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Editorial du Recteur « Demeurez dans mon amour » Cette parole du Christ, inscrite dans la nouvelle mosaïque de notre chapelle, résume bien le programme du Séminaire. L’amour de Dieu nous précède, c’est l’expérience de la gratuité de l’appel, que l’on ne peut expliquer. Plus on y répond, plus on en découvre la réalité, la beauté, avec ce que cela implique de dépassement. Il y a, certes, des moments d’inquiétude - puis-je m’engager dans une telle aventure ? – mais en réalisant que l’on est appelé par l’Amour et pour l’amour, on découvre la joie du don, tout devient alors possible. « Demeurez dans mon amour. », c’est choisir de demeurer dans l’amour de Dieu, de s’y installer. « Dans la vocation brillent ensemble l’amour gratuit de Dieu et l’exaltation la plus haute possible de la liberté humaine, celle de l’adhésion à l’appel de Dieu et de la confiance en lui. » (Jean-Paul II, PDV 36) Il nous faut donc répondre amour pour amour, ce qui suppose une conversion de tout son être ; le temps du séminaire est un temps de combat spirituel, où l’on découvre progressivement combien on est abimé par le péché, compromis avec lui, mais aussi combien la miséricorde divine est notre seule vraie richesse. « Demeurez dans mon amour », c’est demeurer dans l’amour fraternel, car c’est avec le même amour que l’on aime Dieu et son prochain. La vie communautaire au Sé-

minaire a une place centrale, elle est le premier lieu d’apprentissage de la charité pastorale. Vous trouverez dans les pages qui suivent des échos des moments les plus marquants de l’année, sachant que l’essentiel se joue dans la fidélité du quotidien, dont il est bien difficile de rendre compte ! Pour demeurer dans cet amour, il faut le connaître, l’approfondir, le contempler. Le dossier de ce bulletin porte sur la formation intellectuelle dans les universités romaines, il donne un aperçu des différents lieux où se forment les étudiants de notre maison et des enjeux de cette formation. « Demeurez dans mon amour », enfin, c’est partager cet amour, par les différentes activités pastorales, à Rome ou dans les diocèses. Nous sommes heureux de partager avec vous la manière dont nous essayons de demeurer dans l’amour de Dieu, pour mieux en rayonner. Beaucoup de grâces nous sont offertes ici, à Rome, mais les dons les meilleurs ne peuvent fructifier que si les cœurs sont ouverts et disponibles. En partageant notre action de grâce pour l’année écoulée et pour tous ceux qui collaborent à la belle mission du Séminaire, nous nous confions à votre prière pour que les dons de Dieu puissent effectivement porter des fruits de sainteté dans la vie de chacun, pour la gloire de Dieu et le salut du monde. P. Sylvain Bataille


VIE DE LA COMMUNAUTÉ

Chronique de l’année 2010-2011 La La rentrée rentrée

sion de rentrée, avant la reprise des cours dans les universités. Cette année, Mgr Robert LE GALL, archevêque de Toulouse et président de la Commission épiscopale pour la liturgie et la pastorale sacramentelle, est venu nous donner un enseignement sur le sens et la pratique de la liturgie. Après un beau parcours scripturaire qui nous a fait contempler Dieu comme premier initiateur et célébrant de l’alliance, notre intervenant a développé une théorie générale de la liturgie à partir de la Constitution Sacrosanctum Concilium, insistant en particulier sur l’objectivité de la liturgie, pour qu’elle soit véritablement opus Dei. Cette réflexion a été complétée grâce au SOH (Service d’optimisation des homélies) par une session pour les diacres et les prêtres sur l’approche pratique de l’homélie afin de permettre une meilleure communication de la Bonne Nouvelle.

Après les sessions d’italien pour les nouveaux, la traditionnelle retraite de rentrée réunit la communauté autour du Père Pierre de COINTET, supérieur du Séminaire de Notre-Dame-de-Vie, pour un enseignement d’une grande profondeur sur l’oraison à l’école carmélitaine. Les figures de sainte Thérèse de Jésus et de saint Jean de la Croix, sans oublier bien sûr le Père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus, reviendront souvent dans notre prière, au cours de l’année. La journée de rentrée communautaire a eu lieu, cette année, à Rome. Rassemblée à Saint-Laurent-hors-les-Murs pour célébrer la Messe, la communauté s’est recueillie dans la crypte où repose le Bienheureux Pie IX qui a beaucoup encouragé la fondation du Séminaire. Nous commencions l’année, forts de l’intercession de notre protecteur ! Une rentrée réussie, c’est aussi une ses-

Fête de l'Epiphanie avec le Se´minaire de Paris

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n’a pas toujours été aussi assurée, Pierre voulant parfois imposer à Jésus son propre mode de pensée et ce, jusqu’à la Croix. Mais entre Judas et Pierre, il y a la différence du repentir. Le regard de Jésus a changé sa vie, il l’a illuminée. Dans les temps difficiles, voici un beau témoignage d’espérance : c’est aussi quand il s’enfonce que Pierre représente l’Eglise, au cœur de la tempête, qui crie : « Jésus, sauve-moi ! ».

Fête patronale du 8 décembre Présidée par le cardinal Jean-Louis TAURAN, la solennité de l’Immaculée Conception

nous a permis, comme chaque année, de rassembler les amis français du Séminaire, prêtres et fidèles, pour célébrer notre fête patronale.

Session sur la théologie du Corps La session de janvier, avant la reprise des cours des universités romaines, est devenue traditionnelle. Cette année, du 4 au 7 janvier, M. Yves SEMEN est venu nous donner un enseignement sur la théologie du Corps de Jean-Paul II. A partir de ses textes, notre intervenant nous a invités avec force à réfléchir à la vérité de notre humanité, marquée par le péché et appelée à la sainteté, à notre tension vers la Résurrection, dans une relecture éclairée par le chapitre 5 de la lettre de saint Paul aux Romains du sens du mariage, prototype des sacrements de la nouvelle Alliance.

Entrée en Carême

Nombreuses visites Notre situation à Rome nous permet d’accueillir de nombreux visiteurs et d’avoir

Messe à St Pierre des Supérieurs de Séminaires de France avec le Cal A. Comastri et Mgr H. Giraud

C’est le Cardinal Albert VANHOYE qui nous a introduits dans le Carême en nous invitant à méditer sur les deux qualités fondamentales du sacerdoce du Christ : être digne de foi dans ses rapports avec Dieu et être miséricordieux dans ses rapports avec les pécheurs. Quelques jours plus tard, le cardinal Angelo COMASTRI, archiprêtre de la Basilique Saint-Pierre, nous a proposé une belle méditation sur la figure de l’apôtre Pierre : L’histoire de Pierre a commencé par un appel, mais si cet appel est sûr, sa réponse

des conférences variées : un professeur de St Anselme sur le chant dans la liturgie, le P. François-Xavier DUMORTIER sj, recteur de la Grégorienne, sur le sens du travail intellectuel, Mr Joseph FADELLE a témoigné de sa conversion de l’Islam au Christianisme, le Cardinal Roland MONSENGWO, archevêque de Kinshasa, a évoqué la mission en Afrique et Mgr Tony ANATRELLA a présenté la théorie du « gender ». Une autre chance est de recevoir de

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VIE DE LA COMMUNAUTÉ

Jean-Paul II Bienheureux

nombreuses visites : nos familles et nos amis proches, bien sûr, nos paroisses en pèlerinage, parfois, et aussi les autres séminaires venant de France : ainsi avons-nous reçu l’année passée le Séminaire de Paris pour l’Epiphanie, puis les Séminaires de Bayonne, de Nantes et de Toulouse, le Séminaire de la Communauté Saint-Martin, ainsi que de nombreux groupes de prêtres. Notons enfin que la traditionnelle réunion des Supérieurs des séminaires de France qui se déroule habituellement à Paris le dernier week-end de janvier a eu lieu exceptionnellement cette année à Rome.

Ambiance des grands jours à Rome, ce 1er mai 2011 : des catholiques du monde entier sont venus pour célébrer autour du Pape Benoît XVI la béatification de son prédécesseur. “Santo Subito !” avaient acclamé

Clericus Cup Revigorée par le pèlerinage communautaire à Pompéi et à Naples dont un article fera la recension plus bas, notre communauté a dû affronter le reste du monde au cours de la traditionnelle Clericus Cup de foot-ball. Le Onze français n’a pas démérité. Il faut dire que cette année – c’est une nouveauté – il était soutenu par les moins sportifs, réunis dans un club de tifosi qui lui non plus n’a pas démérité ! Résultat : une belle victoire, et surtout une unité renforcée de notre communauté, vécue dans l’adversité et dans la joie !

Béatification de Jean-Paul II

les participants à ses funérailles, le 8 avril 2005. Et voici que six ans après, leur prière a été exaucée : “Nous déclarons que le Vénérable Jean-Paul II, pape, pourra être appelé Bienheureux”. Comme pour les journées sacerdotales l’an dernier, notre maison était pleine à craquer, accueillant évêques, prêtres et séminaristes de France venus nombreux participer à cet événement si attendu qui avait un goût de grand jubilé ou de JMJ.

Session de DDFM La béatification à peine achevée, nous avons reçu les délégués diocésains à la formation au ministère de nos diocèses pour une session de deux jours de travail avec le conseil des Pères, mais aussi pour rencontrer la com-

L’équipe du Séminaire et ses fidèles supporters

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l’ouverture des portes de la chapelle sur la Via Santa Chiara et l’envoi des séminaristes à la rencontre des passants pour les inviter, qui à une simple visite, qui à un temps de prière plus long, a été très belle. Et la Messe, présidée par Mgr Jean LAFFITTE, secrétaire du Conseil Pontifical pour la famille, a résonné comme le point d’orgue de cette année bien remplie, dans l’action de grâce pour les bienfaits reçus de Dieu par chacun et par la communauté tout entière. Et le traditionnel match de football opposant les ordonnés aux « désordonnés » a eu lieu l’après-midi, dans un climat annonçant déjà les vacances.

munauté. Cela a été l’occasion de contacts avec la Congrégation pour l’Education catholique et plusieurs universités romaines. Pour nous, c’est toujours une joie de nous savoir accompagnés dans notre formation par les diocèses qui nous ont envoyés à Rome.

