Issuu on Google+

I

I Bali rassemble tous les pays dans la bataille anti-CO2 La Croix

I

I

MARDI 18 DÉCEMBRE 2007

La conférence de l’ONU sur le climat a adopté la « feuille de route de Bali », qui associe les pays émergents à la réduction des émissions polluantes

I

l y a eu des larmes et des cris, samedi, à Bali. Mais une feuille de route existe. Les pessimistes retiendront qu’elle prévoit timidement que les négociations sur l’après-protocole de Kyoto (qui expire en 2012) commencent « au plus tard en avril 2008 » pour aboutir en 2009. Les optimistes relèveront que, pour la première fois, est lancé un « processus global », associant pays industrialisés et émergents à la lutte contre les émissions polluantes. Si les premiers sont invités à prendre les « engagements ou actions appropriés », les seconds sont priés de lancer « des actions vérifiables et mesurables ». Par ailleurs, la « feuille de route » souligne certes « l’urgence » d’une action internationale face au réchauffement, mais elle ne mentionne aucune fourchette indicative des efforts à entreprendre. Les Européens et certains pays émergents comme la Chine réclamaient que des objectifs quanti-

Prendre en compte les émissions de gaz à effet de serre dues à la déforestation et à la dégradation des sols. tatifs soient fixés. Mais, sous la pression d’opposants comme les États-Unis, seule une note de bas de page dans le préambule renvoie aux travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Deux scénarios y sont évoqués. Le premier prévoit une réduction des émissions de 10 % à 30 % (par rapport à 1990) pour les pays industrialisés d’ici à 2020, avec des efforts « marginaux » de la part des pays émergents. Le second, plus ambitieux, recommande 25 % à 40 % d’ici à 2020 pour les pays développés et 50 % pour tout le monde d’ici à 2050. Quels moyens vont permettre de faire face ? L’accord de Bali promet certes de renforcer les financements disponibles et les investissements pour soutenir les actions d’atténuation des émissions. Mais la conférence n’a pas répondu à la demande des experts, qui jugent très insuffisants les quelques millions ou centaines d’euros qui pourraient abonder d’ici à 2012 le Fonds d’adaptation au changement climatique, prévu par le protocole et

alimenté par un prélèvement de 2 % sur les « mécanismes de développement propre » (MDP) qui permettent aux pays du Nord de financer des projets énergétiques « propres » au Sud. Selon l’ONG britannique Oxfam, l’adaptation nécessitera 50 milliards de dollars par an. Quant à l’Agence internationale de l’énergie (AIE), elle estime qu’il faudrait, d’ici à 2030, « 22 000 milliards de dollars » d’investissements dans le développement de nouvelles technologies, comme la capture et le stockage du carbone, les énergies renouvelables ou le nucléaire. À Bali, il a juste été décidé de confier pour trois ans la gestion du Fonds à un conseil d’administration de 16 membres, créé au sein du Fonds pour l’environnement mondial (FEM). Avec une présidence tournante. Un groupe international d’experts a aussi été constitué pour plancher sur des mécanismes de transferts de technologies et la mise en place d’indicateurs de performance. Il reviendra ensuite aux pays d’évaluer leurs besoins et de les transmettre au FEM qui se chargera de définir des « programmes stratégiques ». Par ailleurs, les techniques de captures et de stockage du carbone, censées permettre d’absorber une partie des émissions dues aux centrales à gaz ou à charbon, ont obtenu un coup de pouce. La conférence a demandé à son organe scientifique et technique (SBSTA) de rédiger pour le prochain rendez-vous de Poznan (Pologne), en décembre 2008, un rapport sur les possibilités d’intégrer ce type de projets aux mécanismes de développement propres dans l’après-2012. Face à ce manque de décisions ambitieuses et concrètes, la grande innovation concerne sans doute les forêts. La conférence de Bali a effet décidé de prendre enfin en compte les émissions de gaz à effet de serre dues à la déforestation et à la dégradation des sols (20 % des émissions mondiales), comblant ainsi un vide de Kyoto et une forte attente des pays forestiers. En acceptant d’inclure la préservation des forêts dans les prochaines négociations, les participants de la conférence ouvrent la voie à des milliards d’euros de dépenses pour s’attaquer à l’exploitation illégale des zones boisées. Cela devrait encourager le lancement, d’ici à 2009, de projets pilotes pour lesquels un appel à contribution a été lancé. Les Américains ont une fois de plus freiné des quatre fers et failli faire échouer la conférence de l’ONU sur le climat, alors que les Chinois ont affiché une bonne volonté au moins de façade à la veille des JO de Pékin. Mais il se susurre, dans tous les ministères, que l’on attend le successeur de George W. Bush à la Maison-Blanche pour accélérer le processus. AUDE CARASCO

