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sparse guide moderne de la vie

www.sparse.fr • gratuit • à lire dans tes chiottes magazine tiré à 1 million d’exemplaires

sparse | numéro 16 | trimestriel | sep. oct. nov. 2016

le mystère de la montée qui descend des crochets dans la peau ? L’art délicat de la suspension on a goûté le vin bleu du jura le messire la légende du bar aux sièges léopard business des bus low-cost macron a lâché la meute le mondial de foot dans la boue pente douce long board et roulettes fight époisses contre comté + bon voyage organisation bunny wailer quartier des lentillères kem lalot cyrille maret La péniche à chalon page mode courrier des lecteurs crash test

gratuit.


« C’est génial ce titre olympique ! Maintenant je vais pouvoir retrouver mon ami Patrick Balkany à Levallois » (T. Riner)

édito.

Une campagne d’affichage massive sur les emplacements JCDecaux, ça ne se manque pas, ça te saute à la gueule, ça t’obstrue le champ de vision. Tu ne le choisis pas, tu le subis. Ainsi, au début de l’été fleurissaient des affiches « Reine de Dijon » aux quatre coins de la région. Un produit lancé comme une révolution de fraîcheur : de la moutarde au Mojito. De la moutarde au Mojito... C’est quoi le goût Mojito ? C’est citron/menthe ? Y’a du rhum ? Y’a du sucre de canne ? Non ? Alors pourquoi t’appelles pas ça citron/menthe ? T’en as au Gin Tonic’ ? Au Get 27 ? Déjà que les types ont sorti la cancoillotte au chocolat... Alors oui, c’est vrai, on peut se dire qu’il ne faut pas leur faire de procès d’intention. Qu’il faut goûter et ne pas juger avant de connaître. Que c’est une des dernières moutarde fabriquée dans le coin. Que c’est original. Mais en vérité, qu’est-ce que c’est que ces paraboles de respect à coup d’arguments de jésuites chiants comme la mort ? Est-ce que j’ai une gueule de prof’ d’instruction civique ? Il y a des moments où le rôle d’un média, c’est de prendre ses responsabilités. Non, tout le monde ne fait pas ce qu’il veut dans la vie. C’est pour ça qu’on a été obligé d’inventer la justice...

Alors oui, ça ne tue personne, on a le droit de produire ça, y’a pire et c’est vrai qu’à choisir, je prendrais de la moutarde au Mojito plutôt qu’un stage chez Daech. Mais cependant, accorde-moi le droit de donner mon avis sur une affaire qui touche aux fondamentaux de la région qui se targue d’être la tête de pont de la gastronomie française, dans laquelle je suis né et où je continue à vivre un bonheur épanoui. Une affaire qui intéresse autrement plus les Français que les polémiques odieuses autour du choix entre un burkini et un string. Ta moutarde au Mojito, c’est une putain de faute de goût mon pote. Regarde-toi en face. T’es perdu ou quoi ? C’est comme une veste de costard sur un pantacourt, comme un accent québecois sur une jolie fille, comme du ketchup sur un tournedos Rossini : ça te fout tout en l’air alors même qu’on a besoin de repères en ces temps troublés, vrai ou pas ? Le Mojito, ça n’a aucune classe, c’est la boisson que les mecs qui ne savent pas quoi boire commandent parce qu’ils ont l’impression d’avoir de la constance avec un cocktail à 8 balles. Tu veux des cours de marketing ? Va voir les gars de la saucisse de Morteau et leur fameux « 20 cm de bonheur ». Ton truc, c’est non ! C’est dit. Et ça fait du bien parce que là, ça passait pas, franchement...

Chablis Winston


sommaire amuse-bouche édito 6. guestlist 8. CONTRIBUTEURS 11. Le bon coin 10. courrier des lecteurs 12. pulitzer session 14. l’essentiel 3.

ours Ce magazine est édité par Sparse Média. Siret : 750 725 806 00012 - APE : 9499Z www.sparse.fr - contact@sparse.fr

légende 16. la montée qui descend

Directeur de publication Pierre-Olivier Bobo

REPORTAGE 20. foot dans la boue

rédacteur en chef Antoine Gauthier Contributeurs Aurore Schaferlee, Axelle Gavier, Cédric de Montceau, Chablis Winston, Chloé Cloche, Franck Le Tank, Jeff Buckler, Jérémie Barral, Léa Signe, Lilian Elbé, Loïc Baruteu, Louise Vayssié, Martial Ratel, Mr. Choubi, Nicdasse Croasky, Niko Vayssié, Simon Galley, Sophie Brignoli, Stéphanie Legnaro, Tonton Stéph, Doug Ritter, Riddimdim Selecta, Jean-Paul Goûter, Giorgio Armagnac, Badneighbour, James Granville forever Direction artistique internetinternet

PhotographIes Alexandre Claass, Louise Vayssié, Stef Bloch, Vincent Arbelet, Pedro Rosa, Amandine Klos, Cedric de Montceau, Jérémie Barral Illustrations Hélène ‘Microbe’ Virey, Mr. Choubi, Léa Zamolo, Estelle Vonfeldt, Pierre Roussel, Michaël Sallit DÉVELOPPEMENT COMMERCIAL Romain Calange COMITÉ DE RELECTURE Marion Godey, Martin Caye, Aurore Schaferlee, Chan Haut Les Badges, Lise Le Joncour Couverture Le torse à Félix (06.63.21.53.19) Photo : Alexandre Claass Imprimeur Chevillon Sens Dépôt légal : à la sortie du magazine ISSN : 2260-7617 La rédaction décline toute responsabilité quant aux opinions formulées dans les articles, cellesci n’engagent que leurs auteurs. Tous droits réservés © Sparse 2016 Merci à nos partenaires ainsi qu’à celles et ceux qui ont permis la réalisation de ce numéro. Prochain numéro : décembre 2016

rencontre messire bar (à putes ?)

24.

diaporama 28. dijon béton REPORTAGE 32. board to be wild enquête le marché aux bus

36.

rencontre 40. Vin Bleu déglinguerie 42. la suspat’ c’est bath la cuisine de sparse 50. foodage de gueule 52. so fish welcome to my hood les lentillères

54.

interviews des zicos, relax bon voyage organisaTion 62. Bunny wailer 58.

roman-photo Sparse à domicile

64.

le coup de coeur de la rédac’ 70. un entrepreneur philanthrope Dessert la page mode 72. l’avis de sparse est meilleur que le tien ! 73. CRASH-TEST 74. HABILLE TON KÉVIN 76. abonnement 78. mOTS fléchés 80. CARTOGRAPHIE 70.


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guestlist PAR la rédaction photos : Yann Zitouni (KEM), DR

kem lalot

Programmateur Les Eurockéennes de Belfort, GéNéRiQ, Impetus

cyrille maret

Judoka dijonnais médaille de bronze aux JO 2016 de Rio

bruno alvergnat Directeur de LaPéniche Chalon-sur-Saône

Y’a quoi à foutre à Belfort en dehors des Eurocks ? Mais quelle question… Y’a le Bosphore bon Dieu ! Le temple du viandard avec des portions gargantuesques ! C’est devenu un arrêt obligé pour mal de groupes quand ils sont en tournée (Dalek, Zone Libre, The Inspector Cluzo…)

Wikipédia nous dit que tu pèses 100 kg. C’est quoi ton régime, bordel ? Moins de pâte et plus d’haricots verts ! Il est vrai que les sports à catégories de poids sont ingrats. On doit se priver au quotidien ! Mais ça fait parti de l’approche de la compétition et c’est quelque part une réelle source de motivation.

Tu te dis quoi, sérieux, quand tu vas jeter tout ton verre dans la borne consacrée ? Que je mange trop de confiture.

T’es plutôt munster ou comté ? Les deux… Ma mère est vosgienne, j’adore le munster fermier ! Et mon père est franc-comtois donc j’adore le bon comté fruité !

À part le judo, un sport que tu aimes pratiquer et regarder ? On joue souvent au foot avec les collègues de l’équipe de France, à l’échauffement ou le week-end. J’aime bien également aller voir un match de hockey sur glace de temps en temps. Mon frère est un fervent supporter des DUCS de Dijon et je vais quelques fois les encourager avec lui !

Tu te laves les mains avant ou après avoir pissé ? Après, pas toi ?

Le musicien le plus pété de la caisse rencontré ? Je dirais Jarboe de The Swans qui est totalement hystérique… Et dans le genre ingérable, Mark E Smith de The Fall. Il n’en fait qu’à sa tete et s’en branle total de ce que tu penses de lui. Tu ne penses pas qu’après cette finale de merde de l’Euro, on ne devrait plus jamais mettre les pieds au Portugal ? T’es fou !? La gentillesse des Portugais, les succulentes pasteis de natas, la francesinha -croisement improbable entre un croque-monsieur et la poutine-, pasteis de bacalhau... Plutôt Rebsamen ou Chevènement ? Chevènement ! Il a démissionné deux fois de son poste de ministre par conviction et parce qu’il n’était pas d’accord avec des décisions prises au-dessus de lui. Pour ça, respect ! Un festival de musique que tu jalouses secrètement ? Le Hellfest, mais je ne crois pas que ce soit un secret… Je suis bluffé par ce qu’ils ont réussi à créer en 10 ans. Rien n’est laissé au hasard dans le confort du festivalier et dans la déco. Quant à la musique, avec 150 groupes à l’affiche sur trois jours, tout le monde y trouve son compte ! Et moi plus particulièrement sur la scène Valley (stoner, doom, psyché, drone).

Un bon bar et un restau à Dijon ? Un bar avec une belle ambiance : le Salsa Pelpa sans hésiter ! Pour ce qui est des restaurants, le Speakeasy place du Marché et La Place, place de la République. File-nous un bon spot pour pêcher dans le coin... Forcément, un bon pêcheur ne divulgue jamais ses coins de pêche ! Mais il faut savoir que la Côte-d’Or possède de véritables trésors d’un point de vue halieutique. Je peux quand même vous conseiller les réservoirs de l’Auxois ! Des endroits très sympas pour se ressourcer, mais également très poissonneux. Elles sont comment, les Brésiliennes ? Elles ont vraiment le sang chaud. Certainement dû au soleil ! Très honnêtement, il y a de jolies femmes là-bas mais aucune n’arrive à la cheville de la mienne... Elle regarde ce que j’écris depuis tout à l’heure... La dernière série télé que tu kiffes regarder ? Récemment, j’ai encore regardé Californication. Je dois vous avouer que Hank Moody me vend du rêve... 6

Le truc dont tu as le plus honte à Chalon ? Les salles de cinéma, franchement c’est la honte.

Le slogan du 58, c’est « La Nièvre, c’est vital ! » Une explication à ce délire? Si je ne dis pas de bêtises, il me semble que la devise exacte c’est « L’art de vivre en Nièvre, c’est vital ». Enfin moi je dis ça c’est juste pour faire avancer le schmilblick. Balance-nous un excellent spot pour choper du Pokémon. J’appelle mon fils… Mais ce n’est pas comme les champignons ? Il ne faut pas le dire, là ou t’en trouves plein ? Un sourd a été opéré par erreur de l’oeil au CHU de Limoges. Et toi, quel est ton meilleur souvenir dans un de nos centres hospitaliers de la région ? Je touche du bois… Pas d’hospitalisation dans la région depuis 15 années que j’y habite. Bon, la mode du Spritz a été chassée par quel breuvage, sur ta terrasse de café, cet été ? J’espère par le pontarlier ! L’affiche de rêve pour toi à LaPéniche c’est quoi ? Les Ramones, Dj Shadow, No Means No, UNKLE… Avec une petite performance de Philippe Katerine ? Un festival à nous conseiller dans le coin ? Tribu Festival, du 29 septembre au 9 octobre du côté de Dijon.


contributeurs PAR chablis winston photos : DR

Jean-Pierre Goûter et Georgio Armagnac C’est l’enfer de la mode, c’est vraiment super sympa... JP et son pote Giorgio ne sont jamais avares en conseil. Printemps-été, automne-hiver, slip ou caleçon, velours ou fourrure. Le choix d’une fringue, d’une matière, d’une couleur peut changer une vie à tout jamais. Ne fais pas de faute de goût. Écoute ces vrais pros et entraîne-toi sur Kevin, leur modèle préféré, en page 74.

Michaël Sallit Enlevé par des loups quand il avait 4 ans, Michaël a grandi dans les bois du Jura et s’est forgé un mental d’acier dans cet environnement hostile entre bastons avec des ours et baloches à St-Laurent-enGrandvaux. Interdit de toute activité militaire par décision de justice, il a choisi de changer d’arme en maniant le crayon comme d’autres manient la winchester. Il dessine, quoi. Peinard.

Axelle Gavier Les grands espaces, la ride, le ciel, le soleil et la montagne. Le Nevada ? Non, la BFC ! Axelle vit into the fucking wild. Axelle n’en a plus rien à carrer des contraintes de cette société liberticide qui l’empêche de jouir sans entrave. Sa board, son van, son flingue et ce putain de Morvan à l’horizon... Elle a besoin de rien d’autre.

Cédric de Montceau Cédric de Montceau vient de Montceau. Il lui faut bien ça pour s’en rappeler. Qui a dit que la noblesse désargentée du pays minier n’avait pas envie de s’en sortir ? Contre un repas et une bouteille par jour, Cedric va affronter les limites du surnaturel. Sa prochaine mission ? Découvrir qui se cache dans Casimir.

Ridimdim Selecta Monsieur Selecta a choisi d’appeler son fils Ridimdim, soit. Collec’ de survet’ vert-jaune-rouge dans les valises, Ridimdim écume les plus belles places ouachones : Ardèche, Aveyron, Montpellier, le Jura. À la recherche du dernier des rastas blancs : Ras Galak, le seul capable de lui révéler la véritable identité de Riké de Sinsemilia. Une quête.

Patrick Montel Ras le bonbon de Lolo Luyat et du vieux Bilalian, de tous ces biens-pensants qui voudraient t’empêcher de parler à la télé comme dans un PMU de campagne ? Marre de Nelson Montfort qui jette ta collec’ de VHS des exploits de Marie-Jo Pérec à la poubelle ? Envie de fraîcheur Patrick ? À 63 ans, le héros de l’athlétisme français au regard félin sera le correspondant exclusif de Sparse sur toute la compétition de tracto-cross dans la région. Bienvenue Pat’ !

Pierre-Olivier Bobo « La signature Bobo, c’est le coiffé-décoiffé, inventé dans les années 1950. Une technique de coupe qui a tout pour plaire : modernité, entretien sans contrainte et simplicité. Basculés, bousculés, les cheveux éclatent de vitalité et vivent tous les instants de la vie d’un homme pour qu’il ne soit ni tout à fait le même ni tout à fait un autre. » J. Dessange.

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courrier des lecteurs Merci pour toutes vos lettres d’amour ou d’insultes. ÉCRIVEZ-NOUS : CONTACT@SPARSE.FR

Réponse de la rédaction Tu soulèves une question d’hygiène publique. Je ne saurais te dire. Si, au moins, ils avaient des boxers de bain en-dessous, je comprendrais, mais là, la plupart du temps, c’est un simple calecif dont on laisse dépasser négligemment l’élastique... Ça ne sèche pas quand tu t’es baigné et tu chopes des champignons. Il est là le problème, pas dans le burkini.

« Salut grand timonier de la mode. Toi qui connais les secrets du style des jeunes, peux-tu me dire pourquoi, sur les plages cet été, j’ai vu tous ces mecs garder leur caleçon sous leur maillot de bain ? » Stive, Blanzy-la-Fiolle (71)

Réponse de la rédaction Oui, c’est un beau bordel effectivement Martine. Ça sert à ne pas vexer trop les Bisontins, que les Dijonnais ont dépouillé légalement. De plus, il faut laisser des trucs à Besançon sinon ils vont être obligés de tous se déplacer tous les jours à Dijon, voire d’y habiter !!! Encore plus le bordel.

« Bonjour Madame, Alors, on ne comprend plus bien. La capitale, c’est Dijon ou Besançon ? Le conseil régional, son adresse est à Besançon mais il siège à Dijon ? Ça sert à quoi ce bordel ? » Martine, Pontailler-sur-Saone (21)

« Encore moi, Si le problème c’est de déplacer trop les gens, pourquoi on fout pas tout à Dole ? C’est plus simple pour tout le monde, non ? » Martine, Pontailler-sur-Saone (21)

« Wesh ma couille, Juste une petite question : toi, quand tu insultes les gens alors que tu es chez eux, est-ce que tu t’attends à ce que les proprios des lieux te raccompagnent en te claquant la bise et en t’offrant des fleurs ? Non ? Parce que Renaud Lavilenie, visiblement, lui, oui. » Jean-Liam, Poligny (39)

« Salut John Paul Lepers, Dans le dernier numéro de ton magazine, j’ai lu une interview de Doc Gynéco à laquelle je n’ai strictement rien compris. Problème à l’impression ? Y a-t-il une traduction disponible en français ? Merci. » louis-Gaspard, St Vit (25)

« Salut. Vous qui sniffez la tendance comme d’autres des rails de came, que pensez-vous de cette frénésie Pokemon Go ? » Geralda, Avallon (89)

Réponse de la rédaction Bien sûr Martine, comme ça personne de vexé et on pourra se garer à nouveau à Besançon sans se faire rayer la bagnole immatriculée 21. Dole is the new Brasilia.

Réponse de la rédaction Oui, Renaud a craqué. Il a cru qu’il était au meeting de Louvain où les 230 spectateurs sont tous fans de lui. C’est dommage, il n’a pas tenu la pression, syndrome français, le Piolinisme (de Cédric Pioline, le tennisman sans mental), et ensuite il a accusé le public brésilien au lieu d’assumer comme un champion, genre « la neige elle était trop molle ». Nul.

Réponse de la rédaction Non, Louis-Gaspard, mis à part dans la tête de Bruno Beausir aka Doc Gynéco, tout est normal. On lui a posé des questions. Très sympathique bien qu’un peu lent, il nous a répondu un peu n’importe quoi. Il est loin. Reviendra-t-il un jour ? On l’embrasse. Réponse de la rédaction Pour être franc avec toi, je m’en tamponne complètement, ça m’intéresse autant qu’un album de Diplo (qui est pourtant apprécié par d’autres dans cette rédaction). Visuellement, je trouve ça ridicule et je vais jusqu’à trouver ça un peu inquiètant quand ils se ruent tous au même endroit... Après, si ça peut faire marcher voire courir les gens plutôt que de rester assis comme un gros sac dégueulasse devant un ordinateur, pourquoi pas. Mais attention : mettez des casques, les jeunes, une voiture c’est plus solide qu’un homme... Réponse de la rédaction Le sport préféré des jeunes entre 15 et 25 ans, c’est ? C’est ? Le foot ? Nan. La SALLE DE SPORT ! Le moindre gamin de 15 ans se croit dans un film de boules californien des années 2000, où y’a pas un poil et où les mecs sont gavés de protéines, avec les muscles bien gras. Tu vois bien que ce corps ne s’est pas musclé sur des chantiers en soulevant des sacs de ciment. C’est un choix de vie poussé par la volonté de montrer qu’on ne veut pas se faire emmerder. La peur, quoi. La peur de se faire tabasser. En fait, ça sent les ex-victimes du lycée. Le meilleur, c’est quand même celui qui se gonfle, a un calfouette sous son short de bain et joue à Pokemon Go.

« Bonjour, encore moi. Saurais-tu me dire pourquoi cet été, j’ai vu tous ces mecs torses nus, exagérément musclés et épilés ? » Stive, Blanzy-la-Fiolle (71)

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shopping PAR franck le tank Les meilleures offres de la région dénichées sur Le Bon Coin

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Appartement standing proche facs Description : Superbe T1 avec beau volume à deux pas des facs. Commodités extérieures (RU Mansart). Cautionnaire requis, garanties solides. Prix : 300 € / mois Localisation : Dijon Facultés

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Mobylette 103 CRX Description : Vends meule 103 CRX pour faire la course. Modèle Kross, manque les carters, moteur dénouellé (deuxième moteur en kit dispo avec), pistons manquants et radiateur à changer. Pot Ninja installé. Prix : 150 € ferme Localisation : Torcy et Pouligny

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LE TRASH-TALK DE SPARSE

PRÉSENTE

EN DIRECT TOUS LES VENDREDIS 8H-9H PENDANT RÉVEIL CAMPUS, LA MATINALE DE RADIO CAMPUS 92.2 FM ET SUR RADIODIJONCAMPUS.COM CHRONIQUES HONTEUSES, MUSIQUES DÉVIANTES, GROTS MOTS, AMOUR...

21 du 12 au 19 novembre 2016


Dimanche 24 juillet

l’essentiel

Les Eurockéennes et le Festiculles sont passés. Attention toutefois, amis DJs, votre charisme solaire peut vous attirer des désagréments ; ainsi de cette groupie qui, à Toulouse, a tenté d’émasculer son idole après avoir été congédiée par lui.

par TONTON STÉPH et CHABLIS WINSTON

Lundi 25 juillet

Des dizaines de baigneurs, au lac de Malsaucy, à Belfort, s’en sortent avec les symptômes de la gastro ; aucune trace de toxine détectée officiellement cependant y a-t-il une certaine chaîne de pizza par là-bas ? Ou sont-ce les séquelles tardives des plats utilisés peu de temps avant, au même endroit, lors des Eurocks?

Lundi 11 juillet

Le député-maire d’Asnières est condamné pour avoir prêté gracieusement sa mairie pour le tournage d’un film érotique. Merci qui ? À quand un boulard avec vue sur la place de la Lib ? Le même jour, le musée d’Auschwitz demande officiellement à Nintendo de ne pas géolocaliser le camp pour le dernier jeu Pokémon Go. Le telescopage de certains mondes surprend, parfois.

Mercredi 27 juillet

Le plus grand mangeur de cancoillotte en a bouffé 2,5 kg lors du concours à Larians-et-Munans dans le Doubs. Chapeau l’artiste !

Jeudi 28 juillet

Jeudi 14 juillet

Des habitants de Fontaine d’Ouche appellent au secours leur député Laurent Granguillaume pour qu’il mette fin à des rodéos en moto... Fini Fast and Furious, fini la ride, Lolo siffle la fin de la récré avec une propo de loi.

