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Yann Sup erc

hi / Bruno

Audebaud

Nantes délire, Nantes respire

Architecture, dév eloppement durab le et processus haute qualité environn ementale 2007/2 Pôle Atlantique 008 de formation Co ntinue / URCAUE des Pays de la Loire / Maison de l’Architecture, des Territoires et du Paysage


sommaire état d’esprit +++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++ 4

désordres / revue de presse ++++++++ 6

ville / renouvellement ++++++++++++++++++++++ 14

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bonus track

utopie ?

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pistes urbaines +++++++++++++++++ 18

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Etat d’esprit

-Dites moi pendant que j’vous tiens là, ça veut dire quoi monde de merde, sans être indiscrêt? -Tu te réveilles à 35 ans pour te demander c’que ça veut dire monde de merde! C’est pas qu’ t’es indiscrêt, c’est juste que t’es un con. En disant monde de merde j’ai voulu dire que l’monde allait mal, c’est un cri de révolte que j’ai lançé à mes frères opprimés. Finissons-en avec la résignation et l’indifférence! Ovrons les yeux! partout l’injustice, le nationalisme, l’exclusion, ça’m’débecte! T’as déjà entendu parlé de l’hégémonie du grand capital? -Non. -Tu t’interresses pas à la politique? Bah, tu devrais. Faut s’mettre au travail, afin de vaincre les fanachismes, c’est un concept à moi, ça dénonce à la fois les fachistes et les fanatiques. -Merci Monsieur Abitbol, vous m’avez ouvert les yeux.

-Regarde plutôt la route. ...(crash de la voiture) -Ah! Monde de merde! -Ouais, moi aussi j’ai bien envie de le dire, monde de merde!

dialogue extrait du film «le grand détournement ou la classe américaine» , écrit et réalisé par Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette produit par Eve Vercel, Robert Nador et Michel Lecourt 72 min, couleur, Warner Bros/DUNE Production,1993

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Cet extrait de film illustre assez bien notre état d’esprit ; les premières images qui nous viennent quand on évoque la question du développement durable sont assez négatives et renvoient souvent à des désastres, des catastrophes, des sinistres, des dégradations... qu’ils touchent l’environnement, et/ou les populations. La dimension économique, sociale et politique évoquée dans l’extrait nous semble fondamentale pour aborder le sujet. Nos interrogations sur le système dominant actuel nourissent l’ensemble de notre réflexion. Mais avant d’aller plus en avant, nous souhaitions faire le point, sur quelques uns de ses désordres pour ne pas évacuer la réalité/gravité du sujet. Ce constat est présenté sous la forme d’une revue de presse. Cette approche, peut paraître assez violente au premier abord, mais nous pensons que bien qu’une certaine prise de conscience soit déja présente, nos modes de vie et de pensée occidentaux nous éloignent assez rapidement de ces réalités, et par conséquent de l’action. Il faudra toujours informer, inquiéter, choquer peut-être pour éviter l’endormissement d’une part, et surtout la récupération médiatique et commerciale de la cause «durable» d’autre part.

Après ce tour d’horizon un peu bouché, nous avons voulu recentrer notre questionnement en rapport avec notre métier d’architecte. De ce point de vue, le sujet de la ville paraît incontournable. Lieu de toutes les concentrations (population, flux, activités, culture...), il doit devenir le terrain d’investigation d’un renouvellement urbain durable. S’interroger sur la ville, nous a amené à parcourir notre quartier (médiathèque/muséum) dans une redecouverte ludique des ses potentiels. Questionner la ville, en parallèle d’une recherche sur les projets architecturaux, urbains, artistiques actuels en résonnance avec nos envies, nous a permis de proposer quelques pistes, qui témoignent de notre volonté de faire et de penser dans le sens d’un avenir soutenable.


désordres / revue de presse L’approche alarmiste diffusée quotidiennement par les médias concernant le déreglement climatique, l’épuisement des ressources, les catastrophes naturelles, les émissions de CO2... nous interroge sur les manières de sensibiliser l’opinion public à la question du développement durable.

*-ressources L’homme depuis toujours puise sa richesse de la nature. Nous sommes les premières générations a être confrontées à la finitude des ressources naturelles.

