Issuu on Google+

8 I

I Fouad Siniora, un premier ministre libanais très affaibli MONDE

Venu chercher le soutien de la France, le premier ministre libanais fait face à une situation politique et sécuritaire alarmante dans son pays

L

e premier ministre libanais Fouad Siniora a achevé hier une visite chargée à Paris. Il s’est entretenu avec le président Nicolas Sarkozy, le premier ministre François Fillon et le secrétaire d’État en charge des questions européennes, Jean-Pierre Jouyet. Il a rencontré aussi les milieux d’affaires à la chambre de commerce et d’industrie de Paris. Faisant d’une pierre deux coups, il s’est concerté avec la secrétaire d’État américaine, Condoleezza Rice, et le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, tous deux venus pour la conférence sur le Darfour. « Je suis en France, un pays ami qui a toujours soutenu le Liban. La France est sur la même ligne, je n’ai rien entendu d’inquiétant », a confié hier Fouad Siniora interrogé sur d’éventuelles inquiétudes au Liban un mois et demi après le départ de Jacques Chirac de l’Élysée.

La relation entre la France et le Liban n’était pas une relation « entre personnes » mais « entre deux États ». « Tout ce que j’ai entendu rassure les Libanais. La France continuera à apporter son soutien au Liban, à son gouvernement et à sa souveraineté », a-t-il ajouté au lendemain de sa rencontre avec Nicolas Sarkozy. Il a précisé que la relation entre la France et le Liban n’était pas une relation « entre personnes » mais « entre deux États », dans une allusion aux liens entre le pays du Cèdre et l’ex-président français. Il a été surtout question de la situation alarmante du pays, plongé depuis novembre 2006 dans une crise politique et institutionnelle sans précédent depuis la fin de la guerre civile en 1990, qui met aux prises le gouvernement de Fouad Siniora et l’opposition libanaise composée du Hezbollah et du parti de l’ancien général Michel Aoun. Si Fouad Siniora est soutenu par la communauté internationale, son siège est de plus en plus vacillant dans son pays où l’opposition, après avoir réclamé un gouvernement d’union nationale jusque-là refusé, évoque la création d’un second gouvernement. Le Liban est de plus secoué par

des attentats qui ont fait encore six victimes parmi les soldats de la Finul tués dimanche dans un attentat au sud du Liban. L’armée libanaise est aux prises depuis un mois avec le groupe islamiste Fatah Al-Islam dans le camp palestinien de NahrEl-Bared, au nord du Liban. Des affrontements qui ont fait plus de 80 morts dans l’armée et plus d’une centaine de blessés. Par ailleurs, alors que Fouad Siniora était à Paris, les Nations unies ont publié un rapport brossant « un tableau alarmant et très inquiétant » de la situation à la frontière libano-syrienne, citant des informations de l’armée libanaise selon lesquelles on assistait à « un flux continu d’armes et d’individus armés à travers la frontière avec la Syrie ». Ce rapport cite des informations en provenance d’Israël et d’autres pays « sur des transferts illégaux d’armes », indiquant que certaines armes fabriquées hors de la région arrivaient via des pays tiers et étaient acheminées clandestinement au Liban par la frontière syrienne. Sur ce point, le premier ministre a confirmé que deux camps palestiniens situés au Liban à la frontière avec la Syrie étaient alimentés en armes et en hommes. « Nous allons consulter la Syrie pour un règlement convenable », a déclaré le premier ministre. Le premier ministre a dû répondre aux nombreuses questions portant sur l’initiative française proposée par le ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner. Il s’agit de réunir à Paris toutes les parties libanaises pour « dialoguer ». Une idée française que les États-Unis, l’Arabie saoudite et une partie de la majorité au pouvoir au Liban ne semblent pas voir d’un très bon œil puisqu’il s’agirait de parler avec le Hezbollah. Prévue d’abord pour la fin juin, cette réunion a été repoussée une première fois à la mi-juillet et pourrait être à nouveau remise à plus tard, selon un communiqué de l’Élysée. « L’idée reste là » mais « la date n’est pas fixée », a déclaré le porte-parole de l’Élysée David Martinon. Fouad Siniora a dit « appuyer » l’idée de cette réunion interlibanaise en France mais a prévenu qu’il ne fallait pas avoir des attentes « exagérées » quant à son résultat. « Il ne faut pas être otage des résultats de ce genre d’initiative. » Il a minimisé la portée de la réunion en affirmant que « ce sera une rencontre de responsables de second niveau ». Le gouvernement ne veut pas avoir à faire des concessions à l’opposition avant la présidentielle prévue pour le mois de septembre. AGNÈS ROTIVEL

