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Numéro #46 - Janvier 2012 - Toulouse - spiritmagazine.fr - zéro euro Culture

Tourisme

Habitat

Mode

Gastronomie

Sorties

Famille

spécial montagne

4 péchés givrés fooding

sarah truong-qui événement

made in asia


SOMMAIRE

Spirit # 46

16 Ouvre-toit

La pierre à l’édifice

4 péchés givrés

Cette année, la montagne se déguste à la carte. Au programme, de luxueuses mignardises, de grands plats familiaux, de voluptueux entremets. Les aventuriers ne sont pas en reste, ils craqueront pour de pétillants amuse-bouches. Hors-piste, s’il vous plaît !

30

Edmond Lay est précurseur d’une conception écologique de l’architecture. Avec la précision d’un sculpteur il a choisi chacun des blocs rocheux qui composent la maison de Guy Auriol.

28 Shopping

En mode hiver

Au placard le fuseau pat d’eph’ et la combinaison fluo ! Profitons des premiers flocons pour sortir un panier garni de vêtements techniques, beaux... et chauds !

24

En ville

Autour de Saint-Sernin

12

Spirit redécouvre la place emblématique. Adresses incontournables et perles rares. ▼

Entre-nous

Renimel, chef étoilé

Franck Renimel n’est pas un chef comme les autres. Sa cuisine explosive et généreuse déroute autant que son allure de surfeur. Rencontre décontractée avec un homme en état de grâce.

20

Tables & comptoirs

14

Mode de vie

Parfait Toulousain ?

Les Toulousains sont engagés dans un virage à 180 degrés. Désormais, il faudra se tenir à carreau les soirs de déboires. Voici les nouvelles règles à coller sur son frigo.

39

Cahier culture

La couv.

Spirit a eu un coup de cœur pour les Années polaroides de Niconito, graphiste, musicien et photographe toulousain touche-à-tout. Cette photo extraite de la série est un parfait exemple de son travail, qui sous l’apparence anodine du quotidien, soulève ce qu’il faut de poétique, d’incongru, d’évocateur. Histoire de raviver le plaisir d’une expo trop courte aux Musicophages, Spirit joue les prolongations tout le mois de janvier et fixe rendez-vous en juillet aux Faites de l’image, pour le prochain accrochage de ces belles années. www.cartblanch.org

La fin d’un monde Noël s’éloigne. Les sapins font le trottoir. Les guirlandes lumineuses et les boules de verre retrouvent la boîte un peu fanée dont elles étaient sorties au début du mois de décembre. Reste le sentiment d’avoir fait une pause. D’avoir remis les compteurs à zéro. Finalement, 2012 est arrivée... prétentieuse comme une nouvelle année, ambitieuse comme un nouveau départ. Pourtant, entre crasses politiques et crise économique, les perspectives sont douloureusement incertaines. La catastrophe semble tapie, sourde et menaçante, prête à bondir à la moindre occasion. C’est en tout cas ce que pense une poignée de diseurs de mauvaise-aventure, dont font partie ceux qui prédisent le cataclysme pour le 21.12.2012, sous prétexte que le calendrier des Incas ne va pas plus loin (sic). Il faut croire qu’en ces périodes troubles, on aime parler de la fin du monde et instrumentaliser la peur. Pour qui ou pourquoi... pas besoin de faire un dessin ? 2012, c’est tout à la fois les élections (françaises, russes, américaines) et les grands rendez-vous financiers. La morosité aurait donc conquis tout l’Hexagone. Tout ? Non ! Dans ce paysage désolant, un (gros) village d’irrésistibles Toulousains fait front. Le budget de la ville, en hausse de 4,5 % par rapport à l’année dernière, défie les lois d’une croissance en berne. Des projets urbanistiques, voire pharaoniques, pleuvent des fenêtres du Capitole. Un tramway au-dessus de la Garonne, un Quai des savoirs sur les allées Jules-Guesde, une maison de l’image au Mirail, une salle de spectacle à Borderouge, deux groupes scolaires... voilà 725 millions alloués à une liste non exhaustive d’investissements pour l’avenir. Du côté de la démographie, même confiance dans l’avenir. Toulouse connaît la plus forte croissance de France, et même d’Europe, gagnant chaque année environ 19 000 habitants. Et si 2012 n’était pas si sombre qu’il n’y paraît ? \ Léa Daniel \

L’impériale cuisine de Maintenant, dansez ! Made in Asia ouvre le bal, J. Edgar Sarah Truong-Qui l’orchestre, Bloom l’alimente, L’Empereur de Hué, dirigé avec délice par Sarah Truong-Qui, est une invitation au voyage gustatif. Bien éloigné du tourisme roboratif.

Mailaender s’en moque et Imany le ferme avec malice. Spirit ne vous laissera pas faire tapisserie en janvier !

Le supplément Altiservice « Pyrénées, les 6 stations au sommet »

SPIRIT est un magazine gratuit édité par Urban Press, www.urban-press.com - 18 rue des Couteliers, 31000 Toulouse - tél. 05 61 14 03 28 - fax. 05 61 14 25 22 - info@urban-press.com / Retrouvez Spirit sur www.spiritmagazine.fr Directeur de la publication : Laurent Buoro - Directeur du développement : Loïc Blanc - Rédaction : Léa Daniel, Carole Lafontan, Lionel Nicaise, Baptiste Ostré, Stéphanie Pichon, Mathilde Raviart, redaction@spiritmagazine.fr / Graphisme : Julie Leblanc, Christophe Gentillon / Ont collaboré à ce numéro : Christian Authier, Loïc Blanc, Isabelle Bonnet-Desprez, Karine Chapert, Thomas Delafosse, Isabel Desesquelles, Anaïs Florance, Hadrien Gonzales, Karine Jamin, Valérie Lassus, Anne Le Stang, Alex Masson, Audrey Sommazi, Laurent Sorel, Virginie de Vinster / Photos : Matthieu Borrego, Polo Garat, Sébastien Maurette / Publicité : Damien Larrieu, Sophie Hemardinquer, + 33 5 61 14 78 37 - pub@urban-press.com / Administration : adm@urban-press.com / Imprimerie : Roularta (Belgique). Papier issu des forêts gérées durablement (PEFC) Dépôt légal à parution - ISSN : 2116-3146 L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellé des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays. toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles, sont interdites et donnent lieu à des sanctions pénales. Ne pas jeter sur la voie publique.

Spirit # 46 / 3


c’est dans l’air

11.01

13.01 25.02

Le

Du au

Le

Design

Musique Famille

Festival Cinéma Le rendez-vous toulousain spécialisé dans l’importation artistique made in Asia, rapporte dans les bagages de sa 5e édition un florilège de créateurs venus de Taïwan, la petite Formose, réputée pour son avantgarde culturelle qui donne le ton en Orient et fait fantasmer l’Occident. De la Nouvelle vague tawanaise au cinéma, au parcours d’art contemporain, il sera démontré que la culture asiatique est devenue perméable au monde qui l’entoure. L’ouverture coup de poing du festival avec le Monodrame de Hsu Yen annonce le ton de cette édition résolument contemporaine. La programmation n’oubliera pas de rappeler quelques fondamentaux traditionnels, et d’élargir à la Corée ou au Vietnam.

La Fondation Espace Écureuil ouvre grand les coulisses du luxe et du beau, en accueillant la prestigieuse agence Trend Union et son magazine Bloom. Détecteur de tendances, arpenteur du monde, prescripteur de goût, le magazine expose ses coups de cœur dans un parcours coloré et fleuri. Normal, quand on a fait du végétal et du rapport à la nature son credo. Designers, céramistes, photographes, stylistes occupent le terrain de l’art contemporain, et s’érigent en penseurs de l’objet de demain. Tout à fait dans l’air du temps.

En 2012, il y a encore des producteurs musicaux qui ont du flair. Ainsi Malick N’diaye, qui avait découvert Ayo, a déniché Imany dans des bars new yorkais. La belle, d’origine comorienne, ancienne mannequin, a depuis explosé. Son premier disque The Shape of a Broken Heart est devenu aussi sec disque d’or. Il faut dire qu’avec son timbre rauque, et ses chansons habitées, elle ne laisse pas vraiment le choix. Spirit a rencontré cette nouvelle voix de la folk, que beaucoup comparent à Tracy Chapman. Elle, ça l’agace un peu.

Made in Asia

J. Edgar

Peu importent les dernières déceptions (Invictus, Au-delà), peu importe le battage médiatique, un film de Clint Eastwood, ça ne se rate pas ! Et J. Edgar marque le retour d’un cinéaste en forme. Avec un sujet à sa taille – la vie de John Edgar Hoover, patron du FBI pendant 48 ans – il maîtrise et sublime le genre du biopic. Sur les traces d’un homme de l’ombre, Clint éclaire les dessous de l’histoire américaine tout en auscultant les failles d’un homme tourmenté. Leonardo DiCaprio y brille plus que jamais, même sous les tonnes de maquillage. Le temps de l’Oscar serait-il venu ?

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Bloom

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Imany

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Les

13 & 20.01

25.01 10.02

5

Le petit chaperon rouge

Promenons-nous dans les bois pendant que le loup n’y est pas… Le problème du petit chaperon rouge, c’est que le loup rôde, prêt à le dévorer, du moins l’effrayer. Sylain Huc, chorégraphe et danseur, a eu envie d’attiser nos peurs, exprès pour jouer avec nos nerfs, et activer la machine à frissons dans une version moderne et percutante du conte de Perrault. Devant ce duo dansé pour personnages à capuches sur bande son hitchcockienne, il ne sera pas dit qu’on ne rigolera pas aussi. Ouf !

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4 / Spirit # 46

4

© Khatim Ketfi

J.Edgar © Warner Bros. Pictures France

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© Erik Damiano

© Mike Meiré

3

Du au

1

19.01

Help me Eros © DR

give me

S’il fallait en retenir 5, voici les événements qui méritent une place dans votre agenda.


c’est dans l’air

L’image du mois

600

Bouillon de Kultur

acques Ad © Jean-J

Photographiste ! Si JiF avait une carte de visite, voilà ce qu’il écrirait en guise de profession. Portraitiste à nul autre pareil, il shoote tout ce que la scène artistique compte de meilleur. Son studio est forcément mobile et incongru : toilettes, baignoires, coulisses... Son travail a également mis en lumière « l’underground », comme aiment l’appeler ceux qui n’en font pas partie : djs, artistes, créateurs d’ici et d’ailleurs. Son dernier acte ? Un livre : C’était mieux maintenant (Édition Populaire). On veut bien le croire.

er

Galerie de portraits

© Sébastien Maurette

Du 13 au 25.01, programme sur www.toulouse.fr, Goethe Institut 05 61 23 08 34

Katerine © Jif 2010 : citizenjif.com

L’Allemagne n’est plus seulement le pays de la saucisse, des méchants footballeurs et des Birkenstock. Désormais, on lui envie sa scène artistique foisonnante. La faute à Berlin, capitale branchée par excellence. À Toulouse, où vivent près de 6 000 Allemands, on célèbre la vitalité culturelle du pays voisin, à l’occasion de la semaine franco-allemande. On y explorera la tradition du cabaret, rendue célèbre par Marlene dans l’Ange Bleu, avec l’expo « Le monde – un cabaret », 110 ans de cabaret littéraire, au Goethe Institut inaugurée par un vrai « Kabarett » avec l’actrice Aurélie Youlia. Au CMAV on déambulera à travers les constructions colorées de l’architecte berlinois Bruno Taut, figure iconoclaste du début du siècle. Couleur toujours, dans une veine plus kitsh, avec les statuettes dorées d’Ottmar Hörl, à la galerie Bulles d’Art. Et pour regarder vers l’avenir, on se rendra au concert des Peilsender, quatre garçons dans le vent, inscrivant leur pop dans le sillage des Beatles.

Toulousains utilisent les billets flashy du Sol Violette pour régler leurs achats chez les (quelques) commerçants partenaires. La monnaie alternative a été mise en circulation en mai dernier. À l’heure où l’euro flanche, si c’était elle, la valeur sûre ?

Chaud aux fesses ! Il fallait l’inventer, le Tabéret, petit tabouret de vachet à trois pieds avec housse interchangeable, en forme de béret. 100 % en laine d’Espagne, s’il vous plaît, histoire de tenir nos petites fesses au chaud, avec ou sans cheminée. Dernière nouveauté du catalogue Design Pyrénées, toujours prêt à dégainer du naturel, de l’authentique et de l’original, il a été conçu par les designers Godefroy de Virieu & Stefania di Petrillo, et se décline en deux tailles. Pour les housses-bérets (de la marque Blancq-olibet, labellisée « entreprise du patrimoine vivant ») il y a 14 coloris interchangeables pour varier les plaisirs. Quant à l’assise en bois de frêne, prélevé dans le Jura, elle est garantie sans vernis ni traitement chimique de surface. On pourrait presque le rebaptiser le Tabéretcolo. De 119 à 139 e, www.designpyrenees.com

Le Lifting de Saint-Sauveur ? La gestion du port Saint-Sauveur, sur les bords du Canal du Midi, est passée dans les mains de la mairie de Toulouse depuis le 1er janvier. Et alors ? Alors, ça risque de changer le visage de ce port, jusque-là réservé aux plaisanciers et péniches. Pour l’heure, rien de concret. Mais la mairie promet de faire du seul port toulousain du Canal du Midi, un lieu agréable où touristes et gens du cru auront envie de flâner. Pour que ces derniers consentent à mettre les pieds dans l’eau ou à se reposer, bercés par les timides remous du canal, de grandes idées affluent : espace loisirs, départ d’activités nautiques en tout genre, circuits de visites en péniches. Pour l’heure, encore des hypothèses. Dossier à suivre.

6 / Spirit # 46


À l’abordage Les descendants de Rackham Le Rouge et de John Cook débarquent du Nord, de Suède et d’Allemagne pour prendre d’assaut la vie politique française. Auront-ils autant de réussite que leurs camarades berlinois qui ont fait entrer 15 députés au Parlement local ? À voir... À Toulouse, ils ne sont pas encore très nombreux - une dizaine - et appellent au ralliement, en organisant notamment un apéro par mois. Derrière la bannière rouge et noir flanqué d’une croix occitane des pirates de Midi-Pyrénées, se cache un combat moderne de flibustiers geek qui se concentre sur les abus de l’univers informatique et, plus largement, la défense des valeurs de la propriété intellectuelle. Autant dire qu’Hadopi est leur meilleur ennemi. Objectif : l’abordage des législatives de juin 2012. Va falloir encore ramer. midi-pyrenees.partipirate.org

Un dimanche à l’Orangerie L’Orangerie de Rochemontès, à quelques kilomètres de Toulouse, semble avoir été conçue pour recevoir des récitals. Élégante, intime, racée. Pas étonnant que Catherine KauffmanMartin ait élu cette bâtisse de brique rouge, ouverte sur neuf hectares de jardin en bord de Garonne, comme écrin d’une nouvelle saison de musique classique qui s’ouvrira par un concert le 29 janvier. Elle connaissait déjà bien le lieu et ses propriétaires avant de se lancer dans cette direction artistique, sans aucune subvention. Dans cette belle salle de 300 m2, pouvant accueillir jusqu’à 250 personnes, le public entre dans un rapport intime avec les musiciens, un peu comme dans un salon musical du XVIIIe siècle. La saison à venir promet des répertoires variés : musique baroque costumée en janvier, duo violon piano en mars avec Clara Cernat et Thierry Huillet, et récital romantique en juin avec la pianiste Muza Rubackyté. Aujourd’hui Catherine KauffmanMartin pense déjà à la saison prochaine. Denis Pascal, Marie-Paule Milone, le Chœur de Chambre Les Éléments, sont déjà annoncés. www.orangerie-de-rochemontes.com , 05 62 72 23 35

Design à St-Étienne

Les habitués de Saint-Étienne ont peut-être déjà croisé Déborah Mézergues au Cosy Café, qu’elle tient avec son mari depuis 8 ans. Depuis fin octobre, elle a traversé la place pour concrétiser l’une de ses passions : le design. Ainsi est né Berthe + Eugénie, nouvelle adresse déco toulousaine, un hommage aux prénoms de ses deux grands-mères. Après trois ans à courir le Salon maisons et objets, Déborah y a fait un marché éclectique, de la très chic (et très chère) lampe Micha de Kunzel + Deygas, aux insolites skis de chaise de Marie Thurnauer, qui vous transforment un simple fauteuil en un rocking chair de haut vol. Berthe + Eugénie affiche quelques exclusivités sur Toulouse comme Cousu de Fil Blanc (savons précieux), les créations « lumineuses » des designers grecs 157+173, ou les lampes bouteilles de la Maison Martin Margiela. 3 place Saintes-Scarbes, Toulouse, 05 61 53 50 89, du mardi au samedi


© Helicium

c’est dans l’air

Verre de vent

De 18,50 e à 25 e, www.arnaudbaratte.fr

11 janvier 9h, ouverture des magasins, et début de la bousculade. Les soldes de l’hiver 2012 sont déclarés ouverts ! On gage que certain(e)s auront pris leur mercredi pour l’occasion. Que les agoraphobes se planquent, ça durera jusqu’au 14 février.

En

VUE

millions d’euros. C’est le budget de la culture voté pour l’année 2012 à Toulouse. 1 million de crédits prévisionnels ont été alloués pour La Machine de Montaudran et la future Maison de l’image. 3 millions pour la nouvelle salle de concert de Borderouge.

Air France au jeu du low cost Nouvelles destinations, nouveaux avions, nouveaux prix. Toulouse-Blagnac se transforme en une véritable plateforme aérienne internationale. Pour répondre aux compagnies low cost, Air France a lancé la contre-attaque et ouvrira au 1er avril prochain, une nouvelle base avec 16 nouvelles destinations, en plus des 12 déjà existantes. Rêvons un peu : Malaga, Athènes, Bruxelles, Genève, Hambourg, Malte, Naples, Prague, Séville, Berlin (photo ci-dessus), Venise, Vienne, Casablanca, Marrakech, Istanbul et Tunis. Objectif : attirer quelques 800 000 passagers de plus par an. Et pour nous, payer moins cher. Air France promet des allers simples à partir de 50 e, histoire de s’aligner sur Easyjet ou Vueling. Vérification faite pour Berlin : l’aller est bien à 50 e, mais le retour à 117 e. Pas dit que les prix soient si low, finalement. Avec les deux autres bases que sont Nice, Marseille, ceux qui font du ciel « le plus bel endroit de la terre » s’attendent à un joli pactole de 950 millions d’euros. Quant aux Toulousains qui pensent déjà aux vacances du printemps, les réservations sont ouvertes.

Pauline Martinod, femme à barbes Cette fille-là est loin d’être rasoir. Coiffeuse bio, un poil galeriste aussi. Clic, clic, sa vie va vite. Encore plus lorsqu’elle manie le coupe-chou, le nom un brin barbare du rasoir à la grand-papa. À 35 ans, Pauline Martinod est la seule et unique barbière de Toulouse. Un métier d’homme pour les hommes… en bustier noir à dentelles, et tatouage dans le cou. « La première fois, ils ont un peu d’appréhension. Mais on me dit que je suis très douce. La preuve, quand je rase mon papa, il s’endort.… » Barbes, boucs et autres moustaches, tout y passe. Le rituel est immuable, on jurerait voir De Niro en Al Capone. La brune barbière savonne au blaireau, rase au coupe-chou, enlève le feu du rasoir à la pierre d’alun. Tout se termine en massage et friction dans une chaude serviette blanche. Ces gestes d’un autre temps, elle les a appris chez LE maître-barbier parisien, Alain Blackman. « Un vieux monsieur en complet trois-pièces installé dans le Marais qui taille la barbe de Johnny Hallyday », précise-t-elle, en s’asseyant sur l’antique barber chair de son salon ABorigin, ouvert il y a deux ans. « J’aime, redessiner une barbe de trois jours, impeccable, classe. » Enfant, Pauline avait rêvé d’être coiffeuse, normal. Mais barbière, ça fait tout de même moins rêver les petites filles ! « C’est peut-être à force de regarder des films d’époque. » Aujourd’hui son salon décline les produits naturels, expose des jeunes artistes, et organise même des soirées groovy sur le canal du Midi. Une vie somme toute très peu barbante. \ Isabelle Bonnet-Desprez \ 7 rue du Sénéchal, www.aborigin.fr

8 / Spirit # 46

168

Berlin © Carole Lafontan

Pour tous les amateurs de vin un peu pressés, du genre à zapper l’étape carafe à décanter et autre préciosités œnologiques, une nouvelle génération de verre existe. Inventée par un gars du coin de surcroît. Après trois années de recherches, Arnaud Baratte, designer formé à l’œnologie installé à Paleville (Tarn), vient de donner naissance au verre Helicium. Sur le principe de l’éolienne, trois mini-pales situées dans le socle du verre permettent fluidité, oxydation optimale et brassage des saveurs du vin. Une technologie brevetée depuis 2008. L’étape de la mise en carafe est désormais une option, autant que faire tourner son vin dans le verre pour en dégager les arômes. Et en plus, ils ont prévu quatre formats, du verre à pied classique (grand ou petit), au verre à effervescence en passant par le gobelet. Pas de malentendu, ce verre ne fera pas non plus d’une piquette un grand cru.

© Julie Le

blanc


Un jeu d’enfant Un vent venu du nord de l’Europe souffle sur la ville rose. Il est vrai qu’en matière de mobilier design les Danois ne sont pas en reste. Ils le prouvent une fois de plus avec l’enseigne Flexa, spécialiste des chambres d’enfants. Un de plus en somme… Pas tout à fait. Le concept est simple, mais il fallait y penser : le lit évolue avec le temps et devient modulable. Donc, à partir d’un lit simple de 190 x 90 cm, ce dernier peut prendre de la hauteur en laissant de la place à une cabane, des étagères ou encore un bureau. Autre possibilité : le lit se transforme en un espace de jeu si on y ajoute un tunnel ou un toboggan. À moins qu’il ne devienne un lit superposé. Même principe avec la décoration, qui s’adapte à l’âge. Le thème de la jungle pour les petits se transforme en ambiance chevalier ou robot pour les grands. « Pas moins de 1 000 configurations sont possibles. Ce qui permet à l’enfant de 4 ans de conserver son lit jusqu’à sa majorité ! », claironne Michel Mathias, le gérant de la boutique toulousaine.

