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Numéro 26

Table des matières MATIÈRE BRUTE

MATIÈRE GRISE

INTERVIEWS

DOSSIER

MODE & MUSIQUE p. 16

JEUX VIDÉO p. 50

MODE p. 124

« On vit dans une société pirate ! »

Gaming Star Tech 10e Art Zelda = La Joconde Cinéma Neveldine & Taylor Retro Streets of Rage Mode Mini Cooper

Stylisme Eley Kishimoto Créateurs Modopoly Mode Rika Fernandez Mood Nick Cave Accessoires Télé7Jeux Jouets Lego

Ebony Bones CINÉMA p. 22

«-·DWWHQGVOHÁDVK»

Alden Ehrenreich MUSIQUE p. 76 MUSIQUE p. 26

« Comment je vais me reproduire, moi ? »

Arnaud Fleurent-Didier

MATIÈRE VIVANTE

ARTS DE VIVRE BREF p. 30

Consommons pendant qu’il est encore temps

&KLSWXQHPacman à l’Olympia Quiz The Dead Weather Jeunes pousses Toy Fight Mode Shit Browne SOCIÉTÉ p. 94

Société 3DULVÁDPEHWLO" Politique Tripots russes (WKLTXHLes jeux de boisson Mode Cluedo

La Phantom 1928 de Gainsbourg

Art Matthieu Laurette 3KRWRJUDSKLH4XLHVW&KDUOLH" Télévision Incroyables Talento Hobby Jeux-concours Net Questions pour un champion

VOYAGE p. 40

PORTFOLIO DESSIN p. 120

Serbie, la démocratie des lucioles

Daniel Johnston

Global Sushi AUTOMOBILE p. 38

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Débat Philo-Lanta 3V\FKRORJLH La liberté de roquer Tourisme Latourex Voyage Le UNO du Mali 7KpkWUH Rotozaza PORTFOLIO PHOTOGRAPHIE p. 146

Elza Jo LITTÉRATURE p. 152

MÉDIAS p. 112 ENVIRONNEMENT p. 36

PENSÉE p. 136

BD Joe Daly &DUWHEODQFKH Sylvain Cabot Roman Douglas Coupland Livres Ludolittérature Featuring Philippe Jaenada Mode Hairplay Beauté Playground

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VA M P I R E WEEKEND CONTRA

nouvel album le 11 janvier 2010 Egalement à télécharger sur fnac.com

EN CONCERT 25 février : Paris / 26 février : Toulouse / Le Bikini distribution

EN CONCERT 8 FÉVRIER : LILLE / L’AÉRONEF 6 MARS : MARSEILLE / POSTE À GALÈNE 7 MARS : GRENOBLE / LE CIEL 8 MARS : PARIS / L’ALHAMBRA

NOUVEL ALBUM LE 12 JANVIER 2010 STAND26_P003-106_MAG.indd 9

distribution

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Numéro 26

Table des matières (suite) MATIÈRE PREMIÈRE

CE QUI SORT PAILLETTES – MODE p. 178

PARABOLES – MÉDIAS p. 210

Cosmétique, Rozalb de Mura

Bernard Zekri, Lost, Le Tribunal des Flagrants Délires

PAPIERS – LITTÉRATURE p. 182

Ingrid Astier, Florent Couao-Zotti, B. Traven, William Burroughs Jr... La chronique de Tristan Garcia PALETTES – ART p. 192

Richard Hamilton, Deadline, Les inaccoutumés, Keren Cytter, La chronique d’Olivier Babin PELLICULES – CINÉMA p. 200

Master Class Audiard/Coppola, In The Air, Ajami, Bad Lieutenant 2, Txiki Margalef + DVD La chronique de Gustave Kervern

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MATIÈRE RECYCLABLE

VIEUX GÉNIE PHOTOGRAPHIE p. 236

Martin Parr ´&·HVWXQFDXFKHPDUGH VKRRWHUFKH]YRXVµ

PLAYERS – JEUX VIDÉO p. 218

Uncharted 2, Modern Warfare 2, 10 contre 1 Live Box, Spécial Mario, Shadow Complex, Trial HD, Prototype, Bordelands PLATINES – MUSIQUE

p. 222

Owen Pallett, Midlake, Vampire Weekend, Ghana Special, The Drums, Sourya La chronique de Flairs PLANCHES – THÉÂTRE p. 232

Maguy Marin, Jan Lauwers La chronique d’Allio-Weber

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 


Edito

à quoi tu joues ? La  nouvelle  formule   de  Standard  :  le  plus   prenant  des  puzzles. La joyeuse Êlaboration d’un magazine ressemble à un drôle de puzzle. Pour chaque numÊro de Standard, XQHIRLVODWKpPDWLTXHLGHQWLÀpH²VHORQGHVFULWqUHV impliquant la direction du vent, les hasards amusÊs de O¡H[LVWHQFHHWXQ]HVWGHPDJLHEODQFKH²F¡HVWFRPPH VLYRWUHSHWLWIUqUHpWDLWUHQWUpGDQVYRWUHFKDPEUHHW (patatras !) avait renversÊ la boÎte. Deux cent quarante SLqFHVpSDUSLOOpHVVXUODPRTXHWWHHWOD7RXUGH3LVHj remonter. Curieux infatigable, vous avez toutes les cartes en main pour chroniquer l’actualitÊ culture & mode de ODVDLVRQHQÀOLJUDQHOHPRQGHHWYRWUHpSRTXH9RV camarades de jeu ? Des stylistes Êpatants, des reporters tÊmÊraires, des photographes ingÊnieux, des dessinateurs rigolos et des Êcrivains volontaires rivalisent de stratÊgie

SRXUIDLUHDYDQFHUODSDUWLH9RXVDYH]WURLVPRLVWRXWHV les combinaisons sont envisageables. La photo de Truc sous le texte de Machine ? Et l’interview de Bidule, c’est FRQÀUPp"4XDQGHVWFHTX¡LOUHQWUHGX0R]DPELTXHO¡DXWUH KXUOXEHUOX"Bref, c’est assez ludique. Standard grandit, grossit, s’Êpanouit, prend seize pages sous la peau, change de papier, de maquette, de logo, de W\SRUppTXLOLEUHVHVUXEULTXHVHWFRQYLHGHVLQYLWpVWUqV VSpFLDX[ 2OLYLHU%DELQ)ODLUV7ULVWDQ*DUFLD*XVWDYH .HUYHUQ$OOLR:HEHU jV¡DPXVHUWUqVVpULHXVHPHQWGHOD dÊcennie qui s’ouvre. Merci à tous. On recommence ? Allez, qui lance les dÊs ? — Magali Aubert & Richard Gaitet

Photographie Jean-Luc Bertini  AoÝt 2008, Chicago  Image extraite d’un travail en cours appelÊ  Figurations amÊricaines  PAGE

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69 rue des Rigoles, F-75020 Paris T + 33 1 43 57 14 63 standardmagazine.com SUpQRPQRP#VWDQGDUGPDJD]LQHFRP

RÉDACTION EN CHEF

RÉDACTION

PUBLICITÉ ET PARTENARIATS

Magali Aubert & Richard Gaitet

Nadia Ahmane, Patricia Allio, Olivier Babin, Gilles Baume, Julien Blanc-Gras, Léo Bourdin, Antoine Couder, Yan-Alexandre Damasiewicz, Damien Delille, Jean-Emmanuel Deluxe, Margaux Duquesne, Flairs, Tristan Garcia, Adeline Grais-Cernea, Bertrand Guillot, Guillaume Jan, Philippe Jaenada, Alex Jestaire, Gustave Kervern, Eric Le Bot, Mauve Leroy, Fanny Menceur, Johanna Möhring, Sébastien d’Ornano, Tristan Ranx, Nicolas Roux, Alexis Tain, Pacôme Thiellement, Elisa Tudor, Eléonore Weber, Samy Zakari

David Herman

DIRECTION ARTISTIQUE

David Garchey MODE

Consultant Olivier Mulin BEAUTÉ

Lucille Gauthier MUSIQUE

Timothée Barrière CINÉMA

Alex Masson THÉÂTRE

Mélanie Alves De Sousa ART

Patricia Maincent

RÉGIE PUBLICITAIRE

FASHION & CULTURE PRESSE 25 rue Palestro F-75002 Paris T + 33 1 42 33 20 91 F + 33 1 47 42 01 78 fcpresse.com

Fabrice Criscuolo fabrice@fcpresse.com M + 33 6 60 91 79 56

Marc Lustigman marc@fcpresse.com M + 33 6 03 70 08 38

MULTIMEDIAS

François Grelet & Benjamin Rozovas

STYLISME

Arnaud Carpentier

LIVRES

Andrea Crews, Olivier Mulin, Jean-Marc Rabemila, Pholoso Selegobo, Vava Dudu

arnaud@fcpresse.com

François Perrin

M + 33 6 77 13 99 20

ICONOGRAPHIE

Caroline de Greef

PHOTOGRAPHIE

SECRÉTARIAT DE RÉDACTION

Blaise Arnold, Jean-Luc Bertini, Thomas Corgnet, Caroline de Greef, David Dudouit, Elza Jo, Clément Pascal, Tomislav Peternek, Jean-Marc Ruellan, Michaël Smits, Tom[ts74]

Anaïs Chourin ASSISTANT DE RÉDACTION

Camille Charton

ILLUSTRATION

Sylvain Cabot, Mlle ChatChat, Thomas Dircks, Yann G., Hélène Georget, Juliette Maï, Noémie Rosset, Wa REMERCIEMENTS

EN COUVERTURE

Anne-Sophie Meyer, Fany Rognogne (à vie)

Cascade par Elza Jo Courtesy Cokkie Snoei Gallery

Directrice de la publication Magali Aubert. Standard est édité par Faites le zéro, SARL au capital de 10 000 euros et imprimé par Imprimerie de Champagne, rue de l'Etoile de Langres, 52200 Langres Trimestriel. CP1112K83033. N°ISSN 1636-4511. Dépôt légal à parution. Standard magazine décline toute responsabilité quant aux manuscrits et photos qui lui sont envoyés. Les articles publiés n’engagent que la responsabilité de leurs auteurs. Tous droits de reproduction réservés. ©2010 Standard.

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MUSIQUE & MODE

EBONY

BONES

pirate ! » é t ié c o s e n u s n « On vit da Prêtresse bouclée de la génération iPod, la Londonienne EBONY BONES aborda la fashion week en liant son électro-funk de carnaval à la collection « pirate » de Castelbajac. En coulisses, babillage et rhabillage de saison. PHOTOGRAPHIE CAROLINE DE GREEF STYLISME VAVA DUDU ET OLIVIER MULIN

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STANDARD 26

Page de gauche : Robe totem et boléro Jean-Charles de Castelbajac Ci-contre : Brassière, jupe, escarpins, écharpe de miss et voilette Jean-Charles de Castelbajac Veste autruche en fausse fourrure Vava Dudu Montre ODM par JC/DC

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MUSIQUE & MODE

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EBONY BONES SUITE

ENTRETIEN RICHARD GAITET

Comment as-­tu rencontrÊ Castelbajac ? Ebony Bones : Il a demandÊ une entrevue, à Paris. 1RXVDYRQVHXXQHFRQYHUVDWLRQWUqVSROLHSHQGDQW plusieurs heures, autour de l’identitÊ et du manque GHFRQVFLHQFHVRFLDOHHQDUW&RPPHPRQSqUHLO est nÊ en 1949, mais j’avais l’impression de parler à TXHOTX¡XQGHPRQkJH,OSRVVqGHHQFRUHVDPDUTXH il a crÊÊ des vêtements pour Madonna et Jean-­Paul II. -HOHWURXYHWUqVLQVSLUDQW0DJLTXH Sa collection printemps-­ÊtÊ a pour thème les  pirates . La piraterie, en mode et en musique ? On vit dans une sociÊtÊ pirate, une nation pirate ! Je crois pourtant que les gens ne laisseront pas tomber l’industrie du disque parce qu’elle leur permet de partager. Pourant, ça ne fait pas sens pour tout OHPRQGH/LO\$OOHQDFRPSOqWHPHQWFUDTXpHQ dÊclarant qu’elle ne fera pas de nouvel album tant que ODTXHVWLRQGXWpOpFKDUJHPHQWQHVHUDSDVUpJOpH²HOOH SHXWWRXMRXUVDWWHQGUH9RLOjQRWUHPRQGHQ¡HVSpUH] pas que les masses s’adaptent à vous, adaptez-­vous aux masses. Ton disque a ÊtÊ beaucoup tÊlÊchargÊ, non ? 2K\HDK7URLVPLOOLRQVGHdownloads ! Ça ne m’a SDVGXWRXWpQHUYpH-HPHIRXVjFRPELHQV¡pOqYHQW mes ventes, ce qui m’importe, c’est que les gens paient pour m’entendre, car vous ne pouvez pas pirater les Êmotions. Ado, j’Êtais une vraie pirate :

Comme M.I.A., suspendras-­tu ta carrière pour dessiner ta ligne de vêtements ? Pas du tout. C’est un tel clichÊ, si narcissique :  Pour VHQWLUDXVVLERQTXHPRLDFKHWH]PRQSDUIXP Je dÊteste ça, il y a tant d’autres choses à faire. Mais j’adore les gadgets, alors pourquoi pas une jolie ligne de clÊs USB ? Je perds toujours la mienne. Qui a le meilleur look ? 7RXWHVpSRTXHVFRQIRQGXHV"6O\ 7KH)DPLO\ 6WRQH*HRUJH&OLQWRQ'HVJHQVTXLVRUWHQWGH leur circonfÊrence et galvanisent leur audience. Oh ! J’adore aussi ChloÍ Sevigny parce qu’elle a l’air de s’en foutre intÊgralement, vraiment punk. -HSUpIqUHGHORLQODPRGHPDVFXOLQHQRWDPPHQW *DOOLDQR,OIDXWODFpOpEUHUGDYDQWDJH9RLOjVLMH dois crÊer une ligne, ce sera pour les hommes. Style GpEXWGHVLqFOHODUJHVpSDXOHVM¡DLPHODFKDUSHQWH masculine‌ J’ai vraiment dit  j’aime la charpente masculine  ?! Au secours ! Que regrettes-­tu voir se dÊmoder ? Cannes et chapeaux. Les hommes font beaucoup d’efforts pour donner l’impression qu’ils ne font aucun effort pour s’habiller : c’est le cancer du style. Bon, il QHV¡DJLWSDVGHGpQLFKHUGHV/DG\*DJDPkOHVWRXV OHVFLQTPqWUHVPDLVH[SULPH]YRXV Justement : tu ne voulais pas que ton disque soit  trop poli , les morceaux te seraient venus  en

 N’ESPÉREZ PAS QUE LES MASSES S’ADAPTENT À VOUS, ADAPTEZ-VOUS AUX MASSES.  EBONY BONES

Page de gauche : Robe totem, bolÊro et mini casquette sur la coiffe Jean-Charles de Castelbajac Bracelets, mitaines et coiffe Vava Dudu

je bricolais des PL[WDSHV toutes pourries avec ce que j’entendais à la radio, New York Dolls, Can, Fela Kuti. SpÊcialement à Londres, les tribus musicales se mÊlangeaient bien. Mes profs me renvoyaient en racontant à ma famille :  la petite Ebony vend de la musique pirate à l’Êcole  ! A propos de tribus, c’est quoi ces anneaux en mousse qui ont rendu ton look cÊlèbre ? [Elle me propose d’en essayer un.] C’est une rÊfÊrence à une tribu sud-­africaine, les NdÊbÊlÊs, qu’on trouve aussi au Zimbabwe. Les femmes portent des parures pouvant peser 25 kilos, les anneaux de cuivre colorÊs s’empilent autour du cou et de la taille en fonction de leur importance, de leur intelligence. Pour nos FRVWXPHVGHVFqQHM¡DLPHPpODQJHUOHVFXOWXUHV motifs Êgyptiens, japonais‌ Ne pas avoir de styliste, porter ce qu’on veut, c’est le grand pied. Le message : soyez votre propre idole, il n’y a pas que Pop Idol dans la vie. Tu es ta propre compositrice, productrice, multi-­ instrumentiste, styliste ? Ma propre personne. Pour la mode, je travaille avec le GHVLJQHU7LPRWK\-DPHV$QGUHZVDLQVLTX¡DYHFXQH copine adorable tout juste sortie de l’Êcole, et ils ont beaucoup d’imagination.

une heure Âť, ÂŤ comme quand tu as trop bu et que tu vomis Âť. Ă&#x2021;a va mieux ? /DSOXVPHUYHLOOHXVHGHVJXHXOHVGHERLV7XYRLVFHV gosses qui sautent partout, sans raison ? Mon enfance est toujours vivante en moi. Les artistes indĂŠs sont souvent trop polis : des gosses des classes moyennes qui nâ&#x20AC;&#x2122;ont rien contre quoi se rĂŠvolter, ne causent que de Ă&#x20AC;OOHVHWGHIXPHWWH*RQĂ DQW6DXI(PSLUHRIWKH6XQ Et ton second album en 2010 : enregistrĂŠ Ă Mumbai avec un orchestre symphonique indien ? -HGRLVG¡DERUGWHUPLQHUODWRXUQpH²%RQHVRI My BonesHVWUHQWUpGDQVOHWRSDX-DSRQ² le sortir aux Etats-­Unis, tourner le clip de :$55,25Ă  Miami, puis jâ&#x20AC;&#x2122;ai un shooting avec Jean-­Baptiste Mondino pour le 1HZ<RUN7LPHV : ÂŤ la nouvelle royautĂŠ musicale Âť, avec plein de couronnes, WUqVGU{OH Ton interview ouvre notre numĂŠro ÂŤ jeux Âť. Quel est ton favori ? Le jeu de lâ&#x20AC;&#x2122;amour. Je perds toujours, donc je mise beaucoup sur 2010. Tu veux dire que des hommes peuvent, euhâ&#x20AC;Ś te quitter ? Je nâ&#x20AC;&#x2122;ai jamais dit quâ&#x20AC;&#x2122;il sâ&#x20AC;&#x2122;agissait dâ&#x20AC;&#x2122;un homme ou dâ&#x20AC;&#x2122;une femme, si ? [Elle ĂŠclate de rire.] â&#x20AC;&#x201D;

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MUSIQUE & MODE

AU DÉFILÉ

TRI BAL REPORT Clapotis des vagues, ailerons de requins dépassant d’une mer factice. Puis sous les palmiers, fuyant d’une case en osier sur la piste dévouée au défilé JC/DC, c’est l’entrée féline d’Ebony « Boney » Thomas et de ses sauvages. Martellement tribal, celui de W.A.R.R.I.O.R., puis déhanchement de mannequins corsaires pendant huit titres live tirés de Bones Of My Bones, premier album vaudou-cool. Ses bottes-squelettes donnent la cadence, hélas l’audience se lève avant la fin de sa reprise de I Wanna Be Your Dog. De quoi terminer marron ? « Je ne fais pas partie de ces chanteuses hypersensibles. » R. G. Page de gauche : Robe perroquet, jupe longue, escarpin sur le coussin et oursons Jean-Charles de Castelbajac Coussin Vava Dudu Page de droite : Robe totem, bandeau pirate et sac Jean-Charles de Castelbajac Blouson en jean Vava Dudu

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EBONY BONES SUITE

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CINÉMA

« J’attends

le flash »

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INTERVIEW

Candide ĂŠtoile du nouveau Coppola, ALDEN EHRENREICH, 19 ans, campe un joli matelot larguĂŠ dans Buenos Aires, frĂŠrot dâ&#x20AC;&#x2122;un Vincent Gallo tourmentĂŠ au cĹ&#x201C;ur de Tetro, superbe chronique familiale en clair-obscur. ENTRETIEN RICHARD GAITET PHOTOGRAPHIE BLAISE ARNOLD

Lors de sa Master Class *, Francis Ford Coppola parle du jeu de Vincent Gallo comme dâ&#x20AC;&#x2122;un ÂŤ matĂŠriel ĂŠmotionnel brut, de la vĂŠritĂŠ en très peu de prises Âť. Vous partagez la plupart des scènes. Comment adapter le vĂ´tre au sien ? Alden Ehrenreich : Pas la peine de sâ&#x20AC;&#x2122;adapter, MXVWHPHQW4XDQGYRXVMRXH]DYHFOXL9LQFHQWHVW WUqVtrès concernĂŠ par ce qui vous arrive, surtout si vous donnez le maximum pour lâ&#x20AC;&#x2122;aider, que vous osez, que vous ĂŠcoutez. Il est du genre : ÂŤ on ne rentre SDVjODPDLVRQWDQWTXHODSULVHQ¡HVWSDVERQQHÂŞ. Jâ&#x20AC;&#x2122;en demandais plus, moi aussi. Mais jâ&#x20AC;&#x2122;ai trop peu dâ&#x20AC;&#x2122;expĂŠrience pour comparer.

et Peter Falk. Avec Tetro, je ne savais mĂŞme pas ce que je faisais, jâ&#x20AC;&#x2122;expĂŠrimentais sans cesse. Pas dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcole ? Coppola dĂŠclare : ÂŤ Oubliez les comĂŠdiens sans formation. Âť 'HVSLqFHVGHWKpkWUHDXFROOqJHXQacting studio Ă 15 ans. Puis jâ&#x20AC;&#x2122;ai rencontrĂŠ un mentor, qui me coache. -¡DLSULVGHVFRXUVj1HZ<RUNO¡DQQpHGHUQLqUH 0DLQWHQDQWMHPHGHPDQGHFHTXLVHUDERQ²HW YUDL²SRXUPRL2QYHUUD Coppola dirige-­t-­il beaucoup ses acteurs ? Francis crĂŠe un environnement dans lequel vous vous sentez chez vous, disposĂŠ Ă  offrir ce que vous DYH]GHPHLOOHXU,OLQIXVHO¡DWPRVSKqUHDYHFWDQW

ÂŤ TERMINĂ&#x2030; LE VIEIL HOLLYWOOD OĂ&#x2122; LES STARS PRENAIENT DES PSEUDOS COMME ROCK HUDSON. Âť Comment avez-­vous appris Ă jouer ? (QUHJDUGDQWGHVZHVWHUQVHWGHVĂ&#x20AC;OPVGHJXHUUH tout petit. Je pensais que les vieux acteurs ĂŠtaient OHVSOXVFRROVHWM¡HVVD\DLVGHMRXHUFRPPHHX[²QRQ pas ÂŤ jouer Âť : me comporter comme eux. John Wayne. *UHJRU\3HFN$YD*DUGQHU/HVJUDQGVGHOD ÂŤ MĂŠthode Âť [de lâ&#x20AC;&#x2122;Actors Studio] : Brando, James Dean, Montgomery Cliff. Jâ&#x20AC;&#x2122;ai redĂŠcouvert Jimmy Stewart et câ&#x20AC;&#x2122;est mon comĂŠdien prĂŠfĂŠrĂŠ. Ned Beatty est incroyable aussi. Et Meryl Streep, Jane Fonda. Diane Keaton. *HQD5RZODQGV(W'XVWLQ+RIIPDQ-DFN1LFKROVRQ

dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠmotions authentiques que vous ne voulez quâ&#x20AC;&#x2122;une chose : le rendre heureux. Il ne mĂŠnage personne et nous guide. Et pense que le rĂŠalisateur doit ÂŤ prĂŠsider Âť plutĂ´t que ÂŤ diriger Âť. On sâ&#x20AC;&#x2122;envoie des mails, on ĂŠchange EHDXFRXSVXUSRXUTXRLFHSODQVHVĂ&#x20AC;OPVDGRUpV$X moment de tourner, vous ne voyez pas comme lui the whole picture, mais vous sentez lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠnergie qui lâ&#x20AC;&#x2122;illumine. (WF¡HVWWUqVEHDX A lâ&#x20AC;&#x2122;audition, vous avez dĂť prĂŠsenter un extrait de Lâ&#x20AC;&#x2122;Attrape-­cĹ&#x201C;urs. Lâ&#x20AC;&#x2122;aviez-­vous lu ? Non. Je lâ&#x20AC;&#x2122;avais pourtant achetĂŠ le jour de mes 17 ans.

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CINĂ&#x2030;MA

Quand jâ&#x20AC;&#x2122;ai obtenu le rĂ´le, le lâ&#x20AC;&#x2122;ai avalĂŠ dans lâ&#x20AC;&#x2122;avion qui mâ&#x20AC;&#x2122;emmenait en Argentine. Francis voulait crĂŠer son SURSUH+ROGHQ&DXĂ&#x20AC;HOG%HQQLH>VRQSHUVRQQDJH@HW +ROGHQRQWHQFRPPXQODFDQGHXUFHEHVRLQGHVH UpFRQFLOLHUHWXQHYLVLRQGXPRQGHSDVWUqVUpDOLVWH +ROGHQHVWF\QLTXHHWQpJDWLI%HQQLHHVWURPDQWLTXH et idĂŠaliste. Jouer un rĂ´le et jouer pour sâ&#x20AC;&#x2122;amuser, câ&#x20AC;&#x2122;est idem ? Question gĂŠniale. Aux Etats-­Unis, on surnomme parfois les acteurs ÂŤ la caste des joueurs Âť. Francis UpSqWHTXHSRXUPLHX[OHVFRQQDvWUHYRXVSRXYH] emmener vos acteurs au restaurant chaque semaine, mais vous pouvez aussi organiser un match de softball : vous obtiendrez tellement plus de ludique et de comĂŠdie ! Il nous mettait en cercle, on improvisait en permanence de petits jeux, des mouvements, du fun. Quand vous jouez, vous mobilisez autant votre FRUSVTXHYRWUHFHUYHDX²DXOLHXGHOLUHOHVGLDORJXHV DVVLVGHUULqUHXQEXUHDXdDRXYUHXQERXOHYDUGSRXU une bonne performance. Coppola aurait organisĂŠ un bal costumĂŠ oĂš chacun devait venir dĂŠguiser comme lâ&#x20AC;&#x2122;aurait fait son personnage. Vrai ? Oui, juste avant le tournage. Avec un buffet, un orchestre, des ĂŠclairages, une vraie fĂŞte ! Francis REVHUYDLW²jO¡pFDUW²HW avait donnĂŠ une consigne jFKDFXQ9LQFHQW*DOORpWDLWYrWXFRPPHVRQSqUH etVDPqUHDYHFXQPDVTXHXQHORQJXHSHUUXTXH HWXQWDLOOHXUEL]DUUHWUqVPDUUDQW0RLM¡pWDLVHQ +HPLQJZD\DYHFXQHEDUEHXQJLOHWXQJURVYHQWUH MHGHYDLVWURXYHUTXLpWDLWODPqUHGH7HWURSDUPLOHV invitĂŠs. Et jâ&#x20AC;&#x2122;ai gagnĂŠ ! Une belle bouteille de vin rouge.

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Certaines interactions de ce bal ont totalement changĂŠ ODGUDPDWXUJLHGXĂ&#x20AC;OP Votre nom est assez dur Ă prononcer. Câ&#x20AC;&#x2122;est allemand ? $XWULFKLHQdDVHSURQRQFH>LUHQUHwTXH@HWVLJQLĂ&#x20AC;H URXQGRIJORU\, XQOLHXKRQRULĂ&#x20AC;TXHŠ$OGHQÂŞHVW dâ&#x20AC;&#x2122;origine galloise et veut dire, je crois, ÂŤ vieux sage Âť. Mes parents lâ&#x20AC;&#x2122;ont choisi en rĂŠfĂŠrence Ă  Phil Alden 5RELQVRQOHPHWWHXUHQVFqQHGH-XVTX¡DXERXWGX rĂŞve [du base-­ball avec Kevin Costner], quâ&#x20AC;&#x2122;ils ont vu lâ&#x20AC;&#x2122;annĂŠe de ma naissance. Ce nom compliquĂŠ ne me SRVHDXFXQSUREOqPHWHUPLQpOHYLHLO+ROO\ZRRGR OHVVWDUVSUHQDLHQWGHVSVHXGRVFRPPH5RFN+XGVRQ &DU\*UDQW*DU\&RRSHU5HJDUGH].LUVWHQ'XQVW 9RWUHSURFKDLQĂ&#x20AC;OPGreased, une comĂŠdie romantique ĂŠtrange, est en postproduction. De quoi sâ&#x20AC;&#x2122;agit-­il ? 2KPRQ'LHXF¡HVWWUqVDPXVDQWF¡HVWXQFRXUW mĂŠtrage de cinq minutes rĂŠalisĂŠ par une copine diplĂ´mĂŠe dâ&#x20AC;&#x2122;une ĂŠcole de cinĂŠma. Ă&#x2021;a ne sortira jamais en salles. Je nâ&#x20AC;&#x2122;ai rien tournĂŠ depuis Tetro. Ah bon ? Je vais juste Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcole. Si je reçois un scĂŠnario fort, jâ&#x20AC;&#x2122;irai. Mais pour le moment, jâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtudie. Parmi les scripts, no good damned story ? -¡DLpWpSULVSRXUVL[RXVHSWĂ&#x20AC;OPVTXLQ¡RQWSDVSXVH IDLUHjFDXVHGHODJUqYHGHVVFpQDULVWHVHWGHODFULVH Je lis des trucs inintĂŠressants. Je rĂŠponds quand je vois quelque chose dâ&#x20AC;&#x2122;authentique ou de cool, selon mon intuition, peu importe le genre. Je refuse les teen FRPHGLHVHWM¡DWWHQGVÂŤOHĂ DVKÂł

Tetro

en salles

* Voir extraits p. 203.

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ALDEN EHRENREICH SUITE

LA PHOTO Nous avions pensé à lui pour la couverture de ce numéro jeux, et disposé une centaine de cartes, des dés et des fléchettes sur la moquette crème de la suite 305 de l’hôtel Bristol. Alden apparaît : ce garçon ne semble pas né en 1990. Pas de jeune premier, de minet stylé : ses sapes sont frustes, chemise froissée, fripe velours, baskets sales, maillot de corps très Soprano – un gars normal.

OK, on dirait DiCaprio juvénile, mais qui aurait vécu quatre mois en Argentine avec Vincent Gallo, regard frontal, déjà mûr, lassitude, un rien de jet lag, just gimme some truth. Il s’assoit, une fille le maquille. Se redresse. « Il y a mieux pour exprimer l’amusement. Réfléchissons. » Tourne en rond. « Jouer avec les fleurs ? Une bataille de coussins ? Sauter

par-dessus les fauteuils, sur le canapé, la table ? » Le voilà suant, bondissant, très pro, quinze-vingt fois, pile entre la table en marbre et le lustre à dix mille dollars, sans tomber. Les murs tremblent, le flash de notre photographe explose au bout d’un quart d’heure. R. G.

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MUSIQUE

ARNAUD flEURENTDIDIER Disque ĂŠlĂŠgant, La Reproduction dâ&#x20AC;&#x2122;ARNAUD FLEURENT-DIDIER, 35Â ans, illustre lâ&#x20AC;&#x2122;indĂŠcision du trentenaire dans son environnement naturel. Pop tragi-comique, timbre androgyne, arrangements soignĂŠs : ne cherchez plus, votre nouveau hĂŠros, câ&#x20AC;&#x2122;est lui. ENTRETIEN RICHARD GAITET PHOTOGRAPHIE CLĂ&#x2030;MENT PASCAL

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La Reproduction aborde frontalement cette question : hĂŠsitez-­vous Ă vous reproduire ? Arnaud Fleurent-­Didier : &RPSOqWHPHQW&¡HVW lâ&#x20AC;&#x2122;histoire dâ&#x20AC;&#x2122;un mec qui nâ&#x20AC;&#x2122;arrive pas Ă  faire un gosse. Est-­ce une bonne idĂŠe ? La conclusion, câ&#x20AC;&#x2122;est quâ&#x20AC;&#x2122;il ne sâ&#x20AC;&#x2122;agit pas dâ&#x20AC;&#x2122;une LGpH, bonne ou mauvaise : il sâ&#x20AC;&#x2122;agit [comme dans lâ&#x20AC;&#x2122;une des chansons] de rater son risotto aux courgettes et la meuf vous saute dessus. Câ&#x20AC;&#x2122;est comme ça quâ&#x20AC;&#x2122;ils font des gamins, mes copains. Ă&#x2021;a les dĂŠpasse. Personne ne mâ&#x20AC;&#x2122;a jamais dit : ÂŤ Maintenant TXHMHJDJQHELHQPDYLHTXHM¡DLSOHLQG¡LGpHVVXUOH PRQGHTXHM¡DLSDVVpWRXVOHVFDSVLPSRUWDQWVGHPD YLHG¡KRPPHÂŤÂť Le hĂŠros se pose la question sans arrĂŞt, puis ne sait plus. Et ce nâ&#x20AC;&#x2122;est pas grave. Vous interrogez aussi la reproduction des comportements parentaux. Les vĂ´tres ont-­ils ĂŠcoutĂŠ lâ&#x20AC;&#x2122;album ? 2XL/ DOEXPDpWpĂ&#x20AC;QLTXDQGLOVQ¡DOODLHQWSDVELHQ donc je lâ&#x20AC;&#x2122;ai fait par touches. Ils mâ&#x20AC;&#x2122;ont dit ce qui les gĂŞnait, sans plus. Je pense quâ&#x20AC;&#x2122;ils sont contents, ce disque me semble bourrĂŠ de tendresse. La question

G¡DYRLUWUDQFKpDYHFHX[P¡DREVpGpFHVGHUQLqUHV DQQpHVPRQSqUHIXWFRPPXQLTXDQWGDQVXQH IpGpUDWLRQG¡LQGXVWULHWHFKQLTXHPDPqUH'5+ Je les regarde, je les analyse, je les commente, et SRXUWDQWMHVHQVTXHoDSRXVVHHQPRL²M¡LPDJLQH TXHSHXWrWUHMHEDLVHFRPPHPRQSqUH5DVVXUH] vous, je ne lâ&#x20AC;&#x2122;ai jamais vu faire. Physiquement, je lui ressemble pas mal, avec les annĂŠes, ça sâ&#x20AC;&#x2122;accentue. Ce mimĂŠtisme collait Ă mon obsession : comment je vais me reproduire, moi ? câ&#x20AC;&#x2122;est quoi mon projet de vie ? de WUDQVFHQGDQFH"-HIDLVTXRLGHFHPRGqOHDYHFPHV poils au mĂŞme endroit ? MĂŞme si je joue au rebelle, il y a toujours un truc Ă  lui qui me rattrapera. Houellebecq : ÂŤ 2QĂ&#x20AC;QLWWRXMRXUVSOXVRXPRLQV Ă  ressembler Ă  son père, voilĂ  une vĂŠritĂŠ qui retombe sur moi avec lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠlĂŠgance dâ&#x20AC;&#x2122;un bloc de bĂŠton. Âť -HPHVHQVWUqVSURFKHGHFHVHQWLPHQW Et aussi pour son regard dĂŠsabusĂŠ sur la solitude urbaine, la France, lâ&#x20AC;&#x2122;ironie glacĂŠeâ&#x20AC;Ś ce disque est-­il houellebecquien ? +RXHOOHEHFTDHQUHJLVWUpXQWUqVERQDOEXP parlĂŠ/chantĂŠ [3UpVHQFHKXPDLQH, 2000]. Jâ&#x20AC;&#x2122;ai lu /HV3DUWLFXOHVpOpPHQWDLUHVet/D3RVVLELOLWpG¡XQH ĂŽle, sans fascination. Sâ&#x20AC;&#x2122;il y a un hĂŠritage commun, câ&#x20AC;&#x2122;est peut-­être CĂŠline, mon ĂŠcrivain prĂŠfĂŠrĂŠ, pour ses sauts dâ&#x20AC;&#x2122;un ton Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;autre. 0RUWjFUpGLW, les larmes que ça provoqueâ&#x20AC;Ś et le rire. Je sors des+HUEHVIROOHV G¡$ODLQ5HVQDLV>R'XVVROOLHUSHQVHŠ&¡HVWPRQĂ&#x20AC;OV HWLOQHYHXWSDVG¡HQIDQW&¡HVWYUDLoDVHUHSURGXLUH jTXRLERQ" Âť]. Jâ&#x20AC;&#x2122;aime ce travail sur la diction, les voix. Lâ&#x20AC;&#x2122;intro dite par Baer est brillante. Et mĂŠlange les tons. Comment doser entre premier et second degrĂŠs ? Entre la blague du Risotto aux courgettes et cette dĂŠclaration Ă  cĹ&#x201C;ur ouvert Ă  votre père, Si on se dit pas tout ? Je construis les disques comme un Lego. Au dĂŠbut, jâ&#x20AC;&#x2122;ai Si on se dit pas tout : câ&#x20AC;&#x2122;est ĂŠmouvant. Ensuite,

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INTERVIEW

« Comment je vais me reproduire, moi ? »

Arnaud FleurentDidier au Parc Monceau, Paris, novembre 2009

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MUSIQUE

La Reproduction

Columbia / Sony Live!

A. F.-D. reproduit son disque le 8 janvier à Nantes, le 9 à Saint-Lô, le 12 à Paris en première partie de Air.

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ARNAUD flEURENTDIDIER SUITE

t UNE CHANSON

ÂŤ Ne sois

pas trop exigeant Âť

je trouve 0pPp gag niaiseux avec ÂŤ Dis Papa, GLV0DPDQFRPPHQWF¡pWDLW0DL" Âť, lĂ jâ&#x20AC;&#x2122;ai une problĂŠmatique. Puis je trouve un bon dĂŠbut avec France Culture. Ensuite, je bosse pour crĂŠer des IDXVVHVSLVWHVVLQRQF¡HVWWHUQHWURSVLQFqUHJrQDQW Dâ&#x20AC;&#x2122;ailleurs, dans Si on se dit pas tout, jâ&#x20AC;&#x2122;aurais pas dĂť tout mettre. Et la musique permet de varier. Câ&#x20AC;&#x2122;est pas mal quâ&#x20AC;&#x2122;on rigole, quâ&#x20AC;&#x2122;on soit triste, quâ&#x20AC;&#x2122;on tape du pied, quâ&#x20AC;&#x2122;on interroge, quâ&#x20AC;&#x2122;on rime bien, quâ&#x20AC;&#x2122;on rime mal, les contrastes assez forts. Vous sentez-­vous très loin ou pas si loin de Delerm, Katerine, Biolay ?

Le trentenaire cĂŠlibataire de lâ&#x20AC;&#x2122;album, câ&#x20AC;&#x2122;est vous ? Je fais des chroniques de vie, je nâ&#x20AC;&#x2122;ai pas dâ&#x20AC;&#x2122;autre idĂŠe. Mon prĂŠcĂŠdent, 3RUWUDLWGXMHXQHKRPPHHQ artiste [2004], ĂŠtait plus intime. LĂ , jâ&#x20AC;&#x2122;introduis une OpJqUHGLVWDQFHDYHFODSURGXFWLRQSDUH[HPSOHGHV coups de fouet, je ne fouette pas. Il y a des mensonges et des vĂŠritĂŠs, comme ça câ&#x20AC;&#x2122;est moins chiant. Avec un peu dâ&#x20AC;&#x2122;acting. Je ne pense pas ĂŞtre auteur. Je suis ce TXHM¡pFULV-HSUpIqUHOHVFKDQVRQVDX[FKDQWHXUV Comment traduire le disque en live ? 2QDFUppXQSHWLWVSHFWDFOHDYHFGHX[Ă&#x20AC;OOHVVXSHU guitare et claviers, pour jouer les chansons dans

ÂŤ Jâ&#x20AC;&#x2122;IMAGINE QUE, PEUT-Ă&#x160;TRE, JE BAISE COMME MON PĂ&#x2C6;RE. Âť Ce nâ&#x20AC;&#x2122;est pas vraiment ma famille. Je cĂ´toie plutĂ´t Daft Punk, Phoenix, jâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtais hier au concert du pianiste MDSRQDLV5\Â&#x20AC;LVKL6DNDPRWRDYHF$LUHW;DYLHU9HLOKDQ RQOLWOHVPrPHVOLYUHVRQYRLWOHVPrPHVĂ&#x20AC;OPV$YHF Katerine, on est un peu copains, mais il y a une sorte de compĂŠtition, qui nâ&#x20AC;&#x2122;existe pas avec Daft Punk et Phoenix, qui me parlent de Pagnol en ĂŠcoutant mon disque. Les chanteurs français que jâ&#x20AC;&#x2122;ai rencontrĂŠs ne SDUOHQWSDVG¡DUWLOVDLPHQW%UDVVHQVRX*DLQVERXUJ. Alors que Daft Punk aime 3KDQWRPRIWKH3DUDGLVH[de Brian de Palma]. Jâ&#x20AC;&#x2122;ai lu Ă propos de France Culture que ce serait ÂŤ 'HOHUPTXLVHEDWGDQVODERXHDYHF 6pEDVWLHQ7HOOLHUVXUXQHERXFOHGH*DLQVERXUJ Âť. 7RXW ça parce que jâ&#x20AC;&#x2122;ai eu la maladresse de faire du QDPH dropping et quâ&#x20AC;&#x2122;avec la basse, les cordes, les gens SHQVHQWj*DLQVERXUJTXLQ¡HVWSDVGXWRXWPRQ hĂŠros ! Câ&#x20AC;&#x2122;est ĂŠnervant. Mais on sâ&#x20AC;&#x2122;en fout.

lâ&#x20AC;&#x2122;ordre, avec des images. Jâ&#x20AC;&#x2122;auditionne le batteur. Je ne suis pas un homme de live, il y a du boulot. Que restera-­t-­il, musicalement, des annĂŠes 00 ? La compression dĂŠgueulasse, abusĂŠe, ĂŠtriquĂŠe, de lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcole Ed Banger, tout le temps Ă bloc, les basses cassĂŠes de Justice. Jâ&#x20AC;&#x2122;aime bien SebastiAn. EsthĂŠtiquement, ils apportent un nouveau son. Que vous souhaitez-­vous pour les annĂŠes 10 ? (QUHJLVWUHUXQDXWUHGLVTXHDXVVLELHQ-HSUpIqUHOH prĂŠcĂŠdent, mais /D5HSURGXFWLRQ a plus de potentiel pour toucher les gens. Entre les deux, jâ&#x20AC;&#x2122;ai eu un accident au cerveau, jâ&#x20AC;&#x2122;ai ĂŠcrit des bandes originales pour un rĂŠalisateur norvĂŠgien, deux longs, trois courts, pas grand-­chose. Les maisons de disques ne comprennent pas que pour avoir des idĂŠes, il faut que je vive quatre ans minimum. Il va falloir que M¡DFFpOqUHÂł

Extension du domaine de la dĂŠprime, quand les marmots bourgeonnent, Ă la coule.  Sur lâ&#x20AC;&#x2122;avenue pleine de pauvres gens / Un travelo me dĂŠpasse / Son beau cul efficace mâ&#x20AC;&#x2122;hypnotise un moment / Ne sois pas trop exigeant / La seule fille baisable du feu / Mâ&#x20AC;&#x2122;accorde un petit regard / Un petit regard câ&#x20AC;&#x2122;est bien peu / Et puis ça vaut rien dire / Un petit regard ça fait plaisir / Ne sois pas trop exigeant [â&#x20AC;Ś] / Papa et Maman vieillissent et la famille change / Les courses dans le frigo pourrissent / Et personne ne les mange / Regarde certaines femmes sont dĂŠsirables / Et mĂŞme quand on les dĂŠshabille / Tu restes assez prĂŠsentable / Tu pourrais peut-ĂŞtre te reproduire [â&#x20AC;Ś] / Tu jouis trois Ă  quatre fois par jour / Tu appelles ça faire lâ&#x20AC;&#x2122;amour / Ou bien tu vas au square au milieu des nounous / Tu vas tâ&#x20AC;&#x2122;asseoir entre deux poussettes Ă  trois roues / Mater les bourgeoises qui sâ&#x20AC;&#x2122;entretiennent / Encore folles de leurs culs ou disons fières / Celles qui se tiennent un petit peu en arrière / Avec leurs histoires de pâ&#x20AC;&#x2122;tits, leurs histoires de psy / Leurs apĂŠros parties leurs souvenirs du samedi / Ne sois pas trop exigeant / Je vais au square oĂš y a des enfants qui mâ&#x20AC;&#x2122;ressemblent / Je les regarde et quand ils me sourient / Je tremble / Ne tâ&#x20AC;&#x2122;habitues pas aux choses qui finissent / Et tu seras longtemps heureux mon fils / Le bonheur est Ă  portĂŠe de main / Demain. 

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BREF

une fragrance Le parfum STANDARD COMME DES GARÇONS est unisexe comme son nom et celui de la marque l’indiquent. On ne sait pas s’il est SOXV PRGH UDSSRUW j OD WUqV FKLF griffe japonaise du faubourg Saint-­ +RQRUp  TXH FXOWXUH OH GHVLJQ SDU $UWHN 678',2·V  ([DFWHPHQW comme ce que vous être en train de tenir entre vos mains. M. A.

CONSOMMONS PENDANT QU'IL EST un accessoire ENCORE TEMPS

Un bracelet qui donne l’heure, vous y auriez pensé, vous ? Sous la houlette de Hironao Tsuboi, 100 %, le remarquable site de vente nippo-nippon (seuls les heureux insulaires peuvent commander leurs produits en ligne) propose des objets simples, intelligents et surtout, en ces temps de bling assumé, sobres. Ça fait du bien. D. G. SHUVWRUHFRP

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RovenVLJQLÀH©YROHUªHQQpHUODQGDLV Mais c’est entre de bonnes mains que cette revue bi-­annuelle sur le dessin contemporain se trouve : celles de -RKDQD &DUULHU HW 0DULQH 3DJqV /H numéro deux est disponible dans les librairies d’art. Il « critique » l’art du dessin avec un rubriquage intelligent et une maquette qui sublime l’œuvre sans l’étouffer. La couverture est FRQVDFUpH DX GXR +LSSRO\WH +HQWJHQ dont les traits rappellent les années 30. C. C.

URYHQUHYXHEORJVSRWFRP

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des gants clever PlantĂŠ du bâton et SMS tactiles ne sont plus incompatibles grâce Ă ces gants de ski E-Tip de The North Face composĂŠs de Xstatic â&#x20AC;&#x201C; matière qui conduit la chaleur GXFRUSVSDUOHELDLVGHĂ&#x20AC;ODPHQWVG¡DUJHQW Mon petit Charles, geek doublĂŠ nerd, WHV WHQGRQV Ă pFKLVVHXUV WD SKDODQJH proximale et ton muscle interosseux palmaire vont pouvoir me transmettre la chaleur de ton cĹ&#x201C;ur sans te geler les doigts. A.-S. M. WKHQRUWKIDFHFRP

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Bonjour, Veuillez trouver ci-joint une chaussure de pied droit de la marque Firetrap appelĂŠe la moustashoe. Ci-joint ĂŠgalement, une idĂŠe importĂŠe de Londres, signĂŠe des très puĂŠriles designers anglais Lazy Oaf. Câ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait un communiquĂŠ comme lâ&#x20AC;&#x2122;on en trouve dans les emails rasoirs. Cordialement. M. A. (QYHQWHFKH]EDOWKDVDUGFRP

des accessoires

Fan des annĂŠes 80, fan jusquâ&#x20AC;&#x2122;au bout des mainsâ&#x20AC;Ś Un Rubikâ&#x20AC;&#x2122;s cube, câ&#x20AC;&#x2122;est chiant, un vrai casse-tĂŞte impossible Ă boucler, mais un sac Rubikâ&#x20AC;&#x2122;s cube par le pape du style occidentalojaponais Issey Miyake, câ&#x20AC;&#x2122;est moins compliquĂŠ ! Enfin, on peut aussi y passer des heures Ă  chercher un rouge Ă  lèvre... A.-S. M. isseymiyake.co.jp

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Le bimestriel Le Tigre, ÂŤ curieux magazine curieux Âť, publie des dossiers très soignĂŠs sur ÂŤ le quadrilatère Âť, des photos bizarres, des avis sur lâ&#x20AC;&#x2122;amour, GHV Ă&#x20AC;FKHV VXU 6SLQR]D HW les ĂŠpinards, des extraits du blog DXWRĂ&#x20AC;FWLI dâ&#x20AC;&#x2122;Eric Chevillard et, diantre, un cahier jeux très ĂŠlaborĂŠ. Cet hiver, mettez du Tigre dans votre moiteur. R. G. OHWLJUHQHW

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un accessoire Vous nâ&#x20AC;&#x2122;avez pas pu vous offrir LA veste Ă ĂŠpaulettes dont vous rĂŞviez parce que vous ĂŠtiez en mission au Mali pendant la pĂŠriode des soldes ? On va vous en apprendre une bonne : sur le continent europĂŠen, le must du style, câ&#x20AC;&#x2122;est le look Dynastie, et pour ça, quoi de mieux que le cache ĂŠpaules en fausse fourrure Anne Fontaine ? Ben nous, on voit pas. A.-S. M. annefontaine.com

des fringues Lacoste red bondit cet ĂŠtĂŠ. La prochaine collection sâ&#x20AC;&#x2122;articulera autour de deux thèmes. Le premier est inspirĂŠ du mythe amĂŠricain ÂŤ Into the wild Âť avec des carreaux, des capuches en molleton, des blouson en popeline et le second des mythes enfantins (cf. photo) : des couOHXUVĂ DVK\GHVUD\XUHVHWGHVFDUGLJDQV comme sortis dâ&#x20AC;&#x2122;une bd imaginaire entre Spirou et un tableau de Keith Haring. M. A. ODFRVWHIU

De la mode Un cycliste du Nord, un ingĂŠnieur en mĂŠcano n u c l ĂŠ a i r e o u u n spationaute ? A qui notre styliste fĂŠtiche et douĂŠ Olivier Mulin a-­t-­il pensĂŠ lorsque, chez Paul & Joe, FHWWHWHQXHWUqVGDQG\FKLF façon Zoolander mission Star Trek lui est passĂŠe VRXV OHV \HX[ " 5pVHUYH] vite votre combi argentĂŠe avant que lâ&#x20AC;&#x2122;hiver lunaire ne se termine ! A.-­S. M.

paulandjoe.com

un meuble La BoĂŽte concept Première, merveille rĂŠtro-futuriste inspirĂŠe des bornes arcades est une invention festive et dĂŠcorative de Guillaume Cagniard, ancien directeur artistique de lâ&#x20AC;&#x2122;agence de publicitĂŠ TBWA. A lâ&#x20AC;&#x2122;intĂŠrieur, un Mac en wifi, une station dâ&#x20AC;&#x2122;accueil pour iPod et des bonnes vieilles enceintes acoustiques : un bon moyen

design de rĂŠunir en un seul objet high tech old school son matĂŠriel hifi et son ordinateur. De bons moyens aussi il faut avoir : 9600 euros (rĂŠtro-projecteur en option) ! Pour rembourser votre caprice, faites payer lâ&#x20AC;&#x2122;entrĂŠe des dĂŽners chez vous Ă  vos amis et faites-leur des boĂŽtes de haricots. C. C. laboiteconcept.com

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de la Musique Une vie Yves Saint-Laurent, coffret dâ&#x20AC;&#x2122;Alain Chamfort et Pierre-­ Dominique Burgaud (auteur du Soldat rose), câ&#x20AC;&#x2122;est quinze chansons romanesques correspondant aux moments importants de la vie du couturier. Phase ascendante :

du rangement Pantone multiplie les collaborations et les best-sellers. Après les mugs, les t-shirts, les sacs, le Rubikâ&#x20AC;&#x2122;s cube imaginĂŠ par le designer Ignacio Pilotto â&#x20AC;&#x201C; qui, pour une raison inconnue et frustrante, nâ&#x20AC;&#x2122;a pas ĂŠtĂŠ commercialisĂŠ â&#x20AC;&#x201C;, câ&#x20AC;&#x2122;est Ă lâ&#x20AC;&#x2122;innovante maison de design italien (dĂŠcidĂŠment fort) Seletti de proposer le nouveau nĂŠ de la Pantone mania : des boĂŽtes de rangement (Ă  pipe, prĂŠservatifs, boules de Geisha etcetera) au nombre de cinq, 16 euros chacune : violet, jaune, vert, rouge et gris. Seletti a ĂŠgalement travaillĂŠ sur des chaises, mais elles sont moins belles et on ne peut rien mettre dedans. C. C. FRQUDQVKRSIU

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naissance Ă Oran, dĂŠbuts chez Dior, rencontre de lâ&#x20AC;&#x2122;amour (/HV GHX[ QH IRQW TX¡XQ), VXFFqV G¡HVWLPH HW G¡DUJHQW (6PRNLQJ RU QRW VPRNLQJ) ; puis descendante : lâ&#x20AC;&#x2122;alcool, la drogue, la dĂŠpression (Les Muses, 4XDQG on a tout connu) mais toujours ce fond palpitant, empreint dâ&#x20AC;&#x2122;art et de soleil marocain. Disque histoire comme Melody Nelson GH*DLQVERXUJRXBerlin de Lou 5HHG (FRXWp HW DSSUpFLp SDU Yves Saint Laurent, le disque, enregistrĂŠ de novembre Ă  avril 2008, ne sort que maintenant, ayant Ă  la demande de Pierre Berger respectĂŠ une pĂŠriode de deuil. Le temps aussi, depuis le 2 juin 2008, dâ&#x20AC;&#x2122;ajouter une VHL]LqPH FKDQVRQ OD GHUQLqUH ÂŤ Ce nâ&#x20AC;&#x2122;est pas dans les UpGDFWLRQV TXH O¡RQ ERXVFXOH OHV conventions Âť entend-­on dans 3UrWjSRUWHU. Peut-­être, mais on y parle de choses biens. M. A.

Disponible en librairie (distribution Albin Michel) et sur YHQWHSULYHHFRP

un comics Sans Steve Ditko, 92 ans, pas de Frank Miller (Sin City, The Dark Knight Returns) ni de frères Hernandez (Love and Rockets). Plongez dans le premier volume de Strange Suspense : The Steve Ditko Archives (ĂŠditions Fantagraphics),  compilation des travaux initiaux (1953-1954) du master amĂŠricain, bourrĂŠs dâ&#x20AC;&#x2122;histoires criminelles des fifties, de femmes fatales et de bains dâ&#x20AC;&#x2122;acide. Ressortie ĂŠgalement du n°1 de son Mr. A, le justicier qui voit le monde en noir et blanc. J.-E. D. fantagraphics.com

du cuir Chaque annĂŠe Absolut habille dâ&#x20AC;&#x2122;une nouvelle robe son emblĂŠmatique bouteille, chère aux soirĂŠes et indispensable ingrĂŠdient de nos cocktails Tatin (dĂŠlicieux vodka-pomme-cannelle). Après le sequin rouge très girly de la dernière ĂŠdition, on a droit cet hiver Ă un design rock : chic, insolent, qui se frotte contre les autres spiritueux des rayons alcool, Ă  frĂŠquenter somme toute modĂŠrĂŠment. C. C. DEVROXWFRP

un sac

Angleterre, an de grâce 1205, ta cotte de maille te gratte. Huit siècles plus tard, Bottletop et Fenchurch revisitent le Moyen-Age avec des capsules de canettes. Câ&#x20AC;&#x2122;est arty et bien foutu, et en plus ça recycle des morceaux dâ&#x20AC;&#x2122;alumium. On se demande ce quâ&#x20AC;&#x2122;ils vont nous prĂŠparer avec le reste de la canette et pourquoi des bananes ? A.-S. M. bottletop.org

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ENVIRONNEMENT

RENDRE LE MAKI Produit par CAPA, le documentaire GLOBAL SUSHI enquĂŞte sur la disparition du thon rouge : plus piquant quâ&#x20AC;&#x2122;un pot de wasabi.

PAR MARGAUX DUQUESNE

ÂŤ5HSDVLGpDOGXXXIeVLqFOHUDSLGHVDLQERXUUp G¡RPpJDH[RWLTXHWHQGDQFHHQTXLQ]HDQVOHVXVKL a FRQTXLVODSODQqWHÂŞ+pODVOHVWDSLVURXODQWVGHV restaurants sont plus rapides que la reproduction des poissons et les rĂŠserves naturelles sâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpuisent. Câ&#x20AC;&#x2122;est la chair de *OREDO6XVKLhabilement sous-­titrĂŠ : 'HPDLQ QRVHQIDQWVPDQJHURQWGHVPpGXVHVA la base de ce saisissant documentaire sur le ÂŤ QRXYHOKDPEXUJHU GLpWpWLTXHÂť, un livre-­enquĂŞte, 7KH6XVKL(FRQRP\ ²SXEOLpHQSDUODMRXUQDOLVWHDPpULFDLQH 6DVKD,VVHQEHUJ²DOLELDXriz gluant pour parler de la santĂŠ des ocĂŠans. ÂŤ /DELRGLYHUVLWpPDULWLPHHW WHUUHVWUHHVWO¡XQGHVSUHPLHUVSUREOqPHVjUpVRXGUH DYDQWPrPHOHUpFKDXIIHPHQWFOLPDWLTXHPrPHVL WRXWHVWOLpÂŞV¡LQTXLqWH-HDQ3LHUUH&DQHWO¡XQGHV trois rĂŠalisateurs. ÂŤ /HVXVKLHVWOHV\PEROHFLWDGLQHW EUDQFKpGHQRWUHFRQVRPPDWLRQGHSRLVVRQ2QQHIDLW SOXVOHOLHQDYHFFHTXHO¡RQPDQJHÂŞ/HVXFFqVGHFH plat traditionnel, cuisinĂŠ les jours de fĂŞte, met en pĂŠril la survie du thon rouge mĂŠditerranĂŠen, dont le WWF annonce la disparition pour 2012 !

Les images Ă bord du -DFN$EU\, ambiance glaciale, sont impressionnantes : de la pĂŞche de destruction PDVVLYH9LFWLPHVFROODWpUDOHVOHVSRLVVRQV ÂŤ accessoires Âť, pris puis rejetĂŠs Ă  la mer, tels ces requins pour lesquels on nâ&#x20AC;&#x2122;a pas encore ÂŤ WURXYpGH FRPPHUFLDOLVDWLRQ Âť. A dâ&#x20AC;&#x2122;autres on retire nĂŠanmoins le foie et la peau pour fabriquer des chaussures ou des cosmĂŠtiques. (WOHVFRQWU{OHV"/¡,&&$7 &RPPLVVLRQLQWHUQDWLRQDOH pour la conservation des thonidĂŠs de lâ&#x20AC;&#x2122;Atlantique) UHQGGHVUDSSRUWVGHUpSDUWLWLRQGHVTXRWDV²MDPDLV respectĂŠs. A Madrid en octobre dernier, elle sonnait encore lâ&#x20AC;&#x2122;alarme : il resterait 15 % de capacitĂŠ de reproduction du thon rouge. Jean-­Pierre Canet : Š/¡LQGXVWULHHVWLQWpUHVVpHSDUOHVJURVWKRQVOHV SOXVYLHX[TXLVRQWOHVPHLOOHXUVUHSURGXFWHXUVÂť Quelques restaurateurs rĂŠagissent : la chaĂŽne 5HODLV &KkWHDX[FRPPHFHUWDLQVVXSHUPDUFKpV britanniques, sâ&#x20AC;&#x2122;est engagĂŠe Ă  ne plus servir de thon rouge dâ&#x20AC;&#x2122;Atlantique et de MĂŠditerranĂŠe. ÂŤ Les espèces VRQWIUDJLOHVÂŞH[SOLTXHGDQVOHĂ&#x20AC;OP3KLOLSSH&XU\ de lâ&#x20AC;&#x2122;Institut de recherche pour le dĂŠveloppement. ÂŤ (OOHVRQWEHDXSRQGUHEHDXFRXSG¡¹XIVVLRQOHV VXUH[SORLWHHOOHVV¡HIIRQGUHQW(WQHUHYLHQQHQWSDV Âť Câ&#x20AC;&#x2122;est bateau, mais câ&#x20AC;&#x2122;est vrai. â&#x20AC;&#x201D;

ÂŤ POISSONS ACCESSOIRES Âť $SUqVRQ]HPRLVGHWRXUQDJH*OREDO6XVKL²WUqV rĂŠussi visuellement mais souffrant dâ&#x20AC;&#x2122;un surpoids dâ&#x20AC;&#x2122;infos, comme quand on sort le ventre plein de FDOLIRUQLDUROOV²VHEDODGHDX[States, sur les marchĂŠs VpQpJDODLVGXSRUWGH6qWHjO¡vOHGH&KLORpDX&KLOL $XODUJHGHO¡(FRVVH;DYLHU/pDXWpFDSLWDLQHGX chalutier -DFN$EU\,, du groupe IntermarchĂŠ, raconte quâ&#x20AC;&#x2122;avant, il pĂŞchait cinquante tonnes par prise alors TX DXMRXUG KXLOHVĂ&#x20AC;OHWVQ HQFRPSWHSOXVTXHYLQJW Une catastrophe pour Claire Nouvian, fondatrice de lâ&#x20AC;&#x2122;association Bloom de protection des ocĂŠans : ÂŤ Le FKDOXWLHUF¡HVWXQEXOOGR]HU&RPPHVLRQDEDWWDLWWRXV OHVSRPPLHUVSRXUUDPDVVHUOHVSRPPHV Âť Global Sushi Demain nos enfants mangeront des mĂŠduses

de Jean-Pierre Canet, Jean-Marie Michel et Damien Vercaemer Sur Canal+ le 1er fĂŠvrier, 20 h 50

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Lâ&#x20AC;&#x2122;A

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AUTOMOBILES DE LĂ&#x2030;GENDE

LA PHANTOM 1928 DE SERGE GAINSBOURG RessuscitĂŠ sur grand ĂŠcran, Lâ&#x20AC;&#x2122;HOMME Ă&#x20AC; TĂ&#x160;TE DE CHOU aimait Ă renverser les cyclistes aux cheveux rouges au volant de sa Rolls â&#x20AC;&#x201C; du moins en chanson.

1970, Serge est avec Jane en Yougoslavie, sur le WRXUQDJHGHGHX[Ă&#x20AC;OPVPpGLRFUHV,OMRXHGHVSHWLWV rĂ´les mais sâ&#x20AC;&#x2122;est surtout dĂŠplacĂŠ pour garder lâ&#x20AC;&#x2122;Ĺ&#x201C;il sur VDĂ&#x20AC;DQFpH²FDUDSUqVXQDQHWGHPLGHYLHFRPPXQH LOHVWWRXMRXUVDXVVLMDORX[,OUpĂ pFKLWDORUVjVD grande Ĺ&#x201C;uvre, celle qui bluffera Jane : Histoire de Melody Nelson3UREOqPHO¡LQVSLUDWLRQQHYLHQWSDV *DLQVERXUJĂ&#x20AC;QLWSDUVHIDLUHH[SXOVHUGXSD\VSRXU ²GpMj²XQHDIIDLUHGHELOOHWEUXOp'DQVVHVYDOLVHV LOUDPqQHVRQFDFKHWG¡DFWHXUGHTXRLVHSD\HUVRQ UrYHXQH5ROOV5R\FH1RQSDVŠXQH6LOYHU*KRVWGH 1910 Âť, comme on lâ&#x20AC;&#x2122;entend sur Melody, le futur titre introductif, Gainsbourg (vie hĂŠroĂŻque) mais une Phantom de 1928. de Joann Sfar, en salles le 20 janvier PAR YAN-ALEXANDRE DAMASIEWICZ REMERCIEMENTS GILLES VERLANT*

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ZIGZAGS & GLAVIOTS 8QYUDLFDSULFHFDU*DLQVERXUJQ¡DSDVVRQ permis. Dâ&#x20AC;&#x2122;ailleurs, il ne sait pas du tout conduire. Pour preuve, la vidĂŠo dâ&#x20AC;&#x2122;8QHSHWLWHWDVVHG¡DQ[LpWp, HQUHJLVWUpHHQGXRDYHF*LOOLDQ+LOOVSRXUXQÂŤ Salon de lâ&#x20AC;&#x2122;Auto ! Le pauvre Serge, au volant dâ&#x20AC;&#x2122;une 6XQEHDP$OSLQH ODSUHPLqUHYRLWXUHGH-DPHV%RQG  se traĂŽne lamentablement dans les allĂŠes du bois de Boulogne, dĂŠpassĂŠ par ceux qui parviennent Ă ĂŠviter ses zigzags. Ce qui ne lâ&#x20AC;&#x2122;empĂŞche pas dâ&#x20AC;&#x2122;apprĂŠcier les virĂŠes en cabriolet, et surtout de se faire OLIWHUpar les copains. (QLOSDUWHQWRXUQpHDYHF%UHO*UDQG-DFTXHV roule en dĂŠcapotable et Serge ne rate pas une occasion pour monter avec lui. Leur jeu prĂŠfĂŠrĂŠ : cracher en calculant son coup pour quâ&#x20AC;&#x2122;avec le vent, le glaviot atterrisse sur le visage de lâ&#x20AC;&#x2122;autre. Peu probable quâ&#x20AC;&#x2122;il joue Ă  ça avec Jane, dix ans plus tard, lorsquâ&#x20AC;&#x2122;il loue une gigantesque Lincoln avec chauffeur pour, comme dâ&#x20AC;&#x2122;habitude, la surveiller et lâ&#x20AC;&#x2122;impressionner sur le tournage de La Piscine (Jacques Deray, 1969), des fois que Delonâ&#x20AC;Ś Elle nâ&#x20AC;&#x2122;en aura que faire, de la voiture, prĂŠfĂŠrant lâ&#x20AC;&#x2122;utiliser pour stocker les couches GHVDMHXQHĂ&#x20AC;OOH.DWHDXJUDQGGpVHVSRLUGH6HUJH VENUS Dâ&#x20AC;&#x2122;ARGENT (WOD5ROOV"(OOHQHURXOHUDVDQVGRXWHSDVSOXV GHTXHOTXHVFHQWLPqWUHVGDQVOHVWXGLRGH-HDQ &KULVWRSKH$YHUW\TXLUpDOLVDOHEL]DUUHĂ&#x20AC;OPPXVLFDO de Melody Nelson*DLQVERXUJODŠFRQGXLWÂŞGDQV une zone dangereuse, isolĂŠe, avant dâ&#x20AC;&#x2122;en perdre le contrĂ´leâ&#x20AC;Ś vous connaissez la suite. La voiture sera revendue quelques annĂŠes plus tard et il nâ&#x20AC;&#x2122;en gardera quâ&#x20AC;&#x2122;un fascinant souvenir, la Venus G¡DUJHQWGXUDGLDWHXUGRQWOHVYRLOHVOpJHUVYROHQW DX[DYDQWSRVWHV. On le reverra ensuite dans des 5ROOVG¡HPSUXQWSRXUOHVJUDQGHVRFFDVLRQV FRQIRUWDEOHPHQWLQVWDOOpjO¡DUULqUHSLORWpHVSDUXQ YLGHXUGX3DODFH$O¡HQWHUUHPHQWGH3DFDGLVRXDSUqV avoir achetĂŠ le manuscrit original de la Marseillaise DX[HQFKqUHV&HUWDLQHVGHFHVVFqQHVVRQWĂ&#x20AC;GqOHPHQW UHSULVHVGDQVOHĂ&#x20AC;OPGH-RDQQ6IDU*DLQVERXUJ YLH KpURwTXH TXHO¡RQYRXVUHFRPPDQGH3RXUOD5ROOVOD YUDLHSURFXUH]YRXVOHĂ&#x20AC;OP0HORG\1HOVRQÂŤavec en prime les dĂŠhanchements de Jane. â&#x20AC;&#x201D; * Gainsbourg (Albin Michel)

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VOYAGE L’ENQUÊTE FLEUVE

Serbie

LA DÉMOCRATIE DES LUCIOLES

Estampillée « peuple-boureau » dans les années 90, la SERBIE ouvre ses frontières et sa jeunesse exulte : plus besoin de visa pour voyager en Europe. Happy together ? Entre ciné underground, jolies filles et débat sur l’adhésion à l’Union, reportage au long cours. Par Antoine Couder (à Belgrade) Photographie David Dudouit & Tomislav Peternek

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SEXE, MENSONGES ET HÉROÏNE AU CINÉMA BALKAN

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elgrade, premier jour de l’hiver, brutal et sans concession. La ville recroqueville son vieux fond oriental sous sa dignité slave, du Sud précisément. Ses habitants, s’ils sont tous Serbes (c’est à voir), sont de vagues cousins GHVGHVFHQGDQWVGHV,OO\ULHQV6RLWGHV*UHFVTXLRQW tourné Ottomans en gardant les pieds en Europe. C’est un peuple de seigneurs médiévaux, mélange de guerriers et de paysans qui attendent la neige. Classe.

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Š Tomislav Peternek

Arnaud FleurentDidier au Parc Monceau, Paris, novembre 2009

&DUVLOD6HUELHDSHUGXVRQDFFqVjODPHUVXLWHDX[ GHUQLqUHVJXHUUHVLOOXLUHVWHODEHDXWpYLUJLQDOHGHVHV hivers. Nous sommes au cinĂŠma Balkan, au centre dâ&#x20AC;&#x2122;une ville qui palpite de son gros million dâ&#x20AC;&#x2122;habitants. 'HKRUVFLUFXOHQWGHJURVVHVYRLWXUHVPRGqOHVGHUQLHU cri. Lâ&#x20AC;&#x2122;argent circule mais pas entre toutes les mains, HWVXUWRXWSDVOjRRQO¡DWWHQGUDLW A lâ&#x20AC;&#x2122;intĂŠrieur, dans ce dernier carrĂŠ de la cinĂŠphilie serbe, on se presse pour dĂŠcouvrir le brulĂ´t subversif du jeune Mladen Djordjevic, =L]RW,VPUWSRUQREDQGH, JURVVLqUHPHQW9LHHWPRUWG¡XQHEDQGHSRUQR/HĂ&#x20AC;OP conte lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpopĂŠe dâ&#x20AC;&#x2122;un jeune rĂŠalisateur qui sâ&#x20AC;&#x2122;essaie Ă lâ&#x20AC;&#x2122;industrie porno sans convaincre des producteurs

dĂŠsorientĂŠs par son approche underground. Il quitte alors Belgrade Ă bord dâ&#x20AC;&#x2122;un bus avec une brochette dâ&#x20AC;&#x2122;acteurs de la vraie vie pour un voyage porno-­ libĂŠrateur Ă  la campagne. La rencontre est heureuse et champĂŞtre jusquâ&#x20AC;&#x2122;Ă  ce que le mal surgisse au dĂŠtour G¡XQHFODLULqUHVRXVODĂ&#x20AC;JXUHG¡XQYLHLO$OOHPDQG pornophile qui propose la fortune Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;innocente petite troupe en ĂŠchange de la rĂŠalisation de VQXIIPRYLHV. Câ&#x20AC;&#x2122;est tragique et saignant, peut-­être un peu trop, FHTXLQHVHPEOHSDVGpUDQJHUOHPHWWHXUHQVFqQH Sans doute parce que lâ&#x20AC;&#x2122;essentiel est ailleurs, dans FHWWHIDoRQVLFRQWHPSRUDLQHGHĂ&#x20AC;OPHUOD6HUELHGH toujours. Celle qui hĂŠsite entre ce spectacle glauque

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VOYAGE SERBIE

du capitalisme mondial et le petit commerce avec les bandes locales et ces vieux chefs rusÊs à qui il faut savoir parler en paysan-­soldat.

ÂŤ

2QYHXWrWUHOLEUHHWIRUWKRUVGHSRUWpHGHOD PDQLSXODWLRQÂŞUpVXPH*UHJRU=XSDQFJUDQG lecteur de Debord (inexplicablement traduit en serbe) et autre ĂŠtoile montante du nouveau cinĂŠma serbe. Lui aussi a appris son mĂŠtier dans ce GpVLUGHGRFXĂ&#x20AC;FWLRQTXLFXLVLQHUpDOLVPHHWVRFLDOLVPH dans un fond de sauce situationniste. Et comme tous les artistes de sa gĂŠnĂŠration, il sâ&#x20AC;&#x2122;est nourri de cette tĂŠlĂŠ libre qui a ĂŠmergĂŠ durant les bombardements de 1999, innondant le pays de MXQNPRYLHV et de chefs-­ dâ&#x20AC;&#x2122;Ĺ&#x201C;uvre internationaux diffusĂŠs en version originale sous-­titrĂŠe. Fils dâ&#x20AC;&#x2122;un ponte de la tĂŠlĂŠvision publique,

BUSINESS, POLITIQUE ET TESTOSTĂ&#x2030;RONE Ă&#x20AC; Lâ&#x20AC;&#x2122;HĂ&#x201D;TEL MAJESTIC

L

a question intĂŠresse dâ&#x20AC;&#x2122;autant plus le Belgradois que lâ&#x20AC;&#x2122;on est ici dans un pays qui aime la conversation. Pas au sens DQJORVD[RQGH7ZLWWLQJSOXW{WDXVHQV mĂŠdiĂŠval du duel et de la joute. Car câ&#x20AC;&#x2122;est bien dans cette Europe de lâ&#x20AC;&#x2122;Est quâ&#x20AC;&#x2122;a ĂŠtĂŠ inventĂŠe la culture des cafĂŠs, lieux publics ouverts Ă tous, bulles de libertĂŠ RO¡RQSHXWGLVFXWHUSROLWLTXHDPRXUHWVSLULWXDOLWp jusquâ&#x20AC;&#x2122;Ă  plus soif. Câ&#x20AC;&#x2122;est cette oralitĂŠ joyeuse que Belgrade a conservĂŠe de lâ&#x20AC;&#x2122;occupation autrichienne, laissant aux cousins croates les directives morales et administratives, la limitation de vitesse, lâ&#x20AC;&#x2122;interdiction de fumer dans les

DES TRENTENAIRES PASSĂ&#x2030;S PAR LE SERVICE MILITAIRE DURANT LES MOMENTS DE GUERRE, QUI OSCILLENT ENTRE NAUSĂ&#x2030;E ET SENTIMENT Dâ&#x20AC;&#x2122;ABSURDITĂ&#x2030;. *UHJRUV¡HVWIDLWFRQQDvWUHDYHF0pGLWHUUDQHDQ, qui dĂŠcrit les milieux toxicomanes de la ville, dans ce mĂŞme style ÂŤ faux-­documentaire avec acteurs inconnus Âť qui fait la force de 9LHHWPRUWG¡XQHEDQGH porno. Pas un hasard si la jeunesse dâ&#x20AC;&#x2122;avant-­garde sâ&#x20AC;&#x2122;est HPSDUpHGHFHVWKqPHV'HSXLVO¡pFURXOHPHQWGHOD Yougoslavie (voir encadrĂŠ), les autoroutes de la drogue sont remontĂŠes dâ&#x20AC;&#x2122;Albanie jusquâ&#x20AC;&#x2122;au Novi Beograd, la partie moderne et autrichienne de la ville situĂŠe de lâ&#x20AC;&#x2122;autre cĂ´tĂŠ du Danube. Le quartier est rĂŠputĂŠ pour son hĂŠroĂŻne de grande qualitĂŠ, vendue Ă des prix ultra compĂŠtitifs. Une situation qui nâ&#x20AC;&#x2122;est pas sans donner quelques arguments Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;agitation hooligan et sa cohorte dâ&#x20AC;&#x2122;adeptes de la puretĂŠ serbe. Ă&#x20AC; moins que celle-­ci ne soit tout simplement provoquĂŠe par lâ&#x20AC;&#x2122;imminence de lâ&#x20AC;&#x2122;entrĂŠe de la Serbie dans lâ&#x20AC;&#x2122;Union EuropĂŠenne.

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lieux publics ou de vendre de lâ&#x20AC;&#x2122;alcool aux mineurs. 'DQVOHVVDORQVURFRFRVGHO¡+{WHO0DMHVWLFOHVROHLO perce timidement, ĂŠclairant le visage rond dâ&#x20AC;&#x2122;hommes dâ&#x20AC;&#x2122;affaires en discussion avec de grandes tiges amĂŠricaines, moitiĂŠ ingĂŠnieur du bâtiment, moitiĂŠ humanitaire, glissant doucement dans la romance PLWWHO-­europĂŠenne. En revanche, les touristes se font discrets, et pour cause (il faut lire les directives DQ[LRJqQHVTXHO¡DPEDVVDGHGH)UDQFHGLIIXVDLW HQFRUHHQ ODYLOOHQHVHSUrWHJXqUHDXtour operatingSHXGHSRLQWVGHYXHVSpFLĂ&#x20AC;TXHVSHX de diffĂŠrences entre quartiers riches et quartiers pauvresâ&#x20AC;Ś Une sorte dâ&#x20AC;&#x2122;esthĂŠtique de lâ&#x20AC;&#x2122;indiffĂŠrenciation. Au Majestic, on a un peu tout vu, y compris, Ă deux pas dâ&#x20AC;&#x2122;ici, la mortelle agression, en septembre dernier, GXVXSSRUWHUWRXORXVDLQ%ULFH7DWRQDQVWDEDVVp Ă  la batte de base-­ball et jetĂŠ du haut dâ&#x20AC;&#x2122;un muret (dix PqWUHVGHFKXWH DSUqVXQPDWFKGHIRRWEDOORSSRVDQW

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%HOJUDGHj7RXORXVH/¡KLVWRLUHDWUDXPDWLVpODFLWp WRXWSDUWLFXOLqUHPHQWXQHSDUWLHGHVDMHXQHVVH dĂŠjĂ ĂŠchaudĂŠe par lâ&#x20AC;&#x2122;annulation en catastrophe de la *D\3ULGHHWTXLUHJDUGHG¡XQWUqVPDXYDLVÂąLOWRXW ce qui freine sa longue marche vers plus de libertĂŠ. &DUFHWWHIRLVWRXWV¡DFFpOqUH6LJQHTXLQHWURPSH pas, le rĂŠtablissement de vols directs entre les grandes villes dâ&#x20AC;&#x2122;Europe et la capitale serbe. Une rĂŠvolution pour un pays longtemps mis au ban de Schengen.

