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Les cahiers n° 211 novembre-décembre 2014

Des liens pour aimer, partager, servir

Dossier

Déceler les pauvretés cachées p. 6

Carnet de route

Lisieux,

le « mini-Metz » de l'Ouest p. 21

L'invité

élina Dumont Comédienne et consultante en misère p. 35


Magazine

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Partout en France, la Saint-Vincent aux couleurs de la SSVP

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Histoire : Sœur Rosalie, révélatrice des pauvretés cachées 32 Invité : élina Dumont : « Les pauvres doivent devenir acteurs » 35

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Dossier : Déceler les pauvretés cachées

Pauvretés cachées, comment les déceler ? 6 Entretien : Juliette Baronnet Reportage : La Barque pour se remettre à flot

Service

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Actus SSVP

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Actus juridiques et sociales

Le pauvre ou l'homme invisible

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Témoignage : F. Jean Lesparre

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Contemplation

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Prier en Conférence

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Parole de Dieu

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International 20 Carnet de route : Lisieux, le « mini-Metz de l'Ouest » 21

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Spiritualité

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Agenda 38

édito

Les nouvelles formules du renouveau

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Partage Bilan 2013-2014 © SSVP

Commandez dès aujourd’hui le livret de présentation de la Société de Saint-Vincent-de-Paul. Partage est un outil indispensable pour faire connaître vos actions auprès de vos donateurs et partenaires. Pour commander contactez Izabela au 01 42 92 08 16 ou sur commande@ssvp.fr ou rendez-vous sur www.boutique.ssvp.fr

n 2014, nous vous avons invités à emprunter les chemins du renouveau esquissés par le projet Ozanam. À l’approche de Noël, notre attention se porte sur les pauvretés cachées. Notre société moderne s’attache à occulter les pauvretés qu’elle génère. Ses valeurs dominantes de réussite culpabilisent ceux qui sont confrontés à l’échec. Il en résulte des pauvres qui se cachent et s’enferment dans l’isolement. C’est notre devoir de citoyen de contribuer à la cohésion sociale par notre engagement associatif. C’est encore plus notre engagement vincentien d’être « veilleur » pour déceler, reconnaître, accompagner, aimer tous nos frères qui cachent leur détresse.

En 2015, nous poursuivrons le renouveau vincentien : mobilisons-nous ensemble pour les Rencontres Nationales du Partage, nouvelle formule de notre congrès trisannuel. Et dès janvier, découvrez la nouvelle formule de notre revue. Pour être davantage en accord avec les priorités énoncées dans le projet associatif et mieux refléter la dynamique de la Société de Saint-Vincent-de-Paul aujourd’hui, Les Cahiers Ozanam évoluent. En tant que directeur de publication, je suis heureux et fier de vous annoncer l’arrivée de leur nouvelle formule dès janvier-février 2015 : Ozanam magazine.

Bertrand Ousset Président national

n°211 - novembre-décembre 2014 - Les cahiers Ozanam

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Magazine L’événement

Partout en France, la Saint-Vincent

aux couleurs de la SSVP Des ballons, des poissons, des affiches et des bénévoles fiers de présenter leur association, c’est le simple résumé de la campagne nationale qui a eu lieu partout en France les 27 et 28 octobre derniers. Par Bénédicte Jannin

À tous ceux-là, cet article est dédié. Communiquer n’est jamais simple mais, un jour ou l’autre, parce que nous répétons constamment qu’à la SSVP, la personne seule ou démunie est au cœur de notre action, les regards changent et le passant s’interrogera et s’arrêtera. Soyez-en assuré !

les relations avec la paroisse sont parfois compliquées, ou le nombre de bénévoles dans la Conférence n’a pas permis d’organiser une belle animation. Il y en a même qui, devant trop d’obstacles, ont renoncé à participer à la campagne. Il y a aussi ceux qui ont redoublé d’efforts et de motivation pour un résultat décevant. À Colombes : la joie d’être ensemble.

F

orce est de constater que cette année, la campagne a bénéficié d’une belle mobilisation nationale avec un événement unique et une communication fédératrice. Vous avez été nombreux à déployer la campagne dans vos paroisses, sur les marchés, dans les forums des associations ou autres manifestations locales. Certains n’ont pas manqué d’imagination pour permettre aux petits poissons d’apporter leur message auprès des paroissiens et même au cœur de leur quartier : « Avec les poissons, c’est plus facile d’aborder les gens ; avec les ballons, le stand est plus repérable ». D’autres ont été marqués par le ton des affiches : « Le message est frappant », il « interpelle », « notre message incite à l’engagement », « il interroge : tendre la main, faire le premier geste suppose d’ouvrir les yeux, d’être attentif aux personnes qu’on croise ». « La question posée incite à la conversion ».

À Chartres, un po isson interpelle un passant !

heur des enfants. À Valréas, les ballons feront le bon

Des poissons qui portent des fruits

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Les cahiers

Ozanam - n°211 - novembre-décembre 2014

arent es se prép pleur. n u je s le , m a ux À Bordea ration de grande é p o e n u pour À Salon-de-Provence, partout en ville, on « tend la main ». n°211 - novembre-décembre 2014 - Les cahiers Ozanam

© SSVP

© SSVP

Et ce n’était pas peine perdue : certaines Conférences ont vu leurs effectifs augmenter de façon notable ! D’autres savent que les messages des petits poissons ont porté leurs fruits et, parce qu’ils ont de la suite dans les idées, ils recommenceront à Noël : « Après ce premier contact, nous allons de nouveau lancer un appel pour que certains nous rejoignent » ; « Cette campagne a dynamisé toute la Conférence ! Ce fut formidable ». Oh, c’est certain, il y a des lieux où cela a été difficile :

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Dossier la pauvreté ne touche pas que ces catégories de population, auxquelles on pense spontanément. Dans un essai percutant, le géographe Christophe Guilluy fait émerger une France des invisibles, laissés pour compte. Ils vivent dans les petites villes et les zones rurales, loin des métropoles et des bassins d’emploi. L’auteur y décrit « une nouvelle réalité, celle des plus modestes […] Pour l’essentiel, ces catégories vivent en dessous du revenu médian, parfois dans des conditions de précarité extrême, toujours dans un état de

« comment reconnaître dans la vie sociale des personnes qui cherchent à dissimuler leurs difficultés, qui préfèrent vivre dans la privation plutôt que de demander une aide ? » Il a fallu chercher les indices de la pauvreté discrète, par une observation fine. « Une tenue propre, mais néanmoins usagée », une manière de se tenir, une assiduité aux horaires... « Très souvent, ces personnes ne reconnaissaient pas vraiment la dégradation statutaire à laquelle elles étaient confrontées et cherchaient à dissimuler ou à minimiser leur situation précaire réelle. » Il s’agit le plus souvent de rester dans la normalité à tout prix, pour éviter la stigmatisation. Anne Vinérier, docteur en sciences de l’éducation, est spécialiste de l’illettrisme, « la pauvreté cachée par excellence » selon elle. Son étude fait le constat que la carte de l’illettrisme correspond à celle de la pauvreté, en cumulant

«Les personnes cherchent

Pauvretés cachées, comment les déceler ? Isolement, précarité, difficultés psychologiques, illettrisme, chômage peuvent toucher tous les publics. Invisibles, ces pauvretés ont des contours flous, d’autant plus difficiles à repérer et à rejoindre. Et si tout le monde ouvrait les yeux et se sentait concerné ? Par Raphaëlle Simon, journaliste

à

l’aéroport de Paris, une femme aborde les passagers, un à un : « Vous n’auriez pas une pièce ou deux ? Voyez-vous, je fais la manche… » Rien dans son aspect extérieur ne le laisse deviner : c’est une femme grande, bien habillée, chignon et talons, maquillée. Mais derrière la façade, il y a ce regard implorant, puis fuyant… Dans un quartier chic de Paris, les pompiers interviennent dans l’appartement cossu

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Les cahiers

d’une personne cultivée, mais qui accumule des dizaines et des dizaines de petits papiers sur lesquels sont inscrits toutes sortes de gribouillis. Un homme atteint de problèmes psychiques, peu visibles a priori. Audrey vit seule chez elle, suit une formation en vue d’un projet professionnel, mais sait sa situation précaire. « Je clochardise chez moi », dit-elle. Malgré sa tenue propre, on ne soupçonne pas qu’elle porte

Ozanam - n°211 - novembre-décembre 2014

« la même veste à carreaux depuis quatre ans ». Pauvretés cachées.

La France des invisibles Qu’est-ce qu’une personne pauvre pour la société ? Selon Anne Fages, présidente du Secours catholique d’Indre-et-Loire : « On retrouve les familles monoparentales, les personnes âgées, seules, des petits retraités, et ponctuellement, des actifs ». Mais

© Raphaëlle Simon

à dissimuler ou à minimiser leur situation précaire réelle.

fragilité sociale ». Pour le sociologue allemand Simmel, c’est justement « l’assistance qu’une personne reçoit publiquement de la collectivité qui détermine son statut de pauvre ». Mais cette définition n’en recouvre pas toutes les formes. Serge Paugam, sociologue des inégalités et ruptures sociales, distingue, lui, trois phases de disqualification sociale : la fragilité, la dépendance et la rupture. Auteur d’une enquête sur la fréquentation de la bibliothèque du Centre Georges Pompidou à Paris par la population pauvre, il s’est notamment intéressé aux personnes fragiles, déclassées, sans emploi.

»

Chiffres 5 millions de Français sont seuls. 1 Français sur 10 se sent exclu, abandonné ou inutile. 36 % de Français n’ont pas ou peu de contact avec leurs voisins. 2,5 millions de Français sont en situation d’illettrisme. Sources : Fondation de France et INSEE

difficultés matérielles, affectives, sanitaires. Selon l’INSEE, il y a en France métropolitaine 2,5 millions d’illettrés. 7 % des personnes âgées de 18 à 65 ans ayant été scolarisées en France sont en difficulté avec l’écrit, même si leur situation reste dans l’ombre. Elles dissimulent leur illettrisme aux plus proches, y compris à leurs propres enfants. « Le blocage vient de la honte, explique Anne Vinérier. Quand on a été jugé sur ses difficultés d’apprentissage, on a du mal à s’autoriser à en parler, alors, on développe des stratégies Le café mobile permet de lutter contre l’isolement, grâce à sa structure légère et repérable.

La pauvreté se cache Contrairement aux « assistés », les personnes fragiles limitent leurs contacts avec des structures d’aide sociale. Elles tendent au maximum à masquer leur pauvreté. De fait, elles arrivent à se fondre dans la population fréquentant la bibliothèque, évitant ainsi toute forme de stigmatisation. Mais

© Régis Routier - Ville de Nantes

La honte, cause principale de l’invisibilité.

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Entretien

© La Chaîne des savoirs

Une marche contre l’illettrisme pour sortir de l’ombre et redécouvrir sa place dans la société.

d’évitement ». Contrairement à un handicap physique qui se voit, « c’est pas écrit sur notre front qu’on sait pas lire ou compter ».

Sensibiliser pour déceler Les services sociaux sont en première ligne pour repérer ceux qui ont des difficultés cachées. Exemple à Tours, où les assistantes sociales de l’université identifient les problèmes des étudiants les plus précaires, pour les orienter. Les Halles de Rabelais, association étudiante, leur vient ainsi en aide en distribuant deux fois par mois des paniers repas. 135 étudiants en ont bénéficié, mais l’association estime à 800 ceux qui en auraient besoin. « Jusqu’à maintenant, on ne passait que par les assistantes sociales, explique Valerian Boucher, volontaire en charge de la vie associative à l’université François-Rabelais, mais nous travaillons sur un projet de permanence sur place, toutes les semaines. Et pour que notre action ne se résume pas juste à une distribution de colis alimentaires, mais soit aussi un moment de partage et de rencontre, avec

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Les cahiers

«Il s'agit de mobiliser

mardis, il s’installe sur des lieux de passage dans le micro-quartier de La Boissière, au nord de la ville, pour aller vers les habitants et créer du lien. Le café dispose d’une petite documentation sur les dispositifs d’aide et sert de passerelle vers un lieu ressource fixe. Le maillon de Touraine de la Chaîne des savoirs a organisé en septembre dernier une première marche contre l’illettrisme en forêt de Loches. Une randonnée pour aller chercher les « invisibles ». Cette marche est très symbolique du cheminement que doivent faire les personnes en situation d’illettrisme pour réapprendre à lire et écrire, et ainsi « sortir de l’ombre ». « Quand on va au-delà de la première demande qui est souvent financière, témoigne Anne Fages, du Secours catholique, on se rend compte qu’il y a une grande pauvreté existentielle derrière, une attente d’écoute, de rencontres, presque aussi importante. Elles ont soif d’autre chose. » La soif de liens, de reconnaissance, d’appartenance. Pour simplement rester humains.

toutes les personnes en amont : médecins, commerçants, voisins, en fait tout citoyen !

