Page 1

n° 1 3.50€

LA POESIE DU CORPS DOSSIER : CIRQUE ET ENFANCE PEDAGOGIE

SPECIAL SHOPPING

POLEMIQUE LES ANIMAUX AU CIRQUE

JUILLET 2011


EDITO P

our avoir traversé et survécu à quelques guerres, une révolution et beaucoup d’évolutions, le cirque est sans doute devenu au fil de ses mutations un spectacle un peu sorcier. Certains l’apprécient étrange. D’aucuns le préfèrent troublant. D’autres enfin le comprennent en dépit de la plupart de ses excès. Mais peut-être est-ce justement ce récent passé d’ensorceleur qui lui colle à la piste comme une ombre trop puissante... Le cirque se formalise à partir de la seconde moitié du xvnie siècle et devient une forme spectaculaire axée sur des mécanismes simples : stupéfaction, curiosité, angoisse, rire, émerveillement, scandent la représentation et ancrent la forme entre des bornes physiques qui s’étendent traditionnellement du divertissement à la surenchère. Les prémices de ce que l’on considère comme le cirque moderne n’ont sans doute pourtant que très peu à voir avec ce que ce spectacle va devenir au cours de deux siècles de mutations successives. En fait, le cirque est un monde à lui tout seul. Riche, multiple, généreux parfois, précis souvent, charmeur toujours. Il déploie d’incroyables sortilèges : pour unifier à la fois sa troupe et une communauté extérieure serrée sur ses gradins. Ce n’est sans doute pas le moindre de ses tours de force. Aujourd’hui, toujours ambulant, encore plus universel, le cirque n’en finit plus de muter. Il convoque inlassablement sous ses toiles de nouveaux acrobates, d’autres clowns, moins de bêtes peut-être, mais avec sans doute un supplément d’âme...

BONNE LECTURE ! S. Beckerich

3

3


SOMMAIRE

1 EDITO 9 FEMMES DU CIRQUE 10-15 LE NUMÉRO DE CIRQUE : UNE CORPORALITÉ POÉTIQUE 16-20 CIRQUE ET ENFANCE 22-25 LES ARTS DU CIRQUE : LA PÉDAGOGIE 26-29 ÉVOLUTION DU CIRQUE 30-35 BIEN-ÊTRE ANIMAL ET CIRQUE 36 LIEUX DE DIFFUSION ET RÉSIDENCE

4 4


41 SHOPPING 42 IDÉES LECTURE 46 ÉVÉNEMENTS

5

5


FEMMES DU

CIRQUE En forme de gâteau ou de mamelon, le chapiteau apparait au loin, allons-y et entrons sous ses jupes, car dans la touffeur du mystere, la promesse d’exploits corporels et de plaisirs inedits se decline en de merveilleuses sensations aussi étranges que familières. Ici, parmi les hommes, la presence de femmes...

Femmes-élastiques,

verance ties paradoxes existentiels qui, tout en leur étant ô combien familiers, deviendront au fil du temps d’intarissables sources de dépassement. De la grâce, de l’élégance, a-t-on dit et en effet, elles représentent la légèreté : voltige, transparence des frousfrous, allure, ligne, finesse articulaire du mouvement. On disait également, de l’audace et du courage, une force hors du commun et alors, elles mon¬traient des capacités insoupçonnées lors d’exercices souvent réservés aux hommes. Affublées de noms bizarres qui doivent atti¬rer sans rien revéler, elles jalonnent l’histoire du cirque.

femmes-fantômes

mes,

Des histoires de famine

femmes-sans-corps, femmes-zig-zag... Elles ont voyagé,

Contrairement au théâtre, elles sont au cir¬que depuis

se sont transformées : la piste a métamorphose le sujet

le début, d’abord cavalières dans le cirque de leur mari

en animal voire en objet ou vice versa... car sorties de la

; chez Astley ou avec Ducrow, la femme est en piste. Au

piste, elles sont peut-être de-venues d’autres femmes ?

XIXe siècle, on se rassemble dans l’intimité du circle pour

Femmes-serpents, femmes-girafes, femmes-araignées...

un spectacle de cirque qui présente

Elles nous plongent dans l’illusion identitaire et provo-

6

quent le vertige des genres. Doit-on dire, qui étaient-

le corps de pres. Loin des lourds costumes du théâtre et

elles et que sont¬elles devenues? Ou qu’étaient-elles et

aussi suggestifs furent-ils, la grâce d’un équilibre pailleté

qui sont-elles devenues?

près du corps ou la force d’une musculature puissante

Femmes-athletes ou écuyères, femmes-canon ou aé-

et harmonieuse attire hien des spectateurs sensibles a

riennes, femmes-volantes ou phrygiennes, femmes-Her-

la sensualité accessible des images. On peut observer le

cule ou domp - teuses, femmes-obus ou fil de féristes...

corps en mou¬vement, corps d’hommes et de femmes, le

Aventurières de l’extrême, entre force et fragilité, cou-

spectacle est un ravissement, du jamais vu, le cirque est

rage et légèreté, elles vont explo¬rer avec brio et perse-

sensationnel, merveilleux et il crée l’engouement. Cer-


taines écuyères sont entretenues par des messieurs, tout comme certaines comédiennes, sachant que le coût des costumes et des montures est à la charge de l’artiste.

Par ailleurs, le cirque devient une

entre¬prise familiale exigeante, générant un mode de vie particulier, cirque des villes ou des champs, la famille voyage. Le métier passe très tôt vers les enfants, jeunes fines ou jeu¬nes garçons, tous participent au bon fonc-tionnement de l’entreprise comme à la vie de tous les jours quelquefois bien difficile. Les cirques se stimulent entre eux par une concurrence ardue voire sans merci, ii s’agit d’attirer le public avec des numéros inédits et tout est bon pour l’épate : des prouesses physiques époustouflantes, des nouveautés animalières, des monstres, des grandes ou petites parades, des pantomimes les plus invraisemblables, des présentations illusoires ou réelles, des trucages les plus grossiers aux phénomènes les plus extraordinaires, tous les moyens sont bons, grâce a quoi le cirque actuel a un passé débordant de créativité et de rêves les plus fous. Et c’est dans ce contexte que des femmes travaillaient au cirque, en participant a une emulation incroyable avec tout ce que cela comporte de folie! Qu’il s’agisse d’établissements d’une grande probité artistique ou d’autres beau-coup moins scrupuleux,

7


Quoi qu’il en fût, si séduction et attirance firent partie des qualités nécessaires à la survie du cirque, on fît par conséquent appel aux femmes ! D’ailleurs, ne fût-ce que dans le vocabulaire évocateur des gens de cirque, on disait : « mettre du décolleté ». à un numéro ou encore y mettre un peu de fesses »! Admirables mais méconnues et trop souvent sous-estimées Dans le milieu attachant des gens de cirque, les femmes jouent un rôle important, elles participent au spectacle et font quelquefois une belle carrière artistique, elles effectuent les tâches de la vie quotidienne, éduquent leurs enfants bien souvent très nombreux, on les retrouve aussi vendeuses ou placeuses, quand elles ne conduisent pas d’énormes convois. La femme de cirque est une femme de caractère, admirable et bien trop souvent réduite au culte de la mère alors

«LA FEMME DE CIRQUE EST UNE FEMME DE CARACTÈRE, ADMIRABLE ET BIEN TROP SOUVENT RÉDUITE AU CULTE DE LA MERE ALORS QU’IL S’AGIRAIT DE RECONNAÎTRE UNE VÉRITABLE ARTISTE»

qu’il s’agirait de reconnaître une véritable artiste. Nombreuses sont les artistes anonymes, oubliées... D’autre part elles se retrouvent comme ailleurs, emportées dans le glissement de l’objet esthétique à l’objet de fantasmes, appréciées dans les parades can-can, toutes de plumes et de dentelles, on leur demande fréquemment de réduire leur tenue, d’esquisser des danses aguichan¬tes, bref d’attirer le client. Ainsi, lorsqu’elles participent à des collectifs inspires du music-hall ou posent en petites tenues, assistant l’homme au travail, ce n’est pas toujours avec bonne volonté ni du meilleur goût. Être l’objet d’une monde masculin peut quelquefois figer un sourire de fawn désastreuse et si les unes brillent au jeu de la séduction, les autres en deviennent gourdes. Au cirque comme dans d’autres domaines, la femme est peu reconnue et doit en faire beaucoup pour être vraiment remarquée, néanmoins l’histoi re nous laisse heureusement les noms de quelques merveilleuses artistes dans de nombreuses disciplines et que vous verrez figurer dans bien des livres. Cependant, quelquefois calibres d’une famille a l’autre Artiste donc, d’abord à cheval comme Cavalière à ses débuts, la femme de cirque éla¬bore ensuite un numéro calibre: l’écuyère à panneau, le cheval, tréteau vivant, porte une selle de cuir et de bois, sur laquelle une ballerine devenue écuyère, effectuera des figures de danse classique. Les peintres de l’époque ne s’y trompent pas et la représen¬tent, reine éphémère en action. Mais elle ne s’en tient pas là, au fil des temps, les familles Torment des dynasties, les cirques deviennent célèbres de par les spécialités qu’ils ap¬profondissent, que ce soit par la fa-

8

mille de la direction ou par des troupes recrutées à cet effet: numéros équestres, dressage de fauves, d ‘éléphants ou autres animaux exotiques, numéros de voltige aériens ou acrobatiques, équilibres, jonglerie ou clown, il s’agit de présenter ses points forts, attendus par le public et la critique, tout en ayant un pro¬gramme diversifié. Les femmes font partie de ce mouvement à double titre, en effet, elles ant une famille de naissance mais bien souvent ensuite une famille par mariage, ainsi ce sont elles qui transportent leurs savoir-faire d’une famille vers l’autre. Au xxe siècle, la femme perd ses noms d’oiseaux* pour gagner sa place au sein d’une troupe ou travailler individuellement en son nom d’artiste. Si les numéros de force ne sont plus très fréquents, la participation aux nu¬méros d’illusion et aux ballets de parades se poursuit dans les cirques classiques et le cinéma représente la femme de cirque dans des scenarios romantiques. Les fem¬mes de cirque s’illustrent pourtant dans de nombreuses disciplines et, tout comme les hommes, puisque c’est un principe au cirque, elles innovent et elles perfectionnent car il faut créer la surprise, promise par les uns et espérée par les autres. Ainsi nomade, de ville en ville, le cirque invite le sédentaire à découvrir la nouveauté sous toutes ses formes et chacun peut prendre conscience d’une humanité diversifiée, hommes ou femmes d’ici et d’ailleurs, vivant dans un monde en perpétuel changement.


Femmes-élastiques, femme-araignée, femme-fantôme, femme¬sanscorps, femme-zig-zag : sont des numéros de grande illusion, issus des presentations d’entre¬sorts forains.

