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Les P’tites Nouvelles www.sttlhl.org Juin 2014 (Vol. 41, no.4)

Un bel ÉTÉ À L’ENSEMBLE DE NOS MEMBRES


Les P’tites Nouvelles, juin 2014

Billet d’humeur d’été

Le Fourre-Toutte de l'Institutte Par Louis de Punès dit de Lafontaine Mettons les choses au clair en commençant, malgré la publicité tapageuse depuis les 15 dernières années, il n'y a pas encore "officiellement" d'Institutte à proprement parler. Malgré la pancarte devant la bâtisse. Malgré les entêtes de papier à lettres. Malgré tout le reste et le bla bla bla. Pour y arriver, il faudra à l'administration en place (et c'est beaucoup dire quand on dit "en place", au rythme où les gestionnaires viennent et s'en vont surtout) énormément de travail pour authentifier un certain nombre de prérequis qui, à ce jour même, sont loin d'être réalisés. On a beau se targuer des titres qu'on voudrait bien avoir dans nos rêves de gestionnaires les plus fous, il faut quand même répondre aux critères minimums requis pour être l'entité tant souhaitée et publicisée, ceux de l'Agrément et du reste du Léviathan bureaucratique de la santé. Et ça a un prix. Comme le disait si bien Jean Perron, il y a souvent loin de la coupe aux lièvres! Et des lièvres à Louis-H, il y en a de plus en plus... et pas juste sur le terrain! Ce n'est pas parce qu'on a de grandes oreilles qu'on entend mieux. La réalité est, ma foi, bien décevante... "La Madamavonisation des services" Vous vous souvenez de cette publicité des années 60 où cette femme sonnait à la porte et lançait le fameux; -"Ding Dong! c'est Madame Avon"! (1) Et bien avec le piteux état de l'hôpital actuel, on aurait plutôt envie de lui répondre; -"Avons besoin de rien"! en lui claquant la porte au nez. Pas parce qu'on n’aime pas la madame, mais parce que ce que l'on a vraiment

besoin dans ce dossier, on l'avait déjà, on l'avait bâti et mis en place au cours des 40 dernières années à force de travail, de changements, de coupures, de luttes et de combats; c'était des idées nouvelles, une initiative unique, des équipes compétentes et visionnaires, des soins pointus et toujours à la fine pointe clinique, mais l'Administration actuelle se plaît à continuer à nous l'enlever au quotidien, à sabrer aveuglément dans nos acquis et nos postes, dans les soins à la population, Agence de santé aidant évidemment. Pas d'argent, alors on coupe... mais où? Dans les soins directs évidemment. Pas dans la structure, pas dans l'administratif, pas dans les bureaux et tiroirs ni dans les réunions inutiles ben non, ce serait trop facile. Le résultat: fermetures et coupures de postes et de services au complet, gestionnarisation totale des relations humaines au profit d'une cosmétisation factice d'un contenant qui se vide de plus en plus vite de son contenu. On engage des boss, des pousseux et pousseuses de crayons, des chargés de projet (de démolition avouons-le) qui viennent des autres cimetières du réseau avec l'objectif presque avoué d'en faire un nouveau avec Louis-H!

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En clair, ça donne des mosaïcultures, un long sens unique inutile autour de l'hôpital , des paniers bios, des Jaco Jacasse de cirque, des personnages médiévaux qui se pavanent dans les unités débordées et sous-staffées, des sondages, des études, des concours intranet, des voyages en Afrique, des ceintures LEAN, des e-GAP sans queue ni tête, des formations de 3 jours ou de 3 heures (ou pas pantoute selon qui vous êtes et votre titre d'emploi), des projetsslogans comme "Êtes-vous heureux au travail?" alors que les ressources humaines refusent d'activer le processus de la semaine de quatre jours (pourtant en place depuis longtemps dans le reste du réseau québécois d'ailleurs et déjà conventionné svp!), sans oublier les fameux NVP (Nouveaux Vieux Projets) "Avançons en arrière ou Reculons vers l'avant", c'est selon l'humeur des p'tits nouveaux gestionnaires du moment (qui n'ont évidemment AUCUNE idée de l'historique de l'hôpital) et déterrent des morts en voulant faire passer ça pour de l'innovation, remettant en vedette et au goût du jour le passage d'OMEGA au PGCA puis, dans un élan de génialité, le retour à OMEGA, la mise à mort du SIV et le plus récent (mais non le moindre), le projet "PATIENT-PARTENAIRES!