Ressources énergétiques : au rythme des consommations actuelles, nous disposons de 41 années de réserves prouvées de pétroles, 70 années de gaz , 55 années d’uranium. (statistical review of worlr energie, gaz de france, commission

des communautés européennes 2000)

Le coût des matières premières a explosé en prévision des stocks restants : (london metal exchange)

Le discours des multinationales de l’énergie fossile est tout autre : « Pour vous notre énergie est inépuisable ». Au Canada, on exploite maintenant du pétrole non conventionnel trop coûteux à produire auparavant : «Total convoite les sables bitumineux de l’Alberta - L’extraction du bitume : [...] La technique minière requiert de gros travaux et une forte consommation d’eau. Une autre technique, utilisant la vapeur, est très énergivore, et provoque d’importantes émissions de gaz à effet de serre» (Radio Canada, 2005)

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«C’est désormais une certitude, les prix pétroliers et alimentaires ne vont pas baisser de sitôt. Il faudra s’adapter , et vite. Déjà les automobilistes américains roulent moins vite , note Newsweek et en France la consommation de carburants à diminué de 10% au mois de Juin dernier. Et en Asie, de nombreux pays cessent de subventionner le carburant. A moyen terme, l’explosion des coûts transports va ralentir les échanges commerciaux , les délocalisations et bouleverser nos modes de consommations : vers le retour en grâce des produits locaux note le Business World de Calcutta. Cette nouvelle donne freinera la mondialisation mais creusera aussi les inégalités. L’extraction et la production de pétrole peut également mener à la ruine et à la guerre civile. Instabilité, corruption, insurrections … de nombreux pays, nouveaux producteurs, connaîtront bientôt la malédiction de l’or noir, explique le politologue américain Michael L.Ross.»

(courrier international n°917, avril 2008)


*-climat AFP - Jeudi 13 décembre 2007, 08h03 GENÈVE (AFP) - Le nombre de catastrophes naturelles dans le monde a progressé d’environ 60% entre 1997 et 2006 par rapport à la décennie précédente, passant de 4.241 à 6.806 désastres, a alerté la Fédération internationale de la Croix-Rouge qui attribue cette tendance aux conséquences du réchauffement climatique. Le nombre de morts a même doublé par rapport à la période 1987-1996, passant de 600.000 à 1,2 million, selon le rapport annuel de la Fédération sur les catastrophes publié jeudi.

Tsunami :photo de Franck Lavigne, Ecole Doctorale de Géographie de Paris

...Je trouve très inquiétant l’ampleur des dégats prévus : baisse de productivité agricole, dommage aux régions cotières, impacts sanitaires, aridité croissante de certaines régions très peuplées comme le bassin méditérranéen... ...L’autre chose inquiétante-mais j’espère que cela va changer dans les deux années qui viennent- c’est que à ce jour, la communauté mondiale n’a toujours pas commencé à agir sérieusement. (RAJENDRA PACHAURI, Les dossiers de la recherche n°31, mai 2008)

cyclone Catarina : www.science-et-vie.net

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La péninsule antarctique a connu l’un des réchauffements les plus rapides sur Terre avec près de 3°C au cours des cinquante dernières années.

www.plusniews.fr

(british Antartic Survey)

Le dernier rapport du Groupe international d’études sur le climat (GIEC) évoque alors une élévation des océans comprise entre 18 et 59 cm. Des populations entières vivent sur les zones côtières et sont donc menacées d’inondations. Certains pays comme le Bangladesh, où 17 millions d’habitants vivent sous le niveau de la mer, et certaines îles du Pacifique pourraient être submergés.


*-pollution

Un Septième continent composé de déchets. Dans le pacifique nord, les courants océaniques charrient des millions de tonnes de plastique. Leur accumulation couvre désormais une zone grande comme six fois la France.

(courrier international n°907, mars 2008)

Campagne «Réduisons vite nos déchets, ça déborde» 360 kg par an et par habitant : c’est le poids des déchets ménagers que nous jetons chaque année, un poids qui a doublé en 20 ans, du fait de l’évolution de nos modes de vie.

(campagne du Ministère de l’Ecologie et du Développement durable et 10 l’ADEME)


LES REJETS INDUSTRIELS La pollution atmosphérique est générée par l’homme directement ou indirectement dans l’atmosphère et les espaces clos sous forme de substances ayant des conséquences préjudiciables de nature à mettre en danger la santé humaine, à nuire aux ressources biologiques et aux écosystèmes, à influer sur les changements climatiques, à détériorer les biens matériels, à provoquer des nuisances olfactives excessives.