• Femme-girafe: numéro exotique l’on présentait des femmes birmanes aux cons allongés par des colliers de cuivre. • Femme-serpent: numéro de contorsion dans un style reptilien. • Femme-athlete, femme-canon, femme-Hercule: numéros de force avec partenaires ou accessoires (pianos, boulets de canon. etc.) • Femme-volante: numéro ou tableau aérien dit aussi de l’aérogyne. • Femme-obus: numéro de femme projectile qui, éjectée d’un canon, arrivait dans un filet après un vol de quelques metres. • Les phrygiennes : étaient des femmes cavalières presentees en nombre et a grande vitesse.

9


Alors qui sont-elles et que font-elles?

pour quelques-unes, cela reste relativement plus difficile

individuellement, nous les retrouvons dans tous les exer-

lorsque l’on est une femme, car il faudra bien plus sou-

cices : prouesses équestres, athletiques, voltiges aé-

vent faire ses preuves...

riennes, grandes illusions, dressage, contorsion, fil de

Pourquoi ? En voilà une question!

fer, mais aussi assistantes, costumières ou directrices. Le

La formation des artistes femmes, une aventure !

plus souvent, il ne s’agit pas de choix personnels mais

Mais à la fin du XXe siècle, de jeunes séden-taires hommes

de facteurs circonstanciels. Scion les pratiques familiales

et femmes, décident de partir sur les routes et s’essaient

: on fait du grand volant ou du dressage d’éléphant,

au cirque comme ils peuvent, ils s’y expriment différem-

les aptitudes et les morphologies: mince et souple ou

ment et on les remarque car c’est nouveau. D’autre part

athlé¬tique, les personnalités: audace ou autorité, quand

des écoles voient le jour, ce phénomène qui transforme

ce ne sont pas les besoins du moment tout simplement,

en enseignements la transmission des arts du cirque, va

qui la rend ront sans doute plus polyvalente par nécessité

être déterminant à bien des égards et entre autres en ce

: absence d’u n numéro, accident, deuil, mariage...

qui concerne la place des femmes dans les métiers des

Dans les grands comme dans les petits cirques, nom-

arts du cirque. Voici le métier décidément accessible aux

breuses sont celles qui jeunes filles, ont pratiqué les nu-

sédentaires, filles et garçons!

méros aériens, à la corde verticale, au trapeze fixe ou

Oui mais... Leur apprendre une technique ne suffira pas,

encore sur le fil de fer, lorsqu’elles s’y exercent avec ri-

même s’ils sont passionnés, travailleurs et doués, car

gueur, devenues femmes, elles feront progresser et évo-

comment transmettre la polyvalence d’un mode de vie.

luer ces différentes disciplines. De fawn générale, que l’on soit garçon ou fille, pratiquer la discipline familiale et s’y faire remarquer est un chemin possible pour accéder à la reconnaissance et trouver une place dans le monde du cirque, parmi les artistes. Néanmoins, comme dans de nombreuses families du monde, les projets des enfants peuvent être validés ou pas par leurs families et comme dans de nombreux en¬droits du monde, horm is

«QUOI QU’IL EN FÛT, SI SÉDUCTION ET ATTIRANCE FIRENT PARTIE DES QUALITÉS NÉCESSAIRES À LA SURVIE DU CIRQUE, ON FÎT PAR CONSÉQUENT APPEL AUX FEMMES !»

10


11


12


LE NUMERO DE CIRQUE UNE CORPORALITE POETIQUE A

u-delà du vocable se cache un charivari de moments

fois combines forment une mosaïque qui, en fonction des

inénarrables, une masse de travail indicible, des

choix artistiques, sera plutôt uniforme ou plus métissée,

complicités, des remplacements, des incidents varies,

pour constituer un spectacle ou une «petite forme».

des accidents graves, de grandes premières, de belles dernières, des chiqués ridicules, d’incroyables ex¬ploits,

En piste pour quelques minutes

d’ insupportables mensonges, des performances uniques,

Au cirque it est élaboré un ordre de passage, cela a tree

des fous¬rires inextinguibles, des querelles de famine,

le vocable puisqu’a été nommée numéro » la forme eux-

des malentendus d’anciens et de modernes, de bons programmes, d’excellentes mises en piste, d’hor-rîbles impostures... Voyez-vous combien le numéro recèle d’humanité et mérite que l’on s’y intéresse ?

Mais quel numéro? Tu es un sacré numéro! Il a encore fait son numéro... mais qu’est-ce que ca veut dire ???

Une forme artistique élémentaire Le spectacle de cirque est consti¬tue classiquement d’une succession d’éléments combines entre eux. Et

mêmes. Le numéro est construit selon des règles qui lui valent son unite : un temps allant de six à douze minutes durant lesquelles (‘artiste présente un debut, son entrée qui fait valoir sa presence et indu it son style voire son personnage, puis arrive le corps du

numéro qui, en surprenant par (‘exploit, développera un univers artîstique et enfin un final, signature qui conclut l’action avant sa sortie.

en cela il ne différencie en rien de nombreuses autres constructions. Ces éléments peuvent former des «ta-

Un poème corporel

bleaux» ou même des «actes à l’instar d’une démarche

Nous voyons que la question dynamique, la rythmique de

théâtrale, dans lesquels ils sont combines si-multane-

la forme est d’importance, mais il s’agit aussi de conden-

ment et successivement et ensuite ces tableaux eux-

ser les intentions, le numéro est un moment qualitatif

mêmes encore combines composeront le déroulement du

qui sup-porte mal le flottement ou les réitérations, il se

spectacle. Celui-ci sera plus ou moins narratif selon l’intention de la démarche artistique. Autre choix lorsque les numéros sont trait& directement comme entités, et une

construit comme une ceuvre unique en son genre, accumulation progressive et ori¬ginale de l’artiste, exploit inédit, il est conçu comme une sorte de poème corpo-

13


rel, touj ours repris, sous forme de variations, lesquelles

l’ob¬jet, au partenaire ou à l’animal. Il se présente et se

sont comparables également aux variations musicales,

met en jeu, en risque. Sous nos yeux,

chorégraphiques ou picturales. Selon les événements, les

annonce et déroule un problème qu’il s’agit de résoudre

recherches, les directions et démarches artistiques, les

sans tricher. Souvent, cette expérimentation entre soi et

lieux, les époques de la vie de l’artiste, sa production

le monde est à la fois anecdotique et universelle. C’est

émergera, toujours semblable et chaque fois différente.

son histoire après tout, son problème... pourquoi marche

Ainsi, on peut reconnaître dans une etude longitudinale,

t-il sur un fil ? Pourquoi est-ce si important pour lui ? N’a-

l’oeuvre d’un artiste de cirque à travers ses numéros

t-il pas choisi ? Est-il fou ? Qui lui demande de tester les

successifs, à chaque période sa couleur, son ambiance et

lois de la pesanteur, de l’équilibre ? Que s’est-il passé

pourtant c’est bien lui toujours.

pour qu’il ait envie de côtoyer autant d’adversité chaque jour ?

La présence de I’acteur nous fera rencontrer un style,

Et pourtant, en même temps ne sommes¬nous pas tous

une singularité, une personnalitó et à terme, nous per-

concernés ? Qui n’a jamais pensé à voler, à parler avec

mettra d’en capter les développements ; de plus, les

les animaux, maîtriser les objets ou à les faire vivre ?...

conceptions du ou des numéros présentés nous inviteront

Se sentir sur le fil ou déséquilibré, sentir rani¬malité en

sentir et peut-être à comprendre, l’évolution d’un au-

l’humain ou l’inverse, ça ne vous arrive jamais ?

teur, d’un créateur face à sa technique, son époque, sa

Qui n’a pas rêvé un jour d’un autre corps pour être un

culture, sa société.

autre homme ? D’une autre humanité ? Ainsi le numéro

Ainsi se dégage sur une carrière, une identité artistique,

comporte toujours une part de ce (petit ?) drame inté-

qu’elle se situe dans un prolonge¬ment académique voire

rieur existentiel, en est en effet, une présentation, ici et

générationnel, ou qu’elle soit insolite et même novatrice.

main-tenant ; et non une re-présentation puisque sa modalité d’expression majeure est princi¬palement la com-

Au risque de soi Chaque numéro comme petite pièce con-densée, accu-

munication d’une sensation immediate, bien plus que I ‘organisation préconçue d’une pensée et encore moins

mulée, peaufinée, est en soi un trésor, un secret dévoilé.

souvent sa verbalisation.

Ala fois métaphore et autobiograph ie. Eartiste exprime

Ce « drama » donc est résolu corporellement par la

son rapport au monde corporellement, son rapport à

créativité technique et artistique, par la prise de risque

14


d’être soi et de se dépasser, c’est-à-dire de créer un peu

Alors quant au numéro, il s’agirait d’une forme en for-

plus de soi. Et ceci étant, à poursuivre jour après jour.

mation, d’une forme qui prend forme par voisinage avec

De cette façon, chaque numéro nous offre . une solution,

d’autres formes. En effet, un numéro n’est pas fortuite-

nous invite à un peu plus de liberté, nous questionne sur

ment voisin du numéro précédent ou suivant. Le cirque

notre rapport au monde et a notre destin.

est un art proche du collage, art de rassem¬bier, de grouper des fragments, de récupérer, art du contraste

Dans I’élan des demi-dieux

et des superpositions, de différentes techniques contra-

De son côté le public confirme à l’artiste sa trouvaille, en

dictoires. Dans cette perspective il peut être envisagé

effet il a mis en suspens son destin, il a ritualisé le dé-

comme éminemment avant-gardiste dans sa non conti-

passement de soi, il est un héros, demi-dieu actuel, à la

nuité et sa rythmique, en effet, il s’est confronté a la

fois familier, &range et inquiétant. Applaudissons !Bravo

complexite du monde, à la multiplicité situationnelle,

! Car cette bravoure, cette énergie, c’est notre capacité

a la perte des repères, à la diversité des points de vue

à créer un autre monde qui nous a été rendue. Notre

et des registres avant bien d’autres internautes ! Zap-

capacité à être cet étranger à nous même que nous ne

per d’un numéro à l’autre, voir un clip vivant, créer

connaissions pas encore voilà six minutes !

volontairement des décalages... Parce qu’au cirque de

Braver le destin...Nous avons rêvé...porté le rêve en-

nombreuses données sont rassemblées, elles sont aussi

semble, autour en cercle et il est devenu réalité à nos

resserrées, condensées, précipitées et il me semble que

yeux, nous repartirons dans l’élan de la jubilation jusqu’à

nous avons à réfléchir sur la mise en valeur de sa moder-

la prochaine fois...

nité actuelle.