© Flexashop

Flexashop, 22 rue du Rempart-St-Étienne, Toulouse, 05 31 54 84 31, www.flexa.dk

La ruée vers Nailloux…

© Olivier Minh

Sera-t-elle de courte durée ? L’ouverture du village des marques de Nailloux a provoqué un petit raz-de-marée dans le Lauragais : trois kilomètres de bouchons le 23 novembre et 84 000 visiteurs en 5 jours. C’est qu’il était quasi impossible d’échapper au plan com’ - dont on retiendra la vision un brin sexiste de la femme - mené tambour battant dans la presse, dans le métro, dans les rues de Toulouse et d’ailleurs. Difficile aussi en ces temps de crise, juste avant les fêtes, de faire la sourde oreille aux appels du portemonnaie, devant « l’unique outlet du grand sud » se vantant d’appartenir à une « nouvelle génération ». En décembre, ils ont été entre 50 et 70 000 à s’y rendre chaque semaine, à la recherche d’une pièce de la saison dernière à prix cassé, dans les 62 boutiques déjà ouvertes sur les 125 prévues d’ici 2016. Calvin Klein, Kookaï, Desigual, Zadig et Voltaire… suffisent pour l’heure à attirer les adeptes de mode et du bain de foule. Seront-ils assez pour atteindre les objectifs ambitieux : 1,7 millions de visiteurs la première année, 3 millions en vitesse de croisière ?

Le canal se déplume ! Depuis 2006, la maladie du chancre coloré, importée des États-Unis via les caisses de munitions des GI’s, s’est attaquée aux platanes qui bordent les rives du canal du Midi. Apparu dans l’Aude, le chancre gagne chaque année du terrain. Près d’un millier de platanes, sur les 42 000 existants, ont déjà été abattus. Ils sont remplacés par des tilleuls argentés et, aujourd’hui, par des platanors, un superclone qui résiste au chancre. « Il faudrait passer à la vitesse supérieure et couper entre 3 et 4 000 platanes par an », explique Jacques Noisette, responsable com’ des Voies Navigables de France Sud-Ouest qui gèrent le canal. Il n’y a pas de remède à la maladie qui se propage au fil de l’eau et par les blessures infligées aux arbres par les amarrages. Seule bonne nouvelle : MidiPyrénées est pour l’instant épargné. Jusqu’à quand pourrons-nous faire notre footing à l’ombre ?


c’est dans l’air

PSSST C’est la Rumeur ! Oncopôle :

bientôt un pilote à bord ? Par Isabelle Bonnet-Desprez

Y

a-t-il un pilote dans l’avion ? Il ne s’agit pas ici de se lancer dans la critique moderne du film éponyme mais de soulever la question suivante : y aura-t-il bientôt un commandant à bord du titanesque vaisseau Oncopôle – anciennement baptisé Cancéropôle, mais ça c’était avant l’été pour ceux qui auraient raté les épisodes précédents de cette passionnante saga toulousaine* ? Dans les milieux autorisés, la rumeur est persistante depuis le printemps. Extraits choisis. « Il faut aller vers une gouvernance commune : une sorte de locomotive médico-scientifique. Or, pour l’instant, nous en sommes plutôt au millefeuille ! » regrettait en avril Christophe Cazaux, viceprésident de Toulouse Cancer Campus. Même écho du côté des labos privés avec le directeur de Sanofi-Aventis Toulouse, Xavier Tabary. « Nous avons besoin d’un patron qui chapeaute le tout, capable sur son nom seul, de mettre en place une fondation puissante qui amènera l’argent nécessaire, et d’attirer les quelque 200 meilleurs chercheurs internationaux qu’il nous faudra à Toulouse sur les 20 prochaines années. » L’équipage du nouvel avion-cargo toulousain est unanime. Il faut quelqu’un pour diriger le navire. Et rapidement. Mais voilà, le recrutement d’un capitaine hors norme, ça prend du temps. Cet été, un cahier des charges du poste et un recrutement international était annoncé… Mais depuis, silence radio. Allô, Papa Tango l’Onco, ici Charly : nous recevez-vous ? Biiiiiiip. Pourquoi un tel retard à l’allumage ? « Ce projet est compliqué dans son montage. Nous avons eu des difficultés à coordonner les équipes de soins médicaux du CHU et de Claudius-Regaud, ainsi que les équipes de recherche venant de diverses unités toulousaines (Inserm, UPS, CNRS…) », explique Catherine Xuereb, chargée de mission à la préfecture de la Haute-Garonne. En novembre, enfin, une petite annonce paraît dans la revue scientifique de renom Nature : l’Oncopôle de Toulouse recherche un Directeur pour son Institut Universitaire du Cancer (UCI) – c’est le nom de la future plateforme commune recherche et soins qui devrait sortir de terre route d’Espagne en avril 2013. Une nomination serait-elle proche ? Pas si vite. Car désormais, Toulouse n’a plus vraiment la main. La balle est dans le camp du Search Comity International – déjà constitué et sans aucun Toulousain – qui doit auditionner, puis sélectionner cinq candidats pour mars 2012 dans l’idéal ; les partenaires toulousains se réservant seulement le droit d’en biffer un ou deux de la liste. Aux ministres de la Santé et de la Recherche de le désigner ensuite officiellement. Une chose est sûre désormais : le fameux pilote devra prendre les commandes au plus tard au 1er janvier 2013. Dernière ligne droite donc, avant un décollage immédiat. * Unique sur le plan international, l’Oncopôle de Toulouse, impulsé suite à l’explosion de l’usine AZF, doit devenir d’ici 2014 un vaste campus de cancérologie, du laboratoire de recherche jusqu’au lit du patient. Pour rappel, les responsables toulousains n’avaient pas pu nommer le projet « Canceropôle », l’appellation étant déjà attribuée.

Haut les masques !

Après 24 ans d’absence, le carnaval revient (enfin) dans les rues de Toulouse. Le jour du printemps en plus ! Rendez-vous le 21.03, place du Capitole et déguisé.

Ze

BUZZZ 10 / Spirit # 46

Coup de baguette en réseau Le vénérable Orchestre National de Toulouse a rejoint Facebook le 1er décembre et diffusé son premier concert live sur la webtv medici.fr. J’aime !

Vraiment manquant

C’est dit, le Chaînon Manquant se fait la malle après 10 ans de festival, à Figeac, puis Cahors. Les élus locaux se lamentent, la troupe se réjouit d’augmenter la voilure du côté de Laval. Et nous, on dit bonne chance !

So british

On prépare son plus bel anglais avant de filer à la médiathèque José-Cabanis le 27.01. Pourquoi ? Because David Lodge, le plus caustique des auteurs anglais, est là ! Nice to meet you.

Le Pavé en a marre

Le théâtre du Pavé tentait une ultime levée de fonds en décembre au jouant tout le mois le Dr Knock avec une équipe de bénévoles. Verdict dans les semaines à venir. On y croit !


12 / Spirit # 46

© Stéphanie Renard


entre nous

Frank Renimel sous une bonne étoile C’est l’une des figures montantes de la gastronomie toulousaine, qui vous claque la bise et vous tutoie d’emblée. Silhouette menue et cheveux blonds ondulés, on imagine plus Frank Renimel surfant la vague qu’en cuisine. Ce chef iconoclaste sait avec justesse comment faire battre nos sens dans son restaurant délicatement intitulé : En Marge. Propos recueillis par Séverine Clochard

La petite cuisine d’En Marge Trouver un nom pour son restaurant, ce n’est vraiment pas évident. L’idée est venue d’un ami du chef. Il a rajouté le « r » de Renimel au nom de la rue, Mage. 8 rue Mage, Toulouse 05 61 53 07 24

Ça va plutôt bien pour vous. Une étoile décrochée six mois après votre ouverture en 2008, le prix Lucien-Vanel dans la foulée et dernièrement le titre de « Grand de demain » décerné par le Gault et Millau. Ça ne vous fait pas tourner la tête toutes ces récompenses ? Non, pas du tout. Car ces titres ne me sont pas destinés. Ils sont attribués à une équipe. Une seule personne ne fait pas la réussite d’un restaurant. Je ne suis pas un chef au sens classique du terme. En cuisine, j’épluche les légumes, je dresse les assiettes, je fais la plonge, je passe le balai brosse... comme tout le monde ! C’est fini le temps où les chefs restaient sur un tabouret à donner des ordres. Mon équipe, c’est ma deuxième famille. L’étoile, c’est une fierté pour nous tous, qui prouve que notre travail est apprécié. Mais la pression, elle est ailleurs, dans la salle, à chaque service, pour offrir du plaisir aux clients. Qu’ils repartent avec la banane, voilà notre récompense ! Justement, c’est quoi votre secret pour leur donner « la banane » ? Les surprendre ! Ma cuisine est complètement irréfléchie, spontanée. Je me laisse guider par l’inspiration du moment et les produits du marché. Je m’amuse. Je n’ai pas peur de faire de faute de goût. Ça n’existe pas en cuisine. À partir du moment où le dosage est bien fait, l’accord fonctionne. Bien sûr, il y a des mariages hasardeux mais avec l’expérience et la maturité, on acquiert des techniques, on connaît les saveurs, les produits et on arrive à les associer. D’où l’idée du menu secret... En fait, d’une difficulté, on a fait un atout. Ici, la cuisine est toute petite, très étroite. Impossible de stocker et donc, impossible de faire une « vraie » carte. Et puis, on voulait que les gens rentrent dans notre univers. Alors, on a inventé un menu où les convives se laissent mener sans savoir ce qu’ils vont manger. On a gardé la même idée pour les autres menus. Seuls le produit de base et la garniture sont indiqués, mais sans plus de détails. De même, on ne distribue qu’une carte par table et celui qui s’assoit sur « la mauvaise chaise » devient le chef de table et remporte l’addition ! Ne jamais goûter vos plats, c’est pour garder la ligne ? Ma femme dit souvent que je dois avoir la mémoire remplie de cases gustatives pour chaque aliment. C’est vrai que je n’ai aucune recette écrite et que je n’ai jamais mangé un seul de mes plats. Quand je concocte la carte, environ toutes les trois, quatre semaines, je pars d’une couleur, d’une forme, d’un graphisme et je dessine l’assiette. Ça surprend un peu les nouveaux venus dans l’équipe. L’hiver est ma période préférée car j’y trouve tous mes produits fétiches, les Saint-Jacques, la truffe, les légumes oubliés comme le cerfeuil tubéreux ou la butternut. Vous êtes comme Obélix, tombé dans la marmite tout petit ? Exactement ! Pourtant, personne n’était du métier. Mais chez nous, on avait l’amour du bien manger et une passion pour les repas gastronomiques. Entrée froide, chaude, viande, poisson, fromage, dessert... ça durait des heures ! Mon père et ma mère s’amusaient énormément en cuisine. Ils se régalaient à recevoir

la famille et les amis et à leur faire plaisir. J’ai participé assez tôt, vers 11 ans. Le gâteau de semoule est la première recette que j’ai maîtrisée. J’en faisais tout le temps ! Au chocolat, au caramel... J’ai pris beaucoup de poids ! À 13 ans, j’ai décidé de faire le lycée hôtelier de Toulouse. Je suis allé voir comment ça se passait, j’ai demandé qu’on me parle du métier. J’étais très déterminé. J’ai promis à mon grand-père que j’ouvrirais un restaurant et que je décrocherais une étoile. Le prochain défi de Frank Renimel, ce sera quoi ? Voir plus grand ! On a acheté un corps de ferme à Aureville, à une vingtaine de kilomètres de Toulouse. Ça nous a pris deux ans mais ça y est, les travaux ont commencé. On devrait ouvrir en juin prochain. On passera d’une salle de 30 m2 à près de 200 ! Avec quelques chambres aussi. Six, huit, pas plus. Mais on n’a pas l’intention de faire 70 couverts non plus. On veut garder l’ambiance qui règne ici, quelque chose de familial et de cosy à la fois, mais cette fois, avec des murs de pierre et de la charpente apparente. Et les photos de vos enfants en guise de tableaux ! Oui, comme ici. Avec Isabelle, ma femme, on voulait que les gens se sentent comme dans notre salon, comme si on les invitait « chez nous ». Équilibrer vie de famille et vie professionnelle est très important pour moi. C’est pour cette raison que le restaurant est fermé du dimanche au mardi, pendant les vacances de Noël, une partie de l’été et au moment de la rentrée. Ce nouveau projet, c’est aussi une manière d’être plus près d’eux. Le soir, je pourrais m’éclipser pour le bisou. Je suis un vrai papa poule ! Quand je n’ai pas le moral en cuisine, il me suffit de jeter un œil sur la bouille de mes enfants tout sourire, et ça repart ! Vous êtes du genre à aimer le stress ? Le coup de feu, c’est ce qui me plaît. J’aime ces instants « un peu chauds » car c’est là que je suis le plus efficace. C’est comme dans les sports que je pratique, le surf, le snow... tous les sports de glisse. J’aime la vitesse et ces moments d’adrénaline. Le palmarès du prochain Michelin qui arrive bientôt, ça vous stresse ? Je sais que les inspecteurs du guide sont passés. Radio casserole fonctionne très bien ! Mais leur verdict ne me stresse pas plus que Le marché Victor-Hugo… ça. Bien sûr, ce serait pour moi une 1reconnaissance. Si je fais ce métier, c’est pour hautlapossible. Jemes visefournisseurs, une deuxième C’est là aller que le seplus trouvent plupart de étoile, conserver la première. depour Bellocq le poissonnier en passant par Samaran ou Xavier le fromager. J’y vais même en famille, le dimanche, quand je ne travaille pas, pour préparer le repas du week-end.

3 lieux aux petits oignons

2- La coutellerie des Capitouls… J’avais récupéré un stock de vieilles lames, d’il y a 50, 60 ans, et je leur ai confié. Ils les ont montées sur des manches. Le résultat est magnifique. Un travail d’artisan comme je l’aime. 3- Marc Deloche, le bijoutier… J’aime son design original mais accessible, ses pièces brutes et assez massives. En plus, c’est un Toulousain !

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© Stéphanie Pichon

mode de vie

Les 4 commandements du parfait Toulousain À grands coups d’arrêtés municipaux et d’injonctions citoyennes ou écolo, l’homo urbanicus toulousain opère sa mue, pour devenir un habitant modèle et... obéissant. Par Hadrien Gonzales De boire sur la voie publique, Tu t’abstiendras Adieu les packs de bière consommés à même la place Saint-Pierre ou sur le boulodrome du cours Dillon. Exit le pique-nique en amoureux, au bord de la Garonne, à siroter un verre de vin. Depuis le 15 août, il est interdit de boire de l’alcool dans les rues du centre-ville. Désormais les apéros devront se restreindre aux terrasses et comptoirs des cafés. Aux tables basses des uns, aux cuisines des autres, c’est selon. Et pas la peine d’aller courir le kebab après 2h du mat’ pour avoir du rab, là aussi c’est rideau pour les noctambules. La réputation festive (option beuverie) de la ville a du plomb dans l’aile. Au lieu d’aller s’encanailler, on opte pour l’ambiance design du bar de l’Hôtel du Grand Balcon : les infusions Kusmi sont servies jusqu’à 2h du matin (4,5 €). Le breuvage est sain et de saison. Tranquille, pépère, tu resteras Pour vivre heureux, et en collectivité, vivons tranquille. Tel serait le nouveau dicton de la ville rose. Dans ce monde rêvé par nos élus, on festoierait avec modération, et de préférence chez soi, gentiment. La ville a donc inventé un outil unique en France, l’Office de la Tranquillité, censé jouer les entremetteurs zélés quelque part entre (ré)conciliation et délation, au moyen de six médiateurs et un numéro de téléphone accessible 24h/24. À sa tête, Bruno Domingo, sorte de Julien Courbet local, espère ainsi régler « tous les petits désagréments qui empêchent de bien vivre ensemble au quotidien » : tags, éclairage public, mais surtout conflits de voisinage et nuisances sonores… Cette initiative a reçu, le 15 décembre dernier, le Décibel d’or, euphémisme quand tu nous tiens ! Simple comme un coup de fil ! « L’intention est louable, mais parler de tranquillité est une astuce de com’, estime l’artiste Mathieu Tremblin qui lancera au printemps l’Office de la créativité, un projet d’interventions urbaines soutenu par la Mairie. Pour moi, une ville vivante n’est pas une ville tranquille. »

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À vélo tu te déplaceras D’ici quelques années, vous pariez combien que tous les Toulousains auront les mollets de Jeannie Longo ? On sent comme une lassitude chez les automobilistes : Toulouse serait la championne de France des bouchons, d’après une étude publiée en 2011 par le développeur de GPS TomTom. L’arrivée du Vélouse en 2007 a dopé la tendance. Désormais, 8% des trajets intra-muros se feraient à vélo. Le nombre des stations a bien augmenté et les engins sont disponibles 24h/24 depuis juin dernier. La ville n’affiche pas moins de 250 km d’aménagements cyclables… malgré de nombreux itinéraires en pointillés. Cependant, le vélo ne régle pas tout. Sans voiture, difficile d’aller se faire une toile à l’Utopia à Tournefeuille ou un concert au Phare ou au Bikini. Par crainte des alcootests après la fête, on en connaît qui prévoient leur sac de couchage et passent la nuit sur le parking. Tes déchets tu trieras « J’vais pas t’la faire à l’envers / Le verre c’est dans les containers / Carton, papier, emballages / Pas d’enfantillages… » Adopte une poubelle, le tube écolo des rappeurs bordelais MC Cub et Mister Tri est hyper efficace. À Toulouse, la fine fleur des chanteurs n’a pas encore pris le mic’ pour défendre l’environnement. Mais la Mairie sert d’avantgarde, jamais à cours d’idée pour nous éduquer. Dernière tendance éco-citoyenne : en novembre, la communauté urbaine délivrait son millième composteur individuel de jardin. Qu’on se le dise, la mesure s’applique aussi à nos 30 millions d’amis. À force de se plaindre de leurs rues crottées, les Toulousains se voient intimer l’ordre de ramasser eux-mêmes les excréments de leurs toutous. À moins que ces derniers n’aient le bon goût de se diriger d’eux-mêmes vers les cani-sites et cani-parcs, que la ville va équiper en 2012 d’hormones destinées à les attirer. On n’arrête pas le progrès…

Le prix de l’imperfection • Je me gare à l’arrache sur la route ou une piste cyclable : 35 €. • Je prends un sens interdit (même à vélo) : 135 €. • Je fais une fête chez moi un peu trop bruyante : jusqu’à 450 €. • Je bois des bières le soir en bord de Garonne : jusqu’à 38 €. • Je colle des affiches sur les murs : 12 € par affiche. • Je graffe : jusqu’à 7 500 € • Je jette mes ordures dans la rue : de 35 € à 1 500 € •M  on chien s’oublie sur le trottoir (ou moi !) : de 35 € à 1 500 €


ouvre-toit

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Des pierres à l’édifice La maison du docteur Guy Auriol a été conçue par l’un des architectes français les plus doués de sa génération. Fidèle à ses convictions, Edmond Lay a façonné la pierre pour construire ce repaire, abolissant les frontières entre l’intérieur et l’extérieur. Texte : Léa Daniel / Photos : Arnaud Saint-Germès

À

la voir, enracinée dans cette lourde terre béarnaise, on pourrait croire que la maison conçue par Edmond Lay a toujours existé. Elle aurait pu naître dans un caprice tellurique ou émerger tel le dommage collatéral d’une inconstante tectonique des plaques. Pas du tout ! Malgré ses courbes revêches et sa silhouette rocheuse, cette étonnante demeure est l’œuvre d’un visionnaire. Natif de Lannemezan dans les Hautes-Pyrénées, l’homme a grandi rebelle à toute forme d’académisme. Alors qu’il étudie l’architecture aux Beaux-Arts de Paris, il est sur le point de tout abandonner, lassé par le conformisme de l’enseignement. Heureusement, il rencontre Louis Arretche. Professeur à l’atelier, celui-ci donne un nouveau souffle à ses études. Très vite, ils travaillent ensemble. Lui le salarié. Arretche, le patron à qui il doit ses premiers voyages à l’étranger. Le plus marquant l’entraîne aux États-Unis, où Lay côtoie Franck Lloyd Wright, l’un de ses pères spirituels. Ainsi élevé à une nouvelle conception de l’habitat, il poursuit ses réflexions sur un courant naissant : « l’archologie », contraction d’architecture et d’écologie. De retour en France, il fonde sa propre agence et travaille principalement dans le Sud-Ouest où il réalise le siège de la Caisse d’Épargne dans le quartier Mériadeck de Bordeaux. Un immeuble organique, presque vivant.

\ La première pierre \ 

Emballé par cet impressionnant édifice bordelais signé de la main de Lay, Guy Auriol contacte l’architecte pour le projet personnel qui l’occupe. Nous sommes en 1978, et le plan est rapidement tracé. 180 m2 de surface habitable, un grand espace de plain-pied ouvert sur le sud et réunissant, tout à la fois, le salon, la salle à manger, un petit salon et une cuisine ouverte dont on envie les crédences rocheuses. Quand la suite parentale se love tout près d’une salle de bain privative, les chambres des enfants investissent les volumes du toit, reliées par une galerie suspendue. La pierre et le bois sont partout. À l’image des murs de façade, ils sont un savant assemblage percé de fentes, ouvert par endroit, incliné à d’autres. En regardant cet épiderme poreux, on voit à quel point l’architecte s’intéresse aux relations qui existent entre l’intérieur et l’extérieur, aux rapports qui naissent entre le paysage et l’habitat, l’habitat et l’homme. « Je ne recherche qu’à exprimer ce que je ressens. Je m’intéresse à la façon dont on vit dans ce que je construis » dira-t-il de son travail.