(www.ademe.fr)

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la Chine, l’un des principaux pollueurs du monde et qui dépend du charbon pour son énergie, pourrait dès cette année ravir aux Etats-Unis la première place pour les émissions de dioxyde de carbone et d’autres gaz à effet de serre, accusés d’être la cause du réchauffement climatique


*-population 1900 : 10% de la population mondiale vit en milieu urbain. 2008 : 50% de la population mondiale vit en milieu urbain, soit 3,3 milliards d’habitants. 2030 : 80% de la population mondiale vit en milieu urbain, soit 5 milliards d’habitants. (les 3/4 dans les pays pauvres) (global urban observatory)

« La population urbaine d’ Afrique et d’Asie doublera de 2000 à 2030. En d’autres termes, la croissance démographique enregistrée dans ces deux régions depuis le début des temps historiques se répètera en l’espace d’une génération. » « Dans ces conditions, les efforts déployés pour relever les défis et saisir les possibilités de la transition urbaine doivent être empreints d’un sentiment d’urgence ». (extraits de UNFPA state of world population 2007)

En une heure : 60 personnes de + à Manille 47 personnes de + à Delhi 21 personnes de + à Lagos 12 personnes de + à Londres 2 personnes de + à Paris (F: Moriconi-Ebrard, 2000)

Tokyo sera la seule ville riche à continuer de figurer sur la liste des 10 plus grandes villes. (global urban observatory)

En 2008, trois quarts des Français vivent en ville. (alternatives économiques, juin 2008)

Anamorphose de la répartition de la population française

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ville / renouvellement *-ville-shopping

*-économique / éthique

Les mécanismes et les espaces du shopping façonnent les grandes agglomérations des pays développés .

La surenchère technologique nous éloigne des fondamentaux de l’acte de construire (qualité d’espace, d’usage, et d’intégration…) au profit d’une juxtaposition d’innovations technologiques.

Le shopping organise les lieux de travail, les lieux de sommeil et les lieux de détente. Tous les lieux de vies sont régis par la consommation: les centres historiques, les musées, les hôpitaux, les universités, les écoles, les aéroports… La ville-shopping fait écho à la « SLAVE CITY » décrite par Joep Van Lieshout. Cette « Cité des Esclaves » vouée au productivisme le plus forcené, consommant simultanément hommes et énergie. Cette ville est un simulacre de camp de concentration où l’on travaille 14 heures par jour, une métaphore de notre monde en pleine mutation, une critique cynique de la mondialisation. De manière ironique, le caractère organique de Slave City fait écho à l’obsession écologique actuelle. Le libéralisme économique trouve dans les accords de Grenelle de l’environnement un formidable accélérateur de la consommation : la notion de développement durable est comprise comme un accroissement permanent du développement économique.

«Un tiers de la population mondiale invente des besoins inutiles au reste de l’humanité.» Le secteur bancaire propose des prêts «verts» favorisant les prêts à la consommation attractifs dans la rénovation de l’habitat . Le système récupère des valeurs éthiques pour développer du chiffre d’affaire. La ville-shopping réduit à néant l’essence même de ce qu’on appelle un espace public : l’espace n’est plus public. Il n’existe plus de lieux libres d’usages dans la ville ou bien sous contrôle d’accès. Les seuls lieux accessibles deviennent des terrasses ou l’on consomme. Les affiches publicitaires privatisent l’espace public (voir les collectifs de déboulonneurs. www.deboulonneurs.org).

Extrait du rapport annuel 2007 de Kaufmann et Broad (promoteur immobilier américain) : « Nouveaux revêtements, nouveaux vitrages, chauffage solaire, traitement des déchets… Les innovations se sont multipliées au cours des deux dernières années. Désormais, démarche environnementale peut rimer avec modernité, technologie et qualité architecturale ».

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*-m2 = € Comment faire accepter aux français de changer leur mode de vie après leur avoir fait miroiter depuis des décennies le rêve de devenir propriétaire d’un petit pavillon? Juin 2008, campagne publicitaire gouvernementale sur leur pouvoir d’achat : « vous êtes impatient de devenir propriétaire de votre résidence principale… la bataille du pouvoir d’achat se gagne au jour le jour. »

Notre système économique libéral individualise les familles face à l’accès à la propriété. Il faut encourager les citoyens à développer une mentalité nouvelle, plus ouverte aux intérêts collectifs . Les réunions de maîtres d’ouvrage privés se mettent en place en France, des collectifs régionaux se constituent afin d’acquérir les surfaces constructibles en ville et de construire des logements collectifs alternatifs.

