Page 1

Staat Wallis

Julien Maret – Ephraim Salzmann – Patrick Jacquérioz

r u t l u K eise pr -11-


Les prix de l’Etat du Valais visent un double but : encourager des artistes particulièrement talentueux et honorer des personnes qui se sont distinguées dans le domaine de la culture. Dans ce sens, ils cherchent à promouvoir la création, l’interprétation et la recherche. Ils contribuent ainsi à la diffusion de l’œuvre d’une personnalité ou d’un groupe. Le Conseil d’Etat, sur proposition du Conseil de la Culture, attribue ces prix depuis 1980. sINN Die Kulturpreise des staates Wallis verfolgen ein zweifaches Ziel : einerseits talentierte Künstler zu ermutigen und andererseits Personen auszuzeichnen, die sich um die kulturelle Entwicklung im Wallis verdient gemacht haben. In diesem sinne dienen diese Preise dazu, künstlerisches schaffen, Interpretation und Forschung zu fördern. sie tragen zur Verbreitung des Werkes ausgewählter Persönlichkeiten oder Gruppen bei. Auf Empfehlung des Kulturrates werden diese Preise seit 1980 vom Walliser staatsrat verliehen.

Prix culturels de l’Etat du Valais — Kulturpreise des Staates Wallis

RAISON D’ÊTRE


3

avant-propos / Vorwort Prix culturel / Kulturpreis

André Raboud

11

Sculpteur

Prix d’encouragement / Förderpreise

Julie Beauvais

47

Julien Maret

79

Metteur en scène

Auteur

Ephraim Salzmann

107

Musiker

Prix spécial / Spezialpreis

Patrick Jacquérioz

135

Sonorisateur – technicien lumière

Annexes / Anhang sommaire – inhalt

162


prix culturels / kulturpreise 2011


Avant-propos

Faire parler la pierre, la pousser à nous livrer un peu de son âme : c’est le travail auquel André Raboud, sculpteur et Prix culturel de l’Etat du Valais 2011, se livre depuis plus de quarante ans. La force de ses sculptures, l’équilibre qu’il recherche entre la part laissée brute et celle soumise à un polissage d’une finesse extrême, nous renvoient à nousmêmes, à ces aspects explorés et à ceux laissés en jachère que chacun recèle en lui. Dans le même temps, la monumentalité de son travail nous permet de le découvrir dans les lieux les plus divers, places ou bâtiments publics. André Raboud est ainsi éveilleur d’un regard stimulé hors des lieux habituels de culture. Sortir des chemins battus, pratiquer le va-et-vient entre l’intime et l’exposition au public, que ce soit en proposant un opéra dans une grange monumentale comme le fait Julie Beauvais, à travers l’écriture expérimentale qu’explore Julien Maret ou à la manière d’Ephraim Salzmann qui conçoit la musique comme un moyen de développement personnel, c’est également l’ambition des trois artistes qui reçoivent cette année le Prix d’encouragement. Pour donner la pleine dimension à son talent, l’artiste s’appuie également sur le travail des « artisans de l’ombre » que sont les professionnels de la lumière, du son, de la communication, de l’édition, des expositions, de la médiation culturelle pour ne citer que quelques métiers de la culture. Ils mettent leurs compétences et leur talent à son service. Pour souligner l’importance de leur engagement dans la vie culturelle du Canton, le Conseil d’Etat a choisi de leur dédier un prix. En la personne de Patrick Jacquérioz, la première édition du Prix spécial honore un « magicien du son et de la lumière » qui a accompagné le développement des arts de la scène en Valais depuis plus d’un quart de siècle. C’est une reconnaissance à laquelle j’attache une importance particulière car, en quelque sorte, elle témoigne de la maturité professionnelle du tissu artistique et culturel du Valais.

Claude Roch, Conseiller d’Etat, Chef du Département de l’éducation, de la culture et du sport


Vorwort Den Stein sprechen lassen, ihn dazu bringen, uns etwas von seiner Seele preiszugeben : Dies ist die Arbeit, der sich André Raboud, Bildhauer und Träger des diesjährigen Kulturpreises des Kantons Wallis, seit über vierzig Jahren widmet. Die Kraft seiner Skulpturen, das Gleichgewicht, das er zwischen dem Unbearbeiteten und dem aufs Feinste Geschliffenen anstrebt, verweisen uns auf uns selbst, auf das Erforschte und das Brachliegende, das jeder von uns in seinem Innern verbirgt. Aufgrund ihrer Monumentalität entdecken wir seine Arbeiten an den verschiedensten Orten, auf öffentlichen Plätzen oder in Gebäuden. André Raboud weckt und stimuliert somit unseren Blick, auch ausserhalb der üblichen Orte der Kultur. Die ausgetretenen Wege verlassen, ein Hin und Her zwischen Intimität und Auftritten vor Publikum – sei es durch die Aufführung einer Oper in einer monumentalen Scheune, wie es Julie Beauvais anbietet, durch experimentelles Schreiben, wie Julien Maret, oder wie Ephraim Salzmann, der Musik als Mittel der persönlichen Entwicklung sieht – dies sind die Ambitionen der drei Künstler, die dieses Jahr mit einem Förderpreis ausgezeichnet werden. Um ihr Talent voll entfalten zu können, stützen sich Künstler auf die Arbeit der « Handwerker hinter den Kulissen », auf Profis verschiedener Sparten : Beleuchtung, Tontechnik, Kommunikation, Verlagswesen, Ausstellung und Kulturvermittlung, um nur einige Berufe des kulturellen Bereichs zu nennen. Diese stellen ihre Fähigkeiten und ihr Talent in den Dienst der Künstler. Der Staatsrat möchte die Bedeutung dieses Engagements für das kulturelle Leben des Kantons betonen und widmet diesem Bereich einen Spezialpreis. Mit Patrick Jacquérioz ehrt die erste Ausgabe des Spezialpreises einen « Ton- und Lichtzauberer », der die Entwicklung der Bühnenkunst im Wallis seit über einem Vierteljahrhundert begleitet. Diese Anerkennung liegt mir besonders am Herzen, zeugt sie doch gewissermassen von der beruflichen Reife des künstlerischen und kulturellen Gewebes im Wallis.

Claude Roch, Staatsrat Vorsteher des Departements für Erziehung, Kultur und Sport


Prix culturel / Kulturpreis


prix culturel / kulturpreis


AndrĂŠ Raboud


biographie Né en 1949 à Strasbourg, André Raboud s’installe dans la région de Monthey à l’âge de 17 ans. Il effectue un apprentissage de décorateur avant de se consacrer exclusivement à la sculpture dès 1969, orientant ses recherches formelles essentiellement sur le corps et sa volupté. Dès 1972, André Raboud expose régulièrement à la Galerie Henry Meyer à Lausanne, où il fera la connaissance de très nombreux artistes. L’année 1975 est marquée par une première exposition personnelle hors des frontières Suisses, à la Galerie Marie-France Bourély à Paris. Dès 1978, il se consacre à des travaux plus symboliques, fondés sur ses recherches autour des gisants, des lieux sacrés et des lieux de passage. Une exposition collective de sculpture en plein air à Bex, en 1979, avec huit amis sculpteurs, sera à l’origine de la triennale Bex&Arts. Les années 80 sont marquées par deux importantes expositions personnelles : l’une à la Fondation Pierre Gianadda à Martigny en 1983, l’autre au Musée cantonal des beaux-arts de Sion en 1989. Profondément marqué par ses voyages au Japon, il se tourne peu à peu vers une sculpture plus intimiste et silencieuse. Dès la fin des années 90, son répertoire formel se concentre sur la thématique des amants, des grandes stèles et des monolithes. Il expose régulièrement en Suisse, en France et à New York. Une importante partie de son œuvre est présentée en 2009 au Théâtre du Crochetan à Monthey, illustrant quarante années de création artistique. En 2011, il expose au Museu brasileiro

da escultura à São Paulo (Brésil), en compagnie du peintre sierrois Pierre Zufferey. Aujourd’hui, le travail d’André Raboud est largement représenté dans de grandes collections privées et publiques, aussi bien en Suisse qu’à l’étranger. Sa prestigieuse liste d’expositions et son importante bibliographie témoignent de la reconnaissance dont il jouit. > André Raboud wird im Jahre 1949 in Strassburg geboren. Mit 17 zieht er nach Monthey, wo er eine Ausbildung als Dekorateur absolviert. Ab 1969 widmet er sich ausschliesslich der Skulptur, wobei er sich vor allem für den Körper und seine Sinnlichkeit interessiert. Ab 1972 stellt er regelmässig in der Galerie Henry Meyer in Lausanne aus, wo er zahlreiche Künstler kennen lernt. Das Jahr 1975 bringt ihm eine erste Einzelausstellung ausserhalb der Schweizer Grenzen, in der Galerie Marie-France Bourély in Paris. Ab 1978, beruhend auf seine Forschungen über Liegefiguren, heilige Orte und Durchgangsorte, werden seine Arbeiten symbolischer. Eine Freilichtausstellung in Bex, die Raboud 1979 mit acht weiteren Künstlerkollegen organisiert, bildet den Anfang der Skulpturentriennale Bex&Arts. Zwei wichtige Einzelausstellungen kennzeichnen seine Karriere in den 80er Jahren : diejenige der Fondation Gianadda in Martinach (1983) sowie am Kunstmuseum Wallis in Sitten (1989). Tief geprägt von seinen Japanreisen wird seine Arbeit stiller und intimer. Ab dem Ende der 90er Jahre konzentriert sich sein formelles Repertoire auf die ThemaA.R.

10/11


tik der Liebenden, der grossen Stelen und Monolithen. Er stellt regelmässig in der Schweiz, in Frankreich wie auch in New York aus. 2009 präsentiert er vierzig Jahre künstlerischen Schaffens im Théâtre du Crochetan in Monthey. Zwei Jahre später stellt er mit dem Siderser Künstler Pierre Zufferey am Museu brasileiro da escultura in São Paulo (Brasilien) aus. Heute ist André Rabouds künstlerisches Schaffen in grossen privaten und öffentlichen Sammlungen vertreten, in der Schweiz wie auch im Ausland. Seine umfangreiche Ausstellungsliste und Bibliografie sind Zeugen der Anerkennung, die er geniesst.

www.andreraboud.com

prix culturel / kulturpreis


André Raboud, sculpteur – « Un incorrigible classique »

par Françoise Jaunin

« Un instinctif en quête d’absolu » : c’est la définition qu’il aime à donner de lui-même. En plus de quarante ans de sculpture, la trajectoire tendue à l’extrême d’André Raboud n’a jamais dévié d’un iota ni marqué le plus léger fléchissement. L’absolu est toujours resté dans sa ligne de mire et l’instinct son plus sûr allié. L’homme de SaintTriphon (quelle plus belle adresse pour un tailleur de pierre ?) est un tireur à l’arc qui ne vise que la perfection. Sinon rien. Peu après son arrivée à Monthey en 1966, à l’âge de dixsept ans, après avoir grandi et suivi ses écoles en Alsace et en Champagne, André Raboud commence un apprentissage de décorateur et s’essaie à la peinture, avec Van Gogh pour modèle. La fureur du geste y est, mais la matière déborde si souvent de sa toile qu’il s’aperçoit vite que les deux dimensions de la peinture ne lui suffisent pas. En bonne logique, il se tourne donc vers la sculpture. Il l’aborde d’abord par la voie du métal et signe quelques pièces intéressantes et déjà remarquées. Mais bientôt l’évidence A.R.

12/13


s’impose à lui : le fer, l’acier, le bronze et l’aluminium ne sont pas vraiment ses matériaux. C’est alors qu’il met la main à la pierre, et tout de suite, c’est la révélation ! La complicité presque organique. La symbiose ! Cet affrontement direct, physique, quasi charnel lui devient presque immédiatement indispensable, vital même. La pierre lui résiste, il l’apprivoise. Elle se cabre, il la soumet. Elle lui impose ses lois, il s’y plie avec un profond respect. Entre eux deux, c’est un véritable corps à corps amoureux qui se joue, s’aiguise et s’exacerbe jusqu’aux limites techniques et expressives du minéral.

Toucher aux grandes permanences

Mais pas question pour autant de se contenter de repousser les limites de la résistance du marbre, du granit ou du porphyre pour en faire une question de virtuosité technique ou d’esthétique formaliste. Pas question non plus de s’en servir comme d’un argument de remise en cause fondamentale ou de déconstruction de la sculpture traditionnelle. Et encore moins d’utiliser sa maestria à des fins d’improvisation en direct et d’exploration spontanée dans la matière. Chez lui, toute intervention du hasard est proscrite. « En sculpture, assène-t-il, le hasard est une malhonnêteté. » En réalité, s’il aime ainsi marcher sur le fil du rasoir, c’est pour porter des ambitions bien plus hautes : s’inscrire dans la grande lignée de la statuaire telle qu’elle existe depuis la plus haute antiquité. Les mégalithes préhistoriques, la Mésopotamie, l’Egypte, la Crête… Peu concerné par l’actualité artistique contemporaine, il se sent très loin des modes et courants d’aujourd’hui et bien plus proche des civilisations archaïques. Par-dessus des siècles de sculpture, c’est vers elles qu’il se tourne pour tenter de raviver leurs antiques mémoires et leurs mythes ancestraux, renouer avec leur sens du sacré et réinventer leurs grandes figures archétypales. Plus inprix culturel / kulturpreis


téressé à chercher la continuité que la nouveauté et totalement dépourvu d’affinités avec l’éphémère, il a ce besoin impérieux de se confronter aux grandes permanences plutôt que de capter l’écume des jours d’aujourd’hui. « Je suis, confie-t-il, un incorrigible classique. »

Brancusi et les Cyclades

N’y aurait-il décidément rien de récent dans ses fascinations et ses modèles artistiques ? Bien sûr que si ! Raboud n’avance pas les yeux fermés sur l’art de son temps. D’abord, il a toujours été très attentif aux travaux de ses amis artistes et très généreux de son soutien à leur égard. Et ensuite, il n’oublie jamais de rappeler sa vénération pour Brancusi qui a été et demeure un phare sur son chemin. Il voue une admiration profonde à la simplicité radicale de ses formes, à la charge spirituelle de son œuvre et à sa composante ascétique. « C’est une admiration d’ordre plutôt éthique », précise-t-il. Dans de tout autres registres, Duchamp, Klein et Beuys « le grand maître » le fascinent aussi. Mais aujourd’hui, le marché, la mode, l’éphémère et l’événementiel ont une si forte influence sur la production artistique, estime-til, qu’il ne se sent guère appartenir à la scène contemporaine. Et de toute façon, il persiste et signe haut et fort : « La statuaire ancienne m’impressionne beaucoup plus que l’art contemporain. » Pour autant, son regard tourné vers les civilisations ancestrales n’a rien à voir avec une quelconque nostalgie. Rien de passéiste ni de rétro dans son vocabulaire plastique. La géométrie hiératique et tendue de ses formes s’inscrit sans ambiguïté dans le langage de la modernité. Certes, la géométrie et sa symbolique existent depuis que l’homme est homme. L’art cycladique n’a-t-il pas déjà, trois mille ans avant notre ère, poussé l’abstraction formelle presque A.R.

14/15


jusqu’en ses ultimes avancées… Mais dans son élégance austère, sa violence épurée et sa sensualité abstraite, dans son besoin de dépouillement jusqu’au noyau dur essentiel, sa sculpture rejoint bel et bien l’esthétique non-figurative de ceux qu’on appelle « les classiques modernes ». Nul doute que c’est en partie grâce à elle que son œuvre a été très tôt et très bien acceptée par un large public.

épreuves initiatiques

En 1978, quelques années à peine après s’être trouvé luimême dans la veine minérale et la pratique de la taille directe pour y faire chanter les contraires et complémentaires : violence et douceur, sensualité et agression, horizontalité et verticalité, voilà que la maladie et la mort prématurée d’un très cher ami et mentor, le sculpteur Marco Pellegrini, viennent le frapper en plein cœur. Il découvre alors que dans l’histoire de l’art, la vocation première de la sculpture est d’ordre funéraire. Il ne l’oubliera jamais. Dès lors, cette dimension restera toujours partie prenante de son travail. Non seulement parce que les rapports étroits qu’il noue avec les antiques cultures fondatrices qui ont toutes un commerce étroit et nécessaire avec l’au-delà ne cesseront de féconder et de nourrir sa quête. Mais encore parce que la mort d’un enfant est bien plus tragique et plus inacceptable encore que celle d’un adulte. Et que c’est ce que le destin lui assène en 1992, quand un accident coûte la vie à l’une de ses filles. L’horreur indicible et l’inguérissable blessure de la séparation manquent l’anéantir. Il parvient à en faire une nouvelle épreuve initiatique qui lui ouvre les yeux sur le sens profond à donner à son œuvre. Mais pas trace de formes torturées ou tragiquement convulsées ni l’ombre d’une complaisance morbide ou d’un trouble voyeurisme. Les volumes tendus à l’extrême, les arrêtes tranchantes, les pierres sombres et denses peuvent aussi renfermer prix culturel / kulturpreis


toute la douleur du monde. Pour mieux l’intérioriser et la transcender.

Une géographie spirituelle

Ses classes artistiques, André Raboud les a accomplies seul au fil de ses voyages au long cours. Et moins dans les livres et les musées qu’au contact des populations et des cultures lointaines, dans le temps comme dans la géographie, vers lesquelles l’aimantent sa quête métaphysique et son besoin d’absolu. D’abord la Crête. Même si l’artiste invoque une destination qui était alors bien plus le fruit du hasard ou d’une opportunité que d’un choix réfléchi, la révélation qu’il y ressent montre une attirance moins forte vers les grandes époques classiques que vers les périodes archaïques : celles de la mystérieuse genèse des formes, celles des commencements qui portent en germe les sommets d’accomplissement et de perfection à venir. Les révélations et les enseignements féconds des voyages qui suivront seront tous marqués au sceau de ce désir éperdu de retourner aux origines des mythes et des cosmogonies que l’homme s’est inventés pour s’expliquer le monde, la vie et la mort : les Celtes, les Indiens d’Amazonie, les Mayas, l’Inde, le Japon. Le sculpteur cultive une passion ardente pour les décentrements tant culturels que spirituels. Parce que ces décentrements-là, il les ressent précisément comme allant droit à l’essentiel, au cœur des questions fondamentales, au centre du grand mystère. Au fil de ses pérégrinations lointaines, en assimilant toutes ces inspirations métissées, il se fabrique – instinctivement toujours – un syncrétisme tout personnel. Pourtant, si les influences sont parfois perceptibles, elles ne donnent jamais dans le mimétisme, l’exotisme d’emprunt ni la veine ethno. Tout au plus peut-on voir quelques plumes ou ligatures « celtiques » ici ou là, quelques A.R.

16/17


réminiscences architecturales méso-américaines ou quelques inspirations calligraphiques extrême-orientales. Mais c’est avant tout le symbolisme de ses formes qui renvoie à une sorte de répertoire originel commun. Loin des bavardages superflus et des enjolivures décoratives, il en tire une pure géométrie de la violence et de la volupté. Jusque dans les années 1990, il y était beaucoup question d’autels et de tables sacrificielles, de haches, d’enclumes et de lames effilées, de barques et de tombeaux, de menhirs et de figures dressées de grands prêtres ou d’officiants. Soit des formes rappelant d’antiques pratiques cérémonielles destinées à mettre l’homme en lien avec le grand mystère des origines et avec les forces qui le dépassent. Puis les formes se sont faites plus géométriques, plus abstraites et universelles, mais non moins symboliques : des roues, des anneaux et des spirales minérales, des portes et des piliers, des ailes ouvertes, des arcs tendus, des nautiles ou des houles pétrifiées. Sans oublier ces figures emblématiques récurrentes et stylisées à l’extrême, qui traversent et hantent son parcours depuis les années 1990 : l’impressionnante série de têtes en lave et en serpentine dédiées à « L’homme qui crie » suite à sa visite au Musée de la bombe atomique d’Hiroshima, et toutes les bouleversantes et poétiques variations sur le thème de la jeune fille et de l’ange : « La jeune fille et la mort », « Les jeunes filles », « Jeune fille dans une barque », « Porte pour un ange », « Dialogue avec l’ange »…

Mémoire de pierre

Peut-être bien que c’est à ce moment-là que Raboud est arrivé au terme de son époque archaïque à lui pour entrer dans celle de son propre classicisme. Avec un vocabulaire formel plus austère, plus rigoureux encore, plus élégant prix culturel / kulturpreis


et dépouillé que dans la première partie de son parcours. Plus raffiné aussi et plus tendu vers cette perfection esthétique et technique qui l’aimante. Plus silencieux enfin, pour mieux se concentrer sur sa dimension intérieure. Sa constante quête de rigueur, d’équilibre, de beauté formelle et technique, de grandeur idéalisée et d’intemporalité convoque bel et bien tous les grands idéaux de la sculpture classique. Mais sous les peaux minérales lisses et parfaitement polies, la violence demeure tapie en-dessous. Sous le métier impeccable et la perfection de facture, la barbarie originelle. Sous l’élégance tendue des formes, la force des symboles. Le sculpteur de Saint-Triphon aime la forme qui semble surgie d’un seul élan, les volumes pleins qui ont l’évidence des corps ou des fruits, les matières lisses qui évoquent le polissage du temps ou de l’eau et qui appellent irrésistiblement la caresse, le tranchant des arrêtes qui coupent abruptement les plans et tendent la géométrie, la puissance de la simplicité qui tend vers le signe sans y sacrifier la sensualité, la force de l’archétype qui touche au mythe et qui a valeur d’éternité. Il aime aussi le temps contenu dans la pierre. L’épaisseur de temps qu’elle accumule par sa nature même, mais aussi la durée qu’elle exige pour la travailler. « La pierre porte en elle cette dimension de temps qui impose une forme de respect et de reconnaissance. Il faut réfléchir à ce qu’on fait. Ne pas faire de gestes gratuits. » Parce que le temps, c’est de la mémoire. Et que la mémoire est, toute remplie de merveilles et de monstruosités, de sagesses et de folies, d’enseignements et de répulsions aussi, le cordon ombilical qui relie notre présent à toute l’histoire de l’humanité. La découverte de la pensée zen, de la concision extrême des formes et de la mystique des jardins japonais – ces jardins de pierres cosmiques qui sont des condensés de monde et de cosmologie – ont éveillé en lui des résonances très proA.R.

18/19


fondes. Ses sculptures récentes évoquent des idéogrammes de pierre sombre en trois dimensions lestés d’une dimension contemplative et portés par une gravité et un recueillement méditatif intenses.

Le vrai voyage va vers l’intérieur

L’œuvre n’a donc cessé d’avancer par grands cycles et familles dont un événement tragique ou un voyage au long cours ont fait office de déclencheur. Vue d’aujourd’hui, avec son éclectisme et son ésotérisme pétris de mémoires millénaires qui dessinent sa géographie élective et spirituelle du monde, elle se présente comme un formidable voyage immobile. Ou plutôt, au sens quasi chimique du terme, un précipité de voyages et de cultures condensés, sédimentés, imbriqués, entremêlés. D’où la densité presque palpable de son œuvre, aussi hiératique dans ses formes que nomade dans ses sources. Car au bout du compte, ce n’est évidemment pas un quelconque désir de redécouverte et de réinterprétation des arts de la Crête archaïque, du monde celte, de l’Egypte pharaonique, de l’Amérique précolombienne, de l’Inde ou du Japon qui l’a portée et nourrie. Le vrai sens de son voyage est ailleurs : il va vers l’intérieur. Arrière-arrière-petit-fils croisé des Celtes, des chamans amérindiens et des sages extrêmes orientaux peut-être, mais d’abord et avant tout dresseur de pierres qui sculpte pour donner un supplément d’âme à nos vies déspiritualisées. « Il faut, dit-il, chercher à provoquer le surgissement de l’invisible. » Mélange paradoxal de folle ambition et de profonde humilité. Si pour lui, la seule voie possible dans cette quête passe par l’écoute des anciens, de leurs sagesses immémoriales et de leurs savantes cosmogonies, en définitive le voyage dans le temps compte bien plus que ceux de la géographie. « On n’invente rien, médite-t-il. On ne fait que reformuler difprix culturel / kulturpreis


féremment les grandes questions de tous les temps » : la relation de l’homme au monde et aux forces invisibles, la vie, l’amour, la mort. Et au cœur de tout, le passage de la vie à la mort. Ce mystérieux basculement que personne n’est jamais revenu raconter et qui demeure l’intervalle du grand mystère. « On tourne toujours autour de la même obsession, résume-t-il. Sans obsession, l’art ne produit que du décor. »

Sculpter l’espace

La sculpture – Lapalisse ne l’aurait pas mieux dit – se déploie en trois dimensions. Mais on pourrait en invoquer une quatrième : son inscription dans l’espace. Créer un volume dont tous les angles et facettes sont intéressants et qui « fonctionne » bien dans ses trois dimensions est une chose. L’inscrire dans un lieu pour qu’il entre en résonance intime avec lui en est une autre. Depuis toujours, au-delà de toute obédience religieuse particulière, les architectures sacrées fascinent Raboud. Pyramides, nécropoles, monuments funéraires, modestes chapelles et imposantes cathédrales sont généralement situés sur des noeuds telluriques chargés et émettent un rayonnement mystique. Comme leurs bâtisseurs anonymes, le sculpteur cherche les points magnétiques sur lesquels ses œuvres vont entrer en communion avec le lieu et mettre en tension l’espace tout autour. Car sculpter une œuvre, c’est aussi sculpter l’espace qui la contient, donner forme, sens et vibrations au vide qui l’entoure, faire entrer en dialogue l’intervention de l’homme avec la nature ou avec la ville, donner à percevoir un petit morceau de monde autrement, avec plus de profondeur de champ et d’épaisseur de mémoire. L’œuvre de Raboud tisse des complicités plus intenses avec le milieu naturel qu’avec l’environnement construit. Ici, il a placé une porte de pierre au cœur de la A.R.