\ Le mythe de la caverne \ 

À l’intérieur, l’ambiance est surannée. On jurerait pouvoir siroter un whisky glace avec Tony Curtis et Roger Moore, confortablement installé dans le canapé en cascade qui borde la cheminée. Avec son mobilier sixties et ses influences seventies, cette maison a des allures de reine élégante qui aurait gardé sa garde-robe d’antan. Elle comporte aussi sa part de mystère, ses zones d’ombre où la nature pourrait l’emporter. C’est le cas de la salle de bain où les parois rocheuses et le sol de pierre composent un décor de caverne. Mais alors qu’on se croit perdu dans les tréfonds de la terre, l’architecte rattrape les esprits déboussolés. Il suffit de se retourner pour ne pas sombrer : une vasque sculptée, des lumières disposées autour d’un miroir comme dans une loge de star, une baignoire « naturelle » du meilleur effet. Pourquoi choisir entre nature et culture ? Pierre de carrière : Guy Auriol et Edmond Lay sont allés chercher leur matière première à Bidache, une carrière près de Bayonne. Le propriétaire se rappelle que Lay est resté pendant tout le temps du gros-œuvre, orientant les maçons comme un sculpteur installerait ses blocs pour former son œuvre. Le résultat est impressionnant.

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ouvre-toit

1

1 - Le séjour forme un noyau dur autour duquel gravitent les autres pièces de la maison. 2 - Les portes sont peu nombreuses remplacées par des passages et des rétrécissements qui guident la circulation entre les différents espaces. La cuisine est sobrement ouverte sur le reste de la pièce à vivre. 3 - Les chambres sont bardées de bois, comme le serait une cabane. Les angles jouent des coudes pour briser la monotonie des lignes. Le plafond s’ouvre pour dégager une belle hauteur, dans un jeu de décalages qui défie les lois de la symétrie. 4 - Le petit salon est un concentré des principes qui régissent la construction. Première règle : l’association de matériaux qui contrastent et se répondent (verre, bois, pierre). Seconde règle : la lumière, qu’il ne faut pas entraver. Dernière règle : une architecture d’intérieur tirée à quatre épingles.

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5 Fiche technique

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Architecte : Edmond Lay (né en 1930), il reçoit le Grand Prix National de l’Architecture en 1984 Année de réalisation : 1980 Superficie : 150 m2 au sol et 180 m2 habitables

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Tables & comptoirs

Sarah Truong-Qui © Polo Garat - Odessa

La table du mois

Les humeurs vagabondes de L’Empereur de Hué Le restaurant de Sarah Truong-Qui propose une cuisine vietnamienne pleine d’énergie, d’audace et de maîtrise. Bon voyage. Par Christian Authier

F

aut-il encore présenter Sarah Truong-Qui ? On pourrait dire que son Empereur de Hué est une « institution », si ce n’était faire offense au jeune âge de la chef et à sa cuisine aussi audacieuse que juste, aventureuse et maîtrisée, qui revisite les traditions en les trempant dans les horizons lointains depuis presque dix ans. Le restaurant vietnamien de la rue des Couteliers s’est ainsi forgé une solide réputation, qu’il convient de temps en temps de confronter au réel. On connaît trop de prétendus « meilleurs restaurants de… » (viandes, poissons…) qui ne tolèrent guère l’implacable principe de réalité gastronomique : « C’était bon ? », « A-t-on envie de revenir ? ». La soirée avait commencé, non loin de là, avec une bouteille de Substance, le divin champagne d’Anselme Selosse (voir Spirit de décembre) qui porte à l’euphorie méditative, mais aussi à l’exigence. Il était temps d’aller dîner et de s’installer dans la petite salle remplie et bourdonnante de l’Empereur. Autour de nous, cela ripaillait et parlait fort. Visiblement, des gens pas mécontents de leur sort. La carte, courte et prometteuse, n’affichait pas cette ribambelle d’entrées et de plats dont la profusion tente souvent de masquer l’approximation des produits et de l’exécution. Notre commensale nous avait averti. Elle aime beaucoup les épices quand elles sont douces. Sinon, elle est capable de prendre feu. En dépit de ses précautions envers des crevettes annoncées « bien poivrées », elle dévora ses plats en étant sensible à l’aspect grandiose du mélange (gingembre, ail…) avec des couleurs tendres, qui annonçaient déjà le printemps, ou de la coriandre verte comme les forêts et l’espérance. De notre côté, après avoir été tenté par un

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calamar sauté à l’ail, citronnelle et petit chou chinois (25 e), on opta pour le porc noir de Bigorre confit au caramel et au poivre (21,50 e). Le porc, joliment saisi, slalomait dans un sucré-salé qui ne ratait pas la cible. Du côté des classiques, soupe ph (14,50 e), on n’est pas déçu. Mieux, on redécouvre un éclat oublié, à l’image des nems (13,50 e) qui rappellent sans esbroufe leur appellation d’origine : pâtés impériaux. L’utilisation des herbes et des épices ne sert pas ici à pallier la déficience gustative des produits, mais sont la signature du chef. Impériale…

\ Cuisine chaude et étoilée \

Cela dit, on regrettera une carte des vins un peu trop sage qui, malgré quelques références honorables (le gewurztraminer de Schlumberger, le cahors de Matthieu Cosse, le Montlouis effervescent de Jacky Blot…), ne possède pas la touche d’originalité et de singularité qui se marierait parfaitement à la cuisine d’auteur que compose Sarah Truong-Qui. Quand le dessert arriva, une mousse au chocolat douce et puissante, escortée d’une glace fringante, la salle s’était vidée et la conversation pouvait épouser des tons plus bas. La tuile au sésame se grignotait délicieusement dans des craquements pleins de regrets. On n’aurait pas voulu partir. Il faudra donc revenir. Dehors, la nuit était chaude et étoilée, propice à l’humeur vagabonde, à prendre au hasard un train qui part, à descendre le Mékong en chantant des airs farceurs. Finalement, dîner à L’Empereur de Hué, c’est comme lire un bon roman ou voir un bon film. Après les avoir quittés, leurs images, leurs histoires, leurs saveurs, continuent de nous accompagner.

L’Empereur de Hué 17 rue des Couteliers 05 61 53 55 72 Ouvert tous les soirs sauf dimanche et lundi.


Ouverture

© Philippe Samson

Livre

Le Recantou : épicerie associative

La bouteille du mois

L’eau de Châteldon

Écritures œnologiques Le vin, ce sont les écrivains qui en parlent le mieux. La preuve avec la réédition de Voyage à Bordeaux 1989 et Voyage en Champagne 1991 aux éditions des Équateurs. Jean-Paul Kauffmann, l’auteur de La Chambre noire de Longwood, évoque ses passions et ses curiosités dans une langue qui parlera aussi bien aux initiés qu’aux béotiens. Ces textes furent publiés voici une trentaine d’années. Ils sont devenus un témoignage d’une époque où la spéculation, la standardisation des goûts et l’œnologie moderne n’avaient pas encore accompli leur grande entreprise d’acculturation. \C.A.\ Voyage à Bordeaux 1989 et Voyage en Champagne 1991, Jean-Paul Kaufmann, éditions des Équateurs, 12 € chacun.

Expérience

Inaugurée début décembre, l’épicerie associative Le Recantou propose en vente directe des produits locaux de qualité (fruits, légumes, viandes, fromages, laitages…) fournis par des agriculteurs et des exploitants engagés dans cette démarche coopérative. Par ailleurs, le lieu dispose d’un espace librairie et organise des débats. Produire local, penser global…  \C.A.\

Pas de vin pour débuter l’année, mais de l’eau. Attention, pas n’importe laquelle puisque nous avons choisi l’eau de Châteldon, la Rolls des eaux gazeuses, dont ne sont commercialisées que trois millions de bouteilles par an (la production quotidienne d’une marque courante). « Les eaux de Châteldon guériront Votre Majesté quelquefois, la soulageront souvent et la consoleront toujours », annonçait à Louis XIV son médecin. Des bonbonnes étaient donc acheminées d’Auvergne jusqu’à Versailles. L’étiquette d’ailleurs s’en souvient puisqu’elle affiche le Roi Soleil. Voilà pour la légende, car les vertus curatives de l’eau de Châteldon n’auraient été découvertes qu’en 1770…  Peu importe, puisqu’en 2012, la Châteldon est toujours très bonne. Avec ses bulles fines, elle est l’eau gazeuse qui séduira même les inconditionnels de l’eau plate. Faites le test. \C.A.\

Le Recantou, 42 rue des 7 Troubadours, Toulouse.

Banc d’essai

Le radis noir

Prix : 3 €. Chez Nicolas, Monoprix...

Le zinc qui aligne la dizaine de vins cuits faits maison donne la tonalité : à l’Auberge de Fountescut la convivialité n’est pas un concept, c’est une évidence. L’apéritif se prend au bar, lieu de rencontre des convives. Le maître des lieux, Jean-François Martin, y sert une cuisine traditionnelle, imaginative et généreuse. Cuisinier depuis 30 ans, initié à la gastronomie de haut niveau, ce fils de pâtissier a décidé de varier les plaisirs et d’ouvrir sa cuisine à ses amis et clients. C’est en petit groupe de 6 personnes qu’il vous confie l’élaboration du menu, de l’épluchage à la cuisson, de l’assaisonnement au dressage de l’assiette. La session s’achève par le repas autour d’une grande table où auront pris place les invités des apprentis. Un moment délicieux, à 50 km de Toulouse en direction de Foix, par la vallée de l’Arize. \ Loïc Blanc \ Auberge de Fontescut, Sieuras (Ariège), 05 61 69 25 48. Différentes formules possibles à la demande.

© Chateldon

C’est moi le chef !

Après les agapes festives, voici venu le temps du profil bas et des bonnes résolutions. Oubliés foie gras, chapons, huîtres et autres gourmandises, un peu d’ascèse ne pourra pas faire de mal. Depuis longtemps, un ami, pourtant porté sur les plaisirs de la table et de la Dive, nous vantait les mérites du radis noir, qu’il consomme, une fois l’an, sous forme d’ampoules, pendant trois semaines afin de remettre son foie d’aplomb. Pourquoi pas ? Pour mettre toutes les chances de notre côté, c’est donc vers un radis noir certifié bio de l’enseigne Boutique Nature que notre choix s’est orienté. Traditionnellement reconnu pour ses bienfaits sur la digestion et le bien-être hépatique, il se présente ici dans une boîte de vingt ampoules phyto-concentrées. Les plantes sont ainsi soumises à une double macération dans l’eau et dans l’alcool, procédé permettant d’extraire la quasi-totalité des substances actives, contrairement à une simple macération dans l’eau. Qu’on se rassure sur la valeur alcoolique d’une ampoule, elle est nulle, l’acool s’étant séparé en fin de production. L’ampoule de 10 ml de radis noir, équivalent à 2500 mg de plante sèche, est à prendre une fois par jour diluée dans un verre d’eau : le matin à jeun ou une demi-heure avant un repas. Évidemment, pour maximiser les effets de la cure, il est conseillé de ne pas boire d’alcool et de manger sainement pendant le traitement…  Alors, c’est comment ? Il faut admettre qu’on sent bien, en buvant la décoction, que l’on agit pour une œuvre… Sans être foncièrement répugnant, le goût de carton et de bois mort ne tend pas à l’épanouissement des papilles. Encore une fois, ce n’est pas le but. Allez, un effort… \C.A.\ Prix : 10 € la boîte de vingt ampoules.

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Tables & comptoirs

Au coin du feu Pour contrarier les frimas et réchauffer l’ambiance, Spirit conseille la ripaille devant les flammes. Quatre bons plans resto-cheminée. Par Christian Authier - Photos Matthieu Borrego

7 rue des Paradoux M° Esquirol 05 61 25 53 54 Comme le nom l’indique, il ne s’agit pas vraiment d’un restaurant pour les appétits chichiteux. Tout ici est XXL : des charcuteries aux viandes grillées, sans que la générosité ne nuise à la qualité. Briques toulousaines, bois et cheminée rutilante plantent le décor. La cuisine du Sud-Ouest défile gaillardement, assise sur des produits régionaux qui ne trichent pas. Le terroir et la tradition se montrent sous leur meilleur visage, à l’image du cassoulet aux fèves (« le fevoulet »). Garder une place pour les desserts, point d’orgue d’une soirée gourmande. C’est d’ailleurs ouvert uniquement le soir. À midi, il faudrait être effectivement un ogre pour affronter cette exubérance gastronomique.

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La Braisiére

#3

#1

La Cendrèe

Le Point d’Ogre

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Le Bistrot de l’Étoile

42 rue Pharaon M° Carmes 05 61 52 37 13

11 rue des Tourneurs M° Esquirol 05 61 25 76 97

6 rue de l’Étoile M° François-Verdier 05 61 63 13 43

Si La Braisière a fait peau neuve voici quelques mois, elle n’a évidemment pas sacrifié son âtre, qui a forgé la renommée de l’endroit. Bien sûr, coquillages et huîtres s’affichent, mais ce sont les viandes grillées au feu de bois (côtes de bœuf, rognons de veau, magrets entiers, brochettes…) que les amateurs aiment à retrouver dans une ambiance rétro-moderne. On ressort de là les joues rosies et la faim apaisée. À noter que cette vénérable institution est ouverte tous les jours.

Un cadre très chevaleresque (une ancienne demeure de Capitoul) et une somptueuse cheminée du XVe siècle font du restaurant de la rue des Tourneurs (côté Esquirol) un lieu à part. La cheminée ne fait pas que de la figuration car les viandes sont invitées à faire un tour au feu de bois. La carte nous plonge en plein cœur du Sud-Ouest. Au programme : souris d’agneau braisée ou côte de bœuf… Compter entre 45 et 50 e, menus à 23 et à 30 e, formules du midi à 12 e.

Entre la place Dupuy et le boulevard Carnot, ce Bistrot décoré de vieilles plaques publicitaires avance une carte aguicheuse, à la fois traditionnelle (salade de cabécou au miel, souris d’agneau confite à la crème d’ail…) et décalée (pain perdu de cœur de canard aux pommes, Saint-Jacques aux endives caramélisées à l’orange). On n’oublie pas la cheminée et la cuisson au feu de bois qui contribuent à l’harmonie de l’ensemble. Formule du midi de 10 à 14 e, le soir de 22,50 à 27 e.

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Cercles et poussoir

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en ville

Saint-Sernin dans sa bulle Au centre la basilique, imposante, intimidante presque. Le repère. Autour, un drôle de vide, mélange de permanence et d’agitation lycéenne. Sur les traces de lieux chargés d’histoires, et sur la voie de jolies perles bien embusquées, Spirit a fait le tour du propriétaire. Textes Hadrien Gonzales, Christian Authier - Photos Matthieu Borrego, Stréphanie Pichon - Illustrations Julie Leblanc

Mon caf’ Depuis la terrasse, l’abside romane de la basilique ressemble à un pâté de sable parfaitement réussi. Le Café St-Sernin est une institution pour des générations de mauvais élèves qui viennent ici passer le temps en séchant les cours. Les plus sérieux s’installent dans l’arrière-salle, seuls, pour réviser un devoir de maths, ou en groupe pour préparer un exposé. Daniel et sa bande squattent les banquettes depuis les années fac. Ils n’en ont pas bougé depuis 1978 ! « Il y avait un petit côté intellectuel, avec ses soirées d’animation littéraire et philosophique. » Le lieu fut engagé aussi : pendant la guerre, le café était une des bases de la Résistance, un repaire pour les pilotes anglais en transit vers l’Espagne. Aujourd’hui c’est Jean Daurau-Bedin, le patron (également propriétaire du Van Gogh, place St-Georges, et patron du Mon Caf’ avant sa fermeture place du Capitole), qui compte bien raviver la tradition en programmant des rendez-vous littéraires. Café St-Sernin, 2 rue Saint-Bernard, 05 61 21 22 27

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Tout un poème Paris a son Olympia, Toulouse sa Cave Poésie. Sur un air de plaisanterie, le fondateur René Gouzenne avait osé la comparaison il y a quelques années. Il n’avait pas tout à fait tort. Cette voûte en brique, qui fleure bon l’humidité, en a vu défiler des stars. Le guitariste Bernardo Sandoval (qui sera de passage en mai), la chanteuse Juliette, la comédienne Marina Foïs et l’humoriste Vincent Roca y ont fait leurs premiers pas. Sans parler de Clémentine Célarié : une inconditionnelle. On s’y sent bien, et les artistes s’attardent toujours après le spectacle. Un credo : défendre de belles écritures, quelles que soient les formes artistiques. Et ça lui réussit. Ses deux salles accueillent 16 000 spectateurs chaque année. Les mardis, place aux « 40 Rugissants », soit autant de personnalités du monde culturel toulousain venant lire en voisin un auteur cher. À venir, Correspondances de Gaston Gallimard (le 10.01), ou Contes de la folie ordinaire de Charles Bukowski (le 17.01). La Cave Poésie, 71 rue du Taur, 05 61 23 62 00, www.cave-poesie.com

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Halte aux blockbusters «  Notre vocation n’est pas de passer de la soupe. Nous ne sommes pas un supermarché à blockbusters. » Ça a le mérite d’être clair. Pour Buny Gallorini, la directrice, l’ABC sera d’art et d’essai ou il ne sera pas. « C’est un lieu pionnier, il porte une tradition. » Il sera équipé numérique au cours du premier semestre 2012… mais surtout, ne parlez pas de 3D ! Dans les années 50 déjà, alors que la culture « art et essai » n’en était qu’à ses balbutiements, le Ciné-Club louait cette salle pour y projeter des films. Tout ce que le 7e art français compte de grands noms est passé par ici. « À part Truffaut et Godard ». Les rencontres artiste-public se poursuivent encore au moins deux fois par mois. Depuis la rénovation achevée en 2009, l’espace d’exposition temporaire, en haut des escaliers derrière la caisse, se prête à merveille aux discussions entre cinéphiles. Prochain grand rendez-vous : Kino Polska avec entre autres Tu ne tueras point de Kieslowski, Les Innocents Charmeurs de Wajda et Le Locataire de Polanski. ABC, 13 rue Saint-Bernard, 05 61 21 20 46, www.abc-toulouse.fr

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Parole de chineur Il y a quelques années, les puces du samedi s’étalaient jusque dans la rue du Taur. Il suffisait de disposer quelques objets sur une couverture pour participer à cet ancêtre du Boncoin. Désormais, seuls les brocanteurs sont autorisés à cameloter leurs antiquités. Petit mobilier, jouets anciens, vêtements d’occasion croisent le fer avec de vieilles bicyclettes retapées ou d’anciens appareils photos argentiques. Les jours de chance, on trouve même quelques perles : des sièges de cinéma, des livres rares, de la vaisselle en porcelaine presque pas ébréchée. Trouver son bonheur se résume à trois mots : se baisser, chiner et négocier. Bien plus popu que les broc’ des allées Jules-Guesde, ces puces-là ressemblent à leurs sœurs bruxelloises. En fin de marché, on file siroter un café dans ce petit coin de paradis qu’est la buvette du musée Saint-Raymond et déballer ses trouvailles. Tous les samedis jusqu’à 13h, place St-Sernin

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Bouillon de culture De l’extérieur, c’est une bâtisse grande et calme, un hôtel particulier du XIXe siècle. À l’intérieur, en revanche, c’est l’effervescence culturelle. Entre ateliers multimédia, cours d’art plastique, de musique ou de danse, le Centre culturel Bellegarde s’agite à tous les étages. Les badauds traînent au rez-de-chaussée, dans de beaux salons aux cimaises bleues qui servent d’espace d’exposition - en ce moment c’est Lionel Loetscher. Le lieu chargé d’histoire se visite aussi, prochain rendez-vous le 7 janvier. Centre culturel Bellegarde, 17 rue Bellegarde, entrée libre, 05 62 27 44 88, www.centrebellegarde.toulouse.fr

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Vous avez dit bistronomie ? Depuis septembre, Aziz Mokhtari et Vincent Tenes ont ouvert Les P’tits Fayots, resto de poche (une vingtaine de couverts) au cadre à la fois épuré et chaleureux, où l’on peut voir Aziz concocter sa « cuisine bistronomique ». Les plats alternent audace et tradition - Saint-Jacques caramélisées à la tatin d’échalotes, veau confit et piquillos au chou braisé, rumsteak Rossini et gratin de pommes de terres, filet de maigre avec croûte d’herbe, légumes poêlés sauce aigre-douce - avec une belle agilité, tandis que parfois la simplicité vise en plein centre : brandade de morue à l’huile d’olive (extra !). Ouvert midi et soir, du mardi au samedi, le resto propose des formules déjeuner (14 et 19  e) d’un remarquable rapport qualité / prix. Très bonne sélection de vins. Les P’tits Fayots, 8 rue de l’Esquile, 05 61 23 20 71

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Des cookies, et de l’amour autour

Sixtine sur Garonne

Question partage des tâches, Anne et François-Xavier sont un couple exemplaire. La première tient la caisse et le coin sandwichs pendant que le second est tout à ses fourneaux. Leur boulangerie est la seule du quartier à fabriquer ses propres produits. C’est une affaire qui roule, une jolie love story, entre l’artisan et son ancienne cliente, passée il y a six ans de l’autre côté du comptoir. Leur créneau, le cookie : 250 petits gâteaux ronds (attention, c’est très sucré) sont vendus chaque jour aux habitants du quartier, tous devenus accros ! « Je suis Breton : la biscuiterie, c’est notre domaine de prédilection », affirme le patron. Pour les deux tourtereaux, le repos aussi, c’est sacré : la boutique ferme tous les week-ends, pendant les vacances de Noël, et six semaines pendant l’été. Vous êtes prévenus. Boulangerie AFX, 64, rue du Taur, 05 61 21 31 72

On la surnomme « la chapelle Sixtine », à cause des riches peintures qui recouvrent ses murs et ses voûtes en lambris. C’est un ancien couvent des Carmélites érigé rue du Périgord aux XVIIe et XVIIIe siècles. Un ensemble de huit tableaux, signés du grand peintre toulousain Jean-Baptiste Despax, accrochés dans la nef, retrace d’ailleurs l’histoire des deux fondateurs de l’ordre du Carmel, Elie et Elisée. Le lieu accueille parfois des concerts (l’acoustique y est remarquable) et des manifestations artistiques, comme le Printemps de Septembre. Chapelle des Carmélites, ouverte tous les jours, entrée libre, 1 rue du Périgord

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SHOPPING

Stylisme Virginie De Vinster Photos Polo Garat

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shopping

• Chaise et coussin chez Greloo Concept, 43 rue Pharaon • Veste et pantalon en Gore tex®, masque et gants, Oakley, doudoune femme et boots Nike, bonnet Landing, casque Giro, snowboard Signal fait main en Californie, fixations Flux : le tout vendu chez Hurley, 2 rue du Fourbastard • Appareil photo Nikon 1

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SHOPPING

• Chaise Raviolo chez Design Follies, 21 rue Croix-Baragnon • Et pour toi c’est quoi l’art ?, édité par l’association Entrez sans Frapper, www.entrezsansfrapper.net • Sac, écharpe, casque audio chez Oklahoma, 4 rue des Puits-Clos • Tenue de ski, masque, casque et chaussures de ski chez Salomon, 68 rue de la pomme

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• Tenue Burton et gants chez Carhartt, 56 rue des tourneurs • Chapka chez Sun Bell Store, 17 rue Cujas • Chaussures de montagne Sorel et raquettes chez Patagonia, 2 rue du Coq-d’Inde • Fauteuil, plaids et noisettes chez ID and CO, 4 place Saint-Étienne • Bâton de randonnée, bûche, allumettes et Tabéret chez Design Pyrénées • Manteau de fourrure et legging Mini Rodini • Luge et skis vintage, coussin crochet Nilla, le tout chez Les Affreux Jojo’s, 5 rue Saint-Ursule • Bottes fourrées enfant chez Petipa, 5 rue du Fourbastard

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Š Natura

spĂŠcial montagne

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4 péchés givrés aventure / volupté / luxe / famille Dossier réalisé par Léa Daniel, Stéphanie Pichon & Mathilde Raviart

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spécial montagne

Aventure Exit les sentiers balisés, adieu les pistes damées. Si on la prend du bon côté, la montagne devient un terrain de jeu à faire frissonner... de plaisir.

