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MAGAZINE 404

Stefan Fuertbauer Anne Berry Joshua White Phedia Mazuc Christina Z Anderson Virginie Plauchut Julie Sundberg Borja A. Rodriguez Daniel Leivick Noriko Takasugi


STEFAN FUERTBAUER

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ANNE BERRY

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JOSHUA WHITE

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PHEDIA MAZUC

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CHRISTINA Z. ANDERSON 50 VIRGINIE PLANCHUT

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JULIE SUNDBERG

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BORJAA. RODRIGUEZ

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DANIEL LEIVICK

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NORIKO TAKASUGI

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The images published in this magazine are copyrighted to their corresponding creators.


A translator’s view Vue d’une traductrice When I was a teenager I used to read the Spanish (my native

Quand j’étais adolescente, je m’amusais à lire le dictionnaire

language) dictionary for fun. Choosing a random page, it was

espagnol (ma langue maternelle). J’ouvrais une page au hasard,

delightful to find new meanings for well-known words or even

c’était un vrai plaisir de trouver de nouvelles significations

better, new words for yet undefined feelings.

pour les mots qu’on croyait bien connaître ou mieux encore,

This same kind of pleasure I now experience every time a variety

de trouver des mots nouveaux pour des sentiments encore à

of new projects statements are sent to me to translate into

définir.

Spanish. Each of them, besides the writing skills of the artist,

C’est ce même genre de plaisir que je ressens maintenant, à

opens a sluice gate into an intimate world that needs to be

chaque fois qu’un nouveau lot d’articles m’est envoyé afin que je

respectfully deciphered. Each of them is a clue to understand a

le traduise en espagnol. Chaque article, outre les compétences

very specific fraction of an image creator’s life. A fraction of life

en écriture de l’artiste, ouvre une porte sur un monde intime

that has been caged in a few squares. This fascinates me over

qui doit être déchiffré respectueusement. Chaque article est un

and over again.

indice aidant à comprendre une fraction très spécifique de la vie

So, thanks to all of you who have contributed to Square Magazine

d’un créateur d’images. Une fraction de la vie qui a été mise en

so far and for the enrichment of my soul.

cage dans quelques carrés. Et ça me fascine, encore et encore.

And have a bold year, everyone!

Et c’est pourquoi je vous remercie tous pour avoir contribué à Square Magazine ainsi qu’à l’enrichissement de mon savoir. Et que votre nouvelle année soit audacieuse ! Bea Fresno, Dec 2013

Also, pease take some time filling in our quick survey / Prenez aussi le temps de remplir notre petit questionnaire svp

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Stefan Fuertbauer Eiterquellen www.fuertbauer.net Eiterquellen is about Vienna’s Wurstel Diners and the Viennese

‘Kaesekrainer’ is preferably served with barf (mustard) and a

fast-food culture. Most of the time, these diners are isolated

hump (bread roll)...

islands in an ancient surrounding dashed with cultural

Of course these ancient Viennese diners had to evolve to

heritage. They are isolated both because of their look, but also

catch up with international fast-food chains, Kebab places and

in the sense that they resist global fast-food chains. However

Asian snack bars. They’ve aligned their appearance with a

modern their architecture may appear though, there is much

contemporary architecture that is not dissimilar to the style of

cultural heritage at play behind the scenes.

diners of 60’s USA. But they serve the same snacks they used

Viennese wurstel diners were introduced during the Austro-

to serve almost 150 years ago.

Hungarian «K.u.K.» monarchy in around 1870, to provide a safe income for wounded war veterans. Since then they have become an essential part of the urban culture not by only by supplying snacks but also by being a meeting place for the distinctive Viennese working class as well as for the higher society. The sub-urban Viennese language can be a rather raw one and gets celebrated these places -the main reason why I chose the title ‘Eiterquellen’ (‘Pus Springs’) for this project. Viennese people have found some questionable synonyms for the food supplied at diners, such as ‘Eitrige’ (‘pus-filled’) which describes a ‘Kaesekrainer’ sausage which is filled with cheese and when put on the grill, where the cheese melts and oozes out. With some imagination this can look like pus. The

