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sparse guide moderne de la vie

sparse | numéro 15 | trimestriel | été 2016

www.sparse.fr • gratuit • à lire dans tes chiottes magazine tiré à 1 million d’exemplaires

la petite histoire du quartier battant les secrets du temps de chiotte dijonnais doc gynéco l’interview à deux à l’heure mâlain le village du diable au coeur de l’incroyable musée du camion teldem com’unity veut bouffer la scène lydia bourguignon militante de la terre clamecy contre les nazis + cahier euro djibril cissé incassable le contre-calendrier de l’euro philippe piat «le lobby du foot est une mafia» les gloires du foot dans le coin sur les traces de griezmann à mâcon gratuit.


région BOURGOGNE FRANCHE-COMTÉ

« La seule raison pour laquelle Karim Benzema ne vient pas à l’Euro, c’est parce qu’il est complètement con » (S. Freud)

édito.

SAISON 2016

©région Bourgogne-Franche-Comté - Vincent Arbelet

Un été animé

S

À découvrir ! Le centre d’interprétation s’est installé au cœur du Logis des Hôtes. Doté d’une scénographie unique, il sera l’interprète du château et de son histoire. Pour suivre la vie du château toute l’année et découvrir le programme détaillé de cet été, rendez-vous sur www.bourgognefranchecomte.fr/ chateauneuf.

CHÂTEAU DE

Châteauneuf www.bourgognefranchecomte.fr

©région Bourgogne-Franche-Comté - Claire Jachymiak

urplombant l’Auxois, le château de Châteauneuf est devenu ces dernières années un lieu culturel incontournable. Avec une programmation exceptionnelle, plus de 20 rendez-vous tout au long de l’été mêlant art contemporain, théâtre, danse, concert, ateliers de découverte des arts médiévaux, humour, visites nocturnes en costumes et promenades théâtralisées… Le château de Philippe Pot prend vie pour vous offrir des moments uniques.

Vendredi 27 mai, le banquier Emmanuel Macron, qui est aussi ministre de la République, est en déplacement à Lunel, dans le Gard. Alors qu’il déambule relax avec son air bien propre, il se fait interpeller par deux manifestants apparemment pas contents-contents de la politique du gouvernement et entre en discussion avec eux avant de perdre son sang-froid comme un enfant de 8 ans sur un terrain de foot qui taclerait le mec qui vient de lui faire un petit pont. Sûr de lui et de ses gardes du corps, Manu lâche une phrase magique au plus jeune de ses interlocuteurs. Phrase qui va se faire une place directement au Panthéon des réflexions odieuses d’homme politique déconnecté à côté du « Casse toi pauvre con » de Sarkozy ou du « Détail de l’histoire » de Jean-Marie. La voici : « Vous n’allez pas me faire peur avec votre tee-shirt, la meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler ». Outre le fait que notre ministre est vraiment courageux en ne craignant pas les tee-shirts (parce que ça peut faire flipper un tee-shirt... surtout un tee-shirt à l’effigie d’un groupe de métal), on retiendra la réponse de ce jeune interlocuteur : « Mais je rêve de travailler moi, Monsieur Macron ». Alors... c’est sincère, et ça paraît logique. Comme ça n’est pas forcément clair pour le ministre que les chômeurs le sont rarement par choix, c’est bien de le lui rappeler. Néanmoins, on voit que ce jeune homme courageux n’a pas l’habitude de s’exprimer face à un ministre. Je me propose, moi qui ai l’habitude de fréquenter les puissants dans des réunions illuminati/franc-mac’/échangistes, de lui donner quelques clefs. Un ministre, c’est un citoyen comme un autre avant tout, tu ne peux pas le frapper, même si tu en as très envie, c’est interdit par la loi... Il faut avoir un peu de répartie. Voilà donc quelques propositions de réponses franches à sortir la prochaine fois qu’Emmanuel Macron fait le chaud devant toi avec ses histoires de fringues. a) « C’est un coup-bas ! On avait dit pas les mères et pas les vêtements ! » b) « Je m’en tamponne d’avoir un costard, je ne suis pas un pingouin, c’est pas beau, je préfère mes tee-shirts » c) « C’est BFM TV qui m’oblige à m’habiller comme ça, c’est une vraie tenue de pauvre à exhiber à la télé » d) « Je travaillerais bien à la banque Rothschild comme vous, y’a pas un pays à mettre en faillite ou du fric à planquer dans un paradis fiscal ? Même en stage ? » e) « Oui, c’est vrai monsieur le ministre, à 1.000 euros par mois en CDD, je peux m’acheter combien de costards Lagonda ? » (Les costards Lagonda - fournisseur de Macron- coûtent selon leur site 1.200€ pièce) f) « C’est vrai, quand on a un costard, on travaille mieux, on est plus performant. Alors qu’en tee-shirt-jogging, on n’est bon qu’à faire la grève » g) « Va payer tes impôts, apparemment t’as oublié d’en déclarer une partie Emmanuel » h) « Ferme ta gueule tout de suite » Voilà, en espérant avoir été utile... Sparse, ton magazine conseil.

Chablis Winston


sommaire amuse-bouche édito 8. guestlist 10. CONTRIBUTEURS 11. the pulitzer sessions 12. courrier des lecteurs 13. Offres d’emploi 14. RETro

scène musique actuelles Besançon

3.

29 SEPTEMBRE > 1ER OCTOBRE

BESANÇON #DETONATION2016 À LA FRICHE ARTISTIQUE MUSIQUE ET MAPPING

légende mâlAin, le village du diable

premiers noms

16.

rédacteur en chef Antoine Gauthier Contributeurs Aurore Schaferlee, Augustin Traquenard, Aurélien Novak, Axelle Gavier, Cédric de Montceau, Chablis Winston, Édouard Roussel, Franck Le Tank, Géraldine Vernerey, Jeff Buckler, Julian-Pietro Giorgeri, Lilian Elbé, Loïc Baruteu, Louise Vayssié, Lucas Martin, Marion Payrard, Martial Ratel, Mr. Choubi, Nicdasse Croasky, Niko Vayssié, Simon Galley, Sophie Brignoli, Tonton Stéph, Doug Ritter, Riddimdim Selecta, Jean-Paul Goûter, Giorgio Armagnac, James Granville forever Direction artistique internetinternet

PhotographIes Alexandre Claass, Louise Vayssié, Vincent Arbelet, Alexis Doré, Édouard Roussel

interview lydia bourguignon, militante de la terre

30.

REPORTAGE comment on fait un sandwich daunat ?

32.

diaporama black water, le canal de bourgogne

34.

entretien jean vigreux : clamecy contre les nazis

44.

story 48. battant et ses bousbots

DÉVELOPPEMENT COMMERCIAL Romain Calange

la cuisine de sparse 56. technifood

Imprimeur Chevillon Sens Dépôt légal : à la sortie du magazine ISSN : 2260-7617 La rédaction décline toute responsabilité quant aux opinions formulées dans les articles, cellesci n’engagent que leurs auteurs. Tous droits réservés © Sparse 2016 Merci à nos partenaires ainsi qu’à toutes celles et ceux qui ont permis la réalisation de ce numéro. Prochain numéro : septembre 2016

INFORMATIONS ET RÉSERVATIONS WWW.LARODIA.COM/DETONATION LA FICHE 6-8 AV. DE CHARDONNET - BESANÇON 03 81 87 86 00

portrait 40. au coeur de l’incroyable musée du camion

welcome to my hood 52. le port du canal, une histoire à écrire

Couverture Zone industrielle de Longvic (21) Photo : Alexandre Claass

annonce de la programmation définitive vendredi 10 juin

culture 38. teldem com’unity a la dalle

Illustrations Hélène ‘Microbe’ Virey, Mr. Choubi, Guillaume Constant, Léa Zamolo, Mathias Douriaux

COMITÉ DE RELECTURE Marion Godey, Martin Caye, Aurore Schaferlee, Chan Haut Les Badges, Marine Pataille

Stand high patrol DJ SET • Panda Dub meets Tetra Hydro K Ondubground • Night Beats • Melt Yourself Down Oblique • Inclose • Zerolex • Sorg & Napoleon Maddox

roman-photo l’auberge en folie

10ème édition

FESTI CuLLES FESTIVAL DE MUSIQUE & ART DE RUE CULLES-LESROCHES

58.

cahier euro 2016 : le foot, c’est super 64. dj djib’ : cissé l’incassable 66. bfc football league 67. sur les traces de griezmann à mâcon 70. les pieds dans le (philippe) piat 74. typologie du foot amateur 75. zik & foot 76. le contre-calendrier de l’euro Dessert 78. HABILLE TON KÉVIN 79. abonnement / mOTS fléchés 80. sélection musicale 81. CRASH-TEST 82. CARTOGRAPHIE

JU IL .2 01 6

Directeur de publication Pierre-Olivier Bobo

enquête 26. Les secrets du temps de chiotte à dijon

MHD • La Femme • General Elektriks • Odezenne • GutsLIVE BAND Puppetmastaz • Louisahhh b2b Maelstrom la yegros • yak • superpoze dj set • Thylacine

(71)

-1 6

Ce magazine est édité par Sparse Média. Siret : 750 725 806 00012 - APE : 9499Z www.sparse.fr - contact@sparse.fr

RENCONTRE 20. doc gynéco : interview à deux à l’heure

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ours

DOPE D.O.D.

BAGARRE

ROPOPOROSE

SCHLAASSS

LA COLONIE DE VACANCES JUNE BUG MARC PRÉPUS LOVE CANS L’ÉTRANGLEUSE GUILI GUILI GOULAG POM POM GALLI

MATTHÆUS

MISTER.LOLOX

DOUTER DE MES PROPRES APPUIS ÎLOT-PHONIE DUMDUM SISTERS …

D’INFOS ET PRÉVENTES SUR

WWW.FESTICULLES.FR


Trinidad ouvert 7/7, de 11h à 2h happy hour, cocktails maison, pizzas à emporter brunch, produits frais, grande terrasse... ambiance familiale dans un cadre magnifique 1 place du Théâtre à Dijon


guestlist PAR la rédaction photos : DR

claire fridez

Directrice du Moulin de Brainans www.moulindebrainans.com

Quel est ton animal totem ? Le panda, de préférence roux ! Pourquoi a-t-on inventé le jogging slim ? Sûrement pour mettre en avant les cuisses et mollets galbés de ceux qui les portent, avec le confort en plus. Beyoncé est-elle vraiment un clone ? Non, impossible, elle est beaucoup trop « réussie » pour être un clone... Ton petit quartier préféré dans ta ville ? C’est pas évident sachant que j’habite à Poligny, petite ville de 4000 habitants, donc pas vraiment de « quartier » mais je dirais plutôt Charcigny ou Mouthier-Vieillard qui sont des quartiers « historiques » où tu peux te balader et observer le patrimoine local. T’es plus raclette au mois d’août ou barbecue à noël ? Barbecue à Noël. Dans quel rade t’aimes bien traîner ? J’aime bien le bon vin, plutôt naturel, quand je suis de passage à Besançon, je m’arrête aux Zinzins du vin, cave et bar à vin, pour le plaisir de découvrir un vin d’ici ou d’ailleurs. Tu peux ensuite acheter le vin que tu as apprécié ! La meilleure pizzeria du coin selon toi ? Toujours à Besançon, Da Gianni, pas seulement une pizzeria, un vrai italien. Les pizzas sont super, les pâtes sont surprenantes, les desserts maison et le pain est fait maison aussi. Même si la déco est pas top et qu’il y a peu de place, on s’y sent bien ! Un véritable petit coin d’Italie. Attention il faut réserver Hé, t’es plutôt tongs ou espadrilles ? Tongs.

maxime poisson

Gérant de Sportunit et co-organisateur du National Moutarde Crit

Selon toi, qui est la plus grande star de Bourgogne-Franche-Comté ? Spontanément je dirais Guy Roux ! Ils ont pas craqué avec la cancoillotte au Nutella sérieux ? Ouais surtout qu’en plaçant un pot de Nutella 2 minutes au soleil, tu obtiens sensiblement la même chose. T’as quoi de prévu cet été ? L’organisation du National Moutarde Crit, c’est la 4ème édition cette année et ça va être énorme ! Et du Tourn’us Crit ! Miss Bourgogne-Franche-Comté, tu l’imagines comment ? Belle, naturelle et avec l’accent Franc-Comtois. Peut-on faire confiance à un mec de Sens ? C’est aux nanas de Sens qu’il faut poser la question.

david et pierre-yves petit Gérants du Bar de l’U Besançon

Plutôt sauce andalouse ou sauce algérienne ? Andalouse. Que cachent les ouachons dans leurs dreadlocks ? Des poux ! Plutôt avec Brice Hortefeux ou Donald Trump pour boire l’apéro ? Pas envie de me « trumper », je passe mon tour. Pourquoi on a tous envie de gifler Gilles Verdez ? Parce qu’il faut qu’il NTM ! Skip The Use qui reprend Kiss pour l’Euro, pfff... Vous proposez quoi, vous, comme reprise ? Une reprise à l’argus. Un bon bar à nous conseiller ? Ze Muzic All et PDZ (quand on a le temps de sortir...) La meilleure pizzeria du coin selon toi ? Al Sirocco et Saint-Nicolas.

Que fait Keith Richards à ce moment précis ? Soit il dort, soit il boit un verre soit il joue de la gratte… Peut-être bien les 3 en même temps ?

Cap d’Agde ou Saint-Trop’ ? Saint-Trop’ à poil.

Si tu devais sauver quelqu’un d’un incendie, ce serait François Sauvadet ou François Rebsamen ? Je ferais mon maximum pour sauver les deux, mais vu la stature de François Sauvadet j’aurais sans doute du mal à l’évacuer par la grande échelle...

Pourquoi a-t-inventé le jogging slim ? Pour voir les p’tits culs !

Un bar où t’aimes bien te poser ? Peu importe si c’est avec des potes et que la bière est fraîche. Sinon j’aime beaucoup le bar du Parvis St-Jean les soirs de spectacle. Pourquoi les Dijonnais sont si prétentieux ? Ça serait prétentieux de répondre à cette question. Mais bon, côté sport et culture, ça assure à Dijon, on peut en être fiers. 8

Venez rêver en 16 | 17 !

Votre groupe de musique préféré dans le coin ? Madjive, POC, Texas Mongols.

Votre coin favori à Besac’ ? Granvelle. Quel nom cool on aurait pu trouver à la place de Bourgogne-Franche-Comté les gars ? Besançon bourre des Gnons ! Pourquoi le golf n’est pratiqué que par des bourgeois blindés de pognon ? C’est leur seul façon de mettre quelque chose dans un trou !

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contributeurs

8

PAR louise vayssiĂŠ

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courrier des lecteurs

offres d’emploi

Merci pour toutes vos lettres d’amour ou d’insultes. ÉCRIVEZ-NOUS : CONTACT@SPARSE.FR

PAR franck le tank Les meilleurs boulots de la région dénichés sur Le Bon Coin

« Messieurs dames, Je ne suis pas revenu dans la région depuis un moment et je suis extrêmement surpris, au centre-ville de Dijon, on ne peut plus se garer. Il y a des voies de vélo, un tram, des rues et des places piétonnes en l’endroit même où je calais ma bagnole. On veut la mort du centre-ville ou quoi ? » jérôme, poitierS (25) « Bonjour, Pensez-vous, après une observation minutieuse, que Gilles Platret, le maire de Chalon est en fait le dernier personnage de Sacha Baron Cohen, après Borat, Ali G, ou Bruno ? Franchement, avec les dégueulasseries qu’il envoie depuis 2 ans, c’est crédible comme hypothèse. » LOLO, CHâTENOY-LE-ROYAL (71) « Coucou, Avec la montée de Dijon en Ligue 1, peut-on s’attendre à voir Sparse, le magazine qui pèse, sponsoriser l’équipe et apparaître sur les maillots du DFCO ? » LUCAS, DIJON (21)

Réponse de la rédaction Effectivement tu es observateur Jérôme. On veut la mort des relous comme toi au centre-ville. Tu peux, si tu es trop fan de ta bagnole, toujours aller dans de beaux centres commerciaux avec de beaux parkings pour te garer à 5 mètres du magasin : la Toison d’Or et Cora Perrigny restant mes préférés.

Réponse de la rédaction Bien joué Lolo. Ça se tient. C’est me paraît évident maintenant que tu le dis. Ça ne pouvait pas être vrai tellement c’est énorme. On attend le film avec impatience.

Réponse de la rédaction On est en pourparlers en ce moment même avec le club. Mais ce qu’on veut, c’est avoir le flocage Sparse sur le short. Derrière.

Réponse de la rédaction On espère que les ventes de saucisses de Morteau ont augmenté, et que l’usage que les gens ont de ce bel appendice s’est diversifié. Ça sent la récompense aux Sparse Awards à la fin de l’année.

« Bonjour média de paix et d’amour, Je voudrais attirer votre attention sur la qualité des communicants s’occupant de développer l’aura de la célèbre saucisse de Morteau. Le slogan « 20 cm de pur bonheur » ne serait-il pas un vrai coup de génie ? » JESSICA, PONTARLIER (25)

« Cher Sparse, Trop de foot, tue le foot : à quand un numéro spécial pétanque, Pastis et bob Ricard avec, en cadeau, un sachet de graviers pour se créer son propre terrain et y jouer partout ? » ÉLISE, CHENÔVE (21)

« Bonsoir madame, Avec tous les impôts qu’on paye pour que les collectivités les refilent directement à Ryanair pour qu’ils s’installent à l’aéroport Dole-Jura et exploitent leur personnel de façon honteuse, ils pourraient pas créer des lignes Dole-Dijon et Dole-Besançon ? Je vais quand même pas y aller à pied. » DENIS, TAVAUX (39)

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Prothésiste ongulaire–fétichiste. NAILS&NAILS propose des formations adaptées afin de devenir un expert de la prothèse ongulaire. Une formation de trois jours assurée par la championne internationale de nail art, vainqueur de la compétition intercommunale de Genlis. Profil : Fétichiste des pieds, rongeur d’ongles invétéré ou tout simplement coquet(te). Employé handicapé accepté. Disponibilité et rémunération : intégrer le pool de formatrices à domicile NAILS&NAILS, après votre diplôme. Poste pas en CDI mais presque. Diplôme reconnu par l’état du Zambèze.

Réponse de la rédaction On est sur un numéro spécial vélo, casquette Cochonou et bronzage cycliste, avec, en cadeau, un sachet d’amphet’.

Réponse de la rédaction Si. Et des navettes Dijon-Dole pour qu’on puisse prendre l’avion jusqu’à Besançon.

Réponse de la rédaction Tu dois faire sentir à tes collègues qui tu es vraiment. Demain matin, quand tu arriveras au travail, dis leur tout simplement : « Salut les PD ! » avec un grand sourire. Du coup, il n’y aura plus d’ambiguïté. Tout le monde saura que tu es un gros beauf et te laissera tranquille pendant l’Euro.

« Wech t’as vu, Je m’apprête à regarder l’Euro et je me sens sale. Je travaille dans la culture et j’ai peur que mes collègues me taxent de beauf... J’ai même loué un appart’ ailleurs exprès pour ça... » TONY, BESANÇON (25)

Casse-couille professionnel pour WWF. WWF s’évertue à sauver les animaux depuis la préhistoire. Malheureusement l’Homme moderne, ce bipède prétentieux, ne connaît pas la portée de ses méfaits. Rejoignez WWF, c’est la promesse d’un monde meilleur ! Arpentez les rues de la ville afin de prodiguer la bonne parole aux passants écervelés. Profil : Homme ou femme à chevelure bien prononcée (dreads ou atebas sont un plus). Si vos amis vous qualifient souvent de casse-couilles ou de relous, n’allez pas plus loin, vous serez embauché directement. Disponibilité et rémunération : Tout le temps. Prorata temporis du pourcentage d’animaux sauvés divisé par le nombre de personnages sondés.

Techni-coco-mmercial dans la Nièvre. Vous habitez dans la Nièvre et vous n’êtes toujours pas alcoolique? Ce métier est fait pour vous ! Profil : Recherche Technicocommercial (H/F) afin de bicrave des extincteurs à toute âme qui vit dans le 58. Expérience troquet & PMU nécessaire (4/5 de la cible nivernaise). Disponibilité et rémunération : Immédiate pour formation intensive au bar de la gare / Salaire fixe pas jojo, primes incroyables, voiture (sans permis) de fonction.

Client Mystère (parfum boule coco) Votre mission, si vous l’acceptez, est d’arpenter tous les salons de coiffure d’Autun et de ses alentours afin d’évaluer la qualité des services de Kimberley et Jennifer. Faudra Tif’hair, James Blond, Adult’Hair ou Coiff&moi n’ont qu’à bien se tenir ! Profil : Enquêteur (H/F) d’un naturel fouineur, vous avez toujours développé un sens aigu de l’espionnage, surtout de vos voisins. Fan de James Bond/Arabesque est un plus. Disponibilité et rémunération : À partir de now ! Salaire avantageux, coupe & soins remboursés.

Business de vélo-taxi à Dijon Dijon ville propre, Dijon ville sans voiture, Dijon à vélo ! Les kilomètres ne vous font pas peur ? Miguel Indurain était votre Dieu ? Vous avez le sens du service ? Rejoignez notre équipe de passionnés. Profil : Aimable, travailleur, dopé (à la vie), endurant. Disponibilité / rémunération : Travail le week-end, et par beau temps principalement, rémunération au chapeau.

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HSC – Hagent de Sécurité Cynophile Vous aimez les chiens, la sécurité, et Rambo ? Devenez Hagent de Sécurité Cynophile et protégez votre prochain. Profil : Rejoignez notre institut de formation cynophile à Vaux-le-Pénis, une formation complète avec un chien de sécurité pour 3.000€ (payable en 10 fois sans frais, financement possible via crédit Sofinco TEG 28.7%). Disponibilité et rémunération : Session de formation à partir de septembre, nombreuses propositions de missions après le premier acompte versé.


Vendredi 6 mai

Mercredi 20 avril

ce qu’il ne fallait surtout pas rater ces dernières semaines

L’affaire avait ému les belles âmes : un boulanger de Dole qui avait été sauvé par un SDF lui avait donné sa boulangerie en partant en retraite. Pas de bol, le SDF en question ne veut déjà plus de l’établissement, apparemment harcelé par des journalistes du monde entier. Version moins officieuse, ses copains de la rue lui manquaient. Qu’en pense Philippe Etchebest, aperçu au Bistrot des Halles ce même jour à Dijon ?

par TONTON STÉPH et CHABLIS WINSTON

Jeudi 7 avril

Vendredi 22 avril

Dijon : un policier arrêté pour avoir exhibé son sexe à des gendarmes. Voilà qui tranche avec leur activité de ces derniers jours : taper sur les lycéens manifestant contre les projets de réforme du travail imposés par Valls et Macron. Enfin, par Gattaz, quoi. Par contre, toujours une histoire de grosse matraque.

Les choses se passent à BlaisyBas, non loin de Dijon, où un homme interpelé par la police pour non-port de la ceinture de la sécurité prétexte « une séance de tonte de mouton ». Même les lycéens les plus défoncés n’avaient pas osé ce motif d’absence sur leur carnet de liaison. Face à un monde si absurde, le chanteur Prince tire sa révérence... :(

Dimanche 10 avril Contrôlé à 2,28 grammes, un homme avoue consommer car « il se fait du souci pour la santé de Johnny Halliday » : ça se passe dans le Jura, vers Saint-Amour. Et celui-ci semble inconditionnel, d’amour. Pour le picrate. Toujours vers Lons-le-Saunier, c’est un chevreuil qui est interpellé par la gendarmerie ; visiblement éméché, le gibier avait passé la clôture de leur caserne et gambadait partout. Inquiet pour Johnny ?