L’acte de bâtir n’est pas déclenché par une envie de vivre autrement mais plutôt défini par la capacité d’emprunts des futurs acquéreurs définissant ensuite les options de la future maison familiale : une maison de lotissement dans un bourg à l’ écart de la capitale régionale pour un budget modeste ou bien un appartement style loft avec terrasse panoramique en centre ville.

BANKSY, 2006


*-principe de précaution

*-crise du logement social

L’état a besoin que ce système de consommation se déroule dans l’ordre et le calme. La ville s’assèche dans une logique de prévention de la délinquance, le ministère de l’intérieur entend peser de plus en plus sur les choix urbanistiques, notamment pour les aménagements importants des quartiers.

Le logement social ne progresse pas assez vite en France.

« Violences urbaines : La police s ‘empare de la rénovation des quartiers : Ne plus construire de dalles d’où des émeutiers pourraient lancer des pierres. Positionner des plots en béton devant les commerces risquant d’être visés par une voiture-bélier. Supprimer les auvents devant les halls d’immeubles pour empêcher les rassemblements de jeunes... » (Extrait du Monde du 27 Janvier 2008) Comment mettre un terme à la surprotection du législateur, le fameux « risque zéro » que l’on retrouve dans toute la structure de notre état : Justice, enseignement, santé … Ce risque zéro qui fabrique une ville lisse et homogène faite de ralentisseurs et de caméras de vidéosurveillance.

Le déficit en logement était estimé à 800 000 début 2008, et les logements construits oublient trop souvent les plus pauvres. Le budget que consacre les français au logement ne cesse de croître, il se situe devant l’alimentation, alors que la situation était inverse au début des années 80. La fondation Abbé Pierre estime qu’un couple avec deux enfants logé dans le secteur privé en province et dont le revenu est égal à 1,5 Smic va dépenser, après déduction de l’aide au logement, 54,3% de son revenu pour son loyer. Un niveau insoutenable . 30% des villes françaises ne respectent pas en 2008 l’obligation de 20% de logement sociaux. Cette crise du logement doit provoquer une réaction de la collectivité en terme d’assouplissement de la réglementation urbaine pour faire évoluer les nouvelles expériences urbaines.

Christoph Steinbrener & Rainer Dempf, Vienne, 2005.

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*-réglementations

*-nature :

Avec le renforcement des normes thermiques, comment maîtriser le surcoût de construction afin d’offrir aux familles modestes des logements abordables ?

La question de la nature dans la ville reste primordiale. Bien que les recherches et propositions dans ce domaine (continuité verte, affirmer le végétal comme composante essentielle de la ville) soient anciennes, tout reste encore à inventer pour faire respirer la ville et lui donner l’image qu’elle mérite, pour qu’un certain pessimisme urbain alimenté par les pollutions diverses ne favorise la fuite de ses habitants et par là-même l’étalement urbain si dévastateur.

La difficulté pour l’architecte se situe dans la hiérarchisation des différents objectifs : la thermique, la poésie, l’architecture, le lien social, la convialité… Effectivement la fabrication d’objets hyper-technologiques de l’architecture positive représente un enjeu majeur mais est pour l’instant réservée aux catégories supérieures. Et le risque est aussi de concevoir des morceaux de ville installés en périphérie, des « Tofu Bronx » comme ironisaient des habitants du centre ville de Freiburg. « Je préfère un bâtiment qui fuit dans une ville dense et conflictuelle qu’un bâtiment sain au milieu d’une forêt » nous expliquait Laurent Devismes lors de sa présentation . Tisser la ville sur elle même, offrir des lieux du vivre ensemble, réintégrer une qualité culturelle en réaction aux opérations de promotion immobilières banales qui viennent de voir le jour (cf : île de Nantes). Les collectivités locales devraient multiplier leur droit de préemption des parcelles notamment sur les nouvelles friches militaires, ferroviaires, et celles du clergé. Le rachat de ces parcelles permettraient de casser les hausses successives du prix du foncier en ville afin de réduire les coûts de construction et d’imposer de nouvelles stratégies urbaines. Les collectivités pourraient aussi se doter, par l’intermédiaire des révisions des PLU, d’outils leur permettant d’agir sur le nombre de logements vacants en centre-ville afin de rompre la spéculation immobilière qui préfère laisser des surfaces inoccupées plutôt que de les vendre à bas prix. Ces nouveaux enjeux urbains sont déterminants pour sortir de la villeshopping et fabriquer par petites touches la ville soutenable et conviviale.