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XWUHLQGLFHIRUWODUHOHFWXUHFRPSOqWHGH ODOpJLVODWLRQVHUEHjODOXPLqUHGXGURLW europĂŠen. Un travail de titan menĂŠ par des armĂŠes de jeunes juristes dâ&#x20AC;&#x2122;affaires (bien souvent des femmes) qui ont rĂŠussi lâ&#x20AC;&#x2122;impossible, la GpFRQVWUXFWLRQUHFRQVWUXFWLRQGHODFRGLĂ&#x20AC;FDWLRQ VHUEH-¡DLUHQFRQWUpFHVĂ&#x20AC;OOHVGLJQHVHWWUDYDLOOHXVHV

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,FLLOQ¡\DSDVYUDLPHQWGHPDUFKpVSDV YUDLPHQWGHPDUTXHV Âť, explique Kosta Ciric, jeune producteur tĂŠlĂŠ devenu patron dâ&#x20AC;&#x2122;une agence de publicitĂŠ spĂŠcialisĂŠe dans les nouveaux mĂŠdias. Il a lâ&#x20AC;&#x2122;impression dâ&#x20AC;&#x2122;avoir loupĂŠ OHWUDLQGXVXFFqVFHOXLG¡XQPRQGHJOREDOLVpHW cultivĂŠ. De plus, la nouvelle gĂŠnĂŠration politique, dâ&#x20AC;&#x2122;anciens ĂŠtudiants venus du monde de la musique RXGHOD%'Q¡LQVSLUHSDVIRUFpPHQWFRQĂ&#x20AC;DQFHjFHV trentenaires refroidis. Pour la plupart, ceux-­ci sont passĂŠs par le service militaire obligatoire durant les moments de guerre et oscillent entre nausĂŠe et sentiment dâ&#x20AC;&#x2122;absurditĂŠ. ÂŤ ,OVVRQWSHUGXVHQIHUPpVGDQVXQHSRVWDGROHVFHQFH GRQWLOVSRXUUDLHQWELHQQHMDPDLVVRUWLU Âť, mâ&#x20AC;&#x2122;a dit XQMRXUXQWUqVMHXQH6HUEHGH3DULV&RPPHVLOD guerre pouvait enfoncer dans lâ&#x20AC;&#x2122;enfance tous ceux

DANS LES YEUX DE CES fiLLES DIGNES ET TRAVAILLEUSES, LE TRIOMPHE MAIS AUSSI Lâ&#x20AC;&#x2122;INCERTITUDE. pSXLVpHVSDUXQHWkFKHJUDQGLRVHHWELHQVÂ&#x20AC;UWUqV mal payĂŠes. Jâ&#x20AC;&#x2122;ai lu dans leurs yeux le triomphe PDLVDXVVLO¡LQFHUWLWXGH&DULOHVWELHQGLIĂ&#x20AC;FLOHGH trouver son chemin Ă travers la coutume serbe, le droit ottoman et la jurisprudence autrichienne, de dĂŠterminer Ă  qui appartient un immeuble belgradois : Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;Etat, Ă  la ÂŤ communautĂŠ Âť, Ă  un improbable propriĂŠtaire exilĂŠâ&#x20AC;Ś ? A Belgrade, la promesse du changement est toujours riante comme dans un tableau communiste, mais elle se heurte aux dures lois du rĂŠel. ChĂ´mage, incertitude concernant lâ&#x20AC;&#x2122;avenir. Comme dit le nouveau hĂŠros national, le champion de tennis Novak Djokovic : ÂŤ Je FRQQDLVEHDXFRXSGHPRWVPDLVLOIDXWTXHM¡DUULYHjOHV UDVVHPEOHU. Âť Il parlait de sa maĂŽtrise du français, mais on peut y voir une mĂŠtaphore dâ&#x20AC;&#x2122;un pays qui se sent parfois en miettes.

qui lâ&#x20AC;&#x2122;ont vĂŠcueâ&#x20AC;Ś ÂŤ ,OQ¡HVWGHSLUHPLVDQWKURSHTX¡XQ JDPLQGpoX Âť, ĂŠcrivait Melville. Et pourtant Belgrade se transforme. Depuis dĂŠcembre dernier, les Serbes nâ&#x20AC;&#x2122;ont plus besoin de visa pour voyager dans lâ&#x20AC;&#x2122;Union EuropĂŠenne, ce qui facilite la vie des plus jeunes mais, ĂŠgalement, celle des EXVLQHVVPHQ. Cette annĂŠe, le secteur des ĂŠnergies nouvelles va sâ&#x20AC;&#x2122;ouvrir aux investisseurs internationaux Ă des prix GpĂ&#x20AC;DQWWRXWHFRQFXUUHQFHSURYRTXDQWXQQRXYHO DSSHOG¡DLUĂ&#x20AC;QDQFLHU1LFRODV6DUNR]\GHYUDLWIDLUH un petit saut ici, en marsâ&#x20AC;Ś Des retrouvailles qui seront sans doute un peu ambiguĂŤs, car la position de la France envers la Serbie est restĂŠe ambivalente pendant ces terribles annĂŠes 90. Câ&#x20AC;&#x2122;est le moins TXHO¡RQSXLVVHGLUHVLO¡RQHQFURLWOHWUqVpFODLUDQW %DPELSDUN1 G¡XQ'DYLGGL1RWDWUqVHQYHUYH

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VOYAGE SERBIE

BAISER FRANĂ&#x2021;AIS, SOAP OPERA ET FESTIVAL TECHNO AU CENTRE CULTUREL GRAD

P

endant longtemps, pourtant, le français a ĂŠtĂŠ ODODQJXHRIĂ&#x20AC;FLHOOHGHO¡LQWHOOLJHQWVLDHWGHV ĂŠchanges culturels. La France, câ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait par H[HPSOHOD1RXYHOOH9DJXHTXLHQ6HUELHV¡HVW traduite par une ÂŤ vague noire Âť de nouveaux cinĂŠastes dont on dĂŠcouvre peu Ă peu lâ&#x20AC;&#x2122;originalitĂŠ fondatrice. Darko Bajik, actuel propriĂŠtaire du cinĂŠma Balkan HWĂ&#x20AC;JXUHPDMHXUHGXFLQpPDVHUEHGHVDQQpHV aimerait remettre le couvert, montrer ce cinĂŠma transnational qui sait Ă  la fois converger et sâ&#x20AC;&#x2122;opposer. Subtile dialectique yougoslave faite de dĂŠcouvertes et de dĂŠbats que lâ&#x20AC;&#x2122;on retrouve au cĹ&#x201C;ur du festival Lâ&#x20AC;&#x2122;Europe au cĹ&#x201C;ur de lâ&#x20AC;&#x2122;Europe, que Darko co-­organise avec la Franco-­Serbe IrĂŠna Bilic. Dans ce festival itinĂŠrant, des trains se croisent. Des bobines serbes font le voyage Belgrade-­Paris tandis que dâ&#x20AC;&#x2122;autres, HVWDPSLOOpHVŠ1RXYHOOH9DJXHIUDQoDLVHÂŞIRQWOHWUDMHW inverse. ÂŤ Tous pareils PDLVWRXVGLIIpUHQWV Âť, câ&#x20AC;&#x2122;est du Deleuze, pas du Benetton, le rĂŞve fou dâ&#x20AC;&#x2122;anĂŠantir les DQQpHVGDQVODĂ&#x20AC;qYUHGHVsixties. Belgrade, ville camĂŠlĂŠon qui, sous ses airs gris et WLqGHVSHXWV¡HQĂ DPPHUHWVHWUDQVIRUPHUHQXQ pFODLU2QSHXWWUqVYLWHV¡\VHQWLUFKH]VRL&RPPH lâ&#x20AC;&#x2122;on dit dans les guides touristiques au chapitre

O

QHVWjGHX[SDVGXĂ HXYHWRXWSUqVGX quartier de la gare. Le centre jouxte ces UHVWDXUDQWVLQWHUORSHVRODMHXQHVVHGX *UDGYLHQWFKHUFKHUGHVIULVVRQVDX[VRQV des chansons folk qui ont fait la marque de fabrique de la citĂŠ. Lâ&#x20AC;&#x2122;amour violent et les cĹ&#x201C;urs brisĂŠs, la SpWDVVHULHQDWLRQDOLVWHHWODFUXDXWpGHO¡+LVWRLUH2Q FRPSUHQGPLHX[ROHMHXQH=DFK&RQGRQGH%HLUXW a pu tirer son (OHSKDQW*XQ. Ici, on fait boire les Ă&#x20AC;OOHVGHVEHDX[TXDUWLHUVHQFUDFKDQWVXUODPXVLTXH ŠWXUERÂŞOHIRONpOHFWURQLTXHHWVXSHUĂ&#x20AC;FLHOORQJWHPSV assimilĂŠe Ă la pĂŠriode Milosevic. ÂŤ Ici, les gens ont O¡KDELWXGHGHFKDQJHUGHFRGHVHQSHUPDQHQFHOD SUHPLqUHLPSXOVLRQF¡HVWSOXW{WGHWRXWUHFRPPHQFHU DORUVTX¡LOIDXGUDLWVROLGLĂ&#x20AC;HUOHVEDVHVGHODFXOWXUH Âť, H[SOLTXH0DUFR*UXEDFEULOODQWSXEOLFLWDLUHGHDQV qui a abandonnĂŠ lâ&#x20AC;&#x2122;entreprise privĂŠe pour lâ&#x20AC;&#x2122;action culturelle. Belgrade cent fois dĂŠtruite, cent fois reconstruite. &HWWHVqYHG¡DXWKHQWLFLWpTXLEDWGDQVXQFÂąXU vintage, on la retrouve dans lâ&#x20AC;&#x2122;hystĂŠrie qui accompagne le remake de ce grand soap tĂŠlĂŠ familial qui a HQĂ DPPpOD<RXJRVODYLHGHVDQQpHV$O¡pSRTXH la sĂŠrie sâ&#x20AC;&#x2122;appellait 8QHYLHPHLOOHXUH, et aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui, quelque chose comme /H7KpkWUHjODPDLVRQ. Câ&#x20AC;&#x2122;est jSHXSUqVODPrPHFKRVHPDLVF¡HVWXQHDXWUH façon de regarder cette chose. Câ&#x20AC;&#x2122;est sans doute ce TXH3DVROLQLHWjVDVXLWH*HRUJHV'LGL+XEHUPDQ

KOSTA, JEUNE PRODUCTEUR TĂ&#x2030;LĂ&#x2030;, A Lâ&#x20AC;&#x2122;IMPRESSION Dâ&#x20AC;&#x2122;AVOIR LOUPĂ&#x2030; LE TRAIN DU SUCCĂ&#x2C6;S, CELUI Dâ&#x20AC;&#x2122;UN MONDE GLOBALISĂ&#x2030; ET CULTIVĂ&#x2030;. du dĂŠcalage horaire, ÂŤ Paris/Belgrade : aucun Âť. Une sensation quâ&#x20AC;&#x2122;on retrouve dans les couloirs du GpSDUWHPHQWGHODFXOWXUHGHOD9LOOHRjTXHOTXHV heures de la date limite de la remise des dossiers de GHPDQGHGHVXEYHQWLRQVXQHMHXQHEXUHDXFUDWHSqWH les plombs. ÂŤ 0DLVTX¡HVWFH TXHYRXVFUR\H], hurlait-­ elle, TX¡RQQHV¡RFFXSHTXHGHODFXOWXUHGDQVFHWWH ville ? Âť Il y avait des dizaines de jeunes et notamment 5HOMD%RELFO¡RUJDQLVDWHXUGHFH'LV3DWFKIHVWLYDOTXL a permis dâ&#x20AC;&#x2122;inscrire la Belgrade sur la carte mondiale GHODWHFKQR+XLWDQQpHVGHVXFFqVHWKXLWDQQpHV GHGpEURXLOOH%RGLFDEHDXrWUHXQ9,3GHODFXOWXUH techno internationale, il est toujours coincĂŠ dans O¡XQGHUJURXQGGDQVFHV\VWqPHDVVRFLDWLITXLIDLW ODJORLUHGXFHQWUHFXOWXUHO*UDGFHSHWLWRDVLVGH branchitude qui fait penser que Belgrade câ&#x20AC;&#x2122;est aussi SDUIRLV%HUOLQ*UDGFHODYHXWGLUHŠYLOOHÂŞ/RUVTX¡RQ demande ce quâ&#x20AC;&#x2122;il se passe au centre culturel, câ&#x20AC;&#x2122;est une façon de dire : ÂŤ Quoi de neuf en ville ? Âť

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appellent les ÂŤ lucioles Âť, ces restes dâ&#x20AC;&#x2122;expĂŠriences collectives quâ&#x20AC;&#x2122;aucun gĂŠnocide, fĂťt-­il culturel, ne saurait faire disparaĂŽtre2&HVOXFLROHV0DUFR*UXEDF les cherche aussi dans sa quĂŞte de hĂŠros crĂŠdibles TXLSRXUUDLHQWVHUYLUGHPRGqOHVjODMHXQHJpQpUDWLRQ et permettre dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcrire un bout de lâ&#x20AC;&#x2122;avenir de lâ&#x20AC;&#x2122;Europe HQ6HUELH'LIĂ&#x20AC;FLOHPDLVSDVLPSRVVLEOH0DUFROXL\ croit. Dâ&#x20AC;&#x2122;ailleurs, il vient dâ&#x20AC;&#x2122;avoir un enfant et nâ&#x20AC;&#x2122;a pas lâ&#x20AC;&#x2122;intention de bouger dâ&#x20AC;&#x2122;ici. â&#x20AC;&#x201D; Bambipark, roman de David di Nota, Gallimard, 2009. 5DMHXQLUOHSHVVLPLVPH, Dork Zabunyan, Art Press, dĂŠcembre 2009. Cet article doit beaucoup Ă Jean-­Louis Murat, David di Notta, Nenad Zilic, IrĂŠna Bilic, Milan Janic et Johanna MarcadĂŠ, mĂŞme si aucun dâ&#x20AC;&#x2122;entre eux ne porte la responsabilitĂŠ des opinions dĂŠveloppĂŠes ici. 1 2

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Histoire « De la difficulté d’exister en tant que petite nation. » Cour de rattrapage géopolitique.

Jusqu’en 1992 La Fédération Yougoslave se composait de la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine, le Monténégro et la Serbie. Juillet 1995 Sur instruction du général serbe Mladic, 8000 musulmans désarmés se font massacrer dans une ville de Bosnie orientale. La zone était sous la responsabilité militaire de l’ONU qui invoque un problème de fax et la position malencontreuse d’un nuage.

© David Dudouit

Avril 1999 L’Otan bombarde la Serbie pendant 72 jours en déversant 24 000 bombes sur le pays : c’est la première guerre « humanitaire ».

Novembre 2009 Radovan Karadzic, patron des Serbes de Bosnie, annonce qu’il se défendra sans avocat devant le tribunal pénal international qui l’accuse de crime contre l’humanité. Quelques jours plus tard, Le Monde laisse entendre ouvertement que le procès Karadzic serait un bon moyen de lancer la légitimité du TPI pour l’ex-Yougoslavie. La question est de savoir si la notion de nettoyage ethnique peut être universalisée sachant qu’elle vise la seule Serbie alors qu’au même moment d’autres nettoyages – sans doute de moindre ampleur – se sont déroulés simultanément dans la région.

Décembre 2009 L’Union Européenne décide d’exempter de visas les ressortissants de Serbie, au moment où son rapprochement avec les 27 est bloqué. 2010 L’entrée de la Serbie au sein de l’UE est concrètement discutée. 2015 ? 2017 ? L’histoire dira si la Serbie chrétienne entrera en Europe avant la Turquie musulmane, son caractère ottoman lui conférant une position de médiation sur l’avenir diplomatique européen.

Toujours « Ce qu’a appris la Serbie au XIXe siècle c’est la difficulté d’exister en tant que petite nation. » Rebecca West, Agneau noir et faucon gris, 1940. A. C.

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VOYAGE SERBIE

Ă&#x2021;A SE PASSE LĂ&#x20AC;-BAS

BD

CinĂŠma Retour sur la vedette des comics locaux le journaliste mĂŠtaphysique ALEKSANDAR ZOGRAF.

Câ&#x20AC;&#x2122;est une quasi-traversĂŠe du siècle. En moins de cinquante ans, Aleksandar Zograf est passĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;un monde rural sans ĂŠcran Ă la cĂŠlĂŠbritĂŠ du rĂŠseau mondial. Regard un peu triste mais visage chaleureux, Zograf est cet enfant Ă  la fois joyeux et dĂŠpressif qui cachait ses dessins pour ne pas inquiĂŠter ses parents. Nourri de la tradition de la bande dessinĂŠe serbo-croate, sous influence amĂŠricaine et surtout italienne, il crĂŠe des mondes complexes et fantastiques qui sâ&#x20AC;&#x2122;agitent sous terre ou Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;intĂŠrieur de ventres dâ&#x20AC;&#x2122;animaux. Lorsquâ&#x20AC;&#x2122;il dĂŠcouvre la BD indĂŠpendante, câ&#x20AC;&#x2122;est une ĂŠvidence : il sera lâ&#x20AC;&#x2122;une des premières stars du genre. La guerre va lui offrir lâ&#x20AC;&#x2122;opportunitĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;approfondir sa condition dâ&#x20AC;&#x2122;artiste, enrichissant sa veine autobiographique dâ&#x20AC;&#x2122;interrogations plus gĂŠnĂŠrales. Ce sera Bons Baisers de Serbie, publiĂŠe en ĂŠpisodes aux Etats-Unis par Chris Ware pendant les bombardements amĂŠricains. Une chronique en noir et blanc qui dĂŠpeint un univers dâ&#x20AC;&#x2122;absurditĂŠ radicale et de profonde humanitĂŠ. La patte Zograf est nĂŠe. Et avec elle tout un monde alternatif qui finit par apparaĂŽtre au grand jour. Les rĂŠseaux serbo-croates dâ&#x20AC;&#x2122;amitiĂŠ et de travail jamais rompus, la culture indĂŠpendante des annĂŠes 90 donnera un socle Ă  la jeune dĂŠmocratie serbe des annĂŠes 2000. Zograf est aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui une sorte de journaliste mĂŠtaphysique qui fouille dans les poubelles underground de lâ&#x20AC;&#x2122;ex-Yougoslavie comme dans une brocante, pour faire chanter le vivre-ensemble. Aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui, il est plus optimiste â&#x20AC;&#x201C; mais surtout beaucoup plus exigeant. A. C.

En fĂŠvrier, le thriller LA RĂ&#x2030;VĂ&#x2030;LATION rouvre les plaies militaires de la Serbie dâ&#x20AC;&#x2122;avant-hier. : Coincidence, notre collaborateur Eric Le Bot a activement participĂŠ Ă la sortie française de La 5pYpODWLRQ (6WRUP), acclamĂŠ au dernier festival de Berlin, rouvrant les plaies militaires de la Serbie dâ&#x20AC;&#x2122;avant-­hier GDQVOHVFRXORLUVGX7ULEXQDO3pQDO ,QWHUQDWLRQDOGH/D+D\H'DQVFHWKULOOHUMXGLFLDLUH OLPSLGHGHO¡$OOHPDQG+DQV&KULVWLDQ6FKPLG VDOXp dans ces colonnes pour son effrayant 5HTXLHP, 2006), une procureure anglaise tenace cherche Ă  faire tomber XQJpQpUDOWUqVSRSXODLUHDFFXVpGHFULPHVGHJXHUUH et de crimes contre lâ&#x20AC;&#x2122;humanitĂŠ, sur le point dâ&#x20AC;&#x2122;entamer XQHFDUULqUHSROLWLTXH8QSRUWUDLWGHIHPPH V PDLV aussi de corruption, dâ&#x20AC;&#x2122;intimidation, de rĂŠsilience historique, autour dâ&#x20AC;&#x2122;un passĂŠ douloureux que les hĂŠroĂŻnes et le rĂŠalisateur affrontent les yeux dans les yeux. R. G. La RĂŠvĂŠlation

En salles le 10 mars

Vestiges du monde

Lâ&#x20AC;&#x2122;Association, 2008

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Š DR

Dernier ouvrage en français :

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RENCONTRE

TU ES BELLE, DZANA

Š David Dudouit

Elle a lâ&#x20AC;&#x2122;air de sortir de sa cuisine, plus concentrĂŠe que vĂŠritablement glamour, dans ce dress code improbable qui lui SHUPHWGHWHQLUjGLVWDQFHOHPRGqOH de la prostituĂŠe de lâ&#x20AC;&#x2122;Est. Il faut dire TX¡LFL+ 0HVWKRUVGHSUL[(WFRPPH disent les mauvaises langues, tout ce TXHSRVVqGHXQHĂ&#x20AC;OOHGH%HOJUDGHHOOH le porte sur elle. Et aussi : ce style de douce sauvage, plastique mais nature, allemande plus mĂŠditerranĂŠenne que russe. Le cĂ´tĂŠ ottoman pour une sensualitĂŠ orientale de blonde Ă jolis seins ; le cĂ´tĂŠ slave communiste pour lâ&#x20AC;&#x2122;aspect ĂŠmancipation et prise de parole. Un mĂŠlange de Paul Anka et de Sally Shapiro. Ici, lâ&#x20AC;&#x2122;avortement et la pilule, on connaĂŽt. Dâ&#x20AC;&#x2122;ailleurs le taux de natalitĂŠ sâ&#x20AC;&#x2122;en UHVVHQWGXUHPHQWFRPPHVLDSUqVJXHUUH dans un monde encore incertain, seul lâ&#x20AC;&#x2122;instant prĂŠsent pouvait donner du sens Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;avenir. Et puis Ă  Belgrade, lâ&#x20AC;&#x2122;insulte suprĂŞme est WUqVH[SOLFWHŠToi, retourne dans la chatte GHWDPqUHÂŞdDIDLWUpĂ pFKLU A. C.

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À QUOI TU JOUES ?

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LE DOSSIER

ÂŤ Tâ&#x20AC;&#x2122;as une paire ! Âť Simone de Beauvoir, ĂŠmoustillĂŠe

ÂŤ Jâ&#x20AC;&#x2122;essaie dâ&#x20AC;&#x2122;arrĂŞter le 1000 bornes Âť Kurt Vonnegut, inventeur dâ&#x20AC;&#x2122;expressions

ÂŤ Il sâ&#x20AC;&#x2122;agit maintenant de traverser lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcran, choper les gens Ă la gorge et les ĂŠtrangler. Âť Un incroyable talento

Ces citations ont ĂŠtĂŠ mal distribuĂŠes. Qui a dit quoi ? 5pSRQVHVDXĂ&#x20AC;OGHFHGRVVLHU ou en vous aidant des couleurs.

ÂŤ Câ&#x20AC;&#x2122;est lâ&#x20AC;&#x2122;heure du verdict. Sigmund Freud doit quitter lâ&#x20AC;&#x2122;aventure. Âť

 Aïe, arrête, ça fait mal ton MHXGHPHUGHª Matthieu Laurette, artiste multicarte

ÂŤ On peut parler deux heures de lâ&#x20AC;&#x2122;esthĂŠtique dâ&#x20AC;&#x2122;un biscuit. Âť Un perdant qui a jouĂŠ Ă la vache qui tâche

ÂŤ Jâ&#x20AC;&#x2122;admirais ces guerrières qui dĂŠployaient autant de courage et de cruautĂŠ que les mâles. Âť Julien Lepers sur le Net

ÂŤ AconchomĂŠm avecmodrĂŠlation Âť Un croupier malhonnĂŞte

-DFN:KLWH complètement accro

ÂŤÂ Jâ&#x20AC;&#x2122;ai participĂŠ Ă  Tournez Manège avec Fabienne Egal et Que le meilleur gagne avec Nagui.  Le groupe Toy Fight, dans un van

ÂŤ Alors les zigotos, vous voulez un nouveau nom pour votre JpQpUDWLRQ"ÂŞ Les rĂŠalisateurs de Ultimate Game, HQIDLVDQWXQFXLUHXQODSLQ

ÂŤ Oh oui oui oui oui oui ! Âť Denis Brogniart, devant une urne en bambou

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SPĂ&#x2030;CIAL JEUX Jeux vidĂŠo

TECH

STAR

Une technologie de plus en plus puissante et des jeux qui restent IXQVF¡HVWSRVVLEOH"TOUTE LA PROBLĂ&#x2030;MATIQUE GAMING se joue lĂ . Maintenant.

Panorama de Battlefield Bad Company 2 :  Joli  PAGE

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JEUX VIDĂ&#x2030;O

Par François Grelet & Benjamin Rozovas

Pour un Ĺ&#x201C;il non-­avisĂŠ, les jeux vidĂŠo aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui se ressemblent tous. Ils sont jolis, plein GHFRXOHXUVLQFUR\DEOHVYUDLPHQWWUqVELHQIDLWV OHSOXVVRXYHQWHQYXHVXEMHFWLYHDYHFXQĂ LQJXH en amorce de plan. On jurerait parfois quâ&#x20AC;&#x2122;ils le font H[SUqVOHVQRQDYLVpV,OVURXOHQWGHV\HX[LOVIRQW maladroitement tomber la manette Ă seize boutons comme si elle leur brĂťlait les mains et ils se bornent Ă  ne pas faire la diffĂŠrence entre &DOORI-XDUH], un western, et &DOORI'XW\0RGHUQ:DUIDUH, un thriller KLWHFK. On pourrait penser quâ&#x20AC;&#x2122;une personne normalement constituĂŠe sait distinguer un cowboy dâ&#x20AC;&#x2122;un Navy Seals.

0DLVRQDXUDLWWRUW*UDYHPHQW9RWUHJUDQGHVÂąXU ostĂŠopathe ne voit pas les canons de la guerre de SĂŠcession au fond de lâ&#x20AC;&#x2122;image : elle voit un jeu de tir jODSUHPLqUHSHUVRQQH(OOHYRLWVHXOHPHQWFHTXH le medium a imprimĂŠ depuis longtemps dans son code gĂŠnĂŠtique et ce que lâ&#x20AC;&#x2122;industrie, dans sa toute-­ puissance normative, a placardĂŠ au premier plan. En fait, elle a raison : on joue encore et toujours au(x) mĂŞme(s) jeu(x). /HVWpVSDUXQHWHFKQRORJLHLQWLPLGDQWHHWXQPRGqOH ĂŠconomique ciblĂŠ qui condamnent lâ&#x20AC;&#x2122;audace et la YDULpWpOHVMHX[YLGpRPRGHUQHVVRQWGHVPRGqOHV H[WUrPHPHQWGpĂ&#x20AC;QLVjO¡LQWpULHXUGHVTXHOVODFDSDFLWp dâ&#x20AC;&#x2122;expression et dâ&#x20AC;&#x2122;innovation reste extrĂŞmement rĂŠduite. Beaucoup de JLJDELWV, beaucoup de talent, trop dâ&#x20AC;&#x2122;argent. Et pourtant, observez avec quelle disparitĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;esprit et quel ĂŠcart de sensibilitĂŠ deux chefs-­dâ&#x20AC;&#x2122;Ĺ&#x201C;uvre comme %LR6KRFN et +DOI/LIH cohabitent dans la mĂŞme case FPS [First Person Shooter]. Câ&#x20AC;&#x2122;est ce qui est beau dans le JDPLQJ. Câ&#x20AC;&#x2122;est ce qui reste inexplicable aussi. Câ&#x20AC;&#x2122;est pour ça quâ&#x20AC;&#x2122;on joue. â&#x20AC;&#x201D;

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SPĂ&#x2030;CIAL JEUX Jeux vidĂŠo

ÂŤ NOUS SOMMES Ă&#x20AC; UN CARREFOUR DE Lâ&#x20AC;&#x2122;HISTOIRE Âť Les jeux vidĂŠo ont-ils vraiment TXHGHODJXHXOH"2QDSRVpOD question Ă ceux dont câ&#x20AC;&#x2122;est le mĂŠtier, artistes, producteurs ou concepteurs, impliquĂŠs sur certains des titres les plus attendus de 2010.

NOS QUESTIONS

1

Adrien Cho Mass Effect 2 (Bioware)

Un jeu nĂŠcessite en moyenne deux ans de dĂŠveloppement. Comment faire en sorte quâ&#x20AC;&#x2122;il reste au top de la technologie au moment de sa sortie ?

2

Cette gĂŠnĂŠration de machines repousse sans cesse les limites techniques, pendant que lâ&#x20AC;&#x2122;essence du JDPHSOD\ ĂŠvolue, moins ÂŤ challenging Âť, plus simple et peut-­ ĂŞtre moins fun. Câ&#x20AC;&#x2122;est liĂŠ ?

Vivons-­ nous un âge dâ&#x20AC;&#x2122;or des jeux vidĂŠo ou reste-­t-­il, par GpĂ&#x20AC;QLWLRQ Ă venir ?

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Câ&#x20AC;&#x2122;est dĂŠlicat. Surtout lorsquâ&#x20AC;&#x2122;on dĂŠbute dans le mĂŠtier ou quâ&#x20AC;&#x2122;on inaugure une licence, et que nous nâ&#x20AC;&#x2122;avons ni rĂŠfĂŠrent Ă dĂŠpasser, ni fondations sur lesquelles construire, il faut continuellement rĂŠĂŠcrire par dessus ce que lâ&#x20AC;&#x2122;on vient de faire. Le contraire de Mass Effect 2 oĂš il ne sâ&#x20AC;&#x2122;agissait  que  de peaufiner les graphismes ou de recalibrer quelques ĂŠlĂŠments de gameplay : faire sa propre autocritique en mĂŞme quâ&#x20AC;&#x2122;une grosse update graphique. 

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Oui et non. Il y aura toujours des gens pour croire que des graphismes ĂŠtourdissants suffisent Ă  insuffler une âme. Le pire, câ&#x20AC;&#x2122;est que dans un sens ils ont raison, puisque lâ&#x20AC;&#x2122;incarnation se fait par le biais de cette perfection formelle. De mon cĂ´tĂŠ, je nâ&#x20AC;&#x2122;ai toujours pas lâchĂŠ Pacman et Donkey Kong, alors...

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Nous vivons surtout une fin de cycle. La Wii est la console qui se vend le mieux, Natal dĂŠboule bientĂ´t, le hardware risque de disparaĂŽtre. Nous sommes Ă un carrefour de lâ&#x20AC;&#x2122;histoire du jeu. Une fois que nous aurons choisi la direction Ă  suivre, je pourrais peut ĂŞtre rĂŠpondre Ă  votre question.

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JEUX VIDÉO

Gordon Van Dyke

Justin Lambros Andy Whitehurst

Battlefield : Bad Company 2 (Dice) Beaucoup de chance, voilà tout ! C’est l’angoisse principal de tous les producteurs : « Et si j’étais en train de réaliser un jeu ringard à sa date de sortie ? ». Dans le blockbuster, je peux vous dire que ça nous panique du matin au soir. Il faut avoir quelques espions chez la concurrence, serrer les bonnes mains, passer les bons coups de fil. Et avoir des développeurs qui assurent.

Dante’s Inferno (Visceral Games)

Wardevil (Digi-Guys) Vous parlez à la bonne personne : je travaille sur WarDevil depuis cinq ans. C’est en grande partie de la chance. Un groupe médiatique Indien très puissant, UTV, que possède en partie Disney, nous finance depuis notre première démo en 2006. En cinq ans, on a accompli dix ans de recherche et développement. On s’est donc retrouvé à l’avant-garde de l’imagerie graphique. Plus besoin de regarder derrière nous.

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Actuellement la tendance est au « beau mais chiant », c’est vrai. Mais dans trois semaines, ça aura peut-être changé. Vous vous en rendrez compte dès la sortie de Bad Company 2, ah ah. Le jeu vidéo est un art tellement jeune qu’il défriche en permanence. Faire des jeux, c’est encore comme jouer au petit chimiste, on met un peu de machin, un peu de bidule, des fois ça nous explose à la gueule, d’autres fois c’est de la pure magie.

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Il faut partir de la technologie, lorsqu’on doit commencer un jeu à partir de rien, c’est l’enfer. Pour Dante’s Inferno, on s’est aidés des innovations, en termes de framerate [fluidité d’affichage] et de rendering [calcul des différentes couches d’images en postprod], expérimentés à l’époque de Dead Space. Le plus dur, d’un point de vue visuel, était fait, on a pu se consacrer essentiellement au gameplay.

Oui, évidemment. Tout se ramène à une question économique. Des boîtes qui ont bien plus d’argent que nous le dilapident en faisant appel à des gens du cinéma qui leur disent de faire ci ou ça. Et les concepteurs de jeux leur expliquent en retour que ce n’est pas possible parce que ci ou ça. Je bosse tranquillement sur mon jeu en petit comité, et c’est la manière que je préconise dans ce métier.

L’état de grâce d’une machine n’arrive qu’à son crépuscule. Les plus beaux jeux de la PS2, comme God Of War ou Shadow of The Collossus, sont arrivés alors que la PS3 déboulait. A ce moment-là, les développeurs connaissaient le hardware sur le bout des doigts, ils allaient fouiller les tripes de la machine pour en ressortir des trucs dingues. Pour cette génération, si âge d’or il y a, il n’arrivera qu’à la fin des cycles de la PS3 et de la 360. C’est-à-dire dans longtemps.

La question ne se pose pas en ces termes. D’un côté, on a un public de gamers qui réclame des graphismes soufflants pour leur télés HD, de l’autre des « casuals » qui veulent juste rigoler avec leurs amis ou passer vingt minutes par jour sur leur console. Notre challenge, à nous développeurs, c’est de faire quelque chose d’aussi addictif qu’un jeu flash sur Facebook, mais technologiquement tuant. De ne laisser aucun public sur le bord de la route.

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Non, car il y a toujours quelqu’un ou quelque chose qui remue l’industrie et change la donne. J’espère que WarDevil ou le moteur graphique qu’on a créé pour l’occasion arrivera à ça. La bonne analogie, c’est Star Wars. Il faut se remettre dans le contexte économique de l’époque. On donnait six millions de dollars à Lucas quand le coût moyen d’un film était de quinze millions. Il n’avait rien et il a réalisé ce truc qui a fait basculer l’industrie… On croise les doigts pour les âges d’or du futur.

Nous vivons une forme d’âge d’or, oui. La preuve en est que jamais une génération de machines n’a duré aussi longtemps que celle-là, ce qui signifie qu’on commence à toucher du doigt les limites de la technologie. Après je ne sais pas si c’est une bonne nouvelle ou non pour l’avenir du jeu vidéo, mais bon sang, je ne me suis jamais autant éclaté sur ma console !

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SPĂ&#x2030;CIAL JEUX Jeux vidĂŠo

Il vient de se passer un truc 7URLVMHX[UpFHQWVTXLQDYLJXHQWFHWWHĂ&#x20AC;QH ligne frissonnante entre dĂŠmonstration de force et gameplay profond.

Dead Space Extraction 9LVFHUDO*DPHV($

Vise, shoote, essaye de pas dĂŠgueuler, regarde autour de (et devant) toi.

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'HUULqUHVHVDWWULEXWVPRGHVWHVGH UDLOVKRRWHU pour Wii, Dead Space Extraction apporte sa petite pierre, PDLVSDVGHVPRLQGUHVjO¡pGLĂ&#x20AC;FHGX MHXTXLVHUDLWXQĂ&#x20AC;OPGRQWWXHVOH KpURV2QULJROHPDLVOHVDVGH9LVFHUDO viennent de ressusciter le vieux mythe GXĂ&#x20AC;OPLQWHUDFWLI3DVWHOOHPHQWGX cĂ´tĂŠ des sensations pures (domaine dâ&#x20AC;&#x2122;Uncharted ou 0RGHUQ:DUIDUH), moins prĂŠsentes, il faut le noter, que dans le ÂŤ vrai Âť Dead Space, mais du cĂ´tĂŠ du dispositif ÂŤ cinĂŠma Âť justement. Jeu de tir en vue subjective, Extraction vous place dans la peau de plusieurs YLFWLPHVHQSXLVVDQFHDXĂ&#x20AC;OG¡XQ scĂŠnario craspec qui invente un

nouveau sous-­genre : le VHULDOVXUYLYDO. Ambiance $OLHQVgarantie. Lâ&#x20AC;&#x2122;astuce est dans la camĂŠra, qui QHĂ&#x20AC;JXUHSDVWRWDOHPHQWOHUHJDUG conditionnĂŠ du joueur ; dans les coins, elle sâ&#x20AC;&#x2122;amuse Ă ÂŤ faire du cinĂŠma Âť, ORQJHOHVPXUVVXLQWDQWVRSqUH des torsions ĂŠtranges, avec un Ĺ&#x201C;il incroyable pour la putrĂŠfaction et les bas-­fonds sous-­ÊclairĂŠs (Fincher serait Ă&#x20AC;HU /DPLVHHQVFqQHHVWGHWRXWH beautĂŠ, gĂŠnĂŠralement le signe dâ&#x20AC;&#x2122;un JDPHSOD\ appauvri. Pas ici. Lâ&#x20AC;&#x2122;absence de libertĂŠ de mouvement indique au contraire que vous allez en chier. Pas de doute, il vient de se passer un truc. â&#x20AC;&#x201D;

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JEUX VIDĂ&#x2030;O

DJ Hero (Freestyle Games/ $FWLYLVLRQ%OL]]DUG

Si le son ne me tue pas, le beat mâ&#x20AC;&#x2122;aura. Perdu entre le stylet dâ&#x20AC;&#x2122;une DS, le bouton Star power dâ&#x20AC;&#x2122;une guitare en plastoc, et des licences qui pĂŠriclitent Ă vue dâ&#x20AC;&#x2122;Ĺ&#x201C;il, le renouveau du U\WKPJDPHne pouvait passer que par la crĂŠation dâ&#x20AC;&#x2122;un pĂŠriphĂŠrique capable de singer autre chose quâ&#x20AC;&#x2122;une phrase mĂŠlodique ou rythmique. Si DJ HeroIDLWVRXIĂ HUXQDLUIXQN\ VXUOHVFRQVROHV+'F¡HVWTXHVHV concepteurs ont eu la brillante idĂŠe de ne retenir que des PDVKXS dans leur (interminable) playlist. Du coup, le challenge consiste Ă  faire cohabiter deux morceaux dans le mĂŞme espace sonore Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;aide dâ&#x20AC;&#x2122;une platine surchargĂŠe de potards multicolores. Non plus, comme ses aĂŽnĂŠs, Ă  reproduire un phrasĂŠ musical, mais Ă  le

PHWWUHHQVFqQH FRLQFHUOHEHDW de Letâ&#x20AC;&#x2122;s Dance sur la mĂŠlodie de I +HDUG,W7KURXJK7KH*UDSHYLQH, ou lâ&#x20AC;&#x2122;inverse, et lâ&#x20AC;&#x2122;agrĂŠmenter de scratchs bien sentis). La platine de DJ Hero prend des allures de Moviola [instrument TXLSHUPHWGHPRQWHUXQĂ&#x20AC;OPHQ le regardant] ludique, dâ&#x20AC;&#x2122;infernale machine Ă ĂŠchantillonner, Ă  compiler, Ă  copier/coller. Et au fur et Ă  mesure des mix se dĂŠvoile son vĂŠritable dessein : au-­delĂ  de lâ&#x20AC;&#x2122;imitation de DJ de camping, elle tient Ă  faire de vous le Phil Spector des annĂŠes 00. â&#x20AC;&#x201D;

Borderlands *HDUER[.*DPHV

)3653* )3*:7)"

Dâ&#x20AC;&#x2122;abord la claque formelle. Une fantasmagorie ÂŤ cell-­ shadĂŠe Âť, qui convoque les lignes claires de Moebius et Druillet dans un immense shaker post-­apocalyptique. /jRODSOXSDUWGHV)36QHMXUHQWTXHSDUXQ photorĂŠalisme qui arrache la rĂŠtine et des rafales de kalachnikovs en 5.1, Borderlands [lire p. 220] susurre des mots doux Ă lâ&#x20AC;&#x2122;oreille, dĂŠroule tranquillement sa SF bricolo au beau milieu dâ&#x20AC;&#x2122;immenses panoramas caillouteux peuplĂŠs de PLJGHWV Ă  machettes et dâ&#x20AC;&#x2122;haltĂŠrophiles accros au shotgun. Une fois la mesure prise du gĂŠnie graphique et de ODFRKpUHQFHYLVXHOOHOHMHXHQYRLHVDGHX[LqPH offensive. Du shoot en subjectif oui, mais tartinĂŠ GHJURVVHVFRXFKHVGH53* DUPHVjFXVWRPLVHU SRLQWVG¡;3>G¡H[SpULHQFH@jFKRSHUjV¡HQĂ&#x20AC;OHUG¡XQH seule traite en coopâ&#x20AC;&#x2122; (Ă  deux, trois ou quatre). Un gros fourre-­tout dans lequel on a fait rentrer de force les lubies vidĂŠoludiques du moment. Il y a de lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠmerveillement Ă  constater que la greffe prend aussi bien, aussi vite, en deux coups de mitraillettes. La force presque mystique du jeu, de son JDPHSOD\, tient jFHFDUDFWqUHDIIUHXVHPHQWEkWDUG(YLGHQWSRXUWDQW non ?

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SPĂ&#x2030;CIAL JEUX DĂŠbat

ZELDA AUSSI BELLE QUE LA JOCONDE Sans rougir, nous avons questionnĂŠ nos experts pour savoir Ă quelle heure nous pourrons dire que le 10E ART, Câ&#x20AC;&#x2122;EST LES JEUX VIDĂ&#x2030;O.

par Fanny Menceur et Samy Zakari

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Enter. Quand Pong est sorti en 1972, personne nâ&#x20AC;&#x2122;imaginait lâ&#x20AC;&#x2122;ampleur de la mutation des jeux vidĂŠo en industrie. Les SUHPLqUHVJpQpUDWLRQVGHFRQVROHV et les bornes dâ&#x20AC;&#x2122;arcades ont fait place Ă des mondes DX[SRVVLELOLWpVLQĂ&#x20AC;QLHVjO LQVWDUGH8QFKDUWHG $PRQJ7KLHYHV (Naughty Dog, 2009), qui atteint lâ&#x20AC;&#x2122;excellence au rayon action-­aventure avec sa trame hollywoodienne et des prouesses techniques inĂŠdites. Si, pour certains, la violence et lâ&#x20AC;&#x2122;aliĂŠnation sont toujours de mise au rayon polĂŠmiques (des

VFLHQWLĂ&#x20AC;TXHVDPpULFDLQVRQWGpPRQWUpTXHFHUWDLQV jeux entraĂŽnaient des traumatismes crâniens et Nadine Morano, la secrĂŠtaire dâ&#x20AC;&#x2122;Etat chargĂŠe de la Famille, a cataloguĂŠ GTA IV dâ&#x20AC;&#x2122;ÂŤ DPRUDO Âť), pour les gens normaux, il sâ&#x20AC;&#x2122;agit plutĂ´t dâ&#x20AC;&#x2122;une nouvelle forme dâ&#x20AC;&#x2122;art qui suit les traces du cinĂŠma, nĂŠ lui aussi sous le feu des critiques. ÂŤ 6LOHMHXYLGpRQ¡HVWSDVO¡DUWGHVDUWV3ODWRQQ¡DXUD pWpTX¡XQgeekGHVSURYLQFHVG¡$WKqQHV Âť Lâ&#x20AC;&#x2122;argument de Frank Beau, directeur de lâ&#x20AC;&#x2122;ouvrage collectif

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DĂ&#x2030;BAT

Culture dâ&#x20AC;&#x2122;Univers, intronise la discipline dans lâ&#x20AC;&#x2122;histoire culturelle du XXIeVLqFOH/HWURLVLqPHPpGLD HQWHUPHVGHFKLIIUHG¡DIIDLUHV DSUqVODWpOpYLVLRQHWOD PXVLTXH LQWHUURJHDXQLYHDXMXULGLTXH²TXHOVWDWXW SRXUO¡¹XYUHLQWHUDFWLYH"²HWVXUWRXWVXUOHSODQ artistique. Allumons la console.

ÂŤ Myst, Out of This World, Super Mario 64 ou Braid font partie du patrimoine le plus ĂŠlevĂŠ de lâ&#x20AC;&#x2122;humanitĂŠ. Âť

François Bliss de la Boissière, critique

LĂ&#x2030;GITIMITĂ&#x2030; FRAGILE Lâ&#x20AC;&#x2122;intĂŠgration du jeu vidĂŠo dans lâ&#x20AC;&#x2122;espace culturel sâ&#x20AC;&#x2122;est accĂŠlĂŠrĂŠe au dĂŠbut des annĂŠes 2000. Les crĂŠateurs Shigeru Miyamoto (Zelda, Mario), Michel Ancel (Rayman, Beyond Good & Evil HW)UpGpULFN5D\QDO (Little Big Adventure, Time Commando) sont faits Chevaliers des Arts et des Lettres en 2006. En septembre dernier, FrĂŠdĂŠric Mitterrand annonce la FUpDWLRQG¡XQ2EVHUYDWRLUHGX-HX9LGpRHW1DWKDOLH .RVFLXVNR0RUL]HWOqYHYLQJWPLOOLRQVG¡HXURVSRXU Ă&#x20AC;QDQFHUTXDUDQWHKXLWSURMHWVGHVHULRXVJDPHV. Face Ă un tel branle-­bas de Ă&#x20AC;JKW, Frank Beau se veut prudent : ÂŤ &HQ¡HVWSDVXQDUWELHQTX¡XQHSDUWLH GHO¡LQGXVWULHYHXWTXHFHODHQVRLWXQSRXUIDFLOLWHU O¡DFFqVDX[Ă&#x20AC;QDQFHPHQWVDX[DLGHVVXEVWDQWLHOOHV FRPPHSRXUOHFLQpPD(QDWWHQGDQWPRLQVLO\DXUD GHIDQWDVPHGHODUHFRQQDLVVDQFHSOXVOHMHXDXUD GHFKDQFHGHGpYHORSSHUVHVTXDOLWpVDUWLVWLTXHVGH PDQLqUHRVWHQWDWRLUHÂť Les JDPHGHVLJQHUV, se considĂŠrant davantage comme des artisans du divertissement, alimentent peu le GpEDW6LFHUWDLQVFRQFqGHQWTX¡XQHSDUWLHGHOHXU WUDYDLOSHXWrWUHDUWLVWLTXHDXFXQQ¡DIĂ&#x20AC;UPHHQFRUH ÂŤ faire de lâ&#x20AC;&#x2122;art Âť. Le public, lui, ne se pose pas vraiment la question de la spiritualitĂŠ mystique dâ&#x20AC;&#x2122;Okami, du gĂŠnie conceptuel des palais de Zelda ou de la poĂŠsie environnementale de Flower. A quand une grammaire vidĂŠoludique pour en percevoir toute la dimension ?

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SPĂ&#x2030;CIAL JEUX DĂŠbat

Sous la direction de Frank Beau Culture dâ&#x20AC;&#x2122;Univers

Fyp, 2008

MATĂ&#x2030;RIALISER DES PROPRIĂ&#x2030;TĂ&#x2030;S DU TEMPS -XVTX¡jODĂ&#x20AC;QGHVDQQpHVOHFLQpPDpWDLWOH seul mĂŠdia Ă sâ&#x20AC;&#x2122;approprier les autres disciplines artistiques. Le jeu vidĂŠo va aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui plus loin : les mondes virtuels bâtis au croisement de lâ&#x20AC;&#x2122;art et de la science demandent une exigence mathĂŠmatique et technologique : la programmation, les moteurs JUDSKLTXHVHWSK\VLTXHVO¡LQWHOOLJHQFHDUWLĂ&#x20AC;FLHOOH et le rĂŠseau. Par ailleurs, les jeux dĂŠveloppent un langage inĂŠdit, le JDPHSOD\. François Bliss de la %RLVVLqUHFULWLTXHMHX[HWFLQpPDj3UHPLqUH et au 1RXYHO2EVHVWGpĂ&#x20AC;QLWLIŠ0\VW et ses suites, Out of 7KLV:RUOG, Super Mario 64, =HOGD2FDULQDRI7LPH, Abeâ&#x20AC;&#x2122;s Oddysee, Ico, Shadow of the Colossus, Pixel Junk Eden, BraidIRQWSDUWLHGXSDWULPRLQHOHSOXV pOHYpGHO¡KXPDQLWp Âť Des chefs-­dâ&#x20AC;&#x2122;Ĺ&#x201C;uvre. Mais les jeux disposent-­ils dâ&#x20AC;&#x2122;une riche palette de sujets (comme le cinĂŠma) ? Dâ&#x20AC;&#x2122;un ĂŠventail dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠmotions (Ă  la hauteur de la littĂŠrature) ? En rĂŠalitĂŠ, le jeu vidĂŠo entame sa maturation crĂŠative et enfante, depuis peu, des ovnis comme Passage -DVRQ5RKUHU GRQWO¡HVWKpWLTXHUpWURVHUWXQH UpĂ H[LRQSRLJQDQWHVXUODIDWDOLWpHWWRXFKHDXFÂąXUHW Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;esprit. Le 10e art se trouve probablement ici. Pour *UHJRU\6]ULIWJLVHUMRXUQDOLVWHSRXUOHVLWH*DPHEORJ, Braid (Jonathan Blow, 2008) en est la meilleure illustration : ÂŤ/HVpPRWLRQVOHVUpĂ H[LRQVTX¡LOVXVFLWH DXFXQHDXWUHGLVFLSOLQHQ¡HQHVWFDSDEOH&¡HVWOD IRUFHGHFHVPpFDQLTXHVG¡LQWHUDFWLYLWpLOVSHUPHWWHQW DXMRXHXUG¡DSSUpKHQGHUVDEHDXWpPDWpULDOLVDQW jO¡pFUDQPDLVVXUWRXWGDQVQRVWrWHVFHUWDLQHV SURSULpWpVGXWHPSV Âť CIMENT Dâ&#x20AC;&#x2122;UNE CULTURE POPULAIRE Lâ&#x20AC;&#x2122;expĂŠrience immersive existe en tant quâ&#x20AC;&#x2122;Ĺ&#x201C;uvre audiovisuelle interactive. Car contrairement Ă  XQĂ&#x20AC;OPROHVSHFWDWHXUHVWODLVVpVHXODYHFVD parole, lâ&#x20AC;&#x2122;exploration, ZLLPRWHĂ  la main, ne raconte

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SDVG¡KLVWRLUHGHPDQLqUHOLQpDLUHHWQ¡DGHVHQV quâ&#x20AC;&#x2122;investie par le joueur. Frank Beau : ÂŤ /HMRXHXUHVW XQVSHFWDWHXUGHOXLPrPHHQWDQWTX¡DFWHXU7RXWOH JpQLHGXMHXYLGpR²FRPPHRQSDUOHGHFLQpJpQLHHWGH WpOpJpQLH²UHSRVHVXUOHUHJDUGVXUXQHDFWLRQTXLQRXV HVWSURSUH4X¡RQSHXWUDIĂ&#x20AC;QHUHQPHWWDQWSOXVGH' de spatialisation sonore, de gameplayGHVFpQDULRV RULJLQDX[GHSHWLWHVDVWXFHVErWHVHWHIĂ&#x20AC;FDFHVHW VXUWRXWGHWpPRLQVjVDYRLUOHVDXWUHVMRXHXUV Âť Il y a aussi dans le jeu vidĂŠo ces moments instructifs qui renvoient des ĂŠchos profonds de notre culture, en assumant des fonctions attribuĂŠes autrefois aux contes populaires, mythes et lĂŠgendes. En dĂŠveloppant les symboles du Bien et du Mal, du Destin ou des puissances magiques, les jeux vidĂŠo perpĂŠtuent cette tradition orale qui cimente la culture populaire et parlent Ă lâ&#x20AC;&#x2122;inconscient collectif G¡XQSHXSOH,OVpYRTXHQWOHP\VWqUHGHVRULJLQHVHW les puissances de la nature avec un langage imagĂŠ et symbolique, tissent de romanesque ce quâ&#x20AC;&#x2122;ils empruntent parfois Ă  une trame historique et crĂŠent le hĂŠros Ă  partir de O¡KRPPHhistorique. La tradition française se dĂŠmarque par une conception un peu trop acadĂŠmique de lâ&#x20AC;&#x2122;art. Elle ĂŠtablit ainsi une hiĂŠrarchie stricte entre les formes dâ&#x20AC;&#x2122;expression. ÂŤ 3HUVRQQHQHSHXWGLUHTX¡XQMHXYLGpR pJDOHLa Joconde, rappelle Frank Beau, HWWDQWTXH ODPDMRULWpGHVJHQVVRXWLHQGURQWFHWWHK\SRWKqVH OHMHXVHUDUDQJpGDQVODFDWpJRULHGHVDUWVPLQHXUV YRLUHGHVDUWVTXLQ¡HQVRQWSDVGXWRXW,OFKDQJHUD GHVWDWXWOHMRXURO¡RQVHVHUDVRXYHQXTXHO¡DUWHVW XQHGpPDUFKHÂť Autrement dit, une entente est Ă  nĂŠgocier entre lâ&#x20AC;&#x2122;industrie, les institutions et le milieu LQWHOOHFWXHOTXLLQWpJUHUDLWGpĂ&#x20AC;QLWLYHPHQWOHVMHX[ vidĂŠo dans le cercle restreint des arts. Et si le dĂŠbat public correspond au processus dâ&#x20AC;&#x2122;assimilation dont a besoin une sociĂŠtĂŠ, le jeu vidĂŠo est dĂŠjĂ  le 10e art. â&#x20AC;&#x201D;

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DÉBAT

« Le statut des jeux vidéo changera le jour où l’on se sera souvenu que l’art est une démarche. »

Frank Beau

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SPÉCIAL JEUX 'pEDW VXLWH

Entretien

le pa

Delacroix, Lynch et Shigeru Miyamoto, même combat ? Conversation en mode two players entre la critique d’art MARGHERITA BALZERANI et le concepteur ERIC VIENNOT.

A quelle distance sommes-nous de considérer le jeu vidéo comme le 10e art ?  Margherita Balzerani : Le jeu vidéo est rentré dans la culture populaire. Il est, sans conteste, le 10e art. Cela m’intéresse, dans ma démarche de critique, de faire accéder les jeunes générations à ce patrimoine. Pong, Arkanoid, Pacman ou Space Invaders sont déjà considérés comme des œuvres d’art. Cela dit, le jeu vidéo doit être appréhendé différemment du point de vue esthétique, en raison de sa dimension interactive. Eric Viennot : Il est encore trop tôt pour le dire. Comparé au cinéma, certains disent qu’on en est aux années 50. Je dirais plutôt les années 10. Même de grands game designers comme Shigeru Miyamoto [Mario, Zelda] affirment qu’il ne s’agit que d’un divertissement. C’est une attitude saine – cela permet de créer sans trop se prendre au sérieux. N’oublions pas que les frères Lumière ne voyaient dans le cinéma qu’un objet utilitaire. Ce n’est qu’ensuite que Méliès ou Chaplin ont pris conscience de sa portée artistique. Quels critères permettent de qualifier une discipline d’art ?  M. B. : Une œuvre d’art nous prend complètement les sens et dépasse la question subjective du beau. La notion d’art est à réviser, car l’identification donne une

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dans une vidéo, où il efface l’interface dimension artistique supplémentaire au jeu graphique pour ne laisser que des nuages, vidéo. Prenez La Rotative plaques verre de ou le Français Martin Le Chevalier, qui a Marcel Duchamp (1920) : une machine qu’il créé en 2001 Vigilance 1.0 au moment où ne définissait pas comme une œuvre d’art mais le gouvernement se posait des questions comme une invention ; le mouvement déclenché sur la sécurité. Je collabore aussi avec des par la rotation d’une turbine hypnotisait le éditeurs de jeux pour mettre en avant l’aspect spectateur. J’aime faire l’analogie avec le jeu esthétique de leur sortie. vidéo qui n’existe que si le joueur s’implique.  E. V. : Tout le monde sait que le cinéma est le E. V. : Le jeu, parce qu’il s’articule autour du 7e art, mais tout le monde ne sait pas quels gameplay, a tout pour être un art accompli. Il fait vivre au public une expérience complète sont les autres*, dont certains ne sont pas les et immersive, permet de construire une œuvre plus représentatifs de l’idée que je me fais de totale, avec ses lieux, ses bâtiments, ses sons, l’art. La télévision est devenue obsolète pour ses variations de lumière et de climat, sa la jeune génération, qui l’a remplacée par logique interne. Internet, les mangas Est-il un art et les jeux vidéo. mineur – ou un art Sa fonction ludique « Comparé au impur – suscitant le place-t-il horscinéma, nous d’autres émotions jeu ?   en sommes aux qu’artistiques ? M. B. : Les univers années 1910. » M. B. : Considérations populaires comme le Eric Viennot désuètes. tuning ou le cosplay L’artiste japonais intéressent bon Takashi Murakami nombre d’artistes. Les s’inspire beaucoup de l’esthétique manga, Français ont du mal à reconnaître la dimension non pas parce qu’elle est populaire, mais ludique dans la culture parce qu’ils sont encore parce qu’il n’y a plus de hiérarchie dans trop attachés à cette conception très XIXe de la production culturelle. J’accompagne des l’art. Pourtant, Marcel Duchamp, l’un des artistes qui détournent les jeux pour en artistes les plus ironiques à cet égard, est faire de véritables œuvres, tels l’Américain français. Cory Arcangel, qui a détourné Super Mario E. V. : La force du jeu vidéo est de renouer

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DĂ&#x2030;BAT

avec les sensations des jeux dâ&#x20AC;&#x2122;enfants. Si, pour certains, lâ&#x20AC;&#x2122;art doit ĂŞtre sĂŠrieux voire austère, le jeu a toujours ĂŠtĂŠ un ĂŠlĂŠment important dans la crĂŠation artistique. Ce qui est rĂŠbarbatif, ce sont les thĂŠories de confĂŠrenciers bavards. Quels jeux ĂŠlèveriez-vous au rang dâ&#x20AC;&#x2122;art ? E. V. : Shadow of Colossus et Ico sont des expĂŠriences incroyables. M. B. : Jâ&#x20AC;&#x2122;adore Braid, qui joue avec lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠlasticitĂŠ ÂŤ Quand jâ&#x20AC;&#x2122;ai senti du temps. Flowers offre une expĂŠrience le cĹ&#x201C;ur de Ico battre singulière et poĂŠtique. par les vibrations de Enfin Rez, que jâ&#x20AC;&#x2122;ai la manette, jâ&#x20AC;&#x2122;en ai exposĂŠ il y a deux ans pleurĂŠ. Âť au Festival du Jeu VidĂŠo Margherita Balzerani de Paris. Attendez-vous une meilleure reconnaissance des crĂŠateurs ? M. B. : Absolument. Le nom de lâ&#x20AC;&#x2122;auteur passe souvent inaperçu au gĂŠnĂŠrique de fin, car il faut crĂŠditer tous ceux qui ont participĂŠ Ă  la conception. Câ&#x20AC;&#x2122;est aussi liĂŠ aux ĂŠditeurs, qui gardent souvent les droits et ne laissent quâ&#x20AC;&#x2122;une marge rĂŠduite aux concepteurs.   E. V. : Au cinĂŠma, il a fallu du temps pour voir ĂŠmerger la notion dâ&#x20AC;&#x2122;auteur. Pour les jeux vidĂŠo,

JOUEUR 1

Margherita Balzerani

AGE : 34 ans. MISSION : Curateur, critique dâ&#x20AC;&#x2122;art et professeur de sĂŠmiotique et dâ&#x20AC;&#x2122;histoire de lâ&#x20AC;&#x2122;art Ă lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcole de Manga, Eurasiam Ă  Paris. AVATAR : Margherita Bertolucci (Second /LIH). SES POUVOIRS :

2000 DEA dâ&#x20AC;&#x2122;histoire de lâ&#x20AC;&#x2122;art contemporain jO¡XQLYHUVLWp/D6DSLHQ]D5RPH

2002 EntrĂŠe au dĂŠpartement de lâ&#x20AC;&#x2122;action FXOWXUHOOHGX3DODLVGH7RN\R3DULV

2010 7KqVHGHGRFWRUDWVXUŠOHVHQMHX[ HVWKpWLTXHVGHVMHX[YLGpRHWOHXU LQà XHQFHVXUODFUpDWLRQDUWLVWLTXH FRQWHPSRUDLQH .

câ&#x20AC;&#x2122;est pareil : on connaĂŽt davantage Mario ou Lara Croft que leurs designers. Jâ&#x20AC;&#x2122;ajoute que ces derniers ne sont pas toujours conscients dâ&#x20AC;&#x2122;avoir un point de vue dâ&#x20AC;&#x2122;auteur. Se considèrent-ils comme des artisans, des artistes ?  M. B. : On peut faire lâ&#x20AC;&#x2122;analogie avec un atelier de la Renaissance italienne comme la Bottega de Michel-Ange : pour concevoir un jeu, un artiste sâ&#x20AC;&#x2122;occupe du dessin, un autre de la musique, un autre du gameplay, etc. La question de lâ&#x20AC;&#x2122;artiste numĂŠrique me dĂŠrange. Câ&#x20AC;&#x2122;est comme si on disait de LĂŠonard ou Michel-Ange quâ&#x20AC;&#x2122;ils ĂŠtaient des artistes sculpturaux ou picturaux. Lâ&#x20AC;&#x2122;expression de lâ&#x20AC;&#x2122;artiste va au-delĂ  du mĂŠdia. E. V. : Je viens des arts plastiques et je me suis intĂŠressĂŠ aux jeux vidĂŠo, un monde oĂš tout est Ă  faire. Peut-ĂŞtre que le jeu vidĂŠo permettra la naissance de nouveaux arts, ou quâ&#x20AC;&#x2122;il se divisera en plusieurs branches. OĂš en est le jeu vidĂŠo en termes dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠmotions ?  M. B. : Jâ&#x20AC;&#x2122;ai dĂŠcidĂŠ de mâ&#x20AC;&#x2122;occuper du jeu vidĂŠo en tant quâ&#x20AC;&#x2122;art en jouant Ă  Ico. Lorsque jâ&#x20AC;&#x2122;ai senti le cĹ&#x201C;ur de la jeune fille battre par les vibrations de la manette, jâ&#x20AC;&#x2122;en ai pleurĂŠ. Le jeu vidĂŠo peut engendrer de lâ&#x20AC;&#x2122;angoisse, elle-mĂŞme source dâ&#x20AC;&#x2122;adrĂŠnaline.

E. V. : Pour que les ĂŠmotions passent, il faut oublier la technique. Fumito Ueda [Ico, Shadow of the Colossus] est lâ&#x20AC;&#x2122;un des rares designers Ă  savoir faire passer ses prouesses technologiques au second plan, pour mettre en lumière la narration, la poĂŠsie et lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠmotion. Lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠlasticitĂŠ du temps est lâ&#x20AC;&#x2122;autre point fort. Jouer pendant trente heures nĂŠcessite une affinitĂŠ avec un personnage. Quand vous lâ&#x20AC;&#x2122;accompagnez pendant des semaines, votre empathie nâ&#x20AC;&#x2122;est pas la mĂŞme que pour le hĂŠros dâ&#x20AC;&#x2122;un film. Ne confondons-nous pas Ĺ&#x201C;uvre dâ&#x20AC;&#x2122;art et loisir culturel ?  M. B. : Le jeu vidĂŠo est dĂŠjĂ  les deux. Je ne suis pas contre lâ&#x20AC;&#x2122;idĂŠe dâ&#x20AC;&#x2122;un musĂŠe du jeu vidĂŠo, Ă  condition que ce ne soit pas le Louvre. E. V. : MĂŞme sans succès commercial, un jeu touche au moins cent mille personnes. Le jeu vidĂŠo fait de lâ&#x20AC;&#x2122;art populaire, au sens noble. * Selon Hegel et son EsthĂŠtique ou la Philosophie de lâ&#x20AC;&#x2122;art (1818-1829), il sâ&#x20AC;&#x2122;agit de lâ&#x20AC;&#x2122;architecture, la sculpture, la peinture, la musique, la danse et la poĂŠsie. Le ÂŤ 7e art Âť est une expression proposĂŠe en 1919 par lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcrivain français Ricciotto Canudo pour dĂŠsigner le cinĂŠma ; sont venus sâ&#x20AC;&#x2122;ajouter en 8e et 9e positions les arts mĂŠdiatiques (radio, tĂŠlĂŠ et photo) et la bande dessinĂŠe.

JOUEUR 2

Eric Viennot AGE : 40 ans. MISSION : CrĂŠateur de jeux vidĂŠo. AVATAR : Wander (6KDGRZRI&RORVVXV) SES POUVOIRS :

1980-1985 CAPES et lâ&#x20AC;&#x2122;agrĂŠgation dâ&#x20AC;&#x2122;arts plastique et enseigne Ă lâ&#x20AC;&#x2122;universitĂŠ de Paris I PanthĂŠon-­Sorbonne.

1990 Fondation du studio de crĂŠation Lexis NumĂŠrique.

2003 Premier volet de la sĂŠrie ,Q0HPRULDP, dont il a assurĂŠ la conception.

2007 NommĂŠ Chevalier des Arts et des Lettres.

2009-2010 PrĂŠpare un jeu dit ÂŤ transmedia Âť et un autre en 3D sur PS3.

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entretien 5LFKDUG*DLWHW & Alex Masson

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Start. OĂš vous trouvez-­vous en ce moment et comment vous sentez-­vous ? Brian Taylor : Câ&#x20AC;&#x2122;est un magazine porno ? Mark Neveldine : Je suis dans ma maison, Ă deux doigts de manger dehors (du lapin). Il fait pâ&#x20AC;Ś de 70 °C Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;intĂŠrieur et 33 °C Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;extĂŠrieur. Je rĂŠponds Ă  cet HQWUHWLHQGHPHUGHHWMHPHVHQVWUqVELHQSDUFHTXHMH viens de mâ&#x20AC;&#x2122;acheter un nouveau fusil. Dans Ultimate Game, il est dit que le jeu doit ĂŠvoluer. Faire ĂŠvoluer le cinĂŠma, câ&#x20AC;&#x2122;est votre mission ? Taylor : Nous ne sommes que des soldats, la guerre est tout autour. Le cinĂŠma doit ĂŠvoluer au risque de sâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠteindre. La plupart des gosses que je connais

Q¡HQRQWULHQjEUDQOHUGHVĂ&#x20AC;OPVLOVSUpIqUHQWOHV jeux vidĂŠo et Internet. Le divertissement tel que vous le pratiquez, passivement, est mourant. Il sâ&#x20AC;&#x2122;agit maintenant de traverser lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcran, choper les gens Ă la gorge et les ĂŠtrangler. 8OWLPDWH*DPHHVWXQĂ&#x20AC;OPGH console next generation. Avez-­vous des enfants ? Quel avenir pour cette gĂŠnĂŠration hyper connectĂŠe ? Neveldine : Brian en a un, moi non. Nous avons passĂŠ pas mal de temps sur le Net pour capter le ]HLWJHLVW des 15-­25 ans. Taylor : '¡LFLjFHTXHFHWWHJpQpUDWLRQ²FHOOHTXLD DXMRXUG¡KXLGLVRQVHQWUHHWDQV²JUDQGLVVH

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'HSXLVWURLVĂ&#x20AC;OPVH[SORVLIVOHV$PpULFDLQV MARK NEVELDINE &Â BRIAN TAYLOR transfusent le meilleur et le pire du jeu vidĂŠo au cĹ&#x201C;ur du cinĂŠma. Pour la sortie DVD dâ&#x20AC;&#x2122;Ultimate Game â&#x20AC;&#x201C; Ă  cĂ´tĂŠ duquel Matrix est aussi palpitant quâ&#x20AC;&#x2122;une partie de Monopoly â&#x20AC;&#x201C;, entretien au clavier avec deux geeks surdouĂŠs.

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CINĂ&#x2030;MA

ÂŤ Le divertissement pratiquĂŠ, passivement est mourant. Il sâ&#x20AC;&#x2122;agit de traverser lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcran, choper les gens Ă la gorge et les ĂŠtrangler. Âť

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Brian Taylor

le monde sera mĂŠconnaissable. Ce quâ&#x20AC;&#x2122;on appelle OHWURXEOHGXGpĂ&#x20AC;FLWGHO¡DWWHQWLRQ ou lâ&#x20AC;&#x2122;hyperactivitĂŠ, TXLVHVRLJQHDX5LWDOLQRXDYHFG¡DXWUHVGURJXHV est vraiment rentrĂŠ dans une phase hyper ĂŠvolutive. Ces mĂ´mes sont en train de devenir quelque chose de nouveau, qui dĂŠcompose et traite lâ&#x20AC;&#x2122;information Ă une vitesse supĂŠrieure Ă  celle des humains prĂŠcĂŠdents. Ils ne sont pas foutus : ils sâ&#x20AC;&#x2122;ennuient, câ&#x20AC;&#x2122;est tout. A quelle distance sommes-­nous du futur dĂŠcrit dans Ultimate Game ? Taylor : Pas plus de six, sept ans. Neveldine : Je dirais MRXUVDSUqVFHWWHLQWHUYLHZ que vos lecteurs vont maintenant dĂŠvorer pour faire en sorte que tout ce que nous disons se produise rĂŠellement. Le personnage de Ken Castle, concepteur de jeux PDFKLDYpOLTXHUHĂ qWHWLOYRVSHXUVDXVXMHWGX virtuel et des control freaks ? Neveldine : Castle provient dâ&#x20AC;&#x2122;une organisation cupide et bien rĂŠelle qui ne sera toujours pas dĂŠmasquĂŠe Ă  O¡KHXUHRYRWUHPDJD]LQHSDUWLUDVXUOHVURWDWLYHV Taylor : Câ&#x20AC;&#x2122;est un croisement entre Bill Clinton et Mark Cuban, milliardaire du Net et propriĂŠtaire des Mavericks, lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠquipe de basket de Dallas. Un gosse dans une peau dâ&#x20AC;&#x2122;adulte qui regarde le monde comme sâ&#x20AC;&#x2122;il sâ&#x20AC;&#x2122;agissait dâ&#x20AC;&#x2122;un sablier. Un des jeux permet dâ&#x20AC;&#x2122;expĂŠrimenter des fantasmes extrĂŞmes. Sâ&#x20AC;&#x2122;il existait, que feriez-­vous : coucher avec qui vous voulez, tuer un rival ? Taylor : Je fais dĂŠjĂ  ça dans la vraie vie. Si les jeux dâ&#x20AC;&#x2122;8OWLPDWH*DPHĂŠtaient rĂŠels, la plupart dâ&#x20AC;&#x2122;entre nous sâ&#x20AC;&#x2122;y adonneraient, bien sĂťr. Neveldine : Je pratique dĂŠjĂ  mon jeu prĂŠfĂŠrĂŠ : je chasse. Le lapin, la dinde, le cerf, la perdrix, le faisan, le canard. Car quand jâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtais gosse, jâ&#x20AC;&#x2122;adorais Duck Hunt [1985], le jeu de tir sur Nintendo NES. Puis, un soir de dĂŠprime, je me suis mis Ă  Big Buck Hunter [best-­seller des jeux de chasse, 2001]. Jâ&#x20AC;&#x2122;adore vivre Ă  la campagne, jâ&#x20AC;&#x2122;aime chasser mon dĂŽner, et ma femme prend du plaisir Ă  cuisiner le gibierâ&#x20AC;Ś Je ne fais que vivre ces jeux pour de vrai. Aimeriez-­vous ĂŠcrire ou concevoir un jeu vidĂŠo ? Neveldine : Non. Taylor :$EVROXPHQW1RWUHSUHPLHUĂ&#x20AC;OP Hypertension [2006], ferait dâ&#x20AC;&#x2122;ailleurs un jeu SKpQRPpQDOEHDXFRXSGHJHQVFRQVLGqUHQWTX¡LO sâ&#x20AC;&#x2122;agit dâ&#x20AC;&#x2122;une adaptation de *7$²jFHSURSRVRQ DGRUHUDLWERVVHUDYHFOHVPHFVGH5RFNVWDU*DPHV Q¡LPSRUWHTXDQGQ¡LPSRUWHRFHVRQWGHVJpQLHV Comment expliquer quâ&#x20AC;&#x2122;aucun jeu adaptĂŠ au cinĂŠma nâ&#x20AC;&#x2122;ait su retranscrire les sensations des joueurs ? Taylor : /HVVFqQHVGHEDWDLOOHG¡8OWLPDWH*DPHnous paraissent proches de lâ&#x20AC;&#x2122;hyper-­sensation dâ&#x20AC;&#x2122;un shoot WKHPXS en mode hardâ&#x20AC;Ś mais la grosse diffĂŠrence, F¡HVWTXHOHVMHX[VRQWLQWHUDFWLIVHWTXHOHVĂ&#x20AC;OPV²GX PRLQVSRXUOHPRPHQW²QRQ2QDGRUHUDLWGLULJHU lâ&#x20AC;&#x2122;adaptation de &DOORI'XW\. Si vos lecteurs veulent voir ça un jour, quâ&#x20AC;&#x2122;ils envoient des mails Ă  Activision pour leur faire savoir !

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DVD TF1 VidĂŠo

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6WHYH0F4XHHQSOXVGH.XUW5XVVHOO2QGRLW traverser lâ&#x20AC;&#x2122;Atlantique et gagner lâ&#x20AC;&#x2122;Angleterre pour trouver des durs Ă cuire crĂŠdibles. Vous avez ĂŠcrit le scĂŠnario de Jonah Hex, western surnaturel tirĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;un comics DC, puis abandonnĂŠ la partie. Pourquoi ? Neveldine & Taylor : Jonah est un chasseur de SULPHVREVFqQHHWYLROHQWQRXVYRXOLRQVHQWLUHU XQĂ&#x20AC;OPVXSHU+$5'5 [interdit aux moins de 18 ans]. Les producteurs visaient quelque chose de PDLQVWUHDP [Jonah Hex sortira en 2010 sous la GLUHFWLRQGH-LPP\+D\ZDUGDQLPDWHXUFKH]3L[DU avec Josh Brolin, Megan Fox et John Malkovich]. Le politiquement correct est lâ&#x20AC;&#x2122;ennemi mortel de lâ&#x20AC;&#x2122;art. Tarantino, le maĂŽtre de la contre-­culture mixant les genres et les humeurs du cinĂŠ underground des annĂŠes 70-­80, est-­il dĂŠjĂ  passĂŠ ? Seriez-­vous le Tarantino bicĂŠphale 2.0, brassant lâ&#x20AC;&#x2122;underground des annĂŠes 90-­00 ? Neveldine : 7DUDQWLQRHVWH[WUDRUGLQDLUH1RXV sommes des enfants de chĹ&#x201C;ur comparĂŠs Ă  lui. Taylor : 7RXWOHPRQGHDYDLWIDLWXQHFURL[VXUOXL puis il y a eu Inglorious Basterds. Il a son style bien Ă  lui, mais je ne le vois pas reprĂŠsenter un mouvement ou une tendance. Nous aurions encore du chemin Ă  parcourir avant dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre classĂŠs dans la mĂŞme catĂŠgorie que lui.

Votre projet de sĂŠrie tĂŠlĂŠ, Zeroes ? Neveldine : Faites le zĂŠroâ&#x20AC;Ś quand il nâ&#x20AC;&#x2122;y a plus personne Ă appeler. Taylor : Zeroes est une excuse pour introduire une hystĂŠrie totalement cramĂŠe dans le mĂŠdium tĂŠlĂŠvisuel. Nous allons tenter de franchir un nouveau palier et offrir au public une expĂŠrience perpĂŠtuellement intense et plus urgente que tout ce que vous avez vu jusquâ&#x20AC;&#x2122;ici dans la boĂŽte. Et après ? Neveldine :1RXVDYRQVpFULWGHX[Ă&#x20AC;OPVTXHQRXV essayons actuellement de tourner. Taylor : Et câ&#x20AC;&#x2122;est top secret. â&#x20AC;&#x201D;

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ultimate Game/ Hypertension 1&2

Neveldine : Moi, je nâ&#x20AC;&#x2122;en ai pas du tout envie. Le VHXOĂ&#x20AC;OPGXJHQUHTXHM¡DLYXF¡HVW0RUWDO.RPEDW [Paul W. S. Anderson, 1995]. Jâ&#x20AC;&#x2122;ai plutĂ´t aimĂŠ. Taylor : Ils sont en train de dĂŠvelopper $VWHURLGV[pionnier mĂŠga basique du VKRRWWKHPXS sur borne dâ&#x20AC;&#x2122;arcade, 1979], donc le concours de la ÂŤ pire adaptation de jeu au cinĂŠma Âť est annulĂŠ. A quoi jouez-­vous, en gĂŠnĂŠral ? Taylor : En ce moment, Ă 0RGHUQ:DUIDUH comme tout le monde. Mais je garde une machine Defenfer bien vintage Ă  la maison histoire de ne pas perdre mon sens aigu du 8-­bits. Neveldine : Je joue juste au poker. Mais si les gros paris sont des jeux, eh bien, je suis un putain de JDPHU avide et cinglĂŠ. Taylor : On est plutĂ´t des mecs 8-­bit. Hypertension 1  ont le style des jeux sur bornes dâ&#x20AC;&#x2122;arcade : tu JOLVVHVXQHSLqFHGDQVODIHQWHHWHQO¡HVSDFHG¡XQH seconde te voilĂ  de nouveau debout, ressuscitĂŠ, pour continuer Ă  te battre. Neveldine : On adore crĂŠer des hĂŠros qui ne peuvent pas mourir. Ă&#x2021;a fait tellement annĂŠes 80. Visuellement, Hypertension 1 & 2 compensent leur aspect tournĂŠ Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;arrache par lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠnergie. Comme les sĂŠries B des annĂŠes 60-­70, oĂš ÂŤ moins GHIULFÂŞVLJQLĂ&#x20AC;DLWŠSOXVG¡LGpHVÂŞ" Taylor : Oui. La diffĂŠrence avec la pĂŠriode (DV\5LGHU [Dennis +RSSHU@RX ÂŤ Le futur mĂŞme le 'RJPH d'Ultimate Game GH/DUV9RQ7ULHUHW est prĂŠvu pour 7KRPDV9LQWHUEHUJ dans 183 jours câ&#x20AC;&#x2122;est que maintenant après cette on peut atteindre interview. Âť cette libertĂŠ sans compromis Mark Neveldine niveau qualitĂŠ. La technologie est lĂ  pour crĂŠer des images aussi nettes et brusques et VDWXUpHVTXHOHVĂ&#x20AC;OPVjJURVEXGJHWHWOHXUVRXWLOVj deux balles de professionnels de la consommation. Neveldine : 0RLQVGHIULFHVWWRXMRXUVXQGpĂ&#x20AC;HW rend crĂŠatif. Mais je serais curieux de voir ce que ça donnerait si nous avions plus dâ&#x20AC;&#x2122;argent. Jason Statham dans Hypertension, Gerard Butler dans Ultimate Game : que penser de ces incarnations masculines Ăźber testostĂŠronĂŠes ? Neveldine : *HUDUGHW-DVRQDLPHQWVHIDLUHERWWHUOH cul sur un tournage, ce qui rend le travail avec eux WUqVDJUpDEOH Taylor : 'LIĂ&#x20AC;FLOHQpDQPRLQVGHGLUHOHTXHOGHVGHX[ est le plus gay. Neveldine : Jâ&#x20AC;&#x2122;aimerais les voir se battre dans une cage. Je crois que je sais qui gagnerait. Taylor :/DWULVWHUpDOLWpF¡HVWTXHO¡qUHGHVDFWHXUV ultra mâles amĂŠricains est terminĂŠe. Plus de

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CINÉMA

Filmographie

Jeux demain, jeux de vilains

hypertension

Hypertension 2

Zeroes

2006

2009

2010 ?

Chev Chelios : un nom de personnage de jeu, la vie qui va avec. Neveldine & Taylor réussissent dès ce premier long la fusion de l’univers de Guy Ritchie et d’un Super Mario trash, tant l’histoire ressemble à un jeu de plateforme : Chelios (Jason Statham, Snatch, Arnaques, crimes et botanique) traverse une ville par étapes pour récupérer l’antidote au lent poison injecté dans ses veines, en s’arrêtant à chaque source d’adrénaline pour se maintenir en vie.

Chev Chelios 2.0. Cette fois-ci à la poursuite de son cœur, piqué par la mafia chinoise. Upload de tout ce qui s’est accéléré depuis trois ans : avènement de jeux vidéo next-gen déviants (GTA), règne de YouTube comme boîte à images décomplexées, démocratisation du porno gonzo, suprématie de la culture geek… Et cette question, sérieuse : et si le monde vivait avec un cœur artificiel ?

Assaut sur le nouvel eldorado culturel : la série télé. Toujours avec un pas d’avance. Au moment où Heroes n’en finit plus d’aller vers une mort scénaristique clinique, le duo propose à la même chaîne, NBC, un concept qui pourrait faire l’effet d’une décharge de défibrillateur : les épisodes de Zeroes se passeront de prologue, voire de conclusion, pour plonger direct dans la dernière heure d’une situation de crise. Imposeront-ils leur cinéma-guérilla à la télévision ? Réponse prévue l’année prochaine. A. M.

Pathology 2008

© DR

Un étudiant médecin légiste découvre que ses camarades se lancent des concours de crimes parfaits qui les surexcitent. Scénaristes, le vicieux binôme prend le dessus sur la mise en scène d’un certain Marc Schoelermann – on dirait un épisode des Experts. Ce thriller tordu fait partouzer l’érotisme SM du Cronenberg de Crash et le nouveau rapport au corps imposé par la télé – gore domestique à la Nip/Tuck, avec Milo « Peter Petrelli » Ventimiglia de Heroes dans le rôle principal.

Ultimate Game 2009 Neveldine & Taylor ne font plus semblant : là où les Hypertension ne faisaient qu’allusion aux jeux vidéo, Ultimate Game met en scène un « MMORPG », jeu de rôles massivement multijoueur, grandeur nature, où des anonymes dirigent à distance des taulards condamnés à mort dans des parties de paintball à balles réelles. Le tout manipulé par un Bill Gates en plein trip joué par un dément Michael C. Hall (Dexter), « l’un des plus grands acteurs vivants » selon les réals qui souhaitent « absolument » retravailler avec lui. Conjuguant la grammaire visuelle ultra kinétique d’aujourd’hui et la science-fiction dystopique des seventies, se rédige la loi de Lavoisier de la société du spectacle : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.

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RETRO-GAMING

BLAZE FIELDING, la sexy-star du beat them all culte auraitelle appliquÊ les thÊories du Deuxième Sexe"Start. par Nadia Ahmane

On ne naĂŽt pas Blaze Fielding, on le devient. Les hĂŠroĂŻnes de jeu vidĂŠo sont souvent des bombes sexuelles inspiratrices de fantasmes futuristes. Un standard esthĂŠtique auquel rĂŠpond la pasionaria 2D de la trilogie EHDWWKHPDOO de rĂŠfĂŠrence, Streets RI5DJH ĂŠditĂŠe par Sega sur Megadrive de 1991 Ă 1994. Blaze sâ&#x20AC;&#x2122;y castagne en mini minijupe ĂŠcarlate au point dâ&#x20AC;&#x2122;exciter les instincts primaires (on voit parfois sa culotte) : câ&#x20AC;&#x2122;est ce cĂ´tĂŠ H[FOXVLYHPHQW sexy, que Simone de Beauvoir dĂŠnonçait dans /H'HX[LqPH6H[H en 1949, comme ŠOHVWDUHVGHODIpPLQLWpÂť. Mais la ÂŤ fĂŠminitĂŠ Âť de Fielding nâ&#x20AC;&#x2122;est-­elle pas la dĂŠmonstration de son fĂŠminisme ? %HDXYRLUO¡DIĂ&#x20AC;UPHODIHPPHQ¡HVWSDVFHWŠ$XWUHÂŞ TXLQHVHGpĂ&#x20AC;QLWTXHSDUUDSSRUWDXPRGqOHPDVFXOLQ dominant, en cours dans la sociĂŠtĂŠ française des annĂŠes 50. Dans les nineties new-­yorkaises et nocturnes de 6WUHHWVRI5DJH, Blaze, 21 ans, ne dĂŠpend de personne. Sa OLIH"ElevĂŠe sur une ĂŽle SDUDGLVLDTXHGHV*DOiSDJRVHOOHDVVLVWHjO¡DVVDVVLQDW de ses parents par des pourris qui la violent, devient Ă LFH[SHUWHHQMXGRTXLWWHXQHSROLFHFRUURPSXH et sâ&#x20AC;&#x2122;improvise chef dâ&#x20AC;&#x2122;une bande de justiciers. Sa SDVVLRQ"/DODPEDGD DXGpEXWGXGHX[LqPHpSLVRGH preuve de son indĂŠpendance, elle enseigne la danse). Et ses amours ? Si le bel Axel Stone est plus quâ&#x20AC;&#x2122;un VLPSOHFROOqJXH F¡HVWVRQFKpUL )LHOGLQJQ¡HVWMDPDLV ŠODSHWLWHDPLHGHÂŞ²DORUVTXH6LPRQHGH%HDXYRLU elle, se payait un paradoxal ÂŤ Notre-­Dame-­de-­Sartre Âť.

SIMONE DE BEAUVOIR DANS STREETS OF RAGE ?

KICKS BIEN PLACĂ&#x2030;S Autre malaise ĂŠpinglĂŠ par lâ&#x20AC;&#x2122;essayiste, celui de la ÂŤ IHPHOOHÂť, la femme pensĂŠe comme un ĂŞtre naturellement faible. Blaze, elle, nâ&#x20AC;&#x2122;a rien dâ&#x20AC;&#x2122;une pĂŠpĂŠe fragile. Câ&#x20AC;&#x2122;est au contraire le perso le plus rapide, SXLVOHSOXVIRUWWHFKQLTXHPHQWGDQVOHWURLVLqPH volet. De Beauvoir, encore : ÂŤ Câ&#x20AC;&#x2122;est Ă travers les yeux GHVKRPPHVTXHODĂ&#x20AC;OOHWWHH[SORUHOHPRQGHHW\ GpFKLIIUHVRQGHVWLQÂŞ$YHF)LHOGLQJODĂ&#x20AC;OOHWWHPRGHUQH sâ&#x20AC;&#x2122;affranchit de lâ&#x20AC;&#x2122;autoritĂŠ masculine et fout des coups de tuyaux ou des kicks bien placĂŠs Ă  tous les sales W\SHVGHV5XHVGHOD5DJH FascinĂŠe par les Amazones, ces ÂŤ JXHUULqUHVTXL GpSOR\DLHQWDXWDQWGHFRXUDJHHWGHFUXDXWpTXHOHV PkOHVÂť, la philosophe fĂŠministe lâ&#x20AC;&#x2122;aurait ĂŠtĂŠ Ă  coup sĂťr par lâ&#x20AC;&#x2122;Amazone des pixels qui se joue des clichĂŠs phallocrates. â&#x20AC;&#x201D;

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SPÉCIAL JEUX Mode

Photographie Tom TS74 c Assisté de Romain Leblan Stylisme Andrea Crews h Van, Modèles Ylva Falk, Anji Din ard Khady Thiam, Pierre-Edou lie Salazar Les , mé Ro l sca ,Pa Hanffou Publi-rédactionnel David Herman

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Like the first days Mini ĂŠvĂŠnement sous LVORUV ODQHIGX*UDQG3DOD )LDF HOD QG GHODGHUQLqUHpGLWLR bougies 50 ses er fĂŞt r en octobre : pou grandes des s petite sous le capot, la plu avait y isĂŠ tor mo e visionnaires du mond ²VpULH HQ PG &D ,1, OH0 YHO FORLVRQQpVDQRX PLOLHX DX EH DX HUVDLUH² OLPLWpHVSpFLDODQQLY tionneur lec col Le ur. fut du dâ&#x20AC;&#x2122;une piscine Ă balles tĂŠ de nĂŠi nta spo retrouver la distinguĂŠ a ainsi pu en ĂŠe ng plo ne dâ&#x20AC;&#x2122;u ps le tem ses premiers jours, is ce dont Ma ce. ven jou de in apnĂŠe dans ce ba â&#x20AC;&#x2122;en t se douter, câ&#x20AC;&#x2122;est qu personne ne pouvai ard nd Sta e, sag nis ver catiMINI, la veille du c vagues ave y avait dĂŠjĂ  fait des Andrea Crews.

