents and some diseases, is not well suited to tackle the new risks of cumulative traumata. That method has to be replaced by a SYSTEMS approach which requires an ANTICIPATING participative strategy, policy and methodology. The real challenge for ergonomists is to introduce the human factors as the KEY-ELEMENT in our systems analysis and in the improvement proposals, BUT we have to ACT, to DO something practical and SHOWING our value and commitment in projects as offered by the EUprogrammes, and their organizations.

of one federated society. For these purposes, we would like to create a network of regular correspondents of the FEES newsletter to contribute to sections 2 and 3. That is why you will find such a question at the bottom of the current section. The FEES newsletter has the ambitious goal to foster the development of our community of practice in Europe, therefore it is naturally open to individual contributions as well as comments and interactions, in the fashion of social networks. For instance, the reader can send a post and comment each article of the newsletter and at the bottom of each section there can be some questions to have instant polls on the topics covered. In the near future, the C&P committee will also use the newsletter to plan the activities for the next European Month of Ergonomics in a participatory way. We hope to have a three monthly delivery of the newsletter, but actually it is everyone’s responsibility to make it live and grow, by sending contributions and comments, by linking it into personal and institutional websites or forwarding to colleagues and friends. It is a digital and free newsletter, therefore it comes by email with the title and extracts of the articles and then the full contents available on the FEES website in HTML format. This is hopefully a sustainable tool in a time of crisis and opportunities, information overload and climate change. The first time the newsletter is sent to the FEES Council Members, with the request to forward it to all the members of one’s national society. Then any recipient will have the opportunity to receive the next numbers automatically, by answering to the email address : feesnewsletter@gmail.com. The subscription will be always free of charge.

The Bruges declaration on Ergonomics for Ageing European Workers (Cristophe Maes, European Union Task Force) The first European Conference on Ergonomics finished with the presentation of the Bruges Declaration, that includes the conclusion of the meeting and some proposals for the contributions that Ergonomics can give to the european policies on ageing. Please read and share the Bruges Declaration at this link.

Comments after the first European Conference on Ergonomics (Kamiel Vanwonterghem - Chair of the FEES European Union Task Force) Two years of work resulted in a satisfactory conference in 10-10-10 Bruges event in October. The EUTF-ECE contacts with the

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NOUVELLES

DES ASSOCIATIONS

News in ergonomics standards and guidelines in Europe

FEES Council meeting 2011 and elections of the officers

(Martin Schuette, chair of the FEES Standards and Guidelines Committee) Last year there was a meeting of KAN and the FEES Standards and Guidelines Committee. The participants agreed to a project concerning the extension of DIN EN 13861 financed by the KAN. Furthermore FEES wrote a letter to DG for Enterprise and Industry, Head of Unit “Mechanical, Electrical and Telecom Equipment” in Brussels for a meeting with the Commission about the Ergonomic aspects in relation with the Machinery Directive and Personal Protective Equipment (PPE) directive. This meeting already took place in Brussels. One of the outcomes of the meeting was the presentation of FEES in 2011 in the European working group on Machinery and the European working group on PPE. Furthermore FEES will participate in the Impact Assessment for the new revision of the PPE directive. FEES is a member of the Strategic Advisory Group (SAG) of CEN/TC 122. The SAG intended to give information about future developments regarding standardization. The SAG decided to accomplish an inquiry to get more detailed information about the needs and wishes of the customers of standards. For this purpose a questionnaire was developed. FEES was involved in this process. The questionnaire was implemented on the FEES web-site. The results of this inquiry were presented during the CEN/TC 122 plenary session this year.

(Dave O’Neill, FEES secretary general) I am writing to inform you that the 2011 FEES Council meeting will be held in Oviedo (Spain) on 21 June. At this meeting there will be elections for the President, Secretary-General and Treasurer. I have to advise you that all these posts will become vacant and invite you to submit the names of candidates from your Societies who would be willing to stand for election. This notice of election was sent to each Federated Society on 20 December, 6 months in advance of the meeting in accordance with FEES rules - see Rules / Paragraph 9. Please send me the names of your candidates, indicating which post they are standing for (more than one post is possible if order of preference is given) no later than 25 April 2011. For more information, please either contact me Hor look at the FEES rules referenced above. Further information about the FEES Council meeting will be sent to you in due course. In the meantime, I look forward to hearing from you and, considering the time of year, would like to wish you all a very happy and peaceful Christmas and a healthy and prosperous New Year.