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Stefan Fuertbauer Eiterquellen www.fuertbauer.net Eiterquellen est un travail sur les Wurstel Diners de Vienne et

suinte quand on la fait griller. Avec un peu d’imagination, cela

sur la culture viennoise du fast-food en général. La plupart

peut ressembler en effet à du pus. La «Kaesekrainer» est de

du temps, ces stands sont comme des îlots isolés dans un

préférence servie avec du vomi (moutarde) et une bosse (du

environnement au patrimoine culturel plus ancien. Ils sont

pain)...

isolés à la fois en raison de leur apparence, mais aussi dans le

Bien sûr, ces anciens convives viennois ont dû évoluer pour

sens où ils résistent aux chaînes mondiales de la restauration

pouvoir concurrencer les chaînes de fast-food internationales,

rapide. Ceci dit, au-delà de la modernité de leur apparence, ils

les kebabs et les vendeurs de snacks asiatiques. Ils ont adopté

sont les héritiers d’un patrimoine culturel plus ancien qu’il n’y

une architecture

paraît. Les Wurstel Diners viennois furent introduits dans les années 1870, à l’époque de l’Empire austro-hongrois et de la monarchie «KuK», pour garantir un revenu sûr aux anciens combattants blessés. Depuis, ils sont devenus une partie essentielle de la culture urbaine non seulement en tant que vendeurs d’en-cas, mais également comme lieux de rencontre pour la classe ouvrière et pour la haute société viennoises. Le patois plutôt brut de Vienne se fait entendre à ces endroits - la raison principale pour laquelle j’ai nommé ce projet «Eiterquellen» («fontaine à pus»). Les Viennois ont trouvé quelques synonymes douteux pour la nourriture qu’on y offre tels que «Eitrige» (« farci au pus ») qui décrit une saucisse «Kaesekrainer», une saucisse farcie de fromage qui fond et

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Anne Berry Behind glass

anneberrystudio.com

In today’s society pets are pampered and anthropomorphized, but animals are often overlooked and dismissed. My photographs are about the beauty of animals but, more importantly, about their plight. The pictorial quality of these images softens the shock, but the punch is there in the eyes and expressions of the animals. I anticipate the moment that I can capture something in the essence of an animal, so that it speaks through the photograph. Each animal begs the viewer to consider his place in a world where bulldozers are rapidly destroying animal habitats; he is an ambassador for all the animals in his species. Primates especially are able to remind people of the undeniable connection between man and animal. If these ambassadors can make the viewer feel this bond, perhaps it will motivate an interest in the welfare of animals. My materials are a combination of old and new. I now capture the image digitally, but my habits are from shooting film: I do not look at the display screen, and I focus manually. I convert the image to black and white

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and manipulate it as I would in the darkroom, dodging, burning, and creating photomontages. The black and white medium is central to my vision. It helps me select only what is essential. Without color, form becomes the most important tool. Also, the absence of color removes the image from reality and helps to emphasize the spiritual value. The animal becomes not a document of reality but an archetype of universal significance. The pictorial quality and the element of nostalgia come from my lens and aperture choices. I find vintage lenses and have them adapted to fit my camera. A medium format lens with a tilt adapter allows me to manipulate the plane of focus. I shoot with the widest aperture, which blurs non-essential details. I have the images printed on silver gelatin paper.


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Anne Berry Behind glass

anneberrystudio.com

Dans la société d’aujourd’hui, les animaux de compagnie sont choyés et « anthropomorphiqués », mais les autres sont souvent négligés et rejetés. Mon travail photographique se concentre sur la beauté de ces animaux mais aussi, d’une manière plus importante encore, sur leur sort. La qualité picturale de ces images adoucit le choc, mais le coup de poing est néanmoins là, dans les yeux et dans les expressions faciales. J’attends cet instant où je peux capter quelque chose de l’essence d’un animal, afin qu’au travers de la photo, il puisse parler. Chaque animal oblige le spectateur à considérer sa place dans un monde où les bulldozers détruisent rapidement leurs habitats, il devient l’ambassadeur de tous ceux de son espèce. Les primates en particulier sont en mesure de nous remettre en mémoire le lien indissoluble entre l’homme et l’animal. Si ces ambassadeurs pouvaient rendre le spectateur sensible à ce lien, peut-être pourrait-il le motiver à en prendre soin. Mes matériaux sont une combinaison d’ancien et de nouveau. Je capture maintenant l’image numériquement,

