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La Croix

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MARDI 15 MAI 2007

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RELIGION

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EN BREF

PORTRAIT

Un cardiologue à la tête du Crif Richard Prasquier

Nouveau président du Crif JE AN AYISSI/AFP

Le Conseil représentatif des institutions juives de France a élu dimanche Richard Prasquier pour succéder à Roger Cukierman, dont il était conseiller. Ce dernier, ayant accompli deux mandats de 2001 à 2007, n’était pas rééligible. Si la compétition s’annonçait « très ouverte », selon l’expression du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) la semaine dernière, l’élection du nouveau président s’est effectuée rapidement lors de l’assemblée générale, dimanche. Richard Prasquier l’a en effet remportée au deuxième tour, avec 77 voix contre les autres candidats : Henri Hajdenberg (50 voix), Jo Zrihen (36) et Arié Bensemhoun (25 voix au premier tour), qui s’était retiré à l’issue du premier tour.

Médecin cardiologue parisien de quier a œuvré ainsi pour que juifs 62 ans, Richard Prasquier était l’un et chrétiens dépassent vingt siècles des deux conseillers – avec Serge de malentendus et de haine, s’apKlarsfeld – du président sortant puyant sur son amitié avec l’ancien Roger Cukierman. Depuis 1997, secrétaire de l’épiscopat pour les ce Polonais d’origine – ses pa- relations avec le judaïsme, le P. Jean rents, miraculeusement réchap- Dujardin, et le successeur de celuipés à l’extermination en Pologne, ci, le P. Patrick Desbois. Lui qui a sont arrivés en France en 1946 – pré- souvent exprimé son admiration side le Comité français pour Yad pour Jean-Paul II – surtout après Vashem, conservatoire de son voyage à JérusaSes priorités : la mémoire de la Shoah en lem – faisait partie lien avec le mémorial de de la délégation lutter contre Jérusalem. À ce titre, il a l’antisémitisme juive accueillie place accompagné de nombreux Saint-Pierre pour les et contribuer voyages à Auschwitz, nofunérailles du pape à faire prendre tamment en octobre 2002 polonais. Richard avec une délégation Prasquier est égaconscience épiscopale conduite par lement président de la menace le cardinal Jean-Pierre de la commission iranienne. Ricard, président de la des relations interConférence des évêques nationales du Crif et de France, ainsi qu’en avril 2005 membre du Conseil international avec le cardinal Jean-Marie Lus- d’Auschwitz. tiger et une centaine de juifs et de Parmi ses priorités déclarées, le catholiques français. nouveau président veut lutter contre En tant que président du groupe l’antisémitisme, contribuer à faire de liaison du Crif avec la Confé- prendre conscience de la menace rence épiscopale, Richard Pras- iranienne, améliorer l’image d’Is-

raël dans les médias et améliorer la représentativité du Crif. Il souhaite notamment rendre possible le retour du Consistoire central au sein du Crif, alors qu’il en était parti en février 2004, estimant insuffisant le nombre de ses délégués au sein du Conseil. L’assemblée générale du Crif avait, par ailleurs, commencé par le rapport d’activité de son directeur général Haïm Musicant, soulignant qu’« Israël reste au cœur des préoccupations » du Crif. Le directeur a salué en Roger Cukierman « un militant engagé qui a dû faire face avec courage et conviction à des situations inédites » : deuxième Intifada, attentats terroristes en Israël, remontée des actes antisémites en France… Le président sortant a su, selon Haïm Musicant, « donner les réponses à une communauté juive bouleversée, angoissée » sans crainte d’être « non politiquement correct ». À l’issue de l’assemblée générale, Roger Cukierman a été nommé président d’honneur du Crif. CLAIRE LESEGRETAIN

Le P. Claude Geffré privé d’un doctorat honoris causa La Congrégation pour l’éducation catholique, au Vatican, s’oppose au souhait de la Faculté de théologie de Kinshasa qui voulait honorer le théologien français