Solennité de la Pentecôte Très tardive cette année, au point qu’elle a même été précédée par la soirée de départ pour fêter ceux qui quittaient la communauté, la Solennité de la Pentecôte a véritablement marqué la fin de l’année du Séminaire, puisque certains avaient déjà terminé leurs examens et rentraient en France le lendemain même. La veillée de prière, marquée comme chaque année par

Sébastien THOMAS, prêtre de Pontoise Licence en théologie biblique

Pentecôte 2011

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VIE DE LA COMMUNAUTÉ

Pèlerinage à Naples et à Pompéi Le vendredi est nettement marqué par l’aspect pèlerinage, avec une halte au monastère du Monte Cassino. Le Père abbé luimême nous reçoit et nous visitons le site magnifique. Puis, égrenant chapelets, nous finissons par arriver à Pompéi. Cette ville, si

Comme chaque année, le Séminaire français a associé vie fraternelle, culture et spiritualité lors de son pèlerinage de printemps. Du 1er au 3 avril dernier, nous sommes partis à Naples et Pompéi C’était au milieu d’un long trimestre. Tous les étudiants étaient épuisés ! Une judicieuse programmation avait justement placé, en ce début avril, la sortie communautaire. C’est donc un vendredi vers midi qu’un air de vacances emplit le séminaire. Une cinquantaine de jeunes hommes et les six vénérables pères qui les encadrent prennent sacs et lunettes de soleil : le bruit court qu’à Naples, il fait toujours beau ; Trois dimensions sont mises en valeur : pèlerinage, culture et communauté.

Dans les rues de Naples

connue pour son site archéologique, est aussi un immense centre marial : près de 3 millions de pèlerins viennent chaque année se confier à Notre Dame du Rosaire en sa Basilique. La suite est plus culturelle : Le samedi, après la messe au Sanctuaire, nous posons sereinement le pied 1960 ans en arrière ! En entrant dans le site archéologique, nous ne savions pas quel voyage nous allions faire, aidés des

La baie de Naples

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commentaires éclairés du P. Joël Mercier et de Thomas Weber. C’est seulement après plus de trois heures passées dans les couloirs du temps que nous en sortons enfin. Carpe diem, car comment savoir de quoi demain sera fait ? Nous ne savons ni le jour ni l’heure, tout comme les habitants de Pompéi et d’Herculanum. L’après-midi, nous partons sur les cimes qui dominent la côte SorrenLa communaute´ devant la Vierge de Pompe´i tine pour une bonne balade. La vue (entre autre manche de Laetare et les mémoires, nous sur Capri) est incroyable, « la grandeur et la voici à Naples : après une longue station à beauté des créatures font connaître par la cathédrale, nous célébrons la messe chez analogie Celui qui en est le Créateur ». les oratoriens. Après une bonne nuit et un petit déjeuPuis le séminaire envahit Naples. ner pantagruélique qui a marqué ce diChaque groupe visite quelques sites majeurs du centre-ville, et découvre la cuisine napolitaine dans une atmosphère très footballistique. L’après-midi nous voici sur la hauteur, visitant la Chartreuse locale : une merveille d’architecture baroque, sans moine, qui nous fait méditer sur la vanité des biens de ce monde. L’immense collection de crèches (napolitaines évidemment) nous ébahit. Après la traditionnelle photo de groupe, nous prenons le chemin du retour, fatigués mais heureux de cette sortie, qui a atteint ses trois objectifs… Gaël de Breuvand , Lyon 2ème année de théologie

Dans les ruines de Pompéi

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VIE DE LA COMMUNAUTÉ

Un carnet de chants pour le Séminaire dans la tête de l’un ou l’autre, mais le courage de lancer un tel chantier, et la ténacité de le mener au terme faisaient défaut. C’est finalement en octobre 2009 que le projet fut mis sur les rails. Une équipe, composée du Recteur, du Père responsable du chant, du maître de chœur, du responsable des organistes et du responsable des chantres fut chargée de la sélection des chants. Le répertoire du Séminaire fut passé à la loupe. Seuls les chants intéressants du point du vue du texte et de la musique, et répondant aux besoins de la communauté furent gardés. Il fut également proposé aux membres de la communauté de faire des propositions de chants à l’équipe. Les mêmes critères de sélection furent appliqués, et c’est ainsi que notre répertoire s’est considérablement enrichi au cours de l’élaboration du carnet. Une fois fixé le répertoire, les chants furent répartis en fonction de leur meilleure utilisation possible au cours de l’année liturgique : le travail des équipes de préparation liturgique s’en trouve ainsi considérablement facilité. Après quoi, ce fut le long et patient travail de mise en page et de relecture, pour lequel l’équipe a pu compter sur l’aide précieuse de nombreux membres de la communauté et du personnel. Merci au Seigneur qui nous a donné la patience nécessaire pour tenir ces deux années de travail pour sa gloire !

La Pentecôte 2011 a été l’occasion d’inaugurer le carnet de chants du Séminaire sur lequel on travaillait depuis plus d’un an. L’ancien maître de chœur, un des principaux ouvriers de ce carnet, nous le présente : En juin 2011, le Séminaire français s’est doté d’un nouvel instrument pour mieux vivre les différents temps de prière qui rythment sa journée : un carnet regroupant cinq cent soixante-huit chants, ordinaires de messe, refrains, acclamations, et autres antiennes... À ce carnet pour l’assemblée qui propose les chants par ordre alphabétique, répondent deux livrets de partitions, destinés aux organistes et aux chantres, mais aussi à la préparation de la liturgie. Ces livrets présentent les mêmes chants, mais cette fois selon une répartition thématique : le tome I est consacré à la Messe et à l’Office, et le tome II aux temps liturgiques et aux fêtes. Depuis plusieurs années, il était évident aux yeux de tous que les outils à la disposition de la communauté pour la préparation et l’animation de la liturgie étaient insuffisants : plusieurs centaines de feuilles mobiles, glanées au fil des années, d’inégale qualité d’ailleurs, les Chants notés de l’Assemblée, le Liber Cantualis de Solesmes pour les pièces grégoriennes étaient à la disposition des séminaristes qui essayaient d’en faire leur miel pour la gloire du Bon Dieu. L’idée d’un carnet avait sans doute germé

Jean-François Mertz, prêtre de Metz Licence en théologie patristique

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Ordinations Gaudemus! Diacres BOTTIN Vincent, le 25 juin 2011 pour le diocèse de Nice de BRONAC Louis, le 17 septembre 2011 pour le diocèse de Vannes GATINOIS Laurent, le 18 décembre 2011 pour les Mission étrangères de Paris GIRAUD Xavier, le 11 septembre 2011 pour le diocèse de Versailles MALJEAN Jérôme, le 26 juin 2011 pour le diocèse aux Armées PILI Mario, le 3 septembre 2011 pour le diocèse de Cagliari (Sardaigne) PINET Martin, le 18 juin 2011 pour le diocèse de Beauvais PORTARULO Luigi, le 24 juin 2011 pour le diocèse de Côme (Italie) ROBERGE Emmanuel, le 18 juin 2011 pour le diocèse de Nanterre

Prêtres de BOUDEMANGE Alain, le 26 juin 2011 pour le diocèse de Versailles BÜHLMANN Daniel, le 19 novembre 2011 pour le diocèse de Coire ETEMAD-ZADEH Damien, le 26 juin 2011 pour le diocèse d’Aix-en-Provence GEORGE Edouard, le 26 juin 2011 pour le diocèse de Pontoise GUERIN Geoffroy, le 26 juin 2011 pour le diocèse de Belley-Ars LEROUX Grégoire, le 26 juin 2011 pour le diocèse de Versailles MELIS Alessandro, le 8 septembre 2011 pour le diocèse de Cagliari MERTZ Jean-François, le 26 juin 2011 pour le diocèse de Metz PECH Justin, le 19 juin 2011 pour l’abbaye d’Heiligenkreuz (Autriche) PRUDHOMME Laurent, le 26 juin 2011 pour le diocèse de Blois ROSIER Christophe, le 26 juin 2011 pour le diocèse de Grenoble

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VIE DE LA COMMUNAUTÉ

La restructuration de la cuisine et des réfectoires et nous avons pu bénir et réintégrer le grand réfectoire restauré. Les cuisines avaient besoin d’être mises aux normes actuelles et dotées d’un nouvel équipement. Ce travail de restructuration a été réalisé en collaboration avec la société de restauration qui assure depuis le mois de mai la cuisine dans la maison, il s’agit de la « Bibos », bien connue des séminaristes et des pères pour son aptitude à surprendre et réjouir nos papilles gustatives. Il fallait cependant leur donner un matériel plus moderne et plus adapté pour qu’ils puissent déployer tout leur art. A leur demande, nous avons concentré la cuisine sur un espace plus restreint pour que ce soit plus fonctionnel. Nous avons ainsi dégagé de la place (la zone de la vaisselle et la zone des frigos) pour réaliser deux nouvelles salles à manger qui donnent directement sur le cortile

Les deux lieux principaux, pour la vie communautaire au Séminaire, sont la chapelle et le réfectoire. Le premier est plutôt centré sur l’amour de Dieu et le second sur l’amour du prochain, mais tout cela ne fait qu’un ! A l’occasion des 150 ans du Séminaire, en 2003-2004, la Chapelle a été totalement restaurée, et nous apprécions beaucoup ce lieu qui porte à la prière. Il restait donc à s’occuper des réfectoires et des cuisines, ce qui a été réalisé cet été. Le 21 juin, alors qu’il ne restait plus que quelques séminaristes dans la maison, les maçons sont arrivés et, après quelques jours redoutables où les marteaux piqueurs se sont déchainés, on a commencé à restructurer, selon les nouveaux plans. Le dimanche 4 septembre, jour de la rentrée des nouveaux pour la session d’italien, la nouvelle cuisine a été mise en service, ouf ! Pour le réfectoire, il faut avouer que le timing n’a pas été aussi parfait, mais nous avons pu utiliser le petit réfectoire réalisé l’an dernier, ou même manger dans le cortile. Le 29 octobre, l’essentiel du travail était fait

Cuisine avant les travaux

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vestiaires du personnel), ce qui nous a été bien utile pour continuer à manger pendant l’été ! Dans le grand réfectoire, les travaux étaient plus limités car on n’a bien évidement pas touché aux murs ni à la voute qui remontent en partie au temps des thermes d’Agrippa (- 22 avant Jésus-Christ). Il a fallu refaire le chauffage qui était percé en plusieurs endroits, on est Espace cuisson restructuré avec le nouvel équipement passé au chauffage au (« Sainte Marie Majeure » et « Saint Jean de sol. Pour donner plus de chaleur et cacher Latran »). Pour les identifier, nous avons en les espaces laissés vides par les radiateurs, effet repris le nom des basiliques majeures, une boiserie court le long des murs et, pour ce qui donne aussi le thème de la décoral’acoustique et la lumière, une toile a été tion ! La petite salle à manger qui se trouve tendue sur les murs et la voûte. Son efficaderrière la cuisine dite « la salle à manger cité est redoutable, on peut maintenant suides sœurs » et maintenant « Saint Laurent » vre les conversations sans difficulté, il n’y a a aussi été revue. plus de résonnance. Les premiers jours, le Avec le grand réfectoire, et le plus petit Père Ravel aimait répéter : « Je ne suis plus réalisé l’an dernier (« Saint Paul-hors-lesmurs »), nous disposons maintenant de cinq espaces de tailles variées pour les repas du Séminaire ou des hôtes, bien regroupés autour de la cuisine, ce qui est beaucoup plus fonctionnel, sans compter les salles dites « Mgr Fréchard » qui demeurent au dessus des garages et disposent maintenant d’une petite cuisine indépenEspace pour la préparation dante (dans les anciens