Vendredi 29 avril Le dentiste-boucher de Château-Chinon, qui avait mutilé des dizaines de gueules, écope au bout du compte de 8 ans de prison. Le site LeMonde.fr évoque un incroyable « désastre sanitaire ». Avoir des chicos pourries dans la Nièvre, VDM.

Mardi 3 mai La banalité du mal, Hannah Arendt, tout ça : l’avocat de Salah Abdeslam déclare que son client a « l’intelligence d’un cendrier vide ». Punchline. Bon mot, toujours : on apprend qu’une équipe de roller derby de Chalon-sur-Saône se nommerait les « Queens of the Saône Age ». Très bon.

Jeudi 14 avril Bouffe. Une rivière de beurre se forme dans un cours d’eau de Quimper à la suite d’un accident industriel. À quand une rivière d’Époisses dans le village éponyme ?

Dimanche 17 avril

Jeudi 5

Peut-être inspiré par le film de David Lynch, Une histoire vraie, quoiqu’en largement moins touchant, un agriculteur du Doubs décide de traverser la France en tracteur pour aller chercher une remorque à Cavaillon (soit environ 500 km). Mais, non immatriculée, elle ne peut jamais en partir. Bon retour !

mai On annonce la fin de l’Oenofestival. RIP. Rien à voir, encore que, un prof du Tennessee décide de diffuser The human centipede 2 à ses élèves, comme ça, au calme. On n’a pas trop envie de t’expliquer le scénario, t’iras voir sur Google – évite Google Images. Envisage juste la rencontre fortuite de l’imagination d’un taré de l’Yonne et de l’Insectarium de la Citadelle de Besançon, en gros. Tu y es presque.

Mardi 19 avril Elle veut épouser son fils et avoir un bébé : ce titre n’illustre pas le quotidien du 89 ou de la Haute-Patate, mais une décision familiale poignante entérinée aux USA, où le couple refuse de parler « d’inceste », mais plutôt « d’attraction sexuelle génétique ». Prends ça, Game of thrones.

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À Dijon, un jeune homme de 21 ans est victime d’un coup de tournevis dans le dos car un autre homme n’a pas supporté qu’il tienne une conversation téléphonique dans la rue à voix haute. Sinon, le Quick de Chenôve ne servira désormais que des menus hallal. On vous laisse imaginer les commentaires sur la page Facebook du Bien Public... Donc si tu veux être sûr de pas manger à côté de gros fachos identitaires dégénérés, tu sais où prendre tes frites.

Samedi 7 mai Quand la Haute-Saône lâche les chevaux, ça ne plaisante pas. Un habitant de Luxeuil, mécontent de sa banque, décide de lâcher les siens en plein milieu de l’agence. À l’heure du déjeuner, il a installé du foin et ses canassons dans le sas, ce qui donne une photo bien zinzin.

Tu es porté sur les années sabbatiques ou sur la procrastination à l’heure des partiels ? Pas de panique, y’aura du taf pour toi. Et pour longtemps. Une arrière grand-mère de Singapour serait ainsi toujours embauchée par un Mc Do local, à l’âge de 92 ans. Allez, retourne te pavaner sur le campus, à la Bouloie ou rue Megevand. Et profite, veinard.

Dijon monte en Ligue 1 à l’heure où l’AJ Auxerre et le FC Sochaux-Montbéliard vont stagner bien gentiment dans une bien-nommée Domino’s Ligue 2.

Une femme souffrant effectivement d’obésité morbide demande sur un site de Crowdfunding : « Aidez-moi à sauver ma vie en me finançant la pose d’un anneau gastrique ! », et récolte 8700 euros, qu’elle dépense directement pour s’offrir une croisière. Elle aurait aussi pu s’offrir environ 800 kilos de Morbier, mais chacun ses priorités.

Vendredi 20 mai

Lundi 9 mai

Samedi 23 avril

Mardi 12 avril

En parlant d’imagination icaunaise : la belle histoire du jour nous vient d’Indonésie où les habitants d’un petit village ont découvert ce qu’ils ont pris pour un « ange » sur la plage... Ils l’ont chéri comme il se doit, jusqu’à ce que la police ne leur révèle qu’il s’agissait en vérité d’un sex-toy, une sorte de poupée gonflable.

Samedi 21 mai L’État va faciliter la possibilité de changer son prénom, que certains portent comme une croix. Ainsi, notre chère petite Djaysie, sœur de Rihanna à Brazey-en-Plaine, pourra à loisir se renommer Samantha ou Kimberley, pour plus de réussite dans sa vie sociale ou professionnelle.

Jeudi 12 mai Alors qu’il a la lourde concurrence de Manuel Valls qui passe en force à l’Assemblée malgré des motions de censure tous azimuts, c’est Nicolas Sarkozy - plus proche du bon peuple que jamais - qui gagne au petit jeu de la phrase du jour : « C’est quoi Le Bon Coin ? » Rendez-vous à la page 11 de ce numéro, monsieur le Président.

Dimanche 22 mai Le charmant maire de Chalon-sur-Saône fait en sorte qu’il ne soit plus possible de boire d’alcool dans les rues de sa municipalité douteuse. Et que dire de Chalon dans la rue : ils vont boire de la Cristalline, les ouachons, peut-être ?!

Mercredi 18 mai On apprend la création de l’Homophobiol, un médicament contre l’homophobie, à distribuer à tous les freaks de la Manif pour tous... Bon, en fait c’est une vanne, un coup de com’ pour une campagne anti-connard lancé par des assos comme Aides. C’est drôle, mais triste, la connerie ne se soigne pas avec des médicaments, mais avec des grands coups dans la gueule. Non je déconne. Pas tant en fait...

Mardi 24 mai François Thierry, ex-patron des stups de France avait une activité de... Gros deale de came. La hiérarchie de la police nous dit que c’était des livraisons surveillées, pour faire tomber des trafiquants. Ouais... 19 tonnes, livrées par les policiers eux-mêmes, c’est pas une belle surveillance, ça ?

Dimanche 29 mai Dijon lance son « Brunch des halles », tous les dimanches, sur le marché. Ambiance guinguette, musique à la cool et chefsrestaurateurs aux manettes : David Zuddas, Stéphane Derbord, Alexis Billoux, Nicolas Isnard, Jérôme Brochot, etc. 25 balles pour les adultes, 12 pour les enfants. Mais plus qu’un brunch, c’est un véritable marché du dimanche qui est proposé aux Dijonnais et touristes de passage. On like. // T.S. & C.W.

Jeudi 19 mai La bière de nombril. Oui, tu as bien lu. Une brasserie australienne souhaitant probablement intégrer Les Houblonnades, le festival de la bière dijonnais, en 2017, a utilisé les résidus dégueux censés se trouver dans la petite grotte de l’abdomen pour en tirer une levure et, donc, une bière.

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légende

L’antre du

Koh Lanta-sur-Ouche

« Certains Mâlinois se seraient adonnés à la sorcellerie durant le Moyen-Âge »

Mâlain par marion payrard photos : alexandre claass

Légendes obscures, procès en sorcellerie, manifestations étranges, « Trou du Diable »… Non, ce n’est pas le synopsis du prochain Polanski mais l’ambiance mystérieuse qui entoure un petit village de Côted’Or : Mâlain. Son nom à lui seul convoque des références occultes. Chargé d’un lourd passé, le lieu intrigue. Et pour cause, son existence remonte à l’ère préhistorique et ses richesses géologiques en font un site d’exception, propice au fantasme. Amateur de magie noire, fan de phénomènes paranormaux, adorateur de la bête, c’est pour toi.

L’arrivée à Mâlain, commune située à une trentaine de kilomètres de Dijon, nous met immédiatement dans l’ambiance. La vallée de l’Ouche et le village, noyés dans la brume, sont surplombés par un château qui se détache du paysage sur son promontoire rocheux. Si l’on en croit la légende, il aurait été construit au début du Moyen-Âge sur le célèbre « Trou du Diable », mystérieuse excavation située à son fondement. Tu commences à l’entendre, le loup qui hurle à la lune ? C’est normal. On y parvient grâce à un étroit chemin contournant la bâtisse. Deux entrées en permettent l’accès. La première, légèrement surélevée par rapport à la grotte, offre une vue dégagée sur son intérieur. La seconde se trouve en contrebas, dans les ruines d’une ancienne bergerie médiévale. Maintenant qu’on a posé le cadre et que tu as l’impression d’être dans un mauvais remake du Projet Blair Witch, on peut passer aux choses sérieuses. Si la cavité en elle-même est plutôt quelconque et de taille modeste, seulement jonchée de quelques canettes de 8.6 abandonnées par les kékés du coin, c’est davantage son aura qui intrigue. Plusieurs récits lui sont rattachés, à commencer par la légende

d’Aloïs. Son origine, assez nébuleuse, renvoie à un mythe romain : le rapt de Proserpine (pas très glamour comme nom, mais authentique). Aloïs, jeune et beau Gaulois, rencontre un jour Cérès (déesse de la fertilité chez les Romains, ndlr), qui recherche sa fille Proserpine. Charmée par cet éphèbe, elle sollicite son aide. Le Gaulois lui rapporte avoir vu la jeune fille entraînée dans une grotte par un effrayant homme en noir, et la conduit à l’entrée de la caverne. Il s’avère que le personnage en question est en fait Pluton, Dieu des Enfers, qui a enlevé Proserpine pour qu’elle devienne sa femme. Accessoirement, il s’agit de la nièce de ce dernier, mais ce n’est pas une petite union consanguine qui va refroidir un éminent représentant du Panthéon romain. De là découle l’idée selon laquelle le lieu est un accès direct sur le royaume des morts. L’abandon du paganisme, quelques siècles plus tard, fait de cette porte sur les enfers le désormais célèbre « Trou du Diable ». Là, tu commences à te dire que c’est le spot idéal pour invoquer Belzébuth un soir de pleine lune, et apparemment tu n’es pas le seul. Il se trouve que, profitant de l’existence de cette autoroute vers le Pandémonium, certains Mâlinois se

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seraient adonnés à la sorcellerie durant le Moyen-Âge. Dans les années 1640, une frénésie d’exécutions pour pratiques occultes touche la vallée de l’Ouche et ses environs. En 1644, quatorze sorciers et sorcières présumés sont torturés et soumis à l’épreuve de l’eau. Si je dis présumés, c’est parce que les mecs ont surtout été désignés par le nazillon du coin, en mal de persécutions. Et comme à l’époque, on ne faisait pas dans la dentelle, on les a balancés dans l’Ouche pieds et poings liés, afin de déterminer leur culpabilité. Les suppliciés qui flottaient étant considérés comme sorciers et renvoyés au fond de l‘eau à coup de fourche, les autres jugés innocents. Malheureusement un peu tard…

Si ce passé occulte a laissé des traces dans la mémoire des habitants, aujourd’hui c’est surtout l’occasion d’un grand rassemblement biennal : la « Fête des sorcières ». Depuis la première édition en 1997, tous les deux ans, le village est intégralement travesti pour redevenir un haut lieu de la sorcellerie. À l’origine initiée par quelques élus locaux, la fête


Avec du poil autour...

À vendre, quelques travaux à prévoir

a rapidement rencontré l’adhésion des Mâlinois. D’édition en édition, l’événement a gagné en ampleur et draine désormais un public originaire de toute la région. En 2015, 20.000 spectateurs étaient présents sur tout un week-end, venus assister aux pièces de théâtre, baguenauder le long des stands de produits artisanaux et visiter le château. C’est aussi l’occasion pour les fans de jeux de rôle et autres médiévistes de revêtir leurs plus beaux atours pour venir parader. L’ambiance est bon enfant et atteste de la cohésion régnant désormais dans le village. Mais, tandis que les Mâlinois ont su faire de leur funeste héritage une occasion festive et conviviale, d’autres persistent à traquer le moindre signe d’une manifestation satanique avec acharnement. Ainsi, le site Mystères TV propose une vidéo tirée de l’émission Les 30 histoires

les plus mystérieuses diffusée à l’origine par TF1 et qui porte sur les hypothétiques « 666 habitants de Mâlain ». Évidemment, le nombre correspond au chiffre de la bête. Coïncidence ? Tout est là pour nous faire frémir, une bande-son inquiétante, un montage à pâlir d’effroi et l’intervention de spécialistes hautement qualifiés comme Pascal Vieillard, expert en sciences occultes. Aucun relevé démographique n’a jamais indiqué cet effectif pour le village qui comptait 730 âmes en 2013, mais on n’est pas à une entorse près pour faire ses choux gras sur la chaîne la plus regardée par les Français.

On peut toutefois légitimement s’interroger sur la profusion de récits et légendes liés 18

Dans « Les 30 histoires les plus mystérieuses » émission diffusée par TF1

à la commune. Si la majorité relève de la fumisterie, certaines spécificités locales apportent des points d’explication. L’un des éléments qui vient éclairer cette question est la richesse du site d’un point de vue géologique et archéologique. Le village est en effet situé sur une vaste faille caractérisée par une grande diversité des sols, favorable à l’installation humaine. Ainsi, on trouve

la trace d’une occupation remontant à l’ère néolithique, grâce aux vestiges retrouvés à l’intérieur même du « Trou du diable ». Au sud de Mâlain, un ancien oppidum gallo-romain abritait l’une des plus grandes cités de Côte-d’Or à l’époque antique, Mediolanum. Quant au promontoire surplombant le village, le château apporte un témoignage sur son utilisation à l’époque médiévale. Enfin, aux abords de la commune, on trouve des mines de gypse

et de fer dont l’exploitation remonte au début du XXème siècle. Celles-ci offrent un terrain d’exploration idéal aux aventurierstroglodytes et autres amateurs de chauvesouris ou de nodules de gypse (oui oui). Et vraisemblablement aussi aux wawaches du cru, comme en attestent les traces de feux de bois et autres débris de bouteilles d’alcool éparpillés un peu partout. Voilà. Maintenant qu’on t’a dépeint les lieux, tu sais que Mâlain est l’endroit idéal pour (rayer la 19

mention inutile) organiser une messe noire, monter un concert de Black Metal, pimper ta soirée d’Halloween, mettre enfin la main sur l’héritage tant convoité de grandmaman en l’emmenant faire une promenade dominicale, ou encore tourner le prochain Indiana Jones. Si l’envie d’une petite visite te chatouille, en plus de la frontale, d’une petite laine et d’une solide paire de croquenots, n’oublie pas la gousse d’ail et le crucifix. On n’est jamais trop prudent… // M.P.


interview Highlander par chablis winston et pierre-olivier bobo, à besançon illustration : mathias douriaux photos : hidiro

« Benjamin Biolay, je le considère comme un rappeur »

Quoi de neuf Docteur ? On l’avait quitté soutenant Sarkozy et se ridiculisant en devenant la caricature de lui-même à la fin des années 2000. On préférait se rappeler du petit jeune qui avait fait péter le rap game français avec son album Première consultation en 1996. On est allé voir Bruno Beausir aka Doc Gynéco sur la tournée qui le voit fêter les 20 ans de son album culte sur scène, avec une flopée de zikos, à Besançon invité par le producteur Le Bruit Qui Pense, dans une Rodia chauffée à blanc, où tout le public connaissait tous les titres par cœur, évidemment… Où on a carrément apprecié de le revoir, dans son style, presque neurasthénique, autant sur scène que face à nous en interview. Le Doc nous a donné des réponses, parfois folles, souvent embrumées, qui n’ont pas grand chose à voir avec les questions qu’on lui a posées.

Ça fait un petit moment que t’es sorti du milieu, qu’est-ce qui t’a donné envie de revenir, de remonter sur scène ? Cette envie, elle n’est pas de moi, c’est en fait en marchant tranquillement dans les rues au quotidien, au contact des gens, il y a eu comme un… (il s’arrête). Les gens étaient un peu déçus de ce qui était arrivé ces dernières années dans la musique hip-hop, et il y a eu comme une envie de redécouvrir… pas que moi mais l’ancien son. C’est-à-dire que les gens sont pas dupes et ils aiment un peu la qualité. On leur a fait beaucoup de promesses culturelles, politiques et rien finalement n’est arrivé, et les gens préfèrent avoir des valeurs sûres sur quoi se reposer et notamment dans certains domaines comme la musique. Les gens ne se laissent pas trop faire par le système et veulent ce qu’il y a de bon, ce qu’il y a de bien et veulent en retrouver dans tous les niveaux, même au cinéma. J’ai vu qu’il y avait beaucoup de films - des « blockbusters » ça s’appelle ? qui étaient ressortis, le 5, le 6, de Jurassic Park, ou bien que ce soit des choses dans les années 90 ; les gens ont beaucoup adhéré

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à un retour, ou bien Rocky Balboa, ou bien Star Wars. Les gens veulent des valeurs sûres aujourd’hui. Et t’en penses quoi quand ils disent « le rap maintenant ça nous plaît plus » ? Toi t’en écoutes encore, t’es encore dedans, t’en penses quoi ? Moi c’est mon métier donc j’écoute et je comprends vraiment leur sentiment vis-à-vis de tout ce qui se passe en ce moment, y a une crise culturelle et politique qu’on n’arrive pas à résoudre, on a des jeunes qui se laissent emporter par tout et n’importe quoi parce qu’on n’arrive plus à leur proposer des choses qui puissent les aider dans leur vie, à se construire, à devenir adulte, à faire une famille et des enfants. Ils ont de plus en plus de difficultés à trouver quelque chose qui culturellement puisse leur plaire donc souvent ils se dirigent vers des choses extrêmes et difficiles. Moi j’essaie de faire de mon mieux. Cette tournée, le fait d’avoir un groupe live qui joue derrière, comment ça s’est monté ? C’est ta volonté, c’est toi qui es derrière

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tout ça ? Depuis le début j’ai toujours été un petit peu à part, très critiqué par mes collègues du hip-hop parce que je suis toujours un peu en avance, très partageur, très curieux ; j’aime beaucoup de cultures différentes, j’aime m’intéresser aux gens, je suis assez cultivé, je ne reste pas enfermé dans mon quartier, je m’intéresse à ce qui se passe à l’extérieur, je fais des efforts que les autres ne font pas, je lis des bouquins, je m’intéresse à la littérature, je m’intéresse aux sciences, je m’intéresse aux cultures, j’ai beaucoup d’amis de tous horizons différents, tout le « cosmopolitanisme » français je le connais. Si j’avais pas un copain chinois, si j’avais pas un copain hindou, si j’avais pas un copain maghrébin, ce serait pas intéressant. Il faut absolument que je fréquente un peu tout ce qui compose la France, et l’Afrique même aussi. Bon après je dépasse ça pour aller vers les AngloSaxons, j’aime beaucoup ce qui se passe en Angleterre, moins en Amérique. L’Amérique c’est pas mon truc, c’est un peu un pays de fous, pas trop intéressant et c’est aussi un pays qui a un peu détruit le rap aujourd’hui.


« Les gens du hip-hop, ne croyez pas qu’ils sont tendres, c’est des mecs très, très durs. NTM, IAM, Assassin... Pour passer au milieu de tout ça je vous assure que c’est très, très, très difficile »

Pourtant t’as enregistré cet album aux ÉtatsUnis à l’époque… À Los Angeles, pas à New York. Et Los Angeles c’est une culture très rock’n’roll, y’a pas chez nous… Rap aussi. Tout le G-funk de Dr. Dre, Snoop... G-funk, g-funk, g-funk ! (il s’exclame) Ton live est super G-funk… C’est 70’s ouais, je suis très 70’s. Je suis pas un puriste parce que je considère avant tout que la culture française, elle est assez particulière, faut être intègre avec ça, y’a des textes dans notre musique, y’a une histoire. Avant moi y’avait des chanteurs qui rappaient : Serge Gainsbourg. Comme y’a beaucoup de chanteurs qui rappent aujourd’hui. Benjamin Biolay je le considère aussi comme un rappeur, on est des gens qui aiment le texte. Les Américains ont la musique mais nous on a le texte et ça, il faut pas le négliger. Dans le trap y’a pas du tout de texte. Il y a vingt ans sortait Première consultation. Avec le recul on se dit que c’est l’album culte d’une génération. Quand tu l’as construit, quand c’est sorti, vous étiez conscients que quelque chose se passait, quand vous étiez en train d’enregistrer ça à Los Angeles ? En fait j’ai eu la chance de faire partie d’une génération très forte qui a un peu la force de celle des années 1970 que j’ai pas connue. J’ai un peu vu tout ce qui s’est passé à Woodstock, j’ai un peu suivi tout ce qui s’est passé dans la funk jusqu’au disco. Les années 90, on aurait pu penser que c’était comme les années 80, les années où on se cherche, un peu électro, un peu cocaïne, Depeche Mode, tout ça, et puis tout d’un coup les années 90 on se dit ça va être des mecs qui sont zéro et qu’est-ce qu’on sort des années 90 ? C’est Kurt Cobain et machin, et des trucs incroyables. T’es arrivé au bon moment en fait ? J’ai été au bon moment avec une génération très forte qui a été négligée par ses anciens. Nous sommes la génération 90, des gens qui sont plus forts que

ses aînés. Aujourd’hui c’est l’inverse, ceux qui sont nés dans les années 2000, ils sont pas plus forts que nous. (Rires) Il y avait dans la salle ce soir des gamins de 20 ans qui connaissaient toutes tes paroles par cœur alors qu’ils étaient à peine nés, comment t’expliques ça ? J’explique ça par le fait qu’il y a des gens qui sont cultivés, qui n’utilisent pas Google pour écouter Gangnam Style, ils l’utilisent vraiment comme une espèce de dico, de Larousse, ils se renseignent, ils se cultivent alors qu’il y a des gens qui utilisent Internet… Quand vous verrez les choses qui ont le plus de vues c’est des choses vraiment les plus bêtes possibles, mais il y a des gens qui savent vraiment utiliser Internet et donc ils découvrent, ils cherchent, et donc je fais partie dans les recherches de ce sur quoi ils s’arrêtent (sic). Tu pourrais ressortir un nouveau disque, c’est un truc qui te ferait envie ? Si j’avais pas le niveau de Première consultation, non. Et comme je l’ai dans mes maquettes, oui je vais le faire parce que j’ai écrit cinquante ou soixante textes. Faut dire que l’actualité nous permet, y’a du grain à moudre, malheureusement, très malheureusement… Y’a du grain à moudre et y’a de quoi faire. Le monde est… la France est à feu et à sang, on le dit pas. C’est un moment particulier les concerts que je vis, que je fais avec les gens, c’est quelque chose d’exceptionnel, peut-être qu’on s’en rendra compte un peu comme mon album dans vingt ans, peut-être qu’il faut vingt ans pour que les choses, on se rende compte de ce qu’elles sont vraiment. J’ai été beaucoup décrié faut pas croire ; je me suis fait déchirer, incendier, dans tout ce que j’ai fait, dans toutes mes actions, même cet album il est pas arrivé comme ça. Les gens du hip-hop, ne croyez pas qu’ils sont tendres, c’est des mecs très, très durs, vous avez affaire à des gens comme NTM, comme IAM, vous avez affaire à des gens comme Assassin et pour passer au milieu de tout ça je vous assure

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que c’est très, très, très difficile. Ton truc était différent d’eux, déjà au niveau des instrus, ensuite au niveau des textes, t’étais pas du tout dans un délire hardcore. J’ai préféré utiliser la poésie que le truc direct, frontal. J’ai préféré utiliser la poésie et finalement les gens y ont adhéré et ont compris. C’est pas du tout moins violent ou moins revendicatif que ce qu’ils font ; c’est plus intelligent, c’est moins direct. On a eu une époque qui est favorable pour moi parce qu’à quoi ça sert d’entendre un message hardcore dans un monde hardcore ! Il faut le faire passer, parce que bien sûr les gens ne veulent pas du gnangnan, ils sont pas fous, mais ils veulent pas non plus se retrouver à la fin de la semaine avec un truc trop violent, trop expressif comme Rage Against The Machine qui est un groupe qui fait partie de nos années. Magnifique, magnifique Rage Against The Machine… C’est de la folie mais en même temps dans les festivals vous retrouvez tous ces grands groupes, Massive Attack et tout. Ils sont encore là en effet… Mais bien sûr et personne pourra les dépasser aujourd’hui… J’ai rien contre la génération qui arrive aujourd’hui mais franchement elle n’a pas le niveau par rapport au vécu et à l’expérience de ces gens-là. Prodigy, voilà… Tout à l’heure tu disais qu’on t’a beaucoup tapé dessus pour tes actions, pour ta musique et tout, tu fais référence à quoi ? L’épisode Sarkozy ? (Doc Gynéco l’avait soutenu en 2007, ndlr) Oui, les gens s’en fichent de savoir que je viens des poubelles, d’où je viens aujourd’hui et où j’arrive aujourd’hui, donc j’ai préféré rester sur ce que je suis parce que l’évolution c’est pas pour un mec comme moi. Moi je suis pas quelqu’un que les gens ont envie de voir accompli, réussi, complètement sorti du cadre de ce qu’eux représentent et de ce que je représente pour eux. Les gens, ils disent « Doc tu restes comme nous et tu restes avec nous ».