-réemploi : «Rien ne se perd, rien ne se crée, tout de transforme» Antoine Lavoisier Jean-Marc Huygen dans son ouvrage « La poubelle et l’architecte (vers le réemploi des matériaux)» explique : «Plus que réutilisation, récupération ou recyclage, le réemploi-acte par lequel on donne un nouvel usage à un objet qui a perdu l’emploi pour lequel il a été conçu et fabriqué- permet de développer une nouvelle éthique de la matière et de nouvelles relations entre les hommes et la planète.»

*-soutenabilité : En tournant autour de toutes ces questions plus générales de la pollution, du climat ... ou plus ciblées de la ville shopping, de la gestion foncière, un sujet transversal nous obsède : la domination généralisée de l’économie de marché qui nous semble peu compatible avec un avenir soutenable, d’un point de vue social, culturel ou environnemental, bien au contraire. Que penser de cette société de consommation hyper-rationnalisée qui nous gouverne, et conditionne l’ensemble de nos faits et gestes, et limite notre imaginaire. Dans cette idée d’alternative, nous nous sommes intérressés au thème de la décroissance, et bien que ce mouvement soit vivement critiqué et critiquable, la lecture de ces thèses nous interroge forcément sur notre mode de vie (occidental) qui doit absolument être remis en cause pour s’inscrire dans un mouvement soutenable.

Artiste inconnu, Barcelone, 22 août 2008.

*-densification : De quels terrains, surfaces disposons nous pour continuer à construire la ville? Il y a les bâtiments existants tout d’abord qu’il convient d’éviter de démolir pour ne pas produire de déchets supplémentaires d’une part et qu’il faut réutiliser en imaginant une affectation adaptée (ex: parking Neptune) ; les bâtiments innoccupés qu’il faut réinvestir d’urgence! On remarque également beaucoup d’espaces vacants sans fonction : lieux résiduels composés des interstices des constructions, les pignons aveugles, les failles, les dents creuses, les toits terrasses, autant d’espaces que l’on n’imagine pas constructibles, en tout cas dans la logique actuelle foncière et réglementaire. Ces espaces pourraient être investis pour densifier la ville et la renouveler.


pistes urbaines

vache du quartier français de Tübingen

Les constats, réflexions, inquiétudes sur les désordres locaux ou planétaires, nous conduisent à nous interroger sur notre propre engagement. Quelles actions sommes nous capables d’imaginer, pour participer à notre échelle, avec nos moyens et nos envies à changer les choses? Notre champ d’investigation porte sur la ville où nous habitons, notre quartier. Nous sommes convaincus que l’investissement personnel est une clé d’une évolution durable de la société, et que cela passe par des initiatives locales. La ville nous semble être un des points sensibles des enjeux du développement durable, et le tissu existant le support envisageable d’un renouvellement urbain. Les propositions que nous présentons sont avant tout le témoignage de notre prise de conscience d’une part, et des envies qui nous animent d’autre part. La faisabilité (technique, administrative, financière...) n’est pas le sujet principal de notre travail, qui porte plus sur une recherche intuitive de possibilités d’interventions architecturales et urbaines porteuses d’idées

pouvant contribuer au vaste débat qui nous préoccupe aujourd’hui. Nous nous sommes simplement promenés dans notre quartier, en observant les rues , les bâtiments, les parcs, les trottoirs , les dents creuses, les interstices, les toits, les espaces résiduels, les arbres, le ciel, le mobilier, les voitures, les matériaux... en confrontant sur site nos idées pour la ville. Nous présentons ces réflexions sous la forme de 12 projets illustrés.