20/21


forêt, comme une invitation à aller voir de l’autre côté des apparences. Là, c’est une lame minérale tranchante qui se dresse face aux rocs montagneux, prête à fendre un pan de ciel. Ailleurs, deux larges pales qui s’ouvrent comme les oreilles du vent pour capter le silence bruissant de la nature. Ou une volute de granit noir qui se fait géante fougère pétrifiée. Un cadre vide – « Cadre de vie » – qui incite à focaliser son regard et sa conscience sur le moment de notre passage sur terre. Une arche de granit qui vient sceller l’union du ciel et de la terre.

prix culturel / kulturpreis


André Raboud, Bildhauer – « Ein unverbesserlicher Klassiker »

von Françoise Jaunin

« Ein instinktiv Handelnder auf der Suche nach dem Absoluten », so definiert sich André Raboud selber. In über vierzig Jahren Bildhauerei ist sein aufs Äusserste gespannte Werdegang niemals auch nur im Geringsten abgewichen oder eingebrochen. Er zielt stets auf das Absolute, und der Instinkt ist sein engster Verbündeter. Der Mann von Saint-Triphon (kann man sich eine bessere Adresse für einen Bildhauer vorstellen ?) ist ein Bogenschütze, der auf Perfektion zielt. Sonst nichts. Kurz nach seiner Ankunft in Monthey im Jahr 1966, im Alter von 17 Jahren, nachdem er im Elsass und in der Champagne aufgewachsen und die Schule besucht hatte, begann André Raboud eine Lehre als Dekorateur und versuchte sich im Malen, mit Van Gogh als Vorbild. Seine Geste enthielt eine heftige Kraft, doch die Materie ging zu oft über den Rand seiner Leinwand hinaus. Er merkte rasch, dass die beiden Dimensionen der Malerei ihm nicht genügten. Folglich wandte er sich der Bildhauerei zu. Er begann mit Metallplastik und schuf einige interessante Stücke, die bereits auf sich A.R.

22/23


aufmerksam machten. Doch bald drängte sich eine Tatsache auf : Eisen, Stahl, Bronze und Aluminium waren nicht seine Werkstoffe. Da entdeckte er den Stein, und es war eine unmittelbare Offenbarung ! Ein beinahe organisches Einverständnis. Eine Symbiose ! Diese direkte Konfrontation, physisch, beinahe sinnlich, wurde für ihn unentbehrlich, ja sogar lebensnotwendig. Seither kommt Raboud nicht davon weg : Die Materie leistet ihm Widerstand – er zähmt sie ; sie bäumt sich auf – der Künstler unterwirft sie ; sie setzt ihre Gesetze durch – er richtet sich in tiefem Respekt danach. Zwischen den beiden läuft eine Art intimes Spiel ab, spitzt sich zu und steigert sich bis an die technischen und expressiven Grenzen des Gesteins. Die grossen Konstanten berühren

Doch geht es keineswegs darum, sich damit zu begnügen, die Grenzen des Widerstands von Marmor, Granit oder Porphyr auszuweiten, um daraus eine Frage der technischen Virtuosität oder der formalistischen Ästhetik zu machen. Es geht auch nicht darum, die traditionelle Bildhauerei grundsätzlich in Frage zu stellen oder zu dekonstruieren. Und noch weniger, sein handwerkliches Können für direkte Improvisationsoder spontane Forschungszwecke zu verwenden. Bei ihm ist jeder zufällige Eingriff verboten. « In der Bildhauerei, so André Raboud, ist der Zufall eine Unehrlichkeit. » In Wirklichkeit, wenn er sich gerne auf Messers Schneide begibt, dann um noch höhere Ziele anzustreben : sich in die Linie der grossen Bildhauerkunst einzureihen, wie sie schon seit der Antike existiert. Die vorgeschichtlichen Megalithbauten, Mesopotamien, Ägypten, Kreta… Er fühlt sich von der künstlerischen Aktualität wenig betroffen. Weit entfernt von den heutigen Trends und Strömungen, steht er den archaischen Zivilisationen viel näher. Er wendet sich Jahrhunderten von Bildhauerkunst zu und versucht, die antiken Erinnerungen und die Mythen der Vorväter aufleben prix culturel / kulturpreis


zu lassen, an ihren Sinn für das Heilige anzuknüpfen und ihre grossen archetypischen Figuren neu zu erfinden. Mehr an einer Suche nach Kontinuität als nach Neuheit interessiert und ohne jegliche Affinität mit dem Kurzlebigen, hat er dieses vordringliche Bedürfnis, sich mit den grossen Konstanten auseinanderzusetzen, statt den « Abschaum der heutigen Tage » einzufangen. « Ich bin ein unverbesserlicher Klassiker », gibt er zu.

Brancusi und die Kykladen

Gibt es wirklich nichts aus jüngerer Zeit in seinen künstlerischen Vorbildern ? Natürlich schon ! Raboud begegnet der Kunst seiner Zeit nicht mit geschlossenen Augen. Erstens hat er den Arbeiten seiner Künstlerfreunde schon immer grosse Aufmerksamkeit geschenkt und sie stets grosszügig unterstützt. Zudem vergisst er nie, an seine Verehrung für Brancusi zu erinnern, der für ihn wegweisend war und bleibt. Er empfindet eine tiefe Bewunderung für die radikale Einfachheit der Formen, der spirituellen und asketischen Ladung seines Werkes. « Es handelt sich um eine eher ethische Form der Bewunderung », führt er aus. Auf ganz andere Art und Weise faszinieren ihn ausserdem Duchamp, Klein und Beuys, « der grosse Meister ». Doch heute haben der Markt, die Mode, das Kurzlebige und die Ereigniskunst einen solchen Einfluss auf die künstlerische Produktion, findet er, dass er nicht das Gefühl hat, zur zeitgenössischen Szene zu gehören. Und überhaupt beharrt er hartnäckig und schliesst laut und deutlich : « Die alte Bildhauerei beeindruckt mich viel mehr als die zeitgenössische Kunst. » Doch hat sein auf die Zivilisationen der Vorväter gerichteter Blick nichts Nostalgisches. Es gibt nichts Vergangenheitsbezogenes in seinem plastischen Vokabular. Die hieratische, gespannte Geometrie seiner Formen gehört eindeutig zur Ausdrucksweise der Moderne. Gewiss, die Geometrie und A.R.

24/25


ihre Symbolik existieren seit Menschengedenken. Die kykladische Kunst trieb ja die formelle Abstraktion schon dreitausend Jahre vor unserer Zeitrechnung beinahe bis auf die äusserste Spitze… Doch in ihrer strengen Eleganz, in ihrer bereinigten Heftigkeit und abstrakten Sinnlichkeit, in ihrem Bedürfnis nach Läuterung bis zum harten wesentlichen Kern stimmt seine Bildhauerei in der Tat mit der nonfigurativen Ästhetik jener Künstler überein, die man als « moderne Klassiker » bezeichnet. Es besteht kein Zweifel, dass sein Werk teils aufgrund dieser Ästhetik schon sehr früh und sehr gut von einem breiten Publikum aufgenommen wurde. Initiationsprüfungen

Im Jahr 1978, nur einige Jahre nachdem er seine Vorliebe für das direkte Behauen entdeckt hatte und sich unaufhörlich mit Gegensätzen und Gemeinsamkeiten der Materie auseinandersetzte – Heftigkeit und Sanftheit, Sinnlichkeit und Aggression, Horizontale und Vertikale –, wurde er von der Krankheit und vom frühen Tod eines geliebten Freundes und Mentors, dem Bildhauer Marco Pellegrini, schwer getroffen. Da entdeckte er, dass die Bildhauerei in der Kunstgeschichte vorerst für Begräbnisse diente. Er sollte dies nie mehr vergessen. Fortan sollte diese Dimension stets ein wichtiger Bestandteil seiner Arbeit werden. Nicht nur, weil der enge Bezug zu den antiken Gründerkulturen, die alle einen notwendigen Umgang mit dem Jenseits haben, jegliche Suche befruchtet und nährt. Sondern auch, weil der Tod eines Kindes viel tragischer und inakzeptabler ist als der Tod eines Erwachsenen. Ein solcher Schicksalsschlag ereilte ihn 1992, als ein Unfall einer seiner Töchter das Leben kostete. Das unsagbare Entsetzen und der unstillbare Schmerz der Trennung zerstörten ihn beinahe. Es gelang ihm, daraus eine weitere Initiationsprüfung zu machen, die ihm die Augen öffnete für den tiefen Sinn, den er seinem Werk geben wollte. Doch keine Spur gequälter oder tragisch verzerrter prix culturel / kulturpreis


Formen, kein Hauch morbider Gefälligkeit oder beunruhigenden Voyeurismus. Die Volumen sind ins Extreme gespannt, die Kanten schneidend, die dunklen dichten Steine können auch allen Schmerz der Welt in sich verschliessen. Um ihn besser zu verinnerlichen und zu transzendieren. Eine spirituelle Geografie

Seinen künstlerischen Unterricht absolvierte André Raboud allein auf seinen langen Reisen. Weniger in Büchern und Museen als vielmehr im Kontakt mit zeitlich wie geografisch fernen Völkern und Kulturen, die ihn auf seiner metaphysischen Suche und in seinem Streben nach dem Absoluten faszinierten. Erst Kreta. Obwohl ihn eher der Zufall als eine bewusste Wahl auf diese Insel brachte, erlebte er dort eine Offenbarung, die weniger der grossen klassischen Epoche galt als der archaischen : jene der mysteriösen Entstehung der Formen, jene der Anfänge, die in sich die kommende Vollendung und Perfektion trug. Die Offenbarungen und fruchtbaren Lehren der folgenden Reisen waren alle geprägt von diesem tiefen Wunsch, zu den Ursprüngen der Mythen und Kosmogonien zurückzukehren, die der Mensch erfunden hat, um die Welt, das Leben und den Tod zu erklären : die Kelten, die Ureinwohner Amazoniens, die Mayas, Indien, Japan. Der Bildhauer kultiviert eine brennende Leidenschaft für die kulturelle und geistige Dezentrierung. Denn diese empfindet er als geradewegs auf das Wesentliche ausgerichtet, im Herzen der grundlegenden Fragen, im Zentrum des grossen Rätsels. Auf seinen Reisen, durch die Assimilierung all dieser vermischten Inspirationen, schuf er – immer instinktiv – einen ganz persönlichen Synkretismus. Doch auch wenn die Einflüsse manchmal fassbar sind, so fallen sie niemals in den Bereich der Nachahmung, der exotistischen Entlehnung oder des Ethno-Trends. Man kann höchstens hier und da einige Federn oder « keltische » LiA.R.

26/27


gaturen sehen, Erinnerungen an mesoamerikanische Architektur oder kaligrafische Inspirationen aus dem fernen Osten. Doch ist es vor allem der Symbolismus seiner Formen, der auf ein gemeinsames ursprüngliches Repertoire verweist. Weit entfernt von überflüssigem Gerede und dekorativem Schnörkel, zieht er daraus eine reine Geometrie der Heftigkeit und der Sinnesfreude. Bis in die 90er-Jahre ging es viel um Altare, Opfertische, Äxte, Ambosse und spitze Klingen, Boote und Gräber, Menhire und Priester oder Offizianten. Figuren also, die an antike Zeremonien erinnern, die den Menschen mit dem grossen Rätsel des Ursprungs und mit den Kräften, die darüber hinausgehen, in Verbindung bringen sollten. Dann wurden die Formen geometrischer, abstrakter, universeller, aber nicht weniger symbolisch : Räder, Ringe, Gesteinsspiralen, Tore, Säulen, Flügel, gespannte Bogen, versteinerte Perlboote oder Wellen. Und nicht zu vergessen sind diese emblematischen, aufs Äusserste stilisierten Figuren, die immer wieder in seinem Werk vorkommen. Sie kreuzen seit den 90er-Jahren seine Laufbahn : eine beeindruckende Reihe von Köpfen aus Lava und Serpentin, dem « Schreienden Menschen » gewidmet. Diese realisierte er nach einem Besuch des Atombombenmuseums in Hiroshima. Ausserdem die bewegenden und poetischen Variationen rund um die Thematik der Mädchen und Engel : « Das Mädchen und der Tod », « Die Mädchen », « Mädchen in einem Boot », « Tor für einen Engel », « Dialog mit einem Engel »… Steinerne Erinnerung

Vielleicht war es zu diesem Zeitpunkt, als Raboud seine archaische Zeit abschloss und in seine eigene Klassik überging. Mit einer noch nüchterneren Ausdrucksweise, strenger, eleganter und geläuterter als im ersten Teil seiner Laufbahn. Raffinierter und weiter zur ästhetischen und technischen prix culturel / kulturpreis


Perfektion tendierend, die ihn bewegt. Stiller letztlich, um sich besser auf die innere Dimension zu konzentrieren. Seine ständige Suche nach Strenge, Gleichgewicht, formeller und technischer Schönheit, idealisierter Grösse und Zeitlosigkeit beruft sich in der Tat auf alle grossen Ideale der klassischen Bildhauerkunst. Doch unter den glatten, perfekt polierten Gesteinshäuten liegt immer noch die Heftigkeit. Hinter dem tadellosen Handwerk und der perfekten Herstellung verbirgt sich die ursprüngliche Barbarei. Unter der gespannten Eleganz der Formen, die Kraft der Symbole. Der Bildhauer aus Saint-Triphon liebt Formen, die sich in einer einzigen Bewegung erhoben zu haben scheinen, volle Volumen, welche wie Körper oder Früchte aussehen, glatte Materialen, die wie von der Zeit oder vom Wasser geschliffen zu sein scheinen und die unweigerlich berührt werden möchten, die Schärfe der Kanten, die jäh die Flächen unterbrechen und die Geometrie spannen, die Kraft der Einfachheit, die zum Zeichen tendiert, ohne dabei die Sinnlichkeit zu opfern, die Kraft des Archetypen, der dem Mythos nahekommt und den Wert der Ewigkeit hat. Er liebt zudem die Zeit, die im Stein enthalten ist. Die Dichte der Zeit, welche der Stein durch seine Eigenheit anhäuft, aber auch die Zeit, die für seine Bearbeitung nötig ist. « Der Stein trägt diese zeitliche Dimension in sich und erzwingt einen gewissen Respekt und Anerkennung. Man muss sich überlegen, was man tut. Keine unnötigen Gesten. » Denn Zeit ist Erinnerung. Und die Erinnerung, voller Wunder und Abscheulichkeiten, Weisheiten und Verrücktheiten, Lehren und Abneigungen, ist die Nabelschnur, die unsere Gegenwart mit der Geschichte der Menschheit verbindet. Durch die Begegnung mit dem Zen-Gedankengut, der extremen Formenknappheit und der Mystik der japanischen Gärten – diese kosmischen Steingärten, ein Konzentrat von Welt und Kosmologie – haben in ihm tiefe Schwingungen ausgelöst. Seine jüngsten Plastiken erinnern an Ideogramme A.R.

28/29


aus dreidimensionalem dunklem Gestein, beschwert von einer besinnlichen Dimension, getragen von einer intensiven und meditativen Versenkung und Schwerkraft. Die wahre Reise führt ins Innere

Das Werk hat sich somit stets weiterentwickelt, in grossen Zyklen und Familien, wobei tragische Ereignisse und lange Reisen die Auslöser waren. Aus heutiger Sicht, mit seinem Eklektizismus und Esoterismus, genährt von tausendjährigen Erinnerungen, die seine gewählte, spirituelle Geografie der Welt gestalten, präsentiert sich sein Werk wie eine gewaltige bewegungslose Reise. Oder vielmehr, gewissermassen im chemischen Sinn, wie ein Sediment von Reisen und Kulturen, konzentriert, abgelagert, verschachtelt, vermischt. Daher rührt die beinahe greifbare Dichte seines Werks, ebenso hieratisch in seinen Formen wie nomadisch in seinen Quellen. Denn letztlich handelt es sich natürlich nicht um irgendeinen Wunsch, die Kunst des alten Kreta, der Kelten, des pharaonischen Ägyptens, des präkolumbischen Amerikas, Indiens oder Japans, die das Werk getragen und genährt hat, neu zu entdecken oder neu zu interpretieren. Der wahre Sinn seiner Reise ist ein anderer : Sie führt ins Innere. Indirekter Nachkomme der Kelten, der Schamanen Nordamerikas, der Weisen des Fernen Ostens, vielleicht, aber vor allem ein « Stein-Dompteur », der Bildhauerei betreibt, um unseren spiritualitätsarmen Leben etwas mehr Seele zu geben. « Man muss versuchen, so Raboud, die Entstehung des Unsichtbaren hervorzurufen. » Eine paradoxe Mischung aus verrückter Ambition und tiefer Demut. Obwohl für ihn der einzig mögliche Weg in dieser Suche über das Anhören der Vorfahren führt, ihrer uralten Weisheiten und ihrer weisen Kosmogonien, zählen die zeitlichen Reisen letztlich viel mehr für ihn als die geografischen. « Man erfindet nichts, meditiert er, man formuliert bloss die grossen Fragen aller Zeiten neu »: die Beziehung des Menschen zur Welt und zu prix culturel / kulturpreis


den unsichtbaren Kräften, das Leben, die Liebe, der Tod. Und im Zentrum von allem steht der Übergang vom Leben zum Tod. Diese geheimnisvolle, rätselvolle Wende, von der noch niemand zurückgekommen ist, um davon zu berichten. « Man dreht sich immer um dieselbe fixe Idee. Die Kunst produziert bloss die Kulissen. » Den Raum formen

Die Plastik – Lapalisse hätte es nicht besser sagen können – entfaltet sich in drei Dimensionen. Doch könnte man eine vierte anführen : ihre Einordnung im Raum. Einen Körper schaffen, dessen Winkel und Facetten interessant sind und der in seinen drei Dimensionen gut « funktioniert », das ist eines. Ihn einem Ort zuordnen, damit eine vertraute Resonanz entsteht, das ist etwas anderes. Über die jeweilige religiöse Weltanschauung hinaus faszinieren die sakralen Architekturen Raboud seit jeher. Pyramiden, Nekropolen, Totendenkmäler, bescheidene Kapellen, imposante Kathedralen befinden sich im Allgemeinen an geladenen tellurischen Knotenpunkten, von denen eine mystische Strahlung ausgeht. Wie diese anonymen Erbauer sucht der Bildhauer die magnetischen Punkte, auf denen seine Werke mit dem Ort und dem Raum um sie herum in Kommunikation treten und eine Spannung schaffen werden. Denn eine Plastik gestalten bedeutet auch, den Raum formen, der sie enthält, der Leere um das Werk herum eine Form, einen Sinn, eine Schwingung geben, den menschlichen Eingriff in einen Dialog mit der Natur oder mit der Stadt treten lassen, einem kleinen Stück Welt eine andere Wahrnehmung geben, mit mehr Tiefe und dichterer Erinnerung. Das Werk von Raboud ist mit einer natürlichen Umgebung tiefer verbunden als mit einer erbauten. So platzierte er ein Steintor mitten im Wald, gewissermassen als Einladung, nachzusehen, was für unsere Augen unsichtbar bleibt. Andernorts eine scharfe Steinklinge gegenüber felsigen Bergen, A.R.

30/31


bereit, die Himmelsfläche entzweizuschneiden. Dort zwei breite Blätter, die sich wie Ohren öffnen, um die sanfte Stille der Natur einzufangen. Oder eine Spirale aus schwarzem Granit, die sich als riesiger versteinerter Farn gibt. Ein leerer Rahmen – ein « Lebensrahmen » –, eine Aufforderung an den Betrachter, seinen Blick und sein Bewusstsein auf den Augenblick unseres Daseins auf Erden zu konzentrieren. Ein Granitbogen, der den Bund zwischen Himmel und Erde beschliesst.

prix culturel / kulturpreis


I

A.R.

32/33


II

prix culturel / kulturpreis

III >


prix culturel / kulturpreis


< IV

V

A.R.

36/37


VI

prix culturel / kulturpreis


VII

A.R.

38/39


VIII

prix culturel / kulturpreis


I

André Raboud dans son atelier à Saint-Triphon, juillet 2010 II

Barque sous la montagne granit d’Inde, 2010 36 x 110 x 20 cm III

Barque au départ granit d’Inde, 2010 30 x 176 x 30 cm IV

Blessure verticale granit d’Inde, 2010 136 x 50 x 20 cm V

Les amants granit d’Inde, 2010 195 x 65 x 40 cm VI

L’arche granit d’Inde, 2010 100 x 120 x 39 cm VII

L’homme ailé granit d’Inde, 2010 97 x 107 x 40 cm VIII

Blessure verticale serpentine d’Inde, 2010 213 x 42 x 35 cm

A.R.

40/41


prix dâ&#x20AC;&#x2122;encouragement fĂśrderpreise


prix dâ&#x20AC;&#x2122;encouragement / fĂśrderpreise


Julie Beauvais


biographie

Théâtre Jacques Lecoq in Paris und ein zweites 2010 an der London International School of Performing Arts. Seit 2001 ist sie Co-Leiterin des Ensembles Sprung Theatre Cie in Chicago, wo sie regelmässig Regie führt. 2003 gründet sie in Genf die Theatertruppe Mondes Contraires, mit welcher sie während sieben Jahren das epische Theater erforscht. Ihre Zusammenarbeit mit ausländischen Truppen gibt ihr die Gelegenheit, in der Schweiz, der Mongolei, wie auch in Dänemark, Brasilien und Nicaragua aufzutreten. 2005 schliesst sie sich der Theaterforschungstruppe Hopallehus in Dänemark an, mit welcher sie unter anderem in El Monkey von K. Blixen, in Buenos Aires, oder in Philomena parade in Norwegen spielt. Seit 2006 inszeniert sie Opern in der Schweiz, besonders im Wallis für Ouverture-Opéra : La Bohème von Puccini, Le nozze di Figaro und Don Giovanni von Mozart, Radamisto von Haendel. Im Jahre 2011 gründet sie in Genf das Ensemble Tool*cie, das in den Bereichen Theater, Oper, Performance und Video arbeitet. Seit mehreren Jahren konzentriert sich Julie Beauvais in ihrer künstlerischen Arbeit auf die Räumlichkeit der Musik und die Körperlichkeit der Oper.

Née à Sion en 1978, Julie Beauvais obtient son diplôme à l’Ecole Inter- nationale de théâtre Jacques Lecoq à Paris en l’an 2000, puis à la London International School of Performing Arts en 2010. Entre-temps, elle débute son parcours de metteur en scène aux Etats-Unis, plus précisément à Chicago, où elle co-dirige la Sprung Theatre Cie dès 2001. En 2003, elle fonde à Genève la Compagnie Mondes Contraires, avec laquelle elle explore pendant sept ans le théâtre épique. Des collaborations avec d’autres compagnies étrangères lui permettent de tourner en Suisse, en France, au Danemark, au Brésil, en Mongolie et au Nicaragua. En 2005, elle rejoint le groupe de recherche théâtrale Hopallehus au Danemark, avec lequel elle joue entre autres El Monkey de K. Blixen à Buenos Aires ou Philomena parade en Norvège. Depuis 2006, elle met en scène des opéras avec l’Association valaisanne Ouverture-Opera ou pour d’autres structures en Suisse : La Bohème de Puccini, Le nozze di Figaro et Don Giovanni de Mozart, Radamisto de Haendel. En 2011, elle fonde à Genève la Tool*cie, qui produit et diffuse des spectacles s’étendant aux champs du théâtre, de l’opéra, de la performance et de la vidéo. Depuis plusieurs années, juliebeauvais.blogspot.com Julie Beauvais concentre ses recherches sur l’espace de la musique et la corporalité de l’opéra. > Die 1978 geborene Julie Beauvais erhält im Jahr 2000 ein erstes Diplom an der Ecole Internationale de

J.B.

46/47


prix dâ&#x20AC;&#x2122;encouragement / fĂśrderpreise


Julie Beauvais, metteur en scène – « Une marguerite en hiver »

par Marie-Antoinette Gorret

New York 21 juin 8:35

C’est l’été, les filles sont jolies, je mange de la pastèque, l’herbe de Central Park est tendre et Brooklyn brûle les semelles de mes tongues… et je reçois un prix du Valais. Ils me demandent de choisir un auteur qu’ils mandateront pour écrire un peu sur mon travail… histoire de faire une belle plaquette. Je sais que tu n’as pas tout vu, mais j’ai pensé à toi pour poser tes jolis mots sur du papier. Dis-moi ce que tu en penses. Je dois leur confirmer le nom de l’auteur vendredi. Besitos. J. B.

Charrat 21 juin 14:41

je relis le nom, c’est le mien, elle s’est trompée d’adresse sûrement… elle est vivante, tant mieux, me fait frissonner avec ses tongues toute chaudes. un prix du Valais, ça lui va trop bien, suis toute fière. si seulement elle ne s’était pas trompée d’adresse, si ce message était vraiment pour moi, je dirais – « c’est la plus jolie demande que l’on m’a faite » et puis je lui dirais – « merci ». M.-A. G.

