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DES MEMES AUTEURS

Aussi de Macha Sener : − −

Ma Divine Comédie (recueil de poésies) Les Aventures du Chevalier Timothée et de la Princesse Jade (livres pour enfants)

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Aussi de Stephane Thomas : − − −

Espère (roman épistolaire) Dean, un géant à l'Est d'Eden (reportage) Boulogne-sur-mer sous les bombes (reportage)

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La nouvelle « Mission Zibéon » a été publiée dans un recueil du collectif GR 746 (Quinze coups de griffes), disponible sur : http://stores.lulu.com/gr746

Copyright © Maruja « Macha » Sener 2008 Copyright © Stéphane Thomas 2008 Tous droits réservés Reproduction interdite.


MISSION ZIBEON

Je m’appelle Roger. Non ! Pas comme Roger Pierre ! Comme Roger Moore ! Prononcez « Rodgeur », s'il vous plaît. Merci ! Je suis un employé de bureau que vous pourriez penser banal, mais qui ne l’est pas. J’ai en effet une vie trépidante : chaque matin j’observe les gens dans le métro, chaque matin je m’éclate en ouvrant les pièces jointes dans les courriels hilarants que m’envoient mes copains de régiment et mes collègues. Chaque jour je glisse en attendant ma monnaie un calembour parfois osé à la caissière callipyge de la cantine, et chaque samedi je me régale des rebondissements imprévisibles de « sous le soleil », mon feuilleton préféré, avant de regarder le match sur Canal ou la starack. Cette vie qui est la mienne, ponctuée – dois-je le confesser ? – de multiples conquêtes, est si trépidante que je ne supporte plus de la garder pour moi. J’ai donc décidé, un matin, entre le café et la mousse à raser, de vous faire partager mes aventures. A ma grande surprise, à la relecture des premières pages de mon journal, je m’aperçois que je tiens en fait le journal de Camelice, mon chat…

Jeudi 13 septembre 2007 - 1 Il est dix-sept heures et je ne suis pas mécontent de quitter enfin le bureau. Il y a des jours comme ça où rien ne se passe comme on le souhaite. Le pire moment de la


journée, comme une cerise moisie sur la crème chantilly tournée d’un gâteau rassis, aura été quand la jolie Sandra a décliné avec un mépris inutile mon invitation à dîner. Les yeux tournés vers le ciel gris, j’aspire à grandes bouffées l’air pollué de la ville, le trouvant soudain très pur. Erreur. A trop lever la tête on ne regarde pas où on marche, et un jour pareil, ça ne pouvait pas manquer : mon pied écrase ce qu’un chien mal élevé aura bien entendu laissé là tout spécialement pour moi ! J’enrage, et passe en revue une liste de jurons à faire pâlir de jalousie tous les capitaines Haddock. Pourquoi les gens ont-ils des chiens dont l’étymologie soit dit en passant, m’apparaît aussi claire qu’erronée ? Pourquoi n’ont-ils pas des chats comme tout le monde ? Pourquoi ? Je me calme après avoir essuyé ma chaussure sur l’angle d’un trottoir et le pitoyable carré de pelouse qui lui fait face. C’est vrai quoi, les chats au moins sont propres ! Je me surprends à cet instant à penser à mon chat, ce qui ne m’arrive jamais. Que fait-il, au fait, pendant mon absence ? Probablement rien. Je pense qu’il vaque aux mêmes occupations que quand je suis à la maison. Elles sont de trois ordres : gamelle, litière, canapé. Avec une variante pour ce dernier, Camelice utilisant en effet également mon lit pour se reposer de son dur labeur. « La vie d’un chat doit être bien triste et ennuyeuse ! » me dis-je en poussant la porte de mon pavillon de banlieue, l’esprit occupé par l’envie de séduire Sandra et les mille et une idées pour arriver à mes fins, que j’éliminais finalement les unes après les autres.


Journal de bord de l'agent Zbertfricht208 : 13e jour de la lune de Mandar Période du Mizerium – Année du Zrout Cela fait maintenant six mois que je suis arrivé dans cette dimension, et je n'ai pas avancé d'un poil dans l'accomplissement de ma mission ! J'ai donc pris la décision de consigner dans ce journal toutes mes notes, qui permettront peut-être à mon successeur de ne pas refaire les mêmes erreurs que moi, et de sauver notre monde alors que j'en aurai été incapable. L'idée d'être incarné en chat n'était pas mauvaise. Il est tout à fait exact, et conforme aux renseignements obtenus lors des nombreuses missions de reconnaissance que, dans cette dimension, un chat trouve assez facilement un domicile, où il est bien nourri, logé, et chauffé. Les humains, grands animaux bipèdes, bavards et imaginatifs, sont généralement assez serviables et fournissent le matériel nécessaire à une bonne hygiène de vie. Ils laissent la plupart du temps le chat qui vit chez eux faire ce qui lui plaît, surtout un chat un minimum persuasif, et nous apprenons à l'être lors de nos formations pour agents spéciaux. C'est donc effectivement une couverture idéale pour travailler discrètement. Mais avec quelques inconvénients quand même... Et je ne peux que suggérer à mon successeur d'être incarné en animal femelle, par exemple. De même, il vaut mieux éviter d'être incarné dans une bête à concours, genre persan bleu, ces animaux étant jalousement enfermés par leurs maîtres entre deux salons, ou dans un modèle géant comme le Maine Coon, peu pratique pour se faufiler entre les planches des clôtures de jardin... Je suis pour ma part