Balade du bout du monde dans les Encantats

Télex // Font-Romeu se met à l’heure du DC Live Snow park, comme Saint-Lary. Puce embarquée sur le casque et caméra le long de la piste, la vidéo se regarde le soir sur internet. // Une voile, des skis, la pente : le speedriding. À tester à Peyragudes 05 61 79 29 23 ou Saint-Lary 05 62 40 09 97 // Le 11.02 c’est le slalom géant, le 12.02 le slalom tout court. L’Andorre accueille pour la première fois de son histoire deux épreuves phares de la Coupe du monde de ski alpin féminin.

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Il porte bien son nom ce massif-là : les Encantats, parc national espagnol « enchanteur ». Peut-être encore un peu plus l’hiver, lorsqu’on l’explore enneigé, vide (ou presque) de randonneurs, pur. Versant sud ou versant nord, Jean Duvocelle, dit Jeannot, les connait comme sa poche depuis le temps qu’il y accompagne les touristes, été comme hiver, avec son association Natura. Son excursion de 6 jours et 5 nuits promet des journées silencieuses et magiques sur tapis blanc, des nuits conviviales dans le confort rustique des refuges. Peu importe que l’on ait déjà pratiqué la raquette, pourvu qu’on ait un minimum de condition physique. C’est qu’il faut s’avaler les 5h30 de marche quotidienne, passer des cols à plus de 2 500 m (l’Ellui, les Carboneres), s’enfoncer dans la poudreuse, dévaler les pentes aussi raides que vierges. Mais l’effort valait le coup devant les lacs magnifiques du parcours (Maurici, Estany Long), les vues majestueuses sur l’Aneto, les vols de gypaètes très haut dans le ciel bleu, les refuges douillets. Le soir, on se réchauffe à coup de rouge catalan, de soupe à l’ail et de vin chaud, avant de s’écrouler, ronflant, dans les lits du dortoir. La montagne avec un grand M, loin de tout, que l’on quittera par une dernière descente sur le tracé du GR11. Étape tapas obligatoire en val d’Aran avant de retrouver la civilisation. Elle semblait pourtant si loin…

Marre de descendre des pistes encombrées des zig-zag des skieurs ? Envie de dévaler enfin l’autre flan de la montagne ? Avide de sensations fortes ? C’est le moment de filer au domaine de Bernazaou à Luz-Ardiden. Des guides expérimentés de l’ESF y proposent une balade horspiste sur une neige vierge et fraîche, en ski ou en snow. Départ en bas des pistes pour atteindre, en télécabine, le plus haut point de la station à 2 500 mètres d’altitude. Ensuite, c’est parti pour 3 heures et près de 1 250 mètres de dénivelé à dévaler entre amis, à quatre ou dix, maximum. Descente vertigineuse garantie au cours d’une matinée loin des traces de dameuse. Nul besoin d’être un champion de la glisse, mais un bon niveau de ski est tout de même requis pour pouvoir suivre et profiter des somptueux paysages. Les 11.01, 8.02 et 8.03, 50 e/pers, location du matériel Arva compris, ESF 05 62 92 86 99

Un départ par semaine du 5.02 au 15.02, 6 jours et 5 nuits, groupes de 5 à 12. 604 e par personne. Portage réduit (affaires personnelles). 05.62.97.99.65. www.e-natura.com

Briser la glace Se rêver en plongeur sous glace façon Jean-Marc Barr des Pyrénées... Dans le lac de la Laquette, à Piau-Engaly, une combinaison, une bouteille et c’est le rêve Grand Bleu qui se réalise. Non, il ne fait pas froid dans une eau à 3°C, il suffit de se couvrir comme un bibendum. Un cordon de sécurité vous relie en permanence à un moniteur de l’équipe de Piô Plongée, pour une plongée sans décompression, sans palier de sécurité, à 5 mètres maximum de profondeur. Dessous la luminosité est extrême, les truites vous suivent, les bulles glissent sous la glace. Manquent seulement les yeux amoureux de Rosanna Arquette. Ouvert jusqu’au 25.03. Baptèmes de plongée, 75 e. 06 59 66 58 19 ou 06 47 00 65 27 www.plongee-sous-glace.fr

© Jacques Sierpinski

© Natura

Cure de poudreuse


Volupté Pour gravir la montagne du côté doux de la pente, il suffit de se plonger dans les eaux des bains d’altitude ou goûter à la bonne chère... et ça on sait faire !

Tous en cabane !

Les saveurs d’Etchemaïté

Le berger n’est pas là, profitons-en pour squatter sa cabane estivale. Un vrai refuge pastoral construit en rondins et matériaux naturels. L’atteindre, c’est déjà s’évader. Une heure de rando en raquettes depuis le Chioula, accompagnés par un guide, sac et affaires sur le dos. Quelque part entre la famille Ingalls et Davy Crockett, on expérimente les grands espaces et la vie au rythme de la nature, pour un week-end ou 5 jours. Le chalet à 1 600 m d’altitude se chauffe au bois et au poêle. Les soirs de tempête, l’électricité peut manquer. Mais n’est-ce pas le charme de la cabane ? Celui du strict minimum, où une bonne soupe et un jeu de cartes suffisent…

© S.A.E.M.G.E.T.L / Balnéa

Jusqu’à 6 personnes, séjours du dimanche au vendredi, ou le week-end. Pyrénées Rando Nature, 05 61 64 05 61, www.pyrenees-rando-nature.fr

// L’éco-gîte Solayan à Aspet invente l’hibernation écolo dans sa belle demeure aux matériaux naturels, avec un spa chauffé aux panneaux solaires. // Bain de soleil sur chaises longues. La nouvelle terrasse solarium du bar d’Aulian, à Luz Ardiden, nous invite à déchausser. // Arrêt obligé à la plus réputée des salles hors-sac sur le plateau de Bigorre, aux Angles. Ici la braise n’attend que la tranche de filet pour des grillades à point.

Hôtel restaurant Etchemäité, 64 560 Larrau, 05 59 28 61 45, menus 18-24 e, www.hotel-etchemaite.com

À toute vapeur On pourrait littéralement s’étendre sur les bancs de pierre qui nous plongent avec délice dans les eaux chaudes des bains romains. On aurait envie de s’attarder sur le bois sec et chaud d’un des deux saunas en verre, avec vue sur les Pyrénées. Mais l’expérience la plus saisissante de Balnéa se déguste à l’extérieur, en immersion totale dans les bains japonais. On commence par un couloir d’eau. Il fait chaud : 33°C. On marche à son allure sur un parterre de galets, frôlant des jets qui massent doucement les jambes. Et après ? Il suffit de suivre le parcours balisé qui chemine entre trois bassins. Le premier s’agite de remous. On s’y installe pour profiter du mouvement : le souffle est long et les yeux rivés sur la montagne alentour. On s’avance doucement vers le second bain à 37°C. Seule la tête sort de l’eau dans cette ambiance vaporeuse. Vient enfin le troisième et dernier bassin. 40°C ! La chaleur est à son comble, la magie opère. Le corps s’échappe et l’esprit s’envole. Et toujours, la nature autour de nous. Bien sûr, il faudra réussir à sortir de ces eaux bleues turquoise et revenir à l’intérieur. On se réconfortera vite dans l’une des multiples propositions de ce complexe élégant : douche au seau, bulle de baignade sonore, massages... Ici pas de spa au rabais. En se promenant dans les couloirs, le moindre détail est soigné. Pour compléter le tableau, le restaurant panoramique sert une cuisine entièrement préparée au wok, diététique et vitaminée. À la sortie, le lac de Loudenvielle est parfait pour une petite randonnée de deux heures. Revigorant !

© Séverine Bordes

Télex

Imaginez une auberge familiale, dans une vallée montagnarde, qui vous accueillerait avec générosité autour d’une cheminée. Etchemaïté s’est intallé à Larrau (64) depuis trois générations, et sa réputation court de part et d’autre des Pyrénées. Autrefois la carte se composait d’omelettes simples et de soupes généreuses. Aujourd’hui la cuisine montagnarde a pris de subtiles saveurs. On ne se contente pas de servir le bon produit local (et il n’en manque pas : fromage de brebis, agneau de montagne, ventrèche), on vous le transforme avec brio. En témoigne l’inoubliable spécialité maison, une poêlée de ris d’agneau aux cèpes, salade de choux caramélisés aux lardons, ou le médaillon de cochon de lait grillé au jus épicé et sa galette de maïs. Aux frontières du Pays basque, les mariages terre mer abondent : les calamars font risette à la ventrèche, et l’anguille se poêle avec les lardons. Interdiction de faire l’impasse sur les douceurs, ce n’est pas tous les jours qu’on peut s’offrir des crèmes brûlées (au lait de brebis) et des profiteroles de cet acabit-là. Comme on ne vous assassine pas au moment de la douloureuse, on poursuit le voyage avec une petite eau de vie du pays. À la vôtre !

Balnéa, entre 9 et 17 e (pass famille 44 e), serviette fournie, 3 e pour les enfants de moins de 3 ans (serviette, couche et brassard compris), 65 510 Loudenvielle, 05 62 49 19 19, www.balnea.fr

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spécial montagne

Luxe Se plonger dans un jacuzzi, s’affaler sur un lit king size ou survoler les cîmes enneigées à bord d’un hélico... et si le luxe n’était plus bling-bling ?

© H. Thivierge

Aux premières lodges

Une folie en hélico

// Le Pic du midi ouvre désormais toute la saison, sans interruption, jour et nuit. Alors on se laisse tenter par une nuit au sommet dans les chambres de l’Observatoire www.picdumidi.com // Skions classe avec le matériel de chez Boheme, des skis et snow en beau bois vernis faits à la main www.boheme.fr // Ne pas se contenter de roboratif et filer à la table du Viscos, à Saint-Savin. Le terroir de Bigorre y est exploré avec finesse et inventivité 05 62 97 02 28

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Chalet 12 personnes, 2 000/2 500  € le week-end, 3 000/ 6 000 € la semaine, Lodge des Sens, Les Fermes de Bolquère, rue de sonnailles, 66 210 Bolquère, 04 68 04 09 69, www.lodge-des-sens.com.

Héliport de Vielha, Betren (Val d’Aran), 06 8170 70 68, www.pyrenees-heliski.com

Spa, my name is spa Ambiance « 007 » dans les tunnels souterrains du luxueux complexe hôtelier situé à Soldeu, en Andorre. Ils relient discrètement les trois Sport Hotels à un spa qui a le don de battre tous les records : 1 850 m d’altitude, 5 000 m2 entièrement dédiés aux joies de l’eau cristalline. Les jacuzzis extérieurs sont conçus pour bouillir de plaisir devant les cimes enneigées de la chaîne des Pyrénées. Les piscines sont taillées sur mesure pour détendre des muscles sollicités par une journée passée sur une motoneige. Quant au hammam, il saura remettre sur pied les skieurs qui auront tout donné sur les pentes de l’immense Grandvalira. Attention, ce spa est un paradis sur 5 étages où le luxe n’est pas seulement décoratif. Aux commandes des soins et des massages, on retrouve des professionnels habiles et des produits généreux. Un vrai repaire de gentlemen ! Sport Wellness Mountain & Spa, Crta General S/N, Soldeu (Andorre), +376 870510, www.sportwellness.ad/fr

© Lodge des Sens

Télex

Qui n’a jamais rêvé, coincé sur un téléski par moins 10°C, pris dans une queue au télésiège, de voler jusqu’en haut de la piste ? Ah, passer plus de temps à descendre qu’à attendre… Un fantasme. Et l’héliski fut. Le luxe suprême, un hélico à soi pour dévaler des pentes intactes, des kilomètres de poudreuse, seul, face à la montagne. L’activité a beau être interdite en France depuis 1985 par la loi Montagne (interdiction d’héliporter pour des loisirs), les prestataires la contournent allègrement en allant « héliskier » sur les versants étrangers, l’Espagne en l’occurrence dans les Pyrénées. La société Héliski a sa base à Vielha en val d’Aran, à deux pas de Baqueira. Son terrain de jeu ? 400 km2 entre 1500 et 3 000 m d’altitude avec le pic Besiberri comme repère, une cinquantaine de « runs » (comprenez pistes de ski non balisées), pour des descentes entre 500 et 1 200 m de dénivelé. Évidemment, le must, c’est se payer ça entre amis, sans intrus. En partant à la demi-journée, vous aurez le temps de deux à trois descentes, mais les forfaits « privilège » peuvent se prolonger à la semaine pour les très fortunés. Car oui, l’héliski est une pratique qui se monnaye cher, très cher. Pour le forfait « découverte » sur une demi-journée, il vous en coûtera 290 e par personne, faut-il encore que vous soyez nombreux. Imaginez le prix pour la semaine entière. Finalement, le télésiège, ça ne serait pas moins bruyant ?

D’abord il y a l’espace, un luxe rare pour des vacances au ski. 300 m2, même à douze, ça vous laisse des recoins d’intimité. Dans ce Lodge des Sens, dans le village de Bolquère à quelques minutes de Font-Romeu Pyrénées 2 000, tout est à l’avenant. Les lits sont king size, les canapés en cuir, la cheminée géante, la vue panoramique sur la montagne. Un sauna privé et un spa extérieur, six télévisions (était-ce bien nécessaire ?), cinq salles de bain, un billard et un juke box vous font comprendre qu’ici, la prestation est haut de gamme. Une déco rustique mais pas trop, où bois et pierre, se marient, complète la carte confort de ce chalet d’exception.


spécial montagne

Famille La neige en famille peut vite se transformer en un véritable parcours du combattant. Pour que tout le monde en profite, même les plus grands, il existe les adresses qui rendent la neige encore plus moelleuse.

Traquer la petite bête

Beille, l’hiver en pente douce

Télex // Il faut bien une journée, et encore intense, pour faire le tour des activités de Naturlandia, l’Eco-park d’Andorre. Toboggan, ski de fond, motoneiges et chiens de traineaux. www.naturlandia.ad // Le mardi soir à Peyragudes, on se retrouve au bas des pistes pour voir comment se fabrique le gâteau à la broche, et déguster à l’œil. // Mijanes se lance cette saison dans le snake glisse ou comment dévaler 500 m de piste de luge avec virages en tir groupé. www.donezan.com

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À une heure et demie de route de Toulouse, le plateau de Beille joue les territoires du bout du monde, au milieu des vallons et de la forêt. L’été, le GR10 traverse cet immense replat d’altitude (entre 1 700 m et 2 100 m) offrant aux mollets du randonneur un peu de repos. L’hiver, c’est le royaume des pistes de ski de fond, et des parcours en raquettes, profitant des pentes douces et des paysages sauvages. La station, qui a le mérite d’avoir préservé son environnement, a joué la carte de la détente en famille, sans stress, à prix tout doux. Pas d’hébergement sur le plateau mais un domaine de 70 km de pistes de ski de fond, des terrasses ensoleillées à vous donner des envies de sieste, et des zones ludiques pour que les enfants découvrent la neige. Cette année l’espace nordique à été entièrement revisité. Les pistes de luge font également peau neuve avec un tapis roulant et quatre nouveaux couloirs de descente. On vient aussi sur le plateau pour ses balades en chien de traîneau depuis la base d’aventure Angaka, qui foisonne d’idées : nuits en bivouac, construction d’Igloo, découverte de la faune hivernale, et, depuis cet hiver, une balade en traîneau mais à… cheval. Le week-end on arrivera à temps pour la « course pour rire » qui a lieu tous les samedis à 15h, un relais en ski de fond gratuit et ouvert à tous, qui se termine par un « Nordic Vin » ou un « Chocolat Show ». Torride. www.beille.fr, 05 34 09 35 35

Sans faute de carre Le ski avec enfants, même tout petits, c’est possible ! À Gourette, au milieu des mélèzes sur le haut de la station, le Club Belambra Lou Sarri a tout prévu pour que les séjours des familles ne se transforment pas en marathon du baby-sitting. Le club enfants prend en charge les petits dès 3 mois au Club Poussins. Accueillis par des professionnels de la petite enfance, ils pourront jouer dans des salles de jeux, faire la sieste en salle de repos, et même rester manger le midi des repas équilibrés. Pour les ados, le programme sera aussi serré avec pièces de théâtre, séances maquillage et activités sportives… Pendant ce temps, les parents dévaleront sans remord les 30 km de piste, ou bulleront au sauna. Qui dit mieux ? Club Belambra Lou sarri, 627 € par adulte du 24/12 au 31/12 , 357 € par adulte du 07/01 au 14/01, www.belambra.fr,

Un bonnet à queue de castor, des chaussures bien chaudes, un blouson sans courant d’air, c’est parti pour traquer la bête sauvage et suivre les empreintes laissées dans la neige. Au Parc de vision du Val Louron, on joue un peu pour de faux aux trappeurs du grand nord, mais on y apprend pour de vrai les traces laissées par la faune de montagne. L’ancien « Aventure Park » dans la forêt du Lapadé devient cet hiver la « forêt aux traces ». C’est une empreinte de lapin ? Non d’ours, de marmotte ou peut-être de biche… Sur ce parcours enneigé, on se laisse tenter par plusieurs thématiques. L’option traces nous fait suivre les empreintes d’une quarantaine d’espèces pour arriver jusqu’à leur terrier, tanière, gîte ou couche et y découvrir leur milieu de vie sans se faire repérer par l’animal. Sur le sentier géologie, place à la reconnaissance des roches qui reconstituent tout le long du chemin, l’histoire de la chaîne des Pyrénées. Sur le sentier des essences forestières, il va falloir lever la tête pour apprendre le nom des arbres, savoir les reconnaître et repérer leur rôle dans la biodiversité. Après toutes ces découvertes, la forêt n’aura plus de secret pour eux. Ils pourront se réchauffer dans le chalet d’accueil, en découvrant la diversité de la faune, la flore et les minéraux de la région. Et pour ne pas repartir les mains vides, un atelier de moulage est proposé afin garder un petit souvenir de l’arbre du jour ou de la grosse bête traquée dans la neige. Grrrrr… 4 € pour les enfants de 5 à 12 ans, 7 € pour les adultes, moulage 2 € l’empreinte au choix, www.val-louron-ski.com 05 62 99 95 35


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Cahier CULTURE

L’évier © Lionel Loetscher

ÉVÉNEMENT (p.40) ARTS VIVANTS (p.42) CINÉMA (p.44) EXPO (p.48) MUSIQUE (p.52) FAMILLE (p.56)

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Traverse © Dr Achim Plum

ÉVÉNEMENT ARTS VIVANTS

Festival

Made in Taïwan, furieusement Made in Asia, cinquième. Cette nouvelle édition démarre par un choc frontal avec la jeune scène taïwanaise. Les clichés orientaux en prennent pour leur grade avec les créations musclées et frénétiques de troupes en prise avec leur temps. 100 % sans chichi. Par Stéphanie Pichon

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ela fait bien longtemps que l’électronique et les textiles ne font plus la gloire de Taïwan, l’ancienne Formose. Aujourd’hui ce sont ses artistes qui s’exportent, et plutôt bien. Comme si l’Europe, friande de son cinéma depuis 30 ans, s’était désormais focalisée sur ses arts vivants. Danse, théâtre, performance, vidéo, tout explose dans une multiplicité de genres et de talents que les capitales européennes s’arrachent. Chaque année le Off d’Avignon offre un plateau taïwanais à la Condition des Soies, apportant une visibilité aux jeunes troupes ensuite programmées un peu partout en Europe. Made in Asia l’a compris, ouvrant son festival par une pièce au théâtre Garonne et poursuivant par quelques beaux morceaux de danse contemporaine.