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Oui oui! Après les fous, les malades, les usagers, les bénéficiaires, les clients, les résidents on en revient, toujours selon la vision novatrice et modéliste de nos administrateurs dévalués des HEC au retour triomphal des "PATIENTS"! Bravo. Génial. 1980 style! On aura donc fait tout ça pour ça? 7 lettres et 40 ans de recul... Bref, on aura compris que la "cosmétisation" de l'hôpital a pour seul et unique but avoué de couper pour pouvoir exister. Comme "Institutte"! Avouez que c'est quand même assez navrant et démotivant, franchement ridicule. "Dis-moi qui je suis et je te dirai qui sortir" Depuis les derniers mois, l'externe a été témoin bien malgré lui d'une curieuse migration de boss, de p'tits boss, de ceux qui se prennent pour des boss et même de quelques administrateurs de haut niveau perdus dans les dédales des coupures à faire et de l'Agrément menacé et qui sont sortis du Royaume de l'Institutte pour venir voir de visu l'allure de la bête. Des ronds-de-cuir que nous ne voyions jamais arriver, tout au plus sont-ils présents au quotidien sur la page de pub Intranet de l'Institutte avec leur photo (surtout quand ils arrivent à l'Institutte), les voilà qui débarquent en meute les uns après les autres, avec leur petite liste d'épicerie et les cases à cocher pour leurs beaux dossiers. Certains viennent vérifier la sécurité, d'autres le matériel, d'autres ce dont nous avons besoin d'urgence, puis des audits de çi et de ça, des formations E-JAPPE (le chien de garde de la DSIS), etc. Dans l'euphorie du moment, certains travailleurs ont même droits à des compliments, à des "je ne sais pas comment vous faites"

bien sentis et émouvant pendant que d'autres, moins chanceux, n'ont même pas droit à un regard ni une salutation. Finalement, les semaines et les mois passent, et rien ne se passe. Le matériel commandé n'est pas encore arrivé, l'internet et le câble toujours pas posés pour les résidents (après un an!), pas de nouvelles ni de l'un ni de l'autre. On se renvoie la balle à savoir QUI n'a pas fait LA fameuse requête pour ci, et pour ça, et tout le tralala. Personne ne se demande jamais pourquoi tout ça. On tourne en rond et à l'unisson à l'Institutte. Et pour le bien-être de la clientèle, ben on repassera… "Puis un jour arrive où tout urge..." Et ça donne des situations surréalistes: des réunions urgentes sont annoncées le jour même -dans nos bureaux en plus- où peu sont conviés (nos administrateurs aiment demeurer en vase clos quand ils sortent de leur Royaume) et où, en tendant une oreille distraite et discrète, on se rend vite compte que ces (nouveaux) décideurs ne savent en rien comment nous fonctionnons, ce que l'on fait au niveau clinique, nos approches bref rien de rien, nada. Tout ce qui leur importe, ce qu'ils veulent savoir et avoir, ce sont des chiffres, des statistiques, des pourcentages, des dates au carré et au final QUI du groupe pourrait quitter vers une autre ressource. Et le plus vite sera le mieux. Quitte à ce que ces transferts se fassent en plein été, quand les équipes sont en vacances et instables. On a donc des tableaux où des bachelors se libèrent soudainement pour un peu n'importe qui dans les 48 heures (j'exagère à 3

