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Grandville (Nancy, 1803 – Vanves, 1847) Au possesseur présent et futur de cet album Quelques vicissitudes qu’éprouvent ces deux volumes contenant tous les dessins originaux du La Fontaine, et par quelle transmission qu’ils passent, je me persuade qu’ils finiront toujours par tomber entre les mains d’un propriétaire curieux pour lequel il sera intéressant : 1) de confronter ces dessins avec les gravures et d’avoir à y découvrir1 les modifications apportées. 2) de connaître par un court précis que je puis appeler historique, les causes, les dates de la publication de cet ouvrage que l’on s’accorde généralement à trouver ma meilleure illustration. 3) de voir par quelle filière la pensée de chacun de ces dessins à passé pour arriver à son exécution définitive. 4) de constater quelle détérioration le report sur bois et la gravure ont pu faire subir, artistement parlant, à la plupart de ces compositions que je regarde avec plaisir […], et certes ce sera pour moi un grand soulagement que de pouvoir protester (ou expliquer) enfin ici contre tant de fautes de dessin ou d’effet qui ne sont pas de mon fait et que j’ai eu le dépit2 de voir reproduites à vingt-cinq mille et colportées jusqu’en Amérique terre fort peu artiste, dit-on. 5) enfin ce sera pour l’amateur auquel ces deux albums appartiendront, 1 2

Variante : trouver Var. : chagrin

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une petite satisfaction d’amour-propre que de posséder seul ces errata, ces repentirs, ces variantes de la plume et de la pensée de l’auteur de ces dessins, sans compter qu’il jouira encore par-dessus le marché du plaisir de posséder une autographe préface qui, si ces dessins ont quelque prix, aura le sien aussi. Il arrive si peu que le dessinateur puisse se commenter, s’expliquer, se justifier avec la plume devant le public qui ne peut connaître que son crayon et son pinceau, et, je ne puis trop le répéter, ce m’est une grande satisfaction que de trouver ainsi l’unique occasion que j’ai pu trouver de faire l’auteur et de présenter à mon public, mon unique lecteur, cette un peu longue préface justificative, mais qui pourrait bien être placée en tête de tous les livres que j’ai orné de vignettes, car ab uno disce omnes. Et qui sait ? Je ne puis me le dissimuler, il est doux à mon petit amour-propre de penser qu’un jour (un jour après ma vie), quelque consciencieux éditeur voudra bien, prenant connaissance de cette note, en extraire de quoi faire une préface qu’il offrira au public en tête d’une nouvelle édition d’un La Fontaine illustré (je plains les souscripteurs doublement en ce cas, d’abord à cause de l’état ou seront les bois ; puis, s’il se croit obligé de lire, beaucoup de mon style !) Mais voyez où va l’amour-propre humain ! Pardon, oh  ! mon unique lecteur, je rentre bien vite cette pensée orgueilleuse, comme le limaçon ses yeux dans sa coquille, et je reviens à causer bonnement avec toi, que tu sois mon petit-fils, mon arrière-neveu, ou le cousin de quelque prince, descendant de quelque roi, roi des animaux bipède ! Venons au fait ou, bien plus

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justement, à nos moutons. Ce fut vers la fin de l’année 18373 que M. Fournier et T.4, qui étaient associés, me proposèrent de composer seulement 120 vignettes pour orner (je ne sais si l’on disait illustrer, ce mot est si ambitieux !) le La Fontaine qui pouvait bien s’en passer. Cette tâche m’épouvanta, m’étourdit ! Peu rompu encore dans l’exécution sur bois, et envisageant l’extrême difficulté de cette entreprise audacieuse : accoler des dessins à l’œuvre admirable, poétique, du si grand et fin fablier, du bon et supérieurissime Jean de La Fontaine, moi ! Néanmoins, comme son âne dans les animaux malades, la faim, l’herbe qui m’a paru tendre, et puis je ne sais quel diable d’amour propre me poussant, j’acceptai, et me mis à l’œuvre avant même que ces messieurs n’eussent arrêtés leur plan, leur budjet5 et leur format. Ce fut sur la Bellette et le petit lapin que j’essayai mes forces. J’ai perdu un petit croquis qui fut probablement fait d’après celui que l’on peut voir, au simple trait, et unique, que je fis au crayon comme spécimen pour mes éditeurs. Toutes les personnes qui ont vu les gravures de ces Fables ignorent par quelle suite de tâtonnements, d’essais, de travaux successifs, chacun de ces dessins est arrivé à ce résultat. Voici le mode d’exécution que j’ai constamment employé. D’abord, esquisse de la pensée sur papier, et dans les premiers tems6 plus 3 4 5 6

En réalité 1835. Taschereau. Sic. Sic.

