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date de publication : mardi 22/04/2008

Fernando Lugo, élu haut la main président du Paraguay CARPENTIER Steve L'ancien évêque a mis fin dimanche à soixante et un ans de domination du parti Colorado dans l'un des plus pauvres pays d'Amérique du Sud. SAO PAULO, De notre correspondant

Une victoire historique pour un homme au parcours hors du commun : Fernando Lugo est devenu dimanche soir le nouveau président de la République du Paraguay. L'ex-évêque, surnommé le « prêtre des pauvres » (lire le dossier paru dans La Croix du 18 avril), a remporté haut la main le scrutin organisé le même jour. Les résultats quasi définitifs le donnent gagnant avec 40,8 % des voix contre 30,8 % pour Blanca Ovelar, candidate du parti Colorado, et 22 % pour Lino Oviedo, un ancien général. La victoire de Fernando Lugo, candidat de l'opposition de gauche, signe ainsi la fin de soixante et un ans de pouvoir sans partage du parti Colorado, lequel dirige le pays sans discontinuer depuis 1947. Dans son premier discours effectué de son quartier général de campagne à Asuncion, Fernando Lugo s'est engagé à diriger un gouvernement « qui sera connu pour son honnêteté et non pour sa corruption », allusion directe au parti au pouvoir. « Nous allons construire la démocratie ensemble, vous êtes les héros du 20 avril 2008 », s'est-il écrié en s'adressant à ses partisans. Dans la nuit, des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues de la capitale, Asuncion, pour célébrer la victoire de leur candidat. Aucun incident n'a été relevé alors que l'on craignait des échauffourées avec les militants du parti Colorado. Il faut dire que leur candidate, Blanca Ovelar, a très vite reconnu sa défaite, saluant même « le triomphe » de son opposant de gauche. Jamais, dans l'histoire du Paraguay, le parti au pouvoir n'avait été remplacé lors d'élections libres. Coups d'État, révoltes, ou manifestations avaient jusqu'à présent le plus souvent fait tomber les chefs d'État en place. Nicanor Duarte Frutos, président sortant, a déclaré quelques heures après l'annonce des résultats que la passation de pouvoir se ferait de « manière pacifique et dans un esprit constructif ». La victoire de Fernando Lugo, même si elle était prévue depuis plusieurs mois par les instituts de sondages, résonne comme un coup de tonnerre au Paraguay. Il y a deux ans, Fernando Lugo était absolument inconnu sur la scène politique paraguayenne. Il est entré vraiment en politique en mars 2006 lorsqu'il a pris la tête d'une manifestation sous la bannière du mouvement Résistance citoyenne, qui réunissait les principaux partis d'opposition. Trente mille personnes descendirent alors dans les rues d'Asuncion pour protester contre Nicanor Duarte Frutos qui souhaitait se présenter pour un nouveau mandat alors que la Constitution le lui interdisait. Fernando Lugo attendra même fin 2007 pour annoncer officiellement sa candidature à la présidence de la République, prenant la tête d'une coalition de centre gauche, l'Alliance patriotique pour le changement, formée d'un très large éventail de sensibilités politiques. Désormais chef d'État d'un des pays les plus pauvres d'Amérique latine, Fernando Lugo fut pendant plus de trente-cinq ans un homme d'Église. Né en 1951 dans le département de Itapua, dans le sud du pays, il grandit dans une famille pauvre, dont une partie fut victime de la répression politique durant la dictature d'Alfredo Stroessner qui dura de 1954 à 1989. À l'âge de 20 ans, il intègre la congrégation des Missionnaires du Verbe Divin. Une vocation qui le mènera en 1994 à l'évêché de San Pedro, l'une des régions les plus déshéritées du Paraguay. Il renonce à l'ensemble de ses charges fin 2006, son engagement en politique étant incompatible avec son statut d'homme d'Église. Début 2007, Mgr Lugo a été suspendu « a divinis » par le Saint-Siège, ce qui lui interdit désormais de célébrer les sacrements. Inspiré de la théologie de la libération, Fernando Lugo s'est fait élire sur un programme qui veut lutter contre la corruption et le clientélisme. Mais il a surtout promis de s'attaquer à la misère et de lancer une réforme agraire de grande ampleur. Le Paraguay, dont 35 % des 5,6 millions d'habitants vivent sous le seuil de pauvreté, est en effet un pays extrêmement inégalitaire où une petite élite se partage les richesses du pays. 70 % des terres appartiennent à 10 % de grands propriétaires terriens, notamment ceux qui cultivent du soja dont le Paraguay est le quatrième exportateur mondial.

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17/2/2009


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