Gros rassemblement de dresseurs ce soir au Lac Kir #PokemonGO #Dijon #LacKir, ça s’est enjaillé, apparemment, lors du feu d’artifice du 14 juillet. Plus qu’à celui de la veille à Chevigny où plusieurs personnes se sont pris les fusées dans la gueule et ont cramé. C’est aussi le jour où George R.R. Martin est aperçu Chez le Bougnat, rue Berbisey à Dijon. OKLM.

Vendredi 15 juillet

Vendredi 29 juillet

Les âneries continuent de plus belle, avec l’organisation du premier meeting Pokémon au jardin Darcy, et la proposition d’emploi d’une entreprise nantaise, qui cherche son premier dresseur de bestioles chargé de recruter d’autres dresseurs ; il n’en faut pas plus à un habitant de Haute-Saône pour encastrer sa caisse dans un muret. En jouant à quoi ? Putain...

Nice. Envie de gerber.

Samedi 16 juillet

Marvin Martin, le nouveau Zidane de Sochaux en 2010, signe au DFCO. Boum. La frénésie Pokémon Go sévit dans le monde entier ; il s’agit d’un jeu en réalité augmentée sur les smartphones qui rend zinzin un peu tout le monde. L’histoire ne dit pas si c’est ce qu’a plaidé un petit masturbateur interpellé devant les douches – du lac Kir, toujours. The place to be.

Lundi 1er août

Ben d’ailleurs, Rebsamen nous apprenait fièrement la veille que Dijon devenait « zone touristique internationale », ce qui signifie que les magasins du centre pourront ouvrir leurs portes le dimanche. Prends ça, Beaune. Prends ça le droit du travail. Prends ça, la supérette du coin.

Mardi 2 août

Des millions auraient été accordés à Johnny, Zazie ou Aznavour par le biais d’une subvention au soutien de «jeunes créateurs » ; la plus subventionnée serait, avec 184 000 euros, Chimène Badi. Il y a donc une justice en ce bas-monde, non ? Le même jour, peut-être concerné par ce qui précède, un sexagénaire annonce son suicide dans une lettre et... part faire la sieste.

Mardi 19 juillet

Au calme, un sanglier surgit de la mer quelque part en Pologne et fait plusieurs blessés. Prends ça, Obélix. Ailleurs, à Nice, un dégénéré écope de dix mois ferme pour avoir essayé de revendre les objets des victimes de l’attentat. Prends ça, la dignité !

Mercredi 20 juillet

Tu feras tout de même gaffe en fumant un gros tarpé sur Periscope : un amateur de ganja ayant été ainsi relié en direct à une gendarmerie qui l’a identifié et interpellé. Prends ça, Serge Aurier.

Mercredi 3 août

Un Américain gagne trois millions au loto et réinvestit le tout pour lancer un vaste trafic de drogue en Géorgie ; résultat des courses, il encourt désormais la prison à vie. Prends ça, Breaking Bad. Il n’en fallait pas plus au responsable des ressources humaines d’un Auchan de Tourcoing qui licencie une caissière pour une erreur de 85 centimes.

Vendredi 22 juillet

64 nouveaux migrants arriveraient en Bourgogne en cette période de tension liée aux attentats, au grand dam de la droite de Sens, où le député « républicain » Guillaume Larrivé demande à Cazeneuve d’annuler la décision. Guillaume Larriviste ? 14


Dimanche 14 août

Teddy Riner est champion Olympique et héros de tout un peuple seulement après 4 combats contre des fantômes... Imposteur.

Jeudi 4 août

Le dernier fabricant de magnétoscopes au monde jette l’éponge. Envie de chialer. Il est bien loin le temps où tu allais pécho Ghostbusters ou Retour vers le futur 2 au vidéo-club de Tavaux, ouais, à côté du Super U.

Mardi 16 août

Après avoir dit des Brésiliens qu’ils étaient un « public de merde » et s’être comparé à Jesse Owens sifflé par les nazis en 36, Renaud Lavillenie s’étonne de se faire siffler par tout le stade en montant sur le podium. Et chiale. Et oui bonhomme, t’es pas au meeting de Zurich, ici.

Vendredi 5 août

Les journalistes du Tadjikistan devront réfléchir à deux fois avant d’écrire un article. La commission de la langue de ce pays d’Asie centrale infligera en effet des amendes allant jusqu’à 100 dollars à ceux qui utilisent un vocabulaire que les lecteurs réguliers ne connaissent pas. Bon, ça va, t’arrives à suivre Sparse, FDP ?

Mercredi 17 août

Une députée du parti dégueulasse Forza Italia propose un projet de loi faisant encourir des peines de prison aux parents qui imposeraient une alimentation végane à leurs petits lardons ; en effet quelques Enzo auraient été hospitalisés pour malnutrition.

Jeudi 18 août

Petite annonce affichée sur un poteau à Besak : « Je promène vos Pokémons ! 10 km = 5 euros, chaque lundi après-midi, dépôt entre 12h et 14h, reprise entre 16h et 20h, rue Battant ou lieu à convenir, 07.61.78.49.06 » – et c’est vrai qu’il s’en trouve, des Pokémons atypiques, du côté de Battant... Rien à voir, quoique, à Toulouse, un pro du porno est écroué pour avoir recruté une gamine de treize ans pour un de ses « castings ».

Samedi 6 août

Kanye West tient à préciser dans le magazine The Source dont il fait la couv’ qu’il est sérieux quand il affirme souhaiter être candidat aux présidentielles de 2020. Après Reagan, DupontAignan et Trump, tout est permis, après tout. Champion, toujours : à Rennes, un dealer plein de discernement a la bonne idée de proposer de la cocaïne à des policiers.

Vendredi 19 août

Victime d’une embolie pulmonaire, un conducteur est sauvé par sa Tesla dont l’autopilote l’a conduit à l’hôpital. Imagine un peu ce bel avenir lorsque Kit te déposera devant ton pieu après tes lamentables soirées à te gorger de planteur.

Dimanche 7 août

Première intoxication à Rio pour une concurrente ayant avalé l’eau de la baie... Pavillon bleu pour vous. On apprend aussi que le groupe IAM passera au Zénith de Dijon pour la modeste somme de 56 boules. De quoi payer la pré-retraite avant d’intégrer âge tendre et tête de bois.

Samedi 20 août

Tout fier de son parti En marche !, Emmanuel Macron annonce travailler les thèmes de l’Islam et de la laïcité avec l’écrivain Abdelwahab Meddeb. Très belle initiative, juste ternie par le fait que celui-ci serait décédé depuis le 5 novembre 2014.

Lundi 8 août

Afida Turner, de Loft Story 2, prend la parole : «RAS LE ASS DE ARCHARNNEMENT DONALD TRUMP AU USA : JE NE SUIS PAS POLITIC ET LOIN ETRE POLITEMENT CORRECT MAIS IL FAUT LUI RECONAITRE SON COURAGE ET SA BRAVOUR SEULE CONTRE TOUT LE CLAN CLINTON AND OBAMA ENOUGH. MUCH LOVE AND RESPECT TO DONALD TRUMP QUI A DES BALLS ! MAIS SI IL ETAIS LE MAIRE A NICE NOS 80 INNOCENTS N AURAIENT PAS PERDUS LA VIE A MEDITER CRUEL SUMMER ! JE SUIS ANTICONFORMISTE ET HOMOLOVE ! » Voilà, voilà.

Dimanche 21 août

Yohann Diniz, le coureur français, se fait caca dessus aux JO.

Jeudi 25 août

Mardi 9 août

On ne peut plus s’habiller comme on veut. Fini le survet’/cagoule sur la plage. Arrêtés anti-burkini en pagaille. Qui ça emmerde un burkini, sérieux ? Tant qu’on peut encore se foutre torse nu aussi. Par contre, on peut continuer à mettre des sarouels, des jeans skinny et il n’y a pas de loi contre ça.

Le champion du jour manque de mourir ensablé dans le propre trou qu’il avait creusé dans une place des Landes pour déconner. Puisque cela semble être un concours, un autre est hospitalisé après dix jours d’attente de sa dulcinée chinoise dans un aéroport, celle-ci n’ayant jamais cru que cet Européen amoureux transi traverserait la planète pour venir la voir.

Mardi 30 août

Le rédac’ chef adjoint du Bien Public nous sort un petit billet d’humeur au vitriol (coût trop important du travail en France, saloperie de socialos), colle sa langue dans la raie du MEDEF et rencontre un petit succès sur le web, forcément. Problème : ce qui y est écrit, c’est n’importe quoi. Les chiffres sont faux. Il s’est fait épingler par Le Monde. Le web se moque de lui. Il le mérite. // T.S. & C.W.

Jeudi 11 août

Une petite famille aurait joué sa destination de vacances aux fléchettes et aurait atterri à... Nevers. Les cinq membres de cette famille ont adoré la destination. « C’était très sympa, on a vu un peu la ville, les alentours et puis on a beaucoup joué aux cartes ». Tu m’étonnes ! 15


légende

J’irai pisser sur la côte par Cédric de Montceau photos : Cédric de Montceau Recherche et archive : Stéphanie Legnaro

Un petit bout de monde bourguignon à l’envers, la montée qui descend. Diablerie ? Miracle ? Faille gravitationnelle ou encore un complot de la CIA ?

S

avigny-lès-Beaune, c’est une commune du 21 posée entre la Montagne de Corton et celle de Beaune. À 5 km au nordouest de la ville aux Hospices. Gros spot à pinard, entre Pommard et Ladoix-Serrigny. Si tu passes par là-bas avec la faim et la soif, t’es foutu… ou béni des dieux ! Mais ce ne sont pas les vins « nourrissants, théologiques et morbifuges » du terroir savignien qui ont retenu mon attention. Non, ce village a toujours sonné à mes oreilles comme un lieu magique. Un endroit de Bourgogne qui cache pudiquement à sa frontière sud une route mystérieuse. La montée qui descend. Une côte, qui, en fait, descend. Depuis gamin, j’entends parler de cette route enchantée. Y’aurait-il des druides et des sangliers d’or, voire la Dame Blanche perdue une nuit de pleine lune sans son gilet fluo de sécurité ? Je décide de mettre à l’épreuve mes délires de gosse. La réalité brutale et prosaïque du monde est adulte. Elle se lave les mains du folklore bucolique et surnaturel. Rendez-vous à la mairie de Savigny-lès-Beaune pour éclaircir le sujet et tuer mes derniers

temps qui vous éloigne du bourg et du fantasmes de morveux. Louis Chenu, vignoble. Un chemin vicinal qui relie adjoint à la voirie, m’accueille dans une la petite cité bourguignonne à Bouzemairie flambant neuve. Lumineuse. lès-Beaune. La curiosité est située là, L’homme charpenté l’est tout autant : sur une portion de route montante. le regard azur, les cheveux blancs et des La route de Bouze. Le paysage végétal paluches calleuses qui ont du lever pas est dense et généreux comme un mois mal de vignes. Aussitôt il me lance : d’août. Rien d’extraordinaire à priori ! « Je vous préviens tout de suite, c’est Mais c’est en se mettant dans le sens une connerie ! ». Il sait déjà de quoi je inverse que le décor change d’allure. suis venu parler… L’enfant au fond de moi se déchire. Les farfadets et le dahu sont « Je vous préviens tout de suite, dévorés tout cru c’est une connerie ! » Louis Chenu, dans l’instant. « Maurice Vollot adjoint au maire de Savigny-lès-Beaune vous en aurait mieux parlé Devant moi la voie magique donne que moi, mais il n’est plus là. Il aurait l’impression de monter. J’enlève le frein eu plein de choses à vous raconter! ». à main, et laisse la bagnole au point Bon sang, l’alchimiste qui s’occupait mort. La voiture avance dans le sens de de l’affaire s’en est allé. Un coup des la montée, toute seule, sans les mains, illuminatis ? Une franc-maçonnerie le véhicule file doucement au sommet. obscure ? Un enlèvement par les Effet garanti !  Sur le moment je me dis extraterrestres ? Le sage est parti avec son savoir sans rien laisser à la postérité. que c’est l’endroit idéal pour faire le beau en vélo ou bien faire une partie de Le secret est dans sa mémoire. Paix pétanque surréaliste et absurde. Bref, la à son âme. «Le mieux, c’est d’aller route monte à mes yeux, mais descend voir ! » Mon guide m’invite à le suivre. pour la règle universelle de la pesanteur. Nous nous rendons sur le site. Une Mystère. Le monde est à l’envers. route communale étroite et usée par le 16


Alors, c’est dans quel sens que ça monte ?

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Pour apprécier le spectacle à 100% et démonter les théories fumeuses, l’exercice consiste à bien regarder ce que l’on a devant soi. Sur la droite, l’A6 dégueule son flux d’automobiles pressées, sur la gauche un petit chemin descend franchement puis la forêt s’épaissit. En face, au milieu, une douce montée fend le paysage sans horizon. C’est elle, La montée qui descend. L’œil envoie une image erronée à cause de l’environnement. La perspective de la végétation alentours joue également son rôle dans la perception du phénomène. Depuis l’endroit où est placé l’observateur jusqu’au point de fuite, la route ne fait que monter. La configuration est idéale pour vous la faire à l’envers. L’absence d’horizon brouille vos rapports avec la verticalité. Difficile de juger la pente d’une surface dans ce cas. Les objets que l’on pourrait normalement supposer être plus ou moins perpendiculaires au sol (comme les arbres) peuvent effectivement être penchés, compensant la référence

De nuit, ça fait encore plus flipper.

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visuelle. Champ magnétique ? Anomalie gravimétrique ? Pas du tout, c’est une illusion, un vrai effet d’optique, ni plus, ni moins. « L’autoroute a été construite en 1970, c’est depuis ce temps-là, que ça fait parler. Dans les années 80, il y avait pas mal de monde qui venait voir cette escroquerie. À l’époque, on avait même voulu mettre un panneau avec écrit dessus: piège à cons en chinois… mais ça n’a pas été voté au conseil municipal ». Louis Chenu est perplexe quant à mon intérêt mais amusé par ma curiosité. Il me distille ses petites infos entre deux évocations de ses douleurs corporelles et la dégradation du monde actuel. « Sans compter que les vendanges vont êtres maigres cette année ! Une catastrophe. On n’a pas vu ça depuis un bon moment». En partant on me laisse entendre que l’origine de la découverte est presque honteuse. « C’est un groupe de Bordelais qui faisait la tournée des caves qui s’en est rendu compte. Ils avaient bien goûté les produits locaux. L’envie de vider leur vessie était pressante


Ça me paraît clair, non ?

et inévitable. Ils se sont arrêtés sur cette route et voilà… » C’est donc un pipitémoin de Bordelais qui a créé le mythe bourguignon. Damned ! Ce genre de phénomène se retrouve dans bon nombre de coins du globe. En France, la plus célèbre et la plus spectaculaire se trouve à Lauriole dans l’Hérault, entre Carcassonne et Béziers.

est une colline hantée par des fantômes. Bullshit ! Malgré mon esprit aérien et mon goût assumé pour l’irrationnel, je reconnais l’effet d’optique volontiers. Mais la magie subsiste parce que ça fonctionne pour nos petits cerveaux d’humains. Alors peu importe que ce soit une «connerie», il y a bel et bien un phénomène. Un phénomène de perception. Une hallucination C’est donc un pipi-témoin collective tangible. de bordelais qui a créé Quand la nature et les constructions des le mythe bourguignon. hommes s’accouplent, il arrive parfois qu’elles donnent naissance à de petites curiosités On en trouve aussi dans la Loire. À joyeuses dans notre paysage. Donc l’étranger par exemple, on en réfère lors d’une escapade gourmande en notamment au Bom Jesus à Braga chez amoureux, d’une descente de cave entre nos amis portugais et au Pakistan à potes, d’un dimanche merdeux ou d’un Ladakh. Au Quebec, à Chartierville ou à jour de vacances où il faut occuper les Moncton dans le Nouveau-Brunswick, gosses, tentez l’expérience de La montée The Magnetic Hill préfère assurer le qui descend. C’est gratos ! // C.D.M mystère en prétextant une anomalie magnétique due à une concentration de minerai. En Floride, The Spook Hill

L’été en pente douce.

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Les 15 et 16 juillet derniers on a quitté la Bourgogne pour aller au Nord. Non pas du côté de Roubaix mais le vrai Nord, pas très loin de la frontière russe et à quelques dizaines de kilomètres du cercle polaire dans la petite ville finlandaise d’Hyrynsalmi. C’est là qu’a lieu depuis 18 ans la folie de la Coupe du monde de foot en marécage. Immersion dans ce vaste n’importe quoi de moustique, de bière et de boue...

Le foot n’est pas un sport populaire en Finlande. Il est relayé aux

activités de seconde voire, de troisième catégorie derrière le royal hockey sur glace. Dans ce pays lointain et méconnu où il fait froid et où il pleut beaucoup on aime parfois faire n’importe quoi. On pêche par moins vingt degrés, on fait des concours d’air guitare, des dinosaures en peluche font du heavy metal pour les enfants et même des fois on fait des compétitions de lancer de téléphone portable. Bref, on a des idées brillantes en Finlande et on sait s’amuser. Il pleut des cordes depuis le matin. La

On croise les premiers joueurs et joueuses. Ils sont des dizaines couverts d’une boue noire et humide.

route a été longue pour gagner cette petite ville qu’est Hyrynsalmi. En Finlande il n’y a pas d’autoroute. Il faut donc se cogner les nationales avec le risque non négligeable d’éclater un renne ou un orignal au passage. Alors que nous arrivons aux abords de notre destination la pluie commence à se calmer. Au même moment apparaît un

grand panneau indiquant les marécages où a lieu la compétition. Il faut tourner à droite et emprunter une piste de terre battue à travers la forêt. Après une dizaine de kilomètres dans la cambrousse nous arrivons enfin au parking. Il a fallu faire 3500 km depuis notre belle Dijon pour arriver à bon port. On croise les premiers joueurs et joueuses. Ils sont des dizaines couverts d’une boue noire et humide. Ils portent les couleurs de la Finlande, de la Russie, de la Suède, de la Pologne et de l’Ukraine. Aucune équipe ne représente les nations du sud. Aux abords des parkings où s’alignent de nombreux bus se trouvent d’immenses citernes d’eau. Les joueurs ont le droit de se rincer une fois les matchs terminés. On se gare et on emprunte un petit sentier à travers les sapins et bouleaux. Sentier vite remplacé par des passerelles de bois où il est difficile d’avancer à deux de front. On entre dans les marécages. Pour le coup c’est un vrai marécage. Pas la mare de boue qu’il y a parfois sur les terrains en extérieur. Une vingtaine de terrains s’aligne alors devant nous. Ceux-ci sont délimités par des herbes hautes. Chaque terrain fait une vingtaine de mètres de long et, autour d’eux s’agglutinent des centaines de joueurs. Des clameurs en finnois, en russe et en suèdois fusent aux quatre coins du marécage. Il règne sous la pluie qui vient de se remettre à tomber une franche ambiance de camaraderie et de bonne humeur. On se rapproche de la tribune officielle pour choper une bière sous les drapeaux qui claquent au vent. Cela nous permet de passer devant

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le tableau des résultats. Au total ce sont plus de deux cents équipes qui se sont affrontées pendant deux jours. Cela représente à peu près 3000 joueurs. Tu te diras sans doute qu’il y a quinze joueurs par équipe ? Et bien non. Il faut être six minimum dans chaque équipe mais une équipe peut compter autant de joueurs qu’elle le souhaite. On s’approche de la finale féminine. C’est la Finlande qui affronte la Russie dans la catégorie « professionnelle ». Oui, même si le spectacle qui se déroule sous nos yeux est un vaste n’importe quoi, il y a quand même des règles et beaucoup d’organisation. Chaque équipe peut s’inscrire dans une catégorie : féminine, masculine, mixte avec les sous-catégories : professionnelle, business et fun. De chaque côté du champ de boue, les joueuses sont posées sur les bancs de bois. Les cheveux en bataille, les vêtements collés par la pluie et recouverts de boue elles jurent et s’insultent gentiment. Comme dans tout sport qui se respecte, l’arbitre prend super cher. L’ambiance est très bon enfant. On rit autant qu’on jure. Sur le champ de bataille les douze joueuses s’efforcent de courir après le ballon. La profondeur de la boue semble très inégale et courir dans celle-ci est un effort éprouvant. En voyant les joueuses se rouler dans la boue on pourrait croire qu’il n’y a pas vraiment de technique ou de stratégie. En fait si. La boue est


reportage

par jĂŠrĂŠmie barral photos : j.B.

HOu la gadoue, la gadoue, la gadoue...


Même pas de quoi se payer un flocage (6 euros chez Décat’).

Russie, on bouge assister à la petite finale masculine qui oppose deux équipes finlandaises. Le résultat est en train de se déterminer aux tirs au but. Le gardien est enfoncé dans la boue jusqu’à la ceinture et galère à arrêter le tir calibré de l’attaquant adverse. Sur une électro un peu sale on retourne vers les tribunes assister à la finale masculine « professionnelle ». Elle oppose deux équipes russes : les bleus et les oranges. La plupart des joueurs sont des colosses qui se hurlent dessus tout en riant de leur voix grave. La bonne humeur règne en maître dans les tribunes et sur le terrain même si on ressent qu’il y a quand même une question d’honneur en jeu. Il ne se passe pas grand chose dans

souvent moins profonde sur les côtés du terrain. Le centre du terrain est donc minutieusement évité. Chaque dégagement doit être fait en hauteur. La boue amortit le ballon et il ne peut donc pas rouler. Cela demande beaucoup de précision et d’attention. Quoi qu’il en soit, voir des mecs et des nanas tomber dans la boue et galérer après un ballon fait beaucoup rire le public et les joueurs. Il y a parfois des moments d’éclats où les actions s’enchaînent. C’est alors la cohue entre les joueurs et de la boue vole en tout sens. Les chutes sont courantes et malgré la violence du sport il n’y a que très peu de blessés. La vase amortit les chocs. Alors que la Finlande est en train de perdre face à la

Je rêve où il y en a qui sont propres ?! On voit très clairement que le 19 orange n’a rien branlé pendant ce match.