Poivre et sel pour le Doc

« Les 90’s on se dit ça va être des mecs qui sont zéro. Et qu’est-ce qu’on sort des années 90 ? C’est Kurt Cobain et machin... des trucs incroyables »

Et toi, t’as envie de rester comme ça avec eux ? J’ai voulu aller prendre en haut pour ramener en bas donc je vais toujours aller en haut mais je vais toujours ramener en bas parce qu’on ment tellement, on cache tellement de choses qui nous appartiennent qu’à nous ; l’élite, ceux qui comprennent, ceux qui savent les choses. Y’a des gens qui regardent juste la télé et qui attendent des infos, des idées, des chansons, des images, des films, qu’on interprète pour eux, qu’on soit de gauche ou de droite ou du centre, ils attendent de nous qu’on leur explique, qu’on leur donne des choses. Moi ce que je fais c’est que je prends là-haut et je redonne tout en bas. En faisant attention parce que j’ai pas envie que là-haut on me retape dessus. (Rires) Oh putain quand ils tapent… Ton engagement pour Sarkozy, avec du recul, c’est une chose que tu referais ? Les Maghrébins appellent ça le mektoub. Le destin ? Voilà, c’est pas moi qui décide où je vais et quand je vais et où je suis, je sors vraiment d’un endroit, je sors vraiment de… J’ai déjà la chance d’être assis en face de vous. Ce qui était programmé pour moi c’était pas ça ; aujourd’hui j’aurais dû être mécanique générale (sic) ou peut-être j’aurais pu conduire un bus… J’ai conscience, parfaitement conscience, que je suis pas à ma place. Je pourrais pas devenir quelqu’un de riche.

« J’ai rien contre la génération qui arrive aujourd’hui mais franchement elle n’a pas le niveau »

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Mais malgré tout ce soir il y avait quand même beaucoup d’amour, quand tu vois les gens, le contact. Comment tu l’analyses, le fait que tu renvoies quand même un truc super positif pour eux ? Je suis le miroir d’eux-mêmes : quand je les regarde, je me vois, et quand eux ils me regardent, ils se voient. Je suis pas au-dessus d’eux, je saurais pas être au-dessus d’eux ; je suis en décalage par rapport à eux parce qu’ils me

disent : « Vas-y Doc, dis-moi c’est quoi, t’as compris quoi là-bas ? Il est comment Sarko ? » Les gens ils posent pas les questions des journalistes, ils disent : « Il est comment ? Il est méchant en vrai ? C’est quoi son truc ? Il veut quoi en vrai ? T’as croisé Ardisson c’est vrai il est comme ça ? » Les gens, ils attendent de moi que je leur livre les secrets, ils veulent que je leur dise les secrets de derrière mais y’en a que je peux pas dire. (Rires) Trop de dossiers ? C’est pas un dossier, c’est un caddie. (Rires) Les gens ils attendent de moi que je leur raconte tout ce que vous savez que vous pouvez pas le dire. (sic) T’as aussi un autre album qui est un peu moins connu, c’est Liaisons dangereuses. Sur cet album y’avait plein de collaborations ; dont Renaud , je crois que c’est une espèce de héros pour toi ? Ouais. Ça doit te faire plaisir de le voir ressortir un disque ? Je suis quelqu’un… aujourd’hui les jeunes, ils respectent pas leurs parents, chez nous, à Paris, et dans la banlieue parisienne. Je sais pas comment c’est chez vous mais chez nous c’est dans l’air du temps. C’est normal, tu demandes à quelqu’un, il demande à son fils ou à sa fille d’aller lui chercher un verre d’eau, il est sûr qu’il va se faire crier dessus « Ouais mais ça va pas », c’est pas méchant c’est inconscient, c’est dans l’air du temps, c’est la mode on va dire des fois comme on peut dire péjorativement pour prendre un raccourci, on va dire c’est la mode. Je suis quelqu’un qui respecte beaucoup les anciens, j’ai cette chance-là. Je peux pas faire comme MHD, tout ça. J’ai aucune critique à lui faire mais quand je lis un article et qu’il dit « C’est quoi NTM et c’est quoi IAM ? », je me dis ça y est, quel idiot ! Pour toi c’est un problème que le mec ne connaisse pas ? Mais tu peux pas faire du

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rugby si tu connais pas… euh, comment il s’appelle… Blanco ! Ça sert à rien, à quoi ça sert, dans quoi tu te lances ? Ou le monsieur qui avait toujours son arcade pétée là, quand il jouait, comment il s’appelait celui-là ? Eric Champ. (Rires) Ça se voit, il avait des coupes comme ça, il parlait aux journalistes, il avait du sang. Tu peux pas ne pas connaître l’histoire de ce que tu fais, c’est honteux quand même. Comment tu veux te lancer dans la religion ? Comment tu veux te lancer dans le sport ? Comment tu veux te lancer dans le rap ? Tu connais pas NTM et IAM, arrête tout de suite. Moi c’est un conseil que je leur donne. Pour revenir sur Liaisons dangereuses, on a l’impression que ce disque avait été mal jugé à l’époque parce que c’était Doc Gynéco. C’est quelque chose de particulier qui est réservé à un genre particulier de personnes. Bien sûr on a toujours des gens qui sont contre nous, qui nous décrient, qui pensent que ce qu’on fait c’est pas ce qu’il y a de mieux, surtout des gens que j’ai cités avant, mais les gens qui sont là et qui sont avec moi ils sont sûrs et certains d’être dans le vrai et t’inquiète pas moi je sais, je suis dans le vrai avec Doc et c’est comme ça. C’est normal, tu peux pas faire adhérer tout le monde, ça va venir petit à petit mais à un moment ou à un autre, ils verront que nous on a raison dans notre façon de se comporter, dans notre façon de faire de la musique, etc. Les autres courants sont très forts mais je peux vous assurer que ce qu’on a fait c’est très simple et c’est encore plus fort. C’est très fort ce qu’on fait, ça a l’air de rien mais c’est très fort. Ce que je fais ça a l’air de rien mais c’est très fort. // C.W. & P.-O.B.

Doc Gynéco en tournée dans toute la France et à Dole (La Commanderie) le 11 novembre 2016.


enquête

« Dijon ville de chiotte ? » L’agglomération est installée dans une cuvette

PaR édouard roussel, à dijon illustration : guillaume constant photo : E.R.

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Moins glamour que le smog de Los Angeles ou Londres, moins capiteux que le fog de San Francisco et vraisemblablement moins cancérigène que le « 1» de Pékin, le brouillard dijonnais est presque célèbre. Si, si ! Responsable d’une flopée de dépressions saisonnières et d’un affolement local pour la luminothérapie, ce phénomène inquiète ou agace jusqu’au plus profond du web. Mais est-ce que Dijon est réellement sujette à des excès de fumigation ?

a pourrait commencer comme un drame shakespearien : il y a quelque chose de pourri dans la plaine de Saône, c’est à croire qu’il y a de la malédiction dans l’air. Sans prévenir, des villes entières disparaissent dans une brume insensée. Ce brouillard délirant enveloppe d’une inquiétante étrangeté tous les lieux familiers, le bout de la rue devient mystérieux et ces jours-là, le lac Kir prend des airs de loch écossais. En flânant sur internet à la recherche d’une explication rationnelle à cette météo fantaisiste, j’ai remarqué, au hasard des forums consultés, que le brouillard dijonnais avait son lot de haters et traumatisait même pas mal de monde. Je vous épargne la litanie des commentaires foisonnants sur le sujet pour ne garder que cet émouvant post de dominique22 sur le forum de jeuxvideo.com : « c’est quoi le souci ??? pourquoi on voit jamais rien sur la route le matin dans cette ville de chiotte ??? pk il fait super froid ??? Ça a dû être la ville de HITLER dans une vie antérieure, je ne vois pas pourquoi la nature s’acharne comme ça »2 . Voilà, en plus de rafler un point Godwin pour cette allusion douteuse à Hitler, le commentaire de dominique22 a quand même ceci d’intéressant qu’on y perçoit toute la détresse d’un homme ordinaire face à l’abominable météo dijonnaise. Submergé par l’effroi, dominique22 a-t-il perdu sa raison ? La sur-émotivité du bonhomme confine-t-elle à la paranoïa ? Dijon est-elle vraiment une ville brouillardeuse ? Deux clics plus loin, Wikipédia confirme. Sur la page consacrée à la ville on

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peut y lire : « Le brouillard est particulièrement présent à Dijon, l’humidité provenant du lac Kir en accentuant la formation ». Le facétieux Chanoine ne l’avait pas vu venir celle-là, son amusante pataugeoire qui nous embrouillerait 69 jours par an ! Bon, la fiabilité de Wikipédia étant ponctuellement sujette à caution, il a quand même fallu aller rencontrer quelqu’un de sérieux, de compétent et d’affable sur le sujet...

Un simple problème de géométrie Direction le campus, au 4ème étage du bâtiment Gabriel pour éclaircir le sujet avec Yves Richard, professeur et responsable d’équipe du Centre de Recherche de Climatologie : « Oui, objectivement, le brouillard est très présent à Dijon, explique le climatologue. Dans une étude publiée par Météo France3, Dijon est dans le Top 10 des villes ayant le plus grand nombre de jours de brouillard par an. » Pour une fois que Dijon est dans le Top 10 de quelque chose, on ne va pas bouder ce petit moment d’autosatisfaction. Bon, la ville est quand même derrière Brest, Langres ou Limoges mais écrase ses satellites : Auxerre (47 jours de brouillard par an), Mâcon (41) ou Besançon avec seulement 23 jours… Ridicule. « Après, il y a plein d’idées fausses sur la question, poursuit Yves Richard. Pour faire simple, le brouillard c’est de l’air qui, en refroidissant, se condense. Il peut y avoir deux raisons à cela : il y a le brouillard d’advection, c’est quand de l’air humide et


« Dans le top 10 des villes ayant le plus grand nombre de jours de brouillard par an »

Pour garder un sourire éclatant les jours de brouillard, l’Agence Nationale pour la Joie et la Bonne Humeur préconise l’absorption massive de Temesta, de Valium ou de Calinox… Posologie : un cacheton ou deux (suivant la visibilité), à prendre à jeun avec une bonne dose de rhum tous les matins.

Littéralement « nuage poisseux du crépuscule » selon Google Translation 2 Source : jeuxvideo.com 3 Source : meteofrance.fr 1

chaud arrivant par la mer se refroidit en arrivant sur les côtes ; et puis il y a le brouillard de rayonnement, c’est quand l’air se refroidit sur place. C’est ce qu’il se passe à Dijon. Après, c’est plus un facteur géométrique : à cause des reliefs environnants, cet air froid ne peut pas s’évacuer et stagne sur l’agglomération. Rien à voir donc avec le lac Kir ou avec l’Ouche ». Ah ! dominique22 n’avait pas complètement tort en soupçonnant que Dijon était « une ville de chiotte », le problème, c’est juste que l’agglomération est installée dans une cuvette. Il suffirait de raboter un peu le Mont Afrique pour être tranquille alors ! « Non, le problème est plus vaste, c’est tout l’ensemble de la plaine de Saône qui est concerné, c’est le cul-de-sac du fossé bressan, l’air est coincé entre le Jura et les Vosges à l’est, le plateau lorrain au nord, le Morvan à l’ouest et au sud les monts du Beaujolais. Mais vous savez, si ça peut vous consoler, à Beaune et Dôle ils le vivent aussi mal. » Les Dijonnais seraient-ils finalement plus grincheux que les Beaunois et les Dolois ?

Diesel : only the grave Même si le meilleur remède à la mélancolie reste une petite pipe ou une tablette de chocolat, les pharmaciens dijonnais conseillent tout simplement 28

une petite cure de magnésium ou n’importe quelle pilule susceptible de booster votre taux de sérotonine pour dissiper le foggy blues. Malheureusement pour l’industrie pharmaceutique, le brouillard dijonnais ne semble pas nocif pour la santé : « Dijon n’est pas une ville particulièrement polluée, poursuit Yves Richard. Il y a peu d’industries lourdes, ce sont surtout les voitures le problème, les particules fines émises par les moteurs diesel. Le moteur essence émet plus de CO2, mais concernant la qualité de l’air pour nous, ce sont clairement les moteurs diesel qui sont les plus nocifs. Il faudrait à terme arriver à ce qu’il n’y ait plus de voiture diesel en ville. D’ailleurs, on ferait mieux de récupérer tout l’espace occupé par les bagnoles pour faire des places ou des jardins et végétaliser le centreville. » Le Centre de Recherche en Climatologie a installé 60 points de mesure sur l’agglomération dijonnaise pour travailler sur l’îlot de chaleur urbain. « Les nuits de canicule, comme en juillet 2015, relève le climatologue, on arrive à avoir 6° d’écart entre la ville et sa périphérie, c’est beaucoup et, en moyenne, il fait 1° de plus à Dijon. La seule solution c’est de mettre des arbres, du végétal, et d’ailleurs, les politiques sont demandeurs, ça se développe doucement, et cela devrait permettre de refroidir la ville. » Et donc accentuer la formation de brouillard. Et merde… // E.R. 29


interview

par sophie brignoli illustration : léa zamolo photos : dr

« Dans 100 ans, les gamins vont manger quoi ? » Lydia Gabucci Bourguignon parcourt le monde depuis 25 ans avec son mari, Claude Bourguignon. Ces deux agronomes alternatifs accompagnent les paysans et vignerons qui se tournent vers l’agrologie, une agriculture durable basée sur la compréhension et la connaissance des sols. Lanceurs d’alerte bien avant l’invention du terme, ils dénoncent depuis les années 70 la lente destruction de l’activité biologique des sols et les limites du modèle agricole actuel. Longtemps moqués par l’Inra et toujours ignorés par la classe politique, les époux Bourguignon ont pourtant gagné la reconnaissance d’une partie du monde agricole et sont plébiscités par les médias et le grand public. Rencontre avec une militante de la terre, dans son laboratoire indépendant de Marey-sur-Tille, en Haute Côte-d’Or.

Dans les années 80 vous étiez tous les deux chercheurs à l’Inra, pourquoi décidez-vous de quitter l’Institut et de créer votre propre laboratoire ? Après son diplôme d’ingénieur agronome à Paris, Claude a rejoint l’Inra de Dijon en 1976 puisque c’était la seule unité qui disposait d’un secteur microbiologique. Et c’est là que nous nous sommes rencontrés, moi j’étais dans une autre station en « qualité des aliments ». Claude a depuis toujours milité pour la défense de la nature ; il est passionné par les oiseaux et son projet de départ était de s’occuper d’un parc national. Et au cours d’un voyage en Inde, quand il a vu la détresse et la malnutrition il s’est dit qu’il fallait d’abord s’occuper de nourrir les hommes. Mais dans les années 80, ce n’était pas le sujet privilégié de l’Institut. Les consommateurs comme le monde agricole avaient l’impression que la planète était absolument illimitée et qu’on pourrait continuer à l’exploiter ainsi. On a la chance de rencontrer Suzanne et Victor Michon qui créent le premier Collège en biodynamie à Beaujeu, en 1982. Claude faisait partie des initiateurs avec Victor Michon, Max Léglise, professeur à l’Inra en zone viticole, et quelques autres. L’école organisait deux sessions dans

l’année et accueillait des jeunes de toute la France. Ce sont des enseignements qui n’existaient nulle part ailleurs ? Oui. Suzanne Michon connaissait du monde au gouvernement et elle avait réussi à faire valider la possibilité pour les élèves de Beaujeu de se présenter au brevet technique, au même titre que les autres. Nous n’avions aucun appui sinon, tous les politiques nous tournaient le dos, et on nous prenait presque pour une secte. Nous travaillions encore à l’Inra à l’époque donc on ne pouvait enseigner que les week-ends et l’institut prenait très mal la chose. En 1988, Claude a reçu l’obligation de quitter son domaine de recherche pour travailler sur un autre sujet, et quand il a refusé, on lui a proposé de travailler à la bibliothèque. C’est là que nous avons décidé de quitter l’Institut. À la fin des années 1980, on nous prenait pour des bobos, des soixantehuitards attardés. Ça a été une période assez dure car nous étions vraiment seuls. Le laboratoire s’adresse à tous types de paysans ? Viticulteurs, agriculteurs, maraîchers, arboriculteurs... Et depuis 30

2008, notre fils qui a lui aussi une maîtrise de microbiologie des sols travaille aussi beaucoup pour les communes ou les régions sur l’aménagement de terrain, les reconversions de zones industrielles... Quels sont vos premiers clients à la création du laboratoire ? Le BIVB (Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne) à Beaune avait demandé à Claude dans les années 90 de faire une conférence lors de laquelle il avait expliqué que les sols européens avaient moins d’activité que les sols sahariens. C’était le pavé dans la mare bien entendu, et c’est à ce moment que les domaines bourguignons ont commencé à nous solliciter. C’était le début d’une forme de reconnaissance en Bourgogne d’autant plus que quand un sol est vivant, le vigneron a des facilités pour communiquer sur son produit et il voit aussi plus vite les changements ; au moment de la fermentation, celle-ci va permettre d’exacerber les goûts de terroir. Pour les agriculteurs, ceux qui étaient passés en agriculture biologique, c’était beaucoup plus compliqué, il y avait encore pas mal d’erreurs commises. Les produits organiques n’étaient pas forcément

« Le blé a tellement baissé, qu’il faut l’équivalent d’un hectare en production pour s’acheter un iPhone »


Ça serait pas des plans de beuh dans le fond ?

« Les vignerons en Bourgogne sont bénis des dieux » l’interdiction des néonicotinoïdes qui vont dans le bon sens, non ? Oui, mais enfin ! Il est aussi question de reprendre à des gens des parcelles constructibles pour les transformer en espace agricole, pourtant on fait aussi Notre-Dame-des-Landes, et on va supprimer 1200 hectares agricoles, virer une dizaine de familles... Le barrage de Sivens, c’est pareil ; une poignée de jeunes de la FNSEA (Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles) a besoin d’eau pour faire du maïs alors que cette culture n’est pas adaptée là-bas. Ils pourraient tout simplement cultiver autre chose comme du sorgo, qui ne nécessiterait pas d’irrigation et donc on n’aurait pas besoin de ce barrage. Mais tout est comme ça, et pour le citoyen lambda, c’est très difficile à suivre, il n’y comprend rien du tout. Mais franchement nos politiques nous servent quoi comme soupe ? Dans 100 ans, les gamins vont manger quoi ? Je pense toujours au film de Coline Serreau auquel nous avons participé, Solutions locales pour un désordre global et ce passage avec la Brésilienne, Ana Primavesi, qui explique que derrière ces multinationales c’est nous qui avons le pouvoir : si l’on n’achète pas leurs produits, on peut les mettre à genoux.

Lydia et son mari Claude

« Il faut aussi arrêter de penser que nous travaillons pour les bobos et pour les riches »

de bonne qualité et souvent mal utilisés. Mais c’est en train de changer aujourd’hui, les sols commencent à être fatigués, la crise dans la paysannerie est dramatique et les agriculteurs commencent à comprendre l’intérêt de cette agriculture. L’état des sols bourguignons est-il toujours aussi préoccupant en 2016 ? Il faut déjà admettre que les vignerons en Bourgogne sont bénis des dieux : les sols font partie des très beaux sols de vigne que l’on peut retrouver dans le monde, et même s’ils ont été touchés, comme ils ont une structure particulière ils ont mieux supporté certains produits que d’autres endroits. Comme en Bretagne où les sols sont acides, plus fragiles et mettent plus de temps à se restaurer. Tout dépend aussi du type de culture, mais sur certains sols au bout de dix ans, quinze ans de travail on ne voit toujours pas grand chose, l’activité biologique ne remonte pas à des taux suffisants. Est-ce que tous les sols peuvent se régénérer ? Oui, quasiment tous. On a travaillé en Afrique sur des sols rouges, qui sont des précipitations de latérite où les sols sont durs comme la table. Ce sont des techniques où l’on remet du bois raméal fragmenté à base de bois de feuillu avec lequel on fait des paillages. C’est très long mais cela permet à terme de pouvoir réimplanter des familles qui peuvent cultiver

un petit jardin. Pourtant, ce sont des sols complètement abandonnés par l’agronomie traditionnelle... Vous êtes contre le labour, pratique pourtant historique et millénaire, pourquoi ? Lorsque les gens ont commencé à cultiver la terre, ils n’avaient pas d’énormes machines pour retourner le sol. Mais plus on avance dans le temps, et plus on a retourné cette terre extrêmement violemment. Cette tendance est en train de s’inverser, de nombreux agriculteurs remuent sur 10 ou 15 cm, mais quand on a commencé il y avait des labours à 40 cm. On pratiquait le labour couché, c’est-à-dire qu’on prenait la terre et on mettait ses pailles ou son herbe en-dessous ; elles ne pouvaient donc plus se dégrader et étouffaient la terre. Pourquoi n’y a-t-il pas plus d’intérêt de la part de l’Inra, vingt ans plus tard ? Avec notre façon de travailler, l’agriculture coûte moins cher, l’agriculteur est moins dépendant des multinationales. On voit ce qui se passe politiquement, si vous avez vu la dernière vidéo de Sarkozy sur l’agroécologie c’est absolument scandaleux. Les multinationales sont partie prenante de l’Inra et elles sont toutes puissantes, elles financent les campagnes, les instituts de recherche... C’est terrifiant. Vous avez des liens avec le monde 32

politique ? Ah non pas du tout... L’année dernière pour les 25 ans du laboratoire, nous avons écrit à des politiques et on nous a envoyé des représentants. On avait demandé à Patriat, Sauvadet et à Rebsamen et ils avaient tous autre chose à faire. Les quelques politiques qui sont venus ne voulaient même pas monter sur la scène. On a écrit à Le Foll qui a eu la même réponse, alors que deux jours après il venait à Dijon inaugurer un pôle de l’Inra. Votre mari, Claude Bourguignon est le frère d’Anémone, vous appuyez-vous parfois sur des personnalités pour faire valoir vos idées ? Anémone connaît très bien le travail que l’on fait et elle fait partie des mouvements écologiques, c’est quelqu’un qui, médiatiquement, est engagé. Vous allez peut-être me trouver parano mais même ces gens-là, de manière générale, ne nous abordent pas. On est toujours les parias. Je pense que Pierre Rabhi, qui est une personne que l’on adore, c’est d’abord une philosophie. Il est dans sa ferme et ne travaille pas sur de grandes surfaces mais quand on discute avec des gens comme Leonardo Di Caprio ou Marion Cotillard, ce ne sont quand même pas des gens qui vivent dans la sobriété heureuse ! Une tranche de la population peut accepter de vivre comme ça mais tout le monde ne veut pas être moine ! Les philosophes font évoluer les idées, toutefois ils n’inquiètent pas les multinationales.