SECTION 2 NEWS FROM THE FEDERATED SOCIETIES

New FEES member Latvia

France

(Dietmar Gude, chair of the website committee) We welcome the Latvian Ergonomics Society as the 21st member of FEES, based on a unanimous decision by the Council during its last meeting in Bruges. For information about the society, please consult the FEES website (Member Societies/Latvia). Here you can also find a Powerpoint presentation about the role of ergonomics in Latvia in general as well as the targets and achievements of the society.

(Sylvain Leduc, SELF delegate in FEES Council and C&P committee member) During the EME, the presentation «Ergonomics in Safe Maintenance» was translated in French and published on the web. By using a new channel (in addition to to the SELF’s e-letter), the presentation was sent to the mailing list of Preventica (event’s organizer on prevention at work twice by year) which contains 80,000 addresses (ergonomists, preventors, work medicine, health & safety engineers).

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NOUVELLES Hungary

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to get more interest, is besides the printed Magazine, the introduction of a frequent digital newsletter, to make information more and easier accessible to a larger audience. Furthermore a new activity is the organizing of meetings for senior (retired) Dutch ergonomists and gets them more involved in the Dutch society.

(Gyula Szabo, president of the Hungarian Society of Ergonomic) The EME 2010 ppt was translated and distributed to all colleagues known to be teaching ergonomics in Hungarian universities.

Italy (Sara Albolino, SIE secretary for international relations) The Italian Society of Ergonomics (SIE) had its triennial congress in Rome from October 27th to 29th. The Congress title was “The social value of Ergonomics”. We had around 100 scientific contributions, five workshops and an international sessions with lectures from Klaus Zink (D), Gustavo Rosal (S), Pascale Carayon (USA) and others. Find out more on the SIE congress website. On October 28th we had also the elections of the new SIE officers and council. Francesca Tosi has been elected SIE President for the next three years. She is professor of ergonomics and design at the Faculty of Architecture, University of Florence.

SECTION 3 ERGONOMICS UP TO DATE 46th Congress of the French Language Ergonomics Society “At the crossroads between risks”, September 14-16 2011, Paris (France) In today's organizations, occupational, industrial and health risks are dealt with in a disjointed manner. In this regard, the 46th Congress of the French Language Ergonomics Society, jointly organized by the Institute of Radioprotection and Nuclear Safety (IRSN) and the University of Bordeaux, will address the question of how ergonomics can contribute to an integrated risk management. Paper submission is open until February 18, 2011. Find out more information about the submission procedure and the congress at www.ergonomie-self.org.

Finland (Martti Launis, delegate of the Finnish Ergonomics Society (ERY) in FEES Council, and member of the C&P Committee) In the half-annual seminar of the ERY, the EMEtopic was introduced to the members. The power point presentation "Ergonomics in Safe Maintenance" was translated into Finnish and published at the ERY web site.

3rd International Conference Healthcare Ergonomics and Patient Safety (HEPS 2011), June 22-24 2011, Oviedo (Spain) The third HEPS conference, jointly organized by IEA, AEE and SIE will focus on the challenges healthcare ergonomics faces in designing healthcare services as the co-product of the interaction between clinicians and patients. In particular, HEPS 2011 will have specific tracks dedicated to patient centred design of biomedical devices, intelligent information systems and clinical pathways for the acute and chronic conditions. Abstract submission is open until January 24th 2011, accepted papers will have ISBN and DOI and will be published by Taylor & Francis. Early birds registration before 31st March. Find out more on www.heps2011.org.

The Netherlands (Reinier Hoftijzer, representative of the Dutch Ergonomic Society in the FEES Council and member of the FEES working group Standards and Guidelines (S&G) and EUTF) The Dutch society of Ergonomics has started a discussion about the future due a reduction of members over the last years. A possible way to attract new members is the change of the name of the Dutch society in extending it with “Human Factors”, as already is established in other national societies. Another possible way

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NOUVELLES

DES ASSOCIATIONS

20th International Symposium on Shiftwork and Working Time, June 28-July 1 2011, Stockholm (Sweden) The theme of the symposium is “biological mechanisms and risk management in the 24h society” and includes state of the art topics such as “shift work and health risks”, “biological mechanisms related to work-related sleep and sleepiness problems”, “fatigue risk management”, “flexible working hours” and many other research questions related to working times. The scientific programme consists of keynote lectures, special sessions, oral presentations and poster sessions. Find out more on www.shiftwork2011.se.

