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SKATEBOARD MAG

Kevin Rodrigues, polejam frontside boardslide. Alex Pires

L 15375 - 146 S - F: 5,50 â‚Ź - RD


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Éric Antoine


Willow

Alors que nous sortons tardivement de l'hiver, on se permet le vice de vous y replonger avec ce nollie 360 flip glacial d'un Willow bien emmitouflé. Vous remarquerez sa planche “pré pro-model” ainsi que les gants et les multicouches de sa combinaison de survie en région hostile : l'Allemagne hivernale en l'occurrence. Ceci devrait vous faire apprécier d'autant plus le retour d'un climat plus clément qui rend un peu plus supportables les contacts forcés avec le sol…

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Des photographies d’Alberto Polo, une intro d’Hugo Liard et un journal de bord de Julien Bachelier.


Tout ça est arrivé avant que vous arriviez aux États-Unis ? Oui, c’est ça. Et puis on a quitté la Corée pour venir à Hawaii, on était sans papier… On n’est pas resté là-bas trop longtemps, une année tout au plus et puis on a bougé à Gardena, en Californie. Tu habites toujours dans cette même région aujourd’hui… Oui, c’est marrant… C’est là que j’ai commencé à skater, je devais avoir 13 ans. J’ai commencé si tard parce que mes parents étaient très stricts. Pour eux, je n’avais pas grand chose à faire sur un skate.

Et puis mes parents ont divorcé et j’ai commencé à skater…

la discipline se fait de plus en plus rare, ce sont les enfants qui dressent leurs parents ! [rires]

Pour une fois le divorce a apporté quelque chose de positif… [rires] Oui, c’est vrai… En fait pour que je puisse aller skater avec mes potes, ma mère me filait un exercice de math qu’il fallait que je réussisse sinon interdiction formelle de mettre un pied dehors. Mais je ne peux pas lui en vouloir, elle a fait ce qu’elle pensait être le mieux pour moi. Les parents ont tous des approches différentes en fonction de leur passé et de leur conviction. Aujourd’hui,

Tu peux nous parler de ce trick que tu as fait pour une récente pub Almost, dans un full pipe ? J’avais déjà vu des gars faire ce trick il y a un bout de temps. Il faut arriver sur une courbe assez raide, enlever les pieds de la planche en la lançant devant, tout en la maintenant avec la main avant. À l’époque, c’était quelque chose d’assez commun. Un jour, je skatais avec Cooper [Wilt], on en est venu à parler de ce trick et il m’a demandé si je savais le faire. J’ai essayé sur le wall du park Girl


Kickflip

“Aujourd’hui, la discipline se fait de plus en plus rare, ce sont les enfants qui dressent leurs parents !” et j’ai fini par y arriver. J’ai bien aimé la sensation, j’avais l’impression d’être Spiderman ! [rires] J’en ai refait quelques-uns en essayant d’écarter les jambes en airwalk et ça marchait… Du coup, je voulais en filmer un, mais pas dans un park, il fallait trouver un vrai spot. Dans un full pipe c’était parfait parce qu’il y a vraiment moyen de monter haut dans l’over vert. 61


88 Alex Pires


Avec internet, l’industrie de la musique est mal en point. Selon toi, c’était inévitable ? Malheureusement oui. C'est bête, parce que je pense que la facilité qu'il y a maintenant à trouver une musique sur internet retire beaucoup de plaisir à la chose. Par exemple tu écoutes un nouveau groupe que youtube a eu la gentillesse de te recommander, et si ça ne te fout pas assez la patate, tu avances à trente secondes, deux minutes… et si ça ne te plaît toujours pas, tu vas écouter autre chose. Et c’est pareil pour les vidéos de skate… Ceux qui mettaient des cassettes dans leur magnéto, je ne sais même pas s’ils avaient la possibilité de passer une part.

Pourquoi

est-ce que l’on ne te voit jamais

faire de flippy-tricks ?

Parce que je n'ai jamais compris comment marchaient ces trucs-là et que ça me prend vite la tête. C'est sûrement réservé aux mecs doués… Quels

sont les skateurs qui t’ont le plus

influencé ?

Même s’il y a pas mal de skateurs qui me font rêver, je ne pense pas vraiment avoir été influencé. Pontus est sûrement celui dont j'ai le plus regardé les parts et je ne dis pas ça parce qu'il me donne des planches. Sinon il y a les gars de Welcome Skateboards et bien sûr Manuel Schenck [à voir en pleine action dans la Chute du SuGaR #138 – ndlr]. Mes goûts ont sûrement évolué, mais ça fait quand même un bon moment que je m'intéresse surtout à des skateurs qui ne s'imposent pas de règle et qui ne sont justement pas trop influencés par les modes courantes. 89


Un “pool” est généralement constitué d'un petit et un grand bassin (shallow end et deep end), de carrelages sous le coping (tiles), d'une ou plusieurs lumières et d'une boîte de filtrage (death box). Passer au-dessus de cette dernière constitue un trick de base du skateur de pool. Ils sont aussi équipés de quelques marches (par leur aspect on les appelle gâteau de mariage ou wedding cake) ou d'une échelle soit intégrée au pool, soit en métal et plantée dans le sol. Des éléments plus exotiques, comme des murs en béton, permettant des wallrides ou tout autre excentricité de riches Américains ont été également trouvés. Tout ça rend la recherche encore plus excitante, on ne sait jamais sur quoi on va tomber en grimpant une palissade. Trouver des piscines skatables dépend de variantes économiques et sociales.

La quête de piscines praticables en skateboard est un sujet particulièrement intéressant à traiter avec Steve Alba. Il est une des légendes du skate des années 80 qui a skaté plus de pools que quiconque sur terre, 3000 selon lui, et qui affirme clairement : “Personne ne peut trouver des pools aussi bien que moi”.

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“Personne ne peut trouver des pools aussi bien que moi” - Salba Les techniques de chasse à la piscine vide ont évolué avec le temps et Salba explique que le principal facteur est d'être toujours à l'affût du moindre indice : des panneaux d'agent immobilier, de l'eau dans les gouttières, du courrier accumulé devant les portes et dans les boîtes à lettres, un gazon mal entretenu, des crottes de chien dans l'allée… Chaque indice donne une indication sur le statut de la maison et ce qu’on peut trouver derrière la palissade que l’on devra franchir illégalement à un moment ou à un autre. Il pousse l'analyse jusqu'à conclure que dans les culs de sac, il y a plus de belles piscines à skater parce que c'est l'endroit d'un quartier où les maisons n'ont pas de voisins et des jardins plus grands, donc plus de place pour des piscines ! Avant de parcourir les rues, Salba a repéré les piscines vides par avion ou bien par hélicoptère. Ozzie, lui, raconte qu'il a convaincu un agent de l'urbanisme d'Oceanside de le conduire en hélicoptère et de lui indiquer les rues où ils voyaient des piscines vides. Résultat : 200$ de location, 19 adresses de piscines et 6 d'entre-elles skatées. Aujourd'hui, google earth semble avoir été fait pour eux et a révolutionné le petit monde des chasseurs de pools en leur facilitant sérieusement la vie.


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SuGaR 146  

Au programme du numéro 146 : Kévin Rodrigues (avec un "s") et Daewon Song en interview, la fameuse histoire des piscines californiennes cont...