»

un coin café et pourquoi pas des ateliers. » Au-delà des travailleurs sociaux, « il s’agit de sensibiliser toutes les personnes en amont » plaide Anne Vinérier : « médecins, commerçants, voisins, en fait tout citoyen ! » Ellemême présidente de la Chaîne des savoirs, une association pour défendre le droit de réapprendre les savoirs de base, a fait le constat que les « apprenants » sont les meilleurs ambassadeurs pour repérer et conduire leurs pairs vers un lieu de formation.

Recréer du lien Les personnes isolées ne vont pas d’ellesmêmes dans des lieux d’accueil. C’est donc à chaque citoyen d’aller à leur rencontre. À Nantes, la mairie a mis en place une initiative originale, un café mobile. Tous les

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Pour aller plus loin Christophe Guilluy, La France périphérique. Comment on a sacrifié les classes populaires, Flammarion, 2014. Serge Paugam et Camila Giorgetti, Des pauvres à la bibliothèque, enquête au Centre Pompidou, PUF, coll. « Le Lien social », 2013. Anne Vinérier, Freins et leviers face à une démarche de réapprentissage à l'âge adulte, 2010, en ligne.

Juliette Baronnet « L’enjeu est

de comprendre pourquoi ce public n’a pas recours aux institutions  » Juliette Baronnet est chargée d’études à Fors-Recherche sociale, bureau d’études qui réalise des recherches sur les transformations de la société actuelle. En 2014, elle a dirigé une étude sur l’invisibilité sociale pour l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (ONPES). Propos recueillis par Raphaëlle Simon, journaliste

Les pauvretés « invisibles » sont-elles une catégorie bien répertoriée pour le sociologue ? La notion d’invisibilité est floue. Elle couvre des situations de pauvretés réelles mais qui échappent à l’observation, une forme d’absence de l’espace public ou tout au moins une faible prise en compte des pouvoirs publics. C’est le philosophe Guillaume Leblanc qui, en France, en 2009, utilise la notion « d’invisibilité sociale ». Mais dès les années quatre-vigt-dix, certains ouvrages avaient déjà pour objectif de dévoiler des situations jugées invisibles dans le débat public, en donnant la parole à ceux qui vivent dans la précarité : La Misère du monde de Bourdieu (Seuil, 1993) ou La France invisible (La Découverte, 2006). En fait, elle recouvre moins des publics que des situations différentes. Quels sont les facteurs d’invisibilité des personnes en situation de précarité ? Notre étude a mis en évidence cinq causes, soit cinq formes d’invisibilité. D’abord, l’invisibilité médiatique : ceux dont on ne parle jamais, sauf à travers des situations alarmantes. Lors de la canicule en 2003, les médias ont mis subitement en lumière les nombreuses personnes âgées isolées qui en ont été victimes. L’invisibilité insti-

institutions incitent ces publics à éviter les services sociaux et à avoir recours à la débrouille. Enfin, l’invisibilité « statistique » : ceux qui n’ont pas recours à certaines aides comme le RSA peuvent être difficiles à appréhender d’un point de vue quantitatif.

© Fors-Recherche sociale

Dossier

tutionnelle : certaines personnes échappent à leurs droits ou prestations, passant entre les mailles des professionnels chargés de mettre en œuvre les politiques publiques. L’invisibilité sociale, plus symbolique : parce qu’elles sont en situation de précarité, les personnes pauvres sont exclues d’une forme de citoyenneté. On ne leur donne pas de voix. L’invisibilité « volontaire » (même si ce n’est jamais tout à fait un choix) : la stigmatisation, la honte, le découragement face aux

Quels enseignements et enjeux avezvous tiré de cette étude ? Nous avons réalisé que la question plus globale du rôle de l’entourage était primordiale. La pauvreté alimente la pauvreté. Le recours aux solidarités familiales, s’il constitue une ressource, peut aussi donner lieu à des situations explosives si la famille est déjà elle-même fragilisée. Comme ces personnes hébergées par un tiers dans des contextes tendus où l’accès au logement est difficile, et qui se retrouvent à la rue du jour au lendemain. Ces solidarités privées masquent une réelle pauvreté. L’enjeu est de comprendre pourquoi ces publics n’ont pas recours aux institutions, puis d’adapter les politiques sociales et les pratiques sur le terrain, malgré des budgets très contraints.

« Donner la parole à ceux qui vivent dans la précarité . »

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Dossier Reportage

La Barque pour se remettre à flot

L’objectif est de mettre les personnes en confiance pour établir d’autres liens.

Café sans alcool, lieu d’accueil et d’orientation, la Barque reçoit chaque jour entre 20 et 80 personnes isolées ou précaires. Sans répondre aux besoins d’urgence, elle vient en complément d’autres structures d’accueil pour miser sur la remobilisation, le lien social et la réinsertion. Texte et photos Raphaëlle Simon, journaliste

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piétonne en é dans une rue Le café est situ ville pour être visible. Cœur de

plein

ans le vieux Tours en plein cœur de ville, rue Colbert, un bistrot pas comme les autres : la Barque. Coincé entre un kebab et une ruelle qui donne sur la Loire, ce café associatif sans alcool et sans tabac est ouvert à tous, quel que soit son parcours et ses origines. Ici, on n’est pas obligé de consommer, et on vient plutôt pour jouer, passer du temps, ou bénéficier d’une écoute et d’un accompagnement personnalisé. Passé la porte, l’ambiance ressemble à tout autre bar : brouhaha, musique, jeune qui s’affaire derrière le bar. À droite, quatre personnes jouent au tarot, un autre lit le journal. Plus loin, on a délaissé un jeu de scrabble avec son plateau ouvert...

Ne pas couper les ponts

« Grâce au Scrabble, je fais beaucoup moins de fautes d’orthographe », témoigne Sylvie.

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Les cahiers

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Piercings, vêtements usés et odeurs de tabac froid, il faut un peu de temps pour comprendre que la plupart de ceux qui viennent ici connaissent une situation précaire, en mal de lien social. « À l’origine, raconte Barbara, directrice du lieu et formatrice rompue aux populations marginalisées, des bénévoles qui faisaient des maraudes à la rencontre de personnes de la rue se sont rendu compte qu’il manquait un lieu pour se mettre au chaud autour d’un café. » C’était il y a 18 ans ! L’association Au fil de l’eau naît et gère depuis la Barque. Le choix du lieu n’est pas anodin : il traduit la volonté de se situer au cœur de la ville, dans une rue

passante pour être visible mais aussi pour ne pas couper davantage les ponts entre la vie réelle et la situation de personnes déjà marginalisées. Touristes, squatteurs ou à la rue, personnes issues de foyers d’hébergement d’urgence, mais aussi isolées chez elles fréquentent le café.

«On vient plutôt pour jouer, passer du temps, ou bénéficier d’une écoute.» C’est le cas de Patrick*, blouson de cuir noir, lunettes au bout du nez et cheveux gris ondulés à la Mermoz. Cet homme, qui a pratiqué tous les métiers, est aujourd’hui atteint d’une maladie invalidante. Il fréquente la Barque tous les jours depuis 2011, sauf les jours de fermeture, le lundi et le mardi. « Je passais devant quand je n’étais pas à la rue, mais je ne faisais pas attention… C’est sympa et chaleureux. Je joue au tarot, au scrabble, je vais aux ateliers marionnettes. On découvre des copains, des relations. Ça passe la journée. Mieux vaut ça que de traîner dans la rue. » « Patrick, tu viens avec nous ? », demande Barbara qui emmène ceux qui veulent à une exposition gratuite au Centre de création contemporaine. « Moi, je viens pas au CCC, t’inquiète pas. Merci Barbara », lance un autre.

Ici, on propose des sorties gratuites, des ateliers cuisine, sport, chantier, en partenariat avec des associations ou la ville de Tours. « L’idée est de redonner l’envie de faire des choses pour soi, de se faire plaisir, même sans argent, ou avec peu de moyens », explique Barbara. Le café dispose d’ailleurs d’un mini four pour chauffer un repas, d’une bibliothèque où l’on peut emprunter des livres et d’un ordinateur. Moyennant une inscription, il est disponible gratuitement une demi-heure par personne, et le bar est en accès wi-fi. Les consommations sont payantes mais jouissent de petits tarifs, 80 centimes le café ou le thé, 30 centimes le sirop à l’eau. Jean-François fait le va-et-vient entre le bar et le seuil de la Barque pour y fumer une cigarette : « Je me suis débrouillé tout seul. J’étais peintre, ouvrier qualifié. J’avais caché mon handicap au patron. Mais je ne peux plus travailler à cause des maux de tête. Ici, ils sont gentils ». « Ils », ce sont les trois permanents du bar : Barbara, Olivier, animateur socioculturel, et Léo, médiateur. Jean-François accepte volontiers de se faire prendre en photo. Ce n’est pas le cas de tous. Certains ne souhaitent pas être reconnus, catalogués, ou associés au lieu. Luc* explique : « On a une vie à côté, vous comprenez… » Question de dignité aussi. * Les prénoms ont été changés

Jean-François et la Barque) part Barbara (la responsable de agent un mom ent de détente.

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Service Actus SSVP partage d’expériences s’annoncent. « Nous irons à Metz, pas seulement pour assister à des beaux discours, mais pour vivre une expérience et comprendre celle des autres », résume un référent. Paradoxalement, en nous ouvrant aux autres, nous prendrons aussi la mesure de la richesse de notre association. Ce sera une belle occasion de mettre l’Évangile en pratique. Nous restituerons la parole aux personnes qui n’ont pas tou-

Le 11 octobre à Paris, les 98 référents départementaux des Rencontres Nationales du Partage se sont retrouvés pour une journée de mobilisation. Informations pratiques, témoignages, échanges. Ensemble, ils ont répondu à la question : « Qu’avons-nous à gagner les uns et les autres avec ces Rencontres d’un nouveau genre ? » Par Emmanuelle Duthu, responsable communication de région. Ils ont un point commun : avoir choisi de devenir ambassadeurs des Rencontres Nationales du Partage pour être acteurs du renouveau vincentien.

«Devenir

ambassadeurs des Rencontres Nationales du Partage pour être acteurs du renouveau vincentien

Quelque chose de grand se prépare

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Les cahiers

Ils viennent des 69 Conseils départementaux de la SSVP, tous impliqués dans la préparation de cet événement national. Les 19 autres sont de jeunes bénévoles, des représentants d’associations spécialisées affiliées à la SSVP et des animateurs

»

jours l’occasion de la prendre en public. Nous nous enrichirons les uns les autres par le partage et l’écoute, et surtout fêterons ensemble, comme une famille, notre beau réseau de charité. Au-delà du moment convivial qui va être vécu avec les personnes d’autres mouvements, d’autres paroisses et d’autres situations, les Rencontres Nationales permettront de s’extraire de la relation aidé-aidant. Elles seront un moment privilégié pour approfondir nos amitiés avec les personnes que nous accompagnons. Ou devrait-on dire : les personnes qui nous accompagnent ?

Dans moins de six mois, 2 500 personnes bénévoles et accompagnées ont rendez-vous à Metz pour les Rencontres Nationales du Partage.

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Infos pratiques

© SSVP

L

es référents, ce sont les 98 ambassadeurs de la Société de Saint-Vincent-dePaul pour les Rencontres Nationales du Partage. Leur mission, qu’ils ont déjà acceptée : mobiliser les Vincentiens de leur département pour que ces derniers deviennent eux aussi des prescripteurs. Chaque bénévole se fera alors porte-parole de cet événement auprès des partenaires, des paroisses et des personnes accompagnées que l’on attend en grand nombre. Pour le succès de cette mobilisation, tous les talents sont les bienvenus ! De la recherche de fonds à la communication en passant par la logistique, les besoins en bénévoles dans chacun des Conseils départementaux sont nombreux. Mais de quel chapeau a-t-on tiré ces 98 référents départementaux pour les Rencontres Nationales ?