II se peut que, de numéro en numéro, le spec¬tacle de cirque nous promène en nous même, nous emmène en voyage vers nos propres limi¬tes, élargisse notre horizon,

Tout tart est là !

nous propose dans sa circularité, une circulation sans

Le déroulement du spectacle est composé, on parle re-

frontière pour rêveurs passionnés...

lativement peu de l’art de la pro-grammation ou de l’organisation d’une miser en piste sans revenir aux poncifs

De forme er forme a collages, zapping, clips et autres copiés/ collés

de la miser en scene et pourtant c’est pent être à cette étape que se joue toute la coherence et le sens du spec-

15


tacle de cirque. Les arts du cirque ont leurs particularités dont la transdisciplinarité fait partie mais ce nest pas pour autant que tout est assimilable aux corpus des arts dits majeurs. Les intentions artistiques émergent à partir d’un bon nombre d’énormes contrain¬tes techniques, artistiques, logistiques, etc., et encore une fois elles n’en sont pas tributaires, bien au contraire, ces contraintes révélant l’homme en prise avec son environnement, peuvent provoquer une créativité réactive très profitable a la création. Et justement ! Au cirque, tout fart est la, ! L’adversite, encore et toujours, y est un mode d’existence, ce n’est pas d’un art fluide, conduit confortablement, bien accueilli dans sa continuité et dans des bâtiments bour-geois dont nous parlons, même si ii y a des exceptions, c’est d’un art longtemps fécond par ses ruptures, sa diversité, ses miser en tension, ses chocs culturels, ses contrastes émotionnels, c’est un art du risque, un art de l’aventure à la marge, un art du possible, résistant et proche de la vie et dans ce sens c’est peut être un « art brut ...loin de la cul¬ture élitiste marchande-dominante, pour les uns et dans le sens de « brut » comme non frelaté, naturel et sans vernis, authentique operation artistique hors du pantheon des arts majeurs, pour les autres. Un art populaire en tous cas, qui par la multiplicité de ses formes peut intéresser tout le monde. De la même manière qu’essais, poèmes ou nouvelles, courts ou longs métrages, ballades ou fugues, pièces, lectures, ballets, performances, quadrilles, esquisses, croquis, ou tableaux... nous intéressent...car littérature, musique, théâtre, danse, cinéma et peinture sont bien peuplés de formes, de genres et de techniques di fférentes : que les arts se diversifient, que les hommes inventent et créent la liberté à l’infini. J’aimerais dédier ce texte à la famille Fratellini, en mémoire du passé, en l’honneur du présent et en l’espoir de l’avenir.

BIBLIO

« Dictionnaire du cirque », D.Denis, Arts des deux mondes, 2001. « Dictionnaire de la langue du cirque », A.Pierron, Stock, 2003. Le cirque au risque de l’art »,

16


17


CIRQUE ET ENFANCE Pourquoi entend-on si souvent des propos reliant le cirque l’enfance? Le cirque est pourtant un spectacle pour tous... Pourquoi fait-on si souvent appel au cirque? Attractif, it l’est bien sûr mais en vertu de quoi? Comment se fait-il qu’on le pense comme un spectacle universel ? Aurait-il des vertus magiques?

L’enfance de l’art II marche bien droit sur le bord du trot¬toir, concentré et heureux, el le tourne sur elle-même toutes jupes dehors et perd equilibre en riant, de leurs chaises hau¬tes de*, uIs jetaient des objets... qui ne remontaient pas tout seals! Feraient-ils déjà du cirque ? Les cours de recreation, les espaces de jeux d’enfants, fourmillent de milliers d’experiences et de centaines d’exploits... ils experimentent le monde tel qu’il se présente a eux, cherchant a discerner ce qui est possible et ce qui ne Pest pas. Les enfants sont les chercheurs en herbe que nous avons vraisemblable¬ment tous etc. Il rit et s’étonne des apparitions et disparitions des vi-

P

sages derrière un tissu, puis it se prend a faire le pitre, it

chorégraphes et les metteurs en scene, les sportifs, les

invites, pour voir... Feraient-ils leurs debuts? Qui Bait,

eut-il non seulement réjouir et émerveiller, déranger et boule¬verser, mais aussi éduquer ou soigner ?

Pourquoi intéresse t-il les danseurs et les comédiens, les peintres, mais aussi les me¬decins, les 0.N.G., les politiques, les établissements scolaires et enfin tant de families? Bref, comment comprendre ce qui le rend si populaire... ? Peut-être faut-il remonter le temps, retrouver les jardins secrets de l’enfance...

18

teste son public, ose... une comedic. En chemise de nuit elle enfile des hauts talons et fait un passage parmi les dans combien de maisons, de jardins ou d’appartements se deroulent de grandes premières? Après des heures d’improvisations en chambre, ils captent le regard de l’autre et n’en perdent pas une miette, pour exister un peu plus. Les enfants sont les acteurs en deveni r que nous avons


probablement tous etc aussi. Les adultes poursuivent dis-

dans l’air, rebon¬dissant sur des genoux, assis dans une

traitement leurs conversations et lancent des mots de

main ou même lance en l’air! En fait, nous vivrons une es-

parents:

pèce de cirque organise au quotidien! Grace a quoi entre

« Ces derniers temps, elle fait souvent son numéro pour

autre, pourra se consti¬tuer progressivement, un schema

se faire remarquer, c’est pe¬nible », ou bien : << Il fait

corporel pour chacun (sorte de prise de conscience du

son cirque plutôt deux fois qu’une ces temps-ci, je ne

corps par lui-même), grace a quoi aussi chacun sentira

le tiens plus », et encore: quel cirque ils me font en ce

corporellement d’abord, l’espace et le

moment...

temps. Et nous continuerons de plus belle, de la mater-

Mises ou pas, de leurs jeux spontanés par lesquels ils ont

nelle au primaire: combien d’objets lances pour connaitre

découvert le monde, ils feront un metier.

la distance, de sauts effectués pour prendre en compte

D’un univers sensoriel à une comprehension corporetle du monde : un cirque quotidien ! Dans l’univers aquatique et arrondi du ventre nous cap-

la hauteur, de jeux instructifs sur le mouvement, la vitesse et tant d’autres paramètres: billes, ballons, diabolos, yoyos, élastiques, cordes a sauter et tant d’activités diverses (sportives, artistiques ou autres). En s’inscrivant

tons petit a petit des signes du monde.

sans que l’on en ait conscience, toute notre vie ces sen-

Si nous ne pensons pas et n’imaginons rien, petit a petit

sations corporelles feront references, même si paral lèle-

nous sentons... et c’est par le sentir et par le mouve-

ment, nous avons commence a raisonner eta comprendre

ment, le « se mouvoir », que nous découvrons tout pre-

intellectuel lement comment fonctionne le monde.

mièrement le monde.

Ainsi, les lois et les principes régissant la vie sur terre,

0r, bien qu’ensuite, nous développions d’autres moyens

des plus simples aux plus corn plexes, se désignent d’eux-

de percevoir et de communiquer, nos corps garderont

mêmes a travers nos experiences successives : odeurs et

traces de ces experiences et cette accessibilité au

gaits sons, couleurs et formes, distances, haut et bas, pe-

monde des sensations>, ne nous quittera plus. Au cours

santeur, gravité, équilibre, rotation vitesse, directions,

de l’enfance, nous continue¬rons a construire nos sa-

surfaces, volumes, mouvement vement pendulaire,

voirs sur ce monde, en expérimentant par la sensation,

cycles et saisons...

c’est-à-dire en utilisant les réponses sensorielles (captées par nos sens), générées par les si-tuations dans lesquelles nous nous trouvons continuellement. Pendant la petite enfance, après avoir senti comment rouler sur le cote, comment attraper les objets, comment faire venir I’adulte (déjà 0, nos parents ne cesseront de nous mettre en situation de découverte: tête en haut puis en bas, bercés, perches sur des épaules, évoluant dans l’eau,


Des jeux spontanés aux jeux a règles pour explorer le monde La liberté est le moteur indispensable de ces jeux spontanés, de reveries ou de turbu¬lences qui nous font découvrir le monde et ce dont nous sommes capables. Ils sont une inépuisable source de sensations, elles-memes sources de plaisir et de dépassement. Cette énergie de l’enfance, Roger Caillois, sociologue, l’a appelée Paidia. Les manifestations du ter me Paidia sont Loutes en mouvements, couleurs et bruits, provoquant allegresse et « ardent désordre », fantaisie et impulsion de toucher a tout. Le cirque et particulièrement les clowns, dans leur tourbillon de diversité colorée, dans leurs intentions a la fois joyeuses et concentrées, me semblent ici convoqués. Mais ce sont aussi les jeux qui nous apprennent qui nous sommes et comment vivre ensemble.Car les jeux spontanés évoluent souvent vers les jeux a règles et peuvent être pratiqués avec un ou plusieurs partenaires ; en effet, petit a petit, nous prenons plaisir a établir et respecter les règles du jeu. Ce que Roger Caillois nomme Ludus en le considérant d’une Grande fécondité culturel le, est plus structure que Paidia, car Ludus colore l’atmosphère du plaisir pris a vaincre une difficulté gratuite. Ludus utilise « en pure perte le savoir, l’application, I’adresse, l’intelligence, la maitrise de soi, la capacité de resister a la souffrance, à la panique ou a l’ivresse ». Encore une foils, les jeux du cirque sont concernes au premier plan par ce concept. Et cela ne s’arrête pas la, puisque Caillois nous propose également un classement des jeux sous la forme suivante : it y aurait des jeux de chance (aléa), des jeux de competition (agon), des jeux de simulacre (mimicry) et des jeux de vertige (Ilynx). Les jeux de chance sont plutôt représentés par les casinos et les jeux de competition par le sport bien qu’ils concernent aussi le cirque, mais ce sont certainement les jeux de simulacre et de vertige qui sont quanta eux, largement représentés par le cirque. En effet, le simulacre comprend les imita¬tions, les masques, ]’illusion, le jeu de l’ac¬teur, le theatre, le carnaval, les clowns, les magiciens etc... Le vertige lui, comprend la griserie de la hauteur, de la profondeur, de la vitesse ou de Ia rotation, tel que l’alpinisme, I’apnée, la fête foraine, les tourbillons, les hautes voltiges, les grands sauts, les grander glisses, etc... Les transes, certaines danses et certains numéros de cirque se trouvent ainsi compris aussi bien dans les simulacres que dans les

20


ÂŤLes jeux nous apprennent qui nous sommes et comment vivre ensemble.Âť

21


vertiges. Nous voyons que des premiers déguisements au

piste, (de la vie ?), non seulement il est permis, mais il

nez rouge et des premiers tournis au trapèze ballant il n’y

est même recommandé de chercher tous les possibles.

a qu’un pas en matière de sensation et c’est bien notre

Et Ia question devient : qu’est ce que je peux faire avec

enfance, celle de nos jeux, une enfance corporelle, qui

tout ce qu’il y a autour de moi, doublée de: qu’est ce que

nous sert de reference que ce soit lorsque l’on pratique

je peux faire qui n’ait pas encore été fait?

comme artiste ou lorsque I’on regarde en spectateur.