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cette première partie du match. Le ballon fait des allers-retours de chaque côté du terrain et aucune équipe n’arrive à prendre l’avantage. La mi-temps arrive bientôt et les joueurs en profitent pour partager quelques bières. L’une des règles fondamentale du Swamp Soccer est l’interdiction de retirer ou de laver ses chaussures à la mi-temps. Par contre tu as allègrement le droit de te la coller en jouant. Ici pas de contrôle de dopage. Maradona aurait peut-être une chance de retrouver ici son prestige d’antan.

Le match reprend bientôt sous la pluie.

Saint-Pétersbourg se montre alors beaucoup plus agressif. L’arbitre siffle régulièrement et les touches et corners se font réguliers. Bien que Mourmansk ait souvent la balle, Saint-Pétersbourg reprend l’avantage grâce à son capitaine, un colosse d’au moins 140 kilos. Ses puissants dégagements envoient à chaque fois la balle du côté des cages de Mourmansk où des ailiers rapides essayent de marquer. Mourmansk a du mal à contenir la frénésie de Saint-Pétersbourg. Sur

Interdiction de retirer ou de laver ses chaussures à la mitemps.

un élan défensif, l’un des joueurs de Mourmansk veut faire une passe au gardien pour lui permettre de faire un dégagement. Le gardien s’élance vers le ballon mais la boue le rattrape et il s’affale de tout son long dans un éclat de rire généralisé du public et des joueurs. Le gardien de Mourmansk n’arrive pas à récupérer la balle et elle termine sa course dans les cages. Mourmansk vient de marquer contre son camp à cause d’une passe ratée. Ce manque de chance porte un profond coup de désespoir à Mourmansk qui n’arrive pas à trouver l’énergie pour équilibrer le score. Le match se finit bientôt. Saint-Pétersbourg est championne du monde de foot en marécage pour cette année 2016 ! Les deux équipe finalistes se dirigent

alors vers les saunas éphémères pour partager un verre et se laver. Le temps de ranger le marécage les joueurs partent se poser dans leurs campements respectifs. Les résultats et les festivités sont donnés le soir-même, à une trentaine de kilomètres, à Ukkohalla, un complexe hôtelier et parc naturel. Là, des mecs se mettent bien en tapant du surf sur le lac et les techniciens finissent les balances des différents groupes du Swamp Rock, le festival de clôture de la Coupe du monde de foot en marécage. La Russie célébrera sa double victoire, féminine et masculine, jusqu’au petit matin. La compétition est vraiment pour le fun. Les seuls qui ne sont pas aux anges de ce week-ends sont ceux qui ont laissé leur pompes dans la boue avec une cheville ou un tibia au passage. C’est le jeu après tout. Franchement, c’est pas que du bonheur ? Faire le mariole dans la boue pendant deux jours, des joueurs adorables des quatre coins de l’Europe, des bières sous la pluie et un festival à la cool pour terminer une compétition d’humour et de bien-être ? // J.B.

« Hey les gars, je crois que j’ai perdu ma chaussure ».

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M

rencontre

par martial ratel illustration : pierre roussel photos : louise vayssié

essire tu n’existais pas... La rencontre avec une légende est toujours quelque chose d’impressionnant. Le Messire entre dans cette catégorie. Depuis 39 ans, ce bar de nuit étonne, intrigue, fait fantasmer. D’ailleurs Sparse, dans des numéros précédents, a jeté quelques œillades aux canapés léopard de l’établissement dans la page mode ou pour un roman photo. Longtemps quasi seul dans la catégorie « bar encore ouvert après minuit », Le Messire est rattrapé par son époque. Le public change, les patrons prennent de l’âge mais tiennent toujours clairement le haut du pavé de la rue Jules Mercier. Rencontre, en terrasse, à l’heure de l’apéro avec Marie-Rose et Joël Jacques, les tauliers, entre parlé à l’accent bourguignon et gouailleur, anecdotes et histoires du lieu. Une interview ponctuée tout du long, par de très nombreuses interpellations, non relevées ici, à des voitures, habitués, commerçants, badauds et habitants du quartier passant à proximité de la terrasse.

Les gens pensaient que c’était un bar militaire. On avait beaucoup de gars de la musique de l’Air. Ils ne bossaient que le matin et l’après-midi ils étaient... au Messire.

Vous faisiez quoi avant d’ouvrir le bar ? Joël : J’étais imprimeur à Dijon. Pendant 15 ans, imprimeur à la chocolaterie Lanvin, pour les emballages d’impression. Mon imprimerie déménageait dans la région parisienne. Je n’ai pas voulu y aller alors j’ai vendu ma baraque et j’ai acheté Le Messire. Ma femme qui travaillait aussi chez Lanvin est venue me rejoindre au bout d’un an ou deux. Depuis 1939, c’était une buvette, ça s’appelait La Buvette des Ducs, d’ailleurs officiellement ça s’appelle encore comme ça. Il n’y avait que la première salle et on a rallongé petit à petit. On n’avait personne de notre famille dans les bistrots, moi même, j’bois pas.

Vous étiez quasiment les seuls à avoir un bar qui ouvrait tard. Joël : C’était pas la mode. Comme on bossait pas la journée, il fallait bien qu’on bosse un jour (rires). On n’a jamais démarré la journée. Vous aviez choisi tout de suite de faire un bar à cocktails ? Joël : Assez rapidement, oui. On voyait qu’on ne faisait pas de sous... Très vite, au bout de 2-3 mois on a changé. Alors, j’ai acheté les bouquins, on a été voir à Paris dans les bars de nuit. Pour les whiskys, j’ai appris aussi. Moi, je les goûte comme ça (il tire la langue comme pour tremper dans un verre). Marie-Rose : Il n’en boit pas. C’est moi qui bois des whiskys. J’adore. J : On a acheté des bouquins. Une fois que t’es dans le truc, tu sens bien ce qui va et ce qui ne va pas.

Pourquoi ce nom ? Joël : Parce que Mon Seigneur, on est dans le quartier des Ducs de Bourgogne. On voulait taper dans du haut-de-gamme pour faire un peu de sous... Au début, on n’a rien tapé du tout. On a tapé dans les militaires. Y’avait que du militaire là-dedans : du 602, de la Base. Ils étaient en goguette, en perm’... Ils n’avaient rien à branler. Même quand ils étaient en service, ils venaient. Des fois, il y avait 3-4 jeeps devant.

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Le palais de la panthère. Cette photo a été prise en 2016..


Autour du bar, il y a une aura, des légendes. On m’a même dit qu’il y a des « chambres » au-dessus. Joël : Oui, il y en a qui disent ça. Je ne sais pas pourquoi. M-R : On a une hôtesse, c’est elle (en montrant le chat qui roupille à côté de nous). C’est depuis le début qu’on dit ça. J : Oui, c’est vrai, souvent, il y a des vieux en costumes qui demandent s’il y a des hôtesses. M-R : Moi j’étais lesbienne. Toi tu étais PD. On a tout eu. J : Tu ne peux pas empêcher les gens de parler. Alors que même avant, il n’y avait rien comme ça. C’était la mère Alòs, une vieille dame espagnole qui tenait ça. C’était le personnel de la mairie qui venait ici. M-R : Et puis là-bas, au bout de la rue, c’était les bouchers. J : Ils venaient tous là, c’était leur buvette. Et aussi, le personnel de la mairie. C’était des prisonniers qui faisaient le ménage à la mairie. À l’intérieur, ils ont peint un mur, derrière la glace. Je n’ai pas enlevé leurs écritures. Il y avait aussi un trou dans le plancher à l’étage. On l’a bouché, c’était sa cuisine, elle regardait par le plancher pour savoir qui entrait dans le bar.

Et cette décoration léopard... Joël : Ah ça, c’est un décorateur qui s’appelle Maurice Billa. Il avait choisi ça parce qu’il disait que ça correspondait bien à la clientèle : les colonies, l’exotisme... Avec les vieux militaires. J’en ai même qui sont morts ici. Y’en a un qui est mort dans le taxi. Comment ça ? Joël : Le taxi venait le chercher. Il l’a emmené et puis après il me le ramène en disant « Qu’est-ce que j’en fais ? Il veut pas descendre.» (rires) Je le touche, il bougeait plus. C’était un vieux légionnaire. Il est mort d’usure. Même le curé quand il l’a enterré, il a dit qu’il venait tous les soirs raconter sa guerre d’Indochine au Messire. (rires)

« Souvent, il y a des vieux en costumes qui demandent s’il y a des hôtesses. » Votre clientèle a changé depuis ce temps. Joël : Maintenant ce sont les jeunes : 18, 25 ans. Des gonzesses seules aussi. Marie-Rose : Personne ne les embête. Elles ont envie de discuter, de passer une soirée entre femmes, entre filles. J : On a aussi des couples en fausse perm’ qui viennent se planquer. (rires). Un jour, un groupe de jeunes était au bar, il y avait un couple au-dessus, puis tout d’un coup le gamin y dit « Ben, maman qu’est-ce que tu fais là ? » (rires) ça, c’était triste... Maintenant, on a les enfants des parents qui venaient là avant. Et ils font les mêmes conneries que leurs parents ! J’en ai un qui laisse toujours des notes, comme le père il y a 40 ans...

Depuis combien de temps il y a écrit piano bar sur votre vitrine ? Y’a pas de piano à l’intérieur... Joël : Oh ! Depuis les années 1990 parce qu’il y a eu un piano à l’intérieur. Un pianiste qui jouait bien, Philippe Poisse, un bon pianiste, hein ! On m’a dit qu’il était revenu sur Dijon. Un jour, il vient, il veut jouer. Moi, je veux bien mais j’ai pas de piano. Il me dit « je t’en trouve un, t’inquiète pas ». Il m’emmène un piano. Il joue pendant 6 mois, un an. Puis, hop ! Il s’en va... Disparu ! M-R : Plus vu, hein !

Avec la proximité de la mairie, les politiques viennent s’encanailler ici. Joël : Jamais ! Il n’y a que le secrétaire de Poujade qui venait régulièrement. Il mangeait dans mon assiette le midi. Une fois devenu le patron de la foire, il tournait la tête ! On se disait pourtant bien bonjour et puis, il est devenu indifférent. On avait des fois le midi des employés de la mairie. Avant qu’ils ne déménagent. Plusieurs fois, y en a qui me disaient : « Comment on fait pour se faire servir ici ? » Moi, je dormais, je faisais ma sieste après avoir mangé. Vous avez conscience que votre bar est devenu une institution à Dijon ? Marie-Rose : Oh, bah, oui. J : Oh, je sais pas... On le dit, on le dit. Mais ça ne nous avantage à rien. (rires) M-R : Ça nous fait plaisir quand même. J : Quand quelqu’un te le dit, t’es content, ça récompense... C’est moral, c’est tout, mais c’est pas pécunier.

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Chemise à lacets pour Joël, le tenancier.

J : Il était parti en Bretagne, plus de nouvelles, plus rien. Et le piano qui reste là. C’était devenu un meuble de décoration. Une fois ou deux, des gens ont joué dessus. Et puis, un beau soir d’hiver... Oh, il tombait de la neige, il n’y avait personne. Un gars vient au bar, boit un coup et il me dit : « Un beau piano. On n’en voit pas beaucoup comme ça... ». Et puis moi comme un con, je lui raconte l’histoire. « Moi, je suis marchand de pianos à Besançon , dit le gars, j’en ai 2, 3 dans la nature. Si ça se trouve, il est a moi ». Il sort son carnet, on a démonté le capot... et c’était les mêmes numéros de série ! Enfin, il a été gentil, comme il était content, il a payé une bouteille de champagne. Un meuble en moins ! M-R : Il n’est jamais revenu voir si le piano était toujours là. J : Oh ! Il s’en fout le Philippe, c’est un aventurier. Les musiciens, ils sont un peu écervelés, ils sont comme ça les artistes... De toute façon, il faut être un peu bargeot pour lire le solfège. (rires). M-R : Fantaisiste, moi, je dirais... J : En artiste, maintenant, on a le Consortium, l’art contemporain, là. Toute la bande, ils viennent ici quand il y a un vernissage, avec les artistes. M-R : Ils sont nombreux... J : Ils viennent à 100. Il y en a autant dans la rue que dans le bar. Ils viennent, je ne sais pas pourquoi.

Et depuis le temps, vous n’êtes pas fatigués ? Joël : On n’a jamais été fatigués. Y’a des jours où on fout rien. On passe la journée assis à regarder la télé ou à discuter avec deux clients. M-R : On adore ça ! Et puis, on aime bien les gens... // M.R.

Joël se lève pour aller chercher un article de presse encadré dans lequel Eric Troncy, un des boss du Consortium, vante le bar pour sa déco, son ambiance etc. 27


diaporama par MARTIAL RATEL PHOTOS : vincent arbelet

Dijon

béton

Quelque part dans la périphérie de Dijon, un atelier béton-soudure s’est installé. Depuis mi mai, dans une jungle de béton, un skatepark fait avec les mains, Do It Yourself, pousse sur de vétustes terrains de tennis. Bordé de friches, où trônait il y a bien longtemps un hôtel aujourd’hui détruit, le spot n’en est qu’à ses débuts. Tout est propre, le sol nettoyé, les graviers balayés, un tremplin en béton est sorti de son coffrage, une table fraîchement peinte s’offre aux wheeling et une barre à rockslide affronte les trucks. « Tu feras gaffe, de ce côté, la soudure a pété ». Charly et Charlo, à l’origine du projet, préviennent les nouveaux arrivants. Maintenant que les premiers modules sont terminés, l’adresse passe de bouche-à-oreille. Des oldtimers, même eux, remontent sur leurs planches pour essayer le nouvel endroit, dire si le lieu était attendu ! Charlo : « Ça fait une dizaine d’années que tout le monde parle de faire ça... Je viens de revenir à Dijon, j’ai eu envie de passer à l’action et d’arrêter de blablater. » Une partie des skateurs dijonnais s’est cotisée pour acheter du matos. « 15/20 personnes ont mis 25 euros » pour que Charlo achète le béton de la table et du banks. Plus que de la thune, c’est la débrouille qui fait avancer le chantier. Charly : « Le père d’un pote à une boîte de... ? Je sais même pas... mais il a un poste à souder. Il est venu avec et on a fixé la barre à slide ». Idem pour les modules façonnés par Charlo : « Oui, j’ai fait ça au pifomètre, sans

modèle mais je savais ce qu’il fallait. Ici, ce qui compte, c’est que tout soit fait par des skaters pour des skaters. On veut un spot où on peut s’éclater, pas forcément des trucs trop gros qu’on ne peut pas rider. D’habitude, dans un park, c’est une mairie qui passe un marché avec un constructeur. D’abord, les mecs se gavent en facturant et ensuite personne ne consulte les skaters locaux pour savoir ce qu’ils veulent, ce dont ils ont besoin. Ici, c’est l’inverse... » Depuis la destruction du park extérieur de Fontaine d’Ouche, jamais reconstruit malgré les promesses municipales, les locaux n’ont plus qu’un endroit digne de ce nom où se rabattre : le skatepark indoor. Sauf que, ouvert depuis 15 ans, le lieu vieillit et les mecs en ont un peu marre de rider les mêmes modules. Pour ce nouveau terrain de jeu, aucune existence légale, aucun plan qui le recense, pas d’asso ou de convention d’occupation des sols : « Personne n’est venu nous voir. Est-ce que ça appartient à un privé ou à une mairie ? Franchement, le terrain est abandonné depuis des années. On gêne qui ? Il n’y a personne aux alentours à part des routiers qui garent leurs camions. » Esprit pirate, rebelle ? Charly : « Pfff, l’esprit pirate ? Pour nous, c’est rester tranquille, caché... On a fait ça pour nous ! » À la rentrée, si le spot tient toujours, deux nouveaux modules de street pousseront sur les lignes blanches. C’est encore Charlo qui moulera les structures, avec sur le bras son tatouage « skate and destroy ». Skate and... design ? // M.R

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Mais ça c’était avant.

Alice ça glisse.

Quelques lignes ne sont pas super droites.

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Kraftwerk was here.

Ollie au dessus d’un prototype de skate de la fin des annÊes 70.

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Jackson Pollock, 2016, « Cheddar or Cheese Burger ».

Flip over Alain (mini) Kirili.

Tout n’a pas été super bien désherbé.

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reportage par axelle gravier PHOTOS : pedro rosa

Board to be wild

Chaque année, en juillet, se déroule le fabuleux free ride de la Pistole, à proximité de Bissy-la-Mâconnaise en Bourgogne du sud. Laisse tomber ton cruiser en plastique et viens descendre avec ton casque intégral. le sport reste moins populaire qu’aux USA mais compte une communauté solide, que tu peux croiser notamment en freeride. Ces « descentes libres » consistent à couper une portion de route à la circulation pour un ou plusieurs jours – cela varie selon l’évènement – pour qu’une bande de joyeux drilles vienne rouler en toute quiétude. Nichée entre bois et vignoble, La Pistole se situe près de Bissyla-Mâconnaise, en Saône-et-Loire et propose un enchaînement de descentes et de virages jugés plutôt tranquilles et accessibles parmi les autres évènements de cette nature. Amateurs du longboard, de roller, mais aussi de street-luge ou de buttboard, se donnent donc rendez-vous entre deux collines, fin juillet et parfois mi-octobre, et ce depuis sa création il y a environ 6 ans par l’association lyonnaise des Descendeurs des Environs 69 (DDE69). On débarque le vendredi 29 juillet au soir : quelques personnes sont déjà sur place, en train d’installer leurs tentes. 200 mètres plus haut, les organisateurs, membres de l’association Dijon Longboard (DLB), s’activent à installer un barnum destiné à couvrir l’espace buvette, avec l’aide de quelques staffeurs qui viennent filer un coup de main pour le montage/démontage du site en échange de l’accès gratuit aux runs. L’orga bénéficie aussi de l’appui de l’association locale des chasseurs qui file

Alors que les mecs de la street chialent leur maman que le skate c’est bien trop underground pour figurer aux JO et que c’est tout bonnement scandaleux cette histoire – attention scoop, ça fait belle lurette que la discipline est passée du côté mainstream de la force. Un autre sport de glisse a pas mal la cote ces derniers temps : le longboard. Plus accessible et plus souple que le skate, il est aussi plus polyvalent. Souvent employé pour le cruising, comme moyen de transport à la cool, en milieu urbain ou rural, tu peux tout aussi bien te la jouer danseuse étoile en pratiquant le dancing, te tourner vers le slalom, ou faire de la descente (ou downhill) sur des pentes plus engagées. Et si tu penses qu’en France, la vitesse est réservée aux petits chanceux qui vivent en haute-montagne, détrompe-toi : on trouve aussi le moyen de bien se marrer dans la région. Car ici, on n’est pas là pour (seulement) déconner. Encore méconnu du grand public hexagonal il y a une paire d’années, il est désormais impossible de passer à côté. Derrière les vitrines des magasins, dans ta rue et même dans le dernier clip des Red Hot, le longboard, ou longskate, est partout. Le downhill n’est d’ailleurs pas en reste et s’affiche jusque dans les publicités depuis 2015 : des opérateurs pour mobile (Bouygues Télécom) à l’industrie automobile (Peugeot) en passant par les marques de luxe (Chanel), les annonceurs s’affolent. En France, 32


du matos pour presque rien. Laure, présidente actuelle de DLB, s’affaire aux inscriptions. Les 90 places sont d’ailleurs parties en deux minutes chrono, un record « digne d’un concert de Rihanna ». Les poignées de main et les sourires fusent, accompagnés parfois de quelques déclarations tantôt sentimentales, tantôt potaches, des vieux habitués. C’est que la plupart l’attendait, cette Pistole.

C’est plus classe de freiner en slidant qu’en « position caca ». Un peu d’histoire. « Le spot a été repéré sur Internet », précise Titou, ancien trésorier de la DDE69. En quête d’une route moins ardue que celle du freeride d’Yzeron, situé sur les monts lyonnais, les mecs passent voir la route, la rident et la valident aussitôt. Un dossier est monté pour créer l’évènement avec l’autorisation de la mairie, qui reçoit la proposition favorablement car aussi un peu en manque d’animation. La joyeuse troupe de Dijon Longboard reprend le flambeau, après une première édition commune avec la DDE69 en juillet 2014, motivée par une volonté réelle de s’investir davantage dans la communauté. « On consomme du free ride toute l’année grâce à des gens qui se décarcassent pour nous, m’explique Arthur, fondateur et ancien président de DLB, j’avais un peu l’impression d’être égoïste de ne pas en faire autant ». Cet ancien streeteux a découvert le longboard en 2009, à San Francisco – oui c’est un cliché – et s’est initié à la descente grâce un étudiant américain. Créant DLB peu après, il parvient à regrouper plusieurs personnes actives en l’espace de quelques mois, proposant quelques sessions de balade puis de descente

dans l’agglo dijonnaise.