Ces presque 100 émissaires du projet se sont déplacés à Paris le 11 octobre pour mieux comprendre quelle serait leur mission. La journée a été dense : découverte du programme des 3 jours et des moyens mis à leur disposition pour les assister dans leurs tâches, suivie de nombreuses questions. Grâce, notamment, aux témoignages des membres et personnes aidées de la Conférence Saint-Germain de Pantin, grâce à l’intervention du père Alain Durand, ils ont compris que quelque chose de grand se préparait. Des moments forts d’échange et de

Pour joindre votre référent de département, envoyez un mail à rn2015@ssvp.fr ou 01 42 92 08 10.

2 Dans

les médias x 15.09.2014

2014 était l’année de la Grande Cause sur l’engagement bénévole ! Marie, présidente d’une Conférence jeune de Paris, témoigne de son engagement aux côtés des plus pauvres : maraudes auprès des SDF, visite d’une personne âgée.

Nouveaux mandats Bernard Francou

Président du CD 13 (Bouches-duRhône) – Aix-en-Provence

Recruter des bénévoles parmi les étudiants et mettre en place des actions ponctuelles, en lien avec les jeunes, pour les enfants isolés ou en difficulté scolaire, trop souvent oubliés.

Jean-Paul Perrin Président du CD 42 (Loire)

Mon objectif pour la région est la mise en place du projet associatif axé sur la visite à domicile mais surtout la relance d’une Conférence dans un secteur complètement désert, avec l'appui de l'Église.

Michel Zanoguera Président du CD 42 (Loire)

x 25.09.2014

Zoom sur trois initiatives qui sèment du lien pour rompre la solitude. La SSVP trouve une belle place avec le lancement de sa campagne nationale d’appel à bénévoles du 27 septembre : « Et si, contre l’isolement, la solitude, la pauvreté, c’est vous qui tendiez la main ? »

x Campagne legs

En octobre, la SSVP était sur les ondes de France Inter, France Info, Radio classique et Radio Notre-Dame. Le spot de sa campagne nationale incitant à faire des legs à la SSVP a été diffusé pendant tout le mois.

Ce qui me tient à cœur : faire redécouvrir aux Conférences les préceptes de notre fondateur Frédéric Ozanam que sont la visite à domicile des personnes les plus démunies et la spiritualité.

Hubert Le Goff Président du CD 74 (Haute-Savoie)

La priorité est de préserver le précieux et chaleureux capital humain qu’est la Famille Vincentienne de nos Conférences, au service des plus démunis.

Sylvie Daubercies Présidente du CD 93 (Seine-Saint-Denis)

Il est nécessaire de mutualiser les énergies et de créer des passerelles avec d'autres mouvements ou milieux, dans un département où les besoins sont importants et les bénévoles pas assez nombreux.

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© DR

98 ambassadeurs vincentiens : votre mission, si vous l’acceptez…

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Service Face à face

Thierry Boyer « Sans un œil attentif et

Michel Langlois « Il faut savoir écouter

pour permettre aux personnes de révéler leur pauvreté en confiance »

formation et animation du réseau

Pourquoi vous êtes-vous mobilisé contre la pauvreté ? C’est d’abord une histoire personnelle. Depuis les quartiers nord de Marseille jusqu’à mon arrivée dans le Gers avec ma famille, ma femme Sandrine, nos enfants et ma mère handicapée, ça a été un chemin difficile au cours duquel j’ai vécu et côtoyé la pauvreté…

© DR

Est-ce à partir de cette expérience que vous vous êtes engagé à faire revivre la SSVP dans le Gers ? Mon expérience et mon métier : je suis taxi ambulance. En sillonnant la campagne, en rentrant dans les maisons, j’ai découvert des gens à l’abandon. Sans un œil attentif et le cœur ouvert, je ne les aurais pas repérés.

Quand j’ai vu toute cette misère, la petite musique de saint Vincent de Paul, que j’ai connue à Marseille, s’est ranimée en moi comme un appel : il faut faire revivre la SSVP ici. Je dis bien revivre, car elle existe ici depuis presque 180 ans ! Nous avons tout d’abord pris contact avec la Conférence d’Auch, composée de six membres âgés. Ils ont tenu le coup et je leur rends hommage au moment où ils nous passent le flambeau. Comment découvrir les besoins cachés ? Pour démarrer, nous avons mis dans le coup la famille, les amis, les amis des enfants, la paroisse. Très vite nous étions vingt, dont six personnes aidées devenues bénévoles. Nous avons alors concerté les acteurs déjà présents et les services de la mairie et du Conseil général. C’est ce réseau informel qui nous a permis de déceler les personnes pauvres ou seules. Nous avons organisé des rencontres pour donner la parole aux personnes isolées

en détresse. Grâce à cela, elles aident à nous signaler des personnes à assister autour d’elles. Nous avons découvert, par exemple, le phénomène de la prostitution à la sortie des écoles, mais aussi des cas d’élèves qui partent à l’école sans rien dans le ventre et pas grand-chose à déjeuner. Il y a aussi bien sûr des familles rurales abandonnées, des vieux sans visite… Sur qui vous appuyez-vous ? Sur le plan spirituel, nous sommes en lien avec un monastère, les cisterciennes de Boulaur, qui prient pour nous. Nous sommes aussi entrés dans le conseil de solidarité du diocèse, où nous travaillons avec les autres mouvements dans l’esprit de diaconiat. Quelles sont vos premières actions ? Nous participons à la création d’une plate-forme de l‘aide alimentaire et des solidarités actives, car dans cette partie du Gers, plus aucune association n’est aujourd’hui présente. Nous organisons des goûters, des sorties, des repas. Mais nous tenons absolument aux deux axes fondamentaux que sont la visite à domicile et l’accompagnement. Notre devise pour tenir le cap : ce que veut la personne et non ce que nous voulons pour elle.

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À bord de son « taxi ambulance », comprenez taxi conventionné Sécurité sociale, Thierry Boyer est confronté à des situations de pauvreté souvent restées invisibles. Le jeune président de Conseil Départemental raconte comment il a relancé avec ténacité la Société de Saint-Vincent-de-Paul dans les campagnes du Gers. Propos recueillis par Benoît Pesme, responsable

Président de la Conférence de Saint-Vincent-de-Paul de Sceaux (92) depuis un an, membre de cette même Conférence depuis plus de quinze ans, Michel Langlois témoigne de la manière dont la SSVP contribue à révéler les pauvretés invisibles dans cette ville où il fait pourtant bon vivre. Propos recueillis par Évelyne Ahipeaud, Vincentienne En quoi consistent les activités de la SSVP dans une ville privilégiée comme Sceaux ? J’en compte trois. Nous avons mis en place depuis deux ans une organisation structurée d’accueil des personnes en difficulté. Nous les recevons après qu’elles aient pris rendez-vous par la paroisse. Certaines prennent directement contact avec nous par mail ou via les assistances sociales. Nous leur apportons le plus souvent une aide alimentaire en chèques de service, mais nous les aidons aussi à rédiger un CV, une lettre de motivation ou à obtenir une aide médicale. Nous faisons également partie de la commission d’aide locale financière, présidée par un représentant du maire, où siègent les autres mouvements caritatifs et les services sociaux. On y examine les dossiers de personnes en difficulté ponctuelle. Enfin, plusieurs membres de notre Conférence visitent des personnes âgées en maison de retraite. Il existe une importante demande à Sceaux ! Pour développer notre présence auprès des personnes seules, nous nous intéressons à un système de visites « voisin-âge », développé par les petits frères des Pauvres. Il se met en place sous l’impulsion de la mairie et nous voulons nous y impliquer.

Sur quoi repose la dynamique d’aide de la SSVP de Sceaux ? La confiance est primordiale. Nous essayons de créer une relation, un contact direct avec les personnes rencontrées. En effet, même s’il y a moins de pudeur à parler aujourd’hui de sa pauvreté, il faut savoir écouter les personnes pour leur permettre de révéler celleci en confiance. Nous pouvons également compter sur les dons reçus par les paroissiens pour assurer une aide financière aux accueillis ou des paiements de dettes directement auprès des services concernés. C’est l’avantage d’être dans une ville généreuse ! Ces activités révèlent-elles les pauvretés invisibles de votre ville ? Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il existe ici de nombreuses pauvretés. Il y a des personnes sans domicile fixe (SDF), d’autres en situation irrégulière, des chômeurs de longue durée, des familles en précarité, des mères célibataires, des étudiants en difficulté, etc. Ces personnes nous connaissent, car nous sommes bien identifiés au

sein de la paroisse et dans la commune. Nous avons par exemple établi des relations de confiance avec des personnes de la rue, qui s’adressent directement à nous. L’aide que nous apportons dans nos différentes activités nous prouve que la charité doit être partout. Nous devons aller à la rencontre de ces personnes qui, d’une façon ou d’une autre, nous renvoient l’image du Christ. Comment améliorer le dispositif mis en place ? Nous aimerions assurer un meilleur suivi des personnes qui viennent nous voir, et être capables d’accueillir toutes les pauvretés. Mais pour cela, nous aurions besoin de davantage de bénévoles pour les accompagner. Les bénévoles de la SSVP de Sceaux ne se fient pas aux apparences !

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le cœur ouvert, je ne les aurais pas repérés »

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Actus juridiques et sociales

Service Initiatives

1 Français sur 5 victime Rappel de la précarité énergétique Droit

Kadymobile : l’épicerie sociale en « drive » Comment lutter contre l’isolement et la pauvreté rurale ? En allant au-devant des personnes dans le besoin grâce au dispositif innovant d’une épicerie sociale itinérante. Zoom sur une initiative originale fondée par la Société de Saint-Vincent-de-Paul du Loiret-Cher et le Secours catholique local. Par Benoît Pesme, respon-

Kadymobile fait le pari de la charité itinérante à travers les campagnes.

Plus de 11 millions de Français sont touchés par la précarité énergétique. Pour répondre à cette pauvreté croissante, l’État français propose deux aides : l’accès à un tarif social pour l’électricité et le gaz et, depuis octobre 2014, le chèque énergie. Par Sophie Rougnon, directrice administrative et financière

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L

sable formation et animation du réseau

à

Mondoubleau ce jour-là, elles sont plusieurs mères de famille à venir chercher leur colis alimentaire. « À la rentrée scolaire, c’est très dur avec mes deux filles. Kadymobile, ça dépanne », sourit Rachida. « Kadymobile ? C’est une amie qui m’en a parlé et je viens pour la sixième fois », témoigne Marie-Claude.

5 € de reste à vivre Les personnes bénéficiaires sont celles qui ont moins de 5 € de reste à vivre. On trouve des personnes âgées isolées ou bien des familles de cinq ou six enfants qui n’y arrivent plus. « Le principe de Kadymobile est de venir au plus près des personnes avec une liste de produits d’épicerie sociale et des produits d’hygiène, explique Martine Sautet, l’une des responsables de l’opération. Dans les huit communes qui soutiennent le projet en mettant un local à disposition, la livraison se fait une fois toutes les trois semaines. Sur deux communes, Kadymobile vient aussi en complément des offres disponibles, comme celles des Restos du cœur ou de la Croix-Rouge. »

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Les cahiers

Les bénévoles du Secours catholique et de la Société de Saint-Vincent-de-Paul sont les partenaires fondateurs de Kadymobile. Ils y jouent un rôle primordial. Il faut des bras pour gérer le dépôt de Vendôme, y préparer les chargements et les distribuer sur les huit points du nord du département. Mais c’est en amont que se fait le contact avec les familles, indiquées principalement par les assistantes sociales de la Maison départementale de la cohésion sociale. Ici, dans le Perche, on rencontre la pauvreté rurale, pauvreté cachée le plus souvent. Mais depuis peu arrivent aussi des victimes de l’illusion d’un retour à la campagne. Ce sont des familles qui, à la suite d’un petit héritage, ont décidé de quitter la banlieue parisienne pour vivre au vert. Ils achètent une petite maison et, un ou deux ans après, ils rencontrent des problèmes : crédit, chauffage, entretien, emploi,

transports, et finalement tombent dans la précarité. C’est le cas de Monique, arrivée de l’Essonne avec deux enfants et un mari à la retraite. « Pour l’instant, elle touche 128 € d’allocations pour ses enfants, mais plus tard… », s’inquiète Martine Sautet. Kadymobile est une opération exemplaire. Le budget, estimé à 14 000 € pour 2014, est financé pour l’essentiel à égalité par les deux partenaires, le Secours catholique et la SSVP du Loir-etCher. Le stock est alimenté par des collectes auprès des particuliers et des commerçants. Comme le souligne Martine, l’essentiel, pour Kadymobile, est de mobiliser des bénévoles qui s’engagent au-delà de la distribution alimentaire : « Nous voulons accueillir les personnes de façon individuelle pour créer du lien social, apporter un soutien moral, des conseils pratiques et favoriser des échanges de savoirs ».