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mais mes racines sont analogues : je ne regarde pas l’écran de mon appareil photo et je fais la mise au point manuellement. Je convertis l’image en noir et blanc et la manipule comme je le ferais en chambre noire avec des techniques telles que la modification de la densité et la création de photomontages. Le noir et blanc est au cœur de ma vision. Il m’aide à ne sélectionner que ce qui est essentiel. Sans couleur, la forme devient l’outil le plus important. En outre, l’absence de couleur écarte l’image de la réalité et permet de mettre l’accent sur sa valeur spirituelle. L’animal est non plus un document de la réalité, mais un archétype à la portée universelle. La qualité picturale et l’élément de nostalgie viennent de l’objectif que j’utilise et le choix d’ouverture. Je trouver des lentilles anciennes et je les adapte sur mon appareil photo. Une lentille de format moyen avec un adaptateur d’inclinaison par exemple me permet de manipuler le plan de mise au point. Je tire avec la plus grande ouverture, qui brouille les détails non essentiels.


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Joshua White

Photographic survey of the American yard

www.joshuawhitephotography.com

This series started as an exploration of the plants, insects, and

Cette série a commencé comme une exploration des plantes,

animals found in my immediate area. I am using my iPhone

insectes et animaux trouvés dans mon environnement

to capture these images, and all the editing takes place on the

immédiat. J’utilise mon iPhone pour capturer ces images et

phone. I’m not sure if that is important yet, or if it will remain a

tout le travail d’édition se fait sur le téléphone. Je ne sais pas

parameter of the project. Originally these images seemed like

encore si c’est important ou si cela restera un des paramètres

a diversion from my greater body of work dealing with memory

associés au projet. A l’origine, ces images semblaient comme

and loss, but now it seems, as always seems to be the case,

une diversion dans mon vaste périmètre de travail traitant de la

they fit right in.

mémoire et de la perte, mais maintenant il me semble, comme

My mother tells me I used to lie on my stomach and watch ants

c’est souvent le cas, qu’elles s’y intègrent parfaitement.

in the grass. I also remember catching June bugs off of her wild

Ma mère me dit que j’avais l’habitude de m’allonger sur le

roses in a styrofoam cup. And I remember finding box turtles,

ventre à regarder les fourmis dans l’herbe. Je me rappelle

and waiting to hear the cicadas come out in summer, and

également quand j’enlevais les hannetons de ses rosiers

getting tobacco juice from a grasshopper on my fingers, and

sauvages pour les mettre dans un gobelet en plastique. Et je

catching lightning bugs in a pickle jar.

me souviens aussi d’avoir trouvé une tortue ; et d’avoir attendu

My hope is these images make you think on those times, too.

le moment où sortent les cigales pour chanter en été ; et que les sauterelles me laissaient des traces de jus de tabac sur les doigts ; et que j’attrapais des lucioles dans un bocal à cornichons. J’espère que ces images vous feront penser, vous aussi, à ces moments-là.

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Phedia Mazuc No chairs disparues

phedia-mazuc.tumblr.com

J’ai toujours du mal à parler de mes images même si elles naissent souvent d’une association de mots. Par exemple la série « nos chairs disparues » fait écho à « pas perdus pour tout le monde ». Chacun peut voir dans la chaise vide la promesse ou la menace. On ne voit aucune chair et pourtant, elle reçoit des commentaires sur ceux qui auraient pu se poser là, un désir de s’asseoir ou surtout pas. C’est un état de siège dont on veut souvent s’échapper, vers un autre no man’s land, territoire imaginaire, superposé, encré, griffé, en lisière de la réalité sur des objets abandonnés, des paysages fantasmés. L’envie de donner du mouvement au statique ou de figer ce qui fuit. Ce n’est pas triste, ce n’est pas gai non plus. C’est un peu vague, c’est un peu flou c’est vraiment net.

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It is always quite hard for me to talk about my images, even though they often originate from a word association. We can live the empty chair as a promise or a menace. The chairs can’t really be seen, but it nonetheless is the butt of commentaries about who could have sat there, whether there once was a desire to sit, or on the contrary to avoid sitting at all costs. It is a state of siege one wants to escape from, towards a no man’s land, an imaginary territory, half way between abandoned objects and phantasmagorical landscapes. Like a desire to force movement to remain static, or to freeze what is running away. It’s not sadness, it’s not happiness ever. It’s a bit blurry, a bit vague, but focused too.