Le bonheur est sur le bitume. Samedi matin, réveil à 6h30,

seul moment de la journée où la température atteint la perfection. Les oiseaux chantent, les plantes sont encore maculées de rosée – ou des éclats de l’urine de la veille, on ne sait pas trop – et l’ensemble du cadre offre un silence appréciable, qui ne durera bien évidemment pas très longtemps. Une fois les staffeurs répartis dans les virages et à l’intersection, talkie en main, et les rideurs amenés en haut du spot via deux camions, on lâche les fauves. Qui partent plus ou moins lentement, avec plus ou moins de vélocité. Car ici, point de chrono, pas de course, de titre ou de prix à remporter. On est là pour rouler et se faire plaisir, se farcir quelques pizzas ou se casser un doigt dans le pire des cas. Plusieurs freeride de différentes ampleurs ont lieu pas très loin de la région. Certains présentent des tracés assez courts, à l’image d’Yzeron, près de Lyon, où la route est courte mais parfois très technique. D’autres, comme celui de la Lombarde, dans les Alpes, proposent des paysages spectaculaires ondulant entre les cols des montagnes. La Pistole, quant à elle, réunit deux choses : de l’apprentissage et du fun. Peu importe la discipline, c’est le freeride pour les débutants, le spot école par excellence, d’où le fait qu’une bonne moitié des inscrits vient pour la première fois le tester. C’est notamment de cas de Samy, 20 ans, ou de Loïc et Rémi, 25 ans, attirés par la prétendue facilité de la route, l’énergie de la scène skate et l’esprit qui lui est propre. Pour certains, il s’agit même du tout premier free-ride, comme pour Yfke et Feiyane, respectivement 16 et 17 ans, originaires de Lausanne. Les anciens s’y retrouvent aussi, la simplicité du tracé laissant place à du grande délire sur roulettes. « On se marre, on peut y aller en groupe, c’est rigolo », assure Pommy qui vient pour la cinquième fois. Même son de cloche pour Zouz, la trentaine : « Je rigole, j’ai pas peur », qui apprécie également de rencontrer ceux qui ne fréquentent pas toujours les autres évènements, parfois plus complexes. Les mecs ont la quasi certitude de ne pas s’y blesser – pas gravement du moins – « sauf si des newbies font chier devant » raille Alex, ancien président de la DDE69, qui suit l’event depuis ses débuts. Si quelques-uns affirment que la route ne présente que très peu d’intérêt d’un point de vue technique et n’a rien de passionnant, d’autres, comme Jules qui pratique la descente depuis

Il te va bien ce petit futal en cuir... 33


plus de quatre ans à Genève, prennent plaisir à rouler sur un spot easy. Les skaters sont majoritaires. Il faut bien avouer que c’est plus classe de freiner en slidant qu’en mode grand écart ou « position caca » comme le font certains rollers. Ces derniers restent toutefois assez nombreux, en compagnie de quelques fous furieux en buttboard ou en street-luge, surnommés très affectueusement les rampants, et d’une poignée d’inscrits jonglant entre différentes disciplines.

De 14 à 104 ans. En début d’après midi, une pluie passagère

mais drue suffit à freiner les ardeurs de certains. La chaleur revient vite. Elle est telle que le simple bruit d’une pastèque fendue nous plonge dans l’extase. Ça traîne un peu sous le barnum, ça pleurniche - « Han mais c’est pas sec en haut ». Tranquillement posés à la buvette, on parle de tout avec les trainards : jeux vidéos, tatouages, études, voyages et bien sûr planches à roulettes. Chacun affiche un background différent, on y voit de tout : coiffeur, menuisier, directeur de centre aéré, informaticien, étudiant et autres parasites de la société. Le profil type du rider n’existe pas. Intergénérationnel, l’évènement attire des fans entre 14 et 104 ans… sur le papier du moins. La moyenne d’âge tourne autour des trente piges, notamment pour les dingues de patin à roulettes qui affichent plus d’années au compteur que les skaters (25 ans en moyenne). Si les filles sont en minorité, ne t’attends pas à ce qu’elles aient la planche traînante. Ainsi, Anne, 24 ans, vient tout juste de remporter le championnat de France féminin (Peyragudes never dies). Loreline, la benjamine de l’évènement, ne lâche plus sa luge depuis ses dix ans. Dix

Fast & Furious à roulettes.

ans, sérieusement. Moi à cet âge je badais déjà rien qu’à l’idée de grimper dans le Spatial Expérience de Nigloland – aka le Space Moutain du pauvre.

Hippies et poètes. Niveau public, en revanche, c’est

relativement calme. On trouve quelques rideurs qui prennent une pause, des potes de passage, des quinquagénaires locaux venus par curiosité ou par habitude… Si l’event ne rameute pas les masses, c’est que la com’ autour reste plutôt discrète auprès du grand public, notamment pour des questions de sécurité. Au sol, les drapeaux gisent, jaune en cas de chute afin que ceux qui suivent ralentissent, rouge pour les accidents graves. Tassés au fond de leurs chaises pliables, les staffeurs chuchotent des délicatesses au talkie-walkie : « Alors tu préfères sucer Zelda ou te baigner dans une fosse sceptique ? - La fosse sceptique, évidemment ». Les premiers redescendent vers 17h30, les runs s’achevant une heure plus tard. On se douche à proximité des robinets de la chapelle, en s’arrosant copieusement des bouteilles remplies sur place. En fin de journée, l’ambiance est relax mais prend

Les riders, ce sont aussi de gros bisounours. une nouvelle dynamique une fois la nuit tombée. Bières et chorégraphies loufoques s’enchaînent sur une playlist hautement improbable. Entre deux insultes, il y a de l’amour dans l’air. Les riders, ce sont aussi de gros bisounours au cœur tendre de marshmallow qui vont s’allonger sur le bitume comme des foutus hippies pour mieux compter les étoiles filantes ; s’enlacer, alterner pas chassés et portés façon Dirty Dancing sous la pluie battante ; ou encore réclamer l’arrêt d’un run à la vue d’une biche traversant la route. Et comme le site est classé Natura 2000, ces petits coeurs sont particulièrement attentifs au ramassage des déchets.

Entre marginalité et phénomène de mode. Pour

Jeff, 41 ans, cette atmosphère est la même partout. « On se retrouve toujours comme une grande famille ». Cet esprit familial


Sébastien pose son cul sur un seul patin à roulettes et laisse la gravité faire le reste.

s’explique en partie par le fait que la pratique de ces sports demeure plutôt marginale en France. Il existe peu de disciplines similaires, où la communauté est aussi soudée, et ce partout dans le monde. Si le climat paraît parfois plus pesant lors des courses, cela reste très variable d’une personne à l’autre. Là où certains n’y voient que la compétition pure et simple, d’autres y vont « à la cool ». Cependant, les évènements ne sont jamais pourris par le fric, « car il n’y en a pas », précise Arthur avec un sourire. Mais qu’en est-il de l’engouement récent autour du longboard ? Faut-il y voir un phénomène de mode passager ou un engagement réel qui permettra au sport de se développer partout dans l’hexagone ? Beaucoup se contentent de se balader sans pour autant s’intéresser à la vitesse et aux évènements qui gravitent autour. Si des petits malins s’aventuraient en session downhill pour le style, ces derniers seraient sans nul doute rattrapés par la

Moment chill dans les matelas de sécurité.

difficulté de l’exercice, qui requiert technique et concentration. « Qui fait le malin tombe dans le ravin ». Toutefois, Thib, 28 ans, se souvient d’un milieu auparavant plus intimiste et d’une majorité relativement ignorante de la pratique, désormais un peu plus familière des termes employés. La médiatisation ne doit pas être vue d’un mauvais oeil car elle constitue un moyen efficace de démocratiser ce sport : un simple spot publicitaire permet d’ancrer la pratique dans le quotidien et il est donc possible d’en parler plus facilement avec autrui, la discipline étant plus facilement identifiable. Et pour ce qui est de la récupération par de grandes enseignes, Arthur n’y voit pas de réelle menace : « Si les marques y voient un nouveau filon, cela ne va pas changer notre milieu ». Et on y croit volontiers. // A.G


LE CAR À FOND enquête

par Loïc baruteu illustration : Hélène Virey photos : alexAndre claass

À

Ils sont verts, bleus, rouges ou violets. Ils ont envahi les gares routières et les autoroutes. Ils changent ta vie. Ce sont les « cars Macron » : Flixbus, Megabus, Ouibus, Isilines, Starshipper, toutes ces grosses compagnies de bus qui te permettent de te trimballer un peu partout en France et en Europe depuis un an pour une poignée d’euros. Puisque tu as ce magazine entre les mains, tu es étudiant peut-être, chômeur certainement, fauché assurément. Lis, ça va t’intéresser.


À

À l’origine de cette vague bigarrée, l’ex-ministre de l’Économie et ex-banquier d’affaires chez Rothschild & Cie : Emmanuel Macron. Dans la vie, Manu a d’autres hobbies que les costards et la réforme de la loi Travail. Il aime aussi libéraliser l’économie de tout un pays. Avec la fameuse loi Macron, donc. Il y a un an, ses réformes ouvrent le marché des transports interurbains aux compagnies d’autocars et pètent en deux le monopole d’État de la SNCF et les règlements qui le protégeaient. Grâce à ça, tu peux maintenant aller à Auxerre pour pas cher. On dit merci. À l’époque, Manu le socialiste (nan, je déconne) justifie ses réformes par la création de « dizaines de milliers d’emplois » (environ mille après un an) ; les cars « permettront aux pauvres de voyager ». Il avait raison : les « pauvres », étudiants, ouvriers, retraités, représentent la majorité des passagers des grandes compagnies de bus. Principalement parce que les prix sont extrêmement attractifs, en particulier lors des premiers mois d’exploitation, avec parfois des offres de trajet à un euro pour un Dijon-Paris. Ces tarifs extrêmes résultent de la forte concurrence entre les cinq compagnies présentes à l’ouverture du marché il y a un an, qui mettent à exécution un principe économique selon lequel moins les prix sont chers, plus les clients sont nombreux et plus l’entreprise développe son importance dans le secteur pour viser au monopole. Aujourd’hui, des cinq compagnies, il n’en reste que trois. Révolution de couleurs. Avec cinq outsiders en compétition, la lutte est féroce. Les tarifs dévissent, les compagnies ne font pas leur beurre, et forcément c’est bancal. C’est pourquoi l’Allemand Flixbus a mis la main sur une bonne partie du britannique Megabus, désormais emmerdé par les taxes découlant du Brexit pour sa division européenne, afin de réduire la concurrence et se renforcer par la même occasion.

En face, Ouibus, qui appartient à la SNCF, a absorbé Starshipper, mastodonte du transport en autocar dans le sudouest de la France. Seul Isilines continue son bout de chemin en solitaire, soutenu par la maison-mère Transdev, également taulier de la compagnie internationale Eurolines. Avec ses bus verts, Flixbus continue d’éprouver en France un modèle économique qui a largement fait ses preuves en Allemagne, depuis la libéralisation des trajets par autocar en 2013 : l’entreprise ne possède ni bus, ni chauffeurs. Elle se lie à des « partenaires », c’est-à-dire des PME déjà en place qui se chargent de fournir les engins et le personnel en échange d’un coup de peinture verte, de l’expertise marketing de Flixbus et surtout de ses clients. C’est un deal donnant-donnant : l’entreprise allemande se fait du pognon sans investir dans une flotte d’autocars et les partenaires récupèrent un important réservoir de passagers et des lignes régulières pour faire tourner le biz. Un modèle aujourd’hui pompé par ses concurrents Ouibus et Isilines, comme nous l’explique Raphaël Daniel, de Flixbus en France : « on est leader en terme de passagers transportés, avec deux millions à la fin de l’été. On veut faire du car le moyen de transport de référence. Cette image du bus où tout le monde vomissait, c’est complètement fini. » Pour sa ligne Paris-Genève, qui fait étape à Auxerre, Dijon et Lons-le-Saunier, Flixbus s’est associé à l’entreprise jurassienne Transarc. D’après la direction, sur les 350 bus de sa flotte, seulement 5% sont dédiés à ce partenariat. Pour le reste, il s’agit majoritairement de transport scolaire, ou des « lignes subventionnées » selon les mots de Raphaël Daniel. La compagnie allemande multiplie ainsi les partenariats avec des PME, qui n’en font pas forcément leur activité principale. Du côté de Transarc, 21 chauffeurs ont été embauchés en CDI à temps complet depuis le rapprochement avec Flixbus : « Nous avons fait tous les investissements nécessaires à ce partenariat. Ce n’est pas encore tout à fait concluant mais les choses devraient s’améliorer ». Pas concluant... All inclusive. Avec des prix si bas, à quoi s’attendre en montant dans un de ces autocars ? Tu en as sans aucun doute déjà éprouvé le confort pendant tes folles années scolaires, mais les transporteurs ont ajouté des extras pour attirer les clients : wifi gratuit, snacks et boissons à la vente dans certains bus ou encore prises électriques pour recharger téléphones et ordinateurs. Néanmoins, certains passagers restent exigeants, comme Flo : « le chauffeur s’est trompé de direction quand on l’a pris. Le wifi est ultra lent et le bus est toujours en retard. Et la gare routière de Bercy ressemble à un hangar désaffecté. » Pour Yo, « le confort est pas ouf, mais pour le prix c’est normal. » Les utilisateurs réguliers de ces lignes en ont vu, entre le chauffeur qui se trompe de route malgré le GPS, le bus en retard de deux heures qui te fait patienter dans le parking de Bercy, où tu accèdes via un chemin boueux par temps de pluie, ou celui qui décide de faire sa pause réglementaire de trente minutes au Lac Kir à 4h du mat’ quand tu devais

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« Les cars permettront aux pauvres de voyager » Emmanuel Macron, ex-ministre de gauche

arriver à 1h à la gare de Dijon. Dans l’ensemble, il faut savoir que les horaires indiqués sont généralement foireux ; les chauffeurs sont constamment en retard, et l’arrivée est soumise aux variations du trafic, surtout aux heures de pointe dans les grandes villes comme Paris, Lyon ou Strasbourg. Léa, plus pragmatique, bascule presque dans le mystique pendant ses voyages en car : « Ce que j’aime bien, c’est la pause oinj sur l’aire d’autoroute, par tout temps, qui rend ton voyage bien plus aventureux. Avec le bus, on apprécie la distance et la mesure du temps, et y a quelque chose de beaucoup plus authentique ; on parle beaucoup plus à son voisin que dans le train. Mais surtout j’adore les lumières bleues façon néon dans le Megabus. On se croirait dans une voiture tunée ou une discothèque. » De manière générale, les passagers adhèrent. Comme Claire, qui se souvient du « conducteur beau gosse », et qui n’hésitera pas à le reprendre « tant que le prix ne dépasse pas celui d’un covoiturage. » Speed. Outre le prix, la sécurité est importante. Si l’ambition est de proposer des prix moins chers que le covoiturage, ce qui est le cas pour l’heure, il faut savoir que le car est un moyen de transport bien plus safe que la voiture. D’après les données de la European Railways Agency, on recense 0,20 mort par milliard de kilomètres avec l’autocar contre 3,14 pour la voiture. Chez nous, les règles de sécurité pour les trajets en bus sont à la pointe parmi les pays européens, en particulier après la tragédie de Beaune en 1982, où 53 personnes sont mortes dans ce qui reste l’accident de la route le plus meurtrier en France. Depuis, outre l’extincteur obligatoire, de nombreuses mesures sont apparues : régulateurs de vitesse, pause obligatoire de 45 minutes après 4h30 de trajet contrôlée par une carte propre à chaque chauffeur, caméra anti-endormissement et même contrôle d’alcoolémie au démarrage comme le veut la loi française. Un conducteur de car nous explique qu’il doit souffler dans l’appareil pour pouvoir démarrer son bus, et ce à chaque fois que le car est à l’arrêt plus de trente minutes. Attention à surveiller le chauffeur lors des pauses d’un quart d’heure sur l’autoroute, le gars est peut-être en train de se saouler en scred. Chez Flixbus, on insiste également sur le fait que « les chauffeurs sont des professionnels, contrairement au covoiturage. » Bim, dans les dents Blablacar. Le marché aux bus. Parce que ouais, le covoit’ est le concurrent le plus sérieux des compagnies d’autocars. C’est l’autre moyen privilégié par les « pauvres » pour voyager. Et si tu tombes généralement sur des gens cools, tu peux aussi te taper quatre heures de dérapages politicoracistes par Jean-Claude ou le résumé complet du concert de Louane par Cindy. Donc tout ce petit monde se tire la bourre pour attirer le

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« Avec le bus, on apprécie la distance et la mesure du temps » Léa, voyageuse.

portefeuille des voyageurs. Au niveau des tarifs, c’est tout de même le car le plus attractif, et de loin, avec un prix moyen de 3,30 centimes par kilomètre contre 8 centimes environ pour le covoiturage et 10 pour le train. Avec de telles offres, difficile de rentrer dans ses frais. Isilines devrait accuser une perte de 25 millions d’euros à la fin 2016, quand les compagnies de bus estiment pouvoir arriver à l’équilibre d’ici quelques années. Évidemment, le marché est récent et porteur puisqu’on évoque de 30 à 50% de taux de remplissage selon les transporteurs. Un taux de remplissage généralement inégal puisque les lignes comme Paris-Lyon ou Paris-Lille (Lille étant une étape vers Amsterdam, lol) sont généralement plébiscitées, ce qui n’est pas forcément le cas de la liaison Nevers-Moulins ou Digoin-Mâcon. Les compagnies jouent des coudes à coups de nouvelles lignes régulièrement pour s’imposer. Un chauffeur Megabus nous explique que les constructeurs ont du mal à suivre la demande de nouveaux engins. Pour lui, qui bosse là depuis près de deux ans et qui se tapait des trajets entre l’Espagne et l’Allemagne avant la loi de Manu, c’est une révolution. De 25 chauffeurs, sa boîte est passée à 140 en l’espace d’un an, et les RH tournent encore à plein régime. On n’atteindra sans doute pas les dizaines de milliers d’emplois créés promis par Macron mais c’est déjà ça que notre François local n’a pas réussi à faire. Quant à la SNCF, son principal concurrent demeure le covoiturage. Régulièrement décrié en France pour ses tarifs élevés, la vétusté des infrastructures ferroviaires, son monopole étatique et les plus belles grèves de France, le train a perdu de son aura. La CGT estimait les pertes de la compagnie ferroviaire à 250 millions d’euros sur le second semestre 2015 avec l’effet boomerang dans la tronche des « cars Macron ». En plus des 120 millions investis par la SNCF pour Ouibus, ça commence à faire beaucoup pour nos impôts. Enfin bon, si tu lis ce mag’ tu es soit journaleux et tu bénéficies d’un super abattement fiscal, soit tu n’en paies pas parce que t’as pas les moyens. Mais c’est chaud quand même. La SNCF a en tout cas ouvert sa plateforme en ligne voyages-sncf.com à plusieurs compagnies d’autocars, en l’occurrence Ouibus, Isilines et Eurolines. Pour ce qui est de tes trajets en bus dans notre belle région Bourgogne-Franche-Comté, il n’y en a quasiment pas, les trajets de moins de 100 km étant interdits pour protéger les investissements des conseils régionaux dans les TER. Auxerre, dernière étape vers Paris, fait néanmoins figure d’exception avec des liaisons depuis Dijon, Dole, Besançon, Lons-le-Saunier, Belfort et Montbéliard. Pour tes week-ends à Laroche-Migennes, il te reste ce bon vieux train. Ou le Transco si t’aimes le défi. // L.B

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rencontre PaR SOPHIE BRIGNOLI photos : louise vayssié

le jaja bleu passionnés n’ont pas l’appellation Bourgogne, leurs vins étant tous deux des assemblages. « Notre blanc bio se compose de 80% de chardonnay, 10% de melon et 10% d’aligoté ce qui est déjà particulier, mais comme en plus nous sommes sur du vin nature, ça change complètement la donne au niveau du goût, ça n’a plus rien à voir ». Même la mise en bouteille se fait à la main, dans une salle située juste sous leur cave, à seulement quelques mètres de la cathédrale de Dole. Mais avec une production de 50 bouteilles par heure, contre 2 000 bouteilles vendues chaque mois, Sebastien Méral a entrepris la construction d’une cuverie et compte embaucher du personnel pour faire face à la demande croissante. Conscient du succès, il n’en reste pas moins lucide : « On ne fera jamais 300 000 bouteilles par an parce qu’on fait tout nous-mêmes, y compris les étiquettes et le bouchonnage et on ne changera pas notre manière de faire. Après, on ne sera jamais la Romanée-Conti non plus... ».

Depuis novembre 2015, sur les marchés de Franche-Comté et dans quelques boutiques doloises, il est désormais possible d’acheter du vin bleu. Rencontre avec son créateur qui, en quelques mois, régale déjà Chez Michou et la French Riviera.