incarné très astucieusement en un chat dit « européen », avec une belle robe abricot et blanc. S'il n'était ma modestie naturelle, je pourrais dire que je suis un assez bel animal. Lors de mon arrivée, j'ai rapidement trouvé un quartier général, très central par rapport à la zone de recherches délimitée par les renseignements fournis par nos services. Ce quartier général est habité par un humain, Roger. Il pourvoit à mes besoins élémentaires, et sa compagnie est parfois satisfaisante. Les humains sont des êtres assez faciles à manipuler, même s'ils présentent parfois de grosses lacunes de compréhension.

Jeudi 13 septembre 2007 - 2 J’accroche mon imper au portemanteau déjà surencombré, notamment par des vestes et un duffel-coat dont j’ai oublié jusqu’à l’existence. J’entends alors un miaulement mal réveillé. Ah ! Camelice, c’est gentil de me dire bonsoir ! Puis un autre miaulement, plus insistant. Je me demande alors si cet animal est vraiment content de me voir. Il pourrait au moins se déplacer ! Camelice continue de miauler. Je m’approche de lui. Il daigne enfin quitter le canapé que j’ai acheté uni, mais qui au fur et à mesure des siestes prolongées du félin devient de plus en plus chiné. Il s’approche. Je tends la main pour le caresser : il l’évite avec dédain tout en continuant de miauler. Je comprends alors qu’il ne me salue pas. Il râle ! Bien. Que veut-il ? Le premier réflexe dans ce cas et de se diriger vers la réserve à nourriture. Je m’aperçois alors que


sa gamelle est à moitié pleine et que la bête geint de plus en plus fort. « Bon si tu n’as pas faim, que veux-tu ? Faire une promenade dans le quartier ? » J’ouvre alors la portefenêtre qui laisse immédiatement entrer un froid polaire. Il s’avance en miaulant… Et s’arrête net devant la porte… en miaulant ! « Alors, tu sors oui ou non ? » Il ne sort pas… et continue à miauler de plus belle ! Je referme la porte. Camelice soudain me fait face. Il me regarde dans les yeux. Que dis-je ! Il me toise ! Et il miaule, un miaulement de plus en plus lancinant, de plus en plus insistant. Je m’accroupis, histoire de me mettre à sa hauteur, très important pour faciliter le dialogue. D’une voix douce et posée, je lui demande pourquoi il se plaint de la sorte avec un calme hypocrite vu qu’il commence à me gonfler sérieusement. Je joins le geste à la parole et tends le bras pour lui prodiguer une caresse, quand le fauve, d’un éclair, me balance un coup de griffe précis, mais toutefois amical puisqu’il ne m’égratigne que très superficiellement. Vexé, je mets en route le lecteur CD et me mets un bon vieux disque d’un bon vieux groupe de bon vieux hard rock, car comme chacun sait, les chats détestent le bruit. Camelice reçoit bien le message et se met à miauler aussi fort que s’égosille le braillard chevelu. Le chat, d’un bond, retrouve sa place sur le canapé. Il s’étire, tourne sur luimême, deux fois, avant de s’étendre, sur SON canapé, une patte adroitement appuyée sur son oreille.


Je le regarde, ébahi. Il me regarde, fier. Et se remet à miauler. Je range le CD…

13e jour de la lune de Mandar (suite) Alors que je suis venu ici pour mener à bien une mission d'une importance capitale : sauver mon peuple, ravagé par l'angoisse de voir revenir bientôt un tyran sanguinaire, les humains sont, eux, préoccupés par des pensées totalement triviales. Aujourd'hui, alors que je lui réclamais une tirlifouillette automatique à triple foyer, pour parvenir enfin à localiser ce chien d'empereur Zibéon, Roger m'a regardé bêtement, sans rien comprendre. Il est allé imaginer des choses sur mon appétit, ma santé, mes velléités de promenade, mais de ma requête il n'a rien compris du tout. Je dois donc compléter les remarques que j'ai faites hier sur la facilité avec laquelle on peut manipuler les humains, car ils sont totalement inaptes à la télépathie. J'ai pourtant essayé de changer de langue, et de niveaux de langage, j'ai même essayé d'émettre comme chez nous à un enfant de cinq ans, rien à faire ! Les techniques télépathiques enseignées à l'Académie ne fonctionnent pas sur des cerveaux aussi limités que ceux des humains, il faut le savoir. Alors que je plongeais mon regard dans le sien, en feulant doucement « trouve-moi une tirlifouillette automatique à triple foyer ou, si tu n'en as pas, donnemoi une zirlifluite toute simple, cela me suffirait », cet imbécile n'a rien saisi. Ce fut un échec total, et je dois donc recommander à mon successeur d'éviter de


perdre son temps avec les modes de communication modernes utilisés d'habitude lors de nos missions.

