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sparse guide moderne de la vie | gratuit

www.sparse.fr • gratuit • à lire dans tes chiottes

sparse | numéro 13 | trimestriel | déc. 2015 jan. fév. 2016

immersion dirty zumbing : danse & transpiration rencontre qui veut offrir la franche-comté à la suisse ? interviews forever pavot + the shoes enquête ils font quoi tous ces touristes chinois en ville ? légende les bernard règnent sur le vélo enquête 89, sur les cendres du styliss fight frédéric françois vs frank michael + skanky yard, par amour du dub café charbon olivier dall’oglio les foodtrucks musée niépce les faubourgs oubliés de dijon les jeux de sparse


« J’ai un pote qui a en sa possession une cassette où on te voit lire Sparse à Besançon... c’est chaud. Que tu crois que j’vais te dire mais c’est chaud, il faut que tu vas voir le mec. Fais gaffe à toi. » K. Benzema, 2015


édito. Rédaction de Sparse, vendredi 6 novembre 2015, 11h34. - Sparse, bonjour. - Allô, oui bonjour, il est bien votre magazine ! - Merci. - J’aurais voulu savoir comment on pouvait communiquer au travers de Sparse ? - Vous organisez quelque chose ? Un événement dans le coin ? - Non, je veux juste un article - Un article sur quoi ? - Un article sur mon entreprise. - Un article où par exemple on dirait du bien de votre entreprise ? - Oui voilà. Vous pouvez me faire un devis ? - ... Un publi-reportage en fait ? - Appelez-ça comme vous voulez. - Ben non, on ne fait pas ça. - ... ? - Si vous voulez, vous pouvez prendre une page de pub. - Oui mais moi je voudrais un article, du fond. - Ah je comprends mais nous, si on fait un article, c’est parce qu’on est intéressé par le sujet. - Bon d’accord. Je vous prends une pub et vous me faites un article. - Ah non... Si vous prenez une pub, ça ne veut pas dire

qu’on va forcément faire un article sur votre entreprise. - C’est combien habituellement pour que ça vous intéresse ? - Ben, c’est zéro. - Donc vous préferez écrire gratuitement sur des trucs qui « vous intéresse » plutôt que d’être payé ? - Disons que... - Non mais c’est l’asso humanitaire franco-burkinabée de la classe de 6ème du collège Jean Rostand votre truc ? C’est quoi ces zadistes ? Je vous propose de l’argent et vous n’en voulez pas ? - Tu pourrais aussi me proposer de l’argent pour te sucer par exemple. - Pardon ? Mais vous ne voulez pas gagner plus en fait ? -Non connard, je préfère bosser bénévolement. Bon, tu la prends cette page de pub ? Parce que je sais pas si tu te rends compte que si tu l’achètes, ta boite va augmenter le bénèf d’au mois 37,1% en 3 mois selon un récent sondage à l’international. Y’en a qui le font et ils ne sont pas repartis mécontents. Sparse, zéro euro, le prix de l’intégrité. Et parfois, ça fait un peu mal aux fesses...

- Chablis Winston


sommaire amuse-bouche 3. édito 6. guestlist 8. CONTRIBUTEURS 9. the pulitzer sessions 10. courrier des lecteurs 11. SHOPPING 12. RETro

ours Ce magazine est édité par Sparse Média. Siret : 750 725 806 00012 - APE : 9499Z www.sparse.fr - contact@sparse.fr Directeur de publication Pierre-Olivier Bobo rédacteur en chef Antoine Gauthier Contributeurs Aurore Schaferlee, Badneighbour, Chablis Winston, Édouard Roussel, Franck Le Tank, Jeff Buckler, Julian-Pietro Giorgeri, Kenza Naaimi, Ivan Moal, Léa Singe, Lilian Elbé, Loïc Baruteu, Louise Vayssié, Martial Ratel, Mhedi Merini, Mr. Choubi, Nicdasse Croasky, Niko Vayssié, Pauline Chevalier, Simon Galley, Sophie Brignoli, Tonton Stéph, Valentin Euvrard, James Granville forever Direction artistique internetinternet

PhotographIes Alexandre Claass, Louise Vayssié, Vincent Arbelet Illustrations David Fangaia, Hélène ‘Microbe’ Virey, Mr. Choubi, Estelle Vonfeldt DÉVELOPPEMENT COMMERCIAL Romain Calange COMITÉ DE RELECTURE Aurore Schaferlee, Louise Vayssié, Chantal Masson, Léa Signe, Marion Godey, Martin Caye, Niko Vayssié Couverture Pont Battant, Besançon Photo : Alexandre Claass Imprimeur Chevillon Sens Dépôt légal : à la sortie du magazine ISSN : 2260-7617 La rédaction décline toute responsabilité quant aux opinions formulées dans les articles, cellesci n’engagent que leurs auteurs. Tous droits réservés © Sparse 2015-2016 Merci à nos partenaires ainsi qu’à toutes celles et ceux qui ont permis la réalisation de ce numéro.