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Conception du stand piscine Ă balles TBWA \MAP Remerciements Christelle Delarue, Kevin Salembier, Julien Boissinot, Laurent BaulĂŠ (Bob Design) et Marco (Janvier).

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JEUX & LOISIRS Musique

PACMAN À L’OLYMPIA

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MUSIQUE

Electro 8-bits, rockers gamers et geeks  CHIPTUNE ª : après des nuits passÊes à buller devant la console, certains petits malins sont devenus musiciens sans solfège ni doubles croches. Cheap"

par Richard Gaitet & Fanny Menceur

ÂŤ 3RXUQRXVODEDQGHRULJLQDOHGHFinal Fantasy 7 FRPSWHSUHVTXHDXWDQWTXHOHDouble Blanc des %HDWOHVÂť. Parole de nerd ? Pas tout Ă fait. On la doit Ă  Jean Felzine, IURQWPDQ gominĂŠ du brillant trio rock-­yĂŠyĂŠ Mustang (voir encadrĂŠ). DĂŠbut octobre, la fĂŠline Anglaise Ebony Bones nous faisait cette FRQĂ&#x20AC;GHQFHVLPLODLUHŠ Mario Bros 2 HVWPRQMHXYLGpR IDYRUL/HSOXVPDUUDQWF¡HVWTXHODEDVVHGHPRQ PRUFHDXWe Know All About U [celui qui lâ&#x20AC;&#x2122;a rĂŠvĂŠlĂŠ DXSUqVGHOD%%&@HVWGLUHFWHPHQWLQVSLUpHSDUOH WKqPHGXGHUQLHUQLYHDX´WXGXGXÂľGDQVOHFKkWHDX GH%URZVHUÂť Et mĂŞme les rigolos ahuris de Weezer eurent droit cet ĂŠtĂŠ, malgrĂŠ eux, Ă  une compilation de leurs hits remixĂŠs 8-­bits*. Nos oreilles appuient donc sur reseWOD3ULQFHVVHHW7RDGPXVHVG¡XQIXWXU $SKH[7ZLQ ? MA PUCE, MON AMOUR Le premier maxi du player ĂŠlectro lyonnais 2080, 1HUG7R*HHN, est un bon exemple de cette mouvance inspirĂŠe des scores et des codes des consoles des annĂŠes 80. Sur 0D[LPL]HG, on redĂŠcouvre, sur un EHDW teigneux, tous les EOLSV et les EORXSV circa Nintendo NES, les climats dâ&#x20AC;&#x2122;errance dâ&#x20AC;&#x2122;un personnage hĂŠroĂŻque explorant seul un monde dangereux, ÂŤ perdant des vies Âť, ÂŤ regagnant de lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠnergie Âť pour ÂŤ pFODWHUOHERVVGHĂ&#x20AC;Q Âť. Bref, une ĂŠlectro de poche nappĂŠe de sonoritĂŠs enfantines. InvitĂŠs sur le titre Fatality (refrain : ŠODGpIDLWHF¡HVWSRXUOHVSHUGDQWVÂť), OHVUDSSHXUVGHV*RXUPHWVVLJQHQWXQKRPPDJH giga-­rĂŠfĂŠrencĂŠ Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;esthĂŠtique 2D. 3XQFKOLQH avisĂŠe : ÂŤ,PDJLQH6XE=HURHQERvWHDYHFXQHFRXSHGHFKDPS¡Âť Plus loin, +HDUW6KDSHG3L[HO nous tirerait presque une larme (si nous ĂŠtions des robots) : on dirait un JpQpULTXHGHĂ&#x20AC;QORUVTXHOHKpURVUHQWUHFKH]OXL Il nâ&#x20AC;&#x2122;y a pourtant chez 2080 aucun emprunt Ă  des bandes originales prĂŠexistantes. ÂŤ-HMRXHVHXOHPHQW GXIDLWTXHPHVV\QWKpV²XQ';RXOH07DYHF OHTXHOIXWFRPSRVpOHscore de Monkey Island²RQW XQHSXFHFRPPXQHDYHFFHOOHGHOD0HJDGULYH'¡R O¡LPSUHVVLRQGHGpMjHQWHQGX0DLVFHQ¡HVWTX¡XQH

LQĂ XHQFHSDUPLG¡DXWUHVHQWUH*LRUJLR0RURGHU 3URGLJ\HW-HDQ0LFKHO-DUUH/DPXVLTXHGHMHX YLGpRHVWXQJHQUHjSDUWHQWLqUHÂť Il prĂŠcise assez fermement : ÂŤ-HQHIDLVSDVGHchiptune-¡DLPrPH SHXUGHPHWWUHOHVSLHGVGDQVFHVVRLUpHVOjGHSHXU TXHGHVKDUGFRUHJDPHUVPHMHWWHQWGHV*DPH%R\ jODĂ&#x20AC;JXUHÂť Chipwhat ? DĂ&#x2030;TOURNEMENT LO-­TECH Le chiptune, pour chip (puce ĂŠlectronique) et tune (air musical), est une relecture pop et rĂŠtro-­futuriste des bandes-­sons des jeux vidĂŠo eighties5pIpUHQFHV lâ&#x20AC;&#x2122;Anglais Rob Hubbard (0RQW\RQWKH5XQ, 1985) et le Japonais Koji Kondo (Super Mario, 1983, Zelda,  &HV3LHUUH+HQU\GXJDPLQJ ont inspirĂŠ toute une gĂŠnĂŠration de bidouilleurs, de Teamtendo aux Allemands de Mikron 64 ou le collectif japonais YMCK. En 2000, Role Model, un jeune ingĂŠnieur VXpGRLVWUDQVIRUPDOD*DPH%R\HQPLQLVWDWLRQGH production, et lança en toute illĂŠgalitĂŠ une cartouche appelĂŠe Little Sound DJ, qui permettait de copier une sonate de Beethoven aussi bien que dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcrire ses propres morceaux chip. Prometteurs, les AmĂŠricains Bitshifter et Nullsleep ont fondĂŠ le label 8bitpeoples et pixelisent depuis 2002 les GDQFHĂ RRUV new-­yorkais via des gimmicks drumâ&#x20AC;&#x2122;nâ&#x20AC;&#x2122;bass. Sidabitball est quant jOXLODFRTXHOXFKHGHODVFqQHchiptune hexagonale, PDOWUDLWDQWVXUVFqQHGHVFRQVROHVPRGLĂ&#x20AC;pHV recyclant les jouets de son enfance et bricolant ses synthĂŠtiseurs avec un sens aigu du crossover funk/ breakbeat/noise. Art pirate, transformant un produit de consommation de masse en appareil crĂŠatif, le chiptune prĂŞche le dĂŠtournement et le collage poĂŠtique des objets cassĂŠs. En revendiquant lâ&#x20AC;&#x2122;amateurisme Ă travers une nouvelle ĂŠcriture numĂŠrique, câ&#x20AC;&#x2122;est une rĂŠponse ORWHFK Ă  la musique ĂŠlectronique lĂŠchĂŠe, surproduite. Le prochain Justice, chip ou cheap ? â&#x20AC;&#x201D; * :HH]HU7KHELWDOEXP (Pterodactyle Squad), tĂŠlĂŠchargeable sur ptesquad.com

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SPÉCIAL JEUX 0XVLTXH VXLWH

« Ça finit par rentrer dans l’ADN. » Entre la manette et le micro, ils n’ont pas su choisir. Select.

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Nerd To Geek Gourmets Recordingz Live!

Le 12 février et le 13 mars à Lyon.

© DR

« Ado, la seule musique que j’écoutais en boucle, c’était les bandes-originales de mes jeux préférés. L’intro de Captain Blood sur Amstrad CPC 6128 a été mon premier coup de foudre musical. C’était une adaptation d’un morceau de Jean-Michel Jarre. J’ai appris mon solfège avec Chris Hülsbeck (Turrican), David Whittaker (Shadow of the Beast) et Michel Land (Monkey Island). C’est donc tout naturellement que ces influences vidéoludiques se retrouvent aujourd’hui dans mon travail. Mon iPod est rempli à 75 % de musique de jeux. »

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MUSIQUE

« J’ai peur de mettre les pieds dans des soirées chiptune de peur que des hardcore gamers me jettent des Game Boy à la figure. »

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Liqid (Les Gourmets) « Je suis un inconditionnel des musiques de Yuzo Koshiro. Je me rappelle avoir aperçu son nom dans le générique de Streets Of Rage et m’être dit : « Big up pelo ! » Je reste hanté par cette bande originale, comme par la petite mélodie qui intervenait sur la carte dans Golden Axe. Notre approche de la musique est profondément imprégnée par ce background. Notre morceau Fatality reprend les règles de mise à mort de Mortal Kombat et sert également de générique pour un futur documentaire sur les jeux de combat. »

Tout doit disparaître en téléchargement gratuit sur gourmets-music.com Gourmets Recordingz Live!

© HUGO JUILLARD/BLAISE ARNOLD

Le 29 janvier à Rennes.

Jean Felzine

(Mustang) « On adore particulièrement les musiques de jeux vidéo des années 90, c’est avec eux qu’on a grandi. Nos favoris, niveau bandes originales  : Zelda  Majora’s  Mask, Chrono  Trigger, Final Fantasy  7, Monkey Island 2, Streets of Rage. On a été marqués par Koji Kondo (Zelda, Mario) et Nobuo Uematsu (Final Fantasy), qui composaient de vrais thèmes. Avec souvent des digests de tous les styles et des pastiches : calypsos, ragtimes, boléros, reggaes, classique. Ces mélodies nous collent à la peau et ressortent inconsciemment dans les compos, au même titre que Suicide ou Bo Diddley. Ça finit par rentrer dans l’ADN. Final Fantasy 7 compte presque autant pour nous que le Double Blanc des Beatles. »

A71 A Rag / Sony Live!

Le 28 janvier à La Cigale (Paris), le 5 février à Saint-Brieuc, le 13 à Saint Croix Volvestre et le 17 à Nantes.

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SPĂ&#x2030;CIAL JEUX Musique

ÂŤ Jâ&#x20AC;&#x2122;ESSAIE Dâ&#x20AC;&#x2122;ARRĂ&#x160;TER LE 1000 BORNES Âť entretien Richard Gaitet

Super-groupe au blues vĂŠnĂŠneux, THE DEAD WEATHER se la joue brelan dâ&#x20AC;&#x2122;as. Dâ&#x20AC;&#x2122;ici Ă la seconde averse annoncĂŠe pour 2010, souvenirs ludiques et quiz rock en compagnie de Jack White et Alison Mosshart.

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)DLWHVVDXWHUODEDQTXHFRPELQDLVRQJDJQDQWH -DQYLHUOH5RLGH&¹XUGHV:KLWH6WULSHV FHWWHIRLVjODEDWWHULHV¡DVVRFLHjOD'DPH GH3LTXHGHV.LOOVSRXUXQHSDUWLHGLDEROLTXH à DQTXpVG¡XQHSDLUHGH&DYDOLHUVSLRFKpVFKH] OHV5DFRQWHXUVHWOHV4XHHQV2I7KH6WRQH$JH 'L[PRLVSOXVWDUGjO¡2O\PSLDOHVORJHVVRQW parcourues par des roadiesFRVWXPHVFUDYDWHV HWFKDSHDX[WUqV1RXYHOOH2UOpDQVHWODWRXUQpH GH7KH'HDG:HDWKHUV¡DFKqYHVDQVWHPSV PRUW /¡DSUqVPLGLWUqVSUR-DFNFKHYHX[FRUEHDX VDOXHHWVHUHFRLIIHHQVHPDWDQWGDQVOHPLURLU DORUVTX¡$OLVRQpWHLQWHQHGLWSUHVTXHULHQ(OOH IXPHULWTXHOTXHIRLV²MHFURLVVXUWRXWTX¡HOOH QHFRPSUHQGSDVFHTXHMHGLV0LGpFHPEUH ils repartiront à Nashville pour enregistrer,  une vingtaine de morceaux dont trois ou TXDWUHWHVWpVVXUVFqQHFHTXLFRPSRVHUDOHXU VHFRQGGLVTXH

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MUSIQUE

Primo, Jack, Alison : quelle place a le jeu dans votre vie ? Jack White :9RXVVDYH]F¡HVWGU{OHSDUFHTXH mon jeu prĂŠfĂŠrĂŠ est un jeu de cartes français : le 1 000 bornes. Câ&#x20AC;&#x2122;est tellement addictif que jâ&#x20AC;&#x2122;essaie mĂŞme dâ&#x20AC;&#x2122;arrĂŞter ! Pendant les tournĂŠes des White Stripes, Meg [White] et moi, on y jouait dans le bus, et si vous ouvrez la pochette de /DID\HWWH%OXHV, notre GHX[LqPHWRXUVYRXVYHUUH]XQHSKRWRDYHFGHV tas de cartes de 1 000 bornes. Alison Mosshart : Il faut des cartes spĂŠciales ? Jack :2XL7XDYDQFHVGHGHX[FHQWVNLORPqWUHV je tâ&#x20AC;&#x2122;envoie un pneu crevĂŠ. Moi jâ&#x20AC;&#x2122;avance de cent NLORPqWUHVHWSDIWXPHFROOHVXQIHXURXJH,OIDXW VHVWRSSHUPXWXHOOHPHQWOHFRQFHSWHVWWUqVIXQ $TXDQGUHPRQWHODGHUQLqUHIRLVTXHMHPHVXLV amusĂŠ comme ça, trois ans ? [Il rit] Alison : Moi, mon jeu favori, câ&#x20AC;&#x2122;est le rami. Jâ&#x20AC;&#x2122;y jouais DYHFPDIDPLOOHTXDQGM¡pWDLVSHWLWH8QUDPLWUqV prĂŠcis, le premier joueur prend dix cartes, le second onze. Jack : Ah ? chez moi, câ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait sept cartes. Alison :-HSUpIqUHGHORLQoDDX[MHX[YLGpR -¡DGRUHOHĂ LSSHUDXVVL ÂŤ Glisser un Jack : Ce qui est simple est superbe. morceau *DPLQM¡DYDLVWRXWHXQHFROOHFWLRQGH Ă LSSHUVPpFDQLTXHV/HVMHX[YLGpR dans un jeu VRQWFRPPHGHVĂ&#x20AC;OPVPDLQWHQDQW/HV vidĂŠo, c'est le seul moyen mĂ´mes rentrent de lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcole et [soupir] se FROOHQWGHYDQW²DXWDQWGHSHUVRQQHVTXL dâ&#x20AC;&#x2122;attirer nâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcoutent pas de musique. Et lĂ , ton label lâ&#x20AC;&#x2122;attention te dit que ce serait cool si tu parvenais Ă  des kids. Âť glisser un morceau dans un jeu, car câ&#x20AC;&#x2122;est le seul moyen dâ&#x20AC;&#x2122;attirer lâ&#x20AC;&#x2122;attention des kids. Jack White Je ne sais mĂŞme pas si câ&#x20AC;&#x2122;est le cas pour 7KH'HDG:HDWKHU6L">2XDLSXQŠSDFNÂŞ avec +DQJ<RX)URP7KH+HDYHQV, No Hassle Night et Treat Me Like Your Mother est tĂŠlĂŠchargeable dans 5RFN%DQG]. Les gosses ne sont pas assez exposĂŠs Ă  la musique, câ&#x20AC;&#x2122;est triste. On leur dit : amusez-­vous. OK, allez-­y, ĂŠclatez-­vous. Maisâ&#x20AC;Ś quâ&#x20AC;&#x2122;est-­ce ce qui cloche avec la sociĂŠtĂŠ amĂŠricaine ? Moi, jâ&#x20AC;&#x2122;ai un jeu pour vous. Câ&#x20AC;&#x2122;est le quiz rock le plus facile du monde. Go ? Jack & Alison : *R

Live From The Third Man West EP

et toujours Horehound

7KLUG0DQ Records/Sony

Quel est le point commun entre Elvis Costello, Goldfrapp et The Dead Weather ? A â&#x20AC;&#x201C; Tous leurs membres se nourrissent exclusivement de beurre de cacahuète B â&#x20AC;&#x201C; Tous leurs membres sont en rĂŠalitĂŠ des femmes, mais ne lâ&#x20AC;&#x2122;assument pas trop C²7RXVOHXUVPHPEUHVVRQWDPRXUHX[G¡XQHĂ&#x20AC;OOH nommĂŠe Alison Jack : [Ils ĂŠclatent de rire] Câ&#x20AC;&#x2122;est probablement B ou C.

Disons C. Car si tous les membres sont en rĂŠalitĂŠ des IHPPHVF¡HVWWUqVIDFLOHjYpULĂ&#x20AC;HU5DMRXWH]XQHĂ&#x20AC;OOH jO¡LQWpULHXUG¡XQHEDQGHGHPHFV²GDQVODYLHRXHQ VWXGLR²HWOHVFKRVHVGHYLHQQHQWpODVWLTXHV Alison :dDGHYLHQWXQHIDPLOOHGHVIUqUHV&HTXLPH PDQTXHHQJpQpUDO0DLVDXFXQQ¡HVWVHFUqWHPHQW amoureux de moi. Jack :3DVVHFUqWHPHQWRXYHUWHPHQW&¡HVWXQH WURXSH²RXXQJDQJ²PDLVPL[WH Quelle reprise royale ouvre le nouveau EP de The Dead Weather ? A â&#x20AC;&#x201C; Bohemian Rhapsody de Queen B â&#x20AC;&#x201C; La version de God Save The Queen des Sex Pistols C â&#x20AC;&#x201C; Forever My Queen de Pentagram Jack : Ă&#x2021;a fait un paquet de reines Ă choisir ! )RUHYHU0\4XHHQ GH3HQWDJUDPXQWUqVERQ groupe heavy metal amĂŠricain des seventies, issu GHO¡qUH%ODFN6DEEDWK%OXH&KHHU(QWRXUQpHDYHF 7KH5DFRQWHXUVOHEDWWHXU3DWULFN.HHOHUPHO¡DMRXp dans la voiture et je me suis dit : ÂŤ cette chanson est vraiment ĂŠnorme Âť. Avec un nom pareil, je pensais que câ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtaient des satanistes des annĂŠes 80. Qui a dĂŠclarĂŠ : ÂŤ -¡DGRUHUDLVYUDLPHQWMRXHUGHOD batterie dans un groupe avec Jack White. Câ&#x20AC;&#x2122;est un type très intĂŠressant. Âť ? A â&#x20AC;&#x201C; Jacques Chirac B â&#x20AC;&#x201C; Lenny Kravitz C â&#x20AC;&#x201C; Phil Collins Jack : Ă&#x2021;a ne peut pas ĂŞtre Phil, il ne joue plus de EDWWHULH%2QP¡DVRXIĂ poDRXL0DLV/HQQ\D balancĂŠ ça histoire de botter le cul dâ&#x20AC;&#x2122;un journaliste. -RXHUDYHFOXL"-HSUpIqUHTXDQGOHVFKRVHVVHIRQW spontanĂŠment, pas Ă  cause dâ&#x20AC;&#x2122;un magazine. (QĂ&#x20AC;QTXLIXWOHPHLOOHXU(OYLVDXFLQpPD" A â&#x20AC;&#x201C; Val Kilmer dans True Romance [Tony Scott, 1993], parce quâ&#x20AC;&#x2122;on ne le voit jamais B â&#x20AC;&#x201C; Jack White et sa dĂŠmonstration de karatĂŠ dans Walk Hard [Jake Kasdan, 2007] C â&#x20AC;&#x201C; Le King lui-­mĂŞme dans King Creole [Michael Curtiz, 1958] Jack White :/H.LQJOXLPrPH&¡HVWXQHWUqVERQQH question, car Ă  cette ĂŠpoque, Presley sombre dans lâ&#x20AC;&#x2122;autocaricature. Il ne joue pas la musique quâ&#x20AC;&#x2122;il veut, QHWRXUQHSDVOHVĂ&#x20AC;OPVTX¡LOYHXWOH&RORQHO3DUNHU dicte tout. Alors Elvis devient le meilleur imitateur G¡(OYLV-¡DLYXODSOXSDUWGHVHVĂ&#x20AC;OPV6XUWalk Hard, une part de moi me rĂŠpĂŠtait de ne pas mâ&#x20AC;&#x2122;en moquer, je lâ&#x20AC;&#x2122;aime tellement. Câ&#x20AC;&#x2122;est un saint. Quelquâ&#x20AC;&#x2122;un dâ&#x20AC;&#x2122;incroyablement talentueux, qui nâ&#x20AC;&#x2122;a pourtant jamais ĂŠcrit une seule chanson, câ&#x20AC;&#x2122;est si bizarre. Un performer total. Jâ&#x20AC;&#x2122;ai tant de respect pour lui. Alison : Oui mais toi, tu joues beaucoup mieux ! â&#x20AC;&#x201D;

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SPĂ&#x2030;CIAL JEUX Musique

ÂŤ Ni oui, ni non, ni ni Âť

Lâ&#x20AC;&#x2122;album

Epique bataille de jouets

par Mauve Leroy

Peplum

Cityslang Live!

Le 11 IpYULHU DIĂ&#x20AC;FKH partagĂŠe avec Mina 7LQGOH

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pour les ĂŠcouter. SĂŠbastien : Par exemple, sur le disque, on a trois interludes sur lesquels lâ&#x20AC;&#x2122;un dâ&#x20AC;&#x2122;entre nous fait exactement ce quâ&#x20AC;&#x2122;il veut pendant trente-­trois secondes, et dans Minute Song, il y a des doubles croches jouĂŠes Ă la boĂŽte de conserve. Vous faites presque tous partie dâ&#x20AC;&#x2122;autres groupes : Please Donâ&#x20AC;&#x2122;t Blame Mexico!, Mina Tindle, ÂŤ On peut parler deux heures Tahiti de lâ&#x20AC;&#x2122;esthĂŠtique dâ&#x20AC;&#x2122;un biscuit. Âť Boy, The Limes. Pour SĂŠbastien, Toy Fight lâ&#x20AC;&#x2122;amour de jouer ? Jean : Ă&#x2021;a permet surtout de collaborer Jean : On nâ&#x20AC;&#x2122;a pas cette prĂŠtention. autour de belles idĂŠes. Mais +RUVGHO¡(XURSHHWGHO¡$PpULTXH M¡DLPHELHQWRXUQHUDYHF7R\)LJKW du Nord, il y a des groupes de parce quâ&#x20AC;&#x2122;on peut passer deux pop incroyables qui nâ&#x20AC;&#x2122;intĂŠressent heures Ă  parler de lâ&#x20AC;&#x2122;esthĂŠtique personne parce quâ&#x20AC;&#x2122;ils ne renvoient dâ&#x20AC;&#x2122;un biscuit dans le van. Parfois pas assez une image de coolitude aussi Bertrand nous raconte occidentale. lâ&#x20AC;&#x2122;histoire de la conquĂŞte du David : Ou parce quâ&#x20AC;&#x2122;il y a trop de poivre. musiciens et pas assez de gens Donnez-­nous une raison de croire que vous serez toujours de la partie lâ&#x20AC;&#x2122;an prochain ? Jean :,OUHVWHWURLVDQVDYDQWODĂ&#x20AC;Q du monde, câ&#x20AC;&#x2122;est pas le moment de jeter lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠponge. Maxime : La force dâ&#x20AC;&#x2122;inertie. Pourquoi avez-­vous lâ&#x20AC;&#x2122;impression de sortir du lot ? Maxime : On ne sort pas du Lot, on est parisiens.

On vous a dĂŠjĂ confondu avec un autre groupe â&#x20AC;&#x201C; Stinky Toys, Fair Sex Toys ? Maxime : Les Belges et les Allemands nous appellent souvent 7R\)OLJKW Jean : Jâ&#x20AC;&#x2122;ai un pote ashkĂŠnaze qui QRXVDSSHOOH*R\)LJKW A part de la musique, vous jouez Ă  quoi ? Maxime : En tournĂŠe, beaucoup au poker et Ă  PES. Sinon on joue Ă  LPLWHU0RUVD\>ŠWUXDQGODJDOqUHÂŞ GH&OLJQDQFRXUWFpOqEUHSRXU son tube 2QV¡HQEDWOHVFRXLOOHV]. Cet homme est une source dâ&#x20AC;&#x2122;inspiration inĂŠpuisable. Jean : On fait aussi des parties de ÂŤ ni oui, ni non, ni ni Âť. Câ&#x20AC;&#x2122;est toujours David qui gagne, car il est WUqVUXVp Vous ferez quoi quand vous serez vieux ? Maxime : On jouera au poker, Ă  PES et on imitera Morsay. Mais sans les concerts au milieu. â&#x20AC;&#x201D; Š DR

SignĂŠ sur lâ&#x20AC;&#x2122;exigeant label Cityslang, le sextet parisien de pop dĂŠbraillĂŠe TOY FIGHT aime jouer sur les mots. Ci-dessous, lâ&#x20AC;&#x2122;heure de la rĂŠcrĂŠ.

En 2006, Toy Fight ĂŠtait un trio autoproduit, trois ans après câ&#x20AC;&#x2122;est un sextet signĂŠ sur le label allemand Cityslang (Tortoise, Vic Chesnutt). La pop de leur second album livre bataille Ă  la mĂŠdiocritĂŠ au moyen de mandoline, banjo, glockenspiel, piano, farfisa, mĂŠlodica ou boĂŽtes de conserve. On retrouve des discours de valeureux guerriers toujours un peu mystĂŠrieux (Les Indes Noires) et très poĂŠtiques (Trucmuche). Tout Peplum cache une dĂŠclaration dâ&#x20AC;&#x2122;amour. M. L.

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SHIT BROWNE Photographie Olivia Fremineau Stylisme Jean-­Marc Rabemila Assisté de Megumi Yabushita Coiffure Daniela faurel Assistée de Tracy Fesneau Modèles Thibault Browne, Benjamin Browne, Denis Browne, Sébastien Browne, Hadrien Browne Remerciements Studio LNA

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Thibault polo Lacoste veste Thierry Mugler pantalon Uniqlo cravate Charles Georges bottines Philippe Zorzetto %HQMDPLQ chemise Agnès b blouson K-­way bermuda Thierry Mugler chaussettes American Apparel tennis Springcourt Denis polo Lacoste blouson American Apparel pantalon M’s Braque chaussettes American Apparel chaussures Sebago Sebastien chemise Paul&Joe blouson Fred Perry bermuda Y-­3 chaussettes American Apparel mocassins Rivieras Hadrien chemise Lacoste pantalon Redskins montre Casio tennis Feiyue

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every single penny Will Be Reinvested In The Party

$VSKDOW'XFKHVV (sortie prévue HQPDUV

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Le quintet parisien Shit Browne (marron caca) ressuscite l'esprit Madchester façon Happy Mondays. Et n'entre dans aucune case.

La fois où vous vous êtes VHQWLSLRQ" Sébastien (guitare/voix) : Hier, en plein déménagement avec une grosse gueule de bois et une bonne tête de clochard, en passant là où je gare mon cher vélo, j’ai vu que la grille avait été sciée et qu’il avait disparu. Le problème est que j’avais l’impression d’avoir déjà vécu cette scène de nombreuses fois. Denis (guitare) : Pendant un concert, trop ivre pour jouer, je tenais à peine debout. Hadrien (batterie) : Quand j’ai commencé à travailler dans la musique. Thibault (claviers) : Chaque fois que je me rends compte que je suis devenu le « bon copain ». Benjamin (basse) : Au tirage au sort à chou-fleur pour déterminer les équipes au foot. Dernier avec le petit gros. La fois où vous êtes senti ZLQQHU" Sébastien : Quand un des gars du Deaf Institute de Manchester, un habitué de l’Haçienda, a dit qu’il adorait ce qu’on faisait et qu’il fallait qu’on vienne jouer là-bas. Thibault : Quand on a joué Winter collection pour la première fois en concert. Hadrien : Quand j’ai commencé à travailler dans la musique. Denis : Quand le premier single de Shit Browne est sorti. Benjamin : Ecstasy motherfucker ! $TXRLWXMRXHV" Sébastien : Je tape les réponses d’une main et de l’autre je fais l’hélicoptère avec

ma quéquette. Denis : Au docteur. Hadrien : Au lapin blanc. Thibault : A GTA : The Ballad of Gay Tony en buvant du Comte de Serac. Benjamin : Un peu de kazoo.  Le titre du disque : Tout l’argent gagné sera réinvesti dans la party. La musique, c’est ludique DYDQWWRXW" Hadrien : On sera cinq pendant cette fête. C’est égoïste avant tout. Denis : Oui, absolument. On joue d’un instrument après tout. C’est du travail, mais si ce n’est plus amusant, pas la peine de se donner du mal. Sébastien : La musique est tout, donc tous les adjectifs possibles autant que leurs contraires et une infinité de combinaisons. Benjamin : (…) Thibault : La musique est 1) libre : l’activité doit être choisie pour conserver son caractère ludique 2) séparée : circonscrite dans les limites d’espace et de temps 3) incertaine : l’issue n’est pas connue à l’avance 4) improductive : qui ne produit ni biens, ni richesses (même les jeux d’argent ne sont qu’un transfert de richesse) 5) réglée : elle est soumise à des règles qui suspendent les lois ordinaires 6) fictive : accompagnée d’une conscience fictive de la réalité seconde. Si on suit cette définition de Roger Caillois, oh que oui ! — Entretien Magali Aubert

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Hadrien polo Lacoste gilet Thierry Mugler bermuda Gaspard Yurkievich chaussettes American Apparel chaussures Lacoste Denis pull Superdry blouson G.Star echarpe et chaussettes American Apparel tennis Lacoste Page suivante %HQMDPLQ pull Xavier Brisoux blouson Schott short Desigual casque A.style Thibault chemise Blaak veste Lacoste Bermuda Fred Perry Sebastien chemise Blaak blouson Lacoste

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Sebastien chemise Dockers veste De Fursac pantalon Emanuel Ungaro cravate Paul&Joe gants Agnelle chaussures Philippe Zorzetto Denis chemise François Legendre veste Gaspard Yurkievich pantalon Blaak cravate Thierry Mugler gants Agnelle chaussures Gaspard Yurkievich Hadrien chemise et costume De Fursac cravate Thierry Mugler gants Agnelle chaussures Paul&Joe %HQMDPLQ chemise Paul Smith veste Emanuel Ungaro pantalon Dormeuil cravate Charvet chaussures Pierre Hardy Thibault chemise Emanuel Ungaro veste Paul Smith pantalon Agnès b cravate Charvet gants Agnelle bottines Philippe Zorzetto

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-HX[G¡DUJHQW"&DVLQRV gains illico et banditsmanchots sont interdits dans la capitale. Mais quâ&#x20AC;&#x2122;en est-il des CERCLES DE JEUX PARISIENS qui dĂŠcrochent le monopole GXEXVLQHVVFDVKOXGLTXH" Immersion dans les salons.

par LĂŠo Bourdin illustration NoĂŠmie Rosset

En France, le code pĂŠnal interdit les jeux dâ&#x20AC;&#x2122;argent sauf autorisation (voir encadrĂŠ). Parmi les rĂŠglementations sibyllines, on trouve la notule : ÂŤ SDVGHFDVLQRVjPRLQV GHNPGHODFDSLWDOHÂť. Pourtant, depuis le dĂŠbut du VLqFOHGHUQLHUGHGLVFUqWHVLQVWLWXWLRQVWLHQQHQWOHKDXW du pavĂŠ Ă coups de jetons de 1 000 euros, tables de SRNHUHWĂ&#x20AC;QDQFHPHQWVRSDTXHV(QWURQV GROS CALIBRES Ă&#x20AC; Lâ&#x20AC;&#x2122;A. C. F. A la diffĂŠrence des casinos, lieux de perdition de PDVVHRVHFURLVHQWYDFDQFLHUVHQVKRUWHWSULQFHV arabes en berline, la dizaine de cercles de jeu parisiens sont rĂŠservĂŠs Ă  une population dâ&#x20AC;&#x2122;initiĂŠs. Bien quâ&#x20AC;&#x2122;ils aient pignon sur rue, la plaque indique ÂŤ club privĂŠ Âť. Il faut dĂŠcliner son identitĂŠ et sâ&#x20AC;&#x2122;acquitter dâ&#x20AC;&#x2122;une cotisation annuelle qui varie de 30 Ă  100 euros. /HSOXVFpOqEUHOHSOXVSULVpHVWLQFRQWHVWDEOHPHQW l'Aviation Club de France (ÂŤ O¡$&) Âť, pour ĂŞtre dans OHFRXS 6LWXpVXUOHV&KDPSV(O\VpHVLOEpQpĂ&#x20AC;FLH

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dâ&#x20AC;&#x2122;une renommĂŠe internationale depuis quâ&#x20AC;&#x2122;en 2002, ODSUHPLqUHpWDSHKRUVFRQWLQHQWGX:RUOG3RNHU 7RXUIDPHX[FLUFXLWSURIHVVLRQQHODPpULFDLQ\DHX lieu. Boiseries dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpoque, mobilier feutrĂŠ : ce standing MXVWLĂ&#x20AC;HTXHV¡\GpURXOHQWOHVSOXVLPSRUWDQWHVSDUWLHV de la rĂŠgion. Mais contentez-­vous de cette brochure touristique : les salons privĂŠs de cette envergure sont rĂŠservĂŠs aux ÂŤ high rollers Âť, gros calibres capables de PLVHUGHVPLOOLHUVG¡HXURVVXUXQEUHODQ9RXVYRXOH] IDLUHXQHHQWRUVHjYRWUHEXGJHW"5HSRUWH]YRXVj notre sĂŠlection des salons frĂŠquentables (voir encadrĂŠ). &RXVLQVpORLJQpVGHVŠVDOOHVÂŞOHVFHUFOHVGLIIqUHQW sensiblement en termes de nature des jeux. Pas de URXOHWWHVQLPDFKLQHVjVRXVPDLV%ODFNMDFN9HJDVRX 3XQWR%DQFRHWVXUWRXW7H[DV+ROG¡HPHQSOHLQERXP depuis dix ans, qui change la physionomie du poker : les joueurs nâ&#x20AC;&#x2122;affrontent plus la ÂŤ banque Âť mais leurs alter-­ego, ce qui est beaucoup moins risquĂŠ en facteur GHFKDQFH²O¡pWDEOLVVHPHQWVHFRQWHQWHGHSUpOHYHUXQH ŠWDLOOHÂŞ XQHWD[H VXUOHPRQWDQWĂ&#x20AC;QDOGHFKDTXHSRW SOCIOLOGIE DU GAMBLER Cette nouvelle donne a transformĂŠ les parties. Se SUHVVHDX[WDEOHVGX7H[DV+ROG¡HPWRXWDOFKLPLVWH GHODĂ DPEH8QHIDXQHKpWpURJqQHjFDVWHV'DQVOD famille La Chance, on trouve dâ&#x20AC;&#x2122;abord le ÂŤ semi-­pro Âť, ÂŤ requin Âť ou ÂŤ regular Âť, qui passe son temps Ă tenter dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠchanger des jetons de cĂŠramique en monnaie VRQQDQWHHWWUpEXFKDQWH²F¡HVWWRXWVLPSOHPHQW son gagne-­pain. Il est lĂ  toutes les nuits et tire son ĂŠpingle du jeu grâce Ă  sa connaissance des stratĂŠgies (et sa facultĂŠ Ă  dĂŠplumer les nĂŠophytes). Il salue les FURXSLHUVFRPPHGHVFROOqJXHV/HVERQVPRLVVRQ salaire varie de 10 000 Ă  30 000 euros. Les ÂŤ young gunners Âť, câ&#x20AC;&#x2122;est la gĂŠnĂŠration Internet. Ils ont fait leurs classes en ligne et se frottent parfois Ă  des adversaires en chair et en os. Look : casquette Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;envers, hoodys dĂŠlavĂŠs, ĂŠcouteurs aux oreilles. 0DOJUpOHXUH[SpULHQFHLOVpSURXYHQWGHVGLIĂ&#x20AC;FXOWpV Ă  sâ&#x20AC;&#x2122;adapter au live. Le ÂŤ cagoulĂŠ Âť, câ&#x20AC;&#x2122;est lâ&#x20AC;&#x2122;accro. Il accumule les dettes et attend quâ&#x20AC;&#x2122;un ami fasse un gros

ÂŤ Ă&#x2021;a va de lâ&#x20AC;&#x2122;aigri qui critique tous tes coups Ă la racaille qui te sort â&#x20AC;&#x153; Couche toi ou je te dĂŠfonce â&#x20AC;?. Âť

Alexis, 24 ans. FRXSSRXUOXLVRXWLUHUTXHOTXHVELOOHWV7HOXQ]RPELH il erre de cercle en cercle Ă la recherche de la partie qui lui permettra de se refaire. Peu importe quâ&#x20AC;&#x2122;il gagne RXTX¡LOSHUGHjODĂ&#x20AC;QLOHVWWRXMRXUVGDQVOHURXJH (QĂ&#x20AC;QFRPPHQWDSSHOOHWRQOHGpEXWDQWTXLDWWHUULW lĂ  par hasard ? ÂŤ Touriste Âť, ÂŤ Ă&#x20AC;VK Âť. Cible privilĂŠgiĂŠe des ÂŤ requins Âť, il ne maĂŽtrise pas les codes et arrose ses SDUWHQDLUHVDXĂ&#x20AC;OG¡HUUHXUVVWUDWpJLTXHVVHFRQWHQWH souvent de siroter son coca gratuit en ponctuant le

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InterprĂŠtation de lâ&#x20AC;&#x2122;icĂ´ne byzantine religieuse La Descente aux Enfers.

Ă RWGHVHVPDODGUHVVHVSDUGHVDEHUUDWLRQVTXLRQW le mĂŠrite de lui donner bon dosâ&#x20AC;Ś ÂŤ GHWRXWHIDoRQDX SRNHUMHQHMRXHSDVOHVFDUWHVMHMRXHOHFURXSLHU Âť, ÂŤ MHSUpIqUHWRXWSHUGUHPDLQWHQDQWFRPPHoDMHSHX[ PLHX[UDFKHWHUGHVMHWRQVGHUULqUH Âť. PROIES FACILES Dans la famille Malchance, il y a le ÂŤ mec bourrĂŠ Âť. Il se pointe vers trois heures du matâ&#x20AC;&#x2122;, Ĺ&#x201C;il pĂŠtillant du fĂŞtard et luciditĂŠ en berne. Son taux dâ&#x20AC;&#x2122;alcoolĂŠmie fait de lui une proie facile et ses pires ennemis sont le barman et le distributeur de billets. Le ÂŤ degenerated JDPEOHUÂŞOXLHVWXQĂ DPEHXUIRXTXLQHV¡DUUrWH pas tant quâ&#x20AC;&#x2122;il nâ&#x20AC;&#x2122;a pas tout perdu. Souvent dâ&#x20AC;&#x2122;origine asiatique, il vient de se faire raser Ă la table de Punto Banco et joue sur son plafond de carte bleue. Sortant toujours Ă  poil ĂŠgalement, le ÂŤ lascar Âť porte des lunettes de soleil de contrefaçon. AffublĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;une petite sacoche en croco, il arrose la table de petites coupures, maĂŽtrisant plus volontiers la gouaille SDULVLHQQHTXHOHVERQVFRXSV4X¡LOV¡HQWLUHWUqV ULFKHRXWUqVSDXYUHLOVHWHUPLQHTXRLTX¡LODUULYHDX

La loi

Toi, jeune Nasbinalais* du 4-8, beau, sexuellement Joue pas, joue actif, au salaire pas comme ça mensuel brut de 1 367,86 euros, tu frimes dans ta Polo II 4 cylindres vintage, tu es le roi du monde. Ton image ne saurait ĂŞtre parfaite sans ton activitĂŠ favorite : les jeux dâ&#x20AC;&#x2122;argent. Après tâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre entraĂŽnĂŠ des nuits entières sur ton PC  Windows 95, 2 549 victoires sur 7 734 parties jouĂŠes, hier soir tu as ratatinĂŠ Thebigboss67, champion du poker en ligne. Pour fĂŞter ça, tu dĂŠcides de te frotter au rĂŠel, histoire de montrer qui câ&#x20AC;&#x2122;est le plus fort.

Le problème, câ&#x20AC;&#x2122;est ta mignonne petite commune, Nasbinals, 500 habitants au compteur. Car, jeune padawan, grâce Ă  des gĂŠnĂŠrations de lĂŠgislateurs un peu zĂŠlĂŠs en 1810, 1907, 1988 et 2006, ton pays est arrivĂŠ Ă  un imbroglio de lois autorisant les casinos en activitĂŠ Ă  le rester mais interdisant lâ&#x20AC;&#x2122;ouverture de nouveaux cercles de jeu dans toute ville qui nâ&#x20AC;&#x2122;est pas une station touristique â&#x20AC;&#x201C;  sous couvert dâ&#x20AC;&#x2122;approbation du ministère de lâ&#x20AC;&#x2122;IntĂŠrieur. Tu habites Ă  plus de 340 bornes de Cannes, un minimum pour un monstre du tapis comme toi, non ? Anne-Sophie Meyer

* Habitant de Nasbinals, Lozère.

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pendant plus de deux ans : ÂŤ 3DUIRLVF¡HVWGXJUDQG Q¡LPSRUWHTXRL,O\DGHVPHFVDXVDQJFKDXGTXLQH VXSSRUWHQWSDVGHSHUGUHHWPHWWHQWGHVJURVFRXSVGH SUHVVLRQdDYDGXW\SHDLJULTXLFULWLTXHWRXVWHVFRXSV jODJURVVHUDFDLOOHTXLWHVRUW´Couche-­toi ou je te dĂŠfonceâ&#x20AC;? ÂŞ6LOHĂ RRUQHOHVUHPHWSDVYLWHjOHXUSODFH oDGHYLHQWUDSLGHPHQWODIRLUHG¡HPSRLJQHÂť Et de poursuivre sur lâ&#x20AC;&#x2122;attitude de certains croupiers qui ÂŤ VHFURLHQWWRXWSHUPLV/¡XQG¡HQWUHHX[UHJDUGDLW PHVFDUWHVDORUVTXHM¡pWDLVHQSOHLQFRXSHWFRPPHQWDLW PRQMHX-¡pWDLVWHOOHPHQWRXWUpTXHMHPHVXLVEDUUp 'DQVFHVFDVOjLOIDXWIDLUHPDUFKHUODFRQFXUUHQFH HWDOOHUDLOOHXUVKLVWRLUHGHPRQWUHUDX[Ă RRUVTX¡RQ Q¡HVWSDVTXHGHVYDFKHVjSRJQRQÂť Le Cercle Wagram YRLUHQFDGUp HVWO¡XQGHVSOXVFKDXGVHQODPDWLqUH Dâ&#x20AC;&#x2122;autres cercles plus ou moins malfamĂŠs usent de techniques frauduleuses pour dĂŠlester leurs clients. Un ancien croupier tĂŠmoigne : ÂŤ Jâ&#x20AC;&#x2122;ai GHDOp [distribuĂŠ les cartes] SHQGDQWVL[PRLVVXUOHV*UDQGV%RXOHYDUGV 2QQRXVDSSUHQDLWjIDLUHGHVIDXVVHVFRXSHVSRXU FUpHUGHVDFFLGHQWVHWIDLUHJDJQHUODEDQTXH8Q VRLUXQPHFDYHFOHFXOERUGpGHQRXLOOHVDYDLWIDLW HXURVHQXQHKHXUHDX%ODFNMDFN/HVWDIIOXLD RIIHUWXQHERXWHLOOHSRXUIrWHUVDYLFWRLUHÂŤHWDUpFXSpUp OHFDVKHQPRLQVG¡XQHGHPLKHXUHÂť

%ODFNMDFNFRPPHGDQVOHVĂ&#x20AC;OPVDYHFGH1LUR Et puis il y a ÂŤ lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠlĂŠphant Âť, qui traĂŽne dans les cercles GHSXLVO¡pSRTXHGX3LJDOOHGH0HOYLOOH9LHX[EULVFDUG fantomatique, il connaĂŽt tous les trucs et sâ&#x20AC;&#x2122;adapte aux modes. Adversaire redoutable, il ĂŠcume les grosses tables de FDVKJDPHMXVTX¡jWUqVW{WSUpIqUHOHV variantes ĂŠrudites comme le Omaha ou le Badugi, voire une bonne partie de tarots ou de backgammon. Encadrant ces petites fratries, les croupiers sont le FKDUERQGHVpWDEOLVVHPHQWV7HOOHVG¡LQIDWLJDEOHV IRXUPLVLOVVHUHODLHQWDX[WDEOHVLQVXIĂ HQWOH rythme, comptent minutieusement les jetons et rappellent Ă lâ&#x20AC;&#x2122;ordre les ĂŠtourdis. MaĂŽtres de cĂŠrĂŠmonie en terrain ludique, rĂŠmunĂŠrĂŠs aux pourboires, ils sont souvent ÂŤ fĂŠtichĂŠs Âť par les joueurs Ă  hauteur de 2 Ă  10 euros par sĂŠquence. Un bon croupier gagne en moyenne 1 500 euros par mois, cela variant en fonction de la gĂŠnĂŠrositĂŠ des clients et de son anciennetĂŠ. Au-­dessus dâ&#x20AC;&#x2122;eux, le Ă RRU est un genre de maĂŽtre dâ&#x20AC;&#x2122;hĂ´tel. PrĂŠsent pour veiller au respect des UqJOHVHWRUJDQLVHUOHVMHX[%RQPDQDJHULOFRQQDvW ses habituĂŠs et tranche en cas de litige. VACHE Ă&#x20AC; POGNON ET POULE AUX Ĺ&#x2019;UFS D'OR Parmi les habituĂŠs, certains JDPEOHQW chaque mois lâ&#x20AC;&#x2122;intĂŠgralitĂŠ de leur paye. Alors, la tension prend parfois le pas sur le divertissement, et la tenue correcte nâ&#x20AC;&#x2122;a plus quâ&#x20AC;&#x2122;un sens vestimentaire. Alexis, ĂŠtudiant de 24 ans, a frĂŠquentĂŠ les cercles parisiens

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AS DE PIQUE ET POLĂ&#x2030;MIQUES Lâ&#x20AC;&#x2122;histoire de la liquidation judiciaire du Cercle Concorde, rue Cadet (9e), est assez reprĂŠsentative des GpULYHV/DGLYLVLRQGHV5HQVHLJQHPHQWV*pQpUDX[ FKDUJpHGHODSROLFHGHVMHX[O¡DIHUPpHQDSUqV avoir dĂŠmontrĂŠ quâ&#x20AC;&#x2122;il avait ĂŠtĂŠ largement alimentĂŠ par le grand banditisme. FrĂŠdĂŠric Ploquin, journaliste Ă Marianne, dĂŠtaille dans lâ&#x20AC;&#x2122;enquĂŞte 3DUUDLQVHW&DwGV (2005) la ÂŤSUpGLVSRVLWLRQTXHSRVVqGHODPDĂ&#x20AC;DFRUVH jIDLUHGHVFHUFOHVSDULVLHQVVRQWHUUDLQGHMHXGH SUpGLOHFWLRQÂť. Le spĂŠcialiste des affaires judiciaires Yves Bordenave dĂŠcrit dans Le Monde feu le Cercle Concorde comme un ÂŤ DUULqUHGpFRU Âť aux gains considĂŠrables (1,4 million dâ&#x20AC;&#x2122;euros rien quâ&#x20AC;&#x2122;entre juillet et dĂŠcembre 2006), ÂŤ une SRXOHDX[ÂąXIVG¡RUGDQV ODTXHOOHVHXOVHPSOR\pVpWDLHQWGpFODUpVVXUÂť. Les cercles parisiens sâ&#x20AC;&#x2122;inscrivent dans une politique de libĂŠralisation du jeu qui aboutira peut-­être, selon les rumeurs, Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;installation de casinos dans la capitale. Pour lâ&#x20AC;&#x2122;instant, mĂŞme tolĂŠrĂŠs, les ĂŠtablissements intra PXURV nourrissent les polĂŠmiques. Aussi, malgrĂŠ lâ&#x20AC;&#x2122;instauration du principe de cotisation, le nombre de leurs joueurs est toujours en augmentation (dans le JDD du 31 mars 2009, le Cercle Wagram informait accueillir environ 800 joueurs par jour, contre 400 il y a quelques annĂŠes), grâce Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;explosion de la popularitĂŠ du poker. Jusquâ&#x20AC;&#x2122;Ă  participer Ă  O¡pPDQFLSDWLRQG¡XQHpOLWHKH[DJRQDOHGH+ROG¡HP qui sâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠloigne des enclaves traditionnelles du jeu ÂŤ Ă  la française Âť, avec ses lenteurs et sa rigiditĂŠ administrative, pour adopter le fonctionnement des FDVLQRVGH9HJDV)LQDOHPHQWQRXVDYRQVHQFRUHIDLW tapis face aux Yankees. â&#x20AC;&#x201D;

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SOCIĂ&#x2030;TĂ&#x2030;

Nos bonnes adresses RefoulĂŠs de lâ&#x20AC;&#x2122;Aviation Club de France ? Misez plutĂ´t sur :

Le Cercle Wagram &DGUHDXVVLà DPER\DQWTXH O $&) OLUHDUWLFOH PDLVFOLHQWqOH beaucoup moins huppÊe. On joue au Poker mais aussi au Stud à cinq cartes, au POK21, au Multicolore et au Punto Banco. Le Wagram a bâti sa rÊputation DXWRXUGHVHVSDUWLHVWUqVDJLWpHV et de ses molosses russes, gardiens du fort. 47, rue de Wagram, 17e

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Les Cercles Frochot et Hausmann /HVĂ&#x20AC;JXUHVKLVWRULTXHVJDJHV

de crÊdibilitÊ et tradition  à la IUDQoDLVHª/H&HUFOH+DXVPDQQ vient de rouvrir suite à une suspension judiciaire. 2, rue Frochot, 9e 22, rue de la Michodière, 2e

Le Club Eldo /XJXEUH9HUVKGXPDWLQ il est frĂŠquent dâ&#x20AC;&#x2122;assister Ă une chorĂŠgraphie dĂŠsorganisĂŠe de Ă DPEHXUVjFUDQIDLVDQWOHYDHW vient entre le distributeur de billets et lâ&#x20AC;&#x2122;enfer des tables de Stud Poker. 33, boulevard Saint-­Martin, 3e

Bonus Il existe vers Pigalle une multitude de petits cercles de jeu plus ou moins rĂŠpertoriĂŠs, impossibles Ă dĂŠnicher sans dĂŠtective privĂŠ. L. B.

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SPĂ&#x2030;CIAL JEUX Politique

En juillet dernier, LA RUSSIE DĂ&#x2030;CLARAIT ILLĂ&#x2030;GAL TOUT JEU DE HASARD partout, sauf dans quatre zones. Pour comprendre ce poker lĂŠgislatif, GLDORJXHVXUQDWXUHOHQWUHGHX[Ă DPEHXUV dâ&#x20AC;&#x2122;envergure, Vladimir Poutine et Fedor DostoĂŻevski.

ÂŤ LAS VEGAS DANS LE CAUCASE ? Âť PAGE

par Johanna MĂśhring illustration Yann G.

Kaliningrad sur la mer Baltique, Primorskii Krai VXUOH3DFLĂ&#x20AC;TXHO¡$OWDwHQ6LEpULHHW.UDVQRGDUSUqV de la mer Noire. Quatre rĂŠgions, certes rĂŠservĂŠes au dĂŠveloppement ĂŠconomique national, mais QXOOHPHQWSUrWHVjDFFXHLOOLUGHVKRUGHVG¡DĂ&#x20AC;FLRQDGRV GHODURXOHWWH²UXVVH9RWpHHQGpFHPEUHHW appliquĂŠe depuis lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtĂŠ dernier pour des raisons de santĂŠ publique et de lutte contre lâ&#x20AC;&#x2122;addiction, cette loi contre le jeu qui, ÂŤ FRPPHO¡DOFRROLQWR[LTXHOD SRSXODWLRQHWHQWUDvQHXQSUpMXGLFHPRUDOHWPDWpULHOÂť VHORQ9ODGLPLU3RXWLQHLQWHUGLWWRXWHFUpDWLRQGH

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POLITIQUE

FDVLQRKRUVGHFHV]RQHVjODIURQWLqUHGHOD*pRUJLH Un moyen de tenir tĂŞte sur le marchĂŠ des jeux Ă ce pays devenu trop indĂŠpendant ? Lâ&#x20AC;&#x2122;ombrageux Premier PLQLVWUHSUpVLGHQWHWO¡DXWHXUHQĂ&#x20AC;pYUpGXJoueur en dĂŠbattent au clair de lune. 0RVFRXDXPLOLHXGHODQXLWVRXVOHVQpRQVpWHLQWV GXOpJHQGDLUHFDVLQRMetelitsa rue Noviy Arbat Fedor DostoĂŻevski : Monsieur le prĂŠsident du gouvernement, bonsoir ! Est-­il donc vrai que vous avez fermĂŠ nos casinos ? Mais quelle idĂŠe dâ&#x20AC;&#x2122;envoyer le beau monde de Moscou et de Saint-­PĂŠtersbourg en Prusse-­ 2ULHQWDOHRXHQFRUHjO¡DXWUHERXWGHOD5XVVLH Ă  des milliers de verstes1GHODFLYLOLVDWLRQ9RXV VDYH]DXVVLELHQTXHPRL9ODGLPLU9ODGLPLURYLWFK quâ&#x20AC;&#x2122;il nâ&#x20AC;&#x2122;y a strictement rien lĂ -­bas ! Ni tables de jeux, ni restaurants, ni hĂ´tels, ni employĂŠs, ni mĂŞme de route ! Jâ&#x20AC;&#x2122;ai eu lâ&#x20AC;&#x2122;occasion de parler avec un sujet britannique, Michael Boettcher, qui depuis presque vingt ans fait tourner des casinos dans notre pays splendide : les investisseurs de vos quatre URXOHWWHQERXUJV 2 perdus dans le dĂŠsert se ÂŤ Mon jeu, c'est le sont dĂŠsistĂŠs, nâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtant prĂŞts pouvoir. Âť Ă  payer 1 168 milliards Vladimir Poutine de roubles [27 milliards dâ&#x20AC;&#x2122;euros] pour une affaire plus que douteuse. Vladimir Poutine [irritĂŠ] : Que voulez-­vous, mon cher Fedor MikhaĂŻlovitch, il fallait bien reprendre les choses en main. Les casinos et les salons de jeu sont des lieux de dĂŠbauche, contrĂ´lĂŠs par le crime RUJDQLVp7RXVOHVVRLUVOHVSDUNLQJVGHVWUHQWH casinos moscovites ĂŠtaient bondĂŠs de voitures de luxe pWUDQJqUHVG¡RVRUWDLHQWGHVEXVLQHVVPHQHQTXrWH de frissons, aux bras de femmes faciles. On ĂŠtalait sa richesse, on dilapidait des sommes faramineuses en toute frivolitĂŠ. Et que dites-­vous de la malĂŠdiction des machines Ă  sous ? Avec 600 roubles3, on pouvait se procurer une licence du ComitĂŠ des Sports pour mettre en service ces appareils diaboliques ne FRÂ&#x20AC;WDQWHX[TXHURXEOHV5pVXOWDW les tripots souvent tenus par des Tcherniye 4 prolifĂŠraient comme le cancer. Au moins cinq cents salles Ă  Moscou sans compter les bandits-­manchots dans les supermarchĂŠs, les clubs de jeunesse, le mĂŠtro, aux arrĂŞts dâ&#x20AC;&#x2122;autobus ! Partout, des parieurs maladifs ĂŠtaient prĂŞts Ă  tout mettre en jeu, mĂŞme la vie des leurs. Il fallait agir ! Fedor DostoĂŻevski [sceptique] : Je reste intriguĂŠ, JROXEFKLN5. Pourquoi interdire le jeu, qui rapportait chaque annĂŠe 29 milliards de roubles Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;Etat et constituait le gagne-­pain de quatre cent mille personnes ? Et surtout, pourquoi maintenant, alors que vous avez toujours tolĂŠrĂŠ et mĂŞme encouragĂŠ ce

vice ? Jâ&#x20AC;&#x2122;ai entendu dire que votre loi ĂŠtait destinĂŠe Ă SXQLUQRWUHELHQDLPpUR\DXPHGH*pRUJLHGHYHQX trop indĂŠpendant. En coupant court au business de la SqJUHJpRUJLHQQHTXLFRQWU{ODLWO¡HVVHQWLHOGHVFDVLQRV vous pensiez peut-­être dĂŠbrancher la FDVKPDFKLQH ? Dites-­moi, expliquez-­moi en quoi votre loi est HIĂ&#x20AC;FDFH"8QHERQQHSDUWLHGHVFDVLQRVHWWULSRWVVRQW VLPSOHPHQWGHYHQXVGHVVDORQVRO¡RQMRXHDXORWR au poker ou Ă  bien dâ&#x20AC;&#x2122;autres choses, et Ă  distance, grâce Ă  cette chose prodigieuse, Internet. A Moscou, jâ&#x20AC;&#x2122;ai mĂŞme vu des salles de jeu tournant Ă  plein rĂŠgime Ă  la barbe des autoritĂŠs. Quoi quâ&#x20AC;&#x2122;en dise Sergei Baidakov, lâ&#x20AC;&#x2122;adjoint au maire de Moscou, paradant avec sa PLOLWVLD6 devant les camĂŠras, votre lutte contre les jeux de hasard est loin dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre gagnĂŠe. Vladimir Poutine [ironique] : Fedor MikhaĂŻlovitch, vous mâ&#x20AC;&#x2122;ennuyez avec vos airs de grand inquisiteur. 9RXVSOXVTXHOHVDXWUHVGHYULH]PHFRPSUHQGUH -HVXLVYRWUHĂ&#x20AC;GqOHDGPLUDWHXUO¡pOqYHPRGqOHGHYRV KpURVQLKLOLVWHV/DĂ DWWHULHSDULPLWDWLRQQHYRXV convient-­elle pas ? Pourquoi joue-­t-­on, Fedor ? Et Ă  TXRLMRXHWRQORUVTX¡RQMRXH"9RXVFRQQDLVVH]FH petit minable de Samuil Binder, le directeur adjoint de lâ&#x20AC;&#x2122;Association pour le DĂŠveloppement du Commerce des -HX[HQ5XVVLH",OQ¡DSDVWRUWTXDQGLOGLWjODSUHVVH que, dans ce pays, les dĂŠcisions sont prises par une seule personne. Et cette personne : câ&#x20AC;&#x2122;est moi. Cette loi nâ&#x20AC;&#x2122;a pas de sens, câ&#x20AC;&#x2122;est un vice dâ&#x20AC;&#x2122;autoritĂŠ ? Je suis celui qui dĂŠcide qui va perdre et qui va gagner. Je brasse OHVFDUWHVMHVDLVjO¡DYDQFHRYDWRPEHUODELOOH &¡HVWPRLHWPRLVHXOTXLDGDSWHOHVUqJOHVTXDQGFHOD mâ&#x20AC;&#x2122;arrange ou tout simplement mâ&#x20AC;&#x2122;amuse. Mon jeu Ă  moi, câ&#x20AC;&#x2122;est le pouvoir. 5LGHDX9ODGLPLU3RXWLQHUHJDJQHOH.UHPOLQVRQ FRUWqJHGHOLPRXVLQHVHQFRPEUDQWOHWUDĂ&#x20AC;FQRFWXUQHDX SDVVDJH Fedor DostoĂŻevski, seul, sort un crayon et une feuille de papier de sa poche droite : ÂŤ &¡HVWELHQ FHTXHMHFUDLJQDLV&HX[TXLRQWSRVVpGpFHWWH SXLVVDQFHLOOLPLWpHVXUODFKDLUOHVDQJHWO¡kPHGH OHXUVHPEODEOH>@FHX[OjVRQWLQFDSDEOHVGHUpVLVWHU jOHXUVGpVLUVjOHXUVRLIGHVHQVDWLRQV>@/¡KRPPH HWOHFLWR\HQGLVSDUDLVVHQWSRXUWRXMRXUVGDQVOH tyran Âť 7. â&#x20AC;&#x201D; 1. Ancienne mesure russe correspondant Ă  1,06 kilomètres. 2. Dâ&#x20AC;&#x2122;après le nom de la ville dâ&#x20AC;&#x2122;eau allemande imaginĂŠe par DostoĂŻevski dans Le Joueur (1866). 3. 1 euro = environ 40 roubles. &HWHUPHYDJXHHWSpMRUDWLIVLJQLĂ&#x20AC;DQWŠ1RLUVÂŞFLEOHOHV personnes venues dâ&#x20AC;&#x2122;Asie centrale ou du Caucase, qui ont un teint basanĂŠ, qui parlent russe avec un accent ou qui se distinguent par leurs habits traditionnels. 5. ÂŤ Cher ami Âť, en russe. 6. Forces de police dĂŠpendantes du ministère de lâ&#x20AC;&#x2122;IntĂŠrieur. 7. Souvenirs de la maison des morts, Deuxième Partie, III -­ HĂ´pital (suite), 1862.

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SPĂ&#x2030;CIAL JEUX SociĂŠtĂŠ

Le JEU DE BOISSON ne fait lâ&#x20AC;&#x2122;objet dâ&#x20AC;&#x2122;aucun traitĂŠ acadĂŠmique. Pour lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtudier, une seule solution : la dĂŠmarche empirique. par François Perrin photographie CĂŠline Turroques

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9LHX[FRPPHOHGpVLUDEVXUGHGHIDLUHpWDODJHGHVRQ ivresse et accessible Ă tous quel que soit son ĂŠtat, le MHXjERLUHYLVHSULQFLSDOHPHQWjDFFURvWUHGHPDQLqUH H[SRQHQWLHOOHOHQLYHDXG¡pEULpWpGXVXMHWDĂ&#x20AC;QGHOXL permettre de rire plus facilement et de sâ&#x20AC;&#x2122;ennuyer moins rapidement. Il constitue une expĂŠrience collective fĂŠdĂŠrant la cohĂŠsion du groupe autour de son plus petit dĂŠnominateur commun, avec un triple impĂŠratif : pODERUDWLRQG¡XQHUqJOHLPPpGLDWHPHQWFRPSUpKHQVLEOH par l¡KRPRHUHFWXV moindre recours Ă  la culture gĂŠnĂŠrale, passion commune pour les concours absurdes. Des institutionnels ÂŤ Caps Âť1 ou ÂŤ Vache qui tache Âť2 Ă  leurs petits cousins inventĂŠs aux zincs, ces distractions nocturnes (dans le meilleur des cas) rĂŠpondent Ă  la propension naturelle du mâle (nettement surreprĂŠsentĂŠ, Ă  moins dâ&#x20AC;&#x2122;envisager un nouveau champ du jeu Ă  boire3) Ă  assister au spectacle de lâ&#x20AC;&#x2122;effondrement dâ&#x20AC;&#x2122;autrui tout en ĂŠrigeant son propre piĂŠdestal de buveur inĂŠgalable. Il sâ&#x20AC;&#x2122;agit ĂŠgalement de masquer, via le recours Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;euphorie grĂŠgaire, sa propre pente alcoolique : comme lâ&#x20AC;&#x2122;indique avec sagacitĂŠ un auteur anonyme de Wikipedia4, le jeu de boisson ÂŤ se

SUDWLTXHJpQpUDOHPHQWjSOXVLHXUV[sa] SUDWLTXHVHXOH pWDQWDVVLPLOpHjGXVLPSOHDOFRROLVPHÂť. Cela dit, un examen plus attentif de la typologie des joueurs fait apparaĂŽtre une dichotomie entre deux familles : disons quâ&#x20AC;&#x2122;aux Capulet dĂŠsireux de montrer Ă quel point ils sont agiles PrPHLYUHVsâ&#x20AC;&#x2122;opposent ces Montaigu nâ&#x20AC;&#x2122;ayant de cesse dâ&#x20AC;&#x2122;exhiber Ă  la face du monde les travers de leurs contemporains TXDQGLOVVRQWLYUHV. Deux clans antagonistes qui ne rient pas pour les mĂŞmes raisons, ni ne sâ&#x20AC;&#x2122;orientent vers les mĂŞmes jeux. Les seconds se font les militants dâ&#x20AC;&#x2122;une ludologie PHWWDQWHQYDOHXUXQSUpFHSWHVLPSOHTX¡RQTXDOLĂ&#x20AC;HUD ÂŤ dâ&#x20AC;&#x2122;effet de levier en spirale Âť : plus un individu boit, moins il est susceptible de suivre une quelconque UqJOHGXMHXGRQFSOXVLOERLW/HULUHLFLLQWHUYLHQW prĂŠcisĂŠment lors de lâ&#x20AC;&#x2122;instant-­FOLPD[ du jeu, câ&#x20AC;&#x2122;est-­à-­dire lorsque lâ&#x20AC;&#x2122;un des joueurs, physiologiquement diminuĂŠ par la quantitĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;alcool ingĂŠrĂŠe, sort des clous. ÂŤ Boula boula Âť5, voire le gĂŠnial ÂŤ Bonjour Bob Âť6, sont ici vĂŠnĂŠrĂŠs comme des idoles.

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SOCIĂ&#x2030;TĂ&#x2030;

Notice 1 Deux joueurs se font face, une bouteille de bière ouverte devant chacun, capsule posÊe sur le goulot. A tour de rôle, chaque joueur tente de faire tomber la capsule adverse par un habile jet de capsule. Celui qui perd boit.

2 X joueurs sâ&#x20AC;&#x2122;affublent dâ&#x20AC;&#x2122;un numĂŠro. Le premier joueur se lance : ÂŤ Je suis la vache qui tache sans tâche numĂŠro X et jâ&#x20AC;&#x2122;appelle la vache qui tache sans tache numĂŠro Y. Âť Le joueur appelĂŠ se prĂŠsente Ă  son tour et en apostrophe un nouveau de la mĂŞme façon. Celui qui se trompe dans son nom se marque le visage dâ&#x20AC;&#x2122;une tâche pratiquĂŠe Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;aide dâ&#x20AC;&#x2122;un bouchon de liège brĂťlĂŠ et doit dĂŠsormais accoler Ă  son nom la mention ÂŤ avec une tâche Âť en lieu et place de ÂŤ sans tâche Âť. Et ainsi de suite. Ah, si ! celui qui perd boit, aussi.

3 La mixitĂŠ sexuelle transforme souvent la nature du jeu Ă boire, en ceci quâ&#x20AC;&#x2122;elle peut substituer un illusoire dĂŠsir de sĂŠduction Ă  la simple vellĂŠitĂŠ de ÂŤ se mettre minable Âť. Le ÂŤ Je nâ&#x20AC;&#x2122;ai jamais Âť, consistant Ă  lancer Ă  la cantonade une assertion Ă  caractère principalement sexuelle pour voir qui boit (ceux qui rĂŠpondraient par lâ&#x20AC;&#x2122;affirmative Ă  cette assertion) et qui ne boit pas (les autres), et donc faciliter lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠlaboration dâ&#x20AC;&#x2122;une stratĂŠgie de conquĂŞte perdue dâ&#x20AC;&#x2122;avance, constitue un bon exemple de cet ĂŠtat de fait.

4 http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=jeudeboisson Citer Wikipedia dans un article peut constituer la rĂŠponse victorieuse Ă un pari enivrĂŠ, câ&#x20AC;&#x2122;est-Ă -dire, Ă  proprement parler, un jeu de boisson. 5 Un joueur tend une bouteille Ă  son voisin en lui lançant RĂ&#x201D;LE SOCIAL ET PLANTE EN POT /HVSUHPLHUVHQUHYDQFKHSUpIqUHQWOHEUDVGHIHU SXUHWGXU²FHVRQWOHVPrPHVTXLV¡LOOXVWUHQWGDQV OHVVSRUWVLQGLYLGXHOVHWTXLLQVLVWDLHQWDXSUqVGHV professeurs pour que les copies soient rendues dans lâ&#x20AC;&#x2122;ordre des notes : ils sâ&#x20AC;&#x2122;esclaffent dâ&#x20AC;&#x2122;avoir fait sauter la capsule du voisin, ou dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre restĂŠs les derniers debout Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;issue dâ&#x20AC;&#x2122;un quelconque relais alcool7. Ici, il ne sâ&#x20AC;&#x2122;agit plus, en effet, de GpPRQWUHU HQULDQW OHVHIIHWV QpIDVWHVGHO¡DOFRROVXUO¡RUJDQLVPHHWOHFHUYHDX, mais simplement de SURXYHUTX¡RQHQDXQHSOXVJURVVH. Ainsi, les Capulet sâ&#x20AC;&#x2122;opposeraient aux Montaigu en ce quâ&#x20AC;&#x2122;ils privilĂŠgieraient leur plaisir (alcoolisĂŠ) individuel au plaisir (alcoolisĂŠ) collectif : ils ne rient pas de leur ami prononçant ÂŤ YLDFKHÂŞ au lieu de ÂŤ vache ÂŞmais bien plutĂ´t de leur adversaire incapable de tenir un tant soit peu dignement le rythme, la frĂŠquence ou la quantitĂŠ. Ainsi, quel que soit son objectif avouĂŠ, si le jeu de ERLVVRQSHXWrWUHSUDWLTXpQ¡LPSRUWHRDYHFRXVDQV ustensile (dĂŠs, cartes Ă  jouer, tĂŠlĂŠvision, plante en pot), câ&#x20AC;&#x2122;est avant tout parce quâ&#x20AC;&#x2122;il sert un rĂ´le social dĂŠpassant OHVkJHVFRPPHOHVIURQWLqUHVERLUHVDQVDYRLUjVH confronter Ă  soi-­mĂŞme. En cela, il est salutaire8. â&#x20AC;&#x201D;

ÂŤ Tiens Âť ; ce dernier lui demande ÂŤ Câ&#x20AC;&#x2122;est quoi ? Âť, le premier rĂŠpond ÂŤ Du boula boula Âť, le second ÂŤ Ah dâ&#x20AC;&#x2122;accord Âť, puis le tend Ă un autre joueur, enrichissant ainsi la chaĂŽne puisquâ&#x20AC;&#x2122;il faudra Ă  chaque fois la remonter totalement, selon le modèle suivant. Joueur 2 Ă  3 : ÂŤ Tiens Âť, 3 Ă  2 : ÂŤ Câ&#x20AC;&#x2122;est quoi ? Âť, 2 à 1 : ÂŤ Oui, câ&#x20AC;&#x2122;est quoi ? Âť, 1 Ă  2 : ÂŤ Du boula boula Âť, 2 Ă  3 : ÂŤ Du boula boula , et ainsi de suite. HilaritĂŠ. Ah oui ! et celui qui perd boit.

6 ÂŤ Quand quelquâ&#x20AC;&#x2122;un dit â&#x20AC;&#x153;Bonjour Bobâ&#x20AC;? dans le Bob Newhart Show, tu bois une gorgĂŠe. [â&#x20AC;Ś] Mais si câ&#x20AC;&#x2122;est Bill Dailey qui dit â&#x20AC;&#x153;Bonjour Bobâ&#x20AC;? [â&#x20AC;Ś], alors câ&#x20AC;&#x2122;est la mort, tu dois siffler la bouteille. Âť La Fonction du balai, David Foster Wallace, Au Diable Vauvert, 2009. 7 Seul ou par ĂŠquipes, buvez un verre et faites quelque chose dâ&#x20AC;&#x2122;idiot demandant de lâ&#x20AC;&#x2122;adresse (garder son verre en ĂŠquilibre sur sa tĂŞte, tenir dix secondes sur un pied) ou juste quelque chose de quelconque (changer de bar, de rame de mĂŠtro, sprinter sur cent mètres) et passer la main Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;adversaire. Ici, variante de taille, celui qui vomit est disqualifiĂŠ (il nâ&#x20AC;&#x2122;est donc plus contraint de boire) : câ&#x20AC;&#x2122;est celui qui a le plus bu qui gagne. 8 A conchomĂŠmavecmodrĂŠlation. Boire cĂŠ le male. PAGE

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SPÉCIAL JEUX Mode

E U T A QUI EUR LE DOCT

? R I O LEN

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ndard quipe Sta é l’ i m r . ache pa es pages inel se c e entre c v ? u Un crim o le b tr a e es coup Un indic qui est le r e v u o ous tr Saurez-­v Greef oline De phie Car n li u Photogra M Olivier zo Stylisme iacomaz arlène G M e d té ier v la Assis C e Stéphan ff Coiffure ie Serge ge Mélan Maquilla ôtel, ’H L WV HQ is 5HPHUFLHP -­Arts, Par es Beaux 13 rue d $GURLWH l&Joe WDORQPau DQ 3 d Man 9HVWHHW Westwoo ivienne V s re u Chauss

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dans le bureau avec la clef anglaise ? *LOHWLaclos Chemise Kookaï Pantalon Desigual Casquette Energie Carré Charvet Montre Lacoste

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Pose Standard

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dans le grand salon avec le revolver ?

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5REHAnglomania by Vivienne Westwood Pochette Charvet Collier Taty Devine Bracelet nĹ&#x201C;ud Xuan-­Thu Nguyen Bracelets et bague Dominique Denaive Ceinture Richard Gampel Collants Wolford

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SPÉCIAL JEUX Mode

dans l'antichambre avec le couteau ? 9HVWHHWFUDYDWH Lacoste Pull Redskin Chemise Ben Sherman Pantalon Kanabeach Baskets Napapijri Montre G-­Shock

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Pose Standard

CLUEDO

dans la bibliothèque avec la corde ?

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Polo Lacoste Cardigan Uniqlo Pantalon Christophe Lemaire Chapeau CA4LA Lunettes Ralph Lauren Echarpe Energie Montre Casio Ceinture Vivienne Westwood

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SPÉCIAL JEUX Mode

dans le boudoir avec le poison ? Veste Pablo by Gérard Darel Carré Charvet Top paillettes Vivienne Westwood Anglomania Voilette Mikaella Assouline %URFKHÁHXU Cherry Chau Collier Imaï Bracelets KMO Montre Casio

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me mavdea nche Per

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Pose Standard

CLUEDO

dans la chambre avec le bougeoir ?

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Col roulé et gilet Marithé + François Girbaud Veste et pantalon Paul&Joe Chaussures Dr. Martens Echarpe et gants Little Marcel Montre ODM Sacoche Energie

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SPÉCIAL JEUX Mode

Colonel Moutarde : David Garchey Costume trois pièces De Fursac Chemise et chaus-­ sures Mjölk Pochette et cravate Charvet Madame Pervenche : Lucille Gauthier Col en plumes Yrusha Top Vivienne Wes-­ twood Anglomania Pantalon Les Prairies de Paris Coiffe Cherry Chau Collier Shourouk Sautoirs Kookaï Sergent Le Gris : Richard Gaitet Costume Pal Zileri Chemise G-­Star Raw Chaussures Philippe Zorzetto Echarpe, nœud papillon et ceinture Charvet Montre Boss

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Pose Standard

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Mademoiselle Rose : Magali Aubert Robe Paul&Joe Chaussures Sté-­ phane Kélian Colliers Fried Broches « Rose » Cherry Chau Broche en perles Vivienne Westwood Gants Forte Forte Bague KMO Collants Wolford Docteur Olive : Olivier Mulin Pantalon Vivienne Westwood Chemise, veste d’intérieur et carré Charvet Chaussures Paul&Joe Pochette Epice Professeur Violet : David Herman Veste Vivienne Westwood Chemise 1909 Victorinox Pantalon Bernard Zins Chaussures Paul&Joe Nœud papillon et ceinture Charvet

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SPĂ&#x2030;CIAL JEUX Art

Apparition: Tournez Manège, TF1, 16 mars 1993 (extrait) 1993. Collections FNAC, Fonds National dâ&#x20AC;&#x2122;Art Contemporain, Puteaux-Paris MusĂŠe National d'Art Moderne, Centre Pompidou, Paris. Courtesy: Matthieu Laurette - Gaudel de Stampa, Paris - Deweer Gallery, Otegem. (c) ADAGP

De Tournez Manège Ă Que le meilleur gagne, MATTHIEU LAURETTE, trublion de lâ&#x20AC;&#x2122;art multimĂŠdia, sâ&#x20AC;&#x2122;est fait connaĂŽtre en participant Ă  des jeux tĂŠlĂŠvisĂŠs. Et poursuit aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui son exploration de lâ&#x20AC;&#x2122;amusement contemporain.

ÂŤ LE JEU EST UNE CHOSE SĂ&#x2030;RIEUSE Âť par Magali Aubert remerciements Camille Charton

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Quelle idĂŠe pour un artiste dâ&#x20AC;&#x2122;aller Ă Tournez manège ?! Matthieu Laurette : A lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpoque [en 1993], la tĂŠlĂŠvision ĂŠtait un lieu dâ&#x20AC;&#x2122;exposition potentiel, très peu exploitĂŠ par les artistes notamment Ă  cause de son aspect nĂŠgatif. J'ĂŠtais encore ĂŠtudiant aux Beaux-­Arts de Grenoble et jâ&#x20AC;&#x2122;ai dĂŠcidĂŠ de passer dans ce jeu parce que câ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait une ĂŠmission extrĂŞmement populaire, et basĂŠe sur la question de la rencontre. Il y a cette phrase cĂŠlèbre de Marcel Duchamp : ÂŤ Lâ&#x20AC;&#x2122;Ĺ&#x201C;uvre dâ&#x20AC;&#x2122;art est un rendez-­vous. Âť Vous vouliez lâ&#x20AC;&#x2122;appliquer ? Dans un sens, oui. Je donnais rendez-­vous Ă  des gens pour regarder lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠmission en direct. Au lieu dâ&#x20AC;&#x2122;envoyer un carton pour un vernissage dans une galerie, jâ&#x20AC;&#x2122;ai envoyĂŠ environ 250 invitations Ă  ÂŤ regarder une

ĂŠmission Âť Ă des gens de mon entourage : des artistes, des critiques, des professeursâ&#x20AC;Ś Jâ&#x20AC;&#x2122;apparaissais dans la rubrique ÂŤ Choisissez-­moi Âť, en première partie. 0DLVjODĂ&#x20AC;QFHQ¡HVWSDVPRLTXHODĂ&#x20AC;OOHDFKRLVL Le but ĂŠtait de rester le plus rĂŠel possible, de ne pas rWUHGDQVODĂ&#x20AC;FWLRQGDQVO¡LQYHQWLRQG¡XQSHUVRQQDJH 5HVWHUVRLPrPHHVWWUqVGLIĂ&#x20AC;FLOHjODWpOpYLVLRQ Pas de sĂŠduction alors ? Dans une certaine sĂŠduction, oui. Mais les codes du jeu nâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtaient pas totalement les miens. Je les ai utilisĂŠs comme un moyen dâ&#x20AC;&#x2122;apparaĂŽtre et de se mettre en jeu soi-­mĂŞme, et sa carrière dâ&#x20AC;&#x2122;artiste. Jâ&#x20AC;&#x2122;ai appelĂŠ ces passages Ă  la tĂŠlĂŠ des Apparitions. En anglais, il y a deux mots : apperence, qui veut dire apparaĂŽtre, et apparition, qui est de lâ&#x20AC;&#x2122;ordre du mystique, du religieux. Les autres passages, câ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait oĂš ?