A basic premise shared by the authors of the present supplement is that the creation of safer healthcare involves taking into account human strengths and limitations as we design and interact with open dynamic systems that comprise patients and providers, processes of care, tools and technology, the physical environment, the organisational environment and a host of external influences. Find out more on qualitysafety.bmj.com/content/19/Suppl_3.

SECTION 4 INTERACTIVE NEWSLETTER Give a name to the FEES Newsletter! (Tommaso Bellandi (SIE) & Sylvain Leduc (SELF) Dear reader, please spend 5 minutes to answer the questions related to the newsletter contents and to give your advice for the following numbers. This is a simple and smart way to participate and contribute to the improvement of this newsletter

The Annual Conference 2011 of the Nordic Ergonomics Society, September 18-21 2011, Oulu (Finland) www.nordicergonomics.org/NES2011

Special Issue of the international scientific journal Quality & Safety in Healthcare: “The contribution of Ergonomics and the Human Factors”

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PRIX IEA “ LIBERTY MUTUAL MEDAL” Chaque année l’IEA propose le prix “Liberty Mutual Medal” (doté de 10 000 dollars) pour récompenser un travail de recherche ou d’intervention original réalisé dans le domaine de l’ergonomie et la sécurité/santé au travail (Occupationnel Safety and Ergonomics). Présenté sous forme d’un article de type académique limité à 30 pages, ce travail doit avoir conduit à la résolution/réduction de problèmes de santé liés au travail ou contribué au développement de connaissances (théoriques, méthodologiques, etc.) dans ce domaine. La date limite de proposition de travaux est le 31 mai 2011. Tout membre ou non membre de la SELF peut soumettre un article. L’intérêt de ce prix est double : faire connaître vos travaux dans le domaine visé, avoir l’opportunité de publier dans une revue reconnue puisque l’article récompensé pourra être soumis à l’une des revues qui sont parrainées par l’IEA. Pour plus d’informations sur la procédure à suivre pour soumettre une proposition : http://www.iea.cc/browse.php?contID=libertymutual_prize

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PUBLICATIONS ACTIVITÉS

<htpp://www.activites.org> APPEL À PUBLICATION

“Intervenir sur le travail : objets, valeurs et principes” ment, les marges de manœuvre, les dialogues entre les acteurs, etc.) ainsi que les différentes échelles auxquels sont appréhendés ces objets (la situation, le métier, etc.). — Les modes d’engagement des personnes dans l’intervention, les postures qui en découlent. Dans la mesure où l’intervention suppose toujours d’articuler des connaissances avec des enjeux politiques, à différentes échelles, elle met en scène et pose des questions relatives aux valeurs, et aux débats de valeurs. Comment appréhender ces dimensions axiologiques, comment s’articulent-elles aux savoirs ? — La « théorie de la transformation » sur laquelle repose l’intervention. On a beaucoup discuté de l’évaluation. Mais on a peu débattu des principes opérants qui sont mis en œuvre, et sur lesquels reposent les transformations recherchées durant l’intervention. Quels sont les principes supposés agir? Quels sont ceux que l’intervenant cherche à mettre en place? Comment l’intervenant articule-t-il la connaissance qui organise ces principes et le contexte spécifique de l’intervention en vue d’une transformation d’un milieu de travail ?