«Depuis peu arrivent des victimes de l’illusion d’un retour à la campagne.

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»

a conclusion récemment publiée par l’Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE) dans son premier rapport est sans appel : il est urgent d’agir ! Un Français sur cinq est en situation de précarité énergétique, c’est-à-dire « éprouve dans son logement des difficultés particulières à disposer de la fourniture d’énergie nécessaire à la satisfaction de ses besoins élémentaires en raison de l’inadaptation de ses ressources ou de ses conditions d’habitat », selon la définition de la loi du 12 juillet 2010, dite « loi Grenelle II ».

Constat alarmant Pour répondre à ce constat alarmant, l'Assemblée nationale vient de voter la création d'un chèque énergie pour les ménages modestes, une mesure phare du projet de loi sur la transition énergétique. Ce chèque énergie doit permettre à ses bénéficiaires de payer les fournisseurs d'énergie ou de capitaliser afin de réaliser des travaux destinés à économiser de l'énergie. Il n’est pas encore précisé comment ce chèque énergie se substituera au tarif social pour l’électricité et le gaz naturel. Ce dernier s'adresse aux bénéficiaires de la couverture maladie universelle complémentaire, aux personnes éligibles à

l'assurance complémentaire santé (ACS) et aux foyers dont le revenu fiscal de référence annuel ne dépasse pas 2 175 € par part en métropole et 2 420,78 € dans les départements d'outre-mer (DOM). L'aide est attribuée automatiquement dès lors que l'administration fiscale ou les organismes d'assurance maladie ont communiqué les coordonnées des personnes susceptibles d'en bénéficier aux fournisseurs d’énergie. Elle est attribuée une fois par an, et est renouvelable après validation des droits par les organismes d'assurance maladie ou l'administration fiscale. Pour aller plus loin : www.precarite-energie.org vosdroits.service-public.fr/particuliers

au compte

D

epuis début 2014, les associations dont l'objet est d'accompagner les personnes en difficulté peuvent saisir directement la Banque de France au nom et pour le compte des personnes qu’elles accompagnent. Pour cela, elles doivent préalablement communiquer à la Banque de France la liste nominative des personnes habilitées à agir en leur nom dans chaque département. Le « droit au compte » précise qu’une personne physique domiciliée en France a droit à l'ouverture d'un compte de dépôt dans un établissement de crédit. En cas de refus, l’intéressé peut saisir la Banque de France afin qu'elle lui désigne un établissement de crédit situé à proximité de son domicile. Les pièces à transmettre sont la copie d'un justificatif d'identité (carte nationale d’identité ou passeport, carte de séjour temporaire, etc.), la copie d'un justificatif de domicile (facture, livret de circulation, attestation d'élection de domicile délivrée par les CCAS ou les organismes agréés) et la lettre de refus d'ouverture de compte établie par la banque qui l’a émise. Bertrand Decoux, secrétaire général

Pour aller plus loin : www.banque-france.fr www.legifrance.gouv.fr Article L.312-1 « Droit au compte » du Code monétaire et financier — Articles D312-7 et D312-8 créés par le décret n° 2014-251 du 27 février 2014 — Arrêté du 30 mai 2014 fixant la liste des pièces justificatives pour l'exercice du droit au compte auprès de la Banque de France

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Service Actus juridiques et sociales

« Des pauvres, vous en aurez toujours » (Jn 12, 8). Pourtant, on est parfois tenté de dire qu'il y a peu de pauvres dans son quartier ! Pour une Conférence qui débute, ou qui voudrait renouveler son action, voici dix pistes pour déceler des pauvretés cachées dans son rayon d'action. Par Quentin Delacour, Vincentien

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actions concrètes et prioritaires à mettre en place dans sa Conférence :

1 Étudier la carte. Analyser une carte du quartier et repérer certains lieux : par exemple, une préfecture, devant laquelle attendent des demandeurs d'asile. 2  Observer. Faire un tour du quartier les yeux grands ouverts, attentifs à tous les lieux devant lesquels nous passons vite au quotidien : école, hôpital, université. 3   S’interroger en Conférence. S'appuyer sur les bénévoles : leur connaissance du terrain, leurs talents et leur disponibilité. Où seraient-ils le plus à même d'agir ?

4  Faire son introspection. à quelles pauvretés ai-je été moi-même confronté et comment aurais-je aimé être aidé ?

5  Prier. Demander au Seigneur de nous éclairer sur ce qu'il attend de nous et de nous révéler les pauvretés cachées.

5

relais de quartier à interroger pour déceler des personnes à aider :

1  La mairie. S'adresser à la mairie, qui reste un acteur social essentiel et connaît bien la réalité du lieu.

2  Les commerçants. S'appuyer sur les commerçants du quartier, particulièrement

pour identifier les personnes seules ou à mobilité réduite.

3  Les personnes de la rue. Demander aux personnes de la rue, qui connaissent souvent bien la vie du quartier. 4  Les personnes âgées. Demander à celles que nous connaissons ou visitons déjà si elles sont souvent témoins de certaines situations où nous pourrions agir.

5  Les autres associations. Contacter d'autres associations qui agissent dans le quartier et peuvent indiquer des pauvretés cachées en dehors de leur champ d'action.

Aperçu

Être là où les besoins sont criants !

N

ombre de Conférences sont situées dans des quartiers favorisés. Parfois, quelques kilomètres les séparent de secteurs où les besoins sont plus criants. Pourquoi ne pas oser voir plus loin que notre quartier, pour aller vers les pauvretés cachées et non soulagées ? Deux Conférences se sont créées dans des communes limitrophes de ClermontFerrand comptant un fort pourcentage de personnes à faible niveau de vie. Cette démarche résulte d’abord d’un constat :

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Les cahiers

la pauvreté est plus présente dans ces banlieues, or très peu de Conférences y sont implantées. Mais ce choix est aussi tactique : c’est aussi un moyen pour la SSVP de reconquérir le département par capillarité, du centre vers la périphérie. Ces Conférences proposent visite à domicile, soutien scolaire, aides financières ou alimentaires. Des actions classiques mais très utiles ! Autre exemple, celui des Vincentiens de Reims, qui se partageaient les visites du quartier Croix-Rouge, en périphérie de la

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ville. Il leur est venu une idée : pour répondre à ce besoin, rien de mieux que de faire naître une nouvelle Conférence sur place ! Les bénévoles y ont alors organisé régulièrement des messes, afin de faire connaître la SSVP aux chrétiens qui y habitent. À force de persévérance et de prière, la Conférence Saint-Bruno a vu le jour, il y a quatre ans. La plupart de ces nouveaux Vincentiens avaient été aidés à un moment de leur vie par la SSVP. Une belle preuve que la charité peut être à double sens, les visités sont devenus visiteurs. Par Clotilde Lardoux, assistante communication

La paroisse a des yeux dans le quartier Nombreux sont ceux qui sont prêts à s'investir avec générosité contre la pauvreté. Oui, mais pour aider qui ? Comment ? Une approche développée ces dernières années par des paroisses de France vise à constituer des groupes de « veilleurs » qui seront leurs yeux dans le quartier. Par Quentin Delacour, Vincentien

R

eproductible par des mairies, par les conseils de solidarité ou tout autre groupement citoyen, le concept d’équipe de « veilleurs de quartier » est une solution concrète à un besoin actuel. Dans une société où l’on s’inquiète du délitement du lien social, ces paroissiens ont trouvé une réponse étonnamment simple et efficace.

Des yeux en lien avec des mains Le veilleur de proximité s'engage à être attentif à la vie quotidienne de ses « prochains ». Entendez « prochain » au sens géographique le plus strict, comme ses voisins d'immeuble par exemple, et à porter un regard vigilant aux besoins et et à la détresse de chacun. Il s'engage dans un groupe, qui constitue les « yeux » d’un réseau amical d'entraide. Ces yeux sont en lien avec des « mains », telles que les Conférences de la Société de SaintVincent-de-Paul ou d’autres associations. Ces dernières peuvent agir par la suite pour apporter des solutions concrètes : aide à domicile ou pour les courses, petits travaux de bricolage ou de jardinage, accompagner à la messe… Les avantages de cette méthode ? Elle ne demande pas de temps particulier à ceux qui s’y inscrivent. Être attentif ne se compte

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Des pauvretés près de chez vous : où se cachent-elles ?

et la possibilité de connaître son voisinage », lit-on sur la description du projet de paroisse. Le but est d'entrer dans une démarche de groupe qui s'intègre dans la vie quotidienne de chacun. En lien avec Importante enquête de quartier les autres membres, on n’est pas chargé Plusieurs initiatives ont été mises en de prendre sur soi les problèmes de ceux place dans le diocèse des Hauts-de-Seine qui nous entourent, mais on est encousuite à un appel de Mgr Daucourt : « Nos ragé à aller vers les autres, avec tact et paroisses donnent-elles vraiment priorité discrétion. Des temps de partage et de aux pauvres ? » Ainsi, dans la paroisse formation peuvent compléter et nourrir Saint-Maurice-de-Bécon (92), un travail cette approche. important de concertaPour Hervé L'Huillier, tion et d’enquête a été Nos paroisses de la paroisse de Saintmené sur une année Pierre-du-Gros-Caillou, donnent-elles pour aboutir à la formadans le 7 e arrondissevraiment priorité ment de Paris, ce projet tion d'un réseau actif de solidarité de proxide veilleurs. Il atteint aux pauvres ? mité s'inscrit plus largeaujourd’hui une centaine de personnes ! Au-delà d’un objectif ment dans la pensée sociale chrétienne. d’efficacité, leur ambition est d'être atten- Il se résume en ces mots de Benoît XVI : tifs ensemble aux situations de détresse « Nous sommes tous appelés à aimer et de leurs voisins, et que ces derniers soient à donner un visage à Dieu autour de nous. […] On peut s’aider mutuellement conscients de leur disponibilité. « Être veilleur demande surtout le désir à aimer » (Caritas in veritate). pas en minutes. C’est une attitude du cœur. Mais elle signe pour ceux qui s’y engagent, une volonté commune de prendre soin des plus faibles et des pauvres près de chez eux.

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Carnet de route

Service International

La SSVP Liban au secours des réfugiés syriens et irakiens

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Avec plus de deux millions de réfugiés pour une population de quatre millions d’habitants, le Liban est lourdement pénalisé par les conflits au Proche-Orient. Les Vincentiens du pays tentent d’aider à gérer cette tragédie humaine, pour les réfugiés comme pour les habitants. Par Ella Bitar, présidente nationale de la SSVP Liban

Servir les frères étrangers Face à cette situation catastrophique, la SSVP Liban s’est mobilisée. Là où se trouvent les plus grands rassemblements de réfugiés – dans la région de la Bekaa, du Nord-Liban et dans les banlieues nord et est de Beyrouth –, les Vincentiens servent ces frères étrangers, autant qu’ils accompagnent les familles libanaises. Ils visitent les réfugiés là où ils vivent, leur distribuent des denrées alimentaires, des

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produits d’hygiène et du gasoil. Les réfugiés ont aussi accès aux dispensaires qui appartiennent aux Conférences.

attendent un visa d’immigration pour fuir plus loin leur pays, fuir la montée des factions islamistes extrémistes.