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ART

Tiens, cadeau, un paillasson Participer à une œuvre en cours, c’est très simple. El Gran Trueque (Le Grand Troc), Bilbao, 2000. Courtesy M. Laurette, Consonni, Bilbao, Gaudel de Stampa, Paris, Deweer Gallery, Otegem. ©ADAGP Photo : Seber Ugarte

Les Archipels Réinventés : Les 10 ans du Prix Ricard

Exposition collective Musée National d’Art Moderne Centre Pompidou Jusqu’au 11 janvier

Après trois ans à Amsterdam, Matthieu Laurette est de retour à Paris depuis novembre. Au moment d’emménager dans son Global Demix Studio Paris, dans le 20e arrondissement, à quelques rues de notre rédaction, il a eu l’idée d'un nouveau projet intitulé Things (Les Choses) permettant de se meubler à moindres frais tout en ravissant les collectionneurs : « Je

Par exemple Que le meilleur gagne, avec Nagui, quelques secondes, mais j'ai gagné de l'argent. Puis dans des émissions de variété, au sein du public, en train d’applaudir. J’ai continué avec des talk show comme La Grande famille [sur Canal+, 1990-­1997], HQHVVD\DQWGHGpÀQLUOHVGLIIpUHQWHVW\SRORJLHV d’Apparition possibles, c’est-­à-­dire comment ce système utilise les gens appelés – bien avant la téléréalité – « real people ». J’explorais ce que ça sous-­ entendait. Quelles ont été les réactions ? Parfois extrêmement violentes de la part du milieu de l’art. Mais les choses ont évolué et le montage vidéo des Apparitions, que j'ai fait entre 1993 et 1995, font désormais partie de la collection du Centre Pompidou. La question est : qu’est-­ce que ça a soulevé, qu’est-­

propose aux gens de financer l’acquisition de ce dont j’ai besoin dans mon atelierstudio. En échange, ils reçoivent une photographie du ou des objets qu’ils m’ont financés, accompagnée d'un certificat. » Echanger une photo de frigo contre un frigo, voilà ce que c’est, l’esprit pratique.M. A. Liste des cadeaux matthieulaurettethings. blogspot.com

ce que ça a changé de travailler avec un médium qui semble inaccessible ? A la télévision, il y a des acteurs, des chanteurs, des écrivains, mais jamais d’artistes qui viennent parler de leur travail, ou alors sous des formes réductrices, souvent moqueuses : « Est-­ce que ça a vraiment un sens ? N’est-­ce pas n’importe quoi ? » A quel moment avez-­vous été reconnu ? Je ne sais pas, dès le début les réactions ont été emblématiques de ce que génèrent mes activités. Mais plus récemment, Jacques Rancière [philosophe et essayiste, auteur de La Leçon d'Althusser] questionne dans son dernier livre [Le Spectateur émancipé] le fait d’aller dans une émission de télé et de montrer ça dans un musée. C’est la part de jeu : j’essaie de faire un travail à la fois conceptuel, très sérieux, et qui garde une dynamique parfois comique parce que

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Moneyback Life! 2001, Courtesy Matthieu Laurette, Gaudel de Stampa, Paris, Deweer Art Gallery, Otegem

câ&#x20AC;&#x2122;est rare en art. Parallèlement, jâ&#x20AC;&#x2122;ai commencĂŠ un autre projet : vivre en consommant quasiment que des produits ÂŤ premier achat remboursĂŠ Âť. Pousser le système ĂŠconomique dans ses retranchements â&#x20AC;&#x201C; en transformant le rapport aux courses en quĂŞte pour trouver des produits â&#x20AC;&#x201C; est un jeu en soi. Qui vous a menĂŠ Ă nouveau Ă  la tĂŠlĂŠâ&#x20AC;Ś Exactement. En 1996, jâ&#x20AC;&#x2122;ai ĂŠtĂŠ invitĂŠ Ă  Je passe Ă  la tĂŠlĂŠ, lâ&#x20AC;&#x2122;après-­midi sur France 3. Un talent show avec un rideau qui se fermait petit Ă  petit. Une sorte ÂŤ Jâ&#x20AC;&#x2122;ai utilisĂŠ Tournez dâ&#x20AC;&#x2122;audimat en temps Manège comme un moyen rĂŠel oĂš un panel de de mettre en jeu cent personnes dans ma carrière d'artiste. Âť le public pouvait vous faire disparaĂŽtre Matthieu Laurette en cinq minutes. Jâ&#x20AC;&#x2122;intervenais dans la seconde partie oĂš venaient des passionnĂŠs : une collectionneuse de cartes tĂŠlĂŠphoniques, un spĂŠcialiste des reptiles, des danseurs acrobates, et moi qui vivais de produits remboursĂŠs. Ce mode dâ&#x20AC;&#x2122;achat a durĂŠ presque dix ans. Lâ&#x20AC;&#x2122;un de mes questionnements ĂŠtait : comment lâ&#x20AC;&#x2122;artiste peut prendre sa vie en main Ă  travers son travail, et comment la sociĂŠtĂŠ peut offrir dâ&#x20AC;&#x2122;autres modes de consommation, de rĂŠmunĂŠration, que le salaire.

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A quelles ĂŠmissions aimeriez-­vous participer aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui ? A La ferme cĂŠlĂŠbritĂŠs. Mais je suis passĂŠ Ă autre chose. En 2000, en rĂŠponse Ă  une commande pour l'espace public de Consonni, une structure de production de la Ville de Bilbao, jâ&#x20AC;&#x2122;ai inventĂŠ et produit une ĂŠmission pour une chaĂŽne privĂŠe du pays basque espagnol : Le grand troc. Un troc ludique oĂš lâ&#x20AC;&#x2122;on pouvait ĂŠchanger une Fiat Panda contre nâ&#x20AC;&#x2122;importe quel autre achat. Le gagnant ĂŠtait celui qui ferait la proposition la plus haute. Ce fut un ordinateur et une imprimante valant un tiers de la voiture. Il a ĂŠtĂŠ ĂŠchangĂŠ Ă  son tour contre un tĂŠlĂŠviseur, puis un rĂŠfrigĂŠrateur, et ainsi de suite, jusquâ&#x20AC;&#x2122;Ă  un lot de six verres bleus pour lesquels personne nâ&#x20AC;&#x2122;a appelĂŠ. Vous avez dĂŠposĂŠ le concept ? Oui. Mais on ne risque pas vraiment de me le racheter parce que lâ&#x20AC;&#x2122;audimat baissait en mĂŞme temps que la valeur du lotâ&#x20AC;Ś Il faut toujours aller dans le sens du JDLQ²SRXUIDLUHGHVSURĂ&#x20AC;WVHQWpOpSDVIRUFpPHQW GDQVO DUW Toujours aussi ludique aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui ? 0rPHVDQVSUHQGUHVSpFLĂ&#x20AC;TXHPHQWODIRUPHGHMHX mes projets [voir encadrĂŠ] sont contradictoires : il y a un cĂ´tĂŠ ludique et une dimension extrĂŞmement sĂŠrieuse. Câ&#x20AC;&#x2122;est dans cette ambiguĂŻtĂŠ que ça se joue. Ă&#x2021;a ne mâ&#x20AC;&#x2122;intĂŠresse pas de faire des choses dans lesquelles il nâ&#x20AC;&#x2122;y a pas un certain amusement. â&#x20AC;&#x201D;

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PHOTOGRAPHIE

LA VĂ&#x2030;RITĂ&#x2030; SUR CHARLIE

InspirĂŠ par le best-seller des livres-jeux anglais, lâ&#x20AC;&#x2122;artiste parisien anthony peskine (sans majuscules) voit des pulls rayĂŠs partout et se demande Qui est Charlie ? par Magali Aubert

Qui est Charlie ?

Auto-ĂŠditĂŠ anthonypeskine.com The Blood Next Door

Galerie Catherine et AndrĂŠ Hug 9, rue de lâ&#x20AC;&#x2122;EchaudĂŠ, Paris 6e. A partir du 5 fĂŠvrier

Dans cette drĂ´le de rĂŠalitĂŠ augmentĂŠe (une page de OĂš est Charlie ? devant les yeux toute la journĂŠe), la traque photographique peut mener Ă lâ&#x20AC;&#x2122;addiction au comique de rĂŠpĂŠtition. Accro en ĂŠtĂŠ 2007, lâ&#x20AC;&#x2122;annĂŠe de son diplĂ´me aux Beaux-­Arts de Paris, anthony peskine capture dans la capitale les pulls Ă  rayures rouges et blanches assortis dâ&#x20AC;&#x2122;un pantalon bleu. Cent clichĂŠs en deux mois et, trois ans après, OHUpĂ H[HSHUVLVWDQWŠEncore aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui quand je croise de beaux spĂŠcimens, je mâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcrie : ´&KDUOLHÂľ Cette manie a contaminĂŠ mon entourage. Câ&#x20AC;&#x2122;est très addictif, jâ&#x20AC;&#x2122;ai songĂŠ Ă  replonger plusieurs fois. Âť Il en rĂŠsulte un livre, Qui est Charlie ?, qui nâ&#x20AC;&#x2122;apporte pas de rĂŠponse mais ouvre des pistes.

En fait, Charlie (Wally dans la langue maternelle de son crĂŠateur anglais Martin Handford) n'a pas toujours un bonnet et des lunettes rondes. Depuis, anthony peskine a rĂŠalisĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;autres travaux ÂŤ inspirĂŠs GHVĂ&#x20AC;OPVGHVVXSHUPDUFKpVGHV pubs, de la pop culture et des stars Âť. Il a participĂŠ Ă lâ&#x20AC;&#x2122;exposition collective Mieux vaut ĂŞtre un virus que tomber malade Ă  Mains dâ&#x20AC;&#x2122;Ĺ&#x2019;uvres en 2008, avec entre autres Julien PrĂŠvieux (cf. Standard n° 23), Matthieu Laurette (cf. article prĂŠcĂŠdent) et Jean-­Luc Moulène. Il expose en fĂŠvrier la sĂŠrie The Blood Next Door (avec lâ&#x20AC;&#x2122;artiste Nazheli Perrot) des crĂŠations photographiques violentes, cyniques ou niaises, ÂŤ qui suggèrent que notre vie ne serait quâ&#x20AC;&#x2122;une face B. Âť Il est guĂŠri. â&#x20AC;&#x201D;

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SPĂ&#x2030;CIAL JEUX TĂŠlĂŠvision

INCROYABLES TALENT DĂŠcors kitsch, ĂŠpreuves loufoques et rires potaches : mais pourquoi les JEUX TĂ&#x2030;LĂ&#x2030;VISĂ&#x2030;S JAPONAIS existent-ils ?!

I l s mesure que le sont six Nikkei sâ&#x20AC;&#x2122;envolait. autour de la table, Mais en 1990, la crise dans une bibliothèque ĂŠclate, ouvrant la voie Ă publique. Autour dâ&#x20AC;&#x2122;eux, des XQH GpFHQQLH GH GpĂ DWLRQ HW OHV ĂŠtudiants plongĂŠs dans leurs livres. budgets fondent. La tĂŠlĂŠ invente alors Lâ&#x20AC;&#x2122;un des candidats retourne une carte des jeux sans enjeu, auxquels se prĂŞtent marquĂŠe dâ&#x20AC;&#x2122;une tĂŞte de mort, sâ&#x20AC;&#x2122;effondre sur OD WDEOH VRQ YLVDJH KXUOH ŠQRQ SDV PRLÂŞ les talento. Le prĂŠcurseur de ces jeux est lâ&#x20AC;&#x2122;acteur/rĂŠalisateur ÂŤ Beat Âť Takeshi Kitano Rires ĂŠtouffĂŠs. Son voisin sort une pince Ă  (Hana-­Bi, Lâ&#x20AC;&#x2122;EtĂŠ de Kikujiro), Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpoque superstar ĂŠpiler et lui arrache un poil du nez. La victime nâ&#x20AC;&#x2122;a du comique. Il crĂŠe et anime le mythique Takeshiâ&#x20AC;&#x2122;s pas le droit de crier, les autres sont pliĂŠs en deux. Castle (1986-­1989) : des candidats ridiculement Ce nâ&#x20AC;&#x2122;est que le dĂŠbut : machine Ă  claques, inhalateur dĂŠguisĂŠs sâ&#x20AC;&#x2122;y affrontaient dans des ĂŠpreuves loufoques de pets â&#x20AC;&#x201C; les supplices iront crescendo jusquâ&#x20AC;&#x2122;Ă  la pub. Ă LSSHU KXPDLQ URGpRV WRXW FH TXL SHUPHWWDLW GH Il est vingt-­deux heures, vous regardez Silent Library. tomber Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;eau) avant dâ&#x20AC;&#x2122;affronter Takeshi et ses gardes Bienvenue sur la tĂŠlĂŠvision japonaise. GDQV XQ Ă&#x20AC;QDO NLWVFKLVVLPH $SUqV OXL OHV FUpDWHXUV GH Zappons. Deux ĂŠquipes sâ&#x20AC;&#x2122;affrontent sur une fausse jeux chercheront toujours plus spectaculaire, plus drĂ´le. piste dâ&#x20AC;&#x2122;athlĂŠtisme : attachĂŠs entre eux, les participants Et peu importe le manque de moyens. franchissent des haies, cherchent avec les dents une ÂŤ 95 % des programmes sont produits sur place Âť, prĂŠcise clĂŠ cachĂŠe dans une poudre de wasabi, escaladent un GaĂŤl, du site Kanpai, spĂŠcialiste de la culture populaire escalier savonnĂŠ, sâ&#x20AC;&#x2122;arrachent les vĂŞtements. Que gagnent japonaise. Qui veut gagner des les vainqueurs ? Rien. Tous les millions a bien ĂŠtĂŠ importĂŠ, mais candidats sont des cĂŠlĂŠbritĂŠs, les les citoyens lambda ont vite cĂŠdĂŠ talento des ĂŠmissions de variĂŠtĂŠs. Pierre-feuille-ciseaux la place aux talento â&#x20AC;&#x201C; lesquels, au ÂŤ La tĂŠlĂŠ japonaise ne connaĂŽt en prime time passage, ne reversent pas leurs pas vraiment de frontières entre avec coups de rouleau gains (limitĂŠs) Ă  une association. les genres Âť, explique Alain Roy, Ă  pâtisserie. Les Batsu games (jeux avec gages) 37 ans, ex-­traducteur et sous-­ restent la norme, tel ce pierre-­ titreur français installĂŠ depuis feuille-­ciseaux en prime time avec coups de rouleau Ă  deux ans Ă  Tokyo, chroniqueur dans lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠquivalent local pâtisserie pour le perdant. dâ&#x20AC;&#x2122;Union libre et acteur Ă  tout faire de sĂŠries tĂŠlĂŠvisĂŠes (il jouait rĂŠcemment le mĂŠchant dans Gaiji Keisatsu). PINCES CROCODILES Qui sont les talento ? Danseurs, comĂŠdiens en promo En marge des 75 % dâ&#x20AC;&#x2122;audience rĂŠalisĂŠs par les chaĂŽnes devenus des professionnels du divertissement, des privĂŠes, les Japonais regardent aussi les quiz de la tĂŠlĂŠ G.O. de colonies de vacances cathodiques très sados-­ publique NHK, au niveau culturel impressionnant. masos. ÂŤ Le SM est très ancrĂŠ au Japon, poursuit Les ĂŠpreuves de Meikyu Bijutsukan (le ÂŤ musĂŠe Alain. Il nâ&#x20AC;&#x2122;est pas rare que dans une conversation P\VWqUHÂŞ  V¡HQWUHFRXSHQW GH GRFXĂ&#x20AC;FWLRQV VXU dĂŠcontractĂŠe, on joue Ă  deviner qui est S et qui la vie des peintres â&#x20AC;&#x201C; oĂš Alain, notre talento en est Mâ&#x20AC;Ś Âť herbe, campa le peintre Chardin. Terminons notre zapping. Sur TV Tokyo, deux TAKESHI KITANO, LA RĂ&#x2030;FĂ&#x2030;RENCE -XVTX¡jODĂ&#x20AC;QGHVDQQpHVSRXUWDQW gamers sâ&#x20AC;&#x2122;affrontent sur un nouveau jeu vidĂŠo avec des pinces crocodiles les jeux tĂŠlĂŠvisuels ĂŠtaient plutĂ´t branchĂŠes sur les orteils. Le classiques, avec des quidams perdant sera ĂŠlectrocutĂŠ, pour candidats. Les il est dĂŠjĂ  minuit. â&#x20AC;&#x201D; sommes remportĂŠes sâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠlevaient Ă 

par Bertrand Guillot

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TÉLÉVISION

Entretien

« VOIR SON VENTRE

EXPLOSER » Selon l’écrivain-­dessinateur-­photographe ROMAIN SLOCOMBE, dont l’œuvre se focalise sur la culture nippone, cette télé-­là fonctionne comme une boule antistress.

Christelle Corrigée

Le Serpent à Plumes, 2009

Regardez-vous les jeux télé japonais ? Romain Slocombe : Je les trouve assez amusants dans leur principe, mais comme je déteste la télévision japonaise en général, je les déteste aussi. Que nous apprennent-ils ? Les Japonais sont connus pour subir un stress intense de par la pression sociale – la compétition et le travail acharné –, mais aussi pour savoir très bien se détendre – bière, bains brûlants, karaoké, love hotels, etc. Voir leurs compatriotes se faire martyriser dans des parcours du combattant drôles et cruels (une version soft des combats de gladiateurs) aide à déstresser. Toujours plus violents, absurdes  : une spécificité locale ? Etant extrêmes en tout (y compris en

politesse et en gentillesse), ils vont très loin dans la pénibilité. La spécificité, outre cette violence bizarre, est dans le côté souvent prosaïque, familier, des épreuves. Par exemple, dans un restaurant, il faut deviner, sur un menu qui en comporte des centaines, le top ten des plats les plus populaires, les manger puis renouveler la commande (pas question d’en laisser) jusqu’à tomber juste – au risque de voir son ventre exploser. Les Japonais y sont-ils attachés ? Beaucoup (pas les plus intelligents) le sont, d’autant plus que les participants sont souvent des stars (chanteurs, comiques, acteurs), obligées de participer sous la pression de leurs agents. Les spectateurs sont ravis de les voir souffrir un peu et cela renforce le capital sympathie des vedettes.

Mais en raison de leur cruauté et de leur stupidité, ces jeux commencent à avoir mauvaise presse. Et ça peut vous inspirer un livre ? Il y a une douzaine d’années, j’ai participé à un reportage à Tokyo pour une chaîne française qui faisait un panorama des télés étrangères débiles (comme si la nôtre échappait à ce qualificatif !) : j’ai donc assisté à l’enregistrement d’un jeu. Il se peut en effet que je fasse revivre cette expérience cocasse à mon personnage fétiche Gilbert Woodbrooke*. * Héros de la tétralogie /D&UXFLÀ[LRQ en jaune (Gallimard, Fayard, 2000-­ 2006)

Propos recueillis par Camille Charton

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SPĂ&#x2030;CIAL JEUX Performance

Lâ&#x20AC;&#x2122;AUTRE FRANĂ&#x2021;AISE DES JEUX Le fordisme appliquĂŠ aux jeux-concours. Portrait dâ&#x20AC;&#x2122;une gagnante très mĂŠthodique.

par Nicolas Roux

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Mon premier a gagnĂŠ â&#x20AC;&#x201C; entre autres et en lâ&#x20AC;&#x2122;espace de quatre ans â&#x20AC;&#x201C; un iPod touch première gĂŠnĂŠration 8 Go, un iPod touch deuxième gĂŠnĂŠration 16 Go, deux nuits dâ&#x20AC;&#x2122;hĂ´tel avec petit dĂŠjeuner pour deux au Best Western de Sainte-­Maxime, un sac Ă main KookaĂŻ, deux billets pour Metallica Ă  Bercy, un VTT B-­Twin, une X Box 360, cent euros de bons dâ&#x20AC;&#x2122;achat chez Leroy-­ Merlin, quatre tickets pour la nocturne au Disney Studio de Marne-­la-­VallĂŠe, un coffret vingt-­trois DVD Warner ainsi quâ&#x20AC;&#x2122;un ensemble home cinema et son ĂŠcran plasma accompagnĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;une autre X Box 360 fournie avec Guitar Hero 5. Mon second, qui est aussi mon premier, participe du lundi au dimanche Ă  des

jeux-­concours en ligne. Mon tout, qui est aussi mon second, remporte en moyenne 400 euros de lots par mois sans dĂŠpenser un centime. Qui suis-­je ? Lâ&#x20AC;&#x2122;un des vingt mille chasseurs de prix qui parient quotidiennement sur toutgagner.com. PLUS RENTABLE QUE LES HEURES SUPPâ&#x20AC;&#x2122; LancĂŠ en 2002, le site ÂŤ pour ne manquer aucun jeu-­concours Âť propose non seulement une sĂŠlection mais aussi les rĂŠponses des jeux-­concours en cours, avec la bĂŠnĂŠdiction des marques organisatrices qui rĂŠcupèrent ainsi des centaines dâ&#x20AC;&#x2122;adresses mails. Et comme les participants ont tous bien rĂŠpondu, un tirage au sort les dĂŠpartage. Question de chance ? De probabilitĂŠs plutĂ´t, doublĂŠes dâ&#x20AC;&#x2122;une organisation fordienne. Tous les jours, pendant trente minutes, GaĂŤlle P., 29 ans, trie minutieusement les jeux selon les gains â&#x20AC;&#x201C; un t-­shirt de Johnny, non merci â&#x20AC;&#x201C;, ne tremble jamais devant des questions complexes (ÂŤ combien dâ&#x20AC;&#x2122;heures de jeu propose Call of Duty 5 ? Âť, ÂŤ quel est le prix de la nouvelle perceuse sans Ă&#x20AC;O%RVFK"ÂŞ), lâche quelques infos personnelles et recommence dix ou vingt fois avant dâ&#x20AC;&#x2122;aller virer les spams publicitaires pour du champagne, des pulls ou une table basse, de sa boĂŽte mail. Cerise sur le pudding, en un clic, le logiciel RoboForm remplit les formulaires Ă sa place et augmente sa productivitĂŠ. P our une troisième X Box 360 ? Parfois, elle gagne un jeu pour une console quâ&#x20AC;&#x2122;elle nâ&#x20AC;&#x2122;a pas. Ce qui lâ&#x20AC;&#x2122;amène Ă  dĂŠvelopper un rĂŠseau WUqVHIĂ&#x20AC;FDFHGHUHYHQWHGHWURFHWGHFDGHDX[HQ attendant de pouvoir payer ses impĂ´ts en iPods. Son DFWLYLWpGHFRQFRXULVWHLQĂ XHQFHDXVVLVHVVRUWLHV au grĂŠ de semaines qui ressemblent Ă  des plans quinquennaux : lundi, -XVWHODĂ&#x20AC;QGXPRQGH Ă  la ComĂŠdie Française, mardi, Jarvis Cocker au Bataclan, mercredi, Les Femmes sâ&#x20AC;&#x2122;en mĂŞlent Ă  la Maroquinerie, jeudi, les Black-­Eyed Peas au VIP Room Theater et samedi, bal Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;ElysĂŠe-­Montmartre. Plus rentable TXHOHVKHXUHVVXSS¡FHV\VWqPHDUURQGLWVHVĂ&#x20AC;QVGH mois. Trop fastoche ? La plupart de ses amis qui ont WHQWpGHO¡LPLWHURQWĂ&#x20AC;QLSDUDEDQGRQQHUFDUWRXWOH monde ne sâ&#x20AC;&#x2122;appelle pas Henry Ford. Nâ&#x20AC;&#x2122;empĂŞche, rien que sur toutgagner.com, les trois cents winners de 2002 sont maintenant trois cent mille, acharnĂŠs ou ponctuels, dont 70 % de femmes entre 25 et 45 ans. Oliver Perrot, fondateur du site, raconte quâ&#x20AC;&#x2122;en 2008, Le FigaroDODQFpXQMHXWUqVGLIĂ&#x20AC;FLOHDYHFjODFOpXQ PLOOLRQG¡HXURVGHORWV6DFRPPXQDXWpHQDUDĂ p lâ&#x20AC;&#x2122;intĂŠgralitĂŠ. Scandale ? Un bel exemple de contre-­ pouvoir ĂŠlectronique. â&#x20AC;&#x201D;

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NET

La version on line de Questions pour un champion, champ de bataille des nouveaux geeks ? Confession dâ&#x20AC;&#x2122;un accro.

de seconde, grimpant les niveaux jusquâ&#x20AC;&#x2122;Ă vous TXDOLĂ&#x20AC;HUSRXUOHVmini-­masters dâ&#x20AC;&#x2122;or, sans pouvoir WRXWHIRLVSDUWDJHUYRWUHĂ&#x20AC;HUWpOXGLTXHFDUYRVDPLV trouvent tellement plus cool de dĂŠnicher des remix de groupes new-­yorkais que lâ&#x20AC;&#x2122;Histoire ne retiendra pas (contrairement Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;assassin de Trotski). Vous ĂŞtes un incompris.

par Julien BlancGras

MON PSEUDO Câ&#x20AC;&#x2122;EST LILOU32 0DLVXQMRXUYRXVUHFHYH]GHVFRQĂ&#x20AC;GHQFHVjYRL[ basse, comme on en fait que chez les toxicos. ÂŤ Jâ&#x20AC;&#x2122;ai essayĂŠ ton truc, lĂ . Câ&#x20AC;&#x2122;est pas mal, en fait. On se cale une petite partie en live un de ces quatre ? Âť Vous souriez. Et vous explosez les impudents au ÂŤ face Ă  face Âť pour leur apprendre Ă  ne pas assumer les Au dĂŠbut, tout le monde vous prend pour un dĂŠbile. plaisirs simples de la France moyenne. Câ&#x20AC;&#x2122;est normal. Vous hurlez sur tous les toits que vous Un soir, enhardi, vous clamez votre passion dans avez dĂŠcouvert un truc mortel et les gens sont un peu un bar Ă  la mode. Les regards se dĂŠtournent, dĂŠsarçonnĂŠs quand vous leur expliquez quâ&#x20AC;&#x2122;il sâ&#x20AC;&#x2122;agit de embarrassĂŠs. Quelques minutes après, une jolie la version en ligne de Questions pour un champion. EORQGHRIĂ&#x20AC;FLDQWGDQVGHVFDQDUGVWHUULEOHPHQW 2XLO¡LPPXDEOHUHQGH]YRXVGHĂ&#x20AC;QG¡DSUqVPLGLGH branchĂŠs vous glisse Ă  France 3 cartonne avec sa lâ&#x20AC;&#x2122;oreille ÂŤ mon pseudo câ&#x20AC;&#x2122;est nouvelle dĂŠclinaison Web ÂŤ QPUC on line, câ&#x20AC;&#x2122;est moche et Lilou32, on sâ&#x20AC;&#x2122;en fait une lancĂŠe en mars dernier. ça ne sert Ă  rien, mais ça peut petite quand tu veux Âť. Avec 150 000 visites sauver le QI. Âť Deux jours plus tard, quotidiennes, câ&#x20AC;&#x2122;est le une amie qui travaille deuxième site le plus Karl Lagerfeld ? pourtant dans la fashion visitĂŠ du portail France (oĂš le moindre faux-­pas tendance peut vous coĂťter TĂŠlĂŠvisions. Vous crĂŠez votre petit avatar et vous votre job), me fait son coming-­out dâ&#x20AC;&#x2122;un air dĂŠgagĂŠ : pouvez jouer Ă  la redoutable ĂŠpreuve du 4 Ă  la suite ÂŤ Jâ&#x20AC;&#x2122;adore la tension qui règne au moment des 9 points contre dâ&#x20AC;&#x2122;autres dĂŠbiles qui, comme vous, kiffent les gagnants. Âť Jubilation. Karl Lagarfeld ne devrait pas jeux de culture gĂŠnĂŠrale. QPUC on line prĂŠsente en tarder Ă  dĂŠclarer que ÂŤ QPUC on line, câ&#x20AC;&#x2122;est moche et ça outre lâ&#x20AC;&#x2122;inestimable avantage de nous ĂŠpargner les ne sert Ă  rien, mais ça peut sauver le QI Âť. Pourquoi logorrhĂŠes hallucinĂŠes de Julien Lepers, le digital pas ? Les geeks sont bien devenus les maĂŽtres du cool ĂŠtant bien plus calme que lâ&#x20AC;&#x2122;original. HQVHEUDQODQWVXUGHVĂ&#x20AC;JXULQHVGH&KHZEDFFD&¡HVW Vous jouez donc, avec la lĂŠgitime jouissance de celui peut-­être maintenant au tour des adorateurs du petit qui se souvient du nom de lâ&#x20AC;&#x2122;assassin de Trotski ou Larousse illustrĂŠ. â&#x20AC;&#x201D; de la capitale du sultanat de Brunei en une fraction

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DANIEL JOHNSTON, POPE OF THE POP par Wilfried Paris

Dessins au feutre sur cahier dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcolier Extraits du Cahier dans la marge n°1 Arts Factory [ĂŠditions]

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6XUQRPPpŠOHSHWLWSDSHGHODORĂ&#x20AC;ÂŞ'DQLHO-RKQVWRQ 49 ans, grand (gros) enfant un peu schizophrène de Austin, Texas, enregistre dans sa chambre des comptines pop-­folk beatlesiennes (ses anges), amoureuses (dÊçues) ou monstrueuses (King Kong, Frankenstein, Casper) quand il ne dessine pas sur des cahiers dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcolier un foisonnant bestiaire mythologique, entre comics Ă la Jack Kirby (Captain America), enfer pop (Matt Groening meets Jerome Bosch) ou art brut paranoĂŻaque (croix gammĂŠes). DĂŠcouvert au dĂŠbut des annĂŠes 90 sur des cassettes autoproduites, cĂŠlĂŠbrĂŠ partout comme sâ&#x20AC;&#x2122;il ĂŠtait dĂŠjĂ  mort (compiles et rĂŠĂŠditions nĂŠcrologiques), il rassure tout le monde sur son dernier album tout ĂŠlectrique, intitulĂŠ Daniel Johnston Is and Always Was. Godbless. â&#x20AC;&#x201D; Disque Is and always was

High Wire Music

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Effi Mild et Laurent Zorzin, à l’origine de la galerie Arts Factory, ont pris l’excellente initiative d’envoyer un cahier d’écolier aux artistes qu’ils exposent, leur demandant d’y dessiner ce qu’ils voulaient. Parmi eux, Nine Antico, Julien Langendorff (deux artistes à qui Standard a déjà confié ces mêmes pages), Isabelle Boinot, Jochen Gerner et... Daniel Johnston. La collection se décline sous la forme d’exposition itinérante. Du 19 mars au 17 avril, Ecole d’arts appliqués de Troyes dans le cadre du festival Qualité féroce. Du 22 mai au 13 juin, Le LieuUnique à Nantes. danslamarge.net

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TOUT SAUF VIEUX JEU

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Moitié du duo Eley Kishimoto, l’Anglais MARK ELEY, touche-àtout haut-de-gamme, s’amuse autant avec ses créations qu’en road trips sur sa Honda FTR 223. Portrait du joker de la mode.

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MODE & DESIGN

par Elisa Tudor

ÂŤ -RXHUVLJQLĂ&#x20AC;HJDJQHUrWUHRXYHUWG¡HVSULWrWUHPRGHUQH sâ&#x20AC;&#x2122;amuser dans son travail, se laisser aller au jeu de rĂ´le de la vie ; câ&#x20AC;&#x2122;est une source dâ&#x20AC;&#x2122;inspiration qui rend heureux ! Âť Lâ&#x20AC;&#x2122;homme qui parle ressemble Ă un ourson proche de lâ&#x20AC;&#x2122;âge adulte ou Ă  ce que serait David Lynch soudain reconverti en catcheur. Notre première rencontre avec Mark Eley : cet ĂŠtĂŠ, Ă  Berlin, il est en train de partager ses connaissances avec de jeunes crĂŠateurs de mode au workshop Five Gum Vision Lab, organisĂŠ par les chewing-­gum Wrigleys. Sa mission professorale terminĂŠe, il emmène ses pupilles dans une soirĂŠe de promotion pour les frisbees quâ&#x20AC;&#x2122;il vient de crĂŠer en collaboration avec Freestyle Magazine. Il passe la soirĂŠe en tant que DJ sur le toit dâ&#x20AC;&#x2122;un bus.

qui expriment une approche enfantine de la mode, accentuĂŠe par les bleus et roses pastels mĂŠlangĂŠs Ă des jaunes et rouges vifs, et inspirĂŠes par une boĂŽte Ă  jouets : ÂŤ Ă&#x2021;a donne une ambiance onirique oĂš lâ&#x20AC;&#x2122;on ressent la sensation prĂŠcise d'une gamme de couleurs, d'une coupe, d'ĂŠtoffes choisies, continue Mark Eley, il est Ă  tel point important pour nous de parler aux gens susceptibles de porter nos vĂŞtements, quâ&#x20AC;&#x2122;on termine souvent notre collection en ĂŠcrivant un poème distribuĂŠ dans notre showroom. Âť

Eley Kishimoto communique avec des amateurs en tout genre, parlant dâ&#x20AC;&#x2122;ÂŤ imprimĂŠs intelligents Âť et se GpĂ&#x20AC;QLVVDQWFRPPHŠGpFRUDWHXUGHVXUIDFHÂŞŠ Le monde nous offre beaucoup dâ&#x20AC;&#x2122;outils, utilisons-­les pour Octobre, galerie Jean Rochdard, dans le quartier du le dĂŠcorer et jouer avec ! Âť Dâ&#x20AC;&#x2122;autres artistes jouent Marais, Ă Paris : la fashion week prĂŞt-­à-­porter bat son jERXVFXOHUODPDJQLĂ&#x20AC;FHQFHXQEULQVpULHXVHGHOD plein. Eley Kishimoto prĂŠsente sa collection Beyond haute-­couture : ÂŤ Bernhard Willhelm et Jeremy Scott the chintz (littĂŠralement ÂŤ au-­delĂ  de la fripe Âť), ainsi expĂŠrimentent lâ&#x20AC;&#x2122;humour dans le prĂŞt-­à-­porter. La MR\HXVHPHQWGpĂ&#x20AC;QLHSDU0DUNŠUne sorte de bric-­à-­ mode commence Ă  prendre des traits plus enjouĂŠs brac, des vĂŞtements du placard de ta grand-­mère â&#x20AC;&#x201C; des et loufoques, pour attirer lâ&#x20AC;&#x2122;attention dâ&#x20AC;&#x2122;un public plus PRWLIVĂ RUDX[ jeune et ouvert des imprimĂŠs dâ&#x20AC;&#x2122;esprit. Âť Au old-­school â&#x20AC;&#x201C; avec rayon fantaisie, ÂŤ Les vĂŞtements de ta grand-mère, le petit qui joue on citera aussi le petit qui joue au Game Boy, au game-­boy en les Belges le chien qui aboie arrière plan, le Jean-­Paul et les voisins qui fument du crack. Âť chien qui aboie Lespagnard (voir Mark Eley, dĂŠfinissant sa collection en voyant le Standard n°24) facteur et les et Walter Van voisins qui sâ&#x20AC;&#x2122;enferment pour fumer du crack. Âť Beirendonck, et les Français dâ&#x20AC;&#x2122;Andrea Crewsâ&#x20AC;Ś Mais Une vision des choses mue par lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠnergie british de Mark Eley va plus loin que le prĂŞt-­à-­porter. Dans son 0DUNHWDGRXFLHSDUOHUDIĂ&#x20AC;QHPHQWGHODPRLWLp parc dâ&#x20AC;&#x2122;attractions : le jouet collector Be@rbrick, les japonaise du duo, Wakako Kishimoto, qui plaĂŽt frisbees, lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtui PSP et des meubles ÂŤ do-­it-­yourself Âť aux marques de luxe. Eley Kishimoto a fricotĂŠ (et pour Ben Wilson comblent ses envies de gai touche-­ tricotĂŠ) avec Alexander McQueen, YSL, Givenchy Ă -­tout. Etendre sa touche en dehors de sa propre ou Louis Vuitton, et a obtenu le poste de directeur marque est pour lui ÂŤ pour un public qui aime sâ&#x20AC;&#x2122;amuser. artistique pour Cacharel entre 2007 et 2008. ÂŤ Au Tous les produits autour de notre label sont nĂŠs dâ&#x20AC;&#x2122;une dĂŠbut, on crĂŠait des imprimĂŠs classiques qui nous ont amitiĂŠ ou dâ&#x20AC;&#x2122;un concept marketing ludique Âť. valu de nombreuses collaborations avec des crĂŠateurs ; aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui, on joue plus avec notre philosophie de ÂŤ PRINCESSE DE PREMIĂ&#x2C6;RE CLASSE Âť travail. On crĂŠe des imprimĂŠs hors du commun. Âť On Autre projet amical et culturel permettant de sortir compte des collabâ&#x20AC;&#x2122;s plus accessibles, adressĂŠes Ă  un peu du clan de la mode ĂŠlitiste : Mark Eley uni un public plus jeune, avec Converse depuis 2002 et Ă  son amie de longue date Sophie Calle pour une Eastpack en 2008, allant au-­delĂ  de la mode, lorsquâ&#x20AC;&#x2122;il exposition Ă  la Biennale de Venise en 2007. Une sâ&#x20AC;&#x2122;agit dâ&#x20AC;&#x2122;habiller le groupe de pop minimale Broadcast mise en scène de livre dâ&#x20AC;&#x2122;artiste (Prenez soin de vous, par exemple. construit autour dâ&#x20AC;&#x2122;une lettre de rupture) est aussi naturel pour lui que la customisation de casques de POĂ&#x2C6;ME DE SHOWROOM moto avec les Ateliers Ruby. La passion de Mark pour /HXUSOXUDOLWpVHUHĂ qWHGDQVODFROOHFWLRQSULQWHPSV les motos ne nous ĂŠtait pas ĂŠtrangère. Il ĂŠtait arrivĂŠ pWp,PSULPpVjUD\XUHVĂ RUDX[HWSRONDUREHV devant son showroom parisien avec sa Honda favorite Ă  volants, cols marinsâ&#x20AC;Ś reprĂŠsentent le cĂ´tĂŠ plus et des sacoches assorties Ă  son casque. Monsieur Eley innocent de la collection et se mĂŠlangent Ă  des coupes serait-­il ultra fashion victim ? ÂŤ Mais non ! se dĂŠfend-­il, courtes et sexy, des pantalons boyfriend et des motifs riant, mais Ă  force de voyager, je me suis dit que ça Ă  plumes plus sauvages et ethniques : des tenues serait cool de me sentir comme Ă  la maison avec mon

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LPSULPpĂ DVKVXUPDVDFRFKHMHYHX[PHVHQWLUFRPPH une princesse en première classe ! Âť Pendant lâ&#x20AC;&#x2122;interview, Mark a du mal Ă ne pas plaisanter, il nous propose dâ&#x20AC;&#x2122;aller boire une bière et de reporter les questions sĂŠrieuses Ă  un autre jour. ÂŤ Il faut de lâ&#x20AC;&#x2122;humour dans ce business, sinon tu es foutu dâ&#x20AC;&#x2122;avance ; câ&#x20AC;&#x2122;est lâ&#x20AC;&#x2122;excuse que jâ&#x20AC;&#x2122;utilise pour monter des projets urbains comme Hairywood Ă  Londres [une installation mĂŠtaphore dâ&#x20AC;&#x2122;une forĂŞt en ĂŠrection]. Âť Après quelques soirĂŠes arrosĂŠes en notre compagnie, la fashion week parisienne venant Ă  son terme, Mark sâ&#x20AC;&#x2122;envole pour Moscou oĂš il ĂŠtait invitĂŠ par lâ&#x20AC;&#x2122;ambassade britannique pour le projet dâ&#x20AC;&#x2122;urbanisme City Future Game. De retour Ă  son atelier londonien, il QRXVVN\SHHQĂ&#x20AC;QGpFLGp Ă  accorder un peu de temps Ă  nos questions pas drĂ´les. Par webcam, on en SURĂ&#x20AC;WHSRXUMHWHUXQFRXS dâ&#x20AC;&#x2122;Ĺ&#x201C;il Ă  son atelier, une DQFLHQQHXVLQHjFRQĂ&#x20AC;WXUH de trois ĂŠtages : un escalier,

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des ĂŠtoffes partout et, bien sĂťr, des motos. ÂŤ On a dĂŠjĂ un pop-­up store dans une cave ici, Ă  Londres, et dans une ancienne chocolaterie Ă  Tokyo. Jâ&#x20AC;&#x2122;aime utiliser des espaces qui racontent une histoire. Âť De ce lieu de travail est nĂŠe EK Jam Factory, une ligne de vĂŞtement crĂŠĂŠe en octobre avec la marque dâ&#x20AC;&#x2122;accessoires amĂŠricaine Anthropologie. ÂŤ Câ&#x20AC;&#x2122;est une sorte de dĂŠrivĂŠ, de plateforme pour les artistes avec lesquels on collabore sans brouiller lâ&#x20AC;&#x2122;identitĂŠ de Eley Kishimoto. Âť Artiste lui-­mĂŞme ? ÂŤ Lâ&#x20AC;&#x2122;ambassade avait fait venir quelques artistes, dont moi-­mĂŞme, pour une consultation sur le rĂŠamĂŠnagement dâ&#x20AC;&#x2122;un quartier pauvre de la ville. Tout le monde ĂŠtait super sĂŠrieux, voulant crĂŠer des musĂŠes-­concepts et des amĂŠnagements ĂŠcolos. Jâ&#x20AC;&#x2122;ai proposĂŠ tout bĂŞtement de bâtir une place verte, ĂŠcolo Ă  souhait, pour en boucher un coin Ă  la place rouge. Ils mâ&#x20AC;&#x2122;ont regardĂŠ comme si jâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtais fou ! Mais jâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtais sĂŠrieux : Ă  force de divaguer dans lâ&#x20AC;&#x2122;art, on perd son essentiel, câ&#x20AC;&#x2122;est-­à-­dire le fait de divertir, dâ&#x20AC;&#x2122;embellir la vie ! Après tout, fuck it, LW¡VRQO\DJDPHÂŞÂł

Š DR

De gauche Ă droite, de haut en bas : la chaise EK, lâ&#x20AC;&#x2122;ours Bearbricked le casque Ruby, la Honda FTR 223. Page de droite : Collection printempsĂŠtĂŠ 2010.

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Coup de pinceau

Ensemble Eley Kishimoto pour les Galeries Lafayette

Grand Magasin Haussmann Du 24 mars au 8 mai

« A force de divaguer dans l'art, on perd l’essentiel : divertir, embellir la vie ! »

Mark Eley

© DR

ELEY KISHIMOTO aux Galeries Lafayette. Attention, peinture fraîche.

Mark Eley a designé pour les Galeries Lafayette un charmant ensemble robe t-shirt/écharpe imprimé chaînes, très années 80 et accessible (moins de 100 euros par pièce). Une exclusivité qui inaugure l’opération Edition Spéciale menée à partir de ce printemps et signant le retour des Galeries sur le devant de la scène mode. Le superstore du boulevard Haussmann va, pendant plusieurs semaines, multiplier collaborations, événements et expositions avec les artistes, créateurs ou maisons de luxe les plus d’avant-garde. Le fil rouge de cette action ? eh bien le rouge ! Le but étant d’intégrer dans chaque création le code couleurs du logo des Galeries – une autre forme de retour aux fondamentaux en quelque sorte. David Herman

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JUNYA WATANABE

JUDITH HOMAS Derrière ce vêtement se cache Judith Thomas, l’un des talents de l’Académie royale d’Anvers. Mais où se trouve cette caverne d’Ali Baba de la mode ? Réponse : en Belgique. Si vous avez répondu aux Pays-Bas, retournez fumer des boulettes case beu.

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Avec cette collection limitée, Louis Vuitton rend hommage à un sport très sexy. Imaginer les talons aiguilles de la maison sur une planche à roulettes, cela plairait-il davantage à Tony Hawk ou Marc Jacobs ? Réponse : les deux. Et tout le monde avance !

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ROMAIN KREMER Pour sa collection printemps/été 10, Romain Kremer a collaboré avec une marque de lunettes tendance. A. Persol, B. Mykita, C . Ray Ban ? Réponse : B. Mais voyons, Ray Ban, c’était tendance en 2007 ! Les perdants reçoivent un bon d’achat chez Optic 2000.

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Partie d’échecs très glamour en 05 chez Alexander McQueen. La question le sera moins : combien de pions comprend un échiquier : 16 ou 14 ? Réponse : 16. Ceux qui n’ont pas trouvé sont fous et se rendent sur la case «Chance » rose.

Le jeu préféré de nos petits frères devient chez J. C. de Castelbajac un accessoire de mode pour les myopes de cet hiver. Le Lego ou les dominos ? Si vous avez répondu les dominos, tombez brusquement sur votre voisin de droite.

ALEXANDER MCQUEEN JEAN-CHARLES  DE  CASTELBAJAC

Le Japonais Watanabe, designer de cette tenue printemps/été 10, est plus connu pour ses créations au sein de : A. Comme des Garçons ou B. Eley Kishimoto ? Réponse : A. Les perdants retournent en sifflant vers la case « Départ » ou foncent page 124 pour approfondir leurs connaissances.

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SPÉCIAL JEUX Mode

LOUIS VUITTON


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Barbie se transforme en chapeau chez Piers Atkinson. Mais combien de bougies notre blonde favorite a-t-elle soufflé en 09 ? A. 50, B. 100, C. 752 ? Réponse : A. Ceux qui n’ont pas trouvé ne recevront rien de Santa Klaus.

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Encore un tour ! Ni à la fête foraine ni au cirque, mais aux défilés : quel créateur a pensé à cette partie de plaisir ? A. Manish Arora, B. Gareth Pugh, C. Giles Deacon ? Réponse : A, collection été 09. Si vous n’aviez pas trouvé, refaites un tour.

MANISH ARORA

A quel jeu Ashish fait-il allusion dans sa collection automne/ hiver 09 ? Réponse : le scratchball. Si vous avez répondu « une bataille de boules de neige », c’est que vous avez trop fumé. Restez sur cette case jusqu’à la fin de vos jours.

ASHISH

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L’idée qui inspire les broderies et broches des robes cocktail d’été 10 de Cacharel fut volée dans une cour d’école. De quoi s’agit-il ? A. La corde à sauter, B. Le saut à l’élastique, C. Le scoubidou ? Réponse : C. Les autres, allez au coin.

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CACHAREL

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Walter van Beirendonck a la chance d’avoir une dream doll à son effigie. Mais de quel collectif épatant faisait-il partie dans les années 80 ? A. The B’52’s, B. Antwerp 6, C. 2be3 ? Réponse : B. Hey, les losers ! Procurez-vous vite fait une poupée gonflable.

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N O E   RT  D OIX A S  C E H N LD  C U SO RE   T Z   VE LES  VO CE R   DE E U   R O E P SS E PR

Bernhard Willhelm laisse ses mannequins s’amuser avec des cerceaux pendant sa performance d’automne/hiver 09. A Berlin ou à Paris ? Réponse : Berlin. Eh oui, il ne fallait pas se fier à la photo : la tour Eiffel fut exportée pour l’occasion. Die Verlierer sind dumm!

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PIERS ATKINSON

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E I P

U TO NOT OR

E I P TOU

Professeur de mode de lâ&#x20AC;&#x2122;Institut de Chicago et artiste, NICK CAVE compose des tenues musicales. Entre tradition et extravagance, rigiditĂŠ et mouvement, ça donne le tournis. par Elisa Tudor

combinaisons sur lesquelles sont Nick Cave, Ă ne pas confondre accrochĂŠs des jouets chinĂŠs dans avec le chanteur australien des brocantes, imprĂŠgnĂŠes de burinĂŠ, jongle avec la mode, la couleurs chaudes et de motifs sculpture, la musique, la danse, Ă RUDX[UpPLQLVFHQFHVGHVD la performance, pour crĂŠer un XQLYHUVGpMDQWpĂ&#x20AC;QDOHPHQWFODVVp culture afro-­amĂŠricaine. Nick Cave exprime un au rayon de lâ&#x20AC;&#x2122;art contemporain. mouvement constant, propre et Lors de sa première exposition attachĂŠ Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;Afrique, en 2006 au centre oĂš le mouvement culturel de Chicago, ÂŤ Des armures du corps est liĂŠ Ă  ses ÂŤ soundsuits Âť dâ&#x20AC;&#x2122;univers la cĂŠlĂŠbration de surdimensionnĂŠs traditionnel, forces divines. ÂŤ Mes et très colorĂŠs, pour protĂŠger soundsuits sont imaginĂŠs Ă  des attaques comme des armures lâ&#x20AC;&#x2122;origine pour extĂŠrieures. Âť dâ&#x20AC;&#x2122;univers traditionnel, ĂŠmettre des Nick Cave destinĂŠes Ă  protĂŠger sons lors dâ&#x20AC;&#x2122;une des attaques performance extĂŠrieures Âť, lit-­ de danse, on sur son site. Des crĂŠations impressionnent les amateurs hybrides et ethniques, de ÂŤ fashionart Âť. DĂŠbut 2009, folkloriques et modernes, qui Ă  la galerie new-­yorkaise Jack LQVXIĂ HQWjO¡HVSULWVRSKLVWLTXp Shainman, la nouvelle collection de la mode une dimension de ÂŤ vĂŞtements sonores Âť de sociopolitique enjouĂŠe. cet ancien danseur sâ&#x20AC;&#x2122;avère Partie gagnĂŠe â&#x20AC;&#x201D;. encore plus sculpturale : des

Recent Soundsuits

Courtesy Jack Shainman Gallery, NY

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DECOUVERTE

La crÊatrice espagnole RAKI FERNANDEZ, 26 ans, a nommÊ sa troisième collection How to play with Raki. Des cocottes sur ses robes, Raki fait de la mode son jeu prÊfÊrÊ. par Elisa Tudor photographie Marta Gornicka

Entre WOAH, sa galerie dâ&#x20AC;&#x2122;art contemporain Ă Neukolln dans le sud de Berlin, ses collections de prĂŞt-­à-­porter, du stylisme pour MTV et des performances avec le collectif Sameheads, Raki Fernandez a eu le loisir de rĂŠpondre Ă  nos questions. Pourquoi avoir choisi le jeu de la cocotte comme motif ? Raki Fernandez : Jâ&#x20AC;&#x2122;ai essayĂŠ de choisir un jeu commun Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;Europe puisque je vends en Espagne, en Italie et en Allemagne. Les gens V¡LQGHQWLĂ&#x20AC;HQWHWFRPSUHQQHQW rapidement le concept. Je ne sais pas si câ&#x20AC;&#x2122;est dans lâ&#x20AC;&#x2122;air du

ÂŤ Choisir ses vĂŞtements devrait ĂŞtre le moment le plus amusant de la journĂŠe. Âť

Raki Fernandez

Câ&#x20AC;&#x2122;EST LE LOOK COCOTTE

temps, mais je trouve cette forme intĂŠressante. Jâ&#x20AC;&#x2122;en ai fait une grosse en papier pour mon look book. Câ&#x20AC;&#x2122;est une prĂŠsentation originale. Tu dis tâ&#x20AC;&#x2122;amuser avec la mode. Quels sont ses aspects ludiques ? Un coup dâ&#x20AC;&#x2122;Ĺ&#x201C;il dans ta garde-­robe chaque matin devrait dĂŠjĂ ĂŞtre une partie de plaisir qui te donne lâ&#x20AC;&#x2122;opportunitĂŠ de jouer avec les diffĂŠrentes facettes de ton identitĂŠ. Changer dâ&#x20AC;&#x2122;optique selon ton humeur enrichit la perception de toi-­mĂŞme et celle que les autres ont de toi, ce qui rend la vie amusante. Le milieu de la fashion se prend trop au sĂŠrieux ? $EVROXPHQW6LSOXVGHJHQVVDYDLHQWH[SpULPHQWHU et jouer avec la mode, les balades dans la rue deviendraient plus intĂŠressantes et ludiques. Sâ&#x20AC;&#x2122;habiller est une nĂŠcessitĂŠ, il faut savoir jouer avec ce caractère indispensable. Câ&#x20AC;&#x2122;est gĂŠnial quand un inconnu te fait un EHDXVRXULUHjFDXVHGHWRQDSSDUHQFH&¡HVWTXHWXDV rĂŠussi Ă  le faire rĂŞver et Ă  le faire sortir de son train-­ train quotidien. Travailler, câ&#x20AC;&#x2122;est ta manière Ă  toi de tâ&#x20AC;&#x2122;amuser ? La mode câ&#x20AC;&#x2122;est mon travail oui, mais en mĂŞme temps,

mon loisir, mon divertissement prĂŠfĂŠrĂŠ. Se mettre toujours Ă lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpreuve, ne pas arrĂŞter dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠvoluer. Le mĂŠli-­mĂŠlo crĂŠatif de Berlin me donne lâ&#x20AC;&#x2122;opportunitĂŠ de rĂŠaliser toutes mes envies, ce qui nâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait pas possible en Espagne, qui manque de diversitĂŠ artistique. Berlin prĂŠvoit toujours des journĂŠes chargĂŠes et chaotiques, remplies de nouvelles idĂŠes qui me laissent poursuivre mon jeu. A part ça, tu tâ&#x20AC;&#x2122;amuses comment ? Jâ&#x20AC;&#x2122;adore le poker. Avec tous mes projets, je nâ&#x20AC;&#x2122;ai pas vraiment le temps pour les parties, mais jâ&#x20AC;&#x2122;ai toujours XQMHXGHFDUWHVGDQVPRQMHDQDXFDVRÂł Prochaine collection Ă  dĂŠcouvrir en mars sur rakibcn.com

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SPÉCIAL JEUX Mode

JOUONS UN PEU De haut en bas et de gauche à droite Baskets Puma Meile Easyrider, 1978 Montres Phantom Blouson teddy Feiyue Casques WESC Gants Firetrap Baskets G-­Star Raw Veste Timberland

illustration Mlle Chat-Chat

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MODE

Sac Franklin & Marshall Nœud papillon Laurent Desgrange Blouson Kway Cravates Yves Saint Laurent Bottes UGG Slip Benetton

Réponse : les cravates. Seuls accessoires d’une marque haute couture. PAGE

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SPÉCIAL JEUX Culte

LEGO a 50 ans et s’attaque aux

jeux de société. La vie en jaune ?

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CULTE

par David Herman illustration Thomas Dircks

Jeux de sociĂŠtĂŠ Legoâ&#x201E;˘

Dix jeux disponibles en magasin Ă partir de janvier

Chaque gĂŠnĂŠration a connu sa famille de Lego. Celle qui dĂŠboule HQSUpĂ&#x20AC;JXUHXQUHYLUHPHQW total dans lâ&#x20AC;&#x2122;apprĂŠhension de la brique mythique. Le but nâ&#x20AC;&#x2122;est plus de construire son bateau de fret ou sa moto de police reclus dans sa chambre, mais de rĂŠunir jusquâ&#x20AC;&#x2122;Ă huit personnes autour dâ&#x20AC;&#x2122;une table familiale pour dĂŠcouvrir le jeu de sociĂŠtĂŠ made in Lego. Une première pour cette marque qui explore dĂŠjĂ  un nombre de gammes considĂŠrable, rĂŠpondant aux besoins de dĂŠveloppement du bambin ĂŠveillĂŠ (et son Lego Duplo)

jO¡DGXOWHFRQĂ&#x20AC;UPp VRQ/HJR Technic). Câ&#x20AC;&#x2122;est en travaillant Ă cette forme de rĂŠinvention permanente que le groupe sâ&#x20AC;&#x2122;est dĂŠveloppĂŠ depuis cinquante ans dans plus de cent trente pays. Et nous parions que dans un temps encore au moins ĂŠquivalent, nous continuerons de prononcer le petit phrasĂŠ danois magique, ĂŠtymologie du nom de la marque : ÂŤ Leg GodtÂŞVLJQLĂ&#x20AC;DQW littĂŠralement ÂŤ joue bien Âť. Cette bonne vieille tĂŞte de Beatles de Playmobil pourra-­t-­elle en dire autant ? â&#x20AC;&#x201D;

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SPĂ&#x2030;CIAL JEUX Philosophie

Sur une des plages de Koh-Lanta, dialogue ĂŠclairĂŠ Ă la torche entre les SEPT PLUS GRANDS PENSEURS DU JEU, dâ&#x20AC;&#x2122;Aristote Ă  Freud, chargĂŠs dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠliminer lâ&#x20AC;&#x2122;un des leurs. par SĂŠbastien dâ&#x20AC;&#x2122;Ornano illustration Thomas Dircks

Koh-Lanta, le choc des hĂŠros

sur TF1 en mars

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En MicronĂŠsie, au creux de lâ&#x20AC;&#x2122;une des centaines dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŽles de la RĂŠpublique des Palaos, Denis Brogniart retrouve la tribu des ÂŤ Logos Âť, oubliĂŠe sur place depuis plus de cent ans. Lors du conseil de ce soir, ils devront, dans la pĂŠnombre, voter pour ĂŠliminer lâ&#x20AC;&#x2122;un dâ&#x20AC;&#x2122;entre eux â&#x20AC;&#x201C; car le jeu continue, ĂŠternellement.

Aristote : Câ&#x20AC;&#x2122;est exact. Le jeu est une sorte de dĂŠlassement, du fait que nous sommes incapables de travailler dâ&#x20AC;&#x2122;une façon ininterrompue et que nous avons besoin de relâche. Le dĂŠlassement nâ&#x20AC;&#x2122;est donc SDVXQHĂ&#x20AC;QFDULOQ¡DOLHXTX¡HQYXHGHO¡DFWLYLWp3 Ă&#x2021;a PHUDSSHOOHTXH3ODWRQPRQIUqUHĂ&#x20AC;WXQMRXUGHV reproches Ă un homme qui jouait aux dĂŠs. Lâ&#x20AC;&#x2122;autre lui Denis Brogniart : Aristote, cette ĂŠdition de rĂŠpondit quâ&#x20AC;&#x2122;il sâ&#x20AC;&#x2122;emportait pour bien peu de choses. Koh-­Lanta dure depuis Platon rĂŠtorqua : ÂŤ Mais plus dâ&#x20AC;&#x2122;un siècle. Vous nâ&#x20AC;&#x2122;en lâ&#x20AC;&#x2122;habitude dâ&#x20AC;&#x2122;y jouer nâ&#x20AC;&#x2122;est pas avez pas marre de jouer ? peu de choses. Âť 4 ÂŤ Il ne faut pas parler sur Aristote : Certes. Dâ&#x20AC;&#x2122;autant Denis Brogniart : Thomas, le jeu, il ne faut pas rire, que ce nâ&#x20AC;&#x2122;est pas dans le jeu vous avez lâ&#x20AC;&#x2122;air hĂŠsitant. La il ne faut pas tousser, que consiste le bonheur. Il partie vous lasse ? autrement ils sont serait mĂŞme ĂŠtrange que la Saint-­Thomas dâ&#x20AC;&#x2122;Aquin : Un tous dĂŠpitĂŠs. Âť Ă&#x20AC;QGHO¡KRPPHIÂ&#x20AC;WOHMHX chouĂŻa. Ceux qui ne jouent Saint-Thomas dâ&#x20AC;&#x2122;Aquin et quâ&#x20AC;&#x2122;on dĂťt se donner du jamais, de telle sorte quâ&#x20AC;&#x2122;ils tracas et du mal pendant ne disent rien dâ&#x20AC;&#x2122;agrĂŠable et WRXWHVDYLHDĂ&#x20AC;QGHSRXYRLU qui repoussent les choses sâ&#x20AC;&#x2122;amuser.1 agrĂŠables que les autres disent avec modĂŠration, pèchent Ă  la vĂŠritĂŠ, mais moins que ceux qui donnent Gottfried Leibniz : Totote a raison. Il semble dans lâ&#x20AC;&#x2122;excès contraire en jouant trop.5 nĂŠanmoins que nous sommes si accoutumĂŠs au jeu et au badinage que nous jouons jusque dans Emmanuel Kant : Jamais blanc ou noir, Saint-­ les occupations les plus sĂŠrieuses, et quand nous 7KRPDV7RXMRXUVGDQVOHJULV>)UHXGHW/HLEQL] y pensons le moins.2 rient de bon cĹ&#x201C;ur]. Je trouve quâ&#x20AC;&#x2122;il est profondĂŠment

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PHILOSOPHIE

Sources

singulier de voir comment des hommes raisonnables sont capables de rester assis et de tailler les cartes souvent pendant des heures. Dâ&#x20AC;&#x2122;oĂš lâ&#x20AC;&#x2122;on voit dâ&#x20AC;&#x2122;ailleurs que les hommes ne cessent pas si facilement dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre des enfants.6 Pour cerner les vrais intellos de la bande, je rappelle ce que disait Rousseau qui nous a quittĂŠ la deuxième semaine après lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpreuve de la promenade en ĂŠquipe : ÂŤ On voit rarement les penseurs se plaire beaucoup au jeu. Âť7 Denis Brogniart : Blaise, vous, vous avez vraiment triste mine. Blaise Pascal : La seule chose qui nous console de nos misères, câ&#x20AC;&#x2122;est le divertissement, et cependant câ&#x20AC;&#x2122;est la plus grande de nos misères.8 Dâ&#x20AC;&#x2122;Aquin : En plein dans le mille, Pascalou. Y a-­t-­il attention plus triste, plus sombre et mĂŠlancolique que celle des joueurs ? Il ne faut pas parler sur le jeu, il ne faut pas rire, il ne faut pas tousser, autrement ils sont tous dĂŠpitĂŠs.9 Leibniz : Waou, vous avez raison de partager la mĂŞme WHQWHWRXVOHVGHX[4X¡HVWFHTX¡RQULJROH/¡HVSULW humain paraĂŽt mieux dans les jeux que dans les matières les plus sĂŠrieuses.10 Amusant, non ? Lâ&#x20AC;&#x2122;esprit sâ&#x20AC;&#x2122;y trouve Ă son aise.11 Aristote : Ce qui est sĂťr, et nous en parlions justement ce matin Ă  la pĂŞche avec Casanova, câ&#x20AC;&#x2122;est quâ&#x20AC;&#x2122;on peut en savoir plus sur quelquâ&#x20AC;&#x2122;un en une heure de jeu quâ&#x20AC;&#x2122;en une annĂŠe de conversations.12 Denis Brogniart : Giacomo, vous jouez beaucoup ? Casanova : Pour tout vous dire, moi je joue et jâ&#x20AC;&#x2122;ai grand tort, car je nâ&#x20AC;&#x2122;ai ni la force de quitter quand la fortune mâ&#x20AC;&#x2122;est contraire, ni celle de ne pas courir après mon argent. Ce qui me force Ă  jouer est un sentiment dâ&#x20AC;&#x2122;avarice. Jâ&#x20AC;&#x2122;aime la dĂŠpense et je la regrette quand ce nâ&#x20AC;&#x2122;est pas le jeu qui me fournit lâ&#x20AC;&#x2122;argent pour la faire. Jâ&#x20AC;&#x2122;ai lâ&#x20AC;&#x2122;impression que lâ&#x20AC;&#x2122;argent gagnĂŠ au jeu ne me coĂťte

1 Ethique Ă Nicomaque, X, 6, 1176b (-IVe siècle) 2 Essais de ThĂŠodicĂŠee, I, 56 (1710) 3 Ethique Ă  Nicomaque, X, 6, 1176b (-IVe siècle) 4 Diogène LaĂŤrce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres (environ 200 après J.-C.) 5 Somme thĂŠologique, art. IV (1272) 6 RĂŠflexions sur lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠducation (17XX) 7 Emile, ou De lâ&#x20AC;&#x2122;Education (1762) 8 PensĂŠes (1670) 9 Introduction Ă  la vie dĂŠvote ( ?) 10 Nouveaux essais sur lâ&#x20AC;&#x2122;entendement humain (1705) 11 Lettre Ă  RĂŠmond de Montmort (1714) 12 Diogène LaĂŤrce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres (environ 200 après J.-C.) 13 Histoire de ma vie, I, 408, 1825 14 Histoire de ma vie, fragment 168 15 ÂŤ Le CrĂŠateur littĂŠraire et la fantaisie Âť, in InquiĂŠtante ĂŠtrangetĂŠ (1919)

rien.13 Sinon, pour changer de sujet, on nâ&#x20AC;&#x2122;aurait pas dĂť ĂŠliminer toutes les signorinas, no ? Pascal : Tout cela est vicieux. Tel homme passe sa vie sans ennui, en jouant tous les jours peu de choses. Donnez-­lui tous les matins lâ&#x20AC;&#x2122;argent quâ&#x20AC;&#x2122;il peut gagner, Ă la charge quâ&#x20AC;&#x2122;il ne joue plus : vous le rendez malheureux. On dira quâ&#x20AC;&#x2122;il recherche lâ&#x20AC;&#x2122;amusement du jeu et non pas le gain. Faites-­le donc jouer pour rien, il sâ&#x20AC;&#x2122;y ennuiera. Ce nâ&#x20AC;&#x2122;est donc pas lâ&#x20AC;&#x2122;amusement seul quâ&#x20AC;&#x2122;il recherche : un amusement languissant et sans passion lâ&#x20AC;&#x2122;ennuiera. Il faut quâ&#x20AC;&#x2122;il sâ&#x20AC;&#x2122;y ĂŠchauffe et quâ&#x20AC;&#x2122;il se mente Ă  lui-­mĂŞme, en sâ&#x20AC;&#x2122;imaginant quâ&#x20AC;&#x2122;il serait heureux de gagner ce quâ&#x20AC;&#x2122;il ne voudrait pas quâ&#x20AC;&#x2122;on lui donnât Ă  condition de ne plus jouer.14 Sigmund Freud : Câ&#x20AC;&#x2122;est fouâ&#x20AC;Ś Et lĂ  se forme un sujet de passion, un sujet qui lâ&#x20AC;&#x2122;excite, un sujet qui rĂŠveille son dĂŠsir, sa colère, sa crainte, qui le fait bander et il nâ&#x20AC;&#x2122;en pleut plus le joueur, il nâ&#x20AC;&#x2122;en peut plus, il nâ&#x20AC;&#x2122;a quâ&#x20AC;&#x2122;une envie câ&#x20AC;&#x2122;est de sâ&#x20AC;&#x2122;envoyer en lâ&#x20AC;&#x2122;air, jouer Ă  la bĂŞte Ă  deux dos, mettre Papa dans Maman, etâ&#x20AC;Ś Denis Brogniart [lâ&#x20AC;&#x2122;interrompant] : Très bien, messieurs. Nous allons passer au vote. Lâ&#x20AC;&#x2122;un dâ&#x20AC;&#x2122;entre vous va devoir nous quitter. A vos bulletins. Chaque philosophe glisse un petit papier dans le tronc G¡XQSDOpWXYLHUIDLVDQWRIĂ&#x20AC;FHG¡XUQH Denis Brogniart : Câ&#x20AC;&#x2122;est lâ&#x20AC;&#x2122;heure du verdict. Sigmund Freud doit quitter lâ&#x20AC;&#x2122;aventure. Freud : Il doit y avoir erreur. Je suis frustration. Denis Brogniart : Vous ĂŞtes dĂŠsormais exclu de la tribu des Logos. Un petit message Ă  vos camarades avant de partir ? Freud : Vous vivez tous une sale rĂŠalitĂŠ. PrĂŠcisĂŠment, je crois que lâ&#x20AC;&#x2122;opposĂŠ du jeu ce nâ&#x20AC;&#x2122;est pas le sĂŠrieux, câ&#x20AC;&#x2122;est la rĂŠalitĂŠ.15 â&#x20AC;&#x201D;

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SPĂ&#x2030;CIAL JEUX Philosophie (suite)

Par peur de perde du temps, certains nâ&#x20AC;&#x2122;arrivent pas Ă jouer sans culpabiliser. Câ&#x20AC;&#x2122;est grave Docteur Maboule ? Heuâ&#x20AC;Ś pardon, monsieur le philosophe ?

ÂŤ LA LIBERTĂ&#x2030; DE ROQUER Âť par Bertrand Guillot* illustration Wa

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Perd-­on son temps en jouant ? &RODV'XĂ RSKLORVRSKHHWSURIHVVHXUGHOLWWpUDWXUH : Depuis Erasme, on sait que le jeu nâ&#x20AC;&#x2122;est pas une perte de temps, quâ&#x20AC;&#x2122;il contribue au dĂŠveloppement de lâ&#x20AC;&#x2122;intelligence, Ă lâ&#x20AC;&#x2122;apprentissage de la vie sociale. Attention toutefois : Ă  trop insister sur la dimension pĂŠdagogique, on ramène le jeu Ă  un moyen, sans en voir la principale richesse qui est cette formidable puissance de donner de la vie Ă  des temps ÂŤ morts Âť, et dâ&#x20AC;&#x2122;enrichir notre humanitĂŠ. On ne perd pas plus son temps Ă  jouer Ă  un bon jeu que discuter entre amis. Il existe tout de mĂŞme des jeux sans intĂŠrĂŞt et très addictifsâ&#x20AC;Ś Bien sĂťr. Si vous lancez un Tetris au lieu dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcrire votre article, vous pourrez considĂŠrer que vous perdez votre temps. Mais vous pourriez lire un roman de gare. La question nâ&#x20AC;&#x2122;est pas celle du jeu : il nâ&#x20AC;&#x2122;est quâ&#x20AC;&#x2122;un moyen de meubler une fuite. La vraie question, câ&#x20AC;&#x2122;est ce que vous fuyez. )UHXGGpĂ&#x20AC;QLWOHMHXFRPPHŠsâ&#x20AC;&#x2122;opposant non pas au sĂŠrieux mais Ă  la rĂŠalitĂŠ Âť. Quâ&#x20AC;&#x2122;en dites-­vous ? Lâ&#x20AC;&#x2122;approche de Freud est très fĂŠconde. Il sâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠloigne de tous les penseurs qui le plaçaient du cĂ´tĂŠ du futile et insiste sur sa dimension constructive, sa richesse interne. Et sâ&#x20AC;&#x2122;inscrit dans la lignĂŠe dâ&#x20AC;&#x2122;un Leibniz : le jeu, dit-­il, ÂŤ FRQVWUXLWGHVPRQGHVĂ&#x20AC;FWLIVRV¡H[SULPH

lâ&#x20AC;&#x2122;intelligence humaine libĂŠrĂŠe de la contrainte de la rĂŠalitĂŠ Âť. Quels ont ĂŠtĂŠ les grands penseurs du jeu au XXe siècle ? Le NĂŠerlandais Johan Huizinga a insistĂŠ (avec Homo Ludens, 1938) sur la règle ÂŤ librement consentie mais complètement impĂŠrieuse Âť qui fonde le jeu, mais aussi sur les limites de temps et de lieu, ÂŤ avec la conscience dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre autrement que dans la vie courante Âť. Toute la pensĂŠe contemporaine sur le sujet [Roger Caillois et Jacques Henriot, notamment] part de cela. Cependant, peu dâ&#x20AC;&#x2122;auteurs sâ&#x20AC;&#x2122;y intĂŠressent. Huizinga lui-­mĂŞme lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtudie comme un modèle pour comprendre lâ&#x20AC;&#x2122;ensemble des activitĂŠs culturelles. Et vous ? Je mâ&#x20AC;&#x2122;y suis dâ&#x20AC;&#x2122;abord intĂŠressĂŠ en tant que joueur. Jâ&#x20AC;&#x2122;ai toujours aimĂŠ dĂŠcouvrir de nouveaux jeux, en essayant de comprendre leur logique. Dans les annĂŠes 90, je travaillais sur la philosophie du droit chez Kant, donc sur le rapport entre la libertĂŠ et la règleâ&#x20AC;Ś Câ&#x20AC;&#x2122;est en FUHXVDQWTXHP¡HVWYHQXHO¡LGpHG¡XQHGpĂ&#x20AC;QLWLRQGX jeu en lui-­mĂŞme, qui tient en une double libertĂŠ. Le jeu est lâ&#x20AC;&#x2122;invention dâ&#x20AC;&#x2122;une libertĂŠ dans et par une lĂŠgalitĂŠ. La ÂŤ lĂŠgalitĂŠ Âť, ici, câ&#x20AC;&#x2122;est la règle, essentielle, qui encadre la libertĂŠ du joueur. Classique et incomplet sans une autre libertĂŠ : celle qui est crĂŠĂŠe par des règles

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PHILOSOPHIE

arbitraires. Aux ĂŠchecs, jâ&#x20AC;&#x2122;ai le droit de roquer, mais cette libertĂŠ nâ&#x20AC;&#x2122;existe pas ailleurs que dans la règle du jeu. Câ&#x20AC;&#x2122;est la ÂŤ lĂŠgalibertĂŠ Âť dont vous parlez dans Jouer et philosopher. VoilĂ . On a tendance Ă  considĂŠrer la règle comme un bornage â&#x20AC;&#x201C; mais elle produit elle-­mĂŞme de la libertĂŠ, qui dĂŠtermine la richesse dâ&#x20AC;&#x2122;un jeu. Car en explorer les possibilitĂŠs est lâ&#x20AC;&#x2122;une des principales activitĂŠs du joueur. Sâ&#x20AC;&#x2122;il est trop simple, si une stratĂŠgie sâ&#x20AC;&#x2122;avère gagnante Ă  tous les coups, on sâ&#x20AC;&#x2122;en lasse. Les ĂŠchecs ou le go mĂŠnagent des libertĂŠs telles quâ&#x20AC;&#x2122;une culture a pu se dĂŠvelopper autour dâ&#x20AC;&#x2122;eux.

ÂŤ On ne perd pas plus son temps Ă jouer qu'Ă  discuter entre amis. Âť

Colas Duflo Et les jeux vidĂŠo ? 6DQVFKDQJHUODGpĂ&#x20AC;QLWLRQ OHMRXHXUWURTXHVDOLEHUWp contre une libertĂŠ ludique), ils posent des questions nouvelles : le rapport Ă la règle, le rapport au temps. Avec les jeux en rĂŠseau ou et ceux Ă  univers rĂŠsident, OHVSRWHQWLDOLWpVVRQWTXDVLLQĂ&#x20AC;QLHV

Mais pourquoi joue-­t-­on ? Pour le plaisir. Qui est dâ&#x20AC;&#x2122;abord de rester dans le jeu, puis dâ&#x20AC;&#x2122;augmenter notre puissance dâ&#x20AC;&#x2122;agir dans le jeu. LibertĂŠ, règles, plaisirâ&#x20AC;Ś que lâ&#x20AC;&#x2122;on peut ensuite appliquer Ă la vie sociale ? -¡HVSqUHELHQTXHQRQ6LQRQM¡DXUDLVPDQTXpPRQ propos. Certes, nous nous soumettons tous les jours Ă  des lois et Ă  des règles arbitraires mais rĂŠgulant des libertĂŠs existantes. Les conducteurs existaient avant le code de la route, alors que vous ne pouviez pas jouer au squash avant que ses règles ne soient inventĂŠes : ce VRQWOHVUqJOHVTXLRQWFUppOHVFRXUWVHWOHVUDTXHWWHV (QĂ&#x20AC;QQRWUHPRQGHHVWLOGHSOXVHQSOXVOXGLTXH" Oui. On habille la rĂŠalitĂŠ de ludique, ce qui crĂŠe une confusion croissante entre jeu et rĂŠel. Voyez les jeux ĂŠducatifs. On essaie de faire digĂŠrer les choses en leur donnant une forme amusante, mais cela est souvent pauvre en jeu et perd de sa puissance ; les enfants reviennent vite aux ÂŤ vrais Âť divertissements. Nâ&#x20AC;&#x2122;oublions pas que le jeu a une dimension culturelle, et mĂŞme subversive. â&#x20AC;&#x201D;

Jouer et philosopher

1997 Le Jeu de Pascal Ă Schiller

1997 Diderot, lâ&#x20AC;&#x2122;expĂŠrience de lâ&#x20AC;&#x2122;art

2007 PUF

* Bertrand Guillot est lâ&#x20AC;&#x2122;auteur de Hors-­jeu (Le Dilettante, 2007), premier roman trĂŠpidant sur un jeune loup du marketing SXEOLFLWDLUHGpWHUPLQpjWRXWSRXUDUULYHUHQĂ&#x20AC;QDOHG¡XQMHX tĂŠlĂŠvisĂŠ.

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SPĂ&#x2030;CIAL JEUX Tourisme

Fiche-bricolage du guide LATOUREX, ÂŤ laboratoire de tourisme expĂŠrimental Âť ingĂŠnieusement farfelu, idĂŠal pour fuir lâ&#x20AC;&#x2122;hiver Ă JĂŠrusalem (dans les Vosges).

par Tristan Ranx* illustration Juliette MaĂŻ

* Retrouvez les voyages noctambules de Tristan Ranx, auteur de La Cinquième saison du monde (Max Milo), chaque samedi dans LibÊration.

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Vous dĂŠambulez dans le dĂŠdale de canaux et de rues de G¡XQSUpĂ&#x20AC;[HJUHFRXODWLQ YRLUHQFDGUp 'HVFHQWDLQHV la citĂŠ des Doges. Un groupe de touristes passe devant de mĂŠthodes, de ÂŤ lâ&#x20AC;&#x2122;alĂŠatourisme Âť au ÂŤ zygotourisme Âť, vous en suivant leur guide braillard. Des couples ont ainsi ĂŠtĂŠ inventĂŠes et testĂŠes. Le Latourex GpSOLHQWXQHFDUWHGH9HQLVHG¡DXWUHVRQWOHV\HX[Ă&#x20AC;[pV sâ&#x20AC;&#x2122;inspire aussi bien des dadaĂŻstes, des surrĂŠalistes sur le GPS de leur tĂŠlĂŠphone. Vous souriez. Ces gens et des situationnistes en jouant des comportements sont ridicules. Vous prenez la première ruelle Ă droite et contraires Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;usage gĂŠnĂŠral. vous continuez jusquâ&#x20AC;&#x2122;Ă  la prochaine intersection. Vous InspirĂŠ du conte persan Les Trois Princes de ĂŞtes vraiment perdu maintenant, bonne chose, car câ&#x20AC;&#x2122;est Serendip, le terme de ÂŤ sĂŠrendipitĂŠ Âť, dont se rĂŠclame dĂŠsormais le hasard qui dirige vos pas. Vous ĂŞtes un le Latourex, a ĂŠtĂŠ inventĂŠ par Horace Walpole en voyageur expĂŠrimental. Vous sortez de votre poche une HWVHGpĂ&#x20AC;QLWFRPPHŠla facultĂŠ de dĂŠcouvrir paire de dĂŠs. La Venise alĂŠatoire sâ&#x20AC;&#x2122;offre Ă  vous comme des choses prĂŠcieuses ou agrĂŠables sans les avoir lâ&#x20AC;&#x2122;amante indĂŠterminĂŠe de Lâ&#x20AC;&#x2122;Homme dĂŠ (Luke Rhinehart, cherchĂŠes Âť. Parmi les prĂŠcurseurs, nous pouvons ĂŠdition de lâ&#x20AC;&#x2122;Olivier, 1971). citer Robert Louis Stevenson Peut-­être dĂŠcouvrirez-­vous la et son Voyage avec un âne Vous voilĂ  perdu, place de lâ&#x20AC;&#x2122;arcane secrète de dans les CĂŠvennes (1879), bonne chose, Corto Maltese ou les terribles Blaise Cendrars et ses car câ&#x20AC;&#x2122;est dĂŠsormais secrets des palais vĂŠnitiens dĂŠrives alĂŠatoires dans la GXĂ&#x20AC;OPAnima Persa de le hasard qui dirige vos pas. banlieue parisienne, les Dinox Risi (1976), peut-­être virĂŠes dâ&#x20AC;&#x2122;Arthur Cravan au perdrez-­vous votre tempsâ&#x20AC;Ś Canada dĂŠguisĂŠ en femme. En 1967, les Beatles avaient tentĂŠ une expĂŠrience similaire avec leur Magical Mystery Tour, en bus, TROUVER SANS CHERCHER Ă  travers la campagne anglaise (il ne se passa Cette nouvelle manière de voyager a ĂŠtĂŠ inventĂŠe VWULFWHPHQWULHQ )DXWLOKXOXOHUjO¡HVFURTXHULH"(Q par le ÂŤ LAboratoire de TOURisme EXpĂŠrimental Âť, OHVFLHQWLĂ&#x20AC;TXH-XOLXV+&RPURHDIĂ&#x20AC;UPDLWTXH /DWRXUH[SRXUOHVLQLWLpVRUJDQLVPHVFLHQWLĂ&#x20AC;TXH ÂŤ la sĂŠrendipitĂŠ, câ&#x20AC;&#x2122;est comme chercher une aiguille dans non gouvernemental fondĂŠ Ă  Strasbourg en 1990 XQHERWWHGHIRLQHW\WURXYHUODĂ&#x20AC;OOHGXIHUPLHU. Âť â&#x20AC;&#x201D; qui ĂŠtudie lâ&#x20AC;&#x2122;activitĂŠ touristique. Le protocole des latourex.org expĂŠriences du Latourex est souvent dĂŠsignĂŠ par une GpĂ&#x20AC;QLWLRQVFLHQWLĂ&#x20AC;TXHjSDUWLUGXPRWŠWRXULVPHÂŞVXLYL

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TOURISME

« Partez visiter la tache » Sélection des formes les plus modernes de tourisme expérimental. Vos billets s’il-­ vous-­plaît.

TOURISME EXPRESSIONNISTE : Répondez à la proposition touristique suggérée par une expression populaire. « Aller à Canossa  » (Italie, Emilie-Romagne), mais c’est assez humiliant. «  Aller se faire voir chez les Grecs  », on vous souhaite bien du plaisir. «  On ira pendre notre linge sur la ligne Siegfried », avec une valise de linge sale. TOURISME TACHISTE : Renversez de l’encre de Chine sur une carte et partez visiter la tache. TOURISME ZAOUM : Choisissez une destination en fonction du caractère onomatopéique de son nom. Berck-plage, au secours. Split, en Croatie, vous n’êtes pas mal tombé, filles et garçons y sont très beaux. Les informations sur Tchak au Soudan sont par contre assez confuses, personne ne se souvient en être revenu. Tandis qu’à force de suivre le chemin de Zbroutch (Russie) et

Boersch (Bas-Rhin), vous vous retrouvez dans le monde des langues agglutinantes, de quoi en perdre son latin. HIPPOTOURISME (Bougerie chevaline) : Mettez à l’épreuve les règles sociales et les convenances d’une manière absurde, comme celle de voyager avec une tête de cheval. Vous pouvez pousser l’expérimentation plus loin à la manière de l’artiste Marion LavalJantet en vous faisant injecter du sang de cheval rendu compatible afin de provoquer des modifications de comportement.

Puis les trois marcheurs iront de concert en recruter un quatrième, ainsi de suite. POP TOURISM : Testez la formule de voyage célébrée par un tube. Week-end à Rome d’Etienne Daho, Capri c’est fini d’Hervé Vilard, Marseille la nuit de IAM et le grand classique de la variété,  8 jours à El Paso de Michel Sardou. MONOPOLYTOURISME  : Explorez Paris en vous servant d’un plateau de Monopoly.  Prévoir de s’arrêter rue Lecourbe, ce que personne n’a jamais fait.

SIMILITOURISME : Visitez les localités dont l’homonymie fait sourire. Les Etats-Unis sont un paradis avec Paris (Texas), Venise (Californie), (La Nouvelle)-Orléans. Certains conseillent la visite de Jérusalem (dans les Vosges) avant de descendre plus au Sud jusqu’à Lagos (PyrénéesAtlantiques). PROMENADE « BOULE DE NEIGE » : L’initiateur d’une telle promenade se rendra à pied et à l’improviste chez un de ses amis, qu’il convaincra d’accompagner selon les mêmes modalités chez un troisième qu’ils auront choisi ensemble.

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SPÉCIAL JEUX Voyage

par Richard Gaitet (à Endé) photographie Thomas Corgnet (à Endé)

A la lueur des lampes à pétrole, LA JEUNESSE DU PAYS DOGON joue au « 151 », version malienne du huit américain. Les cartes résisteront-elles à l’inattendu challenger toubab ?

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-­ Carreau. -­ Cœur. -­ T’es gentil toi. Et maintenant tu vas aller au lit. -­ Dame. -­ Non. -­ 1HXIGHWUqÁH -­ Neuf de pique. -­ Ça triche dans tous les sens. -­ Un petit carreau, non ? -­ Cœur. -­ Pique. -­ Pique-­pocket ! -­ As. Prends deux cartes. -­ Mauvais business. -­ Moi, je suis honnête. -­ Cœur. -­ Arna-­cœur. -­ Tu roules des mécaniques. -­ Quel rouleur. Deux rois. -­ Deux as. -­ Comme t’es relou ! -­ Tranquille Emile. -­ Tu saignes, tu saignes.