C

e devait être une belle cérémonie. À l’occasion du jubilé d’or de la Faculté de théologie catholique de Kinshasa (République démocratique du Congo), le théologien français Claude Geffré, 81 ans, avait été invité à recevoir le titre de docteur honoris causa. Pour cela, le doyen de la faculté, le P. Leonard Santedi Kinkupu, avait demandé à Rome, en octobre dernier, le nihil obstat (« rien n’empêche ») nécessaire pour cela aux facultés canoniquement reconnues par le Vatican. Ce n’est que deux jours avant l’ouverture des cérémonies, le 20 avril

dernier, que l’université africaine a reçu une réponse : négative. La lettre de la Congrégation pour l’éducation catholique, écrite après consultation de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a indiqué à Kinshasa son refus d’accorder le nihil obstat, sans préciser de motifs. De son côté, le P. Geffré n’a reçu aucune information sur une éventuelle mise en cause de ses travaux théologiques. Il a dû annuler son voyage au Congo et reste à ce jour sans nouvelles du Vatican. Professeur émérite de l’Institut catholique de Paris – où il avait été choisi par le cardinal Jean Daniélou pour le remplacer en 1968 –, le P. Geffré est l’un des plus grands noms de la théologie française des dernières décennies. Ancien directeur de l’École biblique de Jérusalem et responsable de la collection théologique « Cogitatio fidei » (Cerf), ce dominicain est spécialiste en théologie fondamen-

tale et en théologie des religions, qu’il a orientée vers une théologie interreligieuse. Directeur de l’École doctorale de la Catho de Paris, il a formé des générations d’étudiants, dont des Africains. Il a déjà reçu deux doctorats honoris causa des universités catholiques de Sherbrooke et de Laval (Canada). Rencontrée par l’assistant du maître de l’ordre dominicain pour la vie intellectuelle, la Congrégation pour l’éducation catholique aurait oralement exprimé des réserves sur la théologie des religions du P. Geffré et sur son dernier livre De Babel à Pentecôte. Essais de théologie interreligieuse (Cerf – lire La Croix du 1er juin 2006), où il porte un regard critique sur certains aspects de la déclaration Dominus Iesus publiée par le cardinal Ratzinger en 2000. « Je pense que Dominus Iesus appuie trop sur la distinction entre l’absolu et le relatif, comme si le relatif était l’abandon de

la vérité, nous déclare aujourd’hui le théologien. Je crois que la vérité chrétienne n’est pas exclusive, ni même inclusive de toute autre vérité. Je maintiens l’absolu de la médiation du Christ pour le salut, mais je critique l’absolutisation du christianisme comme religion. C’est une position très modérée aujourd’hui. » Depuis l’annulation de son voyage, le P. Geffré a reçu de nombreux témoignages de soutien, mais il reste « désarmé » par la décision de Rome. « Ne pas donner les motifs du refus, ne pas chercher à entrer en dialogue, c’est une attitude surprenante et même détestable, regrette-t-il. À mon âge, au lieu de m’exprimer de la gratitude, je prends cela comme une gifle un peu absurde. » Il déplore de même ce que cette attitude peut avoir de « blessant » à l’égard des Africains, « comme s’ils étaient de petits garçons qui avaient fait un mauvais choix… » ÉLODIE MAUROT

Le sourire de Benoît XVI a touché les Brésiliens La visite du pape, rentré hier du Brésil, a été très suivie par la presse, qui n’a pas épargné ses critiques SAO PAULO

De notre correspondant

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es centaines de photos parues dans la presse brésilienne tout au long des quatre jours de la visite pastorale du pape, le lecteur retiendra une chose : le sourire sincère d’un Benoît XVI visiblement satisfait et ému de sa présence dans le plus grand pays catholique au monde. Le pape n’aura d’ailleurs pas caché, dès son arrivée au Brésil, être « très heureux » de ce voyage en Amérique latine, le premier de son

pontificat. S’il était difficile pour Benoît XVI d’éviter la comparaison avec son prédécesseur, son image froide et austère aura été révisée par la simplicité d’un homme qui sera parvenu à casser un peu de la glace qui le séparait du public. Selon un sondage publié sur son site Internet par le quotidien carioca O Globo, pour 64 % des lecteurs interrogés, ce déplacement aura permis aux fidèles de mieux apprécier Benoît XVI. Un sentiment également relayé par l’édition dominicale du quotidien de centre droit O Estado de Sao Paulo, titrant sur « le dégel papal ». Les médias brésiliens n’ont pas, pour autant, été avares de critiques, notamment quand Benoît XVI a rappelé l’enseignement de l’Église sur l’avortement, le divorce ou

