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vincent smetana :: territoires intimes(vol.1)


Pour rejoindre mon jardin de silence, il m’a fallu fouler chaque saison de détresse, de doute et d’absence. Mais je la vois là au-devant toujours, la route longue qui délie sa langue sèche, d’asphalte et de chaud tarmac revêche. Longtemps j’attends jusqu’à temps que le ciel bas déchire la poche d’eau de son ventre gras, et que tout le gris au-dedans de lui se précipite vers le bas, vers le sol, vers ici où je suis, ici où je prie que vienne la pluie enfin,


lisse et moite sur la peau des joues, goûteuse à l’aube de mes rêves et de mes jours sans, gifle de frais, fougères, sauge, piment. Et que la pluie venue éveille l’envie de la boue tiède et des pieds nus dedans, du sentier sauvage et des herbes molles, toutes mes attentes et mes larmes folles, là où marcher vers du vivant, là où marcher vers là où mon cœur tend, et que s’emplisse mon sang de quoi m’élancer audelà des voies goudronnées, au-delà des bandes balisées de mes jours d’épuisement, au-delà de ce qui déguise ma vie en calendrier, audelà de tout ce qui me scotche à du formaté. Les mots qui me viennent alors je les tends haut et tendre et vers toi : fais-moi toucher à nouveau et encore de la vie avec toi la grâce et l’or.


si mes plus beaux châteaux soudain prenaient l’eau si tous mes fiers élans d’un coup tirent au flanc si mes plus nobles projets au vent disparaissaient égarés seuls et nus dans l’immense forêt si jamais mon corps venait à lâcher si jamais mon coeur venait à freiner, j’ai toi je sais que toi tu restes là quoi qu’il arrive tu tiens la rive tu épaules tu révèles tu éveilles mon pas quoi qu’il arrive toi tu es là pour moi si d’aventure mon sang venait à vinaigrer si toutes mes belles idées viraient en purée si tous mes vastes désirs venaient à moisir si sous ma main mes mots pourrissaient en fagots si jamais mon corps venait à lâcher si jamais mon coeur venait à freiner, j’ai toi je sais que toi tu restes là quoi qu’il arrive tu tiens la rive tu épaules tu révèles tu éveilles mon pas quoi qu’il arrive toi tu es là pour moi si mes plus tendres pensées avec le vent filaient si mes élans de prière capitulaient


dis-moi si ce qui restera serait ce qui s’est fait et puis défait ce que j’ai tenté ce que j’ai osé ce que j’ai rêvé à marée basse un déjeuner, ou quelques pas sur la jetée une tache qui est restée sur le miroir de mes mensonges, de mes ratés dis-moi si ce qui restera serait une envolée que j’ai rêvée le fort désir de retenir ta paume contre ma nuque serrée l’écume, la sève de nos baisers les choix de foi que je n’ai pas eu, pas eu la force de comprendre, de poser tout ce qui restera de nous nous étreint puis nous échappe malgré tout c’est celle qui restera de nous la trace échappée hors nos corps hors nos coeurs malgré nous dis-moi si ce qui restera serait ce qu’on s’est dit ce qu’on ne s’est pas dit les mots que j’ai pas su trouver qui n’ont pas su se déposer sur mes lèvres se former, s’épanouir, s’envoler te rejoindre, t’émouvoir, te toucher dis-moi si ce qui restera serait ce que j’ai crié ce que j’ai tu


mes héritages mes absolus, tous mes absurdes malentendus mes maladresses, mes silences, mes défauts de tendresse, mes défaillances oh mes défaillances, bien sûr j’y pense tout ce qui restera de nous nous étreint puis nous échappe malgré tout c’est celle qui restera de nous la trace échappée hors nos corps hors nos coeurs malgré nous dis-moi si ce qui restera serait ce que j’ai écrit et pas relu, ce que j’ai promis et pas tenu ce que j’ai cherché, ce que je n’ai pas vu une perle d’âme ou quelques larmes tu as dit m’aimes-tu ? j’ai dit je t’aime c’est que des mots, c’est romantique, dialectique mais c’est beau. Pardon ! suis-je fou ? suis-je sot ? ai-je été beau ? si ce qui restera serait ce qu’aujourd’hui je te promets tu me redis que rien n’est fait la peau si fine de tes poignets voir dès demain dès le matin une goutte d’eau sous mes yeux sur ma peau et comme jamais que ce soit neuf, que ce soit beau


on veut des histoires qui terminent bien des choses simples, simples et qui nous font du bien c’est pas toujours ce qu’on vit alors on est chagrins on en veut même à ceux qui nous aiment bien on est des gens qui tirent si souvent la tête on a des bouches, des corps durs comme des arbalètes et de nous ne sortent que si souvent des mots, des gestes qui font mal mais te voilà toi toi qui nous aimes tant te voilà toi toi qui nous ouvres l’or du temps te voilà toi qui nous veux tant bien te voilà toi pour qu’il ne nous manque plus jamais rien


écriture et réalisation vincent smetana mastering ruben wautier @ studio EGS voix, grand piano, knight piano, hammond, airCanvas, mellotron vincent smetana enregistré en juin 2014 @ speculoos factory & studio EGS production MUSIC

tous droits de reproduction réservés


La pluie Si jamais La grâce et l’or Tout ce qui restera Te voilà toi

territoires intimes (vol.1)  

livret digital :: digital booklet www.vincentsmetana.be

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