ENQUÊTE 14. TOURISME : LE MYSTÈRE CHINOIS RENCONTRE 20. l’HOMME QUI VOULAIT OFFRIR LA FRANCHECOMTÉ À LA SUISSE immersion 24. danse et transpiration : la zumba triste INTERVIEW 28. FRANÇOIS CHEVAL, DIRLO DU MUSÉE NIÉPCE REPORTAGE 32. SUR LES CENDRES DU STYLISS, DANS L’YONNE ENTRETIEN 38. OLIVIER DALL’OGLIO, L’HOMME DU DFCO HOMMAGE 42. va aux concerts musique 46. FOREVER PAVOT : POP GENIUS 50. the shoes (are made for walking) diaporama UN GRAND GRUE

52.

PORTRAIT 56. SKANKY YARD : DUBACTIVISTES la cuisine de sparse 60. FOODAGE DE GUEULE : FOODTRUCKS 62. la percée du jura PORTRAIT CROISÉ VÉLO & NIÈVRE : LA FIERTÉ BERNARD

64.

WELCOME TO MY HOOD 66. MALADIÈRE, BOURROCHES, MONTMUZARD ROMAN-PHOTO 70. CANCOILLAND LA PAGE MODE FOURRURE LABRADOR ET HANGAR

74.

GUIDE Frédo FRANÇOIS VS FRANK MICHAEL

76.

Dessert 78. HABILLE TON KÉVIN 79. abonnement / mOTS CROISÉS 80. sélection musicale 81. CRASH-TEST 82. CARTOGRAPHIE


Scène de muSiqueS actuelleS de BeSançon

5 anS de la Rodia ! 22-23-24 jan. aaron - lilly wood & the prick

FeStival généRiq du 24 au 28 Fév.

blues pills - vandal - the k mitsouko & le soleil englouti c duncan - here we go magic jesse mc cormack- 3somesisters ocean wilson - blood shot bill + ... demi portion - rootikal vibes hi-fi jc satan - deluxe - boulevard des airs fury#1 - jain - oomph! - doc gyneco + ...

Illustration Adrien Houillere

www.laRodia.com

29 janvier | 20h grand théâtre, dijon

La flûte, la harpe et vous Mozart, Debussy, Fauré, Gounod

direction Gergely Madaras solistes Noémi Győri, flûte Gwyneth Wentink, harpe

› tarifs de 5,50€ à 25€ › en ligne fnac & digitick

odb 03 80 44 95 95 orchestredijoNbourGoGNe.fr


guestlist PAR la rédaction photos : DR

ludovic renauX Directeur du Café Charbon Nevers

Dis-nous tout : c’est quoi le meilleur spot du coin que tu connaisses pour dragouiller ? La piscine de Nevers ou la cantine du conseil départemental de la Nièvre, j’hésite… Est-ce que le calva est à l’eau de vie ce que la 8.6 est à la bière ? Vous n’y connaissez rien : pour un Normand le calva est au digestif ce que le camembert au lait cru est au fromage. Est-ce que tu ferais 6h de route pour aller à Saint-Claude ? Bande d’arnaqueurs, selon Mappy, c’est à 3 heures et 38 minutes de Nevers ! Une seule de ces actrices existe : laquelle ? Nina Cosne, Marguerite Clamecy, Sasha Gray ou Jordane Belfort ? Je vous conseille Sasha Grey, elle vaut le coup d’œil… Merci... Cela devrait être quoi, la première qualité de Miss Bourgogne-Franche Comté ? S’appeler Alizée Vannier, être chargée de communication du Café Charbon, être fan de la cantine du conseil départemental. Ton concert de l’année ? Puts Marie à Nevers, la Colonie de Vacances à Bourges, Sleaford Mods et The Soft Moon à Belfort, mon cœur balance… Quelle est la meilleure ville pour une session de djembé ? Nevers ou Besac’ ? Nevers, à l’école de musique. Tu as envie, là, tout de suite, de dire du mal d’une cité de Bourgogne-Franche Comté. Tu t’acharnerais sur laquelle, gratuitement ? Arrivé dans la région il y a huit ans, je dirais du mal de la cité que je connais le mieux : Nevers, pour son patrimoine, ses équipements culturels et sportifs, ses hôtels et ses bars en ruines.