Fuir les terroristes

Appel à dons

Malheureusement, la détérioration de la situation politique et, par conséquent, celle de la situation économique entrave l’aide aux réfugiés. Ainsi, le Liban voit depuis peu arriver en masse des réfugiés irakiens fuyant les intégristes musulmans de l’EI. Bien qu’ils soient moins nombreux que les Syriens, le cas des Iraquiens n’en est pas moins douloureux. Car, comme l’explique Mgr Michel Kassarji, évêque chaldéen de Beyrouth : « Ceux qui arrivent ne portent sur eux que leurs vêtements : les terroristes leur ont volé toutes leurs possessions. Leur état est misérable, et souvent les jeunes filles avaient les oreilles qui saignaient après que les islamistes leur eurent arraché leurs boucles d'oreilles ». La SSVP Liban s’efforce de fournir à ces nouveaux venus des denrées alimentaires, des kits hygiéniques de première nécessité, des vêtements et l’accès aux dispensaires pour les soins médicaux. Si les Syriens attendent que la paix s’installe pour retourner chez eux, les Irakiens, eux,

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Soutenez les chrétiens du Moyen-Orient La SSVP lance un appel mondial à la générosité et à la prière pour les chrétiens persécutés de Syrie, d’Irak et de Palestine. Soutenez les actions des Conférences de la SSVP, des Prêtres de la Mission et des Filles de la Charité au Moyen-Orient en envoyant vos dons à : Société de Saint-Vincent-de-Paul – Conseil de France « Chrétiens du Moyen-Orient » – 120 av. du Général Leclerc – 75014 Paris, ou sur ssvp.fr.

« Qui est partant pour participer aux Rencontres Nationales du Partage en mai 2015 ? »

Lisieux : le « mini-Metz » de l’Ouest Ce devait être un rassemblement interrégional classique, comme la Société de SaintVincent-de-Paul de l’Ouest en organise tous les quatre ans. Cela a été différent, a surpris, a séduit… Retour sur cet événement que l’on a surnommé le « mini-Metz 2015 ». Par Emmanuelle Duthu, responsable communication

Q

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n taux de chômage dramatique atteignant 38 %, une circulation engorgée, un agacement croissant des Libanais, des réfugiés syriens vivant dans une grande précarité : voilà le tableau peignant la situation du Liban, terre de refuge, meltingpot des cultures et des religions. C’est dans ce contexte particulièrement difficile que des Vincentiens libanais agissent au quotidien. En septembre 2014, dans ce petit pays dont la superficie équivaut à un soixantième de la France, on recense deux millions de réfugiés ! Après plus de trois ans de guerre, les Syriens continuent d’affluer dans ce pays voisin. Entre-temps, les aides internationales se sont essoufflées, mais les besoins augmentent toujours.

uinze Conseils départementaux de Normandie et de Bretagne se sont réunis à Lisieux les 25 et 26 septembre derniers. Ils ont testé à petite échelle ce que seront les Rencontres Nationales du Partage de Metz en mai 2015. Mais quelle différence avec les rassemblements dont ils ont l’habitude ? Les Vincentiens ne le savent pas encore. Rien d’inhabituel pour commencer : une inscription, une réservation de repas et d’hôtel, des invités pour aborder des sujets qui concernent les Vincentiens, des moments spirituels, un

Emmanuelle Duthu, responsable communication

badge et un stylo siglé SSVP, etc. Certains sont venus en groupe, comme les membres du Conseil départemental du Calvados, arrivés à deux minibus. On s’installe dans une salle un peu étroite pour les 250 personnes présentes. Il faut préciser que les organisateurs ont été victimes de leur succès ! Ils ne s’attendaient pas à devoir refuser plusieurs dizaines de Vincentiens inscrits tardivement. Chant et temps de prière permettent de lancer les rencontres de Lisieux et le changement opère.

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Service Carnet de route Monseigneur Guillard encourage les Conférences de la SSVP à resserrer le lien avec leur paroisse.

Youssra, accueillie à la distribution alimentaire de Caen, est heureuse d’avoir visité à son tour une bénévole qui l’avait aidée.

250 personnes ont participé aux rencontres interrégionales de Lisieux. Certains départements, comme la Seine-Maritime ou le Calvados, étaient bien représentés !

« Quand Christian (en orange) est arrivé, la lumière est entrée dans ma chambre », partage Charles (en bleu)

Dépoussiérer la SSVP Nous allons réfléchir, échanger, témoigner, par petits groupes de quatre à six personnes. Les chaises se tournent, on abandonne la disposition d’une salle type conférence. L’auditoire n’est plus passif. Sans y prêter garde, il contribue à la réflexion, apporte sa vision des choses. Dans l’assistance, beaucoup l’ignorent et on ne le voit pas forcément, mais des personnes accompagnées réfléchissent avec des bénévoles. Les thèmes abordés sont nombreux. « Comment dépoussiérer la SSVP ? » Les idées fusent. Valérie, de Caen, insiste sur l’importance de ne jamais juger les personnes visitées.

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Marine, Marie et Laurent partagent leur expérience de fondateurs des Conférences familiales.

Alexis, qui témoignera plus tard sur ce que lui a apporté la SSVP lorsqu’il était au plus bas, suggère de trouver des solutions pour déceler les pauvretés dans les campagnes. Se mettent maintenant en route les fameux ateliers. L’un sur la parole du pape… On a du mal à se mettre dedans. Le sujet n’est pas simple.

«Le GPS de la SSVP

vous guide vers la meilleure voie, vers des chemins renouvelés.

»

Mais le rendu de l’après-midi dépassera tout ce que l’on pouvait imaginer. Marine, Marie et Laurent, trentenaires, restituent ce travail sous forme de scénettes : « Pour

arriver à la destination recherchée, laissez la personne visitée vous ouvrir à l’évangélisation, et continuez tout droit. Continuez tout droit sans vous arrêter ! Le GPS de la SSVP vous guide vers la meilleure voie, vers des chemins renouvelés. » Le public est conquis ! La route n’est pas toujours facile à suivre, mais si l’on suit son guide, on finit par arriver à bon port.

Mais ça, c’était avant À l’issue de ces deux jours, les participants se saluent et échangent une dernière fois leurs impressions. Les a priori sont tombés : « Avant, je voyais Mme Youssra uniquement comme une personne accompagnée. Mais elle a été honorée qu’on l’invite ici et je la regarde maintenant comme une amie », confie l’une. « Avant les congrès annuels de la SSVP, c’était bien, mais on n’en faisait rien après. Là on repart avec plein d’idées et l’envie de les prolonger », s’enthousiasme l’autre.

Beaucoup témoignent d’une conversion du regard : « Avant, on était celui ou celle autour de qui tout se passait, parce que nous étions celui ou celle qui aide. Les témoignages de personnes aidées ont changé mon regard. Maintenant je les vois comme étant au cœur de notre action, le centre des attentions. Je découvre leur générosité et leur courage ! » « Avant, je n’avais pas conscience du lien entre ce que nous dit l’Église et ce que nous faisons. J’ai été éclairée. Les paroles du groupe m’ont fait toucher du doigt le message du pape. » Du côté des personnes accompagnées, le bouleversement s’est aussi opéré : « Avant, je n’avais jamais vécu ça. Entendre les témoignages d’autres personnes aidées m’a fait beaucoup de bien. Chacun, s’il en avait envie, a pris la parole. Les regards se sont ouverts et sont devenus plus attentifs. » Depuis, d’autres ont imité cette forme de rassemblement dans leur département. Gageons que la SSVP est sur le chemin de la conversion !

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Photos : © SSVP

Sous le regard bienveillant de sainte Thérèse, les participants échangent, partagent et se confient.


Spiritualité Réflexion Le pape appelle les chrétiens à réagir : « Nous avons perdu le sens de la responsabilité fraternelle ; […] Nous sommes habitués à la souffrance de l’autre » !

Le pauvre ou l’homme invisible La Bible dit que lorsqu’il n’y a pas de vision, le peuple périt (Pr 29, 18). Il se laisse distraire, devient indifférent aux situations de pauvreté, puis il se laisse démonter et détruire. À l’inverse, la vision de Dieu fait vivre et donne une direction, une motivation et une espérance. Elle permet de voir et de nommer. Par Jérôme Delsinne c.m.

L

a vision de Dieu est la lampe intérieure. Si elle s’éteint, tout devient sombre et triste dans nos vies. Comme tout disciple du Christ, descendre, s’approcher, oser toucher du doigt, aller de village en village, de maison en maison, puis se mettre à l’écart, prendre de la hauteur : ce va-et-vient permanent est la condition nécessaire pour voir les choses autrement, pour discerner et servir efficacement. Évaluer la pauvreté est un exercice difficile et un sujet de controverse opposant parfois les acteurs sociaux, les économistes, les responsables politiques. Cette observation, ce diagnostic à travers les chiffres, est pourtant indispensable pour aider ceux qui se débattent dans les difficultés.

Les statistiques des oubliés

Jérôme Delsinne, c.m. conseiller spirituel national de la SSVP

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Les cahiers

Les statistiques montrent qu’il existe une France des « invisibles », une France dont personne ne parle. Ou si peu. Dans son rapport intitulé Pauvreté, précarité, solidarité en milieu rural, l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) montre que ce sont aussi des oubliés des politiques sociales : « une des difficultés importantes du travail social en milieu rural tient aux attitudes “taiseuses”, de personnes ou de familles qui supportent sans se manifester de très mauvaises conditions de vie, se replient sur elles-mêmes, ou se protègent du qu’en-dirat-on. » Ou comment les invisibles se font si petits que personne ne finira bientôt plus par les voir… Publié en septembre 2009, ce rapport n’a pas fait grand bruit. Cette trop grande discrétion est révélatrice de deux

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maux qui touchent l’humanité entière : la fatigue de la compassion et l’indifférence. Un drame chassant médiatiquement l’autre, nous voyons constamment la souffrance des autres et cela ne nous regarde plus, nous indiffère.

Les larmes du pape Sur l’île sicilienne de Lampedusa, « porte de l’Europe » pour des milliers d’immigrés, le pape François, bouleversé, est allé voir sur place la tragédie humaine en cours, le 8 juillet 2013. Peu après, le 3 octobre, un naufrage au large du sud de l’Italie causait la mort de près de 350 personnes. Un an après, à Rome, devant une trentaine de survivants érythréens accompagnés par des membres de leur famille et des personnes les ayant secourus, le pape François est particulièrement ému : « J’ai du mal à vous parler […] parce qu’il n’y a pas de mot pour exprimer tout ce que vous avez souffert. On ne peut que contempler dans le silence, pleurer, et chercher la manière de vous être proche ». François a dit prier pour toutes les « portes fermées » à leur arrivée, pour que les cœurs de tous s’ouvrent aux migrants.

« Pour se rendre invisible n’importe quel homme n’a pas de moyen plus sûr que de devenir pauvre. »

En son temps, Frédéric Ozanam osait aller à la rencontre de ceux qui étaient dans la misère. Avec la Conférence de charité, il se rendait chez les familles pauvres pour leur venir en aide. Il les côtoyait et tentait concrètement de les aider. Il a vu leur détresse. Il a vu leur désespoir qui nourrissait des désirs de révolte. Il les a, par ses nombreux articles, également rendus « visibles » aux yeux des Parisiens, qui pourtant « avaient des yeux » et ne voulaient pas voir. Par sa prière, ses mots et les actions de la Conférence, Frédéric Ozanam a tenté, avec ses compagnons, d’ouvrir les cœurs insensibles et fermés.

Sortir de sa bulle de savon Comment ne pas rester un simple spectateur ? Comment ne pas en rester à l’indignation mais transformer celle-ci en action ? La première est de se reconnaître responsable,

de se sentir concerné. La conversion ou l’ouverture du cœur permet d’agir. Welcome JRS est un bel exemple d’action. Fondé en 1980 par le père Pedro Arrupe s.j., alors supérieur général des jésuites, il est devenu un réseau mondial de foyers et de communautés qui offrent l’hospitalité à des jeunes demandeurs d’asile. Il permet des rencontres avec les familles accueillantes, les bénévoles et les réfugiés accueillis. Le pape François, dans son homélie du 8 juillet 2013, n’a pas mâché ses mots : « La culture du bien-être, qui nous amène à penser à nous-mêmes, nous rend insensibles aux cris des autres, nous fait vivre dans des bulles de savon, qui sont belles, mais ne sont rien ; elles sont l’illusion du futile, du provisoire, illusion qui porte à l’indifférence envers les autres, et même à la mondialisation de l’indifférence. Dans ce monde de la mondialisation, nous

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Spiritualité

Témoignage comme Frédéric et Sr Rosalie, à faire attention à cette humanité absente et à manifester par les actes qui suivent qu’il s’agit bien d’une attention réelle. « Pour se rendre invisible n’importe quel homme n’a pas de moyen plus sûr que de devenir pauvre », écrivait la philosophe Simone Weil dans ses « Cahiers » entre 1940 et 1942 (lire l’encadré). Dans cette attention, nous sommes également invités à prier : avant d’agir, pendant et après. Afin que notre compassion et nos forces ne s’amenuisent pas. Afin que nos yeux et nos cœurs restent ouverts et aimants et puissent voir l’invisible.