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Christina Z. Anderson Family of origin

www.christinaZanderson.com

Je suis la plus jeune d’une famille de sept filles et un garçon ; une grande famille particulièrement sexiste. Quand nos parents sont morts, j’ai dû mettre de l’ordre dans 40 000 photos moisies, poussiéreuses et décolorées. Sur une période de 13 ans, j’ai édité ces photos pour arriver à un décompte final de 2 600 images à distribuer aux divers membres de la famille. J’ai sélectionné les 100 qui incarnent pour moi l’expérience de grandir « large » à l’aube d’un changement important du rôle de la famille et de l’orientation sexuelle. Travailler avec ces images encore et encore, à travers plus d’une décennie d’élagage et une année finale passée à faire des tirages, m’a donné petit à petit le temps de contempler et de faire la paix avec ma famille d’origine. Il y a de l’excentricité et l’humour dans ces photos, mais aussi de la tristesse et de la désillusion parce que, dans cette famille comme dans la plupart, des drames sombres se cachent derrière les visages Kodachrome souriants. Les tirages sont réalisés à partir de protéines de lait colorées (caséine), un choix approprié pour des souvenirs d’enfance.

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I am the youngest in a family of 7 girls and 1 boy, a large family that was also uniquely gender-biased. When our parents died, I became the one to make order out of 40,000 moldy, dusty, and faded photographs. Over 13 years I edited the photographs to a final count of 2600 images to distribute to family members, out of which I curated 100 to embody the experience of growing up “large” at the cusp of massive change in family and gender roles. Working with these images over, over and over through more than a decade of culling and a year of making prints, layer by layer allowed me the time to contemplate and make peace with my family of origin. There is quirk and humor in these photographs, but also sadness and disillusionment, because, in this family as in most, there were darker dramas going on beneath the smiling Kodachrome faces. The prints are made from colored milk protein (casein), a fitting choice for childhood memories.


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Virginie Plauchut Chronique

www.virginieplauchut.com

Avant que nos salles de bains deviennent des laboratoires, des salles d’interventions, des cabinets de curiosités Avant que Botox et autres poisons de ce genre, envahissent les étals de nos grandes surfaces Avant que les interventions sous anesthésie locale, à la maison ou au bureau entre deux rendez vous, se banalisent. Avant qu’avoir recours à un médecin ou à un chirurgien ne soit plus indispensable pour que la femme puisse se rapprocher des critères dictés... Quand, la folie du scalpel et de la seringue envahit notre société, avec une médecine efficace qui se voudrait sans risques. Quand, aujourd’hui on modèle son corps comme le sculpteur façonnait la glaise, Quand, la chirurgie devient un art. Quand, pas une partie du corps ne semble pouvoir échapper aux doigts habiles du héro des temps

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modernes : le chirurgien. Quand, ce nouveau « dieu », est désigné apte à effacer, rectifier, magnifier les disgrâces de dame Nature. « Chronique » se projette, s’interroge, sur les possibles dérives esthétiques.


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Virginie Plauchut Chronique

www.virginieplauchut.com

Before our bathrooms become laboratories, labs or cabinets of curiosities Before Botox and other such poisons invade the shelves of our supermarkets

(mis)fortunes Mother Nature bestows on us Avant que nos salles de bains deviennent des laboratoires, des salles d’interventions, des cabinets de curiosités

Before operations under local anesthesia, at home or in the office between work appointments, are trivialised Before having recourse to a doctor or a surgeon is no longer essential for women to get closer to some aesthetic criteria When the madness of the scalpel and syringe invades our society, with an effective medicine that is supposed to be safe When one models one’s body today the way a sculptor would fashion clay When surgery becomes art When no part of the body seems to escape the nimble fingers of hero of modern times: the surgeon When this new «god» can erase, rectify or magnify the

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Julie Sundberg Seven, fourteen, twenty-one juliesundberg.com

La série «Seven, Fourteen, Twenty-one» (Sept, quatorze, vingt-et-un) a été construite sur une période de quatorze ans, de 1996 à 2010. Ma fille en est le sujet. Je n’ai pas voulu créer une série style «Seven Up». J’ai photographié ma fille à sept, quatorze et vingt-et-un ans de manière intuitive. Ce fut au départ la réponse d’une mère face aux cauchemars récurrents de son enfant. Puis je me suis focalisée sur ses premiers pas dans sa vie de femme qui débuta à ses quatorze ans. Tout au long de cette série, j’ai utilisé un appareil photo réglé sur une vitesse d’obturation lente afin de capturer quelque chose d’éphémère et de personnel. En éliminant à la fois le fond et le contexte visuel, j’ai cherché à découvrir ce qui restait de l’enfant de sept ans dans l’adolescente de quatorze ans, puis dans la femme de vingt-et-un. «Seven» nous montre les reliquats visuels de cauchemars récurrents et fut conçue comme un procédé cathartique à la fois pour le sujet et pour le photographe.