J.B.

48/49


Charrat 23 juin 05:34

princesse, je ne sais pas encore comment je vais te coller des mots, mais je pense te poser des questions, un peu quelque fois, comme ça en vrac, et on verra… ok ? on y va ! combien tu as de doigts ? comment tu aimes courir ? à quelle heure tu aimes manger ? est-ce que tu sais danser le tango ? tu as peur dans le blanc ? tu comptes les cornettes avant de les manger ? combien tu as de doigts ? – 8 beaux + 2 insensibles : les deux index (le doigt du père, de l’autorité… héhé…). Faute à une portière de Volvo verte (la voiture de mon père) et un décor de spectacle coupé au massicot (dans le genre castrateur…). comment tu aimes courir ? – Le plus vite possible et pas longtemps. à quelle heure tu aimes manger ? – Entre 9h et 12h, je peux manger non stop. J’adore les petits déjeuners. J’adooooore les petit déjeuners ! Je prends des photos de mes petits déjeuners. Le reste de la journée, je peux m’en passer. est-ce que tu sais danser le tango ? – Oui. Un peu. J’ai appris la partie de l’homme dans des Milongas lesbiennes de Buenos Aires. Et quand quelqu’un guide bien, mais vraiment très bien, alors là, j’adore danser la femme. tu as peur dans le blanc ? – Je n’ai peur de rien dans le blanc. Le blanc est mon grand refuge. Le blanc émane. Diurne au possible. La prix d’encouragement / förderpreise


neige. Les marcels blancs. Les chemises blanches. La lumière blanche. Le Kundalini en blanc. Les cheveux blancs. Les feuilles blanches. Les chèches blancs. Le soleil de midi. tu comptes les cornettes avant de les manger ? – J’aimerais. Ça serait mieux. Il faut que j’apprenne. J’essaye. Mais en vrai, je dévore sans compter.

New York 17 juillet 17:48 trop beau ! tu aimes la pluie ? c’est quoi ta première œuvre ? tu as les yeux de quelle couleur ? tu tends la joue droite ou gauche quand on veut te faire la bise ? tu te souviens de la première fois que l’on t’a applaudie ? tu aimes la pluie ? – Très peur de la pluie. Comme les forêts. Alors après… est-ce que j’aime avoir peur ? Yes… I guess… c’est quoi ta première œuvre ? – Après mon arbre derrière le jardin de ma mère, dans lequel je m’étais installé un lit et un toit et que j’ai décoré, habité, embelli pendant des années et des années, ma première création théâtrale a eu lieu à Chicago : Capsize. Ça veut dire « le chavirement ». Spectacle basé sur les écrits de Paul Watzlawick, théoricien dans la théorie de la communication et du constructivisme radical, et aussi et surtout, largement basé sur mon premier grand chagrin d’amour. C’était un très beau spectacle. Je l’aime encore. tu as les yeux de quelle couleur ? – Brun clair et vert pâle. J.B.

50/51


tu tends la joue droite ou gauche quand on veut te faire la bise ? – Droite. tu te souviens de la première fois que l’on t’a applaudie ? – Je me souviens que j’ai loupé les applaudissements. Premier spectacle de danse, cinq ans. Chez Madame Derivaz. Ha, j’étais si émue de me faire maquiller par les « grandes », de sentir le pinceau, les doigts qui tiennent le menton, de me faire coiffer… C’était si doux… que j’ai oublié de rejoindre mon groupe. Ensuite, je me suis perdue dans les couloirs. J’ai loupé mon spectacle. Mais la chorégraphie a bien plu. J’ai entendu le public applaudir dans le haut-parleur des loges. J’en ai pleuré des jours. tu préfères le ciel ou la terre ? – Je me tiens bien entre les deux. Je viens de découvrir la verticale. Douze ans d’horizontale, de théâtre social, face à face, de voyages sur la terre. Et depuis mes trente ans, les grands chagrins et les pleines joies, Chandolin, la musique, l’opéra, le voyage entre zénith et nadir. Pour l’instant, mon corps, je le sens bien situé entre ces axes, appuyé sur les horizontales et suspendu en verticale. C’est marrant ta question… la prochaine création, Orfeo et Euridice de Gluck, je la mets en scène à la Muybridge, avec repères verticaux et horizontaux. à quel moment tu lâches une création ? – Trop tôt. Merde. Tu mets le doigt sur des trucs là. Mmmm… oui, trop tôt. Bien avant qu’elle soit finie. Un peu aux environs de la première. Alors qu’il y a encore tellement de travail à fournir à partir de la première justement. Je suis là, bien sûr, mais je ne suis déjà plus là. Je trahis facilement par peur du vide. Et puis surtout, c’est toujours vraiment douloureux, je trouve, d’assister à l’effilochage de son propre rêve. Chaque jour de répétition, c’est le constat que les images que j’avais en moi, que je prix d’encouragement / förderpreise


voulais vraiment réaliser, que je trouvais magnifiques, en fait, ne sont pas réalisables. Ou sont juste un peu ridicules et toutes petites. Et je suis terriblement déçue. Et je dois me battre pour aimer encore un peu ce qui se construit malgré tout. Alors pour ne pas déprimer trop, je rêve déjà à autre chose, au prochain projet, à la prochaine envie. C’est affreux. Merde. J’essaye de m’améliorer un peu, et puisque je ne crois pas vraiment que l’on change, je m’entoure surtout de collaborateurs qui finissent bien les choses, qui aiment les belles fins. Il faut de tout dans une équipe. Moi, je commence fort, je porte bien et loin. Et puis je ne sais pas trop finir. tu dois choisir, sourde ou aveugle ou muette ? – Ah ben, muette, bien évidemment ! tu seras où dans cinq ans ? – Tricky one. tu aimes le chocolat aux noisettes ? – Je me nourris principalement de chocolat aux noisettes. est-ce que ça a de l’importance que la salle soit pleine (et un paquet de tendresse pour t’aider à répondre, parce que je sais que celle-là, elle est compliquée) ? – Bien bien… ça se corse… je vois, je vois. Bon, je commence cette réponse sans savoir où je vais en venir. Je papote en live. Alors… pendant la dernière année de mon école de théâtre à Paris, j’étais si pleinement heureuse et j’aimais tellement chaque personne qui m’entourait qu’un soir, j’ai décidé qu’il me fallait trouver une solution pour que ça ne s’arrête pas tout de suite. Pas encore. Alors, le lendemain matin, dans le métro, en lisant un article sur l’élection incertaine mais probable de Lula au Brésil dans l’année à venir, j’ai mis en place un plan de projet (pas vraiment le plus élaboré du monde puisque pensé à peu J.B.

52/53


près dix minutes). A la fin des cours ce jour-là, j’ai fait une annonce : rendez-vous chez Jeannette (notre petit café du coin) à ceux qui sont intéressés par un projet théâtral de six mois au Brésil. Evidemment, tout le monde est venu. J’ai élaboré le plan en même temps que je parlais aux trente comédiens. Ça a convaincu la plupart qui se sont joints à moi. Un prof de l’école est ensuite venu me parler au coin du bar : « Tu n’as aucune idée de ce que tu peux bien organiser là-bas, non ? Tu ne connais personne au Brésil, pas vrai ? » J’avoue. Alors, il me regarde et me dit : « Moi je connais une magnifique compagnie à Recife (Nordeste do Brazil). Je les appelle ce soir si tu veux. » Le lendemain, on avait des partenaires. J’ai emmené mes dix amis les plus proches avec moi au Brésil pendant huit mois. Là, on a travaillé sur un Brecht, La bonne âme du Setchouan, avec dix d’entre nous et trente musiciens, comédiens, danseurs brésiliens. Un monstre truc. Surtout dans ces conditions (on vivait et répétait dans les favelas avec ces artistes tous issus de la rue, on s’est fait braquer, accuser de deal de crac, on a perdu deux comédiens tués dans une fusillade, autre histoire de drogue…). Bref, on monte un spectacle. Un très beau spectacle qui commençait par vingt minutes de percussion de malade ! On allait tourner ce spectacle pour 25 représentations dans les favelas du Nordeste. Donc pour un public illettré, non politisé, donc super manipulé par la télé et les partis anti-Lula. La pièce, comme tous les Brecht, est une magnifique invitation à la réflexion politique et au dialogue pendant et après le spectacle. Première représentation (et là je me rapproche du thème de ta question) sur la place principale de la favela de Recife : 1’200 personnes. On est tous bien rangé sur scène, tout le monde est là (ce qui n’est pas toujours gagné avec les brésiliens), on commence : Wanderson, jeune comédien (18 ans !), gay et prostitué la nuit, merveilleux danseur, monte sur la scène avec son vélo et attaque le texte du vendeur d’eau. Et là, il s’arrête, se tourne vers prix d’encouragement / förderpreise


moi (qui étais sur le côté de la scène) et me dit : « Ils ne sont pas avec nous. » – « Quoi ? » – « Les spectateurs : ils ne sont pas ‘pris’ par mon début. » – « Ça ne fait rien Wanderson, continue, ça va venir… Con-ti-nue ! » – « Est-ce que je peux essayer autre chose ? » – « Tout ce que tu veux, mais vas-y ! » Et là, il redescend dans le public, fait le con avec son vélo, traverse la foule dans tous les sens en les faisant rire. Puis il commence son texte depuis là, depuis la foule. Il monte sur la selle du vélo tenu par les spectateurs et il commence. Et là, 1’200 personnes se taisent immédiatement. Tout le spectacle a été totalement improvisé (après quatre fucking mois de répétitions et d’amour du détail tout de même) et c’était le plus génial spectacle du monde. Mes potes et moi, on pleurait. Vraiment. On a appris tout notre métier ce jour-là. Et on s’est dit que là, pour nous, c’était une vraie école qui commençait. Wanderson est venu me voir à la fin. Il m’a dit : « Pardon Julie, je sais qu’on avait beaucoup répété, mais je voulais vraiment que les gens entendent cette première phrase. Elle est si belle cette première phrase. C’était important. » Et bon, j’ai pleuré (encore) et je lui ai dit qu’il était mon premier grand professeur. Du coup, on a continué nos voyages pour apprendre et échanger. Mongolie, USA, Nicaragua. Toujours du théâtre pour un public qui n’en voit jamais, qui n’a pas de codes (souvent, les gens ne savaient pas qu’il fallait applaudir). Pas de politesse. Des vraies réactions ou rien (en Mongolie, on avait trois rangées de spectateurs : au sol les petits et les vieux, au milieu les chevaux, en haut les cavaliers et cavalières assis sur leurs montures). Projets très difficiles et humainement épuisants. De grandes équipes et beaucoup d’argent à gérer, en plus des différences culturelles, belles mais désespérantes aussi… Et j’étais très jeune. Mais ! On a joué pour des foules immenses ou pour des hameaux de dix personnes. Et sans la pression du regard extérieur (grrrrand luxe !) : pas de presse, pas J.B.

54/55


de gens « importants dans le milieu », pas de « on joue notre carrière ». Juste le meilleur spectacle que l’on puisse offrir à chaque fois. Pour dix comme pour mille. Et puisque la politesse n’était pas la question, si quelqu’un dans le public s’ennuyait, il partait. Simplement. Et là, là, on apprenait quelque chose. Mais ça faisait très mal. Invités au Théâtre St-Gervais de Genève à jouer avec la compagnie nicaraguayenne, le spectacle Le Cercle de Craie caucasien que l’on avait créé et tourné au Nicaragua, nous avons voulu, tout à coup… être reconnus. Chez nous. Remplir les salles. Faire de l’effet. On a rempli les salles. On a fait de l’effet. Les gens, la presse et ce fameux gars, tu sais, celui qui est « très important dans le milieu », ils ont tous aimé. Et nous, on s’est détesté. On a oublié tout ce qu’on avait appris. On a voulu plaire. Et c’était si triste. J’ai perdu cinq amis de toujours et huit kilos sur ce projet. Et on a arrêté la compagnie. La salle pleine, c’est important pour les sept gars du comité qui doivent trouver de l’argent et te disent : « Julie, il faut que le spectacle soit bon, il faut remplir, sinon on aura de grosses dettes. » Et c’est une réalité. La salle pleine, c’est important pour que les comédiens, les chanteurs, ceux qui transpirent sur scène, aient le trac et soient heureux et soient en présence, en réponse, en échange, et entendent les respirations, la salle qui respire. La salle pleine, c’est important pour que les spectateurs viennent à une fête, une rencontre, chacun pour soi et aussi ensemble, une réunion d’hommes et de femmes pour écouter, voir, sentir leur histoire, leurs propres mythes, et se recueillir un peu là, avec eux-mêmes. La salle pleine, c’est important pour moi quand je me perds et que j’ai peur et envie de plaire et d’être « quelqu’un » et que j’oublie Wanderson. C’est important quand je pense à moi. Et là, le monde devient tout petit. Je suis coupée, séparée. Et plus rien ne fait de sens. Et là, en général, le spectacle est mauvais. prix d’encouragement / förderpreise


Julie, jolie Julie… qu’est ce que tu sais faire le mieux ? – Donner envie / les caïpirinhas / lire des histoires aux enfants. donner envie de quoi ? de manger une glace fraise et chocolat ? d’écouter le vent ? d’allumer les oiseaux le matin ? de marcher sur les mains entre les lignes jaunes ? de faire un bouquet de fleurs avec des hippopotames ? de te poser des questions ? – Envie de prendre des risques. Et oui, aussi d’écouter le grand vent… comment vas-tu ? ce prix ça fait quoi ? pour de vrai. – Bonjour Marie-Antoinette, je vais bien. Je vais très bien. J’ai l’impression d’avoir une cathédrale de verre dans le plexus et de grands gongs qui résonnent dans le ventre et la tête ouverte sur le dessus et pleine de bleu. Ce prix, je découvre ce que ça fait un peu chaque jour. Quand je pense à ta question. Ça fait pas seulement plaisir. Ça fait que je me sens dans le flux juste, dans le lieu où les choses circulent, s’offrent et se reçoivent. Je n’ai pas vraiment eu de père dans ma vie. Et il y a deux ou trois ans, Thomas Prattki, un homme que j’admire et qui était un de mes maîtres à Paris chez Lecoq et un disciple de Jung et Dürckheim, m’appelle pour me dire qu’il aimerait que je l’assiste dans sa nouvelle école de Londres pour pouvoir, un jour, enseigner sa pratique théâtrale. J’ai évidemment tout laissé pour être à ses côtés pendant un an. Tous les jours, je l’assistais, lui et d’autres profs aussi, et je voyais de jeunes créateurs émerger. C’est un métier vraiment difficile et incroyable que de faire la place à la créativité des gens. Bref, tous les matins, Thomas prenait cinq minutes avec moi pour papoter des cours, de la vie, J.B.

56/57


des élèves…et tous les matins, il finissait juste par poser sa main sur mon épaule trois secondes, simplement, et puis il partait en cours, heureux. Et moi, tous les matins, j’avais les larmes aux yeux de ce geste de soutien plein et généreux. Et je me sentais très forte. Ça me fait ça, ce prix. Ça me fait le coup de la main sur l’épaule et les larmes aux yeux. Ça rassure et donne la force d’aller. Et l’envie d’aller. Et le plaisir d’aller encore.

prix d’encouragement / förderpreise


Julie Beauvais, Regisseurin – « Eine Margerite im Winter »

von Marie-Antoinette Gorret

New York, 21. Juni, 8.35 Uhr Es ist Sommer, die Frauen sind schön, ich esse Wassermelonen, das Gras im Central Park ist weich, Brooklyn verbrennt die Sohlen meiner Flipflops… und ich erhalte einen Preis vom Wallis. Ich soll einen Autor auswählen, der etwas über meine Arbeit schreibt… damit es eine schöne Publikation gebe. Ich weiss, dass du nicht alles gesehen hast, aber ich habe an dich gedacht, du könntest deine schönen Worte zu Papier bringen. Sag mir, was du davon hältst. Ich muss den Namen des Autors am Freitag bestätigen. Besitos. J.B.

Charrat, 21. Juni, 14.41 Uhr Ich lese nochmals den Namen. Es ist meiner. Sie hat bestimmt die falsche Adresse erwischt… sie lebt noch, umso besser, und in Gedanken an ihre brennend heissen Flipflops läuft mir die Gänsehaut über den Rücken. M.-A.G.

J.B.

58/59


Ein Preis vom Wallis, das ist fantastisch für sie. Ich bin ganz stolz. Wenn sie nur nicht die falsche Adresse gewählt hätte, wenn diese Nachricht wirklich für mich wäre, dann würde ich sagen : « Das ist die schönste Anfrage, die ich je erhalten habe. » Und dann würde ich noch « Danke » sagen.

Charrat, 23. Juni, 05.34 Uhr Prinzessin, Ich weiss noch nicht, was ich über dich schreiben werde, aber ich denke, ich werde dir Fragen stellen, ein paar lose Fragen, einfach so, und dann werden wir sehen… O.k. ? Es geht gleich los! Wie viele Finger hast du ? Wie rennst du am liebsten ? Um welche Zeit isst du gerne ? Kannst du Tango tanzen ? Hast du Angst vor dem Weiss ? Zählst du deine Hörnli, bevor du sie isst ? Wie viele Finger hast du ? – 8 schöne + 2 gefühllose : die beiden Zeigfinger (der Finger des Vaters, der Autorität… hehe…), wegen einer grünen Volvotür (das Auto meines Vaters) und einer Kulisse, die ich mit dem Papierschneider (irgendwie kastrierend…) bearbeitete. Wie rennst du am liebsten ? – So schnell wie möglich und nicht lange. Um welche Zeit isst du gerne ? – Zwischen 9 und 12 Uhr kann ich ununterbrochen essen. Ich liebe Frühstücke. Ich liiiiiebe Frühstücke ! Ich mache sogar Fotos von meinen Frühstücken. Für den Rest des Tages kann ich darauf verzichten. prix d’encouragement / förderpreise


Kannst du Tango tanzen ? – Ja. Ein bisschen. Ich habe die männliche Rolle in Lesben-Milongas in Buenos Aires gelernt. Und wenn jemand gut führt, aber wirklich gut, dann tanze ich sehr gern die weibliche Rolle. Hast du Angst vor dem Weiss ? – Ich habe keine Angst vor dem Weiss. Weiss ist meine grosse Zuflucht. Weiss strahlt. Die Farbe des Tages. Schnee. Weisse Unterhemden. Weisse Hemden. Weisses Licht. Eine weisse Kundalini. Weisses Haar. Ein weisses Blatt Papier. Weisse Turbane. Die Mittagssonne. Zählst du deine Hörnli, bevor du sie isst ? – Das würde ich gerne. Es wäre besser. Das muss ich lernen. Ich versuche es. Aber in Wahrheit verschlinge ich sie, ohne zu zählen.

New York, 17. Juli, 17.48 Uhr Sehr schön ! Magst du Regen ? Welches war dein erstes Werk ? Welche Farbe haben deine Augen ? Hältst du für die Begrüssungsküsschen zuerst die rechte oder die linke Wange hin ? Erinnerst du dich ans erste Mal, als du Applaus erhieltst ? Magst du Regen ? – Grosse Angst vor Regen. Wie vor Wäldern. Und dann… habe ich gerne Angst ? Yes… I guess… Welches war dein erstes Werk ? – Nach meinem Baum hinter dem Garten meiner Mutter, wo ich mir ein Bett und ein Dach eingerichtet hatte und den ich während Jahren bewohnte und verschönerte, war J.B.

60/61


meine erste Theaterkreation in Chicago Capsize. Das bedeutet « kentern ». Das Stück gründete auf den Texten von Paul Watzlawick, einem Kommunikationstheoretiker und radikalen Konstruktivist, und vor allem gründete es auf meinem ersten grossen Liebeskummer. Es war ein schönes Stück. Es gefällt mir immer noch. Welche Farbe haben deine Augen ? – Hellgrau und blassgrün. Hältst du für die Begrüssungsküsschen zuerst die rechte oder die linke Wange hin ? – Die rechte. Erinnerst du dich ans erste Mal, als du Applaus erhieltst ? – Ich erinnere mich, dass ich den Applaus verpasst habe. Erste Tanzaufführung, fünf Jahre alt. Bei Madame Derivaz. Ha ! Ich war so ergriffen, von « Grossen » geschminkt zu werden, den Pinsel auf der Haut zu spüren, die Finger, die mein Kinn hielten, mich frisieren zu lassen… Es war so angenehm… dass ich vergass, zu meiner Gruppe zu gehen. Dann verirrte ich mich in den Gängen. Ich habe meine Aufführung verpasst. Aber die Choreografie kam gut an. Ich hörte den Applaus des Publikums in den Lautsprechern der Garderobe. Ich habe tagelang geweint. Hast du lieber den Himmel oder die Erde ? – Dazwischen geht es mir gut. Ich habe soeben die Vertikale entdeckt. Zwölf Jahre Horizontale, soziales Theater, direkte Konfrontation, Reisen auf der Erde. Und seit ich dreissig bin, grosser Kummer, riesige Freuden, Chandolin, Musik, Oper, die Reise zwischen Zenit und Nadir. Ich spüre meinen Körper zwischen diesen beiden Achsen : auf die Horizontale gestützt, in der Vertikalen schwebend. Deine Frage ist witzig… meine nächste Kreation Orfeo ed Euridice von Gluck, inszeniere ich à la Muybridge, mit vertikalen und horizontalen Bezugspunkten.

prix d’encouragement / förderpreise


Wann lässt du eine Kreation los ? – Zu früh. Scheisse. Da hast du etwas Wesentliches getroffen. Hmmm… ja, zu früh. Noch bevor sie fertig ist. Etwa bei der Premiere. Obwohl es noch so viel zu tun gibt, gerade nach der Premiere. Ich bin natürlich noch da, aber ich bin schon nicht mehr da. Ich begehe Verrat aus Angst vor der Leere. Vor allem ist es immer schmerzhaft, finde ich, dem Ausfransen seines eigenen Traums beizuwohnen. Mit jedem Probetag die Feststellung, dass die Bilder, die ich in meinem Innern hatte und realisieren wollte, die ich grossartig fand, in Wahrheit nicht realisierbar sind. Oder nur ein bisschen lächerlich und unbedeutend sind. Ich bin schrecklich enttäuscht und muss kämpfen, um das, was trotz allem entsteht, doch zu mögen. Damit ich dann nicht deprimiere, träume ich schon von etwas anderem, vom nächsten Projekt, vom nächsten Wunsch. Es ist furchtbar. Scheisse. Ich versuche, mich zu verbessern, aber da ich ja nicht wirklich glaube, dass man sich verändert, umgebe ich mich von Mitarbeitern, die die Dinge gut abschliessen, die schöne Enden mögen. Es braucht von allem etwas in einem Team. Ich fange stark an, trage gut und weit. Aber zu Ende führen, das kann ich nicht. Wenn du wählen müsstest : taub, blind oder stumm ? – Also, stumm, natürlich ! Wo bist du in fünf Jahren ? – Tricky one. Magst du Haselnussschokolade ? – Ich ernähre mich hauptsächlich von Haselnussschokolade. Ist es wichtig, dass der Saal voll ist (und ganz viel Zärtlichkeit, um dir bei der Beantwortung zu helfen, denn ich weiss, dass diese Frage nicht einfach ist) ? – Soso… die Sache spitzt sich zu… ich sehe schon. Gut, ich beginne diese Antwort, ohne zu wissen, wo ich enden werde. Ich plaudere einfach mal drauflos. Also… während J.B.