\ Trouble et exaltation \ Dans le Monodrame de Hsu Yen du Shakespeare’s Wild Sisters Group, exit les clichés asiatiques. Point de délicatesse, de zen attitude, d’art martial ou de jolis imprimés. Comme pour mieux démontrer qu’aujourd’hui l’Asie s’est défaite de ses habits traditionnels, le metteur en scène Baboo et la grande actrice Hsu Yen-Ling, s’engouffrent - en chinois - dans le texte 41 de fièvre de la poétesse américaine Sylvia Plath. Que se passe-t-il dans la tête d’une femme la nuit avant son suicide ? Ambiances grises,

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paroles choc pour une performance pleine de trouble et d’exaltation, dans laquelle l’actrice n’hésite pas à baisser la garde, sur le fil du rasoir, pour jouer la folie. Qui a vanté le calme et la délicatesse des belles asiatiques ? Ici elles se déchaînent, peu importe l’hystérie, peu importe le tempo. On retrouve ce même don de soi, dans Loop me, solo pour la danseuse Su-Wen-Shi. La compagnie Yilab y recherche la confusion des genres avec la vidéo, pointe les ressorts et les limites d’un monde tout numérique. Dans un solo de chair et d’images, le corps de Su Wen Chi est le réceptacle de notre temps, pris de frénésie au rythme d’une musique obsédante. Retour au calme avec le beau Traverse du danseur et chorégraphe Shang Chi-Sun. Qu’on ne s’y trompe pas, là encore la proposition artistique se veut sans concession, mais on y redécouvre la lenteur et l’épure, la pureté d’une danse sans détour. Né à Taipei, le danseur est connu pour la vitesse de ses mouvements et sa merveilleuse fluidité, dans les pièces de Sasha Waltz notamment. Pétri de ces frottements entre Orient et Occident, il viendra partager son expérience lors d’une conférence dansée à l’université Paul-Sabatier. Profitonsen, parce que la scène taïwanaise lorgne désormais avant tout du côté du public chinois. Taïwan, ouverte depuis les années 80 à la démocratie, représente une liberté de ton, une ouverture sur le monde, une avant-garde artistique dont les Chinois sont friands. Peut-être encore plus que les Européens…

Monodrame de Hsu Yen, les 25 et 26.01, 20h30, théâtre Garonne, 11-22 e Loop me et Traverse le 27.01, 21h, Espace Bonnefoy, 3-8 e Conférence dansée de Shang Chi-Sun, 26.01, salle CAP, université Paul-Sabatier, entrée libre www.festivalmadeinasia.com


Made in Asia 25.01 SHAKESPEARE’S WILD SISTERS GROUP / théâtre / Jusqu’au 26.01 - Théâtre Garonne 20h30 – 11 € / 22 €

TZENG YONG NING / Peinture / Jusqu’au 11.02 – espace Bonnefoy 18h - gratuit

27.01 LOOP ME ET TRAVERSE / danse / Espace Bonnefoy 21h 3 €/8 €

PARKING / cinéma / Odyssud – 20h30 – 4 €

Encre sympathique

28.01

\ littérature \

Elle a reçu les plus prestigieux prix littéraires coréens. Et pour cause, en trempant sa plume dans l’encre du quotidien, Eun Hee-Kyung déploie une écriture réaliste et saisissante. Après Les boîtes de ma femme, son grand succès, elle revient sur le devant de la scène avec Cocktail Sugar et autres nouvelles de Corée (chez Zulma). Sa venue à Ombres Blanches pour Made in Asia apparaît donc comme une évidence, tant elle pose un regard juste sur ses contemporains, et livre une vision ultraféminine de la Corée du Sud. À cœur ouvert ! > 2.02, à partir de 18h, Ombres Blanches, entrée libre

Quand la troisième génération déferle

Help me Eros © DR

YU CHENG-TA / vidéo / Jusqu’au 11.02 - Pavillon blanc Colomiers – 16h – gratuit

ASIAN SENSATION / village asiatique / Jusqu’au 29.01 – place du Capitole 10h à 18h – gratuit

31.01 CIE EMMANUEL GRIVET ET MOON YUMI / danse /

\ cinéma \

Studio de danse Tournefeuille 21h – 6 €

En 1982, In Our Time signé par quatre jeunes réalisateurs (dont Edward Yang) marqua la naissance de la nouvelle vague du cinéma taïwanais, à laquelle prit part aussi Hou Hsiao-hsien. Depuis, il y a eu une 2e vague, celle de Tsai Ming-liang et surtout d’Ang Lee (Tigre et dragon). Et voici donc la 3e fournée, mise à l’honneur à la Cinémathèque. Jeunes cinéastes des années 2000, ils ont encore renouvelé l’héritage, et cheminé du côté de l’expérimentation. Singing Chen, révélée par le docu-fiction Je m’appelle A-min, en est l’une des figures. À Toulouse elle présentera son deuxième film Dog Man Dog, histoire philosophique de dieux, de chiens et d’êtres humains en déshérence. Dans une même veine désenchantée, Chang Tso Chi, trimbale dans Butterfly un ancien gangster dans les méandres d’un passé pesant. Au rayon expérimentation, on retiendra Beautiful Crazy, de Lee Chiu-Yuan, une œuvre poétique totalement dégagée d’un récit linéaire, ou Help Me Eros, de Lee Kang-Sheng, qui propose un film de grande allure dans les bas-fonds de Taipei, avec quelques scènes très crues. Pour ceux qui veulent resituer l’héritage de ces jeunes noms du cinéma taïwanais, l’Utopia propose un retour aux sources avec The Terrorizers d’Edward Yang (1986).

01.02 PAROLES DANSÉES / conférence / Galerie Confort des étrangers 19h – 6 €

INA-ICH / rock / Connexion café – 20h30 – 10 €

02.02 PAUSE MUSICALE / cithare et f lûte / Salle du Sénéchal 12h30 – gratuit

TSAI CHAR-WEI ET WU SHI-TSUNG / vidéo - photo / Jusqu’au 25.02 – maison Salvan Labège – 19h – gratuit

> Les 4 et 5.02, Cinémathèque de Toulouse, le 31.01 à l’Utopia Toulouse

03.02 TEN DRUM / percussions taïwanaises / Salle Nougaro – 20h30 – 13 €/20 €

© Charwei Tsai

© Nicolas MESSYASZ - www.messyasz.fr

04.02

Trek artistique en 5 étapes \ art contemporain \

Le parcours d’art contemporain taïwanais pourrait commencer à l’espace Bonnefoy ou au Lieu Commun, par les œuvres au stylo bille de Tzeng Yong Ning. Porté sur le geste répétitif il nous livre des dessins colorés tirant vers le psychédélique. La balade se poursuit au Pavillon Blanc, où les vidéos de Yu Cheng-Ta nous renvoient avec humour aux fractures culturelles. Changement de direction artistique à Labège, cueillis par un beau « Ah », vidéo polyphonique empreinte de spiritualité de Tsai Char-Wei , et troublés par les photographies de Wu Shi-Tsung, qui n’aime rien tant que jouer les magiciens dans des tirages pas si éloignés de la peinture. Terminus à la médiathèque José-Cabanis, où l’on s’oublie dans les installations de Luo Jing-Zhong, avant un dernier regard au grand patchwork de peintures de Chuang Che-Wei. Le voyage fut intense. > Voir programme ci-contre.

Tigre et dragonne \ rock \

Kim Thuy Nguyen a beau être d’origine vietnamienne, c’est en français qu’elle avance son rock rageur, ou ses comptines délicates, c’est selon l’humeur. De son passé vietnamien, elle a retenu les propos politiques, ceux de parents réfugiés, qui n’avaient pas peur de l’engagement. Plus connue sous le nom de Ina-Ich, « son persistant » en vietnamien, la rockeuse autodidacte - sa formation, c’était le piano classique - et seule compositrice à bord, vient de sortir son 2e album « L’année du tigre ». Un opus qui convoque l’électro-punk (Marilyn), le hard rock (Animal, Regarde-moi), les arrangements mélodiques (Pendule, Notre valse), et les chansons à texte (Sans visage). La voix, plus convaincante dans les morceaux posés, a tendance à s’emballer un peu dans les trémolos, pleine de tics dès que les guitares crachent un rock FM, tendance Axelle Red. Mais il y a de la conviction dans cette voix accrocheuse, qui ose s’attaquer à un genre en désuétude, le rock chanté en français. À voir si sur scène, entourée d’un batteur, d’un guitariste et d’un bassiste, elle conserve la même énergie. > Le 01.02, 20h30, Connexion Café, 10 e.

CHUANG CHE-WEI ET LUO JING-ZHONG / peinture - installations / Jusqu’au 26.02 – Médiathèque José-Cabanis – 18 h – gratuit

MISTER CANDLE / photo / Jusqu’au 26.02 - Médiathèque José-Cabanis - gratuit

TROISIEME NOUVELLE VAGUE TAIWANAISE / cinéma / Jusqu’au 05.02 – Cinémathèque - 6.50 €

07.02 SOIRÉE COURTS MÉTRAGES / cinéma / l’ABC – 21h – 5.50 €

08.02 XINXIN NANGUAN ENSEMBLE , JIANG NAN, LES PASSIONS / musique traditionnelle baroque / Théâtre du Capitole – 18h – gratuit

09.02 PASCAL CONTET ET WU WEI / accordéon - sheng / Jusqu’au 10.02 - Espace Croix-Baragnon – 20h30 – 5 €/10 €

10.02 HONG KONG DONG / electro-pop-rock / Connexion café – 20h30 – 10 €

Du 12.02 au 26.02 TAÏWAN SI LOIN, SI PROCHE, 30 ANS DE CINEMA / cinéma / dimanche et jeudis– Médiathèque José-Cabanis – 15h ou 17h - gratuit

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culture ARTS VIVANTS

Pantagruélique ! Jean Bellorini n’a pas peur des textes-monuments. Son adaptation théâtrale des Misérables de Victor Hugo avait laissé un goût magnifique. Le voilà qui revient au TNT avec sa troupe Air de lune, et son nouveau-né, Paroles Gelées, inspiré du Quart Livre et de quelques autres textes de Rabelais. Autre époque, autre langue, mais une orgie de mots en perspective. « Ma première envie est de faire entendre, chanter, vibrer, danser notre langue à sa naissance, en cet instant où l’on passe du Moyen-âge à la Renaissance… Paroles gelées se veut un acte de foi en la langue, à la fois savante et populaire, et qui ne survit qu’en se réinventant sans cesse ». La mettre en scène en 2012, en faisant le choix d’un mélange de vieux français et de mots contemporains, c’était aussi donner à découvrir Rabelais autrement que par le truchement du cours de littérature du lycée. « J’aime l’idée que le théâtre ranime une chose, un texte, un auteur, qu’on croit connaître ».

\ Repas de mots \ 

© Sarah Darnault

Certes Paroles Gelées convoque Panurge, Pantagruel, et toute la joyeuse verve satirique rabelaisienne. Mais Bellorini et ses 13 comédiens-musiciens-ouvriers sont là pour faire résonner le texte aujourd’hui, maintenant, du haut de sa belle insolence. L’épopée de Pantagruel vers les îles lointaines, n’est rien d’autre que l’exploration du monde, terrible et monstrueux. Dans son radeau, la troupe embarque pour un voyage imaginaire et symbolique, pour un repas de mot. Autour d’une table de banquet, et les pieds dans l’eau, les comédiens vont littéralement s’épuiser à se jeter ce beau texte à travers la figure. Avec pour mission de se noyer dans la langue, d’en épuiser la force, la harangue, le souffle, la provocation. Le rire aussi. Non, Rabelais n’est pas à ranger dans le tiroir de la littérature rébarbative, compliqué, élitiste. Tout au contraire, il a traversé les siècles parce qu’il aborde des thèmes populaires et qu’il parle de son temps de manière iconoclaste. Le bras d’honneur joyeux d’un homme conscient de naviguer dans « la merde du monde ». Actuel, on vous dit. \ S.P. \ Paroles gelées d’après Rabelais, mise en scène Jean Bellorini, du 11 au 21.01, TNT, www.tnt-cite.com, 05 34 45 05 05

Sous le sable « J’ai vécu 20 ans avec ce texte avant d’oser le porter sur un plateau ». Et voilà qu’Éric Sanjou ose. Le chef de troupe d’Arène Théâtre se sent enfin prêt à mettre en scène Le public de Lorca. En un sens, ça ne pouvait pas mieux tomber. À l’heure où l’actualité des planches est plus vive sur le contexte des spectacles que sur leur contenu – voir les récentes « affaires » Castellucci et Rodrigo García -, la pièce du dramaturge espagnol revêt une acuité toute particulière. En 2012 comme dans les années 30, lorsque Lorca écrit la pièce, l’artiste pose encore et toujours la question de son engagement dans l’acte de création. « La pièce est difficile et pour le moment injouable », déclarait-il, conscient qu’à filer ainsi la métaphore d’une vie libérée des entraves de la morale, cela dérangerait. Difficile et injouable, la pièce ne l’est pas moins aujourd’hui, mais pour des questions plus pragmatiques de « dimensions » : pléthore d’acteurs, de décors, un budget de création pharaonique en somme. Mais ce serait douter de la ténacité, du savoir-faire et de la folie douce d’un metteur en scène comme Sanjou, habitué des spectacles chorales (La Nuit des Rois, La Chanson de Roland). Le public, ce sont trois amis qui font irruption dans le bureau d’un directeur de théâtre pour le contraindre à choisir entre un « théâtre à ciel ouvert », on dirait aujourd’hui « de divertissement », et un théâtre de la vérité enfouie, secrète, que Lorca appelle « sous le sable ». Ainsi débute une sorte de jeu de la vérité entre un huissier, un infirmier, deux dames, un berger bègue et que sais-je encore, tous faits de chair et de rêves. Une dizaine de comédiens, trois fois plus de costumes, des soieries et la musique de Prokofiev immergent les spectateurs, placés au sein du dispositif scénique. Ce public qui va même jusqu’à endosser l’habit d’un personnage à chacune des représentations. Ici, pas de projections de ketchup à craindre pour les premiers rangs, mais n’oubliez pas, vous faites partie du spectacle, vous en êtes le titre…

Le Public De Federico García Lorca Mise en scène Éric Sanjou Du 25.01 au 2.02, relâche le 29.01, Le Ring 8 /12 e www.theatre2lacte.com

© Klaus Enrique

\ Karine Chapert \

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Sur les planches

En piste, Dr Freud Chez son psychiatre, un homme entend des voix lui ordonner de se suspendre à un trapèze par les orteils ; une femme surmonte son agoraphobie en jouant à l’araignée... Le cirque contemporain ne cesse de nous surprendre avec des thématiques qui étaient plutôt celles du théâtre. Ainsi, les onze artistes de la compagnie canadienne Les 7 doigts de la main sont de véritables explorateurs de la scène, avec une prédilection pour les sujets à hauteur d’homme. Dans Psy, écrit, mis en scène et chorégraphié par Shana Carroll, cirque, danse et décors sont au service de virtuoses venus éclairer nos névroses avec humour et poésie. Une séance surréaliste... \ Valérie Lassus \

© Clément Dambrin et Mathieu Delcourt

Du 4 au 8.01, 21h (dimanche à 15h), 16/27 e, Odyssud, 05 61 71 75 10, www.odyssud.com

Champagne ? Cocktail 7, Nous sommes de la pisse dans une coupe de champagne : le titre de la septième création de Molotov n’y va pas par quatre chemins. Autrement dit, nous sommes des merdes déguisées en meringues. Face à l’hypocri-

Du 3 au 14 janvier, 21h, 8/12 e, théâtre du GrandRond, 05 61 62 14 85, grand.rond.free.fr

The Thrill of it all © DR

© David Poulin

sie du monde, à la doucereuse acceptation de la violence et du mépris inf ligés aux hommes et à la nature pour le profit de quelques-uns, il y a comme une envie de vomir. Révolte et résignation sont les deux moteurs à explosion de ces quatre-là, nés en tant que comédiens au début d’un XXIe siècle effrayant. Dans cette pièce sans scénario, bouffonneries et transgressions n’ont pour but que de faire craquer la bonne société, de bouleverser les rôles pour se libérer. Vous reprendrez bien une p’tite coupe ? \ V.L. \

Bloody Entertainment La question est de savoir, avec ces deux créations présentées au Garonne (Bloody Mess et The Thrill of it all), si Tim Etchells, adore ou abhorre le théâtre ? À décaper la scène au gros gag qui tâche avec tant de brio, à bousiller avec tant de malice ses propres œuvres, à ridiculiser ses performers, il doit bien avoir une raison ? Et si c’était juste pour nous faire rire ? Nous faire nous bidonner pour que l’on cesse de prendre nos désirs et angoisses refoulées au sérieux ? En nous montrant que la perfection n’est pas de ce monde, Forced Entertainment nous offre une potion ahurissante pour prendre du recul. En avant ! \ V.L. \ Bloody Mess, 24 et 25.01, 20h, The Thrill Of It All, 27 et 28.01, 20h30, 6/22 e, Théâtre Garonne, 05 62 48 54 77, www.theatregaronne.com


culture cinĂŠma

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À cœur Hoover Clint Eastwood s’encorde avec Leonardo DiCaprio et Dustin Black pour l’ascension de la face cachée du plus fameux des patrons du FBI. Sans atteindre des sommets, J.Edgar se glisse habilement dans les coulisses de l’histoire américaine. Un biopic oscarisable à souhait. Par Stéphanie Pichon

Après les deux déceptions engendrées par Invictus et Au-delà, Clint Eastwood avait besoin de redorer son blason de monstre du cinéma américain. Montrer qu’à l’âge honorable de 82 ans, il en avait encore dans le ventre. Tant qu’à faire, il a choisi un gros morceau, John Edgar Hoover, monsieur FBI pendant 48 ans, l’homme qui a vu passer huit présidents, et piloté les grands épisodes - et les moins reluisants - de l’histoire américaine. Du taillé pour Clint : noir, ambigu, avec dans le rôle-titre Leonardo DiCaprio et au script Dustin Lance Black, scénariste en vogue depuis le très beau Harvey Milk. L’Académie des Oscars, friande du genre, appréciera. Qui sait, Leonardo décrocha peut-être - enfin ! - sa statuette… Quand Clint Eastwood sait à ce point s’entourer - et on n’oublie pas les seconds rôles Armie Hammer, révélé dans The Social Network, et Judi Dench - et qu’il maîtrise la palette de sa réalisation, classique, précise, limpide, le résultat ne peut pas vraiment décevoir. J. Edgar a cette dose de complexité qui le rend digeste malgré ses 2h15 et son genre bien casse-gueule. Sortie le 11.01

J. Edgar de Clint Eastwood avec Leonardo DiCaprio, Judi Dench, Armie Hammer, Naomi Watts

© Warner Bros. Pictures France

\ DiCaprio, grand numéro \

De ce personnage appartenant à la mythologie américaine - et pourtant à mille lieux du héros hollywoodien - il sait à la fois montrer l’agent fédéral qui a révolutionné l’institution américaine, et l’homme aux fêlures et blessures intimes. Applaudissements des deux mains pour DiCaprio, magistral, même sous les couches de maquillage nécessaires à un personnage qu’il interprète de 20 à 77 ans. Jamais dans l’outrance, ni dans le trop psychologique, il insuffle ce supplément d’âme au « bulldog », dans un registre pas si éloigné du Aviator de Scorsese. Le recours aux ellipses (les périodes Kennedy et Nixon passent quasiment à la trappe) et le va-et-vient d’une grande fluidité entre les époques, allègent la leçon d’histoire pour se concentrer sur la figure d’un homme ayant passé sa vie à bâtir sa propre légende, au point de se vanter d’un meurtre de gangster qu’il n’a pas commis. Traitant avec des pincettes son homosexualité supposée, Clint ne s’en attarde pas moins sur les rapports ambigus avec Clyde Tolson, son adjoint et potentiel amant, dont Hoover fut inséparable jusqu’à sa mort en 1972. Il fait aussi de sa mère (formidable Judi Dench), capable de lâcher un cruel « je préfère avoir un fils mort qu’une pédale », la clef essentielle pour comprendre les déséquilibres du puissant. Décrit ainsi comme un être paranoïaque et sexuellement frustré, John Edgar Hoover n’est plus seulement cet être froid et calculateur calculateur, mais un homme pathétique, devenu sa propre caricature à la fin de sa carrière. Eastwood s’interrogerait-il aussi sur son propre mythe ?