Nouveaux échanges de tirs à Nahr-El-Bared

dislamistes du Fatah Al-Islam autour du camp palestinien de Nahr-El-

Des échanges de tirs ont continué hier à opposer l’armée libanaise aux

Bared (nord du Liban). Quelque 1 000 civils seraient encore présents dans le camp – qui comptait avant le début des combats 31 000 réfugiés – et sont « protégés par des combattants du Front démocratique de libération de la Palestine » (FDLP), a affirmé le responsable de l’information de ce mouvement installé dans le camp, Fathi Kouleib. Les islamistes du Fatah Al-Islam, au départ déployés dans le nord du camp, sont retranchés dans sa partie sud, plus ancienne et dont le labyrinthe de rues est difficile à contrôler. Ces violences, déclenchées par des embuscades tendues par les islamistes et d’attaques contre les soldats aux abords du camp, sont les plus meurtrières depuis la guerre au Liban (1975-1990).

I I I Les problèmes de sécurité aérienne inquiètent les Brésiliens JEUDI 28 JUIN 2007

Grèves, retards, annulations… Prendre l’avion au Brésil exige beaucoup de patience. Depuis le crash d’un vol en septembre dernier, le pays s’interroge sur les raisons du drame SAO PAULO

De notre correspondant

D

epuis neuf mois, le scénario se répète inlassablement, presque chaque semaine : des milliers de Brésiliens demeurent bloqués dans les aéroports, en attente d’un hypothétique avion. Coincés entre retards et annulations de vols, les passagers sont les premières victimes d’une crise du secteur aéronautique qui vit les soubresauts de grèves à répétition des contrôleurs du trafic aérien. Conséquence inévitable : le week-end dernier, sur le tarmac de l’aéroport de Congonhas à Sao Paulo, la collision lors d’une manœuvre de deux avions de ligne s’est soldée par un froissement d’ailes. Un accident plus grave a été évité de justesse. Emblématique d’une situation dont l’issue semble chaque jour plus incertaine. La paralysie a débuté en septembre 2006 à la suite du plus grave accident de l’aviation civile qu’ait connu le pays. Le 29 septembre, un Boeing de la compagnie à bas coût Gol s’écrasait en pleine forêt avec à son bord 154 personnes. La tragédie aura pointé du doigt le manque flagrant d’investissements des pouvoirs publics dans

le secteur stratégique du contrôle aérien. Le jour de l’accident, le radar secondaire chargé d’accompagner les mouvements du Boeing n’aurait pas fonctionné correctement. Depuis lors, les grèves se succèdent. Gouvernement, syndicats, compagnies aériennes, autorités régulatrices du trafic aérien s’accusent mutuellement d’être responsables du chaos. L’augmentation du trafic aérien, la vétusté des installations dans les tours de contrôle des principaux aéroports du pays, le manque de personnel, sa faible rémunération ainsi que sa charge de travail expliquent en grande partie la situation actuelle. Les contrôleurs de vol sont en grande majorité des militaires et leur salaire mensuel oscille entre

Un manque flagrant d’investissements des pouvoirs publics dans le secteur stratégique du contrôle aérien. 1 000 et 1 300 € par mois. Augmentations salariales, embauche de 600 agents s’ajoutant aux 2 700 actuellement en poste, « démilitarisation » du contrôle aérien pour le remettre aux mains des civils, telles sont les solutions évoquées par les syndicats pour sortir de la crise. Les déclarations de membres du gouvernement du président Lula n’ont pas contribué à l’apaisement. Tandis que la ministre du tourisme Marta Suplicy affirmait que les