62/63


meines letzten Jahres an der Theaterschule in Paris war ich so glücklich, und ich mochte alle Personen um mich herum so sehr, dass ich eines Abends beschloss, eine Lösung zu finden, damit das alles nicht sofort zu Ende gehe. Noch nicht. Als ich am nächsten Morgen in der Metro einen Artikel las über die zwar unsichere, aber doch wahrscheinliche Wahl von Lula in Brasilien, stellte ich einen Plan auf (nicht wirklich der durchdachteste Plan der Welt, da in zehn Minuten aufgestellt). Nach dem Unterricht machte ich eine Anzeige : Treffen bei Jeannette (unser kleines Café um die Ecke) für alle, die Interesse haben an einem sechsmonatigen Theaterprojekt in Brasilien. Natürlich sind alle gekommen. Ich arbeitete den Plan aus, während ich zu den dreissig Schauspielern sprach. Das überzeugte die meisten, und sie wollten mitmachen. Ein Lehrer der Schule sprach mich danach an der Bar an : « Du hast doch keine Ahnung, was du dort unten organisieren kannst, nicht wahr ? Du kennst niemanden in Brasilien, oder ? » Ich gab alles zu. Da blickte er mich an und sagte : « Ich kenne eine grossartige Truppe in Recife (Nordeste do Brazil). Ich rufe sie heute Abend an, wenn du möchtest. » Am nächsten Tag hatten wir unsere Partner. Ich nahm meine engsten Freunde für acht Monate mit nach Brasilien. Dort arbeiteten wir an einem Brecht, Der gute Mensch von Sezuan, zehn von uns und dreissig brasilianische Musiker, Schauspieler und Tänzer. Ein Riesending. Vor allem unter diesen Bedingungen (wir lebten und probten in den Favelas mit diesen Künstlern, die alle von der Strasse stammten, wurden ausgeraubt, als Crack-Dealer verdächtigt, zwei Schauspieler verloren das Leben in einer Schiesserei, eine weitere Drogengeschichte…). Kurz, wir zogen ein sehr schönes Stück auf, das mit zwanzig Minuten wahnsinniger Perkussion begann ! Wir wollten damit auf Tournee gehen in den Favelas im Nordeste. Also vor einem analphabetischen, unpolitisierten und durch das Fernsehen und die Anti-Lula-Parteien höchst manipulierten Publikum. Das Stück, wie alle von Brecht, ist eine grossartige Aufforderung zum Nachdenken und zum Dialog während und nach der Aufführung. prix d’encouragement / förderpreise


Premiere (ich nähere mich dem Thema deiner Frage) auf dem Platz der Favela de Recife : 1’200 Personen. Wir stehen alle auf der Bühne, alle sind da (was bei den Brasilianern nicht immer sicher ist), wir fangen an : Wanderson, ein junger Schauspieler (18-jährig !), schwul, nachts Prostituierter, begnadeter Tänzer, begibt sich mit seinem Fahrrad auf die Bühne und beginnt den Text des Wasserverkäufers. Da hält er inne, dreht sich zu mir (ich stehe versteckt auf der Seite der Bühne) und sagt zu mir : « Sie sind nicht dabei. » – « Was ? » – « Die Zuschauer : Sie sind von meinem Anfang nicht gefesselt. » – « Das macht nichts, Wanderson, das kommt schon… Mach wei-ter ! » – « Kann ich etwas anderes probieren ? » – « Was du willst, aber mach ! » Und da ging er von der Bühne hinunter ins Publikum, spielte mit seinem Fahrrad verrückt und brachte die Zuschauer zum Lachen. Dann begann er seinen Text mitten unter ihnen. Er stieg auf sein Fahrrad, das von den Zuschauern gehalten wurde, und legte los. Und da verstummten 1’200 Personen augenblicklich. Die ganze Aufführung war total improvisiert (nach vier fucking Monaten Proben und Liebe zum Detail), und es war die genialste Aufführung der Welt. Meine Kumpels und ich, wir haben geweint. Wirklich. Wir haben an diesem Tag unser Handwerk gelernt. Und wir sagten zueinander, dass dort für uns die echte Schule begann. Wanderson kam am Ende zu mir und sagte : « Entschuldige Julie, ich weiss, wir haben viel geprobt, aber ich wollte, dass die Leute diesen ersten Satz hören. Er ist so schön, dieser erste Satz. Das war wichtig. » Ja, und da weinte ich (wieder), und ich sagte ihm, dass er mein erster grosser Lehrer sei. Wir setzten unsere Reisen fort, um zu lernen, uns auszutauschen. Mongolei, USA, Nicaragua. Immer Theater für ein Publikum, das sonst keines sieht, das die Verhaltenscodes nicht kennt (oft wussten die Leute nicht, dass sie klatschen sollten). Keine Höflichkeit. Echte Reaktionen oder nichts (in der Mongolei hatten wir drei Zuschauerreihen : am Boden die Kinder und die Alten, in der Mitte die Pferde und J.B.

64/65


oben die Reiter und Reiterinnen auf ihren Pferden). Sehr schwierige Projekte und menschlich erschöpfend. Grosse Equipen und viel Geld zu verwalten, kulturelle Schwierigkeiten, grossartig, aber auch zum Verzweifeln… und ich war sehr jung. Aber ! Wir haben für riesige Menschenmengen gespielt wie auch für Weiler mit zehn Personen. Und ohne Druck von aussen (grooosser Luxus !) : keine Presse, keine dieser « ganz wichtigen Leute aus dem Milieu » kein « Spielen um die Karriere ». Einfach nur das beste Stück, das wir bieten konnten. Für zehn wie für tausend. Und es ging nicht um Höflichkeit : Wenn sich jemand im Publikum langweilte, stand er auf und ging. Ganz einfach. Und da, da haben wir etwas gelernt. Aber es tat auch weh. Wir waren ins Theater St.-Gervais in Genf eingeladen, um mit der nicaraguanischen Truppe den Kaukasischen Kreidekreis zu spielen, ein Stück, das wir in Nicaragua eingespielt und mit dem wir dort auf Tournee gewesen waren. Da wollten wir plötzlich… Anerkennung. Zu Hause. Die Säle füllen. Eindruck machen. Wir füllten die Säle. Wir machten Eindruck. Die Leute, die Presse, der Typ, weisst du, dieser « ganz wichtige aus dem Milieu », sie alle liebten uns. Aber wir, wir hassten uns. Wir hatten alles vergessen. Wir wollten gefallen. Es war so traurig. Ich verlor fünf alte Freunde und acht Kilo bei diesem Projekt. Und wir lösten die Truppe auf. Dass der Saal voll ist, das ist wichtig für die sieben vom Vorstand, die das Geld auftreiben müssen und dir sagen : « Julie, das Stück muss gut sein, der Saal muss voll sein, sonst verlieren wir Geld. » Das ist eine Realität. Dass der Saal voll ist, das ist wichtig, damit die Schauspieler, die Sänger, die auf der Bühne schwitzen, Lampenfieber haben und glücklich sind und eine Reaktion, einen Austausch ernten, den Atem des Publikums hören im Saal. Dass der Saal voll ist, das ist wichtig, damit die Zuschauer ein Fest erleben, eine Begegnung, jeder für sich und alle zusammen, eine Versammlung von Männern und Frauen, die zuhören, sehen, ihre eigenen Mythen spüren und sich ein bisschen sammeln, in sich selbst. prix d’encouragement / förderpreise


Dass der Saal voll ist, das ist wichtig für mich, wenn ich mich verliere und wenn ich Angst habe und gefallen möchte, und « jemand » sein möchte, wenn ich Wanderson vergesse. Es ist wichtig, wenn ich an mich denke. Und dann wird die Welt ganz klein. Ich bin abgeschnitten, allein. Und nichts ergibt mehr einen Sinn. Und dann ist das Stück meistens schlecht. Julie, schöne Julie… Was kannst du am besten ? – Anderen Lust machen, Caipirinhas, Kindern Geschichten vorlesen. Lust machen, worauf ? Auf Erdbeer-Schokolade-Eis ? Darauf, dem Wind zuzuhören ? Am Morgen die Vögel auffliegen zu lassen ? Zwischen den gelben Linien auf den Händen zu gehen ? Mit Flusspferden einen Blumenstrauss zu machen ? Dir Fragen zu stellen ? – Lust darauf, Risiken einzugehen. Und dem Sturm zuzuhören… Wie geht es dir ? Was bedeutet dir dieser Preis ? Wirklich ? – Hallo Marie-Antoinette, Es geht mir gut. Es geht mir sehr gut. Ich habe das Gefühl, eine gläserne Kathedrale in der Brust zu haben und grosse Gongs, die in meinem Bauch und in meinem Kopf ertönen, mein Kopf, der oben offen ist und voller Blau ist. Ich merke jeden Tag ein bisschen, was mir dieser Preis bedeutet. Er macht nicht nur Freude. Er macht, dass ich mich im richtigen Fluss fühle, an dem Ort, wo die Dinge zirkulieren, wo man gibt und nimmt. Ich hatte nicht wirklich einen Vater in meinem Leben. Vor zwei, drei Jahren rief mich Thomas Prattki an, ein Mann, den ich bewundere, einer meiner Lehrer in Paris bei Lecoq, ein Nachfolger von Jung J.B.

66/67


und Dürckheim. Er wünschte, dass ich als Assistentin an seine neue Schule nach London komme, damit ich eines Tages seine Theaterlehre unterrichten könne. Natürlich liess ich alles stehen, um während einem Jahr an seiner Seite zu sein. Jeden Tag assistierte ich ihn, ihn und andere Lehrer, und sah junge Talente entstehen. Es ist ein wirklich schwieriger und unglaublicher Beruf, der menschlichen Kreativität Platz zu machen. Kurz, jeden Morgen nahm sich Thomas fünf Minuten Zeit für mich, um über den Unterricht und das Leben zu sprechen… und jeden Morgen legte er mir am Schluss während drei Sekunden die Hand auf die Schulter, einfach so, und dann ging er, glücklich, in den Unterricht. Und ich, jeden Morgen hatte ich Tränen in den Augen wegen dieser unterstützenden Geste, erfüllt, grosszügig. Und ich fühlte mich sehr stark. Das ist dieser Preis für mich. Die Hand auf der Schulter und die Tränen in den Augen. Das gibt mir Sicherheit und die Kraft weiterzugehen, und den Wunsch und die Freude immer weiter zu gehen.

prix d’encouragement / förderpreise


I

J.B.

68/69


< II  

J.B.

70/71


III >

prix d’encouragement / förderpreise


IV

prix dâ&#x20AC;&#x2122;encouragement / fĂśrderpreise


I

Radamisto de G.F. Haendel, répétition à la Gessnerallee Zürich, Marian Dijkhuizen, Julie Beauvais, 2011 II selon les Gothic Tales de K. Blixen, Teatro de la Cooperacion, Buenos Aires (Argentine), 2006

III

Le cercle de craie caucasien / El circulo de tiza de B. Brecht, Théâtre St-Gervais Genève, 2009 IV

Don Giovanni de W.A. Mozart, Ferme-Asile Sion, 2010

J.B.

74/75


prix dâ&#x20AC;&#x2122;encouragement / fĂśrderpreise


Julien Maret


biographie Julien Maret naît en 1978 à Fully. Il fait ses premiers pas dans le domaine littéraire dès 1999 en fondant la revue L’Ablate, pour laquelle il s’associe à différents auteurs valaisans tels que Vital Bender, Jacques Tornay, Bastien Fournier ou encore Virgile Pitteloud. De 2000 à 2005, Julien Maret étudie la Philosophie à l’Université de Strasbourg où il rencontre Michel Vanni, avec lequel il propose un seminaire libre autour de la figure de Friedrich Nietzsche. Sa licence en poche, il s’établit à Genève et fonde en 2007 la revue Coma – petit fascicule qui fait la part belle à la littérature contemporaine francophone, germanophone et italophone. En 2010, il obtient un Bachelor en écriture littéraire à l’Institut littéraire Suisse de Bienne. Il écrit régulièrement pour des amis artistes, donne des lectures performatives à Genève et Lausanne et publie dans diverses revues, dont coaltar. Son premier livre, Rengaine, paraît en septembre 2011 chez José Corti à Paris.

lässt er sich in Genf nieder und lanciert 2007 die Zeitschrift Coma, eine bescheidene Ausgabe, die zeitgenössische französische, deutsche und italienische literarische Texte publiziert. 2010 schliesst er am Schweizerischen Literaturinstitut in Biel mit einem Bachelor ab. Er schreibt regelmässig für Künstlerfreunde, gibt performative Lesungen in Genf und Lausanne und publiziert Texte in der Zeitschrift coaltar. Im September 2011 erscheint sein erstes Buch unter dem Titel Rengaine im Verlag José Corti in Paris.

> Julien Maret, geboren 1978 in Fully, gründet 1999 die Zeitschrift L’Ablate – dies ist der Beginn seines literarischen Werdeganges. Für dieses Projekt schliesst er sich mit mehreren Walliser Autoren zusammen, darunter Vital Bender, Jacques Tornay, Bastien Fournier und Virgile Pitteloud. Zwischen 2000 und 2005 studiert er Philosophie an der Universität in Strassburg, wo er Michel Vanni kennen lernt. Gemeinsam bieten sie ein freies Seminar an rund um die Figur von Nietzsche. Zurück in der Schweiz J.M.

78/79


prix dâ&#x20AC;&#x2122;encouragement / fĂśrderpreise


Julien Maret, écrivain

par Jérôme Meizoz

Excellente nouvelle pour la relève littéraire issue du Valais francophone que ce prix d’encouragement donné à Julien Maret, installé aujourd’hui à Genève. Né à Fully en 1978, il fonde sa première revue, L’Ablate à l’âge de 19 ans. Soucieux de la question du « vivre ensemble », il incite des amis, dont Virgile Pitteloud ou Bastien Fournier, à se réunir autour de l’écriture. « La littérature c’est non seulement écrire, mais c’est aussi une manière de tenir ensemble », dit-il en évoquant cette expérience. La revue publiera aussi des poèmes de Vital Bender et de Jacques Tornay. « Vital Bender, c’est, dès les débuts, une personne qui a vraiment cru en moi. » En 2007, il fonde à Genève la revue plurilingue et gratuite Coma, à vocation expérimentale, qui comprend aussi bien des brouillons que des textes infirmes ou marginaux. Paraissent quelques numéros très soignés typographiquement, sans mention d’une rédaction ni signature d’auteur : « Le principe qui régit Coma est l’absence de la marque de l’auteur. D’une part, parce que la signature n’ajouteJ.M.

80/81


rait rien au texte ; d’autre part, pour prendre au pied de la lettre l’effacement de l’auteur. Bien qu’il soit évident que le style éperonne le parafe. Coma résiste dans la tension de cette contradiction. Coma ne sera pas l’auteur mais le passage d’une trace multiple. Coma se trouve au hasard ou tombe du ciel. On peut aussi bien la voir reposer sur un banc que sur l’étagère d’une librairie, dans une boîte aux lettres, à la poubelle. Ou ne rien en savoir. Au fond, Coma est en voie de disparition. Cela fait son moteur. La prise en compte d’une suspension, de la décadence d’un état, fait que Coma accepte des textes inachevés, des textes qui essaient, qui balbutient, qui respirent artificiellement. »1 Julien Maret étudie ensuite la philosophie à Strasbourg (2000-2005), où il co-anime un séminaire sur Nietzsche avec le philosophe Michel Vanni. Puis il s’inscrit à l’Institut littéraire suisse de Bienne. Cette structure associée à la Haute Ecole d’Art du Canton de Berne forme, depuis quelques années, de jeunes auteurs de toutes les langues nationales en vue d’un Bachelor et d’un Master en écriture littéraire. Il bénéficie de ce lieu d’échanges et d’émulation où il travaille la précision de la langue, le mouvement de sa syntaxe, sous forme notamment d’ « études de phrases ». Durant cette période, il fait une rencontre importante, celle de l’écrivain Marius Daniel Popescu, avec lequel se noue une amitié. Julien Maret publie aujourd’hui des textes pour des amis artistes (Luc Mattenberger, Valentin Carron, Rania Ezzat), participe à la revue en ligne coaltar2 et donne plusieurs lectures-performances à Genève. Dans une récente anthologie de textes d’étudiants de l’Institut littéraire, il signe un texte vibrant sur le surgissement d’« aujourd’hui » :

1 Cité dans : http://www.culturactif.ch/invite/coma.htm, consulté le 23 juin 2011. 2 www.coaltar.net prix d’encouragement / förderpreise


« Te rappelles-tu, moche et stupide chardon de malheur, comment je t’envoyais en l’air, tête décapitée et projetée des mètres plus loin, des mètres !, gamin, des kilomètres, et qui retombaient sur une beuse de vache – dans le dictionnaire on dit « bouse », chez moi, c’est beuse, et merde ! – les jolies beuses, mes complices, mes amies, qui couraient pour attraper la tête du chardon et pour la mettre pile dans le mil, mignonnes beuses dans lesquelles j’adorais déposer mon pas comme j’aurais pu le faire en sautant dans une gouille ou dans une flaque. »3 Son Bachelor en poche, en 2010, il propose un manuscrit aux éditions parisiennes José Corti. Comment imaginer des débuts sous de meilleurs auspices ? Un premier livre intitulé Rengaine paraît cet automne chez celui qui fut l’éditeur des surréalistes, de Bachelard et de Julien Gracq, notamment. C’est ce qui s’appelle avoir de bonnes fées sur son berceau !

3

La Lisette littéraire, printemps 2011 (édité par l’Institut littéraire suisse de Bienne). J.M.

82/83


Dialogue avec Julien Maret

A l’occasion de ce prix, j’aimerais que tu évoques tes débuts. Dans quelles circonstances et pourquoi as-tu envisagé de devenir écrivain ? J. Ma. Ce sont des questions difficiles et certainement estil trop tôt pour moi d’y répondre, puisque si je m’y essayais, je finirais par avouer que je ne sais pas pourquoi. Il y a pourtant une raison, un parce que, et j’en ai quelque idée. Mais cela me semble si fragile et si vague. Au fond, je n’ai pas la sagesse pour répondre à de telles questions. Plus tard, si la chance veut que j’écrive encore, me serat-il possible de répondre plus sagement. Pourtant, et ici je paraphrase un philosophe connu, en écrivant, je ne cherche pas seulement à écrire. Mon premier geste d’écriture, si on peut l’appeler ainsi, fut de rassembler des amis autour d’une revue sans savoir au préalable s’ils écrivaient ou non. Il le fallait, un point c’est tout. De là est née L’Ablate, revue poétique, à la fin des années nonante. Il y eut six numéros et quelques lectures dans le canton. C’était le moment euphorique et porteur de l’écriture. On se réunissait et on passait la nuit à parler et à écouter de la chanson française. On écrivait sans écrire. Bon, puisqu’on y est, je dirais que devenir écrivain se confond avec l’exigence d’un « tenir ensemble ». Tenir debout, pourquoi pas, ce n’est pas si facile, ça demande. J. Me.

Quel sens a pour toi le fait de recevoir un prix d’encouragement de ton canton d’origine ? Quel lien gardes-tu avec ce lieu et son milieu littéraire et quel impact a-t-il sur ton travail d’écriture ? – Je suis surpris et touché de recevoir ce prix. Et je ne sais pas si je le mérite. Je pense à ceux qui l’ont eu avant moi, que je considère pour la plupart pour de vrais écrivains, Jean-Marc Lovay, Adrien Pasquali, Vital Bender, pour ne citer qu’eux. Les trois m’influencent encore. Bender pour le rythme et les images, Pasquali pour sa précision et sa très haute et très rare conscience de la phrase et Lovay pour le flux et la puissance. Je lis aussi prix d’encouragement / förderpreise


Chappaz, surtout à haute voix, un seul texte, L’Evangile selon Judas. Je ne crois pas qu’il y ait un milieu littéraire en Valais, ni même en Suisse romande. Pas encore. Il est possible de supposer que la création de l’Institut littéraire suisse de Bienne que j’ai fréquenté puisse former à la longue un milieu littéraire suisse. C’est une affaire à suivre attentivement, à mon avis. De manière générale, je dois beaucoup au Valais. Tu publies ton premier livre chez un éditeur parisien, José Corti. Quel sens a ce choix pour toi ? – Il y a d’abord le fait de publier son premier livre et ensuite le fait de publier aux Editions José Corti. Quand j’ai appris la nouvelle, j’ai d’abord déprimé quelques jours. J’ai dû, selon les paroles de Jacques Roman, « aller faire pisser l’idée ». Donc j’ai commencé à faire le deuil qu’impose la réalisation d’un désir. Alors publier chez Corti, ça complique les affaires, si j’ose dire. Parce que Corti, c’est Corti, hein ? Ma première connaissance des Editions Corti remonte à dix ans. A ce moment-là, je débutais mes études de philosophie, non j’allais les commencer. Je voyais parfois mon grand-oncle l’Abbé Michel Maret. Un jour que j’étais monté à son chalet pour poursuivre une discussion, il m’avait offert tous les livres de Gaston Bachelard édités chez José Corti, à l’exception, et cela me fait sourire aujourd’hui, du Lautréamont, auquel il tenait. Je repartais avec cinq ou six bouquins de Bachelard, je les ai encore, mais ma bibliothèque repose dans la cave d’un de mes chers amis, alors le nombre m’échappe maintenant. Disons, que j’avais toute sa rêveuse poétique, l’air, la terre, l’eau. Ensuite, les Editions José Corti, c’était Ghérasim Luca que je lisais durant mes études à Strasbourg avec un ami. De loin, Julien Gracq, que j’ai lu plus tard. Il n’y a pas si longtemps d’ailleurs. Alors bien sûr, pour moi, publier aux Editions José Corti, ça veut dire quelque chose, ça veut dire beaucoup. J.M.

84/85


Dans ta démarche d’écriture, ta formation en philosophie a-t-elle joué un rôle, et lequel ? – Je ne crois pas que la philosophie joue un rôle dans mon travail d’écriture. Etudier la philosophie a été une chose difficile et douloureuse, et contradictoire. J’entends la contradiction et l’opposition du concept et de l’image. Au fond, je n’ai jamais pu penser le concept, ou avec lui, hors de l’image. En même temps, quelque chose du concept, sa règle et son retrait, a certainement contraint et limité mon imagination. Ou alors, je pourrais encore dire que j’oscille entre les deux, puisque la fascination devant l’image et l’effroi de la neutralité du concept pousse à chercher à l’arrière, de l’autre côté. Mais, il n’y a rien derrière. Bref, pour écrire, il me faut démonter tout cela. Quels sont les auteur-es qui, par la force de leurs livres, t’ont incité, invité à ce geste d’écrire ? – Je dirais que l’œuvre qui m’a le plus touché est Ulysse de James Joyce. Pour l’unique raison que c’est le premier livre qui m’a fait rire. Je me disais cet auteur est fou, c’est la vie qu’il raconte, la vie tout simplement. C’est le plus grand effort de fiction que j’aie jamais rencontré.

prix d’encouragement / förderpreise


La revue COMA – Un petit ovni littéraire

par Pierre Lepori, article publié sous

www.culturactif.ch en janvier 2008

Toutes proportions gardées, ce joli programme convoque des expériences fort significatives dans la littérature contemporaine, notamment dans les groupes collectifs réfléchissant aux problèmes du droit d’auteur, et au concept même d’auteur tel qu’il s’est forgé dans l’histoire de la littérature. Cela nous rappelle, en particulier, le collectif italien Wu-Ming (issu d’un projet underground, rassemblant plusieurs auteurs anonymes sous le nom fictif de Luther Blisset). En une dizaine d’années, Wu-Ming a publié plusieurs ouvrages à succès chez Mondadori. Son nom chinois signifie « sans nom ». Ce projet se concevait comme un acte culturel subversif : sa stratégie visait à dynamiter le système éditorial fondé sur le renom (parfois « télévisuel ») d’un auteur, tout en restant à l’intérieur de la production d’un grand éditeur. Coma semble aller plus loin dans l’effacement de l’auteur : pas de signature, pas d’éditeur affiché, bien que la qualité de ces petits fascicules laisse imaginer la présence, sinon d’un éditeur, du moins d’un imprimeur doué. La visée non commerciale de Coma rappelle en outre le mouvement international du bookcrossing : il s’agit d’abandonner un livre dans un lieu public, avec une étiquette qui permette d’en suivre le parcours, pour qu’il circule librement et passionnément de main en main, de lieu en lieu. Le projet semble donc s’inscrire également dans une démarche anti-commerciale, avec une prise de position par rapport au marché du livre. Il pose la question fondamentale du statut du professionnalisme et de la rentabilité dans la création. En répondant aux questions que nous leurs avons adressées, Coma a gardé tout son mystère, en nous renvoyant des ripostes plus ou moins sibyllines, et bien sûr sans signature. J.M.

86/87


Par son absence de signature et d’éditeur, Coma fait penser au mouvement international du copyleft (c.-à-d., pour simplifier, le contraire du copyright). A nos yeux, il s’agit donc d’un acte politique. Comment vous situez-vous par rapport au vaste débat sur le droit d’auteur (très aigu dans le domaine de la musique, mais présent aussi dans la littérature) ? – Coma n’est pas un acte délibérément politique. Du moins, elle n’est pas une conscience politique. Elle est, au mieux et après coup, un lieu interprétatif du politique. Et politique, au sens le plus trivial, de « vivre ensemble », voire de « tenir ensemble ». A son insu. Coma n’a pas d’opinion et refuse de trancher. Elle glisse en dessous des polémiques. Vous revendiquez un effacement de l’auteur, mais ne poussez pas votre démarche jusqu’à l’effacement du moi : quelle est votre approche de l’individualité en écriture, dans ce contexte anonyme ? Quel « je » est-il mis en jeu dans les textes de Coma ? – Je me demande si le « je » se rapporte nécessairement à un « moi ». Il est une voix narrative comme une autre. D’ailleurs, on ne règle pas la question du moi, simplement en supprimant le « je ». Le monde n’est pas nominaliste. Si Coma est un individu, dans le sens où il se laisse enfermer par son nom, on peut s’interroger sur sa manière d’être : morcelée, schizo, artefact, etc. A remarquer, l’indécision de son sexe. Coma vibre en le « il » et le « elle ». Si l’on ose une question plus terre à terre : le support de ces écrits égarés est beau : petit format original, papier et caractères d’imprimerie soigneusement choisis, souci du détail. S’agit-il d’un travail artisanal (également collectif) ? – Oui, accidentellement. Sommes-nous, face à Coma, en présence d’une performance, ou d’une revue de littérature fantomatique (voir fantasmatique) ? – Il y a peut-être quelque chose de performant, dans le sens où l’écriture se met en jeu, et cherche à s’épuiser et à se relancer sans cesse. Coma est à la fois fantomatique et fantasmatique. Mais aussi fantastique. Coma se maintient en suspens entre le réel et l’imaginaire, entre le vrai et le faux, pouvant créer quelque chose comme un sentiment d’étrangeté. prix d’encouragement / förderpreise


Belle surprise : Coma est plurilingue, elle présente des textes en italien, français et allemand. Cela a-t-il des implications plus subtiles sur les textes eux-mêmes ? Des « auteurs » italophones écrivent-ils, par exemple, dans une autre langue, ou inversement ? Le choix des trois principales langues nationales suisses est-il délibéré (rien ne nous indique que votre siège est en Suisse), ou envisagez-vous d’élargir votre palette à l’anglais, au romanche ou à d’autres langues ? – Coma est une ouverture. Elle mange dans toutes les langues. L’utopie de Coma, s’il avait une utopie, serait qu’elle se crée dans plusieurs lieux à la fois de manière autonome. Vous écrivez que « Coma ne sera pas l’auteur mais le passage d’une trace multiple » : êtes-vous une seule personne, plusieurs (ou peutêtre un martien graphomane) ? S’agit-il d’un travail collectif sur chaque texte, écrit à plusieurs mains ? Ou chaque texte porte-t-il au moins une subtile trace de son auteur (puisque vous dites aussi que « le style éperonne le parafe ») ? – Toutes les combinaisons sont possibles, mais pas nécessaires. Les multiples voix qui traversent Coma et y laissent leur trace ont-ils une démarche stylistique collective, avec une discussion « rédactionnelle » autour des textes ? – Coma n’a pas d’idées reçues sur l’écriture. Il est en devenir. Coma sécrète. L’inachèvement est également un des principes assumés de Coma : jusqu’à quel point poussez-vous ce principe ? Seriez-vous partisans du premier jet, publiable sans retouches ? Y a-t-il un lien entre la « décadence d’un état » (celui d’auteur tout puissant, j’imagine) et l’inachèvement ? – Oui. Les participants à Coma se connaissent-ils personnellement ou travaillez-vous dans un anonymat respectif, communiquant par mail, sous pseudonyme, nick-name ou fantôme interposé ? – Oui, il y a des mains derrière Coma. C’est ce qui fait sa contradiction ou son impossible. Elle n’est pas acéphale. Cela la rend, malgré tout, vulnérable.