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culture cinéma

Dans l’œil du cyclone

Personne ou presque n’a vu lors de sa discrète sortie française Shotgun Stories, le premier film de Jeff Nichols. C’était pourtant l’occasion de découvrir un cinéaste capable de raconter l’Amérique profonde, rurale, comme si Terrence Malick avait mis en images certains albums de Bruce Springsteen. C’est d’un autre cinéaste – M. Night Shyamalan - et un autre groupe - REM et leur chanson « It’s the end of the world as we know it » - que l’on rapprochera Take Shelter. L’environnement des deux films est assez similaire : la classe ouvrière, une famille, et une menace sourde. Curtis LaFourche (Michael Shannon, impressionnant) voit son quotidien de mineur de fond perturbé par de drôles de rêves. Il y voit une pluie d’oiseaux morts ou une tornade s’approcher de son foyer. Et ce, de manière si réaliste, qu’il finit par se demander si ces visions ne sont pas prémonitoires. Son comportement en devient altéré, au point que sa femme et leurs proches se demandent s’il n’a pas perdu la raison. Le lien avec Shyamalan ? Cette capacité à faire basculer la vie ordinaire de personnes non moins ordinaires dans une zone grise d’inquiétude. De tout faire vaciller en plaçant le suspense non pas du côté de la série B fantastique, mais en laissant planer un doute : qui est dément ? Curtis ou les autres ? Nichols parvient même à prolonger des thèmes que Shyamalan a laissé de côté depuis Signes : la solitude d’un personnage face à un profond bouleversement de ses valeurs. L’autre lien est celui du faux-semblant. Oui, il y a un énorme twist de scénario à la fin du film, mais la vraie surprise de Take Shelter est son invitation à faire face à la réalité de l’époque. Il devient d’autant plus terrorisant quand il pointe du doigt une menace réelle, cette crise économique qui partout menace. Nichols indiquant clairement que l’on pourrait bien tout perdre en un instant et que quand ça arrivera, il vaudra mieux se serrer les coudes plutôt que de paniquer. \ A. M. \

© Bodega Films

Sortie le 04.01

Voyage en douce

Take Shelter De Jeff Nichols. Avec Michael Shannon (II), Jessica Chastain, Tova Stewart

\ Alex Masson \

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Les Acacias De Pablo Giorgelli Avec Germán De Silva, Hebe Duarte, Nayra Calle Mamani

© Grove Hill Productions

Les Acacias est un film très particulier, en cela qu’il ne s’y passe quasiment rien, ou plutôt qu’il s’y passe tout. Peut-être parce que Pablo Giorgelli y capte le plus grand dénominateur commun au monde : le besoin d’amour. Mais qu’il ne le fait apparaître et grandir, que progressivement. À vrai dire, le premier quart d’heure des Acacias a de quoi rebuter. Sans un mot ou presque, on y suit Ruben, un routier argentin, charger dans son camion une cargaison de bois, avant de prendre la route pour relier le Paraguay à Buenos Aires. Cette longue entrée en matière se résume à cet homme et son véhicule. Tout ou presque y est vu de l’intérieur de la cabine, la ligne d’horizon devenant celle de la fenêtre ouverte du chauffeur. Mais aussi, pense-t-on, celle du cinéma d’auteur d’Amérique latine le plus raide (pour ne pas dire le plus rébarbatif). À tort, tout s’éclaircit lorsque le routier accueille à bord Jacinta, une jeune femme et son bébé. Elles doivent passer la frontière. Les Acacias est donc un road-movie. Mais pas tant celui qui avale des kilomètres de macadam, que celui qui raconte la route que vont faire Ruben et Jacinta pour s’apprivoiser. Plus que du minimalisme, Giorgelli est adepte d’une totale simplicité, suivant pas à pas la communication naissante entre ces deux personnes. Ils se pensaient étrangers mais découvrent qu’ils ont beaucoup en commun, la solitude et l’appartenance à une même classe ouvrière. Peu à peu, on s’installe avec le réalisateur sur la banquette arrière, à observer comment ils brisent le silence qui les sépare, comment ils effectuent le voyage l’un vers l’autre. Giorgelli parvenant à un absolu miracle : évacuer le potentiel ennui d’un tel postulat pour le remplacer par une émotion de plus en plus palpable, transmettre à sa caméra la tendresse avec laquelle il regarde ce drôle de couple. Qui transformerait n’importe qui en midinette, le cœur vibrant devant cette romance beaucoup plus haletante que prévu. Sortie le 04.01


D’art et d’essai La nuit de San Lorenzo de Paolo et Vittorio Taviani 1986 – 112 mn La Cinémathèque de Toulouse laisse carte blanche pendant une semaine au producteur Marin Karmitz (MK2, c’est lui), qui a choisi, entre autres, La nuit de San Lorenzo des frères Taviani. En juillet 1944, dans la cathédrale de San Minciato, la commune natale de Paolo et Vittorio Taviani, a eu lieu un massacre des villageois par les nazis. Un fait qui obsèdera leur carrière de cinéaste et sera le sujet de leur premier film, un documentaire, en 1954. 30 ans plus tard, ils reprennent le thème dans une fiction. La nuit de San Lorenzo agite leur imaginaire plus que leur mémoire pour raconter ces heures terribles. \ I.D. \ À la Cinémathèque de Toulouse, 18.01, 16h30, puis rencontre avec Marin Karmitz à 19h30

Bruegel, le Moulin et la Croix de Lech Majewski 2010 - 91 mn 1564, les Flandres sont occupées par les Espagnols et Pierre Bruegel l’ancien achève son tableau Le Portement de la croix, représentation de la Passion du Christ qui donne aussi à voir son pays envahi, sous le joug de l’ennemi. Ce film programmé à l’ABC, dans le cadre de Kino Polska, entre littéralement dans le tableau et suit douze des 500 personnages représentés par Bruegel. Il fallait des acteurs puissants, Charlotte Rampling, Rutger Hauer et Michael York, pour transcender le talent du maître et en faire du cinéma. Photographe, poète, écrivain, scénariste et peintre lui-même, le réalisateur Lech Majewski s’est vu consacré une rétrospective de ses travaux au musée d’Art Moderne de New York, le MoMa, il y a cinq ans. \ I.D. \ À l’ABC, depuis le 28.12, le 21.01 à 20h30, en ouverture de Kino Polska et en présence du réalisateur et de sa femme et actrice Dorota Lis

Louise Wimmer de Cyril Mennegun 2011 - 80 mn À la suite d’un divorce difficile Louise Wimmer, la cinquantaine, se retrouve dans la précarité. Sa voiture est son dernier refuge et la voix de Nina Simone, toute la force qu’il lui reste pour ne pas céder. Ne pas se soumettre. Et faire d’un désespoir redoutable un espoir invincible. Premier long métrage du documentariste Cyril Mennegun, Louise Wimmer est un portrait de femme de notre temps. On la suit dans les méandres d’un monde brutal, indifférent, noir, et pourtant, ce film distille un sentiment de force et d’apaisement. Louise Wimmer est une guerrière, elle ne veut de mal à personne, elle veut vivre et c’est tout. \ I.D. \ À l’Utopia Toulouse, à partir du 11.01, puis à l’Utopia Tournefeuille


© Formafantasma

culturE expo

Design

Quand notre cœur fait Bloom Qui érige les tendances ? Qui parcourt le monde pour détecter les modes de demain? Qui influence les plus grands de son univers végétal ? C’est Bloom, luxueux magazine de l’agence Trend Union. La Fondation Espace Écureuil invite à déflorer les coulisses du luxe et du beau. Sans frais. Par Stéphanie Pichon

A

u commencement était la tendance. Avant même le design ou la haute couture. Li Edelkoort le sait bien, elle qui depuis des années sillonne la planète en grande prêtresse des modes, pour humer l’air de demain, et décider les formes, les couleurs, les objets qui finiront dans les magazines, les magasins de déco, ou les bureaux de design industriel. Avec comme unique credo le monde végétal, l’agence joue les avant-gardistes. C’est cette antériorité, cet « avant même la création » qui a attiré l’attention de Sylvie Coroller, directrice artistique de la Fondation Espace Écureuil. « Cela coïncidait parfaitement avec notre thématique de l’objet. Après l’exposition consacrée aux objets en fin de vie de Martine Camillieri, nous nous plaçons en amont de la fabrication, à l’autre bout de la chaîne. » Avec « Bloom, une vision végétale » la Fondation prend le risque d’exposer pour la première fois du design, de mêler art contemporain et objets, ambiances et vêtements. « C’est un monde très différent de celui de l’art contemporain, mais le design gagne les galeries aujourd’hui. Les deux mondes se côtoient de plus en plus ». C’est Vanessa Batut, exCastraise, aujourd’hui directrice de publication de Bloom, qui a pensé le parcours coloré, en dix artistes (designers, stylistes, céramistes…) et trois ambiances. Une exploration de la matière

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brute, une certaine vision du monde en symbiose avec les éléments naturels. Grand mur fleuri et salon élégant accueillent les visiteurs dans l’espace convivialité, histoire de feuilleter de luxueux magazines, et s’imprégner de l’univers-maison. Plus loin une grande table invite à dévorer - des yeux - la vaisselle éphémère en pâte à pain de Formafantasma, ou les belles céramiques en forme de fruits et légumes de Maaike Roozenburg, comme un clin d’œil aux natures mortes des maîtres flamands, la patrie d’origine de Li Edelkoort.

\ Anti bling-bling \

Les artistes sélectionnés ont tous en commun ce retour à l’épure, au simple, loin, très loin d’une idée du luxe bling-bling. Les robes peintes d’Emilie Faïf, qui a signé une petite collection pour Isabel Marant, portent leurs motifs sur l’envers du vêtement, paysages délicats gardés pour soi, tournés vers l’intérieur, à mille lieux du culte de l’apparence. Dans le monde futur de Bloom, les poissons se gardent au frais dans un aquarium de cuisine, les jeans se délavent lentement dans le roulis des mers du Japon, et des fermes verticales auto-suffisantes hébergent et nourrissent jusqu’à 1000 personnes. Utopiste peut-être, mais le monde avance vite, et Bloom sait être convaincant pour l’influencer. Vous verrez…

Bloom, une vision végétale du 13.01 au 25.02 Fondation Espace Écureuil, 3 place du capitole, du mardi au samedi de 11h à 19h30, entrée libre Vernissage le 17.01, 18h, en présence de Vanessa Batut Conférence le 25.01, 16h30, avec le designer Franck Fontana www.caisseepargneart-contemporain.fr 05 62 30 23 30


culturE expo

Farce attaque Si Spirit faisait dans le racoleur et le vite-dit bien-dit, on vous convoquerait fissa à Nègrepelisse en promettant une seule chose : la poilade. Du genre, Thomas Mailaender est un artiste contemporain, plasticien, performeur, photographe, qui fait le zouave à coup de photos incongrues. Il n’y a qu’à aller voir son site pour vérifier. Trop drôle. Vous vous en doutez, on ne s’arrêtera pas là, ce serait trop simple. Car sa démarche, derrière son air furieusement débile, est on ne peut plus sérieuse. À commencer par son « fun archive », fatras foutraque d’images amateurs récoltées à l’infini sur internet. Sa base de travail qui nourrit depuis quelques années sa recherche de « moments accidentellement grotesques qui possèdent une monumentalité absurde et inattendue ».

\ Potache dans le potage \

Radiateur © Lionel Loetscher

C’est armé de cette banque d’images, qu’il s’est rendu par deux fois à Nègrepelisse fin 2011, à l’invitation de La Cuisine, pour aller au clash artistique avec des habitants volontaires. Se nourrissant de ces « archives » de l’insignifiant, il leur a fait rejouer les situations les plus cocasses, avec comme une envie de bonne chair, de bouffe, de mangeaille. Quelques mois plus tard, ces expériences du burlesque se retrouvent en photos, vidéos, installations et sculptures dans l’exposition « L’Union fait la farce » qui ouvre le 14 janvier à la médiathèque de Nègrepelisse. « Thomas Mailaender nous livre ici une sorte d’éloge de la blague potache, d’une culture populaire à l’humour parfois grinçant dont le “murmure” ou plutôt le “brouhaha” se diffuse sur Internet entendu comme réceptacle et mémoire » décrypte Stéphanie Sagot, directrice artistique de la Cuisine, voyant dans ces détournements une façon « de faire sens, de bousculer les normes, systèmes ou manières de vivre imposés ». On y verra une tête aux yeux grands ouverts posée dans une casserole, un jeu de mots à base de coquillettes, des pains aux formes étranges aussi brûlés qu’ils ont été préparés avec amour par le boulanger du village, posés sur une table de lendemain de fête. Rira bien qui rira le dernier. \ S.P. \

Thomas Mailaender Du 14.01 au 25.02, médiathèque de Nègrepelisse (82) Vernissage le 14.01 à 12h. www.la-cuisine.fr, 05 63 67 39 74 www.thomasmailaender.com

La nature contradictoire des choses

\ Anaïs Florance \

50 / Spirit # 46

Du 4 au 26.01, espace Saint-Cyprien, centre culturel Bellegarde, espace Bonnefoy 07.01, visite commentée sur les trois lieux 17.01, 18h30, conférence de Lionel Geny de l’Agence Hunting Scene, Espace Saint-Cyprien Entrée libre.

© Thomas Mailaender

Qu’on se le dise, en janvier, Lionel Loetscher est de la partie. Invité de trois centres culturels, l’artiste expose une rétrospective déguisée, en trois lieux comme pour mieux cerner l’essence protéiforme de sa réflexion. Car avec Loetscher nous n’avons pas à faire à une œuvre simpliste, pas plus qu’écologiste, mais à un projet qui questionne la relation de l’homme à la - sa ? - nature. Dans ce qu’elle a de plus fondamental, écartant d’un revers de flash le sens commun. Ancien designer ergonome, le Nancéen est un dépeceur, un débiteur d’idées-reçues, un tailleur de mythes. Ses interprétations, aussi personnelles qu’elles soient, n’en sont pas moins universelles. « Pour entamer une réflexion, le beau a son utilité. Je crois plus en la force poétique d’une œuvre qu’en l’image choc. » Le parcours initiatique s’ouvre sur l’espace Saint-Cyprien à la découverte de tableaux photographiques à la limite du paysage, du portrait et de la nature morte. Au centre culturel Bellegarde, les repères du regardeur sont brisés par des photographies qui mettent en scène les artifices de notre perception. Vertige cérébral assuré. Point de photos à l’espace Bonnefoy mais une série de travaux numériques, qui interroge le trait et le geste propres au dessin et à la peinture. L’esthétique clinique distillée dans les séries photographiques de Loetscher repose sur le dépouillement extrême des compositions. Beauté inquiétante qui de prime abord ne laisse pas facilement filtrer le propos de l’auteur. Du petit théâtre de verdure aux cultures biologiques ironiques, partout la poésie règne en maîtresse. Lorsqu’on croit assister à de l’art-bsurde - un évier peut abriter un arbre… -, ces oxymores visuelles apparaissent finalement comme des évidences. Pour Loetscher le naturel n’est vraisemblablement jamais là où on l’attend.


Petits théâtres de l’intime Le musée des Augustin lance une invitation à pénétrer salons, cuisines, antichambres et intérieurs du XVIIe siècle français. Petits théâtres de l’intime s’empare de la peinture « de genre » française entre la Révolution et la Restauration pour un voyage dans le quotidien des maisons bourgeoises principalement, mais aussi des classes sociales plus pauvres. Ces œuvres valent autant par une technique précise et maitrisée que par les informations qu’elles délivrent. De la peinture documentaire en quelque sorte. Fruit d’une collecte auprès de collections publiques et privées, l’exposition dévoile des trésors rares, pièces de Fragonard et de sa belle sœur Marguerite Gérard, mais aussi de Greuze, Boilly ou Drolling. \ S.P. \

© Vincent Debanne

Jusqu’au 22.01, Musée des Beaux-Arts, Toulouse, 05 61 22 21 82

Vincent Debanne Si on devait s’en tenir au titre de la nouvelle expo du Château d’eau Tribute to Archaic Devices on resterait vaguement dubitatifs. Mais il faut se confronter aux photographies à la fois documentaires et scénarisées de Vincent Debanne

pour saisir toute la force suggestive de son travail. Incidents 2009 - Dispositifs 2007 - Dreamworks 2006 - Welcome to Children 2005 sont les quatre séries choisies où l’on aperçoit une préfecture en feu, comme un écho à la destruction de la Bastille, des hommes en salopette au travail, tels des ouvriers modèles du temps du communisme, des parkings de supermarché où les enfants participent à l’acte de consommation. Cet œil-là semble inquiet, du moins circonspect sur l’état du monde, du pouvoir, des classes sociales. Implacable. \ S.P. \ Du 4.01 au 4.03, Le Château d’Eau, vernissage le 04.01 en présence du photographe, 05 61 77 09 40, galeriechateaudeau.org

© Jean-Luc Feixa

© Louis Roland Trinquesse Le Serment à l’amour Dijon - Musée des Beaux Arts par François Jay

En direct des galeries

Jean-Luc Feixa Quoi de plus photogénique et graphique qu’un gratte-ciel, une gare, une esplanade ? Jean-Luc Feixa l’a compris. Ce photographe, journaliste, a construit une exposition photo en noir et blanc comme on trace des esquisses architecturales. Pourtant Des Lignes et des Hommes ne pratique pas la photographie d’architecture, vide, léchée. Feixa aime croiser le monumental et l’humain. Dans ses tableaux d’ombre et de lumière, les silhouettes font sens, perdues ou alors totalement intégrées dans le paysage urbain. Pris au hasard de ses voyages dans le monde, New York, Toulouse, Bilbao, ces clichés racontent l’histoire d’une ville occidentale et sa relation aux hommes qui l’habitent. \ S.P. \ Jusqu’au 27.01, Galerie Passage à l’art, 5 Grande Rue Saint-Nicolas, Toulouse, entrée libre.


culture musique

« Je pose un regard sur la famille, sur l’Afrique, j’apporte un point de vue personnel sur le monde qui m’entoure. » 52 / Spirit # 46


Imany, la beauté grave Attention, phénomène ! Voix rauque et charme fou, Imany est devenue disque d’or dès son premier album The shape of a broken heart. Preuve que le disque n’est pas totalement mort. Et qu’une ancienne mannequin peut devenir une vraie chanteuse. Propos recueillis par Lionel Nicaise Imany le 19.01 au Bikini (Ramonville), à 20h30 20 e Son dernier album : The Shape Of a Broken Heart M6 Interactions, 2011

Vous avez commencé la musique aux États-Unis, lorsque vous travailliez également comme modèle. C’était comment ces débuts new-yorkais ? Je devais rester 3 semaines, finalement je suis restée sept ans. Imany était mon nom de mannequin, je l’avais tiré de mon film préféré de l’époque, Un Prince à New York avec Eddie Murphy. J’ai collectionné les petits boulots, parallèlement à l’enregistrement d’une maquette et de plusieurs scènes new yorkaises. Une fois rentrée à Paris, ma sœur est devenue mon manager. Après sept mois de concerts dans des bars et petites salles, le producteur Malick N’diaye (qui avait déjà découvert la chanteuse Ayo) m’a repérée. Dans quel rayon rangeriez-vous votre premier album? Folk ? Soul ? J’ai du mal à le mettre dans une case parce que je ne l’ai vraiment pas pensé comme ça. J’ai reçu des influences assez variées. Certaines chansons ont vécu sur la scène, parce que je viens de là. Il y a eu ensuite des millions d’écoutes avec le réalisateur, on s’est mis d’accord sur la couleur de l’album. Il s’avère qu’il y a beaucoup d’acoustique, ce qu’on voulait avant tout c’était des titres cohérents. La chanson éponyme de cet album raconte votre histoire d’amour avec l’Afrique. Quels autres thèmes abordez-vous dans vos chansons ? Les thèmes de la vie, des choses assez basiques comme l’amour, le non-amour, l’affirmation de soi, la liberté. Je pose un regard sur la famille, sur l’Afrique, j’apporte un point de vue personnel sur le monde qui m’entoure, ça peut être un reportage télé, une scène dans la rue, ou des choses de ma vie intime. Vous chantez la plupart du temps en anglais, mais aussi en comorien comme sur le titre « The Care ». Vos origines influencent-elles votre musique ? Elles jouent forcément. Ça oriente les choix artistiques qu’on fait, parce que c’est une partie de ce que l’on est. Mais je ne suis pas là pour écrire sur mes origines comoriennes. Je ne le porte pas comme un étendard. C’est ce que je suis, c’est logique que cela soit dans ma musique. L’écriture et la composition, vous pratiquez en solo ? J’écris seule, et je compose avec les autres, en fonction des titres. Je n’ai pas vraiment de rituel. J’essaie simplement d’écrire le plus souvent possible. Tôt le matin, tard le soir. Je ne m’impose pas d’écrire « le » tube. L’important, c’est d’écrire et s’il y a une bonne chanson à la sortie, tant mieux. La comparaison avec Tracy Chapman revient presque systématiquement. Pas trop agaçant à la longue ? Je ne sais pas trop pourquoi Tracy Chapman, à part le fait

qu’elle ait une grosse voix, comme moi. Les gens ont souvent besoin de références pour savoir ce qu’ils achètent. Moi, je n’ai pas grandi dans la musique, j’ai été élevée au top 50. J’ai des goûts éclectiques, mais il faut que les mélodies m’interpellent. Ceci dit, cela me fait plaisir cette comparaison, parce que je suis fan. Elle fait partie de mes icônes avec Nina Simone, Billie Holiday, Nirvana, ou le hip hop des années 90 (à l’époque je n’écoutais rien d’autre !). C’est vous qui posez sur la photo de votre album. Un clin d’œil au milieu de la mode d’où vous venez ? C’est vrai que j’ai gardé un œil sur la mode. Peut-être que si je n’étais pas passée par le mannequinat, je n’aurais pas eu cette exigence esthétique. Mais musicalement, cette expérience ne m’a pas servi. Comment se sent-on à la veille d’une première grande tournée ? Ce n’est pas vraiment la première. On avait déjà fait une tournée voix-guitare en France, d’ailleurs on était en première partie de Ben l’Oncle Soul au Bikini. Ce coup-ci, on revient avec le groupe, c’est autre chose. On défend vraiment l’album. On n’est plus la première partie, on n’est plus la découverte. Je suis super contente. Honnêtement, on n’en est qu’au début. On chante en anglais donc il y a des choses à faire dans d’autres pays. Le monde est vaste. Peut-on déjà parler d’un second album ? On y pense, de loin. Évidemment il y a des textes, des chansons qui existent déjà et d’autres qui continuent de se construire mais on n’est pas dans la dynamique du deuxième album. Le premier vient de sortir. Aujourd’hui ce qui compte c’est défendre le live en France et dans le monde.

Spirit aime « Kisses in the dark » Chanson enivrante. Une beauté qui nous perd dans des contrées lointaines où seule la voix d’Imany nous est familière. Des baisers à en avoir le tournis. « Please and change » Second single extrait de l’album. On se laisse vite gagner par cette ode à la joie haute en couleurs. Donne une irrésistible envie de danser. « I’ve gotta go » Le tube.  Il démarre avec une rage retenue.L’envolée mélodique est magnifique sur les refrains. Tout simplement notre favorite.

Spirit # 46 / 53


culture musique Antonio Zambujo, 36 ans, petit prodige mis en avant par Caetano Veloso. Il revient aux sources du chant portugais, en y ajoutant le « cante aletenjano », chant polyphonique traditionnel de sa région natale. S’inscrivant dans une lignée à la fois populaire et classique, prince des nuits fadistes lisboètes, il se fait accompagner par deux guitares, une contrebasse et une clarinette, son instrument d’origine.