Le cirque prend alors un sens profond: au cirque, on

Nous retrouvons l’idée que le cirque puise son énergie et

(re)découvrir les possibilités infinies de I’homme dans

son inspiration dans l’enfance par l’intermédiaire du jeu

un monde en devenir, au cirque l’homme transforme le

sous ses formes diverses et également que c’est ce qui

monde par les experiences qu’il y fait, avec et dans son

fait lien entre acteurs et spectateurs. Le cirque n’étant

environnement, et cet environnement le transforme en

pas seulement un spectacle pour enfants mais un spec-

tant qu’homme, en lui permettant de se dépasser tou-

tacle qui traite de ]’experience de I’enfance. Nous com-

jours plus. Le cirque nous invite a sentir les interactions

prenons mieux pourquoi le cirque est si souvent comme

de I’homme avec le monde. Nous dirions même plutôt,

un spectacle universel et populaire, qui se diversifie à

de l’homme en le monde. Il ouvre l’horizon de chacun

souhaite culturellement.qui touche tout un chacun, qui

sur un infini et en ce sens il a valeur de projet perpétuel.

est avant-garde, réparateur... que ne contient pas notre

Et c’est peut-être le cirque comme projet de monde qui

enfance ?

nous émerveille ou bien nous derange... car au fait, de

Comme l’adulte a étonné l’enfant, l’artiste nous surprend

quel monde rêvions- nous enfant?

a nouveau l’artiste de cirque nous fait (re)découvrir un monde qu’il peut transformer sous nos yeux étonnés, tout comme jadis le faisait l’adulte pour l’enfant. Il nous relie a l’enfance, ayant lui-même approfondi la démarche des enfants, à partir de sa propre démarche d’enfant. Au cirque, l’homme, comme dans l’enfance, expérimente corporellement le temps et I’espace, (de même qu’en danse) mais expérimente êgalement les possibilités que lui offre son environnement, c’est ainsi qu’il entretient un rapport tout particulier aux objets et également aux autres. La question de l’enfant serait (comme dans une chambre d’enfant): que puis-je faire avec ce y a autour de moi? Et soudain, de cette simple question naît toute la curiosité nécessaire au développement des civilisations, de l’humanité; entre la naissance, imagination et dépassement, sont convoqués tous les chercheurs : les scientifiques, les inventeurs, les artistes, les explorateurs, les performeurs, les ingénieux, les découvreurs invétérés, les bricoleurs fous et autres créatifs de tout sorte... Si le cirque reprend cette question a son compte, on comprend a partir de quoi ont été menées les experiences par le corps et/ou avec les objets (agrès compris), et/ou avec les partenaires, on comprend pourquoi l’on assiste àh de multiples dépassements de ce que le commun des mortels pensait limité, on saisit la portée des exploits inédits si prises et si frequents au cirque. On comprend mieux son universalité: dans les limites du cercle de la

22

Bibtiographie « Le désir de jouer» Luc Boucris, Adapt edi-tions, 2000 « L’éducation artistique a l’école» Isabelle Ardouin, ESF,1997 «Bachelard, l’enfance et la pédagogie», Georges Jean, Scarabée cerméa, 1983 «Les jeux et les hommes», Roger Caillois, Gallimard (Folio n°184,19911,1958 «Jeu et réalité» Winnicott, Gallimard,1996 «Psychologie de la créativité «Todd Lubart, Armand colin 2003 «Enfant, art, citoyenneté», Hors série n° 13, Athena 2001


Les arts du cirque la pédagogie On dit que le cirque est un magnifique outil éducatif, c’est vrai ! Et les arts qu’il représente sont d’une incroyable richesse pédagogique pour L’éducateur et le pedagogue qui en connaissent les fondements. Car le cirque et la pédagogie ne feront bon ménage qu’à certaines conditions.

? N’y a t-il pas une facon d’aborder les choses ? Mieux connaître les vertus multiples que déploie le cirque nous permettrait peut-être de l’apprécier de fawn plus avisée.... Et d ‘en mieux comprendre les aspects éducatifs nous éclai¬rerait sur la démarche des pratiquants amateurs.

Le cirque, un art éducatif Pour le pédagogue, la pratique du cirque contribue à une vision globale de la personne, vision largement portée en avant par l’esprit des gens dits du voyage ». S’ils sont ar-

Il faut l’aimer et le comprendre, il faut le découvrir patia-

tistes de cirque, ils sont polyvalents, itinérants et aven-

ment faut en sonder les profondeurs sans quoi toute ap-

tureux et ils concilient volontiers art et mode de vie. On

proche pédagogique ne sera qu’une pénible mascarade.

ne sépare pas qualités humaines et qualités profession-

Pour les ateliers de pratique, en general ça se déroule

nelles autour du chapiteau !

plutôt bien mais comment faut-il envisager le « spectacle

Et pour faire ce métier ou même pratiquer en amateur,

de fin d’année » sans le bâcler, en respectant la progres-

il est primordial de posséder et de développer quelques

sion des amateurs tout en gardant quelque exigence ar-

qualités essentielles! II est vrai que la vie de cirque

tistique ? Ce spectacle, bien des parents l’attendent et il

comme le spectacle de cirque sontporteurs de valeurs

arrive quelquefois que certains n’en soient pas vraiment

éducatives de première importance : développement

satisfaits. Or, parce qu’ils en ignorent autant les difficul-

conjoint et harmonieux physique et mental, facilité de

tés à surmonter que les qualités requîses et ceci pour les

rencontres et d’échan¬ges interculturels, vie et travail

enfants comme pour les professeurs, il est un fait qu’ils

collectifs qui demandent une grande solidarité et une

ne voient pas toujours les progrès reels des enfants...Ià

compréhension de l’autre, voyages, montages et orga-

où ils sont. Mais au fait, que regarde le spectateur?

nisatîon des spectacles qui exigent une capacité d’initia-

De quoi faudrait-il être averti ?

tive, un engagement à faire des choix parfois difficiles et

Soupçonnons-nous tout ce que le cirque recèle de valeurs

à prendre bien des responsabilités.

24


Bref,s il l’on pratique en amateur, on apprend différentes

d’abord parce qu’elle est ludique et originale, l’ensei-

disciplines mais c’est en apprenant à faire un spectacle

gnant sait combien il pourra tirer parti des situa-tions

que le cirque donnera la mesure de toute sa valeur : c’est

variées que les arts du cîrque proposent.

une éducation à la créativité dans sa version artistique,

La valeur des projets pédagogiques tient ace que les ap-

éducative et sociale, voilà un fa-buleux terrain pédago-

prentissages permettent à la fois de prendre confiance

gique !

dans un domaine qui nous est facile et de prendre des

Le cirque done, couvre un champ éducatif extrêmement

risques dans un domaine qui nous est plus ardu. L’un va

vaste, à condition de savoir l’offrir à la manière d’un

être habile avec les objets mais réticent à la hauteur,

éventail, en presentant ses multiples facettes de fawn à

pour l’autre ce sera l’inverse, un autre encore va faire

valoriser la personne apprenant et à développer ses apti-

des heures de monocy¬cle mais rechigner aux acroba-

tudes naturelles comme ses facultés créatrices.

ties...

Aussi ne jugeons pas uniquement la pres¬tation du débu-

L’important étant que grace à la variété des propositions,

tant sur son versant technique et/ou artistique car il a

chacun va trouver à se réaliser: jongleries et manipula-

appris beaucoup d’autres choses qu’il a fallu mettre en

tions d’objets, magie, illusion, acrobatics, équilibres

prati¬que... Tors du spectacle.

et pyramides, voltiges aériennes sur agrès différents,

Quand à la discipline qu’il a choisi de mon-trer... soyons

fil de fer, cycles et équilibres sur objets divers, travail

sensible à sa démarche : a-t-il décidé de se perfectionner

clownesque, travail à cheval, dressage et présentations

dans un domaine qui lui est familier ou se dépasse t-il

d’animaux...

dans une tentative récente ? Car il y a tant de choses à

Mais chacun va aussi être confronté à lui même et invité

faire au cirque !

à se dépasser.

Les arts du cirque comme richesse pédagogique

C’est ce < double attelage pédagogique » en¬tre risque et con fiance, qui va être intéressant à plus d’un titre pour le pédagogue averti car si l’apprenti prend confiance, il

Les arts du cirque sont pluriels. Le spec¬tacle de cirque

va prendre plaisir et s’il prend plaisir, il va travailler sans

s’est élaboré comme un spectacle mosaIque. Variaté des

compter, devenir curieux et s’essayer à bien des choses

cultures et des disciplines, succession de surprises et

nouvelles, et ainsi le cirque l’aura captive de par sa di-

d’émotions.

versité infinie.

Ce que les arts du cirque ont de particu¬lier fait toute leur richesse : ils se situent au croisement des disciplines sportives et artis¬tiques et ils se déclinent en de nombreuses techniques différentes.Même si la pratique attire

25


et autres talents d ‘athlètes ou de danseurs mais aussi sponta¬néité, presence, écoute et rapport au public, faculté d ‘improvisation et autres talents d’acteurs ou de coined ien s cette fois ! Et ce nest pas tout, encore faut-il le sens de la musique, des idées quantà la scénographie, une vision du costume etc. Car l’artîste de cirque est un artiste complet doublé d’une personne hors du commun. Voyez combien ses qualités professionnelles vont de pair avec ses qualités personnelles puisque travail et mode de vie les requiè¬rent également. Alors ne sommes-nous pas trop exigeant Iorsque nous regardons une presentation de travail en cours ? Un spectacle d’enfants ? Nous recherchons peut-être l’exploit, la prouesse, mais de quel exploit s’agit-il lors¬que nous parlons de pratique amateur ?