Thierry Falconnet Maire de Chenôve

Ton concert de l’année ? Louis Bertignac au Cèdre le 14 décembre… Bon alors, Rebsamen, il en a vraiment besoin de Lanaud du Gray, ou il en a autant besoin que nous ? Lanaud du Gray, c’est qui ? Y’a quoi, à Vesoul ? Paraît que désormais c’est dans notre région. Les « griottines ». Très bon à l’apéritif ! Ta ville se prêterait plus au tournage d’un blockbuster ou d’un épisode de Louis la Brocante ? Un blockbuster : « Louis la Brocante dans la Cité ». T’es au supermarché. Tu leur donnes une chance, encore, aux caissières, ou tu te rues sur les caisses automatiques ? Les caissières, quand elles sourient ! À ton avis, il ne faudrait pas une ligne aérienne pour relier Cosne-sur-Loire à l’autre bout de la région, genre Belfort ? Si elle passe par Chenôve, pourquoi pas ! Un autre nom qu’hôpital « François Mitterrand » : tu suggères quoi ? Clinique de Chenôve. Les vignerons de la Côte, c’est bien connu, sont pétés de thune. C’est mérité, hein ? Effectivement, je ne bois que du Bourgogne ! Uu ange parti trop tôt. Voilà ce qui nous vient légitimement à l’esprit concernant le décès de Charles Pasqua. Un petit mot pour lui ? Un Ricard sinon rien. C’est laquelle ta préférée toi, de voix du tram ? Celle de la nana sur la T2.

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sandra rué Ze Music All café-concert à Besançon

Si tu devais abandonner discrètement un cadavre, tu le ferais dans quel coin de Besac’ ? Les catacombes du square Castan. Tu les aimes, les Dijonnais ? Big respect aux Tanneries de Dijon, lieu autogéré depuis plus de 20 ans, vive la pensée libre ! Tu vas faire quoi de spécial pour Noël ? Je déguise le boulanger de la rue en Père Noël et on offre un spectacle tout public aux gosses du quartier. Tu votes pour qui aux élections régionales ? Vu le niveau d’intelligence de la race humaine, seuls les plantes vertes et les animaux auront mon soutien. Ton quartier préféré de Besac’ ? « Rivotte HC crew » forever. Bon, sérieux, c’est qui la vraie star de ta ville ? Le conducteur du petit train ! Et le truc le plus ridicule ? Les petits triangles fixés au sol que tu dois suivre pour découvrir la ville… Les yeux rivés sur le sol. Tu te souviens de ton lycée, t’as kiffé ? Oui, tout : les peines de coeur, les boutons, les heures de colle, les manifestations, la première cuite, les illusions, l’utopie, l’euphorie... Pourquoi le Dijonnais prend-il parfois des airs si snob selon toi ? Les raccourcis même régionaux sont la porte ouverte à tous les courants d’air. Tu vas devoir te mettre au ban bourguignon. Obligée. Une réaction ? Ça me donne envie de faire les vendanges. Lâche nous un plan champignon pas loin ? DMS X: 47° 15’ 0” Y: 6° 1’ 59.99”



contributeurs PAR chablis winston photos : DR

Mhedi Merini Plus de 20 ans à vivre dans l’Yonne et toujours vivant, en forme et la tête sur les épaules. Soit Mhedi est un mythomane, soit c’était un enfant très laid, soit c’est un champion, un solide, une force de la nature, et un investigateur à qui on peut faire confiance. Il enquête sur les lieux de perdition du 89. Il lui reste donc encore 286 reportages à effectuer pour notre magazine. Bon courage mon salaud.

Martial Ratel À peine revenu d’un an de campagne de pêche à la sardine dans les eaux islandaises, Martial a dû se rendre à l’évidence devant la véracité des propos de ses interlocuteurs : la galette saucisse est une invention montée par la CIA, comme le 11 septembre et la victoire de la France au mondial 98. Ça fout un coup. L’opération Condor Bretonne lui saute aux yeux. À lui filer des envies de se tirer sur St-Pierre-et-Miquelon.

Pauline Chevalier / Loïc Baruteu L’amour du risque, Jonathan et Jennifer, les justiciers milliardaires. L’amour du risque, c’est vraiment leur grande affaire, faire la vie dure aux gangsters. Jonathan Hart ohohoh, Jennifer Hart, les risque-tout de la justice, et de l’amour. L’amour pour tout risquer, le risque pour s’aimer...