Impro-Focus

[musiques improvisées]

et de son contrebassiste, donnant à ses compositions une chair assemblée dans le jazz, le rock et le blues. Mais c’est avant tout par ses textes, clamés d’une voix grave, que Nicolas Jules affirme et revendique sa personnalité. Écriture poétique, vocabulaire fouillé, ton planant. Lunaire, il l’est à coup sûr. Mais ce n’est probablement qu’en concert qu’il se met réellement en orbite.

Les 5 et 6.01, 20h30, Espace Croix-Baragnon, 5/10 e, 05 62 27 61 02

Dans le steel baroque Farm Job © Framboise Esteban

[art lyrique et percussions]

Oreilles intolérantes et/ou formatées s’abstenir. Du 4 au 14.01 on ne viendra pas au Mandala pour siroter un verre en écoutant du jâââzz, mais pour s’abreuver aux courants exigeants, tordus et magnifiques des musiques improvisées. La 3e édition d’impro-Focus – ((if)) pour les intimes – se place résolument du côté de la recherche expérimentale, des mariages étranges, des incongruités musicales, pour le meilleur et pour… le bizarre. À commencer – dans le désordre – par Andy Moor, plus connu comme guitariste de The Ex, acoquiné cette fois avec Yannis Kyriakides, compositeur chypriote, pour d’électriques mélodies grecques et portugaises. Au rayon frissons sonores, on retiendra la tension bruitiste du duo Ramon Lopez et Christine Wodrascka ou l’exploration Eclecpilecptic d’Alexis Heroupoulos. Autre figure, locale cette fois-ci, Éric Lareine – décidément sur tous les fronts – pour son duo Reflex avec le pianiste Denis Badault. C’est qu’à Toulouse le petit monde improvisé s’agite, pour preuve la présence du quartet Farm Job, des synthés de Marc Demereau ou de Rétroviseur. Ce foisonnement libertaire se terminera sur un ciné-concert. Buñuel, Un chien andalou. Les rêves de Dali en images. La folle poésie continue…

Les 19 et 20.01, 21h30, 10/12 e, Le Bijou, www.nicolasjules.com

Les transcriptions de pièces instrumentales et vocales de Bach et de pièces sacrées et profanes de Vivaldi, Haendel, Purcell, sont au programme du trio féminin Lyric’O Steel. Le chant lyrique de la soprano Eliette Parmentier est soutenu par le duo de steel drums formé par Fabienne et Isabelle Rivière. Ce bidon incurvé, joué à l’aide de mailloches, est plus traditionnellement utilisé dans les musiques de rue, notamment antillaises. A priori contre-nature, son alliance avec les œuvres du répertoire classique donne une dimension plus intime à ces dernières. À découvrir.

Jour 54

[opéra radiophonique] Magma de mots, de sons et de musique. Bienvenue en terres iconoclastes et inclassables, où littérature et sons électroniques s’imbriquent. Jour 54 apporte une nouvelle suite au roman inachevé de Georges Perec, 53 jours. Ce projet d’opéra radiophonique, conduit par Pierre Jodlowski et invité du cycle Présences vocale du collectif éOle, s’imprègne de la complexité de la langue et de la pensée de l’auteur, recrachant une ode sensible qui pratique le mix jubliatoire du mot et du montage sonore.

6.01, 21 h, Le Chapeau Rouge, 3/8 e, 05 61 22 27 77, http://lyricosteel.free.fr

« FILM» (noirs) [jazzpoem]

Des poètes modernes, amoureux du jazz, s’inspirent des musiques de films noirs pour un spectacle non-conventionnel. Enzo Cormann et Jean-Marc Padovani, deux complices officiant sous le nom de « jazz-poems », plantent le décor années cinquante des polars en noir et blanc. Les musiciens évoluent autour de la récitation de textes en s’autorisant une improvisation débordante. Dans une ambiance un peu sombre, deux écrans projettent des images de films noirs « classiques », parmi lesquels Quand la ville dort de John Huston ou Les amants de la nuit de Nicholas Ray. Ici ce n’est pas l’assassin qu’on recherche, mais la chaleur d’une bande son jazzy pour animer la nuit.

Les 20 et 21.01, 21h, Petit théâtre Saint-Exupère, Blagnac, 10/20 e

Du 11 au 14.01, 20h30, MJC Roguet Saint-Cyprien, 05 61 77 26 00

Ibrahim Maalouf [jazz métissé]

Cristina Branco [fado revisité]

© Augusto Brazio

Antonio Zambujo [fado]

Échappé des vieux restaurants de l’Alafama à Lisbonne, le fado est un genre qui – heureusement – se renouvelle. Dix ans après la mort d’Amalia Rodrigues, de jeunes talents portugais se réapproprient plus personnellement cette mélopée nostalgique (voir Antonio Zambujo à la Croix-Baragnon). Cristina Branco est en la face la plus célèbre. La voix, rauque, grave, vibrante, emprunte au registre traditionnel, mais pourrait tout aussi bien nous venir du jazz de Billie Holliday, ou du tango argentin. Se dispersant parfois dans des arrangements trop « variété », Cristina Branco n’en perd pas moins le souffle d’un chant parlant aux tripes. Incontestablement, la nouvelle dame du fado. Les 18 et 19.01, 20h30, Salle Nougaro, 20/26 e

© Rita Carmo

Nicolas Jules

Il est finalement rare d’entendre le fado chanté par une voix masculine, en ces temps où les grandes stars du genre sont souvent des femmes. Mais il y a

54 / Spirit # 46

© Gaston Bergeret

Du 4 au 14.01, le Mandala, 6/9 e, Pass 5 concerts 25 e, www.lemandala.com

[chanson]

Dans le paysage de la chanson française, nul doute que Nicolas Jules n’est pas encore à sa juste place. Qui, en dehors d’un cercle d’initiés, a entendu parler de ce jeune dandy décalé. Pas grand monde, malgré des papiers plutôt élogieux dans la presse spécialisée. Nicolas Jules semble tenir à son modus operandi : faire profil bas, se la jouer discret, condition – apparemment – sine qua non d’une indépendance et d’une autonomie revendiquée. Sans maison de disque et sans plan promotionnel intrusif, Nicolas Jules trace son chemin accompagné de son batteur

On pense à tort que la trompette appartient uniquement au jazz et à la soul. Ibrahim Maalouf est la preuve du contraire. S’il est difficile de classer le style musical de ce virtuose, c’est qu’il pioche dans toutes les influences, classique, jazz, hip hop, électro, pop-rock, et surtout orientale, lui qui est né à Beyrouth, dans une famille d’artistes : un père trompettiste, une mère pianiste, et un oncle écrivain (Amin Maalouf). Aujourd’hui, son univers musical inspire les plus grands de Vincent Delerm à -M-, de Thomas Fersen à Vanessa Paradis, et il continue de composer pour des ensembles classiques. Dans ses concerts, il développe des thèmes envoûtants, à la manière arabe, rendus plus acérés par des guitares rock ou des instrumentations funk. Un virtuose du métissage musical. 26.01 à 20h30 au Bikini à partir de 23,50 e


Mon côté punk

Justice

[pas si punk]

[electro-rock]

© Pedro Winter

Ne nous fions pas totalement aux étiquettes. Leur « côté punk », n’est pas tant à chercher sur leur crête colorée et leurs riffs rageurs que dans le mix d’un grand bordel musical. À la base on peut dire que c’est la chanson qui les fédère tous. Tous ? Mourad Musset et Olivier Leite de la Rue Kétanou, Loïc Lantoine, Fatih Oulhaci du Théâtre du Fil et bien d’autres encore, partant du principe que brasser les genres musicaux, piocher ses membres dans différents groupes, et partir sur la route pour le seul plaisir d’être ensemble, suffisait à faire sens. En presque dix ans de scène, le collectif a marqué les esprits. Les fondateurs ont quitté le navire, l’esprit punk est resté. Pour de vrai. Le 26.01, la Dynamo, 15/20 e, le 27.01, le Rio, Montauban, 12/16 e

De l’Oxygène pour les oreilles

Le peuple de l’herbe © Gilles Garrigos

[festival]

En 2002, Première-Pression s’allie avec le comité Ax-Animation et pose ses valises à Ax-les-thermes, le temps d’un festival de musiques actuelles en pleine saison de ski. Le succès remporté va grandissant au fil des années, jusqu’à accueillir 3 500 spectateurs. Dix ans, l’âge rond du bilan ? L’édition 2012 est plutôt celle de la nouveauté : cette fois, l’O2 (de son petit nom) passe sur deux week-ends. Et s’installe même en altitude pour proposer de nouvelles sensations avec Dj’s et concerts live. Rien de changé par contre dans le programme musical (on y retrouve d’ailleurs les Marseillais de Nasser, dont l’électro-rock avait déjà retenti au pied de la station l’an dernier). Le festival a trouvé l’équilibre entre têtes d’affiches et jeunes artistes en devenir. À part ça, entre un premier week-end qui commence très fort avec le duo électro South Central et un live du Peuple de l’Herbe annoncé comme une création unique, puis une deuxième salve sur trois jours avec pêle-mêle General Levy, Popof, Foreign Beggars et – surtout – Shaka Ponk, il y aura de quoi se réchauffer les oreilles. Le second round se fera à Cauterets en février.

Il n’aura fallu que 28 minutes pour que la date de Justice à l’Olympia affiche sold out. Un record absolu ! Et on peut comprendre l’engouement qui a toujours entouré Gaspard Augé et Xavier de Rosnay, qu’ils jouent aux musiciens ou aux producteurs. Le clip d’« Audio Vidéo Disco » – le single du disque éponyme – aurait pu laisser penser que le groupe cruciforme s’était embourgoisé. Ambiance feutrée, coupe de champ’, tripotage de minichien et repas aux chandelles... autant d’images chicos choisies pour décrire la vie du duo le plus couru de la scène électro française. Cela mis à part, impossible de ne pas succomber à leurs tubes calibrés pour le live comme « Civilization » ou « Canon ». Leur musique un poil mégalodisco en appelle à la folie des grandeurs et c’est parfait sur scène. Lumière, beats, basses, tout est réuni pour faire hocher les têtes d’un fan club toujours partant pour la danse. Dommage que leur date toulousaine soit déjà au complet.

Du 28.01 au 11.02, www.detoursdechant.com, 05 62 73 44 72 Prog : Les Franglaises, les Étrangers Familiers, Pauvre Martin, Brigitte, Clément Bertrand, Big Flo & Oli, Izia, Sanseverino, Paamath, Dimoné, Chloé Lacan, Enterré Sous X, Chouf, Têtes Raides, Arthur H, Récréation Nougaro, Émilie Cadiou, Éric Lareine, Miossec…

Les Passions [musique baroque]

En costumes d’époque et en musique, l’ensemble Les Passions – Orchestre baroque de Montauban rejoue la partition de la cour de Louis XIV en contant l’histoire d’une construction pharaonique, où l’on croise Colbert, Vauban ou les Couperin. S’il fallait une raison de plus de se rendre jusqu’à l’Orangerie de Rohcemontès, sachez que ce spectacle inaugure une nouvelle saison de musique classique, les dimanche après-midi. Aux manettes, la passionnée Catherine Kaufmann Saint-Martin, plus connue sous l’enseigne de son site internet, « Folle de musique ».

28.01, 20h30, Bikini, www.lebikini.com

Détours de chant [chanson]

29.01, 16h30, Orangerie de Rochemontès (82), 20 e, www.les-passions.fr

Les 27 et 28.01 et du 3 au 5.02, Ax-les-Thermes, we du 27 et 28.01, 16/18 e la soirée, 26 e les 2 jours, we du 3 au 5.02, 16/18 e la soirée, 38 e les 3 jours, pass 5 jours 50 e, 05 61 64 38 00, www.ax-animation.com, www.premiere-pression.com

Éric Lareine et leurs enfants

[blues]

Soirée d’inauguration au Bikini pour la toute jeune association Toulouse Blues Society. Une dizaine de groupes (Awek, Mannish Boys, Little Peter Blues Band, Jeff Zima, Les Chiens jaunes...) se succèderont sur une scène dont l’acoustique profitera aux rythmes d’un genre dont l’influence sur d’autres musiques (jazz, rock) n’est plus à démontrer. Née de la rencontre de passionnés de blues et du constat que la ville souffrait d’une certaine carence en la matière, la TBS se veut la déclinaison locale de fondations nationales et internationales (la Blues Foundation de Memphis), un cercle d’amateurs et de professionnels pour promouvoir le genre à travers concerts, expos, conférences et autres jams. Début février, elle s’installera à Saint-Jean pour des sessions animées tous les premiers jeudis du mois. 27.01, 20 h 30, le Bikini (Ramonville), 10 e, 05 62 24 09 50, www.toulousebluessociety.com Prog : Awek, Daniel Antoine, Eric LaValette Band, Jeff Zima, Les Chiens Jaunes, Crazy Ducks, Little Peter Blues Band, Mannish Boys, Nicolas Blues du monde, Oli & the LP’s...

© Monsieur M.

Prog : Ultravomit, Skip The Use, South Central, Le Peuple de l’Herbe, Filewile, Nasser, General Levy, Kanka, Cyberpunkers, Che Sudaka, Popof, Foreign Beggars, Anakronik Electro Orkestra, Shaka Ponk, Punky’z Blasterz

Toulouse tout blues

avec ses enfants (voir plus bas). Ayant le sens des responsabilités envers les générations futures, les organisateurs mettent les jeunes talents en avant dans des premières parties habilement réparties. Le KKC Orchestra (swing) et la Fine Équipe, avant R-Wan, ou Chouf avant les Têtes Raides. Pour les plus curieux, le Bijou a même prévu une journée Coup de Pousses, avec à l’affiche La Reine des aveugles (chanson pirate), Lizzie (folk portugais), Dalele (chanteuse accordéoniste), La Mala Cabeza (tango dégénéré), et Bulle de Vers (chanson rock et réaliste). Les 10 jours se finiront par une nuit de reprises des chansons de Nougaro, histoire de raviver l’héritage.

Le festival de chanson sait jouer des solidarités toulousaines, ses 37 rendezvous se déclinent sur la plupart des salles de concert de la ville, du Bijou (dont le patron est l’organisateur) à la Dynamo, d’Odyssud au Bikini. Pour sa 11e édition, à cheval sur janvier et février, il joue la carte des valeurs sûres, déjà vues, mais dont on ne se lasse pas : Arthur H et Izia mais sans Higelin (le papa des deux), Miossec, les Têtes Raides, R-Wan sans Java et Sanseverino. Du côté du SudOuest, André Minvielle vient en voisin avec Lionel Suarez, pour un beau jazz gascon, et Éric Lareine pousse ses cris

[chanson déglinguée]

Papa chanteur, et ses enfants musiciens ne vous convient sûrement pas à une soirée musicale édulcorée. Avec Lareine, la chanson se désintègre, écartelée entre cabaret rock, free jazz, envolées poétiques et souffles improvisés. Oubliez les couplets-refrains bien agencés, ici le chemin mélodique se fait sinueux, exprès, les mots s’emportent, les rimes s’évaporent. À Toulouse, Lareine  &  co jouent à domicile, deux soirs même à la « Croix Ba ». Il fallait bien ça pour célébrer la sortie de leur nouvel album « Greffe de zèle ». Le chant subversif, la rage haute, et le verbe allumé, l’uppercut musical aura bien lieu. Les 30 et 31.01, 20h30, Espace Croix-Baragnon, Salle Bleue, 5/10 e

Spirit # 46 / 55


culture en famille

La sortie du dimanche

Gargas-Nesplori@, les mains dans la Préhistoire « Maman, pourquoi les Cro-Magnons faisaient des dessins dans les grottes ? » Et si on allait visiter une vraie grotte préhistorique ornée pour répondre aux questions embarrassantes. Gargas est l’une des rares encore ouverte au public et dispose – en plus – d’un centre numérique dernier cri, Nesplori@. Par Isabelle Bonnet-Desprez

C

e matin-là, une légère brume enveloppe le petit village d’Aventignan. Nichées au cœur des Hautes-Pyrénées, les grottes préhistoriques ornées de Gargas ne se visitent pas comme ça. Seul Nicolas Ferrer, le responsable et guide, possède la clé de ce site préhistorique unique, découvert par Félix Régnault en 1906, célèbre pour ses peintures de mains négatives. Avant d’ouvrir la porte du sanctuaire, il rappelle qu’il est « interdit de prendre des photos et de toucher les parois. Le site est fragile : il faut le préserver. C’est l’une des rares grottes préhistoriques ornées encore ouverte au public ! » Les lumières froides, qui évitent que cette grotte blanche (c’est du calcaire) ne développe la maladie verte, s’allument puis s’éteignent sur notre passage. On descend à 30m sous terre. Il fait 11°C. Des gouttes d’eau restent accrochées aux stalactites. Finement sculpté par le temps, le sanctuaire est majestueux, mystérieux.

\ Mammouths et aurochs \

Au premier croisement, on distingue cinq lignes de points noirs tracés au dioxyde de manganèse. « Signalisation du passage ou motifs claniques, explique le guide, on n’en connaît pas la signification. » Au fond de la première grotte, on devine les contours de deux bouquetins et d’un bison, dont la tête a disparu, ron-

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gée par la calcite. Obligés de baisser la tête pour emprunter le tunnel qui rejoint la seconde grotte, on quitte l’impressionnante cathédrale verticale, pour entrer dans un monde horizontal et circulaire creusé par une rivière. Le sol ondule au fil des gours. D’imposantes stalagmites forment des piliers, façon cire de bougie. Là, un auroch, deux chevaux et un mammouth gravés s’entremêlent et, dans une niche, une main noire a été peinte. Plus loin, la grande paroi en dévoile des dizaines, rouges et noires. « Il y a 27 000 ans, des chasseurs de l’âge de pierre ont craché à la bouche ou tamponné le pigment sur le pourtour de leur main. L’absence de certaines phalanges fait la particularité de Gargas. On trouve ici plus de deux cents peintures de mains négatives ; soit la moitié des mains préhistoriques d’Europe ! » Une fois la visite terminée, passage obligé – et conseillé ! – au Centre d’interprétation numérique et préhistorique de Nesplori@, ouvert tout à côté en 2010. Ici, on touche – littéralement – du doigt la préhistoire à travers un parcours tactile, interactif et ludique. Grâce aux outils numériques les plus innovants, on découvre le sanctuaire des mains (un espace inaccessible de Gargas), on s’amuse à retrouver et redessiner le tracé des gravures d’animaux sur la paroi, on compare sur une table interactive sa main à celles peintes dans la grotte ornée. Et avant de partir, on laisse l’empreinte virtuelle – la mienne, c’est isa16.053 – de sa main, bien sûr.

Grotte de Gargas et Nestplori@ route départementale 261, 65 660 Aventignan. Visite de la grotte : 50 min. Ouvert toute l’année de 10h30 à 17h30, et de 10 à 18h en juillet/août. Pass Grottes de Gargas + Nestplori@ : 12 €/adulte, 7 €/enfant ; Pass Famille à 29 €. Réservation conseillée au 05 62 98 81 50, www.nestploria.fr Nouveauté : balade de 2,2 km avec guide multimédia équipé GPS, sorte de petite vadrouille numérique locale à faire en famille.


© thelma films

Après l’école !

Les yeux dans la mare Claude Nuridsany et Marie Pérennou nous donnent une nouvelle occasion de prendre La clé des champs. Après Microcosmos, le tandem de réalisateurs met les pieds dans la mare et scrute à nouveau l’infiniment petit. Deux enfants à la campagne passent leur après-midi à découvrir un point d’eau, et le transformer en un mystérieux terrain de jeu. Mais les vrais stars ce sont les grenouilles et libellules, les têtards et les araignées d’eau. Dans ce long-métrage produit par Disney - et tourné dans l’Aveyron ! - on retrouve leur méticuleux travail qui transforme des vies minuscules en poésie, avec cette capacité de filmer la nature comme un personnage à part entière, sans toutefois l’inf luencer ni la transformer. La bande son signée Bruno Coulais (où l’on retrouve Standley de Moriarty et Nosfell) est splendide, et la voix de Denis Podalydès finit de nous transporter dans le doux monde d’une enfance insouciante et rêveuse. \ Mathilde Raviart \ Au cinéma depuis le 21.12

Asian sensation Immersion totale à Taïwan pendant un week-end, est-ce possible ? Oui, au village du Nouvel An chinois, créé à l’occasion du festival Made in Asia, place du Capitole les 28 et 29.01. La traditionnelle parade célèbre cette année le signe du Dragon d’eau. Les multiples tentes qui accueillent ateliers et espace de restauration, laissent place en leur centre à une scène sur laquelle des démonstrations d’arts martiaux, de sabre coréen, de percussions traditionnelles s’enchaîneront gratuitement de 10h à 19h. Le dragon et le tigre défileront tout au long du week-end pour célébrer la nouvelle année, qui selon l’astrologie chinoise, promet d’être épuisante, mais brillante. \ M. R. \ Les 28 et 29.01, place du Capitole, www.festivalmadeinasia.com

Complètement chiffré

La libraire a lu

Une couverture d’un beau noir, très graphique, ça attire forcément l’œil au rayon des livres jeunesse. Olivier Couzou, tout juste revenu au Rouergue en tant que directeur artistique, revisite avec inventivité et panache l’histoire archi-connue de Boucle d’Or et les trois ours. De ce trio + 1, l’auteur a fait le pari d’un conte chiffré, où les numéros remplacement les mots, où les images se déchiffrent, où les figures des personnages se devinent, poétiques, incongrues. Le petit ours qui zozote n’est pas pour rien dans cette magie des chiffres et des lettres. Lisez donc ça « Quelqu’un 7 à 6 sur ma 16 et l’a toute cazée, pleura petit ours 13 en colère ». Irrésistible, même pour les plus grands. \ S. P. \ Boucle d’Or et les trois ours, Olivier Douzou, Le Rouergue, 15 r, dès 3 ans.


culture en famille La Belle et la Bête

Y’a pas d’âge pour être cinéphile

[conte surréaliste]

C’est un classique inépuisable que revisite le Shlemil Théâtre. L’histoire de ce conte, tout le monde la connaît : la Belle est enfermée dans le château de la Bête pour sauver la vie de son père. Lorsqu’elle découvre la Bête, elle voit par-delà le monstre et en tombe amoureuse. Grâce au mime, la danse, le cirque, la magie et la musique, ce spectacle apporte un nouveau regard sur la pièce. C’est un voyage extraordinaire, voire surréaliste, où toutes les bizarreries sont permises : un château hanté par des singes à roulettes, un lit trampoline, une marionnette de 3,50 m de haut en guise de Bête.... Les décors et les masques des personnages ajoutent encore au mystère. Personne ne devrait y résister, sûrement pas les plus jeunes. Ils sortiront de cette féérie, comme après une bonne nuit de sommeil, la tête encore pleine de rêves.