Le sommelier Sébastien Méral n’en revient toujours pas ; lui qui a lancé ce produit dans une cocotte de 5 litres sur un marché l’hiver dernier, passe désormais ses journées, et parfois ses nuits, à fabriquer l’élixir bleu. Avec sa couleur azur et son goût très prononcé de bonbon, ce vin a d’abord conquis le palais des Francs-Comtois. Et très vite, il s’est carrément fait une place sur les tables des restaurants étoilés et dans les clubs les plus sélect’ du pays. De la Croisette à Berlin, en passant par Nottingham et jusqu’en Biélorussie. Il faut dire que tout est fait à la main, à l’ancienne : « On travaille comme il y a 600 ans, on se sert uniquement de ce que la nature nous donne . On ne traite pas, à part les deux traitements obligatoires contre le mildiou et le phylloxéra ». Ils préfèrent aussi utiliser des coccinelles pour combattre les araignées plutôt que d’avoir recours aux pesticides. Et lors de la vinification, ils n’ajoutent ni sulfite, ni souffre. Avec son associé, le vigneron Pascal Polette, ils produisent du blanc et du rouge en biodynamie sur 8 hectares à SainteMarie-la-Blanche, au sud de Beaune. Et bien qu’ils aient le label Demeter, le niveau au-dessus du label AB, les deux

C’est d’ailleurs dans sa cave doloise qu’il procède à la transformation du vin blanc en vin bleu. La couleur si caractéristique est obtenue en mélangeant des peaux d’oranges piquées de corail importées des Antilles néerlandaises avec la fine du Chardonnay, le tout porté à ébullition. Une fois la pâte bleue obtenue, elle est ajoutée en macération avec le vin pour quelques semaines, avant d’être filtrée une seule fois, puis mise en bouteille. « J’utilise exactement le même procédé que pour le Mac-vin, sauf que cette patouille remplace le moût du raisin, on a donc 99% de vin blanc pour 1% de curaçao. » Pourtant à la dégustation on ne sent que très légèrement le

« En bouche, c’est comme un Kalimucho de blanc. » côté minéral du vin ; et en bouche c’est surtout le bonbon et le sucre qui l’emportent. Comme si on avait tenté un calimucho blanc, dans lequel le Redbull aurait remplacé le Coca. Papilles sensibles s’abstenir. Avec ses arômes de bonbon anglais et de fruits confits, le vin bleu s’apparenterait même aux vendanges tardives des vieilles vignes en Gewurztraminer. En fait, c’est pas vraiment du vin, c’est un vin apéro, quoi... Mais alors, avec un goût si particulier, qu’est-ce qui peut bien plaire aux consommateurs, à commencer par les Dolois qui en ont acheté en masse dès novembre 2015 ? Pour Sébastien Méral c’est d’abord l’originalité du produit, sa couleur et ensuite son goût qui ont attiré les premiers clients. « Comme il y avait déjà un vendeur de vin chaud sur le marché, il a fallu

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faut quand même la siffler, ça reste du vin... Mais je reconnais être inventif ; on a créé le vin bleu pour ne pas le concurrencer que ça peut être un peu cher pour certains. » D’ailleurs tous ses directement et on a vendu 300 bouteilles et près de 1000 clients payent le même prix, peu importent les quantités. «  Je litres au verre sur le premier marché, avec plein de gens qui préfère avoir de petites commandes dans des lieux comme le passaient commande pour Noël... Tout est allé très vite ensuite ; Tsar plutôt que de vendre mon vin à un supermarché. J’ai refusé les marchés de la région nous voulaient, puis la ville de Dole un contrat avec Super U, je ne veux pas aller en grande surface, nous a appelé pour faire les vœux du maire avec notre vin au ça flinguerait ma marque. » Le succès du vin bleu tient aussi restaurant étoilé La Chaumière. C’est à cette occasion que nous certainement à la bonne gestion de son créateur qui n’en avons lancé la belle bouteille avec une vraie étiquette !». Une est pas à son coup d’essai. Ancien gestionnaire de fortunes, équipe d’Espagnols avait devancé Sébastien de quelques mois. après une carrière de footballeur avortée à l’AJ Auxerre pour Depuis juillet 2015, ils commercialisent le Gik, un vin teinté cause de blessure, il fait la connaissance de Maurice Giraud, en bleu par des pigments naturels présents dans la peau du propriétaire à l’époque du château de Pommard qui lui raisin , et également très sucré. La concurrence, en somme, paye une formation au lycée viticole de Beaune. Avec lui, il qui marche fort elle aussi. Très fort. En France, c’est grâce à développera ensuite l’œnotourisme un post sur Facebook que au sein du château avant de prendre le vin bleu va finalement la direction de l’Imaginarium à faire le buzz. Bleu oblige, Le premier vin people Nuits-Saint-Georges. Quelques la femme de Sébastien, est né en BFC. années plus tard il créé avec la Émilie, interpelle Michou maison Boisset le premier service sur le réseau social et lui VIP au monde : « Ça reste encore aujourd’hui unique au propose d’ajouter le vin bleu à sa carte. Quelques heures plus monde ; on peut y déguster tous les grands crus des deux Côtes, tard, ils sont contactés par son agent : Michou veut qu’on lui de la Romanée Conti, au Bâtard Montrachet, on reçoit des monte une caisse à Paris. Il accepte par la suite de le vendre présidents, des stars. ». dans son restaurant et va même jusqu’à organiser une séance photo avec la bouteille. « J’avais déjà vu Michou quelques Non seulement fréquente-t-il le beau linge de la Côte mais fois avant de monter lui livrer le vin bleu, mais c’est vrai qu’il il déborde aussi d’idées. Après son départ de chez Boisset, il l’a apprécié, bien qu’il ne boive pas de vin. Il faut savoir que invente la carafe Bacchus, qui permet de refroidir le vin et de Michou est très bulles, il ne boit que du champagne. Par contre maintenir une température constante. « Avec sa pente, quand s’il peut, il aime filer des coups de mains ; c’est grâce à lui que les vous versez le vin dans la carafe, il va rester collé au carreau, ventes ont décollé ». vous êtes sûrs de pas le claquer. Et puis ça me gavait de boire du rosé l’été dans un seau, parce que l’étiquette s’enlevait tout le temps et quand on a une belle bouteille, elle finissait toujours pourrie. En plus vous mettez de l’eau partout sur la table pour le servir et c’est dégueulasse. » Vendue essentiellement à des palaces et des écoles de sommellerie, Sébastien Méral la vend toujours dans sa cave à Dole.

Michou lui ouvre ainsi les portes du monde de la nuit : Monaco, Cannes, St-Tropez... Au Tsar Folie’s, à St-Tropez, la bouteille s’achète 65€, le Jéroboam 450€. Alors qu’en boutique on la trouve seulement à 10€. « On est sur une bouteille et un produit assez particulier, mais à ce prix-là, une fois ouverte il

Aux côtés du vin bleu, d’autres variétés ont fait leur apparition en vitrine ; un vin violet, à base de violette et de rose, un autre orange – mangue et pêche de vigne ! – et aussi un vin rouge à la truffe. « C’est le seul qui coûte plus cher que les autres, 25€ la bouteille, car on est sur un produit de luxe. Ce mélange apporte de la garde, du tanin et de la structure au vin ». Déjà disponible sur les tables de certains restaurants étoilés, le sommelier ne compte pas s’arrêter là. En septembre il va sortir un Savagnin aux morilles, un autre avec du gingembre pour la SaintValentin. Consommés aussi bien par les jet-setters de la french riviera que par nos voisins - désormais frères - de FrancheComté, les vins de Sébastien Méral risquent d’égayer de nombreuses soirées. « C’est avant tout un produit de fête, et je pense que c’est la raison pour laquelle nous avons été super bien accueillis sur les salons du vin et par les vignerons bourguignons plus largement. Je pensais qu’ils allaient m’allumer mais pas du tout, les vignerons ont envie de partager ce côté festif, social du vin. Le vin bleu nous a permis d’entrer dans certains milieux où le vin n’était pas le produit phare, que ce soit dans les clubs ou auprès des jeunes. Les gens l’achètent aussi clairement pour son côté people. » Un vin à la fois people et populaire donc, paillettes et fromage fondu. Avec ses vignes en Côte de Beaune et une vinification réalisée à Dôle, Sebastien Méral peut également se vanter d’avoir créer le premier vin à provenir véritablement de Bourgogne-Franche-Comté. Et ça, ça vaut peut-être tous les Michou du monde. // S.B

La carafe Bacchus : tu peux boire par le côté. 41


Capitaine Crochet reportage

PaR doug ritter, à dijon photos : stef bloch

Au confluent de plusieurs disciplines, le tatouage, le piercing et la modification corporelle, se trouve une pratique qui marque le corps, temporairement, qui perce le corps, temporairement, et qui modifie le corps pour pas long non plus. En revanche, elle frappe l’esprit pour longtemps. On parle ici de la suspension corporelle. Qui sont les fous qui osent se planter des crochets sous la peau ? Rencontre avec l’un des meilleurs représentants en France installé à Dijon. Étonnamment.

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Veg, fondateur d’Endorphins Rising, tente d’hypnotiser la corde...

Q

uelle a été ta réaction, quand tu t’es envolé pour la première fois ? Tes yeux étaient fermés ? C’était comment, là haut, plus haut ? Comprenez que je ne suis pas familier des mondes du piercing ou du tatouage et que je ne me suis donc jamais fait suspendre. J’ai en revanche plusieurs fois été spectateur et toujours intrigué voire fasciné par ces corps, ces personnes qui, un instant, perdaient pied. Littéralement. Mon premier contact visuel avec le monde de la suspension s’est fait d’une façon quasi irréelle. C’était un soir, puis la nuit, il était tard et, pendant que l’ensemble de la rue s’alcoolisait sans doute à en perdre sens, une amie voulant me faire rencontrer d’autres amis, me faisait rentrer chez l’un d’eux : Veg, fondateur de l’équipe d’Endorphins Rising et importateur de la pratique à Dijon. Là, au fond d’une cour, sur la terrasse, cachés par des rideaux pendaient sur une poutre des cordages noirs, robustes et solidement fixés sur le bois, lui-même solidement fixé sur les murs. C’est plus tard que j’en comprendrais l’utilité : toute ces épaisses et plus fines cordes serviraient à ce qui allait suivre, quelques minutes à peine après mon arrivée. Il y avait une dizaine de personnes, donc autant de discussions différentes possibles, mais un thème restait central, un thème qui mettait visiblement tout le monde sur la même longueur d’onde, un mot sur quasiment toutes les lèvres : suspendre.

Il fait nuit, la ville dehors continue sa routine, vivre sans se soucier de ce qu’il va se passer ici. Les gens s’installent en un cercle large, assis pour ceux qui le peuvent, debout pour ceux à qui il manque une chaise. Le silence se fait, plus personne ne parle, les respirations se font plus lentes, plus concentrées, les yeux figés sur les acteurs et ce qui va se dérouler au milieu de l’arène. Les gladiateurs rentrent. Trois personnes, mais deux gantées, masquées et concentrées. La troisième, dos nu, inspirant et expirant lentement mais sûrement, se place pile au milieu de la zone. Au-dessus, les câbles auxquels cette personne va rester accrochée pendant quelques minutes. Là, l’un des deux masqués commence à lui tâter le dos, comme pour chercher les endroits où il serait le plus évident, pratique et sûr d’accrocher des choses. Là, les crochets rentrent dans la peau, comme pour insérer un piercing. La souffrance est là, et uniquement là, mais reste discrète. C’est fait, maintenant, plus moyen de revenir en arrière, le décor est planté, l’un des « suspendeurs » lui tient les mains, lui parle, lui demande de respirer calmement, tranquillement mais profondément. Et dès qu’elle est prête, d’un coup, la corde est tirée, la peau, élastique, se lève. Les pieds quittent le sol et… s’envolent ! Retour sur le sol et retour vers le passé. Deux noms s’imposent comme instigateurs

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« Chaque suspension est unique, même si tu fais plusieurs fois la même, il y aura toujours quelque chose de nouveau » Victor, un pratiquant de la suspension corporelle contemporaine : Stelarc et Fakir Musafar. Pour ce dernier, toujours actif à plus de 60 ans passés, la mission était de « recréer, habiter et restaurer » les rituels chamaniques des natifs de la réserve à côté de laquelle il vivait, aux États-Unis. Les histoires et la culture ont ainsi constitué un temps fort de son enfance puis de sa vie, bercée entre les récits des passages à l’âge adulte, de chamans rentrant en transe via, justement, la suspension corporelle. Il est aussi celui qui importera cette pratique dans l’univers du tatouage, du piercing et du body mod’ aux États-Unis. « Ses photos et son travail ont été une traînée de poudre pour beaucoup de gens », selon Veg. Il expérimentera aussi toute sa vie son corps comme outil, en suivant rites et traditions des natifs nord-américains ou des sâdhus d’Inde, toujours dans l’idée d’élévation spirituelle. Pour Stelarc, en revanche, la finalité n’est pas la spiritualité, mais plutôt le rapport très organique de la mécanique du corps humain, voulant repousser et augmenter les capacités physiques naturelles de l’homme car les considérant comme obsolètes. Jouant avec les technologies modernes et s’inscrivant dans la mouvance et l’idée du


Hissez la grand’voile. 65


transhumanisme, il se fera par exemple implanter une oreille dans l’avant-bras, grandissant et vivant grâce à ses cellules, permettant, aux gens d’écouter, via Internet, ce que l’organe pouvait « entendre », et ce peu importe où Stelarc se trouvait. Ses suspensions étaient accompagnées de véritables installations artistiques, jouant avec la masse, l’étirement de la peau et l’espace dans lequel il évoluait.

De la spiritualité à la performance artistique Dans les années 80, en Amérique du nord, la pratique comme celle du piercing née de la communauté gay-cuir, reste encore associée aux milieux très underground des modifications corporelles, et c’est dans cet espace-là que se développèrent puis s’affinèrent les techniques et les outils de

suspensions (mais aussi pour le piercing, donc). Au départ, les crochets utilisés étaient les mêmes que ceux de la… pêche au thon. La pratique étant alors très peu répandue, même au sein du monde de la modification corporelle. La création d’outils très spécifiques à la pratique arrivera bien plus tard avec des crochets plus adaptés à suspendre une masse telle qu’un corps humain sans risque de cassage ou de pliage des métaux. Les crochets utilisés aujourd’hui sont plus résistants et ne risquent plus de se tordre, comme il pouvait en être parfois le cas aux débuts. Les marques, laissées sur la peau après, sont aussi très mineures, parfois même invisibles, car ce ne sont, après tout, que de simples petits trous qui ne demandent qu’à rapidement cicatriser. Ce n’est qu’aux alentours des années 90, en s’éloignant la plupart du temps des domaines

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Au départ , les crochets utilisés étaient les mêmes que ceux de la pêche au thon.

de la spiritualité et de la performance artistique, que la suspension corporelle s’ouvrira davantage. « Au début des années 90, c’était une toute petite communauté, et les praticiens cherchaient à pousser les limites de ce qui avait été fait ». Un site majeur est à l’origine de sa diffusion à cette époque : BMEzine, créé par le Canadien Shannon


Comme pour choper sa peluche à la fête foraine...

Se faire suspendre ne se fait pas seulement par le dos, mais aussi par les coudes, les genoux, la poitrine, le ventre...

Larratt, mis en ligne dès 1994. Il sert de base de découverte à notre ami Dijonnais : « Dans mes recherches adolescentes, théoriques et pratiques, je suis tombé sur ce site qui recensait une grande diversité de pratiques qui allaient du piercing de la lèvre à l’amputation volontaire, la scarification ou encore des modifications corporelles plus poussées, choses qui m’ont, au départ,

beaucoup bouleversé. Je ne m’attendais pas à voir des virages aussi nets, abrupts, autant en rupture avec les conventions sociales et les normes de beauté instituées, j’étais face à un univers nouveau, effrayant aussi, au début », explique Veg. Plus tard, autour de cette action qu’est l’art et la manière de suspendre ou de se faire suspendre, est né Endorphins Rising. Veg, qui est le créateur du collectif,

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est celui qui a importé la suspension à Dijon. Il raconte : « La culture de la modification corporelle implique la permanence avec le tatouage et la scarification. On marque le corps, on l’altère, le transforme de manière définitive. La singularité de la suspension et avant ça du play piercing : des aiguilles insérées dans la peau non pas pour y mettre ensuite un bijou mais pour vivre l’expérience de sa chair, de sa vulnérabilité, de la rencontre avec la douleur et le plaisir, du corps qui libère des endorphines dès lors qu’il est perforé. Je trouvais intéressant le fait d’habiter son corps d’une façon singulière, originale et personnelle sans pour autant que ça implique un motif définitif ». Pour lui, la découverte de la suspension corporelle se fait au milieu des années 90, « comme une composante d’une nébuleuse plus vaste qui est celle de la modification corporelle. J’étais très attiré par les différentes formes de réappropriation de soi, j’étais alors engagé dans les milieux libertaires et punk. J’ai commencé à suspendre des gens après que mes techniques aient été validées par des personnes étant déjà dans la pratique, après avoir fait la rencontre de différentes personnes faisant partie de la suspensions et ayant pratiqué sur moi-même, ou des amis, et j’ai commencé à élargir le cercle, à proposer à des personnes autour de moi, aux alentours de 2010, 2011 ». Et d’ajouter : « Jusqu’à ce que cela devienne un peu le cœur de ma pratique, ayant rassemblé suffisamment d’éléments pour avoir envie d’en faire quelque chose de vraiment partageable, de fédérer une équipe sensiblement mobilisée par ça, et Endorphins Rising est né vers 2012. Un travail d’équipe,


La suspension dite « lotus ».

Certains font ça par curiosité, d’autres par dépassement de soi, ou encore pour atteindre l’extase...

de manière très timide au départ puis, très vite, ça a été un apprentissage constant, j’ai commencé à découvrir un potentiel insoupçonné ».

d’approcher une certaine idée. Il suffit d’assister à une seule suspension avec eux pour s’en rendre compte, car à chaque fois qu’une personne commence à s’envoler, un sourire, instantanément ou presque, vient se dessiner sur son visage. Celui-ci est

Pour Victor, autre membre d’Endorphins Rising et habitué de la suspension qui a, lui, découvert cette pratique par hasard lors de recherches sur la body mod’ : « J’y reviens comme je remonte sur mon vélo tous les jours, ou comme un alpiniste revient à sa montagne, ou comme un cinéphile regarderait film sur film... C’est une histoire de passion. Essayer des nouvelles positions, des nouvelles figures, des nouvelles zones du corps... Car chaque suspension est unique, même si tu fais plusieurs fois la même, il y aura toujours quelque chose de nouveau. Quand tu regardes un film encore et encore, tu vois certains détails que tu n’avais pas remarqué avant ». Il continue. « Comme chaque suspension est unique, chaque effet l’est également. Je ne ressens pas la même chose de suspension en suspension. Parfois tu ouvres les vannes et tu t’effondres, parfois tu es juste super heureux, parfois tu ne te laisses pas assez aller, et rien ne se produit sur le coup... Mais dans tous les cas, t’es quand même vraiment heureux après. Que tu aies eu un blast de folie ou non, tu te sens épanoui, comme si tu avais réussi à régler des choses, ou que tu avais réussi à sortir des trucs enfouis en toi. » Pour Victor, il y a un réel aspect thérapeutique, même cathartique. « Tu te sens tout de même fatigué après. Ça draine beaucoup d’énergie. Mais c’est comme un reboot, tout va mieux ensuite. »

Endorphins Rising : la suspension avec le sourire

contagieux, en vérité, puisqu’il se propage très rapidement sur toutes les faces de l’audience. « La suspension corporelle est un outil qui ouvre des portes aussi diverses que les gens qui s’y jettent » pour Veg. Certains font ça par curiosité, d’autres par dépassement de soi, par envie de se perdre un instant, de ressentir quelque chose de différent, ou encore d’atteindre l’extase.

Une pratique encadrée

Pour lui, et par extension, pour Endorphins Rising, il est donc question du corps. La philosophie est simple et est décrite par le slogan « Suspension Smile ». La finalité, ici, n’est pas spirituelle mais décrit plutôt l’envie des acteurs, tous bénévoles,

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En marge de l’acte en lui-même, chez nos amis d’Endorphins Rising, tout est mis en place pour rassurer le futur suspendu : entretien avant (et parfois après), conseils, accompagnement à la respiration, présentation des outils pour rassurer sur la qualité du matériel, l’hygiène y est d’ailleurs prise très au sérieux, avec


Que de simples petits trous qui ne demandent qu’à rapidement cicatriser.

masques sur le visage, outils stérilisés et gants en l’air, on pourrait totalement se croire patient d’une chirurgie étrange mais douce où le corps à opérer serait flottant. Les suspensions peuvent y être publiques ou privées, entre amis, et le collectif participe parfois - et ce sera apparemment de plus en plus le cas - à des représentations publiques dans le cadre d’évènements, comme pour le festival Direct qui a eu lieu au mois de mai dernier à Dijon, mélangeant suspension et guitare. Ou encore lors du Download Festival à Paris, voire même au Hellfest, cette année, pendant le concert du groupe Jane’s Addiction. Se faire suspendre

ne se fait pas seulement par le dos, mais aussi par les coudes, les genoux, la poitrine, le ventre, et même l’intégralité d’une partie du corps. Chaque façon de s’envoler à un nom, chacune avec un enjeu différent, comme le « suicide » par le dos, le « superman » accroché par le derrière (dos, jambes, bras et levée d’une position horizontale), le « coma » qui est la même idée, mais par devant, la « chest suspension », la « résurrection », par le ventre, ou encore le « lotus », lorsque la personne est assise en tailleur. Je ne me suis donc jamais fait suspendre, mais croyez-moi, le fait d’avoir assisté à quelques actes resteront probablement dans mon esprit pour pas mal de temps. L’accrochage des outils sous la peau, le moment de communion silencieuse qui précède la levée entre les différentes personnes présentes dans la salle, puis enfin le coeur du sujet, quand soudainement, la personne ne touche plus

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terre… Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de voir quelqu’un se faire suspendre avec des crochets au-dessus du sol. Même le boucher du coin ne propose pas ce service. Quand on l’aborde pour la première fois, la suspension corporelle fait peur et semble témoigner d’un rituel étrange et complètement fou, mais comme nous avons pu le voir, il n’en est rien, et force est de croire que cette action ne laisse pas indifférent et se manifeste un peu partout dans le monde, tels le collectif Wings Of Desire, basé à Oslo, les Berlinois de Superfly ou encore Suspended Belief, en Nouvelle Zélande, mais aussi en Italie ou au Canada. Tous ces gens réunis autour d’une passion bien étrange pour les néophytes mais qui mérite d’être creusée davantage et qui semble apporter beaucoup aux initiés, qui semble les guérir ou les combler, leur apporter beaucoup via une pratique qui peut passer pour complètement folle et effrayante la première fois. // D.R.


PaR Tonton steph illus : estelle vonfeldt

la cuisine de sparse foodage de gueule

ROYAL CHEESE YONNE : 12/20 L’Yonne, outre les produits lactiques déversés par hectolitres par ses multiples et nombreux pédophiles chaque année, ne propose qu’un seul candidat, relativement sérieux. - Le Soumaintrain : sa croûte blanche est naturellement plissée et légèrement fleurie. Le Soumaintrain a une consistance moelleuse, comme ton bide après coup. Il subira un seul lavage au marc de Bourgogne pour en signer l’origine, tout en lui préservant un goût plus subtil ; il se consomme le plus souvent semi affiné lorsqu’en sous-croûte les arômes virent sur des parfums envoûtants, légèrement fumés et puissants alors que le cœur reste crayeux pour garder un équilibre tout en fraîcheur et en notes lactiques. Tu peux aussi te le faire au four, apparemment, recette trouvée sur cuisinefacile.com. Une façon comme une autre d’envoyer se faire foutre le Mont d’or, c’est compris ? 2 293 calories, soit 113 % de tes apports journaliers. Les cardiologues de la région approuvent. - Le Saint-Florentin : ouais, c’est aussi le nom d’un patelin où les autochtones s’entretuent comme au Mexique, en foutant le feu autour d’un pneu dont tu es le prisonnier. Il s’agit d’un fromage de vache au lait cru et à pâte molle non pressée et non cuite, à croûte lavée, moulée naturellement à l’ancienne, à Chailly, pâtelin à quelques kilomètres de ce bourg. De couleur blanche et sans croûte lorsqu’il est frais, le Saint-Florentin se couvre ensuite d’une croûte fine et brillante de couleur orangée avec une pâte qui s’assouplit en s’affinant. Sa saveur peut aller de fraîche à relevée. Très doux et acidulé quand il est jeune, il développe une odeur pénétrante et un goût d’étable marqué en s’affinant. Comme Doudou Cavin, en somme. - Le Chaource : très apprécié par tonton Robert lors du remariage de Monique (il en a repris quatre fois, l’enfoiré), il l’était déjà au quatorzième siècle, et il se dit que Marguerite de Bourgogne l’exigeait à sa table. Tu sais pas qui c’est ? Nous non plus. En tout cas c’est aussi fabriqué dans l’Aube, département dont on ne veut rien savoir puisqu’il a donné lieu à l’existence de Nigloland, François Baroin et les magasins d’usine.