peine), des projets d'appartementslaboratoires sont mis en place en moins de trois semaines (en attente de budget de l'Agence), des réunions de bilan d'hébergement cédulées avec toute l'équipe élargie, mais sans mettre au courant ni inviter l'intervenant principal au dossier (ce n’est pas nécessaire! nous a-t-on répondu), des déplacements de clients suggérés dans l'empressement de libérer une place, mais sans tenir compte de la réalité et du suivi clinique souvent lourd, sensible et particulier de l'individu concerné bref vous comprendrez facilement qu'on n'est évidemment plus dans une ère d'approche et de soins biopsychosociaux, mais bien dans la gérance de modèles de décroissance arbitraires, inhumains, et surtout, d'une inconscience bureaucratique crasse basée sur des impératifs statistiques de performance. Le patient-partenaire dans tout ça? Ben oui, prends tes valises pis part... "QUI BOSSE QUI finalement?" Parce que la chaine de commandement est sous pression du haut vers le bas, un flou s'installe subrepticement et on assiste à une suite de tableaux où des RUV, des APPR et même des techniciennes jouent au boss (bien malgré eux nous le savons) en délaissant leur rôle clinique et de soutien pour celui de prolongement des gestionnaires. Leurs lèvres nous susurrent des "Combien ça va coûter ça?, J'ferai pas venir un électricien à 200$ pour poser un gradateur!, Pourquoi changer cette porte de bureau (qui a un jour de 2 pouces, est vide et incompatible avec la confidentialité de notre fameux Jaco Jacasse), Il faut voir plus loin!, Ils sont capables!" , certains prennent même la respon-


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responsabilité de ne pas faire remplacer un congé au quotidien (rôle du chef de service, il nous semble) et tout le reste... Des postes d'éducs sont alors coupés et remplacés par des ASSS (faute de "caseload" dit-on), plusieurs absences/congés au quotidien ne sont pas remplacés, certains RUV ont maintenant deux résidences, la charge de travail augmente et change, la lourdeur de la clientèle aussi, ce qui fait qu'on s'éparpille à gauche et à droite, pour répondre à tous du mieux possible, mais jamais avec constance... On a droit à des formations quasi-bidons façonnées à la va-vite pour combler les "deadlines" et agrémenter l'Agrément, à toutes sortes de demandes rapides pour hier. On se croirait dans une agence de pub à la veille d'un gros "pitch national"!

"Let's get out of here"! Dans le même désordre d'absurdités, il est facile de comprendre alors pourquoi autant de personnes quittent l'hôpital; certaines, très importantes, supposément pour leur retraite (laissez-moi rire!), d'autres en accéléré vers leur vraie retraite, écœurés par la façon dont on déboulonne leur milieu de travail, une démotivation répandue, des absences à long terme, l'apparition d'une chaine de commandement qui dysfonctionne, des jeunes éducs/asss qui sont déconcertés par la désorganisation du travail et le peu d'attention dont ils sont victimes, vous avez ici un portrait plus que conservateur, mais réaliste de l'hécatombe qui arrive au magnifique Royaume Cosmétique de Fortuna.

ser le maquillage d'un hôpital psychiatrique (j'allais écrire "l'asile", le fou!) en Institut de Recherche Scientifique et Universitaire pour pouvoir se pavaner de congrès en congrès en disant: "J'y étais! L'Institutte, c'était moi." Comprenez-moi bien, je n'ai rien contre la recherche, mais pourquoi balayer les soins de 1e, 2e et 3e lignes bien en selle depuis des années et efficaces pour des considérations strictement économiques voire politiques? Cela ne tiendra pas la route dans un futur immédiat. Qui en paiera la note? Tous. Vous et moi, ceux qui souffrent et souffriront, les jeunes tellement nombreux et "multipoqués" comme c'est pas possible... Au secours, madame la Reine, votre donjon prend l'eau!

"Ne me dites pas qui je suis, mais dites-moi de quoi j'ai l'air!" Parce qu'en fin de compte, la référence première des gestionnaires du réseau n'est plus que de finali-

(1) Pub AVON: Ding Dong! (1962) http://www.youtube.com/watch?v=7 4aDOHL9S6g

Procédure de fin de remplacement long terme à durée indéterminée

Une entente gagnante pour les Par Philippe Bérubé personnes liste de rappel Depuis toujours, les travailleuses et travailleurs disponibles sur la liste de rappel étaient soumis à une règle archaïque où il était impossible de quitter un remplacement à durée indéterminée. Dans un tel cas, ces personnes devaient démissionner de l’établissement ou encore perdre leur ancienneté. Cette injustice est partiellement corrigée, car le 23 mai dernier, le

syndicat et l’employeur signaient une entente pour libérer les salariés liste de rappel de long remplacement qui les contraignaient trop souvent lorsqu’ils voulaient retourner aux études ou pour tout autre projet. Dorénavant, il sera possible de mettre fin à un remplacement à long terme à durée indéterminée après une période de 180 jours (6 mois) suite à un préavis écrit de 4

30 jours. Par contre, la personne salariée ne pourra exercer son droit de supplantation. L’entente doit être renouvelée après 1 an (mai 2015). Elle sera toutefois soumise à l’approbation des membres lors d’une assemblée générale prévue à l’automne 2014.