Mais alors que fait-on à notre échelle ? C’est la question que tout le monde nous pose. Je pense que la première chose, c’est déjà d’arriver à faire comprendre aux gens qu’on ne paye pas la nourriture à son prix. Je pense que peu de gens le savent. Le blé a tellement baissé qu’il faut l’équivalent d’un hectare en production pour s’acheter un iPhone, car on leur achète 6 euros la tonne, c’est hallucinant. Les gens font la queue pour aller s’acheter ça et on dit que la nourriture est chère ? Cela veut dire se rendre sur un marché, trouver un petit producteur, arrêter les fraises en plein hiver... On a un pouvoir, on peut très bien privilégier certains produits qui viennent de

France, qui sont de saison, se rendre dans une AMAP. Le prix du porc, c’est moins de 10 euros le kilo, on est en train d’étrangler les agriculteurs. Il faut aussi arrêter de penser que nous travaillons pour les bobos et pour les riches car quand on voit ce que les gens de condition modeste mettent dans leur caddies, ils pourraient se nourrir absolument différemment et ça ne coûterait guère plus cher. La façon dont on se nourrit, c’est se donner la capacité d’être en bonne santé longtemps. Mais simplement il faut travailler, se remettre à la cuisine. Il faut faire ce choix. Il y a pourtant des mesures comme

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Cette croisade, ce choix de vie, c’est aussi l’aventure durable d’un couple, quel est le secret ? (Rires) Les gens trouvent toujours ça drôle mais je crois que c’est d’abord grâce à l’amour et à la spiritualité. C’est le respect mutuel, l’amour commun de la nature. Aimer quelqu’un, ça passe par quelque chose qui n’est pas mesurable... Lors d’une conférence avec l’Académie Internationale du Vin, une personne qui avait étudié le contenu d’anciens menus expliquait que sur les bouteilles, le nom sur l’étiquette était toujours le nom du lieu ; Sauternes, Vosne-Romanée... Il y avait aussi l’année et le millésime mais jamais le nom du propriétaire. On mettait juste une empreinte sur le vin, alors que désormais c’est devenu une marque, même une griffe, exactement comme on marque les animaux. C’est très représentatif de la société individualiste dans laquelle nous vivons. On traite les hommes comme des chiens, comme des machines, on fout la nourriture à la poubelle, ça peut pas marcher. Je crois que c’est ça qui nous fait tenir, sinon y’a longtemps qu’on se serait cassé. // S.B.


par MARTIAL RATEL, à dijon, longvic et velars-sur-ouche PHOTOS : ALEXANDRE CLAASS

diaporama

Black Water L ’été est forcément associé à l’eau et à des touristes américains qui naviguent sur le prestigieux canal de Bourgogne. Mais qu’est-ce qu’il y a à voir autour de Dijon quand on est sur le pont de son Riviera © ? Alors suivant l’exemple du regretté Philippe de Dieuleveult, disparu dans la remontée du fleuve Zaïre, on voulu parcourir le canal. Comme on est des oufs, on a fait la vingtaine de kilomètres qui sépare Longvic, au sud de Dijon, à Velars-sur-ouche, à l’est. Globalement ce qu’on a découvert au fil de l’eau, en plus des moustiques tigres, des ragondins et de jeunes en train de se la coller, c’est que tout le monde, nos bons urbanistes en tête, se carre du canal. Si durant des centaines d’années, les rives de l’Ouche, la petite rivière qui serpente dans Dijon, ont été aménagées de façon à peu près respecteuse, les constructions en bordure du canal révèlent au mieux une ignorance totale : usines, zones industrielles et grandes tours d’immeubles posées là. Là, parce qu’il y avait la place à l’époque mais là, comme ça, parce qu’une voie navigable et sa bio-diversité, ça n’interessait personne, hormis quelques pêcheurs. Carnet à la main, c’est un décor « constrasté » que nous avons découvert, entre piqûres d’insectes, chauvessouris et Colruyt. Pourquoi la nuit ? Parce qu’on n’avait encore jamais fait de série by night.

21h25

Point de départ : la zone industrielle de Longvic, classée Seveso. Recto, des cuves d’essences (?) sûrement les fameuses réserves stratégiques (pour briser les grèves) et des rails de chemins de fer. Le charme désuet d’une France industrielle.

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Verso : certains affirment que c’est la piscine municipale de Longvic. On serait tenté de les croire, si nous n’avions pas subi à cet endroit notre première attaque de moucherons. Au loin, des péniches, les seules de toute l’exploration, c’est le port de Longvic.

21h33

Les fameuses lignes de Nazca. Si c’est une piste cyclable, c’est... beau. Deux couleurs, deux ambiances : bleu dans un sens, blanc dans l’autre. On est toujours dans Longvic, dans une zone artisanale. Des mecs surveillés par au moins 6 caméras de vidéo surveillance bossent encore.

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22h13

Dijon-urbain style. La nature comme on l’aime : on quitte notre costard d’explorateur pour endosser celui de naturaliste et de photographe animalier. Une famille ragondin au bord de la nationale, c’est trop mignon. Il y a le papa, la maman et le petit. Évidemment, comme ce ne sont pas des stars, ils se planquent quand on veut faire la photo.

21h47

Pont SNCF de Longvic ou annexe du FRAC ? Kisa et son bonhomme vous disent bonjour. Des pêcheurs, au coup du soir, taquinent le brochet et le black-bass. Première piqûre de moustique.

22h34

Place du Lac à Fontaine d’Ouche. Rien. Si... Quelques larmes rejoignent l’eau du canal, en pensant au skatepark qui se dressait ici avant « l’aménagement » de cette place.

22h41

21h49

L’écluse du lac Kir, retour de la verdure, on quitte Dijon, par... une route qui borde le canal. Photo réalisée à l’aide des phares d’un Berlingo modèle 1.9 L.

En quelques mètres, changement d’ambiance à l’écluse de la Colombière. On quitte Longvic et sa working-class pour Dijon, la bourgeoise. À moins que ne soit le parc de Chenonceau. En tout cas, c’est très bien tondu.

22h59

Fin de partie à Velars-sur-Ouche, écluse 45. Le canal est bordé par... l’autoroute. Sinon derrière, il y a un Colruyt et un canard géant taillé dans le buis. Nature et culture.

22h03

On s’est trompé, c’est l’Ouche. Des chauves-souris viennent bouloter les moustiques qui nous piquent.

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Attention, chouette dangereuse

«on ne lâche rien» culture

PaR chablis winston, à dijon photos : alexis doré, loic terrier

Elle est énorme cette calculatrice

Plus de 10 ans que les lascars de TelDem Com’unity écument les scènes de France au son de leur alternative bass music, en cherchant sans cesse à se renouveler avec un seul mot d’ordre : le live. Rencontre juste après la sortie de leur dernier album, Night Run.

précise Green. « Le son est différent maintenant, on a épuré, y’a moins de voix, j’ai l’impression qu’on va plus vers l’électro et qu’on revient vers des trucs plus rock ». Donc moins dub ? « Finalement, on n’a jamais été vraiment dub. Il a fallu nous trouver une étiquette, ça a été celle-là parce qu’on est arrivés après la vague dub live à la française, les High Tone, Zenzile, Ezekiel, etc... Y’avait un côté dub mais pas tant que ça. Quand les puristes du genre avec leurs gros sound systems nous voient, ils ne se disent pas que c’est du dub». Les morceaux sont travaillés à quatre, en studio : « Depuis peu, on est à la STA, à Dijon, on aime bien l’énergie du lieu ». Tout part d’une mélodie, d’un riff de gratte ou d’un gimmick

« On sait même plus trop comment ça a commencé. Vers 2005 ? Je sais plus... » avouent en cœur Mike et Max (respectivement Olliejam et Green) quand on les rencontre attablés dans un pub dijonnais. Nous non plus, on ne sait même plus la première fois qu’on les a vus en live. Sous chapiteau à Dijon ? En bord de lac dans le Morvan ?... « On était ensemble au lycée à Clamecy, on avait envie de faire du son. Pas de style en particulier, y’avait des amoureux du rock, d’autres étaient fan de hip-hop, de reggae, Clément jouait dans un groupe de métal... à l’époque on était 7, c’était un beau bordel » assume Olliejam. Le vrai début, c’est le premier EP, en 2008. « On a débarqué sur Dijon, tous dans une même maison » ; tu vois la communauté ? Désormais ils sont quatre : Olliejam, fines lunettes et casquette vissée sur la tête est le producteur du groupe. C’est lui qui travaille le son, qui le peaufine, qui est aux machines, il lui arrive encore maintenant de produire ou de mixer pour d’autres, essentiellement des artistes hip-hop. « C’est de là que je viens ; j’ai fait des trucs pour Noizaman dernièrement ». Green (Max) est à la guitare, Zeuspi (Max aussi) à la basse et Airaes (Clément) à la batterie. « On s’est choisi ces blases on était tout jeunes, j’sais pas si on prendrait les même maintenant » plaisante Green. Mayd Hubb, qui les accompagnait depuis le début, a quitté le groupe il y a plus d’un an, pour ses projets persos, qui tournent bien. « Il n’y pas eu de clash, juste des envies différentes. Son départ nous a obligés à nous renouveler encore une fois, à créer autre chose, ça ne nous a pas fait de mal »

« Nous on hallucine, le public est toujours là. Ça va du vieux fan de Pink Floyd de 50 ans au p’tit jeune fan de Sound System’ »

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supérieur ? Pour Olliejam : « Le petit coup en plus, la chance... Ça va venir ». Max renchérit : « Faire de la zik c’est pas évident, on a encore tous des activités à côté, mais on continue. Nous on hallucine, le public est toujours là. Ça va du vieux fan de Pink Floyd de 50 ans au p’tit jeune fan de Sound System’. Quand on est sur scène, c’est là qu’on kiffe. On lâche pas le morceau ». // C.W.

et « on monte la sauce tous ensemble » nous explique Olliejam. « Par contre, tout est produit en configuration live, comme si on était sur scène ». Pas de triche. « Le but, c’est le live. C’est ça qui nous fait kiffer. Les albums, c’est bien, mais c’est surtout pour avoir quelque chose à montrer pour tourner. » Et justement, ça tourne plutôt pas mal. Une vingtaine de dates déjà programmées pour la suite en 2016, ça roule. Ils commencent à avoir une belle équipe autour d’eux : tourneur (Youz, les Mâconnais hyperactifs), un label, une manageuse, des techniciens qui les accompagnent à chaque date... Une équipe pour les clips, qui ont clairement leur importance, on se rappelle de la vidéo de Run Dat, qui avait cassé les Internets il y a 3 ans. Ils se sont fait accompagner un moment par La Vapeur. « Ça avance. On crée, on tourne, on continue... on a décollé y’a un moment déjà mais on n’a pas l’impression de stagner. On se réinvente, l’expérience paye » croit savoir Olliejam. Ils ont réussi à décoller de Dijon, ce qui est finalement assez rare pour les groupes du coin. « On n’a jamais été estampillé groupe dijonnais, mais si on ne renie pas d’où on vient, on ne traîne pas trop dans le milieu culturel de la ville non plus, on fait nos trucs de notre côté ». Pour que ça passe au niveau

Actu Night Run, nouvel album sorti le 4 mars dernier Clip de NTRTNMNT (à prononcer « Entertainment ») réalisé par Hachem El Yamani, à voir sur les Internets Les dates à retenir dans le coin 19 juin, Fête de la musique de La Vapeur, Château de Pouilly 9 juillet, Les Tanneries, Dijon 30 juillet, Festival de la Paille, Métabief 10 septembre, Péniche Cancale, Dijon

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portrait

Les bahuts de Lulu On the rôôd again ! À Montceau-les-Mines, l’usine Aillot est investie par des gros engins, une collection de camions anciens. Lulu et Céline ouvrent leurs portes aux collectionneurs de grosses caisses, aux curieux du diesel et aux cinéphiles de la benne à bascule. À la bonne franquette !

PaR cédric de montceau, à montceau-les-mines photos : c.d.M., nick nut

89... l’Yonne... danger 40

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Des gros machins

Céline, c’est de l’autre côté qu’il faut regarder !

Lulu et Céline, les tauliers du lieu

Montceau-les-Mines, au cœur de la Saône-et-Loire, dans l’7-1, BFC sud. Comme son nom l’indique la ville vibre encore sous les échos des galeries creusées dans les sous-sols. La cité minière dont le point culminant est cette maudite centrale thermique proche du centre-ville. En face, sur les berges du canal du Centre il y a l’usine Aillot, une ancienne fabrique de rouleaux compresseurs investie par une équipe de bénévoles qui s’est sortie les doigts pour organiser et restaurer une collection d’une quarantaine de camions anciens. À l’extérieur, un ancien parquet couvert « Cap 3000 », attend sa réhabilitation en dancing. Les murs sont en brique et la charpente en acier. Époque pleine bourre industrielle. Le lieu a de l’assise et l’élégance de l’architecture indus du XIXème siècle. À l’intérieur, l’ambiance est familiale. L’accueil au comptoir en formica comme chez ta mamie est joyeux, la chaleur du poêle De Dietrich est agréable, le félin du coin ne s’y trompe pas. Revues vintage. Seventies à mort, ça sent bon le café. Y’a du monde au bar. Je vais prendre une mousse s’il vous plaît ! Bordel, j’ai même pu fumer une clope… « Bienvenue ! » François Gambut, dit Lulu, m’accueille, c’est le docteur Frankenstein des lieux, c’est lui qui réanime les mastodontes, c’est le propriétaire de la collection et de l’ancienne usine. Le mec est passionné, il a le verbe gourmand, le front haut et l’œil rieur. Il nous explique d’emblée que « le mot

C’est pas une collection de Twingos, faut les ranger les machins !

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musée n’est pas adapté à cet espace. Rien n’est figé, c’est un lieu d’exposition de camions anciens sans aucun doute, mais c’est aussi un lieu de vie, on y organise des repas, des concerts, des conférences et différentes manifestations. En juin, par exemple c’est les Brèves Rencontres, on accueille des auteurs, des écrivains, mais aussi des artisans et des producteurs du bon manger. Sinon vous pouvez juste passer boire un canon ! » C’est donc Lulu et sa compagne Céline Demontfaucon qui ont initié la renaissance de cet endroit oublié. Le couple collectionne quand même les vieux bahuts depuis plus de vingt-cinq ans, dont un qui a servi en 1964, sur le tournage de 100 000 dollars au soleil, Henri Verneuil à la mise en scène et Audiard aux dialogues. Avec Jean-Paul Belmondo, Lino Ventura, et Bertrand Blier, la fine équipe… Il s’agit d’un Berliet GBC 8 6x6 de 1956, le premier capable de traverser le désert du Ténéré. « En 1959, ce camion a également été utilisé pour une mission archéologique piloté par Roger Frison-Roche, il servait en fait à ouvrir des lignes transsahariennes destinées à ravitailler les villages et les sites pétroliers ». Un monstre de mécanique et d’histoire toujours en état de marche : « Quand je l’ai récupéré. J’ai installé une nouvelle batterie, et hop, le moteur a tourné comme une horloge ». C’est sûr, t’as pas les vitres électriques, ni la caméra de recul ou le lecteur mp3 intégré, mais au moins t’es pas emmerdé par l’électronique et le bordel n’est pas soumis à l’obsolescence programmée. De la mécanique pure quoi ! Durable.

La plupart des pièces accumulées par la collection ont été données en échange de les sauver. François Gambut récupère même des clandestins, notamment ce bus Greyhound de 1977 ; « La douane de Chalon-sur-Saône, nous a téléphoné parce qu’elle avait saisi un imposant autocar, importé par une société d’événementiel suisse qui n’avait pas payé les taxes. L’engin est arrivé à Marseille après une tournée commerciale en Egypte. Nous avons passé un accord avec la douane pour le rapatrier au chaud. » Aujourd’hui il trône tout de chrome au milieu du premier hangar. Il abrite une exposition qui rend hommage aux « gens de la route ». Des femmes et des hommes, chauffeurs routiers, gérants de stations-services, dépanneurs poidsC’est aussi un lieu de vie, on lourds ou tenancières y organise des repas, des de cafés-restaurants. concerts, des conférences et Le portait de ceux qui de la route, du différentes manifestations vivaient temps où les nationales étaient encore des axes principaux d’échange

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de marchandises. Un temps révolu. C’est un peu le cimetière des éléphants, on se fait vite prendre par l’ambiance positive et quasi-mystique de cette force tranquille palpable. C’est un temple finalement. Les camions sont conservés dans leur jus. Il y tient Lulu : « On les nettoie évidemment mais pas question de les aseptiser comme de gros jouets. Ils doivent conserver leur patine, leur histoire ». Les hangars sont vastes (4000 m2) mais entre l’exposition et les camions en restauration, les espaces sont vite remplis. C’est pas une collection de Twingos, faut les ranger les machins ! Manifestement, les déplacer est tout aussi complexe : « Leur rapatriement a parfois été épique car certains camions sans carte grise, n’avaient pas non plus de plaque d’immatriculation. Des gendarmes se souviennent de notre passage ! ». Lulu, il s’en fout il aime les camions. Il sauve les baleines. Ça sent bon l’amour, la volonté et l’huile de vidange à l’Usine Aillot. Soutenue par l’association Baraillot, la collection des camions anciens est un lieu pour les collectionneurs c’est sûr et les spécialistes forcément, mais aussi pour les curieux et les amateurs de gros engins. Un endroit authentique et plein d’esprit en somme. // C.D.M.


interview

Clamecy contre les racistes Clamecy, c’est la tranquille et modeste ville perdue dans la Nièvre, où on peut trouver, vers la gare, un monument aux morts célébrant la mémoire de 43 tirailleurs africains assassinés par des soldats nazis en 1940. Retour avec l’historien Jean Vigreux, professeur agrégé à l’université de Bourgogne, sur ce massacre raciste dont l’évocation calmerait peut-être ton tonton nivernais bourré, quand il fait des blagues sur les noirs, à table, le dimanche.

par tonton stéph illustrations : hélène virey photos : dr, Ra Boe

Un ordre avait pourtant été donné le 19 juin de cette même année, dans notre région, à Semur-en-Auxois, par un certain général Kleist, qui stipulait qu’aucune « brutalité » ne devait avoir lieu à l’égard des prisonniers, « les noirs inclus » (« mais pas non plus d’avances amicales exagérées », est-il tout de même précisé...). Or, il se trouve que de nombreuses exactions ont été commises à leur encontre, précisément sur ce secteur par des soldats de la Wehrmacht et des Waffen-SS « tête de mort »... Ceci indiquaitil seulement le souhait de ne pas faire de

prisonnier « nègre », pour ne pas avoir à les ramener dans l’Allemagne victorieuse ? Ce n’était en tout cas pas un ordre émanant du haut-commandement. Plutôt de la presse propagandiste manipulée par Goebbels : « Ces bêtes meurtrières ne se verront accorder aucun pardon ! (...) Il faut les abattre un par un en haut des arbres ou dans les buissons ! » Quelques jours plus tard, la Blitzkrieg voyait déferler des milliers de lecteurs au premier degré de ces lignes... C’est le jour de l’appel de De Gaulle depuis 44

Londres, le 18 juin 1940, qu’a lieu le massacre de Clamecy... L’armée française est en déroute... Les soldats africains avaient-ils été envoyés à une mission plus périlleuse qu’à l’accoutumée, ou s’agissaitil au bout du compte d’une réddition traditionnelle ? Non, il n’y a pas de logique de réddition car les Allemands n’en veulent pas ; c’est plutôt qu’ils instaurent très vite une logique de tri ethnique. Il y a bien sûr le contexte de « l’étrange défaite » de 1940 sur laquelle l’historiographie est encore faible : ce n’était pas « une partie de campagne »,

les combats sont âpres, il y a autant de morts qu’à Verdun ! À Clamecy, l’armée est juste en repli, et si les soldats blancs sont envoyés au Stalag, ceux de couleurs sont mis à part d’emblée, alors qu’ils étaient bien mélangés dans l’armée française. Il y a eu une affaire à Beaune que j’aimerais bien élucider : 18 Indochinois sont tués à cette même date, une tombe en témoigne au cimetière là-bas. De quoi s’agit-il au juste ? Pourquoi n’y-a-til pas eu de morts blancs avec eux ? Il y a ici une ambiguïté, d’autant que les Allemands étaient bien portés à les traiter comme des

« sauvages ». Des recherches restent à faire aux archives de l’Armée à Caen. Existe-t-il des documents confidentiels des autorités nazies ou même de simples soldats ironisant très tôt sur les conventions de Genève qui assurent le statut des prisonniers de guerre ? Oui et non. Oui car c’est dans la norme nazie : on va forger les esprits à une forme nouvelle de combat avec une propagande spécifique. Non car cela n’était pas stipulé officiellement aux officiers. 45

A-t-on trouvé des traces, dans des correspondances de soldats ou surtout d’officiers, de propos désobligeants à l’encontre des soldats noirs de la Première et Seconde Guerre Mondiale ? Dans l’Empire Allemand, dans la partie orientale de l’Afrique, il y avait tout de même les Askéries : les quelques indigènes qui vont combattre pendant la première guerre aux côtés des Allemands, et qui seront tout de même commémorés comme des soldats à part entière ; mais comme la France en 18 intervient sur le sol allemand avec des troupes coloniales, va se développer


Par exemple sur un camp en particulier : celui de la BA102 de Longvic, dont on a souvent une vision mythique. Or, en 40, c’est un lieu où on a mis en place (c’est visible sur les Bundesarchiv, en Allemagne) des camps de Dijon pour parquer les gens de couleur. Un ancien prof’ de la fac de Dijon a consigné dans un journal de note que « les noirs se sont révoltés et qu’il y a eu une répression très forte.» Mais personne d’autre n’en parle nulle part : rien du tout. On n’a que des photos des prisonniers. Je vais donc continuer mes recherches aux archives départementales en vue d’un autre travail de recherche.