J.M.

88/89


Julien Maret, Schriftsteller

Von Jérôme Meizoz

Eine hervorragende Neuigkeit für den literarischen Nachwuchs aus dem französischsprachigen Wallis, dieser Förderpreis, mit dem Julien Maret, der heute in Genf wohnt, ausgezeichnet wird. Er wurde 1978 in Fully geboren und gründete seine erste Zeitschrift, L’Ablate, im Alter von 19 Jahren. Um die Thematik des « gemeinsamen Lebens » bemüht, forderte er Freunde zum gemeinsamen Schreiben auf, darunter Virgile Pitteloud und Bastien Fournier. « Literatur ist nicht nur Schreiben, sondern auch eine Art Zusammenhalten », sagt er in Erinnerung an diese Erfahrung. Die Zeitschrift veröffentlichte ausserdem Gedichte von Vital Bender und Jacques Tornay. « Vital Bender war von Anfang an eine Person, die wirklich an mich geglaubt hat. » Im Jahr  2007 gründete Julien Maret in Genf die mehrsprachige Gratiszeitschrift Coma mit experimenteller Neigung, die Entwürfe sowie unreife oder marginale Texte enthielt. Es erschienen einige typografisch sehr gepflegte Ausgaben ohne Hinweis auf eine Redaktion oder Unterschrift eines Autors : « Der Leitgedanke von Coma ist das Fehlen der Urheberbezeichnung. Einerseits, weil die Unterschrift dem Text nichts prix d’encouragement / förderpreise


bringen würde ; anderseits, um die Zurückhaltung des Autors beim Wort zu nehmen. Obwohl es offensichtlich ist, dass der Stil den Namenszug fordert. Coma widersteht der Spannung dieses Widerspruchs. Coma, das soll nicht der Autor, sondern eine vielschichtige Spur sein. Coma findet man per Zufall, oder sie fällt vom Himmel. Man sieht sie auf einer Bank liegen, auf einem Gestell in einer Buchhandlung, in einem Briefkasten, im Abfall. Oder man weiss nichts davon. Im Grunde ist Coma vom Aussterben bedroht. Dies ist ihr Antrieb. Aufgrund der Berücksichtigung einer Unterbrechung, der Dekadenz eines Zustands akzeptiert Coma unvollständige Texte, solche, die probieren, brabbeln, künstlich atmen. »4 Julien Maret studierte Philosophie in Strassburg (2000– 2005), wo er zusammen mit dem Philosophen Michel Vanni ein Seminar über Nietzsche betreute. Dann schrieb er sich am Schweizerischen Literaturinstitut in Biel ein. Dieses gehört der Hochschule der Künste Bern an und bildet seit einigen Jahren junge Schriftsteller aller Landessprachen zum Bachelor und Master in literarischem Schreiben aus. Er profitierte von diesem Ort des Austauschs und des Wetteifers, wo er an der Präzision der Sprache arbeitete, an der Bewegung der Syntax, namentlich in Form von « Satzstudien ». Während dieser Zeit machte er eine wichtige Begegnung mit dem Schriftsteller Marius Daniel Popescu, aus der eine Freundschaft entstanden ist. Julien Maret veröffentlicht heute Texte für seine Künstlerfreunde (Luc Mattenberger, Valentin Carron, Rania Ezzat), beteiligt sich am Onlinemagazin coaltar5 und gibt verschiedene Performance-Lesungen in Genf. Eine kürzlich erschienene Anthologie von Studententexten des Literaturinstituts enthält einen vibrierenden Text über die Entstehung von « heute » aus seiner Feder :

4 Zitiert in : http://www.culturactif.ch/invite/coma.htm, abgefragt am 23. Juni 2011. 5 www.coaltar.net J.M.

90/91


« Erinnerst du dich, hässliche, dumme Unglücksdistel, wie ich dich in die Luft warf, enthauptet, viele Meter weit, Meter ! Kindskopf, Kilometer, und wie sie in einen Kuhfladen fiel – die schönen Kuhfläden – im Wörterbuch steht « Kuhfladen », aber ich sage Kuhfläden, Scheisse ! – meine Komplizen, meine Freunde, sie rannten, um den Distelkopf zu fangen, genau in der Mitte, die süssen Kuhfläden, ich liebte es, meinen Fussabdruck darin zu hinterlassen, wie wenn ich in eine Pfütze springe. »6 Nachdem er 2010 den Bachelor abgeschlossen hatte, legte er beim Pariser Verlag José Corti ein Manuskript vor. Kann man sich ein Debüt unter besseren Umständen vorstellen ? Ein erstes Buch mit dem Titel Rengaine erscheint diesen Herbst beim Verleger der Surrealisten, von Bachelard und insbesondere von Julien Gracq. Das nennt man wohl ein gutes Omen !

6

La Lisette littéraire, Frühling 2011 (herausgegeben vom Schweizerischen Literaturinstitut, Biel).

prix d’encouragement / förderpreise


Gespräch mit Julien Maret

Aus Anlass dieses Preises möchte ich dich bitten, von deinen Anfängen zu erzählen. Unter welchen Umständen und warum hast du es ins Auge gefasst, Schriftsteller zu werden ? J. Ma. Das sind schwierige Fragen, und bestimmt ist es zu früh für mich, sie zu beantworten, da ich ja, wenn ich es versuchte, letztlich zugeben müsste, dass ich nicht weiss warum. Es gibt jedoch einen Grund, ein Warum, und ich habe eine gewisse Vorstellung davon. Doch ich finde es sehr anfällig und vage. Im Grunde besitze ich nicht die Weisheit, solche Fragen zu beantworten. Später, wenn das Glück es will, dass ich noch mehr schreibe, werde ich weiser antworten können. Dennoch, und hier paraphrasiere ich einen bekannten Philosophen : Wenn ich schreibe, versuche ich nicht bloss zu schreiben. Meine erste schriftstellerische Tätigkeit, wenn man dies so nennen kann, war, meine Freunde um eine Zeitschrift zu versammeln, ohne vorher zu wissen, ob sie überhaupt schreiben oder nicht. Es musste so sein, Punkt, das ist alles. Daraus ist L’Ablate entstanden, eine poetische Zeitschrift, Ende der 90er-Jahre. Es gab sechs Ausgaben und einige Lesungen im Kanton. Es war der euphorische, tragende Moment des Schreibens. Wir kamen zusammen, wir sprachen die ganze Nacht hindurch und hörten französische Chanson. Wir schrieben, ohne zu schreiben. Gut, wenn wir schon dabei sind, würde ich sagen, dass Schriftsteller zu werden der Forderung nach « Zusammenhalten » gleichkommt. Aufrecht stehen, warum nicht, das ist gar nicht so einfach, das fordert. J. Me.

Welche Bedeutung hat es für dich, von deinem Heimatkanton einen Förderpreis zu erhalten ? Welchen Bezug hast du zu diesem Ort und seinen literarischen Kreisen, und welchen Einfluss hat er auf deine Arbeit als Schriftsteller ? – Es überrascht und berührt mich, diesen Preis zu erhalten. Und ich weiss nicht, ob ich ihn verdiene. Ich denke an jene, die ihn vor mir erhalten haben; die meisten von ihnen sind meines Erachtens echte Schriftsteller, Jean-Marc Lovay, Adrien Pasquali, Vital Bender, um nur sie zu nennen. Diese J.M.

92/93


drei beeinflussen mich immer noch. Bender aufgrund des Rhythmus und der Bilder, Pasquali aufgrund seiner Präzision und seines stark ausgebildeten und sehr seltenen Satzbewusstseins, Lovay aufgrund des Flusses und der Kraft. Ich lese auch Chappaz, vor allem laut, einen einzigen Text : Evangelium nach Judas. Ich glaube nicht, dass es im Wallis ein literarisches Milieu gibt, auch nicht in der Westschweiz. Noch nicht. Man kann annehmen, dass sich durch die Schaffung des Schweizerischen Literaturinstituts in Biel in der Schweiz langfristig ein solches bilden wird. Dies ist eine Angelegenheit, die man aufmerksam beobachten muss. Ganz allgemein verdanke ich dem Wallis viel. Dein erstes Buch kommt beim Pariser Verleger José Corti heraus. Welche Bedeutung hat diese Wahl für dich ? – Da ist zuerst die Tatsache, sein erstes Buch zu veröffentlichen, und dann, dass es von José Corti herausgegeben wird. Als ich es erfahren habe, war ich erst ein paar Tage verzweifelt. Ich musste, frei nach Jacques Roman, « die Idee Gassi führen ». Folglich habe ich die Trauerarbeit begonnen, die auf die Verwirklichung eines Wunsches folgt. Eine Veröffentlichung bei Corti, das kompliziert also die Angelegenheit, wenn ich das so sagen darf, weil Corti eben Corti ist, oder ? – Meine erste Begegnung mit dem Verlag Corti war vor zehn Jahren. Damals – ich begann gerade mein Philosophiestudium, nein, ich wollte es beginnen – traf ich mich manchmal mit meinem Grossonkel, dem Abt Michel Maret. Eines Tages war ich zu ihm ins Chalet hinaufgegangen um eine Diskussion fortzusetzen, und da schenkte er mir alle Bücher von Gaston Bachelard, die bei José Corti veröffentlicht worden waren, ausser, und darüber muss ich heute schmunzeln, Lautréamont, an dem er sehr hing. Ich ging mit diesen fünf oder sechs Büchern nach Hause. Ich habe sie immer noch, aber meine Bibliothek lagert im Keller eines lieben Freundes, sodass ich jetzt nicht genau weiss, wie viele es sind. Sagen wir, ich hatte seine gesamte träumerische Dichtung : die Luft, prix d’encouragement / förderpreise


die Erde, das Wasser. Danach stand der Verlag José Corti für Ghérasim Luca, den ich während des Studiums in Strassburg zusammen mit einem Freund las. Und von weitem natürlich für Julien Gracq, den ich später las. Es ist übrigens noch gar nicht so lange her. Natürlich bedeutet die Veröffentlichung beim Verlag José Corti etwas für mich, sie bedeutet mir viel. Welche Rolle spielt bei deinem schriftstellerischen Vorgehen deine philosophische Ausbildung ? – Ich glaube nicht, dass die Philosophie bei meiner schriftstellerischen Arbeit eine Rolle spielt. Das Philosophiestudium war etwas Schwieriges und Schmerzhaftes und Gegensätzliches. Ich meine damit den Widerspruch und den Gegensatz von Konzept und Bild. Im Grunde konnte ich mir das Konzept nie ohne Bild vorstellen. Gleichzeitig war meine Vorstellungskraft durch das Konzept behindert, durch seine Regel und seinen Abstand. Oder ich könnte sagen, dass ich zwischen den beiden hin und her gerissen bin, da die Faszination gegenüber dem Bild und das Entsetzen gegenüber der Neutralität des Konzepts einen dazu bringen, dahinter zu suchen, auf der anderen Seite. Aber es ist nichts dahinter. Kurz gesagt, um zu schreiben, muss ich all das zerlegen. Welches sind die Schriftsteller oder Schriftstellerinnen, die dich durch die Kraft ihrer Bücher zum Schreiben angeregt, eingeladen haben ? – Ich würde sagen, das Werk, das mich am meisten berührt hat, ist Ulysses von James Joyce. Aus dem einzigen Grund, dass es das erste Buch war, das mich zum Lachen brachte. Ich dachte, dieser Schriftsteller ist verrückt, er erzählt das Leben, einfach nur das Leben. Es ist die grösste erzählerische Anstrengung, die ich je gesehen habe.

J.M.

94/95


Die Zeitschrift COMA – Ein kleines literarisches UFO

von Pierre Lepori, publiziert

im Januar 2008 unter www.culturactif.ch

Alles in allem zitiert dieses hübsche Programm bedeutende Themen der zeitgenössischen Literatur, namentlich in Kollektiven, die sich mit den Problemen des Urheberrechts auseinandersetzen und dem Konzept des Autors, wie es in der Literaturgeschichte entstanden ist. Dies erinnert insbesondere an das italienische Kollektiv Wu-Ming (das aus einem underground-Projekt heraus entstand, an dem verschiedene anonyme Autoren unter dem fiktiven Pseudonym Luther Blisset beteiligt waren). In rund einem Jahrzehnt veröffentlichte Wu-Ming mehrere Erfolgswerke bei Mondadori. Der chinesische Name bedeutet « ohne Name ». Dieses Projekt verstand sich als subversiver kultureller Akt : Es wollte das Verlagssystem, das auf der (oft televisuellen) Bekanntheit eines Autors gründet, sprengen, dabei aber doch innerhalb der Produktion eines grossen Verlags bleiben. Coma scheint, was die Auslöschung des Autors anbetrifft, noch weiter zu gehen : keine Unterschrift, kein Verlag wird genannt, obgleich die Qualität dieser kleinen Faszikel auf die Gegenwart, wenn nicht eines Verlegers, dann wenigstens eines talentierten Druckers schliessen lässt. Der nicht kommerzielle Zweck von Coma erinnert unter anderem an die internationale Bewegung des bookcrossing’s : Man überlässt ein Buch an einem öffentlichen Ort sich selbst. Es ist mit einer Etikette versehen, dank der man seine Reise verfolgen kann. So kann es frei und leidenschaftlich von einem Ort zum anderen, von einem Leser zum nächsten gehen. Das Projekt scheint ebenfalls einem anti-kommerziellen Vorgehen anzugehören und in Bezug auf den Buchmarkt Position zu beziehen. Es stellt den professionellen Stand und die Rentabilität der kreativen Tätigkeit in Frage. Auch in der Beantwortung der Fragen, die wir ihr zugestellt haben, lüftet Coma das Geheimnis prix d’encouragement / förderpreise


nicht : Die Antworten fielen mehr oder weniger geheimnisvoll aus, und natürlich ohne Unterschrift. Durch das Fehlen einer Unterschrift oder eines Verlags erinnert Coma an die internationale Copyleft-Bewegung (vereinfachend das Gegenteil von Copyright). In unseren Augen handelt es sich um einen politischen Akt. Wie positionieren Sie sich in der breiten Debatte zum Urheberrecht (im Bereich Musik sehr präsent, aber auch in der Literatur) ? – Coma ist kein bewusst politscher Akt. Zumindest entspringt sie keinem politischen Wunsch. Sie ist höchstens, und im Nachhinein, ein Ort der Interpretation des Politischen. Und politisch im vulgärsten Sinne von « zusammen leben », ja sogar « zusammenhalten ». Ohne ihr Wissen. Coma hat keine Meinung und verweigert Entscheidungen. Sie gleitet durch die Polemiken hindurch. Sie verlangen die Auslöschung des Autors, gehen aber nicht bis zur Auslöschung des Ichs : Wie ist Ihre Haltung gegenüber der Individualität beim Schreiben in diesem anonymen Kontext ? Um welches « Ich » geht es in den Texten von Coma ? – Ich frage mich, ob sich das « Ich » notwendigerweise auf eine Person bezieht. Es ist eine Erzählstimme wie eine andere. Übrigens lässt sich die Frage des persönlichen Bezugs nicht regeln, indem man das « Ich » umgeht. Die Welt ist nicht nominalistisch. Wenn Coma ein Individuum wäre, das einen Namen trägt, müsste man sich zu ihrem Wesen Fragen stellen : zersplittert, schizophren, Artefakt, usw. Es sei zudem auf die Unklarheit in Bezug auf das Geschlecht hingewiesen. Coma wechselt zwischen « er » und « sie ». Wagen wir eine konkretere Frage : Der Träger dieser geheimnisvollen Texte ist schön : kleines originelles Format, sorgfältig gewählte Schrift, Sorge zum Detail. Handelt es sich um eine handwerkliche Arbeit (ebenfalls im Kollektiv) ? – Ja, zufälligerweise. Ist Coma eine Performance, eine literarische Phantom- (oder Fantasie-) Zeitschrift ? – Sie hat vielleicht etwas von einer Performance insofern das Schreiben zu einem Spiel wird, das, sobald es sich dem Ende neigt, immer wieder von neuem anfängt. Coma ist sowohl Phantom als auch J.M.

96/97


Fantasie. Aber auch fantastisch. Coma hält sich in der Schwebe zwischen dem Realen und dem Imaginären, zwischen dem Echten und dem Falschen, sie kann eine Art Gefühl der Fremde schaffen. Schöne Überraschung : Coma ist mehrsprachig. Sie enthält Texte auf Italienisch, Französisch und Deutsch. Hat dies subtilere Folgen für die Texte selbst ? Schreiben italienische « Autoren » beispielsweise auch in den anderen Sprachen und umgekehrt ? Ist die Wahl der drei Schweizer Hauptlandessprachen bewusst (nichts weist darauf hin, dass Sie in der Schweiz ansässig sind) oder beabsichtigen Sie, Ihre Sprachpalette auf Englisch oder Rätoromanisch oder auf andere Sprachen auszuweiten ? – Coma ist eine Öffnung. Sie zehrt von allen Sprachen. Die Utopie von Coma, wenn es eine solche gäbe, wäre, dass sie an mehreren Orten autonom entsteht. Sie schreiben, dass « Coma nicht ein Autor, sondern eine vielschichtige Spur ist » : Sind Sie eine einzige Person, mehrere (oder vielleicht ein schreibsüchtiger Marsmensch) ? Handelt es sich bei jedem Text um eine kollektive Arbeit, sodass diese dann von verschiedenen Federn stammt ? Oder trägt jeder Text wenigstens die subtile Spur eines Autors (da Sie ja sagen « der Stil fordert den Namenszug ») ? – Alle Kombinationen sind möglich aber nicht notwendig. Haben die verschiedenen Stimmen, die in Coma ihre Spur hinterlassen, ein kollektives stilistisches Vorgehen, mit einer « redaktionellen » Diskussion über die Texte ? – Coma hat keine festen Ideen über das Schreiben. Coma entsteht, löst aus. Das Unvollendete ist ebenfalls einer der Grundsätze von Coma : Wie weit gehen Sie mit diesem Grundsatz ? Vertreten Sie die erste Fassung, die ohne Überarbeitung veröffentlicht werden kann ? Gibt es einen Zusammenhang zwischen der « Dekadenz eines Zustands » (jener des allmächtigen Autors, nehme ich an) und dem Unvollendeten ? – Ja. Kennen sich die an Coma Beteiligten persönlich oder arbeiten Sie in gegenseitiger Anonymität, indem Sie per E-Mail, mit Pseudonym oder Phantomname arbeiten ? – Ja, es gibt Hände hinter Coma. Das macht ihren Widerspruch oder ihre Unmöglichkeit aus. Sie ist nicht akephal. Daher ist sie sehr verletzbar. prix d’encouragement / förderpreise


I

J.M.

98/99


II


III

prix d’encouragement / förderpreise


I

« Ma bibliothèque », 2010 II

Soirée lecture « De nos natures artificielles », Pois Chiche, Lausanne, 2009

III

Soirée lecture « De nos natures artificielles », Pois Chiche, Lausanne, 2009

J.M.

102/103


prix dâ&#x20AC;&#x2122;encouragement / fĂśrderpreise


Ephraim Salzmann


biographie

Bockhornxylophon. Als Leiter für entwicklungsorienterte Musik gründet er den Spillrüm Naters, in der jedermann Raum für Musik findet. In diesem Rahmen leitet er Kurse für Kinder, Jugendliche und Erwachsene und lädt Gruppen ein zu musikalischen Erlebnissen. Als Musiker begleitet er Künstler, Tänzer und Schriftsteller. Er ist unterwegs in Deutschland und in der Schweiz mit und für Stefanie Heinzmann, z’Hansrüedi, Ds’Personal, dB die Band, D’Spillmannjini, usw. Durch seine polyvalente musikalische Aktivität beteiligt sich Ephraim Salzmann aktiv am alternativen Kulturleben im Oberwallis und ist von dort nicht mehr wegzudenken.

Né en 1975 à Naters, Ephraim Salzmann se plonge dans la musique dès son plus jeune âge. Influencé par la pratique musicale de son père, Amadé Salzmann, et formé par ses propres expériences, il développe peu à peu dans le domaine batterie/ percussion un jeu tout à fait personnel, mélangeant divers instruments tels que batterie, cajon, tympanon et congas. En tant qu’animateur en développement musical, il crée le Spillrüm Naters, un espace permettant à tout un chacun de s’exprimer à travers la musique. Dans ce cadre, il anime des cours pour enfants, adolescents et adultes et emmène des groupes sur le chemin de l’expérimentation musicale. En tant que musicien, il accompagne de nombreux artistes, www.spillrüm.ch danseurs et écrivains. Il se produit régulièrement en Suisse et en Allemagne, notamment avec Stefanie Heinzmann, z’Hansrüedi, Endfrends, Ds’Personal, dB die Band, D’Spillmannjini, etc. Par son activité musicale polyvalente, Ephraim Salzmann participe activement à la vie culturelle alternative du Haut-Valais. > Ephraim Salzmann (*1975 in Naters) lebt und wirkt seit seiner Kindheit mit und um die Musik. Geprägt vom musikalischen Schaffen seines Vaters, Amadé Salzmann, und zahlreichen eigenen Erfahrungen, entwickelt er seinen persönlichen Ausdruck im Bereich Schlagwerk/ Percussion, auf Instrumenten aus der ganzen Welt, u.a. Schlagzeug, Cajon, Walliser Hackbrett, Congas und

E.S.

106/107


prix dâ&#x20AC;&#x2122;encouragement / fĂśrderpreise


Ephraim Salzmann, musicien – « La musique comme une nécessité »

par Jean-Pierre L. D’Alpaos, activiste culturel

« Le terme de percussion désigne l’ensemble des instruments ou des objets qui, au moyen de coups, de chocs, de frottements etc., permettent de produire un bruit, ou de générer un son. » 1 Et cette définition elle-même n’est pas complète. La percussion renvoie également à un immense sentiment, à une humanité, exprimée par les mains, qui éveille chez l’auditeur de nombreuses voix intérieures, des rythmes et des pulsations qui l’emmènent vers plus d’équilibre, vers le bien-être, et même vers le bonheur et la joie. Ce sont les mains du percussionniste qui donnent à la musique son timbre et sa couleur, et qui lui permettent de s’épanouir. Le percussionniste a le ton de base, ce ton de base qui est intérieur à l’homme depuis toujours. Une fois mis en mouvement, il entraîne l’auditeur à la danse, et, au sens strict, vers une véritable paix intérieure. Il ouvre simultanément l’esprit à plus de tolérance, de respect et d’attention aux autres. 1

Jazz-Lexikon (vol. 2), sous la direction de Martin Kunzler, Rororo Handbuch, Reinbek bei Hamburg, 1988. E.S.