CÔTE-D’OR : 17/20 La décence nous invite, avec beaucoup de retenue, à ne pas thématiser le département de notre cœur. - L’Époisses : le rédacteur de ce classement ultra-subjectif doit bien l’admettre : tel le Bubba Gump énumérant les recettes à base de crevettes, il ne voit partout que des recettes possibles avec le saint des saints, le roi des fromages. Un certain restaurant à Semur-en-Auxois ne propose que des recettes à partir de lui, paradis. - Le Délice du Chambertin : généralement, quand un candidat se présente pour te séduire alors qu’il a encore du duvet, t’as surtout envie de golri ; mais là, cette fine pellicule passe et donne tout son charme à celui-ci ; aux fêtes d’hiver, il est souvent vendu avec des baies, wallah, t’es refait, et ça présente bien devant mamie. - Le Citeaux : avec l’actu complètement catho-friendly du moment, tu vas même pouvoir financer ton culte préféré, en allant pécho directement sur les lieux de prières et de production un frometon totalement du cru, fabriqué par les moines. Je le recommande cuit dans un burger. C’est du vécu et ça ferait descendre le p’tit Jésus de sa croix tellement ça défonce. - Le Brillat-Savarin : le mec doit être dégoûté car, oui, au départ, c’est un écrivain bourguignon qui a rédigé une célèbre Physiologie du goût. Et de philosophe, il devint un objet de délectation culinaire. Heureusement, le frometon éponyme déboîte. Un serveur m’avait une fois sorti que « c’est le fromage préféré des femmes» – parce qu’il est très gras, grosse faute de goût. Citons plutôt l’auteur : « Un dessert sans fromage est une belle à qui il manque un œil ». SAÔNE-ET-LOIRE : 13/20 C’est le département des chèvres fermiers en France ; notre bon plan se trouve non loin des étales à poissons du marché de Dijon, un homme vend des chèvres frais et secs à 2,70 euros qui défoncent littéralement tout. C’est ze bon plan de cette rubrique, ne le loupe pas, putain d’inattentif. - Le Charolais : ben justement, un fromage caprin, fabriqué avec un cahier des charges très précis. Ces chèvres-là pourraient bien jouer au stade Vélodrome de Marseille, tant leurs performances gagneraient à être médiatisées. Ils ont déjà les couleurs du maillot : « Sa croûte évolue du beige/ivoire à l’état jeune vers le bleuté en fleurissant. Des taches bleues, principalement de pénicillium, peuvent apparaître en cours d’affinage ». - Le Mâconnais : celui-là aussi est devenu AOP, depuis 2006. 4600 chèvres se prostituent au capitalisme pour te donner ce met, qui naît non loin des vignes de cette contrée qui donne des vins, disons, de toutes qualités. Mais même le pire des Mâcon-Villages pécho au Super U devrait aller avec ce petit chèvre tronconique. Non, ça veut pas dire qu’il faut le couper à la tronçonneuse, mais qu’il est fabriqué dans un moule spécifique et non retourné jusqu’à la fin de la période minimale d’affinage. Aussitôt appris, aussitôt oublié. 50


Le combat des claquos régionaux. Ce magazine mise en permanence sur les profonds débats de société, en l’espoir de redonner une conscience civique digne de ce nom au lecteur. Aujourd’hui : le souhait bien légitime de défier « la Marie-Guite Dufay », dont la région Franche-Comté semble pourtant plus largement versée dans les frometons au lait cru que la Bourgogne. Pourtant, la présidente de région vient aussi d’un coin qui a donné lieu à La vache qui rit : pas de quoi pavoiser. La Bourgogne ne peut-elle pas tenir, de temps à autre, la dragée haute aux vaches des montagnes jurassiennes ? Elle lui botte déjà largement le cul niveau pinard. Attention, affaire sérieuse. Les produits laitiers, des sensations pures.

JURA : 15/20 La Franche-Comté se classe au 4ème rang national du nombre de dépôts de brevets européens pour 10 000 habitants. Cette statistique pèse que dalle à côté de l’invention de frometons qui te donnent envie d’aller faire du ski de fond à Prémanon. - Le Morbier : ce potentiel concurrent de la raclette est « au lait cru et à la raie cendrée », et nous nous abstiendrons de tout commentaire à ce sujet, sachant que le village qui lui donne son nom ne se trouve pas si loin de Saint-Claude, capitale de la pipe. L’Est Républicain du 20 août 2016 nous apprend même qu’il existe un concours de celui le plus réussi. Mais entre nous, y’a-t-il quelqu’un qui a déjà mangé «un mauvais Morbier» ? Cette merde défonce trop et tout le temps. - Le bleu de Gex : on va être honnête, c’est super limitrophe, produit dans l’Ain autant que dans le Jura, soit, le Mordor, les confins, Antipodes. Le Bleu de Gex est produit grâce à 48 agriculteurs qui travaillent cette pâte bleue et persillée caractéristique, mais qui ne peut certes pas plaire à tout le monde. À boire avec un Arbois ou un Côte du Jura vin de paille voire un liquoreux. MAIS AUSSI - La Vache qui rit : se reporter à notre gros dossier dans un numéro précédent, là on préfère ne pas trop en parler - Le St-Savin : fromage carré, croute fleurie - Le Polinois : idem. Y’a quoi d’autre à Poligny ? Une école hôtelière ? - La tomme du Jura : pâte pressée non cuite au lait cru, à St-Claude, dont il est bien tenu de rappeler que c’est la capitale de la pipe - le Pénitent : carré, pâte molle, croute blanche

DOUBS : 17/20 Le haut du panier. Des coins avec des vaches avec des cloches, t’as vu? Comme dans les pubs. - Le Comté : il s’agit du premier frometon AOP de France et ça, ça claque : plus de 60 000 tonnes et 1 600 000 meules produites dans les fruitières. - Le Mont d’or : peu de fromages peuvent se vanter d’être vendus en magasin avec un petit caquelon en céramique. Recopions le numéro 0 de feu Miroir mag, où le blogueur Le Bison Teint risquait ceci : « Le Mont d’or, ce délicieux fromage blotti dans sa boîte en bois de nos sapins. Chaud, sa saveur délicate s’associe parfaitement avec notre délicieux vin blanc du Jura. Le marier à un Aligoté ? Une faute de goût impardonnable ! Même le nom Mont d’or est déjà en soi un véritable poème. On est bien loin de l’improbable Époisses et de sa boîte en carton. » Prends ça, le 21. - La Cancoillotte : colle, fondu à base de metton, surnommée « merde du diable ». Du genre à inciter, tel Méphistophélès, à des défis douteux et surhumains. On avait relayé ça sur le site cet

été : le plus gros mangeur de cancoillote s’en envoie 2,5 kg en dix minutes. À Larians, en Haute-Patate, le gagnant de ce concours flippant a pété neuf boîtes pendant le temps imparti. Tu te verrais faire pareil avec du Délice du Chambertin, toi ? Et pour cause : la cancoillote est malgré les apparences l’un des fromages les moins gras : 4% s et seulement une centaine de calories pour le même nombre de grammes, ce qui est un exploit. Bon, par contre, ça se bouffe à l’ail et certainement pas dans les nouveaux goûts aperçus, du genre au chocolat. Beurk. MAIS AUSSI - Le bon petit Gil : meule, fromage à pâte pressée non cuite à la croûte naturelle - Le crémeux des gentianes : fromage cylindrique, croûte lavée - Le Lomont : Meule, pâte pressée mi-cuite, tome de vache, frottée au vin blanc - L’Edel de Cléron : fromage rond, pâte crémeuse, sangle de sapin - Le Bourrichon : fromage rond, pâte molle, croûte lavée - Le Gourmet d’Epenouse : cylindrique, pâte molle, croûte lavée - Le Mamirolle : brique, pâte pressée non cuite, croûte lavée - Le Montjoux : fromage rond, lait cru, label montagne. - P’tite folie fumée : crottin au lait cru, fumé au bois de sapin - Le Spinosien : bûche, pâte pressée, cuite, aromatisée, prends ça Spinoza - Le St-Point : fromage rond, au lait cru - Le Sapin du haut-Doubs : fromage rond, croûte lavée - Le bon Grivois : petite tome à pâte tendre - Le fromager des clarines : rond, pâte douce - Le St-Vernier au savagnin : rond, affiné au savagnin

HAUTE-SAÔNE : 6/20 Quelque part, on pourrait hésiter à en parler, tant tout ce qui vient de Haute-Patate met tout le monde dans l’embarras. En l’occurrence, il se trouve que des espèces de calendos devenus hyper courants dans tes hypermarchés ont fleuri dans ce coin maudit de l’humanité, où l’expression « diagonale du vide » est une bien faible expression du dénuement local. Enumérons toutefois. Tu trouveras : - Le Roucoulon : fromage rond, croûte fleurie, connaît un franc succès, aujourd’hui on en trouve partout, ben ouais, même dans ton supermarché tout moisi. - Le Charcenay : fromage carré, pâte molle et onctueuse, croûte blanche. Bien distribué dans tout l’hexagone également. - L’Ortolan : rond, pâte molle à croute fleurie : du même genre, avec des formats familiaux, officiellement pour les grosses mif’ (MILF ?) de Gray, officieusement pour les gros sacs. Ah, y’a aussi une version bio pour les bobos qui veulent se mettre bien. - Le Fin Fou : rond, pâte molle, onctueuse, croûte fleurie, lait de montbéliardes partiellement écrémé. Ce bordel est tout fluo dans tes rayons, entre le Babybel et le Chavroux. - Le d’Artagnan : fromage rond à pâte molle, croûte lavée, lait de montbéliarde partiellement écrémé. Du genre qu’on achète chez les mousquetaires de la distribution alimentaire.

Il est notable que la Nièvre ne fournit aucun fromage de renom, ce qui invite toujours plus à la rayer de la carte. Vladimir, après la Crimée et la Transnistrie ? Toutefois, le Territoire de Belfort ne fait guère mieux, ne proposant rien de bien sérieux, coucou Jean-Pierre Chevènement. Dans les deux cas, du coup, ça bouffe quoi ? Du Chavroux ? Cette saloperie de Babybel ? Soyez sérieux, les gars. // T.S 51


la cuisine de sparse

S

amedi 24 septembre. Tu as le sourire radieux. Ça fait un mois que tu es rentrée de vacances et la reprise n’avait jamais été si belle pour toi. Un petit chant d’oiseau résonne dans ta tête à mesure de tes pas. Tu ris à nouveau en croisant des enfants dans la rue, tu t’arrêtes devant les magasins de robe de mariage et ta consommation de tablettes de chocolat a diminué au quintuple. Tu as bien changé depuis cette fameuse rencontre au camping du lac des Settons. Début juillet, tu voyais les vacances approcher sans laisser entrevoir une lueur de changement dans ta vie. Ton programme se résumerait à lecture sur le balcon, grasse matinée, piscine municipale deux fois et 3-4 apéros en mode vacances pour ceux qui restent. C’est alors que ta pote Julie t’a proposée 15 jours dans le Morvan. Balade, lac, pique-nique, lac, balade. Un programme alléchant qui allait te sortir de chez toi. Ta nouvelle aventure. En arrivant au camping le premier jour, Christophe était déjà là, emplacement 308. Vous vous êtes installées à la 312, une famille de Hollandais vous séparant l’un de l’autre, comme toujours. Quelques jours plus tard, la tente 2 grammes verte de la 308 était tienne. Une amourette de vacances, puis plan cul, puis amour tout court. Du coup à la fin septembre, tu te jettes à l’eau. Hey bébé, et si on invitait tes parents à dîner samedi prochain ? Ton mec est aux anges, sa famille est un passage obligatoire. Ses parents habitent toujours une petite bourgade de Saône-et-

La fishstory

Loire, là où Christophe a vécu la plupart de sa vie. Des parents tradi, où la femme doit savoir faire à manger. Toi, tu t’en balances mais tu veux faire plaisir à belle-maman et vous faites pas mal de bouffe avec ton mec. Tu décides alors de les surprendre avec des makis végé en apéro-entrée, un burger complètement homemade à l’agneau accompagné de lentilles en plat et pour finir en beauté un dessert fait par ta mère, un gros stress en moins pour toi, et l’assurance de bluffer une bonne fois pour toute bonnemaman avec une charlotte aux fruits de l’autre monde... Un vrai beau menu pour bobo, mais qu’en est-il pour Denise, 3ème dan de coq au vin, Prix Nobel de bœuf bourguignon, et vicechampionne de BFC de persillé ? Et pour Michel qui ne mange que ça depuis 42 ans ?

Denise, à table ! 52

par so fish illustration : mr. choubi


File chez le Chinois, pour choper ton nécessaire à maki... Set en bambou, feuilles de Nori, gingembre mariné, riz à sushi, wazabi, sauce soja, vinaigre de riz... Demande directement au store, on saura te conseiller. Par contre, pour les crudités à l’intérieur, privilégie les légumes de saison. En septembre, on te conseille de prendre un ou deux concombres, quelques carottes, une belle poignée de roquette et de la ciboulette thaï. Tu peux aussi prendre un fromage à patte molle et pas trop fort en goût pour ajouter un peu de moelleux et de douceur. Pour le plat, trouve un bon boucher halal pour l’agneau, la meilleure cam’, et demande-lui de le hacher, compte environ 150/200 gr de viande pour chacun. Trouve ensuite de belles tomates du coin, assez grosses, profites-en c’est encore la saison, elles te serviront pour remplacer le

La shortfish pain à burger. Achète aussi de la féta chez ton fromager, des oignons nouveaux, des herbes fraîches – coriandre, menthe, persil plat – des poivrons chez ton primeur et assure-toi d’avoir dans tes placards de l’huile d’olive, du vinaigre balsamique (blanc de préférence), des lentilles vertes (du Puy !), des graines de cumin, des gousses d’ail, une brique de crème liquide, du concentré de tomate et un citron jaune.

Commence par faire cuire les lentilles à l’eau, avec plein d’aromates (mets du sel à mi-cuisson) pour qu’elles aient plein de goût, une fois égouttées elles auront le temps de refroidir pendant que tu prépares le reste du repas. Fais cuire également ton riz à sushi et assaisonne-le avec un mélange sucre, vinaigre de riz et sel. Laisse bien refroidir les deux. Pour les makis, l’idée c’est de donner du goût aux crudités. Pour cela, épluche tes carottes et tes concombres. Tu coupes le tout en julienne de manière assez fine. Une fois coupés, réserve les bâtonnets au frigo dans une petite marinade huile d’olive, ciboulette thaï, sel poivre et petite goutte de citron. Paf, explosion dans la bouche. La roquette, tu n’as pas besoin de la travailler, c’est déjà parfait par nature. Si tu en as achetées, coupe aussi quelques lamelles de fromage pour l’assemblage. Quand tu es prête et échauffée des poignets, tu te mets au travail. Et pour cela, on ne va pas te décrire ici comment rouler des makis. Tu vas allumer ta tablette et taper « tuto Maki » sur Youtube, tu vas voir, ça va aller tout seul. Tu prépares donc tes boudins avec tout tes ingrédients. L’idée, c’est que plus tu seras concentrée sur ton alternance de couleurs, plus tes makis seront jolis à la coupe, et plus tu serreras les boudins entre tes petits doigts, plus les makis auront une meilleure gueule à l’arrivée, donc applique-toi pour faire plaisir à belle-maman. Une

fois les boudins prêts et collés, tu n’auras qu’à les couper en tronçons avant de les servir avec sauce soja, wasabi et gingembre. Le voyage pourra alors débuter ! Pour les burgers, tu prends un saladier dans lequel tu mélanges ton agneau haché, 2 oignons nouveaux émincés, tes herbes fraîches ciselées, 3 cuillères à soupe d’huile d’olive, du sel, du poivre et du piment si tu as. Forme alors 4 belles galettes, réserve ensuite au frais. Bing, kefta maison ! Prépare ensuite l’assaisonnement pour la salade de lentilles : à nouveau, oignons nouveaux émincés, herbes fraîches ciselées, ajoute les poivrons émincés, le concentré de tomates, les graines de cumin, un peu de crème, d’huile d’olive, de citron et de balsa blanc. Mélange avec les lentilles et assaisonne le tout, hop c’est prêt ! Pour que le burger séduise encore plus belle-maman, remplace donc le pain par des tranches de tomates que tu pourras soit servir crues, soit juste très rapidement poêlées à l’huile d’olive. Au dernier moment, il ne te reste plus qu’à griller tes galettes d’agneau avec un peu d’huile dans une poêle bien chaude et à assembler les burgers avec les tranches de tomates, la viande et de la feta émiettée. Sert avec une belle cuillère de salade de lentilles et décore avec une tête de menthe, yum yum ! Pour le dessert, tu es passée voir ta mère en fin de matinée et tu as planqué le gâteau au frigo, bien joué !

Le fishmeal La happyfish Denise s’est étouffée avec un maki dès l’apéro, vous avez dû la mettre en PLS pour la remettre d’aplomb. Ton nouveau petit copain a eu peur et pleurait comme un gamin de 4 ans,

tue-l’amour. Beau-papa t’a fait un regard noir au moment du burger halal et a fini par te dire que tu avais de la salade entre les dents depuis leur arrivée. Fin de l’aventure. // A.S. et S.G.

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welcome to my hood

PaR lilian elbé, à dijon photos : jonas jacquel, nicolas michelin

Lentillères la ville en jachère Petite histoire des Lentillères à Dijon, ou quand un quartier défriche son passé pour se reconstruire un avenir... alternatif.

I

en intégralité cette année. Étonnant, pour une nature urbaine qui déteste le vide. Mais cette friche est un vestige très parlant de l’histoire du quartier. D’abord parce que la végétation est l’histoire même de cette petite plaine bordant le Suzon. Jusqu’au début du XXème siècle, il n’y avait là que des jardins, des vergers, des potagers, terres horticoles et même des vignes au Moyen-Âge. Les Lentillères étaient en quelque sorte la terre nourricière des Dijonnais, achetant les productions locales au marché municipal. Au début du siècle dernier, les rues n’étaient pas toutes tracées, beaucoup ressemblaient plutôt à des chemins. Sur une vue aérienne de 1948 par exemple, on distingue aisément des centaines de parcelles de cultures, mais peu de maisons. Quand il y en a, c’est pour les jardiniers et leurs employés. Et les registres de recensement le prouvent : dans celui de 1936 par exemple, au n°41 de la rue Philippe Guignard, on recense au milieu des carrés de terre la famille Bhanut Léon et Juliette, jardiniers de profession. Le couple vit avec ses deux filles, mais aussi deux ouvrières agricoles polonaises logées sur place et un employé pour le maraîchage. Plus loin, au 45, un couple de la même famille a deux domestiques et un apprenti jardinier américain de tout juste 15 ans, Georges Novack. La maison, avec sa cour, ressemble à un petit corps de ferme. Et les pages du recensement s’enchaînent, où l’on retrouve quasi systématiquement en face de la mention « profession » des habitants sondés : « jardinier », « horticulteur ». Il faudra attendre les années 1950 pour que, face aux opportunités immobilières, les propriétaires de ces grands jardins en cèdent une partie pour la construction, puis une autre, densifiant ce qui devient en quelques années un quartier pavillonnaire en bordure de ville. Bientôt, il ne reste de jardins que ceux ornementaux des petites maisons du quartier. Pour répondre aux besoins, le collège des Lentillères est lui aussi bâti sur des jardins maraîchers.

l y a des quartiers comme ça qui ont une identité claire, une vocation et une architecture unique. À Fontaine d’Ouche, il y a des grands ensembles, à Toison d’Or, des résidences R+4, à Maladière des petites maisons d’ouvriers. Et d’autres hybrides, nés du hasard de l’urbanisation, d’une histoire plus spontanée, empirique. On retrouve souvent ces quartiers en bordure de ville, mélangeant des fonctions industrielles et résidentielles, collés aux boulevards extérieurs. Les années allant, peu résistent aux grands programmes urbanistiques « d’utilité publique ». L’intégralité des vieilles fabriques, des maisons biscornues et des ruelles est rasée pour reconstruire à neuf et d’une traite des milliers de logements appelés « éco-quartiers », au nom de l’hygiène et du progrès. À Dijon, le quartier des Lentillères en est l’exemple parfait. Autrefois terre maraîchère de tous les Dijonnais, petit à petit transformée en quartier pavillonnaire bordant les abattoirs municipaux, les Lentillères sont devenues avec le temps une demi-friche urbaine en sursis, promise à laisser place à une « éco-cité des Maraîchers » de 1 500 logements. Mais derrière la broussaille, la friche est toujours vivante et compte bien utiliser les atouts de son passé pour se reconstruire elle-même une vocation, plus alternative...

La plaine aux jardiniers Bienvenue à l’extrême sud-est de Dijon. Le quartier des Lentillères, dit aussi des Poussots, est coincé entre le cimetière des Péjoces, au sud du campus universitaire et le parc de la Colombière. Vu du ciel, des petites maisons populaires charmantes, la majorité des années 50 et au beau milieu, un gros triangle vide. Une grande friche géométriquement tracée de presque 20 hectares d’anciennes cultures maraîchères professionnelles et des immenses abattoirs municipaux, rasés 54


Silence, รงa pousse !


Le projet d’éco-quartier.

« Fermeture avant travaux »

encore, à 65 ans, il continue de vendre ses produits aux Dijonnais sous les Halles et par le biais d’Amap.