le thème de la « honte noire », reprise dans l’occupation de la Ruhr en 23. Peut-on émettre l’hypothèse que le racisme exacerbé des Allemands à l’époque serait lié à leur manque de colonies, au ressentiment qu’ils en ont tiré, et au manque de fréquentation des indigènes que cela a induit ? Certes, l’Allemagne rentre dans la politique mondiale sur le tard puisque sa propre unité est advenue tardivement. Mais les Allemands aussi avaient des colonies : Togo, Cameroun notamment. Ils n’étaient en vérité pas plus durs que les Britanniques ou les Français lors de leurs répressions, notamment contre les Héréros. 300.000 Algériens massacrés par l’héxagone lors de la colonisation : cela avait été fait sur le modèle, évoqué par Tocqueville dans De la démocratie en Amérique, du massacre des Indiens. On est donc dans une même logique, mais une chronologie décalée, à cause du

retard allemand. Le racisme n’était au départ pas plus exacerbé chez les Allemands en particulier avant le nazisme. Après tout, Gobineau et Chamberlain avaient d’autres nationalités ; l’esprit des Lumières lui-même est suspect dans son esprit taxinomique, de classification des espèces, qu’on retrouve chez Buffon, chez nous, à Montbard ! Bien sûr, le nazisme développe et radicalise ces logiques classificatrices-là. L’intensification de la propagande antinoir, par Goebbels, lors de la campagne de France a-t-elle été si efficace que cela ? L’armée allemande est suivie par des groupes de cinéastes mettant en scène l’invasion, et ce qui est alors filmé a beaucoup de succès, diffusant un racisme ambiant : la plupart des soldats ont adhéré à ces discours haineux. Entre 1.500 et 3.000 soldats de couleur tués en dehors des combats : c’est énorme ! Il reste encore beaucoup de travail à faire sur ce sujet. 46

Y’avait-il des raisons pour que des signes de dévotion et de commémoration aient eu lieu à Clamecy en particulier ? Vous évoquez « une grande émotion » sur place après les exactions, et le 11 novembre 1943 « un hommage qui va plus loin et est plus profond » que les autres manifestations patriotiques anti-Vichy menées un peu partout ce jour-là. Ce n’est pas un hasard : beaucoup d’évènements ont lieu dans cette petite ville. Ce fut un haut-lieu de la défense de la République lors du coup d’état de LouisNapoléon Bonaparte, avec une révolte de la population, laquelle a une culture progressiste et insurrectionnelle très forte. C’est aussi une ville très à gauche, dissidente socialiste. Clamecy n’est pas loin de Paris, avec les flotteurs qui ramènent du bois dans un sens et des idées révolutionnaires de l’autre. Il y a des « prolos » avec une authentique conscience de classe. Clamecy : ville de résistance, avec des manifestations anti-fascistes lors de l’arrivée du Front Populaire au pouvoir. Il y avait un foyer ouvrier et d’autres formes de prolétariat rural, souvent oubliés. Celui-ci existe encore par exemple dans l’Allier ou la Creuse, moins dans la Nièvre. Le contexte de soutien aux « indigènes » semblait être surtout indissociable de la fierté « impériale » de la métropole ; y-a-t-il toutefois eu d’indéniables preuves d’engagements anti-racistes dans la région lors de ces événements ? Il y avait certes un racisme ambiant en France aussi, « y’a bon Banania », etc. Mais en même temps, ce qui

m’a impressionné dans les prises de positions de la résistance, c’est qu’il y avait toujours une très forte dimension humaniste. Jeanne Colas, grande résistante

« Clamecy : ville de résistance, avec des manifestations antifascistes lors de l’arrivée du Front Populaire au pouvoir »

locale, Georges Moreau, qui tenait le Maquis : ils ont des valeurs universalistes, certes peut-être en tension avec le reste de la société. Pensez-vous que le film Indigènes (avec Jamel Debbouze, notamment) était à la hauteur des enjeux historiques concernant la place des Africains dans les armées de Libération ? Le film porte sur la fin de la Seconde Guerre, la Libération : le début manque. Mais cela fait prendre conscience que les forces françaises libres ont libéré le pays avec les troupes coloniales, lesquelles seront « blanchies » une fois qu’il faudra traverser le Rhin, pour ne pas réitérer l’erreur de 1923. Ce « blanchiment » n’a cependant rien à voir avec 1940 ; les logiques coloniales et racistes ne sont tout de même pas comparables à celles nazies.

oui. Des archives manquent. Il y a aussi une volonté de ne laisser aucune trace des exactions, ce qui est bien nazi, du reste. La fosse commune amène à enlever tout ce qui permettrait d’identifier les gens. Au fait, pourquoi parle-t-on de « tirailleurs sénégalais » alors même que la provenance des soldats est multiple ? Sait-on d’où ils provenaient ? Héritage de l’empire colonial : il y avait des Algériens, des Tunisiens, de toute l’Afrique occupée, ça n’a donc pas véritablement de sens que le mot « sénégalais » se soit imposé. Est-ce qu’un seul membre des troupes responsables du massacre de Clamecy a été inquiété juridiquement lors de la Libération ? Pas du tout. Rien.

Qu’est-il advenu des autres indigènes après 1940 : les nazis se sont un peu calmés à leur égard ? J’ai lu que certains prisonniers avaient même été stationnés dans le Doubs pour gérer seuls des petites fermes ? En tout cas, certainement pas sur le sol allemand, où il y avait très très peu de gens de couleur autorisés.

Le souvenir est-il visiblement marqué par la municipalité et les enseignants de Clamecy ? J’ai été impressionné lors d’un 11 novembre : une ferveur bien spécifique à cette ville était sensible. Un film visible en ligne, réalisé par France 3 en témoigne. Il s’agit certes de commémoration et de patrimoine, mais surtout de quelque chose d’universel. // T.S.

Comment se fait-il qu’on ne connaisse pas tous les noms des soldats arrêtés et massacrés par les nazis ? Il y a plusieurs soldats inconnus sur le monument visible dans la Nièvre. Il en manque une dizaine,

Pour aller plus loin : Musée de la résistance de Saint-Brisson dans le Morvan Des soldats noirs face au Reich, sous la direction de Johann Chapoutot & Jean Vigreux (PUF, 2015) Raffael Scheck, Une saison noire, le massacre des tirailleurs sénégalais, mai-juin 1940 (Tallandier, 2007)

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story PaR GÉRALDINE vernerey, à besançon photos : bibliothèque municipale de BESANÇON, sophie allemandet

Battant et ses bousbots « Ah mais t’habites à Battant, meuf ? Moi je pourrais pas. » Quand tu évoques le fait de vivre dans la rue Battant, la rue d’Arènes, ou globalement les rues qui composent le quartier Battant de Besançon, certaines personnes tiquent. « Mais ça craint là-bas, non ? » En général, ce ne sont pas les Bisontins et Bisontines qui s’inquiètent pour ta vie. Plutôt les gens de la campagne voisine qui ont bien assimilé le mythe urbain. « Mon cousin, il a une pote, ben son demi-frère il s’y est fait agresser une fois. »

M

oi-même, sortant de ma verte campagne pour faire mon lycée « à la ville », la rue Battant, je l’imaginais il y a quelques années comme un lieu insalubre, un coupe-gorge, un repaire à filles de joie et à brigands. Un peu comme Tortuga dans Pirates des Caraïbes quoi. Faut dire que sa réputation est sagement entretenue dans l’imaginaire collectif des voisins pas trop au courant depuis quoi, 2000 ans à peu près. Tentons de capter pourquoi.

rivière en baigne la base des deux côtés. Un mur qui fait le tour de cette montagne la transforme en citadelle et la joint à la ville. »¹ Voilà, Jules a super bien décrit notre intra-muros - qu’on appelle aussi intra-bouclos, poètes que nous sommes. Donc les Romains installent leur garnison, et font construire un cardo maximus – future Grande Rue -, un forum, un temple, des thermes et même des arènes dans la nouvelle Vesontio. Dans la foulée, ils en profitent pour remplacer le pont de bois, seul point de passage pour accéder à la ville, par un pont de pierre. Qui deviendra le pont Battant, bien évidemment. Forcément, puisqu’il n’y a quasiment qu’une voie d’accès – tu peux passer par le mont mais faut pas être pressé -, l’activité se développe en conséquence sur la rive droite du Doubs. Et y’a un petit faubourg qui se crée, Battant. En référence au battant à fouler le drap du ruisseau à côté.

C’est pas mal une histoire de pont à la base Le cœur de Besac, c’est le centre-ville, la Boucle. Une parcelle de terre comprise entre un méandre du Doubs et le mont St-Etienne. Il y a plus de 2000 ans, c’était la capitale d’une tribu gauloise, les Séquanes. Puis, pendant la Guerre des Gaules, Jules César a trippé sur les particularités du lieu : « [La ville] possédait en très grande abondance tout ce qui est nécessaire pour faire la guerre ; de plus, sa position naturelle la rendait si forte qu’elle offrait de grandes facilités pour faire durer les hostilités : le Doubs entoure presque la ville entière d’un cercle qu’on dirait tracé au compas ; l’espace que la rivière laisse libre ne mesure pas plus de seize cents pieds, et une montagne élevée le ferme si complètement que la

Le faubourg des vaillants sans dents Battant, c’est un quartier sur la rive droite qui réunit trois bannières. Charmont, Arènes et… Battant. Et c’est pas la classe ni l’opulence du centre-ville. Les habitants vivent pas mal les uns sur les autres dans des maisons vraiment pas au top niveau salubrité. On dénombre beaucoup de tanneurs, de 48


Un beau bordel à Battant

Quand un quartier possède toute la production viticole de la ville, il y a des chances pour qu’on y trouve quelques alcooliques

vendanges : « Les soirs d’automne, les chariots remplis de leur vendange font des heureux. Avant d’être déchargée dans une cave, « la marmaille [part] à l’assaut du déchargeoir », tassés les polissons s’empiffrent, plus d’une fois bousculés par la main crochue d’une vieille qui veut emplir son aiquielle pour savourer à loisir le régal de son enfance. »² Par contre, on s’en doute, quand un quartier possède toute la production viticole de la ville, il y a des chances pour qu’on y trouve quelques alcooliques. Et c’est les Bousbottes qui le disent : « Lou dimanche maitin, aivant que lai grand’messe on chante, l’aivâ déjà bû ne channe de vin. » Les femmes […] invectivaient les hommes « yvrougnes, saic-ai vin ».² Bonne ambiance. Pour bien enfoncer le clou, on décore la fontaine du haut de Battant avec une statue du dieu Bacchus, en 1579. Vigne partout, sobriété nulle part.

lavandières, d’horlogers et puis surtout, pléthore de vignerons. Des vignerons qui vont à la messe tous les dimanches, dans la pure tradition chrétienne catholique. Normal, pendant très longtemps, Besançon a fait partie du Saint-Empire romain. Par contre, en 1575, les duchés de Montbéliard et les cantons suisses eux, sont protestants. La Réforme est passée par là. Ça se frite pas mal du coup. Cette année-là, les Huguenots de Montbé descendent le Doubs en scred’ et attaquent Besançon par le pont Battant. Se voulant impressionnants, ils empalent des crapauds sur des piques. En mode « Bientôt, ce sera vos têtes ». Faut savoir qu’en vieux français, un crapaud, ça se dit bot - c’est important pour la suite de l’histoire. Téméraires, les habitants de Battant ne cherchent même pas à appeler la garnison en renfort. Ils s’arment de faux, de bèches, de houes et se galvanisent à coups de « Sus, sus aux bots ! Pousse le bot ! Pousse-bot ! ». Bien-sûr, ils gagnent. Depuis, les super défenseurs de la ville, on les a appelés les Pousse-bots. Avec le temps, comme la langue française, elle aime bien simplifier, Bousbots.

Jacquemard et anar’ dans le tiékar Outre le Barbizier, les habitants ont d’autres icônes. Entre 1746 à 1766, la Madeleine, l’église du quartier, est reconstruite. Du haut de son clocher, un automate marque le temps qui s’écoule : c’est le Jacquemard. Une vraie reusta. De temps en temps, les Bousbots le décrochent, lui refont une fraîcheur et le remettent en place, ce qui donne invariablement lieu à des fêtes de quartier. Et puis, un p’tit gars naît en 1809 au 37 rue du Petit-Battant, d’un père tonnelier et d’une mère cuisinière. Pierre-Joseph Proudhon a gardé les vaches, a fait ses études et a exercé le métier de typographe à Battant ou dans la Boucle. S’il a du s’installer ailleurs par la suite, notamment à Paname, le précurseur de l’anarchisme est resté extrêmement attaché à Battant et à la région. Voire complètement fondu. Dans ce qu’on suppose être un moment de nostalgie extrême, il écrit : « Au milieu du déluge universel, la Franche-Comté peut devenir l’arche du genre humain. »³ On l’a toujours dit.

Les Bousbots, yvrougnes en puissance Les habitants de Battant ont donc leur gentilé, tout à leur honneur, et poursuivent leurs histoires et coutumes de vignerons. Certaines ont réussi à transcender les siècles. Mention spéciale à la vieille famille des Barbisier, réputée pour comporter en son sein des personnes à fort caractère, qui fait partie intégrante de la culture populaire locale. Barbizier - encore un caprice de la langue française - deviendra en effet l’archétype du gars des vignes, un personnage récurrent de la crèche comtoise. Faut dire que c’est une activité qui rythme la vie des habitants, la vigne, et même en dehors du temps de travail. Surtout en période de 50

L’horreur du margouillis

Alors, pour désengorger le quartier, on détruit les portes des remparts aux alentours. Celles de Battant tombent en 1956. On construit des ZUP à Palente-Orchamps, Montrapon et plus tard, à Planoise. Et le quartier Battant, qui a enfin droit à sa cure de jouvence, est nettoyé par « curetage » dans les années 80. En gros, les façades sont laissées en l’état mais on casse tout dans les arrière-cours pour assainir. Il était temps.

Une révolution industrielle se passe. « D’artistes, nos Bousbots devinrent ouvriers d’usine, au salaire réduit. Plus de gibus ! On économisait encore sur le logement… On s’entassa dans des taudis et des galetas des arrière-cours, ténébreuses, sordides, nauséabondes. »⁴ Gaston Coindre, un mec qui s’est amusé à faire plein de dessins de Besac trop mignons, a tenté de croquer Battant à cette époque. Hardcore. « Vers 1862, je bravais l’horreur du margouillis et de la racaille, pour y rechercher quelque découverte archaïque ou simplement étrange. Au numéro 9, ébloui, dès le porche, par un mur de fond, tout blanc parmi des noirceurs sordides, je pénétrai : le galetas recrépi, à peine habité, était un logis du quinzième siècle – fenêtres accouplées, énormes consoles d’un étage en surplomb au-dessus du perron haut grimpant. Par une chaude matinée, l’effet d’ombres et de lumières, irrésistible, tenta mon crayon… mais les chambrées en émoi ricanaient, d’en haut l’hameçon d’une ligne tracassait mon chapeau de paille… le croquis fut prestement troussé. »² Bon, Gaston a l’air d’être un peu une victime, mais en vrai, ça craint. Les fortifications de Besançon protègent certes la ville, mais l’étouffent en retour. Au XXème siècle, on enchaîne les plans d’hygiène publique mais pendant des lustres, c’est la Boucle, plus noble, qui en bénéficie, au détriment de Battant. Inégalités monumentales en terme de qualité de vie en conséquence : « En 1907, le Docteur Baudin dénonce le mauvais état sanitaire du quartier en notant que la mortalité atteint 27.3 pour mille alors que dans la Boucle, elle est de 16.7 mille. »⁵ Au calme. L’insalubrité n’est pas le seul souci. Dans les années 60, Besançon est une ville surpeuplée et sa croissance démographique explose.

Le Battant d’aujourd’hui Il y a beaucoup moins de monde, plus personne ne cultive la vigne, les rues sont presque propres et les apparts quasi salubres. Par contre, c’est toujours populaire. Et c’est sans doute le seul quartier historique de Besac qui peut s’en vanter. Maintenant que j’y vis à Battant, j’ai pu constater par moi-même qu’effectivement, quand tu es nourrie au JT de TF1, le quartier, il peut faire peur. Les gens ne sont pas tous blancs comme dans ma campagne. Et il y a des punks à chien, des SDF et il y a aussi des prostituées. Et des anarchistes, des anti-fa et tout un tas de gauchistes. Et des commerçants, qui vendent du savon d’Alep, des makrouts, des montres, des chapeaux, de la bière de la région, des coussins péteurs, de la viande halal, des cartes postales anciennes et des guitares. Artisans, marginaux et Maghrébins se retrouvent sur la terrasse du C.kwan, en face de la fontaine Bacchus. Tu l’auras compris, Battant, c’est là où tous les joyeux pauvres vivent. Ensemble. ¹ Guerre des Gaules, Jules César ² Mon vieux Besançon, Gaston Coindre ³ Carnets de P.-J. Proudhon, Marcel Rivière ⁴ Besançon, Albert Monnot ⁵ Rénovation de l’habitat… et conservation du cadre de vie Univers, mars 1983

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welcome to my hood

Espèce de Port

PaR lilian elbé, à dijon photos : bibliothèque municipale de dijon, diapositive collection privée, ville de dijon

Brève histoire de l’oublié Port du canal à Dijon, de son origine industrielle à sa difficile reconversion en zone de plaisance et de loisirs.

T

par l’eau. On n’avait que la route, et les très gros volumes comme le transport des matières premières, complexes et lents, étaient limités. Mais en créant un large bras d’eau artificiel entre la Seine et la Saône (puis le Rhône), de larges et longs bateaux pourraient transporter directement des tonnes et des tonnes de marchandises sur d’immenses distances. C’est justement ce que des ingénieurs du roi envisagent à partir de 1775, décidés à engager des travaux sans précédent pour exploiter la magie du flottement sur l’eau. Le concept n’est pas nouveau. Depuis plusieurs siècles déjà, c’est ainsi que les Parisiens se font approvisionner en bois, par flottage des bûches depuis le Morvan. En région parisienne au XVIème siècle, il n’y a plus aucun arbre debout dans les forêts, tout a été coupé pour la construction et brûlé pour le chauffage. Le bois le plus proche disponible en abondance, c’est la forêt du Morvan. Et comme les rondins de bois ça flotte, et que c’est ainsi beaucoup moins lourd à tirer, les bûcherons d’alors le conditionnent en bûchettes, posées sur l’eau des rivières proches puis tirées jusqu’à la Seine.

u savais qu’il y avait un port à Dijon, avec de l’eau, des bateaux, des ponts et des écluses ? Évidemment oui, car depuis plus de six ans tu as eu l’occasion d’entendre parler ou de fréquenter la péniche café-concert sur l’eau, Cancale. Mais honnêtement, le port ne vient pas immédiatement à l’esprit quand on évoque la ville, contrairement à d’autres agglomérations organisées autour d’un fleuve ou de la mer. Pourtant le Port du canal existe bel et bien, et a été très utile à l’économie de la ville durant les derniers siècles. D’abord destiné au transport des marchandises et matériaux puis délaissé après l’invention du concept de routier et de cheminot, la municipalité l’a enfin transformé dans les années 80 en zone de plaisance et de promenade. Mais aujourd’hui encore, il reste largement en retrait dans le paysage dijonnais et peine à trouver un dynamisme...

Autoroute de marchandises, sur l’eau Bon, c’est vrai, il a l’air tout riquiqui ce port avec quelques bateaux au bord d’une eau qui n’est ni la mer, ni un grand fleuve naturel. Juste un petit canal artificiel tout droit et des écluses à intervalles réguliers, passant par le sud de Dijon. Vaut-il vraiment la peine qu’on s’y attarde ? Pourtant c’est là tout l’intérêt de la chose : ce faux « canal de Bourgogne » a tout de même plus de deux cents ans, et a été mis en œuvre avant même la Révolution française ! Une réalisation titanesque pour l’époque, justifiée par le potentiel d’une idée : réussir à relier commercialement par les eaux, grâce à un tronçon manquant entre la région parisienne et lyonnaise, la Manche et la Méditerranée. Avant ça, sans fleuve naturel reliant les deux mers, impossible de transporter de gros chargements

Un demi-siècle de travaux À la fin du XVIIIème siècle, les progrès techniques permettent enfin d’éviter de subir le tracé et l’étroitesse de certaines rivières. Les maîtres d’œuvre voient grand : creuser un canal de 242 kilomètres allant de Migennes dans l’Yonne à Saint-Jean-de-Losne en Côted’Or ; alimenté en eau grâce à six réservoirs, eux-mêmes remplis par les rivières de la région et comptant 189 écluses pour maîtriser son volume, son débit et son dénivelé ! Soit. Alors les travaux du canal de Bourgogne peuvent commencer. Mais il reste une question, qui nous intéresse plus particulièrement ici : Où installer

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À partir des années 50, les routiers et leurs camions remplacent peu à peu les mariniers Sacs en cuir, moustache et pattes d’éph

est bâti sur les ruines des fabriques rasées, quai Navier. Quant aux docks en face, ils laissent place à des pelouses, des promenades et des bancs. Comme par magie, les Dijonnais commencent à venir au Port du canal pour se détendre, passer un bon moment. C’est d’ailleurs là que mes parents se prennent en photo sur un joli banc tout neuf le 12 avril 1981, quelques heures avant la naissance de mon frère, tandis que les travaux d’embellissement du port ne sont pas encore terminés. Ils ne le seront qu’en 1983 conjointement avec 200 nouveaux logements aux alentours. Fière d’avoir sauvé le petit port, la ville de Dijon s’enorgueillit dès 1979 : « Un quartier neuf va fêter son 200ème anniversaire ».