Vendredi 14 septembre 2007 La scène d'hier, je le concède, m’a amené à réfléchir sur le langage des chats. Le chat miaule, certes. Mais j’ai depuis compris que chaque miaulement est différent, chaque son est un mot, chaque attitude qui l’accompagne une phrase. Je sors alors un paquet de croquettes au thon toutes neuves et une boîte de Miaou au poisson, que j’ai acheté la veille, en promotion au supermarché. Les chats adorent le poisson, et si Camelice aimait le vin, il aurait en prime pu se régaler, avec ce repas spécial vendredi, avec un bon riesling en prime. Mais le chat snobe le vin blanc et du coup, c’est moi qui le dégusterai ! Je secoue la boîte de croquettes. Immanquablement, rapide comme l’éclair – ce qui prouve qu’il peut aussi être dynamique – mon ami se précipite vers sa gamelle à l’effigie de Pluto – celle de Gros-Minet coûtait un euro de plus – et avance une gueule affamée tandis que je n’ai même pas terminé de servir son excellence. Camelice s’arrête alors net. Il renifle le contenu de la gamelle, me regarde, interrogatif et insistant. « C’est tout ce que t’as à me donner ? » Semble-t-il me dire. Je comprends immédiatement mon oubli et me précipite vers l’évier où je remplis d’eau fraîche la boîte de glace Hagone Dass, menthe-chocolat que j’ai finie la veille. Ne jamais oublier l’eau avec les croquettes !


Camelice me regarde alors fixement, presque menaçant. « Mais bien sûr ! La boîte de thon ! J’ai oublié la boîte de thon ! » Vite l’ouvre-boîte, mon ustensile de cuisine préféré. Il ne faut que quelques secondes avant que le contenu soit dans la gamelle. Camelice s’approche à nouveau, dubitatif. Il avance lentement une truffe prudente. Puis, il tend sa patte antérieure droite, et, comme s’il voulait sortir un poisson rouge de son bocal, d’un geste vif et précis, éjecte un mélange de thon et de croquettes qui se répand dans toute la cuisine. « Tu ne crois tout de même pas que je vais bouffer cette merde ? » Cette fois, je comprends parfaitement son regard tyrannique. « C’est ça ou rien » lui réponds-je, entêté d’une part, et gagné d’autre part par la nausée, au fur et à mesure que l’odeur de la pâtée gagne mes narines outragées. Camelice s’éloigne alors, déterminé, et reprend sa position préférée, enroulé sur SON canapé. Intéressé, je me mets à surveiller sa gourmandise ou plus simplement son appétit. Mine de rien, l’air de ne pas y toucher – et n’y touchant vraiment pas d’ailleurs – le prince s’approche régulièrement de la gamelle, mais n’y voyant l’ombre d’un changement continue d’ignorer son estomac.


Lundi 17 septembre 2007 Après trois jours d’entêtement, la pâtée a séché et les croquettes sont toujours là. Lassé par l’odeur et l’aspect de plus en plus scatologique de ce qui fut le repas de mon chat, je finis par jeter le tout à la poubelle. Vingt secondes plus tard, Camelice, s’approche de la gamelle, se frotte sur mon bas de pantalon, avec un regard attendrissant comme seuls les chats et quelques femmes savent en prodiguer. Il pousse un léger miaulement. Comment a-t-il deviné que cette fois j’ai acheté du mou chez le boucher du coin et des croquettes bio de chez Haulord et Gayeser, ses préférées ?

17e jour de la lune de Mandar Une autre remarque que je dois faire à l'égard des humains concerne leur pingrerie. Sans vouloir être ingrat par rapport à Roger, qui satisfait quand même à l'essentiel de mes besoins matériels, il a malheureusement tendance à essayer de faire des économies de misère sur des choses importantes, comme ma nourriture. Il y a quelques jours, il a rempli ma gamelle de croquettes absolument hideuses, sans saveur, sans odeur, qu'il avait probablement achetées à la superette du coin. D'habitude, mes repas sont beaucoup plus équilibrés, et cela est absolument nécessaire pour mener à bien ma mission. On n'a jamais vu un agent accomplir brillamment son devoir l'estomac vide.


Si mon successeur est exposé à un désagrément de ce genre, nul besoin de recourir à la force (encore moins à la télépathie qui, comme je l'ai déjà écrit, s'avère inopérante avec des intelligences aussi sommaires). Je recommande tout simplement l'évitement ostensible de la zone concernée (ici ma gamelle) et un lourd regard de reproche. Ces manœuvres suffisent généralement à faire comprendre à l'humain gérant du domicile que sa tentative médiocre de faire des économies sur notre dos est vouée à l'échec. Ce soir même, ma gamelle était pleine, enfin, de mes croquettes habituelles, savoureuses, moelleuses, et colorées comme je les aime. Un vrai régal.