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image du film «Blade Runner» de Ridley Scott (1982)

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sites 1 crash à tulip’land / place de la petite hollande

4 dé-TOUR-nement de camions / 16, rue de la Verrerie

2 bivouac hôtel / 2, rue Montaudouine

5 libre-occupé /

3 pointillés en herbe / place de la Monnaie jardin du Misée Dobrée 4, rue Désiré Colombe cours Cambronne Place de l’Edit de Nantes

6 le potager du Roy / cours Cambronne

9, rue de la Verrerie 4, rue de Montaudouine 8, rue Arsène Leloup

7 le vent l’emportera / 4, place Bretagne

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11

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8 bidons-ville / rue Jean-Jacques Rousseau 9 scrap house / quai de Turenne 10 capsule-terrasse / 22, rue Lizé 11 résurection solaire / cimetière Miséricorde - cimetière Bouteillerie 12 friche militaire Quartiers Mellinet - Richemont - Lamoricière

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Crash à tulip’land

1 place de la Petite Hollande

S’intéresser à la place de la Petite Hollande s’est s’attaquer à une icone de la modernité du 20ème siècle et en même temps à un symbole de la pollution atmosphérique actuelle : L’AUTOMOBILE! La place de la petite hollande est avant tout un parking automobile, mais c’est aussi une place de marché hebdomadaire et le lieu de quelques festivités ponctuelles.

C’est aussi une vaste zone de bîtume étanche, et une surface de réchauffement important de l’air ambiant. Les usages de cette place sont-ils compatibles? Comment faire cohabiter ces activités? Peut-on réduire l’impact de l’automobile? Peut-on désimperméabiliser? Notre proposition tente d’apporter une réponse globale aux problèmes posés, en exacerbant les caractéristiques du lieu : le parking : nous proposons de réduire l’emprise au sol des voitures en construisant un parking aérien (dont les effluents peuvent être traités avant d’atteindre le sol). les halles : le rez-de-chaussée du parking peut-être occupé par des commerces du marché et ainsi affirmer la place de ce marché populaire et cosmopolite en centre ville. le parc : toute la zone occupée par l’ancien parking est dégoudronnée et envahie de tulipes et renommée «tulip’land». C’est un grand jardin fleuri et coloré. Le Crash : le site est survolé chaque jour par des dizaines d’avions. Il est facile d’imaginer le crash d’un avion venant s’échouer au bout de la place en laissant des traces dans le champ de tulipes formant les chemins piétons. La mise en scène du crash sensibilise le passant à la pollution et la sur-consommation d’énérgie générées par le trafic aérien. La carcasse : les restes de la carlingue de l’avion sont transformés en un lieu d’information, de diffusion, et d’échanges sur les questions environnementales.

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bivouac hôtel

2 2, rue Montaudouine

Le bivouac hôtel est né de la nécessité d’occuper toutes les surfaces disponibles du centre-ville. On remarque une multitude de pignons aveugles. A l’aide d’une structure métal ou bois on peut proposer des espaces habitables : un mur d’escalade habitable. Cet hôtel met à disposition des chambres de 10 m2. L’ensemble est composé d’un maximum de matériaux recyclés (ex : panneaux frigorifiques). Le bivouac hôtel dispose d’un espace commun de cuisine, salle à manger, sanitaires et réception au niveau du sol. Les occupants sont invités à profiter de la vue sur les toits de Nantes au dernier niveau, autre lieu de convivialité.

pignons nantais

Misfit Tower (vertical meeting point) Corée, 2005 architecte: MESARCHITECTURE www.mesarchitecture.org

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pointillés en herbe place de l’Edit de Nantes

place de la Monnaie

4,rue Désiré Colombe

jardin du Musée Dobrée

place de l’Edit de Nantes

3 cours Cambronne

rue Désiré Colombe

jard

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jardin du muséum

din du musée dobrée

cours cambronne

Les pointillés en herbe sont un fil conducteur vert qui relie les parcs et jardins publics entre eux. Le piéton, le cycliste quand il se promène en ville n’a plus qu’à suivre un pointillé pour arriver à un parc, un jardin, un espace public végétalisé, arboré, dans lequel il va pouvoir faire une pause, pique-niquer, rêvasser, dormir, jouer, retrouver quelqu’un... Les pointillés sont de petites emprises circulaires gagnées sur le bitume des trottoirs ou des rues par sciage. On enlève la pastille de bitume, on vide les gravats et couches superficielles pour atteindre la couche perméable. On remplit le trou de terre végétale, et on sème des herbes sauvages ou toute autre plante resistante. On augmente la surface perméable, on installe le végétal, on crèe des parcours...