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VIE DE LA COMMUNAUTÉ croix, la représentation du repas de Jésus Ressuscité avec Pierre, ce repas où il lui confie son Eglise « Pierre, fils de Jean, m’aimes-tu ? - Sois le pasteur de mon troupeau ». Au-dessus de la porte qui donne sur le cortile on trouvera le banquet éternel auquel nous aspirons et dont nos repas nous donnent un avant-goût ! Sur les côtés, une frise présentera la trentaine de saints et saintes français qui sont au calendrier liturgique, regroupés par époque et ou par Petit réfectoire St Paul-hors-les-Murs

La zone lavage est devenue la salle à manger Ste Marie Majeure

sourd, j’entends tout maintenant ! ». Un autre signe qui ne trompe pas, les repas durent plus longtemps. Le travail n’est cependant pas fini, on peut remarquer des panneaux de bois peints en blanc sur les murs, ils attendent de recevoir, prochainement nous l’espérons, des mosaïques du Père Rupnik, ce qui fera une continuité entre nos deux grands lieux communautaires, la chapelle et le réfectoire. Il est prévu sur le mur du fond, là où se trouve la Salle à manger St Jean-de-Latran

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Grand réfectoire

thème, une belle invitation à rendre grâce pour tous ceux qui nous précèdent dans la mission et à poursuivre le chemin sur leurs traces, chacun selon sa grâce ! Il est bien difficile de décrire des tra-

vaux, les quelques photos aident à se faire une idée, même si la décoration n’est pas finie, et le mieux est de venir nous visiter ! P. Sylvain Bataille

Un petit parloir a été réalisé à l’entrée dans l’ancienne salle du courrier, pour faciliter l’accueil des visiteurs.

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VIE DE LA COMMUNAUTÉ

Rentrée des nouveaux 2011 séminaristes italiens, ce qui permet aux français à moitié italianisés d’achever au mieux l’autre moitié de cet ouvrage dantesque. Le temps de rentrée n’est pas seulement le temps d’apprentissage des langues mais aussi de découverte progressive du Séminaire et de la ville de Rome. Cette année, nous avons commencé fort en proposant le pèlerinage des 7 basiliques dès le 1er dimanche de rentrée. Ensuite, et puisque l’homme ne vit pas seulement de cours d’italien, la rentrée se

Renouvelée d’un tiers de ses membres environ, la communauté prend chaque année un nouveau visage. La rentrée 2011 n’a pas manqué de découvertes et de surprises Lorsque l’on est séminariste, diacre ou prêtre, et que l’on est envoyé à Rome pour poursuivre ses études, les émotions et les questions les plus diverses peuvent légitimement s’entrechoquer un peu : « J’arrive dans un nouveau séminaire avec un fonctionnement certainement différent. J’arrive aussi dans une nouvelle université, avec des exigences différentes ». Avant que ce nouvel enfantement ait lieu, la question qui pourrait affleurer sur les lèvres rappellerait certainement celle de l’humble Vierge de Nazareth : « Comment cela va-t-il se faire ? » Une chose est certaine : Cela se fait ! Et cela se fait bien, car le Séminaire français est rompu à cet exercice délicat depuis bien longtemps. Tout d’abord, la première barrière à franchir est celle de la langue. C’est la raison pour laquelle tous les nouveaux passent par la traditionnelle session d’apprentissage de l’italien : Trois semaines intensives sont requises pour espérer converser sans peine avec les professeurs des institutions romaines et accessoirement avec l’humble commerçant du coin, chargé de la tout aussi lourde mission de revigorer les étudiants avec un bon café serré. Certes, au bout de trois semaines de cours, tout n’est pas encore parfait, mais les progrès réalisés en un laps de temps aussi bref sont suffisants pour entrer de plain-pied dans la mission d’étude confiée à chacun. Et puis la maison a l’avantage de compter quelques

La Messe « ad caput » a ouvert le pèlerinage des 7 basiliques

poursuit par une retraite spirituelle d’une petite semaine. Les nouveaux, comme les anciens, ont eu la joie de découvrir ou de redécouvrir Assise, avec le père Jean-Miguel Garrigues à la baguette, endossant le rôle de chef d’orchestre de cette retraite centrée sur les dons du Saint Esprit. Le retour à Rome s’est fait avec un brin de nostalgie, avec cette impression tenace que la ville d’Assise et son prédicateur de quelques jours nous ont donné des clefs très utiles pour la suite de notre formation. Il faut certainement y déceler comme une invitation à revenir régulièrement puiser à

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cette source profonde au cours de l’année. Mais cette nostalgie a rapidement été engloutie par l’urgence d’une nouvelle nécessité : Organiser la soirée festive de la rentrée. En effet, comme chaque année avant la reprise des cours, le séminaire organise une soirée de rentrée dont la fonction principale, outre celle de nous détendre, est de permettre aux nouveaux venus d’exprimer tous leurs talents, déclinés principalement en chansons, musiques et autres sketchs. Le fil conducteur de cette soirée festive était en l’occurrence la retransmission d’un journal télévisé, ponctué de reportages fictifs, au cours desquels les nouveaux venus ont largement tenu la dragée haute aux plus anciens, et nous ont très agréablement étonnés par leur capacité à inventer des scenarii très aboutis à une vitesse record et par leur sens de l’observation particulièrement aiguisé ! Ils étaient donc secondés par les anciens de la maison qui s’en sont également donné à cœur joie pour permettre à tous de passer une soirée joyeuse et riche

Soire´e festive de rentre´e

en promesses pour l’année à venir. Le séminaire est donc très heureux d’accueillir cette année une quinzaine de nouveaux venus, provenant de France, d’Italie (Diocèses de Cagliari et d’Oristano) ou encore du Congo : Ce sont principalement des séminaristes, auxquels il faut ajouter deux prêtres et trois diacres. Ce mélange de culture est évidemment toujours très enrichissant pour tous ceux qui vivent dans cette maison. Et l’arrivée de nouveaux membres dans une communauté invitent les plus anciens à rester en éveil et à ne pas s’installer dans la routine de l’habituel, pour donner toujours le meilleur d’eux-mêmes. Nous souhaitons à tous les nouveaux venus une « bonne arrivée », comme on peut l’entendre en Afrique noire, beaucoup de joie dans ce nouvel univers, et une bonne formation, afin que le Seigneur achève de façonner en eux un vrai cœur de pasteur. Damien ETEMAD-ZADEH, prêtre d’Aix Licence à l’Institut Biblique

Dieu soit béni pour les talents musicaux !

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VIE DE LA COMMUNAUTÉ

Une retraite à Assise sur les dons de l’Esprit Saint Une bonne rentrée, c’est aussi une retraite communautaire qui nous met sur de bons rails. Cette opération délicate a été confiée cette année au P. Jean-Miguel Garrigues, op. Notre rentrée a cette année été illuminée par les figures de saint François et de sainte Claire, et par les couleurs de l’Ombrie. Du 26 septembre au 2 octobre, la communauté du séminaire s’est en effet transportée à Assise pour sa semaine de retraite. La cité n’étant pas encore bouleversée par les préparatifs de la Journée de prière pour la paix, nous avons pu y découvrir ou y revisiter la multitude des lieux marqués de la présence du Poverello. C’est sur le chemin descendant d’Assise à la Portioncule que nous avons été accueillis, au Séminaire pontifical régional

d’Ombrie, encore inoccupé en cette fin d’été. Un bâtiment tout juste restauré, spacieux à souhait, propice à la méditation théologique que nous a proposée le frère Jean-Miguel Garrigues, op. « Sur lui reposera l’Esprit du Seigneur, esprit de sagesse et d’intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur. » (Is 11, 2) : qu’est-ce que ces 7 dons viennent transformer chez le baptisé ? Le Père Garrigues nous a fait entrer dans la prière en les rapprochant tour à tour des vertus, des passions de l’âme et des Béatitudes, sans hésiter aussi à évoquer au passage des questions théologiques d’actualité. Nous n’aurions pu quitter Assise sans rencontrer la communauté des clarisses françaises du Monastère Sainte-Colette, où certains d’entre nous logeaient. Une messe et un échange ont ravivé notre communion de prière.

Chez les Clarisses à Assise

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Enfin, laissant le silence en ces lieux saints, nous avons regagné Rome en nous arrêtant dans deux villes épiscopales d’Ombrie. Todi, tout d’abord, où nous avons animé la Messe à la Cathédrale après une visite des fresques du Palais Episcopal, et où l’église San Fortunato abrite les reliques de saint Calixte et saint Cassien. Puis une ascension épique de la colline d’Orvieto, où, n’ayant guère le temps de contempler les innombrables fresques et bas-reliefs de la façade du Duomo, nous avons chanté les vêpres dans la chapelle du Corporal, qui conserve la mémoire du miracle eucharistique de 1263 à Bolsène. Très belle semaine, qui augure d’une belle année à venir !

La basilique St Franc ¸ois

Jean Colin, Luçon 2e année de théologie

Ico ̂ne du Bon Pasteur

Visite de Todi

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VIE DE LA COMMUNAUTÉ

Affronter des questions pastorales délicates rents qui désirent une sépulture chrétienne pour leur bébé avorté car il était porteur d’un handicap ? Un mari est-il tenu d’avouer une aventure extraconjugale à sa femme ? Les interventions des uns et des autres avaient pour but de dégager quelques critères de discernement et de trouver quels pourraient être les conseils à apporter à la personne concernée. Il ne suffit pas d’être convaincu qu’il y a toujours un bien à faire, même dans les situations les plus inextricables, pour que ce bien soit facile à trouver et à accomplir. Ainsi, le but de la session était de développer en nous un cœur de prêtre, à l’image du Bon Pasteur qui prend soin de ses brebis. L’attention à la personne, l’écoute, savoir faire silence mais aussi oser une parole au bon moment, le tout porté dans la prière, sont les attitudes fondamentales à développer. Même s’il est long et difficile, il faut montrer qu’un chemin est toujours possible et que l’Esprit Saint en est le guide. Être chrétien est exigeant mais non impossible. Puisse cette session avoir contribué à améliorer notre mise en pratique des principes moraux étudiés en théologie afin que toute rencontre entre une personne en détresse et un prêtre débouche sur un chemin d’espérance, permette la guérison des cœurs et le retour à Dieu.