-­ Deux cartes. -­ T’es gentil comme un poulet rôti. 7UqÁH -­ Après la fête, la défaite. -­ Le pays va mal. -­ Huit. Carreau. -­ Le pays est en développement. -­ Neuf de pique. -­ Ça commence à piocher. -­ Ça commence à pioncer ! -­ On joue dans quel sens, là ? -­ Carte. Ça calme ? Ça fait peur hein ? -­ Putain, moi j’ai onze mille cartes. -­ Ta sœur est vilaine comme un accident. -­ Ne redis jamais ça. -­ Je suis dans la nuit, les gars. -­ Vous être prêts pour un coup KLVWRULTXH"7URLVKXLW7UqÁH -­ C’est un cadeau empoisonné. Il faut faire venir un avocat sénégalais. -­ T’as gagné ?

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VOYAGE

Mode dâ&#x20AC;&#x2122;emploi Pour jouer au 151, inutile dâ&#x20AC;&#x2122;appeler Toumani DiabatĂŠ. Les règles Distribuez entre deux et huit cartes Ă chaque joueur, selon que vous souhaitez faire une partie courte ou longue. Retournez la première carte du tas restant. Celui qui est Ă  gauche du donneur commence. Il peut poser une carte de la mĂŞme couleur (cĹ&#x201C;ur, pique, trèfle, carreau) ou du mĂŞme motif (roi, sept, etc.). Le valet change le sens de la partie. La dame saute le tour du prochain. Lâ&#x20AC;&#x2122;as fait piocher deux cartes au prochain, Ă  moins de poser un as ou un huit. Le huit est la meilleure carte : elle se pose en toutes circonstances et permet dâ&#x20AC;&#x2122;annoncer la couleur de votre choix. Quand vous nâ&#x20AC;&#x2122;avez plus quâ&#x20AC;&#x2122;une seule carte en main, dites ÂŤ carte Âť, sinon, piochez. Celui qui a posĂŠ toutes ses cartes a gagnĂŠ la partie, les autres comptent leurs points Ă  partir des cartes quâ&#x20AC;&#x2122;ils ont dans les mains. Celui qui nâ&#x20AC;&#x2122;atteint pas cent cinquante-et-un points remporte le tournoi. Les points Un huit vaut 32 points, un as 11, un roi 4, une dame 3, un valet 2, les autres cartes ce qui est marquĂŠ dessus. Trois parties gagnĂŠes dâ&#x20AC;&#x2122;affilĂŠe vous permettent de retirer dix points Ă  votre score. Ă&#x2021;a vous rappelle quelque chose ? C'est le Uno !

R. G.

Les cartes sont difficiles Ă dĂŠchiffrer sans ĂŠlectricitĂŠ.

Pays Dogon, nuit bleue. Les cartes VRQWGLIĂ&#x20AC;FLOHVjGpFKLIIUHUFDULO nâ&#x20AC;&#x2122;y a pas dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠlectricitĂŠ. Trois lampes Ă pĂŠtrole et la lune dâ&#x20AC;&#x2122;octobre ĂŠclairent faiblement nos six petites tĂŞtes attablĂŠes dans la cour, au pied des escarpements sĂŠculaires de la falaise de Bandiagara. On entend striduler les sauterelles et nos trois valeureux adversaires nâ&#x20AC;&#x2122;en reviennent pas : mais quel Ă&#x20AC;FKXVRUWLOqJHFHIULQJXDQW touriste Ă  lunettes a-­t-­il jetĂŠ pour remporter sans ciller, et avec panache, le premier tournoi franco-­malien de 151 ? Pour ĂŞtre honnĂŞte, je nâ&#x20AC;&#x2122;en sais bougrement rien â&#x20AC;&#x201C; on attribuera ce prodige Ă  la proverbiale chance du dĂŠbutant. Moi qui dĂŠteste cordialement tout jeu dâ&#x20AC;&#x2122;argent, de sociĂŠtĂŠ, de rĂ´le, de hasard â&#x20AC;&#x201C; quâ&#x20AC;&#x2122;y puis-­je, toujours jâ&#x20AC;&#x2122;ai lâ&#x20AC;&#x2122;impression mortifère de perdre mon tempsâ&#x20AC;Ś â&#x20AC;&#x201C;, me voici pavanant,

victoire. Quâ&#x20AC;&#x2122;est-­ce que le 151 ? La variante malienne du huit amĂŠricain. Les règles sont exactement les mĂŞmes Ă ceci près que les cartes piochĂŠes nâ&#x20AC;&#x2122;ont pas tout Ă  fait la mĂŞme valeur (voir encadrĂŠ) et que le jeu doit son nom au nombre de points au-­delĂ  duquel tout participant doit quitter la partie, sâ&#x20AC;&#x2122;allumer une tige, commander une Castel et retourner se coucher sur le toit de la maison. Dâ&#x20AC;&#x2122;oĂš vient cette fantaisie ? ÂŤ Ce sont des aventuriers qui lâ&#x20AC;&#x2122;ont apportĂŠ â&#x20AC;&#x201C; ceux qui reviennent des grandes villes, de Bamako, de CĂ´te dâ&#x20AC;&#x2122;Ivoire. Âť VoilĂ  pour lâ&#x20AC;&#x2122;histoire, on nâ&#x20AC;&#x2122;en saura pas plus. Pendant six jours, après chaque repas, nous avons jouĂŠ Ă  ça. Pas question de fanfaronner : OHUHVWHGXVpMRXUM¡DLĂ&#x20AC;QLERQ dernier, le Mali se bidonnait, to be or not toubab. â&#x20AC;&#x201D;

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JEUX Théâtre

ELOGE DE LA PIÈCE MANQUANTE

Pour le collectif anglais ROTOZAZA, monter un spectacle, c’est créer un rôle pour chaque spectateur – qui, du coup, n’en est plus un. J’peux jouer avec toi ? par Adeline Grais-Cernea

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« On dirait que Barbie allait dans le champ pour cueillir GHVÁHXUVj.HQHWTXHMHUHQFRQWUH0HUOLQTXLOXLMHWWH un sort et je vais en prison dans le cachot du bateau pirate. Qui veut faire le cheval ? » Il fut un temps où mes copines et leurs couettes se retrouvaient en tailleur dans ma chambre les mercredis après-­midi pluvieux, prêtes à inventer d’incroyables histoires épiques qui resteraient à tout jamais gravées dans la mémoire des nos poupées. Le périmètre était établi, le ring délimité et, déjà, la responsabilité théâtrale

d’aventurer son personnage sur un espace-­jeu FRQÀQpjO·XQLWpGHWHPSV ©RQDSDVpFROHª HWO·XQLWp de lieu (« le tapis de la chambre »). Introduction à la vie (on fera ce qu’on peut, pas ce qu’on veut et il va falloir jouer serré), le jeu pour le jeu à travers une forme purement distractive pose les premiers piliers de la hiérarchie en société. En grandissant sont arrivés, justement, les « jeux de société », tels que les Jeu de l’Oie, Petits Chevaux, Cluedo, Monopoly et compagnie… qui commençaient tous par le dépliage d’un plateau carré placé à équidistance de tous les joueurs sur la table du salon, qui a remplacé le tapis de chambre, qui lui-­même avait remplacé le SDUFSRXUEpEp/HVUqJOHVSUppWDEOLHVDIÀQDLHQWQRV personnalités face à la contrainte – Allez directement en prison, ne passez pas par la case départ, ne touchez

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THĂ&#x2030;Ă&#x201A;TRE

pas 20 000 francs â&#x20AC;&#x201C; mĂŠtaphorisant ce que lâ&#x20AC;&#x2122;avenir pourrait nous rĂŠserver si lâ&#x20AC;&#x2122;on manquait de chance ou de stratĂŠgie. Dâ&#x20AC;&#x2122;horizontale, la surface de jeu est devenue verticale. On sâ&#x20AC;&#x2122;est plantĂŠ devant la tĂŠlĂŠ, manettes en mains, et Mario est devenu notre alter ego. Puis est venue la vie, la vraie. Auchan : lâ&#x20AC;&#x2122;âge adulte. Pour certains, le jeu est devenu un mĂŠtier, celui de comĂŠdien, et pour les autres, la contemplation (au thÊâtre et/ou au cinĂŠma) de ce quâ&#x20AC;&#x2122;il pourrait rĂŠvĂŠler de nous. On retrouve au thÊâtre, comme au cinĂŠma, la surface scène/ ĂŠcran, rectangle de notre enfance, laissant cette fois agir les professionnels de la mise en scène et de O¡LQWHUSUpWDWLRQTXDQGRQDGpMjVXIĂ&#x20AC;VDPPHQWjUpJOHU avec les impĂ´ts, le travail, les enfants et les dĂŠjeuners dominicaux, dans un système aux règles formatĂŠes oĂš il est parfois utile de savoir, secrètement, un peu jouer la comĂŠdie.

Etiquette

Scène Nationale, Mont-Saint-Aignan (Seine-Maritime) Du 12 au 19 mars Toutes les dates sur rotozaza.co.uk

votre langue, auxquelles vous allez devoir rĂŠpondre et faire face. Les gestes sâ&#x20AC;&#x2122;enchaĂŽnent. Un vrai dialogue sâ&#x20AC;&#x2122;installe. ÂŤ Jâ&#x20AC;&#x2122;ai un problème avec la patience quâ&#x20AC;&#x2122;il faut pour les jeux Âť, poursuit Ant qui, en accĂŠlĂŠrant le rĂ´le GHVRXIĂ HXUGDQVO¡RUHLOOHWWHGHFKDTXHSDUWLFLSDQW devient maĂŽtre-­temps de la reprĂŠsentation. ÂŤ En 2001, le garçon avec qui je travaillais et moi, nous avons essayĂŠ de trouver des solutions pour lui faire jouer une pièce ĂŠcrite pour une personne, sans assumer les responsabilitĂŠs dâ&#x20AC;&#x2122;un acteur, puisquâ&#x20AC;&#x2122;il nâ&#x20AC;&#x2122;en ĂŠtait pas un. Nous est alors venue cette idĂŠe â&#x20AC;&#x153;dâ&#x20AC;&#x2122;instructionsâ&#x20AC;? qui, de plus, rentrait tout Ă fait dans lâ&#x20AC;&#x2122;esprit interactif qui nous intĂŠressait. Depuis, Silvia et moi ne cessons de faire des recherches et de crĂŠer de nouvelles pièces allant dans ce sens. Âť

SOUPAPE AUDACIEUSE POUR JOUEURS DĂ&#x2030;CHUS Rotozaza expĂŠrimente un nouveau langage thÊâtral. Sâ&#x20AC;&#x2122;il leur arrivait de monter des pièces oĂš des comĂŠdiens/performeurs faisaient semblant ÂŤ AUTO-­THĂ&#x2030;Ă&#x201A;TRE Âť ET INSTRUCTIONS dâ&#x20AC;&#x2122;improviser ce quâ&#x20AC;&#x2122;ils jouaient, ils travaillent Allant bien plus loin, le collectif londonien Rotozaza aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui avec des personnes (en rĂŠfĂŠrence Ă une sculpture de non initiĂŠes et mettent en scène lâ&#x20AC;&#x2122;artiste Jean Tinguely), dirigĂŠ Vous ĂŞtes assis face leurs propres spectateurs Ă  par Antony ÂŤ Ant Âť Hampton et travers lâ&#x20AC;&#x2122;idĂŠe de ÂŤ conversation Âť. Silvia Mercuriali, montent en Ă  un autre acteur/ Etre acteur alors quâ&#x20AC;&#x2122;on nâ&#x20AC;&#x2122;en 2007 une expĂŠrience inĂŠdite, spectateur, est pas un, se laisser diriger et Etiquette, oĂš lâ&#x20AC;&#x2122;on retrouve un casque diffuse donner la rĂŠplique. Etre actant, ces gestes simples, ces petits les ÂŤ instructions Âť diriger ses pions et Ĺ&#x201C;uvrer personnages, ce tapis de auxquelles pour lâ&#x20AC;&#x2122;histoire. Regarder chambre ou cette table qui vous devez rĂŠpondre. lâ&#x20AC;&#x2122;autre. Attendre. Se laisser inspiraient autrefois notre prendre Ă  travers des mots imagination et laissaient qui ne nous appartiennent croire que tout ĂŠtait possible : pas, ressentir des ĂŠmotions Etiquette ouvre la voie vers qui nâ&#x20AC;&#x2122;appartiennent quâ&#x20AC;&#x2122;Ă  nous, et faire dâ&#x20AC;&#x2122;un moment ÂŤ lâ&#x20AC;&#x2122;auto-­thÊâtre Âť. Le concept est toutefois moins particulier le miroir dâ&#x20AC;&#x2122;une complicitĂŠ naissante ludique quâ&#x20AC;&#x2122;il nâ&#x20AC;&#x2122;y paraĂŽt â&#x20AC;&#x201C; ÂŤ Je dois ĂŞtre honnĂŞte : je et parfois dâ&#x20AC;&#x2122;un comportement inattendu. Deux dĂŠteste les jeux, FRQĂ&#x20AC;H$QW, tout comme le sport. Et par deux Ă  une table, les spectateurs/acteurs se lâ&#x20AC;&#x2122;idĂŠe de compĂŠtition que lâ&#x20AC;&#x2122;on retrouve parfois dans confondent. Lâ&#x20AC;&#x2122;enjeu nâ&#x20AC;&#x2122;est que pure expĂŠrience. lâ&#x20AC;&#x2122;art mâ&#x20AC;&#x2122;est insupportable. Âť A travers une installation Soupape audacieuse pour nous tous, pauvres joueurs simple, la ÂŤ pièce Âť est une sorte de conversation entre dĂŠchus. Etiquette sâ&#x20AC;&#x2122;est jouĂŠe partout dans le monde deux personnes qui ne se connaissent pas forcĂŠment, pendant deux ans, a ĂŠtĂŠ traduite dans des dizaines dans un contexte Ă  la fois banal (bistrot, jardin public) de langues et a toujours reçu un très bel accueil. et performatif. Rotozaza Ĺ&#x201C;uvre aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui sur dâ&#x20AC;&#x2122;autres projets Le principe : vous ĂŞtes assis Ă  table en face dâ&#x20AC;&#x2122;un autre ÂŤ dâ&#x20AC;&#x2122;auto-­thÊâtre Âť, notamment The Bench (Le Banc), joueur/acteur/spectateur. Sur la table : un plateau pièce pour deux personnes, oĂš votre partenaire sera agrĂŠmentĂŠ de tout un tas dâ&#x20AC;&#x2122;accessoires (un verre dĂŠsignĂŠ par la personne avec qui vous ĂŞtes venu. G¡HDXGHVFUDLHVGHOD3DWDĂ&#x20AC;[ TXHYRXVDOOH]GHYRLU Tableau de croix thÊâtral pour nouvelles rencontres utiliser. Sur vos oreilles : un casque qui diffuse de performatives. â&#x20AC;&#x201D; façon synchronisĂŠe les ÂŤ instructions Âť dictĂŠes dans

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SPÉCIAL JEUX Portfolio

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par Elza Jo

Courtesy Galerie Cokkie Snoei, Pays-足Bas

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PORTFOLIO

Dans les allées du dernier salon 3DULV3KRWRDVRXIÁpFRPPHXQ vent de fraîcheur et d’happiness. Agrémentés de garnitures de cupcakes, de coups de markers ou d’explosions de paillettes, les photographies de cette jeune Néérlandaise de 28 ans dégagent une belle énergie punk et sexy, aux accents teenage-­trash. Après une trentaine d’expositions entre Amsterdam, New York et Miami, des portraits de M.I.A. ou Dizzee Rascal, Elza Jo va décliner son travail en vidéo. Attendons donc que le Louvre accueille le salon Paris Vidéo. David Herman elzajo.com Fake absurd 2 CDouble-­page précédente : Fake absurd 1 Courtesy Galerie Cokkie Snoei, Pays-­Bas

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Attrape ton cœur Courtesy Galerie Cokkie Snoei, Pays-­Bas

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Attrape tes Reves Courtesy Galerie Cokkie Snoei, Pays-足Bas

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SPĂ&#x2030;CIAL JEUX BD

Par Odin ! Avec Dungeon Quest, le SudAfricain Joe Daly, 30 ans, revisite lâ&#x20AC;&#x2122;univers FRGLĂ&#x20AC;pGHVMHX[GHU{OHVYHUVLRQDonjons & Dragons pour un dĂŠtournement absurde et irrĂŠvĂŠrencieux. Tu me passes ta hache ?

ÂŤ VENDRE UN TROLL Ă&#x20AC; MANDELA Âť par JeanEmmanuel Deluxe

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Les personnages dâ&#x20AC;&#x2122;heroic fantasy parlent Joe, pourquoi se moquer des fans de jeux de rĂ´les ? Joe Daly :-HQHPHPRTXHSDV/HVMHX[GHU{OHVVRQW dâ&#x20AC;&#x2122;ordinaire de façon ampoulĂŠe, or les tiens sâ&#x20AC;&#x2122;expriment naturellement. une plateforme sur laquelle je projette ma sensibilitĂŠ : Je voulais des hĂŠros qui sâ&#x20AC;&#x2122;expriment comme des ados ils donnent Ă ma BD une structure et une qualitĂŠ devant leurs jeux vidĂŠo. A lâ&#x20AC;&#x2122;intĂŠrieur du jeu, quelquâ&#x20AC;&#x2122;un qui facilite mon boulot de scĂŠnariste. Au pire, je rĂŠplique : ÂŤ Par le pouvoir dâ&#x20AC;&#x2122;Odin, je terrasserai le subvertis le genre, au mieux, je le cĂŠlèbre dâ&#x20AC;&#x2122;une façon Dragon ! Âť Alors que le boutonneux type, Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;extĂŠrieur, bizarre. Pour tout te dire, je nâ&#x20AC;&#x2122;ai jamais jouĂŠ Ă  Donjons dirait : ÂŤ Je vais tuer cet enculĂŠ de Dragon ! Âť La & Dragons â&#x20AC;&#x201C; je ne suis donc peut-­être pas le plus pratique des jeux vidĂŠo implique pas mal de jurons. TXDOLĂ&#x20AC;pPDLVDSSUpKHQGHUFHWXQLYHUVDYHFXQÂąLO Câ&#x20AC;&#x2122;est amusant. extĂŠrieur me donne de la perspective. Les jeux de rĂ´les seraient-­ils un art ? Avec lâ&#x20AC;&#x2122;idĂŠe de le rendre comprĂŠhensible au Certains touchent au grand grand public ? art. Si la chose est rĂŠalisĂŠe Probablement, mais sans essayer ÂŤ La BD se suffit Ă  elledâ&#x20AC;&#x2122;une manière mystĂŠrieuse de rendre mes livres mainstream. qui transcende la banalitĂŠ, Au dĂŠbut de Dungeon Quest, mĂŞme et vieillit mieux tout a le potentiel dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre les nĂŠophytes ont la chance de que les jeux vidĂŠo. Âť ÂŤ de lâ&#x20AC;&#x2122;art Âť : le plafond de la dĂŠcouvrir les concepts de base, que Joe Daly chapelle Sixtine, le catch, un jâ&#x20AC;&#x2122;ai moi-­mĂŞme appris Ă  travers des clodo qui pisse en pleine rue, jeux vidĂŠo adaptĂŠs de jeux de rĂ´les le rockâ&#x20AC;&#x2122;nâ&#x20AC;&#x2122;roll, les comicsâ&#x20AC;Ś En mĂŞme temps, jâ&#x20AC;&#x2122;essaie de tels quâ&#x20AC;&#x2122;Ultima VIII: Pagan et plus tard Dungeon Siege. ne pas trop me prendre au sĂŠrieux. Mes prĂŠfĂŠrĂŠs sont ceux dĂŠveloppĂŠs par Tim Schafer Peux-­tu citer un jeu typiquement de Lucas Arts : Day of the Tentacle, Sam and Max, sud-­africain ? Full Throttle et Grim Fandango (chef-­dâ&#x20AC;&#x2122;Ĺ&#x201C;uvre). Tous Le morabaraba est un jeu de stratĂŠgie sur plateau très sont chargĂŠs dâ&#x20AC;&#x2122;humour, dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtrangetĂŠ et dâ&#x20AC;&#x2122;un pouvoir apprĂŠciĂŠ de la communautĂŠ noire. Les fans de sport narratif combinĂŠ Ă  des ĂŠnigmes. Câ&#x20AC;&#x2122;est triste, dâ&#x20AC;&#x2122;ailleurs, sont nombreux par ici, mĂŞme sur PS3 et Wii. Sinon, que ce soit passĂŠ de mode. Ce cĂ´tĂŠ ĂŠnigme sera encore nous sommes très amĂŠricanisĂŠs. Comme partout plus prĂŠsent dans le deuxième tome de Dungeon Quest.

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BD

Dungeon Quest – tome 1

L’Association 136 p., 15 euros Dungeon Quest – tome 2

Sortie en mars

La BD

La mayonnaise

du donjon Sonnez cors et trompettes ! Voilà nos héros assemblés comme une autre « Communauté de l’Anneau », taillés cette fois comme des roseaux ! Parce qu’il s’ennuie ferme dans sa banlieue minable, Millenium Boy, courte créature dotée d’une tête énorme, part « à l’Est » avec Steve, branleur intégral (croisé dans l’autre ouvrage de Daly paru en 2009, The Red Monkey), pour tabasser des hommes-taupes et améliorer la « fiche-personnage » de son avatar. En chemin, ils rencontreront un gros balèze nommé Lash Pénis, puis Nerdgirl, une nana moche et peu bavarde mais très forte au tir à l’arc. Et aussi des squelettes-pirates, un clochard et un Indien avec lequel ils fument des feuilles de bunjy décuplant la clairvoyance. La trilogie Dungeon Quest s’amuse des pratiques « rôlistes » avec une fibre existentielle, dans un style oscillant entre ligne claire et Charles Burns. La flèche atteint le centre de la cible. J.-E. D.

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SPĂ&#x2030;CIAL JEUX BD

ailleurs, nous importons plus de pop culture que nous nâ&#x20AC;&#x2122;en exportons. Quel auteur tâ&#x20AC;&#x2122;a donnĂŠ envie de devenir dessinateur ? Probablement HergĂŠ. Jâ&#x20AC;&#x2122;aime toujours autant Tintin. Comment se porte la BD en Afrique du Sud ? Il y a des auteurs mais peu de supports, Ă part les strips des journaux quotidiens publiĂŠs en album une fois par an. Les ĂŠditeurs sont frileux, le marchĂŠ spĂŠcialisĂŠ est faible. Jâ&#x20AC;&#x2122;ai essayĂŠ de me faire ĂŠditer ici : beaucoup de peine pour rien. Donc, maintenant, les rares libraires du coin font venir mes bouquins des Etats-­Unis. Plusieurs auteurs de BD vont vers les jeux vidĂŠo, la tĂŠlĂŠ ou le cinĂŠma. Ă&#x2021;a te tente ? 3RXUOHPRPHQWMHYHX[Ă&#x20AC;QLU Dungeon Quest, mais je suis ouvert : câ&#x20AC;&#x2122;est un fantasme de participer Ă  un jeu vidĂŠo ou un dessin animĂŠ. Mais la rĂŠalitĂŠ sera peut-­être dĂŠcevante, je ne suis pas sĂťr dâ&#x20AC;&#x2122;y retrouver la mĂŞme OLEHUWp/D%'VHVXIĂ&#x20AC;WjHOOHPrPH et vieillit mieux que les jeux vidĂŠo. Jâ&#x20AC;&#x2122;aime lâ&#x20AC;&#x2122;idĂŠe que mon travail rĂŠsiste au temps, mĂŞme si ce nâ&#x20AC;&#x2122;est que pour un petit nombre de gens. OK : tu es un chevalier vampire vĂŠnĂŠrĂŠ dans sa caste, tu traverses une forĂŞt lugubre en compagnie dâ&#x20AC;&#x2122;un troll ronchon et dâ&#x20AC;&#x2122;une elfe super canon. Tu manques de sang, tu croises Nelson Mandela. Tu fais quoi ? Je chie dans mon froc dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtonnement et je tente de vendre le troll Ă  Mandela pour beaucoup dâ&#x20AC;&#x2122;argent. â&#x20AC;&#x201D;

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BD La page de Cab’

LE PENDU par Sylvain Cabot

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SPĂ&#x2030;CIAL JEUX LittĂŠrature

JPOD,

Cerveau de la ÂŤ GĂŠnĂŠration X Âť, le romancier canadien DOUGLAS COUPLAND sâ&#x20AC;&#x2122;immerge dans le bocal aux vacuitĂŠs de la gĂŠnĂŠration Google avec jPod, sitcom interactive sur une tripotĂŠe de glandeurs fondus de video games. Appuyez sur lecture.

Le ludisme dĂŠconstruit de jPod sâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtend jusquâ&#x20AC;&#x2122;aux sphères de lâ&#x20AC;&#x2122;autisme subtil lorsque lâ&#x20AC;&#x2122;auteur propose de trouver lâ&#x20AC;&#x2122;erreur dans les cent mille premières dĂŠcimales de pi, dont la liste occupe dix-­neuf pages du roman (voir encadrĂŠ). Same player shoot again? Une bonne tranche de rigolade, et une ĂŠtrange sensation de vide â&#x20AC;&#x201C; voilĂ ce quâ&#x20AC;&#x2122;on ressent en refermant jPod de Douglas Coupland â&#x20AC;&#x201C;, un peu comme après un bon ĂŠpisode de Madame est servie entrecoupĂŠ du nombre nĂŠcessaire de jingles pub â&#x20AC;&#x201C; ce nâ&#x20AC;&#x2122;est dâ&#x20AC;&#x2122;ailleurs pas un hasard si jPod est devenu jpod (Au Diable Vauvert) depuis sa parution au Canada (2006) une minisĂŠrie CBC en treize ĂŠpisodes. Toutes les Ă&#x20AC;FHOOHVQDUUDWLYHVGXJHQUHVRQWOj jusquâ&#x20AC;&#x2122;au carton ÂŤ quatre mois plus tardâ&#x20AC;Ś Âť lorsque lâ&#x20AC;&#x2122;intrigue patine un peu â&#x20AC;&#x201C; sauf quâ&#x20AC;&#x2122;on remplacera la petite virgule Ă  la guitare, tellement annĂŠes 80, par un bleep de Brian Eno sous XP. Le cinĂŠaste Todd Solondz avait dĂŠjĂ  jouĂŠ avec

par Alex Jestaire

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Coupland, inventeur du terme ÂŤ Mc job Âť, aurait-il conçu un ÂŤ Mc book Âť ? ĂŠclatĂŠe, parasitĂŠe de bogues, listings, spams et mails croisĂŠs. Coupland le reconnaĂŽt : ÂŤ jPod est le Microserfs de la gĂŠnĂŠration Google Âť, ce qui, en lieu de mise Ă jour, donne des personnages qui sâ&#x20AC;&#x2122;exclament : ÂŤ Lâ&#x20AC;&#x2122;aviditĂŠ de la bulle des annĂŠes 90 me manque â&#x20AC;&#x201C; la possibilitĂŠ de faire un truc genre

Apple, un truc un-­point-­zĂŠro. Âť Nous sommes bien dans les annĂŠes 00, celles des dĂŠsillusions : ÂŤ Plus jeunes, nous faisions au moins mine de ne pas ĂŞtre dupes en laissant des numĂŠros de Casseurs de pubs sur nos bureaux. Après quelques annĂŠes ça nâ&#x20AC;&#x2122;a tout simplement plus dâ&#x20AC;&#x2122;importance. Vous cherchez GHVEODJXHVRXGHVĂ&#x20AC;FKLHUVZDY divertissants sur le Net. Âť TOURNOIS DE TETRIS, TOURNIS VIRTUEL Alors, on sâ&#x20AC;&#x2122;amuse Ă Geekland, ou plutĂ´t Ă  jPod, boĂŽte de jeux vidĂŠo high-­tech de Vancouver oĂš nos hĂŠros transparents â&#x20AC;&#x201C; Ethan Jarewlski et ses collègues de travail â&#x20AC;&#x201C; sâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠvertuent Ă  disperser leur ĂŠnergie et toute forme de personnalitĂŠ profonde dans le grand nĂŠant numĂŠrique. Entre les tournois de Tetris, la UpGDFWLRQGHĂ&#x20AC;FKHVSURGXLWSRXUVH vendre eux-­mĂŞmes sur eBay et des concours pour gagner de la junk food, ces crevards de la virtualitĂŠ

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ces codes dans Storytelling (2001), autre lecture sitcomisĂŠe (mais bien plus distanciĂŠe) du vide sidĂŠral qui envahit Ă revers nos existences saturĂŠes dâ&#x20AC;&#x2122;informations inutiles. Il y a lĂ  un problème de forme et de fond, qui laissa la critique anglo-­ saxonne mitigĂŠe. On a reprochĂŠ Ă  Coupland, 48 ans, de bĂŠgayer son prĂŠcĂŠdent Microserfs (1995), qui parlait dĂŠjĂ  de vie sous plateforme Windows, dans une mĂŞme forme

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LITTĂ&#x2030;RATURE

Extrait

ÂŤÂ Je viens de vous envoyer par e-mail les cent mille premières dĂŠcimales de pi. A lâ&#x20AC;&#x2122;intĂŠrieur de cette liste jâ&#x20AC;&#x2122;en ai glissĂŠ une qui nâ&#x20AC;&#x2122;est pas correcte. Le premier dâ&#x20AC;&#x2122;entre vous qui la retrouve gagne ce sachet de chips aux crevettes corĂŠennes. Un, deux, trois : cherchez !

trouvent le temps de bosser â&#x20AC;&#x201C; Ă croire quâ&#x20AC;&#x2122;ils habitent au taf. Le destin du jeu de skateboard quâ&#x20AC;&#x2122;ils doivent dĂŠvelopper est dâ&#x20AC;&#x2122;ailleurs OHĂ&#x20AC;OFRQGXFWHXUGXUpFLW²GHVWLQ tragique et grotesque, puisquâ&#x20AC;&#x2122;il Ă&#x20AC;QLUDPLQpGHO¡LQWpULHXUSDUXQ Ronald MacDonaldâ&#x20AC;&#x2122;s psychopathe (ÂŤ Je suis Ronald, de Mordor, le Mage, le Destructeur Âť) â&#x20AC;&#x201C;, pĂŠripĂŠties agrĂŠmentĂŠes par la folie furieuse de la famille dâ&#x20AC;&#x2122;Ethan, les plantations de beuh de sa mère, la carrière de danseur de salon de VRQSqUHOHXUVDPLVGDQVODPDĂ&#x20AC;D chinoise, etc. On se demande si Coupland â&#x20AC;&#x201C; après des Ĺ&#x201C;uvres plus Ă&#x20AC;QHVHWHPSDWKLTXHVFRPPH Hey Nostradamus! (2003), sur une tuerie similaire Ă  celle de Columbine, ou Eleanor Rigby (2004), sur la solitude dâ&#x20AC;&#x2122;une quadragĂŠnaire obèse â&#x20AC;&#x201C; ne serait pas parti en roue libre, façon Lunar Park pour Ellis, sur un sujet et avec des tics qui lui sont familiers. Lâ&#x20AC;&#x2122;inventeur du terme ÂŤ Mc job Âť aurait-­il conçu

XQŠ0FERRNÂŞ"/¡DIĂ&#x20AC;UPHUVHUDLW nĂŠgliger la petite musique de fond du roman â&#x20AC;&#x201C; cette façon systĂŠmatique de montrer le rien et de sâ&#x20AC;&#x2122;en moquer qui, au-­delĂ des clins dâ&#x20AC;&#x2122;Ĺ&#x201C;il et des cabrioles, communique un rĂŠel sentiment de vide, Ă  nouveau â&#x20AC;&#x201C;, quelque chose de dĂŠsespĂŠrant, une dĂŠtresse sans issue vissĂŠe au cĹ&#x201C;ur de notre progrès, et dont on ne pourrait ULHQIDLUHG¡DXWUHDXĂ&#x20AC;QDOTXH des blagues. Si la ÂŤ GĂŠnĂŠration X Âť se sentait inutile, la ÂŤ GĂŠnĂŠration jPod Âť lâ&#x20AC;&#x2122;est bel et bien : ÂŤ Vous ĂŞtes un assemblage dĂŠprimant G¡LQĂ XHQFHVGHFXOWXUHSRSXODLUH et dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠmotions ĂŠtouffĂŠes, commandĂŠ par le moteur crachotant de la forme simplement la plus banale du capitalisme. Âť LA GĂ&#x2030;NĂ&#x2030;RATION ÂŤ A Âť, TRIOMPHANTE On attend donc avec impatience la traduction de Generation A, dernier opus de Coupland paru cette annĂŠe outre-­Atlantique, sur une toute autre orientation : dans

un monde futuriste oĂš Internet est devenu le mode de vie dominant, oĂš les abeilles ont disparu, une sĂŠrie de piqĂťres rĂŠunit des marginaux Ă travers le monde. Le titre fut inspirĂŠ par une allocution de lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcrivain Kurt Vonnegut Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;attention dâ&#x20AC;&#x2122;une classe universitaire : ÂŤ Alors les zigotos, vous voulez un nouveau nom pour votre gĂŠnĂŠration ? Jâ&#x20AC;&#x2122;imagine que non â&#x20AC;&#x201C; vous voulez juste du boulot. Les mĂŠdias nous rendent un tel service Ă  tous lorsquâ&#x20AC;&#x2122;ils vous appellent la GĂŠnĂŠration X, pas vrai ? A deux clics du bout de lâ&#x20AC;&#x2122;alphabet. Câ&#x20AC;&#x2122;est pourquoi je vous appellerai la gĂŠnĂŠration A, celle qui se trouve au dĂŠbut dâ&#x20AC;&#x2122;une sĂŠrie de triomphes et dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠchecs aussi impressionnants que le furent en leur temps ceux dâ&#x20AC;&#x2122;Adam et Eve. Âť VoilĂ  un programme qui nous changerait de la vie sous XP. Vous mâ&#x20AC;&#x2122;excuserez, il faut que jâ&#x20AC;&#x2122;y retourne. Cet article a ĂŠtĂŠ rĂŠalisĂŠ avec lâ&#x20AC;&#x2122;aimable assistance de Google, Amazon et Wikipedia. â&#x20AC;&#x201D;

3.14159265358979 323846264338327 9502884197169399 3751058209749445 923078164062862 089986280348253 4211706798214808 651328230664709 384460955058223 1725359408128481 11745028410270193 8521105559644622 948954930381964 428810975665933 4461284756482337 8678316527120190 914564856692346 034861045432664 821339360726024 9141273724587006 6063155881748815 209209628292540 9171536436789259 036001133053054 8820466521384146 9519415116094330 5727036575959195 3092186117381932 61179310511854807 4462379962749567 3518857527248912 2793818301194912 983367336244065 664308602139494 6395224737190702 1798609437027705 39217176293176752 384674818467669 4051320005681271 452635608277857 7134275778960917 3637178721468440 901224953â&#x20AC;Ś

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SPÉCIAL JEUX Littérature (suite)

« VOUS SEREZ LE JE, PUISQUE LE JEU COMMENCE » sélection François Perrin

LE JEU N’A JAMAIS BOUDÉ L’INSPIRATION DES ÉCRIVAINS. Petit voyage en

ludottérature.

Le classique

Le sulfureux

L’incontournable

Le Joueur (1866)

Le Dessous des cartes d’une partie de whist in Les Diaboliques (1874)

Le Joueur d’échecs (1943)

Jules Barbey  d’Aurevilly

Sur un paquebot, un champion du monde d’échecs affronte un amateur qui, rendu schizophrène par des années d’isolement imposées par les nazis, a dû apprendre à dédoubler son cerveau au cours de longues parties imaginaires contre lui-même pour éviter de « tourner à vide ». Le maître vacille face à lui puis le vainc sans noblesse en jouant sur sa pathologie mentale. « Au début, pour les ouvertures obligées, tout alla assez vite. Ce n’est qu’au septième ou huitième coup que la bataille parut se dessiner selon un plan précis […] Plus les pièces composaient sur l’échiquier leurs étranges arabesques, moins nous en pénétrions le sens caché. […] Nous voyions seulement qu’ils déplaçaient leurs pièces tels des leviers, ou comme des généraux font marcher leurs troupes pour tâcher de faire une brèche dans les lignes ennemies. »

Fedor Dostoïevski A Roulettenbourg, Allemagne, Alexeï Ivanovitch est un joueur compulsif. Il a attrapé le démon afin de venir en aide à la famille auprès de laquelle il est précepteur. Démon qui ne tardera pas à l’ingurgiter corps et âme. « Comme ils sont insolents, tous, et avides ! […] J’ai commencé timidement, en ne risquant que deux ou trois pièces à la fois. Pendant ce temps, j’observais et faisais des remarques ; il me semble que tous ces calculs ne signifient pas grand-chose et qu’ils n’ont pas l’importance que leur attribuent beaucoup de joueurs. Ils sont assis là avec des feuilles couvertes de chiffres, ils notent les coups, comptent, supputent les chances, font une dernière opération, misent enfin… et perdent, tout comme les simples mortels qui jouent sans calculer. »

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Prétexte à l’intrigue chez Douglas Coupland, contrainte narrative pour Italo Calvino,

En Normandie, les aristocrates jouent au whist pour tuer l’ennui. Prétexte pour l’auteur à décrire la comtesse de Stasseville, maîtresse d’un étrange Anglais revenu des Indes, les bras lourds de présents. Du Barbey troublant comme on l’aime, railleur et sombre. « Le jeu, c’était la grande affaire de ces anciens nobles, taillés dans le patron des grands seigneurs, et désœuvrés comme de vieilles femmes aveugles. […] Leur parenté de race avec les Anglais, l’émigration en Angleterre, la dignité de ce jeu, silencieux et contenu comme la plus grande diplomatie, leur avaient fait adopter le whist. C’était le whist qu’ils avaient jeté, pour le combler, dans l’abîme de leurs jours vides. »

Stefan Zweig

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LITTÉRATURE

Le carton

La Joueuse de go (2001) Shan Sa Place des Mille Vents, une adolescente mandchoue allonge tous ses adversaires au jeu de go. Face à elle, au bout du chemin, un officier japonais d’occupation l’affrontera et l’aimera, remettant en cause la sévérité de sa propre morale. Un tableau d’ensemble calibré best-seller. « L’homme compte et recompte les pions. Battu de dix-huit points, il pousse un soupir et me tend sa bougie. Il se lève en déployant sa taille de géant, ramasse son bagage et s’en va sans se retourner. Je range les pions dans leurs pots de bois. Ils crissent sous mes doigts. Je suis seule, avec mes soldats, mon orgueil rassasié. Aujourd’hui, je fête ma centième victoire. »

L’oulipien

Le culte

L’expérimental

Le Château des destins croisés (1969)

L’Homme-dé (1971)

La Nuit je suis Buffy Summers (2007)

©DR

Italo Calvino « Tour de passe-passe, qui consiste à aligner des tarots pour en tirer des histoires », Le Château répond fidèlement au mot d’ordre de l’Oulipo : créer des contraintes littéraires pour nourrir l’inspiration. L’auteur effectue un tirage de cartes et raconte – un récit médiéval, fort logiquement. Comme Tournier dans la préface de son Vendredi ou les limbes du Pacifique, tout le roman est condensé dans ce tirage initial. Robinson sur son bateau comme Italo dans son bureau voient l’avenir tandis même qu’ils le construisent. « J’écarte un tarot, j’en écarte un autre, je me retrouve avec bien peu de cartes en main. Le Cavalier d’Epée, L’Ermite, Le Bateleur, c’est toujours moi tel que tour à tour je me suis imaginé que j’étais, cependant que je continuais d’être assis promenant ma plume sur la page de haut en bas. L’élan guerrier de la jeunesse s’éloigne au galop par des sentiers d’encre, avec l’anxiété existentielle et l’énergie de l’aventure, dépensés dans un carnage de ratures et de feuilles jetées au panier. »

Luke Rhinehart   aka  George  Powers  Cockcroft Un psychiatre conceptuel, pour rompre sa monotonie et interroger le moi et le destin, décide un beau jour de jouer toutes ses décisions au dé, de la plus anodine à la plus déterminante. Un roman motivant autant qu’angoissant, son suspense reposant sur la probabilité de sortie du « 2 » sur un dé à six faces. « Si je fumais tantôt d’une façon, tantôt d’une autre, et d’autres fois pas du tout, si je changeais ma façon de m’habiller, si j’étais tour à tour nerveux, serein, ambitieux et paresseux, paillard, glouton, ascète – où résiderait mon moi ? C’est la façon dont un homme choisit de se limiter qui détermine son personnage. Un homme sans habitudes, sans cohérence, qui ne se répète pas, donc ne s’ennuie pas, n’est pas humain. Il est fou. »

Chloé Delaume On aurait pu citer aussi Julio Cortázar, qui dans son Marelle joue aussi des codes des livres dont vous êtes le héros. Une intrigue, des numéros, un doigt planté page 35 tandis qu’on parcourt la 45, des jets de dés pour une expérience littéraire partagée directement entre un auteur et son lecteur. « Qui je suis, moi qui vous parle, ça n’a pas d’importance. Qui raconte ne change rien à ce qui s’est passé, se passe et se passera. Encore moins à ce que vous allez vivre. Vous. Car vous serez le je, puisque le jeu commence. »

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JEUX & LOISIRS Featuring

LE CHEVAL FANTĂ&#x201D;ME IndĂŠcrottable fondu de courses hippiques, PHILIPPE JAENADA se souvient de ce dimanche Ă Auteuil oĂš il paria sa fortune sur un destrier luisant. Vainqueur il lâ&#x20AC;&#x2122;est Ă  chaque fois (ou presque). par Philippe Jaenada* photographie Thomas Corgnet (Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;hippodrome dâ&#x20AC;&#x2122;Auteuil)

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Il y en a un que je nâ&#x20AC;&#x2122;oublierai jamais. Ce nâ&#x20AC;&#x2122;est pas Suave Dancer, ni Peintre CĂŠlèbre, ni Pois Chiche (mon premier gagnant sur un hippodrome, celui dâ&#x20AC;&#x2122;Evry, Ă 15 ans (avec mes potes, on demandait Ă  des vieux de jouer pour nous (aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui quand de temps en temps je le fais pour un gamin, ça me donne envie de pleurer, la vie qui tourne et tout ça))), ni Arazi, ni Katko, ni Sabre dâ&#x20AC;&#x2122;Estruval, ni Al Capone (mĂŞme si ceux-­lĂ  non plus je ne les oublierai pas, bien sĂťr â&#x20AC;&#x201C; ce serait comme oublier ma mère), ce nâ&#x20AC;&#x2122;est pas non plus Ourasi, ni Bellino II (la première photo que jâ&#x20AC;&#x2122;ai dĂŠcoupĂŠe dans un journal, Ă  10 ans), ni Fakir du Vivier, GĂŠnĂŠral du Pommeau, ni Ernest le Rebelle

(je lâ&#x20AC;&#x2122;aimais bien, celui-­lĂ , je lâ&#x20AC;&#x2122;ai touchĂŠ gagnant sec Ă  XQVRLUj9LQFHQQHV²M¡DLDSSHOpPRQĂ&#x20AC;OV(UQHVW pour le coup). Non, ce nâ&#x20AC;&#x2122;est pas un cheval au-­dessus des autres. Ce nâ&#x20AC;&#x2122;est pas une crĂŠature au sang explosif, aux accĂŠlarations foudroyantes (comme Suave Dancer, PRUWFRPPHLODYpFXĂ&#x20AC;QDOHPHQWUHMRLQWGDQVXQ prĂŠ par ce qui lui donnait son pouvoir : frappĂŠ par la foudre), ce nâ&#x20AC;&#x2122;est pas un monstre dâ&#x20AC;&#x2122;endurance, de vitesse, de volontĂŠ ni de courage, ce nâ&#x20AC;&#x2122;est pas un sauteur fĂŠlin ni un trotteur en apesanteur, ce nâ&#x20AC;&#x2122;est pas le pacha de Gravelle, le seigneur du moulin de Longchamp, ni le prince de Mortemart. Câ&#x20AC;&#x2122;est Twist Collonges. Ce pignouf.

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FEATURING

« J’ai joué Twist Collonges. La guichetière n’a pas moufté. »

Peu de gens se souviennent de lui, j’imagine. Pourtant ce n’est pas si vieux, je devais avoir 26 ans (donc vraiment, c’est hier). Moi-­même, je ne me rappelle plus le nom de son jockey, ni de son entraîneur (peut-­être Marcel Rolland, mais ce n’est pas certain), de son propriétaire, je revois une robe presque noire, une casaque rouge, c’est tout. Non, je me souviens bien de sa tête (pignouf), de ses yeux de guerrier fou, de sa crinière trop sauvage et de sa silhouette imposante. Il était grand. Des muscles noirs, et du rouge. Je ne sais pas s’il est toujours de ce monde, mais je ne l’oublierai jamais, je suis lié à lui jusqu’à ma mort. A l’époque, j’étais vraiment dans la misère. Pas la vraie misère car j’étais joyeux, insouciant, un rien m’excitait, tout me semblait possible et le monde plein de surprises, j’avais non seulement la vie devant moi mais aussi autour. La misère matérielle, juste. Je mangeais des pâtes ou des pommes de terre six jours sur sept, je me faisais payer des coups partout, je n’achetais jamais rien (mais je n’en geignais pas : c’était moi qui le voulais, je m’étais juré de tout faire pour ne jamais travailler, du moins ne jamais travailler tous les jours, ne jamais mettre les pieds plus d’une heure dans un bureau, une usine, un commerce ou un abattoir clandestin (et jusqu’à maintenant j’ai réussi, j’ai bien tenu le coup (même si, alléchés par ma silhouette imposante, mes yeux de guerrier fou, et la rumeur galopante (jamais YpULÀpHFHSHQGDQW VHORQODTXHOOHM·DLODIRXGUHGDQV les poings, plusieurs abattoirs clandestins m’ont proposé des ponts d’or)). Malgré la disette, je n’ai pas raté une seule réunion d’Auteuil (pas une seule) pendant huit ans, de 1986 à 1994. J’arrivais à l’hippodrome en métro, deux fois par semaine en général sauf en hiver, toujours avec exactement soixante-­dix francs en poche. Je passais le portillon et la vie commençait à changer de nature, j’entrais dans le premier tunnel, long, sous les néons, je pensais aux chevaux, et quand je sortais à la lumière forte, sur la pelouse, je voyais le monde en face de moi, vaste et courbe, encore vierge sous le soleil (toujours : jamais de nuages à Auteuil). J’allais gagner. L’entrée de la pelouse était gratuite, c’est donc là que je pariais avec le plus grand sérieux sur les cinq premières courses, au centre de la piste avec les hommes gris, sombres, faibles, puis avant la sixième le second tunnel s’ouvrait aux pauvres et je pouvais passer du côté des tribunes, du rond de présentation, de la bonne humeur et de la couleur, pour les deux dernières. Si je touchais quelque chose avant la cinquième, je franchissais plus tôt, en payant, le tunnel de la gloire. Au premier gagnant, aussi, et s’ils n’avaient pas déjà tous été engloutis par les magiciens du pronostic et les acrobates du tuyau, je m’offrais un sandwich poulet-­mayo-­crudités, jambon quand il ne restait plus que ça – sinon tant pis (de toute façon, je n’avais jamais spécialement faim à Auteuil, c’était juste pour le plaisir de me dire : « Ah, quel bon

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FEATURING après-­midi, et en plus je mange un sandwich Âť) â&#x20AC;&#x201C;, et au deuxième gagnant de la journĂŠe (je jouais toujours gagnant sec plutĂ´t que placĂŠ, il me semblait assez humiliant de mettre mes prĂŠcieux, inestimables dix francs sur un cheval qui me rapporterait de lâ&#x20AC;&#x2122;argent mĂŞme sâ&#x20AC;&#x2122;il ĂŠtait battu (la charitĂŠ, merci bien)), je me payais une bière (ensuite, une bière Ă chaque gagnant â&#x20AC;&#x201C; mais il ĂŠtait rare que je quitte lâ&#x20AC;&#x2122;hippodrome en ĂŠtat dâ&#x20AC;&#x2122;ivresse). Si je me plantais dans les sept courses (ce qui, soyons honnĂŞtes et dignes quoique penauds, arrivait frĂŠquemment), je rentrais Ă  pied : jâ&#x20AC;&#x2122;habitais Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpoque au-­delĂ  de la place Clichy, ce qui, depuis la porte dâ&#x20AC;&#x2122;Auteuil, me faisait une bonne marche de pĂŠnitence, espèce de tache, incapable, poissard. Je ne sais pas pourquoi jâ&#x20AC;&#x2122;allais Ă  Auteuil plutĂ´t quâ&#x20AC;&#x2122;ailleurs. Ce qui est sĂťr, câ&#x20AC;&#x2122;est que je prĂŠfĂŠrais le galop (je crois, pour avoir consciencieusement bossĂŠ le sujet auprès dâ&#x20AC;&#x2122;un ĂŠchantillon reprĂŠsentatif de la SRSXODWLRQWXUĂ&#x20AC;VWHTX¡RQJDUGHWRXMRXUVO¡HPSUHLQWH hĂŠgĂŠmonique de son premier contact avec les courses â&#x20AC;&#x201C; or, petit, jâ&#x20AC;&#x2122;habitais non loin dâ&#x20AC;&#x2122;Evry, hippodrome de galop, et jâ&#x20AC;&#x2122;y allais en mobylette). De toute façon, Ă  Vincennes, royaume du trot, on se croirait dans une gare (et quand on sort regarder la course, au bord dâ&#x20AC;&#x2122;une autoroute) : je nâ&#x20AC;&#x2122;imagine pas quâ&#x20AC;&#x2122;on puisse gagner Ă  Vincennes, on laisse forcĂŠment ses tickets avec les milliers dâ&#x20AC;&#x2122;autres sur le sol sale, et on repart sombre et dĂŠprimĂŠ (et en plus, il fait froid). Quant Ă  Longchamp, si je ne mâ&#x20AC;&#x2122;y rendais que rarement, câ&#x20AC;&#x2122;est peut-­être que les courses y allaient trop vite : une pièce de dix francs reprĂŠsentait Ă  Auteuil une ĂŠmotion croissante de plusieurs longues minutes. A Longchamp câ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait plus explosif, certes, mais vlan jâ&#x20AC;&#x2122;ai dĂŠjĂ  perdu. Bref. Jâ&#x20AC;&#x2122;assitais Ă  toutes les rĂŠunions dâ&#x20AC;&#x2122;Auteuil et jâ&#x20AC;&#x2122;avais très peu dâ&#x20AC;&#x2122;argent. Il ĂŠtait une fois, dans le rond de prĂŠsentation, un grand et beau cheval noir. Un peu comme lâ&#x20AC;&#x2122;Etalon Noir, voyez. Il mâ&#x20AC;&#x2122;avait sĂŠduit au premier passage, mais nâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtant pas nĂŠ de la dernière pluie de pommes, je lâ&#x20AC;&#x2122;ai bien observĂŠ au deuxième (la tĂŞte, surtout la tĂŞte â&#x20AC;&#x201C; il a lâ&#x20AC;&#x2122;air cinglĂŠ, mais ce nâ&#x20AC;&#x2122;est pas spĂŠcialement mauvais signe â&#x20AC;&#x201C;, lâ&#x20AC;&#x2122;encolure, lâ&#x20AC;&#x2122;arrière-­main, le ventre, jâ&#x20AC;&#x2122;aime bien regarder le ventre des chevaux, et les oreilles), puis jâ&#x20AC;&#x2122;ai ĂŠtudiĂŠ ses perfs dans le Turf, avec toute la concentration nĂŠcessaire, et jâ&#x20AC;&#x2122;ai mis mes GL[IUDQFVGHVVXV,ODĂ&#x20AC;QLGHX[RXWURLVLqPHMHQH sais plus, donc je nâ&#x20AC;&#x2122;ai pas touchĂŠ, mais câ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait un de ces ĂŠchecs qui ne minent pas, au contraire, qui ferment une petite porte pour en ouvrir une grande, qui font naĂŽtre lâ&#x20AC;&#x2122;espoir, le vrai, celui qui va au-­delĂ  dâ&#x20AC;&#x2122;une course : il avait tracĂŠ un très bon parcours, fait quelques petites fautes dues Ă  sa jeunesse et Ă  son physique de titan, et terminĂŠ dans une belle action, souple, tranquille, puissante. Il ne lui restait quâ&#x20AC;&#x2122;Ă  se dĂŠgourdir un peu, comprendre comment coordonner tous ses muscles, et aux autres il ne resterait plus quâ&#x20AC;&#x2122;Ă  essayer de suivre, avec leurs petits corps ordinaires. A mon avis, on nâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait pas douze mille Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;avoir remarquĂŠ.

Les semaines suivantes, je lâ&#x20AC;&#x2122;ai jouĂŠ encore deux ou trois fois, ou quatre, toujours dix francs, et toujours avec le mĂŞme rĂŠsultat : il courait de mieux en mieux, apprenait sereinement son mĂŠtier, prenait de lâ&#x20AC;&#x2122;assurance (ça se voyait sur sa tĂŞte de fou) et concluait toujours dans les premiers, sans gagner, sans se fatiguer non plus, sĂťr de son avenir (mais je me refusais Ă tenter de le toucher placĂŠ : on ferait injure Ă  Hercule (et Ă  soi-­mĂŞme) en pariant quâ&#x20AC;&#x2122;il va rĂŠussir au moins sept ou huit travaux). Les quelques limiers qui lâ&#x20AC;&#x2122;avaient repĂŠrĂŠ lors de la première course oĂš je lâ&#x20AC;&#x2122;avais jouĂŠ commençaient Ă  lâcher prise, Ă  ma grande satisfaction : moi, je tenais bon, ÂŤ AccoudĂŠ Ă  la jâ&#x20AC;&#x2122;attendais mon jour, comme lui. Les barrière portes sâ&#x20AC;&#x2122;ouvraient devant moi, de plus blanche, en plus hautes et larges, et jâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtais seul jâ&#x20AC;&#x2122;ai luttĂŠ pour dans le couloir. Jâ&#x20AC;&#x2122;avais mĂŞme du mal Ă  y ne pas calculer croire, je marchais sur la pointe des pieds, combien comme un cambrioleur. jâ&#x20AC;&#x2122;allais gagner, Et le grand jour est arrivĂŠ. Quand jâ&#x20AC;&#x2122;ai car jâ&#x20AC;&#x2122;avais appris dans le Turf quâ&#x20AC;&#x2122;il allait participer remarquĂŠ que Ă  une course importante, richement dotĂŠe ça portait (je ne sais plus laquelle, je lâ&#x20AC;&#x2122;ai dit : jâ&#x20AC;&#x2122;ai la poisse. Âť tout oubliĂŠ), qui ne regrouperait que cinq partants, je venais de toucher le plus gros chèque de ma vie, trois mille cinq cents francs (ça me faisait bien un mois et demi, Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpoque), en ĂŠchange dâ&#x20AC;&#x2122;un test pour le magazine Marie-­Claire, ÂŤ Quelle genre de gourmande ĂŞtes-­vous ? Âť â&#x20AC;&#x201C; je ne pouvais quâ&#x20AC;&#x2122;y voir un signe du destin, tu touches le pactole de Marie-­Claire au moment prĂŠcis oĂš tu en as besoin, et de toute façon câ&#x20AC;&#x2122;est de lâ&#x20AC;&#x2122;argent injustement gagnĂŠ (jâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtais spĂŠcialiste en gourmandise comme ma grand-­mère en trampoline), les pommes de terre prĂŠ-­pelĂŠes sous vide et autres mets de luxe que je mâ&#x20AC;&#x2122;offrirais avec nâ&#x20AC;&#x2122;auraient assurĂŠment pas le mĂŞme goĂťt de triomphe que si je les payais avec une fortune honnĂŞtement quoique astucieusement amassĂŠe, en touchant un cheval Ă  huit ou neuf contre un par exemple, disons Twist Collonges. Il a ouvert Ă  six quarante. Je ne me rappelle pas avoir hĂŠsitĂŠ quinze secondes. Je me suis approchĂŠ du guichet Ă  cent francs, jâ&#x20AC;&#x2122;ai posĂŠ devant la dame les quatre billets de cinq cents, les cinq billets de deux cents et les cinq billets de cent que jâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtais allĂŠ chercher la veille Ă  la banque dans lâ&#x20AC;&#x2122;indiffĂŠrence gĂŠnĂŠrale (plus rien ne les ĂŠtonne, les gens), et jâ&#x20AC;&#x2122;ai jouĂŠ Twist Collonges, mon champion secret : trente-­cinq fois gagnant, trois mille cinq cents francs. La guichetière nâ&#x20AC;&#x2122;a pas mouftĂŠ. -HPHVHQWDLVpWUDQJHPHQWFRQĂ&#x20AC;DQW WDQGLVTXH dâ&#x20AC;&#x2122;habitude, pour un ticket Ă  dix francs, doute et trouille se jetaient ensemble sur mes tripes vulnĂŠrables dès la haie dâ&#x20AC;&#x2122;essai), je suis allĂŠ au bord de la piste en fredonnant â&#x20AC;&#x201C; je crois. Twist Collonges semblait lui aussi parfaitement dĂŠtendu. Ses huit adversaires, chevaux et jockeys, nâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtaient que des Ă&#x20AC;JXUDQWVHWOHUHVWHUDLHQWLQGLVSHQVDEOHVpYLGHPPHQW mais peu intĂŠressants. Pendant les cinq minutes

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JEUX & LOISIRS Featuring

pour vivre, lĂ -­bas en face, puis je revois lâ&#x20AC;&#x2122;entrĂŠe de la ligne droite, je me penche sur la barrière pour les deux dernières haies, câ&#x20AC;&#x2122;est maintenant, lâ&#x20AC;&#x2122;avant-­dernière et la tache rouge toujours derrière, câ&#x20AC;&#x2122;est maintenant, la dernière haie et le rouge qui ne revient pas, qui lâche prise, mollement, des fous furieux qui passent juste devant moi Ă  toute vitesse et plus loin Twist Collonges qui termine cinquième, loin, mou. Quelque chose ne va pas. Ă&#x2021;a ne doit pas ĂŞtre très grave, mais quelque chose cloche. Pendant une ou deux secondes, jâ&#x20AC;&#x2122;ai pensĂŠ que jâ&#x20AC;&#x2122;allais pouvoir revenir en arrière et ne pas dĂŠposer mes trois mille cinq cents francs au guichet. Cela paraĂŽt idiot mais je jure que câ&#x20AC;&#x2122;est vrai, jâ&#x20AC;&#x2122;ai sincèrement cru, en un ĂŠclair dâ&#x20AC;&#x2122;absurditĂŠ, que jâ&#x20AC;&#x2122;avais en moi la force de remonter le temps de quelques minutes et dâ&#x20AC;&#x2122;effacer tout ça, personne nâ&#x20AC;&#x2122;a rien vu, on recommence. Mais non. Et quand je mâ&#x20AC;&#x2122;en suis rendu compte, quand le tonnerre de lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpouvante a rĂŠsonnĂŠ dans mon crâne, le monde sâ&#x20AC;&#x2122;est disloquĂŠ autour de moi, tout a fondu instantanĂŠment, je me suis retrouvĂŠ seul debout au milieu des ruines pompĂŠiesques, et dĂŠgoulinant dâ&#x20AC;&#x2122;effroi. Les trois mille cinq cents francs que jâ&#x20AC;&#x2122;avais tout Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;heure, je ne les avais plus. Le mois et demi Ă  venir, perdu. Mais ce nâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait pas possible. Twist Collonges nâ&#x20AC;&#x2122;avait pas couru : seuls les quatre autres sâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtaient disputĂŠs la victoire et les places, et moi jâ&#x20AC;&#x2122;avais mis mes trois mille cinq cents francs sur un cheval fantĂ´me. Une illusion, qui avait galopĂŠ dans un autre monde. On ne pouvait pas me laisser comme ça, on nâ&#x20AC;&#x2122;avait pas le droit, jâ&#x20AC;&#x2122;avais ĂŠtĂŠ victime dâ&#x20AC;&#x2122;un incident rare, dâ&#x20AC;&#x2122;une erreur sur le programme, dâ&#x20AC;&#x2122;une faille dans la rĂŠalitĂŠ, il fallait quâ&#x20AC;&#x2122;on me rembourse. Mais malgrĂŠ la mĂŠlasse de misère et de consternation qui me poissait de la tĂŞte aux pieds comme du caramel fondu sur un soldat de plomb, qui mâ&#x20AC;&#x2122;aveuglait et mâ&#x20AC;&#x2122;engluait le cerveau, je devinais quâ&#x20AC;&#x2122;aucun guichetier nâ&#x20AC;&#x2122;accepterait de mâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcouter, de me comprendre, aucun guichetier ni personne dâ&#x20AC;&#x2122;autre. Les gens sont bornĂŠs. Je marchais comme un fantĂ´me (je viens dans ton monde, Twist Collonges), plus aucun son ne me parvenait de lâ&#x20AC;&#x2122;extĂŠrieur, jâ&#x20AC;&#x2122;avançais dans une zone lumineuse homogène. Je me suis approchĂŠ sans mĂŞme mâ&#x20AC;&#x2122;en rendre compte des chevaux qui rentraient aux balances, le vainqueur ĂŠblouissant, glorieux, aĂŠrien, entourĂŠ de parieurs euphoriques et reconnaissants qui avaient misĂŠ sur lui, de gens sensĂŠs et sĂťrs dâ&#x20AC;&#x2122;eux qui nâ&#x20AC;&#x2122;auraient aucun problème dans le mois et demi Ă  venir, puis les autres chevaux, normaux, juste chevaux TXLQ¡RQWSDVJDJQpODFRXUVHHWHQĂ&#x20AC;QTXHOTXHWHPSV après, Twist Collonges, ĂŠreintĂŠ et fumant mais cheval quand mĂŞme, lourd, ne semblant pas rĂŠaliser. Je ne

ÂŤ Ă&#x2021;a ne doit pas ĂŞtre très grave, mais quelque chose cloche. Âť

qui ont prĂŠcĂŠdĂŠ le dĂŠpart, accoudĂŠ Ă la barrière blanche, jâ&#x20AC;&#x2122;ai luttĂŠ pour ne pas calculer combien jâ&#x20AC;&#x2122;allais gagner, car jâ&#x20AC;&#x2122;avais remarquĂŠ que ça portait la poisse, je lâ&#x20AC;&#x2122;avais remarquĂŠ souvent, mais mon esprit ĂŠtait plus fort que moi et travaillait gaiement sans que je puisse lâ&#x20AC;&#x2122;orienter vers dâ&#x20AC;&#x2122;autres prĂŠoccupations plus inoffensives, et moins encore le neutraliser â&#x20AC;&#x201C; avec quoi, avec mes bras ? Trois mille cinq fois sept, ça faisait vingt-­quatre mille cinq cents. Je nâ&#x20AC;&#x2122;avais jamais possĂŠdĂŠ une telle somme, mĂŞme dans mes rĂŞves (dans mes rĂŞves, jâ&#x20AC;&#x2122;ajoutais juste du gruyère dans les pâtes). Cette fois, ça ne porterait pas la poisse, câ&#x20AC;&#x2122;est idiot ces histoires. Le dĂŠpart a ĂŠtĂŠ donnĂŠ. Je ne sais plus oĂš. Peut-­être Ă  la haie du Pavillon. Ou en face. Ils sont partis, en tout cas. Vingt-­quatre mille cinq cents francs. Dans cinq minutes. Ou mes trois mille cinq cents francs qui. Twist Collonges est restĂŠ Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;arrière du petit peloton pendant toute la course, je revois sa robe noire, luisante, sa masse sculpturale et tranquille prĂŞte Ă  changer de nature pour ĂŠcraser tout le monde, ses muscles noirs qui avalaient les haies, je revois surtout la tache rouge du jockey, toujours en dernière position pendant un tour et demi de cette piste immense, en ĂŠquilibre sur la force noire, la tache rouge qui portait tout mon argent, tout ce que jâ&#x20AC;&#x2122;avais

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FEATURING

bougeais pas, jâ&#x20AC;&#x2122;avais envie de hurler mais câ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait bien au-­dessus de mes forces, jâ&#x20AC;&#x2122;avais envie de lui sauter dessus et de le rouer de coups de poings pour le jeter au sol mais on ne peut pas cogner, bousculer, renverser un fantĂ´me, une illusion. Jâ&#x20AC;&#x2122;ai quittĂŠ lâ&#x20AC;&#x2122;hippodrome dans le brouillard, sans toucher le sol, et jâ&#x20AC;&#x2122;ai errĂŠ dans Paris pendant des heures, perdu comme un fou, je nâ&#x20AC;&#x2122;avais plus rien, plus un sou, rien devant moi ni rien derrière (toutes ces semaines Ă attendre, Ă  prĂŠvoir, Ă  espĂŠrer, venaient de sâ&#x20AC;&#x2122;effacer dâ&#x20AC;&#x2122;un coup, plop, de disparaĂŽtre sans ULHQGRQQHUHQpFKDQJH Ă RWWDQWGDQVOHYLGH7RXW ĂŠtait terminĂŠ. (Ă&#x2021;a peut paraĂŽtre un peu exagĂŠrĂŠ pour seulement lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠquivalent dâ&#x20AC;&#x2122;un test dans Marie-­Claire, mais bien sĂťr câ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait plus que ça : lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠchec, une sensation de nĂŠant.) Ensuite, ĂŠvidemment, je suis devenu un peu branque. Ahuri et bancal. On ne peut croire en rien, tout est inutile â&#x20AC;&#x201C; ce genre de choses. Mais le plus ĂŠtrange, câ&#x20AC;&#x2122;est que ma vie nâ&#x20AC;&#x2122;a pas changĂŠ. Je nâ&#x20AC;&#x2122;ai pas mangĂŠ pendant

un mois, puis jâ&#x20AC;&#x2122;ai retrouvĂŠ de lâ&#x20AC;&#x2122;argent et jâ&#x20AC;&#x2122;ai mangĂŠ, EXMRXpDX[FRXUVHVHPEUDVVpGHVĂ&#x20AC;OOHV-HPHVXLV rendu compte que je pouvais continuer comme si de rien nâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait, ahuri et bancal mais tranquille, et mĂŞme encore plus facilement quâ&#x20AC;&#x2122;avant puisque, vaincu, terrassĂŠ sans que personne ne sâ&#x20AC;&#x2122;en aperçoive, je ne risquais plus rien. Jâ&#x20AC;&#x2122;en voulais Ă ce cheval trompeur, ce tocard Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;allure de champion, pignouf, mais il mâ&#x20AC;&#x2122;avait permis de passer de lâ&#x20AC;&#x2122;autre cĂ´tĂŠ, dans le monde des ĂŠgarĂŠs sereins, oĂš tout est plus simple. Je me sens bien, maintenant. â&#x20AC;&#x201D; * Veinard ĂŠternel, Philippe Jaenada vient de remporter le ÂŤ Prix du roman inachevĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;un auteur dĂŠjĂ  ĂŠditĂŠ Âť pour Drames, malheurs et destins brisĂŠs, ÂŤ 7 700 signes prometteurs narrant les mĂŠsaventures dâ&#x20AC;&#x2122;un personnage portant les mĂŞmes initiales que JĂŠsus-­Christ Âť â&#x20AC;&#x201C; une histoire quâ&#x20AC;&#x2122;il a depuis entrepris dâ&#x20AC;&#x2122;achever, tiens. Son dernier livre, Plage de Manacorra, 16 h 30, sera disponible en poche en fĂŠvrier, chez Points.

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JEUX & LOISIRS Mode

Le travail des élèves de la Royal Academy of Fine Arts d'Anvers oscille entre démarche fantaisie et technique LUUpSURFKDEOH/HVQRXYHDX[WDOHQWVGHODPRGHÁDPDQGHQH peuvent pas jouer à « Qui perd gagne », puisqu'ils ne perdent jamais. Photographie Michaël Smits Stylisme Pholoso Selebogo Coiffure & maquillage Louis Ghewy Modèle Betina Molnar chez Dominique Models Remerciements Studio RA, 13 rue Klooster à Anvers

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ANVERS 2010

Collier Elise Gettlife Chemise Nathalie Fordeyn

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Collier et masque peint Elise Gettlife

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ANVERS 2010

Masque en métal Guiseppe Virgone Chemisier Vintage Top oversized brodé Michelle Woods Ceinture Ute Ploier Leggings H&M

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Top Dries Van Noten Jupe, escarpins et bolĂŠro Nathalie Fordeyn

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ANVERS 2010

Catsuit Lion Blau

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Manches Lion Blau Coiffe Michelle Woods Top American Apparel Collants Fastasm

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ANVERS 2010

Jupe Pierre Renaux Veste Elise Gettlife Top Bruno Pieters

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JEUX & LOISIRS Beauté

Courbes majestueuses, transparences irréelles et jus envoûtants, la créativité GpERUGDQWHGHVÁDFRQVGHOX[H ne ternit pas..

playground Eau de parfum Lola de Marc Jacobs, 100 ml, 90 euros. Eau de parfum Ricci Ricci de Nina Ricci, 50 ml, 60 euros. Eau Méga de Viktor & Rolf, 50 ml, 72 euros. Vernis à ongles Lippmann 18 dollars sur lippmanncollection.com. Faux cils Tsumori Chisato par Lucille Gauthier pour Shu Uemura, 25 euros. illustration Hélène Eau de parfum Rose The One Georget de Dolce & Gabbana, 50 ml, 66 euros. Eau de parfum L’Eau Ambrée de Dolce & Gabbana, 50 ml, 72 euros. Eau de parfum Alberta Ferretti, 75 ml, 70 euros. Eau de Parfum Idole de Giorgio Armani, 50 ml, 66 euros.

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BEAUTÉ

L’Impératrice de D&G, eau de Toilette 100 ml, 59 euros Balenciaga, eau de parfum, 50 ml, sortie prévue en février For Her Intense de Narciso Rodriguez, eau de parfum en édition limitée, 100 ml, 100 euros. Magnolia Nobile d’Acqua Di Parma, eau de parfum, 100 ml, 116 euros. Parisienne d’Yves Saint Laurent, eau de parfum, 90 ml, 80 euros. Pucci Vivara Black Edition eau de parfum, en édition limitée 50 ml, 66,50 euros. Hypnôse Senses de Lancôme, eau de parfum, 100 ml, 76 euros. Tsumori Chisato pour Shu Uemura, rouge à lèvres, 30 euros.

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PREMIÈRE

Chroniques ce qui sort

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PAILLETTES MODE

FASHION DES CARPATES

Dracula cool

Quand le prĂŞt-Ă porter sâ&#x20AC;&#x2122;invente une identitĂŠ fantasmagorique, on frissonne devant les ĂŠtoffes volcaniques G¡XQP\VWpULHX[ baron transylvanien, ROZALB DE MURA. Ă&#x2021;a mord.

Collection automne-hiver 2009-2010

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Câ&#x20AC;&#x2122;est lâ&#x20AC;&#x2122;histoire dâ&#x20AC;&#x2122;un aristocrate, quelque part dans les montagnes de Transylvanie. Lâ&#x20AC;&#x2122;air y est si pur, la nature si vierge, la solitude si terrible, que le baron Rozalb de Mura, jeune homme charismatique aux yeux slaves, rĂŞvasse Ă de grands pays lointains, lĂ  oĂš la terre est rouge, oĂš lâ&#x20AC;&#x2122;on sâ&#x20AC;&#x2122;exalte des saveurs tropicales, oĂš les corps sâ&#x20AC;&#x2122;embellissent de tuniques traditionnelles. Parfois, aussi, son esprit sâ&#x20AC;&#x2122;abandonne jusquâ&#x20AC;&#x2122;aux SD\VDJHVGpĂ&#x20AC;JXUpVSDUOHEpWRQ lĂ  oĂš les tours touchent les nuages et oĂš la mode est dâ&#x20AC;&#x2122;un minimalisme austère. PassionnĂŠ de musique, de beaux-­arts, de voyages et de sciences, Rozalb de Mura transforme ses rĂŞves en prĂŞt-­à-­porter touche locale. Câ&#x20AC;&#x2122;est ce que nous rĂŠvèle Olah Gyarfas, crĂŠateur de la marque. Pourquoi ce personnage ? ÂŤ Parce quâ&#x20AC;&#x2122;il nâ&#x20AC;&#x2122;y a rien de plus dĂŠlicieux que de mĂŠlanger ODĂ&#x20AC;FWLRQjODUpDOLWp Âť Dâ&#x20AC;&#x2122;origine hongroise, Olah ĂŠtudie les arts appliquĂŠs Ă  Budapest avant de se dissimuler (en 2005) sous la cape de Rozalb de Mura. Un personnage

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par Elisa Tudor

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MODE

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qui attire lâ&#x20AC;&#x2122;attention de la fashion week de Bucarest et intrigue Ă lâ&#x20AC;&#x2122;international : ses vĂŞtements sont prĂŠsentĂŠs au +46 Trade Show de Stockholm, Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;Ideal Fashion Show de Berlin et au salon Rendez-­vous de Paris. Stefan Siegel, fondateur de Not Just A Label, plateforme online des professionnels de la PRGHFRQĂ&#x20AC;UPHTXHVHVFUpDWLRQV se vendent aussi bien que les pommes au royaume de Blanche-­ Neige.

Le baron Rozalb de Mura alias Olah Gyarfas

substance noire, puis sĂŠchĂŠes CACHE-­CACHE DANS LES naturellement, de sorte que, CARPATES VHVROLGLĂ&#x20AC;DQWOHXUVWUXFWXUH Pourquoi cela a-­t-­il impressionnĂŠ ait un aspect ondoyant. Des les clients, la presse ? Sans dĂŠtails renforcent lâ&#x20AC;&#x2122;aspect doute lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtonnement de voir des FDPRXĂ DJHGHVSRFKHVFDFKpHV crĂŠations ultramodernes sortir de faux plis, des accessoires dâ&#x20AC;&#x2122;un pays en dĂŠveloppement. Se inquiĂŠtants en forme de masque. GpWDFKDQWGLIĂ&#x20AC;FLOHPHQWGXUpJLPH Une mĂŠtaphore du milieu crĂŠatif communiste, la Roumanie nâ&#x20AC;&#x2122;a pas qui, sous Ceausescu, jouait Ă encore les moyens de soutenir ses cache-­cache avec les autoritĂŠs ? petits gĂŠnies : ÂŤ /¡DLGHjODFUpDWLRQ La collection printemps-­ÊtĂŠ 2010 dâ&#x20AC;&#x2122;entreprise est rare, et pour la surprendra, elle, par effet de mode, il ne faut mĂŞme pas espĂŠrer ! Âť contraste extrĂŞme : volants Olah Gyarfas exporte son univers bouffants, bizarre, sombre, couleur rose prĂŠcis, dĂŠlicat. Lâ&#x20AC;&#x2122;esthĂŠtique volcanique, bonbon, serre-­ Sa collection le relief rocheux tĂŞte tressĂŠ, pour automne-­ une approche hiver 2009 enrobĂŠ de magma plus folklorique brasse visqueux et et romantique. lâ&#x20AC;&#x2122;esthĂŠtique les ĂŠtats dâ&#x20AC;&#x2122;âme Plus optimiste volcanique, le aussi, relief rocheux de la jeunesse roumaine. symptomatique enrobĂŠ de dâ&#x20AC;&#x2122;une nation qui magma se dĂŠtache bien, pas Ă  pas, dâ&#x20AC;&#x2122;un visqueux et les ĂŠtats dâ&#x20AC;&#x2122;âme de la sombre passĂŠ. â&#x20AC;&#x201D; jeunesse roumaine, blasĂŠe par OHFRPPXQLVPHPDLVFRQĂ&#x20AC;DQWH en lâ&#x20AC;&#x2122;avenir. Les ĂŠtoffes ont ĂŠtĂŠ trempĂŠes dans une ĂŠnigmatique

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PAILLETTES MODE

SÉLECTION BEAUTÉ

Nouveaux standards Pari réussi pour la petite sœur de Bourjois qui allie modernité, parti-pris écologique et petits prix. Une 19 produits à partir de 11 euros.

NoPeg, petite boutique du quartier Montorgueil, présente une sélection beauté chic et bio. On découvre entre autres les marques Hévéa, Patyka, 66°30, mais aussi les soins cabines Clé des Champs qui changent avec les saisons. NoPeg 69, rue d’Argout, Paris 2e.

Nouvelle marque bio made in grand air qui prône l’éco-invisibilité, Elevation 3196 présente une idée originale autour des infusions de plantes de montagne, comme la reine des prés, la mauve ou l’églantier pour remplacer les bases aqueuses.

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MODE

Cette gelĂŠe transforme le train-train morose du dĂŠmaquillage en va et vient de pur bonheur. Un produit Ă changement de phase : la gelĂŠe devient huile puis lait. On en boirait. GelĂŠe dĂŠmaquillante polysensorielle Pomarium 21 euros.

Kiehlâ&#x20AC;&#x2122;s sâ&#x20AC;&#x2122;associe cet hiver Ă lâ&#x20AC;&#x2122;artiste new-yorkais KawsLVVXGXJUDIĂ&#x20AC;WL pour relooker sa cĂŠlèbre crème de corps. 100 % GHVEpQpĂ&#x20AC;FHVVHURQW reversĂŠs aux orphelins du Sida via lâ&#x20AC;&#x2122;association FXB. Gamme Crème de Corps Kiehlâ&#x20AC;&#x2122;s Ă  partir de 32,50 euros.

Lâ&#x20AC;&#x2122;hiver, le froid met lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpiderme a rude ĂŠpreuve, alors pour sauver notre peau on use et abuse de ce soin visage qui laisse la peau douce et hydratĂŠe grâce au beurre de karitĂŠ et Ă lâ&#x20AC;&#x2122;extrait de coton. Crème ultra confort coton-karitĂŠ Lâ&#x20AC;&#x2122;Occitane 30 ml 26 euros.

Le prodige du parfum ouvre sa maison entre le jardin des Tuileries et la rue Saint-HonorĂŠ et en SURĂ&#x20AC;WHSRXUSUpVHQWHUGHQRXYHOOHVSURSRVLWLRQV parfumĂŠes comme des lessives ou des bulles de savon aussi ludiques que dĂŠlicieuses. Francis Kurkdjian 5 rue dâ&#x20AC;&#x2122;Alger Paris 1er.

Les cultissimes &UqPHV6RXIĂ pHVGH Laura Mercier sont rassemblĂŠes dans un coffret qui nous ĂŠvite de choisir entre le best Crème BrulĂŠe, lâ&#x20AC;&#x2122;exotique Amande-Lait

de coco et la dernière venue Crème de pistache. Coffret Laura Mercier, 60 euros aux Galeries Lafayette.

Lâ&#x20AC;&#x2122;envoĂťtement de la rose parĂŠe de Stella passe cette fois-ci par des notes sensuelles et suaves de vanille dâ&#x20AC;&#x2122;Ouganda et dâ&#x20AC;&#x2122;ambre gris. Brume douce parfumĂŠe STELLANUDE de Stella McCartney Ă pschitter sur sa jolie lingerie. 125 ml, 51 euros.

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PAPIERS LITTĂ&#x2030;RATURE

INTERVIEW

ÂŤ Jâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠven -tre le rĂŠel Âť

Le livre

Après une sĂŠrie dâ&#x20AC;&#x2122;essais sur les parfums, les roses et le thĂŠ, INGRID ASTIER, 33 ans, publie un SRODUGRFXPHQWpGpGLpDX[PDFFKDEpHVGHOD Seine. On se bouche le nez ? entretien François Perrin

Quai des enfers

SĂŠrie Noire â&#x20AC;&#x201C; Gallimard 401 p., 20 euros

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Votre premier roman prend la Seine pour dĂŠcor. Pourquoi ? Le Paris des ponts et des bateaux-­ mouches sent vite le musĂŠe. Je UHIXVHGHYRLUOD6HLQH²Ă&#x20AC;OSDUIDLW qui traverse la ville en liant le Paris romantique et celui de la misère â&#x20AC;&#x201C; comme une belle endormie. Jâ&#x20AC;&#x2122;ai voulu la tirer de cette narcose, montrer quâ&#x20AC;&#x2122;elle aimante des lieux IRUWVGHOD%ULJDGHĂ XYLDOHDX capharnaĂźm des SDF. Des lieux oĂš se jouent des destins. Je voulais tendre au lecteur lâ&#x20AC;&#x2122;envers du dĂŠcor. Comment avez-­vous travaillĂŠ ? -¡DLODĂ&#x20AC;qYUHGXGpWDLOM¡DLPH travailler sur le vif. Lâ&#x20AC;&#x2122;un de mes personnages dit que ÂŤ lâ&#x20AC;&#x2122;avantage du lĂŠgiste, câ&#x20AC;&#x2122;est de palper sans limites Âť. Pour assumer mon imaginaire, jâ&#x20AC;&#x2122;ai besoin de cette palpation : dissĂŠquer, dĂŠplier, aller sur le terrain pour que les donnĂŠes

techniques soient bĂŠtonnĂŠes. Jâ&#x20AC;&#x2122;ai menĂŠ des enquĂŞtes (Brigade criminelle, mĂŠdecine lĂŠgale, psychiatrie, SDF, pĂŞcheurs, parfumeurs, juristes, journalistesâ&#x20AC;Ś) pour WURXYHUGHVSHUVRQQDOLWpVIRUWHV²TXDOLĂ&#x20AC;pHVGHŠSHDX[ de tambour Âť pour leur capacitĂŠ Ă faire vibrer le rĂŠel. Je voulais des personnages qui aient du nerf, de la GHQVLWpHWXQODQJDJHSURSUH-¡LQĂ&#x20AC;OWUHHWfais lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠponge, mâ&#x20AC;&#x2122;imprègne des milieux, des langages, des gens, jusquâ&#x20AC;&#x2122;Ă  sentir lâ&#x20AC;&#x2122;humanitĂŠ Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;os. Plusieurs de vos descriptions de la Seine font penser Ă  celles dâ&#x20AC;&#x2122;Aragon dans AurĂŠlien. Lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcriture est un creuset : normal quâ&#x20AC;&#x2122;on y croise des ĂŠchos. Jâ&#x20AC;&#x2122;aime lâ&#x20AC;&#x2122;Aragon provocateur du TraitĂŠ du style. Lâ&#x20AC;&#x2122;image hallucinĂŠe, aussi, de Rimbaud et de ses spectres Ă  la dĂŠrive : ÂŤ (WMHYRJXDLVORUVTX¡jWUDYHUV PHVOLHQVIUrOHV'HVQR\pVGHVFHQGDLHQWGRUPLUj reculons !â&#x20AC;Ś Âť Ce jUHFXORQV mâ&#x20AC;&#x2122;obsède depuis lâ&#x20AC;&#x2122;enfance. Vous vĂŠnĂŠrez Nine Inch Nails et Faith No More, sans compter votre fascination pour lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠviscĂŠration. Ă&#x2021;a va, sinon ? Fascination, vous y allez fort ! Câ&#x20AC;&#x2122;est mon cĂ´tĂŠ voleur de feu : je prends Ă  la musique son ĂŠnergie, sans elle je nâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcris pas une ligne. Elle me permet de descendre en imaginaire. La musique industrielle restitue mon obsession des bruits de machine. Sinon, lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠviscĂŠration agit comme mĂŠtaphore : le plaisir du polar repose en partie sur le va-­et-­vient entre lâ&#x20AC;&#x2122;observation et la divulgation, le dehors et le cachĂŠ. Donc, oui, jâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠventre le rĂŠel, je pĂŠnètre des milieux et je dissèque des mystères. â&#x20AC;&#x201D;

A lâ&#x20AC;&#x2122;approche de NoĂŤl, des modèles dĂŠsarticulĂŠs pleuvent sur les bords du fleuve parisien. Originales ou pâles copies, on ramasse leurs cadavres et ceux de leur entourage proche figĂŠs dans la froideur de leur dernière pose. Brigade fluviale sur les dents, inspecteurs du 36 narguĂŠs jusque sous leurs fenĂŞtres, lĂŠgistes et scribouillards en ronde funèbre se font face et se mĂŞlent Ă dâ&#x20AC;&#x2122;esthètes assassins, pour consacrer ensemble la beautĂŠ pestilentielle dâ&#x20AC;&#x2122;un fleuve tout droit surgi dâ&#x20AC;&#x2122;un conte de sorcières. Ingrid Astier mène sa barque en ĂŠvitant les ĂŠcueils du genre. Avec une pensĂŠe pour Katoucha ? F. P.