19e jour de la lune de Mandar En ce qui concerne nos besoins les plus élémentaires en matière d'hygiène, j'ai nommé la question du nettoyage des excréments produits par nos corps matériels, plusieurs solutions sont possibles : L'idéal est de faire « d'une pierre deux coups » en utilisant tout ou partie de ces productions corporelles pour éliminer les nuisances des autres chats du voisinage. Pour cela, il faut bien connaître le territoire des animaux qui vivent aux abords immédiats du logement. En effet, les autres chats ne sont pas forcément, eux, des incarnations d'Agents de notre univers. Ils n'ont donc absolument aucune conversation sensée ! Leur compagnie n'est pas forcément désagréable, je pense en particulier à une très jolie petite chatte tigrée qui n'est malheureusement pas restée très longtemps dans notre jardin... Mais la plupart de ces autres chats (surtout les


mâles) peuvent être perturbateurs pour la réussite de notre mission. Je n'ai, quant à moi, jamais eu besoin d'éliminer la compagnie des femelles. C'est plutôt elles qui ont commencé à m'éviter après que j'ai subi une honteuse et violente privation de certains de mes attributs, le mois dernier, mais passons... Une solution très simple consiste donc à déposer ses déjections naturelles parcimonieusement tout autour du logement occupé par l'Agent, pour dissuader les autres chats de s'éterniser dans les parages. Si l'emploi du temps de l'Agent, ou la météo, ne permettent pas d'utiliser ses produits à ces fins stratégiques, l'humain pourvoit à leur élimination écologique en fournissant bac et litière. Il est très aisé d'apprendre à s'en servir, pas besoin de sortir de Schmurtz pour cela ! Par contre, de temps en temps, il faut rappeler à l'humain qu'il est temps de changer le contenu du bac. J'avoue avoir trouvé une solution ludique et efficace pour le rappeler à ses devoirs, en utilisant les productions bien sèches comme balles de jeux dans tout l'appartement. Ca me défoule, et ça fait toujours réagir Roger immédiatement : il nettoie tout le bac dans les minutes qui suivent. Et le reste de l'appartement aussi... ah, comme j'aime vivre dans un environnement propre ! Je suggère par contre de bien penser à attendre que les « balles » soient sèches avant de jouer avec. Je ne connais en effet rien de plus désagréable que de se salir les pattes de la sorte...


Jeudi 20 septembre 2007 - 1 Je m’assois dans le salon pour quelques minutes de détente après une nouvelle journée infernale au travail. Je me surprends alors à observer Camelice qui procède méthodiquement à sa toilette. Allongé sur le tapis, il lèche de sa langue râpeuse sa fourrure rousse et blanche : il commence par l’arrière-train, se contorsionnant avec une souplesse inouïe, et remonte progressivement le long de son corps. Il se lèche ensuite la patte avant droite et, s’en servant comme d’un gant, la passe consciencieusement sur sa tête, avec insistance là où subsistent quelques traces disgracieuses de son épopée de la nuit. Une nouvelle boule de poils est désormais prête… J’admire longuement ce rituel, cette chorégraphie parfaitement réglée, quand soudain, le prédateur se lève, pose ses pattes avant loin devant lui et s’étire en une impressionnante cambrure. Il se met alors à labourer les pieds de ma table de salon pour acérer ses griffes. « Ah non ! m’insurgé-je, non, pas ma table en merisier ! » Il saute alors de côté, se positionne de profil, hérisse ses poils et me toise avec arrogance. D’un bond, je m’élance vers lui, provoquant ainsi sa fuite dans la pièce voisine.

20e jour de la lune de Mandar Cette journée ne fut absolument pas productive. J'ai encore échoué dans la localisation de l'infâme Empereur Zibéon. Et en plus, un affreux chat du quartier, un tigré roux même pas châtré, m'a coursé dans toute la résidence pendant toute la matinée... Vraiment,


comment voulez-vous que je parvienne jusqu'au bout de ma mission dans des conditions pareilles ? Ce soir, j'ai un rendez-vous très important avec mon supérieur, le colonel M, à qui je dois faire un rapport sur mes avancées, et j'appréhende cet entretien délicat. Ca tombe bien, Roger est là. Comme à son habitude, il broie du noir et boit du noir en parlant tout seul. Après une grande toilette, j'irai profiter de ses humeurs câlines pour me détendre... Puis, je m'accorderai voluptueusement, encore, quelques instants de toilette avant mon rendez-vous de ce soir, et je serai fin prêt pour affronter les remontrances de M.

Jeudi 20 septembre 2007 - 2 Quelques minutes plus tard, il revient, s’approche de la fenêtre et se met à miauler frénétiquement. « Non ! Décidément ! Tu ne sortiras plus à cette heure. Tu vas encore aller vagabonder je ne sais où ! Que fais-tu donc dehors pour vouloir à tout prix sortir alors qu’il fait froid et qu’il ne va pas tarder à pleuvoir ? » Je réalise à cet instant que je vis avec un chat mais je ne connais rien de sa vie. Mais en réalité, vis-je avec mon chat, ou vit-il avec moi ? Je LUI prépare à manger, uniquement les plats qu’IL choisit, je nettoie SA litière, je ramasse SON vomi, je LE conduis chez le vétérinaire quand IL est malade ou quand il faut LE vacciner, je me lève, en pleine nuit s’il le faut