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«Fourteen» se préoccupe du malaise adolescent et de l’anxiété associée à la croissance. Je voulais capturer son image au point de basculement ; ce qui m’amena à ressentir une sorte de malaise à me retrouver ainsi témoin de la mutation de ma propre fille. Cela souleva aussi la question du voyeurisme, à la fois chez moimême en tant que photographe et chez les autres, les spectateurs. «Twenty-one» montre une femme qui n’est pas encore tout à fait sûre de sa place dans le monde mais qui est néanmoins entièrement formée et en mesure de rencontrer mon regard sur un pied d’égalité.


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Julie Sundberg Seven, fourteen, twenty-one juliesundberg.com

Seven, Fourteen, Twenty-one was made over a fourteenyear period, from 1996 to 2010. The subject is my daughter. I did not set out to create a ‘Seven Up’ series, but intuitively photographed my daughter at seven, fourteen and twenty-one. Initiated as a mother’s response to her child’s recurrent nightmares, I later focused my attention on her transition to womanhood, which began at age fourteen. Throughout this series, I have handheld the camera during long exposures in order to capture something fleeting and internal. By eliminating background and context I sought to discover what remained of the child of seven in the adolescent of fourteen and the woman of twenty-one. Seven shows the visual remnants of recurrent nightmares, the fearful place of the dreamer within the dream and was conceived as cathartic for both the subject and photographer. Fourteen is concerned with the brooding teenage

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discomfort and anxiety associated with growing up. I wanted to capture her at the tipping point, but also felt unease as I watched my daughter mutating before my eyes. This raised the question of voyeurism, in myself and in others. Twenty-one shows a woman still not entirely sure of her place in the world, but fully formed and able to meet my gaze on equal terms.


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You are, or you know a poor rectangular photographer who would you like to try their hand at the square format and be published in the magazine? If so, the Square Residencies program is just what you need. It is free, it last three to six months and is open to all, regardless of age, gender or nationality (or indeed photographic gear). Here’s what you need to do: Gather some of your work and some info about yourself. Put together a proposal, highlighting your visual project and why you think the square format would fit. Email the lot to editor@squaremag.org What you’ll get: On-going assessment and feedback on your project from members of the Square Magazine team (email, phone and Skype). Academic help if needed (for instance art history and contextual studies). A slot in the magazine at the end of the residency. Promotion of the project via social networks and the magazine’s website.

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Borja A. Rodriguez Mare Nostrum fotoba.hostoi.com

«Mare Nostrum», was taken during a period of two years

La série «Mare Nostrum» a été réalisée durant une période de

(2011-2012) on the Mediterranean coast of Almeria, Spain,

deux ans (2011-2012) sur la côte Méditerranéenne d’Almeria,

And more exactly in the «Cabo de Gata» natural park.

en Espagne, et plus précisément dans le parc naturel «Cabo de

In this area, in the small villages, there are still families

Gata».

subsisting on daily fishing using small boats that are passed

Au sein de cette région, dans les petits villages, il y a encore

on from parents to children. Lately this ancestral lifestyle is

des familles qui subsistent du produit quotidien de la pêche

being threatened by falling prices and stiff competition from

à l’aide de petits bateaux qui se transmettent en héritage de

the big trawlers. Some families now use their boats to offer

parents à enfants. Ce mode de vie ancestral est maintenant

excursions to tourists. This work is my tribute to this way of life.

menacé par la baisse des prix et par la concurrence féroce des

I’ve tried to extract all the beauty that surrounds it.

grands chalutiers. Certaines familles utilisent maintenant leurs bateaux pour mener les touristes en excursion. Cette série est mon hommage à ce mode de vie. J’ai essayé d’extraire toute la beauté qui l’entoure.