Du 22.01 au 04.03, à la Cinémathèque, 05 62 30 30 10, et à l’ABC, 05 61 21 20 46

La Ferme des Z’animaux [spectacle engagé]

S’inspirant du texte métaphorique de George Orwell, les Z’Omni, quatuor féminin déjanté, choisit la forme burlesque pour se lancer dans la révolution animale, version basse-cour. Qui de l’œuf ou de la poule est arrivé le premier ? Telle est la question sur laquelle se penche cette « conférencespectacle » mêlant musique et théâtre, et oubliant de se prendre au sérieux. Veaux, vaches, moutons, coqs et poules se disputent le pouvoir. Et ne sousestimez pas les canards et les cochons, eux aussi savent faire la révolution.

[danse contemporaine]

Qui a peur du grand méchant loup ? C’est nous ! En reprenant à son « conte » le classique Petit chaperon rouge, le jeune chorégraphe Sylvain Huc a l’intention de jouer avec nos nerfs, juste pour voir. On embarque dans ce conte-là comme on monterait sur des montagnes russes, avec la douce excitation du frisson. Sur scène, ils ne sont que deux dans un dispositif dépouillé : capuche rouge, féminine et naïve. Lui, capuche noire, effrayant et fascinant. Leurs corps deviennent réceptacles d’émotions, leurs bouches soufflent, crient, halètent. À l’écart, le musicien Xavier Coriat n’est pas pour rien dans les ambiances hitchcockiennes à vous faire vibrer l’échine. Entre deux montées d’angoisse, le rire éclate aussi. Ouf !

Les 24.01 et 26.01, 19h30, les 27.01 et 28.01 à 21h, Théâtre du Pont-Neuf, 05 62 21 51 78. 10/12 €, à partir de 10 ans

© Erik Damiano

Terres ! [théâtre]

Les p’tits papiers [expo-ateliers]

Le 14.01, atelier collage, participation libre, le 21.01, atelier chapeaux, 7 €, la Maison Bleue, la Bastide de Sérou (09,) 09 54 46 44 02, à partir de 6 ans

Où va l’eau ? [tout petits]

© O’NavioID

Embarquement pour un monde de poésie pour les tout petits. Pour captiver les moins de 3 ans, Où va l’eau ? oublie la narration pour s’aventurer du côté de la sensation et la douceur. C’est que la comédienne Marie Blondel sait parler aux bébés, avec sa voix suave, son univers coloré, ses histoires d’eau et de canard empruntées aux livres de l’auteur belge Jeanne Hashbé. Pendant 30 minutes, les enfants sont happés par cette fable aquatique et sans syntaxe. À deux doigts de la magie. Le 18.01, 10h30, 16h, 17h30, 5,50/6 € Centre culturel de Ramonville, 05 61 73 00 48 dès 1 an

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Le spectacle de Lise Martin, Terres ! aborde avec simplicité et légèreté, autour d’une scène bac à sable, des questions très sérieuses et politiques : l’occupation des territoires, la propriété privée, la liberté. Kétal et Aride arrivent sur la terre prétendue promise à Kétal. Un immense terrain vide, qu’ils se partagent en traçant des lignes imaginaires. Mais voilà que deux autres personnages font leur apparition et réclament également leur part du gâteau... Un subtil jeu se met alors en place entre les personnages pour que le spectateur, qui mène intérieurement sa propre enquête, ne sache plus qui a raison ou qui a tort. Terres ! est le premier spectacle du cycle « L’ivresse du pouvoir » au TNT. Le 25.01, à 14h30, le 27.01 à 20h et le 28.01 à 16h, TNT, www.tnt-cite.com, 05 34 45 05 05, à partir de 9 ans

© Sylvain Guichard

Cinémathèque Junior + P’tit ABC = nouvelles formules ciné pour les enfants et une carte cinéphile junior. Les deux structures se la jouent collectif pour défendre le cinéma jeunesse et développer l’offre. Le P’tit ABC choisira désormais un thème par trimestre pour la programmation des deux lieux. Ce sera « Conte et décomptes » pour ouvrir le bal, avec entre autres, Les trois mousquetaires, Pierre et le loup, Les Trois mariages de Laurel et Hardy, 1.2.3…Léon !, 7.8.9…Boniface. À la Cinémathèque, un ciné-club junior pour les 7-11 ans est ouvert. À tester.

Le petit chaperon rouge

La Maison bleue, dans l’Ariège, met les mains dans la colle, pour son exposition évolutive Papel Art. Le 14.01, l’atelier collage animé par la peintre collagiste Chloé Bretzelle, est ouvert aux enfants à partir de 6 ans. Après avoir créé les personnages de leur univers, ils pourront repartir avec, en passant par la case goûter. Véronique Magny propose aussi un atelier de création de chapeau, toujours en papier, le 21 janvier. Cette plasticienne adepte de la recup’ enseignera l’art de la coiffe recyclée, aux petits comme aux grands.

[théâtre musical]

[cinéma]

Les 13 et 14.01 à 20h, le 15.01 à 15h, Odyssud, Blagnac, 05 61 71 75 15. Dès 8 ans

Le 13.01, 19h, Centre culturel de Ramonville, 05 61 73 00 48, 5,50/6 €. Le 20.01, 19h30, Théâtre Jules-Julien, 05 61 25 79 92, 5/7 €, dès 7 ans

Un enfant sans nom

Bienvenue dans la casse de Mister Tenaille, ferrailleur. Dans un décor fait de bric et de broc, des bruits mystérieux émergent d’un gros tas de métal, animant ainsi comédiens et marionnettes. Les spectateurs sont embarqués dans la quête d’identité d’un enfant qui n’a pas de nom. L’humour et la poésie accompagnent ce voyage dont le sujet n’est initialement pas très gai, les chansons aux paroles délirantes changent la donne. La cie Papaq revient donc avec ce spectacle théâtral et musical pour en mettre plein les oreilles et la vue à ceux qui n’ont encore jamais pris la sortie 23 de l’autoroute A 700 vers Montagne-les-fers. Le 25.01, à 14h30 à l’espace des Augustins de Montauban et le 27.01 à 20h, salle Jacques-Brel Castanet-Tolosan, 05 63 91 77 21, enfants 5 €, adultes 8 €, 05 62 71 70 44


culture CD

Histoire d’allonger la liste des batteurs qui manient boîtes à rythmes et sampleurs, voici le Néo-Zélandais Julien Dyne. Dans la droite ligne des productions mid-tempo abstract/hiphop instrumental qui inondent les bacs depuis plusieurs années, Glimpse, le second album du bonhomme, sort sur le célèbre label BBE (J Dilla, King Britt, Spinna). Ambiances neo soul, electronique groovy et hip-hop jazz, durant 19 titres où viennent s’inviter quelques belles voix (Lady 6, Mara tk...) histoire de caresser l’oreille et casser la monotonie. Certains emploieront l’expression vulgaire « lounge » pour qualifier cette musique, nous on préférera dire qu’elle est chaleureuse et velouté. Julien Dyne semble résolu à faire baigner l’auditeur dans un état futuro/cosmic apte au bien-être. Le but semble bel et bien atteint. \T. D. \ Glimpse / BBE records, 2011

Eccentric Soul Le génial travail de ré-édition, que fait depuis 2003 le label de Chicago Numero Group s’est enrichi d’une nouvelle référence : le numéro 39. Comme avec les autres compilations du genre, ce disque se concentre autour de la soul musique et du funk des années 60 et 70. Sur cette galette, on dévore une collection de groupes produits par le défunt label The Nickel & Penny. Comme Jerry Townes et son  « Three Sides To A Triangle » ou encore Little Ben & the Cheers avec « I’m Gonna Get Even with You ». Les 24 pistes racontent en filigranne l’incroyable histoire de Richard Pegue, producteur influent à Chicago et grand homme de radio. Il a participé activement au remarquable travail de documentation et de collecte de ces musiques qui auraient mérité d’être rééditées avant. Bref, Numero Group c’est aussi tout simplement la possibilité d’écouter chez soi des chansons, sur support vinyle, dont les copies originales se vendent sur Ebay au prix d’une bonne Citroën Picasso d’occasion. Pensez-y ! \ Thomas Delafosse \  Va – Eccentric Soul : The Nickel & Penny Labels / Numero Group Records

Roberto Alagna

© Alix Laveau

Julien Dyne

Le CD du mois

Roberto Alagna est à l’honneur chez ses deux maisons de disques, l’ancienne (EMI) et la nouvelle (DG). Côté cour, et il joue dans celle des grands en digne successeur de Pavarotti ou de Domingo, le ténor lyrique offre le florilège des héros qu’il a incarnés sur les plus grandes scènes d’opéras. Une compilation d’extraits allant de Roméo et Juliette à La Bohème pour retrouver cette voix lumineuse et irradiante, ce phrasé exemplaire. Entouré de partenaires fabuleux, Natalie Dessay, Angela Gheorghiu, Leontina Vaduva ou Thomas Hampson, les dix rôles de sa vie... C’est avec la même sincérité, que Roberto aborde l’Amérique Latine dans Pasión. Dans la droite ligne de ce qui a fait le succès de son Mariano ou de Sicilien, on retrouve sa générosité, le charme de sa voix aux couleurs chaudes, mais aussi cet indéniable plaisir de partager de vrais « tubes » comme Quizas, quizas, quizas ou la Historia de un amor, à deux voix avec la chanteuse mexicaine Lila Downs. Pour retrouver le sens véritable du mot populaire. \ Laurent Sorel \  Mes plus grands rôles à l’Opéra / 3 CD / EMI Classics Pasión / 1 CD / Deutsche Grammophon

Monumental dans l’écriture d’une épopée pianistique que Franz Liszt entreprend dès la fin des années 1830, au plus fort de ses amours avec Marie d’Agoult. Voyage, pérégrination, pèlerinage, c’est certainement cette histoire-là que sait si bien nous raconter Bertrand Chamayou. Car son jeu donne à ressentir : bucolique pour évoquer les paysages de la Suisse, irisé pour nous faire toucher du doigt les atmosphères impalpables de l’eau, souverain quand il s’attaque à l’Italie de Dante ou de Michel-Ange... Le public de « Piano aux Jacobins » ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Le pianiste toulousain a conquis sa place au niveau mondial (de Bolet à Arrau en passant par Berman ou Brendel), il relève ses défis avec sensibilité et grandeur, alliant une technique infaillible à une poésie incomparable. Voilà une intégrale qui rend un véritable hommage à Liszt pour son bicentenaire et qui fera date. Indispensable. \ L. S. \ Les Années de Pèlerinage de Franz Liszt, intégrale, Bertrand Chamayou, piano / 3 CD / Naïve, 24 e

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© Richard Dumas / Naïve

Bertrand Chamayou


culture Livres

C’est le plus beau des voleurs On n’a pas envie d’y résister. Profiter de l’hiver pour s’adonner au plaisir régressif de cette lecture de l’adolescence qui ne trouve pas si facilement son pareil. Qui plus est, ce livre de poche réunit les deux aventures les plus célèbres du gentleman cambrioleur, Le bouchon de cristal et L’aiguille creuse. On a presque peur au moment de le relire. Et s’il venait à décevoir ce voleur diablement séduisant, s’il n’était pas fait pour la vie d’adulte. On aurait tort, élisez un dimanche, trouvez un feu qui crépite, une boisson qui tient chaud, et, livre en main, tout comme Maurice Leblanc vous direz : « il n’est pas mon ombre, je suis son ombre. Je lui obéis. » \ Isabel Desesquelles \ Les aventures extraordinaires d’Arsène Lupin / Maurice Leblanc / Point Seuil / 9e90

Il y a Ora, l’héroïne de ce roman et il y a tout. Un pays, Israël, déchiré par une guerre sans fin. Une mère dont le fils soldat peut être à tout instant porté disparu. Une femme fuyant l’annonce, conjurant le sort de l’attente par une fugue : puisqu’elle n’est pas chez elle, personne ne pourra lui annoncer la mort de son fils à la guerre. Sans les mots pour le dire, son fils échappera au pire. Dès les premières pages, avec un long et singulier dialogue entre la toute jeune Ora et celui qui sera son amour de jeunesse, on est happé par le destin en marche, l’inéluctable accompli. De Jérusalem en Galilée, de 1967 à nos jours, David Grossman décrypte ce que la guerre détruit, mais aussi ce qu’elle ne peut atteindre, le sentiment qui unit des êtres, fait une famille, un avenir, l’espoir quand même. \ I. D. \ Une femme fuyant l’annonce / David Grossman / éditions Le Seuil / 22,50 e

Les textes d’Annie Ernaux composent, sans nul doute, les pages majeures qui feront la littérature de notre temps. Le temps, justement, ce qu’il laisse et ce qu’il emporte, hante l’écrivain. Grâce à ce volume réunissant sous le titre, Écrire la vie, une grande partie de ses livres, du premier Les armoires vides, au texte phare que sont Les années, on redécouvre la puissance de cette femme qui, se racontant, nous raconte l’existence dans ses détails les plus infimes, les plus essentiels. La lire, c’est retrouver de façon troublante tout ce qui nous occupe, nous heurte, nous construit. C’est revenir sur notre vie en entrant dans la sienne. Il n’est qu’à tourner les cent premières pages inédites d’Écrire la vie où l’auteur nous livre des extraits de son journal rédigé depuis plus de quarante ans. Généreuse et toujours soucieuse d’avancer sans masque, elle partage également des photos intimes. Sa beauté ne se dément jamais, avec cet air d’une Dominique Sanda, telle qu’on la découvre à vingt ans. Et plus loin, ce regard aujourd’hui, d’une femme unique qui en contient d’innombrables. Une deuxième publication, L’atelier noir, nous fait entrer dans sa réflexion d’écrivain qui pense les mots et la manière pour le dire. « Je suis couchée sur des épaisseurs de chagrins, qui ne se distinguent pas les uns des autres, à l’intérieur d’une bulle. Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi. J’ai voulu des choses. » \ I. D. \

© C. Hélie Gallimard

La guerre sans la paix

Une femme puissante

Le livre du mois

Écrire la vie / Annie Ernaux / éditions Quarto / 25 e Le cahier Noir / Annie Ernaux / éditions des Busclats / 15 e

Biographie graphique Des femmes qui font l’Histoire, celle avec un grand H, dessinées et racontées sous le prisme de leur enfance, c’est l’idée forte de cette nouvelle collection qui promet des biographies graphiques de Virginia Woolf, Diane Fossey ou Aliénor d’Aquitaine. On a retenu celle consacrée à Françoise Dolto. C’est étonnant comme le dessin nous la restitue, petite fille, se posant de drôles, et indéniablement, de bonnes questions : « Au ciel, c’est quoi, c’est où, c’est comment au ciel ? » Elle insiste, elle ne pense qu’à ça d’ailleurs. L’illustratrice lui a fait un visage de lune et on est troublé. On entre dans le livre et on rencontre cette enfant, qu’a été l’illustre pédiatre et psychanalyste. On est avec elle mais... avant. Avant qu’elle ne soit tout ce que l’on a vu, entendu, tout ce que l’on sait d’elle. Le dessin nous la livre, familière. Et cependant, il accroît le mystère, car c’est tout Françoise Dolto mais… autrement. \ I. D. \ Françoise Dolto L’heure juste / Marie-Pierre Farkas et Marianne Ratier / éditions Naïve / 23 e

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plan rapproché

Les avancées supposées ou réelles dans le domaine de l’égalité des sexes semblent parfois rendre les luttes féministes quelque peu has been. Caméra au poing, Télédebout déringardise le débat pour s’adresser aux jeunes. Rencontre avec ses deux fondatrices. Par Isabelle Bonnet-Desprez - Photo de Polo Garat / Odessa

Debout les filles ! R

endez-vous est pris quartier Saint-Cyprien. Cheveux courts et doudounes fluos, Barbara Wolman et Joséfine Ajdelbaum, les fondatrices de la WebTV féministe pédagogique TéléDebout, font le pied de grue. Toutes les deux ont 45 ans, toutes les deux sont féministes depuis toujours. Assises au Riv’Gauche et sirotant un jus de pomme et un double café crème, les deux amies n’aiment pas trop parler d’elles en particulier. Elles préfèrent évoquer la situation des femmes en général. Car pour ces militantes, leur engagement sonne comme une évidence. « On se demande plutôt pourquoi il y a des femmes qui ne sont pas féministes », retournent-elles. Joséfine Ajdelbaum, la présidente de l’association V.Ideaux qui chapeaute TéléDebout, tente tout de même une explication perso : « Ma mère m’interdisait de jouer au foot de peur que j’aie plus tard – l’horreur pour une femme ! – de gros mollets… C’est bête, mais j’ai toujours eu le sentiment de n’être pas une fille comme il fallait ». Barbara Wolman saisit la balle au bond. « Oui, c’est ça. Dans nos vidéos et reportages, on veut montrer qu’il n’y a pas qu’une seule façon d’être une fille. Il faut absolument sortir de ces rôles par trop stéréotypés. Allez, debout, les filles ! » lance la vidéaste, en guise de clin d’œil au film de la première féministe avec une caméra, Debout ! Une histoire du mouvement de libération des femmes de Carole Roussopoulos. Mise en ligne le 27 septembre 2010, la WebTV pédago multiplie les supports visuels destinés aux enseignants dans sa rubrique L’école des femmes. « Les directives ministérielles sont claires : il faut parler de l’égalité des sexes aux jeunes, avancent-elles. Or les enseignants sont souvent démunis… » On trouve en ligne des reportages sur des femmes très différentes qui agissent contre le sexisme. Ça s’appelle Caméra au poing et c’est leur façon à elles de faire passer le message. « Le sujet reste tabou, surtout chez les jeunes filles, poursuit Barbara. Internet permet d’aborder la question dans la sphère de l’intimité. Car même si en apparence cela a évolué, elles sentent bien que quelque chose ne va pas… Nous, on

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veut leur dire que ce sentiment d’injustice est loin d’être ridicule ». Dernière idée en date des filles de TéléDebout, pour militer de manière ludique et créative : le lancement du concours de vidéo jeunesse « Buzzons contre le sexisme », ouvert aux 10-22 ans. «  Vous avez envie de participer, seul-e, avec votre classe ou en équipe, au concours : les règles du jeu sont simples. Vous réalisez une vidéo drôle, sérieuse, révoltée ou déjantée, de 2 à 20 minutes, avec une caméra ou même votre téléphone portable. L’important, c’est d’avoir des idées, des choses à dire, à montrer et une grande envie que ça change... » Lancé en septembre dernier, le concours compte pas moins d’une centaine de participants et fait déjà le buzz. « C’est marrant, raconte Barbara, on est partenaires de L’Étudiant et de Julie, le magazine pour les filles de 8 à 12 ans. Et sur le site, on reçoit pas mal d’inscriptions de pitchounes ultra motivées. On adore ! » Côté jury, le casting du concours est pour le moins prestigieux. Dans le désordre, on y trouve la neurobiologiste Catherine Vidal, la journaliste reporter d’image Harriet Hirshorn, l’historienne Christine Bard, la réalisatrice Habiba Djahnine, la philosophe Geneviève Fraisse, la sociologue Virginie Houadec, etc. « Eh oui, sourientelles, c’est l’avantage d’être féministes depuis longtemps. Mais c’est aussi la preuve, s’il en fallait une de plus, qu’il y a encore beaucoup à faire… » Également formatrice jeunesse et sport, Joséfine boit une gorgée de café, puis enchaîne de son léger accent allemand, agacée : « Si peu de choses ont changé… Il y a peu, alors que je faisais une intervention dans une classe, un jeune garçon m’a dit : ‘‘Il y a des problèmes bien plus graves, madame. Comme la pauvreté.’’ ‘‘Oui, d’ailleurs, elle touche à 80 % les femmes’’, lui ai-je répondu. Comme si on n’avait pas le droit de nommer la gravité des violences faites aux femmes. Mais il n’y a rien de pire que de nier l’oppression, que de la rendre invisible ». Avec leur WebTV féministe pédagogique et leur concours vidéo jeunesse, les filles de TéléDebout tentent, à leur manière, de la faire sortir de l’ombre.

Le concours Pour participer à « Buzzons contre le sexisme », il suffit d’avoir entre 10 et 22 ans et d’envoyer sa vidéo de 2 à 20 minutes. Sur un mode documentaire ou fictionnel, on peut filmer de vraies personnes, mais aussi faire des séquences d’animations en utilisant des poupées, de la pâte à modeler… Une seule consigne : être inventif ! Calendrier Les films doivent être envoyés avant le 15.03 et l’annonce des gagnant(e)s aura lieu début avril 2012, avec remise des prix et projection des films primés. Les vidéos envoyées concourent dans deux catégories (autonome ou accompagnée) et dans trois tranches d’âges 10-14 ans, 15-18 ans, 19-22 ans. Les habitant(e)s de Toulouse participent – petit plus – au prix spécial Midi-Pyrénées. teledebout.org/concours


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Magazine Spirit 46 - janvier 2012 - Toulouse