pour LUI ouvrir la porte quand IL veut sortir : Suis-je vraiment son maître ? De toute évidence, c’est Camelice qui est le maître, et dans la mesure où il obtient ce qu’il veut de moi, je ne suis pas loin d’être son esclave, au minimum son serviteur. Je ne suis donc qu’une sorte de laquais. J’assure le gîte et le couvert, je ravitaille un seigneur qui passe finalement la majeure partie de son temps à dormir, dans un hôtel qui, ma foi, doit lui être bien confortable. Sa vie est autre, sa vie est dehors, sa vie est crépusculaire et nocturne. Tandis que le chat insiste et continue de miauler, je décide de ne pas céder, je veux retrouver mon statut de maître. Quinze minutes plus tard, les miaulements me sont insupportables. J’ouvre la porte-fenêtre. A peine s’est-il échappé, je réalise qu’avant de rejoindre Sandra ou n’importe quelle autre de ses congénères, je passe aussi un peu plus de temps dans la salle de bain, choisit une chemise impeccable, un pantalon à la mode… Moi aussi, je pars en conquête, moi aussi je sors à la recherche d’une proie, d’une souris, d’une minette. Mon chat n’est donc qu’un chat parmi d’autres, qui se rejoignent dans le quartier, discutent, draguent, se toisent, se battent s’il le faut pour séduire, pour conquérir, pour vivre tout simplement. La rue n’est qu’un terrain de jeu, la dernière boîte en vogue. C’est sûr Camelice est le chef. C’est un beau matou qui à coup sûr est le prince du quartier, le chouchou de ces dames qui ne manquent jamais de venir innocemment


échanger quelques mots avec lui, critiquant forcément cette autre chatte bien mal mise et tout à fait vulgaire. Parfois même la nature pousse ces demoiselles à lui offrir leurs services, et c’est au nez et à la barbe d’une concurrence timide, restée prudemment en retrait, que notre mâle vigoureux rend le plus bel hommage aux gourgandines du quartier, et assure par la même sa noble descendance. Du moins le croit-il car, quand bien même sa stérilisation a épargné sa vigueur, il n’y aucune chance pour que des chatons rouquins naissent dans deux mois. Mais ce type d’exercice, quelque agréable qu’il soit, donne faim. Camelice abandonne donc alors ses conquêtes. Il n’oublie pas d’uriner de-ci de-là pour affirmer sa domination et rappeler au jeune ébouriffé en particulier – le chat de mon voisin, ce triste sire prétentieux – que c’est lui qui règne en maître ici et que toute tentative de saillie sur une de ses mignonnes sera réprimée sans pitié. Un rongeur imprudent traverse alors la rue. Camelice, grâce à sa vue excellente le repère immédiatement. Il se tapit, et très silencieusement s’approche, lentement, ventre à terre, mesurant chacun de ses pas. Il doit s’approcher suffisamment pour garder l’avantage de l’effet de surprise, mais ne doit pas tarder à bondir, car sa proie aura vite rejoint sa cachette. Soudain redevenu sauvage, notre minipanthère estime que c’est le moment. Camelice jaillit, se servant de ses pattes comme d’un ressort et fond sur le pauvre mulot qui avant même de réaliser ce qui lui arrive, est prisonnier des griffes du carnassier. Les animaux se regardent. Le mulot semble implorer la pitié du monstre, ou lui demande-t-il de l’achever ?


Camelice prend alors sa victime dans la gueule et revient à la base où l’attendent ses maîtresses, impressionnées par sa technique, sa rapidité, son agilité, sa redoutable efficacité. Il est fier comme un boxeur qui vient de coucher son adversaire devant un parterre de supportrices hystériques. Il pose alors le mulot devant la chatte de ma voisine, ma très jolie voisine de palier. Celle-ci tend alors timidement une patte, coince la proie et d’un coup de gueule précis, broie les vertèbres de son repas du soir. Camelice, sans un mot, s’en retourne à ses activités et je me dis que ma voisine est presque aussi jolie que ma collègue. Demain, si je croise Sandra, je l’inviterai au restaurant. Je lui décrirai la vie de mon héros, je le lui conterai la conquête de sa chatte, elle sourira, ravie, j’en suis certain.

20e jour de la lune de Mandar Mais quel imbécile, ce Roger ! Ce soir, juste avant l'heure de mon rendez-vous avec le colonel M, pas moyen de lui faire comprendre qu'il devait me laisser sortir ! Ces humains sont décidément les créatures vivantes les plus idiotes de cet univers, toutes dimensions confondues ! « C'est pas l'heure, il fait nuit, je dors ! », m'a-t-il répondu ! Mais bien sûr que si, c'était l'heure, non mais vraiment, pour qui se prend-il ? J'ai eu beau miauler, geindre, feuler... Il faisait la sourde oreille. J'ai essayé de lui marcher dessus, de glisser sous sa couette, de lui mettre mes moustaches dans les