Au tournant des années 80, l’activité maraîchère disparaît quasiment intégralement, concentrée alors sur une bande de terre formant le fameux triangle, le long de la voie de chemin de fer. Beaucoup de maraîchers ont pris leur retraite ou sont partis développer leur activité, par manque de surface, à l’extérieur de la ville, dans la plaine de Saône. Pendant ce temps, au bout de ce triangle de terre d’une surface totale de 20 hectares, les abattoirs municipaux sont construits et l’activité d’équarrissage autrefois située place Suquet est transférée dans le quartier à partir de 1958, jusqu’en 1988. L’année 1984 voit ainsi arriver dans le quartier le dernier maraîcher professionnel de l’histoire des Lentillères. À l’époque, la grande majorité est déjà partie, il ne reste qu’un ou deux occupants. Mais le Dijonnais Jean-Pierre Koenig décide alors de se reconvertir de l’industrie agroalimentaire et loue un hectare en pleine ville, dans la filiation d’une activité qu’il sait séculaire ici. Mais il a déjà conscience que la démarche est marginale par rapport à la tendance générale. La plupart des jardiniers sont déjà partis, il sera le dernier. « Dans les années 1980, les vieux maraîchers propriétaires voulaient tous vendre », se souvient-il. Sur le terrain qu’il retravaille entièrement, il retrouve des circuits ferroviaires d’un autre temps et de vieux chariots de mine pour faciliter le transport des légumes. « La qualité du sol était très bonne », analyse-t-il aujourd’hui, « très bien fertilisée », grâce au siècle de maraîchage qui le précédait sous ses pieds, et permettant une « production intensive et haut de gamme ». En 2000 toutefois, dernier des derniers, il décide de rendre son terrain, sachant que les terres étaient déjà officiellement constructibles et potentiellement expropriables. « La ville tenait déjà à remplir les dents creuses ». Il ferme le jardin, part s’installer à Auxonne, vouant son hectare et tous les autres alentours à la friche inexorable et intégrale pendant dix ans. Aujourd’hui

Vends terrain vague, à rafraîchir, 37 millions d’euros Constructibles et expropriables sont donc devenues les parcelles, car la ville promet depuis 30 ans de s’occuper de la zone en lui redonnant une vocation. Un temps il s’est agi de construire là une nouvelle grande gare TGV, puis une clinique privée. Avortées, ces idées ont fini par laisser place en 2011 à la fameuse grande « Eco-Cité des Maraîchers ». Un projet dessiné par un grand cabinet parisien et déclaré d’utilité publique visant à créer un nouveau quartier de 1 500 logements, composé d’îlots répondant aux dernières normes environnementales. Depuis 20 ans, tous les terrains, ceux des abattoirs en priorité et certaines maisons bordant la friche ont été rachetés par la municipalité. Une fois toutes les terres rasées en possession de la ville de Dijon, cellesci seront revendues aux promoteurs pour permettre de financer à 90% une opération immobilière qui se chiffre au total à 37 millions d’euros pour la collectivité. Et c’est justement ce projet de renouveau pré-mâché pour le quartier qui va permettre à ses habitants de réveiller l’âme endormie du quartier. Rapidement, beaucoup réalisent l’opportunité et le luxe d’avoir des terres agricoles conservées en pleine ville et que leur disparition serait une perte à la fois historique et culturelle. Alors, en 2010, un petit groupe d’opposants à l’éco-quartier franchit les murets en pierre à moitié effondrés menant à la friche et décident de lui redonner vie. Dans le lot, Jean-Pierre Koenig est là pour donner un coup de main, heureux de revenir sur place. L’idée ? Occuper les lieux, semer et cultiver à nouveau, « montrer qu’on peut en faire autre chose que tout bétonner », et pourquoi pas se remettre à produire des fruits et légumes, comme avant. 56


Bienvenue au village Six ans plus tard, quand on s’y promène en plein été, le grand triangle de verdure est toujours là. Toujours pas d’éco-quartier à l’horizon, même si les derniers bâtiments des abattoirs finissent de céder sous les bulldozers, agrandissant encore la surface du terrain vague. Mais celui-ci n’a de friche que l’aspect extérieur. Une fois la tête passée au travers des feuilles, on découvre un petit village agricole, une véritable mini ZAD. Ce n’est certes pas Notre-Dame-des-Landes, mais l’esprit « alter » y est. Sur place, on est loin des quelques rangs de tomates et haricots verts que pourrait planter un amateur dans son jardin. Depuis 2010, les militants n’ont pas fait que pénétrer sur le lieu, ils l’ont entièrement investi, et ce durablement. Le site est organisé, luxuriant de végétation et d’installations agricoles : deux

potager collectif, où l’on jardine en groupe, les uns pour les autres, puis l’activité maraîchère destinée à la vente à prix libre au marché, du côté de la grange, et enfin les « petites Lentillères », de plus en plus occupées. Là, des particuliers viennent investir spontanément un petit bout de jardin personnel, dans l’esprit des jardins ouvriers. Sur les sept hectares de friche, la quasi totalité est ainsi désormais occupée, contre deux seulement il y a trois ans.

Vivre la lutte Si tout ce petit monde semble en apparence très paisible et prospère depuis quelques mois, le combat a été bien plus rude les premières années. Dans un bras de fer direct avec la mairie, les militants ont mené plusieurs manifestations afin de retarder la réalisation inéluctable du grand projet d’Eco-cité. En réponse, les services de la ville ont eux aussi su faire pression en rasant le plus de maisons désertées possible et expulsant des squats. Officiellement, la friche est d’ailleurs officiellement classée en « zone de déshérence ». Mais après avoir longtemps moqué l’existence de cette résistance, face à son ampleur, le maire a fini par la reconnaître, sans exaltation. Soit, il y a des militants altermondialistes sur le site. Qu’ils restent, mais le jour où les travaux commenceront, ils devront partir. Tel est le contrat tacite tandis que la ville ne semble plus aussi pressée qu’en 2011 de démarrer les travaux, tant d’autres éco-quartiers sont déjà en chantier dans le reste de la ville. Alors la friche s’efforce de vivre le plus possible dans ce statu quo, revivant au quotidien le passé du quartier, au milieu des rangs de plantations qui nourrissent une partie des riverains du quartier. À la rencontre des « habitants », l’esprit communautaire est prenant. Max, 35 ans, a rejoint la petite équipe des maraîchers il y a plus d’un an, et cultive avec eux 4 000 mètres carrés de terre pour le marché du jeudi après-midi. Les techniques et les installations ne diffèrent en rien du maraîchage bio classique, voilà donc pour lui un parfait laboratoire pour se tester dans le métier. Mais c’est surtout l’activisme politique qui l’anime, revendiquant l’accès de chacun aux terres cultivables. Animé par une lutte « ensoleillée, joyeuse », Max utilise avec ses camarades cet espace « pour rêver, pour créer, envisager autrement la ville ». Quant à la pérennité menacée du lieu, « elle ne se pose pas » pour lui. Pour lui comme les autres, « la vie de la lutte dépasse la lutte », on oublierait presque que le lieu est en sursis. Les années passent et la vie s’ancre de plus en plus concrètement, comme un petit modèle idyllique, la ferme se fait pédagogique pour les promeneurs dijonnais curieux, invités par un fléchage à découvrir le petit monde des Lentillères. Un monde de plants, de petits sentiers, de fleurs et de cabanes en bois, comme un musée vivant de cette banlieue d’autrefois. // L.E.

immenses serres, un étal de marché à prix libre tous les jeudis, et surtout des dizaines de parcelles de cultures en tout genre, au rendement pour le moins impressionnant. La vieille grange en bois de Jean-Pierre Koenig est quant à elle devenue un lieu collectif où sont organisés concerts, soirées-débats, etc. En avril, La Vapeur y a pris ses quartiers pour quelques concerts. Sur place, plane un esprit voisin de celui de l’espace des Tanneries aujourd’hui transféré vers les ateliers du tramway - : idéalisme et autogestion règnent en maître, sans dieu. Les anciennes maisons de jardiniers sont devenues des lieux de cohabitation. Beaucoup de petites cabanes d’été et caravanes sont construites et aux beaux jours, 80 personnes vivent ainsi là en permanence. Trois pôles distincts se démarquent toutefois sur tout l’espace : d’abord le 57


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PaR LÉA SIGNE, à nîmes illustrations : michael sallit

interview

Y a-t-il un pilote dans l’avion ? Vol imminent en compagnie de Bon Voyage Organisation. Le dream band de disco-pop français qu’on avait rencontré en février dernier, lors du festival GéNéRiQ, revient avec un nouveau single : Géographie. L’occasion de partager une discussion « 100% passion avion » qu’on a eu avec Adrien, leader du groupe, au du festival TINALS à Nîmes. On a notamment appris que l’important c’était pas la chute... mais le décollage.

Il paraît que tu connais bien la région ? Ouais c’est vrai je connais bien le Sud-Est, je connais bien cette région parce que j’ai appris à piloter des avions à Avignon, pas loin. Je connais particulièrement la route de l’aérodrome, où se trouve la salle de la Paloma, puisqu’il y a l’aéroclub de Nîmes-Courbessac en face. Tu viens du coin ? Non, je viens de Paris. Mais il se trouve que quand t’es jeune et que tu veux piloter... À l’époque, l’aéroclub d’Avignon était tenu par des gens fantastiques qui s’appelaient Christian et Mireille Tournier, des gens qui ont changé ma vie. Et voilà, c’est là où il fallait aller. Tu pilotes régulièrement des avions ? Bah ouais, quand je peux, enfin quand j’ai les sous, mais vu que ça coûte assez cher c’est un peu compliqué, surtout avec les thunes qu’on gagne en faisant de la musique, mais avant ça j’avais des vrais boulots. Quand j’étais gosse j’avais envie de faire ça, mon père m’a payé un baptême de l’air en pensant que j’allais rentrer terrorisé. Manque de bol, l’instructeur est sorti en disant “Il est fort, ça lui plait”, et puis ensuite j’ai passé quelque temps à essayer de me débrouiller pour avoir des petits boulots, récupérer les thunes pour faire les trucs, y’a quand même des aides pour les jeunes pilotes, des bourses, donc voilà, j’ai fait plein de petits boulots de merde et ça m’a payé mes brevets. Et si on n’a pas de bourse, on fait comment ? On travaille pour gagner de l’argent. On peut se faire des amis riches qui ont des avions, mais il faut quand

même se payer son instruction. Tu connais l’aéroclub de Côte d’Or. Raconte-nous cette histoire ! J’ai pas d’histoire en particulier. Je ne sais plus comment il s’appelle, les Ailes dijonnaises ou l’Aéroclub de Côte-d’Or peut-être, mais il me semble que pendant longtemps, ils ont eu un Cap10, un bel avion de voltige, des avions Mudry. Un mec assez incroyable, Auguste Mudry, c’était un fabricant d’avions de voltige, mais en même temps il me semble qu’il a eu un truc bizarre pendant la Seconde Guerre mondiale. Je veux pas dire plus de trucs sur lui, l’autre jour, je faisais des recherches sur lui et j’suis tombé sur une transcription de procès à son sujet, sur l’utilisation d’ouvriers déportés pendant la seconde Guerre Mondiale.. Voilà, c’est tout ce que j’ai à dire à son sujet, mais en tous cas, il faisait des putains d’avions de voltige. Ah oui, belle histoire... Non mais Auguste Mudry était un Normand, mais voilà, j’crois qu’il y avait un Cap10 B en Côte-d’Or. C’est quoi le délire avec les avions, ta passion ? Ouais ça me fascine, j’adore l’aviation, je pense que, comme dirait un mec super cool qui s’appelle Jack Green, naviguer dans la masse d’air c’est fantastique, c’est une autre vision du monde qui nous entoure, car nous sommes entourés d’air et pas de vide, et on peut très bien s’appuyer là-dessus pour voler. Et il y a un truc qui me fascine particulièrement dans les avions en eux-mêmes, que je vois un peu comme des sorte de golem, comme des espèces d’idoles qu’on s’est 59


« Comment atterrir en douceur ? Eh ben il faut piloter aux fesses » Adrien, professionnel de l’aviation

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construit. Quand je vois les avions, j’ai l’impression de voir des animaux. Ça me le fait depuis que je suis gosse, j’ai l’impression de voir des objets très vivants qui ont leur propre vie. Et d’ailleurs c’est vrai, parce qu’à force d’être dans l’air, les avions prennent les formes qui leur permettent de mieux voler. Un avion, c’est fait comme un oiseau, c’est fait pour voler. Si t’es dans n’importe quel avion, que tu coupes le moteur : il continue à voler, c’est fait pour ça. Donc oui, ça me fascine. T’es du genre incollable en aviation ? Ouais, j’suis pas mal motivé par plein d’années de collège et de lycée à pas trop suivre en cours. Le plus dangereux : décollage ou atterrissage ? Décollage, parce que basse vitesse, basse altitude. Turbulences ou orage ? Ni l’un ni l’autre, enfin un orage plutôt, en tout cas il est déconseillé et dangereux de rentrer dans une zone électriquement active. Plutôt l’orage, mais tu sais les turbulences c’est lié à l’activité orageuse du ciel. Tu pourrais nous faire un petit point technique pour un atterrissage en douceur réussi ? L’atterrissage, c’est simplement un transfert d’énergie cinétique finalement. Y’a pas de grande méthode pour atterrir en douceur, tout ce que je peux dire c’est que.. Attends, revoyons la question. Comment atterrir en douceur ? Eh ben il faut piloter aux fesses quoi, il faut savoir à quel moment il faut arrondir l’avion, l’amener à la vitesse minimum et le poser, il ne faut surtout pas atterrir trop vite et il ne faut surtout pas plaquer l’avion au sol, il faut le retenir et le laisser être en l’air jusqu’à ce qu’il touche lui-même le sol. Selon toi, c’est plus une prouesse technique ou ça s’acquiert par l’expérience ? C’est un peu des deux mais j’avais un instructeur qui disait : “Même un âne pourrait faire atterrir un avion, c’est pas ça qui est difficile, ce qui est difficile c’est de prendre des bonnes décisions au bon moment.” On parle d’avions, parlons de votre dernier clip Ouais, on a un clip sorti fin juin avec un nouveau morceau qu’on a tourné dans un Concorde. Et si on parle d’avions comme des golems, le Concorde, c’est bien un golem, c’est le golem des golems ! C’est grâce à une petite association tenue par des gens très gentils, qui est à Orly, et qui a un Concorde de pré-série. Un Concorde qui a fait des essais en vol mais qui n’a jamais été en ligne, jamais utilisé en exploitation commerciale, d’un côté aux couleurs de British Airways, de l’autre aux couleurs d’Air France. Après avoir fait les essais en ligne, il a fait du commercial,

« On a tourné de le dernier clip de BVO dans un Concorde » c’était l’avion qui faisait le tour du monde pour présenter le Concorde dans le monde entier. On a tourné dans cet avion là et j’suis vachement content, c’était trop bien. C’est émouvant. On parle de l’actu du groupe ? On tourne pas énormément, on a quand même des concerts à droite à gauche. On peut pas exactement dire qu’on soit en tournée. Comme actualité, on a le clip et le nouveau morceau, le reste de l’EP qui sortira en septembre, on avait un concert au FNAC live le 20 juillet et on avait la création des Francofolies de La Rochelle avec les Brigitte, on était backing band, j’ai écrit les arrangement, 14 morceaux de reprise de Balavoine, c’était vachement bien. Et puis voilà, c’est déjà pas mal. Quels sont les plus gros moments lose du groupe ? Y’en a eu pas mal, parce qu’on n’est pas très forts en com’, on n’est pas très connus. On a pas mal tourné dans plein de trucs et on a fait beaucoup de concerts devant des salles pas très remplies, ce qui est très formateur mais un peu fatigant à force. Notamment on a fait un concert dernièrement à Nevers au Café Charbon, qui est une putain de salle en plus. C’est dommage parce que l’ambiance était trop bien et le catering était trop cool, mais le public s’est barré quand on est arrivé et on a joué devant vraiment pas beaucoup de gens. Ils dansaient, ils étaient très cool mais ils étaient vraiment pas beaucoup... C’est pas un plan lose mais on a fait quand même un truc bien vénère une fois, tout le monde a chopé la grippe, on était en tournée, on a fait un week-end où on avait Saint-Malo vendredi, Annecy le samedi, Dijon le dimanche, tous avec 40° de fièvre. Saint-Malo c’était un Arte Live Web, on retient tous ça comme un moment éprouvant, c’était vraiment très très dur. Tu nous as demandé une interview, c’est pas logiquement dans ce sens que ça se passe, pourquoi tu voulais à tout prix être dans Sparse ? Le truc politique c’est que j’aime bien les Radio Campus, j’aime particulièrement Radio Dijon Campus que je trouve très sympa et qui dit plein de choses très intéressantes à propos de notre groupe et je trouve ça cool. Et c’est génial qu’on ait le réseau des Radio Campus. Et il y a un lien assez fort entre Radio Dijon Campus et Sparse que j’ai découvert. Donc voilà, je me suis dit que j’avais envie d’être dans Sparse, et aussi parce que j’ai lu dans Sparse un article génial sur les sandwich Daunat, et quand t’es sur la route tu bouffes des sandwichs Daunat toute la putain de journée. // L.S. 61


Le serre-tête le plus lourd du monde.

interview

Bugs Bunny PaR riddimdim selecta, à fraisans photos : amandine klos, DR illustration : léa zamolo

Bunny Wailer ne nous a rien répondu de particulier, voire rien du tout, à part des banalités rasta. Mais c’est pas grave parce qu’on a interviewé une putain de légende vivante du reggae. Le 3ème larron des Wailers avec Bob Marley et Peter Tosh qui nous a reçu dans ses loges au sortir d’un live au No Logo Festival, à 2 heures du matin, pipe de ganja à la main. Mystique.

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« Si Bob Marley était encore là, nous jouerions ensemble à nouveau et nous combattrions le Babylone du 21ème siècle » Bunny au No Logo en 2015.

Vous avez une longue et prolifique carrière dans le reggae, vous avez gagné deux Grammy Awards (il me fait un « trois » avec les doigts)... Euh pardon, vous avez gagné trois Grammy Awards (il acquiesce en souriant), quel est votre plus beau souvenir ? Tu sais, je crois que mon meilleur souvenir c’est lorsqu’avec les Wailers, Robert Marley et Peter Tosh, on chantait à Trenchtown où tout a commencé avec « Simmer Down ». Depuis je joue du Robert Marley et du Peter Tosh dans tous mes concerts, c’est un respect que je me dois d’avoir pour mes frères disparus. Et c’est aussi important pour les fans, à travers ces chansons ils peuvent aussi montrer leur respect et leur amour. Si Peter Tosh et Bob Marley étaient encore vivants, que penseraient-ils du 21ème siècle ? La toute dernière fois que j’ai parlé à Robert Marley, il avait pour projet de réunir les Wailing Wailers, comme au début, donc s’il était encore là, nous jouerions ensemble à nouveau et nous combattrions le Babylone du 21ème siècle. J’ai lu que vous aviez récemment joué avec Stephen et Ziggy Marley, est-ce qu’un album ensemble est prévu ? Non, en fait nous n’avons pas pensé à cela. Le fait est que j’ai enregistré 50 morceaux de et avec Robert Marley et le but est de les jouer avec ses fils. Mais ce ne devait pas être un album de 50 titres, chaque fils en aurait chanté 5 par exemple avec moi et on l’appellerait « les Marley chantent du Marley ». Ce projet est toujours en cours ! 63

Et vous en solo ? Comme je te le disais, j’ai 50 titres avec Robert Marley et j’ai 50 titres de Bunny Wailer en solo, j’aimerais sortir une anthologie pour la célébration des 50 ans de la création du ska, du rocksteady et du reggae. Je me concentre là-dessus actuellement. Que pensez-vous de l’évolution de la musique reggae depuis vos débuts ? Tu sais, j’ai vu beaucoup de changements au fil des décennies mais la musique que nous avons apportée à l’Univers est toujours la même musique sur laquelle nous devons nous concentrer et je suis satisfait d’être encore ici et de jouer cette grande musique parmi tous ces jeunes artistes qui ont repris le flambeau et ne pensent qu’à jouer du grand reggae. Je suis heureux, tu sais. Et je reste persuadé que le meilleur est à venir, le futur est radieux pour la musique reggae, les artistes reggae et les amoureux du reggae ! Je te l’assure ! Ici en Europe on n’entend pas souvent parler de la Jamaïque en dehors du reggae et d’Usain Bolt, que pouvez-vous nous dire sur votre beau pays ? Tu sais la Jamaïque est l’endroit où le reggae a été concentré et nous l’avons pris à l’Univers pour l’emmener dans les champs de culture rastafariens où nous l’avons pratiqué et perfectionné. De ceci, je suis très satisfait. Tant que les rastas sont concernés, je suis satisfait. Je me réjouis d’être une représentation sincère d’un rastafarien, d’être concentré sur le développement et sur l’avenir de la culture rastafarienne, que ce soit en Jamaïque ou dans le reste de l’Univers. // R.S.