Depuis 2009, il y a un prétexte pour sortir du centre historique : aller s’encanailler à la Cancale

moins de quinze ans avant l’arrivée du chemin de fer à Dijon, ringardisant grâce au fret le transport fluvial. Il faut dire que ça ne va pas très vite, et qu’avec une écluse tous les 1,3 kilomètres en moyenne, il faut faire preuve de patience.

la gare fluviale à Dijon, et à quoi ressemblera-t-elle ? Eh oui, il faut bien un port pour charger et décharger les marchandises pour livrer la ville. Un temps, un ingénieur concurrent de l’ingénieur Gauthey – constructeur du port que l’on connaît aujourd’hui – propose de construire un port de forme circulaire, en lieu et place de l’actuelle place Wilson. Le projet est ambitieux, il inclut même des bâtiments pour les docks et des logements... Par manque de moyens, on opte plutôt pour un port en forme de simple demi-tour dans les faubourgs sud de la ville, avec une petite île arborée au milieu (qui est encore aujourd’hui la plus grande réserve naturelle de France sur un canal, aussi une des seules, avec une populace de hérons cendrés importante). Le lieu est idéal pour une telle activité, à une époque où le Dijonnais ne va pas tellement dans le sud de la ville. Au faubourg Raines, au faubourg d’Ouche, on est en-dehors des remparts, la zone des lépreux et pestiférés au Moyen-Âge, et plus tard celle des fabriques et abattoirs et des premiers ouvriers. Pauvres et pestiférés, même combat. Quel meilleur endroit donc qu’un quartier des fabriques, une sorte de Z.I. avant l’heure, pour installer un canal de transport de marchandises sur l’eau ? Le Port du canal à Dijon est on ne peut plus simple. C’est d’ailleurs le premier terminé dans le calendrier des travaux, dès 1786. Pour fêter ça, on plante un grand obélisque en pierre symbolisant la jonction des trois mers. Oui, il sert à ça cet obélisque, et 100% des promeneurs allongés dans l’herbe à son pied s’en moquent totalement. À juste titre vraisemblablement. Mais le reste des travaux est long, très long. Le tronçon du canal Yonne-Dijon est complexe, il n’est achevé qu’en 1832, un demi-siècle après les premiers plans sur papier. Et c’est bien là le problème. Le premier bateau en provenance de Paris débarque à Dijon en 1833... Soit

Des docks à la promenade

La municipalité a même avoué avoir envisagé dans les années 1970 de « le combler pour que l’autoroute emprunte son lit ». Heureusement, la bretelle A39 vers Paris prendra un autre tracé, évitant ainsi de sacrifier le vieux canal. Mais le quartier des fabriques, démis de ses fonctions, peu accueillant, se désertifie inexorablement. Un petit port industriel fantôme en somme, que les âmes dijonnaises oublient vite. Au commencement des années 80, la ville de Dijon réalise que la situation est vraiment trop triste. Que faire de ce plan d’eau ? Une zone de détente et de loisirs ! La mairie l’assume dans une revue municipale de 1979 : « Dijon possédait un plan d’eau avant le lac du chanoine Kir et ne le savait guère ! ». Elle s’entiche de sauver le port, fait dévaser le canal, restaure l’obélisque et décide d’exploiter le développement de la navigation de plaisance. Sur les plans, elle prévoit déjà diverses activités comme des restaurants ou des hôtels flottants. Derrière le port, tout un quartier de résidences de standing

2009, l’arrivée d’une péniche locomotive Mais ne nous faisons pas d’illusion, ces trente dernières années, le quartier du Port du canal continue de rester en retrait, peu fréquenté, parce que toujours excentré de la ville historique. Passé l’effet de surprise, et à part ses proches riverains, les Dijonnais l’ont vite oublié à nouveau. À commencer par Benjamin Magnen, co-fondateur de la fameuse Péniche Cancale, café-concert flottant arrimé aux berges du Port du canal depuis septembre 2009. Il l’avoue lui-même : « J’ai découvert l’existence de ce port quand mes amis sont allés me le montrer à la naissance du projet ! ». Un constat commun à la majorité des habitants : « Quand j’ai rencontré l’élue de l’époque en charge de ce quartier, elle me disait que la moitié des Dijonnais ne connaissait pas le Port du canal », ajoute-t-il. En effet, sans ce prétexte vino-culturel, pourquoi ferait-on différemment des Dijonnais des siècles passés, ne sortant jamais de leurs remparts, de leur centre historique ? Depuis 2009, il y a ce prétexte pour aller s’encanailler vers les faubourgs, et c’est un des objectifs de l’équipe de la Péniche, qui espère « avoir contribué à ce que 7 ans plus tard il soit un peu plus connu ». Largement fréquentée, la Cancale a effectivement repoussé un peu les portes du centre-ville et même tenté à plusieurs reprises de piloter l’animation du quartier. Certaines annonces immobilières ajoutent même une mention « proche Péniche Cancale » pour booster les ventes. Mais à part quelques péniches hôtels voisines et quelques riverains sur l’eau, elle reste un des seuls motifs pour aller jusqu’au Port du canal. Il reste néanmoins que les temps qui courent pourraient jouer en faveur de la notoriété de ce petit lieu de respiration dans la ville. Autour, la municipalité rase, projette, construit. D’abord les 1500 logements du projet de quartier Grand Sud et Minoterie, à la place de l’Arsenal, et surtout le complexe de la Cité de la Gastronomie, installé dans les années à venir sur le site de l’ancien Hôpital Général. Des milliers de nouveaux touristes et habitants pourraient donc bien vite se presser sur les pelouses pour profiter du soleil et se prendre en photo. Il va falloir installer de nouveaux bancs... // L.E.

Le temps que le train et le transport routier se développent, le canal aura tout de même ses grandes heures. Au XIXème surtout, puis tout de même encore jusque dans les années 60, on exporte depuis le Port du canal des marchandises, des céréales de la plaine et surtout le vin de la Côte. En échange, on reçoit du charbon ou des matières premières volumineuses. Aux alentours, des entreprises de construction bois ou métal comme Pagot et Savoie y sont installées, juste au bord de l’actuelle promenade des canards. Il y a aussi Dijon Béton, d’énormes tas de sable, des docks, des grues, et personne n’imaginait une seule seconde à ce moment s’y promener en famille avec une poussette. Juste à l’entrée du port, la gare de tramway de la ligne Dijon-Gevrey (rasée depuis). Mais dans les années 60-70, la route et le fret ferroviaire mettent complètement de côté le transport fluvial, beaucoup trop lent et de moins en moins emprunté par les sociétés de transport. À partir des années 50, les routiers et leurs camions remplacent peu à peu les mariniers. De plus, malgré son ampleur, le canal de Bourgogne s’avère vraiment trop étroit pour être fréquenté par un nombre illimité de péniches, créant rapidement des bouchons de bateaux aux écluses les plus étroites. Le port vivote. Alors quand débarquent les autoroutes, il n’intéresse plus personne. En 1976, un nouveau port fluvial est bâti à Longvic, mettant un terme à toute activité au port de Dijon.

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la cuisine de sparse

Technifood La shortfish

par so fish illustration : mr. choubi

Ce qu’on te propose aujourd’hui, c’est des lendemains qui chantent, des souvenirs sur un prénom, des notes qui résonnent. Ok j’en fais trop... Comme dit précédemment, il te faudra pas mal de volonté. Tu peux t’en douter mais une glacière seule dans un coffre ne te permettra pas de garder de la bouffe pendant 3 jours non stop. Il te faudra donc trouver une épicerie ou un petit supermarché où tu iras chaque jour après ton réveil, tes deux premières Kro et quelques joints. Tu devras donc acheter dans le désordre et en fonction de la répartition de notre menu jour après jour (tu choisis), de la salade verte, des poivrons, des courgettes, des tomates, du thon en boîte nature, du fromage

frais, quelques citrons verts (à utiliser avec du rhum pour double emploi), du basilic, du pain, des olives dénoyautées, du jambon cru, un melon, une pastèque. Et la glacière ? C’est là qu’on te demande de prendre une heure supplémentaire avant ton départ pour passer chez ta mère. Tu pourras lui emprunter et lui prendre des herbes aromatiques, du sel, du poivre et autres condiments, quelques gousses d’ail, un demi litre d’huile d’olive, quelques serviettes et couverts utiles (couteau qui coupe, fourchette....) et un ou deux tupperwares ! Si tu es chaud, te voilà fin prêt pour cuisiner au pied de ta tente et faire pas mal d’envieux au mètre carré.

La fishstory Mardi 7 juin 2016. Ça sent bon les premières épreuves du Bac et les derniers partiels de Droit. Dans tous les cas, ça fait deux semaines que tu tapes la balle jaune depuis ton canap’ et ces dernières heures passées sur des chaises de cours te paraissent les plus longues de ta vie. Du coup tu te mets à rêver, ou mieux, à te projeter... Cet été sera le tien. Mauvais alcool, trop plein de musique et quelques MST, cet été, tu seras en festival ! Skrillex au Chien à Plumes, Tiken Jah Fakoly dans ce nouveau super festival qui déchire tout du Val-deSaône pour finir dans la rue à Chalon, ton programme estival est déjà bien rempli. Tu as déjà tes places depuis le mois d’avril (sauf Chalon hein, c’est gratuit !), ton crew est formé et la logistique est en place (bagnole, tente, alcool, dope). Autant te dire que l’épreuve de philo est bien loin de ton esprit et que ton code civil ne te sert plus que de marche-pied pour chopper ta boîte à délice au-dessus de ta bibliothèque. La seule chose à laquelle tu penseras vraiment au dernier moment, mais vraiment au dernier moment, genre sur une aire d’autoroute ou en ouvrant au bout de quatre jours le sac que t’auras refilé ta mère, c’est à la nourriture. Manger c’est tricher. Mais manger c’est se souvenir... Aujourd’hui, on est là pour t’aider. C’est ta première année en festival et tu ne voudrais pas qu’elle rime avec coma éthylique, erreur de jeunesse ou « Qu’est-ce que tu as préféré le vendredi soir ? - Je sais pas, je me suis endormi contre une enceinte à 20h. » Il le faut bien un peu, mais pas tout l’été. Il y a les recettes classiques : Sandwich Daunat impérissables et chips tout le week-end pour les plus feignants, barbecue à l’extérieur du site pour les anciens scouts, stands raclette et churros pour les plus riches et il y a toi, jeune lecteur de Sparse. Ici, on va essayer de te donner l’envie pour une salade de saison aux légumes marinés, des rillettes de thon au fromage frais, un sandwich tapenade, jambon cru, melon et des pastèques à la vodka pour ne pas faire

Le fishmeal Commençons par la salade. Rien de plus simple. Tu vas me dire que tu sais faire une salade. Oui sûrement. Mais as-tu déjà pensé à couper tes légumes une heure avant de les manger pour les faire mariner dans de l’huile et quelques épices ? Ta salade n’en sera que meilleure. Tu prends un des tupperwares fauchés à la mère, tu y mets tes légumes coupés (courgettes, poivrons, tomates...), tu ajoutes l’huile d’olive, les herbes, les épices si tu es fun, un peu de sel, de poivre et pourquoi pas un peu de citron... Une heure après, déposé sur ta salade verte, ça déboîte, pas besoin de vinaigrette. Encore plus cool mais à manger dans les heures qui suivent l’achat et la fabrication si période de canicule : les rillettes de thon ! Tu reprends un tupperware, tu y mets ton thon en boîte que tu émiettes, tu y ajoutes un peu de fromage frais, un jus de citron vert et des feuilles de basilic fraîches et ciselées. Sel (un peu), et poivre. Si tu as un budget un peu ++, tu peux ajouter de la moutarde et de

trop précieux. Pour ça, il te faut une glacière, un peu de volonté ou bien l’envie frénétique de quitter le camping du festival de temps en temps et notamment « Balou », surnom donné à ton voisin de tente qui prend du speed H24 depuis l’âge de 16 ans et qui pense que festival rime avec bruit. 56

la ciboulette. Avec du pain en toast, ça prend 10 minutes, petit plaisir garanti. Un peu plus complexe maintenant, le sandwich tapenade, jambon cru et melon. D’abord, tes olives dénoyautées, tu les écrases à la fourchette dans un de tes tupp (on y revient) avec un peu d’huile d’olive pour que ça devienne le plus homogène possible. J’avoue que c’est pas simple en plein milieu d’un camping de festival mais avec persévérance, ça le fait. Tu ajoutes le basilic qu’il te reste, des rillettes, l’ail de ta mère et tu peux ajouter des petits anchois marinés en barquette si tu as vraiment un budget illimité. La base de ton sandwich est prête. Du jambon cru, quelques lamelles d’un melon et pour le coup, ça vaut bien toute la gamme Daunat réunie. Pour finir et pour ne pas jeter le melon qui reste, tu le coupes en dés que tu arroses du meilleur alcool fort que tu as ou du moins bon, les deux théories s’affrontent. Tu peux aussi le faire avec une pastèque pour changer...

La happyfish Tu es parti en festival avec 3 heures de retard et sans glacière. Sur la route, la douane volante vous a contrôlés tes potes et toi alors que vous fumiez des spliffs depuis 2 heures (c’est mal). Après avoir fait vos poches, elle vous laisse repartir,

pas Balou. Tu n’as plus une thune en poche après avoir refait le stock, tu finis donc par vomir dans ton sac de couchage, tu dormiras à la belle étoile et ta voisine de tente te filera des Granolas pour survivre tout le week-end. // A.S. et S.G.

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12 baby rue Francois Jouffroy 21000 Dijon

urs ouvert tous les jo h 17 a partir de

FOOT c’est vraiment super À l’occasion de l’Euro de football, Sparse t’a concocté une sélection de grande littérature et de belles images. Parce que le foot, c’est bien plus que des mecs en short qui tapent dans un ballon. Le foot, c’est une vraie parabole de la vie, même en Bourgogne-Franche-Comté. Si tu n’as pas compris ça, ouvre ces pages, là tu vas comprendre.

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Ce diable de Christian Jeanpierre... « Et le joueur haïtien, d’origine haïtienne, détourne ce ballon. » • « Malin comme un camion de singe le petit Lahm. » • « Vous qui connaissez bien l’Espagne, messieurs, je vous laisse imaginer l’ambiance qu’il doit y avoir sur la Costa Brava avec tous les Néerlandais qu’il y a là bas, eux qui aiment le camping. »

« La bagnole de Pimp My Ride ? Je l’ai toujours mais je roule plus avec »

dj DJib’

Un casque, une crête

Il portait des robes-pantalons avant Rick Owens, il connaît tous les toubibs de Clairefontaine par leur prénom, il pousse des disques comme toi tu enquilles les pintes, il a appelé son gosse « Prince Kobe », il prenait l’hélico pour aller chez le coiffeur depuis Auxerre, il a mis 90 caramels à AJA, 10 de plus que Guivarch’, ses cheveux ont subi des centaines de balayages, il peut te situer Kranosdar sur la map. Tu m’as compris, Sparse a eu le bonheur de poser quelques questions à notre Djibril Cissé national : on était trois, plus la chicha, dans les loges du Chat Noir, où « l’homme de verre » donnait un de ses mixes, devant un immense poster de Martin Garrix. Et le Djib’ n’a rien éludé. Rencontre. par julian-pietro giorgeri & loic baruteu. photos : le chat noir, dr.

Comment t’es arrivé dans la musique ? Disons que je mixe depuis que j’ai 14 ans donc ça fait quelques années. T’étais déjà DJ pour tes coéquipiers en troisième mi-temps, après les matchs ? Non, c’était plus pour moi, même pas en soirées privées. C’était à la maison, pour moi. Que je tourne en club ça fait quatre, cinq ans peutêtre, c’était vraiment comme ça pour rire. La première, c’est Saint-Trop’. Après, Jean-Roch c’est un très, très bon pote donc il me fait souvent tourner dans ses clubs. Il a des clubs un peu partout dans le monde, t’as joué en dehors de la France ? Ouais, j’ai fait Dubaï y a dix jours, c’était bien. On a mixé à Miami avec mon pote. (Djib’ a même fait la première partie de Mariah Carey, ndlr). On a fait des destinations sympas. Et du coup ton nom de scène, c’est Mr. Lenoir ? C’est pas mon nom de scène ça, c’est ma marque de vêtements. J’ai pas de nom de scène. C’est ton activité principale maintenant ? Là j’essaie de me remettre au foot vu que j’ai le feu vert du chirurgien. Je veux rejouer en Ligue 1. Tu veux atteindre les 100 buts ? Ouais, c’est ça. Je suis à 96. Il m’en manque pas beaucoup ! Donc ouais, j’aimerais vraiment pouvoir reprendre. Quand tu annonces sur Canal+ que tu prends ta retraite, on sent que t’es ému. Je suis forcé surtout, parce que mon corps veut

plus. C’est compliqué. Après je me fais opérer de la hanche, et voilà tout le monde est bluffé : le chirurgien est bluffé, moi je suis le premier bluffé parce qu’on m’a dit que c’était fini, donc finalement j’arrive à revenir et à rejouer. T’es comment là physiquement, tu te sens affûté ? Affûté non, mais j’ai pas de douleur et j’arrive à jouer au foot. Je me suis entraîné avec le groupe de Bastia la semaine dernière. Ça s’est très très bien passé donc ça m’encourage vraiment à revenir. Ça a toujours été une constante chez toi de revenir plus fort, parce que t’as eu des pépins, t’as un mental d’acier. Ouais c’est ce qui me caractérise un peu. Deux grosses blessures, revenu deux fois. Là si j’arrive à revenir de ça, même moi je commencerai à me poser des questions sur mes capacités physiques parce qu’une prothèse de hanche, normalement c’est mort. C’est mort et ça s’est jamais fait, n’importe quel sport qui existe, ça existe pas à part handisport… J’ai 34 ans donc c’est mon objectif numéro un. Après, si j’y arrive pas pour n’importe quelle raison je vais faire autre chose. T’as retenu quoi de ta première Coupe du monde en 2002 ? Bons souvenirs parce que c’est la première. On avait des gros joueurs et on n’a pas réussi mais bon souvenir quand même. À vingt ans c’est exceptionnel. Ça a dû te faire chier quand y a eu la grève du bus à la Coupe du monde 2010 ? Clairement. C’est pas mon truc. Et puis l’Équipe de France… Chaque sportif a une idée en tête et il veut atteindre le maximum, en foot pour moi c’est l’équipe de France, c’est la Coupe 64

du monde, c’est l’Euro. Et là on est là et on merde comme ça, c’est pas cool quoi. Mais vu que ton objectif c’est l’équipe de France à fond, pourquoi tu vas jouer en Grèce ou en Russie ? En Russie j’étais sur la fin mais en Grèce c’est pari gagné. Vous pouvez me dire ce que vous voulez, à la fin de ma saison en Grèce j’étais en équipe de France et j’ai fait la Coupe du monde donc pari gagné. Voilà, les gens peuvent dire ce qu’ils veulent y’a les chiffres qui parlent : j’ai mis 55 buts en deux ans, deux fois meilleur buteur, un titre de champion, une coupe. Je pars là-bas je suis pas sélectionné, je mets 55 buts et je fais la Coupe du monde. C’est quoi la plus grosse ambiance pour toi, c’est en Grèce ou à Liverpool ? En Grèce, franchement j’ai vécu des trucs c’était ouf. À Liverpool tu joues quand même la finale de la Ligue des Champions, c’était un match incroyable. Le match était un peu fou. Mais c’est pas chez nous quoi, c’était sur terrain neutre. Le plus grand joueur avec qui t’aies joué ? Zidane. Mais Steven Gerrard, Xabi Alonso, c’était pas mal aussi. Et puis tous ceux que j’ai côtoyés en EDF, tous sans exception, chacun dans leur rôle ils étaient tous extraordinaires parce que c’était tous des champions du monde donc c’est ce qui se fait de mieux. Tous, à leur poste c’était les meilleurs au monde et en Europe donc. À l’époque, il y avait la France et les autres mais moi j’arrive dans une équipe qui est en place et je me dis que j’espère que ça continue. Mais voilà j’ai pas eu trop de chance.

« Jean-Roch est un très bon pote, il me fait tourner dans ses clubs » Après y’a peut-être un truc que tu feras pas, c’est être consultant, ça t’intéresse pas ça ? Si je le fais pour iTélé pour l’Euro, mais consultant, pas commentateur. Je fais mi-temps, match, avant match et fin de match, tout ça, ça me dérange pas encore. Pascal Praud, Pierre Ménès… C’est pas mal, on a une belle petite équipe, on a fait le teaser c’était marrant. Finalement le dénominateur commun entre ta carrière musicale et ta carrière de foot, c’est la passion. T’aimes la musique depuis toujours, t’aimes le foot depuis toujours. Et du coup tu fais les choses à fond, c’est ce qui te plaît. Voilà, ça me plaît, je le fais et si je dois reprendre le foot je mettrai la musique entre parenthèses et je reprendrai plus tard parce qu’il y a des

priorités, et la musique c’est ma passion. Le foot c’est ma priorité. C’est une passion aussi le côté fashion ? T’es allé voir des défilés ? Carrément. Mais je n’ai pas trop fait de défilés, je ne suis pas la mode, ni ce qui se fait en ce moment. Je porte des choses qui me plaisent et ce n’est pas forcément des trucs du moment, mais j’aime bien. T’es fan de bagnole aussi, t’as fait l’émission Pimp My Ride avec Fat Joe. Tu l’as gardé le camion ? Ouais je l’ai toujours, je ne roule plus avec mais je l’ai toujours. Ils ont fait un super boulot. Et puis t’as joué dans Les 11 commandements avec Michael Youn. Ce que tu leur mettais au cul quand même, les patates... C’est ce qu’ils voulaient hein, moi je fais ce qu’on me demande. Comment vous avez prévu ça ? C’est Benjamin (Morgaine, ndlr) qui m’appelle 65

qui me dit « Hey regarde on va faire un film à la con, on voulait prendre Roberto Carlos mais il a pas voulu donc on a pensé à toi », je dis « Y’a pas de souci moi vous voulez quoi ? » Et il m’explique, il m’envoie des vidéos de Jackass qui faisait ça à l’époque avec des joueurs de foot américain, des joueurs de baseball, j’ai dit « Vous êtes sûrs là ? », il me dit « Ouais, ouais, on veut ça dans le film », j’ai dit ok. Au départ ils étaient à distance règlementaire et à la fin ils étaient à cinq, six mètres. À la fin je pouvais plus parce que j’étais mort de rire et à un moment je me suis dit si y’en a un qui prend à la tête ça peut être compliqué donc j’essayais vraiment de bien m’appliquer. Il paraît que ta sœur fait de la musique ici, à Dijon ? Ma sœur est ici, ouais. On fonctionne beaucoup à l’affectif, on a une bonne relation avec les propriétaires du Chat Noir donc c’était avec plaisir. Et en plus de ça, effectivement, il y a ma sœur dans le coin donc c’est un plus. // J.-P.G. & L.B.


Louhans-Cuiseaux FC

La Bresse… La Bresse ! ... Incroyable. Un bon centre de formation qui a envoyé du lourd pendant des années, plus de places dans le parc des sports du Bram que d’habitants dans la ville... Enfin, les villes... Le stade est à Louhans, alors que Cuiseaux est à 25 bornes. Les deux noms sont tellement historiquement accolés que tout le monde pense que c’est une seule ville, mais non. Un peu comme EvianThonon-Gaillard, sauf qu’on crache à la gueule d’ETG, alors que le LCFC nous a fait rêver des années en Ligue 2 avant de s’effondrer. Liquidation judiciaire, président condamné, etc. Descente aux enfers. Match de légende : tous les lundis sur le marché de Louhans, un des plus gros du coin. Joueurs de légende : Guillaume Warmuz, Eric Assadourian, Fabrice Pancrate, Alou Diarra...

Dijon Football Côte-d’Or

Pas de stade, pas d’ambiance, pas de chants spéciaux dans les tribunes, pas de jolis maillots, pas d’histoire... Mais ça va venir, le club n’a pas 20 ans d’existence. Et arrive à se caler en Ligue 1 deux saisons (les seuls à ce niveau en BFC en 2016-2017) avec un jeu pas dégueu, plus agréable que beaucoup d’autres. Tous les footix vont revenir au stade pour la ligue 1... et on va à nouveau galérer pour trouver des invit’. Match de légende : néant. Joueurs de légende : Steph Mangione, Jean-Pierre François (oui, le chanteur), François « Zizou » Masson (tu connais pas ? Inculte).

FC Gueugnon

Un bled perdu entre la Bourgogne du sud et le centre de la France. En pleine diagonale du vide. Beaucoup de points communs avec Louhans : une ville qui contient aussi deux fois moins d’habitants que ce que peut contenir le stade Jean Laville, une descente aux enfers depuis 5 ans jusqu’en division d’honneur, une faillite... La diff’ ? Une finale de rêve des forgerons contre le PSG pour s’adjuger une coupe de la Ligue en 2000 et un rachat du club par la famille Vayrelles, Tony en tête. Le grand Tony, la coupe mulet, le gitan, le casseur de reins, le vaillant des 90’s. Il installe son père en tant que président et son frangin à la pointe de l’attaque en 2009. Un fiasco. Le stade se loue maintenant pour une bouchée de pain. Si t’as un enterrement de vie de garçon à organiser... Match de légende : Finale de la coupe de la Ligue 2000 vs PSG. Joueurs de légende : Amara Traoré, Guillaume Hoarau, Alain Caveglia, Tony Vairelles, Ali Boumnijel, Aly Cissoko…

le top Qui a dit que la Bourgogne-Franche-Comté n’était pas une terre de football ? Certains clubs ont fait l’histoire. Des clubs à papa, oui, des clubs de pécores, oui, mais des clubs de légende... par Chablis Winston. illus. mr. choubi.