Š C. HÊlie

Macabre mise en Seine

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LITTĂ&#x2030;RATURE

QUESTIONNAIRE DE BERGSON

ÂŤ Les gens au ras du sol Âť

$DQVOHSUROL[H%pQLQRLV FLORENT COUAO-ZOTTI publie le truculent Si la cour du mouton est sale, ce nâ&#x20AC;&#x2122;est pas au porc de le dire. Notre questionnaire de Bergson nâ&#x20AC;&#x2122;a donc pas craint de bondir outre-MĂŠditerranĂŠe.

Le livre

Les oreilles ont beau ĂŞtre grandes...

entretien François Perrin

â&#x20AC;Ś elles ne dĂŠpassent jamais la tĂŞte. StructurĂŠ autour de chapitres titrĂŠs dâ&#x20AC;&#x2122;autant de proverbes populaires, ce polar made in Cotonou nous propulse au cĹ&#x201C;ur dâ&#x20AC;&#x2122;une faune de truands blancs (libanais, en lâ&#x20AC;&#x2122;occurrence), de conducteurs de taxi aux mains baladeuses, de citoyens Ă la machette facile, de chĂŠries Ă  la peau dĂŠcapĂŠe et de policiers dĂŠbordĂŠs. Au cĹ&#x201C;ur de cet explosif capharnaĂźm, un dĂŠtective tente dâ&#x20AC;&#x2122;imposer son statut Ă  un pays qui nâ&#x20AC;&#x2122;a pas, comme le nĂ´tre, ĂŠtĂŠ baignĂŠ Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;imagerie de Chinatown et Nestor Burma. Immersion dans la paisible nuit bĂŠninoise. F. P. Si la cour du mouton est sale, ce nâ&#x20AC;&#x2122;est pas au porc de le dire

Le Serpent Ă Plumes 200 p., 14 euros

Comment vous reprĂŠsentez-­vous lâ&#x20AC;&#x2122;avenir de la littĂŠrature ? Florent Couao-­Zotti : Tant que les hommes manifestent le dĂŠsir de se raconter, dâ&#x20AC;&#x2122;inventer leurs histoires ou des vies, la littĂŠrature reste cet espace de construction de nos utopies ; certes, dans deux cents ans, on dira que tout a ĂŠtĂŠ dĂŠjĂ dit puisquâ&#x20AC;&#x2122;on le dit depuis Platon. Pourtant, les humains seront les mĂŞmes devant les ĂŠmotions. Cet avenir possède-­t-­il une quelconque rĂŠalitĂŠ, ou reprĂŠsente-­t-­il un pur possible ? Ce futur, du point de vue des technologies, se rĂŠalise dĂŠjĂ . Au Salon du livre de MontrĂŠal, lâ&#x20AC;&#x2122;une GHVUpĂ H[LRQVSRUWDLWVXUOHOLYUH ĂŠlectronique et la disparition du livre papierâ&#x20AC;Ś Cela nâ&#x20AC;&#x2122;empĂŞchera pourtant pas la littĂŠrature dâ&#x20AC;&#x2122;exister. Que celle-­ci soit portĂŠe par des supports autres que traditionnels, rien ne lâ&#x20AC;&#x2122;empĂŞchera dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre des ÂŤ raccourcis dâ&#x20AC;&#x2122;humanitĂŠ Âť. Vous-­mĂŞme, oĂš vous situez-­vous dans cette littĂŠrature possible ? Je voudrais volontiers faire de lâ&#x20AC;&#x2122;anticipation littĂŠraire, mais je nâ&#x20AC;&#x2122;en ai pas les armes. Je ne me vois pourtant pas seul : je vois mon pays, lâ&#x20AC;&#x2122;Afrique, et ce que

nos littĂŠratures reprĂŠsentent Ă travers le monde. Il paraĂŽt que le concept de ÂŤ littĂŠrature monde Âť a ĂŠtĂŠ inventĂŠ pour rendre visibles les productions de certaines rĂŠgions. Je ne sais pas sâ&#x20AC;&#x2122;il est vraiment opĂŠratoire, ça me rend perplexeâ&#x20AC;Ś Si vous pressentez lâ&#x20AC;&#x2122;Ĺ&#x201C;uvre Ă  venir, pourquoi ne la faites-­vous pas vous-­mĂŞme ? Chaque fois quâ&#x20AC;&#x2122;on ĂŠcrit quelque chose, on est en compĂŠtition avec soi-­mĂŞme. Ce que jâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcris aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui doit ĂŞtre meilleur que ce que jâ&#x20AC;&#x2122;ai fait hier. Câ&#x20AC;&#x2122;est par cet exercice quâ&#x20AC;&#x2122;on parviendra Ă  ĂŠcrire la plus belle Ĺ&#x201C;uvre de sa vie. Quelles diffĂŠrences entre un polar bĂŠninois et son cousin nord-­amĂŠricain ou europĂŠen ? Si on supprimait mes rĂŠfĂŠrences culturelles, le nom des lieux, il ne resterait que lâ&#x20AC;&#x2122;histoire qui, me semble-­t-­il, peut se produire dans nâ&#x20AC;&#x2122;importe quelle contrĂŠe. Est-­ce que ce ne sont pas les substrats culturels la petite plus-­value Ă  un texte littĂŠraire ? Les quartiers brousse dâ&#x20AC;&#x2122;une ville pĂŠriphĂŠrique, la mentalitĂŠ des populations qui veulent se faire justice, les odeurs, les bruits, les gens au ras du solâ&#x20AC;Ś â&#x20AC;&#x201D;

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PAPIERS LITTĂ&#x2030;RATURE

LAC DES SIGNES

Le Secret de la Sierra Madre

RĂŠĂŠditĂŠs, les rĂŠcits bouillonnants de rĂŠvolte de lâ&#x20AC;&#x2122;AmĂŠricain B. TRAVEN, cachĂŠ sous une trentaine de noms et de mĂŠtiers, lui valurent une renommĂŠe dont il se serait volontiers passĂŠ.

ROMANS Le Vaisseau des morts

La DĂŠcouverte poche 286 p., 12 euros La RĂŠvolte des pendus

La DĂŠcouverte poche 302 p., 12 euros Le TrĂŠsor de la Sierra Madre

Sillage 320 p., 19,50 euros BIOGRAPHIE Insaisissable les aventures de B. Traven

par Rolf Recknagel Lâ&#x20AC;&#x2122;Insomniaque 350 p., 18 euros

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Ses romans hypnotiques, VHFVHWĂ&#x20AC;pYUHX[LOOHVUpGLJHDLW en quelques semaines, avec juste ce quâ&#x20AC;&#x2122;il faut dâ&#x20AC;&#x2122;encre et de papier â&#x20AC;&#x201C; sa cabane, perdue dans la jungle mexicaine, ĂŠtait Ă 50 kilomètres de la boutique la plus proche. Il se levait parfois pour chasser un scorpion et, Ă  la tombĂŠe du jour, sâ&#x20AC;&#x2122;emmaillotait les mains pour les protĂŠger des moustiques. Ses hĂŠros parlent avec le mĂŞme feu intĂŠrieur que le Bardamu de Voyage au bout de la nuit. Dans tous ses livres, on retrouve ÂŤ OĂš est ma patrie ? OHVRXIĂ H LĂ  oĂš personne ne me aventureux dĂŠrange, ne veut savoir de Jack London, qui je suis.  les mĂŞmes B. Traven, critiques Le Vaisseau des morts contre le capitalisme hypertrophiĂŠ et son cortège dâ&#x20AC;&#x2122;injustices. Mal connue en France, lâ&#x20AC;&#x2122;Ĺ&#x201C;uvre de B. Traven rĂŠsonne pourtant avec beaucoup dâ&#x20AC;&#x2122;acuitĂŠ. La rĂŠĂŠdition de ses trois plus grands romans â&#x20AC;&#x201C; Le Vaisseau des morts (1926), Le TrĂŠsor de la Sierra Madre (1927) et La RĂŠvolte des pendus (1936) â&#x20AC;&#x201C; est lâ&#x20AC;&#x2122;occasion de redĂŠcouvrir un auteur criant dans son Vaisseau : ÂŤ Jâ&#x20AC;&#x2122;aime ĂŞtre libre encore plus quâ&#x20AC;&#x2122;avoir le ventre plein. Âť INSAISISSABLE ZAPATISTE Dâ&#x20AC;&#x2122;oĂš vient cette rage qui le consume ? Auteur dâ&#x20AC;&#x2122;une quinzaine de livres (rĂŠdigĂŠs entre 1925 et 1940, et diffusĂŠs Ă  des millions dâ&#x20AC;&#x2122;exemplaires), une grande partie de son existence reste un secret â&#x20AC;&#x201C; comme en

tĂŠmoigne Insaisissable, sa captivante biographie sortie en 2009. Comme Thomas Pynchon ou J. D. Salinger après lui, il a toujours refusĂŠ de dĂŠvoiler ses origines. Quelques pistes : pendant la Première Guerre mondiale, il est Ret Marut, rĂŠvolutionnaire allemand, anarchiste HWSDFLĂ&#x20AC;VWHTXLYHXWŠse fondre GDQVXQFRPSOHWDQRQ\PDWDĂ&#x20AC;QGH vous hurler ses paroles Âť, (dĂŠjĂ ) en 1918. CondamnĂŠ Ă  mort en 1919, il prend la fuite et vagabonde en Europe, sous diffĂŠrentes identitĂŠs. Il rĂŠapparaĂŽt en 1924, au Mexique. Câ&#x20AC;&#x2122;est dâ&#x20AC;&#x2122;ici quâ&#x20AC;&#x2122;il envoie ses premiers manuscrits en utilisant son nouveau nom de plume : B. Traven. Pour gagner sa vie, il travaille dans les champs de coton, dans les puits de pĂŠtrole, est marin, photographe, paysan. Et puis rattrapĂŠ par la gloire. En 1948, John Huston adapte son deuxième roman, Le TrĂŠsor de la Sierra Madre â&#x20AC;&#x201C; trois desperados FXSLGHVjODUHFKHUFKHG¡XQĂ&#x20AC;ORQ G¡RU/HĂ&#x20AC;OPUHPSRUWHWURLV2VFDUV lâ&#x20AC;&#x2122;identitĂŠ de Traven excite la frĂŠnĂŠsie des reporters, mais lâ&#x20AC;&#x2122;auteur continue de se cacher â&#x20AC;&#x201C; craint-­il de se faire extrader vers lâ&#x20AC;&#x2122;Allemagne ? Il parcourt le Chiapas et se passionne SRXUODUpYROXWLRQ]DSDWLVWHĂ&#x20AC;GqOH DXĂ&#x20AC;OURXJHGHVRQÂąXYUHGpIHQGUH les opprimĂŠs. Il meurt Ă  Mexico en 1969, exigeant que ses cendres soient dispersĂŠes dans la jungle. Pour ne pas laisser de traces. â&#x20AC;&#x201D;

Š DR

par Guillaume Jan

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LITTĂ&#x2030;RATURE

RELECTURE

Lâ&#x20AC;&#x2122;enfant de la Beat Perdant ĂŠternel, WILLIAM BURROUGHS JR. surgit avec Speed, premier roman et gonzoUHSRUWDJHG¡XQMHXQHWR[LFRQR\pGDQVOHV remous du rĂŞve hippie. par François Perrin

Le livre

Š Allen Ginsberg LLC

Protopunk

En 1967, Billy et son pote &KDG Ă&#x20AC;OHQW GH 3DOP %HDFK j Greenwich Village pour un semestre dâ&#x20AC;&#x2122;immersion culturelle et de perfectionnement tox chez les hippies. Ils y croisent et font un peu tout et nâ&#x20AC;&#x2122;importe quoi, Billy sâ&#x20AC;&#x2122;embourbant dans son cynisme et sa provocation tandis que ses camarades semblent mieux rĂŠpondre Ă lâ&#x20AC;&#x2122;appel babaFRRO FH QRXYHDX FROOHFWLI Ă RUDO et bien-pensant. Il sâ&#x20AC;&#x2122;agit de lâ&#x20AC;&#x2122;histoire dâ&#x20AC;&#x2122;un post-Beat sur le tard, paumĂŠ dans un monde qui attendra encore dix ans, dommage pour lui, pour inventer le punk. DrĂ´le pourtant, Speed trace le portrait dâ&#x20AC;&#x2122;un rejeton dĂŠbarquĂŠ Ă  la mauvaise ĂŠpoque. F. P. Speed

13e Note 174 p., 19 euros La Dernière balade de Billy

Ă paraĂŽtre

1973 â&#x20AC;&#x201C;, sa traversĂŠe des seventies Citizen Burroughs. Nom dâ&#x20AC;&#x2122;usage : sera ĂŠmaillĂŠe dâ&#x20AC;&#x2122;un divorce, dâ&#x20AC;&#x2122;une Billy Junior. NĂŠ en 1947, disparu transplantation et dâ&#x20AC;&#x2122;un lent trente-­trois ans plus tard engloutissement, contre lesquels dâ&#x20AC;&#x2122;une explosion de son foie de sa tentative avortĂŠe de troisième substitution (le premier ayant jetĂŠ roman, Prakriti Junction, ne pourra lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠponge en 1976). Profession de rien. ODPqUHĂ LQJXpHSDUVRQPDUL des suites dâ&#x20AC;&#x2122;une reconstitution FATUM FAMILIAL de Guillaume Tell sous produits. A 13 ans, il avait rejoint Profession du père : absent brièvement son hĂŠroĂŻnomane de ²pFULYDLQSUROLĂ&#x20AC;TXH²MXQNLH père en exil Ă Tanger, tentant fugitif. Profession du bisaĂŻeul : de renouer le contact â&#x20AC;&#x201C; mais ne inventeur. Profession des aĂŻeux rapporta dans ses bagages que ses paternels : parents de substitution. premiers contacts avec le hasch. Parrain tutĂŠlaire : Allen Ginsberg, Deux ans plus tard, il blesse poète, chantre de la Beat grièvement Generation un ami dâ&#x20AC;&#x2122;un et activiste  Rendre sa libertĂŠ coup de politique. Ă  ma peur. Âť fusil â&#x20AC;&#x201C; fatum ,QĂ XHQFHV William Burroughs Jr., Speed familial littĂŠraires qui lâ&#x20AC;&#x2122;envoie revendiquĂŠes : brièvement en HP. Commence une Jack Kerouac (droguĂŠ), longue agonie mâtinĂŠe de came et Charles Bukowski (alcoolique). dâ&#x20AC;&#x2122;alcool, de larcins le faisant passer DĂŠviances connues : drogue, mal-­ par la case prison en malheureuses ĂŞtre, drogue, virĂŠes, drogue. tentatives de sevrage Ă  la Green Comment surmonter un hĂŠritage Valley School. Pendant cette si lourd, franchement ? Billy Jr. a pĂŠriode, son ambition littĂŠraire lui dĂť se poser la question plus dâ&#x20AC;&#x2122;une sert de fragile bĂŠquille, le gamin fois, et sa rĂŠponse oscille entre parvenant pourtant en partie, Ă  laisser-­aller quotidien et littĂŠrature force de travail, Ă  esquisser sa comme planche de salut : ÂŤ Ce voie, sa voix, pour solder son mec mâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcoute divaguer sans me hĂŠritage : ÂŤ Nulle part oĂš aller, alors trouver bizarre, du coup je ne tarde je mâ&#x20AC;&#x2122;incruste, mais en me sentant SDVjDFFHSWHUPRQLPSXLVVDQFH de plus en plus dĂŠconnectĂŠ de mon HWUHQGUHVDOLEHUWpjPDSHXUÂť environnement. Âť Une entreprise %RXpHLQVXIĂ&#x20AC;VDQWHSXLVTX¡DSUqV Ă  laquelle il serait parvenu si son la parution de ses deux romans atavique psychisme ne lâ&#x20AC;&#x2122;avait pas autobiographiques, Speed Ă  23 ans condamnĂŠ Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;abattoir. â&#x20AC;&#x201D; et Kentucky Ham Ă  26 â&#x20AC;&#x201C; en 1970 et

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PAPIERS LITTÉRATURE

CHRONIQUES

D'autres

LIVRES Angosta Hector Abad Faciolince JC Lattès 356 p., 20,90 euros

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Le Supplice des weekpas de limite ends «à Ilcen’yquealesapparemment gens les plus dénués

La cité d’Angosta, cauchemar urbain comme il en existe des tas : trois secteurs hermétiques, accueillant les membres plus ou moins homogènes de trois classes sociales ; les dons, les secondons et les tercerons. Quelle que soit leur couleur de peau, Robert Benchley les premiers sont socialement considérés comme Robert Laffont des Blancs, les seconds comme des métis, les 311 p. 17 euros troisièmes comme des Noirs ou des Indiens – à vous de deviner qui sont les mieux lotis. Planté dans le secteur des secondons, un hôtel accueille un méli-­ mélo de gens « moyens » qui parviennent cependant à établir d’un étage à l’autre une nouvelle échelle sociale. Faciolince prétexte cette dystopie pour régler son compte à « Il arrive parfois qu’on une Colombie infernale, rencontre un homme ayant imaginer les supporté un voyage avec un réjouissances nées nouveau-né. On devrait saluer fatalement de vingt et un coups de canon d’un abandon complet du l’arrivée d’un pareil citoyen lien social (qui ne sert à rien, dans la ville, et l’autoriser rappelons-­le) et imposer son style nerveux et ses trouvailles à porter l’insigne du Pater formelles ; la systématique Dolorosa, qui donne le droit présentation des personnages en note de bas de page, sur le de mendier sur les parvis PRGqOHG·XQHÀFKHVLJQDOpWLTXH des cathédrales. » rédigée par un ironiste Robert Benchley névropathe, tient du génie. — François Perrin in Le Voyage en wagon d’enfants

d’humour feraient pour l’analyser. On dirait que l’Humour les dérange. Ils n’arrivent pas à croire que quelque chose puisse simplement être drôle en soi. » Légende du New Yorker, le chroniqueur américain Robert Benchley (1889-1945) défendait dans ces articles compilés-réédités cet hiver une idée du « nonsense pour le nonsense ». Il s’attachait à écrire sur la vie sociale du triton, sa haine tout à fait légitime des enfants, les monologues intérieurs d’un patron dictant une lettre à sa secrétaire, une méthode incroyable pour « venir à bout de tout ce qu’on doit faire » (très utile en période de bouclage), sa haine tout à fait compréhensible des bébés et le fameux supplice concernant l’heure à laquelle il est décent de se lever pour le petit déjeuner lors d’un week-end chez des amis. Mais pourquoi aucun journal de ce pays ne publie des auteurs de cette trempe (vivants, ce serait mieux) qui signeraient chaque semaine des textes drôles en soi prompts à soulager l’angoisse de nos contemporains ? Petit appétit, l’oiseau fait son nid. Richard Gaitet

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LITTÉRATURE

Mort de

Bunny Munro Nick Cave Flammarion 333 p., 20 euros

Pour comprendre les ressorts psychologiques de Bunny Munro, le papa poule VRP, obsédé sexuel et alcoolo-junkotabagique du second roman du crooner australien Nick Cave, se reporter à la page 196. Et là, ô merveille ! Du haut de ses 12 ans, la virginale Penny Charade, (dé) vêtue d’un bikini jaune à pois, apparaît telle une épiphanie. Sans Penny Charade, Bunny Munro n’aurait peut-être jamais su qu’il possédait « ce pouvoir, ce truc spécial que les autres n’avaient pas… ce talent qui lui a permis de comprendre ce qu’il était venu foutre sur cette planète à la con ». Un don qui lui donne la (quasi-)certitude qu’« Avril Lavigne possède le putain de Walhalla de tous les vagins ». Un talent qui lui fait réaliser « la dichotomie surréalisticosexy entre les bottes à poil Ugg de Pamela Anderson et sa foufoune (presque) rasée ». Sur son chemin, les femmes révèlent « l’arche dorée de leur string, qui s’élève d’entre [leurs] fesses comme le logo de Mc Donald’s ». Sans toi, jeune écervelée, le lecteur n’eut-il pas été épargné par les pulsions sodomites de Bunny ? Probablement, et tout particulièrement lorsque, des haut-parleurs du club de gym, Kylie Minogue susurre de sa voix de pute être prête à « baiser n’importe quoi ». Sans doute le lecteur eut-il été bien inspiré de ne pas se laisser embarquer sur la route (à écouter avec la « mellowsonne » B. O. du même auteur) empruntée par Bunny Sr. et Jr. (le pauvre enfant). De cette épate-bourgeois, dont la force poétique s’échappe de la plume virevoltante de notre idole comme le vomi du matin, l’on retiendra l’angoisse toute naturelle de Nick Cave aux abords de l’andropause.

Mathusalem

& Cie Jacques Girardon Le Dilettante 288 p., 20 euros

On ne devrait jamais nommer un hypocondriaque à la rubrique médecine d’un journal. Promu par hasard à ce poste, Eugène Galton s’y plonge avec délectation. Fasciné par les progrès de la génétique, il rêve d’échapper au pauvre destin promis aux derniers humains sans OGM. In vitro veritas, la science avance, l’immortalité est à portée de main ! Eugène décide donc de se faire cloner. Quitte à perdre sa compagne, ses amis… et se retrouver bien embêté au moment de ramener de l’étranger son bébé-clone sans papiers.

Ancien rédac’ chef de Sciences et Avenir, Jacques Girardon relève un GRXEOHGpÀVRQKXPRXUSHUPHWGH suivre avec sympathie son antihéros à l’enthousiasme dangereux et en suivant sa « carrière » dans le journalisme, il parvient à lier le développement VFLHQWLÀTXHHWFHOXLG·XQHLQWULJXH Entre sérieux du clonage et clownerie du personnage, Mathusalem & Cie pose sur nous un regard interrogateur sans la moindre morale, le sourire en bonus. 8QHVFLHQFHÀFWLRQDXSUpVHQW Bertrand Guillot

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PAPIERS LITTÉRATURE

CHRONIQUES (SUITE)

ESSAIS No Low cost Bruno Fay & Stéphane Reynaud Editions du Moment 222 p., 18 euros

Un Nouvel art

de militer Sébastien Porte & Cyril Cavalier Alternatives 144 p., 25 euros

&

Petit Manuel de

désobéissance civile Xavier Renou Syllepse 142 p., 7 euros

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Bazookas en carton et bouées pareballes, la Brigade Activiste des Clowns (BAC) attaque l’arsenal nucléaire de l’Ile Longue, en rade de Brest. Objectif : dénoncer la chape de plomb qui pèse sur la question du nucléaire ! Depuis quelques années, une nouvelle génération de militants s’organise de manière joyeuse pour lutter contre la logique de GRPLQDWLRQHWGHSURÀWTXLPDOPqQHOD planète, les libertés publiques ou le droit au logement. Un Nouvel art de militer raconte toutes ces actions spectaculaires et médiatiques, depuis les fauchages d’OGM jusqu’aux déboulonnages des panneaux publicitaires, en passant par les squats spectaculaires menés par les larrons sans toit de Jeudi Noir. Ce reportage en profondeur (cinq ans de travail) révèle au passage l’exaspération citoyenne qui fait de plus en plus d’émules dans le clan des contestataires. En parallèle, le Petit Manuel de désobéissance civile dévoile les méthodes d’action de cette contestation non violente. Recommandé pour ceux qui refusent la passivité, ce précieux guide donne des conseils techniques en s’appuyant sur de nombreux récits – Xavier Renou, l’auteur, organise des stages de GpVREpLVVDQFHFLYLOHGHSXLVÀQ Guillaume Jan

Le low cost, une imposture ? La mode s’est répandue dans tous les secteurs de l’économie : transport, alimentation, textile, immobilier, tourisme, santé... Aujourd’hui, la robe de soirée made in China est à 11 euros, un vol pour Dublin coûte 30 euros et CDiscount propose des canapés convertibles à 121,99 euros. Une aubaine, en période de crise ? Pas sûr. En enquêtant sur cette séduisante illusion, Bruno Fay et Stéphane Reynaud révèlent à quel point les enseignes renoncent à la qualité, aux droits sociaux et au développement durable : « Notre système entre dans une spirale négative où tout devient toujours moins cher, moins bon, moins écologique. Une sous-civilisation voit le jour, dont l’éphémère et la mauvaise qualité sont les signes distinctifs. » Mais fustiger l’hyperconsommation au rabais, n’est-ce pas une préoccupation de riche ? « La question n’est pas de culpabiliser le consommateur pauvre, mais de lui ouvrir les yeux sur les conséquences de ses actes à long terme. » Car, réduits au minimum, les coûts de production nuisent gravement à la santé, à l’emploi et à l’environnement. Une seule solution : achetez cher ! G. J.

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LITTĂ&#x2030;RATURE

NOS COLLABORATEURS

PUBLIENT Cabala, Led Zeppelin occulte

Les Discrètes

vertus de la

PacĂ´me Thiellement HoĂŤbecke 170 p., 23 euros

corruption Gaspard Koenig Grasset 290 p., 19 euros

ÂŤ Laissons les grands corrompus ĂŠvoluer sur la scène quâ&#x20AC;&#x2122;ils se VRQWFRQVWUXLWHHWSURĂ&#x20AC;WRQVGX spectacle. Âť Gaspard Koenig sera QRWUHVRXIĂ HXUEkWLDXWRXUGHOD Fable des abeilles du philosophe nĂŠerlandais Bernard Mandeville (1670-­1733), ce fort instructif essai sur les plus mĂŠmorables ÂŤ rois de boue Âť de lâ&#x20AC;&#x2122;Histoire, de Talleyrand Ă Roland Dumas en passant par Mobutu, le clan Corleone ou ce cher Lucien de RubemprĂŠ, compose une galerie de personnages si savoureuse quâ&#x20AC;&#x2122;on pense, et avec lui, quâ&#x20AC;&#x2122;il sâ&#x20AC;&#x2122;agit lĂ  de son meilleur roman. Car il ne mĂŠgotte ni sur le style, ni sur la structure, ni sur les leçons. ÂŤ On apprend beaucoup plus en menant ses propres intrigues quâ&#x20AC;&#x2122;en relisant celles des autres dans Stendhal. Âť Glissant sur la polysĂŠmie du mot ÂŤ corrompre Âť (les

chapitres sur le corps, le sexe et la mort sont Ă ce titre, et de loin, les meilleurs), Gaspard Koenig, qui fut deux ans durant la plume de Christine Lagarde, signe ÂŤ la dĂŠfense dâ&#x20AC;&#x2122;un phĂŠnomène LQMXVWHPHQWGpFULpjTXLQRXV devons peut-­être ce que nous avons de meilleur.ÂŞ'pĂ&#x20AC;QLWLRQ Ă&#x20AC;QDOHŠLa corruption est le processus mĂŞme de la vie, dans les expĂŠriences quâ&#x20AC;&#x2122;elle propose comme dans les excès quâ&#x20AC;&#x2122;elle provoque. Ce nâ&#x20AC;&#x2122;est pas un hasard si lâ&#x20AC;&#x2122;on nomme les individus dissolus les â&#x20AC;&#x153;viveursâ&#x20AC;?. Âť Mais dites, cette chronique, pur renvoi dâ&#x20AC;&#x2122;ascenseur ? A fĂŠliciter un auteur avec lequel nous travaillons de bon cĹ&#x201C;ur depuis quatre ans, me serais-­je compromis ? Oui. Non. Câ&#x20AC;&#x2122;est tout le sens de cet ouvrage. Vivons. Richard Gaitet

ÂŤ On aurait dit Billie Holiday avec une paire de testicules Ă la place des larmes. Âť Jimmy Page Ă  propos de Robert Plant, in Cabala.

Le fan serait capable dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtriper nâ&#x20AC;&#x2122;importe qui parlerait mal, parlerait en mal ou oublierait simplement de parler du groupe qui a bercĂŠ ses premiers ĂŠmois plus ou moins scabreux. PacĂ´me Thiellement a donc pris lâ&#x20AC;&#x2122;habitude de risquer sa peau Ă chaque instant, publiant des ouvrages pointus au parti pris assumĂŠ sur de minuscules crĂŠateurs comme Frank Zappa, Paul McCartney ou GĂŠrard de Nerval sans quâ&#x20AC;&#x2122;on puisse lui reprocher une seconde de ne pas maĂŽtriser son sujet de bout en bout. Ici, câ&#x20AC;&#x2122;est Ă  Led Zeppelin quâ&#x20AC;&#x2122;il sâ&#x20AC;&#x2122;intĂŠresse, Ă  la dimension hermĂŠtique de leurs influences et contributions au Grand Tout. Jimmy Page sorcier, sĂŠrieux ? Eh ben oui. Bonham golem tellurique, Plant mage incantateur, John Paul Jones alchimiste de lâ&#x20AC;&#x2122;ombre ? Pourquoi pas, après tout. Le propos se tient, les raisonnements ĂŠrudits tiennent la route dans leurs circonvolutions illustrĂŠes des dĂŠclarations mĂŞmes des intĂŠressĂŠs. Cela dit, PacĂ´me Thiellement se fera bien entendu lapider par-ci par-lĂ , il en a fait son mĂŠtier, lâ&#x20AC;&#x2122;animal. Manque de pot, Ă  nâ&#x20AC;&#x2122;en pas douter, lui non plus ne refusera pas lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtiquette de groupie exemplaire : ça risque de saigner dans les fans clubs. F. P.

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PAPIERS LITTÉRATURE

FLASH

et aussi T Je lis Garland

Photographeéclair à Vogue, le Suisse

Vous êtes photographe ou écrivain ? Nicolaï Lo Russo : Pas l’un plus que l’autre. Etre écrivain, c’est surtout une question de production : Simenon, Troyat, eux, étaient NICOLAÏ LO de vrais forçats. Le concept d’écrivain, RUSSO, 45 ans, aujourd’hui, est complètement éclaté. J’aime publie Hyrok, les textes qu’on peut lire à haute voix, la récit assassin musicalité de Céline, par exemple. Il ne faut pas que l’oreille « s’essouffle » à la lecture sur l’art comme chez Laurent Mauvignier : lui, il et la mode fait de la tapisserie – c’est un vrai écrivain, parisienne évidemment, mais il ne communique pas. Je des années 90. préfère travailler sur les dialogues ou sur les entretien François Perrin nouveaux modes d’écriture, comme les blogs. Comme votre personnage, vous avez débarqué à Paris pour devenir photographe de mode… J’ai créé Louison Rascoli sur une matrice

Le livre

Mort d’un commiscréateur Hyrok

Léo Scheer 516 pages, 19 euros

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En 2044, un orphelin remet la main sur le matériel audio, vidéo et écrit de son regretté père, Louison Rascoli, photographe successful des nineties étouffé de désillusion au tournant du siècle. Son seul chefd’œuvre ? La mise en

autobiographique et l’ai placé face à des événements réels ou imaginaires. Ma priorité, c’était de viser le réalisme. Le réalisme, c’est aussi ce que vous recherchiez en photo ? Richard Avedon disait : « Toutes les photographies sont exactes, aucune d’elles n’est la vérité. » Il avait aussi décrété, à propos d’une de ses photos d’Adjani, qu’il s’agissait de la dernière photo de mode, à laquelle ne succèderaient que des photos de LA mode. Les magazines ne proposent plus que des photos de catalogue pour acheteuses, ou pour le petit monde des professionnels. Entre les deux, pas grandchose. Des « gourous » décrètent quel photographe doit monter : c’est la Française des Jeux. —

scène de son suicide, dans la solitude d’une clairière enneigée. Sombre destin GRQW OH ÀOV VRXOLJQHUD la portée prophétique : au milieu du XXIe siècle, les signes avantcoureurs de la déchéance culturelle qu’avait perçus Louison ont donné leurs

fruits rances. Nicolaï Lo Russo, dans une langue éminemment travaillée, propose une parabole sur la perte du sens, une anticipation sinistre autant que brillante.

X Pas trop près

Dans Lunar Park, Bret Easton Ellis avouait monnayer parfois sa plume pour vanter un roman banal et inoffensif... Et voici le second de Sara Gran, Viens plus près (Sonatine), auréolé de l’éloge du maître : « Le meilleur roman que j’aie lu depuis longtemps » ! Verdict ? Un thriller bien ficelé, mais aux ficelles énormes. On préfère Ellis écrivain. B. G. W Rouge

Mexique

Après Tijuana City Blues, Lover Boy et Mexicali City Blues, Les Allusifs poursuivent, avec la publication de Mezquite road, leur entreprise d’implantation du Mexicain Gabriel Trujillo Munoz auprès du lectorat français. Toujours sanglant de la couverture à la dernière phrase, il ravira les psychopathes de 7 à 77 ans. F. P. X Evénement

Eric-Emmanuel Schmitt publiera sans doute quelque chose en 2010. Il y a fort à parier que beaucoup de gens le liront. Ou bien ce sera un film. Ou bien une pièce de théâtre. F. P.

© Louison Rascoli

« VISER LE RÉALISME »

Coma, splendide roman conceptuel entre rêve et réalité de l’Anglais Alex Garland, romancier de La Plage et scénariste de Danny Boyle (Sunshine, 28 jours plus tard), astucieusement illustré par les estampes de son père et paru en 2004 chez Belfond, ressort en poche, chez 10-18. Hop-hop-hop. F. P.

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PARIERS

Carte blanche

Johnny Guitare sâ&#x20AC;&#x2122;en vat-en mer Epique ĂŠvocation du mĂŠconnu Voyage, unique et puissant roman maritime de lâ&#x20AC;&#x2122;acteur amĂŠricain STERLING HAYDEN. par Tristan Garcia

Le meilleur livre publiĂŠ en 2009 date de 1976. Chef-­dâ&#x20AC;&#x2122;Ĺ&#x201C;uvre oubliĂŠ, Voyage a tout dâ&#x20AC;&#x2122;un objet anachronique et dâ&#x20AC;&#x2122;un nĹ&#x201C;ud de malentendus. Ecrit par Sterling Hayden (1916-­1986), grand acteur hollywoodien par la taille et par le talent (Johnny Guitare, Quand la ville dort, Lâ&#x20AC;&#x2122;Ultime Razzia et Dr. Folamour, des seconds rĂ´les tardifs dans Le Parrain ou Le PrivĂŠ), ce roman nâ&#x20AC;&#x2122;est pas quâ&#x20AC;&#x2122;une curiositĂŠ qui nâ&#x20AC;&#x2122;aurait dâ&#x20AC;&#x2122;autre intĂŠrĂŞt que la personnalitĂŠ de son auteur. Marin, dès lâ&#x20AC;&#x2122;âge de 15 ans, de schooners en bateaux de pĂŞche au large de Cuba, commandant un navire grĂŠĂŠ en carrĂŠ Ă 22 ans, Hayden nâ&#x20AC;&#x2122;a jamais ĂŠtĂŠ Ă  Hollywood quâ&#x20AC;&#x2122;en transit. HĂŠros de guerre et agent secret GXUDQWOD6HFRQGH*XHUUHPRQGLDOHLQĂ&#x20AC;OWUp derrière les lignes allemandes en Croatie, converti par les partisans au communisme, il livra ses camarades Ă  la commission McCarthy et concevra dès lors un mĂŠpris insondable pour sa propre personne, qui DIĂ HXUHGDQVVDVSOHQGLGHDXWRELRJUDSKLH tourmentĂŠe, Wanderer (1963), un premier essai littĂŠraire rĂŠdigĂŠ Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;occasion de sa fuite en goĂŠlette vers Tahiti. Hors-­la-­loi, il emportait ses quatre enfants avec lui, après un divorce calamiteux. Ne jouant Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;acteur que pour payer ses tours du monde, il se retira sur une pĂŠniche, entre la Hollande et Paris, et consacra dix ans Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;ouvrage qui nous intĂŠresse, Voyage â&#x20AC;&#x201C; une aventure de 1896.

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Voyage

Rivages/Clairac 751 p., 25 euros

PYNCHON ET LEHANE PAR-­DESSUS BORD Cette ĂŠpopĂŠe Ă la cinquantaine de personnages inoubliables â&#x20AC;&#x201C; du capitaine Pendleton Ă  la bĂŞte Otto Lassiter, de lâ&#x20AC;&#x2122;hĂŠritier Blanchard Ă  la fort peu chaste LoĂŻs, de lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpave Harwar au marxiste dĂŠfait John Dialog â&#x20AC;&#x201C; nâ&#x20AC;&#x2122;est pas, contrairement Ă  ce que pourraient suggĂŠrer la couverture

et une lecture distraite, un rĂŠcit de marin nĂŠoclassique, un White Jacket ou un Nègre du Narcisse passĂŠiste, livre dâ&#x20AC;&#x2122;aventures dâ&#x20AC;&#x2122;après la bataille. Câ&#x20AC;&#x2122;est un roman total : lutte des classes au fondement des Etats-­ Unis modernes (comme La Porte du Paradis GH&LPLQR JDOHULHGHSRUWUDLWVĂ&#x20AC;GqOHj lâ&#x20AC;&#x2122;impulsion morale de chaque ĂŞtre, tableau de la mer et des bois, carte idyllique des ĂŽles GX3DFLĂ&#x20AC;TXHFDUWHLQIHUQDOHGHODPDULQH de commerce, des matelots ÂŤ shangaĂŻsĂŠs Âť, des docks et des usines, fresque sur la sexualitĂŠ, les corps en corset et la peau nue, compilation de tics verbaux, de langues VSpFLDOLVpHVHWDUJRWLTXHVUpĂ H[LRQSROLWLTXH sur la dĂŠfaite syndicale des populistes et des dĂŠmocratesâ&#x20AC;Ś Lâ&#x20AC;&#x2122;homme dâ&#x20AC;&#x2122;Hayden est comme ce navire ultramoderne, en acier, chargĂŠ de charbon et qui brĂťle sous lâ&#x20AC;&#x2122;effet imprĂŠvu du soleil, en pleine mer. Câ&#x20AC;&#x2122;est le grand roman amĂŠricain de lâ&#x20AC;&#x2122;aube du XXe siècle, ĂŠcrit depuis son crĂŠpuscule, dĂŠpassant lâ&#x20AC;&#x2122;avant-­dernier Pynchon, trop complaisamment baroque (A contrejour) et le dernier Lehane, trop complaisamment classique (8QSD\VjO¡DXEH VXUOHĂ&#x20AC;ODYHF trente ans dâ&#x20AC;&#x2122;avance, le vieil Hayden avait rĂŠussi le vĂŠritable livre sur lâ&#x20AC;&#x2122;entrĂŠe dans ce siècle dont nous sommes aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui sortis. â&#x20AC;&#x201D;

Retrouvez Ă chaque numĂŠro la chronique de Tristan Garcia qui, après le remarquĂŠ La Meilleure Part des hommes (Gallimard, prix de Flore 2008), publiera courant 2010 son second roman, MĂŠmoires de la Jungle,  Êtrange rĂŠcit dâ&#x20AC;&#x2122;aventures racontĂŠ par un jeune singe ĂŠduquĂŠ et parlant, perdu dans la forĂŞt ĂŠquatoriale africaine .

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ART PAPY

« Duchamp me voyait comme un fils » Pour la sortie du Grand déchiffreur, regroupant les entretiens et la correspondance de Marcel Duchamp, le peintre pop anglais RICHARD HAMILTONDQVH[SOLTXHVRQU{OHGDQVOD reconnaissance en France du père du ready-made. entretien Damien Delille

(WHVYRXVVDWLVIDLWGHYRLUHQĂ&#x20AC;QWUDGXLWYRWUHOLYUH sur Marcel Duchamp ? Richard Hamilton : Jâ&#x20AC;&#x2122;ai ĂŠtĂŠ surpris, après tout ce WHPSV0DLVMHWURXYHWUqVJUDWLĂ&#x20AC;DQWHWKRQRULĂ&#x20AC;TXH dâ&#x20AC;&#x2122;avoir la possibilitĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;enseigner Marcel Duchamp aux Français ! Pourquoi une reconnaissance si tardive ? Le fait que Duchamp soit parti durant les annĂŠes 50 a ĂŠtĂŠ ressenti comme une trahison. Câ&#x20AC;&#x2122;est assez comprĂŠhensible en un sens. Les Français ont considĂŠrĂŠ quâ&#x20AC;&#x2122;il ĂŠtait AmĂŠricain et nâ&#x20AC;&#x2122;ont portĂŠ de considĂŠration sur son Ĺ&#x201C;uvre quâ&#x20AC;&#x2122;après sa mort en 1968 [sa première rĂŠtrospective en France accompagne lâ&#x20AC;&#x2122;inauguration du Centre Pompidou en 1977]. Quâ&#x20AC;&#x2122;est-­ce qui vous a attirĂŠ chez lui ? Vous savez, Ă lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpoque, personne nâ&#x20AC;&#x2122;avait vu une peinture de Duchamp â&#x20AC;&#x201C; contrairement aux grands noms ÂŤ Je trouve très comme Picasso ou Matisse. Il nâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait pas connu et je nâ&#x20AC;&#x2122;avais honorifique dâ&#x20AC;&#x2122;avoir la pas de raison de venir Ă  lui. Mais possibilitĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;enseigner en 1948, jâ&#x20AC;&#x2122;ai dĂŠcouvert lâ&#x20AC;&#x2122;une des 320 versions de la BoĂŽte Verte Marcel Duchamp [lire encadrĂŠ] qui contiennent les aux Français ! Âť notes et les schĂŠmas relatifs Ă  son Richard Hamilton travail, et je les ai dĂŠchiffrĂŠs avec des collègues francophones. Câ&#x20AC;&#x2122;est cela qui mâ&#x20AC;&#x2122;a permis dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre conscient de ce quâ&#x20AC;&#x2122;il ĂŠtait â&#x20AC;&#x201C; pas ses peintures. Comment lâ&#x20AC;&#x2122;avez-­vous rencontrĂŠ ? La première fois a ĂŠtĂŠ une catastrophe : je suis tombĂŠ malade tellement jâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtais intimidĂŠ. Mais Duchamp ĂŠtait très charmant et, entre mes premiers contacts en HWQRVPXOWLSOHVUHQFRQWUHVXQHFRQĂ&#x20AC;DQFHV¡HVW LQVWDOOpH,OPHYR\DLWFRPPHXQĂ&#x20AC;OVMHFURLV Avez-­vous ĂŠtĂŠ lâ&#x20AC;&#x2122;un des premiers Ă  comprendre son importance ? Jâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtais sĂťrement le premier Ă  le comprendre complètement en tant quâ&#x20AC;&#x2122;artiste. Quand les notes ont ĂŠtĂŠ publiĂŠes, Marcel mâ&#x20AC;&#x2122;a envoyĂŠ une lettre : ÂŤ Nous sommes fous du livre. La passion que vous avez mise

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GDQVFHWUDYDLODGRQQpQDLVVDQFHjXQPRQVWUHGH vĂŠracitĂŠ ; la mariĂŠe [lire encadrĂŠ] doit sâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpanouir de plus en plus. Âť Câ&#x20AC;&#x2122;est tout ce que lâ&#x20AC;&#x2122;on peut espĂŠrer de mieux. Et pour lâ&#x20AC;&#x2122;art dâ&#x20AC;&#x2122;aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui ? Les choses et les images changent beaucoup. Je rĂŠpondrai Ă peu près comme lui : ÂŤ Une Ĺ&#x201C;uvre dâ&#x20AC;&#x2122;art nâ&#x20AC;&#x2122;en est une que pendant une brève pĂŠriode, vingt ansâ&#x20AC;Ś Âť De quoi lui ĂŞtes-­vous redevable ? Dâ&#x20AC;&#x2122;une attitude montrant que certaines choses nâ&#x20AC;&#x2122;ont pas besoin dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre faites. Il faut toujours rebondir, faire des choses opposĂŠes. Câ&#x20AC;&#x2122;est dâ&#x20AC;&#x2122;ailleurs pour cela que jâ&#x20AC;&#x2122;ai fait de la peinture, pour revenir au rĂŠtinien, Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;opposĂŠ de Duchamp. â&#x20AC;&#x201D;

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Marcel Duchamp et Richard Hamilton au Museum of Modern Art, 1963. A gauche, Richard Hamilton réalisant la reconstruction de la Mariée PLVHjQXSDU ses célibataires, même, ou Le Grand Verre, 1915-­1923, 1965-­1966, sur le motif des célibataires (pour « artforum » et « batchelor »)

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Duchamp s’il vous plaît 27 juin 1956. Richard Hamilton envoie à New York une lettre expliquant à Marcel  Duchamp la nécessité de traduire en anglais les notes liées au Grand Verre (sa grande œuvre inachevée sur la transposition mécanique des relations amoureuses et érotiques) commencée en 1912. L’artiste lui répond un an après, avec enthousiasme, pour lui donner l’opportunité  de traduire les quatre-vingt-treize documents de la Boîte Verte réalisée en 1934 (à l’intérieur, la plupart de ses notes, et sur le couvercle, la célèbre mention « La mariée mise à nu par ses célibataires même »). Ce travail, qui passe par le déchiffrage de ratures et la transcription de schémas, finira par être qualifié de « transposition typographique » du monde

intérieur duchampien, spécialité d’Hamilton. 26 novembre 1960. Hamilton écrit beaucoup, restituant les mystères d’une œuvre prolifique. Duchamp lui fait part de toute sa gratitude pour la publication enfin réussie des notes. En pleine période Pop art, une relation de confiance prolonge la pensée de l’inventeur du ready-made : « Ma réponse a consisté à essayer d’aller aussi loin que possible dans le geste iconoclaste, pas pour tuer l’art, mais pour le réduire à un acte complètement banal. » 16 février 1964. Teeny, la femme de Duchamp, remercie Hamilton d’avoir écrit le seul compte rendu de la première rétrospective de son mari au Pasadena Art Museum. Lors d’un voyage en Californie, Hamilton constate  :

« Le pop art, ce mouvement, avec ses maîtres et ses compagnons de route, était en train de me passer sous le nez. Je me suis ressaisi pour tenter de le prendre en marche. » Hamilton serait bientôt présenté comme le père du pop art anglais, produisant dès 1956 son célèbre collage Qu’est-ce qui peut bien rendre nos intérieurs d’aujourd’hui si différents, si attrayants ? 1966. Deux ans avant sa mort, la reconstitution du Grand Verre par Hamilton pour l’exposition rétrospective de la Tate Gallery de Londres fait de lui l’exécutant admiré de Duchamp. D. D.

Le Grand déchiffreur

Richard Hamilton sur Marcel Duchamp. JRP Ringier, 2009

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PALETTES ART

DESSINS TRÈS ANIMÉS

Lignes de tir Sur fond de guerre et de valeurs troublées, NOUS, VOUS, ILS OU ELLES, ou

les croquis d’une société violente H[SRVpVDX Frac Picardie d’Amiens. par Patricia Maincent

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Précurseur dans l’engouement pour le dessin (dès 1983, deux ans après sa création, il y consacre exclusivement sa collection), le Frac de Picardie propose Nous, Vous, Ils ou Elles, conçue comme le prolongement de Je, Tu, Il ou Elle, présentée à la galerie nationale de la tapisserie de Beauvais au printemps 2009. Opposant le collectif, ou pluriel, au postulat de l’image de soi, de l’intime et du paraître de la proposition précédente, l’exposition donne une vision cruelle et trouble sur le rapport au monde, à l’Histoire et à la société. Un dessin est un travail en direct, achevé dans l’immédiateté (pas de temps d’attente pour un éventuel séchage, moulage). Cependant, son caractère séculaire et la simplicité des outils le rendent, paradoxalement, hors du temps. Cette mise à distance permet un regard d’autant plus critique, voire cynique pour le détracteur qu’est l’Américain Raymond Pettibon. Sur une plage de Californie, quatre surfeurs se tiennent debout derrière leurs planches avec cette légende : « Certains jours d’été, notre croix était portée avec courage ». Mêlant la surf culture aussi bien que l’histoire de l’art et la religion dans un style proche de la BD, Pettibon saisit de quelques lignes crues l’incohérence des valeurs sociales et les clichés de l’Amérique. C’est le portrait d’une société en quête de références, où sont placés au même niveau image médiatique et intimité, religion et loisirs.

Martin Kippenberger Sans titre Extrait de la série Was Gott im Herrschen, bin ich im Können, 1990 Collection Frac Picardie

UN AMIRAL EN BIÈRE Dans ce sombre panorama social, OHFRQÁLWDUPpDSSDUDvWGDQV la série sur la première guerre du Golfe de l’Allemand Martin Kippenberger. Intitulée Was Gott im Herrschen, bin ich im Können (A Dieu de régner, à moi d’agir,  HWÀGqOHjODWHFKQLTXH « vite fait, mal fait » de son auteur, l’œuvre est dessinée sur des papiers à en-­tête des hôtels où il réside. Ce nomade dresse ainsi une cartographie de l’Europe à travers la culture hôtelière. Sur la feuille de l’hôtel Lord Nelson, ODÀJXUHFRQTXpUDQWHGXFpOqEUH Amiral prend la forme d’une chope de bière. Quant au papier partiellement brûlé du Caesar’s Palace, deux GI pagaient dans

un petit canot pneumatique. Une satire de la guerre technologique américaine ? Un brin pessimiste, l’ensemble est ponctué de trois grands dessins blancs de l’Espagnol Jaume Plensa, dont le motif central du cercle est visible dans un jeu monochrome de texture brillante en résine blanche sur papier calque. Au cœur de ces trois cibles, trois mots, Blind (aveugle), Deaf (sourd), Mute (muet). La couleur est trompeuse et n’en reste pas moins un constat amer de plus sur la société. —

Nous, Vous, Ils ou Elles

Fonds régional d’art contemporain de Picardie, Amiens Jusqu’au 29 janvier

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MORTEL

Léger tremblement au seuil de la mort

Derniers jours pour DEADLINE au musée d’Art moderne de Paris, ode à la vie d’artistes à la mort annoncée. Trop tard ? par Patricia Maincent

La force créatrice d’artistes se sachant condamnés ? Le texte de présentation de Deadline laissait augurer une exposition fascinante. Mais… le frisson ne survient pas, le questionnement métaphysique non plus. La tension émouvante qui réside chez ces artistes s’annule dans leur proximité mortuaire. Jeunes ou vieux, les douze personnalités présentées, confrontées à une fin prochaine, réagissent différemment : distance et intellectualisme, ou énergie et emphase. ABSALON CRIE, HARTUNG PROJETTE L’Israélien Absalon, condamné par le sida dès 1989 à l’âge de 22 ans, revit avec trois vidéos et une de ses cellules – constructions réduisant au minimum l’espace vital, destinées à être habité par lui dans une grande ville du monde. Réduction de son avenir, entre chambre d’hôpital et cercueil,

la Cellule n° 3, conçue pour New York en 1992 – un an avant sa mort –, évoque aussi les cellules biologiques malades. Dans ses vidéos, habillé en noir et blanc, il esquisse des gestes quotidiens aussi minimalistes qu’existentiels. Malheureusement, les cris qu’Absalon poussent dans l’une des séquences restent muets à côté des peintures de Hans Hartung, tant leur dépouillement s’accompagne mal de l’hyper-gestualité des drippings du vieux monsieur allemand. Paralysé au terme de sa vie, Hartung projette, à l’aide d’une machine de pulvérisation agricole, des litres de peintures colorées sur ses toiles. Visible sur un documentaire à la fin de l’exposition, la démesure entre ce corps et la fougue du jet, est touchante. Au détour d’un couloir, la poésie des photographies de vautours – petites taches perdues dans le ciel – du Cubain Felix Gonzales-Torres pourraient laisser

songeur si les toiles aux traits colorés de l’expressionniste américain De Kooning ne venaient pas perturber cette rêverie, nous ramenant à un discours d’exaltation radicalement opposé. Isolé par son évocation directe de la maladie, l’artiste franco-chinois Chen Zhen travaille des matières délicates, comme le verre ou l’albâtre, pour évoquer la fragilité de l’anatomie. Comme sur une table de dissection, la face cachée du corps révèle des organes aux formes friables. Ce « patient qui voulait devenir médecin », comme il se définit lui-même, sort des entrailles un paysage onirique et raffiné. Les thèmes – la maladie, la vieillesse ou l’énergie –, peut-être trop nombreux, se côtoient sans créer d’espace de réflexion. Le texte d’introduction abordait la difficulté de la société occidentale à évoquer la mort : constat non dépassé. — Absalon Cellule n° 3, 1992 Musée d’Art moderne de Saint-Etienne-Métropole, Donation de la Caisse des Dépôts, Paris, 2006 Photo Yves Bresson ©DR

Deadline

Musée d’Art moderne de la Ville de Paris-Arc Jusqu’au 10 janvier

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APRĂ&#x2C6;S COUP

Scènes de rĂŠsisdanse Cet automne, la MĂŠnagerie de Verre, et son festival LES INACCOUTUMĂ&#x2030;S,

DFRQĂ&#x20AC;UPp VRQU{OHGH salutaire laboratoire entre chorĂŠgraphie et arts plastiques â&#x20AC;&#x201C; jusquâ&#x20AC;&#x2122;Ă nous faire oublier la diffĂŠrence. par Gilles Baume

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Depuis vingt-­cinq ans, une histoire de la crĂŠation scĂŠnique sâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcrit Ă la MĂŠnagerie de Verre. Dâ&#x20AC;&#x2122;ex-­jeunes pousses comme Boris Charmatz ou Alain Buffard, devenus des rĂŠfĂŠrences sur les plateaux de danse, \Ă&#x20AC;UHQWOHXUVSUHPLHUVSDV&HOLHXSRXUVXLW donc son travail de dĂŠfrichage et maintient son rang de laboratoire Ă  travers lâ&#x20AC;&#x2122;automnal festival des InaccoutumĂŠs. Que voit-­on aux ÂŤ Inac Âť, lĂ  oĂš O¡RQSRXUUDLWV¡DWWHQGUHjGHODGDQVH"'HVĂ&#x20AC;OPV (PlongĂŠe de Vincent Dupont, Saison 1, ĂŠpisode 2 de Bettina Atala), des installations autour desquelles le spectateur ĂŠvolue avec le danseur (Park de Claudio Triozzi), un cinĂŠ-­concert (1999 de GĂŠrald Kurdian). Ou encore un spectacle de danse sans danseur, comme 100 % polyester, objet dansant n° 49. Conçue par Christian Rizzo en collaboration avec Caty Olive, cette courte pièce donne Ă  voir une ĂŠtrange sculpture en textile suspendue, soit deux robes sur cintres aux bras cousus. Plus ou moins visibles en fonction de lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠclairage, les silhouettes IDQWRPDWLTXHVTXLpPHUJHQWĂ&#x20AC;JXUHVGHODJpPHOOLWp RXGXFRXSOHGDQVHQWHQURQGDXJUpGXVRXIĂ HGHV ventilateurs. En quelques instants, lâ&#x20AC;&#x2122;objet inanimĂŠ (quelques morceaux de tissu) prend vie au moyen de la lumière, du mouvement et du son (un montage de musiques ĂŠlectroniques). Rizzo chorĂŠgraphe est peut-­ ĂŞtre avant tout designer dâ&#x20AC;&#x2122;espace ou scĂŠnographe ; aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui, il nâ&#x20AC;&#x2122;est parfois plus possible, ni mĂŞme pertinent, de distinguer le chorĂŠgraphe du plasticien, la performance spectacle de la performance artistique, et Christian Rizzo et GĂŠrald Kurdian ont ĂŠtudiĂŠ aussi bien en ĂŠcole dâ&#x20AC;&#x2122;art que dans le cadre de formations chorĂŠgraphiques. Le thème de la disparition du corps cher Ă  Rizzo se retrouve aussi dans le travail de Vincent Dupont. Dans sa crĂŠation 6RXIĂ HV,, le chorĂŠgraphe-­interprète fauche un champ imaginaire au moyen dâ&#x20AC;&#x2122;une faux ELHQUpHOOH GpĂ&#x20AC;QLVVDQWXQUDSSRUWHQWUHVRQFRUSV et lâ&#x20AC;&#x2122;outil. Pendant toute la pièce, un corps fĂŠminin, en fond de scène, allongĂŠ et drapĂŠ de blanc, sâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠlève dans les airs comme par enchantement. Très tĂŠnues, les situations se dĂŠveloppent lentement et longuement, plongeant le spectateur dans un ĂŠtat de contemplation hypnotique.

EXPLORATION DES GESTES Lâ&#x20AC;&#x2122;espace nommĂŠ performance se partage aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui entre danse et arts plastiques. Territoire au contour Ă RXFHFKDPSQ¡HQHVWSDVPRLQVGHSOXVHQSOXV omniprĂŠsent, aussi bien dans les centres dâ&#x20AC;&#x2122;art que dans les thÊâtres. Historiquement, du cĂ´tĂŠ des plasticiens, une performance est une Ĺ&#x201C;uvre dans laquelle lâ&#x20AC;&#x2122;artiste met en jeu son corps, exĂŠcutant des gestes dans des conditions bien prĂŠcises. Du point de vue des danseurs, la performance renvoie au principe dâ&#x20AC;&#x2122;expĂŠrimentation et de recherche. La virtuositĂŠ chorĂŠgraphique laisse la place Ă une exploration de gestes empruntĂŠs au quotidien, comme dans Park, oĂš les actions ordinaires du personnage fĂŠminin, interprĂŠtĂŠ par Claudia Triozzi, sont empruntĂŠes au rituel domestique. Les artistes du festival, dâ&#x20AC;&#x2122;oĂš quâ&#x20AC;&#x2122;ils viennent, GpĂ&#x20AC;QLVVHQWGHQRXYHDX[IRUPDWVHQGHKRUVGHV durĂŠes standard et des rapports classiques entre spectacle et public. Les objets produits, Ă  la fois chorĂŠgraphiques et plastiques, donnent une place centrale au spectateur. Les effets spectaculaires sont TXHVWLRQQpVYRLUHDEDQGRQQpVDXSURĂ&#x20AC;WGHVLWXDWLRQV

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ART

et aussi XJ.-J.Lebel Soulèvements La Maison Rouge, Paris (75011) Jusquâ&#x20AC;&#x2122;au 17 janvier

XLâ&#x20AC;&#x2122;Espèce de chose mĂŠlancolie Mamco, musĂŠe dâ&#x20AC;&#x2122;art moderne et contemporain, Genève (CH) Jusquâ&#x20AC;&#x2122;au 17 janvier

SIvan Plusch The News Galerie Orel Art, Paris (75004) Du 15 janvier au 27 fĂŠvrier

XRobert Breer et CĂŠcile Babiole Tours et DĂŠtours Espace MultimĂŠdia Gantner, Bourogne (90) Jusquâ&#x20AC;&#x2122;au 13 fĂŠvrier

XChristian Boltanski Exposition en 2 volets :

Après FULWLTXHVHWUpĂ H[LYHVXVDQWGXFRUSVFRPPHG¡XQ matĂŠriau parmi dâ&#x20AC;&#x2122;autres. Lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠconomie de moyens doit sâ&#x20AC;&#x2122;entendre comme une quĂŞte de lâ&#x20AC;&#x2122;essentiel, une interrogation des composantes de lâ&#x20AC;&#x2122;acte de crĂŠation. EloignĂŠe de lâ&#x20AC;&#x2122;industrie dĂŠrivant vers le spectaculaire pour mieux accroĂŽtre son audience, la performance ÂŤ transgenre Âť, telle que la dĂŠfend Les InaccoutumĂŠs, constitue un salutaire lieu de rĂŠsistance Ă tous les conformismes. â&#x20AC;&#x201D;

Ci-dessus Christian Rizzo i-fang lin / christian rizzo ŠChristian Rizzo A gauche GÊrald Kurdian 1999 ŠBettina Hoffman

MAC/VAL, Vitry sur Seine (94) Du 15 janvier au 28 mars

Personnes Grand Palais - Monumenta 3 Paris (75008) Du 13 janvier au 21 fĂŠvrier

TLeandro Erlich Swimming Pool PS1, New York (US) Jusquâ&#x20AC;&#x2122;au 1er mars

La MĂŠnagerie de Verre, Paris

menagerie-de-verre.org Christian Rizzo

Lâ&#x20AC;&#x2122;Oubli, toucher du bois Les 25, 26 et 27 fĂŠvrier Ă lâ&#x20AC;&#x2122;OpĂŠra de Lille, le 31 mars Ă  Poitiers, le 8 avril Ă  La Passerelle Ă  Saint-Brieuc, les 26, 27 et 28 mai au ThÊâtre de la Ville Ă  Paris. GĂŠrald Kurdian

Se produit en concert sous le nom de This is the hello monster ! Les 19 et 20 mai au Lieu Unique Ă Nantes.

XDokidoki Tropic Fm du duo dâ&#x20AC;&#x2122;artistes Falseparklocation Procurez-vous le disque sur editions.dokidoki.fr

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VIDĂ&#x2030;O VRAIE

De la psychose au conte fantastique, O¡XQLYHUVĂ&#x20AC;OPpGHO¡,VUDpOLHQQHKEREN CYTTER est servi au Plateau. Rencontre fragmentĂŠe un soir de montage. par Patricia Maincent

La femme qui gravissait les escaliers de la vie et rĂŠalisa quâ&#x20AC;&#x2122;il sâ&#x20AC;&#x2122;agissait de fauteuils de cinĂŠma* CONFUSION PERMANENTE /DORJLTXHGHVHVĂ&#x20AC;OPVUHSRVHVXUGHVQLYHDX[GH narration complexes entre le langage et les visuels, dont les diffĂŠrentes lectures se mĂŞlent et se dĂŠcalent O¡XQHO¡DXWUHGDQVXQĂ RWG¡LPDJHVSURFKHGXUrYH Dans Four Seasons, le personnage fĂŠminin est prĂŠnommĂŠ Stella, soit ĂŠtoile, alors que la scène se dĂŠroule dans un dĂŠcor de NoĂŤl. Personnage et dĂŠcor se font ĂŠcho : lorsque lâ&#x20AC;&#x2122;arbre prend feu, Stella disparaĂŽt. ÂŤ -¡pFULVPHVĂ&#x20AC;OPVHQSHQVDQW Keren Cytter

Exposition personnelle Frac-Ile-de-France - Le Plateau, Paris Jusquâ&#x20AC;&#x2122;au 14 fĂŠvrier SĂŠance Keren Cytter

Prospectif CinĂŠma, Centre Georges Pompidou, Paris Jeudi 28 janvier Ă 20 h, cinĂŠma 1

ÂŤ Câ&#x20AC;&#x2122;est ça le rĂŠel, ce lien entre ce que lâ&#x20AC;&#x2122;on perçoit et ce quâ&#x20AC;&#x2122;il advient. Âť Keren Cytter

Keren Cytter Repulsion, 2005 3 vidÊos, 5 min chacune Courtesy : Galerie Nagel, SCHAUORT, Elisabeth Kaufmann et Christiane Bßntgen et Keren Cytter

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EngoncĂŠe dans son manteau et noyĂŠe derrière une grosse ĂŠcharpe, Keren Cytter, nĂŠe en 1977 Ă Tel-­ Aviv, est loin du bon ton de rigueur pour vendre sa première exposition personnelle en France. Sympathique mais très abrupte dans ses rĂŠponses, elle conclura notre entretien dâ&#x20AC;&#x2122;un soupir de soulagement. Quelques bribes concĂŠdĂŠes permettent cependant de mieux saisir la curiositĂŠ des Ă&#x20AC;OPVTX¡HOOHpWDLWHQWUDLQG¡LQVWDOOHUjQRWUHDUULYpH Reprenant la structure narrative ĂŠclatĂŠe des montages GHVKXLWĂ&#x20AC;OPVSURMHWpVO¡HVSDFHG¡H[SRVLWLRQHVW ponctuĂŠ de phrases ou de dessins qui soulignent les rĂŠpĂŠtitions et les liens souvent dĂŠroutants entre images et voix. Keren avoue que la salle de cinĂŠma lâ&#x20AC;&#x2122;intĂŠresse plus que le musĂŠe : ÂŤ Quand on va au FLQpPDRQFRPPHQFHOHĂ&#x20AC;OPDXGpEXWF¡HVWXQH expĂŠrience plus intense, et puis je prĂŠfère lâ&#x20AC;&#x2122;audience SOXVGLYHUVLĂ&#x20AC;pHGHVVDOOHVREVFXUHV-HQHYLHQVSDVGX tout dâ&#x20AC;&#x2122;un milieu culturel, mes parents ne mâ&#x20AC;&#x2122;ont jamais emmenĂŠe au musĂŠe. Âť

GLUHFWHPHQWjO¡LPDJHSRXUTXHOHVGHX[OLJQHV voix et images, soient structurĂŠes en mĂŞme temps. Âť Ces rapprochements formels sont très riches, et loin dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre ĂŠvidents, formant comme un discours Ă part entière. Des mises en abyme ajoutent un nouveau niveau dâ&#x20AC;&#x2122;interprĂŠtation, la citation devenant un pOpPHQWLQWpJUDQWGHODĂ&#x20AC;FWLRQ'DQVContinuity (2005, hommage Ă  la cĂŠlèbre nouvelle de lâ&#x20AC;&#x2122;Argentin Julio CortĂĄzar), un homme assis dans un fauteuil lit lâ&#x20AC;&#x2122;histoire de son propre meurtre, et la scène se termine alors que le meurtrier est derrière lui. Lâ&#x20AC;&#x2122;intervention du fantastique dans ses scĂŠnarios renforce le trouble de protagonistes parfois quasi autistes. ÂŤ Je tente de suivre un cheminement intĂŠrieur, en relation avec la perception de la rĂŠalitĂŠ de chacun. Âť En fait, il y a une confusion permanente entre la vie psychique de ses hĂŠros et le rĂŠel. ÂŤ Jâ&#x20AC;&#x2122;ai lâ&#x20AC;&#x2122;impression que câ&#x20AC;&#x2122;est ça le rĂŠel, ce lien entre ce que lâ&#x20AC;&#x2122;on perçoit et ce quâ&#x20AC;&#x2122;il advient. Personne ne saisit parfaitement la diffĂŠrence entre son monde intĂŠrieur et la rĂŠalitĂŠ. Âť â&#x20AC;&#x201D; * Titre au fĂŠminin de son dernier ouvrage : The Man who climbed the stairs of life and found out they were cinema seats.

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Carte blanche

de près comme de loin, olivier babin

TWO AMERICAN  STANDARDS

Retrouvez dans chaque numéro la chronique d'Olivier Babin. Il participe en janvier aux group shows new-yorkais Eleven Rivington et Thierry Goldberg Projects. En mars, il présentera Paradis Blanc au Triple V à Dijon et fera partie de l'exposition collective Deuxième Main au Musée d'Art Moderne de Paris. PAGE

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UNDER UNDERGROUND

ÂŤ Des hybrides Âť Les collages mutants et les vidĂŠos sensuelles de lâ&#x20AC;&#x2122;Espagnole TXIKI MARGALEF, 33 ans, pleines GHFRUSVPRGLĂ&#x20AC;pVVRXVWHQVLRQpURWLTXH invitent Ă des rĂŞveries diurnes. On se rĂŠveille.

entretien Jean-Emmanuel Deluxe

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Quâ&#x20AC;&#x2122;est-­ce qui tâ&#x20AC;&#x2122;a donnĂŠ envie dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre plasticienne ? Txiki Margalef : Lâ&#x20AC;&#x2122;art constitue une expĂŠrience rĂŠtinienne, et mon enfance fut baignĂŠe de couleurs YLYHV3DUPLPHVLQĂ XHQFHVLO\D%XxXHOOH surrĂŠalisme, des vidĂŠastes comme lâ&#x20AC;&#x2122;AmĂŠricain %LOO9LROD>SLRQQLHUGHO¡DUWYLGpR@9DVDUHO\ +DQV%HOOPHUOHĂ&#x20AC;OPPerformance>1LFRODV5RHJ@ HWWRXWOHFLQpPDSV\FKpGpOLTXH Photo, vidĂŠo, collagesâ&#x20AC;Ś Que choisir ? $O¡RULJLQHMHQHSHLJQDLVTXHGHVWRLOHVjO¡KXLOHWUqV FODVVLTXHVPDLVDYHFGHVVXMHWVRULJLQDX[3XLVM¡DL

FRPPHQFpODSKRWRDX[%HDX[$UWV>HQWUH0DGULG 5RPHHW$QYHUV@/DYLGpRV¡DSSUHQGHQDXWRGLGDFWH jSDUWLUGXPRPHQWRWXW¡LQWpUHVVHVDX[WUDYDX[ des autresâ&#x20AC;Ś Je me suis laissĂŠ porter par le tout. Câ&#x20AC;&#x2122;est comme une palette de couleurs pour peindre un tableau : un processus naturel. Pourquoi ce travail sur le corps ? &¡HVWDPXVDQW0DLVM¡DLDXVVLSUpVHQWpGHVSHWLWHV Ă HXUVPrPHVLHOOHVpWDLHQWVSpFLDOHV-¡DLPHOHV H[SpULHQFHVOHUpVXOWDWĂ&#x20AC;QDOGHVLPDJHVQHFRPSWH SDVWDQWTXHoD,OV¡DJLWGDYDQWDJHG¡XQHUHQFRQWUH

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CINĂ&#x2030;MA

et aussi T Black-list 2009 La quoi ? Depuis 2004 se rĂŠunit chaque annĂŠe un groupe comprenant des petites mains des studios hollywoodiens pour rĂŠdiger la liste des ÂŤ meilleurs scĂŠnarios en circulation ne trouvant pas de producteur Âť. Ou presque : parmi les dix premiers cette annĂŠe ĂŠtait classĂŠ The Social  Network, un rĂŠcit des coulisses de la crĂŠation de Facebook que David Fincher tourne en ce moment. En numĂŠro un, Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;unanimitĂŠ, The Muppet Man, sur la vie de Jim Henson, crĂŠateur du Muppet Show. Mais qui ne veut pas savoir comment Kermit et Peggy sont nĂŠs ?

T Small is beautiful

Š DR

Projets mutants

Exposition photo et vidĂŠo en avril Ă la galerie Aeroplastics (Bruxelles).

Livre de photos accompagnĂŠes de textes du critique et historien de lâ&#x20AC;&#x2122;art Paul Ardenne chez Monografik.

HQWUHGHX[FRUSVGHX[XQLYHUVGHFUpHUGHVK\EULGHV &HUWDLQVGHVVLQHQWOHVVRXIIUDQFHV0RLMHWLHQVjFH TX¡LO\DLWGXSODLVLU Lâ&#x20AC;&#x2122;inconscient semble très fortâ&#x20AC;Ś -¡DLIDLWXQHSV\FKDQDO\VHSHQGDQWWURLVPRLVjXQ PRPHQWRM¡pWDLVWUqVGpFRQQHFWpHMHPDUFKDLVGDQV ODUXHHWVXELWHPHQWMHQHVDYDLVSOXVRM¡pWDLV,O\D de la poĂŠsie dans lâ&#x20AC;&#x2122;idĂŠe de se libĂŠrer par la parole, PDLVVLRQVHFRPSUHQGWURSRQULVTXHGHSHUGUHVD spontanĂŠitĂŠ. â&#x20AC;&#x201D; txikimargalef.aeroplastics.net et souvenirsfromearth.tv

Publication dans la revue PylĂ´ne, dispo chez Colette.

VidĂŠos diffusĂŠes sur la chaĂŽne Souvenirs from Earth Ă partir de janvier.

Au moment oĂš vous lirez ce numĂŠro, on saura si lâ&#x20AC;&#x2122;Avatar de James Cameron est rentable ou pas ; il faudra quand mĂŞme des millions dâ&#x20AC;&#x2122;entrĂŠes pour ĂŠquilibrer un budget de plus de 250 M$. A lâ&#x20AC;&#x2122;inverse, Paranormal Activity de lâ&#x20AC;&#x2122;IsraĂŠlien Oren Peli, qui a coĂťtĂŠ 10 000 $, a dĂŠjĂ  rapportĂŠ plus de dix mille fois sa mise. RĂŠsultat, les gros studios sont Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;affĂťt de tout film bricolĂŠ dans sa chambre pour que dalle, et lancent mĂŞme des dĂŠpartements chargĂŠs de surveiller les festivals et les sites diffusant des films amateurs ultra low budget. Conclusion  : ne sortez plus sans votre Flip, le petit camĂŠscope HD le plus design qui soit que vous avez rĂŠussi Ă  vous faire offrir pour NoĂŤl. Alex Masson

ÂŤ Je tiens Ă ce quâ&#x20AC;&#x2122;il y ait du plaisir. Âť 7[LNL0DUJDOHI

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THESE DIRECTORSâ&#x20AC;&#x2122;VE BEEN CUT

ÂŤ Schi zophrĂŠnie Âť

En lice pour lâ&#x20AC;&#x2122;Oscar du PHLOOHXUĂ&#x20AC;OP ĂŠtranger, juste favori des CĂŠsars, le fulgurant

Š-HVXLVWRXMRXUVWUqVVXUSULVTX¡RQPHGLVH´quel scĂŠnario formidableâ&#x20AC;?. /DPLVHHQVFqQHQHVHUDLW TX¡XQHYDOHXUDMRXWpHDXJHVWHVFpQDULVWLTXH"&H Q¡HVWSDVYUDLF¡HVWODPrPHFKRVH/HVFpQDULR Q¡HVWTX¡XQREMHWTXLV¡DXWRGpWUXLWGDQVO¡DFWHGH UpDOLVDWLRQ²LOQ¡H[LVWHPrPHTXHSRXUoD2QSDUOH GHODFULVHGXVFpQDULRPRLMHSURVSqUHOjGHVVXVÂŤ 0DLVWRXUQHUFHTXHM¡DLpFULWP¡HVWGHSOXVHQSOXV GLIĂ&#x20AC;FLOHFDUMHSDVVHpQRUPpPHQWGHWHPSVjEDWDLOOHU Prophète DYHFFHPDWpULHO-¡HQVXLVODVoDIDWLJXH3DUFHTXH de JACQUES la rĂŠalisation, câ&#x20AC;&#x2122;est la production dâ&#x20AC;&#x2122;une innocence : AUDIARD fut LOIDXWTX¡RQDLWOHVHQWLPHQWTXHWRXWVHSURGXLVH accouchĂŠ SRXUODSUHPLqUHIRLV4XDQGYRXVDYH]SDVVpWURLV DQVjO¡pFULWXUHYRXVIULVH]ODVFKL]RSKUpQLHdDF¡HVW dans la QRXYHDX"1RQoDVHQWODVXHXUÂŞ douleur. Echographie. Š/DGHX[LqPHVHPDLQHXQVRLUDSUqVOHWRXUQDJH M¡pWDLVGDQVXQSHWLWEXUHDXHQWUDLQGHPHFKDQJHU avant dâ&#x20AC;&#x2122;aller mâ&#x20AC;&#x2122;pieuter et je vois ma scripte et mon DVVLVWDQWPRQWHXU²RQDXUDLWGLWOHVFURTXHPRUWV dans Lucky Luke²TXLP¡LQWHUSHOOHQWŠJacques, arrĂŞte de te battre contre ton scĂŠnario : tu perds ton temps, tâ&#x20AC;&#x2122;es en train de nous foutre dans le Propos tenus lors dâ&#x20AC;&#x2122;une mur. ÂŞ-HGHYHQDLVGDQJHUHX[MHFRQWHVWDLV Master Class O¡KLVWRLUHHWOHVGLDORJXHVWRXWOHWHPSV au Forum des Images, &¡pWDLWIUDSSpGHERQVHQV3DUFHTXH Un Paris, 11 octobre 2009. Prophète HVWXQĂ&#x20AC;OPORXUGPRLM¡pWDLVSDV Au suivant : Alain Cavalier, KDELWXpjoDWRXVOHVPDWLQVYRXVDYH] le 28 janvier Ă 19h30

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Photographie Jean-Marc Ruellan En fĂŠvrier 2006, Jacques Audiard faisant valser son ĂŠpouse lors de lâ&#x20AC;&#x2122;aftershow des CĂŠsars. De battre mon cĹ&#x201C;ur s'est arrĂŞtĂŠ vient de remporter huit trophĂŠes, dont ceux du meilleur film et du meilleur rĂŠalisateur.

TXDUDQWHSHUVRQQHVTXLYRXVDWWHQGHQWoDYDXWOH GpWRXUÂŞ FAIRE PORTER LA VOIX ÂŤ Un ProphèteF¡HVWXQWLWUHDPELJX,URQLTXH-¡DLPH EHDXFRXSdDFRPSRVHXQQRXYHDXSURWRW\SH G¡LQGLYLGX0DJUDQGHTXHVWLRQF¡HVWFRPPHQWoD VHSDVVHFKH]OHVDXWUHV"&KH]OHVYR\RXVFKH]OHV IHPPHV"&KH]PHVFRQIUqUHVHWFRQVÂąXUVFLQpDVWHV" dDP¡REVqGHFRPPHQWWRXUQHQWLOV"-HUHJDUGHWUqV SHXOHVUXVKHVPDLVSDUIRLVMHQRWHWLHQVoDQH YLWSDVF¡HVWFRPPHGXERLVGXFRQWUHSODTXpHWMH VXLVPDOjO¡DLVHPDOjO¡DLVH&HTXLHVWELHQGDQVOH FLQpPDF¡HVWTXHF¡HVWPRGHVWHSUDWLTXH-¡DLPHFHWWH DOOLDQFHG¡LQGXVWULHOHWG¡DUWLVWLTXHFHWWHLPSXUHWp 3DUOHUjXQDFWHXUF¡HVWGXFRQFUHW0rPHGDQVXQH FRXUGHSULVRQVLYRXVYRXOH]TXDUDQWHW\SHVTXL jouent vraiment, va falloir parler, mettre en route les Ă&#x20AC;JXUDQWVTXLWDSHQWGDQVXQEDOORQDYDQWGHODQFHU OHVFRPpGLHQVGHSUHPLHUSODQ)DLUHSRUWHUODYRL[ÂŞ ÂŤ A Cannes, jâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtaisâ&#x20AC;Ś au bord de lâ&#x20AC;&#x2122;autisme. Aucun UHFXO-¡DLFRPPHQFpjSRXYRLUHQSDUOHUDXERXW G¡XQPRLVJUkFHDXSXEOLFDX[FULWLTXHV/¡LPDJHGH UpDOLVDWHXURPQLVFLHQWF¡HVWFRQVWHUQDQWXQĂ&#x20AC;OP F¡HVWXQREMHWYLYDQWXQHUpSRQVHjXQHTXHVWLRQ ²XQHUpSRQVHLQFHUWDLQHTXLDPqQHG¡DXWUHV TXHVWLRQV4XLWUHPEOHÂŞÂł

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CINĂ&#x2030;MA

SeptuagĂŠnaire Godfather du cinĂŠma indĂŠpendant, en transit Ă Paris pour lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠmouvant Tetro, FRANCIS FORD COPPOLA sâ&#x20AC;&#x2122;est fendu dâ&#x20AC;&#x2122;une agrĂŠable leçon de choses. Tendons lâ&#x20AC;&#x2122;oreille.