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généralement sur ardoise avec la craie, ce qui me permettait d’effacer, de redessiner constamment jusqu’à ce que j’eusse trouvé ma composition et le mouvement que je désire pour mes personnages. Copie et report sur papier de cette composition dont je passais le trait à la plume. Ensuite, copie et réduction du même sujet pour en trouver l’effet plus facilement. Et là, j’ai eu l’occasion de voir, et l’on jugera que j’en attaquais les ombres, les touches, bien plus hardiment, n’ayant pas à m’occuper de l’expression, ni de la finesse de la forme. Cela fait, je terminais à la plume, ainsi qu’on le voit, toutes mes compositions. Alors restait le second report, sur bois, que j’ai confié constamment à un brave et consciencieux graveur, Auguste Despéret qui, 10 ou douze années, m’a perpétuellement donné à redresser les mêmes fautes, et de dessin et d’esprit, mais est resté aussi près que possible du contour et de l’effet. Il ne serait pas juste de dire qu’il n’eut nui a. Des artistes, des connaisseurs amis m’ont bien souvent fait le reproche de n’avoir pas eu le courage de m’affranchir de cette aide bien souvent désespérant pour moi. Mais je dois dire franchement que, maintes fois ses conseils m’ont éclairé, aidé et je crois qu’en m’affranchissant de l’ennui de redessiner sur bois moi-même mes dessins, cela me donnait à la fois et surtout plus de temps pour la composition. D’ailleurs, par-dessus son travail je suis toujours revenu avec le crayon. et c’est là que sont nées 4


mes plus grandes tribulations, car que de fois j’ai pesté, envoyé mon homme à tous les diables, passant des journées à redresser ses erreurs, à réparer ses lourdeurs, refondant ses hachures, les recroisant, détruisant par ici, ajoutant par là… Bref épluchant le moindre trait de son crayon trop exactement fidèle quelquefois, et d’autres, cruellement indompté ! Que de visages de femmes il m’a enlaidis, que de mains il m’a allongées, grossies ! Toutes les extrémités humaines ont passés par son objectif amplificateur ! Que de plumes, de gaze en plomb ! Que de nuages, de fumées en fer blanc ! Oh ! Homme de peu de touche, de peu de sentiment toujours ! Mais je me plains ici du moindre de mes maux. Je reprends le cours et l’ordre de mon travail, la mise sur bois fini, le dessin bien duement retouché. C’est alors qu’il me restait à subir la plus horrible7 des tortures... à passer sous l’outil impitoyable du graveur, heureux quand ce n’était pas un outilleur de 3e main, le 4e élève d’un chef d’atelier très peu fort de lui-même... Et toutefois M. F[ournier] remit presque toujours cette série de dessins, pour lui si importante, aux burins – comme il l’imprimait, – les plus éprouvés. Mais encore combien le sang me monta (de fois) au visage à la vue de tant d’atroces cruautés, de tant de mutilations, opérées par ce que ces messieurs appelaient tranquillement le métier ! Je me rappelle à ce propos qu’à la vue du premier dessin qui fut gravé, celui qui représente la Cigale, je sautai en l’air, je courus chez le graveur. Tout le travail avait été changé, deux pattes de l’animal avaient été supprimées, etc. Mais on me donna tant 7

Var. : cruelle.

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d’excellentes8 raisons que je baissai la tête et me résignai. Le public, me disait-on, n’irait pas voir cela, c’était gravé de façon à tirer à cinquante mille. Et il me restait à en voir bien d’autres ! Ce n’est pas ici encore la dernière étamine par laquelle je passais. L’imprimeur, à son tour roulant sur le bois son cylindre brutal et inintelligent, faisait avancer les fonds ou les éteignait, empâtait les finesses, bref changeait tout l’effet. Ah ! si l’on pouvait comparer l’un de ces dessins mis sur bois avant la gravure avec l’épreuve tirée, même dans la première édition, que l’on verrait si j’ai raison de me plaindre ! Je n’ai pas dit que la comparaison dût se faire avec le dessin original, en voici la raison. Ayant à faire remettre sur bois chacune de ces compositions, j’en précisais les travaux de façon à prévenir les fautes de mon aide9, lui indiquant tout, jusqu’au sens des hachures, leur recroisement, etc. Ce qui m’a toujours fait tomber dans le défaut de trop travailler les ombres, les lumières, de trop détailler les fonds, de les trop faire, et l’on peut remarquer alors sur ces parties, très fréquemment, des taches de blanc de craie. Outre cela, comptant sur mes indications verbales pour le gouverner, et sur ma retouche, très souvent je lâchais des parties de mon dessin. Or, ce que je voudrais voir relié ici, ce serait nos bois tels qu’ils sortaient de nos mains, et encore il y aurait assez de mes propres fautes de dessin, d’effet, etc. Voici maintenant, pour terminer ces notes, diverses indications qui renvoient le lecteur aux dessins. Tous ceux qui sont au trait ont été passés 8 9

Var. : bonnes. Var. : collègue.