La Croix

passagers bloqués à terre parfois une journée entière devaient « se relaxer et profiter du moment présent », le ministre des finances Guido Mantega affirmait que la crise s’expliquait par l’amélioration de l’économie et l’explosion du nombre de personnes prenant l’avion. Quant au ministre de la défense, Waldir Pires, aucun doute possible, pour lui « il faudra attendre 2008 pour voir la situation s’améliorer ». Si le président Lula s’est désolidarisé de ces déclarations inopportunes, les solutions demeurent introuvables. Lors du mouvement de grève qui, le week-end dernier, aura une nouvelle fois mis à l’arrêt quasi complet la plupart des 67 aéroports que compte le Brésil, 14 fonctionnaires du principal centre de contrôle du pays basé à Brasilia ont été licenciés pour « insubordination ». Ces agents accusent les autorités de nier les problèmes techniques auxquels ils font face et se sentent aujourd’hui les boucs émissaires d’une crise où personne ne veut voir la réalité en face. Cette réalité fait froid dans le dos : le 16 mai dernier, les opérateurs du centre de contrôle de Manaus, pour pallier la déficience de leurs radars, ont dû, faute de pouvoir visualiser les avions sur écran, se résoudre plusieurs heures durant à guider les pilotes par radio. Un épisode loin d’être isolé. Pour l’heure et en raison des grèves incessantes, les Brésiliens sont plus nombreux chaque jour à revenir à un moyen traditionnel, simple et désormais plus sûr de se déplacer à travers le pays : le bus. STEVE CARPENTIER

V

EXPLICATION

Une forte canicule fait des victimes dans le sud de l’Europe Le continent européen connaît des conditions climatiques très contrastées. Les pays du Sud (Roumanie, Italie et Grèce notamment) souffrent de températures caniculaires, qui ont déjà causé la mort d’au moins 44 personnes, dont 24 en Roumanie. En revanche, de violents orages frappent des États du centre de l’Europe (Grande-Bretagne, Suisse et Allemagne). Ces deux phénomènes occasionnent de nombreux dégâts matériels.

La situation météorologique que connaît l’Europe est-elle « normale » ? Selon Frédéric Nathan, prévisionniste à Météo France, les deux événements climatiques observés dans le nord et le sud de l’Europe sont liés, en raison du système des courants. « Un air froid descend sur l’Europe de l’Ouest et favorise la remontée d’un courant très chaud depuis l’Afrique du Nord en direction du sud-est de l’Europe. Le scénario est classique, même si les fortes températures relevées en Grèce ou en Italie frôlent des records absolus, contrairement à la

situation des pays du Benelux où il fait entre 11 et 17 degrés Celsius. » Ainsi, 47 degrés ont été relevés, lundi, à Amendola (nord-ouest de Bari, en Italie) et 46 aux abords de l’aéroport international d’Athènes. La ville de Tunis n’est pas épargnée, puisque le mercure y est monté à 48 degrés dimanche. Même si les températures diminuent depuis mardi en raison de l’évacuation des courants chauds vers l’est, la canicule est toujours présente et continue de faire des victimes. Six nouvelles personnes sont décédées hier en Grèce et en Roumanie. La plupart, en état de faiblesse, souffraient de problèmes médicaux.

La vague de chaleur va-t-elle atteindre la France ? « Il est impossible de prévoir l’arrivée de canicules, affirme Frédéric Nathan. Nos prévisions indiquent que l’été sera chaud en France, même si les températures sont fraîches ces derniers jours. Sur les douze derniers mois, seul le mois d’août affichait des températures qui n’étaient pas supérieures aux normales saisonnières. Une telle situation n’avait jamais été

observée auparavant. On a tendance à l’oublier, mais la France a connu une situation caniculaire en juillet 2006. »

Ce phénomène est-il lié au réchauffement climatique ? Les météorologues en sont désormais certains. À la fin de ce siècle, les températures seront supérieures de 2 à 5 degrés à celles que l’on relève aujourd’hui. Frédéric Nathan confirme les résultats de l’étude publiée dernièrement par l’université américaine de Purdue, qui annonce que quarante jours de canicule supplémentaires devraient être enregistrés chaque année d’ici à 2100 sur le littoral espagnol et italien, ainsi que sur la plupart des côtes sud et est de la Méditerranée. « Il y a toujours eu des canicules. Les températures mesurées en France au cours de l’été 1947 ont été les troisièmes plus fortes jamais observées, derrière les canicules de 2003 et de 2006. On prévoit cependant une augmentation des vagues de fortes chaleurs, à la différence des périodes de grand froid », conclut le prévisionniste de Météo France. GUILLAUME DUMONTEIL


Les problèmes de sécurité aérienne inquiètent les Brésiliens. Article paru le 28/06/2007