L’arrivée tardive des cours, mi-octobre, permet à la communauté de recevoir des sessions plus spécifiquement pastorales. Cette année nous avons planché sur la morale sexuelle et familiale. Comme chaque année, la communauté du Séminaire a suivi une session avant la reprise des cours dans les Universités pontificales. L’originalité de la session 2011 ne se situe pas tant par son thème, la théologie morale familiale et sexuelle, que par son approche résolument pastorale. Même si quelques rappels de morale fondamentale n’ont sans doute pas été superflus pour aborder au mieux la session, il ne s’agissait pas en soi d’un énième cours de morale. Tout séminariste était invité à chaque séance à proposer par écrit un cas pastoral concret concernant la morale familiale et sexuelle. Certains de ces cas étaient ensuite choisis par les intervenants, le Père Alain Mattheeuws, sj, le P. Olivier Bonnewijn (diocèse de Malines-Bruxelles) et Sœur Claire de Bénazé (St François-Xavier.). Selon une méthode expérimentée à l’IET, ces cas étaient exposés à l’ensemble des participants et soumis au débat. Que répondre à quelqu’un qui vient se confier sur des difficultés conjugales ? A une personne qui souffre d’une addiction à l’alcool, à la prostitution ou encore à la pornographie ? Quelle attitude adopter face à un “couple” homosexuel désirant faire baptiser son enfant conçu par insémination ? Comment accueillir des pa-

Marc Isnard, Le Mans 2ème année de théologie

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Le Saint Curé d’Ars dans la basilique Saint Pierre Dans l’audience du 30 novembre, à laquelle participait une partie de la communauté du Séminaire, le Saint Père a béni ce tableau offert par Mgr Guy-Marie Bagnard, évêque de Belley-Ars, en mémoire et en action de grâce pour l’année sacerdotale 2009-2010. Nous sommes allés ensuite l’accrocher dans la sacristie où il vous attend !

L’année sacerdotale s’était ouverte par des vêpres dans la Basilique Saint Pierre où le pape avait vénéré la relique du cœur du Saint Curé, puis elle était repartie à Ars ! Voilà maintenant Saint Jean-Marie Vianney installé définitivement dans la basilique du Vatican mais, toujours modeste, il est dans la sacristie, pour que les évêques et les prêtres puissent se préparer à célébrer l’Eucharistie sous le regard chaleureux de celui qui a vécu si intensément ce mystère et ce ministère. Il s’agit d’une copie, réalisée selon les règles de l’art, d’un tableau peint par l’artiste anglais Arthur Shelley en 1876, à partir des photos prises du Saint Curé sur son lit de mort (car il n’a jamais accepté de poser de son vivant !). Cette œuvre est considérée comme le portrait le plus authentique que nous ayons de lui.

Le Saint Curé dans la sacristie de St Pierre

Le Saint Père bénit le tableau

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VIE DE LA COMMUNAUTÉ

Un « Pantocrator » vient couronner les mosaïques de la chapelle A la fin du mois de novembre, le Père Rupnik est venu « achever » son œuvre dans la chapelle, en attendant de s’attaquer à notre nouveau réfectoire : il a ajouté une mosaïque du Christ en gloire. C’est l’occasion de mieux comprendre ce programme iconographique qui oriente et soutien notre prière. Le Christ Pantocrator se trouve sous le vitrail qui représente l’Esprit Saint : Jésus est celui qui est conduit par l’Esprit, par l’amour du Père, comme le montre si clairement l’Evangile selon saint Luc. Il est aussi celui qui donne l’Esprit, ce que souligne l’Evangile selon saint Jean. Les dons de l’Esprit semblent comme traverser le Christ, pour descendre sur les apôtres, dans la scène de la Pentecôte, avec cette invitation « Demeurez dans mon Amour », dans mon Esprit. Marie, en dessous et au centre, prie avec les disciples qui se préparent à recevoir l’Esprit pour la mission, ce qui est à proprement parler le temps du Séminaire. De part et d’autre de l’Immaculée, Pierre et Paul montrent le Christ et le regardent, nous invitant à garder les yeux fixés sur lui, pour ne pas être seulement des serviteurs, mais ses amis. Sur le côté gauche se trouve la mosaïque qui représente l’instant qui suit l’Annonciation, lorsque « L’ange la quitta » ; on ne voit plus que le bout de ses ailes ! Marie accueille la Parole (sous la forme du rouleau), le Verbe, avec une grande intériorité. C’est le temps du séminaire, moment où la

vocation est reçue, accueillie, intériorisée, elle se déploie dans le cœur de chacun : « Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta Parole ». Sur le côté droit, une mosaïque du Christ-prêtre (étole), il est en croix et de son côté jaillissent l’eau et le sang, les sacrements de la Nouvelle Alliance. Ce Christ est déjà glorieux, et Marie à ses côtés représente l’Eglise qui accueille ce salut. Au centre, le tabernacle semble récapituler l’ensemble, le Christ est là présent au milieu des disciples en prière, il est offert et il invite à s’offrir avec lui, pour le salut du monde : « C’est aujourd’hui que s’accomplit cette Parole » (Luc 4, 21). Laissons au Père Rupnik le soin de décrire la mosaïque du Christ Pantocrator qu’il vient de réaliser avec son équipe : « Ce Christ est en gloire, c’est le Pantocrator, le « Seigneur tout-puissant », celui

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qui maintient tout dans la vie, qui est la source et le terme de la vie. Le fond de la couleur devait être d’or parce que c’est la lumière et la gloire. La couleur d’or est la couleur de la sainteté de Dieu, elle n’a pas besoin d’être illuminée. Les Pères disaient que pour illuminer l’or une toute petite lumière suffit, ainsi si un pécheur élève vers Dieu une seule petite invocation pour demander sa miséricorde, toute la sainteté de Dieu s’ouvre devant lui. Le vêtement du Christ est classique. Selon les normes antiques, le rouge désigne la divinité et le bleu l’humanité. C’est pourquoi on voit que la tunique est or et rouge parce qu’il est Dieu et que le manteau est or et bleu parce qu’il a assumé l’humanité, c’est le mystère de l’incarnation du Verbe. Le geste de bénédiction vient de l’antique tradition chrétienne. A l’origine, c’est le geste qu’utilisaient les maîtres en philosophie pour indiquer qu’ils vont parler. Quand ils entraient, ils levaient la main droite, fermant quelques doigts : désormais le maître parle et que tous doivent écouter. Les chrétiens ont repris ce geste parce que le Verbe fait homme est l’unique qui peut parler. Ils ont combiné dans sa main droite les deux dogmes principaux : les trois per-

sonnes de la Trinité et les deux natures du Christ. Ainsi il nous bénit du ciel de toutes sortes de bénédictions spirituelles. C’est le Seigneur qui donne la vie. Une mosaïque est vivante, ce n’est pas l’opacité de l’Esprit mais sa manifestation dynamique. Le Saint Esprit est descendu parce que Jésus est monté au ciel. Il a promis l’Esprit et il l’envoie du Père. L’Esprit, représenté dans le vitrail, est au-dessus du Fils, c’est l’Esprit du Fils qui est donné. Si on ne voit pas le Saint Esprit dans le Christ, on ne le voit que comme un homme. Sans le Saint Esprit nul ne peut dire que Jésus est Seigneur. Aujourd’hui on voit Jésus très humain, tant d’images le montrent martyrisé, souffrant… mais on n’a pas beaucoup d’images du Christ comme vrai homme et vrai Dieu, roi de l’univers, logos engendré éternellement du Père, illuminateur des siècles, point d’arrivée de tout l’univers. » P. Sylvain Bataille

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DOSSIER FORMATION UNIVERSITAIRE

Dossier : Formation intellectuelle dans les universités romaines Avant-propos du Préfet des études A Rome, « vous êtes là aussi pour recevoir une solide formation doctrinale », exhorta le bienheureux pape Jean-Paul II à l’occasion de sa visite au Séminaire le 11 janvier 1981 qui reste gravée dans la mémoire de nombreux anciens. « Parfois, poursuivait le Saint-Père, vous ne voyez pas toujours le lien direct entre ces études et le ministère qui vous sera demandé […],

ment extérieur et secondaire du développement humain, chrétien et spirituel de sa vocation » (Pastores dabo vobis, n. 51). Les quatre piliers de la formation sacerdotale s’appellent mutuellement et s’interpénètrent : formation spirituelle, formation humaine, formation intellectuelle et formation pastorale. Dès lors, quels pourraient être des points d’attention pour la formation intellectuelle ? En premier lieu, sans avoir peur de la « scientificité », ne s’agit-il pas de mettre en œuvre « une théologie qui veut connaître plus par amour de l’aimé et est stimulée par l’amour et guidée par l’amour » (Benoît XVI, Veillée du 10 juin 2010) ? Depuis le début de son pontificat, le pape Benoît XVI va régulièrement dans ce sens dans ses discours aux séminaristes : les études théologiques sont un des lieux où ces derniers font l’expérience de la rencontre du Christ. Elles participent ainsi à la structuration et à l’engagement de la liberté de chacun. En second lieu, le Saint-Père exhorte fréquemment à mettre en œuvre une théologie qui trouve une orientation fondamentale dans l’expression « devenue au cours des ans toujours plus familière » : «Que l’étude de la Sainte Écriture soit comme l’âme de la théologie sacrée» (Dei Verbum, n. 24 ; cf.

mais soyez patients. Vous enrichissez votre réflexion d’éléments solides et de méthodes absolument indispensables pour vous éviter à vous-mêmes d’être emportés à tout vent de doctrine, pour être en mesure de prêcher d’enseigner, de guider sûrement la réflexion des laïcs chrétiens dans le dédale des courants d’idées et des mœurs actuelles ». Assurément l’étude « qui occupe une partie notable de la vie du candidat au sacerdoce, n’est pas un élé-

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de textes au sein du Séminaire et nous développons l’accompagnement de chaque étudiant par un tuteur ; enfin à l’extérieur, la ville de Rome, lieu de foisonnement intellectuel, accueille de nombreuses initiatives intéressantes. Le dossier que nous vous proposons aujourd’hui voudrait mettre plus particulièrement en lumière la formation dans les universités. L’entretien avec Mgr Pascal IDE, de la Congrégation pour l’Education catholique, nous en donne d’abord quelques enjeux. Parce que depuis ses origines, le Séminaire français est lié à l’Université Grégorienne, nous avons voulu interroger son Recteur, le Père François-Xavier DUMORTIER s.j., ainsi que l’un de ses professeurs, Don Massimo GRILLI. Ensuite, Nicolas BAUQUET évoque le Cycle « Philosophie et Théologie » organisé conjointement par le Centre culturel SaintLouis qu’il dirige et l’Université Grégorienne. Nos étudiants sont envoyés dans pas moins de quatre universités pontificales et cinq instituts différents : plusieurs contributions donnent d’entrevoir la diversité et la richesse de la formation reçue à Rome. Nous espérons que ce dossier vous donnera ainsi un aperçu authentique de ce que nous vivons ici au quotidien, au cœur de la catholicité de l’Eglise.