Plaisir du jeu, désir d’exploit Au début, on découvre en jouant, toutes sortes d’objets, de sensations et d’exercices et puis insensiblement arrive le temps de choisir...Un objet, une technique s’impose

Des apprentissages extrêmement variés Or, que découvre-t-on en jouant puis en s’exerçant ? D’abord des loîs fondamentales, qu’il s’agîsse de lois physiques, mathématiques ou bien de règles et de valeurs humaines ou encore de sens artistique, le debutant comme l’initié ne cessent de progresser de maniere générale. Sur le plan affectif et social, la pratique du cirque développe aussi bien l’estime de soi, l’assurance et la confiance en soi que la confiance en l’autre, la sociabilité, les regles de vie, de sécurité, la générosité, la solidarité, la disponibilité, la gestion de l’échec ou de la réussite et j’en passe, car nombre de qualités humaines sont nécessaires. Sur le plan cognitif ( plan des connaissan¬ces et des savoir-faire), que ce soit en lançant, en rattrapant, en balançant, en cherchant son centre de gravite, en prenant son élan etc... la somme de connaissances accumu¬lées est énorme et d’autant mieux acqu i se qu’elle est vécue corporellement. Elle est en effet pratiquée par l’expérience de l’essai erreur ou réussite ; et non pas apprise de fawn théorique, abstraite ce qui pourra se faire d’autant mieux par la suite. Sur le plan artistique, l’exigence est ren-dez-vous : rigueur dans l’effort, persévérance, précision, adresse, force

26

alors, on y passe plus de temps parce qu’on la préfère, on y arrive mieux, on s’y sent plus à raise et petit à petit, on se met à persévé¬rer et enfin, on se retrouve bien détermine à réussir. Le pédagogue connaît cette etape lors de laquelle son élève veut faire, quî un saut périlleux comme untel, qui jongler avec des massues comme tel autre ou se balancer là-haut ou encore marcher sur les mains...le chemin sera long pour y arriver mais le déclic a eu lieu et la force qu’a l’image d’origine pour l’éleve, va l’aider à supporter toutes les déconvenues avec le plus de patience possible, il se prend au jeu : puisque c’est si difficile, il va mettre les bouchées doubles mais c’est un jour... il va le faire ! Et nous y voilà ! Du jeu on est passé au désir d’exploit, au dépassement de soi et même si c’est encore tout nouveau et tout à fait hors du champ des vrais exploits, la stratégie est amorcée et certains vont en effet réussir par la suite à différents niveaux.


En route vers le spectacle

non, car le jeune en piste dolt apprendre, également de

Mais le chemin est long avant de maîtriser suffisamment

ce moment-là, ce qui va et ce qui ne va pas, mais sa-

son art, que l’on soit un ama¬teur mordu ou un profes-

chons rechercher la prouesse là où elle est. Quel type

sionnel, les premiè¬res expériences de spectacle sont

d’effort fait-il ? A-t-il progressé ? Capte¬t-il l’attention ?

toujours rîsquées...qu’en pensera le public, sera-t-il au

Participe-t-il à l’installation ? Et-il en lien avec le public

rendez-vous ? Car la première prouesse est peut être

? Improvise-t-il ? A-t-il une bonne mémoire des déplace-

celle-là : se lancer sur la piste pour une rencontre ex-

ments, gere-t-il son énergie, aide-t-il ses camarades, a-t-

ceptionnelle avec les spectateurs. En effet, il y a cette

il une nature comique, fait-il une perfor¬mance par rap-

atmosphère particulière dans le chapiteau et au-dela

port a son age, par rapport a la dernière fois, parce qu’il

de la performance elle-même, nous attendons quelque

bouge mieux, parce qu’il ose plus, parce qu’il s’exprime

chose d’inédit, une bonne surpri¬se, un petit ou un grand

davantage...à nous de nous poser les bonnes questions

choc, de nature émotionnelle bien sûr en passant par des

pour pouvoir apprécier honnêtement et a sa juste valeur

phénomènes vîsuels et auditifs, esthétiques, poétiques,

un spectacle qui est encore bien souvent un apprentis-

extra-ordinaires... captives par l’ambiance, nous atten-

sage pour les amateurs.

dons que l’un de nos contemporains vienne toucher notre

Contribuons au développement des enfants en ayant nous

sensi¬bi lité. Et c’est bien le propre d’un spectacle vivant

aussi une vision globale de leur personne, sans les com-

que de faire passer corporellement une emotion particu-

parer entre eux, apprenons à les soutenir dans leurs ef-

lière. Le spectateur alors jubile, il a pris plaisir, il a par-

forts et a les valoriser chac un différemment ainsi qu’a

tagé très subtile¬ment, très profondément, un moment

leur offrir de se dépasser, en leur présentant le chemin

de vie avec l’artiste et d’ailleurs, it ne l’oubliera pas :

qui reste à parcourir sans tromperie. Car ce sont eux qui

c’est un de ces moments « inoubliables ».

seront les spectateurs de demain les plus au fait, eux qui

De l’amateur au connaisseur

ensuite seront garants de toutes les qualités qu’offrent

Aussi, lorsque nous regardons un spectacle amateur,

les arts du cirque, eux qui, souhaitons-le, viendront au

soyons perspicaces, ii ne s’agit pas de tout applaudir,

cirque avec leurs enfants et en fins connaisseurs !

27


ÉVOLUTION DU CIRQUE Le cirque représente pour la conscience commune la présentation d’animaux exotiques effectuant des tours afin de susciter émerveillement, originalité et rêve. Cette utilisation de l’animal par l’Homme a subi des évolutions intrinsèques (évolution des conditions de détention des animaux, évolution du dressage, évolution du rapport dresseur/animal) et extrinsèques (indignation de certains devant cette utilisation, esclavage des animaux, maltraitance). Etre pour ou contre cette utilisation nécessite de comprendre l’évolution parallèle entre le cirque et la notion de bien-être animale.

Historique du cirque et son importance socioculturelle.

Le cirque d’Astley. Notre conception actuelle du cirque s’inspire de différentes façons aux jeux antiques romains ainsi qu’aux ba-

Dans son acception moderne, un « cirque » est une troupe

teleurs et troubadours du Moyen-âge. La première repré-

d’artistes, traditionnellement itinérante, qui comporte

sentation d’un cirque moderne date du 9 janvier 1768

le plus souvent des numéros de dressage et de domptage

et a été présentée par Philip Astley à Londres. Vétéran

d’animaux, des clowns, des tours de magie (1). Plus gé-

de retour d’Amérique, il décide de représenter surtout

néralement, le cirque est maintenant un spectacle vivant

des spectacles équestres égayés par des bateleurs. Le

organisé autour d’une scène circulaire qui lui doit son

mariage du monde équestre militaire et du monde fo-

nom. Ses caractéristiques ont eu beaucoup d’évolutions

rain autour du cercle est établi. Cette nouvelle forme

jusqu’à nos jours. Comprendre l’histoire du cirque per-

de spectacle, fondée essentiellement sur des exercices

met de comprendre l’évolution de la place des animaux

équestres, fut ensuite introduite en France par le même

au sein de ce monde où les coulisses sont mal connues par

Astley, puis reprise par Antonio Franconi et ses descen-

le grand public.

dants. C’est seulement au XIXe siècle lors des vagues de

Cette mauvaise connaissance de la condition animale

colonisation que furent introduits en France et en Alle-

dans ses établissements engendre des interprétations

magne les premiers animaux sauvages.

erronées pouvant conduire à vouloir interdire complètement les animaux du cirque.

28


Le cirque classique à l’ancienne

Le cirque traditionnel.

Au XIXe siècle, le cirque équestre s’est développé dans

Le cirque ménagerie succéda au cirque équestre du XIXe

les cirques stables construits dans différentes villes de

siècle. Fondé en 1854 par une famille anglaise, les Pinder,

France, à Paris puis en province. La famille Franconi

le Cirque Britania traverse la Manche dès 1868 et prend le

fonda successivement, à Paris, trois théâtres de cirque

nom de Cirque hippodrome des frères Pinder. Les convois

portant le nom de cirque olympique:

à traction hippomobile étaient tirés par des chevaux.

1er établissement situé Rue Saint-Honoré (1807-1816),

A la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, Barnum

2e établissement situé Rue du faubourg du Temple (1817-

et ses successeurs, aux États-Unis, donnèrent un nouvel

1826),

essor au cirque.

3e établissement situé Boulevard du Temple (1827-1862).

En 1871, Phinéas Taylor Barnum, avec ses associés William

Dans leur premier Cirque Olympique, les Franconi présen-

Cameron Coup et Dan Castello, exploita le premier Cirque

taient, à l’époque napoléonienne, des animaux sauvages

Barnum englobé dans un ensemble voyageant par le train

dans leur spectacle de cirque à l’ancienne constitué de

et réunissant musée de curiosités, ménagerie, convoi et

numéros équestres et acrobatiques: l’éléphant Baba en

chapiteau. Allié avec James Anthony Bailey, en 1881, il

1807, auteur de tours savants et époustouflant, uniques

créa le premier chapiteau à 3 pistes qui pris le nom de

pour l’époque; le cerf Coco en 1813, dans une scène évo-

Barnum & Bailey Circus en 1887. Le cirque géant effec-

quant le thème de la chasse à courre.

tuera une grande tournée dans toute l’Europe de 1897 à

Dans le troisième cirque, la création en 1831 de la pan-

1902).

tomime à grand spectacle « les Lions de Mysore » marqua l’avènement du domptage au cirque. Le dompteur Henri Martin fut engagé, avec ses fauves, par les frères Franconi qui montèrent pour lui cette pantomime dans laquelle les félins du dompteur marseillais étaient présentés derrière un treillage placé sur le devant de la scène. En 1856, Théodore Rancy fonda son premier cirque (chapiteau ambulant) à Rouen, puis construisit les suivants en dur: à Genève (1875), Lyon (1882), Le Havre (1887), Boulogne sur Mer (1888), Amiens (1889). A la fin du XIXe siècle, Paris connut quatre cirques sédentaires en activité: -le cirque des Champs-Élysées (1841-1898), connu sous les noms de Cirque de l’impératrice ou de cirque d’Été, -le Cirque Napoléon (1852), l’actuel Cirque d’Hiver acquis par les Bouglione seniors en 1934, -le Cirque Fernando (1875-1972) qui deviendra le Cirque Médrano en 1897, « le théâtre des clowns », -le Nouveau Cirque (1886-1926), cirque piscine construit Rue Saint-Honoré (doté d’une piste transformable en piscine pour les pantomimes nautiques). Le dernier cirque stable à ouvrir ses portes dans la capitale française fut le Cirque Métropole (1906-1930) connu sous l’enseigne de Cirque de Paris qui montra souvent des dompteurs en vedette).