Extrait

sommes tombés dans la mondialisation de l’indifférence. Nous sommes habitués à la souffrance de l’autre, cela ne nous regarde pas, ne nous intéresse pas, ce n’est pas notre affaire ! » Il poursuit : « La mondialisation de l’indifférence nous rend tous “innommés”, responsables sans nom et sans visage. “Adam où es-tu ?”, “Où est ton frère ?” sont les deux questions que Dieu pose au début de l’histoire de l’humanité et qu’il adresse aussi à tous les hommes de notre temps, à nous aussi. »

Surmonter la fatigue de la compassion Le pape François nous encourage, à la suite du Christ Jésus, à surmonter la fatigue de la compassion, à nous « arrêter », à « regarder » et, comme le Bon Samaritain, comme François d’Assise, comme Vincent et Louise,

« Dans ce monde de la mondialisation,

nous sommes tombés dans la mondialisation de l’indifférence.

»

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Les cahiers

Ozanam - n°211 - novembre-décembre 2014

« L’attention créatrice consiste à faire réellement attention à ce qui n’existe pas. L’humanité n’existe pas dans la chair anonyme inerte au bord de la route. Le Samaritain qui s’arrête et regarde fait pourtant attention à cette humanité absente, et les actes qui suivent témoignent qu’il s’agit d’une attention réelle. La foi, dit saint Paul, est la vue des choses invisibles. Dans ce moment d’attention, la foi est présente aussi bien que l’amour. De même un homme qui est entièrement à la discrétion d’autrui n’existe pas. Un esclave n’existe pas, ni aux yeux du maître, ni à ses propres yeux. Les esclaves noirs d’Amérique, quand ils se blessaient par accident le pied ou la main, disaient : “Cela ne fait rien, c’est le pied du maître, la main du maître.” Celui qui est entièrement privé des biens, quels qu’ils soient, dans lesquels est cristallisée la considération sociale n’existe pas. Une chanson populaire espagnole dit en mots d’une merveilleuse vérité : “Si quelqu’un veut se faire invisible, il n’a pas de moyen plus sûr que de devenir pauvre.” L’amour voit l’invisible. » Simone Weil (1909-1943), « L’amour du prochain », Attente de Dieu, Éd. Fayard, 1966.

F. Jean Lesparre « Il est urgent

de répondre à la pauvreté spirituelle »

Frère Jean Lesparre, dominicain, est le nouveau conseiller spirituel de la Société de SaintVincent-de-Paul des Alpes-Maritimes. Il clame avec enthousiasme la beauté de l’engagement vincentien qu’il découvre. Un mot d’ordre : oser témoigner ! Propos recueillis par Capucine Bataille, RC Quel sera votre rôle en tant que conseiller spirituel à la SSVP ? Étant landais d’origine, j’ai une affection particulière pour saint Vincent de Paul. S’il a invité tout homme à voir le Christ dans le plus petit d’entre nos frères, il savait que cela ne pouvait se faire sans une conversion radicale de notre regard ! Qu’est-ce que la richesse ? Qu’est-ce que la pauvreté ? L’Évangile nous appelle à une révision complète de nos catégories. Notre saint landais l’avait bien compris lorsqu’il disait : « Les pauvres sont nos maîtres ! » Ainsi, en servant les pauvres, nous servons le Christ pauvre et humilié. Il nous faut nous attendre à être bousculés dans nos certitudes ! Mais nous avons aussi notre travail de chrétien à faire. Il nous revient d’annoncer explicitement l’Évangile par les actes, en posant un regard d’amour sur ceux que nous rencontrons, mais également par la parole, en témoignant de notre foi. Mon rôle de conseiller spirituel sera donc de rappeler aux bénévoles que la SSVP n’est pas une simple ONG, mais le lieu où chacun est appelé à vivre de la charité de Dieu. J’espère pouvoir visiter chaque Conférence, et si Dieu le veut, aider à relancer une Conférence jeune. Auriez-vous des conseils pour oser parler de foi avec ceux que l’on aide ? Je suis bien trop nouveau « dans le métier » pour oser en donner. En revanche, j’invite

tous les bénévoles à l’unité et à une vraie vie intérieure. Je propose à chacun d’approfondir sa vie de prière et sa relation au Christ. En effet, comment donner ce que l’on n’a pas ? Avant de prononcer le nom de Jésus, veillons à ce que l’Esprit nous habite ! Mais ne soyons pas trop timorés, car le Christ compte sur nous pour guérir et soulager par la puissance de sa parole ! Bref, ne faisons pas la charité comme des dames patronnesses, mais n’évacuons pas non plus de notre mission l’annonce explicite du Christ.

confiance se crée. On s’apprivoise et on se livre plus facilement sur ce qui fait l’essentiel de nos vies. Le chrétien doit rendre compte de l’espérance qui est en lui. Sans agresser l’autre, sans fanfaronnade, mais en cherchant à partager cette paix qui l’habite… La joie de l’Esprit ne nous appartient pas !

Comment rassurer les moins audacieux ? En leur rappelant que le bon Dieu n’a besoin ni de cow-boys ni de héros, mais seulement de personnes capables de se laisser transformer par l’Esprit, et par là même, capables de voir et d’aimer au-delà Il est parfois difficile de témoigner… C’est vrai, mais quand on accompagne des des apparences. Comme Dieu aime ! Être personnes dans la durée, une relation de Vincentien, c’est être apôtre du Christ. Ne péchons pas par frilosité. Aimons les N'’évacuons pas pauvres. Souhaitons de notre mission pour eux le meilleur l’annonce explicite et parlons-leur du Christ. Ils y aspirent du Christ. au plus profond d’eux-mêmes. C’est une expérience que je fais en prison et au cours des maraudes dans les rues de Nice. Nous, chrétiens, sommes assis sur un trésor ! Ne le gardons pas pour nous. Soulageons les peines du corps, mais efforçons-nous aussi de soulager les peines de l’âme, en apportant Jésus aux cœurs assoiffés.

«

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© DR

« Quand j’ai appris cette nouvelle, ma pensée y est revenue continuellement comme une épine dans le coeur qui apporte de la souffrance », confiait le pape François à Lampedusa.

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Spiritualité Contemplation J'aurais voulu Seigneur

© CURAphotography

J’aurais voulu Seigneur Avoir un don d’artiste Pour peindre la lumière, Les couleurs et les ombres, Et par mes œuvres encore Pouvoir Te remercier De ce que Tu m’as donné. J’aurais voulu Seigneur Avoir une belle voix Pour chanter Tes merveilles. Mais ma voix n’est pas belle Et de l’artiste, je n’ai pas le talent…

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Mais, Seigneur, il me reste mes jambes Pour courir vers les autres, Vers les plus démunis, Les blessés de la vie, Les enfants sans amour. Il me reste mes bras Pour les embrasser tous, Et mes mains pour donner, Aider et recevoir. Surtout Tu m’as donné, Seigneur, Un cœur pour les aimer. J’ai tout ce qu’il me faut Et je Te remercie. Une Vincentienne

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Parole de Dieu

Spiritualité Prier en Conférence Par Jean-Claude Peteytas, diacre et Vincentien

par Juliette Asta, Vincentienne et membre du CA

La compassion du serviteur

Les deux pages ci-contre ont pour vocation d’accompagner les bénévoles vincentiens dans leur temps de prière. Elles proposent des éclairages et des méditations sur la charité et la vie chrétienne.

Voir les pauvretés de nos confrères

«L

a vocation des membres de la Société, dénommés Vincentiens, est de suivre le Christ en servant ceux qui sont dans le besoin et de porter ainsi témoignage de Son amour libérateur plein de tendresse et de compassion. Les confrères montrent leur dévouement par un contact de personne à personne. Le Vincentien sert dans l’espérance. » extrait de la Règle internationale de la Société de Saint-Vincent-de-Paul

C

haque Vincentien essaie de vivre au quotidien cette compassion, évoquée dans la Règle, au gré des rencontres et des visites à domicile. Mais sommes-nous attentifs à vivre ce qu’elle énonce aussi en soulignant : « Les Vincentiens grandissent se rapprochant encore plus de la perfection dans l’amour, en exprimant un amour compatissant et tendre envers le pauvre, et les uns envers les autres » ? Nous cheminons ensemble, membres partenaires d’une même Conférence. Nous sommes amis pour aimer, appelés à compatir, à souffrir avec notre semblable.

Oser voir Bien des personnes ont été interpellées par les mots du pape François à Lampedusa au sujet de la « mondialisation de l’indifférence ». Pris par nos soucis personnels, nous

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risquons en effet de nous montrer sourds et aveugles. Il n’est pas du tout évident de déceler les pauvretés : il y a celles que l’on ne voit pas ou que l’on ne veut pas regarder, et celles que l’on a du mal à percevoir. Cela peut être vrai en particulier avec nos propres confrères ou consœurs. Une Conférence doit être un lieu fraternel où l’on marche ensemble vers Dieu en s’appuyant sur les autres. Mais l’habitude ne nous rend-elle pas parfois aveugles aux besoins de nos amis bénévoles ?

Savoir déceler J’ai connu une consœur très généreuse, rendant de nombreuses visites chaque semaine à des malades et des personnes isolées, se gardant bien de parler d’elle-même et de ses soucis. Ce n’est qu’après son décès que tous ont découvert qu’elle avait vécu

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chichement, avec une toute petite retraite, n’allumant son chauffage que lors de grand froid, car elle ne pouvait honorer ses factures. Et elle avait vécu seule cette pauvreté, sans qu’aucun Vincentien de sa Conférence ne s’en doute. Saint Vincent de Paul, s’adressant aux Filles de la Charité, leur disait : « Il faut une grande communication l’une à l’autre, s’entre-dire tout. Il n’y a rien de plus nécessaire […] Il faut avoir cette mutualité. » (Coste, t. XIII, p. 641-642). Grandissons dans cette mutualité en étant attentif à nos confrères autant qu’aux pauvres visités. Cela demande que la simplicité, l’humilité et la confiance habitent nos Conférences. Comme le rappelle encore notre Règle, alors « notre bienveillance mutuelle sera du fond du cœur et sans bornes ».

«H N

eureux les serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller.» Lc 12, 35-38

ous sommes submergés de mauvaises nouvelles : crise économique, chômage, maladies, guerres, etc. Or, le temps de l’Avent est celui de l’attente d’une grande joie, la naissance de Jésus. Mais elle ne doit pas rester passive. Il nous faut devenir veilleur éveillé. C’est le temps de raviver l’espérance. Veillons, mais aussi éveillons les autres, faisons savoir que Dieu se rend présent à celui qui décide de changer de chemin. Convertissons nos cœurs pour devenir veilleur. Et cette conversion commence par la rencontre personnelle avec le Christ : « J’invite chaque chrétien […] à renouveler aujourd’hui même sa rencontre personnelle avec Jésus-Christ, à prendre la décision de se laisser rencontrer par lui, de le chercher chaque jour sans cesse. » (Pape François, La Joie de l’Évangile, Exhortation apostolique, 3). Reconnaissons-nous avec humilité que nous avons besoin de Dieu et avons-nous conscience que Dieu compte sur nous ? Sommes-nous de bons éveilleurs vers Dieu pour les personnes que nous accompagnons ?

«S

amuel ! Samuel ! Et Samuel répondit : parle, Seigneur, Ton serviteur écoute.» 1 S 3, 10

ê

tre chrétien fait de nous des envoyés du Seigneur, ses témoins. Nous devons nous rendre « disponibles ». Tels Samuel, Pierre, Paul, Matthieu et bien d’autres qui ont répondu à l’appel du Seigneur, rendons-nous disponibles à Dieu. Nous pouvons l’être pour les autres, la paroisse, notre association, car le Seigneur veut agir au travers de nous. Parfois, nous sommes même déjà très engagés, menacés d’hyperactivité. Apprenons à nous poser pour prendre du recul et nous recentrer sur le Christ, approfondir notre prière vers Celui qui vient. Comme le répétait volontiers Benoît XVI : « Un chrétien qui ne prie pas est un chrétien en danger. » Laissons-nous assez de place dans nos vies à la prière et à l’écoute renouvelée de la parole de Dieu ? Servons-nous dans l’Église pour nous valoriser ou pour être disponible aux autres ?