Verbum Domini, nn. 31 ss.). Enfin, le défi de la « nouvelle évangélisation » ne renforce-t-il pas l’exigence de la formation intellectuelle, selon les capacités de chacun ? Il convient de développer une véritable charité intellectuelle et une aptitude à transmettre le dépôt de la foi de manière adaptée. Aider nos contemporains à traverser « la porte de la foi » (cf. Porta Fidei, n. 1) dans un contexte de « pluralisme » requiert « une aptitude particulière au discernement critique » et « justifie l’exigence d’un excellent niveau de formation intellectuelle » (Pastores dabo vobis, n. 51). La formation intellectuelle au Séminaire ne se réduit pas à la fréquentation des universités romaines : les sessions de formation (nous avons ainsi eu une session de « situations pastorales de morale sexuelle et familiale ») et les conférences organisées par le Séminaire enrichissent et diversifient cette formation ; nous encourageons la création de groupes de lecture

Père Emmanuel PINOT Préfet des études

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DOSSIER FORMATION UNIVERSITAIRE

Le travail intellectuel vu par Benoît XVI Le Saint-Père, depuis son élection en 2005, a beaucoup parlé aux séminaristes du monde entier. A la fois pasteur et universitaire, Benoît XVI a une idée précise de ce qu’est la formation d’un prêtre.

tement à l’oreille d’un séminariste étudiant. Le pape apparaît d’abord comme un défenseur de la raison correctement comprise. En citant Saint Bonaventure, il dénonce les abus d’une théologie fondée sur « l’arrogance de la raison, qui veut tout dominer, qui transforme Dieu de sujet en objet » (Veillée). A cette « arrogance intellectuelle » (S. romain 2009) signe d’une raison faible et insuffisante, il oppose une rationalité qui nourrit la foi. Il l’invite à l’humilité devant une vérité qui est toujours au-delà de ses efforts. Comme telle, loin de voiler la présence de Dieu au monde, elle féconde la « vraie théologie qui vient de l’amour de Dieu […] et veut entrer plus profondément en communion avec le Christ » (Veillée). En même temps qu’il défend la raison contre elle-même, Benoît XVI tient beaucoup à promouvoir la gratuité du travail intellectuel. Il soutient la raison contre les mentalités utilitaristes et la tentation du pragmatisme. Aux séminaristes il affirme que les questions : « Est-ce que cela pourra me servir plus tard ? Est-ce-que cela sera d’une utilité pratique, pastorale ? » (S. romain 2010) ne peuvent pas épuiser la quête de l’intelligence. La praxis ne doit pas absorber la théorie. Dans la grande tradition antique et médiévale il propose une vision sapientielle de la vie de l’esprit qui ne peut qu’ouvrir la raison à la foi et à l’amour. Il n’y a pas la charité ordonnée à la pastorale d’un coté et de l’autre la vérité ordonnée à la connaissance : « il n’y a pas l’intelligence puis l’amour : il y a l’amour riche d’intelligence et l’intelligence pleine d’amour » (Caritas in Veritate, n. 30). De l’enseignement de Benoît XVI sourd une profonde confiance en la raison. L’injonction : « Aimez l’étude de la théologie »

« Oui, écrivait Benoît XVI aux séminaristes, cela a du sens de devenir prêtre : le monde a besoin de prêtres, de pasteurs, aujourd’hui, demain et toujours, tant qu’il existera » (Lettre)1. Écouter le pape c’est d’abord plonger dans l’espérance pour être emporté par sa vision profondément théologale de la vie chrétienne et de sa fécondité : « Ce n’est pas nous qui devons produire le grand fruit, […] ce n’est pas nous qui devons faire ce que Dieu attend du monde, mais nous devons tout d’abord entrer dans ce mystère ontologique : Dieu se donne Lui-même » (S. romain 2010). Tel est le grand don. « Son être, son amour, précède notre agir » (Id.). Dés lors, insiste-t-il, c’est « dans le fait d’être avec Lui, identifiés à Lui, ennoblis par son sang » (Id.) que nous pouvons agir avec le Christ. Notre vie doit donc s’enraciner dans une relation personnelle avec Dieu en Jésus Christ pour porter les fruits que l’Église et le monde attendent. Cette relation personnelle, pour nous qui étudions à Rome, s’incarne particulièrement dans le travail de la théologie. En effet, « le temps du séminaire est […] pardessus tout, affirme le Saint Père, un temps d’étude » (Lettre). Nous devons donc honorer la dimension rationnelle et intellectuelle de la foi parce que « sans elle, la foi ne serait pas elle-même » (Id.). Retenons du plaidoyer bien connu du pape pour la raison, les éléments qui consonnent plus immédia-

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(S. Romain 2010), nous engage à nous libérer de la crainte du « phantasme de la scientificité » (Veillée) pour « aller de l’avant avec une théologie critique au sens positif, c’està-dire critique contre les tendances de la mode et ouverte aux vraies nouveautés, à la profondeur inépuisable de la Parole de Dieu, qui se révèle nouvelle à toutes les époques, y compris la nôtre » (Id.).

des étudiants. A contre courant de la mentalité utilitariste, la gratuité du travail intellectuel doit susciter la mission. Nous comprenons alors pourquoi Benoît XVI associe la liberté à la joie. Être libre c’est « être dans la joie et dans le vaste espace de l’amour de Dieu » (Id.). Être libre c’est être dans la joie de la vérité. Comme la liberté, la joie est pour celui qu’elle habite, une provocation au zèle apostolique : « plus nous sommes emplis de cette joie d’avoir découvert le visage de Dieu, plus l’enthousiasme de l’amour sera réel en nous et portera du fruit » (S. romain 2010). Ainsi, celui à qui cette « joie de connaître Dieu qui s’est montré […] jusqu’à l’intimité de son être, a également la joie de communiquer » (Id.). La joie doit être le signe de notre union à Dieu en Jésus qui fait jaillir l’annonce de la vérité de l’Évangile.

Aussi, pour le Pape, l’invitation à aimer l’étude de la théologie et à la poursuivre fermement durant nos années de séminaire, est un appel véritable à la mission. Comme séminariste nous devons disposer notre intelligence à la recherche de la vérité car elle rend libre le discernement de l’appel du Seigneur. Cette première mission ne s’oppose pas, bien au contraire, à la mission pastorale. En effet, la vérité appelle la liberté qui « se réalise paradoxalement à travers le service ; nous devenons libres, si nous devenons serviteurs les uns des autres » (S. romain 2009). Ainsi, la mission même de l’université s’éclaire. Sa vocation, sans être directement pratique, est de rendre consistante, par la recherche de la vérité, la liberté

Jean Arfeux, Toulouse 2ème année de théologie

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Les notes entre parenthèses renvoient aux textes suivants : - S. romain 2009 : Discours improvisé de Benoît XVI aux séminaristes du collège romain : Qu’est-ce que la liberté ? Rome 20 février 2009. - S. romain 2010 : Discours de Benoît XVI aux séminaristes du collège romain, Rome le 12 février 2010. - Veillée : Réponse de Benoît XVI aux questions des prêtres à Saint Pierre, Veillée du10 juin 2010. - Lettre : Lettre de Benoît XVI aux séminaristes, Rome le 18 octobre 2010

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DOSSIER FORMATION UNIVERSITAIRE

La chance d’une formation intellectuelle Parmi les prêtres français de Rome, l’un des plus proches de la communauté est Mgr Pascal Ide qui participe à la formation pastorale du collège des diacres et des prêtres. Il est chef du bureau des Universités catholiques à la Congrégation pour l’Education catholique. Pourquoi une formation intellectuelle ?

Mgr Pascal IDE

La chance d’une formation intellectuelle, c’est de voler avec les deux ailes de la raison et de la foi. Avez-vous déjà vu un oiseau blessé à une aile ? Il tourne en rond ! Si, autrefois, nous avons connu le risque du rationalisme, aujourd’hui menace celui du fidéisme. La théologie n’est pas une catéchèse améliorée, mais l’intelligence de la foi.

Pourquoi une formation théologique à Rome ? Bien évidemment, il est heureux que les lieux de formation soient diversifiés, et souvent utile que le parcours d’un séminariste soit panaché. La Ville est une ville d’histoire et d’art. Et de sainteté : tant de saints y sont passés, y ont vécu, tant de saints dont on vénère la mémoire. A Rome, l’on trouve plus que Rome : l’Eglise universelle. Tous les cinq ans, les évêques du monde entier viennent pour leur visite ad limina. A Rome aussi, on se souvient plus aisément du don de Dieu qu’est Benoît XVI. Le Pasteur universel est aussi un théologien de grande taille. Pour en rester à la formation intellectuelle, l’un de ses apports principaux est de décloisonner la théologie. Prenons au hasard une de ses interventions : dans la plus pure veine patristique, il part de l’Ecriture, la relit à la lumière de la Tradition, propose une réflexion actualisée et invite à une application pastorale. Quel exemple pour l’étude du séminariste et pour la prédication du prêtre.

Pourquoi une formation universitaire ? L’Eglise a toujours eu le souci de l’Université. Celle-ci est née « du cœur de l’Eglise » au début du XIIIème siècle, elle a longtemps grandi à son ombre, encouragée et protégée par elle, contre la mainmise politique. Aujourd’hui, il n’y a pas moins de 1.200 Universités catholiques dans le monde, Universités où l’on enseigne toutes les disciplines et pas seulement les sciences ecclésiastiques (théologie, droit canonique, etc.). L’Université est l’un des lieux où la foi devient culture. La chance d’une formation universitaire est de rencontrer des étudiants de toute provenance, mais aussi de faire dialoguer les champs disciplinaires dans un monde menacé par la fragmentation du savoir.

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Cultiver l’intelligence, le regard du recteur de la Grégorienne aménagés, du nouveau mobilier amené là où les besoins étaient les plus pressants. Ce sont trois « chantiers » qui ont été ouverts et qui le demeurent pour plusieurs années. Ils ne sont pas les seuls car beaucoup d’autres relèvent du travail ordinaire d’un responsable universitaire : le recrutement des enseignants et la vie du corps professoral, les structures institutionnelles et leur nécessaire adaptation aux évolutions, l’inscription du travail quotidien dans une perspective qui soit celle du moyen et du long terme.