29


tige de son directeur le « Maharaja » Hans Von StoschSarrasini, Chevalier de l’Ordre Impérial Persan du Lion et du Soleil, par l’organisation de ses installations (caravanes, écuries, ménageries, tentes et chapiteaux) et par le faste de ses spectacles qui se déroulaient, à partir de 1918, sous l’un des plus beaux chapiteaux de structure ronde et sur une piste de 17,5 mètres de diamètre. En 1919, les frères (Friedrich, Rudolf, Karl et Eugen) Knie transformèrent l’arène familiale à ciel ouvert en un cirque sous chapiteau sous l’enseigne « Cirque Variété Internationale Suisse des Frères Knie ». Le cirque s’est transformé en spectacle exotique grâce à la présence d’animaux sauvages et en fait sa notoriété (ou sa publicité) par leur exposition lors d’une parade ou dans une ménagerie: -en 1932, le cirque Américain Ringling Bros. And Barnum & Bailey possédait une ménagerie de1000 animaux sauvages; -en 1934, le cirque allemand Krone, « le plus grand cirque d’Europe » créé en 1905 par Karl Krone, comptait dans sa ménagerie plus de 800 animaux. Entre les deux guerres mondiales, les cirques français annexèrent à leur établissement une ménagerie, jusquelà spectacle forain. L’inverse se produisit également, les ménageries foraines ajoutant, à leur établissement, un Les Ringling Brothers, en 1907, rachetèrent le Cirque Bar-

spectacle de cirque. C’est aussi à cette époque que les

num & Bailey pour l’associer au

cirques français motorisèrent leurs convois routiers. Ainsi

leur, Ringling Bros. Circus, fondé en 1884, et former, en

s’imposèrent en France, le Zoo Circus (1921-1932), des

1919, le plus grand chapiteau du monde:

frères Court, premier grand cirque voyageur français, le

« Ringling Bros. And Barnum & Bailey Circus, The greatest

cirque des 4 frères Amar (1924), celui des 4 frères Bou-

Show on Earth ».

glione (1933), Pinder (1928-1972, direction Charles Spies-

Le Cirque Carl Hagenbeck, fondé à Hambourg en 1887

sert).

sous le nom de « Cirque

-Alfred (frère de Jules) Court forma en 1923 au Zoo Cir-

International et Caravane Cingalaise », a voyagé dans le

cus son premier groupe mixte de fauves

monde entier, avec une ménagerie

intitulé « La Paix dans la Jungle ».

importante, en complétant ses représentations par des

-Les frères Amar furent tous dompteurs: Amar Aîné pré-

exhibitions zoologiques et ethnologiques, et a existé

senta les tigres et les éléphants, Ali les ours blancs, Ché-

jusqu’en 1953. Le Wild West Show de Buffalo Bill, créé en

rif les lions et Mustapha, après un accident avec un tigre,

1884, effectua une tournée en Europe en 1889 et en 1905.

assura la direction du cirque.

Le spectacle de l’Ouest Américain marqua longtemps les

-Les Bougliones seniors se spécialisèrent: Sampion comme

esprits notamment en France où Sampion Bouglione père

dresseur de chevaux, Joseph comme dresseur d’élé-

récupéra un stock d’affiches du véritable héros du Far

phants, Firmin comme dompteur de fauves et Alexandre

West, acquit en 1926 un grand chapiteau d’occasion et

comme administrateur du cirque.

lui donna le nom de « Stade du Capitaine Buffalo Bill »

-Roger Spessardy (frère de C. Spiessert) fut dompteur de

Le cirque Sarrasini, créé en 1902 à Dresde en Saxe, im-

fauves chez Pinder et dirigea la ménagerie.

pressionna l’Allemagne et l’Amérique du Sud par le pres-

30


Après la seconde guerre mondiale, les cirques français

Nouveau cirque.

s’associèrent à la radio et à la télévision, tels le Radio

Dans les années 1970, le public du cirque s’essouffle et

Circus puis Grand Cirque de France (période 1949-1962)

le mouvement du nouveau cirque fait son apparition en

des Grüss et Pinder ORTF (1961-1969) avec le label de la

France. Il est porté par la démocratisation du cirque avec

Piste aux étoiles. Pour corser leurs programmes, ils

l’ouverture d’écoles de cirque agréées par la Fédération

mêlèrent le spectacle de cirque avec des éléments étran-

Française des Écoles de Cirque. Le cirque s’ouvre et se

gers à la piste: des présentateurs vedettes, des presta-

remet en question. Ce genre de spectacle fortement

tions d’artistes de music-hall, des exhibitions de cham-

théâtralisé (comme Archaos, le cirque Plume, Zingaro ou

pions sportifs et des jeux radiophoniques.

la compagnie Mauvais Esprit, etc.) a remis en question les

Autour des années 70, les cirques français les plus im-

conventions du cirque bientôt dit « cirque traditionnel »,

portants furent Amar (1973-1983, direction Firmin Bou-

qui demeure cependant bien vivant, assimilant certaines

glione junior), Bouglione (les Bouglione juniors: Sampion,

des innovations du « nouveau cirque » (par exemple:

Emilien et Joseph), Pinder (1972-1983, direction Jean

les spectacles du cirque Arlette Grüss adoptent des cos-

Richard), Rancy (1962, création Sabine Rancy), Jean Ri-

tumes et des musiques proches de celles des québécois

chard (1968-1983), Zavatta (1978, création Achille Za-

du Cirque du Soleil tout en continuant à présenter des

vatta) ainsi que le cirque à l’ancienne de la famille Grüss

numéros des disciplines traditionnelles, et en particulier

(1974, direction Alexie Grüss junior).

des exercices de dressage). On peut légitimement se po-

Le cirque italien American Circus, entama, avec son cha-

ser la question de la viabilité des cirques n’utilisant plus

piteau à 3 pistes, une tournée en France, à la fin de l’an-

les animaux.

née 1979, qui fut suivie d’autres jusqu’en 1986. En 1981, le cirque Bouglione prend le nom d’American Parade, puis d’American circus pour contrecarrer son concurrent. Des faillites retentissantes (Amar en 1973 « Amar en faillite, la fin d’un cirque » Paris Match n°1270 du 8 septembre 1973, Jean Richard en 1978, Rancy, Achille Zavatta) et l’affaire American Circus en 1979 (« L’affaire de l’American Circus », Le Monde du 23 novembre 1979.) marqueront la « fin » du cirque traditionnel en France et permettront son renouveau. A l’étranger, comme en France, peu de cirques sédentaires (cirques fixes ou cirque d’hiver) subsistèrent, mais les établissements voyageurs furent très nombreux. Pour information, en Europe: -en Allemagne: Busch-roland, Hagenbeck, Althoff, Krone, Sdarrasini, Barum, -en Espagne: Feijo-Castilla, -en Grande-Bretagne: Bertram Mills, Chipperfield, Billy Smart, -en Italie: Togni, Orfei, -en Suisse: Knie, et en Amérique du Nord: aux Etats-Unis: Ringling Bros. And Barnum & Bailey qui abandonna les spectacles sous chapiteaux en 1956.

31


BIEN-ÊTRE A N I M A L ET CIRQUE

32


Bien-être animal et cirque. Par définition, le bien-être animal est un état de parfaite santé, physiologique et mentale, où l’animal est en complète harmonie avec son environnement. Cet état est impossible à maintenir en permanence. C’est au Royaume-Uni, au début des années 70, que des mouvements de protection animale apparaissent en premier. Ils dénoncent les conditions de détention des animaux d’élevage. Ces mouvements eurent des effets bénéfiques et, en

différents moyens de communication (sites Internet, marketing direct à destination des élus, manifestations aux portes des cirques avec parfois des informations truquées ou erronées et interprétations anthropomorphiques).

Cirque et protection animale. Se dire pour ou contre l’utilisation des animaux dans les cirques nécessite de connaître l’évolution de la condition animale au sein de ce monde.

Du domptage au dressage, une évolution considérable. Entre le XIXe siècle et le début du XXe, les méthodes de dressage employées sont condamnables. Les belluaires des ménageries foraines se livraient à des exhibitions où le bluff

1976, le F.A.W.C (Farm Animal Welfare

l’emportait largement sur la psychologie. Leur dispari-

Council) définit 5 points fondamentaux pour le bien-être

tion au profit de la « cage centrale » ouvrit la

animal :

voie à des méthodes de dressage nouvelles, basées sur la

- l’animal ne doit ni souffrir de faim, ni de soif, ni de

connaissance, l’amour et le respect des

malnutrition.

animaux, la patience et la psychologie. Depuis, les mé-

- Il doit disposer d’un abri et d’un confort appropriés à

thodes de dressage n’ont cessé d’évoluer

ses besoins.

parallèlement à l’évolution des connaissances en zoolo-

- Les maladies et traumatismes doivent être combattus

gie et éthologie. Plus que de mettre en avant

préventivement ou diagnostiqués et

la « férocité » de l’animal ou le courage du dompteur, on

traités rapidement.

montre actuellement la beauté et les

- L’animal doit pouvoir exprimer la plus part des schémas

capacités physiques et la complicité avec son dresseur

normaux de comportement.

voire « éducateur ».

- L’animal ne doit pas vivre dans la peur.

Les meilleurs résultats sont obtenus sans forcer ni

Actuellement, 2 notions différentes s’affrontent : bien-

contraindre : il s’agit d’établir entre

être animal et « droits de l’animal ».

l’homme et l’animal un climat de confiance, d’inciter

Plusieurs associations parfois extrêmes voudraient pro-

l’animal à exécuter, en complicité avec son

mouvoir ces « droits des animaux » qui

dresseur, des exercices en rapport avec ses capacités na-

auraient force de loi et pourraient être utilisés en justice

turelles. On ne frappe plus les animaux qui

au même titre qu’une convention

refusent d’effectuer un exercice, ce serait ruiner le tra-

internationale.

vail. Le dresseur n’a recours à une

Depuis quelques années, des associations cherchent à ob-

« correction » que dans des cas exceptionnels, pour sau-

tenir l’interdiction des animaux du

ver sa vie ou punir une attaque délibérée.

cirque. Il fut d’abord question d’améliorer les conditions

Encore cette « correction » doit-elle être considérée à

de détention et de transport, puis on en

l’échelle des grands fauves : le bâton ne leur

vint à l’interdiction d’espèces « sensibles » et enfin, des

fait pas grand mal en comparaison des volées qu’ils s’ad-

voix s’élèvent aujourd’hui pour

ministrent entre eux dans la nature pour

revendiquer l’interdiction de tout animal sur la piste par

établir la hiérarchie par exemple. Le dresseur moderne s’efface devant son partenaire.