narines, de lui chatouiller les oreilles... Il m'a jeté hors de sa chambre et a fermé la porte. J'ai essayé de sauter pour ouvrir cette fichue porte, en attrapant la poignée avec mes pattes de devant. Au moment même où je commençais à y arriver, il a bloqué la porte de son côté avec une chaise. Mais l'heure de mon rendez-vous approchait dangereusement. Nous savons tous à quel point il est loin d'être évident de maintenir ouvert pendant plus de quelques secondes une porte d'accès entre deux continuums spatio-temporels, non mais quoi, il croit que je passe mon temps à m'amuser, cet humain ? Heureusement, il restait quelques bibelots dans son salon. Des objets moches, mais qui cassent avec musicalité. Il a suffi d'en mettre deux par terre pour que Roger arrive, hirsute et paniqué. Alors, je me suis tranquillement posté devant la porte du jardin, j'ai ensuite miaulé de ma voix la plus douce... et j'ai filé bien vite dès qu'il a ouvert. En passant, j'ai évité de peu un geste assez violent de Roger. Je ne lui en veux pas trop, mais il n'allait quand même pas essayer de me frapper, alors que c'est moi que sa paresse a failli mettre en retard, non ? Après tout, il a qu'à ne pas boire autant. Il comprendrait plus vite ! Enfin, je suis arrivé à temps au point chaud du vortex, heureusement. Le colonel M m'a écouté avec beaucoup d'intérêt. Les résultats de mes mesures, qui me paraissaient totalement incohérents, semblent en fait, d'après lui, confirmer les derniers renseignements obtenus d'autres Agents. Zibéon ne serait pas localisable parce que, lui aussi, incarné en


un animal de cette dimension. Mais les mesures indiquent qu'il est très proche de ma localisation actuelle. Dès que j'arriverai à poser la patte sur une tirlifouillette automatique, cette satanée mission arrivera à son terme. Le colonel m'a donné les coordonnées d'un contact précieux, qui pourrait me fournir l'engin qui me manque. Je ressens, pour la première fois depuis six mois, enfin un peu d'espoir...

Samedi 22 septembre 2007 Il est 4 h 30. Non seulement je me suis couché à minuit, mais vu que la charmante Sandra avait enfin accepté mon invitation au restaurant et que j’avais été plutôt convaincant – notamment grâce à mes connaissances encyclopédiques sur les animaux – elle avait du coup accepté également de jeter un œil distrait à ma bibliothèque ainsi qu'à ma collection de CD. Et ce qui devait arriver arriva : à ma grande satisfaction, et peut-être même la sienne mais je n’en suis pas si sûr, nous nous endormîmes très très tard. Bref, nous sommes donc réveillés très tôt ce matin par le bruit de ce qui ressemble à du sable projeté sur du plastique. Nous entendons également comme des coups répétés, nerveux. Je me lève et, une fois dans la cuisine, mon oreille identifie le vacarme tandis que mes yeux constatent les dégâts et mon nez en perçoit la cause. Camelice est tout simplement occupé à nettoyer sa litière, que j’ai effectivement oublié de changer depuis plusieurs


jours, l’esprit trop occupé par ma literie et la douce peau de Sandra que je comptais lui confier. Vision d’horreur. Malgré la chatière, la bête a réussi à projet du sable imbibé d’urine partout dans la cuisine et autant de crottes séchées, mais toutefois bien identifiables aux immondes effluves qui s’en échappent, enfin délivrées de cette protectrice couche de sable. Curieuse, Sandra se lève, et à peine arrivée dans la cuisine, son estomac se contracte, son cœur se soulève, et ses pieds nus n’évitent pas l’inévitable. Elle se penche vers l’évier et rend d’un coup, le velouté de potiron, le foie gras, le filet aux cèpes et la glace groseilles myrtilles qui par la force des choses et comme je m’y étais engagé, ne la feront pas grossir. A cet instant, elle est prise d’une violente et irrépressible série d’éternuements. Ses yeux rougis se mettent à pleurer, elle semble manquer de souffle. Elle essaie de crier, finalement y renonce. D’un geste, elle enfile sa robe, et avant même que j’ai le temps de dire quoi que soit, elle s’en va, me fusillant d’un regard éloquent. C’est alors que Son Altesse qui avait bien entendu filé, revient de je ne sais où et s’allonge avec élégance et dignité sur SON canapé. Après une demi-heure de nettoyage, il est encore très tôt. Je me demande comment rattraper le coup avec Sandra et décide de me recoucher pour y réfléchir. Je me précipite sur le lit et horrifié, me sens immédiatement gagné par une odeur âcre et une rancunière humidité…