AJ Auxerre

FC Sochaux-Montbéliard

Le meilleur stade de France ou presque, le meilleur centre de formation de France ou presque, le plus gros palmarès de Bourgogne Franche-Comté, un vrai public de foot, le club le plus présent en première division de l’histoire du football français. Des générations dorées. Celle de Genghini, de Stéphane Paille, celle entraînée par Guy Lacombe. Du putain de beau jeu... Le club créé par et pour Peugeot, arrosé par Peugeot pendant un siècle, vit en ce moment une vraie période pourrie en Ligue 2 et vient d’être racheté par un Chinois milliardaire. Qui ne met pas un euro dans le club... Y’a plus de respect merde ! Ici c’est Sochaux. La crinière du lion, bordel ! Match de légende : victoire des Lionceaux contre Dortmund 4-0 en coupe d’Europe en 2003, finale de la coupe de France 87 contre Metz, plus tous les matchs que j’ai pas pu voir parce que... Dans les années 30. Joueurs de légende : Genghini, Revelli, Stopyra, Paille, Sauzée, J. Ménez, Pedretti, Pagis, J. Leroy, Marvin Martin... 66

Qui t’a fait rêver pendant ton enfance ? L’histoire de l’Association de la Jeunesse Auxerroise commence vraiment quand Guy Roux reprend le club en 1961. Depuis, c’est de l’efficacité en veux-tu en voilà. Une seule tactique, pas de changement, l’équipe typique qui emmerde tout le monde, mais qui gagne. Des épopées folles en coupe d’Europe, le doublé coupe-championnat en 96, Depardieu dans les vestiaires, les maillots Duc, les bières au café des Deux stades... La meilleure chose qui soit jamais arrivée à l’Yonne. Le club a longtemps été le seul de France à posséder son stade. Puissance. En ce moment c’est galère, période de transition qui dure, mais ça va remonter. Match de légende : Quart de coupe d’Europe victoire 4-2 à domicile contre l’Ajax en 93, larmes aux yeux. Quart de finale de Champions League contre Dortmund en 97... Laslandes, la bicyclette refusée… Enfoirés. Joueurs de légende : magie... Szarmach, Bats, Lolo Blanc, Lachuer, le Djib Cissé, Méxès, Cocard, Vahirua, Guivarch’, Laslandes…

Bonus

Montceau-les-Mines et le parcours en coupe de France en 2006-2007 avec Guillaume Warmuz dans les buts, à la maison. Imphy-Decize, le double gagnant du Loto qui dépense tout son fric pour acheter Reynald Pedros. Jura Sud foot, ou comment faire un club avec quatre clubs. // C.W.

Ce diable de Christian Jeanpierre... « Capello, le jour de son anniversaire, doit se dire que c’est pas du gâteau. » • « J‘invente des expressions tellement bizarres que moi-même, je ne les comprends pas. » • « N’Golo Kanté c’est Tom Foot. »

« Parce que tous ceux qui n’aiment pas le football iront brûler en Enfer » Jésus 67


Fixation béton Je serais toi, je garerais pas ma bagnole ici...

Le gri-gri Mâconnais ou le mâconnais le plus connu depuis lamartine École «Le Petit Prince»

Antoine Griezmann, alias Grizi pour ses fans, c’est l’une des figures emblématiques de la sélection française pour l’euro de football. Mais c’est aussi un mec du cru puisqu’il a passé les treize premières années de sa vie dans la paisible cité mâconnaise. Enquête au coeur de ses terres bourguignonnes. par marion payrard. photos : m.p., dr.

À Mâcon, tout le monde le connaît de près ou de loin. Griezmann, c’est la fierté du pays. Il suffit d’aller dans le premier supermarché du coin pour s’en rendre compte. Dès l’entrée du magasin, les têtes de gondoles sont envahies par des t-shirts à l’effigie du joueur. En même temps, personne ne s’était vraiment distingué dans la bourgade depuis Alphonse de Lamartine - à l’exception peut-être de Marine Lorphelin, élue Miss France 2013. Alors un footballeur, imagine un peu… D’autant que Griezmann joue beaucoup la carte locale. Il fait régulièrement des apparitions dans la région et parraine même le « Challenge Antoine Griezmann », compétition footballistique organisée chaque année par l’association TEAM GRIZI, sur le même terrain où le champion a tapé ses premiers ballons. Il était d’ailleurs de la fête lors de l’édition 2015, pour le plus grand bonheur des gamins présents. Antoine Griezmann, c’est aussi ce mec qui est parvenu à quitter la ville à seulement treize ans. Alors que la plupart des Mâconnais doivent sagement attendre la fin des années lycée pour envisager de partir s’installer à Lyon ou Dijon, lui a réussi l’exploit de jouer

les filles de l’air, à peine atteinte l’époque des premiers boutons. On a eu envie d’en savoir plus sur l’image que donne le sportif dans son fief d’origine. On est donc parti à la rencontre des commerçants et de ses anciens camarades de classe pour se faire une idée plus précise du petit Grizi.

L’avis du notable : Griezmann ou l’amour du maillot. La Maison de Bois,

à Mâcon, est une institution. Le restaurant est installé dans une des plus célèbres bâtisses de la ville, une maison à pans de bois ornée de personnages médiévaux. À l’intérieur, c’est ambiance lounge, strass et tons framboise. Le patron est un fan du footballeur, d’ailleurs il en diffuse tous les matchs. « Griezmann, c’est le joueur le mieux perçu de l’équipe de France, parce qu’il incarne les vraies valeurs. » Et quand on l’interroge sur lesdites valeurs, il répond, sans ambages : « L’amour du maillot ». Le bonhomme insiste et martèle : « C’est un exemple à donner aux autres ». Même si son discours a quelques relents réac’, le type a l’air sincère. S’il ne connaît pas le petit Antoine, ses

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parents sont de bons clients et il insiste sur le fait que Griezmann reste quelqu’un de « simple, abordable et qui doit rester comme il est. » Mouais. En tout cas, pendant la coupe d’Europe, s’il regarde le match, c’est pour la victoire, et surtout pour Grizi.

L’avis du footeux : À quand Griezmann au PSG ? Deuxième enseigne

connue pour ses retransmissions de match de foot : le restaurant Pizza Ciné, situé en bordure de Saône. Le style est casual et le lieu fréquenté. J’apprends que les Griezmann ont, là encore, leurs habitudes. Le serveur que j’interroge troque rapidement son uniforme contre un t-shirt du PSG. Il n’est pas du coin mais parisien justement. Lui non plus ne connaît pas Antoine personnellement mais il a déjà croisé son frère Théo. « Ici, tout le monde le connaît. » Sans être un inconditionnel du joueur, il admet qu’il a un gros fan-club dans la région. Il insiste d’ailleurs sur le caractère positif qu’a cette notoriété à l’échelle locale. Si son cœur va au PSG, il reconnaît suivre les matchs et performances de Grizi et ne cache pas son envie de voir le joueur

J’vais prendre une Smirnoff Ice s’il te plaît

petit garçon derrière le footballeur.

« Il se trimballait toujours en survet’ »

rejoindre son club fétiche. « Il doit vivre un rêve, et nous, on suit ce rêve. » Je précise que le garçon a (lourdement) insisté pour que j’indique qu’il convie Griezmann à venir manger. Le message est passé.

L’avis de l’ancienne camarade : le

Avant d’être un grand footballeur, Antoine Griezmann a d’abord été un petit gosse des Gautriats, quartier situé dans le nord de Mâcon. Le coin est plutôt calme, et arboré. Les petites maisons, habitées par des classes moyennes, sont surplombées par quelques immeubles HLM. Grizi vient d’une famille normale, d’un quartier modeste. Enfant, il se trimballait toujours en survet’, un ballon au pied ou dans les mains. « L’école ça ne l’intéressait pas trop, alors on disait toujours qu’il finirait soit chômeur, soit footballeur », me rapporte une ancienne camarade de classe. Elle, a du mal à comprendre l’engouement autour du joueur. « Les gens voient le footballeur mais ne pensent pas à ce qu’il y a derrière. » Et elle de se souvenir de Griezmann : ses colorations platines à répétition, sa (toute) petite amie blonde (d’où

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leur surnom, Ken et Barbie en minuscules), ses tours de vélo dans le parc, la petite brute qui l’intimidait elle à la sortie de l’école, ses railleries… D’après ses dires, certains de leurs anciens camarades sont en revanche très fiers de cette fréquentation passée et l’arborent partout, comme si la notoriété pouvait déteindre sur eux. Si elle souhaite le succès à Griezmann, elle ne tire aucune gloire de cette familiarité et garde un goût amer de la période. Dans l’ensemble, Grizi a plutôt (très) bonne presse dans la cité macônnaise. Ses parents, propulsés notables locaux (et nouveaux riches) grâce à la réussite de leur progéniture, veillent à entretenir l’image de leur garçon. Et nombreux sont les Mâconnais qui se targuent de cette origine commune. Toutefois, si le joueur de l’Atlético Madrid surfe sur cette image de marque, il n’a pas toujours été, pour autant, un enfant de chœur. // M.P.


les pieds dans le piat Lorsqu’on pense aux personnes qui pèsent dans le milieu du football en Bourgogne FrancheComté, le nom de Philippe Piat n’est pas forcément le premier qui vient à l’esprit du grand public. Pourtant, depuis presque 50 ans, il est le patron de l’UNFP, le syndicat des joueurs professionnels ; poste qu’il occupe encore aujourd’hui. Depuis 2005, il est même président de la FIFPRO, le syndicat international des joueurs. Footeux amateur dans les années 60, il remporte le titre national de CFA avec Dijon en marquant 30 buts dans la saison, record toujours inégalé. Chez les pros, 107 buts au compteur, une coupe de France avec Strasbourg et un autre record, celui d’avoir marqué 13 pénaltys en une saison sans en avoir manqué un seul. Il nous a reçus chez lui à Dijon et on a parlé de syndicalisme, de figurines Panini, de Michel Platini et des territoires palestiniens occupés. Rencontre. par augustin traquenard. photos : louise vayssié.

Vous avez eu une solide carrière de footballeur professionnel dans les années 60 et 70, vous connaissez aussi parfaitement le milieu professionnel actuel du fait de vos fonctions… Le foot c’était mieux avant ? Estce qu’on jouait mieux ou est-ce que l’univers du foot était mieux avant ? On joue mieux maintenant. Je pensais qu’en développant la musculature et le physique des footballeurs ce serait au détriment de la technique mais c’est faux, le niveau est bien supérieur aujourd’hui, physiquement et techniquement. Par contre je déplore que le football soit devenu un business à 100%, ce qui se fait au détriment de l’intérêt qu’on peut porter au football. Le fait qu’il y ait un développement financier à outrance nuit à la compétition ? Il ne faut pas être opposé au développement économique dans le foot, mais être attentif à l’utilisation de l’argent.… On le voit avec le PSG qui a 30 ou 40 points d’avance dans le championnat français, cela n’a plus d’intérêt. La professionnalisation a entrainé des effets pervers ? La professionnalisation date de 1933, elle est acquise depuis longtemps, les effets pervers datent plutôt de l’introduction des droits TV. Cela a amené une manne financière trop importante pour être digérée rapidement. La CGT défend les droits des ouvriers, le Medef celui des patrons… Vous êtes d’accord pour dire que les joueurs professionnels ont des agents pour défendre leurs intérêts ? Je ne considère pas que les agents le fassent en réalité. Le système fait que les agents de joueurs perçoivent leur commission par les clubs. C’est donc les clubs qui sont en fait les employeurs des agents de joueurs. Il y a un énorme conflit d’intérêt et je suis étonné que malgré le combat que l’on mène contre ça (à l’UNFP, ndlr), les pouvoirs publics n’agissent pas à ce sujet. Le lobby du foot professionnel est extrêmement puissant, c’est une mafia. TPO ça évoque quoi pour vous, les territoires palestiniens occupés ? (Rires) Non, cela évoque le ThirdParty Ownership. Les fonds de pension prêtent de l’argent à des clubs et s’octroient 20 à 30% du montant des transferts des joueurs. L’intérêt du fond de pension, c’est que le joueur soit transféré le plus possible, tous les ans, voire plus. Là encore il y a des effets pervers et des représailles lorsqu’un joueur

refuse d’être transféré. Il y a une procédure en cours pour statuer sur l’illégalité de ce type de pratique. Mais les clubs ont toujours un temps d’avance, ils ont créé le TPI, le remboursement se fait sur l’ensemble des transferts d’un club et non plus sur un transfert en particulier. Les joueurs sont devenus des marchandises. On a du mal à concevoir l’existence d’un syndicat pour une corporation qui semble déjà privilégiée. Il y a 65.000 joueurs professionnels dans le monde. 2.000 sont peutêtre très riches et 45.000 ont un bon salaire, 5000 à 10.000 euros par mois, mais à 30 ans, leur carrière est finie. Le foot est un espace de non-droit, sans syndicat de joueurs, les choses seraient bien pires. La différence entre les droits du joueur et celui des clubs est édifiante. Sur l’ensemble des footballeurs français, combien adhèrent à L’UNFP ? Il y a 1.200 joueurs professionnels en France, 94% sont adhérents. C’est une adhésion volontaire pas comme en Angleterre où la cotisation syndicale est retenue directement sur le salaire. Selon vous il y a une différence de traitement médiatique voire politique entre le football et les autres sports ? Oui c’est évident car le foot est le sport le plus populaire. Lorsque Zlatan est arrivé à Paris, j’ai eu une discussion avec Valérie Fourneyron, alors ministre des sports. Elle était choquée par son salaire, 1 million par mois. Je lui ai parlé de Batum, le basketteur qui signait pour 48 millions. Lorsque les handballeurs ont cassé le studio de l’Équipe 21, on aurait été beaucoup moins indulgent avec des footballeurs. Pour le cas Benzema, on parle de présomption d’innocence mais il n’est pas sélectionné et les ministres se permettent de donner leur avis. Karabatic a été condamné par la justice tout comme Earvin Ngapeth le joueur de volley-ball. On parle des problèmes dans le football et beaucoup moins des autres sports. S’il y a un cas de dopage en canoë kayak ou en trampoline, tout le monde s’en fout. Les agences anti-dopage rêvent d’avoir un grand joueur de foot dopé. Arrêtons de jeter systématiquement la suspicion sans aucune preuve comme l’a pu faire Roselyne Bachelot avec Nadal. Il y a eu récemment des affaires de corruption dans avec les affaires Blatter puis Platini qui a été suspendu par le tribunal arbitral du sport à quatre ans de toute activité liée au Football. Quel est votre avis sur le cas Platini ? Je connais bien Michel Platini. En 1982, il était capitaine de l’équipe de France… Michel a toujours souhaité que les cachets qui lui étaient attribués personnellement soient reversés à l’équipe. Platini n’est pas un homme d’argent. Dans la présente affaire ce qui est suspect c’est le délai entre la mission attribuée et le paiement du salaire. Je ne suis peut-être pas partial mais je

Le Piat de résistance 70

Philippe Piat, en bas à droite, avec le RC Strasbourg en 1970

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« Le lobby du foot professionnel est extrêmement puissant, c’est une mafia » suis supporter de Michel Platini. Je connais ce dossier, je peux vous dire que c’est la FIFA qui a demandé à Platini de faire la facture de cette façon. C’est bien le trésorier de la FIFA qui a fait le chèque, les charges sociales ont été payées. Les fans de foot en général et les Dijonnais en particulier ont des raisons de se réjouir avec l’organisation de l’Euro en France et la remontée en Ligue 1 du DFCO. Vous allez suivre ça de près ? Je ne vais pas souvent au match à Dijon car je travaille à Paris et Amsterdam, mais j’y vais de temps en temps. Je suis bien sûr les résultats du DFCO de près. Je trouve que ce club a progressé énormément dans son organisation et son administration ces deux ou trois dernières années. Les choses sont bien faites, accueil, sponsors, sécurité ; l’impression d’ensemble est celle d’un club qui s’est structuré est qui est sur la bonne voie. Une anecdote ? En 1973, après son succès en Italie, Panini a voulu développer ses figurines en France et a proposé un contrat de 20.000 francs à la Fédération Française de Foot qui a refusé. À l’UNFP, on s’y est intéressé, on a dit : nous, 20.000 francs, on prend ! Comme on n’avait pas l’autorisation des clubs pour les photos de joueurs, on a fait ça nous même, j’ai pris ma voiture avec un collègue, on a fait le tour de la France. On faisait sortir les joueurs du stade après l’entraînement, à Nantes on avait un seul maillot jaune et vert qui n’était pas le maillot officiel, les joueurs se l’échangeait avant la photo que je faisais avec mon propre appareil, les clichés n’était pas toujours très réussis (Rires). Aujourd’hui, Panini représente 25% de notre budget ! // A.T.


ÂŤ Va te faire enculer sale fils de pute Âť Nicolas Anelka

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Le vieux défenseur qui était attaquant et qui est redescendu (le gros 5)

typologie du foot amateur Le monde du football, c’est pas beIN et des putains de Qataris qui abreuvent les championnats de joueurs sur-payés aux coupes de cheveux dégueulasses qui fument des chichas dans des lounges bars cradingues. La passion du football, ça ne se vit pas qu’en tribune ou devant un écran LCD avec un pack et des Curly. Le monde du football, c’est le dimanche matin à 9h sur un terrain tout pourri, avec une belle gueule de bois et des joueurs pas toujours conscients de leur niveau réel… Petit inventaire des personnages qu’on peut trouver sur et au bord du terrain. par Chablis Winston. Illus : mr. choubi.

Il a 45 ans mais joue toujours au foot en club, au grand désespoir de sa femme. Il a l’expérience donc il est capitaine. Il a commencé sa carrière attaquant, mais plus assez rapide, il est passé milieu de terrain, puis défenseur central parce qu’à son âge, il ne peut plus arquer. Il a la « vision du jeu ». Une manière polie de dire qu’il est à la ramasse physiquement. Et comme il est toujours en retard sur son attaquant, il le tacle, souvent, toujours pour ainsi dire, parce qu’il a un honneur et n’accepte pas de se faire passer par un gamin de 20 ans, alors il le blesse, se relève et lui dit : « Qu’est-ce qui y’a ?! » pour ne pas perdre la face. Un seigneur. Phrase culte : « Découpe-le ! »

Le gamin talentueux qui aurait pu percer mais qui est complètement fonfon

Il a 25 ans et est bien meilleur que les autres. Vitesse, technique... Le gamin a tout. Il était d’ailleurs au centre de formation de Sochaux il y a encore quelques années. Seulement il a un problème : il a découvert le shit et l’alcool et trouve ça beaucoup mieux que tout le reste. Tous les samedis soirs, il se la met violemment à base de toutes les substances psychotropes qu’il peut trouver. Et avant les matchs, il fume des gros pétards pour oublier la veille. Donc sur le terrain, ça se sent. Il vomit à la mi-temps et ne peut plus rentrer en 2ème mi-temps. Gâchis. Phrase culte : « T’as des feuilles, gros ? »

L’attaquant hysterique qui ne fait jamais une passe (le tout-seul)

L’attaquant est souvent le plus con de tous les footballeurs, ne le nions pas. Ce spécimen peut jouer au foot à 1 sans problème. Il ne fait de passes à ses coéquipiers que quand il est vraiment dans la merde et leur hurle dessus quand ils ne lui donnent pas la balle dans le bon timing, sachant qu’il demande 100% des ballons à 100% de ses coéquipiers, il hurle souvent, ou marmonne dans sa barbe comme un faux-cul si ses coéquipiers sont trop balèzes pour lui. En général, il demande à sortir quand son équipe perd, parce qu’il a un ego proche de celui de Kanye West. Il ne se rend pas compte que s’il avait un vrai talent de buteur, il ne jouerait pas en 3ème division départementale. En général, il tombe après avoir perdu la balle et se bat avec le vieux défenseur qui vient de le tacler. Un amour… Phrase culte : « Je te l’ai demandé dans les pieds putain ! »

Le délégué

Le rôle du délégué est particulier. C’est un rôle obligatoire. Chaque équipe à domicile doit fournir un délégué qui doit être sur le bord du terrain et s’arranger pour que tout se passe bien. On lui donne un petit brassard fluo et de soit-disant responsabilités… Alors qu’il ne sert à rien. Soit c’est le père d’un des joueurs, soit un pote cassos’ qui ne sait pas jouer mais qui est sympa, soit un joueur de l’équipe mais qui est blessé actuellement, ou un mec trop saoul de la veille (majorité des cas). En tout cas, c’est le seul mec qui peut fumer des clopes pendant le match, et ça, ça compte. Phrase culte : « Monsieur l’arbitre changement ! » puis « Pierrot, il te reste une Heineken ? » 74

foot & zik

Le hargneux qui craque et prends des cartons

En général, il est milieu de terrain. En dehors du foot, il est adorable, c’est le pote de tout le monde, mais sur le terrain, il vrille, il met des coups car il ne supporte pas de perdre. Il en est à 8 cartons rouges par saison. Les adversaires le sentent bien et le provoquent dès le début du match. Malgré les conseils de ses partenaires, « Reste dans ton match mec », il prend invariablement des cartons entre la 40ème et la 60ème minute, pour cause de coup-de-coude sur corner ou d’écrasage de crampon sur la gueule du petit Kevin, le jeune shité de l’équipe adverse. Laissant son équipe à 10, dans la merde. Phrase culte : « Qu’est-ce qui y’a !!! » front contre front avec adversaire, puis « désolé les gars ».

Le football et la chanson, bizarrement, ont toujours été étroitement liés. On chante bien dans les stades, d’accord, et à chaque grande compétition, des stars plus ou moins confirmées se lancent dans la chansonnette pour soutenir notre onze tricolore. Jean-Pierre Foucault en 1978, Dalida, Denise Fabre, Carlos et même Johnny Hallyday y ont été de leur couplet patriote et footballistique. Mais un phénomène étrange arrive parfois : c’est le footballeur lui-même qui outrepasse sa fonction première pour prendre le mic et nous envoyer du rêve. Car franchement, y’a du lourd, souvenez-vous !

Le fan de...

Le mec joue au foot par passion pour un club. Ce qu’il aime, c’est pas le jeu, c’est son équipe (en général l’OM, le PSG, ou le FC Porto sachant que, à vue de nez, 20% des joueurs de foot français sont d’origine portugaise). Il a toujours un maillot de son équipe (en match, sous le maillot officiel, à l’entraînement, mais aussi en ville ou pendant les repas de famille), les fanions dans la bagnole, la layette pour le gamin, le poster dans le garage... Il s’identifie à un joueur de sa team, mais se ridiculise, car il a 45 kilos en trop. La plaie pour une équipe. Phrase culte : « Je sens que y’a moyen que ça gagne contre Estoril en coupe jeudi soir » ou « Je joue pas ce weekend, j’vais au Vélodrome »

par riddimdim selecta

Joël Bats – L’escargot (1986). Ah le grand Joël Bats, le mec qui a éliminé et écœuré à lui tout seul le Brésil de Socrates et Zico en quart de finale de la coupe du monde 1986, nous sort la même année plusieurs singles dont cet ovni. Dissertation triste sur un escargot et une limace, on se dit que les enfants qui ont eu ce disque à l’époque doiventmaintenant suivre une thérapie ! Henri Dès a failli faire un procès pour plagiat mais a renoncé après une prestation en live à l’École des Fans !