ÂŤ A 22 ans, je voulais ĂŠcrire des Ă&#x20AC;OPVSHUVRQQHOV expĂŠrimentaux, mais je me suis mariĂŠ parce TXHMHYRXODLV des enfants. Je devais faire vivre cette SHWLWHIDPLOOH Jâ&#x20AC;&#x2122;ai tournĂŠ Les Gens de la pluie>@HWM¡DYDLVSDV mal dâ&#x20AC;&#x2122;idĂŠes, dont Conversation secrète >3DOPHG¡2U HQ@VDQVDYRLUVSpFLDOHPHQWO¡HQYLHG¡LQWpJUHU ODJUDQGHLQGXVWULHKROO\ZRRGLHQQH0DLVPRQMHXQH assistant me rĂŠpĂŠtait : ÂŤ Allez, on a besoin dâ&#x20AC;&#x2122;argent, accepte ce projet, lĂ .ÂŞ0RQDVVLVWDQWpWDLW*HRUJH Lucas et le projet, Le Parrain>2VFDUGXPHLOOHXUĂ&#x20AC;OP HQ@8QFDXFKHPDU7RXWHVOHVVHPDLQHVOHV SURGXFWHXUVPHQDoDLHQWGHPHYLUHUGpWHVWDLHQW %UDQGR3DFLQRODPXVLTXHGH1LQR5RWDO¡LPDJH ŠWURSVRPEUHÂŞ²LOVYRXODLHQWTXHO¡KLVWRLUHVHGpURXOH LQWpJUDOHPHQWGDQVOHVDQQpHVSRXUTXHoDFRÂ&#x20AC;WH PRLQVFKHU(WUHKXPLOLpFHQWIRLVSDUMRXUF¡pWDLWoD rĂŠaliser Le Parrain0DLVM¡DYDLVFHWWHDWWLWXGHpWUDQJH ÂŤ 7DQWTXHM¡HQVHUDLVOHUpDOLVDWHXUMHIHUDLVFHĂ&#x20AC;OPj ma façon. ÂŞ-¡DLJDJQpVXUWRXVOHVSODQVÂŞ

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ÂŤ Immortel Âť

ÂŤ VOLEZ AUX MEILLEURS Âť Š8QĂ&#x20AC;OPLOIDXWVDYRLUOHUpVXPHUHQXQPRWXQ WKqPHLe Parrain, câ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait la transmission. Conversation secrète, lâ&#x20AC;&#x2122;intimitĂŠ. Apocalypse Now>3DOPHG¡2UHQ @O¡H[SORVLRQGHODPRUDOLWp3RXUWRXVOHVMHXQHV rĂŠalisateurs, ce conseil : WRPEH]DPRXUHX[GHYRV Ă&#x20AC;OPV/HVpOpPHQWVLPSRUWDQWVVRQWO¡pFULWXUHHWOHMHX TXLVXUYLYURQWtoujoursjXQHSKRWRJUDSKLHPR\HQQH RXjXQHEDQGHRULJLQDOHUDWpH&RQFHQWUH]YRXVOj GHVVXV6R\H]GLVSRQLEOHSRXUYRVDFWHXUVFHVRQWYRV ELMRX[ODLVVH]OHVYLYUH(QUHYDQFKHQ¡D\H]aucun scrupuleDYHFOHVFRPpGLHQVVDQVIRUPDWLRQ(WIDLWHV FRQĂ&#x20AC;DQFHjYRWUHLQWXLWLRQÂŞ Š3RXUFKDTXHVFpQDULRSXLVH]GDQVYRVVRXYHQLUV (QIDQWM¡pWDLVFHOXLTXLIXJXHGHO¡pFROHPLOLWDLUHHW TXLDSHXUGHVRQSqUH&RPPHGDQVTetro, je me suis UpIXJLpDXSUqVGHPRQIUqUH$XJXVW>GpFpGpTXLQ]H MRXUVDYDQWFHWWHFRQIpUHQFH@GHFLQTDQVPRQDvQp TXLP¡HPPHQDLW>FRPPHGDQVOHĂ&#x20AC;OP@YRLULes Contes

dâ&#x20AC;&#x2122;Hoffmann²MHQ¡\FRPSUHQDLVULHQPDLVM¡pWDLVUDYL Tetro -HYRXODLVrWUHOXLLOYRXODLWrWUHPpGHFLQMHYRXODLV en salles rWUHRSKWDOPRLOUrYDLWG¡rWUHVFpQDULVWHHWPRLDXVVL 3DUFHTXHMHOHWURXYDLVJpQLDO,O\DpJDOHPHQWGHV VLPLOLWXGHVDYHFO¡KLVWRLUHGHPRQSqUH&DUPLQH F¡pWDLWXQSURGLJLHX[Ă Â&#x20AC;WLVWHHWVRQIUqUHFDGHWDYDLW GXWDOHQWO¡DLQpDGÂ&#x20AC;DSSUHQGUHDXSOXVSHWLWÂŤFHWWH ULYDOLWpP¡LQWpUHVVDLW$XMRXUG¡KXLHQFRUHFHUWDLQV membres de la famille Coppola ont beaucoup de WDOHQWYRXVHQDYH]SHXWrWUHHQWHQGXSDUOHUÂŤÂŞ Š&KH]PRLM¡DLOHVÂąXYUHVFRPSOqWHVGH%DO]DF3DUPL GHVFKRVHVDVVH]REVFXUHVXQHLGpHP¡DWRXFKp ÂŤ Le jeune artiste doit faire des emprunts.ÂŞ&HTXL UHQGOHVYLHX[DXWHXUVIRXVGHMRLHFDUJUkFHjFHV ŠHPSUXQWVÂŞLOVGHYLHQQHQWLPPRUWHOV0RQSqUHDYDLW ce slogan : ÂŤ Volez aux meilleurs.ÂŞ9RXVWURXYHUH] DLQVLYRWUHYRLHHWGDQVYLQJWDQVTXHOTX¡XQYRXV YROHUD9RLUGHVSXEVTXLUHVVHPEOHQWjPHVĂ&#x20AC;OPV RXGHVĂ&#x20AC;OPVTXLPHOHVUDSSHOOHQWF¡HVWXQKRQQHXU Conversation secrète, câ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait simplement ma UpSRQVHjBlow UpG¡$QWRQLRQL>@/H FLQpPDHVWXQHFKRVHFRPSOqWHPHQWpWRQQDQWH Propos tenus lors dâ&#x20AC;&#x2122;une Master Class KHLQ"ÂŞÂł

au Forum des Images, Paris, 11 novembre 2009. Voir entretien avec lâ&#x20AC;&#x2122;acteur Alden Ehrenreich p. 22

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LES CHRONIQUES Dâ&#x20AC;&#x2122;ALEX MASSON

Ajami

de Scandar Copti et Yaron Shani, le 27 janvier

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La situation au Proche2ULHQWĂ&#x20AC;OPpHjODKDXWHXU dâ&#x20AC;&#x2122;une guerre des gangs : ĂŠcrit et mis en scène par un tandem juif et musulman, AJAMI met le cinĂŠma israĂŠlien au pied du mur. ÂŤ Je crois que je sais ce qui va arriver.ÂŞ/HSUHPLHUORQJPpWUDJH GH6FDQGDU&RSWLHW<DURQ6KDQL V¡RXYUHVXUFHWWHPLQLSURSKpWLH -XVWHDYDQWXQHVpTXHQFHRGHV JDQJVWHUVDUDEHVĂ LQJXHQWSDU HUUHXUXQLQQRFHQWHWGpFOHQFKHQW une guerre des gangs. DĂŠtail : QRXVQHVRPPHVQLj1HZ<RUN QLj%UDVLOLDPDLVGDQVOHVUXHV G¡$MDPLTXDUWLHUKLVWRULTXHGH -DIIDOH6XGSRUWXDLUHGH7HO$YLY RFKUpWLHQVMXLIVHWPXVXOPDQV FRKDELWHQWGHSXLVORQJWHPSV/HV UpDOLVDWHXUVVDYHQWTX¡LOVWLHQQHQW

THRILLER TRAGIQUE AjamiQ¡HVWSDVORLQG¡rWUHXQH version orientale dâ&#x20AC;&#x2122;Amours chiennes $OHMDQGUR*RQ]iOH] ,xiUULWX GDQVVRQDVSHFW GHSX]]OHUHFRPSRVpjYXHR WRXWWLHQWjGHVPDOHQWHQGXV 3DVEHVRLQG¡rWUHXQ&DVTXH %OHXSRXUFRPSUHQGUHO¡DOOXVLRQ jO¡DEVXUGLWpGXFRQĂ LWLVUDpOR palestinien, encore moins TXDQGODSOXSDUWGHVVHJPHQWV PRQWUHQWGHVIUqUHVTXLQHVH FRPSUHQQHQWSOXV(QUHVLWXDQW

cet affrontement, non plus entre deux camps adverses mais entre des individus (comme le dit lâ&#x20AC;&#x2122;un des personnages : ÂŤ Tant que ça ne te touche pas personnellement, ce nâ&#x20AC;&#x2122;est quâ&#x20AC;&#x2122;un article dans le journalÂŞ  AjamiO¡LGHQWLĂ&#x20AC;HEHDXFRXSSOXV clairement. /HIDLWTXHVHVMHXQHVDXWHXUV soient lâ&#x20AC;&#x2122;un musulman et lâ&#x20AC;&#x2122;autre MXLIDXUDLWSXUDQJHUOHXUĂ&#x20AC;OPDX UD\RQFDULWDWLI&RSWLHW6KDQL ne sâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpargnent rien, refusent de jouer les colombes portant des rameaux dâ&#x20AC;&#x2122;oliviers dans leur bec HWSUpIqUHQWWRTXHUjODSRUWHGH 6RSKRFOHFKH]TXLFRPPHFKH] eux on ne peut rien contre son GHVWLQ,O\DSRXUWDQWXQHVRUWH G¡KDUPRQLHGDQVFHWpWRQQDQW WKULOOHUXUEDLQRQ\SDUOHDUDEHet KpEUHXFRQFDVVpVHQXQHODQJXH commune ĂŠcrite en lettres de sang. 0RLDXVVLŠje crois que je sais ce qui va arriverÂŞELHQTX¡LPSDUIDLW GDQVFHUWDLQHVFRTXHWWHULHV conceptuelles, Ajami devrait offrir jVHVDXWHXUVXQSDVVHSRUWSRXU XQHEHOOHUHFRQQDLVVDQFHFULWLTXH HWSXEOLTXHÂł

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Frères ennemis

une bombe entre les mains, et la font exploser en plusieurs temps. AjamiVHIUDJPHQWHHQTXDWUH UpFLWVDSUqVFHSUHPLHUPHXUWUH PDODGURLWLO\DO¡KLVWRLUHG¡XQ FODQGHVWLQTXLERVVHSRXUXQ SDUUDLQSDOHVWLQLHQFHOOHG¡XQĂ LF israĂŠlien rongĂŠ par la disparition de son frangin et celle dâ&#x20AC;&#x2122;un Arabe HWGHVDFRSLQHMXLYHKDUFHOpHSDU ODSROLFHTXLYHXWOXLFROOHUVXUOH dos les conneries de son dealer GHIUqUHFHFLIRUPDQWDXĂ&#x20AC;QDO ODPrPHFKURQLTXHG¡XQHPRUW DQQRQFpH9RXVDYH]GpMjYXoD TXHOTXHSDUW"

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fiLMS


CINĂ&#x2030;MA

Abattu

en plein

vol A lâ&#x20AC;&#x2122;ère des bilans carbone, le rĂŠalisateur de Juno dresse Ă&#x20AC;QHPHQWFHOXLVHQWLPHQWDO G¡XQTXDGUDHQGpURXWH ayant passĂŠ sa vie le nez en lâ&#x20AC;&#x2122;air.

In the Air

GHVWUDYHUVGHQRWUHpSRTXHWRXWHQD\DQW UHFRXUVjGHVPpWKRGHVGHFLQpPDj lâ&#x20AC;&#x2122;ancienne. ATTERRISSAGE EXISTENTIEL Le casting dâ&#x20AC;&#x2122;In the Air SRXUUDLWrWUHFHOXL G¡XQHFRPpGLHVRSKLVWLTXpHGHVDQQpHV *HRUJH&ORRQH\UR\DOHVWSOXVTXHMDPDLV ODUpLQFDUQDWLRQG¡XQ&DU\*UDQWRXG¡XQ -DPHV6WHZDUW9HUD)DUPLJDFRPSRVHXQH parfaite femme fatale et Anna Kendrick LQFDUQHjPHUYHLOOHODMHXQHLQJpQXH Surtout : la prĂŠcision et la densitĂŠ du VFpQDULRpYLWHQWGHIDLUHHVFDOHjWRXVOHV SDVVDJHVREOLJpVGHODFRPpGLHURPDQWLTXH 1RUPDOVRXVVHVDLUVEDGLQVIn the Air est XQGUDPH$FHTXDGUDUpDOLVDQWTX¡LOV¡HVW WURPSpGHYLH5HLWPDQjO¡LQWHOOLJHQFHGH QHSDVRIIULUGHVHFRQGHFKDQFHFURLUHTXH OHUrYHDPpULFDLQHVWWRXMRXUVjSRUWpHGH main serait incompatible avec le portrait HQFUHX[TXHGUHVVHIn the Air G¡XQSD\VVH SUHQDQWGDQVODJXHXOHOHVFRQVpTXHQFHV G¡XQPRGqOHLQGXVWULHOLQKXPDLQ/HĂ&#x20AC;OP dĂŠmarre sur des visions aĂŠriennes des (WDWV8QLVHWVHWHUPLQHSDUXQEUXWDO DWWHUULVVDJHH[LVWHQWLHO$SUqVThank you for Smoking et Juno5HLWPDQV¡LPSRVH FRPPHXQFLQpDVWHD\DQWFRPSULVTXH F¡HVWHQUHVWDQWDXVROTX¡RQYRLWPLHX[OHV FKRVHV²HWOHVJHQVÂł

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de Jason Reitman le 10 fĂŠvrier

5\DQ%LQJKDPHVWXQKRPPHPRGHUQH tout sâ&#x20AC;&#x2122;organise autour de sa perpĂŠtuelle dĂŠlocalisation. Pas de bureau, pas G¡DSSDUWHPHQWRXSUHVTXHHWFKDTXHMRXU dans une autre ville. Son boulot : expert en SODQVVRFLDX[F¡HVWjGLUHTX¡LOSDVVHVRQ WHPSVjDSSUHQGUHjGHVLQFRQQXVTX¡LOV sont virĂŠs, avec un minimum dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtats dâ&#x20AC;&#x2122;âme. %LQJKDPHVWSUpVHQWpFRPPHXQTXDGUD FRQWHQWGHVRQMREHWVDQVDWWDFKHV VLQRQ OHVFHLQWXUHVGHVPXOWLSOHVDYLRQVTX¡LO SUHQG 4XDQGRQOXLGHPDQGHRLOYLWLO rĂŠpond ÂŤ iciÂŞHQGpVLJQDQWVRQVLqJHSDVVDJHU RXOHKDOOG¡XQTXDWUHpWRLOHVDXSLHGGX moindre aĂŠroport. -DVRQ5HLWPDQ Juno, SOS FantĂ´mes D UpDOLVpXQĂ&#x20AC;OPVXUPDLQWHQDQWFHWWHSpULRGH RrWUHcorporate peut devenir une identitĂŠ VRFLDOHRXUpXVVLUSHXWVLJQLĂ&#x20AC;HUpasser le cap des dix millions de miles sur la carte GHĂ&#x20AC;GpOLWpG¡XQHFRPSDJQLHDpULHQQH0DLV SRXUTXRLSRXUDOOHUR"6DWLVIDLWGHVRQ H[LVWHQFHGHFpOLEDWDLUHYR\DJHDQWOpJHU %LQJKDPHQWUHGDQVXQHVpULHXVH]RQHGH turbulences, bousculĂŠ entre deux femmes : VRQTXDVLGRXEOH Špense que je suis toi mais avec un vaginÂŞ TX¡LOUHWURXYHDXJUpGHVYROV HWGHVK{WHOVHWVDMHXQHFROOqJXHDX[GHQWV ORQJXHVTXLO¡DFFRPSDJQHHQPLVVLRQSRXU le convaincre des vertus des licenciements par visioconfĂŠrence. In the Air se prĂŠoccupe

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LES CHRONIQUES Dâ&#x20AC;&#x2122;ALEX MASSON

WERNER HERZOG et Nicolas

Cage revisitent le Bad Lieutenant dâ&#x20AC;&#x2122;Abel Ferrara. Une reprise en totale roue libre ? Pas seulement.

Bad Lieutenant : escale Ă la Nouvelle-OrlĂŠans

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de Werner Herzog, le 3 mars

ONE-­MAN-­SHOW BAROQUE Le Bad LieutenantG¡+HU]RJHVWHQWRWDOH ĂŠbullition. Le rĂŠalisateur allemand a YLVLEOHPHQWGRQQpVDEpQpGLFWLRQj1LFRODV &DJHSRXUIDLUHFHTX¡LOĂ&#x20AC;WGHPLHX[FHV

GHUQLqUHVDQQpHVjO¡pFUDQQ¡LPSRUWH TXRL'DQVO¡RULJLQDO+DUYH\.HLWHO LQWpULRULVDLWMXVTX¡jQ¡rWUHSOXVTX¡XQH boule de douleur. Cage extĂŠriorise tout SRXUXQSKpQRPpQDOone-­man-­show, entre VpULHVGHWLFVjIDLUHEOrPLU6DUNR]\HW LPSURYLVDWLRQVEDURTXHVVXUOHWH[WHRX OHVVLWXDWLRQVVRQPRQRORJXHDEVFRQV SHQGDQWTX¡LOVHUDVHGHYUDLWUHVWHUGDQV OHVDQQDOHVWRXWFRPPHVHVKDOOXFLQDWLRQV peuplĂŠes dâ&#x20AC;&#x2122;iguanes. 2QDXUDLWFHSHQGDQWWRUWGHVHUXHUVXU ce Bad Lieutenant bis juste pour se poiler. (QWUHOHVERXIIpHVGpOLUDQWHV+HU]RJĂ&#x20AC;OPH son cop comme un pantin possĂŠdĂŠ et retrouve des bribes de lâ&#x20AC;&#x2122;original, peinture G¡XQPRQGHPpGLRFUHTX¡LOIDXWIXLUSDU O¡H[FqV7RXUQDQWGDQVODYLOOHGpYDVWpHSDU .DWULQD+HU]RJHVWjVDPDQLqUHXQDXWUH ouragan, dĂŠsireux de pulvĂŠriser les codes GHODPRUDOHSRXUPLHX[ODIDLUHUHQDvWUH )HUUDUDQ¡DYDLWSDVGHSLWLpSRXUVRQĂ LF HWO¡DPHQDLWDXSLORUL+HU]RJSDUGRQQH tout au sien, transforme sa part obscure HQLOOXPLQDWLRQSHUPDQHQWH5pSOLTXH ĂŠnorme : ÂŤ Retire-­lui dessus, son âme danse encore. ÂŞ3DVSDUFHTX¡HOOHHVWjPRXULUGH ULUHGDQVODERXFKHGH&DJHPDLVSDUFH TX¡HOOHUpVXPHH[DFWHPHQWFHWREMHWTXL IRXWXQSHXODKRQWHPDLVEUÂ&#x20AC;OHGHPLOOH IHX[HQUHIXVDQWGHEUÂ&#x20AC;OHUVXUO¡DXWHOGHV conventions. â&#x20AC;&#x201D;

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Mad Lieutenant

Lâ&#x20AC;&#x2122;un de mes plus forts souvenirs au festival de Cannes reste la projection, en GH Bad Lieutenant. Pas tant pour O¡LPSUHVVLRQQDQWĂ&#x20AC;OPG¡$EHO)HUUDUD SHXW rWUHVRQVRPPHW TXHSRXUO¡LUUXSWLRQVXU VFqQHGHODVFpQDULVWH=Rp7DPHUOLVDORUV TXHFHUWDLQVDFFUpGLWpVTXLWWDLHQWODVDOOH DYDQWODWRXWHGHUQLqUHVFqQHHOOHV¡pWDLW PLVHjKXUOHUWRXWHVWULSHVGHKRUVTXHOHV journalistes nâ&#x20AC;&#x2122;avaient ÂŤ rien comprisÂŞ'L[ VHSWDQVSOXVWDUG:HUQHU+HU]RJ Aguirre, la Colère de Dieu DO¡LGpHIDUIHOXHG¡DFFHSWHU GHGRQQHUXQHVXLWHjBad Lieutenant(W FHWWHIRLVFLQHULHQFRPSUHQGUHHVWVDQV GRXWHODPHLOOHXUHIDoRQGHO¡DSSUpFLHU &KH])HUUDUDLOpWDLWTXHVWLRQG¡XQĂ LF FRUURPSXGpIRQFpDXFDWKROLFLVPHGH UpGHPSWLRQHWGHGpVHVSRLU5LHQGHWRXW oDGDQVFHWWH Escale Ă la Nouvelle-­OrlĂŠans, PrPHVLOHFRQFHSWUHVWHOHPrPHXQ SROLFLHUSRXUULMXVTX¡jO¡RVHVWVXUOHSRLQW G¡rWUHFKRSpSDUO¡,*6ORFDOHHWWHQWHGHVH refaire une virginitĂŠ via une affaire tordue de TXLQWXSOHPHXUWUH4XHOSRLQWFRPPXQHQWUH +HU]RJHW)HUUDUD"/HFLQpPDOHXUVHUWGHFUL SULPDOpUXFWDQWOHXUKDLQHGHVVHQWLPHQWV WLqGHV


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Carte blanche

La mission Ă Paulo

Va voir PAULO ANARKAO on te dit : un moyen mĂŠtrage très marrant sur un papa bizarre, tournĂŠ avec rien, visible sur le Net et rĂŠcompensĂŠ au festival du Ă&#x20AC;OPJURODQGDLV+pRXDLV

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par Gustave Kervern

A StandardLOVVRQWYUDLPHQWFRQV-¡DL UpXVVLjOHXUYHQGUHXQHUXEULTXHFLQpPD DORUVTXHMHYDLVMDPDLVDXFLQpPD+DKDKD 1RQMHGpFRQQH(QIDLWF¡HVWHX[TXLP¡RQW SURSRVpoD(WTXDQGMHOHXUDLGLWTXH jâ&#x20AC;&#x2122;allais jamais au cinĂŠma, ils mâ&#x20AC;&#x2122;ont dit : ÂŤ Tant mieux.ÂŞ&¡HVWSHXWrWUHSRXUoDTXHStandard, M¡DGRUH&¡HVWSHXWrWUHDXVVLSRXUoDTX¡RQD GXPDOjIpGpUHU-HGLVŠRQÂŞSDUFHTXHHX[ en presse ĂŠcrite, et nous au cinĂŠma, on aime bien sortir des autoroutes battues. %UHILOPHIDXWGRQFSDUOHUG¡XQĂ&#x20AC;OPTXL mâ&#x20AC;&#x2122;aurait sĂŠduit ces derniers temps. La vĂŠritĂŠ HVWTXHMHVXLVjODIRLVVXSHUERQSXEOLFHW WUqVPDXYDLVSXEOLFTXDQGM¡DLO¡LPSUHVVLRQ dâ&#x20AC;&#x2122;avoir ĂŠtĂŠ pris pour un jambon sous vide. 2XTXDQGMHVHQVTXHGDQVXQHÂąXYUHOD WHFKQLTXHDSULVOHSDVVXUO¡DIIHFWLI2UF¡HVW VRXYHQWOHFDV0DLVFRPPHMHVDLVDXVVLTXH IDLUHXQĂ&#x20AC;OPF¡HVWJpQpUDOHPHQWORLQG¡rWUH XQHSDUWLHGHSODLVLUDXYXGHVGLIĂ&#x20AC;FXOWpVj OHPRQWHUSXLVjOHIDLUHSXLVjOHVRUWLUMHQH SHX[rWUHTXHFRXODQWDYHFPHVŠFROOqJXHVÂŞ rĂŠalisateurs. ,O\DELHQXQWUXFTXHM¡DLDLPp(WTXH MHYRXVFRQVHLOOHHQWRXWHVLPSOLFLWpdD sâ&#x20AC;&#x2122;appelle Paulo Anarkao&¡HVWXQPR\HQ PpWUDJHGHPLQXWHVWRXUQpHQSDU *pUDOG7RXLOORQDYHFWURLVHXURVVL[VRXV PDLVTXLDWRXWHVOHVTXDOLWpVSRXUOHUHQGUH VLDJUpDEOHjPHV\HX[SRFKpV

Ă&#x20AC; BOIRE, Ă&#x20AC; MANGER, Ă&#x20AC; FUMER, Ă&#x20AC; FORNIQUER &¡HVWO¡KLVWRLUHG¡XQMHXQHTXLUHWURXYHVRQ SqUHTXLO¡DDEDQGRQQpQDJXqUHjVRQWULVWH VRUW,OHQSURĂ&#x20AC;WHSRXUIDLUHXQUHSRUWDJHVXU VRQJpQLWHXUSHUGXXQHHVSqFHG¡DQDUFKLVWH DPDWHXUGHFKRVHVjERLUHjPDQJHU jIXPHUjIRUQLTXHU$XWDQWGHFKRVHV TX¡DXFXQPLOLWDQWUR\DOLVWHQHFRQQDvWUD MDPDLV/HVGHX[U{OHVSULQFLSDX[VRQWSDU FRQWUHUR\DOHPHQWLQWHUSUpWpV/HĂ&#x20AC;OVHVW MRXpSDU*pUDOGOHUpDOLVDWHXU/HSDSDHVW MRXpSDU3DXOR²TXHO¡RQDGHSXLVHQU{Op GDQVQRWUHSURFKDLQĂ&#x20AC;OPjQRXVTX¡RQ DIDLWDYHF%HQRvW'HOpSLQHMammuth. 3DXORV¡HVWDLQVLUHWURXYpGHYDQW*pUDUG Depardieu. De mĂŠmoire, je nâ&#x20AC;&#x2122;ai jamais vu XQKRPPHVXHUDXWDQWDYDQWGHMRXHU Pourtant, il a peur de rien, le Paulo, lui TXLSRXUYLYUHIDLWGHVUHSULVHVG¡$&'&j O¡RUJXHGHEDUEDULH0DLVOjLODHXOHVIRLHV %UHIHQWUHO¡DFKDWG¡XQPDWHODVVXUH%D\HW OHYLVLRQQDJHG¡XQHpQLqPHJDIIHGHPLQLVWUH SUHQH]OHWHPSVGHYRXVPDUUHUGHYDQW Paulo Anarkao(WVLYRXVQ¡DYH]SDVDLPp Standard vous rembourse votre abonnement ORUVGHODSURFKDLQHGLVWULEXWLRQG¡DUJHQW TXHOHPDJD]LQHRUJDQLVHOHMHXGLMDQYLHU GqVKjODVDOOHRPQLVSRUWVGH3DULV %HUF\ 0HUFLGHP¡DYRLUOXÂł

Retrouvez dans chaque numĂŠro la chronique de Gustave Kervern. Tandis que Louise Michel, son prĂŠcĂŠdent bâton de dynamite corĂŠalisĂŠ avec BenoĂŽt DelĂŠpine, vient de sortir en DVD chez MK2, Mammuth, leur quatrième long mĂŠtrage, ÂŤ lâ&#x20AC;&#x2122;histoire dâ&#x20AC;&#x2122;un nouveau retraitĂŠ qui, pour toucher son dĂť, part Ă  la recherche de papiers manquants Âť, avec GĂŠrard Depardieu, Yolande Moreau et Isabelle Adjani, devrait surgir sur les ĂŠcrans en avril.

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PELLICULES &,1e0$

LE CINĂ&#x2030;MA CHEZ SOI, BIEN CONFORT

DVD X Femmes Collectif, 2008 Studio Canal

Arnaud & Jean-Marie Larrieu, 2009 Wild Side

ÂŤ La jeunesse, câ&#x20AC;&#x2122;est quand on ne sait pas ce qui va arriver. Âť 0DWKLHX$PDOULFGDQV Les Derniers Jours du Monde PAGE

Avec Un Prophète, la fable apocalyptique et romantique des frères Larrieu (Peindre ou faire lâ&#x20AC;&#x2122;amour IXWO¡DXWUHĂ&#x20AC;OPIUDQoDLV le plus audacieux de lâ&#x20AC;&#x2122;annĂŠe tout juste embaumĂŠe. Dâ&#x20AC;&#x2122;une main (dâ&#x20AC;&#x2122;une prothèse), en arrière-plan, une catastrophe sanitaire internationale â&#x20AC;&#x201C; inexpliquĂŠe, car ce nâ&#x20AC;&#x2122;est pas le sujet â&#x20AC;&#x201C; conduit la planète Ă sa perte et les gens se battent, paniquent, baisent, V¡HQĂ&#x20AC;OHQWLO\DGHVSLOODJHVHWGHJUDQGHV fĂŞtes. On nâ&#x20AC;&#x2122;aura jamais vu la France et O¡(VSDJQHĂ&#x20AC;OPpHVFRPPHFHODGDQV lâ&#x20AC;&#x2122;anarchie, cela en toute modestie â&#x20AC;&#x201C; câ&#x20AC;&#x2122;est crĂŠdible, autant que le Londres abandonnĂŠ de 28 jours plus tard ou le New York zombie de Je suis une lĂŠgende(WWRXWoD pour parler de souvenirs amoureux ! Car dans lâ&#x20AC;&#x2122;autre main, un homme â&#x20AC;&#x201C; Amalric, qui dâ&#x20AC;&#x2122;autre ? â&#x20AC;&#x201C; se balade avec son sac Ă  dos â&#x20AC;&#x201C; le motif de la randonnĂŠe parcourt WRXWHODĂ&#x20AC;OPRGHVUpDOLVDWHXUV²jWUDYHUV les cendres Ă  la recherche de sa maĂŽtresse androgyne. Renoue avec sa femme le temps dâ&#x20AC;&#x2122;un cunnilingus ultime (avec XQHVXUSUHQDQWH.DULQ9LDUG Ă LUWHDYHF Sergi Lopez qui sent fort ou pilote un camion aux cĂ´tĂŠs dâ&#x20AC;&#x2122;une chouette. Peut-ĂŞtre que les choses ne vont pas si mal que ça : le monde est simplement en train de rajeunir. Richard Gaitet

ÂŤ Lâ&#x20AC;&#x2122;Origine du Monde, ce serait mieux avec le maillot fait. Âť Â Arielle Dombasle dans Le Bijou indiscret

Eric Le Bot

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Les Derniers Jours du Monde

Neufs courts mĂŠtrages pornos ĂŠcrits et rĂŠalisĂŠs par des actrices/rĂŠalisatrices. 2 h 30 pour comprendre lâ&#x20AC;&#x2122;excitation fĂŠminine ? Parmi celles qui montrent et celles qui cachent, celles qui parlent ÂŤ fantasmes Âť et celles qui scrutent le rĂŠel, des similitudes : la femme cesse ĂŠvidemment dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre un objet ; la lumière, la plupart du temps tamisĂŠe, est travaillĂŠe ; il y a toujours un jeu. Chez ZoĂŠ Cassavetes, un couple sous coke se travestit et le dildo se retrouve oĂš vous imaginez. Chez Lola Doillon, une fille amusĂŠe imite en live un film  X que son copain sâ&#x20AC;&#x2122;apprĂŞtait Ă  voir sans elle â&#x20AC;&#x201C; Ă  la fin, elle interroge  : ÂŤ Alors, qui câ&#x20AC;&#x2122;est qui tâ&#x20AC;&#x2122;excite le plus ? Âť, câ&#x20AC;&#x2122;est dâ&#x20AC;&#x2122;une fraĂŽcheur hard inconnue. La catwoman dâ&#x20AC;&#x2122;HĂŠlĂŠna Noguerra fĂŞte son anniversaire dans un peep-show torride (c'est le plus proche du porno traditionnel, donc le plus excitant, on ne se refait pas). Le bel acteur choisi par MĂŠlanie Laurent erre dans des backrooms et couche avec une femme Ă  travers une vitre. Caroline Loeb filme deux coquines se touchant sous la table. Tonie Marshall suit une femme mĂťre ayant rendezvous avec un inconnu. HĂŠlène Fillières prend un cours dâ&#x20AC;&#x2122;escort girl hyper intellectuel chez Laetitia Masson-le-glaçon (qui considère que ÂŤ lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠrotisme câ&#x20AC;&#x2122;est le mystère, câ&#x20AC;&#x2122;est la musique de Jean-Louis Murat Âť). Frigide ! Quant Ă  Arielle Dombasle (le pire de tous), elle cherche ÂŤ le plus beau sexe fĂŠminin du monde Âť et, fĂŠtichiste, des habits pour ses poupĂŠes Barbie. Câ&#x20AC;&#x2122;est le dernier le plus rĂŠussi, signĂŠ Anna  Mouglalis  : un couple se prend la main, elle glissant son index entre son pouce et son majeur Ă  lui â&#x20AC;&#x201C; en un mot se pĂŠnĂŠtrant, avec, dans le fond, une tĂŠlĂŠ diffusant du porn. Câ&#x20AC;&#x2122;est touchant, violent, ça subvertit la règle de la sĂŠrie (ÂŤ montrer Âť), dĂŠmontre un sens du jeu (dâ&#x20AC;&#x2122;acteur) et de lâ&#x20AC;&#x2122;efficacitĂŠ.

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CINĂ&#x2030;MA

Il ĂŠtait une fois la rĂŠvolution Sergio Leone, 1971, Fox

Closeup Abbas Kiarostami, 1990

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Montparnasse

RestaurĂŠ par la CinĂŠmathèque de Bologne avec Giorgio Armani, Cartier et, tiens, Qatar Airlines, ÂŤ lâ&#x20AC;&#x2122;enfant mal formĂŠ Âť de Leone sâ&#x20AC;&#x2122;ouvre sur le jet dâ&#x20AC;&#x2122;urine dâ&#x20AC;&#x2122;un grassouillet voleur de poules, Juan Miranda, embarquĂŠ malgrĂŠ lui en compagnie de son père et de ses six bambins dans la rĂŠvolution mexicaine de 1913, qui nâ&#x20AC;&#x2122;est pas un dĂŽner de gala. PassĂŠ cette citation de Mao, des bourgeois racistes insultent notre prolo dans lâ&#x20AC;&#x2122;exiguĂŻtĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;une diligence, avant dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre copieusement humiliĂŠs Ă leur tour â&#x20AC;&#x201C; cette première scène exemplaire, Tarantino doit en rĂŞver la nuit, et de la suite aussi : James Coburn Ă  moto, dynamitant la montagne, rompant direct avec lâ&#x20AC;&#x2122;esthĂŠtique western : son personnage de John Fire Cracker Mallory est un hĂŠros bottĂŠ steampunk, cache-poussière, lunettes dâ&#x20AC;&#x2122;aviateur, foulard rouge, regard clair de prĂŠdateur ailĂŠ. Un terroriste expert en explosifs avec le drapeau de lâ&#x20AC;&#x2122;IRA (qui nâ&#x20AC;&#x2122;existait pas en 1913 !) dans sa sacoche. En cavale. Miranda et lui deviendront frères.

Les couleurs et le son sont très profonds. Les plans sur les visages, obsĂŠdants. Les Ă DVKEDFNVLUODQGDLVDX[TXHOVODEDQGHVRQ de Morricone (dâ&#x20AC;&#x2122;oĂš sortent ces ÂŤ chomchom Âť qui ponctuent tout le rĂŠcit ?) donne une ampleur ĂŠdĂŠnique, irrĂŠels, et lâ&#x20AC;&#x2122;amertume des trahisons particulièrement palSDEOHG¡DLOOHXUVOHĂ&#x20AC;OPHVWWUqVODUJHPHQW pessimiste, Ă lâ&#x20AC;&#x2122;image de son titre original â&#x20AC;&#x201C; Baisse la tĂŞte, courbe lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠchine â&#x20AC;&#x201C;, et de sa dernière rĂŠplique de pĂŠquenaud promu gĂŠnĂŠral, dĂŠsormais sans famille et sans ami, qui se demande : ÂŤ Et moi alors ? Âť, puisque aucune rĂŠvolte nâ&#x20AC;&#x2122;amène grand-chose de meilleur car ce sont toujours, Ă  dĂŠfaut des travailleurs, ÂŤ ceux qui lisent les livres Âť qui mènent la danse. R. G.

(Q$OL6DE]LDQVHIDLWSDVVHU SRXUOHFLQpDVWHLUDQLHQ0RKVHQ 0DNKPDOEDI Le Cycliste DXSUqV G¡XQHIDPLOOHERXUJHRLVHTXLSRUWH SODLQWH)DVFLQpSDUFHWWHKLVWRLUH YUDLH $EEDV.LDURVWDPLSODFH VHVFDPpUDVDXFÂąXUGXWULEXQDO ÂŤ Nous RO¡LPSRVWHXUHVWMXJpSRXU sommes les HVFURTXHULHUHFRQVWLWXDQWOHVIDLWV avec les intervenants. De tous ses esclaves dâ&#x20AC;&#x2122;un Ă&#x20AC;OPV.LDURVWDPLDYRXHTXHClose-­ rĂ´le ĂŠgoĂŻste upHVWOHVHXOTX¡LODLPHYUDLPHQW qui dissimule 1RUPDOXQIDX[UpDOLVDWHXU\ devient rĂŠellement un acteur notre vrai ²VLPXODFUHjWRXVOHVpWDJHV visage. Âť essentiel. $OL6DE]LDQ .LDURVWDPLHW0DNKPDOEDI DSSURIRQGLURQWODPLVHHQDE\PH dans Le premier avec Au travers des Close-­up oliviers  O¡KLVWRLUHG¡XQH pTXLSHGHFLQpPDGpEDUTXDQW dans un village pour tourner Et la vie continue  VRQĂ&#x20AC;OP SUpFpGHQW/HVHFRQGDYHFO¡XQHGHV plus belles dĂŠclarations dâ&#x20AC;&#x2122;amour DXe art : Salaam CinĂŠma   JUDQGFDVWLQJQDWLRQDOROHV aspirants acteurs le deviennent LQVWDQWDQpPHQW$PRLQVTX¡LO IDLOOHFKHUFKHUO¡RULJLQHGXPpWD Ă&#x20AC;OPGDQVODSUHPLqUHĂ&#x20AC;FWLRQ LUDQLHQQH PXHWWH HQ Hadji Agha, acteur du cinĂŠma SRUWDLWjO pFUDQXQUpDOLVDWHXUjOD UHFKHUFKHG¡XQVXMHWSRXUVRQĂ&#x20AC;OP E. L. B.

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LES MEILLEURS Dâ&#x20AC;&#x2122;ENTRE NOUS (EPISODE IX)

Mi-mars, LES INROCKUPTIBLES mutent en newsmagazine  gÊnÊrationnelªPrODQWFULWLTXH aiguisÊe, journalisme  debout  et engagement citoyen. Le rÊdacteur en chef Bernard Zekri, 54 ans, brother formÊ à Actuel et ex-directeur G¡L7pOpGpFRUWLTXHVRQQRXYHDXŠkif .

ÂŤ Câ&#x20AC;&#x2122;est bien dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre un journal ĂŠnervant Âť entretien Richard Gaitet & Guillaume Jan photographie Blaise Arnold remerciements Anne-Sophie Meyer

ÂŤ Un peu de Vanity Fair pour les histoires long format [â&#x20AC;Ś], du Rolling Stone des annĂŠes 70-­80 pour le cĂ´tĂŠ amĂŠricain et Ă la marge, un peu dâ&#x20AC;&#x2122;Actuel pour le ton moderne quâ&#x20AC;&#x2122;il avait Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpoque. Âť VoilĂ  comment Matthieu Pigasse*, votre DFWLRQQDLUHSULQFLSDOGpĂ&#x20AC;QLWODQRXYHOOHIRUPXOH Câ&#x20AC;&#x2122;est ça ? Bernard Zekri : Vanity Fair, Rolling Stone, dâ&#x20AC;&#x2122;accord. 0DLQWHQDQWFHTX¡LOIDXWUDMRXWHUF¡HVWLes Inrocks : ce journal a une âme, doublĂŠe dâ&#x20AC;&#x2122;une compĂŠtence et dâ&#x20AC;&#x2122;une FUpGLELOLWpWUqVIRUWHVHQPDWLqUHGHFULWLTXH²LOQH V¡DJLWSDVGHMHWHUWRXWoDjODSRXEHOOH&HTXHUpVXPH 0DWWKLHXF¡HVWQRWUHYRORQWpG¡pYROXHUGHWHQGUHYHUV GDYDQWDJHG¡DPELWLRQ%LHQTX¡LOIDLOOHDXVVLSUHQGUHOD PHVXUHGHVFKRVHV

avec le coĂťt dâ&#x20AC;&#x2122;un seul reportage Ă Vanity Fair, on doit pouvoir financer

deux numĂŠros complets des Inrocks. &RQĂ&#x20AC;DQWPDOJUpOHFOLPDWpFRQRPLTXHPDXVVDGH" 5pDOLVWH2QQHIHUDSDVFLQTXDQWHstories par VHPDLQH0DLVVLRQQHVHWURPSHSDVG¡KLVWRLUHVL RQPHWODEDUUHDVVH]KDXWDYHFOHERQtiming et des FKRL[FRKpUHQWVDORUVRXLRQSHXWFRPSWHUGDQVOH SD\VDJHHWG¡XQHIDoRQVLQJXOLqUH2QDPHVHPEOH WLOXQERXOHYDUGSRXUFUpHUXQMRXUQDOQRXYHDX/D

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presse ĂŠcrite se porte mal, mais les gens ont besoin TX¡RQWULHFHGpOXJHG¡LQIRUPDWLRQVTXLQHSHUPHWSDV OHUHFXO7RXWHVWGDQVODGLVWDQFHrWUHSUqVGHVRQ VXMHWPDLVSDVWURSSUqV2UODWHQGDQFHF¡HVWOH GpFU\SWDJHWRXWOHPRQGHYHXWGpFU\SWHU Et pas Les Inrocks ? -HSHQVHSOXW{WTX¡LO\DXQHFHUWDLQHIUDvFKHXUj proposer, faire dĂŠcouvrir. Jâ&#x20AC;&#x2122;ai toujours ĂŠtĂŠ dans ce MRXUQDOLVPHOjELHQTX¡LOIDLOOHDXVVLPHWWUHODSOXPH OjRoDIDLWPDOYpULĂ&#x20AC;HUOHVIDLWVPHWWUHOHVJHQV IDFHj OHXUVFRQWUDGLFWLRQV'HO¡HQWKRXVLDVPHHWGH ODULJXHXU&KHUFKHUOHUpFLWTXLUDFRQWHOHPRQGH GRQQHUHQYLHGHSROLWLTXHjFHX[TXLHQVRQWGpJRÂ&#x20AC;WpV OjRQPDUTXHUDLWGHVSRLQWV/HSUHPLHUGpVLU SRXUoDF¡HVWO¡LQGpSHQGDQFH-HDQ)UDQoRLV%L]RW >IRQGDWHXUG¡Actuel et de Nova, voir Standard no@ GpIHQGDLWoDHWoDQ¡H[LVWHSOXV-HVXLVWUqVKHXUHX[ GHSDUWLFLSHUjFHWWHDYHQWXUHSDUFHTXHLes Inrocks DUpXVVLjUHVWHULQGpSHQGDQW>GHSXLV@VDQV V¡DSSX\HUVXUXQJURXSHXQHIRUWXQHUHVSHFW(W YRLFLTX¡DXMRXUG¡KXL3LJDVVHXQFXULHX[LQGLYLGXDYHF un vrai appĂŠtit de presse, investit ses propres sous. 4XHOOHDXGDFH Combien (lui) coĂťte la nouvelle formule ? Work in progress. (QWUHXQHWGHX[PLOOLRQVG¡HXURV Le nombre de pages va-­t-­il augmenter ? 9LQJWTXDWUHSDJHVHQSOXVQRXVSHUPHWWUDLHQW

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MÉDIAS

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dâ&#x20AC;&#x2122;atteindre une mise en page plus aĂŠrĂŠe, ĂŠlĂŠgante. 3DVSOXVFDUXQMRXUQDOF¡HVWGHVFKRL[3XEOLHU GHVWRQQHVGHWUXFVQ¡HVWSDVODVROXWLRQMHSUpIqUH prendre le temps dâ&#x20AC;&#x2122;aller voir les gens, soigner les articles. Et surtout reformer la partie ÂŤ news Âť du journal ? 2QDHQYLHGHYLYDFLWpG¡LPSHUWLQHQFH2QFKHUFKH FRPPHWRXVOHVDXWUHVFDQDUGVjPDUTXHUQRWUH VLJQDWXUH/DTXHVWLRQF¡HVWO¡pTXLOLEUHODSODFH DFFRUGpHjO¡DFWXDOLWpODSROLWLTXHODFULWLTXH culturelle, et celle accordĂŠe au journalisme debout, de terrain. Comment marier les deux, renforcer lâ&#x20AC;&#x2122;un sans vider lâ&#x20AC;&#x2122;autre, ce sera un peu la clĂŠ de notre VXFFqVVLRQDUULYHjpTXLOLEUHUoDRQHVWVXUXQH IRUPXOHDVVH]RULJLQDOH-HIRQFWLRQQHDXMRXUQDOLVPH G¡LQWpUrW

on se pose des questions, on a envie dâ&#x20AC;&#x2122;y rĂŠpondre. Vous recrutez de nouvelles signatures. Dont Florence Aubenas ? 2QVHSDUOH&¡HVWTXHOTX¡XQTXLQRXVSODvW-HQH SHX[SDVWURSP¡DYDQFHUKRQQrWHPHQWM¡DLUHQFRQWUp XQHFHQWDLQHGHMRXUQDOLVWHV,OQHV¡DJLWSDVGH recruter vingt personnes, simplement du renfort. Avec Christian Fevret, fondateur du titre et directeur de la rĂŠdaction, avez-­vous la mĂŞme vision du mĂŠtier ? 1RQ&¡HVWWRXWO¡LQWpUrWGHQRWUHFROODERUDWLRQ1RV YpFXVVHFRPSOqWHQWMHOXLDSSRUWHGHVFKRVHVHW YLFHYHUVD-HYLHQVG¡XQHFKDvQHLQIR>GHj %HUQDUG=HNULDpWpGLUHFWHXUGHODUpGDFWLRQ dâ&#x20AC;&#x2122;i-­TĂŠlĂŠ@MHPHVKRRWHjFHWWHDGUpQDOLQH&KULVWLDQHVW beaucoup plus dans le recul, il a un fonctionnement SUHVTXHDUWLVWLTXHSUHQGOHWHPSVGHIDLUHDERXWLUVD UpĂ H[LRQVDQVDYRLUIRUFpPHQWO¡HQYLHGHVHSORQJHU dans tous les dĂŠbats â&#x20AC;&#x201C; il veut dâ&#x20AC;&#x2122;abord juger de leur LQWpUrWDORUVTXHMHVXLVSOXVUpDFWLIça vient de se passer, il faut quâ&#x20AC;&#x2122;on y aille ! Je lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcoute, il mâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcoute, RQVHWHPSqUH Câ&#x20AC;&#x2122;est lui qui vous a appelĂŠ ? 2XL DĂŠcidez-­vous Ă deux ? dDDUULYHTXHMHWUDQFKHoDDUULYHTXHFHVRLWOXL RQOHIDLWHQVHPEOHGHWHPSVHQWHPSVF¡HVWSOXV DQDUFKLTXH2QGLVFXWH2QQ¡HVWSDVWURSGHGHX[ Voire trois : Matthieu Pigasse intervient-­il sur lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠditorial ? vient-­il au journal ? 6RXYHQWdDP¡LQWpUHVVHGHGLVFXWHUDYHFOXLGX PRPHQWRLOQHVHGUDSHSDVGHVDTXDOLWpGH SURSULpWDLUHFDUXQHUpGDFWLRQQHPDUFKHSDVFRPPH oD-HQ¡DLSDVSHXUGHSDUOHUDYHFOXLSDVSOXVTXH MHQ¡DYDLVSHXUGHSDUOHUDYHF-HDQ)UDQoRLV%L]RW TXLSRXUIDLUHFHTX¡LOYRXODLWVHGpPHUGDLWSRXU FRQYDLQFUH,OQHGLVDLWSDVŠ câ&#x20AC;&#x2122;est moi le patron ÂŞVLQRQ LOQ¡DXUDLWSOXVHXGHFRSDLQV6L0DWWKLHXPHGLWŠjâ&#x20AC;&#x2122;ai dĂŠcidĂŠ ça ÂŞERQHKELHQVDOXW0DLVV¡LOPHGpPRQWUH

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TXHODGHUQLqUHFRXYHUWXUHF¡HVWGHODPHUGHMHVXLV SUrWjO¡HQWHQGUH²VRQDYLVYDXWDXWDQWTXHOHPLHQ Matthieu Pigasse insiste aussi sur une plus forte politisation du journal. Avec ce nĂŠologisme : user dâ&#x20AC;&#x2122;un regard de ÂŤ dĂŠconnivence Âť. /DERQQHGLVWDQFHHQFRUH1HSDVIDLUHXQMRXUQDOGH PLFURFRVPH²OjGHVVXVWRXWHODUpGDFWLRQHVWDVVH] FRPEDWLYH7DSHURoDIDLWPDO&¡HVWELHQG¡rWUHXQ MRXUQDOpQHUYDQWdDYHXWGLUHDYRLUXQSRLQWGHYXH XQHFDSDFLWpG¡LQGLJQDWLRQVHPHWWUHHQFROqUH/HV FKRVHVVRQWDVVH]OLVVHVHQFHPRPHQWIRQWDSSHOj ODSHXU-¡DLHQYLHG¡HQJDJHPHQWFLWR\HQGHSDUOHUDX FHUYHDXGHVOHFWHXUVHWoDF¡HVWGHODSROLWLTXHTXL dĂŠpasse les partis. A qui sâ&#x20AC;&#x2122;adresse cette nouvelle formule ? 2QSHXWpODUJLUOHOHFWRUDW3UHQRQVOHURFNG¡XQH PXVLTXHF¡HVWGHYHQXXQHFXOWXUH&¡HVWjFHVJHQV TX¡RQYHXWSDUOHUjTXLSUpIqUHFODTXHUVHV WKXQHV GDQVXQFRQFHUWSOXW{WTX¡DXUHVWR(QpYRTXDQWFHX[ TXLERXVFXOHQWO¡establishment&¡HVWFRPPHoDTXHOD sociĂŠtĂŠ se rĂŠinvente.

Ă&#x2021;a mâ&#x20AC;&#x2122;intĂŠresse de parler aux gens qui sâ&#x20AC;&#x2122;impatientent, au monde de demain,

en rupture, peu importe leur âge :

LO\DGHVJHQVTXLVRQWWUqVMHXQHVWUqVYLHX[G¡DXWUHV TXLVRQWWUqVYLHX[WUqVMHXQHV/¡LGpHQ¡HVWSDVGH le lifter, le nouvel Inrocks sera vraiment un autre journal. Se rĂŠinventer comme le faisait Actuel2QLUD DVVH]ORLQ La rĂŠdaction ronronnait un peu ? $KQRQ3RXUWHQLUODWrWHKRUVGHO¡HDXoDERVVH EHDXFRXS,OQ¡\DYDLWSDVEHDXFRXSGHIULFHWFHW LQFRQIRUWOjoDJDUGHpYHLOOp&HVRQWGHVJpQpUDWLRQV TXLVHPpODQJHQWLO\DXQIURWWHPHQWGXGpEDW&H TXLHVWH[WUDRUGLQDLUHGDQVOHMRXUQDOLVPHF¡HVWTX¡RQ recommence toutes les semaines pour faire le numĂŠro SDUIDLW(WRQQ¡\DUULYHUDMDPDLVCette couvâ&#x20AC;&#x2122; est naze ! Pourquoi on a mis autant de trucs dessus ? Que fout ce papier-­lĂ ? Fin septembre, jâ&#x20AC;&#x2122;ai ĂŠcrit un article sur les SULVRQVHWMHSHQVHTX¡HQTXHOTXHVSDJHVM¡DLUpVXPp WRXWFHTX¡LOQHIDXWSDVIDLUH0DTXHWWHKRUULEOHOHV SKRWRVTXLQHYRQWSDVDYHFOHVHQFDGUpV(WSRXUWDQW on ĂŠtait pile dans lâ&#x20AC;&#x2122;actu. Le journalisme, câ&#x20AC;&#x2122;est tout VDXIGHERQQHVLQWHQWLRQV,OIDXWGHODSrFKHGH O¡HQYROpH&¡HVWXQPpWLHUGHGpWDLOV3OXVTXHWRXW Le FKRL[GHODERQQHSKRWRGHODERQQHSKUDVHGHOD ERQQHTXHVWLRQ Lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠchec de Volume, mensuel 100 % musique lancĂŠ par les Inrocks en juin 2008 et stoppĂŠ neuf mois après, ça pèse ? -HQ¡pWDLVSDVOjPDLVMHQ¡DLSDVO¡LPSUHVVLRQ TX¡LO\DLWGHVVpTXHOOHV'pMjLOVDYDLHQWFKRLVLXQ PDXYDLVWLWUHLOVDXUDLHQWGÂ&#x20AC;DSSHOHUoDLes Inrocks Musique(QIDLWoDDPDUFKp&¡pWDLWOLPLWHSXLVLO\D HXODFULVH/¡LGpHQ¡HVWSDVDEDQGRQQpHORLQGHOj Revenir Ă  la presse ĂŠcrite après vingt ans de tĂŠlĂŠ, câ&#x20AC;&#x2122;est facile ?

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Tu reprends ton papier, coco ?

En 1946, George Orwell ĂŠnonçait dans lâ&#x20AC;&#x2122;essai Politics and the English Language six règles pour une ĂŠcriture HIĂ&#x20AC;FDFH

Nâ&#x20AC;&#x2122;UTILISEZ JAMAIS UNE MĂ&#x2030;TAPHORE, UNE COMPARAISON OU TOUTE AUTRE FIGURE DE STYLE QUE VOUS AVEZ Lâ&#x20AC;&#x2122;HABITUDE DE VOIR IMPRIMĂ&#x2030;E. Nâ&#x20AC;&#x2122;Ă&#x2030;CRIVEZ JAMAIS UN MOT LONG SI UN MOT COURT FAIT Lâ&#x20AC;&#x2122;AFFAIRE. Sâ&#x20AC;&#x2122;IL EST POSSIBLE DE SUPPRIMER UN MOT, SUPPRIMEZ-LE. Nâ&#x20AC;&#x2122;UTILISEZ JAMAIS LA FORME PASSIVE SI VOUS POUVEZ UTILISER LA FORME ACTIVE. Nâ&#x20AC;&#x2122;EMPLOYEZ JAMAIS UN TERME SCIENTIFIQUE, UN MOT DE JARGON OU UN VOCABLE Ă&#x2030;TRANGER SI VOUS CONNAISSEZ SON Ă&#x2030;QUIVALENT DANS LA LANGUE DE TOUS LES JOURS. DĂ&#x2030;SOBĂ&#x2030;ISSEZ Ă&#x20AC; CES RĂ&#x2C6;GLES AVANT Dâ&#x20AC;&#x2122;Ă&#x2030;CRIRE QUOI QUE CE SOIT DE BARBARE.

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/DWpOpIRQFWLRQQHGHPDQLqUHLQGXVWULHOOHFHUWDLQV MRXUQDOLVWHVIRQWOHXUURFNVWDULO\DXQHSUHVVLRQ WHUULEOHSDUFHTXHWRXWFRÂ&#x20AC;WHWUqVFKHULOIDXWDOOHU YLWH$ORUVTX LO\DOHSODLVLUMXELODWRLUHPDJLTXHGH IDEULTXHUXQMRXUQDOODPDTXHWWHFKRLVLUOHVSKRWRV discuter des papiers. Câ&#x20AC;&#x2122;est

artisanal et un peu

romantique.

Graphiquement, comment Êvoluera la maquette ? 8QŠSV\FKDQDO\VWHJUDSKLTXHªQRXVGLWDFWXHOOHPHQW TXLRQHVW,OHQWHQGQRVGHVLGHUDWDVGHMRXUQDOLVWHV HWOHWUDGXLWHQLPDJHV2QUpà pFKLWjFKDQJHUOHORJR

ODW\SR5LHQQ¡HVWGpFLGp Et le site ? 2QYDOHIDLUHpYROXHUDYHFXQHLPSOLFDWLRQSOXV JUDQGHGHODUpGDFWLRQ*URVWUDYDLOOjGHVVXV3RXU TXHoDVRLWSOXVUpDFWLISOXVFRQVXOWpDXFDUUHIRXU GHODPXVLTXHHWGHVnews. A nous dâ&#x20AC;&#x2122;occuper ce WHUUDLQOjXQSHXPLHX[ Qui seront vos concurrents directs ? 2QYHXWrWUHFODVVpQHZVPDJD]LQHQHSOXVrWUHXQ MRXUQDOVSpFLDOLVp2QYHXWDOOHUMRXHUGDQVODFRXUGHV JUDQGVKHEGRVLe Point, Lâ&#x20AC;&#x2122;Obs, Lâ&#x20AC;&#x2122;Express. Combien de ventes chaque semaine ? dDRVFLOOHDXWRXUGH'RQWDXPRLQV par abonnement. Quels mĂŠdias consultez-­vous ? 0DV\PSDWKLHYDKLVWRULTXHPHQWYHUVLibĂŠ0DLV

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je lis aussi Le MondeHWMHVXLVDVVH]EOXIIpSDUOH Herald Tribune. 4XRLG¡DXWUH" Lâ&#x20AC;&#x2122;Equipe, Les Echos, La Tribune, Le Parisien, le Guardian, de temps en temps le New York Times, Le Point, Lâ&#x20AC;&#x2122;Express. Le Nouvel Obs, VSD, Paris-­Match, Marianne, Grazia, Voici, Vanity Fair, Courrier Internationalâ&#x20AC;Ś Je vais tous les jours sur Mediapart, Rue89, Lenouvelobs.com, un petit tour sur Ozapâ&#x20AC;Ś /DSUHVVHF¡HVWXQNLI(QYDFDQFHV VXUXQHSHWLWHvOH

je peux faire chaque jour quinze kilomètres

en scooter pour

trouver des journaux. La radio, la tĂŠlĂŠvision ? Jâ&#x20AC;&#x2122;aime bien Canal+ [il a travaillĂŠ pour Le vrai journal, Nulle part ailleurs et Lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠdition spĂŠciale], je regarde assez souvent CNN, lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠmission de Taddei, le JT de France 2 et C dans lâ&#x20AC;&#x2122;air. Le seul moment oĂš jâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcoute la radio, câ&#x20AC;&#x2122;est le matin : RTL, Europe 1, France Inter, France Culture.

Les Inrockuptibles

en kiosques chaque mercredi. Nouvelle formule le 15 mars

Les conseils dâ&#x20AC;&#x2122;Orwell au-­dessus de votre bureau [voir encadrĂŠ page prĂŠcĂŠdente], câ&#x20AC;&#x2122;est lâ&#x20AC;&#x2122;essentiel de vos règles dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcriture ? 1RQPDLVM¡\DGKqUH-¡DLHXODFKDQFH G¡DSSUHQGUHDYHF0LFKHO$QWRLQH%XUQLHU%L]RWHW 3DWULFN5DPEDXG>IRQGDWHXUVG¡Actuel@ ,OVpWDLHQWDVVH]IHUPHVOjGHVVXV Aviez-­vous une formation de journaliste ? 1RQ-¡DLFRPPHQFpSUHVTXHDFFLGHQWHOOHPHQW -¡KDELWDLV1HZ<RUNHWM¡pWDLVle mec sympa avec un appart. Les gens dâ&#x20AC;&#x2122;ActuelGpEDUTXDLHQWFKH]PRLMH OHVEUDQFKDLVDYHFOHPRQGHGHODPXVLTXHTXHMH connaissais bien, je leur trouvais des images pour remplir les pages ÂŤ nouveau et intĂŠressantÂŞ(WXQMRXU XQDYLRQHQWLHUHVWDUULYpGH3DULV,OVRQWRUJDQLVp DX5LW]ODIrWHODSOXVFRXUXHGHWRXWHODYLOOHDYHF 7X[HGRPRRQ-DFN1LFKROVRQ'DYLG%\UQHÂŤ-H VHUYDLVGHĂ&#x20AC;[HXUHQIDLW3XLVMHPHVXLVGLWTXHMH SRXUUDLVpFULUHPRLPrPH Premiers papiers signĂŠs ? Dans Soho News, puis Spin et The FaceYHUV 0RQSUHPLHUUHSRUWDJHF¡pWDLWVXUODPRUWGH -RKQ/HQQRQPDLVMHQHVDYDLVSDVWUDYDLOOHU GRQFoDQ¡DSDVpWpXQHDIIDLUH$SUqVLibĂŠ, par O¡LQWHUPpGLDLUHGH5pP\.ROSD.RSRXO>YRLUStandard no@/HSUHPLHUF¡pWDLWVXUOHVD[RSKRQLVWH -DPHV&KDQFHLODYDLWSHUGXVDFRSLQH²FKLQRLVH PHVHPEOHWLO²LOGRQQDLWXQFRQFHUWKRPPDJHj WURLVKHXUHVGXPDWLQKDOOXFLQDQW-¡DYDLVUpGLJp WURLVIHXLOOHWVGLFWpVSDUWpOpSKRQHÂŤ Suivis dâ&#x20AC;&#x2122;un autre DUWLFOHVXUFHFLQpDVWHjPRXVWDFKHGH3KLODGHOSKLH FRPPHQWLOV¡DSSHOOHGpMjÂŤ-RKQ:DWHUV Vous aviez quoi, 25 ans ? (QYLURQ&HVGpEXWVFHQ¡pWDLWSDVFRPPHXQHTXrWH

une vocation, câ&#x20AC;&#x2122;est arrivĂŠ naturellement et câ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait DVVH]MR\HX[

Jâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtais ÂŤ fauche man  : MHQHWWR\DLVOHVFXLVLQHVG¡XQUHVWDXEUDQFKpGH 6RKRRMHVXLVGHYHQXPDQDJHUDXERXWG¡XQ PRLV-HVRUWDLVGDQVGHVVRLUpHVSRpVLHWKpkWUH DXFÂąXUG¡XQHSHWLWHFRPPXQDXWpRSHUVRQQH nâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait personne, mais avec une effervescence, GHVFURLVHPHQWVVWXSpĂ&#x20AC;DQWVGHVWDOHQWV LQFUR\DEOHV9UDLPHQWGHODPDWLqUHjMRXUQDOLVPH -HDQ)UDQoRLV%L]RWYHQDLWVRXYHQWRQpWDLWDVVH] SRWHV8QPDWLQLOP¡DSSHOOHŠ0DLV TX¡HVWFHTXH WXIRXVEUDQOHXU9LHQVERVVHUj Actuel ÂŞ,OIDLVDLW FKDXGM¡DYDLVGHVSUREOqPHVM¡DLSULVO¡DYLRQ Pour devenir grand reporter ? &¡HVWoD$PRQUHWRXUGH1HZ<RUNLO\DYDLWXQ SHXpFULWŠ-RH*KHWWRÂŞVXUPRQIURQWÂŤM¡pFULYDLV sur le rap, la streetM¡DLKDELWpXQPRLVj6RZHWR >$IULTXHGX6XG@SXLVHQ2XJDQGDHQ&{WHG¡,YRLUH HQ$OJpULHDX.HQ\DHQVXLWHMHPHVXLVLQVWDOOpHQ EDQOLHXHSDULVLHQQHSRXUFDVVHUOHVFOLFKpVYRLUOHV IrWHVODJDvWpODFUpDWLYLWpIDEXOHXVH3XLV je me VXLVHQJRXIIUpGDQVFHWWHKLVWRLUHGHKLSKRSYLDOD tournĂŠe New York City Rapj3DULV/RQGUHV%HUOLQ >HQ@SXLVHQ&DOLIRUQLHDYHF,FH7²XQELGH 2QYHQDLWDX%DWDFODQDYHFOHVIXWXUV170,$0HW les gens se disaient : ÂŤ Mais oĂš est le groupe ? Ton truc de rap, ça va durer deux semaines.ÂŞ,O\DYDLW $IULND%DPEDDWDGHVĂ&#x20AC;OOHVDYHFGHVFRUGHVjVDXWHU OHVJUDIIHXUV3KDVHHW)XWXUDTXLSHLJQDLHQW VXUVFqQHHW'67FH'-SURGLJLHX[TXLDVFUDWFKp Rock It dâ&#x20AC;&#x2122;Herbie Hancock â&#x20AC;&#x201C; bref, un souk inouĂŻ. ,OVUpLQYHQWDLHQWOHORRNOHODQJDJHODPXVLTXHOH FLQpPDO¡pFULWXUH,O\DXQPRPHQWGHJUkFHGDQV WRXWHVOHVFKRVHVTXLV¡LQYHQWHQW²DYDQWTX¡HOOHVQH se pervertissent. Sur le point de se conclure, cette conversation est thÊâtralement interrompue par lâ&#x20AC;&#x2122;entrĂŠe dĂŠlicate de Michel-­Antoine Burnier, 67 ans, posant sa sacoche tandis que Bernard Zekri nous introduit : ÂŤ Câ&#x20AC;&#x2122;est PRQGRFWHXUHQpFULWXUHPRQFKDVVHXUGHFOLFKpV &¡HVWOHPHLOOHXUSRXUOHVDFFURFKHVOHVUHODQFHV HWO¡RUWKRJUDSKH4XDQGLO\DOLWLJHVRQDYLVHVW indiscutable : tout le monde tombe dâ&#x20AC;&#x2122;accord avec lui. ÂŞ Ainsi, en coulisses, les vieux incorruptibles dâ&#x20AC;&#x2122;Actuel veillent Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;avenir des ,QURFNXSWLEOHV. â&#x20AC;&#x201D; * Co-­directeur gĂŠnĂŠral de la banque Lazard, Matthieu Pigasse est devenu le 17 aoĂťt 2009 propriĂŠtaire Ă  77,5 % des Inrockuptibles.

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SĂ&#x2030;RIAL SĂ&#x2030;RIE

Lost, la Tradition retrouvĂŠe

4XHVWLRQP\WKRORJLTXHGHYDQWOHGHUQLHU chapitres de LOSTÂ : oĂš les personnages se sont-ils perdus, si ce nâ&#x20AC;&#x2122;est dans notre monde ? par PacĂ´me Thiellement

Perdus. Dans Le Roi du MondeXQHpWXGHGH OHPpWDSK\VLFLHQIUDQoDLV5HQp*XpQRQV\QWKpWLVH lâ&#x20AC;&#x2122;ensemble des donnĂŠes traditionnelles concernant OHP\WKHGXFRQWLQHQWSHUGX$SSHOp6KDPEKDOD $JDUWKD$WODQWLVRX7KXOpFHOXLFLUHQYRLHjXQ FHQWUHVSLULWXHOUHSUpVHQWpFRPPHXQHvOH,PPXDEOH DXPLOLHXGHO¡DJLWDWLRQGHVĂ RWVO¡vOHHVWGHYHQXH LQDFFHVVLEOHjO¡KXPDQLWpRUGLQDLUHHWVLWXpHKRUVGH O¡DWWHLQWHGHVFDWDFO\VPHVTXLERXOHYHUVHQWOHPRQGH KXPDLQjODĂ&#x20AC;QGHVSpULRGHVFRVPLTXHVUHSUpVHQWpHV SDUOHFKDSHOHWVKLYDwWHGHJUDLQV ÂŤ chaĂŽne des mondes ÂťHVWÂŤ un des nombres cycliques fondamentaux ÂťSUpFLVH*XpQRQ $XFÂąXUGHFHWWHvOH UpVLGHOH5RLGX0RQGH VDQVNULWManu /pJLVODWHXU SULPRUGLDOLOLQFDUQHO¡,QWHOOLJHQFHFRVPLTXHTXL UpĂ pFKLWOD/XPLqUHVSLULWXHOOHSXUHHWIRUPXOHOD Loi (Dharma /H0DQXHVWÂŤ celui qui fait tourner la roue Âť (ChakravartĂŽ 3ODFpDXFHQWUHGHWRXWHVFKRVHV LOHQGLULJHOHPRXYHPHQWVDQV\SDUWLFLSHUOXLPrPH 7HQDQWjODIRLVGH-XOHV9HUQHHWGH3KLOLS. Dick, Lost ne contredit jamais cet ensemble de GRQQpHVpVRWpULTXHVPDLVOXLGRQQHXQHIRUPH actuelle, associant le background WUDGLWLRQQHOjXQH UHSUpVHQWDWLRQSDWKpWLTXHGXPRQGHPRGHUQH/D SXLVVDQFHGHVRQUpFLWWLHQWjODFRQIURQWDWLRQG¡XQ XQLYHUVUpJLSDUGHVIRUFHVVXSUDKXPDLQHVHWGHV KRPPHVGHQRWUHWHPSVDXSRWHQWLHOFRQWUDULp&H VRQWGHVrWUHVG¡H[FHSWLRQV\VWpPDWLTXHPHQWEULVpV SDUOHXUHQYLURQQHPHQWHWOHXUVSURFKHV-DFN .DWH6DZ\HU/RFNH+XUOH\6D\LG6XQHW-LQVRQW LQFDSDEOHVGHGRQQHUDXWUHFKRVHTXHOHpire dâ&#x20AC;&#x2122;eux-­ mĂŞmesGDQVOHXUVYLHVHWFHMXVTX¡jFHTXHO¡vOH les extraie de notre pourriture contemporaine et les UpRULHQWHYHUVGHVVLWXDWLRQVRpenser, agir et ĂŞtre ne font plus quâ&#x20AC;&#x2122;un.

TrouvĂŠs. Lost DV\VWpPDWLTXHPHQWUHPLVHQ cause les certitudes des spectateurs concernant OHVEDVHVGHVRQUpFLWO¡vOHQ¡HVWSDVGpVHUWHPDLV KDELWpH VDLVRQ OHVŠDXWUHVÂŞQHVRQWSDVGHV DXWRFKWRQHVPDLVRQWpWpUHFUXWpVSRXUGHVUDLVRQV SUpFLVHV VDLVRQ OHUpFLWQHV¡DFKqYHSDVTXDQGOHV SHUVRQQDJHVTXLWWHQWO¡vOHPDLVLOVGRLYHQW\UHWRXUQHU SRXUDFFRPSOLUOHXUGHVWLQ VDLVRQ :LGPRUHQ¡HVW SDVO¡DGYHUVDLUHGH%HQPDLVVRQSUpGpFHVVHXUGDQV ODGLUHFWLRQGHO¡vOH VDLVRQ HQĂ&#x20AC;Q VDLVRQ FHOXL TXHO¡RQGpVLJQHVRXVOHQRPGH-DFREQ¡HVWSDV

Des ĂŞtres dâ&#x20AC;&#x2122;exception systĂŠmatiquement brisĂŠs par leur environnement et leurs proches. Jacob mais un autre dieu se faisant passer pour -DFRE0pWDPRUSKRVDQWVDQVFHVVHODPpWDSK\VLTXH LPSOLTXpHSDUO¡DYHQWXUHGHVHVKpURVLost pousse le spectateur aux limites de son attention, dans lâ&#x20AC;&#x2122;objectif de le rĂŠorienter et de le sortir de sa passivitĂŠ VWUXFWXUHOOH2OHVSHUVRQQDJHVVRQWLOVSHUGXV dans Lost si ce nâ&#x20AC;&#x2122;est dans notre monde"(WTX¡HVWFH TXHO¡vOHVLFHQ¡HVWFRPPHO¡DSSHOOH/RFNHŠODWHUUH GHVYLYDQWVÂŞF¡HVWjGLUHOHOLHXGHODŠGpOLYUDQFHÂŞ (en sanskrit : moshka GHODŠOLEpUDWLRQKRUVGHOD IRUPHÂŞ vidĂŞha-­mukti "$LQVLLost est dans le monde GHODWpOpYLVLRQFRPPHVRQvOHVXUOD7HUUH²TXLWWH jFHTXHGHVVSHFWDWHXUVPRLQVSUpSDUpVKXUOHQW WHOOH&KDUORWWHŠ&HOLHXHVWODPRUWÂŞ  this place is death ! â&#x20AC;&#x201D;

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Lost

sixième et dernière saison Dès le 2 fÊvrier sur le Net

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MĂ&#x2030;DIAS

ARCHIVES

AccusĂŠ, levezvous Sortie en DVD des trois retransmissions tĂŠlĂŠvisuelles du TRIBUNAL DES FLAGRANTS DĂ&#x2030;LIRES, interrogeant, entre deux bons mots, les limites de lâ&#x20AC;&#x2122;humour. par Richard Gaitet

ÂŤ 203 pages de romantisme dĂŠcapant pour le prix dâ&#x20AC;&#x2122;un kilo de dĂŠbouche-­Êvier.ÂŞ9RLOjFRPPHQW le ÂŤ Procureur gĂŠnĂŠral de la 5pSXEOLTXH'HVSURJHVIUDQoDLVH ÂŞpYRTXHVRXULUHFKDIRXLQGH OpJLVODWHXU]pOpOHSUHPLHUURPDQ GH3DWULFN3RLYUHG¡$UYRUDQV PqFKHVEORQGHVSUHPLHUDFFXVp des trois retransmissions FDWKRGLTXHVGXTribunal des Flagrants DĂŠlires. 'LIIXVpHFKDTXHMRXUYHUV PLGLVXU)UDQFH,QWHUHQWUH VHSWHPEUHHWMXLQ (interruption du programme HQ FHWWHSDURGLH judiciaire conceptualisĂŠe SDU&ODXGH9LOOHUVVLVGDQV le fauteuil du PrĂŠsident et VXUQRPPpOHŠ0DVVLI&HQWUDOÂŞ² RQGLUDLWXQJURVFKDW²HXWGURLW jWURLVpPLVVLRQVVXU$QWHQQH ÂŤ Sous la robe noire de la justice ÂŞ DX[F{WpVGH9LOOHUVHW'HVSURJHV /XLV5HJRLQFDUQHO¡DYRFDWGHOD dĂŠfense ÂŤ le plus bas dâ&#x20AC;&#x2122;InterÂŞ 'DQVODSUHPLqUHpPLVVLRQ33'$ se dĂŠfend bien. Dans la seconde, F¡HVWV\PSD6RXFKRQGLWQ¡LPSRUWH

TXRLHW-HDQ&DUPHWIDLWOHFORZQ FRQVLGpUDQWDYHFMXVWHVVHTXH ÂŤ plus un personnage est vulgaire, piètre, plus il faut le jouer avec distinction, ĂŠviter le graveleux et lâ&#x20AC;&#x2122;effondrement dans le pathĂŠtique.ÂŞ /DVXLWHHVWPRLQVGU{OHPDLVSOXV instructive. Chanson pirate /¡HQWUpHGXWURLVLqPHLQYLWp glace lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcran : accusĂŠ de ÂŤ reconstitution de ligue dissoute par propagation dâ&#x20AC;&#x2122;idĂŠes

ÂŤÂ Les chiffres sont accablants : il y a de plus en plus dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtrangers dans le monde.  Pierre Desproges FLWDQW/XLV5HJR totalitairesÂŞF¡HVWVRQSUHPLHU SDVVDJHVXU5DGLR)UDQFHHQYLQJW DQVGHSROLWLTXH6RQJRLWUHGH pĂŠlican dĂŠpasse de son costume EOHXVRQÂąLOGHYHUUH]LJ]DJXH 4XL"/H3HQDQV(WUDQJH confrontation. Desproges sourit, 5HJRSRUWHXQHpWRLOHGHVKpULI /HQDWLRQDOLVWHpYRTXHŠune invasion en provenance des grands

continentsÂŞHWŠle spectre dâ&#x20AC;&#x2122;une guerre mondiale thermonuclĂŠaire causĂŠe par lâ&#x20AC;&#x2122;hĂŠgĂŠmonie communiste politico-­militaire internationaleÂŞ dĂŠtaille son estime pour PĂŠtain et se plaint de ÂŤ lâ&#x20AC;&#x2122;intelligentsia journalistique ÂŞ)LQUKpWRULFLHQ 9LOOHUVOXLWLHQWWrWHFKHUFKHOD FRKpUHQFHDXVHLQGHFHWWHSHQVpH nausĂŠabonde. &¡HVWO¡KHXUHGHODUpSOLTXH 'HVSURJHVVRUWVRQFpOqEUHŠOn peut rire de tout, mais pas avec nâ&#x20AC;&#x2122;importe qui ÂŞUDFRQWHVREUHPHQW ODIRLVRLODIDLWFURLUHj XQFKDXIIHXUGHWD[LUDFLVWH TX¡LOpWDLW$UDEHHWFRQFOXW SDUFHWKDELOHHPSUXQWj VRQFRPSOLFH5HJRŠLes chiffres sont accablants : il y a de plus en plus dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtrangers dans le monde.ÂŞ&HGHUQLHU FRQQDvWVRQPRPHQW de gloire en dĂŠcrivant, K\VWpULTXHODMRXUQpHW\SH G¡XQ66²FHTXLSURYRTXHPLQFH O¡KLODULWpGXIURQWLVWH/HQXPpURGH Ă&#x20AC;QVHPEOHLUUpHO/H3HQLQWHUSUqWH ÂŤ une chanson pirate ÂŞDFFRPSDJQp G¡XQSLDQLVWHPpWLV2QDSSHOOHoD ŠXQPRPHQWGHWpOpYLVLRQÂŞÂł Le Tribunal des Flagrants DĂŠlires

DVD Studio Canal

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PLAYERS -(8;9,'e2

PAGES COORDONNĂ&#x2030;ES PAR FRANĂ&#x2021;OIS GRELET ET BENJAMIN ROZOVAS

Quatre Avalanche dans les bacs de numĂŠros ÂŤ 2ÂŞTXLWLHQQHQW HQĂ&#x20AC;QOHVSURPHVVHVGHOHXUV aĂŽnĂŠs. On ne sâ&#x20AC;&#x2122;est pas fait avoir lĂ ?

Transcender coĂťte que coĂťte lâ&#x20AC;&#x2122;Ĺ&#x201C;uvre matricielle.

Uncharted 2

Sony/Naughty Dog modern warfare 2

$FWLYLVLRQ,QĂ&#x20AC;QLW\:DUG Left 4 Dead 2

EA/Valve Assassinâ&#x20AC;&#x2122;s Creed 2

Ubisoft MontrĂŠal

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LES JALONS DE Lâ&#x20AC;&#x2122;HISTOIRE /HULVTXHF¡HVWTX¡jIRUFHGHJRPPHUXQ jXQOHVGpIDXWVGHO¡pSLVRGHSURWRW\SH LOVRQWĂ&#x20AC;QLSDUOHUHQGUHFRPSOqWHPHQW REVROqWHMHWDEOHVDQVSpUHQQLWp9RXV Q¡DXUH]SOXV$8&81(UDLVRQGHMRXHUDX premier Left 4 Dead/Modern Warfare/ Uncharted/Assassinâ&#x20AC;&#x2122;s CreedDSUqVDYRLU WkWpGXVHFRQG$XQGpWDLOSUqVTXDQG PrPHLOVUHVWHURQWOHVSUHPLHUV0rPH V¡LOVQ¡pWDLHQWSDVDXVVLJpQLDX[TX¡LOV DXUDLHQWSXPrPHV¡LOVQ¡pWDLHQWTXHGHV brouillons, ce sont eux les jalons. Lâ&#x20AC;&#x2122;Histoire VHVRXYLHQGUDG¡HX[(OOHVHVRXYLHQGUDGH MHX[GpSDVVpVDX[TXHOVSOXVSHUVRQQHQH MRXH8QH+LVWRLUHPRUWH"Âł

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JEUX VIDĂ&#x2030;O

GONZO LIVE

Questions pour un candidat moyen

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Des rires et quelques Êtranglements avec  1 contre 100  sur le X-­BOX LIVE.

'DQVODYHUVLRQYLGpROXGLTXH GXFpOqEUH SDVWDQWTXHoDHQ )UDQFH ŠFRQWUHÂŞSUpVHQWp DXWUHIRLVSDU%HQMDPLQ&DVWDOGL WRXVOHVSRLQWVHWVXFFqVTXHYRXV DFFXPXOH]FKDTXHVRLUORUVGH SDUWLHVŠjYLGHÂŞGpWHUPLQHQWYRWUH future place dans lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠmission du MHXGLjKOHVRLUGXprime. &¡HVWOHSUHPLHUJUDQGUHQGH] YRXVjKHXUHĂ&#x20AC;[HGX;%R[/LYH une messe inratable, avec un petit F{WpYR\HXULVWHjODRunning Man. 6LYRXVDYH]pWpERQ le reste de la VHPDLQHYRXVDYH]GHVFKDQFHV G¡DFFpGHUDX0XU6LYRXVDYH] pWpH[FHOOHQWYRXVVHUH]SHXW rWUHVHXOFRQWUH(WoDF¡HVW O¡DIĂ&#x20AC;FKHDEVROXH/HERQKHXUGHFH W\SHGHTXL]jFKRL[PXOWLSOH, câ&#x20AC;&#x2122;est de pouvoir passer son ignorance VRXVVLOHQFHTXDQGRQSHUGHW G¡KXUOHUVDVXSpULRULWpTXDQGRQ JDJQH/HŠÂŞQHSURMHWWHTXHGH O¡LJQRUDQFH3DXYUHW\SHTXLQH VDLWPrPHSDVTXHO¡DVSHUJHHVW XQOpJXPH3RXUWDQWRQHVVD\H G¡rWUHOXLWRXVLQODVVDEOHPHQW 8QFRQVHLOVZLWFKH]OHODQJDJH de votre console en anglais. $ODTXHVWLRQŠQui interprĂŠtait le personnage principal dâ&#x20AC;&#x2122;,OIDXW VDXYHUOHVROGDW5\DQ? ÂŞLOVRQW rĂŠpondu Tom Hanks. Les ânes. ÂŤ Who plays the title character in Saving Private Ryan ? ÂŞ 0DWW'DPRQFKHUVÂł

SPĂ&#x2030;CIAL MARIO

si vous avez...

Si vous avez 5 minutes

MARIO & SONIC AUX JEUX OLYMPIQUES Dâ&#x20AC;&#x2122;HIVER Nintendo Super le slalom. Sympa le bobsleigh. Cool le saut Ă skis. Pour peu quâ&#x20AC;&#x2122;on ait une balance board dans son salon. Et puisque câ&#x20AC;&#x2122;est un party game, il sâ&#x20AC;&#x2122;agirait mĂŞme dâ&#x20AC;&#x2122;en avoir quatre Ă  portĂŠe de pieds. Sinon pas la peine de sâ&#x20AC;&#x2122;agiter de la wiimote ni de tortiller du nunchuk : la sensation de glisse nâ&#x20AC;&#x2122;y est pas, les ĂŠpreuves frisent lâ&#x20AC;&#x2122;injouabilitĂŠ et le fun promis dĂŠgĂŠnère, le temps dâ&#x20AC;&#x2122;une descente dans les platanes.

Si vous avez 1 heure

SUPER MARIO BROS. WII

Si vous avez 1 mois

MARIO & LUIGI : VOYAGE AU CENTRE DE BOWSER 

Nintendo Mario tombe, Mario vole, Mario tombe, Mario glisse et picore (avec son nouveau costume pingouin), Mario saute, Mario tombeâ&#x20AC;Ś Il se passe vingt trucs Ă la seconde dans le nouveau mariolle, ĂŠvidemment dĂŠmultipliĂŠ par le nombre de joueurs Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcran (jusquâ&#x20AC;&#x2122;Ă  quatre). Câ&#x20AC;&#x2122;est ĂŠpuisant. Mais dâ&#x20AC;&#x2122;une telle profondeur quâ&#x20AC;&#x2122;il faudra penser Ă  comptabiliser ces petites sessions dâ&#x20AC;&#x2122;une heure pour voir Ă  combien elles sâ&#x20AC;&#x2122;additionnent.