108/109


Ephraim Salzmann (percussionniste, batteur, joueur de tympanon, 36 ans, homme de cœur au profil bien marqué, authentique et sincère) a élu pour sa vie un instrument qui lui convient comme nul autre. Qu’il s’agisse en l’occurrence de « percussion », cela n’est pas tout à fait un hasard. Son père, Amadé Salzmann (†17.02.1992), lui-même batteur doué, constructeur et inventeur d’instruments à percussion, a semé rapidement ce goût chez le jeune Ephraim. La pulsation, la cadence, le rythme faisaient partie de l’ambiance familiale tout naturellement, sans exercer de contrainte sur Ephraim. Il suffisait d’une simple impulsion pour que ce qui avait été semé se développe. Ephraim avait le temps, et prit le temps. Il a pu s’épanouir en toute liberté, à son rythme, jusqu’à ce qu’il réalise que tout était à sa disposition, qu’il lui suffisait de ramasser ce qui se trouvait devant lui, et qu’il pouvait commencer. Ephraim Salzmann a fait ses débuts à la batterie, un instrument qui attire tous les jeunes musiciens. Cependant, tous ne sont pas également à même d’en jouer, et il importe d’entrer en accord avec elle selon la fréquence et la pulsation, intérieurement, sous le plexus solaire, pour comprendre le rythme, the good vibrations, et arriver à les communiquer aux musiciens et aux non musiciens. Le percussionniste est souvent vu comme un complément au batteur. Grave erreur : il est bien plus libre que le batteur. Il est pour ainsi dire le diable qui se tient dans les détails ; c’est lui qui donne aux chansons leur piment et leur facétie, leurs accents, la légèreté du son, le groove. C’est précisément ces attributs qu’Ephraim Salzmann a fait siens. Il a senti que le rythme est une langue universelle, que tout le monde comprend et qui est comprise partout. Car qu’est-ce que le rythme, si ce n’est l’harmonie entre le cœur et les poumons, la première pulsation de la vie ? Il est essentiel d’écouter en soi pour prix d’encouragement / förderpreise


percevoir ce battement premier (cœur-poumons) comme une unité. Cette unité constitue un rythme vital. Le percussionniste utilise cette base pour créer des volumes et des espaces, pour toucher l’auditeur par des combinaisons de sons, des expérimentations, des improvisations. Après s’être adonné avec bonheur à la batterie, et après s’y être senti avec le temps quelque peu à l’étroit, Ephraim Salzmann s’est tourné vers la percussion. Il joue aujourd’hui de plus de vingt instruments à percussion différents et ajoute sans cesse de nouveaux modèles à son répertoire. Cette démarche a ceci de particulier qu’Ephraim doit à chaque fois découvrir l’essence et pour ainsi dire l’élixir sonore, l’âme propre et le langage des différents instruments, du tambour, du djembe et de la conga, du bongo et du cajon, des maracas, des cloches, du gong et du güiro, entre autres, ainsi que du « Fiänschgerlädi ». Ephraim Salzmann possède la grâce particulière de trouver et de ne pas chercher. Ephraim peut ainsi attendre que les instruments lui parlent. Il peut attendre, et il sait que les instruments à percussion, leur caractère spécifique, viendront à lui. En d’autres termes : il les écoute et les reconnaît. Il s’est ainsi approprié, durant les derniers quinze ans, une vaste palette de sons et d’instruments, ce qui fait de lui un musicien recherché. Il a développé avec la percussion un feeling et une dynamique qui lui permettent de s’adresser aussi bien aux musiciens qu’aux non musiciens, qu’il sait toucher, motiver ; il leur permet d’atteindre leur propre univers, et les accorde ainsi, joyeusement, avec eux-mêmes et avec le quotidien. Pour Ephraim cela est très important, de rendre heureux ceux qu’il rencontre et ceux qui l’écoutent. Ephraim Salzmann a travaillé comme menuisier, comme éclairagiste et comme technicien son, à la table de mixage. E.S.

110/111


Ces étapes ont été importantes dans son développement. Cependant… – il voulait être utile aux autres musiciens grâce à son vécu, ses expériences et sa sensibilité, mais il ne tarda pas à réaliser qu’influencer le son ne lui suffisait pas. Il n’était pas fait pour les rabots et les copeaux, ni pour la table de mixage, mais pour monter sur scène ; il cherchait l’échange, la communication avec d’autres musiciens. En résumé : la musique s’est affirmée comme une nécessité. Ephraim voulait et veut vivre de musique, et pas faire de la musique pour tuer le temps. Il s’est abandonné à la magie et à la mystique de la musique. Il a senti que « sans musique, la vie serait une erreur »2. Une fois ce choix effectué, il savait qu’il devait dès lors véritablement connaître et maîtriser son nouveau métier et donc arrêter ses activités précédentes. Cet abandon à la musique et au rythme, sans résistance, a été essentiel. C’est cela qui lui a permis de trouver sa voix propre. A vrai dire, cela a plutôt été un don. Ce n’était pas une capitulation, mais une ouverture à ces intérêts qui depuis longtemps déjà sommeillaient en lui. Il a suffi effectivement d’une simple impulsion pour que ce qui avait été semé croisse, et comment ! Ephraim s’est engagé intensément, à 100 pour-cent ; il a travaillé sans demi-mesure, dans le tout ou rien, la musique ou la mort. Sa tâche a été d’être un fleuve dans le désert, qui éveille la vie jusque dans chaque pierre et dans chaque grain de sable. Ephraim Salzmann a fondé le Spillrüm à Naters, où il accompagne ses visiteurs, enfants, jeunes et adultes, sans stress aucun et en toute liberté vers leur développement. Avec le Spillrüm, il souhaite offrir un espace aux gens pour qu’ils puissent entrer en contact avec eux-mêmes et se comprendre. Avec tous ses instruments et à l’aide du rythme, il veut leur permettre de réaliser une expérience de soi particulière ; il cherche à les emmener, par la 2

Friedrich Nietzsche

prix d’encouragement / förderpreise


musique, à l’unité et à l’harmonie, en suivant non pas une voie thérapeutique, mais une voie de créativité et de liberté personnelle. Ephraim cherche à ce que ses visiteurs se sentent bien chez lui et à ce qu’ils rentrent chez eux plus heureux que lorsqu’ils étaient venus. Cette ambition n’est pas la sienne uniquement au Spillrüm, mais dans chacune de ses activités, productions, groupes, gigs, jams, etc. C’est un plaisir de travailler avec Ephraim Salzmann, parce que ce plaisir est doté du sérieux nécessaire et est simultanément très créatif, constructif et motivant. Pour lui le mot « non » n’existe pas – même s’il sait se montrer critique. Il n’aime pas ce mot qui est destructeur. Lorsqu’il l’utilise malgré tout, c’est en approuvant : il cherche en effet des solutions, donne des pistes et des idées, s’attache à répondre aux vœux et aux demandes des autres. Il a son profil. Oh oui – un profil bien marqué. Dans la musique comme dans la vie, il a une signature qui lui est propre, immédiatement reconnaissable. Il a de la grandeur et de la gentillesse. Par son charme, son ouverture, son entrain, il emmène ceux qui l’entourent vers des audaces dont ils ne se seraient pas crus capables. Les personnes les plus différentes profitent de cet entêtement et de cette force. Via un de ses projets préférés par exemple, Ds’Personal, qui consiste à ramener la musique d’où elle vient, dans la rue, en live. Ou via les Spillmannjini, un trio qui combine tradition et musique du monde et où le tympanon est à l’honneur. On peut relever encore dB - die Band, où il officie exclusivement comme batteur ; le travail d’enregistrement CD, pour Regula Ritler, z’Hansrüedi, ou Eliane Amherd notamment ; Saguhaft (un recueil de légendes valaisannes magnifiquement mises en musique), où il met à disposition ses compétences et sa bonne humeur ; ou encore la Tanja-Stiftung (une maison d’accueil pour les adultes handicapés physiques et mentaux) : la musique a une influence tout à fait particulière sur les E.S.

112/113


personnes handicapées mentales. Le ton de base joue vraisemblablement ici un rôle important : malgré tous les handicaps, il peut être mis en mouvement et procurer ainsi un sentiment de plénitude. La Tanja-Stiftung apprécie tout particulièrement le travail d’Ephraim Salzmann, qui sait faire preuve ici aussi d’une grande délicatesse. Avec son insouciance et sa légèreté, il parvient naturellement à établir un contact avec ces personnes et les emmène par la musique en voyage vers eux-mêmes. Il importe de relever également le Kinderdorf St. Antonius à Loèche, où à l’aide de différents rythmes, tambours et percussions, il amuse les jeunes et les emmène vers plus de liberté, de conscience de soi et de joie. Ou encore ce qui lui tient peut-être le plus à cœur actuellement : la collaboration avec Stephanie Heinzmann. Avec la chanteuse haut-valaisanne de renommée internationale, qu’il connaît depuis le groupe Bigfisch et qu’il accompagne à la percussion sous le label Stephanie Heinzmann depuis au moins trois ans, Ephraim Salzmann a connu les grandes scènes d’Europe. Le vécu, les expériences de vie et de scène qu’il a pu glaner ainsi sont inestimables. Les lointains sont revigorants. Ils ouvrent et confirment une fois de plus cette caractéristique fondamentale de la vraie musique, qui ne connaît pas la couleur de peau, la race ou l’âge, qui réclame pour exister des contributions humaines véritablement fondamentales, le travail d’équipe, la collaboration technique, l’échange d’idées sans concurrence, le jeu en commun. La musique est une langue universelle. Avec Stephanie Heinzmann, Ephraim ne collabore pas au son de manière purement réglée et mécanique. Il peut se mouvoir librement dans la structure sonore, son savoir, son feeling et son groove deviennent plus subtils et délicats dans leurs accents, ce qui enrichit l’ensemble du son. Plus Ephraim se meut sur la scène internationale, plus son jeu devient divers et coloré. Véritablement, l’étranger, le lointain fait du bien. prix d’encouragement / förderpreise


Ephraim Salzmann n’a pas d’appréhensions particulières envers les autres arts. Il accompagne avec une grande sensibilité des textes d’écrivains ou des œuvres plastiques. Comme par exemple les projets des Kunstkollegen, Rolf Hermann, Silvio Pacozzi, Uli Wirz, Daniel Mangisch, les « Binner-Kulturabende », les lectures du « Literarischer Salon », etc., etc., etc. Ephraim Salzmann est un acteur essentiel de la scène musicale et artistique haut-valaisanne. Il lui amène sans cesse de l’énergie, de l’originalité, de nouvelles impulsions. Sans son goût inlassable pour la créativité et la réalisation de projets artistiques, la scène culturelle haut-valaisanne se retrouverait notablement plus pauvre. La musique est sa seconde nature. Pour lui, la musique n’est pas que de la musique ou son gagne-pain. Elle est une œuvre d’art totale qui comprend tout : la vie, la mort, le cosmos. Tout est d’une manière ou d’une autre lié, perméable, mélangé, ce qui est différent communique, s’influence et se complète. Ce qui est particulier avec Ephraim Salzmann, c’est qu’il veut, et, jamais, ne doit. Cette liberté et cette curiosité lui permettent d’expérimenter, de goûter à tout, et lorsqu’un projet lui tient à cœur, il le réalise jusqu’au bout. Cette attitude positive lui ouvrira toutes les portes. Ephraim Salzmann n’a de loin pas encore épuisé tout son potentiel. Bien que son jeu de percussionniste ait atteint sa maturité, il est perpétuellement en recherche. Il laisse toujours une voie ouverte à sa curiosité, pour se former, se développer encore, aller plus loin et ne pas simplement se reposer sur ses acquis. La musique est le meilleur remède contre la routine. Elle demande sans cesse du travail sur soi ; lors d’une période calme, il y a toujours assez à faire pour affiner, retravailler, expérimenter – jusqu’à ce qu’une nouvelle porte s’ouvre. E.S.

114/115


Cette citation de Frank Zappa (guitariste, compositeur, 1940-1993) s’applique tout particulièrement à Ephraim Salzmann : « L’information n’est pas le savoir, le savoir n’est pas la sagesse, la sagesse n’est pas la vérité, la vérité n’est pas la beauté, la beauté n’est pas l’amour, l’amour n’est pas la musique. La musique est la meilleure chose qui soit. » 3

3

Frank Zappa, Packard Goose, album Joe’s Garage, Act III, 1979.

prix d’encouragement / förderpreise


Ephraim Salzmann, Musiker – « Musik als Notwendigkeit oder Percussionist mit grosser Seele »

von Jean-Pierre L. D‘Alpaos, Kulturkämpfer

« Percussion ist die gebräuchliche Bezeichnung für Schlag- und Effektinstrumente. Darunter fallen sämtliche Instrumente oder Gegenstände, mit denen durch Schlagen, Schütteln, Kratzen usw. ein Geräusch oder ein Ton erzeugt werden kann. »4 Und doch steht hinter dieser Definition einiges mehr. Dahinter steht ein grosses Gefühl, eine Menschlichkeit – ausgedrückt durch Hände, die die verschiedensten Stimmungen im Menschen, beim Hörer innere Schwingungen, Rhythmen weckt, der ihn zu Ausgleich, Zufriedenheit und sogar zu Glück und Freude leitet. Die Hände eines Percussionisten sind es, die der Musik Klangfarbe und Klangbreite unterlegen und sie, die Musik, zum Erblühen bringt. Der Percussionist hat den Ur-Ton. Dieser Ur-Ton ist es, der auch dem Menschen seit jeher innewohnt. Einmal in Schwingung versetzt, verführt er den Hörer zum Tanzen und im weitesten Sinne zu einer inneren zufriedenen Ruhe. Gleichzeitig öffnet er den Geist zu mehr Toleranz, Respekt, Achtung gegenüber anderen. 4

Jazz-Lexikon (Band 2), unter der Leitung von Martin Kunzler, Rororo Handbuch, Reinbek bei Hamburg, 1988. E.S.

116/117


Ephraim Salzmann (Percussionist, Schlagzeuger, Hackbrettspieler, 36jährig, Herzens- und Gutmensch mit Profil, Echtheit und Ehrlichkeit) hat ein Instrument zu seinem Lebensinhalt erkoren, das wie kein anderes zu ihm passt. Dass es « Percussion » sein musste, kommt nicht von ungefähr. Sein Vater, Amadé Salzmann (†17.02.1992), selber ein begnadeter Schlagzeuger, Schlaginstrumentenbauer und -erfinder, hatte die Saat früh in Ephraims Leben gesät. Der Schlag, der Ton, der Takt, der Rhythmus lag in der häuslichen, familiären Luft ohne auf Ephraim Zwang auszuüben. Es brauchte nur einen kleinen Anstoss, um die Saat aufgehen zu lassen. Er hatte Zeit – und liess sich Zeit. Er konnte sich frei entfalten, seinen Bedürfnissen nachgehen, um dann plötzlich zu erfahren, dass alles vor seinen Füssen lag, dass er sich nur bücken musste und einfach loslegen konnte. Angefangen hat Ephraim Salzmann mit dem Schlagzeug, ein Instrument, das alle Jungen zu Beginn anspricht. Aber auch hier : Nur wer dieses Instrument mit sich in seinem Inneren, dem Solarplexus, in Frequenz und Schwingung zum Einklang, zum Klingen bringt, wird den Rhythmus, the good vibrations, als Weltsprache verstehen und ihn an Musiker und Nichtmusiker übertragen. Der Percussionist wird oftmals als Ergänzung zum Schlagzeuger angesehen. Weit gefehlt : Er ist viel freier als der Schlagzeuger. Er ist sozusagen der Teufel im Detail ; er ist es, der den Songs die Würze, die Akzente, das Schalkhafte, den Witz, die Leichtigkeit des Tons, den groove verleiht. Genau diese Attribute hat sich Ephraim Salzmann angeeignet. Er hat gespürt, dass Rhythmus eine universelle Sprache ist, die jeder versteht und vor allem überall verstanden wird. Denn was ist Rhythmus anderes als die Harmonie zwischen Herz und Lunge – der erste Pulsschlag des Lebens ? Und nur wer in sich hineinhört, wird diese erste kleine Trommel (Herz-Lunge) als eine Einheit erleben. Diese Einheit macht den Lebensrhythmus aus. Der Percussionist nutzt diese Basis um Voluprix d’encouragement / förderpreise


men, Raum zu kreieren, um den Hörer zu berühren durch Schlagkombinationen, Experimente, Improvisationen. Ephraim Salzmann hat sich später, als er das Schlagzeug ausgekostet hatte und es ihm irgendwie zu eng wurde, der Percussion zugewandt. Er spielt heute weit über 20 verschiedene Schlaginstrumente – und es kommen immer wieder neue dazu. Das Besondere daran ist, dass jedes anders ist, und Ephraim von jedem die Essenz, das Tonelixier entdecken muss ; sozusagen das Eigenleben, die Seele, die Sprache der Trommel, einer Djembe, einer Conga, eines Bongo, einer Cajon, der Rasseln, Glocken, Gongs, Quiro, « z’Fiänschgerlädi » und wie sie alle heissen, finden muss. Ephraim Salzmann hat die seltene Gabe zu finden und nicht zu suchen. So kann Ephraim warten bis die Instrumente zu ihm sprechen. Er kann warten, und er weiss, dass die Percussionsinstrumente, deren Eigenart, auf ihn zukommen. Mit anderen Worten : Er hört und erkennt sie. Er hat sich so in den letzten fünfzehn Jahren ein Erfahrungsklangspektrum angeeignet, das ihn zu einem gefragten Musiker macht. Er hat sich über die Percussion ein feeling, eine Dynamik aufgebaut, mit der er auf Musiker wie Nichtmusiker eingehen kann ; die er dann motivieren, anregen, zu deren eigenen Welt führt, die mit ihrem Erreichen zu einer Zufriedenheit mit sich selbst und dem Alltag kommen. Dies ist Ephraim sehr wichtig – die Menschen, die er trifft, glücklich zu machen. Ephraim Salzmann hat sich als Schreiner, als Lichttechniker, als Mann am Mischpult versucht. Dies waren und sind wichtige Stationen seiner Entfaltung. Aber… – mit dem Erlebten, mit seinen Erfahrungen und seinem Gespür wollte er anderen Musikern dienen, bis ihm bewusst wurde, dass er den Sound zwar beeinflussen konnte, aber das dies nicht alles sein konnte. Seine Bestimmung war nicht hinter Hobeln und Sägespähnen und auch nicht hinter dem Mischpult, sondern auf der Bühne, hinter seinen Instrumenten ; er suchte den E.S.

118/119


Austausch, die Kommunikation mit anderen Musikern. Fazit : Die Musik wurde lebensnotwendig. Ephraim wollte/will Musik fürs Leben machen und nicht Musik machen, um die Zeit totzuschlagen. Er überliess sich der Magie und der Mystik der Musik. Er spürte, dass das « Leben ohne Musik ein Irrtum wäre »5. Er wusste nun, dass er sich für die Musik entschieden hatte, dass er sein gewähltes Handwerk nun erst recht kennen, erkennen und beherrschen musste, und so seine vorherigen Aktivitäten über Bord werfen musste. Nur auf diese Weise hat er seine eigene Stimme gefunden, und nur so wagte er es, sich dem totalen Rhythmus und der Musik ohne Widerstand zu ergeben. Es war aber eher ein sich Hingeben. Es war keine Kapitulation. Im Gegenteil. Es war ein Aufbruch zu jenen Interessen, die immer schon in ihm schlummerten. Eben : Es bedurfte nur jenes kleinen Anstosses, und er kam, und wie. Die Saat ging auf. Sein Einsatz war heftig und echt 100prozentig ; keine halbe Sachen mehr, er arbeitete nicht auf Reserve, alles oder nichts, Musik oder Tod. Seine Aufgabe fühlte er darin, ein Fluss in der Wüste zu sein, wo er Leben zum Leben, wo er Leben noch in jedem Stein, in jedem Sandkorn erwecken konnte. Ephraim Salzmann gründete den Spillrüm in Naters, wo er seine kleinen, jugendlichen und erwachsenen Besucher zu ihrer ganz persönlichen, freien, stresslosen Entfaltung motiviert. Mit seinem Spillrüm will er Personen Raum bieten, Raum schaffen, damit sie sich selbst erfahren, verstehen. Er will ihnen ein besonderes Erlebnis mit all den Instrumenten und Rhythmen zur Selbsterfahrung anbieten. Um durch Musik zur Einheit und Harmonie zu gelangen, und zwar auf dem Weg der eigenen Freiheit und Möglichkeit und nicht auf dem Weg des Therapeutischen. Ihm kommt es darauf an, dass sich die Besucher bei ihm wohlfühlen, und dass sie zufriedener nach Hause gehen, als das sie gekommen sind. Diese Ambition übermittelt Ephraim Salzmann nicht nur im 5

Friedrich Nietzsche

prix d’encouragement / förderpreise


Spillrüm, sondern auf jegliche seiner Aktivitäten, Produktionen, Bands, gigs, jams, etc. Mit Ephraim Salzmann zusammenzuarbeiten macht Spass, weil dieser Spass den nötigen Ernst hat und sehr kreativ, aufbauend, motivierend und aktivierend ist. Bei ihm gibt es das Wort « nein » nicht – und ist trotzdem kein Ja-Sager. Er mag es nicht, weil es destruktiv ist. Wenn überhaupt « nein », dann ist es doch bejahend. Warum : Weil er nach Lösungen sucht, Tipps gibt, vermittelt, sich darum kümmert, dem anderen dessen Wünsche, Anfragen doch noch zu ermöglichen. Er hat Profil. Oh ja – und was für eines. Er hat nicht nur in der Musik, sondern auch in seinem Leben eine eigene, sofort erkennbare Handschrift, die ihn die Welt einfangen lässt ; die ihn sehr konkret und fassbar macht. Er hat grandezza und gentilezza. Durch seinen Charme, seine Offenheit, Neugierde animiert er seine Umwelt zu Wagnissen, die sie sich nicht zugetraut hätten. Von dieser Eigenwilligkeit und Kraft profitieren die verschiedensten Personen. So etwa eines seiner Lieblingsprojekte Ds‘Personal, wo er die Musik dorthin zurückbringt, wo sie herkommt, nämlich auf die Strasse, und zwar live und direkt ; oder die Spillmannjini, ein Trio, wo er Tradition und Worldmusic kombiniert und das Hackbrett zu neuen Ehren erklingen lässt ; oder bei dB die Band, hier bestätigt er sich ausschliesslich als Schlagzeuger ; oder bei den CD-Einspielungen für Regula Ritler, z’Hansrüedi, Eliane Amherd u.v.m. ; experimentell bei Saguhaft (eine Ansammlung von hervorragend vertonter Wallisersagen), wo er sein Können und seine Spielfreude zur Verfügung stellt ; oder in der Tanja-Stiftung (eine Wohn- und Lebensgemeinschaft für körperlich und geistig schwer behinderte Erwachsene) : Musik übt eine ganz besondere Wirkung auf Behinderte und psychisch Kranke aus. Hier spielt vermutlich der Ur-Ton eine Rolle, der trotz aller Missgeschicke zum Schwingen gebracht wird und ihnen ein Ganzheitsgefühl gibt. Die TanjaStiftung weiss die Arbeit von Ephraim Salzmann zu schätzen. Auch hier beweist er grosses Geschick. Er kann mit seiner E.S.

120/121


Unbeschwertheit, Leichtigkeit und Natürlichkeit auf diese Personen zu- und eingehen. Mit seiner Art und mit den Instrumenten begleitet er sie auf der Reise zu sich selbst ; oder das Kinderdorf St. Antonius in Leuk, wo er Jugendliche mittels Trommelkreis und Bodypercussion zu unterhaltsamen, zwanglosen, aufbauenden Stunden zu Glücksgefühlen, Selbstbewusstsein und Freude hinreisst ; oder derzeit vielleicht sein wichtigstes Anliegen : Stephanie Heinzmann. Die Oberwalliser Weltstimme mit internationalem Renommee, die er seit der Band Bigfisch kennt und seit mindestens drei Jahren unter dem Label Stephanie Heinzmann an der Percussion durch ganz Europa begleitet, erlebt er die Bretter, die die Welt bedeuten. Die Erlebnisse, Bühnen- und Lebenserfahrungen, die er hier sammeln kann, sind unbezahlbar. Die Fremde tut gut. Sie öffnet und bestätigt einmal mehr jene Grundhaltung der guten, echten und wahren Musik, dass sie weder Farbe, Rasse noch Alter kennt, dass der wettbewerblose Austausch von Ideen, Technik, Musikerunterstützung, Teamwork, Zusammenspiel – alles was die Humanität und das Mensch-Dasein eigentlich ausmacht, kann sie aufsaugen. Musik ist Weltsprache. Mit Stephanie Heinzmann kann er nicht nur den Sound mittragen. Er kann sich innerhalb der Songstruktur frei bewegen und sein Können und feeling und groove wird subtiler und akzentreicher, was den Gesamtsound bereichert. Je länger Ephraim sich mit ihr auf dem internationalen Parkett bewegen kann, umso vielfältiger und farbiger wird sein Spiel. Effektif : Die Fremde tut gut. Ephraim Salzmann hat keine Berührungsängste. Er untermalt mit einem fantastischen Einfühlungsvermögen musikalisch Projekte von Schriftstellern oder bildenden Künstlern. So zum Beispiel Projekte der Kunstkollegen, von Rolf Hermann, Silvio Pacozzi, Uli Wirz, Daniel Mangisch, die « Binner-Kulturabende », die Lesungen des « Literarischen Salons », und…und…und…

prix d’encouragement / förderpreise


Er ist aus der Oberwalliser Kunst- und Musikzene nicht mehr wegzudenken, er ist ein fester Bestandteil dieser Szene, der er immer wieder Impulse gibt und frische Energie zuführt. Ohne seine unermüdliche Lust an der Kreativität und Realisation von Kunstprojekten wäre die Oberwalliser Kulturszene um einiges ärmer. Musik ist seine zweite Haut. Für ihn ist Musik mehr als bloss Musik oder Brotjob. Sie ist ein Gesamtkunstwerk, welches alles beinhaltet : das Leben, den Tod, den Kosmos. Alles ist miteinander irgendwie verbunden, durchlässig, vermischt, eines wächst aus dem anderen, beeinflusst und ergänzt sich. Das Besondere an Ephraim Salzmann ist, dass er will und nicht muss, nie muss. Diese Freiheit und Neugierde erlaubt ihm alles auszukosten, alles anzupacken, und wenn ihm ein Vorhaben am Herzen liegt, führt er es auch aus und zu Ende. Seine persönliche positive Einstellung wird ihm alle Türen öffnen. Ephraim Salzmann hat noch lange nicht alles ausgeschöpft. Obwohl er in seinem Percussionsspiel eine Reife erreicht hat, hinterfragt er nach wie vor sein Tun. Seine Neugierde lässt ihm immer wieder einen Weg offen, um sich weiterzubilden, sich weiterzuentwickeln, sich weiter selbst zu fordern und ja nicht sich auf dem Erreichten auszuruhen. Musik ist das beste Mittel, sich nicht in alltäglicher Routine zu verfahren. Dies erfordert immer wieder Arbeit an sich selbst, und wenn es einen Stillstand gibt, gibt es genügend zu tun, das Angeeignete zu verfeinern, zu verarbeiten, zu experimentieren, und bald wird sich wieder eine Tür öffnen und – weiter geht es. Für Ephraim Salzmann gilt ganz besonders ein Zitat von Frank Zappa (Gitarrist, Komponist, 1940-1993) : « Information ist nicht Wissen, Wissen ist nicht Weisheit, Weisheit ist nicht Wahrheit, Wahrheit ist nicht Schönheit, Schönheit ist nicht Liebe, Liebe ist nicht Musik. MUSIK IST DAS BESTE. »6

6

Frank Zappa, aus : Packard Goose, Album : Joe’s Garage, Act III, 1979. E.S.