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à l’encre ordinaire10, avec le plus grand scrupule, sur l’ancien trait de crayon, le respectant dans ses hésitations, dans ses incorrections, comme j’eusse fait d’un grand maître. Et en cela il m’a fallu quelque courage, tenté que j’ai été vingt fois de redresser des incorrections qui blessaient un peu mon amour propre, mais la conscience m’a dominé, et l’intérêt même du dessin. On peut voir parmi cette série combien il y en avait d’avancées lorsqu’ils on été abandonnés pour ne changer totalement la composition. Ainsi de La mort et le mourant : le squelette était déjà dessiné à la plume, ainsi que la tête du vieillard ; le reste n’était dessiné qu’au crayon sur lequel j’ai repassé à la plume en 1844, avec de l’encre de chine cette fois. J’en ai ainsi usé pour la plus grande solidité et durée de l’œuvre. Les études au crayon sont recouvertes d’une couche de colle et ne peuvent s’effacer. Un des sujets remarquables est celui de la Cigale : d’abord composé avec des figures simplement ; en second lieu, par des personnages à têtes d’animaux ; puis ensuite de nouveau avec des figures ordinaires, mais conservant la pose et le fonds des précédentes ; et enfin, en dernier lieu, tel qu’il a été gravé et livré au public, composé par des animaux entiers. La cigale (qu’il m’a fallu, par respect pour la tradition vulgaire, représenter par une sauterelle) a conservé la pose, la fourmi est vue par derrière, de dos comme nous disons en terme d’atelier. La pensée est restée la même, comme on voit, dans tous les dessins : la chanteuse à guitare, la dame fourmi en riche fermière. 10 Note de l’auteur : « Sans cela, cet album n’existerait pas, attendu que je me serai borné pour moi-même à quelques larges indications, soit au crayon soit à la plume. »

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Plusieurs dessins sont postérieurs à la publication de ce livre. Tels sont Le Renard et les raisins, No 211, (qui, par parenthèse, a été affreusement, abominablement éreinté par le graveur12), La Grenouille qui se veut faire etc.13. Préoccupé de l’objection et du reproche que l’on m’avait faits sur le parti que j’avais cru pouvoir prendre de ne rendre, dans certaines fables, que le sens moral et non point la scène exacte, littéralement, matériellement, j’étais revenu à essayer de mettre en scène les animaux de ces fables en restant dans la donnée exactement. On pourra juger du résultat. Je n’ai pas cru devoir pousser plus avant cette traduction du texte. Cela ne tranchera nullement la question, entre ceux qui n’aiment point les animaux habillés, métamorphosés, et ceux qui les veulent posés naturellement sur leurs pattes, au naturel comme on dit dans les restaurants. Chacun apporte d’excellentes raisons pour soutenir son point de vue, et la preuve que j’ai senti que cela serait (et sera éternellement), c’est que je n’ai pas eu de parti absolu. J’ai fait des compositions textuelles, et d’autres interprétées, pour tous les goûts. Ce n’a point été calcul de ma part, mais sentiment, nécessité de la fable. De même que La Fontaine n’a pas cru devoir placer constamment sa moralité à la queue de chaque fable, et l’a même retranchée souvent. Je ne combattrai pas plus longtemps ceux qui m’ont blâmé d’avoir dressé, relevé les animaux sur leurs jambes et de les avoir habillés. Si j’eusse fait autrement, je n’eusse rien ajouté au texte, et qui n’ajoute rien à une œuvre n’y fait rien. La plume les ayant 11 12 13

Livre III, Fable 11. Alexandre Behatte. Livre I, Fable 3.