33


cages ». Notre conception du bien-être animal, quand

Loin des mutilations, la thérapie du dressage.

elle devient anthropomorphique, fausse le

Contrairement à ce que l’on peut lire ou entendre, le

pouvoir vivre, manger, se reproduire et à

dégriffage des membres antérieurs a

avoir des interactions sociales. Nos notions philoso-

rarement été pratiqué sur les fauves des cirques. Vers la

phiques de liberté leur sont étrangères. La vie du

fin des années 70, la multiplication de zoos

cirque correspond au rythme biologique naturel des

de qualité inégale a abouti à une campagne anti-zoos ra-

grands félins : les périodes passées à exécuter

dicale, ne distinguant pas les professionnels

leur numéro de une à trois fois par jour) correspondent à

des incompétents inhérents à chaque profession. Cer-

leur temps d’activité dans la nature

tains « anti-cirques » reconnaissent que le

(recherche des proies, chasse). Le temps passé dans la

dressage est bénéfique pour la santé physique et mentale

voiture-cage correspond à leur 20 à 22 heures

des animaux nés et élevés en captivité. Le

de repos quotidien entrecoupé par le repas et les besoins

dressage fournit l’exercice qui manque en captivité. Le

du nettoyage. Les animaux ne connaissent

medical training (apparu en premier dans

que se rythme de vie. Dans de nombreux cirques, la re-

les zoos) consiste à désensibiliser les animaux progressi-

production, bon indice d’adaptation d’une

vement pour qu’ils se soumettent

espèce dans un environnement, donne d’excellents résul-

volontairement à certains examens et intervention vété-

tats. La longévité d’un animal dans un

rinaires. Ceci facilite la prévention tout en

environnement est un marqueur fort du bien-être animal

évitant les risques liés à l’anesthésie. Il s’agit d’une mé-

: le tigre Atyr présenté pour la première

thode de dressage, ni plus ni moins…

fois en 1819 par le dompteur Henri Martin est mort à

Des animaux adaptés au cirque.

jugement. Chez un grand félin, le « bonheur » consiste à

l’âge de 21 ans, Zeila, rhinocéros blanc femelle, morte à 43 ans au cirque Knie après 40 ans de

La conscience commune tend à affirmer : « les animaux

spectacles (de 1966 à 2006). En parallèle, les

ne subissent plus de mauvais

conditions de détention ont évoluées, par obligation lé-

traitements dans les cirques ; ce qui me choque, c’est

gale ou, bien mieux, spontanément. Les

qu’ils vivent dans des camions ou des

cirques développent, devant les camions, des enclos munis de troncs d’arbre parfois même un bassin, comme au zoo. La qualité de la présentation prévaut désormais sur le nombre.

Le dressage respectueux : élément du bien-être animal. On peut classer les mammifères non domestiques en deux catégories : les sujets vivant dans leur biotope naturel et les sujets qui se trouvent sous la surveillance humaine dans les jardins zoologiques, les cirques, dans des institutions privées voire chez des particuliers. Les animaux présentés actuellement dans les cirques en France sont tous nés et élevés en captivité. La contrebande et l’importation illégale d’animaux arrachés à leur milieu naturel sont révolues.

Des animaux nés et élevés en captivité. L’animal vivant au contact de l’Homme n’a plus rien à

34


voir avec son cousin sauvage. Les

alimentation de qualité pour les animaux de la piste.

mammifères naissent et grandissent généralement dans

Numéros, repas, détente nécessitent des enclos suffisam-

les zoos ou les cirques, souvent depuis

ment grands et bien aménagés,

plusieurs générations. Le retour à la nature serait dange-

garantissant un espace d’évolution de taille et de qualité

reux tant pour l’être humain que pour

adéquates. Le principe « plus c’est grand,

l’animal «affranchi ». Ce dernier serait incapable de

mieux c’est » n’est pas forcement adapté. Bien sûr, voir

chasser, d’identifier des dangers qu’il ne

croupir un hippopotame dans un bassin de

connaît pas. Ayant vécu avec et connaissant l’être hu-

la taille d’une baignoire est inacceptable. Mais la plupart

main, l’animal n’a plus peur de celui-ci et ne

des animaux ne se déplacent pas pour le

sera pas inhibé à l’attaque. L’activité, déclinée par les

mouvement, mais pour satisfaire des besoins tels que la

différents numéros, permet d’éviter l’ennui

faim, la soif ou les contacts sociaux. Les

(causes de troubles du comportement voire de mortalité,

fauves s’adaptent parfaitement à ce mode de vie (ali-

décrits dans certains zoos) et apporte

mentation fournie, espace de repos à l’écart,

stimulation physique et psychique. Le spectacle rem-

contacts sociaux lors de la représentation). En ce qui

place l’exercice dans la nature que les animaux

concerne l’ameublement de l’enclos (c’est-àdire

ignorent.

la qualité de l’espace), le principe « plus il y a de rappels

Le bien-être animal appliqué au cirque.

naturels, mieux c’est » ne s’applique pas davantage. Si l’animal ne connaît pas les éléments

Les animaux des cirques ne présentent pas de signes de

naturels, il ne trouvera aucun intérêt à se

malnutrition et de pathologies liées à

mobilier inconnu. Le dressage s’inspire de l’enrichisse-

des carences nutritionnelles. Des entreprises ont pris en

ment comportemental : stimulé le physique et

main les circuits d’approvisionnement pour

le psychisme de l’animal afin d’éviter l’ennui et mettre

les cirques. Choix des viandes, chaîne du froid, fourniture

en scène les capacités naturelles.

de compléments vitaminiques, aliments

Un rapport d’une commission regroupant profession-

déshydratés issus de la recherche dans les jardins zoolo-

nels du cirque et associations de protection animale

giques : des circuits garantissent une

35


en Grande-Bretagne a permis d’établir que, bien qu’ils

ment leurs schémas de comportement. En 2007, un lion

soient davantage confinés qu’à l’état sauvage, les ani-

(détenu illégalement), enlevé à un cirque, a été replacé

maux ne subissent pas de troubles du comportement.

dans un zoo. Ayant changé complètement de mode de

La majorité des cirques font appel à un vétérinaire at-

vie, il a développé des troubles du comportement. Enfin,

titré, qui suivra les animaux au cours des années. Un de

les animaux de cirques, convenablement soignés, ont ap-

ces vétérinaires siège au Ministère de l’Environnement

pris à dominer les exigences

dans les commissions chargées d’élaborer les textes ré-

de leur environnement, à prendre confiance en eux et à

glementaires réglementant la détention, la présentation

faire confiance à l’Homme. Ils n’ont pas peur, ne sont pas

et le transport des animaux de cirque. Il soigne ces ani-

stressés et prêts à exercer leur activité jusqu’à un âge

maux depuis 20 ans. Selon lui, tous les animaux ont leur

avancé à condition que la méthode de dressage soit « res-

place dans les cirques à condition que la réglementation,

pectueuse des animaux ». Tout signe de crainte, d’anxié-

déjà exigeante, soit respectée scrupuleusement. Il a été

té et de stress fait défaut. Les animaux se pressent pour

démontré que même les girafes pouvaient voyager avec

entrer et se produire en piste. On peut souvent constater

un cirque mais pas plus de 2 heures par jour dans des

qu’ils considèrent leur travail comme un simple jeu.

bétaillères suffisamment hautes. Les cirques, grands ou

Le dressage respectueux des animaux et leur présenta-

petits, qui respectent les règles, ne doivent plus payer

tion en spectacle peuvent être conçus, aujourd’hui, dans

l’inconséquence de quelques-uns. Actuellement, on

l’intérêt et au bénéfice même des animaux élevés par

donne une image négative du cirque sans informer réel-

l’Homme. Tous les indicateurs prouvent que les animaux

lement le public.

dressés dans les cirques bien tenus ont une vie plus inté-

L’évolution du dressage a permis de mettre en avant

ressante et plus accomplie que leurs congénères élevés

les capacités naturelles des animaux sans contraintes ni

sous toute autre forme de détention humaine.

souffrance. Ce dressage, considéré comme thérapie, ne peut se faire que si les animaux peuvent exprimer pleine-

36


Défense des animaux et indignation sélective

personnages dont la plupart ont toujours été considérés

Sur de nombreux sites, le leitmotiv est pour résumer : «

Nous citerons les principales associations :

Pauvres bêtes détenues en

Société protectrice des animaux (SPA), Fondation ligue

esclavage, révoltez-vous devant ce spectacle de la honte

française des droits de l’animal, Fondation

et du désespoir. ». On peut aussi

Brigitte Bardot, Fondation assistance aux animaux, PETA

légitimement s’indigner contre les chiens enfermés dans

Europe (Pour un traitement éthique des

un appartement ou déguisé ou nourrit à

animaux), One voice, Fondation 30 millions d’amis, Code

grand renfort de sucre et de jambon par un propriétaire

animal.

confondant enfant et animal. Le terme

La conciliation cirque et bien-être animal est possible.

esclavage, mal approprié ici, a pour but de susciter l’an-

Dans le débat présent, la législation

thropomorphisme chez le public. Comme

joue un rôle prépondérant. Elle représente les

nous l’avons vu, la pensée humaine ne s’applique pas à

normes que les pouvoirs publics fixent au

l’animal. Nos notions de « liberté », de

cirque

« bonheur » ou autres leurs sont étrangères.

notamment en matière de bien-être

L’argument majeur des opposants à la présence d’ani-

animal.

maux au cirque est que le dressage auquel ils sont soumis

est-elle adaptée au cirque d’au-

s’effectuerait en usant de méthodes particulièrement

jourd’hui

brutales et indignes. Les associations de défense de la cause animale s’appuient sur de pseudos témoignages de soi-disant professionnels ayant quitté le métier de dompteur. Ces « témoins n’ont jamais été que d’obscurs

37

par leurs pairs comme incompétents.

La

législation

actuelle


LIEUX DE DIFFUSION ET DE RÉSIDENCE

Comme pour les festivals, les lieux de diffusion et/ou de résidence se répartissent en trois catégories, arts de la rue, arts du cirque et arts de la rue, arts du cirque. Le poids du nombre de lieux de diffusion et/ou de résidence répertoriés rue et cirque témoigne là encore de croisements des deux champs sur le terrain. En parallèle de ce phénomène, il existe des lieux spécialisés, exclusivement dédiés à l’un des deux champs et contribuant à sa structuration et son développement, notamment par le biais du soutien à la création. 38

Les arts du cirque entre lieux spécialisés et scènes généralistes Les lieux de diffusion La base de données de HorsLesMurs répertorie 75 lieux de diffusion d’arts du cirque et 55 lieux de diffusion d’arts de la rue et d’arts du cirque. La structuration du paysage s’organise autour de deux logiques : • Une spécialisation plus ou moins grande dans les arts du cirque (des lieux consacrés exclusivement au cirque, qui font aussi, souvent, de l’accueil en résidence, et des lieux généralistes programmant des spectacles de cirque), • Une typologie de « lieux de diffusion » variée allant de scènes nationales à des centres culturels ou des directions d’affaires culturelles. Au regard du réseau global du spectacle vivant en


France, la diffusion des arts du cirque reste largement à

Les Pôles des Arts du Cirque

développer mais la montée en puissance de la program-

L’Année des arts du cirque, qui s’est déroulée de l’été

mation en salle se confirme. Le cirque, et en particulier

2001 à l’été 2002, a constitué une étape importante dans

ses nouvelles formes, trouve une place dans les théâtres

la structuration du secteur et de l’intervention de l’État.