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"Lecture d'été, pour décompresser..." Il y a quelques mois, je vous avais recommandé le premier tome d'une trilogie de Jean-Jacques Pelletier intitulé "Les Taupes Frénétiques", un bouquin révélateur de l'époque servile et néolibérale absolue qui nous englobe dans ses extrêmes quotidiennes. Le second tome "La Fabrique de l'Extrême" est tout aussi jouissif et révélateur à-propos des affres de l'économie, de la technologie envahissante et de la religion, mais il vous faut lire absolument le dernier, "La Prison de l'Urgence" où l'apothéose du néo-narcissisme nous rappelle tous à l'ordre. Pelletier continue son analyse pointue de notre société actuelle avec brio et justesse, une lucidité qui lui fait dire de nous que nous

sommes des Narcisse en puissance vivant dans le moment présent, "significatif de cette dérive est le passage d'une civilisation de la possession à une de l'accès: accéder à des générateurs d'intensité (de plaisir- NDLR) devient le moyen de faire avaler aux consommateurs une dépossession du monde et le renoncement à le changer." Quand on pense au résultat des dernières élections, on peut facilement mettre en perspective cette image de Pelletier. Il ajoute "... Néo-Narcisse déteste les contraintes. Il ne veut pas d'un État qui soit animé par un programme politique pour changer la société. [..] il désire qu'il se fasse le protecteur des projets individuels. Et

l'essentiel de ces projets individuels, c'est la liberté de consommer sans avoir à craindre d'interférences de la part des autres". Je ne peux vous garantir que de la plage, du chalet ou à votre pausesanté au 3e riel vous aurez le grand sourire et vous esclafferez de rire en lisant cet essai, mais ce que je sais par contre, c'est qu'il vous donnera assurément le goût de remettre en question le fonctionnement actuel de la société, en commençant peut-être par vous, votre santé et votre travail. Sur ce, bon été à tous et ensemble, nous pouvons! Turlututte! VIVE L'iNSTITUTTE!

Précision

Pour ne pas dire n’importe quoi Par Philipe Leroux Dans un trac non daté et sans logo, le président de AIM-FIQ de l’IUSMM m’accuse de dire des ‘’faussetés’’ et de tenir des ‘’propos insidieux’’ dans nos dernières P’tites Nouvelles. Il m’attaque nommément. Dommage. Pourtant je ne dis pas un seul mot contre l’exécutif local de AIM-FIQ de l’IUSMM dans mon article. Nous (je parle au nom du STTLHLCSN) lui laisserons sa rhétorique dans laquelle il défend légitimement son organisation, bien que nous sommes loin de partager son interprétation des dernières négociations du secteur public et des

tractations qui ont mené à la création du présent front commun. Mais là, où l’on ne peut pas lui permettre de dire n’importe quoi, c’est quand il parle de ‘’propagande de la CSN, préparant sournoisement le terrain’’ pour un maraudage de la catégorie 1. Clarifions les faits; Premièrement, le STTLHL (CSN) n’est pas dans une dynamique de maraudage de la catégorie 1 à IUSMM malgré l’intérêt avoué de certain(e)s de leurs membres.

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Deuxièmement, c’est la FIQ qui ‘’dessine un plan de propagande’’ de maraudage, c’est elle qui est l’agresseur, c’est elle qui maraude la catégorie 1 à Sacré-Cœur, à Sainte-Justine, au CSSS Bordeaux-Cartierville, etc. C’est elle qui envoie des courriels de maraudage à tous les exécutifs syndicaux de l’APTS, membre du Front commun. Troisièmement, notre syndicat n’a jamais agi de façon sournoise et si un jour nous voulons marauder la catégorie 1 à l’IUSMM, les choses seront claires dès le départ.