122/123


I

prix dâ&#x20AC;&#x2122;encouragement / fĂśrderpreise

II >


III

prix d’encouragement / förderpreise


IV

E.S.

126/127


V

prix dâ&#x20AC;&#x2122;encouragement / fĂśrderpreise


I

Galaabend Basler Versicherungen : Unplugged-Konzert mit Stefanie Heinzmann, Fiesch, 2011 II

dB die Band, Open Air Gampel, 2010 III

Saguhafter Abend, Zur Linde Naters, 2010 IV

dB die Band, Open Air Gampel, 2010 V

Videodreh von „Unbreakable“ mit Stefanie Heinzmann, Berlin, 2009

E.S.

128/129


Prix spĂŠcial / Spezialpreis


prix dâ&#x20AC;&#x2122;encouragement / fĂśrderpreise


Patrick JacquĂŠrioz


biographie Après une formation de mécanicien sur automobile, Patrick Jacquérioz, né en 1957 à Martigny, entre dans le monde du spectacle en sonorisant le groupe de rock Baramine au début des années 80. Dès lors, il assure la diffusion sonore de quelques 600 concerts en Suisse et à l’étranger. De 1987 à 1994, il est responsable de la régie son et lumière aux Caves du Manoir à Martigny, assumant l’accueil technique de spectacles rock et cabaret. Dès 1989, il travaille également dans le domaine du théâtre. De simple technicien, il devient peu à peu concepteur lumière. La richesse de ses expériences lui vaut un engagement en tant que régisseur lumière au Théâtre du Crochetan à Monthey dès 1990. Cet emploi à temps partiel lui permet de poursuivre son activité d’indépendant. Il concevra les éclairages d’innombrables productions, notamment pour les compagnies valaisannes Astarte, Voeffray-Vouilloz, Mhlada, Les Chaises, Corsaire Sanglots, Sans Nom et Interface. Le 20e siècle se termine avec un mandat d’assistant chef électricien lors de la Fête des Vignerons à Vevey. En 2008, c’est aux côtés de Daniel Rausis qu’il conçoit le spectacle estival de « Sion en lumière », L’épée de la régalie. Aujourd’hui, Patrick Jacquérioz est toujours aussi actif. Sa réputation dans le monde du théâtre et de la musique n’est plus à faire – il est un maître incontesté de la lumière.

quérioz (*1957 in Monthey) am Anfang der 80er Jahre seine Laufbahn als Tontechniker für die Rockgruppe Baramine. Hinterher ist er für die Tonregie von etwa 600 Konzerten in der Schweiz und im Ausland verantwortlich. Von 1987 bis 1994 übernimmt er tontechnische Aufgaben für die Rockund Kabarettkprogrammierung der Caves du Manoir in Martinach. Ab 1989 arbeitet er ebenfalls im Bereich des Theaters. Vom einfachen Techniker wird er nach und nach Lichtgestalter. Dank seiner zahlreichen Erfahrungen wird er 1990 als Lichtregisseur am Théâtre du Crochetan in Monthey angestellt. Diese Teilzeitanstellung erlaubt ihm, seine Aktivität als Selbständiger weiterzuführen. Er konzipiert die Beleuchtung zahlreicher Theaterstücke, unter anderem für die Walliser Theaterensembles Astarte, Voeffray-Vouilloz, Mhlada, Les Chaises, Corsaire Sanglots, Sans Nom und Interface. 1999 assistiert er am Fête des Vignerons in Vevey den Chef-Elektriker für die Beleuchtung und den Ton. In Zusammenarbeit mit Daniel Rausis konzipiert er 2008 das Sommerspektakel L’épée de la régalie im Rahmen von « Sion et lumière ». Heute ist Patrick Jacquérioz immer noch aktiv und gilt in den Bereichen des Theaters und der Musik als Referenz. Er ist ein unangefochtener Meister des Lichts.

> Nach seiner Ausbildung als Automechaniker beginnt Patrick JacP.J.

134/135


prix dâ&#x20AC;&#x2122;encouragement / fĂśrderpreise


Patrick Jacquérioz, sonorisateur / technicien lumière

par Daniel Rausis

Café des Alpes, après-midi d’été.

Les Alpes, ça a été important dans nos vies. Par rapport à ma vie à moi, quand Les Alpes a commencé à récupérer la zone (avant on se tenait plutôt du côté de la gare). En fait, moi je vivais au Clou à l’époque avec les chèvres. Et le début des Alpes, ça coïncide avec ma rupture avec Françoise, avec qui je vivais au Clou. Donc c’est un truc assez fort, mais pas forcément positif. Après, ben c’est le lieu où il y avait tous mes poteaux, donc automatiquement je suis venu là et je continue à venir là ; Marcel, le patron, c’est un personnage extraordinaire. D.R.

P.J.

J’entends dans ma tête : Tout l’espace est déjà occupé par l’ennemi, qui a domestiqué pour son usage jusqu’aux règles élémentaires de cet espace… Le moment d’apparition de l’urbanisme authentique, ce sera de créer, dans certaines zones, le vide de cette occupation. La zone ? – La zone, en gros, les inadaptés sociaux. Il y a des mecs qui se pétaient la gueule, soit à l’alcool, soit aux médics, soit à la… voilà. Mais surtout les inadaptés sociaux, P.J.

136/137


il y avait des gens qui ne buvaient pas, qui ne fumaient pas et qui étaient là quand-même. Moi je venais, parce qu’il y avait aussi, et toi tu en faisais partie, des créatifs et des artistes. Tu faisais même un journal et je te vois encore rajouter la couleur avec un spray de carrossier ! – Dans tous les bleds, il y a ce genre de lieu où c’est que tu retrouves souvent des gens hypersensibles, des inadaptés sociaux et tout ce qui touche à la création mange de cette sensibilité-là, a besoin de cette sensibilité-là, pour pouvoir fonctionner et créer. Des gens qui étaient tout à fait adaptés à la société qu’ils étaient en train de construire. – Oui, inadapté social dans le sens large de celui qui refuse le monde tel qu’il est. Simplement. Mais aussi des gens qui étaient complètement configurés pour ce système mais qui, comme peut-être toi, mais qui, dans un coin de leur cerveau, voulaient être libertaires. Et j’entends encore dans ma tête : notre premier travail est de permettre aux gens de cesser de s’identifier à l’environnement et aux conduites modèles. Ce qui est inséparable d’une possibilité de se reconnaître librement dans quelques premières zones délimitées pour l’activité humaine. Les gens seront encore obligés pendant longtemps d’accepter la période réifiée des villes. Mais l’attitude avec laquelle ils l’accepteront peut être changée immédiatement. Mais avec des passerelles, si on pense aux Caves du Manoir, hein ! Il y avait des avocats et toi tu y étais aussi. – Il y avait un juge ! Quand Roger m’a vu fonctionner sur la pièce de théâtre de Fritz au château où j’ai été filer un coup de main, rien de plus. Il m’a demandé pour venir faire la lumière au Manoir et moi, à ce moment-là, je faisais surtout du son, pas de la lumière. Donc d’abord j’ai refusé, j’ai dit non, il y a un juge dans l’équipe, moi je peux pas travailler avec quelqu’un qui se permet de juger les gens. Et puis il m’ont dit non, justement, c’est pour prix d’encouragement / förderpreise


le remplacer. Alors j’ai accepté ! Depuis, j’ai mis un peu d’eau dans mon vin à propos de mon propre jugement làdessus mais j’avais vu fonctionner les juges notamment par rapport à… lui qui vient de nous saluer et j’avais la haine contre eux, discuter avec légèreté et mettre en même temps quelqu’un en taule pendant x temps, je trouvais ça assez fou. Je reçois un message d’Olivier Vocat. LuLu…. une vieille histoire : il a rejoint l’équipe technique des Caves un peu avant la phase rock de cet endroit mythique… Formé sur le tas, très vite il s’est imposé comme un technicien hors pair. Le son d’abord, avec calme et patience, il savait satisfaire les plus exigeants, de Léo Ferré à Richard Desjardins ou Claude Mauranne (puisque c’est ainsi qu’elle s’appelait à l’époque) en passant par Elliott Murphy et les Young Gods ou Moustaki… La lumière a très vite fasciné « notre » LULU. Jouant de ses gélatines de couleurs, il a su réchauffer les atmosphères et créer les ambiances comme personne… bref le « Sons & Lumières des Caves » ! Depuis, il a su mettre l’expérience acquise à ces époques, en l’améliorant sans cesse, à disposition d’innombrables spectacles en Valais. La scène valaisanne lui doit beaucoup… Mais les Caves, oui, c’est une passerelle. Quand je suis arrivé là-dedans, j’étais à peu près le seul de mon milieu. Après, le fait d’avoir monté la série rock, ça a changé la donne. Roger et Olivier m’ont proposé de monter une série rock et puis quand ils m’ont proposé ça, j’ai dit oui, mais avec mes poteaux, avec mes copains. Il y avait les gens de Baramine, il y avait Teuf, Yvan qui sont venus faire partie de la structure, il y avait SuperPunk, notre graphiste. On a créé comme ça un groupe de travail qui était assez efficace et après, il y a des bénévoles qui sont venus pour d’autres tâches, comme tenir le bar. A Lausanne, il y avait les Faux-Nez et la Dolce Vita, à Martigny tout ça a cohabité. – Roger a créé les Caves parce que quand il était étudiant, il allait aux Faux-Nez, et à la fin de ses études, il P.J.

138/139


a continué d’aller voir les Faux-Nez, mais Lausanne, ça l’emmerdait d’aller, donc il a fait venir les Faux-Nez ici et c’est pour ça que la série cabaret avait lieu le jeudi parce qu’il y avait relâche à Lausanne, comme ça l’artiste, ça lui faisait une date en plus en Suisse. Tout le monde était content. Mais quand la série rock s’est montée, la programmation de la série cabaret était déjà plus rajeunie qu’aux Faux-Nez et la passerelle a été plus facile à faire avec le rock. Je me souviens d’avoir vu Olivier Vocat, qui a été aussi bâtonnier de l’ordre des avocats, assurer le service d’ordre, dos à la scène pour Gogol 1er ! C’est inattendu et généreux ! – C’est pas tout l’establishment qui fait ça, alors voir Olivier mouiller sa chemise, ça fait plaisir. Après, il y a eu des institutions plus officielles comme le Théâtre du Crochetan. – Où j’ai travaillé au coup par coup, mais j’ai jamais voulu y travailler à plein temps, j’aime bien l’accueil, c’est intéressant et c’est confortable psychologiquement parce moins de responsabilité que dans la création ; ça fait plus de 20 ans que je suis indépendant, maintenant. Indépendant mais tu te compromets avec tous, toi aussi tu es généreux ! – J’ai fait deux fois l’investiture de Couchepin président ! En même temps, tu es avec la scène musicale et théâtrale et avec des compagnies de danse, avec une grande générosité pour les amateurs et une attention pour les troupes émergentes. – C’est ça mon rapport aux gens, je viens d’accepter un projet qui va me bloquer sur beaucoup de trucs, mais c’est une jeune compagnie à Sion, et j’ai envie de travailler avec eux, parce que je les ai trouvés très sympathiques. J’ai joué avec un comédien qui trouvait nul qu’aux saluts on montre l’éclairagiste, il disait, il n’y a pas besoin, on le paie. prix d’encouragement / förderpreise


– Et lui, il ne se payait pas ? Le problème de ce travail, souvent, c’est que d’abord on veut un électro, et puis ils veulent une création et ils veulent payer que le montage, c’est souvent ça, on demande la lumière, on veut juste un installateur. Mais ça a changé ici pour toi. – Principalement ThéâtrePro influe sur ma vie. Depuis qu’il y a ThéâtrePro, je ne travaille plus qu’en Valais – c’est positif ou négatif, il y a différentes manières de le voir – pour moi, c’est agréable parce que j’ai toujours privilégié la qualité de la vie, je suis toujours resté habiter ici. Les choses intéressantes qui se faisaient sur Lausanne et Genève, maintenant elles reviennent ici. Et pour moi, c’est important, ça a changé ma vie professionnelle, je n’ai plus besoin d’aller travailler là-bas. Je dis ça pour moi, le reste de ThéâtrePro, il faudra que ça évolue encore et j’en parle volontiers ! Mais tu as ramené quelque chose de là-bas ? – Le plus gros de mon apprentissage, ça a été les Caves du Manoir, dans la série cabaret parce qu’on accueillait des choses pointues professionnelles et il fallait assurer ! François Rollin débarque à 11h le matin, on fait l’installation lumière, on fait les réglages et après on fait une italienne, il me montre tous les effets, on fait en même temps 65 effets et quand le public arrive, je suis en train de réviser le spectacle que je n’ai pas vu et on envoie ! Pour faire ça, faut mouiller, mais tu apprends ! Et après on donne 50 balles à Lulu. – Au début j’étais bénévole et à la fin j’avais quand même 100 balles ! L’éclairagiste, c’est un artiste, c’est un artisan ? – Il y a énormément de gens qui sont des pousse-boutons et qui mettent de la lumière au sens industriel, c’est P.J.

140/141


pas ce métier qui doit être défini comme créatif, mais quand il y a du temps, c’est un vrai métier artistique. J’aime bien quand il y a une lecture et s’il y a un dramaturge c’est encore mieux. J’ai un bon souvenir de la lecture du Platonov faite par Joseph-Emmanuel Voeffray qui fonctionnait que comme dramaturge et qui m’a fait comprendre le texte, chose qu’un metteur en scène aurait des fois de la peine, et quand on comprend tous la même chose… Tu interviens quand ? – En principe, une fois que le décor est créé, je n’interviens avant que de manière mineure. Je reçois le crobar de la décoratrice et en général, j’ai tendance à être limitateur, à voir les problèmes ! J’ai une expérience des métiers du bâtiment, alors j’ai un regard très pratique sur ce qui touche la construction. La lumière ? Tout est possible, mais il y a des fois, tu sais que tu vas être emmerdé jusqu’à la gauche, je le dis tout de suite ! Il y a d’abord une discussion avec le metteur en scène, après on se revoit avec le déco et le metteur en scène, et on rediscute des envies du metteur en scène, du sens de la pièce. Pour nous, c’est essentiel parce qu’on met les couleurs sur la pièce. Mais des fois, quand tu es à l’opposé, ça marche aussi ! Avec Dorothée, dans le Miserere qu’elle avait fait un moment donné avec la première classe pilote du conservatoire, tu avais Marie qui tournait au milieu comme ça, et pis moi, dieu c’est le diable, c’est à dire c’est un truc qui existe pas et qui fait chier tout le monde, alors moi, j’ai mis une douche qui écrasait complètement et Dorothée était heureuse parce que, pour elle, c’était la lumière divine ! Alors moi encore je suis distrait, et je pense à Marie qui a bien grandi, et qui écrit longtemps plus tard, parce qu’aujourd’hui, elle est l’une de nos rares et courageuses journalistes culturelles : « Patrick Jacquérioz, dit Lulu, est un perfectionniste. Et un poète au travail intimiste. » En voilà une qui sait prix d’encouragement / förderpreise


écrire, pourquoi c’est moi qui fait ce papier. Et je repense aux petites et j’ai le Miserere dans ma tête : Asperges me, Domine. Et je n’écoute plus. J’ai assez été souvent distrait à la messe, maintenant, c’est le contraire. Je dis ce qui me passe par la tête. Parle moi de tes cigares, ça un rapport avec ta collection immense de DVD et ton stock de projecteurs ? – Cinéma et éclairage oui, ça a un rapport. J’aime les images, j’ai fait aussi de la photo, avant. J’ai énormément d’images de films dans la tête, je refais jamais, mais ça fait partie de ma matière d’imagerie. Et le cigare ? – Je fume le cigare par plaisir, mais ça n’a pas de rapport avec les arts. La patience, la lenteur ? – Quelqu’un de speed comme toi, tu pourrais jamais fumer le cigare, il faut être patient, mais l’un n’amène pas à l’autre. Speed moi ? Juste, plein d’images dans la tête aussi, alors comme il y a en même temps le Miserere et Les Alpes, l’un m’amène à l’autre et je propose : Parlons des morts. – Ici, il y a eu beaucoup de morts. Alors juste trois. – Un qui m’a fait beaucoup de peine, c’était Marcello, une mort annoncée parce qu’il était junk. Je l’avais engagé pour la table-retour aux Caves et même des fois des musiciens me disaient « je veux pas bosser avec lui », mais même défoncé il assurait les trucs. C’était un fou de musique comme tu vois rarement, ouvert sur tout, il travaillait dans le magasin de disques. Il y avait des clients, il faisait les choix pour eux et les clients payaient sans écouter. On faisait confiance à son ouverture musicale fantasP.J.

142/143


tique, et quand on ne voulait pas de lui, ben il repartait ! Et puis Yappy, qui a fait le service ici, il faisait du théâtre à temps plein dans la vie. Alors sur scène, il lui fallait des rôles bien déterminés. Mais son théâtre, c’était ici, derrière le bar. Et puis Yvan, ça me touche, on se connaît depuis enfants, j’ai pas compris ce qui lui est arrivé, ça a toujours été quelqu’un de fragile mais, en même temps, une bête de scène, il osait tout et n’importe quoi, en bas résille avec le physique qu’il avait, fallait oser ! Alors on recommande une bière et du Jacquérioz. Et c’est Lulu qui revient au sujet parce qu’il ne perd pas le fil, lui. Moi, j’aurais encore parlé d’Anne, de Cathy. – Mais maintenant, j’aimerais encore revenir sur la formation. Donc moi, je me suis formé complètement sur le tas, sans aucune étude. Et puis un jour, je vois « Formation artos ». Un moment je me dis, ça doit être que les mauvais qui sont profs, c’est ceux qui ont pas de boulot autrement ! Et un jour, je fais une tournée avec le spectacle pour l’Hebdo et je passe à la Comédie de Genève, le directeur technique me demande si j’accepte que ce soit l’équipe à artos qui vienne faire la boîte noire. C’est leur cours pour la scène, j’ai accepté et j’ai changé d’optique ! Dans un sens, c’était très drôle, il y avait des gens qui ne feront plus jamais ça, et aussi des comédiens qui venaient juste pour comprendre, ça c’était bien, et il y avait surtout des employés municipaux qui font ça depuis 20 ans dans des théâtres et qui sont obligés de venir faire le cours et qui se font chier ; il y a de tout. Par contre alors le cours était superbe. C’était le vieux de la vieille, Babar, à la Comédie le chef machino, un poème à lui tout seul et là je me suis dit, il y a à prendre, je suis d’accord qu’il faut une formation. Et c’est une reconnaissance par rapport aux théâtres municipaux, où on a encore trop souvent des salaires dérisoires pour des directeurs techniques. On peut avoir un type très prix d’encouragement / förderpreise


compétent, mais comme l’employé municipal est payé à la formation, un stagiaire avec un CFC peut être mieux payé que le chef ! Donc la reconnaissance de formation est importante. La reconnaissance par les pairs, c’est un critère important pour qualifier un professionnel ? – C’est bien, mais il y a beaucoup de copinage dans le théâtre, encore plus que dans le business. C’est normal, parce que les gens qui y travaillent le font toujours par affinité. Alors comme toi tu es généreux, tu as beaucoup de copains et tu as beaucoup de travail, tu es un gentil ! – Je ne suis pas si gentil que ça, je pousse des gueulées sur les plateaux, parce que j’ose dire. Une fois que j’ai voulu jouer Let it be au piano, tu m’as dit : « Laisse faire ceux qui savent ». – Oui mais ça c’est encore gentil, gnarf gnarf.

P.J.

144/145


Patrick Jacquérioz, Ton- und Lichttechniker

von Daniel Rausis

Im Café des Alpes an einem Sommernachmittag.

Das Les Alpes war immer wichtig in unserem Leben. In Bezug auf mein eigenes Leben, als es allmählich zum « heruntergekommenen Quartier » gehörte (vorher war das Café näher dem Bahnhof). Ich lebte damals eigentlich in Le Clou bei den Ziegen. Die Anfänge vom Les Alpes, das war, als damals mit Françoise, mit der ich in Le Clou lebte, Schluss war. Es war also recht intensiv, aber nicht unbedingt positiv. Später war es dann der Ort, wo all meine Freunde waren, so kam ich automatisch hierher, und ich komme immer noch hierher. Marcel, der Wirt, ist eine aussergewöhnliche Persönlichkeit. D.R. P.J.

Die Stimme in meinem Kopf sagt : Der ganze Raum ist schon vom Feind besetzt, der alles, bis zu den Grundregeln dieses Raumes, für seinen Gebrauch prix d’encouragement / förderpreise


domestiziert hat. Der authentische Urbanismus entsteht dann, wenn gewisse Quartiere von dieser Besetzung befreit werden. Die « heruntergekommenen Quartiere » ? – Im grossen und Ganzen die Asozialen. Da gab es Typen, die sich volldröhnten mit Alkohol, mit Medikamenten oder … Aber vor allem die Asozialen, es gab Leute, die tranken nicht, rauchten nicht, aber die waren trotzdem da. Ich kam hierher, weil hier ausserdem, und du warst einer von ihnen, die Kreativen und die Künstler waren. Du hast sogar eine Zeitung gemacht, und ich erinnere mich noch, dass du die Farbe mit Karosseriespray aufgetragen hast ! – In jedem Kaff gibt es einen solchen Ort. Dort trifft man meist die Hypersensiblen, die Asozialen. Alle, die etwas mit künstlerischem Schaffen am Hut haben, brauchen diese besondere Sensibilität, um zu kreieren. Leute, die völlig an die Gesellschaft angepasst waren, die sie am Aufbauen waren. – Ja, ich meine asozial im weitesten Sinne, Leute, die die Welt ablehnen, wie sie ist. Ganz einfach. Aber auch Leute, die ans System angepasst waren, etwa wie du, die aber irgendwo tief im Innern freier sein wollten. Die Stimme in meinem Kopf sagt : Unsere erste Aufgabe ist es, dass wir den Leuten ermöglichen, sich nicht mehr mit der Umgebung und dem Modellverhalten zu identifizieren. Das ist nicht zu trennen von der Möglichkeit, sich selbst in einige der ersten, für die menschliche Aktivität bestimmte Quartiere zu erkennen. Die Leute werden noch lange Zeit die Verdinglichung des städtischen Milieus akzeptieren müssen. Aber ihre Einstellung gegenüber dieser Verdinglichung kann sich augenblicklich ändern. Doch es gab Brücken, nicht wahr ? Ich denke an die Caves du Manoir. Es gab auch Anwälte, und du warst auch dort. – Es gab einen Richter ! Als mich Roger für das Theaterstück von Fritz im Schloss arbeiten sah, wo ich nur aushalf, P.J.