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Vous êtes, ou vous connaissez quelqu’un qui est, un pauvre photographe qui se débat avec le rectangle, et qui aimerait essayer le format carrée et etre publiée dans le magazine? Le tout nouveau programme d’artistes en résidence peut vous aider. C’est gratuit, ça dure de 3 à 6 mois est c’est ouvert à tous, quelque soit votre age, votre sexe ou votre nationalité. Ce qu’il nous faut : Rassemblez des extraits de vos travaux et quelques info sur vous-mêmes. Mettez sur pied une proposition, mettant en lumière votre projet visuel et les raisons pour lesquels vous pensez que le format carré serait approprié. Envopez le tout à editor@squaremag.org Ce que vous pouvez espérer de nous : Une évaluation et un retour sur votre projet d’un des membres de l’équipe de Square Magazine (mèl, téléphone ou Skype). Une aide académique si necéssaire (par exemple en histoire de l’art ou en études contextuelles). Un article dans le magazine à la fin de la résidence. La promotion de votre travail via les sites de réseaux sociaux et via notre site web

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Daniel Leivick Heliopolis danielleivick.com

This is what they say this bird (the Phoenix) does, but I do not believe them. --Herodotus in Histories Vol. 2 Heliopolis is the city to which the Phoenix of myth periodically travels in order to experience fiery death and be reborn from the ashes. It is the name of my effort to conjure a desert city where the contrasts of our age (annihilation and transcendence, determinism and agency, rationality and madness) are called into question. It is a place where destruction and rebirth are one and the same, where the gap between reality and simulation is ever narrowing. These large scale photographs are created using collages of imagery appropriated from Google Maps, which are used to model a fictional terrain and landscape for this city. Online mapping projects like Google are rapidly changing the nature of visual discourse. No longer are we tied to the fixed perspective of a single camera; today

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we have access to a view akin to that of a compoundeyed god who views all points simultaneously. By appropriating content from these sources and transforming it into large scale imagery, I intend, at once to highlight this shift in perspective and to call into question the implications of witnessing a landscape that is reflective of ourselves and of our culture. The symbols which emerge here, created with ambiguous agency and meaning, echo the struggle of the individual to transcend their role in a seemingly agent-less social machine.


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Daniel Leivick Heliopolis danielleivick.com

Voilà ce que fait cet oiseau (le Phénix), disent-ils, mais je ne les crois pas. Hérodote, Histoires Vol. 2

Héliopolis est la ville où le mythique Phénix retourne périodiquement afin de s’immoler et renaître de ses cendres. C’est le nom que je donne à ma tentative d’évocation d’une ville désertique où les contrastes de notre époque (l’anéantissement et la transcendance , le déterminisme et l’agencement , la rationalité et la folie) sont remis en question. C’est un endroit où la destruction et la renaissance sont une seule et même chose, où l’écart entre réalité et simulation est pour toujours réduit. Ces photos de grande taille sont créées en utilisant des collages d’images du site Google Maps qui me servent à modeler un territoire fictif : le paysage de cette ville . Les projets de cartographie en ligne comme celui de Google sont en train de changer rapidement la nature

du discours visuel. Nous ne sommes plus attachés à la perspective fixe d’un seul appareil photo ; aujourd’hui nous avons accès à une vue semblable à celle d’un dieu aux yeux à facettes omniprésent et voyant tout. En m’appropriant ces sources et en les transformant en images de grande taille, j’essaye à la fois de mettre en évidence ce changement de perspective mais aussi d’analyser notre implication, en tant que témoin, dans l’émergence d’un paysage qui est le reflet de nous-même et de notre culture. Les symboles qui apparaissent ici, à l’intention et à la signification ambiguës, font écho à la lutte de l’individu pour transcender son rôle dans une machine sociale apparemment sans objet.