Édouard Roussel Édouard Roussel est un mercenaire. Il roule en solo : textes, photos, rempaillage de chaises et même ménage avant de partir, il s’occupe de tout. Il vend ses articles aux plus offrants. Tantôt Ooops, tantôt Le Chasseur Français. Contre une pinte et un jambon beurre, il a accepté de nous livrer le compterendu de ses belles rencontres sur le monde de la photo. Et encore, je crois qu’il a pris un demi en fait...

Ivan Moal À l’heure du grand rapprochement, Ivan est notre lien avec l’est de la BFC, oui tu sais, le côté collé à la Suisse. Oui tu l’as ! La Franche-Comté. Totalement undercover, il a infiltré les mouvements indépendantistes Morteau/Cancoillotte et a retrouvé le Yvan Colonna local. Conf’ de presse en cagoule pour lui.

Philippe Risoli Désireux de retrouver la street crédibilité qui était la sienne à son heure de gloire, à l’époque des Juste Prix et autres Famille en or, Phil’ Risoli a naturellement tenté de rejoindre l’équipe du magazine qui a le vent en poupe. Mais Sparse ne s’est pas laissé berner par un imposteur voulant utiliser sa renommée : tout ce que tu as fait Philippe, tu le dois au décès de Patrick Roy, sauf peut-être le lancer de micro. Pour nous c’est niet. Y’a peut-être de la place chez Femmes en Bourgogne, si tu sais vendre des produits.

Pierre-Olivier Bobo L’homme mèche a un problème. Rien, ni gel, ni cire, ni pento, ni même graisse de friteuse ne peut à présent lui permettre d’obtenir ce mouvement si élégant qui caractérisait son appendice capillaire. Il se déplace désormais avec un bonnet et une capuche. Aidez-le à avoir la force de reprendre la place qui était la sienne dans la société. N° d’urgence : 03.80.74.51.51.

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courrier des lecteurs

Merci pour toutes vos lettres d’amour ou d’insultes. ÉCRIVEZ-NOUS : CONTACT@SPARSE.FR

Réponse de la rédaction Ah oui ! C’est la cassette de Franck Le Tank et de ses amis de l’amicale de Nuremberg en vacances en Bavière. Merci de l’avoir retrouvée. Belle vidéo, beau travail sur les lumières. Champcontrechamp, tout ça... Publie-la le plus vite possible, que tout le monde puisse en profiter.

« Salut les bourgeois, J’ai en ma possession une sextape assez coquine où on reconnait clairement un des rédacteurs de Sparse en pleine action avec un groupe de personnes déguisées en nazis. Si vous ne m’envoyez pas la somme de 150.000 euros, je publie ça sur Internet. » ALBERT, BESANÇON (25) « Salut Sparse, J’ai perdu mon furet il y a quelques semaines rue Berbisey à Dijon ; je le baladais comme tous les soirs mais il a pris peur en voyant un caniche et s’est enfui. Pourriez-vous faire passer le message ? Il s’appelle Spiral, c’est un furet albinos très câlin. J’y suis vraiment attachée. Merci. » lilie, DIJON (21)

« Cher Sparse, Je cherche un média pour publier mon autobiographie ; j’y aborde notamment mon fétichisme pour Jean Moulin et mon amour de la moutarde. Serais-tu intéressé pour remplir tes belles pages ? » DAVID, DIJON (21)

« Salut les pétainistes, Alors il paraît que maintenant, en France, on peut chanter La Marseillaise et se trimballer en ville avec des drapeaux français sans passer pour un gros faf nationaliste ? » DOUDOU, DIJON (21)

Réponse de la rédaction As-tu essayé de contacter les vétérinaires du quartier ? Ou de laisser un message sur le site de Pet Alert Côte d’Or ? Mais honnêtement, tu ne t’es jamais dit que ce serait plus simple d’avoir des poissons ? Sache que c’est l’animal domestique préféré des Français loin devant les chats, puis les chiens. Et le furet c’est quand même vraiment dégueulasse comme animal de compagnie.

Réponse de la rédaction On consacre 84 pages à l’égocentrisme de nos rédacteurs. C’est déjà assez d’autosuffisance.

Réponse de la rédaction Oui... Question de période. Visiblement, en ce moment on a le droit de dire « j’aime la France » sans se faire cracher à la gueule. Y’en a qui vont en profiter. Nous on opte plutôt pour le drapeau bourguigno-franc-comtois, plus subversif. Ça représente un lion qui enfile une chouette, à moins que ce ne soit l’inverse. Ravissant.