Un peu plus d’un an après son arrivée, le Père François-Xavier DUMORTIER, s.j., recteur de l’université pontificale Grégorienne, nous livre son point de vue sur cette maison et les grands enjeux de la formation aujourd’hui. Il donne aussi un aperçu des premiers chantiers qu’il a mis en route, il n’a pas tardé pour se mettre au travail ! Quelles ont été, rétrospectivement les lignes principales de votre action ? Ma mission, comme Recteur, est d’abord celle d’animer et d’impulser une action qui soit réfléchie, mise en œuvre et menée à bien par tous. C’est pourquoi, depuis près d’un an et demi, le Conseil de Direction (Consiglio Direttivo) qui rassemble ViceRecteurs, Doyens et Présidents d’Instituts, se réunit désormais une fois par semaine : c’est un « lieu » important de dialogue et de discernement entre ceux qui assument diverses responsabilités dans l’Université. Depuis un peu plus d’un an, à travers plusieurs groupes de travail, nous avons voulu d’abord réfléchir à la pédagogie actuelle et aux évolutions souhaitables et possibles : des choses ont commencé à se mettre en place... Puis, examiner la situation du troisième cycle : le travail de la commission se poursuit... Enfin, prévoir la rénovation et la modernisation des salles de cours : deux « aule » ont été refaites, des bureaux ont été

P. François-Xavier DUMORTIER

C’est ainsi qu’il me semble important de développer une « culture » de l’évaluation – non pour juger de tout et de tous- mais pour pouvoir corriger, changer ou faire évoluer ce qui doit l’être. Il me semble important de nous donner les moyens de vivre comme une véritable « communauté universitaire » : les enseignants doivent pouvoir se rencontrer et réfléchir ensemble à l’intérieur de leur Faculté ou de leur Institut - ce qui relève de la responsabilité des Doyens et des Présidents- mais aussi au niveau de l’Université : nous avons ainsi eu

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DOSSIER FORMATION UNIVERSITAIRE deux réunions des enseignants de la Grégorienne, les 30 mai et 30 septembre derniers. En effet, la Grégorienne n’est pas seulement « l’espace » où ont lieu cours et séminaires : c’est aussi, pour tous, un lieu de rencontres et de prière, de partage et de discussion, de réflexion et de discernement sur ce qui nous importe et nous unit, en tant qu’ hommes et femmes qui viennent du monde entier, vivent dans le monde d’aujourd’hui et désirent suivre le Christ et servir l’Eglise.

solidarietà dal locale al globale », le Congrès international sur « l’uomo dell’età moderna e la Chiesa »... ? Qu’est-ce qui, selon vous, spécifie l’Université Grégorienne ? Quels sont ses atouts ? L’Université Pontificale Grégorienne a, en tant qu’héritière et continuatrice du Collège Romain, une longue et prestigieuse tradition d’enseignement et de formation : il ne faudrait pas croire que ce rapport au passé soit formel ou incantatoire car les racines sont profondes et fortes. Cette tradition nous mesure et nous oblige, et c’est pourquoi j’ai pu dire que nous devons être le « Collège Romain du troisième millénaire ». Il importe d’ajouter que cette tradition est indissociable de la spiritualité jésuite et d’une pédagogie jésuite qui fut, à ses origines, très liée à ce qui se créait et se vivait au Collège Romain. Comme vous le savez, j’ai découvert, l’an dernier, la Grégorienne avec des yeux neufs, et plusieurs aspects qui m’ont frappé me paraissent aujourd’hui être autant des « atouts » pour reprendre votre expression - que des exigences à assumer: la vigueur d’un corps enseignant qui, dans sa grande majorité, vit sa tâche de formation, d’enseignement et de recherche, souvent sans bruit et sans « publicité » mais avec une vraie compétence et un dévouement que j’admire...L‘internationalité tant des enseignants que des étudiants et, à cause de cela et ‘à travers cela, le potentiel de relations internationales qui est

Bibiothèque de la Grégorienne

Il me semble fondamental d’être un « lieu » ouvert aux grandes interrogations et aux défis majeurs qui sont ceux du monde actuel. C’est dans cette perspective que s’inscrivent beaucoup de colloques, soirées, rencontres... Puis-je simplement rappeler quelques événements qui se sont déroulés récemment : la rencontre intitulée « ‘Vivere insieme’ nell’ Europa di oggi » avec notamment la présence et le discours du Président Herman Van Rompuy, les deux jours de réflexion sur « la geopolitica della

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le nôtre...Un attachement fort à l’Eglise avec la conscience vive de l’importance de la mission confiée par le Saint Père et la volonté de la vivre comme une responsabilité toute particulière...L‘ouverture de la Grégorienne aux questions, problèmes et enjeux de l’Eglise et du monde d’aujourd’hui à travers tant de colloques, conférences et rencontres qui ont lieu tout au long de l’année...La bibliothèque qui, avec son quasi million de volumes, est un outil de travail exceptionnel pour enseignants, étudiants et chercheurs qui viennent souvent de loin y travailler... Et enfin - et ce n’est pas le moindre « atout » ou la moindre exigence -, la qualité de nos étudiants : bien évidemment je ne les connais pas tous, mais – à travers ce que j’entends des uns et des autres et ce que je constate personnellement - je suis impressionné par leur engagement dans les études choisies et par leur désir de se former au mieux pour assumer demain des tâches qui, sans doute, ne seront pas toujours faciles.

Les défis que me semble devoir affronter et relever une Université comme la nôtre relèvent d’une préoccupation majeure : veiller à la vigueur de la formation que nous proposons. Les mots « qualité » et « excellence » se trouvent aujourd’hui sur toutes les lèvres et dans tous les textes sans qu’on ne s’explique vraiment sur ce que signifient et impliquent ces termes. Pour ma part, je crois que nous devons faire en sorte que nos étudiants vivent une véritable expérience intellectuelle. A mes yeux, il ne s’agit pas, dans une perspective quasi positiviste, d’accumuler des connaissances et un savoir : il s’agit de réfléchir, de chercher, de penser...et cela demande des qualités de profondeur et d’intériorité qu’un parcours académique peut permettre et favoriser mais qu’il ne peut pas créer ni imposer . Vous le voyez : cela touche à tout...La manière dont les enseignants puissent être des « maîtres » en quelque sorte...Des programmes qui laissent de l’espace pour la réflexion personnelle et la confrontation à de grands penseurs et à de grandes œuvres...des étudiants qui osent rompre avec une « culture » qui disperse et fragmente...le goût d’une recherche qui prenne

Dans une époque de réforme de l’université, quels défis attendent la Grégorienne et quelles réponses concrètes comptez-vous proposer ? Je ne sais pas si nous vivons une époque de réforme de l’université : j’entends répéter cela depuis le temps où j’étais moi-même étudiant ! Il me semblerait plutôt que, dans certains endroits, soit « en crise » un certain modèle universitaire, mais il faudrait évidemment nuancer le jugement selon la diversité des lieux et des situations...

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DOSSIER FORMATION UNIVERSITAIRE « à bras le corps » les questions ardues que nous devons regarder en face... Certes nous pourrions faire une longue liste des problèmes auxquels il faudrait chercher et trouver une solution. Mais l’enjeu me semble être ailleurs : il s’agit de percevoir les enjeux d’un humanisme moderne qui, à distance du positivisme ambiant, fasse droit à ce désir d’unité et à ce sens de l’universel qui habitent et « travaillent » l’homme à la recherche de Celui qui l’appelle, mystérieusement et obstinément, à Lui. Il s’agit aussi Salle de cours de la Grégorienne après les travaux de reconnaître et de comprendre, comme le disait le Pape miques Pour autant, « cultiver l’intelligence » Benoît XVI à Westminster Hall, le 17 septemme semble avoir des résonances particulières bre 2010, « que le monde de la raison et de aujourd’hui. Cela évoque, pour moi et tout la foi, le monde de la rationalité séculière et d’abord, l’enjeu de former au courage de l’inle monde de la croyance religieuse ont besoin telligence qui sait résister et s’opposer même l’un de l’autre, qu’ils ne doivent pas craindre et peut-être surtout à ce qui semble évident. d’entrer dans un profond dialogue permaIl s’agit aussi de former à un jugement juste nent, et cela pour le bien de notre civilisac’est à dire à un jugement qui soit passé au tion ». Il s’agit encore de faire connaître et creuset d’un discernement rigoureux et qui aimer intérieurement l’Eglise et Celui qui en soit fondé en raison. Et comment ne pas est le cœur brûlant et aimant, en étant soiavoir le souci d’une intelligence qui ait la même enraciné dans la tradition portée mémoire des terres où se trouvent ses racines jusqu’à nous. humaines, intellectuelles et spirituelles ? La mission d’une Université qui désire « cultiver l’intelligence », sans se payer de mots, est et sera de proposer une véritable formation, c’est à dire des programmes et un accompagnement qui aient pour critères : la rigueur, la profondeur et la cohérence. L’intelligence ainsi « cultivée » pourra fleurir et porter son fruit !

Comment la Grégorienne assume-t-elle la fonction propre de l’université qui, selon Newman, est de « cultiver l’intelligence » ? J’aime beaucoup cette expression de Newman : « cultiver l’intelligence » ! C’est une responsabilité à laquelle une institution universitaire ne peut pas se dérober...Et cela ne commence pas demain car, depuis toujours, ce désir et cette volonté n’ont pas cessé d’animer enseignants et responsables acadé-

Propos recueillis par Thomas SCHMITZ, Versailles 3ème année de théologie

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La théologie biblique, pour concilier exégèse et théologie Comment situez-vous le département de théologie biblique de la Grégorienne ?

Prêtre du diocèse de Palestrina, Don Massimo Grilli enseigne le Nouveau Testament à l’Université Pontificale Grégorienne de Rome. Il dirige actuellement le D��partement de théologie biblique qu’il a bien voulu nous présenter.

Je le dis avec un certain orgueil, mais j’ai conscience de ne pas être du tout emphatique lorsque j’affirme que le département de « Théologie Biblique » de la Grégorienne

Quelle est la spécificité de la théologie biblique ? Nous, spécialistes et professeurs de Théologie Biblique, nous marchons sur une ligne de faîte ou, si vous voulez, nous sommes les sentinelles placées sur une frontière… parce que notre tâche est de concilier (voire de réconcilier) l’exégèse avec la théologie (et la vie !). Celles-ci n’ont pas toujours cheminé ensemble ; c’est pourquoi, soit l’étude critique des textes a été trop accentuée – sans rapport aucun à l’herméneutique –, soit une théologie « non biblique » a été créée, et ceci constitue un vrai danger. Du reste, si nous allons aux origines, il convient de préciser que nous avons commencé à parler de « Théologie Biblique » suite à une célèbre allocution de Philipp Gabler qui, pour la première fois en 1787, fit la distinction entre la théologie biblique et la théologie dogmatique. Je veux dire, que depuis sa naissance, la « Théologie biblique » est une science à la frontière de deux versants : nous sommes des veilleurs qui remarquons l’importance d’une part, d’une approche juste au texte biblique pour fonder une authentique théologie, et de l’autre celle de l’herméneutique afin que la lecture de la Bible ne soit pas stérile.

