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Pourquoi la JOC a-t-elle décidé de mener une campagne contre la répression?

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La JOC prépare actuellement une campagne sur la répression. Jalil Bourhidane, permanent de la JOC de Bruxelles, nous la présente... La JOC travaille depuis toujours avec un public de jeunes travailleurs et de jeunes issus des quartiers populaires. Nous avons pu remarquer que de nombreux jeunes se plaignaient de manière récurrente des méthodes de la police. Il y a de cela quelques années, des jeunes jocistes de Namur se sont fait interpeller de manière musclée par la police. Ces derniers mois, les tensions avec la police n’ont cessé d’augmenter. Lors de l’Euro-manifestation du 29 septembre 2010, la police a encore fait usage de la force envers des manifestants pacifistes, parmi lesquels se trouvaient des permanents et des militants de la JOC. Nous avons directement réagi en publiant un communiqué de presse et en participant activement à une manifestation de la Ligue des Droits de l’Homme contre la répression qui avait pris place lors de cette manifestation. Pour permettre de mieux comprendre les causes de cette répression, nous avons mis en place un groupe de travail qui réunit les fédérations JOC de Mons, Liège, Namur et Bruxelles. Après plusieurs semaines de rencontres et de débats, les permanents et les militants du groupe de travail se sont rendus compte de l’importance de la

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problématique et ont, dès lors, décidé de mener une campagne sur cette thématique. Le groupe de travail a rencontré des organisations comme la Ligue des Droits de l’Homme. Il a récolté quelques témoignages de personnes ayant subi des violences policières. Nous avons parcouru l’actualité pour identifier les événements qui avaient donné lieu à une telle répression. Pour le groupe de travail, la conclusion s’imposait d’elle-même : la répression policière a augmenté. Pour pouvoir lancer notre campagne, nous avons effectué des recherches qui nous ont permis de mettre en évidence cinq grands axes sur lesquels nous voulions travailler. Nous avons pris du recul vis-à-vis du thème abordé qui n’était plus, simplement, la répression policière, mais ce que nous avons appelé : la « répression d’état ». • Le premier axe est ce que nous avons appelé la "répression politique". Ce que nous entendons par là, ce sont les répressions de militants dans les manifestations. Les autorisations pour pouvoir organiser des manifestations sont de plus en plus difficiles à obtenir. On dénombre de plus en plus


• Le second axe est la discrimination opérée par la police envers certains publics. Aujourd’hui, toutes les études le montrent : les personnes immigrées ou issues de l’immigration et les jeunes sont les victimes du zèle de la police. On ne compte

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d’arrestations préventives. Celles-ci sont pourtant interdites par la loi belge car elles sont discriminatoires. C’est tout simplement des arrestations au faciès. Nous constatons aussi de plus en plus de restrictions sur la liberté d’expression lors de manifestations. Nous avons notamment vu cela lors d’une manifestation antifasciste, à Charleroi, où la police a confisqué des banderoles sur lesquelles figuraient des slogans anticapitalistes car, selon eux, ce n’était pas le thème de la manifestation. Lors de l’Euro-manifestation du 29 septembre 2010, la police a aussi confisqué les pancartes des manifestants No Border. Enfin, il n’y a pas si longtemps, lors des rassemblements des Indignés, il y a encore eu des arrestations préventives de citoyens indignés et la confiscation de leur mégaphone.

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plus le nombre de témoignages de jeunes harcelés par les contrôles d’identité de la police. Lors de difficultés économiques telles que celles que nous traversons actuellement, il est plus facile de stigmatiser les immigrés et les jeunes que de lutter contre les vraies raisons de la crise. L’actualité regorge d’exemples de ce phénomène. Lors des dernières émeutes à Londres, certaines personnes, comme le député bruxellois du MR Alain Destexhe, en profitent pour mettre de l’huile sur le feu en évoquant une immigration qu’il dit n’être plus assez contrôlée depuis des années. Madame Turtelboom, quant à elle, n’a cessé de faire des sorties médiatiques à l’approche des grandes vacances pour demander à la police de harceler les jeunes à la côte belge, ou encore d’établir une liste noire des jeunes dans les domaines récréatifs.

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• La lutte contre le flashball et le taser constitue le troisième axe. La Ministre de l’Intérieur, Mme Turtelboom, veut armer nos policiers de ces armes non létales, créées

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comme une alternative aux armes à feu pour arrêter un suspect sans le tuer. D’après les résultats des premières études publiées sur le taser et le flashball, ces armes ne sont pas une bonne alternative à l’arme à feu. Tout d’abord parce qu’il y a déjà eu des morts ou des blessés graves suite à leur utilisation. On connaît notamment le cas d’un lycéen parisien qui a perdu un œil pendant le mouvement des retraites en France. Ensuite, les armes non létales sont utilisées dans des situations ne nécessitant pas l’usage d’armes à feu.