la chasteté. Dans un éditorial, le grand quotidien de centre gauche Folha de Sao Paulo louait l’attitude du président brésilien Lula défendant son ministre de la santé José Gomes Temporao, lequel s’est prononcé publiquement pour une légalisation de l’avortement dans un pays où la population y est pour l’heure majoritairement opposée. La presse a largement évoqué les théologiens de la libération, se posant la question de leur poids actuel et de leur capacité réelle à se faire entendre. L’hebdomadaire d’extrême gauche Brasil de Fato, sous le titre évocateur « Entre libération et obéissance », ouvrait ainsi cette semaine ses colonnes à Leonardo Boff. Quelques jours plus tard, dans le quotidien O Estado de Sao Paulo, ce dernier écrivait que « l’intelligence

politique consiste à transformer le capital spirituel et éthique des chrétiens en une force sociale de mobilisation et de changement ». Un journal où le P. Joao Batista Libanio, un des principaux représentants dans le pays de la théologie de la libération, considère que « le pape s’est humanisé au Brésil ». Ce jésuite affirme être à l’écoute d’un pape « ayant une vision très critique, et sur certains points très juste, de la modernité, notamment lorsque celle-ci nie ses origines chrétiennes ». La visite de Benoît XVI n’aura ainsi pas été exempte de surprises idéologiques de taille. STEVE CARPENTIER SUR WWW.LA-CROIX.COM

Retrouvez notre dossier spécial « Benoît XVI en Amérique latine ».

Le gouvernement malaisien retire son soutien à une rencontre interreligieuse Le Conseil des Églises de Malaisie a appelé le gouvernement à reconsidérer sa décision d’annuler son soutien à un séminaire islamo-chrétien. La décision du gouvernement malaisien avait entraîné l’annulation de cet événement, qui prenait place dans une série de rencontres qui ont déjà eu lieu à Londres, New York, Sarajevo et au Qatar, et devait être présidé par le Dr Rowan Williams, archevêque de Cantorbéry et primat de la Communion anglicane. Selon le Times de Londres, le gouvernement aurait autorisé le Dr Williams à venir en Malaisie pour ordonner un évêque anglican, mais pas pour participer à ce séminaire. Le Conseil des Églises de Malaisie a demandé au gouvernement d’expliquer sa décision, d’autant que le premier ministre s’était à l’origine félicité de l’organisation de cet événement.

ZIMBABWE D’autres confessions chrétiennes soutiennent l’épiscopat catholique face au gouvernement. « Nous remercions les évêques pour leurs positions. Ils doivent continuer à combattre bravement », a déclaré le pasteur baptiste Ray Motsi, président de la Conférence nationale des pasteurs. Après la lettre pastorale des responsables catholiques critiquant le régime de Robert Mugabe, le dictateur les avait prévenus qu’ils prenaient « un chemin dangereux ».

AGENDA

PARIS

Conférence. À l’invitation de l’Association des écrivains catholiques, Mgr Charles Molette, auteur de plusieurs ouvrages sur la résistance religieuse du catholicisme français au nazisme, donnera une conférence le mardi 22 mai à 11 heures, au couvent de la Visitation, 68 avenue Denfert-Rochereau, 75014 Paris (RER Port-Royal).

ESSONNE

Bible. Cercle biblique œcuménique en l’église luthérienne Saint-Marc, à Massy (place Saint-Exupéry), avec le pasteur Dominique Calla, mercredi 16 mai, 21 heures.

CALVADOS

Rassemblement. Festival de la Parole au Parc-Expo de Caen, jeudi 17 mai, de 8 h 30 à 20 h 30. Au programme : temps de fête, enseignement, ateliers, pour découvrir la diversité de la Bible (étude, liturgie, annonce, prière… ), spectacle, messe, concert. Site : www.catho14.cef.fr

LOIRET

Forum. Dans le cadre de la Journée diocésaine des familles, Agnès Auschitzka, journaliste à La Croix, assurera l’animation de l’un des cinq forums qui auront pour thème « Quelles responsabilités familiales ? », jeudi 17 mai, à partir de 14 heures, au séminaire d’Orléans (place Saint-Aignan). Contact : 02.38.24.28.00, www.pastorale-familiale45.cef.fr


Le sourire de Benoît XVI a touché les Brésiliens. Article paru le 15/05/2007