Dans les multiples disciplines qui s’intéressent au travail, la notion d’intervention semble d’autant plus incontournable qu’apparaissent des crises (à différentes échelles) entre production des connaissances et participation à la (re) configuration des milieux de travail. Mais l’intervention reste insuffisamment débattue et peut être même insuffisamment définie, malgré l’ampleur des questions et des enjeux qui s’y posent, tant du point de vue des théories d’action sur lesquelles elle repose que des savoirs, des connaissances et des effets qu’elle produit. Distincte de la « recherche de terrain », du fait des enjeux de transformation qu’elle poursuit et des protagonistes auxquels les connaissances sont destinées, l’intervention est le plus souvent appréhendée sous l’angle d’un schéma d’action. Mais ces démarches sont toujours menacées de se transformer en procédure lorsque la méthode n’est pas explicitée dans ses fondements (qui ne relèvent pas de l’application des connaissances ou du seul engagement militant). Dans la perspective de la publication d’un dossier de référence sur les objets, les valeurs et les principes qui sont aux fondements de l’intervention, la revue Activités lance un appel à publication largement ouvert aux différentes communautés épistémiques qui développent leurs recherches, leurs problématiques voire leur champ disciplinaire en intervenant sur le travail. Plus particulièrement, sont attendus des textes qui prennent position sur :

Dates importantes : La publication du dossier est prévue en avril 2012. Les personnes intéressées enverront une déclaration d’intention à la revue (un titre accompagné d’une page de présentation) au miè ère version plus tard le 15 juin 2011. Une prem e estt attendue e pour septtembre 20 011. Le du texxte retour d’expertise sera réalisé en décembre al sera ad dressé à la revue le 2011, et le texte fina 31 1 mars 2012 au plus tard. L’envoi de la déclaration d’intention, des textes, ainsi que les éventuelles demandes de précisions s’effectuent via l’adresse de la revue (soumission@activites.org).

— Les objets de l’intervention : quels sont les découpages opératoires que réalise l’intervenant, sur quoi porte son action ? La question ici ne concerne pas tant les enjeux thématiques de l’intervention (les TMS, les risques psychosociaux...) que les dimensions du milieu de travail qui règlent l’intervention et qui en constituent la focale (le développe-

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Conditions pour devenir Membre actif de la SELF Les candidats devront satisfaire à deux au moins des critères suivants : • avoir suivi une formation qualifiante en Ergonomie, • exercer une activité professionnelle de recherche, d’enseignement ou de pratique en Ergonomie, • avoir contribué au développement de l’Ergonomie, attesté par des publications dans le domaine.

Chaque dossier comprend deux lettres de parrainage provenant de deux membres actifs n'appartenant pas à la même structure. Ces lettres doivent être circonstanciées et formuler un avis détaillé sur les activités ergonomiques du candidat. LE DÉLÉGUÉ AUX CANDIDATURES Gaëtan BOURMAUD AXErgonomie 2, place de l’Eglise 95810 - GRISY-LES-PLATRES Tél : 06 60 05 67 32 E-mail: gaetan.bourmaud@axergonomie.com

Toutefois, des candidatures ne répondant pas à ces critères pourront être retenues, si la notoriété professionnelle ou scientifique dans un domaine en rapport étroit avec l'Ergonomie est établie.

La cotisation annuelle est actuellement de 70 Euros

Conditions pour devenir Correspondant ou Correspondant-Étudiant de la SELF Les personnes intéressées par l’ergonomie et la vie de la SELF, mais ne remplissant pas les conditions permettant d’être membre actif, peuvent devenir Correspondants de la SELF et recevoir le Bulletin de Liaison de la SELF en versant une cotisation de 70 Euros.

Les étudiants, peuvent devenir CorrespondantsÉtudiants de la SELF et recevoir le Bulletin de atio on de Liaison de la SELF en versant une cotisa 15 Euros. La demande doit être accompagnée d'une photocopie de la carte d'étudiant de l'année en cours et sera renouvelée chaque année.

Pour toutes autres démarches (devenir correspondant à la SELF, changement de nom ou d'adresse, etc.) s’adresser au :

Pour la gestion administrative, les comptes rendus du Conseil d'Administration et l'organisation des Assemblées Générales :

SECRÉTARIAT DE LA SELF Véronique TURBET DELOF Maison de la Recherche Université Toulouse le Mirail 5 allées Antonio Machado F-31058 Toulouse Cedex 9 (France) Tél.: 05 61 50 35 23 - Fax: 05 61 50 35 33 E-mail: turbet@univ-tlse2.fr

SECRÉTAIRE GÉNÉRALE DE LA SELF Annie DROUIN E-mail : annie.drouin.2@orange.fr

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Publié avec le soutien de

anact Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail

PSA PEUGEOT CITROËN

Bulletin de la SELF - N°161 - Avril 2011  

Société d'Ergonomie de Langue Française

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