Alpha Dream/Nintendo Le coup de gĂŠnie de cette fausse suite au somptueux Brothers In Time est de rendre Bowser jouable pour tous les fans du plombier rital. Dâ&#x20AC;&#x2122;oĂš ce parfait Action RPG en forme de rĂŞve de gosse oĂš Bowser fait le show selon une formule arrivĂŠe dĂŠsormais Ă un stade de maĂŽtrise (rythmique, formelle, gaJXHVTXH  UpHOOHPHQW VWXSpĂ&#x20AC;DQW Câ&#x20AC;&#x2122;est possible dâ&#x20AC;&#x2122;avoir Yoshi pour le prochain ?

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PLAYERS -(8;9,'e2

BACK

Rétro 2009 Ok, Game Over. On pose les manettes et on rend les copies.

LE MOINS BIEN QU’IL EN AVAIT L’AIR Les nominés : PrototypeBrutal Legend Madworld Le gagnant : Prototype ! 5DGLFDO

Comment vendre un jeu ? Souvent à l’aveugle, parfois en mentant, toujours au détriment du consommateur, qui ne sait plus rien, il l’avoue volontiers. Prenez Prototype. Grosse ambition. Grosses couilles. Gros succès. Petite déception. Un produit confus, « pas fini », dans un packaging sensationnel. Bien joué Activision. En attendant, il y avait peutêtre un grand jeu là-dessous.

LE PLUS « PARKOUR » Les nominés : Uncharted 2 Assassin’s Creed 2Prototype Le gagnant : Assassin’s Creed 2 ! 8ELVRIW

Aucun jeu ne mérite mieux le terme de « bac à sable » que celui-là (gestion, plateforme, fight, infiltre). AC2 touche au sublime lorsqu’on l’envisage comme une balade sur les toits en tuile de l’Italie de la Renaissance. Courir des heures durant sur les façades des immeubles de Florence, zapper les missions, ne garder que les chromos des livres d’Histoire. Comme une Delorean à sens unique coincée dans notre console.

LE PLUS OLD’S COOL Les nominés : Street Fighter 4 Jump !Shadow Complex Le gagnant : Shadow Complex ! (SLF

Définir le plaisir retro gaming. Pas facile. Il fallait être là, quoi. Il faut avoir vécu la grande (petite) histoire des jeux vidéo, avoir fait l’expérience de ses évolutions et de ses invariantes, pour savoir de quoi on nous parle. Aventure high-tech à la Jack Bauer ou bain de jouissance dans les prairies side-scrollées de Metroïd, Shadow Complex est un grand jeu. Sous tous les angles.

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LE MIEUX FILMÉ Les nominés : Uncharted 2 Modern Warfare 2Resident Evil 5 Le gagnant : Uncharted 2 ! 1DXJKW\'RJ

Le nouveau dada des jeux Triple-A ? Faire « comme au cinoche », se prendre à la fois pour Keanu Reeves et pour Michael Bay. Ça tombe bien : Hollywood ne sait plus le faire. Pas dur de s’imposer l’année de G.I. Joe et de Transformers 2 ? Uncharted 2 met pourtant la gomme. Péripéties « jouables », accélérations folles, souffle coupé… Dix heures d’extase pop-corn à la pointe du joystick.

LE MOINS NUL QU’IL EN AVAIT L’AIR Les nominés : X-­Men Origins : Wolverine 50 Cent : Blood on the SandWolfenstein 3D Le gagnant : X-­Men Origins : Wolverine ! 5DYHQ6RIWZDUH

Sa jungle en plastoc et Technicolor 50’s, ses labos en carton-pâte, ses punchlines douteuses et sa « gorerie » exaltée en ont fait le B-game le plus excitant de l’année. Mieux, son gameplay méchamment nerveux, allégrement pompé sur God Of War, en fait l’un des hack’n slash les plus recommandables depuis des lustres. Pas sûr qu’on ose un jour le remettre dans le lecteur, mais, bon sang, quel pied !

LE PLUS « PHYSIQUE » Les nominés : PES 2009 Trials HDForza 3 Le gagnant : Trials HD ! 5HG/\Q[

La lourdeur d’un ballon de foot, la vélocité d’une voiture de course, le poids d’un corps humain sur une moto… Le tout, c’est de le sentir. Trials vous fait sentir à la milliseconde la physique merveilleuse du cascadeur et de sa moto, les flexions et les extensions, les roues avant et les saltos non prémédités. Il vous fait sentir que si vous n’y arrivez pas, c’est entièrement de votre faute. Belles mécaniques.

LE PLUS NEW’S COOL Les nominés : Batman Arkham Asylum BorderlandsDJ Hero Le gagnant : Borderlands ! *HDUER[

Bouffées d’air dans la production, propositions irréfutables (Be Batman, Man!)… 2009 est riche en expériences nouvelles, à défaut d’être toujours neuves. Borderlands ? Un terrain de jeu désertique rendu en cell-shading, des armes customisables à gogo, et tiens : invite tes amis. Sur aucun autre jeu, cette année, la tentation de « disparaître » sur le Live n’a été plus dévorante.

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LE MIEUX ÉCRIT Les nominés : Uncharted 2 Brutal LegendGTA 4 : Lost and Damned Le gagnant : GTA 4 : Lost and Damned ! 5RFNVWDU

Personne dans ce métier ne maîtrise l’art du storytelling, tout le monde essaie, jusqu’à en faire péter les coutures du médium. Rockstar y arrive en dormant. Les aventures de Johnny Klebitz ont plus de mordant et d’épaisseur Noir que celles de Niko, parce que plus courtes, et culminent dans un final amer comme le plomb. Meilleure fiction « biker » de l’année, loin devant Sons of Anarchy.

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ARCADE FIRED

ÂŤ Barthes, la fac, lâ&#x20AC;&#x2122;acide Âť DĂŠtachĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;Arcade Fire, le ŠĂ&#x20AC;QDO fantasyste Âť violoniste canadien OWEN PALLETT, 28 ans, ose le conte orchestral amoureux. Et rĂŠpond au tĂŠlĂŠphone, PrPHTXDQG il est au volant. Gaffe Ă la biche !

Salut Owen. Tu fais quoi, là , maintenant? Owen Pallett : Je conduis mon PLQLYDQjWUDYHUVOHVJUDQGHV IRUrWVGH 9LUJLQLHSRXU  Un fermier violent et XQFRQFHUWj :DVKLQJWRQFH courageux est un contraire VRLU-¡HVSqUH tout à fait attirant.  voir une ou GHX[ELFKHV 2ZHQ3DOOHWW Heartland tient-­il son titre du jeu vidÊo de 1986 ? 0HFF¡HVWLPSRVVLEOHMHQ¡HQDL MDPDLVHQWHQGXSDUOHU&HODIDLW GHX[DQVHWGHPLTXHFHQRPPH WURWWHGDQVODWrWHGHSXLVTXHMHO¡DL

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YXVXUXQSRVWHUj7RURQWR,OP¡DLQVSLUpXQXQLYHUV TXHMHQ¡DYDLVSDVPrPHEHVRLQGHŠFUpHUÂŞSDUFHTXH GqVTX¡RQpFULWRQHQLQYHQWHXQQRXYHDX0rPHVLWX pFULVVXU1LFRODV6DUNR]\>@FHVHUDLWXQSHUVRQQDJH Ă&#x20AC;FWLIGDQVXQPRQGHĂ&#x20AC;FWLI Et Roland Barthes, très prĂŠsent sur le disque ? Pendant lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcriture des textes, jâ&#x20AC;&#x2122;ai relu Fragments dâ&#x20AC;&#x2122;un discours amoureux>@SRXUDUWLFXOHUPHV SHUVRQQDJHV/HZLVHW0pSKLVWRSKpOqVdDP¡DSHUPLV GHPHUHFRQQHFWHUDYHFPRQŠPRLÂŞGHODIDF7X YRLVM¡DVVRFLH%DUWKHVDYHFODIDFHWO¡DFLGHOHO\FpH HWPHVYLHX[MHDQVjPHVDQV>LOVHPDUUH@-¡DL aussi beaucoup relu mes gros pavĂŠs prĂŠfĂŠrĂŠs, comme les deux premiers tomes dâ&#x20AC;&#x2122;A La Recherche du temps perdu. Comme la phrase proustienne, les morceaux dâ&#x20AC;&#x2122;Heartland sont très longs et très denses. >,OULW@7RXWjIDLW-HYRXODLVXQDOEXPRUFKHVWUDOTXL

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entretien TimothÊe Barrière

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MUSIQUE

et aussi Le disque

THappy Tindersticks Sur Falling Down a Mountain (4AD / Beggars), Stuart Staples cesse de pleurer Ă chaudes larmes, poursuit sa sĂŠrie de duos avec des filles (le très amusant Peanuts) et sâ&#x20AC;&#x2122;offre des intermèdes free jazz et flĂťtes de pan. Pas la grosse dĂŠconne non plus mais toujours aussi beau. T. B.

Dense et mÊticuleux, HEARTLAND repousse les limites de la pop via de (très) longues phrases orchestrales.

Lorsquâ&#x20AC;&#x2122;il se nommait encore Final Fantasy (les concepteurs du jeu vidĂŠo homonyme viennent de lui interdire lâ&#x20AC;&#x2122;usage de ce pseudo), on ĂŠtait passĂŠ Ă cĂ´tĂŠ des bricolages alambiquĂŠs des deux premiers albums dâ&#x20AC;&#x2122;Owen Pallett â&#x20AC;&#x201C; surtout de la mythologie très Donjons et Dragons du second He Poos Clouds en 2006. On saute donc Ă  pieds joints dans le nouveau monde dâ&#x20AC;&#x2122;Heartland. Après avoir enluminĂŠ pour Arcade Fire â&#x20AC;&#x201C; dont il est le violoniste en chef â&#x20AC;&#x201C; comme sur les derniers %HLUXWHW0LND  2ZHQDSSOLTXHHQĂ&#x20AC;QjOXL mĂŞme ses arrangements mĂŠticuleux, fricotant avec lâ&#x20AC;&#x2122;orchestre symphonique de Prague. En LODQQRQoDLWĂ&#x20AC;HUjEUDVSUpSDUHUXQ ÂŤ album sur le nĂŠant Âť : Heartland sâ&#x20AC;&#x2122;avère aussi dense quâ&#x20AC;&#x2122;un tome de La Recherche, repoussant les limites de la pop par de (très) longues phrases orchestrales. Et mĂŞme sans se passionner pour les relations tumultueuses entre un paysan bourru et son CrĂŠateur â&#x20AC;&#x201C; voire HQWUH3DOOHWWHWXQGLHXMDORX[²GLIĂ&#x20AC;FLOH dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre insensible Ă  ce talent dâ&#x20AC;&#x2122;arrangeurconteur. La complexitĂŠ de la matière se laisse facilement apprivoiser dans cet accĂŠlĂŠrateur

X Sun is Shiding

de particules oĂš sâ&#x20AC;&#x2122;entrechoquent Can, Depeche Mode, le new age et Fiona Apple. Owen nous promène avec une fausse fantaisie militaire (Midnight Directives) sur le Mont Alpentine pour une incantation aux divinitĂŠs post rock, dĂŠvale les montagnes russes de The Great Elsewhere dans le rollercoaster dâ&#x20AC;&#x2122;une boĂŽte Ă rythmes cheap qui atteint les 180 bpm, et rend le diable sympathique en lui donnant des airs de Sufjan Stevens (Tryst with Mephistopheles). En sortant dâ&#x20AC;&#x2122;Heartland, on se recoiffe et on a juste envie de tomber amoureux â&#x20AC;&#x201C; un truc de grand disque. T. B.

UHĂ qWHPHVFRQFHUWVRJUkFHjPDQRXYHOOHSpGDOH de loopM¡DUULYHjFUpHUFHWWHGHQVLWp&¡pWDLWWUqVGXU de tout faire seul, les arrangements, la direction G¡RUFKHVWUH&HJHQUHG¡DOEXPQpFHVVLWHEHDXFRXSGH PR\HQV-¡DLOXXQHLQWHUYLHZGH-LP2¡5RXUNHTXL VHSODLJQDLWGHQHSRXYRLUHQUHJLVWUHUOHGLVTXHGH VHVUrYHVŠparce quâ&#x20AC;&#x2122;il coĂťterait un million de dollars et cinq ans de travail ÂŞ-HOXLDLpFULWTX¡DYHFPRLRQ\ DUULYHUDLWHQXQDQHWGROODUV%RQLOQHP¡D pas encore rĂŠpondu. Qui est Lewis, ton hĂŠros ? 8QFRQFHQWUpGHWRXWHVOHVSHUVRQQHVTXHM¡DLPHPHV IUqUHVPRQFRSDLQPHVH[/HSOXVGU{OHF¡HVWTXH /HZLVHVWXQIHUPLHUYLROHQWHWFRXUDJHX[DORUVTXH MHVXLVXQXUEDLQSDFLĂ&#x20AC;VWH8QFRQWUDLUHWRXWjIDLW attirant. Tu rĂŞvais dâ&#x20AC;&#x2122;un album dâ&#x20AC;&#x2122;amour ? Pendant des annĂŠes, jâ&#x20AC;&#x2122;ai eu des relations ĂŠtranges

DYHFPHVDXGLWHXUV4XDQG jâ&#x20AC;&#x2122;avais lâ&#x20AC;&#x2122;impression de faire de WUqVEHDX[FRQFHUWVMHOLVDLVGHV FRPPHQWDLUHVDWURFHVVXU,QWHUQHW 0RLM¡DLXQHSURIRQGHDIIHFWLRQ SRXUOHVJHQVHWODPXVLTXHHVW lâ&#x20AC;&#x2122;extension de mon amour pour PRQSURFKDLQ6XUHeartland, jâ&#x20AC;&#x2122;ai voulu faire la concubine et partager cette affection, non seulement composer des morceaux TXLSRXUUDLHQWPHSODLUHPDLV VpGXLUHXQW\SHj7DLZDQRX j6WRFNKROPÂł

Heartland

Domino / PIAS

Saviez-vous que lâ&#x20AC;&#x2122;un des meilleurs magazines du monde reste Shindig, spĂŠcialisĂŠ garage, power-pop, soul, folk, psychĂŠdĂŠlisme & Co ? De la substance et zĂŠro hip. Lâ&#x20AC;&#x2122;anti NME. J.-E. D.

X Bouvard&PĂŠcuchet critiques-rock Nos facĂŠtieux confrères Basile Farkas et Josselin Bordat, respectivement chroniqueurs Ă Rock&Folk et Brain Magazine, publient Dictionnaire de la mauvaise foi musicale (Chiflet et Cie), un rigoureux ÂŤ traitĂŠ scientifique sur la musique Âť rempli dâ&#x20AC;&#x2122;aphorismes sabordant les clichĂŠs langagiers des mĂŠlomanes professionnels. A lâ&#x20AC;&#x2122;entrĂŠe ÂŤ instrument japonais Âť, cette citation de Nicolas Godin de Air : ÂŤ Pour Pocket Symphony, je suis allĂŠ spĂŠcialement Ă  Okinawa pour apprendre Ă  jouer du koto et du shamisen avec un maĂŽtre japonais. Quant Ă  Jean-BenoĂŽt, il a enfin trouvĂŠ les figurines des Chevaliers du Zodiaque qui lui manquaient (ShyriĂť et Shun), et aussi appris lâ&#x20AC;&#x2122;art ancestral de devenir transparent comme de lâ&#x20AC;&#x2122;eau. Âť R. G.

T Full Marianne Compilation soignĂŠe de Marianne Faithfull avec titres rares et copieux livret. Pas ĂŠtonnant quand on sait que Come my way sort sur lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpatant label de Joe Foster, Revola. J.-E. D.

Louise Le May = Debussy S Tout en subtilitĂŠ, la Londonienne Louise Le May fond dans lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠcrin des arrangements gracieux de Louis Philippe et son Tell me One Thing That is New (Folkwit) se hausse au niveau des plus belles heures de Van Dyke Parks, Ravel, Debussy et Robert Wyatt. Bon dâ&#x20AC;&#x2122;accord, jâ&#x20AC;&#x2122;en fais un peu trop. J.-E. D.

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NOIR Câ&#x20AC;&#x2122;EST NOIR

Contrat rompu WEEKEND

ne mord plus. Des problèmes de dents ? par Richard Gaitet

DĂŠception, tristesse. Les proprets 1HZ<RUNDLVG¡(]UD Koenig â&#x20AC;&#x201C; ÂŤ des personnages dâ&#x20AC;&#x2122;un roman de J.D. Salinger habillĂŠs en Ralph LaurenÂŞGL[LWOHNME ²pFKRXHQWFRPPHG¡DXWUHV avant eux au Â&#x2039;ŠWRXMRXUVGLIĂ&#x20AC;FLOH GHX[LqPHDOEXPÂŞ /DWkFKH LPSRVpHGHX[DQVDSUqVFRPPHQW transformer lâ&#x20AC;&#x2122;essai original et UDIUDvFKLVVDQWFRQWHQDQWRKGL[ UHIUDLQVXVpVMXVTX¡jODFRUGH SRSLQWHOOREODQFKHSODTXpH VXUGHVU\WKPLTXHVDIULFDLQHV arrangements prĂŠcieux et guitares high life "/HTXDWXRUHVWSHXWrWUH SDUWLHQZHHNHQGMXVWHPHQW Car sâ&#x20AC;&#x2122;ils font les couillons dans 0DQKDWWDQVXUOHFOLSGHCousins, personne ne sera dupe : Contra ne FRQWLHQWQLFKDQVRQQLPpORGLH Tout au plus, des resucĂŠes crevĂŠes

RĂŠminiscences

Gym-Ghana

de Mansard Roof. Sur Taxi Cab, I Think Ur A Contra, California English, Diplomatâ&#x20AC;&#x2122;s Son, câ&#x20AC;&#x2122;est fou : LOVHVTXLVVHQWXQHKDUPRQLHGRXFH et dĂŠsinvolte, un plan de guitare coolâ&#x20AC;Ś puis semblent carrĂŠment VRUWLUGXVWXGLR(QJXLVHGH GLUHFWLRQPXVLFDOHXQFOLQG¡¹LO DXIDPHX[MHXYLGpRGH DXWRXUG¡XQFRPPDQGRĂ LQJXDQW des aliens en pleine jungle â&#x20AC;&#x201C; ce TXLGRQQHTXHOTXHVblips et des V\QWKpVcheaps. Horchata tourne jYLGH1RQOHPHLOOHXUWLWUH HQUHJLVWUpSDU.RHQLJHQQH Ă&#x20AC;JXUHSDVVXUContra : invitĂŠ sur le moelleux Warm Heart of Africa de 7KH9HU\%HVWSURMHWGX0DODZLHQ (VDX0ZDPZD\DORFDOLVpj /RQGUHVLOUHWURXYHKXPEOHPHQWGH VDVXSHUEHDQVODYLHGHYDQW lui. â&#x20AC;&#x201D;

Le HIGH-LIFE, ce nâ&#x20AC;&#x2122;est pas que des guitares Ă lâ&#x20AC;&#x2122;eau claire : câ&#x20AC;&#x2122;est aussi du rock et de la soul sous acide. A un moment, on croyait la question rĂŠglĂŠe. Grâce aux compilations Ghana Soundz de Soundway et le chouette Ghana 70 de Syllart, on avait saisi que le high-life, câ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait de jolies guitares en ligne claire et funky juste-ce-quâ&#x20AC;&#x2122;ilfallait, tenues par des mecs du siècle dernier payĂŠs au vin de palme, et que Joe Mensah nâ&#x20AC;&#x2122;avait rien Ă  voir avec son homonyme footballeur. MĂŞme que Vampire Weekend, entre autres, ils savaient vachement bien sâ&#x20AC;&#x2122;en servir, de ces guitares-lĂ , pour accoucher dâ&#x20AC;&#x2122;une pop plus adaptĂŠe Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpoque que les vieilleries ghanĂŠennes. Bon. Courte vue. Ou presque : ce Ghana Special 1968-1981, ĂŠquivalent des très rĂŠussies sĂŠries Nigeria SpecialSHUPHWGHUDIĂ&#x20AC;QHU

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Contra

XL / Beggars

un peu mieux notre jugement. On retrouvera quelques artistes prĂŠsents sur les prĂŠcĂŠdentes sorties, mais dont on ne connaissait que le cĂ´tĂŠ funk. Ici, on dĂŠcouvre toute la face LQVRXSoRQQpHGXhigh life, qui sâ&#x20AC;&#x2122;acoquinait aussi bien de rock psychĂŠdĂŠlique (The Wellis Band, que lâ&#x20AC;&#x2122;on aurait adorĂŠ voir accompagner Gainsbourg), de soul sudiste amĂŠricaine (Sawaaba Sounds), de disco spatiale (Dr. K.Gyasi, Ă passer en soirĂŠe juste après Orchestra Baobab), de blues Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;harmonica bizarre... En appuyant de temps en temps sur skip, il y a largement de quoi faire avec trente-fois titres qui permettent de se coucher moins bĂŞte (Ă  six heures du matin). T. B. Ghana Special â&#x20AC;&#x201C; Modern High Life Afro Sound and Ghanaian Blues 1968-1981

Soundway / NaĂŻve

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Avec Contra, lâ&#x20AC;&#x2122;afro-pop de VAMPIRE

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MUSIQUE

ÂŤ Je suis une crème glacĂŠe Âť 'DQVDQWHWPpODQFROLTXH le premier maxi des Newyorkais de THE DRUMS enrobe sept jolies comptines surf dâ&#x20AC;&#x2122;une sophistication cold wave. Câ&#x20AC;&#x2122;est par oĂš la plage ? entretien Nicolas Roux

Le disque

Lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtĂŠ en hiver

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Fantasme de rock star ? En juin dernier, Jonathan Pierce et Jacob Graham quittent la Floride pour New York avec leurs ĂŠconomies et leur planche de surf sous le bras. Deux mois plus tard, les clubs de la ville qui ne dort jamais se battent pour programmer les prophètes de ce croisement trĂŠpidant entre lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠlĂŠgance froide de Joy Division et un 33tours des Shadows passĂŠ en accĂŠlĂŠrĂŠ. A lâ&#x20AC;&#x2122;image de I felt stupid et de leur single Letâ&#x20AC;&#x2122;s go surfing, dont les mĂŠlodies ne lâchent pas pendant deux jours, Summertime! est aussi immĂŠdiat que le succès de ses auteurs qui, malgrĂŠ la grosse vague, gardent les pieds sur terre. Il faut dire quâ&#x20AC;&#x2122;avec un nom trouvĂŠ dans lâ&#x20AC;&#x2122;inventaire dâ&#x20AC;&#x2122;un magasin dâ&#x20AC;&#x2122;instruments de musique et un humour pince-sans-rire, le quatuor de la grosse pomme ne risque pas de prendre le citron. N. R. Votre maxi Summertime! semble rĂŠpondre Ă  cette question : ÂŤ Et si Joy Division avait fait un album plus optimiste ? Âť Right ? Jacob Graham [guitariste] : 2Q V¡HVWSRVpFHWWHTXHVWLRQWRXWH QRWUHH[LVWHQFH(QSURQRQoDQW exactement ces mots dans un vide immobile et sans vie. Et lâ&#x20AC;&#x2122;album que vous prĂŠparez ? ,OVHUDOpJqUHPHQWGLIIpUHQWXQ SHXSOXVVRPEUHFDUOHVFKDQVRQV Summertime! OHVSOXVFKDOHXUHXVHVVRQWVXU Summertime! Les paroles resteront Moshi moshi / WULVWHVDYHFXQHPXVLTXHHQFRUH Discograph

SOXVHQWUDvQDQWH2QDSUHVTXHĂ&#x20AC;QL le mixage. Le NME vous proclame ÂŤ le groupe le plus cool de New York Âť. La pression ? -HQHVDLVSDVFHTXHF¡HVWOD SUHVVLRQ(WRQQ¡DMDPDLVHVVD\p G¡rWUHcools, F¡HVWSOXW{WO¡RSSRVp 'LVRQVTXHVLFHTX¡RQIDLWHVWfrais, M¡LPDJLQHTXHMHVXLVXQHFUqPH glacĂŠe. Entre surf des annĂŠes 50 et cold wave des annĂŠes 80, en quoi ĂŞtes-­ vous reprĂŠsentatifs de la musique dâ&#x20AC;&#x2122;aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui ?

+pELHQMXVWHPHQWF¡HVWoDOHWUXF QRQ"1RXVQ¡DYRQVMDPDLVIDLW SDUWLHGHODPXVLTXHDFWXHOOHHWWRXV QRVJURXSHVPRGHUQHVSUpIpUpV 7KH (PEDVV\7KH/HJHQGV Q¡RQWSDV O¡DLUG¡HQrWUHWUqVUHSUpVHQWDWLIVQRQ SOXV-HVXSSRVHTXHQRXVHVVD\RQV de creuser notre propre trou. Et si vous deviez reprendre une chanson de 2009 ? 3DUPLQRVFKDQVRQVSUpIpUpHVFHWWH DQQpHLO\DFrench Navy de Camera 2EVFXUDHWA teenager in loveGH7KH 3DLQV2I%HLQJ3XUH$W+HDUW³

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LAC DES SIGNES

entretien TimothÊe Barrière

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Les gars, câ&#x20AC;&#x2122;est quoi cette pochette new age ? Tim Smith [chanteur] : Les costumes V¡LQVSLUHQWGXĂ&#x20AC;OPG¡$QGUHM7DUNRYVNL AndreĂŻ Roublev>VXUODYLH G¡XQHQOXPLQHXUG¡LF{QHVUXVVHGX XVeVLqFOH@-HO¡DLDGRUpjFDXVHGH mon obsession pour les peintres du 0R\HQ$JHHWGHOD5HQDLVVDQFH GH%RVFKj%UXHJHO/HSDVVpPH UDVVXUH/HPRPHQWTXHQRXVYLYRQV PDLQWHQDQWVHUDLWSUHVTXHPLHX[ GDQVXQHVHPDLQH Eric Nichelson [guitariste] :2Q YRXODLWXQHSRFKHWWHWUqVSLFWXUDOH '¡RO¡HIIHWGHV\PpWULHDXPLOLHX TXLIDLWDSSDUDvWUHGHGU{OHVGHVHQV FDFKpV+LHUPDFRSLQHP¡DIDLW UHPDUTXHUTXHO¡RQYR\DLWXQHWrWHGH OLRQGDQVOHVDUEUHVHVWFHO¡HVSULW TXLKDQWHOHGLVTXH" Tim : PrĂŠcision : nous ne faisons SDVGHVMHX[GHU{OHVGDQVQRWUH jardin >5LUHV@

Ce goĂťt du Moyen Age est liĂŠ Ă votre passion pour le groupe progressif anglais Jethro Tull ? Tim : Dâ&#x20AC;&#x2122;eux, jâ&#x20AC;&#x2122;adore tout : les tentatives rock SURJUHVVLIOHVLQVSLUDWLRQVIRONOHFKDQWWpQpEUHX[ GH,DQ$QGHUVRQ0DOKHXUHXVHPHQWPDOJUpWRXV PHVHIIRUWV²MHPHVXLVPrPHPLVjODĂ Â&#x20AC;WH²MH nâ&#x20AC;&#x2122;arriverai MDPDLVjVRQQHUFRPPHHX[$YRLUOHVRQ GH5DGLRKHDGF¡HVWXQSHXSOXVIDFLOH1RWUHFKDQVRQ Bring Down SRVVqGHG¡DLOOHXUVOHV PrPHVDFFRUGVTXH leur morceau Exit Music (For a Film) >VXUOK Computer, @4XDQGMHO¡DLFRPSRVpHDXSLDQRMHQHP¡HQ suis pas rendu compte. Est-­ce important de trouver de nouvelles suites dâ&#x20AC;&#x2122;accords ? Tim : ToutesOHVFRPELQDLVRQVRQWGpMjpWpXWLOLVpHV 3OXVMHXQHM¡DYDLVSHXUGHIDLUHVLPSOHMHFKHUFKDLV GHVGLVVRQDQFHVGHVDFFRUGVELVFRUQXV$ORUVTXH OHVPHLOOHXUHVFKDQVRQVVRQWEDVpHVVXUFHX[GHV DQQpHV3RXUODSRSLOQ¡\DSDVYUDLPHQWOH FKRL[ Eric :'L[FKDQVRQVDYHFODPrPHVWUXFWXUH SHXYHQWVRQQHUGHPDQLqUHVGLIIpUHQWHVF¡HVWWRXWH la beautĂŠ du genre. Pendant lâ&#x20AC;&#x2122;enregistrement de The Courage of OthersRQQ¡DUULYDLWSDVjWURXYHU

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De plus en plus sensibles au spleen europĂŠen, les Texans de MIDLAKESLTXHQWThe Courage of Others de folk EULWDQQLTXHHWGHSHLQWXUH mĂŠdiĂŠvale. Trop sombres ? Tim Smith allume le barbecue.

ÂŤ Tomber sur un trĂŠsor Âť

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MUSIQUE

Le disque

Prospectives 2010 X Two Door Cinema Club

Pour une bonne digestion, pensez Midlake Le quinquet a le courage de reconnaĂŽtre ses limites. De ne pas se contenter dâ&#x20AC;&#x2122;invoquer une inspiration quasi divine, Ă laquelle ne croient que les naĂŻfs. Depuis leur premier album en 2004 (Bamnan and Silvercock), Tim Smith et ses compères de Denton se retrouvent toujours au milieu du guĂŠ â&#x20AC;&#x201C; Ă  dĂŠfaut dâ&#x20AC;&#x2122;un lac â&#x20AC;&#x201C;, guettant leurs envies dans les Ĺ&#x201C;uvres des autres. Pas comme des bandits de grand chemin mais comme des musicologues. Après un essai seventies (The Trial of Van Occupanter, 2006), ils remontent le temps avec The Courage of Others, thèse sĂŠrieuse appuyĂŠe sur les travaux de la scène anglaise des annĂŠes 60, elle-mĂŞme inspirĂŠe du jeu de leurs ancĂŞtres baladins. Exercice de style ? Les Texans ont une bonne digestion et savent parfaitement marier la mĂŠlancolie spirituelle Ă  ces nouveaux sortilèges : arpèges polychromiques, riffs tournoyants Ă  demi LPSURYLVpVĂ Â&#x20AC;WHVTXDVLPpGLpYDOHVPDLQWHQXV ensemble par la voix traĂŽnante et dĂŠsespĂŠrĂŠe de Tim Smith, Christ verdâtre en forme dâ&#x20AC;&#x2122;icĂ´ne orthodoxe dorĂŠe. La bande-son dâ&#x20AC;&#x2122;un nĂŠo-Robin des %RLVIUDJLOHHWUDIĂ&#x20AC;Qp T. B.

Une basse qui cavale, une guitare hystĂŠrique et une batterie en surchauffe. Ces trois Irlandais ont dĂŠjĂ deux ĂŠnormes hits ĂŠlectro-rock : I Canâ&#x20AC;&#x2122;t Talk et Something Good Can Work, qui font danser ta mère et ton fils ensemble. Superficiels Ă  souhait, mais plus quâ&#x20AC;&#x2122;efficaces. Potentiel de win : leurs morceaux feront encore le bonheur des teufs dâ&#x20AC;&#x2122;appart en 2015 et deviendront aussi insupportables que Take Me Out.

X Vrelo Trois bonnasses serbes balancent des chants traditionnels du XIIIe siècle sur du post punkÊlectronica qui gicle : la rÊvÊlation exotique des dernières Transmusicales de Rennes pourrait bien tailler des croupières au pÊnible kuduro. Ou pas. Potentiel de win : ce sera toujours moins pire que le deuxième Miss Platnum.

W Beach House

The Courage of Others

Cooperative Music / Universal

Victoria, la nièce de Michel Legrand, et son copain Alex Scally ont tout compris aux harmonies aÊriennes. Après deux albums passÊs complètement inaperçus, Teen Dream devrait être le bon. Potentiel de win : chiper le titre de nÊo-hippie en chef à Fleet Foxes. En plus, ils sentent meilleur.

X Clara Clara le bon arrangement, on a pu refaire dix versions avec OHPrPHRUGUHGHVDFFRUGV Pourquoi sâ&#x20AC;&#x2122;inspirer du folk anglais des sixties ? Tim :,OIDOODLWFKDQJHUGHGLUHFWLRQ1HSDVUHIDLUH The Trials of Van Occupanter>OHXUGHX[LqPHDOEXP @(QUHQWUDQWGHWRXUQpHMHPHVXLVPLVj ĂŠcouter Fairport Convention ou Pentangle. Câ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait FRPPHWRPEHUVXUXQWUpVRUHQPDUFKDQWGDQVXQ FKDPS/HVDXWUHVV¡\VRQWPLVHWQRXVDYRQVGpFLGp G¡DSSUHQGUHjMRXHUFRPPHHX[SHQGDQWXQDQ6DQV FRSLHU3OXW{WintĂŠgrerOHXUVW\OH $YHFWRXWHVFHVLQĂ XHQFHVHXURSpHQQHVYRXVYRXV sentez bien au Texas ? Eric : Attends, notre petite ville de Denton nâ&#x20AC;&#x2122;a rien jYRLUDYHF*HRUJH%XVKHWOHVFRZER\VTXLFULHQW yeehaa(OOHDpWpFRQVWUXLWHDXWRXUGHODIDFGH PXVLTXHRQRXVQRXVVRPPHVUHQFRQWUpV>HQ@ HWLO\DXQHpQRUPHFRPPXQDXWpDUWLVWLTXH8QSHWLW 3RUWODQG-¡DGRUHTXDQGOHVPpGLDVQRXVUHQGHQW YLVLWHHWYRLHQWjTXHOSRLQWOHXUVSUpMXJpVVRQWIDX[ -¡LQYLWHjFHSURSRVWRXVOHVMRXUQDOLVWHVTXLRVHQW pFULUHTXHQRXVVRPPHVsombresjYHQLUIDLUHXQ EDUEHFXHFKH]QRXVÂł

François Virot Ă la batterie, un bassiste et un synthĂŠ cheap : si lâ&#x20AC;&#x2122;on ne sait pas grand-chose sur son nouvel album, ce trio de Dijon a tout pour dĂŠpasser son statut dâ&#x20AC;&#x2122;Animal Collective du pauvre. Potentiel de loose : y aura toujours de la place pour eux Ă  Mains dâ&#x20AC;&#x2122;Ĺ&#x2019;uvres.

T De Tropix

ÂŤÂ Notre petite ville nâ&#x20AC;&#x2122;a rien Ă  voir avec les cowboys qui crient yeehaa !    7LP6PLWK0LGODNH

Pas dâ&#x20AC;&#x2122;album en vue pour ce duo londonien formĂŠ autour de Cherry B, lâ&#x20AC;&#x2122;ancienne choriste de M.I.A., repĂŠrĂŠe sur la compilation Girl Powder (voir Standard n° 22). Mais un gros tube, Adeyhey, publiĂŠ sur Warp 2010, carambolage entre le dancehall chic et lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠlectropicale. Prometteur. Potentiel de loose : suite Ă  une plainte de Tropicana, De Tropix change son nom en De Tropox. T. B.

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VIVA LE FRANCE

Anglophones et stylés : nos meilleurs espoirs. W   Fairguson New Tales from the 47th Willows Coco Records Le multi-instrumentiste Thomas Sadoun a longtemps tâté du punk-pop avant d’atterrir avec Fairguson sur les terres civilisées du folk-rock contemplatif chantonné (mâchouillant). Après un premier album dispensable en 2005, le bonhomme revient avec ce New Tales from the 47 Willows, où il miaule « on s’est rendu compte qu’on est comme tout le monde, à suivre le même chemin ». On ne le contredira pas tant les six membres de Fairguson creusent avec ferveur le sillon de leurs glorieux cousins américains de Wilco, Midlake et Grandaddy. Mais quand même : pour les fulgurances mélodiques de Lost Again et l’aisance gracieuse de l’ensemble, on les invite à déclamer tout l’hiver ces contes dans notre salon. T. B. Live! Le 29 janvier à Saint-Ouen et le 12 février à Paris (Truskel).

 Gaspard

T

Royant You can have me (if you want to) EP Bellevue Music

C’est une vieille histoire entre nous : Gaspard Royant donna son premier concert solo lors des deux ans de Standard. Cinq chansons solennelles, grattées sur sa guitare toute neuve au sous-sol d’un showroom éclairé de lumière mauve. Vêtu d’une chemise western tel un roadie de The Band (en plus propre), ce jeune homme taciturne interpréta ce soir-là The Big Sleep, présent sur ce premier maxi. Il y évoque à demimot la mort, et ce qu’il aurait pu être, comme un fantôme. Gaspard Royant chante comme s’il avait 80 ans, c’est lui qui me l’a dit. Comme

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s’il pouvait disparaître à tout moment. On le sent au cœur du joli gospel post-apocalyptique Things I want to remember (at the end of the world) et sur Last song of a Pistolero, hommage funèbre à La Tour sombre de Stephen King, saga sur laquelle il écrivit un article dans ce journal. Il sait aussi se faire léger : la ballade romantique Yours, le délicat Grow qui doit énormément au crépusculaire Avenue of Hope de ses idoles I Am Kloot. Je le dis honnêtement : sa voix est à tomber, son accent irréprochable et quand il reprend sur scène Elvis, Neil Young ou le negro-spiritual Amazing Grace (a cappella !), tout le monde se tait. Je dis pareillement qu’il

Gush



n’aime pas se coucher tard et parle un peu trop de religion et de Star Wars. Mais rien qu’en réécoutant ces foutus ces morceaux entendus cent fois, je me suis mis à pleurer. Alors que je suis un dur, un cowboy moi aussi. R. G. Live! Le 30 mars à Vanves en première partie de Dominique A.

X

Everybody’s God Cinq 7 / Wagram C’était la fin de l’été, au Cabaret Sauvage. Pour les 40 ans de Woodstock, quelqu’un suggéra à divers bands de reprendre les standards du festival baba. Certains s’en sortirent au poil (David Carroll et son Freedom tout nu, par exemple), d’autres moins. Et puis Gush mit ses tripes sur Soul Sacrifice : onze minutes de puissance, de groove total et un batteur fluet qui frappe fort. Assistance conquise, cris de filles. L’air de rien, ils osèrent ensuite l’exact inverse : Black Bird en acoustique, proférés de leurs quatre voix très impressionnantes. Salauds. Voilà leur premier album, 4 ans et 201 concerts

après un EP autoproduit bourré de hits (rejoueront-ils un jour Dragster Cowboy ?). Obsédés par George Clinton, Prince et les Beatles, ces minets ne donnent pas dans la facilité : le funk-rock d’Everybody’s God part dans tous les tempos et tout n’a pas l’évidence de Back Home, No Way, You Really Got Style. Reste ce gros P.nis, entre Queen et Stevie, assez littéralement consacré aux choses du sexe, et le blues de conclusion, Jealousy, renversant. R. G. Live! Le 11 mars à Paris (la Maroquinerie).

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The Great Escape ElevÊ à la britpop, le french crooner SOURYA a fomentÊ une Êvasion avec les machines de Dawdlewalk. Rattrapez-le, ce premier album est prÊcieux ! par TimothÊe Barrière

Š EGLANTINE AUBRY

Dawdlewalk

Massive Central/Discograph Live!

Sourya balade sa DS dans toute la France cet hiver. Les dates sont sur le blog standardmagazine.com

4XDQGLODFRPPHQFpODPXVLTXH6RXU\D 9RUDYRQJŠde Lognes dans le 77ÂŞDYDLWXQH coupe au bol, un appareil dentaire et des UpĂ H[HVGHgeek$XMRXUG¡KXLVRQJURXSH et leur premier album Dawdlewalk sont FRQVLGpUpVGHVGHX[F{WpVGHOD0DQFKH FRPPHOHSOXVEHOHVSRLUGHODSRSĂ&#x20AC;QDXGH IUDQoDLVHHWDQJORSKRQH(QWUHOHVGHX[ Š6RXÂŞDODLVVpWRPEHUVRQMREGHYHQGHXU G¡pFUDQVSODWVjOD)QDFHWWURXEOHGRUpQDYDQW OHVĂ&#x20AC;OOHV ODLVVH]WRPEHULOHVWPDULp GHX[HQIDQWV TXDQGLOVHPHWjMRXHUGX V\QWKpVXU1LQWHQGR'6²DFKHWpHSRXUVHV P{PHVHWGpWRXUQpHJUkFHjXQIDEXOHX[ pPXODWHXUGHV\QWKp.RUJ0rPH6DQWLJROG avare en compliments, lui tape sur lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠpaule HQOXLGLVDQWTX¡HOOHlâ&#x20AC;&#x2122;adore(PEDOOHPHQW GpUDLVRQQpGHO¡DSSDUHLOjK\SHTXLjVHV dĂŠbuts, lui prĂŠfĂŠrait les baby-­rockers"0rPH pas. Lâ&#x20AC;&#x2122;ART DU CONTREPIED %LHQVÂ&#x20AC;URQpYROXHGDQVGHVXQLYHUV IDPLOLHUV8QHRUHLOOHH[HUFpHVRXOLJQHUD GHVUpPLQLVFHQFHVGX%OXUSpULRGHGreat

EscapeGX3LQN)OR\GGâ&#x20AC;&#x2122;Animals, GX0XVH de ShowbizRXGX1HZ2UGHUGHLow Life. 0DLVFHVHUDLWO¡LQMXULHUTXHGHO¡HQIHUPHU GDQVOHU{OHG¡DQLPDWHXU:LNLSHGLDGHOD SDJHEULWSRS&DUOHVRXUQRLV6RXU\DDYHF sa voix de crooner triste, cite avec justesse dans un souci permanent de contrepied : un riff dâ&#x20AC;&#x2122;accord incongru dans une suite ORJLTXH The Ballad of the Star Gigolo XQ beat ĂŠlectro surpuissant au milieu dâ&#x20AC;&#x2122;une EDOODGHPpODQFROLTXH Sleep Stage ZĂŠro  une bande inversĂŠe bien placĂŠe en revers G¡XQHSDUWLHRUFKHVWUDOH NumĂŠro 3 6XU le plus beau morceau, Anatomy Domine, FHTXLSDUDLVVDLWQ¡rWUHTX¡XQHGRXFHUHXVH FRPSWLQHpOHFWURQLTXHDJUqJHDXIXUHWj PHVXUHOHVFRXFKHVVRQRUHVSRXUDERXWLUj XQHSUHPLqUHH[SORVLRQGHJXLWDUHVDYDQW GHĂ&#x20AC;QLUHQDSRWKpRVHTXDVLGDQFHĂ RRU dans XQYUDLIDX[GLDORJXHROHVKXPDLQVGLVHQW OHXUVTXDWUHYpULWpVDX[URERWV7RXWXQ V\PEROHSRXUXQHIRUPDWLRQTXLDEHDXFRXS jGLUHHWSDVVHXOHPHQWDX[geeks, sur les PpULWHVFRPSDUpVGHO¡KXPDLQHKDUPRQLHHW GHODWHFKQRORJLHSDVWRFÂł

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Carte blanche

Gee up! Bilan de dĂŠbut dâ&#x20AC;&#x2122;annĂŠe pour FLAIRS. 7RXWYDSOXVTXHELHQ-XVWHXQGRXWH garder la cadence ou laisser le cheval sâ&#x20AC;&#x2122;emballer ? par Guillaume de Maria, Lionel Flairs et JĂŠrĂ´me Laperruque

0RQWHUXQJURXSHTXLWLHQWODURXWH WLHQWGXVSRUWGHWUqVKDXWQLYHDX 'HSXLVTXHMHPHVXLVDXWREDSWLVp )ODLUVF¡HVWODVL[LqPHIRUPDWLRQj FHMRXUHWFHOOHFLF¡HVWODERQQH MHUHVVHQVTXHOTXHFKRVHGHWUqV VSpFLDOSURFKHGHO¡DPRXU 2QDIDLWXQFRQFHUWLQFUR\DEOH ODVHPDLQHGHUQLqUHRQDMDPPp pendant les balances, si on avait continuÊ on aurait pu Êcrire le GHX[LqPHDOEXPHQTXHOTXHV KHXUHVHWF¡HVWG¡DLOOHXUVFH TX¡RQYDIDLUHHQVHPEOHPRL TXLG¡KDELWXGHWUDYDLOOHGDQV une totale solitude. Ce fameux GHX[LqPHDOEXP$SUqVWRXWHV ces annÊes seul devant mon laptop, F¡HVWXQHYpULWDEOHOLEpUDWLRQTXL V¡DQQRQFHTXHGHVHVDYRLUELHQ entourÊ.

ENFANT SAUVAGE $XWUHFKRVHTXLPHUHWRXUQHHQFH PRPHQWF¡HVWODPXVLTXHGRQWMH mâ&#x20AC;&#x2122;entoure : pendant un long moment, M¡DLUHIXVpGHUHGHYHQLUŠIDQÂŞSRXUQH pas empiĂŠter sur mon ĂŠcriture... Depuis TXHOTXHVVHPDLQHVMHGpFRXYUHSOHLQGH JURXSHVGRQWM¡pWDLVSDVVpjF{WpVXUWRXW GHVYLHLOOHULHV<HOORZ0DJLF2UFKHVWUD Can, Human League, ou des plus rĂŠcents comme Kindness (Gee up!, une SHUOH MHFURLVTXHFDYDDXVVLEHDXFRXS LQĂ XHQFHUODVXLWH (WOHVYLGpRVELHQVÂ&#x20AC;UDSUqVBetter Than PrinceGH-RQDV )UDQoRLVRX Truckers Delight de JĂŠrĂŠmie PĂŠrin, on en tourne une nouvelle en janvier, Radio avec %HQ -XOLDXQFRXSOHGHUpDOLVDWHXUV LQFUR\DEOHVKDELWDQWj%HUOLQDYHFHQ guest star PRQĂ&#x20AC;OV%UXFHTXLWLHQWOHU{OH dâ&#x20AC;&#x2122;un enfant sauvage de lâ&#x20AC;&#x2122;espace...â&#x20AC;&#x201D;

Live !

Le 27 janvier au Social Club (Paris), le 6 FĂŠvrier Ă Toulon, le 20 mars Ă  Stockholm et le 27 mars Ă  la Flèche dâ&#x20AC;&#x2122;Or (Paris).

Retrouvez dans chaque numÊro la chronique de Flairs. Après Sweat Symphony, premier album Êlectro-funk, le trio a composÊ avec Riad Sattouf la bande-originale des Beaux-Gosses dont le DVD vient de sortir chez PathÊ. Il publie un nouveau maxi, Truckers Delight (3rd Side Records), dont le clip pixelisÊ met en scène un routier moustachu très inquiÊtant.

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PLANCHES 7+eĂ&#x2021;75(

VOILĂ&#x20AC; MAGUY

Lâ&#x20AC;&#x2122;art de la guerre

par MÊlanie Alves de Sousa

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IRUPDWLRQFODVVLTXHHWODVG¡XQFRUSVRXWLOGpVLQFDUQp LOVFKHUFKHQWjVHUHFRQQHFWHUDXUpHOŠne plus faire uniquement de la dĂŠcoration, du beau, mais trouver le centre, ce qui ĂŠbranleÂŞGLWODGDQVHXVHFKRUpJUDSKH 0DJX\0DULQV¡pORLJQHGHVFRUSVŠLGpDOLVpVÂŞ TXHVWLRQQHOHSRVVLEOHLQĂ&#x20AC;QLG¡XQJHVWHMXVTX¡j ĂŠpuisement, expĂŠrimente le ÂŤ comment vivre ensemble, QRXVLFLHWPDLQWHQDQWÂŞGpSRVHGHVFULVGHVPRWV VXUVHVSODWHDX[HWGpUDQJHFHX[TXLYHXOHQWVDYRLU HVWFHGHODGDQVHRXGXWKpkWUH" $5LOOLHX[OD3DSHYLOOHQRXYHOOHGHODEDQOLHXH O\RQQDLVHRHOOHGLULJHGHSXLVFLQTDQVOHFHQWUH QDWLRQDOFKRUpJUDSKLTXHODSUREOpPDWLTXHHVWSOXV essentielle : comment inscrire lâ&#x20AC;&#x2122;art contemporain dans XQHVSDFHVRFLDOSHXHQFOLQ"ÂŤ Câ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait une nĂŠcessitĂŠ dâ&#x20AC;&#x2122;avoir un lieu dâ&#x20AC;&#x2122;ancrage et dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠchange pour sâ&#x20AC;&#x2122;interroger concrètement : comment on sâ&#x20AC;&#x2122;adresse ? A qui ?ÂŞ,OD IDOOXrWUHSDWLHQW0DJX\0DULQVRXULWŠVous savez, il y a cette phrase de RenĂŠ Char : ÂŤ,PSRVHWDFKDQFH VHUUHWRQERQKHXUHWYDYHUVWRQULVTXH$WHUHJDUGHU LOVV¡KDELWXHURQWª

Descriptif dâ&#x20AC;&#x2122;un combat

Conception : Maguy Marin, en ĂŠtroite collaboration avec ses neufs interprètes Compagnie-maguy-marin.fr Du 23 au 27 mars au ThÊâtre de la Ville, Paris TEXTE CHORĂ&#x2030;GRAPHIĂ&#x2030; Avec Descriptif dâ&#x20AC;&#x2122;un combat,WLWUHHPSUXQWpj.DIND 0DJX\0DULQFUpHXQHULWRXUQHOOHLQFDQWDWRLUH TXLUpYHLOOHOHVJXHUULHUVPRUWVHWQRVPpPRLUHV DPQpVLTXHV)LOOHGHUpIXJLpVHVSDJQROVHOOH prĂŠcise : ÂŤ Il y a une urgence Ă faire ressortir les voix souterraines qui se sont battues et qui sont maintenant enfouies, pour ne pas oublier. ÂŞ(OOHFRQYRTXHOHUpFLW GHVSOXVJUDQGHVÂąXYUHVpSLTXHVVXUO¡H[LOHQĂ&#x20AC;O conducteur Lâ&#x20AC;&#x2122;Iliade et lâ&#x20AC;&#x2122;OdyssĂŠeG¡+RPqUHHWVHORQ ÂŤ une grille de polyrythmie ÂŞGpĂ&#x20AC;QLHSDUXQFDOFXO PDWKpPDWLTXHTXLVHXOOXLDSSDUWLHQWGLVWULEXHOD parole aux neuf danseurs. Ce ne sont plus les corps PDLVOHWH[WHTXLHVWFKRUpJUDSKLp6XUOHSODWHDX UqJQHXQHSpQRPEUHpSDLVVHHWJUDYH/HJURXSHHVW HQPDUFKHVXUXQVROFKDRWLTXHUHFRXYHUWGHFRXFKHV G¡pWRIIHVTXLSURJUHVVLYHPHQWUHWLUpHVKDELOOHURQW OHVFRUSVHWGRQQHURQWVHVFRXOHXUVDXFKDPSGH bataille : bleu, rouge et or. Les cuirasses dĂŠsincarnĂŠes GHVKpURVYDLQFXVMRX[WHQWOHVUREHVVRPSWXHXVHV GHVGpHVVHVTXLOHVSOHXUHQWHWF¡HVWFRPPHVLQRXV QDYLJXLRQVVXUOH6W\[Šentre ce passĂŠ et ce futur qui QHFHVVHQWGHĂ&#x20AC;QLURXGHFRPPHQFHUÂŞÂł Š DR

La chorĂŠgraphe MAGUY MARIN divise : Ă la prĂŠsentation de Descriptif dâ&#x20AC;&#x2122;un combat au festival ImPulsTanz de Vienne, les uns invectivaient ÂŤ dansez ! Âť, les autres sâ&#x20AC;&#x2122;enfonçaient dans les 3DUPLOHVSLRQQLHUVGHODQRXYHOOHGDQVHIUDQoDLVH strates de DXGpEXWGHVDQQpHVLO\D'RPLQLTXH%DJRXHW la guerre 5pJLQH&KRSLQRW'DQLHO/DUULHX3KLOLSSH'HFRXĂ p de Troie. HW0DJX\0DULQ3UHVTXHWRXVVRQWLVVXVG¡XQH

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THĂ&#x2030;Ă&#x201A;TRE

CĂ&#x201D;TĂ&#x2030; COUR

Les yeux bleus Isabelle a-vait Quand JAN LAUWERS prĂŠsenta La Chambre dâ&#x20AC;&#x2122;Isabella au dernier Festival dâ&#x20AC;&#x2122;Avignon, on entendit rĂŠsonner pendant des jours dans la ville le refrain de la pièce : ÂŤ Just go on and on and on. Âť

Š Maarten Vanden Abeele

par MĂŠlanie Alves de Sousa

La Chambre dâ&#x20AC;&#x2122;Isabella

de Jan Lauwers Le 16 mars, MC2 de Grenoble Le 27 mai, Lâ&#x20AC;&#x2122;Arsenal de Metz needcompany.org

/H%HOJH-DQ/DXZHUVHVWGLIĂ&#x20AC;FLOHPHQWpWLTXHWDEOH3ODVWLFLHQGH IRUPDWLRQLOHVWDXVVLPHWWHXUHQVFqQH²GDQVHHWWKpkWUHVDQVFOLYDJH ²pFULYDLQFLQpDVWHHWSUHVTXHPXVLFLHQFHUWDLQHPHQW6DWURXSHGRQW LOQHVHVpSDUHMDPDLVLOO¡DQRPPpH,QHHGFRPSDJQ\HOOHUDVVHPEOH GHVSHUIRUPHXUVWRXWDXVVLSRO\YDOHQWVHWGHWRXWHVQDWLRQDOLWpV6XUOHV plateaux, sâ&#x20AC;&#x2122;articulent toutes les disciplines pour mieux servir le rĂŠcit : ÂŤ/RQJWHPSVMHPHVXLVPpĂ&#x20AC;pGHODQDUUDWLRQM¡XWLOLVDLVOHVLPDJHVOHV fragments et puis jâ&#x20AC;&#x2122;ai eu envie de choses plus claires, de raconter des histoires. Je suis devenu un narrateur par nĂŠcessitĂŠ puis par goĂťt.ÂŞ(Q crĂŠant La Chambre dâ&#x20AC;&#x2122;Isabella,-DQ/DXZHUVQ¡DYDLWSDVHQYLVDJpGHVXLWH VRQSqUHYHQDLWGHPRXULUOXLOpJXDQWXQHLPSRVDQWHFROOHFWLRQG¡REMHWV DQWKURSRORJLTXHVHWHWKQRORJLTXHV$ODTXHVWLRQŠTXRLHQIDLUH"ÂŞLOD UpSRQGXŠXQHKLVWRLUHÂŞ3OXVWDUGVXLYURQWLe Bazar du Homard puis La Maison des cerfsSRXUIRUPHUXQHWULORJLHVXUODFRQGLWLRQKXPDLQH intitulĂŠe Sad Face/Happy Face. TENANCIĂ&#x2C6;RE ROCKâ&#x20AC;&#x2122;Nâ&#x20AC;&#x2122;ROLL ÂŤ -HVXLVODĂ&#x20AC;OOHG¡XQSULQFHGXGpVHUWTXLDGLVSDUXORUVG¡XQHH[SpGLWLRQÂŞ /HUpFLWGHODYLHG¡,VDEHOOD0RUDQGLFRPPHQFHSDUXQPHQVRQJHjO¡LPDJH H[RWLTXH9LHLOOHIHPPHDYHXJOHDX[DOOXUHVGHWHQDQFLqUHURFN¡Q¡UROO LQFDUQpHSDUO¡DFWULFHIROOHPHQWLQFUR\DEOH9LYLDQHGH0X\QFN,VDEHOOD UDFRQWHVRQHQIDQFHGDQVOHSKDUHDYHFGHVSDUHQWVDGRSWLIVDOFRROLTXHV OHVKRPPHVQRPEUHX[²Š73ÂŞHOOHGLWGRQWXQTXLOXLIHUDSHUGUHOD WrWHHWODYXH²%XxXHOHW3LFDVVRTX¡HOOHFURLVH+LURVKLPDXQMRXUHW VDTXrWHGXSqUHWRXMRXUV7RXWFHX[TXLRQWFRPSWpPrPHPRUWVVRQW OjTXLO¡HQWRXUHQWGDQVVDFKDPEUHSDULVLHQQHHQFRPEUpHGHPLOOLHUV G¡REMHWVYHQXVGHO¡(J\SWHDQFLHQQHHWG¡$IULTXHQRLUH ÂŤ Au bout de quinze ans de travail, un artiste est Ă la recherche de ce grand rĂŠcit qui rassemble ÂŞFURLW-DQ/DXZHUV0DLVSDVGHVDQJORWVORQJV SRXU,VDEHOODTXHODPpODQFROLHDQJRLVVHO¡+LVWRLUHVRPEUHHWOHVLqFOH WUDJLTXHVRQWLFLFpOpEUpVŠIl nâ&#x20AC;&#x2122;y a pas dâ&#x20AC;&#x2122;autre chemin, il y a toujours un lendemain ÂťFKDQWHWHOOH/DPXVLTXHHVWXQHSXLVVDQWHVpGXFWULFH /DXZHUVHQDEXVHSHXWrWUHPDLVoDPDUFKHRQGLWHQFRUHRQOHVYHXW WRXVIDFHjQRXVjFKDQWHUHQFRUHRQYHXWODIRUFHGHFHWWHGLPHQVLRQ FROOHFWLYHTXLFKDQWHWRXVHQVHPEOHRQYHXWFKDQWHURQFKDQWHHWRQ FRQWLQXHjFKDQWHUŠJust go on and on and on.ÂŞÂł

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PLANCHES 7+eĂ&#x2021;75(

PETITES ANNONCES

Au thÊâtre ce soir

Deux spectacles et un festival à ne pas louper DORUVTXHO¡KLYHUQRXV dÊvore. sÊlection MÊlanie Alves de Sousa

Le souffle Vanves

Ce fut lâ&#x20AC;&#x2122;une des surprises du dernier )HVWLYDO G¡$XWRPQH 2Q D VHQWL notre oreille se tendre, ĂŠtonnĂŠ par XQHODQJXHDXU\WKPHSDVKDELWXHO Notre terreur rejoue, autour dâ&#x20AC;&#x2122;une grande table de confĂŠrence, cette FRXUWH SpULRGH R OD )UDQFH HQ SOHLQH UpYROXWLRQ IÂ&#x20AC;W GLULJpH SDU XQ FRPLWp GH VDOXW SXEOLF j VD WrWH 5REHVSLHUUH HW GHV KRPPHV j ERXW GH IDWLJXH TXL Ă LUWHQW DYHF OH GHVSRWLVPH HQ KXUODQW OLEHUWp &HV MHXQHV FRPpGLHQV RQW IDLW YÂąX GH crĂŠation collective et travaillent lâ&#x20AC;&#x2122;improvisation, inventant le rĂŠcit DXIXUHWjPHVXUHGHVUpSpWLWLRQVHW laissant sur le plateau la place aux malentendus. Les prises de paroles VH FKHYDXFKHQW GHV SKUDVHV VRQW FRPPHQFpHV VDQV MDPDLV rWUH WHUPLQpHV DORUV RQ V¡\ FURLUDLW SUHVTXH

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12 Festival ArtdanthĂŠ e

52 spectacles/40 compagnies/ 16 crÊations/3 focus/2 rÊsidences ThÊâtre de Vanves Du 25 janvier au 27 mars

Schizo Schnitzler $SUqVXQF\FOHGHFRPpGLHVOpJqUHV OD FRPSDJQLH 7* 6WDQ H[SORUH HQ FLQT DFWHV OHV SDVVLRQV KXPDLQHV OHXUVPHQVRQJHVHWOHXUVWUDKLVRQV avec Le Chemin solitaire G¡$UWKXU 6FKQLW]OHU 'HSXLV YLQJW DQV FH collectif anversois a mis en place XQH PpWKRGH SUHVTXH GHYHQXH XQ ODEHO TXL QRXV GpVKDELWXH GHV FRGHVGHMHXFODVVLTXHVHWRSqUHXQH GHVWUXFWLRQ GH O¡LOOXVLRQ WKpkWUDOH 6XUXQVROHQSODVWLTXHEODQFGHV REMHWV GX TXRWLGLHQ HW TXHOTXHV ERXUJHRLVYLHQQRLVTXLDSUqVDYRLU menti toute une vie, ne peuvent plus garder leur secret. Comme dans Cet Obscur objet du dÊsir de %XxXHO OHV rWUHV VRQW K\EULGHV HW UHQGHQW VFKL]RSKUqQHV OHV DFWHXUV TXLLQWHUYHUWLVVHQWOHVU{OHV

Notre terreur

Le Chemin solitaire

Mise en scène Sylvain Creuzevault & collectif Dâ&#x20AC;&#x2122;Ores et dĂŠjĂ Nouveau thÊâtre dâ&#x20AC;&#x2122;Angers Du 17 au 25 mars

Texte dâ&#x20AC;&#x2122;Arthur Schnitzler Un spectacle de et avec la compagnie TG Stan TG Stan fĂŞte ses vingt ans, les dates sur stan.be

Š MARINE FROMANGER/RACHEL GARCIA/THOMAS WALGRAVE

Anarchie sous perruque

A cĂ´tĂŠ de Paris il y a Vanves. A Vanves il y a un thÊâtre. Au thÊâtre de Vanves il y a un directeur dont toujours on entend dire de lui  : il est curieux, il est passionnĂŠ, il est honnĂŞte. JosĂŠ Alfarroba Ă  la cote avec les artistes quâ&#x20AC;&#x2122;il aime rencontrer au bistrot. Son grand intĂŠrĂŞt pour la scène ĂŠmergente lui fait prendre des risques rares pour lâ&#x20AC;&#x2122;institution quâ&#x20AC;&#x2122;il dirige. En 1998 il crĂŠĂŠ le festival de danse contemporaine ArtdanthĂŠ, un espace de libertĂŠ ouvert aux expĂŠrimentations radicales qui accueille artistes confirmĂŠs et jeunes compagnies du monde entier. Vanves câ&#x20AC;&#x2122;est au bout de la ligne 13 sur votre plan de mĂŠtro !

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Carte blanche

DĂŠni dâ&#x20AC;&#x2122;initiĂŠs '¡HVFDOHDX0H[LTXHQRWUH duo de auteurs-metteurs HQVFqQHIDYRULGLVVqTXH sa nouvelle hypothèse, LE DĂ&#x2030;NI COMME FONDEMENT DES COMPORTEMENTS OCCIDENTAUX. par Allio-Weber

9RXVrWHVj0H[LFRHWYRXVFKHUFKH]XQ DFWHXUPH[LFDLQ2QYRXVGHPDQGHVLYRXV SHQVH]jXQDFWHXULQGLHQRXjXQDFWHXU EODQF%LHQVÂ&#x20AC;UTX LFLYRXVSHQVH]jOD FRXOHXUGHSHDXGHVDFWHXUVHWDXVW\OHGH OHXUVWUDLWVHWjWRXWFHTXHFHODUHSUpVHQWH 9RXVQ¡RVH]SDVHQIDLUHXQFULWqUHDVVXPp 9RXVYRXVVHQWH]VRXGDLQDXVVLVWXSLGH TXHFHX[SRXUTXLHQ)UDQFHODVLPSOH SHUVSHFWLYHGHVVWDWLVWLTXHVHWKQLTXHV est une transgression scandaleuse. Les distinctions selon lâ&#x20AC;&#x2122;origine et la couleur de la peau sont partout prĂŠsentes, mais dans OHVGpPRFUDWLHVVXSSRVpHVrWUHOHVSOXV progressistes, on fait gĂŠnĂŠralement mine de QHSDVO¡DYRLUUHPDUTXp0DOJUpFHTXHQRXV FUR\RQVrWUHQRWUHJUDQGHOXFLGLWpQRXV VRPPHVpJDOHPHQWWRPEpHVGDQVFHSLqJH LE SPECTATEUR INTIMEMENT DIVISĂ&#x2030; '¡RFHWWHK\SRWKqVHOHGpQLQ¡HVW il pas au fondement de la plupart des FRPSRUWHPHQWVRFFLGHQWDX["'¡RFH SURMHWIDLUHXQWKpkWUHTXLFRQVLVWHUDLWj GpEXVTXHUGDQVQRVORJLTXHVRUGLQDLUHV WRXWFHTXLSHXWV¡\UDWWDFKHU'¡RFHWHIIHW : un spectateur occidental ne devrait jamais rWUHFRPSOqWHPHQWjO¡DLVHDYHFOXLPrPH ORUVTX¡LODVVLVWHjFHJHQUHGHVSHFWDFOH 1RXVVRPPHVORLQG¡XQWKpkWUHTXLODLVVH OHVSHFWDWHXULQGHPQHHQOHFRQYLDQWjVH SHQVHUGXF{WpGHVYLFWLPHVRXGHFHX[TXL rĂŠsistent courageusement. Lever un dĂŠni, F¡HVWG¡DERUGV¡H[SRVHUVRLPrPHjXQH pSUHXYHFULWLTXH&HWWHPLVHjO¡pSUHXYH YDXWjODIRLVSRXUOHVDXWHXUVHWSRXU les spectateurs. Cela suppose ensuite G¡LQYHQWHUXQGLVSRVLWLIRFHUDSSRUWDX dĂŠni va sâ&#x20AC;&#x2122;effriter. Dans ce dispositif, câ&#x20AC;&#x2122;est QRWUHFRPPXQHIUDJLOLWpTXLHVWHQMHX

&HODVXSSRVHHQĂ&#x20AC;QGHYpULĂ&#x20AC;HUO¡LPSDFWGH FHGLVSRVLWLIORUVTXHODUHSUpVHQWDWLRQRX ODSHUIRUPDQFHRQWOLHX&RPPHQW"(Q pFRXWDQWFHTXHOHVSHFWDWHXUSHXWHQGLUH 6¡HVWLOUHFRQQXGDQVFHGpQL"$WLOpSURXYp TXHOTXHFKRVHFRPPHXQUHQYHUVHPHQWGH VRQSRLQWGHYXH"6HVHQWLOWUqVLQWLPHPHQW GLYLVp" VACILLEMENTS 5pFHPPHQWQRXVDYRQVDLPpYLYUHFHWWH expĂŠrience de spectatrices : dans Made in Paradise, le performer 2PDU*KD\DWW UDFRQWHOH6HSWHPEUHGXSRLQWGH YXHpJ\SWLHQHQLQYHVWLVVDQWOHVSUpMXJpV occidentaux les plus ordinaires sur les PXVXOPDQV,OUDFRQWHTXHFHMRXUOj HQ(J\SWHLO\DYDLWXQHOLHVVHGDQVOHV UXHVHWTX¡LOpWDLWIRXGHMRLH1RXVOH FUR\RQVQRXVVRPPHVHQSOHLQFKRFGHV FLYLOLVDWLRQV2PDU*KD\DWWGHPDQGHDX VSHFWDWHXUV¡LODYUDLPHQWFUXjFHUpFLW FRPSOqWHPHQWLQYHQWp&HVRQWFHVPRPHQWV GHYDFLOOHPHQWTXHQRXVFKHUFKRQVjYLYUH HWjFUpHUFDUFHQ¡HVWTX¡DXSUL[GHFHWWH LQTXLpWXGHSDUWDJpHTXHQRXVSRXYRQV encore parler de spectacle vivant. â&#x20AC;&#x201D; Made in Paradise

de Yan Duyvendack. Les 15 et 16 janvier à Arles, les 18, 19, 20 à Nantes (Lieu Unique), les 28 et 29 à Rouen (Scène Nationale du Petit-Quevilly) et les 4 et 5 fÊvrier à Genève, ThÊâtre du Grßtli

Retrouvez dans chaque numĂŠro la chronique de Patricia Allio et ElĂŠonore Weber. Leur spectacle Un inconvĂŠnient mineur sur lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠchelle des valeurs, crĂŠĂŠ Ă la Grande Halle de la Villette 2008 puis, dans une seconde version Ă  la MĂŠnagerie de verre l'annĂŠe suivante, sera repris du 15 mars au 3 avril au ThÊâtre de la Villette Ă  Paris.

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RETRO PHOTOGRAPHIE

ÂŤ Câ&#x20AC;&#x2122;est un cauchemar de shooter chez vous Âť

de

ens age

Pause-image pour MARTIN PARR, 57 ans, qui termine le tour du monde de lâ&#x20AC;&#x2122;exposition Luxe dont il prĂŠsenta le livre Ă Paris, avant de retrouver lâ&#x20AC;&#x2122;Angleterre pour curater le festival The Brighton Photo Biennale. entretien Librairie Artazart, au bord du canal Saint-­Martin, un Magali Aubert soir de novembre. Martin Parr arrive avec une attitude

FRQYLHQQHQW&RPPHG¡DLOOHXUVQ¡LPSRUWHTXHOV VHQWLPHQWVGXPRPHQWTX¡LOVVRLHQWPL[pVHW que son sourire voulait nonchalante et en tenue de SURYRTXHQWO¡DPELJXLWp0HVSKRWRVSHXYHQWrWUHOXHV gentleman farmer, on lui sert une thĂŠière. Un homme GHWRXWHVOHVPDQLqUHVVLDXĂ&#x20AC;QDORQUHVVHQWHXQH commun, trahi par le regard quâ&#x20AC;&#x2122;il promène sur la DPELJXLWp7RXWHVWOj Ă&#x20AC;OHG¡DWWHQWHYHQXHSRXUODVLJQDWXUHGHVRQGHUQLHU Câ&#x20AC;&#x2122;est le mot-­clĂŠ de votre dâ&#x20AC;&#x2122;humour ? livre Luxe, avec le dĂŠtachement amusĂŠ et lâ&#x20AC;&#x2122;empathie 2XLRXO¡LURQLH0DLVHQIDLWSRXUPRLO¡LURQLHHVW distanciĂŠe que lâ&#x20AC;&#x2122;on connaĂŽt de ses photos. Sommes-­nous GLIIpUHQWHGXVHQVGHO¡KXPRXU VXIĂ&#x20AC;VDPPHQWFULDUGVHWRUGLQDLUHVSRXU captiver son Seriez-­vous lâ&#x20AC;&#x2122;inventeur de lâ&#x20AC;&#x2122;empathie ironique ? Ĺ&#x201C;il ? Combien de clics a imaginĂŠ ce photographe qui >5LUHV@-HFURLVTXHMHQ¡DLULHQLQYHQWpGXWRXW dĂŠteste la mise en scène avant de prendre place Ă sa Alors comment expliquez-­vous lâ&#x20AC;&#x2122;engouement pour table apprĂŞtĂŠe â&#x20AC;&#x201C; drapeau anglais, joueur de cornemuse vos photos ? HQNLOWHWERLVGHFHUIVGRUpV"6HUDLWFHKRQRULĂ&#x20AC;TXH -¡DLWURXYpPDYRLH/DVHXOHFKRVHTXHM¡DLSX ou insultant dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŞtre captĂŠ par son viseur aussi aiguisĂŠ LQYHQWHUF¡HVWPRLPrPHDXĂ&#x20AC;OGXWHPSV/¡XQHGHV quâ&#x20AC;&#x2122;authentique ? Avec un peu dâ&#x20AC;&#x2122;humilitĂŠ, ce serait un FDUDFWpULVWLTXHVGHV$QJODLVF¡HVWTX¡LOVQHSHXYHQW orgueilleux privilège. jamais parler dâ&#x20AC;&#x2122;eux sans avoir peur de passer pour Combien de temps aurons-­ TXHOTX¡XQGHSUpWHQWLHX[ nous pour lâ&#x20AC;&#x2122;interview, Lâ&#x20AC;&#x2122;inverse de la Monsieur Parr ? population de Luxe ! ÂŤ Aucun chroniqueur ÂŤ /HWHPSVTX¡LOIDXWWDQW Ces riches qui, voulant dâ&#x20AC;&#x2122;art anglais ne parle TXHFHQ¡HVWSDVWURSORQJÂť se distinguer, se de mes expos. Âť Evidemment, câ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtait trop ressemblent tousâ&#x20AC;Ś Martin Parr court. 2XL&HVJHQVVH ressemblent, et dans WRXVOHVSD\V/HVPrPHVPDUTXHVGHYrWHPHQW Aimez-­vous mettre des mots sur votre travail ? XQHERLVVRQHWXQFKDSHDXO¡XQLIRUPHVWDQGDUG/H Martin Parr : Pas vraiment. Je nâ&#x20AC;&#x2122;aime pas faire des PRQGHHQWLHUHVWVWpUpRW\SpGHWRXWHVIDoRQV SKUDVHVG¡LQWURGXFWLRQVXUPHVSKRWRVTXHMHWURXYH Câ&#x20AC;&#x2122;est affreux pour un photographe, non ? DVVH]SDUODQWHV $XFRQWUDLUHoDP¡LQVSLUHG¡DXWUHVSURMHWV Vous avez pourtant un blog* avec pas mal de rĂŠjouissants. La standardisation, ou lâ&#x20AC;&#x2122;uniformisation, texteâ&#x20AC;Ś HVWXQFKDQJHPHQWFRPPHXQDXWUH$ODIRLVWULVWHHW &¡HVWGLIIpUHQWM¡\pFULVVXUFHTXHMHYHX[ >KXLWposts MR\HX[GHQRXYHDXO¡DPELJXLWp GHSXLVGRQWOHUpFLWG¡XQHGHVFHQWHG¡DYLRQHQ Quelle classe sociale ĂŠprouvez-­vous le plus de XUJHQFHHWGHVFRQVLGpUDWLRQVKXPDQLWDLUHV@MHSHX[ plaisir Ă  photographier ? HQWUHUGDQVOHVGpWDLOVHWVXUWRXWoDQ¡DULHQjYRLU -¡DLXQHJUDQGHFRPSDVVLRQSRXUWRXWHV(WM¡DL DYHFPHVH[SRVLWLRQV9RXVQ¡\WURXYHUH]ULHQVXULuxe WUDYDLOOpDXWRXUGHFLQTXDQWHDXWUHVWKqPHVSDUPL par exemple. OHVTXHOVLOP¡HVWpJDOHPHQWLPSRVVLEOHGHFKRLVLU0HV Comment vous parvenez Ă  cette ĂŠmotion SKRWRVVRQWFRPPHPHVHQIDQWV ĂŠtrangement situĂŠe entre la compassion et la Dâ&#x20AC;&#x2122;oĂš vient votre intĂŠrĂŞt pour les loisirs ? moquerie que procurent vos photographies ? Le temps consacrĂŠ au divertissement ou au tourisme $K0RTXHULH et FRPSDVVLRQ"/HVGHX[PH

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PHOTOSYNTHÈSE

Portrait de Martin Parr à la manière de Julian Opie

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RETRO PHOTOGRAPHIE

Martin Parr quicksnappĂŠ

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HVWXQHJUDQGHSDUWGHFHTX¡RQIDLWGRQFGHFH TX¡RQHVW0DLVHQFRUHXQHIRLVHQTXDUDQWHDQVGH FDUULqUHMHQ¡DLSDVIDLWTXHoDHWM¡HQYLVDJHWUqVELHQ de travailler un jour sur le monde ouvrier. Allez, avouez : les mondains de Luxe, vous les dĂŠtestez ! 1RQQRQ-HOHVDGRUHHWOHVGpWHVWHQWWRXV9RXVDXUH] compris comment je fonctionne avec les sentiments contradictoires. Vous nâ&#x20AC;&#x2122;avez jamais eu de problèmes avec vos ÂŤ modèles Âť ? 7UqVSHXHWFHQ¡HVW MDPDLVDOOpMXVTX¡DXWULEXQDO3RXU XQHSHUVRQQHj'XEDwHWXQHDXWUHHQ$OOHPDJQH on DGÂ&#x20AC;VXSSULPHUOHVSKRWRVGHO¡H[SRVLWLRQ Dâ&#x20AC;&#x2122;ailleurs, il Q¡\DTX¡HQ)UDQFHTX¡RQHVWREOLJpGHIDLUHVLJQHUGHV SDSLHUV&¡HVWXQFDXFKHPDUGHshooterFKH]YRXV Etes-­vous plus sensible aux couleurs ou Ă la composition ? La couleur est plus importante pour moi. Le cadrage HVWMXVWHXQPR\HQGHPHWWUHHQYDOHXUFHTX¡RQSHQVH rWUHLPSRUWDQWGDQVO¡LPDJH Au vu des collections prĂŠsentĂŠes lors de votre exposition au Jeu de Paume cet ĂŠtĂŠ, question pratique : oĂš stockez-­vous tous ces objets ? -¡DLXQHWUqVJUDQGHPDLVRQHWMHQHPHWVULHQGDQV des cartons. Je suis en train de faire construire un KDQJDUSRXUPLHX[OHVHQWUHSRVHUTXDQGODWRXUQpH mondiale sera terminĂŠe. Ce besoin dâ&#x20AC;&#x2122;amasser rejoint-­il celui du photographe : arrĂŞter le temps ? Les deux sont effectivement similaires, mais ce nâ&#x20AC;&#x2122;est SDVSRXUoDTXHMHSUHQGVGHVSKRWRV(QDSSX\DQW VXUOHGpFOHQFKHXUMHQ¡HVVDLHSDVG¡DUUrWHUOHWHPSV SXLVTXHOHFOLFKpOHIDLWGHOXLPrPH-HOHIDLVSRXU LQWHUSUpWHUODYLHPRGHUQHHQLPDJHV4XDQGDX[ collections, câ&#x20AC;&#x2122;est devenu une maladie. Parce que vous trouvez ces objets intĂŠressants ? ,QWpUHVVDQWVPDJQLĂ&#x20AC;TXHVDIIUHX[WRXWFHTXHYRXV YRXOH]-HQHSHX[SOXVP¡HQHPSrFKHUFRPPHXQ DGGLFWjO¡KpURwQHRXjO¡DOFRRO Quelle importance accordez-­vous Ă  la technique ? -HWUDYDLOOHDXQXPpULTXHHWM¡DGRUHWHVWHUOHV QRXYHOOHVWHFKQRORJLHV/¡DUJHQWLTXHUHVWHUDODSDVVLRQ DUWLVWLTXHGHTXHOTXHVXQVPDLVGDQVYLQJWDQVF¡HVW Ă&#x20AC;QL Vous arrive-­t-­il de prendre des photos avec votre tĂŠlĂŠphone ? 2XLPDLVSDVEHDXFRXS-HQHOHVXWLOLVHSDVHQ

JpQpUDO2QDEHDXFRXSSURJUHVVpPDLVLO\DHQFRUHj faire dans ce domaine. Vous ĂŞtes sensible au cĂ´tĂŠ low tech de certains clichĂŠs ? WelcomejWRXWoD-¡LPDJLQHWUqVELHQTX¡XQquick snapperSXLVVHGHYHQLUFpOqEUHJUkFHjVRQEORJ '¡DLOOHXUVODSKRWRODSOXVFpOqEUHVXUODJXHUUHG¡,UDN DpWpSULVHDYHFXQWpOpSKRQH La guerre, que vous vous interdisez de photographier, nâ&#x20AC;&#x2122;est-­ce pas ? Je ne pense pas en termes nĂŠgatifs donc je ne P¡LQWHUGLVULHQ-HIDLVXQLTXHPHQWFH dont jâ&#x20AC;&#x2122;ai envie. (WMHQ¡DLSDVHQYLHGHSKRWRJUDSKLHUWURLVFKRVHVOD guerre, la famine et les maladies. Comprenez-­vous que la photographie, pourtant sollicitĂŠe par le public, ne soit pas acceptĂŠe comme une discipline dâ&#x20AC;&#x2122;ÂŤ art contemporain Âť ? &¡HVWVDFDUDFWpULVWLTXHOHSXEOLFIDQOHVLQVWLWXWLRQV PRLQV,OQ¡\DSDVG¡H[SOLFDWLRQjSDUWTXHF¡HVWXQ DUWWUqVGpPRFUDWLTXH0DLVYRXVQ¡DYH]SDVO¡DLUGH YRXVUHQGUHFRPSWHFRPELHQYRXVrWHVFKDQFHX[HQ )UDQFH(Q$QJOHWHUUHHOOHHVWSUDWLTXHPHQWLJQRUpH par lâ&#x20AC;&#x2122;establishment.&¡HVWXQSD\VSOHLQGHPRWVHWGH PXVLTXHHWGHSXLVSHXG¡DUWFRQWHPSRUDLQPDLVOD SKRWRQRQ(OOHQ¡HVWSDVSULVHDXVpULHX[HWQ¡DSDV GHVWDWXW$XFXQFKURQLTXHXUG¡DUWQHSDUOHGHPHV expos, par exemple. Comment se renouveler en gardant un style ? /HUHQRXYHOOHPHQWVHIDLWDXWRPDWLTXHPHQWSDU O¡H[FLWDWLRQTXHMHUHVVHQVHQSKRWRJUDSKLDQWFHTXHMH Q¡DLMDPDLVSKRWRJUDSKLp4XDQWDXVW\OHMHQ¡\SHQVH SDVSDUFHFHTXHVLMHSUHQGVXQHSKRWRFHVHUDXQH SKRWRGH0DUWLQ3DUU Jâ&#x20AC;&#x2122;en veux une ! Combien coĂťte la moins chère ? ,OIDXWGHPDQGHUjODJDOHULH.DPHO0HQQRXU mon point de vente en France. Je ne vends rien GLUHFWHPHQWFDUMHSURWqJHPRQdealer. Referez-­vous un jour du noir et blanc ? Never again. â&#x20AC;&#x201D; * martinparr.com

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MARTIN PARR

LE LIVRE

Une Parr de poésie Ce qui est passionnant pour l'amateur de photographies devant ces gros plans de churros roses, de bouteilles de ketchup sales, de casquettes NY sur têtes burinées (le peuple de la série Mexico), ces plans larges sur coupes de Cherry, couronnes dentaires, Rolex et Vertu (les jet-setters de Luxe), c’est le zoom ajusté sur cette ère sacrificielle dont il est lui-même le consommateur en instance de béatification. Où s’arrête le bon goût, où commence le mauvais ? La graisse, les fruits sous plastique, les pantoufles, la viande grillée, les cuir-chevelus… De cette outrance colorée du quotidien international, Martin Parr a fait, l’humour en plus, ce que Rimbaud avait fait du mot « wagon » : il en a le premier crée l’usage. M. A. Luxe

Textuel 114 pages, 35 euros

« J’imagine très bien qu’un quick snapper devienne célèbre grâce à son blog. » Martin Parr

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« Burning down the house » 1st in a series of 10 ©D. G.

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