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fait parler, le crayon devait les faire marcher, gesticuler en humains. C’était tout bête, tout naturel14, tout tracé. Tant pis pour qui ne s’est pas rendu à ce simple argument. Du reste on n’en est plus là, le public s’est tellement habitué à cela qu’il n’y a plus lieu à discussion. Ca lui a plu et La Fontaine l’a dit, en France, ce qui plaît, c’est la règle. Maintenant, le lecteur ou amateur qui a lu ceci se croit parfaitement renseigné sur tout ce qui touche à cette œuvre, et il pense avoir la dessus tous les détails possibles. Eh bien ! il lui restera encore à connaître à combien d’études, de changements de mode d’exécution, je me suis livré, combien de fausses routes... Il ignorera combien de fois, dépité, dégoûté par des œuvres médiocres, mais qui possédaient certaines qualités dont la mienne me semblait privée, j’ai jeté en désespoir le crayon contre le bois, le manche... etc. Courant après l’effet de celui-ci, le travail de celui-là, le dessin – oui, le dessin – de tous ! Rejetant le lendemain ce qui m’avait séduit la veille, malheureux souvent, content jamais ! En examinant bien ces 140 dessins l’un après l’autre, on s’appercevrait15 bientôt de ce que je confesse là. Toutefois, j’ai gagné à cela plus de facilité, de liberté dans l’exécution, plus de largeur, et cela se voit dans les derniers dessins. Peut-être ai-je perdu certaines finesses de détail toujours trop appréciées du public, ce qui perd souvent un peintre, un dessinateur. Au total, j’ai suivi plutôt que donné le ton pour les parties de l’effet, de la couleur. Quand à l’expression, à la justesse du mouvement, et c’est là ma prétention, je n’ai suivi personne et peu de peintres, peu 14 15

Var. : simple. Sic.

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d’artistes m’ont satisfait sur cette partie capitale de tout16 œuvre d’art. Il me reste à rectifier un fait. J’ai dit de moi que je n’en suis jamais content. C’est inexact. Il m’est arrivé souvent au contraire de me complaire à examiner amoureusement mes dessins, un de mes livres illustrés ou mes croquis, de m’y complaire, de leur sourire, de sentir la vanité me monter au cœur, à la tête. Tout le monde artiste doit faire ainsi, peu l’avoueront. Mais d’autres fois aussi, en revanche, je fermais avec dégoût le livre que j’avais ouvert et qui renfermait mes pauvres, tristes chefs-d’œuvre ! Encore une rectification. Parmi les graveurs du La Fontaine, il en est jusqu’à trois que je pourrais citer et qui, loin de faire perdre à mes dessins leurs petits mérites, leur meilleure qualité, leur ont conservé et plutôt donné même du relief. Ainsi, Mr Godard, quoiqu’il soit anti-coloriste dur et sec, Mr Chauchefoin, Mr Brevière quand il a voulu bien gouverner ses bons élèves. En voici un quatrième qui me revient à la mémoire : Mr Piaud, dans la seconde série. Mais anathème sur Mrs X, Y, Z, et souventes fois sur Mr Sears, l’Anglais spéculateur, le Bourreau des bois, que je nomme en toutes lettres. Maintenant, lecteur, que je sois vivant ou mort, moi ou mes descendants, referme ces volumes. Tu connais l’histoire de mes Petites misères, de mes Animaux, de mon Autre monde... À des noms près c’est toujours le même burin tantôt estropiant, tantôt conservant le même métier sur bois, 16

Œuvre était employé au masc. au xixe siècle encore.

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les mêmes imprimeurs... Mais je ne recommencerai plus ni les mêmes dessins pour La Fontaine, ni de préface d’une semblable longueur en plus. Pardonne-moi mes fautes de français comme celles de dessins. Le sage fait sept fautes par jour. Tout à toi Jean Ignace Isidore Gérard [signé :] J.J. Grandville (apostille) En revoyant avec plus d’attention de belles épreuves tirées sur papier de chine, je me vois forcé de revenir sur la sévérité avec laquelle j’ai parlé plus haut de tous les graveurs..., et particulièrement de Mr Hébert qui était associé à Mr Brevière. C’est une justice à lui rendre qu’il a toujours su conserver autant que possible l’expression des têtes dans toutes les œuvres qu’il a gravées. Plusieurs de ses bois, à part quelques travaux trop régularisés et qui détruisent la finesse des formes par le sens des hachures. Cependant, à part ces travaux froids, ces gravures sont autant réussies et soignées que possible. Voir : - de Mr Guillaumot aussi, il y a Le singe et le chat17, Le singe et les deux ânes18, qui sont de charmantes gravures d’un burin pur et plus fidèle que celui de l’atelier de Brevière. - Mr Sears, qui depuis en a tant gâté, a gravé supérieurement Les 17 18

Livre IX, Fable 17. Livre IX, Fable 5.