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• Le quatrième axe concerne le refus du "tout sécuritaire". Depuis plusieurs années maintenant, l’état joue de moins en moins son rôle de régulateur. Bien au contraire, il est de plus en plus acteur de la déréglementation. On peut donner l’exemple des services publics privatisés, ou encore la non mise en place de taxes sur les marchés financiers, etc. Cette situation a aggravé la précarité de nombreuses personnes. Le taux de chômage chez les jeunes a explosé. Un nombre croissant de personnes ont des perspectives de vie de plus en plus difficiles. Et pour une majorité de personnes, il est quasiment utopique d’espérer avoir droit à une retraite financée par la collectivité. Dans une société où l’avenir s’assombrit, on connaît de plus en plus de tensions et d’insécurité. Face à cela, les pouvoirs publics ont trouvé deux solutions : la première, nous l’avons explicitée ci-dessus comme étant la stigmatisation d’une partie de la population, la seconde réponse est, plus de police et plus de surveillance. C’est ainsi que nous avons vu fleurir, dans la majorité des villes européennes, des caméras et portiques de sécurité, etc. Les grands intouchables comme la liberté individuelle sont aussi remis en cause. Aujourd’hui, il est normal pour un patron de faire suivre son employé, de contrôler ses mails, tout comme il n’est plus choquant que les États-Unis reçoivent la liste des personnes qui prennent des plats sans porc dans les avions. Il nous semble clair que mettre un policier derrière chaque citoyen est impossible, et que cette dérive est dangereuse. Ce n’est pas en surveillant et

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Dans une société où l avenir s assombrit, la réponse est plus de police et de surveillances.

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en fichant tout le monde que nous arriverons à diminuer l’insécurité qui se vit dans notre société. • Le dernier axe est le combat contre le sur-financement du tout sécuritaire au détriment du social. Nous le voyons, les politiques ne cessent de vouloir augmenter l’effectif policier, installer plus de caméras, etc., alors que les services publics sont sousfinancés. Le premier symptôme d’une société qui tombe malade, c’est le policier qui se trouve à chaque coin de rue pour surveiller un peuple qui vit des moments difficiles. On voit de plus en plus de gros commissariats naître dans les quartiers populaires. De plus en plus de cordons de policiers lourdement armés se retrouvent devant des conseils d’administration d’entreprises, empêchant ainsi les travailleurs d’obtenir des réponses à leurs questions. Dans un autre contexte bien plus dramatique, la première réaction du pouvoir algérien, lors des révoltes arabes, a été de doubler le salaire de ses policiers. Nous sommes face à une crise violente du système capitaliste. Tous les pays européens mettent des plans d’austérité en place. L’agenda politique est très clair : le peuple va payer la crise des marchés et du capital. Cela va augmenter les tensions, les mouvements sociaux et les émeutes. Nous pensons qu’il faut éviter de rentrer dans le populisme qui veut qu’on réponde au désespoir des gens par plus de sécurité. Il faut au contraire mener des changements socio-économiques et institutionnels très forts. Il faut assurer à chacun et à chacune une vie décente, qu’il faut combattre pour une société égalitaire possible, que tout le monde a droit à un système de santé et un système éducatif gratuits, d’avoir un emploi et un logement décents. Il faut donner la possibilité aux jeunes et à la population d’avoir des perspectives d’émancipation. La prison ne fait pas rêver alors qu’une vie dans la dignité oui.


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Les actions de la campagne

Le groupe de travail interfédérations a décidé de ne pas garder son analyse des différents axes pour lui tout seul, mais d’en discuter avec tous les jeunes du mouvement. Nous avons mis en place une coordination nationale et des groupes de base dans les régions pour mener cette campagne. À l’heure où cet article est écrit, cinq stickers et cinq affiches sont en production. Ils reprennent, de manière parfois humoristique ou plus revendicative, les axes présentés ci-dessus.

Outre les changements socio-économiques importants, il faut aussi des changements dans le système institutionnel, comme celui de combattre la discrimination face à la police et au système judiciaire. Il faut cesser de vouloir faire du chiffre car cela amène une pression structurelle sur les systèmes policier et judiciaire qui vont alors s’attaquer aux publics les plus fragilisés. Il faut aussi mettre en place un système préventif de qualité et un système "pénitencier" permettant la réinsertion des prisonniers et non pas leur marginalisation et stigmatisation. Il ne faut pas fournir d’armes non létales à la police. Il faut arrêter de mettre des caméras et des portiques de sécurité partout.

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La campagne va se développer au fil de grandes ou plus petites actions. Nous organiserons, dans le courant du mois d’avril, un grand festival de deux jours à Liège sur le thème de la répression policière. En cette même période, une manifestation aura lieu à Bruxelles. Nous organiserons aussi un certain nombre d’actions plus ciblées, en utilisant des méthodes variées comme le « théâtreaction ». Nous essayerons d’organiser, dans de nombreux quartiers populaires, des débats sur la relation entre les jeunes et la police. Une vidéo-trailer sera montée pour présenter la campagne. Nous réaliserons aussi des interviews et des micro-trottoirs de jeunes qui témoignent pour les présenter au festival. Nous créerons également un concours d’artistes et de groupes engagés dont le gagnant pourra monter sur scène. Avec tous les artistes participant à ce concours, nous tenterons de monter une compile qui sera présentée au festival.

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