Le bon pote

Marius Trésor – Sacré Marius (1978). Marius Trésor a fait les beaux jours de Marseille, de Bordeaux et de l’équipe deFrance mais c’est toute sa Guadeloupe natale qu’il a taclé avec cette chanson. Bourrée de clichés, le rythme est quand même entrainant, une sorte de fusion afrodisco ! Sacré Marius, le titre en tout cas est bien trouvé, c’est ce qu’on pense immédiatement à l’écoute de ce disque !

Lui ne sait pas jouer. Il a pris une licence à 27 ans juste pour faire du sport avec les copains. Son truc à lui, c’était plus le modélisme et les jeux de rôle quand il était plus jeune. Donc il est nul, se fait toujours passer et rate la moitié de ce qu’il tente. Mais tout le monde l’aime bien, sauf l’attaquant qui se la joue parce qu’il est melonné. On le fait jouer là où ça dérange le moins (milieu sur le côté...), mais surtout, il a trouvé un rôle à sa mesure : responsable de la buvette. C’est pas loin d’être le rôle le plus important en foot amateur. C’est presque le taulier de l’équipe. Phrase culte: « Je veux bien commencer sur le banc, les gars »

Jean-Pierre François – Je Te Survivrai (1989). Éphémère joueur de l’AS Saint-Etienne (il a joué 6 matches), JeanPierre François est surtout connu pour avoir joué 4 ans à Dijon, dans les années 80. Et ça force le respect car fallait être motivé en 1983 pour débarquer nuque longue et blouson de cuir à Dijon. Cette chanson culte écrite par Didier « Sacem » Barbelivien sort en 1989, le succès est fulgurant, comme sa carrière. J’ai quand même toujours préféré la parodie des Nuls avec Farrugia dans le rôle titre !

La meuf de joueur

Mais... Qu’est ce qu’elle fait au bord du terrain un dimanche matin de janvier ? Elle a pas d’autres choses à faire franchement ? En général, son mec est le plus prétentieux et le plus vénère de l’équipe ; et il a bien sûr une crête et un jogging sarouel… et c’est elle qui se fait engueuler dans la voiture au retour quand son mec est vexé d’avoir perdu. Phrase culte : « Pourtant t’as vraiment bien joué mon chéri »

Pascal Olmeta – Tape Dans Un Ballon (1994). Sur un terrain, Pascal Olmeta était un peu fou, un peu chaud, le sang corse qui coule dans ses veines. Dans la chanson, il est pareil, un peu rap, un peu slam mais définitivement drôle ! Les images parlent d’elles mêmes, à savourer sans modération ! C’est quand même Peter de Peter & Sloane qui a composé ce truc, 20 ans après c’est toujours frais.

L’arbitre trop vieux, ou trop gros, ou trop fragile

Arbitre, c’est un sacerdoce, parce que dans le football amateur, comme dans le professionnel, tout le monde lui hurle dessus comme si c’était une sous-merde. Au basket ou au rugby, le joueur serait radié à vie, mais au football, la moitié des joueurs parle à l’arbitre comme des nazis et on appelle ça « avoir du caractère ». L’arbitre vient souvent pour l’argent, rarement pour la passion de se faire souiller. C’est le seul mec payé (40 euros par match) sur le terrain. Il y a plusieurs écoles : soit il dégaine des cartons et tout le monde le déteste car il est trop dur, soit il baisse les yeux et tout le monde le déteste car il est trop faible, soit il ne quitte pas le rond central et tout le monde le déteste car il est trop gros. En tout cas, tout le monde le déteste. Phrase culte: « Y’a rien messieurs... Jouez », « La prochaine c’est biscotte », « Je suis un être humain, bordel »

Youri Djorkaeff – Vivre Dans Ta Lumière (2000). Alors là, on touche le divin, au dessus c’est le soleil ! Le snake, gilet en cuir sur les épaules, moitié milieu, moitié attaquant, surfe sur l’effet post coupe du monde et craque complètement en 2000 avec ce titre Rap / Slam / R&B / House. Un truc surréaliste, dur à raconter et qui met tellement bien en valeur l’expression : « Il ne faut pas tirer sur l’ambulance ». Sans oublier Basile Boli & Chris Waddle, Roger Milla, Emmanuel Petit & Sophie Thalmann ou Enzo Scifo...

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que faire pendant que tes beaufs de potes regardent le foot ? L’Euro 2016 va bientôt commencer. Et si tu le sais, c’est pas vraiment que t’as hâte d’y être mais plutôt que tes potes te tannent à propos de ça depuis déjà deux mois. Rassuretoi, chez Sparse non plus il n’y a pas que des footeux. Alors on t’a choisi les perles de la programmation de Bourgogne Franche-Comté pour les jours de match de l’équipe de France, jusqu’à la finale. Parce que merde, il n’y a pas de raison que tu passes tes soirées à comater dans un canap’ en fixant une bande de guignols taper dans le ballon. Attention, liste non exhaustive. par marion payrard & axelle gavier. illustrations : mr. choubi

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Ce diable de Christian Jeanpierre... « Il est décontracté Christophe Jallet, il le connaît ce Stade de France puisqu’il a remporté ici avec le PSG la Coupe du monde en 2010 contre Monaco. » • « Quel silence, regardez ce silence. » • « La direction de TF1 me fait confiance. »

8ème de finale - 26 juin

france - roumanie vendredi 10 juin Colloque “sécurité routière” - Cinéma Olympia, Dijon (21) Parce que le pastis est offert à la sortie de la réunion. De toute façon tu t’en branles, tu roules sans permis.

Choix du nom de la nouvelle région et de la capitale régionale - BFC OK, journée cruciale pour la région BFC qui obtiendra enfin son nom définitif - on croise les doigt pour la Burgondie / le Grand Duché - et sa capitale : suspense haletant. Franc-comtois, méfie-toi : toute démonstration publique du drapeau sera désormais sévèrement réprimée.

Sapins Expo - Espace Jean Bertin, Saulieu (21) À défaut d’adhérer à la magie du football, tu peux tenter de t’imprégner de l’esprit féerique de Noël au premier salon professionnel du sapin. À Saulieu. Oui, en juin.

france - suisse dimanche 19 juin Journées nationales de l’archéologie, Théâtre antique de Mandeure-Mathay, Mandeure (25) Parce que, avoue-le, t’as une furieuse envie d’apprendre à faire du pain comme à l’époque romaine.

dimanche 03 juillet

Catalpa Festival - Parc de l’arbre sec, Auxerre (89) Parce que c’est quand même autrement plus glamour de passer la soirée à se déhancher sur les Naive New Beaters qu’à gueuler devant son poste façon Guy Roux. Autre option géniale : le Pimpinella Festival avec Katerine, du côté de Flavigny-sur-Ozerain (21).

Dernier jour de la vènerie du blaireau - Nièvre (58) Attention : dernier jour pour aller déterrer les blaireaux dans la Nièvre.

quart de finale samedi 2 juillet

quart de finale vendredi 1er juillet

france - albaniE mercredi 15 juin

8ème de finale samedi 25 juin

quart de finale 30 juin

27ème festival Rencontres & Racines Audincourt (25) Non ce n’est pas l’antichambre de Greenpeace, ni une rencontre avec Sophie Montel, mais un bon gros festoche à la mode franc-comtoise.

13ème National de Pétanque en doublette mixte - Salinsles-Bains (39) Grosse journée pour les boulistes : troque ta bière et ton canap’ contre un pastis en marcel.

quart de finale dimanche 3 juillet

demi-finale mercredi 6 juillet

28ème édition des Eurockéennes – Presqu’île de Malsaucy, Belfort (90) ZZ Top, Tame Impala, Mac de Marco, M83, Ratatat... Et Nekfeu, mais ça, c’est si t’as vraiment aucun goût.

Festival les “Zaccros de ma rue” - Nevers (58) Tu voues une admiration sans borne aux cracheurs de feu, sarouels et autres gus qui font des bolas ? Va vite retrouver les ouachons nivernais, cette soirée est pour toi.

demi-finale jeudi 7 juillet 32ème édition des Championnats de France des Écoles de Tir Axone, Montbéliard (25) Si t’es plus tir réel que tir au but et que tu as une passion inavouée pour les armes à feu. Parce qu’il n’y a pas de raison que les ricains soient les seuls à filer des flingues à leurs gosses.

finale dimanche 10 jullet

Et voilà on y est. La finale. Le beauf lambda étant trop occupé à suer sa bière devant son poste, la rue t’appartient. Quelques idées pour réinvestir au mieux l’espace public : se balader à poil (car même ici, en juillet, il fait chaud. Très chaud). Sauter à l’élastique du haut de la tour Philippe le Bon (Dijon). Libérer les lamas de la Citadelle (Besançon). Faire la tournée des bars du quartier et te barrer sans payer. Puisque, de toute façon, tout le monde est hypnotisé par l’écran, tu peux aussi cumuler les différentes options : faire des bars baskets à dos de lamas ou encore descendre la tour de l’Hôtel de ville en rappel nu comme un ver. Ou inversement. Les possibilités sont infinies. Alors, merci qui ? Pour toujours plus de folles activités en plein air, sache que tout au long de l’Euro, tu peux régaler tes mirettes à Besac’ avec le Festival Bien Urbain qui met à l’honneur l’art dans l’espace public (du 3 juin au 30 juillet). Mention spéciale vampires et thermophobes : tu peux aussi vagabonder dans les sous-sols de Bourgogne et de Franche-Comté avec le Festival de Caves (du 29 avril au 29 juin) - parce que voir des pièces dans un théâtre, c’est tellement mainstream. Et si avec ça tu trouves toujours pas ton bonheur, il ne te reste plus qu’à retourner mater la dernière saison de Game of Thrones sur ton ordi.

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habille ton kevin

Ce mois-ci, Kévin va au Spring Break avec les potes de sa soeur. Prêt à tout pour s’intégrer, il va envoyer du pâté de sable à Pepette Beach, alors prends tes ciseaux et rends-le tout beau !

PaR jean-paul goûter et giorgio armagnac

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mots fleches

Précède la hype. Remplis cette grille si t’as un peu d’amour propre.

Mieux vaut l’ètre pour danser à la Cancale

L’Ouche n’en est pas un

Pitrougner

Rôle de Rebsamen ministre ?

Telle la prochaine tournée d’Yves Jamait ?

La 5 pour Auxonne

Facile à trouver aux Tanneries II

Manière de battre le rappel

PaR niko vayssié

La queue de Pilou

Niveau balaise Solutions page 82

Elles ont leur fille à Dijon comme ailleurs

S’intaller en BFC en est une bonne Pas des masses On dirait qu’au sommet de l’Etat, le cerveau l’est

De côte, de tour, de Brie...

Décrit pour les yeux Il y en aura plein au Tribu festival 2017

Plutôt haute chez les Ducs de Bourgogne

Avoues Le prochain Oeno festival y est tombé Matière à panier

Ce que font les ardeurs policières en centre ville Auteurs

S’en mettre plein le nez nous remet dessus

Investit Avant toi

Complément occasionnel du néant

Butte célèbre de l’arriére Mâconnais

On lui pardonne quand il est pieux

Ravagée

Au pieu

Quartier de Tulles

Bout de fer Ce qu’est loin d’être «Le Pape de escargots» de Vincenot

Ambiances au « Chez nous » ou à l’Hôtel de La Cloche

Fais gaffe, y’a des trucs écrits au dos, tu viendras pas pleurer quand ton Kévin sera découpé et que tu74 pourras plus les lire Long Island :1,5cl de vodka, 1,5cl de gin, 1,5cl de rhum blanc, 1,5cl de triple sec, 1,5cl de tequila, 1cl de jus de citron, 3cl de cola

Ce qu’est forcément un conf ’ de rédaction à Sparse

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Petit coin du Quentin

À l’entendre, elle apprécie


la sélection musicale

crash test par jeff buckler photo : dr

La vieillerie kraftwerk - AutobahN. Ne jamais écouter Didier Barbelivien. Jamais. Surtout quand il nous somme de quitter l’autoroute. L’autobahn en allemand. Comme le premier classique du quatuor de Düsseldorf sorti en 1974. Avec un morceau éponyme long de 22 minutes, Kraftwerk invente un nouveau genre, l’électro-pop, où chants, sons de klaxons, bruits de voitures, rythmes hypnotiques, clavier vintage, mais aussi les Beach Boys et Pierre Henry se tirent la bourre dans une sorte de poème symphonique futuriste au milieu de la campagne allemande. L’autoroute, sur laquelle s’engouffreront quelques années plus tard Afrika Bambaataa, Derrick May ou encore Depeche Mode. À prévoir cet été pour descendre au Grau-du-Roi. // M.C

À éDe grande qualiteé GUTS - ETERNAL. Simple et funky, Guts l’est assurément. Après avoir été le beatmaker attitré d’Alliance Ethnik, Big Red ou Svinkels, il se lance dans sa carrière solo en 2007. Dans un style abstract parfois sombre, il sort trois albums sur le label qu’il a monté : Heavenly Sweetness. En 2014, son quatrième opus Hip-Hop For All lui apporte succès et lumière, notamment avec l’apparition de guests vocaux et de vrais instruments. Eternal, sorti le 1er avril dernier achève le travail avec un hip-hop instrumental très dansant et un groove soul / funk à la fois classique et moderne. Le beatmaker est devenu leader d’un live band. Du grand art. // R.S.

YEMI - Neostockholm. Si la bulle rap est née et a gonflé aux États-Unis, c’est au Japon, en Corée ou en Suède que son futur s’y trouve, visiblement. Au pays du poisson fermenté et du meuble en kit, c’est le cloud rap qui, avec le metal, règne en maître. Après Yung Lean et ses Sad Boys, voici Yemi, pote de ces derniers, qui balance son premier album à mi-chemin entre trap vocodée et eurodance catchy. Si vous avez toujours rêvé de savoir ce que donnait du rap dans la langue de Björn Borg, alors jetez-vous sur Neostockholm le plus vite possible, et longue vie à son altesse Charles-Gustave XVI ! // D.R.

Tu t’es vu quand tu rêvais d’être... Descriptif très peu sociologique, certainement pas psychanalytique et pas du tout exhaustif de nos projections enfantines. Rêves de gosses et réalités d’adultes. Éphémères et obsessionnelles. Simplistes et névrosées. Nous avons tous été portés par nos lubies prépubères. Illusions souvent caricaturales et parfois improbables, elles nous ont permis de nous construire... ou pas. Le bien, le mal. Un jour, t’as forcément cru que t’allais sauver le monde. Normal, ça pèse. Inexplicablement, j’ai jamais eu de camarades qui jouaient au comptable dans la cour de récré. Prends ça, Sigmund.

Parce que t’avais compris que la société n’était pas aussi manichéenne que les Américains voulaient bien nous le faire croire. Parce que tu t’en foutais de la loi anti-tabac. Tu es : un communiste. Ou un écolo.

agent secret Parce que le permis de tuer c’est excitant. Ou inquiétant. Parce que les belles bagnoles, les beaux costumes et les beaux hôtels tu connaîtras jamais. Parce que le monde se divise en deux catégories : les bons, les méchants. Binaire. Parce que les seules règles qui comptaient c’était les tiennes et c’est pour ça que tu te permettais de désobéir à tes parents et à la maîtresse. Rebelle. Parce que tu faisais semblant d’être nul à l’école pour pas te faire repérer par le reste de tes camarades. Infiltré. Parce que tu as toujours défendu la veuve et l’orphelin. Grand prince. Parce que t’as jamais répété un secret. Ou seulement quelques fois. Tu es : un syndicaliste. Ou un CRS.

professeur de sciences

Parce que tu voulais être le premier de ta classe. Parce que finalement t’avais tout compris avant tout le monde. 16 semaines de vacances, 25h de travail par semaine et pas d’interprétation possible. Parce que tu pensais que c’était irrespectueux de parler pendant un cours. Parce que toi t’étais déjà un adulte. Voir un vieux. Parce que tu pouvais faire du sport en mocassins, jeans et en chemise. Parce que tu t’es fait offrir une calculatrice à Noël. Dingue. Parce que pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué. Parce que ta trousse c’était plus important que ta tirelire. Parce que tu ratais jamais C’est pas sorcier et E=M6. Parce que t’as eu ton brevet des collèges avant de passer les épreuves finales. Ouf. Tu es : un AMSTRAD CPC 6128. Ou un tube à essai.

cosmonaute

ÀTout le monde s’en tamponneé Ricky Skaggs - Country Boy. C’est en forgeant que l’on devient forgeron, et c’est en creusant que l’on tombe sur des pépites, comme celle-là. Ricky Skaggs ne rigole pas. S’il joue de la country comme le premier redneck texan saoulé au tord-boyaux, au moins, il prend la pose comme personne : sol boueux et étang en arrière-plan, Ricky est au milieu, décontracté, à l’aise, main dans la poche, l’autre sur le veston tel le roi des cowboys et bardé d’un ensemble bleu, chaussures blanches et cravate à motifs dont l’ensemble ferait pâlir n’importe quel Congolais. Le gars est là, nuque longue et moustache (encore), manches retroussées... Non, vraiment : Ricky Skaggs ne rigole pas. // D.R.

Caca dans les oreilles Radiohead - A Moon Shaped Pool. Comme tout le monde en parle et que beaucoup de monde aime Radiohead, le mauvais album de ce dernier mag’ était tout trouvé : A Moon Shaped Pool, dernière sortie du groupe de Thom Yorke. Alors ça s’écoute, mais c’est mou, et le gars est toujours en train de chouiner. Qu’est-ce qu’il se passe, Thom ? T’as eu trop peur de perdre des fans en disparaissant des réseaux sociaux ? Y’a même un titre de cent pieds de long, pour faire intello’ probablement ? En bref, Radiohead fait du Radiohead, ne réinvente pas la poudre, en prend peutêtre trop, et ne surprend pas. Si vous voulez envoyer des lettres d’insultes, vous savez où vous adresser ! // D.R.

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Parce que tu savais pas qu’en fait tu rêvais d’être spationaute. Erreur de langage. Parce que tu n’as jamais pris comme un reproche le fait d’être dans la lune. Parce que tes deux albums de BD préférés c’est : Tintin « Objectif lune » et « Le cosmoschtroumpf ». Parce que bien sûr que ça existe les extraterrestres. Parce que la télécommande de ta télé dissimulait un télétransporteur intergalactique à vitesse supersonique que toi seul savait faire fonctionner. Parce que t’étais trop jeune pour avoir vu la fusée Challenger exploser en direct à la télé. Parce que tu mets toujours 2€ dans les longues vues au-dessus de la Tour Eiffel. Tu es : du LSD. Ou une paire de lunettes.

vétérinaire Parce qu’il est mignon ce petit chat. Parce que t’es pas allergique aux poils. Parce que 30 millions d’amis. Bisou Alain Bougrain-Dubourg. Parce que tu préférais les zoos aux parcs d’attractions. Parce que t’as jamais écrasé de fourmis. Parce que la blouse blanche et les seringues. Quand même. Parce que t’oubliais pas de faire une cérémonie avant d’enterrer ton petit compagnon préféré au fond du jardin. Parce que tu te préoccupais plus de ton petit compagnon quand tu partais en vacances que de tes cousins. Parce que tu faisais du cheval en activité sportive. Bourgeois. Tu es : le parc de l’Auxois. Ou vegan.

pompier

Parce que t’as toujours adoré arroser la pelouse chez tes parents. Parce que tu t’occupes souvent du barbecue pendant la belle saison. Mais pas de la cuisson, des aliments. Parce que tu aimes te déplacer rapidement en faisant du bruit. Pin-pon. Parce que tu savais pas que le quotidien d’un pompier c’était : belote, chat sur un toit, fausse alerte, poubelle brûlée... Chiant. Parce que ta couleur préféré c’est le fluo. Parce que t’es pas super balaise pour retenir les numéros de téléphone. 18. Parce que tu fantasmais de faire du bouche-à-bouche à une jolie fille inanimée. Pervers. Tu es : une allumette. Ou une couverture de survie.

footballeur Parce que tu pensais être le mec qui allait faire gagner la Coupe du monde à ton pays pour la première fois. Dommage. Parce qu’à l’école, le meilleur moment c’était la récréation dans la boue avec les copains. Parce que t’as cru ou on t’a fait croire que tu avais du talent. Comme 350.000 autres gamins. Parce que t’étais une buse en cours. Tout simplement. Parce que tu te balades toujours en ville avec le survêtement de ton équipe préférée. Tu crains, t’as 30 ans. Parce que tu croyais que les médailles glanées lors d’un tournoi du samedi aprèsmidi c’était des lingots d’or. Tu es : une religion. Ou une drogue.

indien Parce que vivre dans un tipi au grand air, en se nourrissant de cueillette et en faisant un feu pour se réchauffer, c’était être visionnaire. Lifestyle. Parce que tu t’es toujours senti un peu persécuté par les autres. Parce que t’allais chez l’orthophoniste pour quelques petits problèmes de communication. Pas grave. Parce que tu kiffais te peindre le corps, te déguiser avec des peaux de bêtes et t’orner de plumes de poules sur la tête. Transformiste.

PS : Notre honneur nous a imposé de ne pas vous parler du métier de policier. Dangerous. 81


cartographie

les derniers des mohicans par la rédaction

Comme la plupart des jeunes (et moins jeunes) chopent leur musique sur Internet, ils ne savent plus communiquer. Dans ces boutiques, vous pourrez voir des passionnés et discuter avec. Oui, n’ayez pas peur. Où sont les dernières boutiques de disques indépendantes de la région ?

Belfort

Besançon

La caverne du disque, 12 faubourg des ancêtres

Forum, 15 Grand Rue C’est plus une librairie, mais y’en a du bon dedans.

Toutes époques, tous styles.

Dijon

Ciel rouge, 62 rue Jean-Jacques Rousseau Culture gothique, on y trouve aussi des BD. Nevers

Deuxième vie, 8 rue Pont Cizeau Lieu associatif. Occasions. On trouve de tout et aussi des bons disques.

Besançon

Dijon

Full compact, 10 rue Pasteur

Black Market, 59 rue Berbisey

Depuis 20 balais.

Associatif, ambiance plutot punk, gros rock, ska et tout le tintouin, mais pas seulement.

Dole

Discn’ko, 55 rue de Besançon Au centre de tout. Pontarlier Lons-le-Saunier

Ludi dock, 18 rue des Salines Dijon

La Raffinnerie, 14 rue Charrue Y’a des fringues, des accessoires. Ambiance concept store, mais avec des bon skeuds.

Solutions des mots fléchés

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Les disques sont au milieu des jeux vidéo et figurines pour geeks.

Virgo music, 38 rue de la République Depuis 1983, putain de passion.


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DU 29.05 AU 25.09.2016 DE 11H À 15H

TOUS LES DIMANCHES SOUS LES HALLES DU MARCHÉ

Brunch gourmand par le chef partenaire du jour, boissons à la carte à la Buvette, de quoi faire votre marché et le plein de viandes, poissons, fromages, fruits et légumes etc. Sans oublier du shopping façon pop-up store, des ateliers ludiques pour les kids, de la musique et des surprises en pagaille !

ACCÈS LIBRE CHAQUE SEMAINE TOUTES LES INFOS SUR www.dijon.fr et Le BHD RESTEZ CONNECTÉS !

Sparse 15 (juin 2016)  
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