Don Massimo Grilli

est très riche, tant pour « l’épaisseur humaine » qui le caractérise, que pour le niveau académique des professeurs. Le nombre d’inscriptions le confirme. Nous avons trouvé un juste équilibre, me semble-t-il, entre l’étude des textes bibliques, la théologie et l’herméneutique. Pour les étudiants qui ne connaissent pas le Grec et l’Hébreu, nous avons un semestre propédeutique, après lequel il est possible d’accéder aux cours et aux séminaires. Ces étudiants compléteront leur curriculum en deux ans et demi (voire trois ans). Le mémoire de licence et l’examen final exigent beaucoup de travail et d’investissement personnel, mais ils donnent à l’étudiant les moyens pour une recherche personnelle ultérieure (éventuellement un Doctorat) et la

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DOSSIER FORMATION UNIVERSITAIRE que celui du département de Théologie Biblique de la Grégorienne ; et pourtant – il faut bien le dire – le Biblique donne plus d’attention aux langues anciennes, à la philologie, etc. Devenir enseignant mais, avant tout, réfléchir sur la nature et les moyens de la Théologie Biblique a été une expérience intéressante pour moi, comme homme et comme professeur. J’ai retrouvé la joie de la médiation, ce qui ne signifie pas un manque de rigueur ou une absence de choix radicaux, entendons-nous, mais la volonté de dialoguer en conjuguant la vie du texte biblique et celle de l’homme qui se trouve en face de moi. Tout ceci est en syntonie même avec mon être de prêtre, parce que le prêtre est par vocation celui qui prend le poids de l’humanité souffrante et faible, à l’imitation du « Grand Prêtre », tout-puissant et compatissant (He 4,14-15). Au fond, la passion pour la Bible ne peut pas être autre chose que la passion pour l’homme.

vision d’ensemble nécessaire pour enseigner. J’irai même jusqu’à dire que nous incitons fortement nos étudiants à faire l’expérience d’un séjour en Israël. Nousmêmes donnons des cours en Israël et en Turquie (sur les pas de saint Paul et de saint Jean) et, de ces voyages, les étudiants reviennent toujours enthousiastes. Quel type de formation proposez-vous à vos étudiants ? Notre finalité est double : préparer des professeurs pour enseigner les disciplines bibliques dans les Séminaires (Sapientia christiana, art. 25 ; Ordinationes 17) et former des enseignants pour les Instituts de Sciences Religieuses, les groupes bibliques, les catéchistes, etc… En effet, après 10 années d’expérience comme Directeur du Département de Théologie Biblique, je suis convaincu de l’intérêt d’un tel projet. Les étudiants qui deviennent professeurs d’université ou qui enseignent dans des écoles secondaires nous remercient de manière continuelle pour l’accueil humain et la formation académique reçue au cours de leurs années d’étude à Rome. Le fait que ceux-ci viennent étudier dans cette ville est de grande importance. Il n’y a pas d’autre ville au monde qui respire le souffle de l’universalité ou de la « catholicité », comme Rome. Étudier à l’Université Pontificale Grégorienne, même en ce sens, est somme toute enrichissant.

Frédéric FAGOT, Vannes 3e année de théologie

Pouvez-vous nous dire quelques mots de votre expérience personnelle d’enseignant ? Je suis très heureux d’enseigner la Théologie Biblique à la Grégorienne. Comme jeune prêtre j’ai fait mes études de Licence et de Doctorat à l’Institut Pontifical Biblique. Cet Institut renommé a le même but

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La Grégorienne côté cafétaria ou la consécration religieuse. Toutes les langues se parlent ou plutôt se crient, et c’est toujours l’occasion de rencontrer de nouvelles personnes, même de sa propre classe ! L’italien mais aussi l’anglais sont une nécessité pour les conversations.

Une université, surtout à Rome, permet à des personnes les plus diverses de se rencontrer. L’un des lieux les plus emblématiques de cette vie fraternelle est la cafétaria. Quoi de plus typique à montrer à quelque ami de passage pour lui faire découvrir l’ambiance effervescente de notre chère Alma Mater ? La bibliothèque, la librairie, le parvis, les salles de cours ? Certes, mais encore plus la cafétéria ou il bar. Voilà un lieu pas banal à bien des titres. Peu de commerces peuvent se vanter d’avoir en des instants records une telle concentration de clientèle. Pendant les créneaux des cours, le bar est quasiment vide, c’est normal. Seuls flottent, dignement, les centaines de petits drapeaux des pays du monde et traînent quelques étudiants, qui sûrement n’ont pas cours et font une pause de leurs recherches en bibliothèque…A la pause au contraire, le séminariste au mètre carré augmente de façon exponentielle. C’est à qui arrivera le premier à tendre son bras avec son ticket et à crier à la charmante serveuse romaine « Tre cappuccini per favore ». Et une fois son carburant obtenu, réussir à sortir de cet imbroglio pour rejoindre ses camarades de classe perdus à l’autre bout ! Il y a tellement de bruit qu’on ne peut même plus dire que ce sont les italiens les meilleurs ! Inutile de dire que le contenu des conversations est rarement théologique, bien plus existentiel, puisque nous faisons connaissance et c’est une grande richesse que de côtoyer des jeunes d’autres cultures qui partagent le même chemin que nous vers le sacerdoce

Et si vous ne compreniez rien, la technique de répondre « Si, si » ou « Yeah, yeah » fonctionne assez bien. Parfois on peut avoir l’agréable surprise de rencontrer des étudiants qui maîtrisent bien le français, et pas seulement « ça va, ça va », parfois même des Américains ! Alors c’est un bon moyen pour étendre la francophonie. Quant aux uniformes, tous se portent, toutes couleurs de bures, de voile ou de cordon. Même l’habit dominicain ! Un des plus appréciés est celui de l’étudiant à la mode, mais le col américain a encore le dessus. L’étudiant de Santa Chiara, lui, est entre les deux ! In medio stat virtus ! Caspita ! La cloche déjà sonne et il est temps de retourner en cours écouter le professeur, mais cette fois avec de l’énergie en plus ! Guillaume Dupont, Versailles 3e année de théologie

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DOSSIER FORMATION UNIVERSITAIRE

L’Institut biblique aujourd’hui la direction. Assez vite, l’Institut acquis une telle réputation que nombre d’évêques et supérieurs de congrégations y envoyèrent certains de leurs prêtres passer les grades académiques, la plupart du temps en vue d’enseigner eux-mêmes l’Ecriture Sainte par la suite. Aujourd’hui, l’Institut compte entre 200 et 300 étudiants, prêtres religieux et laïcs du monde entier. C’est toujours avec une certaine appréhension que l’on commence ses études dans cette maison : il faut passer par cette année de purification par le feu qu’est l’étude intensive du grec et de l’hébreu, pour qui n’a pas de bases assez solides dans ces deux langues, c’est-à-dire la majorité ! Mais ensuite, c’est bien l’entrée en Terre Promise, sous la conduite non plus de Josué mais de nos professeurs, qui nous découvrent, chacun selon sa spécialité, des horizons à peine entrevus auparavant. Et c’est alors avec joie que l’étudiant peut scruter la Parole de Dieu « consignée par écrit sous l’inspiration de l’Esprit Divin » (cf. DV 8), en vue de transmettre aux autres ce qu’il aura contemplé.

Chaque matin, une marée déferle des différents collèges et séminaires de Rome, s’engage dans un certain nombre de rues étroites, et après avoir victorieusement traversé la via del corso sans se faire écraser par les bus, taxis, vespa etc., se dirige vers la Grégorienne dont la réputation n’est plus à faire dans le monde des études ecclésiastiques. Cependant, à quelques mètres de la grande bâtisse blanche, quelques-uns se détachent discrètement du flot principal pour entrer dans un bâtiment carré de couleur ocre : ce sont les étudiants de l’Institut Biblique. Extérieurement, rien de bien attirant. Un palazzo somme toute modeste en comparaison de tous ceux que l’on peut voir à Rome. A l’intérieur cependant, c’est tout un monde qui s’ouvre : celui de l’étude attentive et aimante de l’Ecriture Sainte. Le Pontificium Institutum Biblicum fut fondé le 7 mai 1909 par saint Pie X, dans le contexte tumultueux de la crise moderniste, pour être « un centre d’études spécialisées de l’Ecriture Sainte et des disciplines connexes selon l’esprit de l’Eglise Catholique. » Il fut dès le début confié à la Compagnie de Jésus, qui en assure encore

Geoffroy Guérin, prêtre de Belley-Ars Licence d’Ecriture Sainte

Conférences françaises à la Grégorienne Pouvez-vous nous présenter ce cycle de conférences en quelques mots ?

Cette année encore, l’Ambassade de France près le Saint-Siège organise à la Grégorienne un cycle « théologie et philosophie ». Entretien avec M. Nicolas Bauquet, directeur de l’Institut français – Centre Saint-Louis

C’est la septième année que nous organisons ce cycle. En 2010, nous avons fait évoluer la formule, privilégiant le dialogue entre philosophie et théologie, la rencontre entre deux intellectuels français, avec une

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Pourquoi organisez-vous ces rencontres à la Grégorienne ?

nous faut pour cela aller dans les universités. Nous avons un lien ancien avec la Grégorienne, la plus ancienne et la plus prestigieuse des universités pontificales. Mais nous avons aussi des liens avec l’université du Latran, avec l’Angelicum et avec la Santa Croce.

L’une des missions de l’Institut français est de promouvoir le français et la pensée française auprès des étudiants de Rome. Il

Sébastien Thomas, prêtre de Pontoise Licence de théologie biblique

traduction simultanée qui permet à un public plus grand d’en profiter. Le bilan est très positif. Il s’agit de continuer à montrer le dynamisme de la pensée française.

A la rencontre de l’universalité de l’Eglise j’ai vécu une triple expérience : humaine, ecclésiale et intellectuelle. Si d’un point de vue humain, il est fructueux de travailler avec des professeurs et des collègues de diverses nationalités, il est encore plus riche de percevoir combien les cultures propres à chacun s’entremêlent et deviennent un trésor commun. Mais il y a plus encore : les études ne se limitent pas à des rapports humains, mais elles se font une véritable expérience de l’Eglise, vue dans le prisme des nombreuses universités pontificales de Rome. A tout cela, il faut encore ajouter la chance d’accéder aux bibliothèques des différents instituts et de participer aux activités académiques qu’ils proposent. Enfin, last but not least, ce temps d’études à Rome est une occasion rare d’avoir des échanges personnels avec d’autres étudiants qui choisissent d’autres spécialités de la théologie, chacune se nourrissant du choix des autres.