Actions associées : -les parcs existants tels le jardin du musée Dobrée peuvent être revégatalisés, seuls les cheminements peuvent rester minéraux. -des cheminements piétons ou cyclables peuvent être créés en fond de parcelles privées pour créer des liaisons et pour augmenter le réseau en herbe. -des actions de «débitumination» au marteau-piqueur peuvent être menées sur des espaces publics résiduels et ensuite ensemencés ou plantés. (site de référence sur la green guerilla : www.guerrillagardening.org)


dé-TOUR-nement de camions

4 16, rue de la Verrerie

L’immeuble du 16 rue de la verrerie est un bâtiment datant de la reconstruction. Son toit terrasse peut être le support d’une plate forme de logements composée de semi-remorques frigorifiques offrant un module de vie de 13,50 x 2,45 x 2,60 m soit 33 m2 par unité. La répartition des logements est de 1, 2 ou 3 modules. Des terrasses partagées permettent une appropriation de l’immeuble. des espaces extérieurs peuvent être aménagés en jardin. Certains modules sont utilisés pour de la culture hors sol de légumes ou fleurs, dans l’esprit d’une ferme maraîchère verticale.

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libre/occupé! 8, rue Arsène Leloup

5 4, rue Montaudouine 9, rue de la Verrerie

Combien de logements, bureaux et autres locaux innocupés depuis 5, 10, 20 ans peut-être? Organisons leur occupation! Spontanée, sauvage, associative, illégale??? Avant d’occuper tous ces locaux , peut-être faut-il attirer l’attention sur les lieux eux-mêmes en s’en servant de support artistique : emballage, graffiti, peinture, végétalisation... Proposons des utilisations soutenables (logements sociaux, commerce équitable, locaux associatifs...) auto-construits avec des matériaux de récupération...

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immeuble squattĂŠ, Amsderdam

empaquetage du reichstag, Christo & Jeanne-Claude, Berlin,1995


Le potager du Roy

6 cours Cambronne

Cet espace public classique du 18ème, composé d’un axe traversant, est aujourd’hui une triste vitrine de musée. Le cours est un lieu de passage, une promenade linéaire à la proportion végétale assez limitée. Nous proposons de requalifier ce parc, en le transformant en un grand potager urbain dans lequel la proportion de végétal est maximale. Le jardin est maintenant géré par une structure coopérative. Les fruits et légumes sont vendus aux gens du quartier, ce qui minimise leurs déplacements et leur procure surtout des légumes de qualité. L’ensemble contribue à qualifier l’environnement architectural et paysager, tout en faisant respirer le quartier.

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le vent l’emportera 4, place Bretagne

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La Tour Bretagne : que faire de cet embarrassant symbole des années 70 en faveur de la croissance, du monde tertiaire, de la cravate et de la clim’? Ce fût d’ailleurs un fiasco total (niveaux de bureaux innocupés, absence de commerce à rez-de-chaussée, restaurant panoramique fermé, visites interrompues pour cause de suicides...) Renversons la vapeur, ou plutôt profitons du vent qui tourne. Servons nous de cet enorme signal urbain pour en faire un signe durable, et plus particulièrement dans le domaine des énergies renouvelables. Les éoliennes ont ce pouvoir évocateur, qui rapellent les ailes de moulin d’antan ou les hélices de l’aéronautique. Rêvons quelques instants et imaginons la tour Bretagne recouverte de fleurs, d’hélices, de pales, de pétales et de rosalies diverses, toutes au service d’Eole pour fournir en énergie l’ensemble de la tour et plus si affinités...

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bidons-ville

8 rue Jean-Jacques Rousseau

Les immeubles anciens du centre-ville peuvent-ils échapper au renouvellement urbain que pourrait générer la prise en compte des enjeux environnementaux? Oublions un instant les positions conservatrices de protection des façades de pierre par les ABF. Nous imaginons pour ces rues anciennes de les agrémenter de plugs, d’extensions, de passerelles aux vertus écologiques...en profitant des surfaces de toitures ardoisées pour récupérer les eaux de pluies dans des citernes accrochées aux façades, en créant des terrasses suspendues entre les bâtiments, en disposant des petits systèmes éoliens en lieu et place des décorations de noël gourmandes en électricité.

citernes en bois, New York

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Scrap House! Quai de Turenne, ĂŽle Feydeau