Accord entre Total et l’Indonésie

davec l’Indonésie pour lui transmettre les résultats de son projet pilote

Le groupe pétrolier français a annoncé hier la signature d’un accord

de captage et stockage de CO 2 près de Pau, en France. Aux termes d’un texte paraphé en marge de la conférence de Bali, l’Agence indonésienne pour la recherche et le développement de l’énergie et des ressources minières « pourra avoir accès aux principaux résultats » de ce projet, consistant à extraire le dioxyde de carbone des fumées émises par une chaudière de l’usine de Lacq, pour le réinjecter à 4 500 mètres sous terre dans un ancien gisement de gaz naturel.

V

CE QUI VA MIEUX

Le Brésil entre dans la liste des pays développés Moins pauvre, le Brésil reste cependant très inégalitaire.

Macédoine qui y font également leur entrée. En clair, le Brésil progresse, mais moins vite Un rapport récemment publié que d’autres, notamment ses par le Programme des Nations voisins proches, l’Argentine unies pour le développement ou le Chili. (Pnud) a annoncé l’entrée du Les progrès ont été accomplis plus grand pays d’Amérique grâce à des efforts menés depuis du Sud dans le club des pays une quinzaine d’années. Sous « humainement développés ». les deux mandats de Fernando Se basant sur son « indice Henrique Cardoso (1995-2003), de développement humain » le pays avait connu de véritables (IDH), lequel mêle des indica- avancées sociales. Lula, son teurs sociaux tels que pauvreté, successeur, a su transformer revenu moyen, espél’essai, mettant rance de vie, niveau notamment en d’éducation, mortaL’espérance de vie place la « bourse lités infantile et mafamille », un proatteint 71,7 ans ternelle, le Pnud lui gramme fédéral et l’analphabétisme de redistribution a attribué la note de 0,8 sur une échelle des revenus vers a reculé à 12 % allant de 0 à 1, en plus pauvres. de la population. les s’appuyant sur des Considéré comme données datant de exemplaire, il aura 2005. Enthousiaste, le prési- permis de sortir de l’extrême dent Luiz Inacio Lula da Silva pauvreté près de 5 millions de a déclaré que son pays vivait Brésiliens. « un moment si spécial que nous Mais le Pnud brandit un carpouvons nous offrir le luxe de ton rouge : le fossé béant entre nous considérer comme bénis les classes sociales. Le Brésil est de Dieu ». en effet le 8e pays le plus inégaliLe Brésil a de fait enregistré taire au monde : les 10 % les plus des progrès importants. L’es- riches ont un revenu cinquante pérance de vie atteint 71,7 ans fois plus important que les 10 % tandis que l’analphabétisme a les plus pauvres, le tout dans un reculé à 12 % de la population. pays qui n’a jamais connu autant Le taux de scolarisation atteint de millionnaires, et ce alors qu’il 87,5 % – contre 67 % en 1990 –, reste encore 45 millions de permais sur ce critère, le Brésil ar- sonnes vivant en dessous du rive à la 70 e et dernière place seuil de pauvreté. du groupe de pays auquel il a STEVE CARPENTIER accédé, derrière l’Albanie et la (à São Paulo)

MONDE

I 11

EN BREF

BOLIVIE

Les quatre régions les plus riches favorables à l’autonomie. En dépit de l’opposition du gouvernement d’Evo Morales, Santa Cruz (est), Tarija (sud), Beni et Pando (nord) ont présenté des statuts visant à la formation de gouvernements autonomes. Ces régions réclament une profonde décentralisation des pouvoirs législatif et exécutif et la prise en main des ressources minières.

ITALIE

Polémique sur la pilule abortive. L’agence italienne du médicament a été saisie par un laboratoire français d’une demande d’autorisation de mise sur le marché pour une pilule abortive, a révélé hier le Corriere della Sera. Le RU 486 est actuellement interdit en Italie mais pourrait être autorisé d’ici à février ou mars. Des praticiens catholiques ont déposé un recours devant l’Agence du médicament pour dénoncer « la dangerosité » du RU 486.

PAKISTAN

Un attentat vise l’armée. Au moins neuf joueurs d’une équipe de football de l’armée pakistanaise ont été tués hier et quatre autres blessés dans un attentat suicide dans un quartier particulièrement protégé de la ville de garnison de Kohat dans la province de la Frontière du Nord-Ouest (NWFP), frontalière de l’Afghanistan. Cet attentat survient alors que Pervez Moucharraf a levé l’état d’urgence, instauré le 3 novembre. (Publicité)


NF06