22e jour de la lune de Mandar Le stress de cette mission me tape sur le système. J'ai les nerfs à vif. Heureusement, Roger pourvoit aussi en câlins et douceurs. Les humains sont capables d'être parfois très attachants. Ma relation avec cet humain, pourtant seulement gérant de mon domicile, évolue chaque jour. Mais je ne comprends pas bien pourquoi ses besoins affectifs le poussent à chercher la compagnie de jeunes femelles qui s'interposent toujours entre lui et moi. Comme cette Sandra, là, je ne vois vraiment pas ce qu'il lui trouve. D'ailleurs, elle a une odeur épouvantable. Au moins, si elle sentait le poisson, ça pourrait être agréable, mais elle porte un parfum totalement artificiel, qui imite des fleurs avariées mêlées d'alcool, une véritable infection. Hier soir, il est rentré avec elle, alors que j'aurais bien aimé trouver un peu de réconfort avant le grand jour. Demain, je dois aller trouver mon contact et j'appréhende vraiment cette étape cruciale dans mon entreprise. Trouverai-je cet agent ? A-t-il vraiment l'engin nécessaire à l'accomplissement de ma mission ? Et ensuite ? Vais-je pouvoir l'activer ? Et quand j'aurai grâce à lui, enfin, localisé Zibéon, trouverai-je la force d'anéantir ce tyran ? Mais au lieu d'être à ma disposition pour me remonter le moral, Roger veut se consacrer à cette... fille... Peuh ! Dès le petit matin, j'ai insisté pour récupérer toute son attention. J'ai insisté, insisté, insisté... et profité éhontément de l'allergie de cette idiote aux poils de chat. Après le départ précipité de la squatteuse, Roger m'a boudé pendant quelques heures. J'ai pour ma part


profité d'un repos bien mérité, avec la satisfaction vengeresse d'avoir éliminé l'intruse, ce qui, finalement, m'a apporté presque autant de satisfactions que le câlin que je désirais...

Lundi 24 septembre 2007 Ce matin, j’ouvre machinalement la fenêtre et qui vois-je se précipiter ? Notre héros qui effectivement n’était pas rentré de sa promenade vespérale de la veille ! Je vois qu’il a l’oreille gauche toute sanguinolente. Il s’est battu ! Et il a perdu ! Mais Monsieur est bien trop fier pour se plaindre : il entre lentement, dignement, et se dirige comme si de rien n’était vers SA place. Je réalise à ce moment que l’animal va immanquablement salir le canapé et que les taches de sang sont difficiles, voire impossibles à nettoyer. Je bondis – tel un félin, c’est fou ce mimétisme – et le vire avec pertes, fracas et hurlements. C’est ce moment, par pur hasard bien entendu, que le fourbe choisit pour vomir une boule de poils sur le tapis du salon. Suite à cet incident, je passe la journée à imaginer la vie nocturne de mon fauve nyctalope. Je le vois, les pupilles dilatées, guettant toute intrusion d’un mâle concurrent et conquérant sur son territoire. Je l’imagine, marquant son fief de son urine fétide. Je l’entends pousser de langoureux miaulements en direction d’une chatte égarée, d’une autre en chaleur.


24e jour de la lune de Mandar Je déteste cette mission ! Aujourd'hui je suis allé voir le contact donné par le colonel M. J'aurais dû me méfier, prendre plus de précautions, demander du renfort.... mais non, aucune de ces options n'était possible, puisque je dois à tout prix garder ma couverture et rester discret. Mais quand même, j'aurais préféré que mon contact en ait pris une autre, lui, de couverture ! Quelle guigne de devoir aller chercher une tirlifouillette automatique dans ce quartier immonde, infesté de chiens crasseux. Et mon contact a vraiment eu une riche idée de s'être incarné en... rat ! Imaginez un instant les moments d'angoisse que j'ai passés, en marchandant avec ce rat au fond d'une impasse poisseuse, jusqu'à l'arrivée d'une demi-douzaine de chiens errants, même pas vaccinés contre la rage. Je l'ai quand même obtenu, cette damnée tirlifouillette, mais à quel prix ! J'ai eu un peu de mal à rentrer entier... Et quand je suis enfin arrivé à la maison, en traînant les pattes et en léchant mon sang, Roger n'a rien trouvé de mieux que de faire du mauvais esprit. Cet humain est confondant d'ingratitude et d'inconscience. Je suis un héros, moi. Je sauve mon peuple, moi. Au prix de plusieurs poignées de poils et d'une partie de mes oreilles, sans compter les déchirures musculaires et les douleurs les plus variées... Je vais passer la fin de la soirée à me reposer sur le canapé, et j'attends demain pour utiliser ma toute nouvelle tirlifouillette automatique à triple foyer pour localiser l'empereur Zibéon. J'ai besoin d'un minimum


d'énergie pour activer cet engin, et réagir avec mon efficacité et mon professionnalisme habituels quand Zibéon sera localisé.

Mardi 25 septembre 2007 Le lendemain matin, je suis déjà levé quand le roi du quartier se présente à la porte-fenêtre. Je lui ouvre, un sourire au coin des lèvres. Le fauve se précipite vers la gamelle et se met à dévorer avec grand appétit, la pâtée au bœuf – avec carottes nouvelles – que je viens de lui servir. « Je sais ce que tu fais la nuit » lui dis-je sûr de moi, plongé dans le dernier numéro de « maximal», mais le chat a disparu.