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La méthode Lean, ou comment déshumaniser les services de santé Par Étienne Boudou-Laforce (1) au Québec Ce modèle d'organisation du travail met à mal la mission des établissements de santé, induisant un stress accru aux travailleurs et tendant à réduire la qualité des soins offerts. Bien que de vives critiques aient été exprimées à maintes reprises par différents intervenants, chercheurs, associations d'usagers et organisations syndicales, l'application de mesures d'optimisation des services émanant de la méthode Lean (semblable, pour l'essentiel, à la méthode Toyota) se poursuit dans le réseau de la santé et des services sociaux. L'introduction tant décriée de la méthode Lean dans les soins à domicile par la firme Proaction, en 2012, ne semble pas avoir servi de sonnette d'alarme et poussé nos décideurs à apporter les changements nécessaires. Dans certains services du réseau de la santé, on continue malheureusement d'appliquer ce modèle d'organisation du travail qui, de par ses changements organisationnels et structurels, transforme nos établissements de santé en chaînes de montage. En effet, le travailleur est de plus en plus réduit à occuper un rôle gestionnaire et la personne bénéficiaire, quant à elle, est réduite à n'être qu'une « machine » comme les autres . C'est pour le moins préoccupant. Pour la petite histoire, le Lean provient du Taylorisme et du Fordisme, et plus récemment du Toyotisme. En fait, de toute méthode qui met de l'avant des logiques de production industrielle standardisée, de processus d'amé-

lioration continue, de réduction des inventaires et d'élimination de tous les types possibles de gaspillages. Lean, c'est littéralement «production maigre». On aspire à faire plus avec moins, à allier efficience - et non efficacité! - avec flexibilité. Partant de là, la méthode Lean est souvent présentée comme la solution miracle face aux compressions budgétaires dans le réseau de la santé et des services sociaux, celle qui pourra remettre à flot les finances et optimiser les services. On aimerait bien sûr y croire, mais ce n'est qu'un leurre. Les effets pervers de la méthode Lean sont largement documentés: dénaturation des services publics en raison de l'introduction d'objectifs de rentabilité issus du secteur privé, détérioration du climat au travail, augmentation des problèmes de santé du personnel, non-respect des codes de déontologie professionnels et des conditions de travail convenues dans la convention collective, etc. Dans le manifeste du RÉCIFS (Regroupement, Échanges, Concertation des Intervenantes et des Formatrices en Social), on soutient que le Québec a introduit «...des éléments du secteur privé, des éléments de mesure, des cibles précises en terme de clientèle, de nombre et de temps 6

d'intervention.». Le RÉCIFS affirme qu'on mine ainsi la créativité des intervenants, ceux-ci devant maintenant appliquer bêtement des critères définis, atteindre des quotas, remplir des statistiques, respecter le minutage des interventions, et de la sorte «Les cas les plus complexes se retrouvent ainsi réduits à leur plus simple expression, sans possibilité pour l'intervenant d'y consacrer les ressources suffisantes et le temps adéquat.». Bien que cette tendance soit présente depuis déjà longtemps, le Lean vient ajouter une dimension supplémentaire. Toujours dans l'urgence, sans ajout de personnel, de temps et de ressources financières, le travailleur social, l'infirmière et l'ergothérapeute, notamment, ont un rôle qui s'apparente de plus en plus à celui d'un gestionnaire de cas, bien loin de ce pour quoi ils ont décidé d'œuvrer dans leur domaine. Or, se rend-on compte qu'en minimisant la place du jugement professionnel et en niant la flexibilité naturelle inhérente à l'intervention sociale, cela a pour effet d'affaiblir l'engagement du personnel. Dans son texte La souffrance des intervenants: perte d'idéal collectif et confusion sur le plan des valeurs, l'auteur Lucie Biron écrit avec justesse que:


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« Devoir comptabiliser des interventions sans égard au temps qu'on y a consacré ni au niveau de difficulté rencontré confronte les aidants à l'incohérence, ce qui constitue en soi une forme de surcharge et peut contribuer à user leur motivation.». Sans surprise, le Lean engendre un taux d'absentéisme, de démission, de maladies et de dépressions anormalement élevé chez le personnel, en plus de nuire à l'ambiance quotidienne au travail. Il advient que le Lean épouse une vision corporatiste du secteur des services sociaux et entrevoit tout sous la lentille du quantitatif et de la productivité la plus primaire, faisant peu de cas de la complexité des problèmes et enjeux touchant les personnes bénéficiaires et les intervenants. Alors, bien sûr, tout n'est pas noir, la supervision du travail et l'amélioration continue, par exemple, ne sont pas néfaste en soi, mais encore faut-il que les projets d'amélioration de l'organisation du travail soient véritablement élaborés avec la participation du personnel, des syndicats et des usagers. Ce qui préoccupe parti-

culièrement, c'est sur quoi le Lean porte et portera? S'il réglemente à l'aveuglette les temps d'entrevue, s'il ne considère que le seul travail effectué en individuel comme service à comptabiliser et à offrir sans gaspillage, alors nous allons dans la mauvaise direction. Ce n'est pas du Lean dont le social a besoin, c'est d'une perspective qui ouvre des portes sur le développement des communautés dévitalisées, l'inclusion des personnes marginalisé dans leur milieu de vie et l'amélioration du tissu social. L'intervention à l'échelle humaine n'est pas quantifiable À l'occasion d'une conférence sur le Lean à l'Université de Sherbrooke, Angelo Soares, professeur et chercheur à l'École des sciences de la gestion de l'UQÀM, rappelait que nous ne pouvons pas tout mesurer. Certaines choses sont incommensurables (présence, empathie, sollicitude, émotions, amour), mais néanmoins essentielles. Un geste, une attention, une discussion, est souvent beaucoup plus efficace qu'une pilule, par exemple. Albert Einstein soutenait que «Ce qui compte ne peut pas toujours être compté, et ce qui

peut être compté ne compte pas forcément.». Lorsqu'on apprend qu'une intervention suivant un décès est parfois fixé à 30 minutes dans certains établissements, il y a lieu de s'inquiéter. Comment en sommes-nous arrivés à mesurer, quantifier et formater l'intervention auprès de l'être humain de la sorte? Si la méthode Lean peut s'appliquer sur une ligne de montage, dans la conception d'une automobile, elle n'a que peu de raison d'être dans le réseau de la santé, alors que l'on s'attarde directement à des êtres de chair et de sang, de conscience et de sensibilité. La méthode Lean doit être vigoureusement dénoncée et les professionnels doivent continuer à revendiquer de nouvelles approches, mais également des charges de travail raisonnables, loin des principes gestionnaires. (1) Étudiant à la maîtrise en service social. Source de l’article : Le Huffington Post. 19-08-2013 http://quebec.huffingtonpost.ca/etien ne-boudou-laforce/methode-leansante_b_3761879.html

Suivi d’intensité variable (SIV) Une belle mobilisation! 155 personnes concernées par l’abolition des SIV ont signé une lettre à l’intention de l’Agence de la santé de Montréal. La grande majorité des psychiatres ont également signé. Une belle mobilisation de l’ensemble des intervenants SIV pour une cause juste. 7


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ASSEMBLÉE GÉNÉRALE De consultation sur les projets de négociation des tables centrale et sectorielle

ERCREDI 10 SEPTEMBRE 2014 Comme vous avez pu le remarquer, les mercredis, les ouvriers spécialisés de l’IUSMM portent un chandail noir. Cela s’inscrit dans une campagne de mobilisation à l’échelle nationale, en commun avec la FTQ, la CSQ et SFPQ, afin de faire reconnaitre leur titre d’emplois à leur juste valeur. Des travaux issus de la dernière convention collective ont bien été menés pour proposer des solutions aux problèmes vécus par les ouvriers spécialisés, tels que la pénurie de main-d’œuvre spécialisée dans le secteur public, mais les résultats se font attendre. La CSN est en attente de l’ouverture d’une table de négociation avec le Conseil du trésor. Rappelons que dans certains cas, certains d’entre eux accusent un retard salarial de plus de 30% par rapport à d’autres secteurs d’activités.

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