146/147


da fragte er mich, ob ich die Beleuchtung im Manoir machen würde. Ich aber machte damals vor allem Tontechnik, keine Beleuchtung. Also habe ich zuerst abgelehnt. Ich sagte, nein, es gibt einen Richter im Team. Ich kann nicht mit jemandem arbeiten, der es sich erlaubt, Leute zu beurteilen. Und dann sagten sie mir : « Du sollst ja genau diese Person ersetzen. » Da habe ich angenommen ! Seither habe ich meine Meinung diesbezüglich etwas heruntergeschraubt, aber ich habe schon gesehen, wie solche Richter vorgehen, insbesondere in Bezug auf … Der da, der uns gerade gegrüsst hat, ich konnte solche Leute nicht ausstehen, plaudern und jemanden gleichzeitig einlochen, ich fand das recht verrückt. Ich habe soeben eine Nachricht von Olivier Vocat erhalten : LULU…. eine alte Geschichte : Er ist zum technischen Team der Caves hinzugekommen, kurz vor der Rock-Phase dieses mythischen Orts… Er lernte das Handwerkliche gleich bei der Arbeit und setzte sich sehr rasch als begnadeter Techniker durch. Erst Tontechniker, ruhig und geduldig. Er wusste die anspruchsvollsten zufriedenzustellen, von Léo Ferré über Richard Desjardins oder Claude Mauranne (so hiess sie damals) bis Elliott Murphy, Young Gods, Moustaki… Die Beleuchtung faszinierte « unseren » Lulu bald einmal. Er spielte mit seinen Farbfiltern, konnte die Atmosphäre erwärmen und Stimmungen schaffen wie kein anderer… kurz, er war der Beste ! Seither hat er die Erfahrungen, die er damals gemacht und immer noch verbessert hat, in den Dienst zahlreicher Aufführungen im Wallis gestellt. Die Walliser Bühnen verdanken ihm viel… Aber die Caves, ja, das war eine Brücke. Als ich dort anfing, war ich eigentlich der einzige aus meinem Milieu. Nach der ersten Rock-Reihe änderten sich die Dinge für mich. Roger und Olivier boten mir an, eine Rock-Reihe aufzubauen, und dann sagte ich ja, aber nur mit meinen Freunden. Das waren die Leute von Baramine, Teuf, Yvan, die dann dazukamen, und SuperPunk, unser Grafiker. Wir stellten eine recht effiziente Arbeitstruppe auf die Beine, und dann waren da noch die Freiwilligen, die für andere Aufgaben hinzukamen, wie für die Bar. prix d’encouragement / förderpreise


In Lausanne gab es das Faux-Nez, Dolce Vita, in Martinach existierte das alles nebeneinander. – Roger schuf die Caves, weil er als Student ins Faux-Nez ging. Nach seinem Studium ging er weiterhin ins Faux-Nez, aber er mochte nicht mehr bis nach Lausanne fahren, also brachte er das Faux-Nez hierher, und deshalb gab es die Cabaret-Reihe am Donnerstag, weil an diesem Tag in Lausanne keine Vorstellung war. So hatte der Künstler noch eine Vorstellung mehr in der Schweiz. Alle waren zufrieden. Als die Rock-Reihe entstand, war das Programm der Cabaret-Reihe schon peppiger im Vergleich zum Faux-Nez, der Brückenschlag war dann mit Rock leichter zu machen. Ich erinnere mich an Olivier Vocat, als er beim Konzert von Gogol Premier den Sicherheitsdienst übernahm, mit dem Rücken zur Bühne ! Er war Präsident der Anwaltskammer. So etwas ist überraschend und grosszügig ! – Nicht alle vom Establishment tun so etwas. Es war unerwartet und erfreulich ! Später gab es offiziellere Institutionen wie das Crochetan. – Dort arbeitete ich von Zeit zu Zeit, aber ich wollte nie voll dort arbeiten. Ich mag Gastproduktionen, das ist interessant und psychologisch bequem, weil man da weniger Verantwortung hat als bei Eigenkreationen. Jetzt bin ich schon mehr als zwanzig Jahre selbständig. Selbständig, aber du verpflichtest dich für alle, du bist auch grosszügig ! – Ich habe zweimal die Amtseinsetzung von Couchepin als Präsident gemacht ! Und gleichzeitig arbeitest du für Musik- und Theaterbühnen, mit Tanzensembles, mit viel Grosszügigkeit gegenüber Amateuren und besonderer Aufmerksamkeit für aufstrebende Truppen. – Das ist meine Beziehung zu den Leuten. Ich habe gerade ein Projekt angenommen, das mich stark einengen wird, aber es ist für eine junge Truppe aus Sitten, und ich möchte mit ihnen arbeiten, weil ich sie sehr sympathisch finde. P.J.

148/149


Ich habe einmal mit einem Schauspieler gespielt, der es blöd fand, dass man beim Applaus den Lichttechniker zeigt. Er sagte, das sei nicht nötig, der werde ja bezahlt. – Und er, wird er etwa nicht bezahlt ? Das Problem bei dieser Arbeit ist oft, dass sie erst einen Elektriker wollen und dann eine Kreation, aber bezahlen wollen sie nur die Montage. Es ist oft so : Sie verlangen Beleuchtung, aber sie wollen nur einen Installateur. Aber in dieser Hinsicht haben sich die Dinge geändert. – Vor allem TheaterPro hat mein Leben beeinflusst. Seit es TheaterPro gibt, arbeite ich nur noch im Wallis – das ist positiv und negativ, man kann es unterschiedlich sehen – für mich ist es angenehm, weil ich schon immer die hiesige Lebensqualität vorgezogen habe. Ich habe immer hier gewohnt. Die interessanten Dinge, die in Lausanne und Genf gemacht wurden, die kommen nun hierher. Und für mich ist das wichtig, das hat mein Berufsleben verändert. Ich muss nicht mehr dorthin arbeiten gehen. Ich spreche für mich, der Rest von TheaterPro muss sich noch weiter entwickeln, ich diskutiere gern darüber ! Aber hast du etwas mitgebracht von dort ? – Am meisten gelernt habe ich in den Caves du Manoir, mit der Cabaret-Reihe. Es wurden sehr spezielle Dinge von Profis gezeigt, und da musste man auf der Höhe sein ! François Rollin kam um 11 Uhr hier an, wir machten die Lichtinstallation, die Einstellungen, dann eine Probe, er zeigte mir alle Effekte, es waren 65 Effekte gleichzeitig, und als das Publikum eintraf, war ich noch dabei, das Stück zu repetieren, ohne dass ich es gesehen hätte, und dann ging’s los ! Für so etwas muss man bei der Sache sein, aber man lernt etwas ! Und am Schluss gab man Lulu 50 Franken. – Am Anfang war ich Freiwilliger, und am Schluss gaben sie mir doch immerhin 100 Franken !

prix d’encouragement / förderpreise


Der Lichttechniker ist ein Künstler, ein Handwerker ? – Es gibt viele Knopfdrücker, die die Beleuchtung im industriellen Sinn verstehen, das ist nicht der Beruf, der als kreativ bezeichnet werden kann. Aber wenn man sich Zeit nimmt, ist es wirklich ein künstlerischer Beruf. Ich mag Lesungen, und wenn es einen Dramaturgen gibt, ist es noch besser. Ich erinnere mich noch gut an die Platonow-Lesung mit Joseph-Emmanuel Voeffray als Dramaturgen. Er erklärte mir den Text, was ein Regisseur manchmal nur schwer kann, und wenn alle dasselbe verstehen… Wann kommst du zum Zug ? – Grundsätzlich, wenn die Kulisse steht, vorher nur wenig. Ich erhalte eine Skizze von der Bühnenbildnerin, und im Allgemeinen neige ich dazu, einschränkend zu sein ! Ich habe Erfahrung auf dem Bau und deshalb einen sehr praktischen Blick für diese Dinge. Die Beleuchtung ? Alles ist möglich, aber manchmal weisst du, dass es Scheisse wird, und ich sage es sofort ! Zuerst gibt es eine Diskussion mit dem Regisseur, dann trifft man sich mit dem Bühnenbildner und dem Regisseur und bespricht die Wünsche des Regisseurs und den Sinn des Stücks. Für uns ist das wesentlich, weil wir dem Stück die Farbe verleihen. Aber es geht auch, wenn man manchmal eine gegenteilige Meinung hat ! Mit Dorothée, als sie mit der ersten Pilotklasse des Konservatoriums das Miserere kreierte : Da war Marie, die in der Mitte im Kreis tanzte, und für mich ist Gott der Teufel, also etwas, das es nicht gibt und der allen nur auf den Wecker geht. Da richtete ich ein Kopflicht auf sie, was eigentlich nicht vorgesehen war, es erdrückte alles, und Dorothée war glücklich, für sie war es wie das göttliche Licht ! Und ich bin wieder einmal unkonzentriert. Ich denke an Marie, die inzwischen gross geworden ist, und die einmal geschrieben hat, denn heute ist sie eine unserer wenigen Kulturjournalistinnen : « Patrick Jacquérioz, genannt Lulu, ist ein Perfektionist. Und ein Poet der intimen Arbeit. » Das ist eine, die schreiben kann, warum sollte ausgerechnet ich diesen Text schreiben ? P.J.

150/151


Und meine Gedanken wandern wieder zu den jungen Tänzerinnen, und da ertönt die Stimme in meinem Kopf mit dem Miserere : Asperges me, Domine. Und ich höre nicht mehr zu. Ich war oft genug unaufmerksam in der Messe. Jetzt ist es umgekehrt : Ich sage, was mir durch den Kopf geht. Erzähl mir von deinen Zigarren. Gibt es einen Bezug zu deiner riesigen DVDSammlung und zu deinem Projektoren-Lager ? – Kino und Beleuchtung, ja, da gibt es einen Bezug. Ich mag Bilder, ich habe auch fotografiert, früher. Ich habe enorm viele Bilder von Filmen im Kopf. Ich mache nichts nach, aber sie gehören zu meinem Bildmaterial. Und die Zigarre ? – Ich rauche Zigarre aus Genuss, aber das hat keinen Zusammenhang mit der Kunst. Die Geduld, die Langsamkeit ? – Ein Gestresster wie du könnte niemals Zigarre rauchen, man muss geduldig sein, aber das eine ruft nicht das andere hervor. Ich ein Gestresster ? Richtig, und den Kopf voller Bilder. Und weil ich gleichzeitig Miserere und Les Alpes im Kopf habe, führt eines zum anderen, und ich schlage vor : Sprechen wir von den Verstorbenen. – Da gibt es viele. Also nur drei. – Einer, der mich sehr schmerzte, war Marcello, ein vorhersehbarer Tod, weil er ein Junkie war. Ich hatte ihn für das Mischpult in den Caves engagiert, und manchmal sagten die Musiker : « Ich will nicht mit ihm arbeiten », aber sogar high machte er seine Sache gut. Er war verrückt nach Musik wie selten einer, offen für alles, er arbeitete im Musikladen. Es gab Kunden, für die wählte er etwas aus und sie bezahlten es, ohne reingehört zu haben. Sie vertrauten seiner fantasprix d’encouragement / förderpreise


tischen musikalischen Offenheit, und wenn man ihn nicht mehr wollte, dann ging er eben ! Dann Yappy, der hier servierte, sein Leben war ein Theater. Auf der Bühne brauchte er genau definierte Rollen. Aber sein eigentliches Theater, das war hier, hinter der Bar. Und dann Yvan, das berührt mich, wir kannten uns schon als Kinder, ich habe nicht verstanden, was mit ihm passiert ist. Er war schon immer ein Anfälliger, aber gleichzeitig ein Tier auf der Bühne. Der wagte alles ! Netzstrümpfe mit seinem Körperbau, das war schon sehr gewagt ! Dann bestelle ich noch ein Bier und er ein Glas Jacquérioz. Und es ist Lulu, der zum Thema zurückfindet, weil er den Faden nicht verliert. Ich hätte von Anne oder Cathy gesprochen. Aber jetzt möchte ich noch auf die Ausbildung zurückkommen. Ich habe also alles bei der Arbeit gelernt, ohne irgendeine Ausbildung. Und dann sah ich irgendwann : « Formation artos.» Da sagte ich mir : Dort sind wohl die Schlechten die Lehrer, die sonst keine Arbeit kriegen ! Und eines Tages war ich auf Tournee mit der Aufführung fürs Hebdo, und wir waren im Theater Comédie in Genf. Da fragte mich der technische Leiter, ob ich einverstanden wäre, wenn das Team von artos komme und die Installation mache. Es war ihr Bühnenkurs. Ich war einverstanden, und da habe meine Meinung geändert ! In gewisser Weise war es lustig. Da waren Leute dabei, die das nie mehr machen werden, und auch Schauspieler, um etwas davon zu verstehen, das war gut. Und es waren Gemeindeangestellte dabei, die das im Theater seit zwanzig Jahren machen und den Kurs besuchen mussten und sich langweilten ; es gab allerlei. Der Kurs hingegen, der war hervorragend. Es war Babar, von der alten Garde, der Chefmaschinist der Comédie, und da sagte ich mir, dass man dort etwas lernen kann. Ich bin einverstanden, dass es eine Ausbildung braucht. Und es ist eine Anerkennung gegenüber den GeP.J.

152/153


meindetheatern, wo der technische Leiter noch allzu oft einen lächerlichen Lohn kriegt. Da kann einer sehr kompetent sein, aber weil der Gemeindearbeiter aufgrund seiner Ausbildung bezahlt wird, kann es sein, dass ein EFZ-Lehrling besser bezahlt ist als der Chef ! Also ist die Anerkennung der Ausbildung wichtig. Die Anerkennung unter Berufskollegen, ist das ein wichtiges Kriterium, um einen Profi zu beurteilen ? – Anerkennung ist gut, aber im Theater gibt es viel Cliquenwirtschaft, mehr noch als im Geschäft. Das ist normal, denn die Leute, die dort arbeiten, tun dies immer aufgrund von Affinitäten. Also weil du grosszügig bist, hast du viele Freunde, und dann hast du viel Arbeit, du bist ein netter Typ. – Ich bin gar nicht so nett, ich sage auch mal lautstark meine Meinung, weil ich mich traue. Einmal wollte ich Let it be am Klavier spielen, du sagtest du mir : « Lass jemanden ran, der es kann. » – Ja, aber das war noch nett, harr, harr.

I>

prix d’encouragement / förderpreise


II


I

La Blanchisserie ou L’Essoreuse des rêves, Compagnie Les Chaises, 2010 II

La Folie, Compagnie Les Chaises, 2006 III

Nous sommes éternels Partie 1 – Mensonge, Compagnie Les Chaises, 2007

< III

P.J.

158/159


Annexes / Anhang


BIOGRAPHIES DES AUTEURS ET DE LA PHOTOGRAPHE BIOGRAFIEN DER AUTOREN UND DER FOTOGRAFIN

JULIE LANGENEGGER LACHANCE Née en 1980, Julie Langenegger Lachance est originaire de Langnau (BE). En 2003, elle obtient son diplôme à l‘École de photographie de Vevey. Après une année d‘assistanat à L‘ECAL (Ecole cantonale d’art, Lausanne), elle se met à son compte en réalisant des travaux de commandes ainsi que des travaux personnels. Elle vit et travaille actuellement en Valais. > Die 1980 geborene und aus Langnau (BE) stammende Julie Langenegger Lachance schliesst ihre Ausbildung im Jahre 2003 an der Fotografenschule von Vevey ab. Nach einem Jahr als Assistentin an der ECAL (Ecole cantonale d’art, Lausanne) wird sie selbständige Fotografin und realisiert Auftrags- sowie persönliche Arbeiten. Zurzeit lebt und arbeitet sie im Wallis. FRANÇOISE JAUNIN Critique d‘art et journaliste culturelle diplômée de l‘Ecole d‘art de Lausanne, la vaudoise Françoise Jaunin est collaboratrice régulière ou occasionnelle pour différents journaux et revues en Suisse et en France, et auteur d‘une série de catalogues, essais, monographies et livres d‘entretiens avec des artistes tant suisses qu‘étrangers. > Die Waadtländerin Françoise Jaunin absolvierte ihr Studium an annexes / anhang

der Kunstschule in Lausanne. Heute arbeitet sie als Kunstkritikerin und Kulturjournalistin. Sie verfasst regelmässig Artikel für Schweizer und Französische Zeitungen und Zeitschriften und ist Autorin einer ganzen Reihe Kataloge, Essais, Interviewbücher und Monografien über Schweizer und ausländische Künstler. MARIE-ANTOINETTE GORRET Artiste valaisanne, Marie-Antoinette Gorret aime suggérer des histoires, que ce soit en peinture, installations, décors, graphisme, photos, aménagement, muséographie, illustration, éditions ou design. Touche à tout qui adore ça, formée aux beaux-arts et aux arts appliqués, primée à plusieurs reprises. > Die Walliser Künstlerin MarieAntoinette Gorret erzählt Geschichten, sei es durch die Malerei, Installationen, Bühnenbilder, grafische Werke, Fotos, Einrichtungen, Museologie, Illustrationen, Publikationen oder Design. Sie ist eine wahre Eklektikerin, die sich in den Bereichen der bildenden Kunst und des Kunstgewerbes ausbilden liess und mehrmals ausgezeichnet wurde. JÉRÔME MEIZOZ Né à Vernayaz en 1967, Jérôme Meizoz enseigne aujourd’hui à la Faculté des lettres à Lausanne. Il a signé plusieurs recueils de proses


brèves et poétiques qui s‘attachent à relater l‘envers des existences, à saisir ces moments fragiles où l‘être bascule. Son premier récit, Morts ou vif, a été désigné « Livre de la Fondation Schiller Suisse 2000 ». La même année, il reçoit le Prix d‘encouragement de l’Etat du Valais. > Der 1967 in Vernayaz geborene Jérôme Meizoz unterrichtet an der Philosophischen Fakultät in Lausanne. Er veröffentlichte mehrere Gedichts- und Prosabände, die von der Kehrseite des Lebens sprechen, von diesen fragilen Momenten in denen die Existenz einen Wandel durchmacht. Sein erstes Buch, Morts ou vif, wurde im Jahre 2000 mit dem Preis der Schiller Stiftung ausgezeichnet. Im selben Jahr erhielt er den Kulturförderpreis des Kantons Wallis. DANIEL RAUSIS Daniel Rausis, né en 1959, est un humoriste, journaliste et écrivain suisse. Il travaille en tant que producteur à la Radio Suisse Romande. > Daniel Rausis, 1959 geboren, ist Humorist, Journalist und Schweizer Schriftsteller. Er arbeitet als Produzent beim Westschweizer Radio RSR.

162/163


annexes / anhang


CONSEIL DE LA CULTURE KULTURRAT 2011

Membres ROCH Claude, Sion, Chef du Département de l’éducation, de la culture et du sport CAGNA Pierre, Sion, Président ANTONIETTI Thomas, Visp BÄRENFALLER Judith, Brig-Glis BARMAN Karine, Troistorrents BERTHOLET Mathieu, Saillon BOZ-BALMER Katia, Veyras MOILLEN Xavier, Martigny MOTTET-RODUIT Nicole, Martigny MEIZOZ Jérôme, Lausanne OMLIN Sibylle, Sierre RUPPEN Stefan, Naters SCHMIDT Carlo, Leuk WALTER Francesco, Ernen ZEN-RUFFINEN Anne, Sion ZUFFEREY Anne-Dominique, Muraz s/Sierre Avec voix consultative : CORDONIER Jacques, Sion, Chef du Service de la culture CONSTANTIN Muriel, Sion, Conseillère culturelle

Secrétariat CHEVRIER Joëlle, Sion

164/165


PRIX CULTURELs DE L’ÉTAT DU VALAIS / PRIX D’ENCOURAGEMENT KulturPreise des Kantons Wallis / Förderpreise

Lauréats / preisträger

1980–2010

1980 Marcel Michelet, écrivain 1981 Jean Daetwyler, musicien 1982 Christine Aymon, plasticienne Pascal Dayer, acteur Alfons Henzen, Bildhauer 1983 Pierre Imhasly, Schriftsteller Jean-Jacques Putallaz, céramiste Jean-Marc Lovay, écrivain Roman Schmid, Musiker 1984 Albert Chavaz, peintre Brigitte Balleys, cantatrice Thomas Andenmatten, Fotograf Adrien Pasquali, écrivain 1985 Maurice Chappaz, écrivain Concours jeunes talents : Vincent Becquelin, Agnès Guhl, Claire Haenni, Leander Locher, Pascal Romailler, Anne Salamin. annexes / anhang

1986 Hans Loretan, Bildhauer Marcelle Gay, écrivain Annelore Sarbach, Schauspielerin Anne Theurillat, danseuse 1987 Maurice Zermatten, écrivain Dominique de Rivaz, cinéaste Jacky Lagger, musicien Stanislaus Zurbriggen, Ornithologe 1988 Michel Desfayes, ornithologue Marcel Eyer, Kunstmaler Isabelle Fournier, pianiste Marie-Antoinette Gorret, graphiste 1989 Theo Imboden, Glaskünstler Pierre-Antoine Hiroz, cinéaste Anselmo Loretan, Musiker Pierre-Alain Zuber, sculpteur 1990 Georges Borgeaud, écrivain Dominique Savioz, chanteur-interprète Lisette Steiner, Sängerin Anne Vouilloz, metteur en scène 1991 Jean Suter, architecte Marie Gailland, artiste-peintre René Niederberger, Kunstmaler Anne Salamin, actrice


1992 Margrith Fialovitsch, Violonistin Anni Rotzer-Hildbrand, Biologin Laurent Possa, artiste-peintre Claude Darbellay, chanteur 1993 Tibor Varga, violoniste Patrizia Paccozzi, Violonistin Alain Bagnoud, écrivain Jean-Marc Pillet, scientifique 1994 Egidio Anchisi, botaniste Maria Ceppi, Kunstmalerin Christine Mühlberger, artiste-peintre Romaine, chanteuse-interprète 1995 György Sebök, Pianist-Musiker Philippe Becquelin, dessinateur-graphiste Vital Bender, écrivain Karin Pfammatter, Schauspielerin 1996 Gérard de Palézieux, peintre et graveur Rachel Harnisch, Solistin Pierre-Isaïe Duc, comédien Denis Rabaglia, cinéaste 1997 Gottfried Tritten, artiste-peintre Künstlergruppe Acht-8 : Rolf Fussen, Pascal Seiler, Carlo Schmidt. Laurence Revey, chanteuse Anne-Lou Steininger, écrivaine 1998 Oberwalliser Spillit : Sabine Gertschen Schmid, Oswald Bumann,

Paul Locher, Elmar Schmid, Klaus Schmid, Markus Tenisch, Edmund Volken, Marcel Volken. Jean-François Fournier, écrivain Stefan Ruppen, Musiker John Schmidli, clarinettiste 1999 Pierre Mariétan, compositeur Sibylla Walpen, visuelle Künstlerin Interface (ensemble de danse, musique et vidéo) : Géraldine Lonfat, Sarah Künstle, Marie-Noël Guex, André Pignat, Nathalie Zufferey-Pellegrini, Yvan Cavazzana, Bert De Raeymaeker. Glen of Guinness (rock-folk irlandais) : Françoise Lampo, Pascal Cassoli, Martial Germanier, Patrick Fellay, Johan Jacquemettaz, Xavier Moillen, Nicolas Bourban, Bertrand Gaillard. 2000 Jean-Paul Darbellay, architecte Jérôme Meizoz, écrivain François Marin, comédien-metteur en scène Rachel Matter, Schauspielerin 2001 Oberwalliser Vokalensemble Christine Vouilloz, comédienne François Pont, artiste-peintre Ralph Oggier, Musiker-Trompeter 2002 Pierrette Micheloud, écrivaine Wilfried Meichtry, Historiker Bernard Sartoretti, comédien La compagnie Djinn Djow : Vincent Zanetti, Anne-France Brunet

166/167


2003 Chœur Novantiqua Mathias Clausen, Musiker Alexandre Jollien, philosophe Mathieu Bertholet, auteur de théâtre

2009 Carole Roussopoulos, réalisatrice vidéo Yannick Barman, musicien Camille Cottagnoud, chef opérateur Rolf Hermann, Schriftsteller

2004 Oswald Ruppen, Fotograf Barbara Maurer, Schauspielerin Noëlle Revaz, écrivain Frédéric Mermoud, cinéaste

2010 Erika Stucky, Musikerin – SängerinPerformerin Stéphane Chapuis, musicien Rafaële Giovanola, danseuse-chorégraphe Nicolas Steiner, Filmemacher

2005 Pierre Loye, peintre Judith Kreuzer, Designerin Trio Nota Bene : Julien Zufferey, violoniste Lionel Monnet, pianiste Xavier Pignat, violoncelliste. David Coquoz, ébéniste-créateur 2006 Angel Duarte, peintre-sculpteur Hans-Peter Pfammatter, Musiker Berclaz de Sierre, plasticien Olivier Cavé, musicien 2007 Heidi & Peter Wenger, Architekten Tobias Salzgeber, Trompeter-Dirigent Claude Barras, cinéaste Valérie Fellay, chanteuse-artiste de jazz 2008 Christine Aymon, artiste placticienne Laure Dupont, danseuse Olivia Seigne, comédienne Daniel Mangisch, Schauspieler

annexes / anhang


CRéDITS  PHOTOGRAPHIQUES bildnachweis

Matthias Bärenfaller p. 126 philippe burdel pp. 33-40 Aline D’Auria pp. 100-102 Frédéric Gaillard pp. 155-158 Marie N. Guex p. 74 Julie Langenegger Lachance pp. 10, 46, 78, 106, 134 Lautundspitz.ch p. 125, 127 Michel Marcu pp. 70-71 Isabelle Meister pp. 72-73 Christoph Nanzer p. 125 Michael Zargarinejad p. 128 Björn Zengaffinen p.124

168/169


éDITEUR Canton du Valais Département de l’éducation, de la culture et du sport, Service de la culture TRADUCTIONS Pierre Blanc Muriel Constantin Alexandra Delcourt RELECTURE Muriel Constantin Béatrice Duc Anne-Laure Segond CONCEPTION GRAPHIQUE station-sud L. Emmenegger, C. Métroz www.station-sud.ch IMPRESSION Valmedia AG, Visp

ISBN 978-2-8399-0944-0 © 2011, tous droits réservés

impressum


André Raboud – Julie Beauvais

x i Pr rels u t l u

Etat du Valais

Prix Culturels de l'Etat du Valais 2011  

Catalogue: Prix Culturels de l'Etat du Valais 2011 / Katalog: Kulturpreise des Staates Wallis 2011 Prix Culturel / Kulturpreis: André Raboud...