«S

aisi de compassion, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié.» Mc 1, 40-45

C

ompassion signifie littéralement « souffrir avec », c’est « ressentir la souffrance d’autrui comme étant la sienne ». Le Christ en est la plus belle image. Face aux souffrances, Jésus ne reste pas insensible, Il est ému, Il frémit dans son cœur. Parfois même Il pleure. Sa compassion envers tous ceux qui souffrent va si loin qu’Il s’identifie à eux : « J’ai été malade et vous m’avez visité. » (Mt 25, 36). Les guérisons qu’Il opère sont des signes de la venue du Royaume de Dieu annonçant la victoire sur le péché et la mort par sa Pâque. C’est cette même compassion qui doit nous pousser à agir envers les affligés, les solitaires, les démunis, les exclus, et à faire tout ce qui est possible pour les aider. Quelle attention portons-nous à la situation des personnes que nous accueillons ? Regardons-nous les plus démunis, non pas de haut avec pitié, mais d’égal à égal avec un cœur compatissant ?

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Magazine Histoire

Aux balbutiements de la petite Conférence de charité fondée par Ozanam et ses amis, il y a une rencontre clef : celle du jeune Frédéric avec sœur Rosalie Rendu, Fille de la Charité. Elle sera le relais essentiel de leur charité. Au cœur des quartiers misérables du Paris de l’époque, elle leur apprendra à repérer et à entrer dans une relation vraie avec les personnes pauvres ignorées. Par Dominique Robin, Vincentien

«Leur plus grand chagrin est que personne n’a besoin de leur amitié.»

N

ée en 1786 dans le pays de Gex, près de Genève, sœur Rosalie entre à quinze ans au noviciat des sœurs de Saint-Vincent-de-Paul à Paris. Elle devient ainsi très jeune membre de la Compagnie des Filles de la Charité. En 1815, elle est désignée comme supérieure d’un bureau de charité dans les quartiers populaires de Paris et, très vite, elle s’installe rue de l’Épée-de-Bois, au faubourg Saint-Marceau, sur le territoire de la paroisse Saint-Médard. La rue Mouffetard et ses abords sont alors des quartiers misérables. Le chômage y sévit. Les épidémies y sont fréquentes. La faim tenaille de nombreuses familles.

La sœur Rosalie n’a alors que vingt-huit ans, mais ses années de dévouement en plein milieu populaire lui ont déjà donné de l’expérience. Elle connaît à fond le quartier, les rues populeuses, les maisons et leurs locataires, du grenier à la cave. Elle visite les pauvres, leur apporte réconfort et assistance ; elle veille les malades et les mourants.

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Les cahiers

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© SSVP

Une sœur de renommée

Dès la création de la Conférence en 1833, Ozanam s’en va rue de l’Épée-de-Bois. Sœur Rosalie lui réserve, ainsi qu’à ses camarades, les mansardes les plus désolantes et les caves les plus humides. Elle leur distribue, avec des bons de charbon et de pain, ses judicieux conseils : « Vous ne pouvez pas vous faire une idée de ce que vous rencontrerez rue Mouffetard. Vous serez interdits en franchissant la porte de certains taudis. Dans vos maisons bourgeoises, vos chiens et vos poules sont certainement mieux logés. Ne vous scandalisez pas des misères morales que vous rencontrerez. Ces pauvres gens ont une vie d’enfer : travail à longueur de journée, et quel travail souvent ! Ils sont sous-alimentés, n’ont pas toujours de quoi se chauffer, ni se vêtir ; impossible pour eux d’avoir la moindre hygiène. Chercher l’eau est une corvée ; plusieurs étages à descendre et à remonter. Ne vous étonnez pas si leur parler n’est pas toujours poli et convenable, s’ils sont hargneux et jaloux. […] Un des grands moyens de faire du bien aux pauvres, c’est de leur témoigner du respect et de la considération, surtout de l’affection. Leur plus grand

chagrin est que personne n’a besoin de leur amitié […] Un secours en argent ne dure pas. II faut viser à plus durable, étudier leurs aptitudes. Il y a une charité qui humilie. » Invariablement, elle terminait : « Si nous étions à leur place, nous serions pires qu’eux. »

Succès, tâtonnements et maladresses Chacun des membres de la Conférence visite bientôt une famille, à laquelle on porte les fameux bons achetés à la sœur Rosalie. La Conférence n'est pas assez riche pour en avoir en son nom. Mais on va plus loin. La sœur Rosalie leur montre l’importance de la rencontre du pauvre en tant que personne. Ce n’était pas évident à l’époque, où les plus « charitables » se contentaient de distribution de nourriture ou de bons. L’œuvre centrale de la SSVP a été par conséquent apprise à l’école de sœur Rosalie : la visite du pauvre à domicile. Cependant, à côté de réels succès, il y a les tâtonnements, les maladresses, les échecs inévitables. Certains pauvres abusent des charités et de la patience de sœur Rosalie. L’un ou l’autre de ces jeunes gens avertit la sœur que telle personne utilise les aides pour aller boire ou que telle autre en profite pour ne plus rien faire.

Rosalie Rendu fait preuve d’une conviction farouche, d’une foi assurée et d’un caractère trempé.

© SSVP

Sœur Rosalie, révélatrice des pauvretés cachées

Très vite, elle a une renommée qui la met au centre du mouvement de charité à Paris. Dans le parloir de la communauté, on voit souvent des évêques, des prêtres, des écrivains, des hommes politiques et des jeunes gens appartenant à toutes les écoles : étudiants en droit et en médecine, élèves de l'École normale supérieure et de l'École polytechnique. Parmi eux, le bienheureux Frédéric Ozanam, cofondateur de la première Conférence de Saint-Vincent-de-Paul, connaît bien le chemin qui mène à son bureau. Avec d'autres amis, il vient chercher auprès de sœur Rosalie des conseils. Son expérience est inestimable pour ces jeunes gens : elle leur révèle les pauvretés cachées ou celles qu’on ne veut pas voir.

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L’invité

Magazine Histoire

«C’est avec

» © SSVP

La réaction de la sœur est alors immédiate : « Vous l’accablez. C’est avec ces raisonnements indignes d’un chrétien qu’on se dispense du devoir de la charité. Ne voyons que les malheurs des pauvres et fermons les yeux sur leurs défauts. Il nous est commandé de les chérir, de les aider et non de les juger. » Et d’ajouter : « Si je n’étais soutenue par la grâce, je serais pire qu’eux. Songez donc, depuis leur enfance, ils ont souffert de mille manières, ils ont vu souffrir les leurs. Croyezvous que cela n’aigrit pas le caractère ? Je vous en prie, mes amis, ne les abandonnez pas. Faites-vous du bien à vous-mêmes en étant bons, serviables ; ils s’attacheront à vous s’ils se sentent aimés et vous les améliorerez. Cela, je puis vous l’affirmer par mon expérience. »

Propos recueillis par Capucine Bataille, RC

elle la force pour réaliser autant de choses ? C'est dans son intense vie d'oraison et dans sa prière incessante du chapelet, qui ne la quittait pas. Son secret était simple : en vraie fille de Vincent de Paul, comme une autre sœur de son temps, sainte Catherine Labouré, voir en tout homme le visage du Christ. »

Jeanne-Marie Rendu (1786 - 1856)

L’épouvantable choléra Le choléra se déclare de nouveau à Paris au printemps 1849 : comment les mal-logés, les sous-alimentés, les gens des taudis, sans possibilité d’hygiène, échapperaient-ils à cette calamité ? Les appréhensions de Rosalie Rendu sont justifiées ; le mal redouté ne tarde pas à apparaître dans les rues voisines, y semant l’épouvante. Jusqu’au 1er juin 1849, 7 058 individus seront atteints du choléra à Paris et plus de 3 700 y succomberont. Les Filles de la Charité sont mobilisées et, sans crainte de la contagion, vont courir au chevet des malades et des moribonds. Les jeunes gens des Conférences de SaintVincent-de-Paul se font immédiatement leurs infirmiers bénévoles, montant près des cholériques, les soignant, aidant à leur transfert à l’hôpital, réconfortant les survivants, hébergeant les orphelins. Sœur Rosalie meurt le 7 février 1856, après une courte maladie. Pour sa béatification, le 9 novembre 2003, le pape JeanPaul II a évoqué la force de sœur Rosalie : « Où puisait-

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Dominique Robin, Vincentien

Ozanam - n°211 - novembre-décembre 2014

Née dans une famille aisée de cultivateurs, elle fait ses études chez les sœurs ursulines de Gex, où elle découvre l’action des Filles de la Charité. En 1807, elle prononce ses vœux. Envoyée dans le quartier de la rue Mouffetard à Paris, elle y sert les pauvres et ouvre successivement un dispensaire, une école, un orphelinat, une crèche, un patronage, une maison pour les vieillards sans ressources. Figure de la charité au XIXe, elle fait preuve d’un courage remarquable pendant les difficiles journées de 1830 et 1848. Sur sa tombe sont gravés les mots : « À la bonne mère Rosalie, ses amis reconnaissants ; les riches et les pauvres ». Jean-Paul II l’a béatifiée en 2003, elle qui « s’est joyeusement faite la servante des plus pauvres pour redonner à chacun sa dignité par des aides matérielles par l’éducation et l’enseignement du mystère chrétien, poussant Frédéric Ozanam à se mettre au service des pauvres ».

© DR

ces raisonnements indignes d’un chrétien qu’on se dispense du devoir de la charité.

Élina Dumont, enfant placée, mise à la porte de la DDASS à sa majorité, se retrouve à la rue pendant plusieurs années. Celle qui était autrefois invisible aux yeux des passants attire maintenant le public qui vient la voir sur scène. Dans le spectacle qui raconte son histoire, elle témoigne, fait réagir. La comédienne accompagne aussi des personnes en précarité et apporte ses conseils à de nombreuses associations. Rencontre.

Envoyée dans le quartier Mouffetard dès 1807, elle y restera jusqu’à sa mort le 7 février 1856.

Vous êtes sortie de la rue depuis plusieurs années et êtes devenue comédienne. En quoi consiste votre spectacle ? Dans mon spectacle, il y a de l’humour, de la légèreté, mais ça en dit long. Je raconte ma vie et j’ose tout dire. Je n’ai pas peur parce que l’art me permet de témoigner de ce que j’ai vécu. Je raconte l’humanité des sans domicile fixe. Je travaille aussi avec des groupes de personnes en situation de précarité dans des ateliers théâtre. On improvise à partir de leur vécu. Mon objectif n’est pas qu’ils deviennent comédiens, mais qu’ils réalisent qu’ils ont une force en eux. On leur a tellement dit qu’ils étaient des bons à rien ! Il est très important que les pauvres soient acteurs dans leur pauvreté. Autrement, ils ne retrouveront pas l’envie de s’en sortir.

Élina Dumont, comédienne et consultante en misère « Les pauvres doivent devenir acteurs » n°211 - novembre-décembre 2014 - Les cahiers Ozanam

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Elle est devenue porte-parole de ses compagnons de la rue, de ceux à qui on ne la donne pas.

On dit aussi que vous êtes « consultante en misère »… C’est vrai que j’interviens auprès de beaucoup d’associations : ATD Quart-Monde, le Secours catholique, Sœur Emmanuelle, etc. Je pars de mon histoire. Je suis franche et ne mâche pas mes mots. Quand j’étais à la rue, j’ai fait des mauvais choix. J’ai traîné avec des voyous. Parfois on est obligé de s’adapter. Je suis fatiguée de m’investir autant, mais je ne sais pas faire autrement. Dès que je vois une injustice, cela me renvoie à ce que j’ai vécu… Je parle au nom de plein de gens qui n’ont pas la parole. On me la donne ! Donc je me sens investie d’une mission en leur nom. C’est mon combat. Mais j’ai dû apprendre à prendre plus de la distance. J’en manque encore… J’en ai tellement bavé pour arriver là ! Ce n’était pas de ma faute si à dix-huit ans je me suis retrouvée virée de la DDASS. J’étais majeure, je n’avais pas de projet, donc on m’a mise dehors, à la rue. C’est pourquoi je me bats. Partout où je pourrai apporter mon vécu, mon expérience, j’irai.