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Noriko Takasugi Fukushima Samurai

www.norikotakasugi.com

Soma Nomaoi est une célébration annuelle qui met en avant la culture samouraï millénaire de Fukushima. 2000 personnes sont mortes lors de l’accident de Fukushima ; 80 % d’entre elles étaient originaires de la région où se tient le Soma Nomaoi. Malgré les conditions difficiles, les pertes en vies humaines et la perte de centaines de leurs chevaux et de la plupart de leurs armes, la majorité des survivants guerriers samouraïs de la région de Nomaoi a tout de même décidé de se réunir en 2011, quelques mois après la catastrophe. Ce n’est pas seulement un événement, c’est aussi un moyen d’affirmer leur identité et de lutter pour leur survie. La façon de vivre des samouraïs, nommée « Bushido ”, se rapproche du concept de chevalerie. Cette identité particulière définit comment et pourquoi ils vivent. Les guerriers samouraïs Nomaoi représentés ici résidaient auparavant dans la zone proche de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, mais ils ne sont plus autorisés à y vivre. Chacun d’eux se tient dans un lieu

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ayant une signification personnelle pour lui. Bien que l’image typique du Japon actuel puisse être encore positive avec les bâtiments high-tech de Tokyo, le pays reste un monde caché pour les étrangers. Je voudrais, à travers mes photos, montrer cette partie secrète du Japon, sa mentalité, sa chaleur intérieure et le sens profond de la beauté triomphant de l’adversité, ainsi que notre révérence envers la nature. Cette partie secrète n’est pas pour nous quelque chose d’extraordinaire, mais affecte réellement nos choix de vie quotidienne. Ces qualités sont souvent masquées aujourd’hui dans le monde entier, pas seulement au Japon. Ma vie ordinaire et mes racines japonaises ont formé un pont entre moi et ces samouraïs dont je prenais en photo l’ombre et la lumière.


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Noriko Takasugi Fukushima Samurai

www.norikotakasugi.com

Since 2011, I have devoted my time to capturing images of the survivors of 3.11. While I was listening to their story, I could not ignore the unique spirit emerging in these people. These photos are part of my long-term project that differs from the major news stories about the disaster. I tried to investigate the evacuees not as victims, but as part of a 1000 years old folk culture of the area, a representation of Japanese identity. The work examines how these people are surviving and fighting fate in order to retain their sense of self. Soma Nomaoi is an annual celebration of Samurai culture in Fukushima. It is more than 1000 years old. 2000 people died in Fukushima due to the meltdown, 80% of whom were from the area where the Soma Nomaoi is held. Despite the harsh conditions, loss of lives and loss of hundreds of their horses and much of their armory, the majority of the surviving Nomaoi Samurai warriors agreed to hold the gathering in 2011, just a few months after the disaster. It is not just an event but also the embodiment of their

identity and fight for survival. The samurai way of life, “Bushido�, corresponds to the concept of chivalry. This sense of identity represents how and why, they live. The Nomaoi Samurai warriors portrayed here were once residents in the area close to the Fukushima Daiichi nuclear plant but they are no longer allowed to live there. Each of them stands in the places that had a personal meaning to them in the area. Although the typical image of current Japan might be still positive, to foreigners the country remains a hidden world. I would like, through my photography, to show this secret part of Japan: the mentality, inner warmth and profound sense of beauty triumphing over adversity, and our awe of the natural world. Those secret parts are not an extraordinary thing for us but an accumulation of our choices in our ordinary life. Such qualities are often obscured nowadays in the world as a whole, not just in Japan. My ordinary life and Japanese root came across to these Samurai people while I was taking their light and their shadow with my camera.


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The Square Team ◆ ◆ ◆ ◆ ◆ ◆ ◆

Rédacteur en chef : Christophe Dillinger www.cdillinger.co.uk Direction artistique : Yves Bigot www.yvesbigot.com • www.editionsdejuillet.com Aide précieuse, conseils avisés : Carine Lautier Traduction : Bea Fresno, Friederike Schneider, Catherine Gaffiero, Idelma Ovalle Relecture : Stéphane Biéganski Design Intern: Timothy Dillinger Volunteers / helpers: Emma Wilkins, Jade and Ellie

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Soyez sûrs de ne nous envoyer que des photos au format carré. Nous acceptons toute image dans ce format, que ce soit du film 24x36, du numérique recadré ou du Polaroid… Un carré, c’est dans l’œil, pas seulement dans l’appareil.

Please send only square format photographs. We accept anything, even 24x36 or digital cropped, or Polaroid. Square is in the mind, not necessarily in the camera.

Nous avons besoin d’une série cohérente d’une quinzaine de photos maximum et d’une description de votre travail.

We need a coherent series of around 15 pictures max as well as an artist statement about your work.

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Square magazine issue 4.4 French / English