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«On ne doit pas perdre la matière». L’homme rejette quotidiennement une quantité considérable de déchets divers, dont certains pourraient être détournés et recyclés en matériaux de construction. Nous proposons la re-construction en centre-ville (tel le projet «scraphouse») d’un lieu de dépôt et de reconditionnement de déchets pouvant servir à la construction. Dans ce lieu, les gens qui ont un projet de construction ou de rénovation pourraient déposer leurs matériaux de démolition en échange de matériaux de récupération reconditionnés. Dans ce même esprit, nous imaginons organiser l’échange d’objets personnels sous la forme de dépôt libre à des points de regroupement, un jour donné par mois et par quartier. maison en matériaux de récupération (72 000 morceaux de moquette) Lucy House, RURAL STUDIO, 2001-2002

mise en situation nantaise du projet californien de SCRAP HOUSE (www.scraphouse.org)


capsule terrasse 22, rue François Lizé

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En associant deux impératifs majeurs d’une construction durable (densification et réemploi) on peut aboutir à des projets remettant en cause l’ethétique urbaine classique d’une rue pavillonnaire et redynamiser les quartiers résidentiels de la première ceinture nantaise en occupant les toits terrasses des maisons. Le réemploi de citernes en espaces de vie verticaux permet d’attribuer plus de surface horizontale en terrasses végétalisées.

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usefull + agreeable house Neil M.Denari Architect, 2007 www.nmda-inc.com


résurection solaire cimetière Bouteillerie cimetière Miséricorde

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L’implantation de champs solaires doit-elle se faire uniquement en milieu rural? Dans le territoire limité de la ville, il est difficile de trouver des surfaces d’exploitation solaire. Les cimetières offrent cette possibilité d’immenses surfaces à couvrir de panneaux photo-voltaïques pouvant alimenter tout un quartier en électricité (transport d’énergie réduit). Ce peut-être l’occasion de requalifier ces lieux en leur redonnant un caractère plus paysager et en favoriser leur traversée.

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friche militaire

12 St Donatien / Dalby

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Comme cela s’est déja fait en Allemagne, les sites militaires français prochainement «démantelés» (2010) pourront constituer de vastes réserves foncières et bâties comme celui de Nantes/Dalby (250 000 m2) permettant la mise en oeuvre d’un nouveau grand projet de ville, après Malakoff/Pré Gaucher et l’île de Nantes. Le site existant peut-être réhabilité, transformé, densifié, détourné... le tout dans un esprit écologique et soutenable.

BANKSY(2006) artiste londonien


bonus track

Nos promenades et discussions répétées ont fait germer d’autres idées, d’autres projets que nous n’avons pas développés, mais que nous souhaitions quand même aborder : -initier la gratuité des transports publics (bus, tramway, navibus, biccloo) -réinvestir la Loire, comme lieu d’activités, de transport, de commerce, d’habitation... -mettre en service des liaisons maritimes à voile entre Nantes / SaintNazaire / Bilbao / Porto / Lisbonne / Cork / Portsmouth. -reconsidérer la ville à l’échelle des enfants (children’s friendly city) - agir contre la pollution/surconsommation des vitrines des magasins éclairées de jour comme de nuit (interrupteurs, capteurs, éclairage à diodes...) -proposer une alternative au chauffage électrique ou au gaz des terrasses des cafés (couvertures, air chaud recupéré et filtré des chambres froides, cuisines, et autres sources de production de chaleur...) -continuer la sensibilisation des habitants en succitant le débat par l’affichage in situ de vrais-faux panneaux de chantier reprenant les 12 pistes urbaines.

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Installation d’un vrai-faux panneau de chantier Cours Cambronne.


utopie ?

«La crise est, de fait, autrement fondamentale qu’une crise économique et de société. C’est l’utopie sur laquelle les sociétés industrielles vivaient qui s’éffondre. Et J’emploie utopie dans le sens que la philosophie contemporaine donne à ce terme : la vision du futur sur laquelle une civilisation règle ses projets, fonde ses buts idéaux et ses espérances... Cela veut dire qu’il nous faut changer d’utopie.» André GORZ, «Métamorphoses du travail, critique de la raison économique», 1988 48


«IL FAUT CHANGER NOTRE MODE DE VIE» (RAJENDRA PACHAURI, Président du GIEC, Prix Nobel de la Paix 2007)

ouais c’est ça!

Nantes délire, Nantes respire  

Nantes délire, Nantes respire de Yann Superchi et Bruno Audebaud