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Quel est votre avis sur les organismes d’aide que vous avez côtoyés ? La politique sociale contraint à mentir. Si ceux qui ont besoin d’aide confessent leurs écarts, on la leur refusera. S’ils pouvaient dire la vérité, ils pourraient être aussi mieux aidés. Il faut que les bénévoles et les travailleurs sociaux acceptent l’échec de l’autre. Comprenez que la personne que vous avez en face de vous n’est pas encore prête. Mais accueillez-les si elles reviennent deux semaines, deux ans après ! Le déclic est peutêtre venu ! Ceci dit, je crois beaucoup aux associations. Il faut donner aux jeunes l’envie de s’y investir. C’est la clef. La vie associative crée du lien. L’État ne sera jamais la solution à toutes les pauvretés. Les plus belles démarches sont citoyennes. Si les gens s’engagent pour les autres, alors on pourra faire reculer la misère. On changera la société. Qu’est-ce qui manque le plus aux personnes dites « pauvres » ? Ce qui leur manque ? Un réseau. Quand on est dans une certaine forme de misère, inconsciemment on s’exclut. Parce qu’on a honte. Quand on donne la parole à des personnes qui sont dans la galère, c’est effarant ! On entend : « J’ai honte, je n’ai aucune culture », « Je ne suis jamais allé à l’école », « Je suis pauvre mais ce n’est pas de ma faute », etc. Les pauvres ont une mauvaise image. Ils sont ceux qui ne veulent pas s’en sortir, qui ne cherchent pas de boulot… Et on finit par le croire soi-même ! Il manque aussi des aides juridiques. Souvent, les personnes ont des problèmes de loyer, de surendettement, d’accès à l’aide médicale, etc. Elles ont besoin d’être accompagnées pour faire valoir leurs droits. Quand j’ai été exploitée par des patrons, je n’ai jamais osé porter plainte…

Sur scène, Élina prend une revanche sur la vie Concrètement, comment donner envie à et témoigne de l’humanité des sans domicile. une personne de s’en sortir ? Il faut leur donner la parole. Par exemple, une personne dans le besoin n’osera pas se plaindre d’un service social. Pourquoi ? Parce qu’elle est pauvre, elle n’a plus le droit de dire ce qu’elle pense ! On met les personnes aidées dans une situation infantilisante où leur pensée n’intéresse plus, et cela entretient leur dépendance. Il faut travailler et réfléchir avec elles. Elles ne sont pas qu’un dossier administratif ! Ensuite il faut les impliquer : plus on est productif, plus on est fier de soi. Il faut nous confier des tâches. À force exploité par un employeur, par une femme… On s’est de nous transformer en assisté, on y croit ! Prouvez-leur servi de moi… Beaucoup d’hommes m’ont hébergée et le contraire. Il ne faut pas avoir peur de la jouer un peu exigeaient finalement une contrepartie. C’est difficile de refaire confiance après ça. À trente ans, j’ai compris que plus je me comportais comme une assistée, plus je m’enfonçais. Ça m’a sauvé la mise. J’ai voulu faire du ménage, des formations, etc. Quand j’ai eu un logement, j’ai fait une déprime. Tout le monde se réjouissait pour moi. Je n’avais plus l’habitude d’avoir un chez-moi. Alors chaque jour, je venais voir mon appartement et je repartais. Petit à petit, je m’y suis faite et je me suis vraiment installée chez moi. Maintenant, j’ai un emploi de comédienne et donnant-donnant. Arrêtez d’infantiliser le pauvre ! Quand mon petit appartement. Mon toit, c’est ma liberté ! cela ne va pas, on a déjà du mal à se bouger. Alors surtout ne nous encouragez pas à devenir une loque. Pour moi, Livre la culture est un très bon moyen de donner envie de s’en Longtemps, sortir. On peut se reconnaître dans un livre ou dans une j'ai habité dehors, pièce de théâtre, faire des parallèles avec sa vie. D’autres par élina Dumont, seront plus sensibles aux contacts avec la nature, comme Flammarion, 2013 - 18 € les jardins partagés. Ces projets vécus ensemble peuvent « Enfant de l'abandon, adodonner envie aux gens de prendre leur vie en main. Provolescente fugueuse, femme de quez des rencontres et des moments de projets partagés. la rue. J'en ai bavé, pourtant De toute façon, moi je dis : quand on donne un sens à sa je m'en sors, et je n'en reviens vie, on ne se sent plus pauvre. pas. Je raconte ma longue nuit. […] Aujourd'hui, je me Avez-vous totalement tourné la page de la rue ? suis reconstruite. J'ai aussi rencontré des gens qui Passer de la survie à la vie, on ne s’y fait pas comme ça. ont cru en moi, j'ai gagné en confiance, suivi une Il ne faut pas se faire d’illusion : on ne sort pas indemne thérapie. Je suis devenue comédienne. Une fille qui de la rue. J’ai encore des copains qui y vivent, même se sort de la rue, qui raconte ce qu'elle y a vécu. » si beaucoup sont morts. Souvent on tombe dans la rue parce qu’on est gentil. On a été trop naïf et trompé ou

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«On met les personnes aidées

dans une situation infantilisante où leur pensée n’intéresse plus, et cela entretient leur dépendance.

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Magazine Agenda Agenda national 5-6 décembre 2014 Formation des présidents de CD (Paris) 12-13 décembre 2014 Conseil d’administration 17 janvier 2015 Journée de mobilisation pour les Rencontres Nationales du Partage en Île-de-France 30-31 janvier 2015 Conseil d’administration 7 février 2015 Journée des référents des Rencontres Nationales du Partage 15,16 et 17 mai 2015 Les Rencontres Nationales du Partage (Metz) Les Cahiers Ozanam, revue de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, 120, avenue du Général Leclerc, 75014 Paris www. ssvp.fr l Directeur de la publication : Bertrand Ousset l Rédactrice en chef : Capucine Bataille l Rédacteurs : Évelyne Ahipeaud, Juliette Asta, Capucine Bataille, Bertrand Decoux, Quentin Delacour, Jérôme Delsinne, Emmanuelle Duthu, Bénédicte Jannin, Clotilde Lardoux, Benoît Pesme, Bertrand Ousset, Jean-Claude Peteytas, Dominique Robin l  Ont participé à ce numéro : Ella Bitar, Valérie Grabé, Sophie Rougnon, Raphaëlle Simon. l Service abonnements : Clotilde Lardoux, 01 42 92 08 17 l Photo de couverture : Raphaëlle Simon. l Fabrication / production : CLD, 33, avenue du Maine, 75015 Paris l Graphisme : Florence Vandermarlière. l Impression : Imprimerie de Champagne, Z.I. les Franchises, 52200 Langres l Numéro CPPAP : 310G79517 l  Dépôt légal : Novembre 2014 – n°211 – 11/2014. l ISN : 1965 2917 l Abonnement 1 an, 5 numéros : 13 € l Toutes vos informations et photos sont à envoyer à la rédaction huit semaines avant la date de parution (édition sous réserve d’espace) à capucine.bataille@ssvp.fr.

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1848-1967

Bulletin de la Société de Saint-Vincent de-Paul

Agenda des départements

10 décembre Fête de Noël pour les familles accompagnées

Marseille (13)

Beauvais (60)

7 décembre La table de Fred : repas pour 60 personnes isolées 12 décembre Après-midi récréatif pour rompre les solitudes Ghisonaccia (20) 21 décembre Visite des personnes isolées et cadeau de Noël Besançon (25) 13 décembre Repas de Noël pour les personnes visitées, demandeurs d’asile et personnes SDF Grignan (26) 18 décembre Repas de Noël pour une cinquantaine d’habitués du « Café sympa » Évreux (27)

11 janvier Galette des Rois, animée par une école de danse, pour les donateurs, les personnes et familles aidées Grenoble (38) 7 décembre Goûter pour les personnes isolées Reims (51) 10 décembre Arbre de Noël pour les personnes et familles accueillies et visitées 13 décembre Fête de Noël avec l’aide des écoliers

Roubaix (59L)

16 décembre Repas de Noël pour 150 personnes, animé par les lycéens

2 décembre – 7 janvier Épernay (51) Après-midi récréatif pour 16 janvier les personnes isolées Goûter et loto pour les personnes et familles Pont-Audemer (27) aidées 21 décembre Après-Mi’Dires pour La Madeleine (59L) lutter contre la solitude 10 décembre Goûter de Noël pour les familles accompagnées

11 janvier et 8 février Dimanches de l’amitié pour les personnes isolées Fayence (83) 6 décembre Goûter pour enfants et personnes âgées

17 décembre Arbre de Noël pour les familles aidées

Le Lien (1ère formule)

Les Cahiers Ozanam (1ère formule)

Bulletin de la section française de la Société de Saint-Vincent-de-Paul

Bulletin trimestriel de la Société de Saint-Vincent-de-Paul – Louise de Marillac

1985-1997

Wissembourg (67) 11 décembre, 8 janvier Après-midi de partage et convivialité pour les personnes isolées 17 décembre Célébration et goûter festif avec la paroisse Mâcon (71) 1 -5 décembre Vente au profit des associations humanitaires er

Bulletin du Conseil national de France de la Société de Saint-Vincent-de-Paul

20 décembre Arbre de Noël pour 50 enfants avec la paroisse

Clermont-Ferrand (63) Limours (91) 6 décembre 31 décembre Fête de la SSVP 63 au profit des personnes aidées Repas de Saint-Sylvestre en partenariat avec 21 décembre d’autres associations Repas au profit des personnes seules

Le Lien (2e formule)

Athis-Mons (91)

Yerres-Montgeron (91)

1998-2005

Le Lien (3e formule) 2000-2009

Les Cahiers Ozanam (2e formule)

2005-2009

Revue de la Société de Saint-Vincent-de-Paul

Le Lien (4e formule)

21 décembre Repas de Noël en partenariat avec les petits frères des Pauvres

Les Cahiers Ozanam (3e formule)

Colombes (92)

Des liens pour aimer, partager, servir

2010-2014

24 décembre Réveillon de Noël pour les personnes isolées Montrouge (92) 7 janvier Repas de l’Épiphanie pour les personnes isolées et les familles aidées

Dès 2015

Ozanam magazine

L’information des bénévoles de la Société de Saint-Vincent-de-Paul

Pantin (93)

20 décembre 21 décembre Brest (29) Noël solidaire : goûter, Réveillon des CCAS avec spectacle organisé 25 déc. et 1er janvier les travailleurs sociaux Lille (59L) avec les familles Journée festive à la accompagnées Halte d’accueil Frédéric 20 et 23 décembre La Flèche (72) Ozanam Goûter de Noël pour les 25 décembre familles accompagnées 20 et 24 décembre Déjeuner de Noël avec Noël des familles aidées les personnes sans-abri Loches (37) Du 20 au 27 décembre et des personnes isolées 21 décembre 4 janvier 2015 & 27 décembre -3 janvier Goûter festif avec Repas festif et galette Vacances d’hiver Évian (74) distribution de friandises pour des familles des Rois avec les personnes de la rue 31 décembre pour les personnes isolées accompagnées

Ozanam - n°211 - novembre-décembre 2014

1967-1984

1968-2000

Guînes (62)

Tarbes (65) 18 décembre Décembre Fête de Noël à la maison Colis alimentaires de Noël d’arrêt 14 janvier 2015 Fête des Rois avec 180 personnes visitées, animée par les lycéens

Servir le lien entre les Conférences

Réveillon solidaire avec le Collectif Solidarité 2000 (Thonon-les-Bains)

La revue de la SSVP fait peau neuve ! La nouvelle formule du magazine interne de la SSVP reflète le renouveau vincentien. Elle mixe informations interne, problématiques sociales et réflexion spirituelle. 5 numéros par an


Les Cahiers Ozanam n° 211  

Déceler les pauvretés cachées, tel est le thème du dossier de dernier numéro des "Cahiers Ozanam". L'invité de ce numéro est Elina Dumont no...

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