25e jour de la lune de Mandar C'est ce soir le grand soir. J'ai lancé, à quelques centaines de mètres de mon domicile, le dispositif qui va démasquer tous les intrus venant de ma dimension, et incarnés dans celle-ci. Cette manoeuvre est terriblement dangereuse, car elle aura sur moi un effet imprévisible, j'ai en effet subi un traitement spécial avant de venir, m'immunisant contre les effets de tous les engins de ce genre. Mais je vais, moi aussi, être transformé. Et en quoi, je l'ignore. Le traitement que j'ai subi fera que je serai incarné en une créature de cette dimension, et donc je ne serai pas identifiable en tant qu'Agent de notre univers. C'est nécessaire dans mon métier d'être certain, même en


présence d'un dispositif aussi puissant, de pouvoir garder une couverture. Mais malgré mon expertise, si je suis transformé en souris, je ne pourrais pas utiliser mes compétences pour mettre ce tyran de Zibéon hors d'état de nuire. Or l'essentiel est que je trouve le moyen de l'anéantir, dès qu'il sera identifié. Dans quelques minutes, je saurai enfin... Caché au fond du jardin, j'attends de voir les effets de la tirlifouillette que j'ai activée, et je surveille avec angoisse les alentours, pour pouvoir foncer sans délai sur la moindre petite onde Zigma que je pourrai entrevoir, et localisant un intrus dans cet univers. Mais... à part pour moi, il ne se passe rien. J'ai bien cru voir le reflet d'une onde Zigma, à travers les rideaux de la fenêtre de mon domicile, mais ça doit être Roger, en train de se faire un hamburger au micro-ondes. Pourquoi sinon y aurait-il une onde Zigma dans le domicile que j'ai quitté il y a une heure, alors que moi je suis dehors ? Je suis désespéré. A part me transformer en une créature plantureuse, cette tirlifouillette ne m'a rien apporté. J'en attendais tant pourtant. Et comment retrouver une base d'opérations, maintenant que j'ai toutes les apparences d'une belle blonde à forte poitrine ? Je vais essayer de squatter, encore et toujours, chez Roger, même avec cette nouvelle apparence. Peut-être qu'en lui demandant s'il a du sel.... Après tout, je suis mille fois plus jolie que Sandra... et je me suis bien trop habituée à vivre avec lui pour ne pas tenter ma chance.


EPILOGUE Ces mots que le pitoyable Roger a gribouillés sur son blog pour se donner l’illusion d’une existence furent ses derniers. Car à l’instant même où je lis ces lignes, un flash sidéral illumine ma conscience et me ramène à la réalité. Je ne suis, ni n’ai jamais été, ce ridicule Roger. Je suis Zibéon, l’empereur, le magnifique, qu’une erreur de manipulation lors de ma transformation en humain a rendu amnésique. Je comprends alors que mon chat n’est pas un chat, mais le perfide agent Zbertfricht208, à qui le Colonel M a sans doute confié la mission de me localiser et m’éliminer. Mais une fois de plus, il a échoué. Plus rien désormais ne m’arrêtera dans ma conquête de l’univers ! Je suis le Grand Zibéon ! ! Débarrassé du Colonel M et de ses agents, je vais pouvoir enfin régner sur le monde, sur la galaxie, et l’univers tout entier se prosternera à la seule pensée de mon existence ! Maître du ciel et des étoiles, enfin ! Maître du temps, des mers et des montagnes, maître du bleu du ciel et des rouges crépuscules, maître du soleil et du feu ! Maître des glaces et des volcans ! Maître des mots et des idées, maître des créatures, maître de la pierre et du sable, maître des héros, maître des dieux, maître de Dieu ! L’univers est mon domaine, d’un mot je stoppe son carrousel, d’un cri je lui commande d’inverser sa ronde, d’un souffle je lui ordonne de remonter le temps ! Alors enfin, je m’en retournerai vers l’origine, vers le néant duquel je créerai un univers nouveau, à mon image, où le


minéral, le végétal et l’animal uniront leurs forces sidérales pour que jamais quiconque ne vienne contester le pouvoir absolu qui sera le mien. Je serai enfin le maître de l’univers, et le Diable et Dieu son compère viendront, humiliés, s’agenouiller, se prosterner devant ma grandeur… Tiens, quel est ce bruit qui ose déranger la majesté de mes glorieuses pensées ? Ah oui, la sonnette de la porte d'entrée...

-Comment ? Ce tyran abhorré était juste sous ses moustaches, incarné dans l’homme avec qui je vivais ? Mais pourquoi me regarde-t-il avec cet air-là ? Il semble avoir perdu sa verve, tout d'un coup. Et son regard torve est perdu dans mon décolleté. Lui si bavard, et si fier, voilà qu'il a perdu sa langue… Mais... je crois comprendre...

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Ma jolie voisine est là, debout devant moi, dévêtue d’un adorable top presque transparent et d’une jupe aussi courte qu’un jour de solstice en décembre. Presque incongrûment, elle me demande si j’ai du sel ! Voilà qui ne manque pas de piment !


-« Attends, tyran, assassin, salopard !... Je vais t’en faire baver !... » se dit la belle blonde.

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Et Camelice bombe son torse tout neuf, en souriant de ses lèvres pulpeuses.

***

Macha Sener & Stéphane Thomas

Mission Zibéon  

Camelice est un beau chat roux et blanc, qui vit au domicile de Roger. Célibataire en mal de compagnie, Roger s'interroge sur la vie de son...

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