ainsi que dans les lieux à programmation pluridiscipli-

Outre la création d’aides spécifiques et l’augmentation

naire. Des scènes nationales (Equinoxe à Châteauroux,

de l’aide aux compagnies, ce dispositif a été l’occasion

Bateau Feu à Dunkerque ou encore Petit-Quévilly / Mont-

d’une reconnaissance du travail de terrain d’un certain

Saint-Aignan) tout comme des théâtres et des espaces

nombre de lieux de résidence et de diffusion focalisés

culturels, programment des spectacles de cirque, dans le

sur le cirque. Apport en production, accueil pendant les

cadre de leur programmation annuelle, de festivals ou de

phases de création, diffusion des spectacles, les Pôles

temps forts dédiés.

des Arts du Cirque sont des accompagnateurs majeurs des

Pour certains lieux, c’est l’occasion de programmer sous

artistes et compagnies. Ils constituent un maillage pé-

chapiteau. Sur les 130 lieux de diffusion répertoriés

renne de lieux soutenant la production et sont aussi des

cirque et rue et cirque, certains portent une attention

espaces d’élargissement des publics qui viennent y dé-

toute particulière aux arts du cirque, notamment

couvrir les formes les plus contemporaines du cirque. Les

contemporains, et en ont fait une spécialité. Ce sont des

missions actuelles des Pôles des Arts du Cirque reflètent

lieux aux projets, moyens et équipes très

cette double action de soutien de la création contempo-

divers. Certains sont associés de près à la formation

raine et

(comme l’Académie Fratellini ou le Centre régional

de relation aux territoires et aux populations. Elles sont

des arts du cirque de Lomme), d’autres développent des

au nombre de quatre : la production, la diffusion, les

projets de territoire autour du cirque (La Verrerie

publics et l’accompagnement de la profession. Les lieux

d’Alès). Quelques lieux sont également gérés par des

(spécifiquement dédiés et généralistes témoignant un in-

équipes artistiques (La Grainerie à Toulouse).

térêt particulier pour les arts du cirque) différent forte-

Les lieux de résidence

ment les uns des autres du point de vue de leurs projets, moyens humains et financiers et contextes d’implanta-

La base de données de HorsLesMurs répertorie 30 lieux de

tion. Ce sont des établissements de référence qui contri-

résidence d’arts du cirque et 39 lieux de résidence

buent, par leur expertise et leur capacité à développer

d’arts de la rue et d’arts du cirque. Certains sont également des lieux de diffusion : 18 répertoriés cirque et 16 répertoriés rue et cirque. Les lieux d’accueil en résidence correspondent à deux schémas : • Des structures artistiques et culturelles développant à la fois la diffusion et l’accueil en résidence d’équipes circassiennes, pour certaines en ayant fait du cirque une orientation forte, • Des lieux proposant exclusivement l’accueil en résidence. Il faut noter que figurent au sein de cette catégorie des lieux de compagnies (comme par exemple celui du Théâtre du Centaure à Marseille ou de Max et Maurice au Val de Maizet). Tout comme les lieux de diffusion, les lieux de résidence ont des profils très divers et la nature de l’accueil y diffère fortement. Le paysage s’organise notamment, mais pas exclusivement, autour des dix Pôles cirque qui sont, pour la plupart, à la fois des lieux d’accueil en résidence et de diffusion

39


40


des réseaux, à la structuration et au rayonnement des arts du cirque, ainsi qu’au renouvellement des formes et des esthétiques. A ce jour, dix Pôles des Arts du Cirque sont répartis sur le territoire français : Agora à Boulazac (Aquitaine), La Brèche à Cherbourg-Octeville (BasseNormandie), Le Carré Magique à Lannion (Bretagne), La Cascade à Bourg Saint-Andéol (Rhône-Alpes), Circuit(s) à Auch (Midi-Pyrénées), Le Cirque Jules Verne à Amiens (Picardie), Le Cirque-Théâtre d’Elbeuf (Haute-Normandie), Le Prato à Lille (Nord-Pasde-Calais), Le Sirque à Nexon (Limousin), La Verrerie à Alès (Languedoc-Roussillon). Deux Pôles sont actuellement en préfiguration : Le Théâtre Firmin Gémier / La Piscine à Antony/Chatenay-Malabry (Ile-de-France) et le Pôle cirque Méditerranée regroupant le Théâtre Europe à La Seyne-sur-mer et le CREAC de Marseille, Centre de recherche européen des arts du cirque (Provence-Alpes-Côte d’Azur). La création d’un label national est actuellement en examen au sein de la DGCA (Direction Générale dela Création Artistique) du ministère de la Culture et Communication

41


42


43


ACCE SSOI R E S

Nouvel anneau WINDRING Prix de liste Є18.05 Diamètre : 32.5 cm Poids : 143 gr Caractéristique : Nouvel anneau WINDRING : nouveau design nouveau poid pour une meilleure rotation, une meilleure stabilité dans l’air et un meilleur maintien dans les mains.

Bâton-Fleur TDR - Suprême Prix de liste Є38.00 Diamètre : 32.5 cm Poids : 143 gr Détail : L`ensemble comprend le Bâton-Fleur avec un double croisés élaborés de cordes adhérantes et les baguettes de manipulation en caoutchouc.

MONOCYCLE 20 POUCES ACIER DIVERSE COULEURS Caratéristiques et prix Monocycle 20 pouces acier diverse couleurs Prix de liste Є98.00

44


Rolla Bolla Prix de liste Є70.55 Dimension : 25cm X 71cm - 10cm X 28cm Caractéristique : La planchette du rolla bolla est en bois stratifié et le tube est fait de PVC. Il y a sur la planchette des bandes anti-dérapantes pour en améliorer l’adhérence.

Massues de jonglage du cirque ARLETTE GRUSS Prix de liste Є70.55 Dimension : 42 cm Caractéristique : Kit de 3 massues de jonglage, livrées avec une notice d’apprentissage. Véritables massues d’initiation avec contrepoids en bois à l’intérieur du manche, elles sont l’outil idéal pour apprendre la jonglerie.

DIABOLO Prix de liste Є70.55 Dimension : 25cm X 71cm - 10cm X 28cm Caractéristique : Le célèbre Diabolo vous est présentée ici dans une magnifique version livrée avec sa notice d’apprentissage. Ce diabolo est à coque souple et entraxe en métal pour une meilleure robustesse.

45


IDEES L EC T U R E La mélodie des Tuyaux, Benjamin Lacombe, Ed. Seuil Jeunesse, 2009. Dès 7 ans. Mis en musique par Alex el Rubio et J.-B. Marino. La mélodie des tuyaux est un conte musical où les mots et les dessins de Benjamin Lacombe trouvent une voix, celle d’Olivia Ruiz. Puisque Alexandre est un «bon à rien», il ira travailler dans cette sinistre usine pleine de tuyaux. Mais le destin en a décidé autrement : grâce à la troupe de saltimbanques qui vient d’arriver et à la musique flamenco, Alexandre va trouver sa voie. Avec émotion et poésie, ce magnifique album parle d’ouverture d’esprit face aux préjugés et de révélation de soi.

Eugenio Marianne Cockenpot (auteur), Lorenzo Mattoti (illustrateur) Editions du Seuil, 1993 Collection Albums Résumé : Eugénio est un clown de talent, toujours à faire sourire petits et grands. Et puis un jour, son sourire et son envie de faire rire les autres disparait. Quel lourd secret pèse sur le coeur d’Eugenio ? Grâce à ses amis du cirque, le clown retrouvera peut être son sourire.

46


La fabuleuse histoire du cirque Pascal Jacob, Editions Le Chêne Photographie Pascal Jacob a fait des études universitaires d’histoire du théâtre et du spectacle vivant.Passionné par le cirque et ses mystères, il soutient en 1984 une maîtrise sur l’histoire du cirque américain et développe une collection de documents anciens sur les arts du cirque.Et pour faire partager sa passion, quoi de mieux que d’en faire le sujet d’un livre ! « Le cirque est le résultat d’une succession d’influences qui s’épanouit au XVIII ème siècle. Si on essaie, pour le définir, de tracer un arbre généalogique, on y trouve pêle-mêle mais dans le bon ordre : l’orchestra grec, le mystère médiéval anglais, la farce, la commedia d’ell arte, le théâtre élisabéthain, l’équitation académique, la dislocation, le funambulisme, le dressage et l’exhibition d’animaux. Toutes choses qui évoquent en elles-mêmes la scène, le spectacle ou le rituel mais pas le cirque. Alors, le cirque ne serait-il pas au bout du compte qu’un avatar du spectacle vivant ? « Telle est la vision de l’auteur. D’ailleurs, tous ces aspects sont évoqués dans son livre, véritable régal pour les yeux tellement il y a de photos, vieilles affiches et documents anciens. Simplement magnifique ! Pour replonger dans son enfance ou découvrir cet univers magique. Afin que le monde du cirque ne meure jamais ! Pour tous, petits et grands !

47


EVENEMENTS La Grande Fête Lilloise du Cirque,

Cie Un Loup Pour L’homme

toujours sous chapiteau chauffé

Création 2011 – première française

au Champ de Mars à Lille.

Après le duel acrobatique d’Appris par corps, la compa-

Du Samedi 15 Octobre au Dimanche 13 Novembre 2011.

gnie Un loup pour l’homme s’intéresse ici au parallèle entre geste acrobatique et geste sportif. 4 hommes,

Cirque SAGA

cette fois, s’avancent au milieu du public sur un carré de

COLISEE, ROUBAIX

tatamis, arène de leur défi. Un quatuor très physique qui

Date Mardi 29 Novembre 2011

se mesure et s’affronte avec un seul but : ne pas échouer.

Prix

http://www.cirquetheatre-elbeuf.com

19.80 €

CIRCO MAMMA MIA

2, Rue Henry B.p. 80356 - 76500 Elbeuf

Un cirque à l’italienne, à l’ancienne, dans le pur style de

Date Jeudi 1er décembre 2011 Jusqu’au Dimanche 4 dé-

la comedia del arte.

cembre 2011

A retrouver sur youtube : http ://www. Youtube. Com/

Infos réservation

watch ? V=wac0xgsf_sc.

Billetterie : 02 32 13 10 50

Lieu

billetterie@cirquetheatre.com

LE THÉÂTRE SÉBASTOPOL, LILLE

Tel : 03 20 57 57 00 Site officiel : www.nsorganisation.com Date Samedi 17 Décembre 2011 De 14h30 à 16h00

LE GRAND C COLISEE, ROUBAIX Date Mercredi 11 Janvier 2012 Prix

34.00 €

CIRQUE ELOIZE COLISEE, ROUBAIX Date Jeudi 26 Janvier 2012 Prix 34.00 € MULAN ZENITH ARENA, LILLE Samedi 11 Février 2012 Prix 34.00 / 46.00 € LES 7 DOIGTS DE LA MAIN COLISEE, ROUBAIX Mercredi 21 Mars 2012 Prix

48

Lieu Cirque-theatre

34.00 €

www.cirquetheatre-elbeuf.com


Circus magazine  

Magazine sur le cirque

Read more
Read more
Similar to
Popular now
Just for you