« Regarde moi ça, le petit cul qu’elle a celle-là »

Cécilien Winner coup de coeur Portrait d’un patron qui va acheter un encart pub dans le prochain mag tellement on va le brosser dans le sens du poil. PaR chablis winston photo : dr

Venu de Bretagne où il a grandi dans une famille qui lui a toujours appris le goût du travail, Cécilien Winner est un entrepreneur bien dans ses baskets. Après des études passées entre un MBA à Stanford et le CFA Guy Montagnier de Bourbon-Lancy, il débarque en Bourgogne à 25 ans en tant que responsable de la confiance client et de la sécurité pour Kiabi Quetigny, avant de passer par le coaching conseil aux entreprises : « Tu les mets dans une salle louée dans un hôtel un peu classe pendant 2 jours, tu leur expliques qu’ils doivent bosser ensemble en leur montrant des PowerPoint avec du vocable anglais, genre team buiding et la boîte allonge 15 000, ça paye mieux que le trafic de came, un hold-up ». Il a su gravir tous les échelons du business game jusqu’à créer sa propre entreprise en 1986 : Zuez. « Au départ je pensais monter un centre de formation comme tout le monde mais un vieux pote corse m’a conseillé de me mettre dans l’eau et le traitement des déchets. » Personnage public et philanthrope reconnu, Cécilien se nourrit de valeurs simples : « Ma famille, moi, ma liberté, la mort des assistés ». Cécilien Winner vit à fond sa région : « Dès que je peux je vais à Megève ou à Marbella. Dans le Jura, les gens me font peur, certains n’ont pas d’iPhone ! On peut se faire agresser par des gens de gauche aux 35 heures. Et la Nièvre ! Pour 58 68

moi c’est Beyrouth, je risque de me faire rayer mon SUV ». Son secret ? L’écoute et la confiance. « Mes collaborateurs, je ne leur signe que des CDD et au Smic. Je reste à 49 salariés pour ne pas à avoir de CE, sinon les syndicats te foutent le bordel tout de suite ». Il dit n’avoir jamais vu un inspecteur du travail pendant 15 ans. « Je crois qu’il en reste quatre en France, c’est une espèce menacée. Et quand ils débarquent, on est au courant 6 mois avant ». Mais comment, parti de rien, ce sublime représentant de la catégorie des puissants a-t-il réussi à transformer sa petite entreprise en machine à cash ? « Je décroche des appels d’offres en arrosant toutes les associations et les clubs sportifs de la région. Je fais le mécène, le bon samaritain dans la presse locale et je sers des paluches tous les week-ends dans des bleds pourris de la plaine de Saône, mais si jamais on émet l’idée de renégocier un de mes contrats, je fais jouer la corde sensible en menaçant de faire chialer les gamins en retirant mes billes. Je récupère 100 pour 10 donnés. Les clients sont pris à la gorge, c’est une tactique qui a fait ses preuves ». Ce champion de Krav Maga ayant appris à tuer un homme à mains nues à l’âge de 7 ans est toujours tiré à 4 épingles sous son sourire carnassier, pour le plus grand bonheur de ses interlocuteurs : « Le costard propre, la barbe bien taillée et le cheveu poivre et sel, c’est une stratégie esthétique décidée par mon service com’ composé exclusivement de stagiaires. Moi, normalement je suis blond, mais ça ne faisait pas assez punchy et sérieux en même temps, alors je me suis fait une teinture. En général, un client lambda, si t’as une chemise propre et repassée, il te fait confiance. Vous avez déjà obtenu un prêt chez le banquier en allant au rendez-vous en jogging ? » Son plus gros problème ? Le décalage entre la logique de l’État et celle des entrepreneurs courageux. « Comment voulez-vous que je fasse pour boucler les fins de mois si je suis obligé de déclarer tous mes bénéfices ? Pour pouvoir investir en France et lui faire gagner des points de croissance, je dois pouvoir sortir du liquide à tout moment pour le dépenser à la Villa Mesner et payer l’artisan qui va venir me construire ma piscine, et ça l’État ne le comprend pas... c’est dommage. Si je veux embaucher, je dois pouvoir licencier ». Le rapport ? « Je sais ça n’a aucun sens ». Un message pour les générations futures ? « Bon courage les gamins ! On a déjà tout pillé. » // C.W.


© Mária Švarbová

C’EST LA RENTRÉE DU TU PAR LE THÉÂTRE UNIVERSITAIRE DE DIJON

MAR.27 SEPTEMBRE 2016 | 18H30

Envie de débuter une véritable aventure théâtrale ?

LES SOIRÉES FOLLES | PLURI

PAR LE CROUS DE DIJON

MER.28 ET JEU.29 SEPTEMBRE 2016 | 18H

Deux soirées pour secouer la rentrée universitaire !

LANDSCAPE(S)#1 PAR LA CIE LA MIGRATION | CIRQUE EN PAYSAGE

JEU.29 SEPTEMBRE 2016 | 19H

Dans le cadre des Soirées Folles du CROUS

LES LUNDI EN COULISSES LA CIE LES ENCOMBRANTS + GUESTS

LUNDIS 3 OCTOBRE 2016 ET 14 NOVEMBRE 2016 | de 10H à 18H BRASSERIE PAR LA COMPAGNIE GOUDU THÉÂTRE | THÉÂTRE

JEU.13 OCTOBRE 2016 | 20H30 En coréalisation avec l’ABC.

LE PLUS PETIT CIRK DU BORD DU BOUT DU MONDE

| CIRQUE

PAR LA CIE OPOPOP

JEU.27 OCTOBRE 2016 | 20H30 En partenariat avec CirQ’ônflex.

PILLOWS CONCERT AVEC THE MOONKEYS

| CONCERT

MAR.8 NOVEMBRE 2016 | 20H30 En partenariat avec De Bas Étages

PETITES HISTOIRES SANS GRAVITÉ PAR UNDERCLOUDS CIE

| CIRQUE

JEU.24 ET VEN.25 NOVEMBRE 2016 | 20H30 En partenariat avec CirQ’ônflex.

Rens. / Résas 03 80 63 00 00 - www.theatre-mansart.com

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la page la mode page mode

Camion : Ford à gauche transit de teufeur, Maillot/short : sales d’après l’entrainement. avec clébard en option. Chaussettes : sans Cheveux protège-tibias. : blond ou Interdit. gris, je ne sais plus. Chaussures : pour Sextoy terrain : batte synthétique. officielle USA baseball. Pose Montre : « me : Rolex demande avantpas 50mon ans. 06 ou je te te Cocktail : 2cl de rhum, 8cl de Roundup, 5cl d’un truc italien défonce la gueule ». trop stylé, 15cl Ambiance de 33 Export. : ghetto à talon. Pose : « Ah ouais, je vois ce que tu veux dire ». Ambiance : léopute.

Série réalisée à Dijon Photos : Vincent Arbelet Coordination : Léa Signe, Chloé Cloche Modèle : Camille Seurre Photos : Vincent Arbelet Série réalisée à Dijon Merci au Messire bar et à Lydie Jean-Dit-Pannel

à droite Blouson : extrêmement cintré. Gants : contrat pour la mafia. Maillot : Jacques Abardonado for ever Pose : Non au paquet neutre. Ambiance : les affranchis du BTP.

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Montre : extrêmement voyante. Blouson : laqué comme un canard. Pantalon : silver/zébré de ta tata en 94, incroyable, il est de retour. Pose : du mauvais côté. Ambiance : « vas-y arrête de me regarder ».

Bagnole : Clio RS de 2004, option chassis sport. Combi : grenouillère pilou-pilou/peau de pêche très agréable au toucher. Pose : « p’tain, j’suis vannée moi ». Ambiance : fin de running au bois de Vincennes.

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la sélection musicale

La vieillerie Resonance - OK Chicago, 1973. Gros funk instrumental. Claviers ambiance clavecins typique des BO des 70’s, genre les rues de San Fransisco ou Bullit. Parfois ça vire plus disco alors qu’on est en 73 vain dieu. Y’a de la grosse basse, des sirènes à la californienne, des clap-clap, tout ce qu’il faut. Avec pas mal de sons d’ambiance gangster (coups de feu, pneus qui crissent...). Et qui pour nous composer tout ça ? L’obscur groupe Resonance, derrière qui se cacherait un certain Bacson à la compo. Bacson ? En fait c’est deux zikos français : Michel Camisson, un compositeur bien connu de Library music et Pierre Bachelet (Bachelet/Camisson=Bacson, tu l’as ?). Hé ouais, mon Pierro ! Avant Les Corons, avant Emmanuelle, avant la BO des Bronzés font du ski, le Pierro était dans le funk et les musiques d’illustration jusqu’au cou. Deux albums pour ce duo funk. Cherche-moi des meilleurs funkeurs en France, sérieux, vas-y ! // C.W.

À éDe grande qualiteé Jungle By Night - The Traveller. Les 9 jeunes bataves de Jungle By Night ont enfin sorti leur 3ème album, The Traveller chez V2 Records et c’est une belle réussite ! Leur afrobeat est toujours puissant, métissé d’influences rock, funk, jazz et nouveauté sur cet opus, électro. Techniques et matures, ils tracent leur route et continuent d’impressionner sur disque comme lors de prestations live de grande qualité. Indispensable pour oublier la rentrée, l’album s’écoute en boucle et prolonge un peu les vacances ! // R.S.

Crystal Castles - Amnesty (I). Changer une moitié d’un duo n’est pas forcément synonyme de nouveau départ. Preuve avec Ethan Kath, cerveau de Crystal Castles qui, suite au départ d’Alice Glass, chanteuse historique en 2014, a rapidement retrouvé une muse en la personne d’Edith Frances, et n’a pas changé de formule. Le chant de cette dernière est très similaire à sa prédécesseure, peut-être un poil moins punk et plus doux dans l’esprit, et la musique reste très marquée de la signature du duo d’origine. L’album reste efficace, la musique très bonne, toujours aussi vaporeuse et sombre que l’album précédent, on notera juste un petit manque d’originalité et de prise de risques. Efficace, mais un poil facile. // D.R.

ÀTout le monde s’en tamponneé Michael Sembello - Bossa Nova Hotel. Michael Sembello, c’est d’abord un look : des gros muscles, un bouc du tonnerre et un regard bien déter. Bossa Nova Hotel, son tout premier album - et qui n’a de Bossa Nova que le nom reprend forcément ces codes, avec des body builder huilés sur, et dans la pochette. Et une… esthétique particulièrement virile. Si tout le monde se fout effectivement de cet album, c’est parce qu’un seul morceau est resté et demeure ultraconnu : Maniac, de la BO de Flashdance. Mais pour ce qui est du reste de ce premier disque, tous le monde l’a oublié. À part peut-être les admirateurs de bon goût et de vieille synth-pop molle comme les cuisses de mamie. // D.R.

Caca dans les oreilles Britney Spears - Glory. Pour quatre personnes : prenez une grosse courge bien mûre et coupez-la en morceaux après l’avoir, au préalable, épluchée. Faites de même avec des pommes de terre, lavées et rincées à l’eau fraîche. Placez une cocotte sur le feu, ajoutez-y et portez à ébullition de l’eau à, environ, mi-hauteur. Ajoutez-y les morceaux de légumes. Salez, poivrez, assaisonnez à l’envie et laissez cuire le tout pendant 50 bonnes minutes. Pour finir, passez la mixture au mixeur puis servez la soupe chaude, ou froide selon les envies de chacun, et dans un bol ou une assiette creuse. Astuce : pour plus de cohérence, vous pouvez y ajouter l’album Glory de Britney Spears. Pas trop. Quand même. // D.R.

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crash test par jeff buckler photo : dr

Tu t’es vu quand t’as passé tes vacances... Descriptif faussement sociologique et non-exhaustif de différents lieux de villégiature squattés pendant l’été par les habitants de notre grande et belle région. On n’a pas forcément les mêmes budgets mais on a la même passion. Les vacances. Exotiques ou locales. Chics ou low cost. Alter mondialistes ou colonialistes. Y’en a pour tous les goûts. Parfois des plus douteux. Prends ça, le guide du routard.

En Thaïlande

Parce que c’est quand même génial de pouvoir se déplacer en tuk-tuk, en éléphant, en Yamaha 11100 ZZR, en pagode... no rules. Parce qu’avant t’allais sur la Costa Brava. Parce qu’ils vénèrent un gros monsieur doré. Mignon. Parce que tu pensais supporter la cuisine épicée. Parce que ça reste une destination fantasme. Coquin. Parce que tu peux tout acheter à toute heure. Parce que tu peux vraiment tout acheter à toute heure. Sale. Parce que tu peux croiser ton voisin de bureau. Dépaysant. Parce que tu peux tirer avec des flingues et rouler en quad. Parce que tu pourras dire que t’as fait l’Asie. Tu es : un tsunami. Ou un lascar.

En Bretagne

Parce que t’as pu refaire ton stock de pulls Saint-James. Parce que t’es addict aux galettes et aux bolées de cidre brut... pourquoi pas. Parce qu’il faut bien justifier l’autocollant BZH collé au cul de ta caisse. Parce que t’es Breton par la demi-sœur de la grand-mère de ton beau-père... pourquoi pas. Parce que t’as un prénom qui finit en « ik » ou en « ek ». Parce que les fest-noz, les festivals et la rue de la soif. Dangereux. Parce que t’étais fan de Panoramix le druide. Mystique. Parce qu’ailleurs, c’est tellement vulgaire. Parce que la mer à 14 degrés c’est vraiment vivifiant. Parce que kenavo les bouseux. Magique. Tu es : du Breizh Cola. Ou en ciré.

À la Grande Motte

Parce que tu n’es jamais allé ailleurs. Parce que pourquoi aller ailleurs. Parce qu’elles sont drôlement bien les animations à la buvette du camping. Parce que tous les ans c’est les mêmes. Rassurant. Parce que toujours du 1er au 3ème week end d’août. Parce que toujours le même emplacement. Parce que tu as vu les gamins des voisins grandir. Parce que tu n’es pas claustrophobe et tu aimes la promiscuité. Parce que t’es torse nu au supermarché. Parce que comme tous les ans c’est la galère pour se garer près de la plage. Tu es : un bungalow. Ou un chichi.

À San Francisco

Parce que New York c’est has been. Parce que t’avais déjà vu les Halles de Dijon, le Pont de Garabit et la Tour Eiffel. Ferrailleur. Parce que le printemps toute l’année. Parce qu’adossée à la colline. Bisous Maxime. Parce que la Californie est une frontière entre terre et mer. Bisous Julien. Parce que les States c’est vraiment cool... quand t’es pas issu de l’immigration. Parce que la ruée vers l’or c’était pas du mytho. Steve Jobs likes this. Parce que la lecture de Jack Kerouac a changé ton adolescence. Beatnik. Tu es : Alcatraz. Ou un Levi’s.

Au Népal

Parce que tu rêvais de voir le toit du monde. Parce que tu t’étais pas renseigné sur la saison des moussons. Perdu. Parce que t’étais plus très sûr d’être à jour de tous tes vaccins. Hypocondriaque. Parce que tu soutiens la cause tibétaine. Parce que tu connais pas bien ta géographie. Parce que tu t’étais entrainé toute l’année en allant à pied chercher tes clopes au bureau de tabac. Parce que tu ne t’attendais pas à faire 36 heures de bus. Parce que tu t’es pris pour un hippie. Drogué. Parce que tu as apporté plein de stylos pour sauver les enfants. Tu es : sans oxygène. Ou un supermarché de montagne.

À Nolay Parce que t’es un vrai locavore. Parce que t’avais pas vraiment les moyens d’aller bien loin. Parce que quand même le cirque du bout du monde. Voyage. Parce que tu aimes le charme simple et bucolique de nos campagnes. Parce que tu n’y as jamais vécu. Parce que c’est un peu con de quitter ta région au moment des plus beaux jours de l’année. Parce que t’as toi aussi croisé des étrangers pendant tes vacances au camping. Parce que finalement tu n’as croisé que des Hollandais pendant tes vacances. Parce qu’on n’est jamais aussi bien que chez soi. Tu es : un Franc-Comtois. Ou un Bourguignon.

À Lacanau

Parce que t’attends la vague. Parce que tu montes rarement sur ta planche. Parce que tu ne jures que par l’océan. Puriste. Parce que tu dors dans ton combi. Parce que tu aimes être assis sur la plage le regard dans le vide. Curieux. Parce que des pins et du sable. Point barre. Parce que les bons spots c’est comme les bons coins à champignons. Secret. Parce que tu as aussi perdu toute dignité lors de ta première feria. Parce qu’en face c’est l’Amérique. Jaloux. Parce que tu aimes les immenses plages... naturistes. Voyeur. Tu es : Bodhi. Ou une lame de fond.

PS : Leur honneur nous a imposé de ne pas vous parler des Corses. 73


Ce mois-ci, Kévin fait sa rentrée avec les potes de sa cousine Ségolène. Prêt à tout pour intégrer l’équipe de Cheerleaders de Chevigny SaintSauveur, il offre une tournée de Kir Royal, au bar.

PaR Jean-Paul goûter et Giorgio armagnac

Kir Royal : 2 cl de créme de cassis, 9cl de crémant de Bourgogne

habille ton kevin

Fais gaffe, y’a des trucs écrits au dos, tu viendras pas pleurer quand ton Kévin sera découpé et que tu pourras plus les lire


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ABONNEZ-VOUS pour recevoir sparse chez vous 1 an, 4 numeros, 25 euros certains anciens numéros sont disponibles ÉGALEMENT

Pourquoi je décide de m’abonner à Sparse : (merci de cocher la bonne réponse) Parce que c’est toujours ça que les Boches auront pas. Parce mon sexe grossit à vue d’oeil depuis que je lis ce magazine. Parce que c’est le garant du lien indéfectible entre Bourgogne et Franche-Comté. Parce que ma mère me l’ordonne. Parce que c’est le meilleur magazine du monde. Merci d’envoyer un règlement de 25 euros (ou 30 euros, hors France métropolitaine ) par chèque libellé à l’ordre de SPARSE MÉDIA, avec vos coordonnées à l’adresse suivante :

SPARSE MÉDIA - 12 place Emile Zola - 21000 Dijon Informations : contact@sparse.fr Liste des points de diffusion à consulter sur Sparse.fr

Dijon

Bar à tapas, vinyles mix, concerts de rock, flamenco, soirées rock, indie pop, hip-hop, électro, formule bistrot le midi...

28 rue des Godrans

Crédit : M2B Photography

L’Auberge Espagnole


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mots fleches

Précède la hype. Remplis cette grille si t’as un peu d’amour propre. Bruit drôle Admirez au son celle du sparsédito- Nivernaise (58) pour rialiste Champagnole plutôt ouvert (39)

Cadeau empoisonné des Dijonnais aux Bisontins

Captes Celui du patron de l’Univers est (à tort) réputé mauvais

Les Tchicky Monky n’en sont pas une

Dans la patate

Niveau expert Solutions page 80

PaR niko vayssié Le prix du silence Richardson assure celui du DBHB

Ce que ne font pas les Tanneries pour exister

Endroit où parfois pisser À faire en cas de besoin

Se sortir les doigts du cul Ta mère au bout

Gauthier l’est sans doute autant que Griezmann sur le terrain

Impossible

à la canquiche

Les testicules au 1er Ministre

Pièges

Draguées par Martial Ratel

Monsieur le Comte du Swing

Tôt Détiennent

Maintenu Secret Petit, carré, sucré, beurré

Porteur, postal, marrant Tels certains colins

Vieux mou

Réponse de la Bresse profonde Fond des cousines Cheminots armés (vieux mot) Ce que va faire une Talantaise sur la plage du Lac Kir

Long Time

Naguère plutôt facile au Chez Nous

Bon, Mal, Ti... Outil privilégié de Binoche pour faire faire n’importe quoi

Finit Finir Fendu un certain fruit

Doigts, mais sûrement pas de fée

Donc penses

Kyrie s’il nageait au Lac Kir

Établissements

Indicateur Central Intelligence Idioty


cartographie

y’en a un peu plus, je vous le laisse ? Commander sur Internet, ça manque cruellement d’émotion... En plus, on ne sait jamais quelle taille prendre. Viens partager avec des passionnés avisés dans de vraies boutiques dans la vraie vie. Ils sauront être de bons conseils. Petite sélec’ des sex-shops de la grande région. par la rédaction

Sens

Aux Plaisirs des Sens, 9 rue de l’Épée Beau jeu de mot. Dans son commentaire sur francecoquine.com, Juju nous annonce qu’il est très content du service, et de ses menottes.

Auxerre

Les Mille et une nuit 35, avenue de la Tournelle À côté de la gare, pour ceux qui veulent juste faire l’allerretour... On nous annonce des rayons « bien garnis ».

Belfort

Besançon

Aux Doubs Plaisirs, 4 rue de la Viotte Petite maisonette en face de la gare de Besançon. Discret quoi...Spécialiste de l’érotisme et du plaisir depuis plus de 30 ans, salon privé, projections de films toute la journée à votre convenance

Dijon

Planet Dream 14 rue Marcel Sembat (et 65 rue de Belfort à Audincourt) Une chaîne, tout simplement, donc moins glam’. Y’en a dans tout l’est de la France. Mais l’avantage, c’est que comme ça si t’as pris ton bunny à Dijon et que tu vas voir un match Tinder à Montbéliard, tu peux le changer en cas de problème.

Eros, 25 rue Stractman

À deux pas du Lion de Belfort. La boutique préférée de JeanPierre Chevènement...

Châtillon-le-Duc

Erosfolie, chemin des Maurapans 300m2 d’exposition, l’hypermarché du plaisir. Rayon jeux érotiques et humoristiques. Ahahah. Dole

L’escale Érotique, 35 avenue Pompidou

Nevers

Une gamme de lingerie allant de la taille S à XXXL.

Trinquet Bertrand, le sex-shop, 46 avenue de Gaulle Le mec donne son nom à la boutique, chapeau ! Ambiance relax, comme à la maison. « Chérie je vais chez Bertrand ! ». Qui se méfierait, franchement ?

Chalon-sur-Saône

Le Chaperon Rouge, 8 impasse de la Tranchée Clair, lumineux et propre, c’est important. En plus de la boutique, c’est jacuzzi et sauna libertin. Pour utiliser le matos directement.

Mâcon

Sexy charme, 295 quai Jean Jaurès En plein centre-ville, le long de la Saône. Vous pouvez y acheter « Angelo, le lover boy », poupée gonflable pour dame. Son sexe est large de 6 cm...

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QUI SONT LES PLUS BALAISES ?

SPARSE AWARDS 2016

UNE EXPRESSION DU BON GOÛT La cérémonie la plus chiadée depuis «le Puy du Fou»

2 décembre 2016 - théâtre mansart - dijon


Crédit photo : Faïza Khelil, ENSA Dijon - web : zazakhelol.tumblr.com

ACHAT EN LIGNE :

Visuel créé par l’étudiante Faïza Khelil à l’issue d’un concours interne à l’école nationale supérieure d’art de Dijon.

Avec la participation de Chenôve • Chevigny-Saint-Sauveur Fontaine-lès-Dijon • Longvic Marsannay-la-Côte • Quetigny Saint-Apollinaire • Talant

Sparse 16 (sep. 2016)  
Sparse 16 (sep. 2016)  
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