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dindons et le … 19, Le renard et les deux rats20, Le coq21, appartenant à la deuxième série. - Mr Dujardin s’est tiré aussi de deux de ses gravures, la première Les moineaux22, Le chien à qui on a coupé…23 - Toutes celles de Mr Quartley, L’hirondelle24 (parfaitement presque), Le lion et le chasseur25. La statue de Jupiter est moins heureuse26. - Enfin de Mr Maurisset, Le serpent et la lime27. - De Mr Piaud, L’aigle et l’escarbot28, Le chat et le rat29, d’un fini extrême. - Enfin, de Mr Godard, Le loup et le chien30, La mort et le bûcheron31. Ce serait une chose curieuse que le rapprochement de ces gravures avec les dessins sur la même feuille. Je l’eusse fait si cela n’avait pas, et grossi démesurément l’album, et nui à l’aspect du dessin original. Je me contenterai d’indiquer les mieux gravés par un signe, et ceux qui sont totalement gâtés et qui ont tout perdu à la gravure – tels sont par exemple Le renard et les raisins32, Le renard et le buste33, Le singe et les animaux34, Le loup et les bergers35. 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35

Le renard et le poulet d’Inde, Livre XII, Fable 18. Les deux rats, le renard et l’œuf, Livre X, Fable 1. Le loup et le renard, Livre XII, Fable 9. Le chat et les deux moineaux, Livre XII, Fable 2. Le chien à qui on a coupé les oreilles, Livre X, Fable 9. L’araignée et l’hirondelle, Livre X, Fable 7. Le pâtre et le lion, Livre VI, Fable 1. Le statuaire et la statue de Jupiter, Livre IX, Fable 6. Livre V, Fable 16. Livre II, Fable 8. Livre VIII, Fable 22. Livre I, Fable 5. Livre I, Fable 16. Livre III, Fable 11. Livre IV, Fable 14. Livre VI, Fable 6. Livre X, Fable 5.

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Je crois qu’il est intéressant de suivre la pensée pas à pas et de se convaincre que l’on n’arrive jamais tout d’un coup à la fixer irrévocablement. Que l’on examine encore cette fable du Le loup et l’agneau. Ma première intention fut de m’écarter du texte et de n’en prendre que l’esprit. J’imaginai donc ce garde champêtre tel qu’on le voit dans le croquis Ө. Cependant, cela ne me paraissait pas assez saisissant, je passai à la deuxième idée d’un querelleur cherchant noise à un pauvre adolescent bien innocent de la querelle d’Allemand qu’on lui cherche. Dans ces deux croquis, je cherchais à approcher les visages des individus de celui des animaux qui sont mis en scène dans cette fable. Mais après examen plus long, après un coup d’œil frais redonné sur ces croquis assez adoucis, je vis qu’il fallait aborder franchement encore la question, frapper fort (et ne parlant pas trop vite des métamorphoses). Je m’arrêtai, et je fis bien, au croquis qui a été gravé, les animaux ayant assez du mouvement de l’homme pour faire songer à l’application qui en est faite par l’apologue. Et c’est encore ici que j’ai eu plus que jamais lieu d’éprouver et sujet de me convaincre qu’en matière d’art, autant pour l’œil comme pour l’ouïe ou pour l’esprit, il faut frapper bien fort, qu’il n’est pas de demi-mesure. Il faut grossir, appuyer sur l’objet que l’on veut mettre en relief, sur cette expérimentation qui a tant servi à Molière36, pour lui faire trouver le point d’optique unique nécessaire à émouvoir la foule. Toutes les choses délicates, fines, sont en général perdues pour les masses. Les moyens, la forme, le style, la ligne, elle compte tout cela comme rien, ou du moins elle ne voit pas que ce sont les secours, les artifices par lesquels on la 36 Nous suivons la leçon de Philippe Kaenel, Le métier d’illustrateur (1830-1880) : Rodolphe Töpffer, J.-J. Grandville, Gustave Doré. Paris : Éd. Messene, 1996.412 p. (« L’Essentiel des Thèses »).

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touche, on l’intéresse, on la remue. Et c’est pourtant à ce qui seul occupe l’homme d’art... Ceci reconnu, c’est une expérience qui m’a éclairé pour l’avenir et, certes, si j’avais à recommencer ces dessins, je ne doute pas que j’eusse le quart de peine à prendre pour chercher, tâtonner le mode d’exécution des sujets. Chose, ce que l’on peut voir, qui me préoccupait au début. Plus tard ça été l’effet que j’ai tenté de faire varier.

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Préface autographe de Grandville  

Préface rédigée par Grandville pour accompagner l'album des dessins originaux des Fables de La Fontaine. Cet album est conservé dans les col...

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