Dès qu’on entre dans le hall d’une université romaine, on est frappé par la diversité de ceux qui la peuplent : habit religieux, couleur de peau, langue parlée… tout cela reflète une diversité plus profonde et une richesse insoupçonnée. Le témoignage d’un étudiant italien du Séminaire : Faire des études à Rome, c’est l’opportunité d’entrer en relation avec des personnes qui viennent du monde entier. Voilà ce que j’ai pu expérimenter pendant les années de licence en liturgie à l’Institut Pontifical de Liturgie Saint-Anselme. Cette expérience a été renforcée par le fait que, Italien du diocèse sarde de Cagliari, j’ai vécu ces années d’étude dans la communauté du Séminaire Pontifical Français. Quels sont les souvenirs et les richesses que je rapporte, à la fin de cette période de formation ? Je pense qu’on peut dire que

Mario PILI, diacre de Cagliari Doctorat de liturgie

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DOSSIER FORMATION UNIVERSITAIRE

Une grande variété de formation dans les différentes universités et instituts Sur place, 200 enseignants de plus de 20 nationalités, plus de 5000 étudiants venant de 105 nations, dont 80% d’italiens et 59% de laïcs (dont de très nombreuses femmes), une bibliothèque de 600 000 ouvrages, une maison d’édition, 4 revues scientifiques et une revue grand public, Nuntium. La formation brille par son caractère ecclésial et universel : l’Université n’est pas sous la coupe d’une “école” mais s’ouvre au contraire aux divers courants philosophiques et théologiques qui font la tradition de l’Eglise. Elle offre en outre un large

Si la première partie de ce dossier était centrée sur l’Université Grégorienne qui est notre partenaire principal, un tiers des étudiants du Séminaire français se forme dans d’autres universités ou instituts. Voici une présentation rapide de ces différents lieux d’étude.

L’Université du Latran “Vous constituez, à titre spécial, l’Université du Pape”. Ainsi JeanPaul II définissait-il la spécificité de l’Université Pontificale du Latran. Fondée par Clément XIV en 1773 suite à la dissolution de la Compagnie de Jésus, l’Université recevra de saint Pie X son siège définitif près de la Basilique du Latran, cathédrale du Pape et “de omnium urbis et orbis ecclesiarum mater et caput“, au plus près du Séminaire Majeur Romain nouvellement bâti. Au fil des années, l’Université devenue pontificale s’enrichira de différents instituts : Redemptor Hominis pour la théologie pastorale et la doctrine sociale, l’Académie Alfonsiana pour la théologie morale, l’Institut Patristique Augustinianum, l’Institut Claretianum pour la théologie de la vie consacrée, l’Institut des Sciences religieuses Ecclesia Mater et, le dernier né, l’Institut Jean-Paul II pour les études sur le mariage et la famille.

L’Université du Latran

panel de spécialisations en licence de théologie (fondamentale, christologie, vie chrétienne, ecclésiologie, histoire). Un ensemble de facteurs qui font que l’on s’y sent, de façon toute “spéciale”, au cœur de l’Eglise. Renaud de CAZENOVE, Le Puy Licence en christologie

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des Pères revêt une grande importance pour la préparation intellectuelle, spirituelle et pastorale des futurs prêtres et donc pour la vie entière de l’Eglise » (Congr. Ed. Catholique, 1989). L’Augustinianum est un petit institut d’une centaine d’étudiants, qui se trouve derrière la colonnade de la place Saint Pierre. Il est tenu par l’Ordre des Augustins et dépend de l’Université du Latran. Il propose de suivre différents cursus : baccalauréat en théologie, et licence et doctorat en théologie et en sciences patristiques. En outre, il est responsable de la revue scientifique « Augustinianum » dans laquelle sont publiées les recherches et les recensions concernant l’étude de la littérature chrétienne antique et, d’une manière particulière, de la pensée des Pères de l’Eglise.

La morale sociale à l’Institut Redemptor Hominis Erigé par Pie XII en 1958, l’Institut pontifical de la pastorale fait partie intégrante de l’Université du Latran. Jean-Paul II, lors de ses différentes visites, a confié à l’Institut la tâche de stimuler et de favoriser l’orientation pastorale des disciplines théologiques et philosophiques, pour rejoindre l’homme dans son existence et dans son expérience de foi. En effet la théologie pastorale est une exigence intrinsèque de la foi : s’appuyant sur des principes doctrinaux, elle réfléchit aux rapports de l’Eglise et du monde, dans la ligne de la constitution Gaudium et Spes. L’Institut est structuré en deux sections (licence et doctorat) qui recouvrent la théologie pastorale et la doctrine sociale de l’Église. Environ soixante étudiants sont inscrits en son sein, dont une dizaine pour la doctrine sociale. Comment rejoindre tous les hommes de bonne volonté ? Comment aider les chrétiens qui veulent s’engager dans le monde ? C’est l’humanité tout entière qui est concernée. « L’art des arts est de guider les âmes » disait saint Grégoire le Grand.

Vincent BOTTIN, diacre de Nice Licence en théologie patristique

Pour le mariage et la famille, l’Institut Jean-Paul II Fondé le 13 mai 1981, quelques heures avant l’attentat, par le Bienheureux JeanPaul II, l’Institut pontifical pour les études sur le Mariage et la Famille a pour mission d’approfondir la connaissance de la vérité du mariage et de la famille à la lumière de la foi et également à l’aide des diverses sciences humaines. Il cherche à former des prêtres, des religieuses et des laïcs en vue d’un service dans ce domaine si essentiel pour la nouvelle évangélisation. De nombreux cursus sont proposés : de la licence en théologie (avec spécialisation en Théologie du Mariage et de la Famille) au doctorat dans la même matière en passant par plusieurs masters en Bioéthique, Fertilité et sexualité conjugale, Pastorale familiale, Education.

Benoît de MENOU, diacre de Grenoble Licence en doctrine sociale

La Patristique à l’Augustinianum L’Institutum Patristicum Augustinianum de Rome est né en 1969 du rapprochement entre, d’une part, le savoir faire de l’Ordre des Augustins dans l’étude des Pères de l’Eglise, et notamment de saint Augustin, et d’autre part, le besoin de l’Eglise de se doter d’un instrument de spécialisation pour la formation des professeurs de patristique des facultés de théologie. « L’étude

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DOSSIER FORMATION UNIVERSITAIRE L’Institut possède une section centrale à Rome dans les bâtiments de l’Université pontificale du Latran (450 étudiants), ainsi que six autres sections dans le monde (Etats-Unis, Mexique, Espagne, Brésil, Bénin, Inde) et trois centres associés en Australie, Corée du Sud et au Liban pour un total de 2400 étudiants.

L’université compte quatre facultés : Théologie, Droit Canon, Philosophie, et Communication Sociale Institutionnelle, et un Institut Supérieur de Sciences Religieuses. Depuis 1986, l’Université est installée au sein du Palais de l’Apollinaire. Après avoir commencé avec 41 inscrits la première année, l’université en comptait 1471 en 2009.

Christophe ROSIER, prêtre de Grenoble Licence en théologie

Eric TROCHET, Vannes 3e année de théologie

L’université de la Sainte-Croix

L’Athénée Saint Anselme

L’Université Pontificale de la SainteCroix est le fruit du profond désir de saint José-Maria ESCRIVÀ, fondateur de l’Opus Dei, de créer à Rome un centre d’études supérieures pour les sciences ecclésiastiques au service de toute l’Eglise. Il en devient le saint patron après sa canonisation le 6 octobre 2002. En 1984, Mgr Alvaro del PORTILLO accomplit la volonté de son saint prédécesseur, en inaugurant le Centre Académique Romain auprès de l’église San Girolamo della Carità, grâce au soutien des facultés de l’Université de Navarre.

Saint Anselme

Créé en 1687, le Collège Saint-Anselme se trouve sur l’Aventin. Aujourd’hui, l’institution se compose des facultés de philosophie et de théologie et de divers instituts associés. Son objectif est d’étudier scientifiquement les disciplines liturgiques. On y travaille sur les sources de la liturgie et les richesses théologiques et anthropologiques de la Tradition vivante de l’Église. Ainsi s’approfondit le sommet de la vie de l’Eglise, l’expression du dialogue de salut entre l’homme et Dieu. Omar ORRÙ, Oristano (Sardaigne) Licence en liturgie

Sainte Croix

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L’université de l’Angelicum

l’exclusion… Une dizaine par classe : tous se connaissent.

Depuis 1580, l’ordre des Dominicains vous attend dans son Université Saint Thomas d’Aquin (Angelicum) en plein cœur de Rome. Riche d’un passé enviable, elle vit le Père Garrigou-Lagrange y enseigner, le Bienheureux Jean-Paul II y étudier. Parce que le monde bouge, elle développe un thomiste de qualité ouvert sur la culture et les défis actuels. Outre les facultés de théologie, de droit canon, de philosophie et de sciences sociales, l’Angélique propose un institut de science religieuse (Mater Ecclesiæ), un institut de spiritualité et enfin l’institut Saint-Thomas, où elle propose à ses étudiants de passer les grades canoniques (Baccalauréat, License ou Doctorat) en session italienne ou anglaise. Small is beautiful : Sa taille favorise les rapports humains et interculturels entre ses étudiants : 894 étudiants (dont 249 laïcs) venants de 27 pays différents sont encadrés par près de 150 professeurs : Ici, personne n’est menacé par la surpopulation, l’anonymat ou

Angelicum

On les voit même, professeurs et étudiants, discuter et rire ensemble. L’Angélique peut ainsi se définir comme un mélange convivial de tradition et de modernité. Louis-Marie DUPIN, Bayonne 2ème année de théologie

Merci ! à Sébastien Thomas qui a coordonné la réalisation de ce bulletin à Mme Anne Salières qui a assuré le secrétariat à tous ceux qui ont rédigé les articles et à l’équipe des photographes

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SOMMAIRE

Editorial du Recteur, « Demeurez dans mon amour » .................................................................... 1

Vie de la communauté Chronique de l’année 2010-2011 .......................................................................................................... 2 Sortie communautaire à Naples et à Pompéi .................................................................................... 6 Un carnet de chants pour le Séminaire .............................................................................................. 8 Les ordinations Gaudemus ! .................................................................................................................. 9 La restructuration de la cuisine et des réfectoires ........................................................................ 10 Rentrée des nouveaux 2011 .................................................................................................................. 14 Retraite à Assise ...................................................................................................................................... 16 Session de rentrée « La théologie morale familiale et sexuelle ».............................................. 18 Le Saint Curé d’Ars dans la basilique Saint Pierre ........................................................................ 19 Un Pantocrator dans la chapelle ........................................................................................................ 20

Formation universitaire Avant-propos du Préfet des études – P. Emmanuel PINOT ........................................................ 22 Le travail intellectuel vu par Benoît XVI .......................................................................................... 24 La chance d’une formation intellectuelle - Mgr Pascal IDE .................................................... 26 Cultiver l’intelligence – P. François Xavier DUMORTIER .............................................................. 27 La théologie biblique - Don Massimo GRILLI .................................................................................. 31 La Grégorienne côté cafétaria ............................................................................................................ 33 L’Institut biblique .................................................................................................................................... 34 Conférences françaises à la Grégorienne ........................................................................................ 34 A la rencontre de l’universalité de l’Eglise ...................................................................................... 35 Les différentes universités et instituts ............................................................................................ 36 L’université du Latran – L’Institut Redemptor Hominis – L’Institut Jean-Paul II L’université de la Sainte-Croix - L’Athénée Saint Anselme – L’Angelicum

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Les échos 2011