« Coucou les voyous, Dans le dernier épisode de votre BD avec des photos, j’ai repéré le type habillé en Big Lebowski, le prof de chant là... Vous pourriez me filer son numéro ? Il a l’air bien connecté dans le milieu et j’ai deux-trois morceaux qui devraient l’intéresser. C’est un projet folk mais sans guitare où toutes les mélodies sont jouées à la vielle » isabelle, Montsauche (58)

Réponse de la rédaction Salut à toi, lectrice montsauchoise. On veut bien te donner son numéro, par contre en échange tu nous aides à trouver un plan pas cher pour aller chiller au bord des Settons l’été prochain. On te l’accorde, le grand lac au cœur du parc naturel du Morvan, ça vaut des pions.

« Heil camarades, Pourquoi passez-vous sous silence l’installation des migrants en BFC ? Nos rues sont devenus des zones de guerre civile à cause d’eux, soyons ferme face à l’envahisseur » édouard, sens (89)

« Salut l’équipe, J’ai vu que vous diffusiez vos superbes brochures dans des lieux ultra cool au Creusot. Pourriez-vous également approvisionner les lecteurs des communes alentours ? » cindy, montceau-les-mines (71)

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Réponse de la rédaction En espérant que tu comprennes bien, écrit noir sur blanc : ferme ta gueule.

Réponse de la rédaction Merci Cindy pour ta question. On voudrait bien, mais les gens du Creusot nous l’interdisent. Règlez vos petites guéguerres entre mineurs et fondeurs entre vous, parce qu’on a déjà suffisament de boulot avec les Bisontins...


Débardeur « Le tram c’était mieux avant » (15,40 €) Débardeur Premium Homme. Débardeur sportif haute qualité et 100 % coton. Marque : Spreadshirt. Puisque tu es voué à courir et que tu n’as même pas pu te payer le pass gratuit Immobigo, autant le faire avec style. Ce marcel te permettra d’imposer ta testostérone à qui de droit dans le tram, ou à fuir tout en déclarant ton hostilité aux tarifs exhorbitants et non adaptés à l’étudiant pourtant consciencieux que tu es. → Devia, boutique officielle mon cousin - shop.spreadshirt.fr

Canard Colvert chez William Frachot (150 €) En deux services. Rôti sur carcasse, les cuisses en tourte, jus aux bourgeons de cassis. Pour deux personnes. Ou sinon tu peux courser ceux du Lac Kir pour te les faire à la maison. Voire en chopper au parc de la Colombière en en scred. → Restaurant du Chapeau Rouge, 5 rue Michelet, Dijon

Jésus de Morteau, IGP 550 grammes (10,98 €) Délicieux jésus pour les gourmands ou les grandes familles, même composition que la saucisse (même fabricant que la Morteau Maison Dutruy). Ingrédients : maigre et gras de porc, sel, sucre, conservateurs. Poids minimum 550 grammes. Tu croyais qu’on te voyait pas, le Dijonnais, en train de manger ton Mont d’Or avec de la charcut’ choppée à Aldi ? Maintenant que la Franche-Comté est un de tes fiefs, tu dois t’imposer les mets locaux. → La Cave aux fromages, 2 rue Gustave Courbet, Besançon

shopping PAR TONTON STÉPH Ton mag’ te rencarde sur les meilleures affaires dénichées dans le coin

Peluche DFCO « La chouette » (16 €) Comme tu le liras dans l’interview de Dall’Oglio présente dans ton mag’ favori, le fringant entraîneur n’a pas été en mesure de justifier l’existence voire même le nom de la mascotte de l’équipe dijonnaise. Pourquoi ce putain de volatile, bon sang ? C’est pas très viril, hein... En attendant, tu pourras accrocher celle-ci au rétroviseur de ta BX pour te ramener à Gaston Gérard. → Boutique du DFCO, 9 rue Ernest Champeaux, Dijon

Casquette ASVP de type « Baseball » Modèle confortable avec 5 pans. Face avant avec broderie ASVP, fil blanc, 6 oeillets d’aération sur le dessus. Visière avec 6 surpiqûres sur le dessus. Empiècement de devant avec thermocollant pour une meilleure rigidité. Fermeture et taille réglable avec glissière plastique. Tissu imperméable microporeux 2 couches. Des hordes de jeunes et d’automobilistes vous rendent anxieux ? Alignez-moi tout cela avec style, avec cette New Era qui procure autant de swag qu’en nécessite votre délicieuse fonction. → Di Bartolomeo Blanc www.dbb-uniformes.com

Coffret DVD Lassie (20 € et quelques croquettes) Lassé des Stark et autres Baratheon ? Présent à toutes les expos canines et aux portes ouvertes de la SPA des cailloux ? Ce coffret DVD est fait pour toi. En ces temps sombres, tu as besoin d’un vrai héros. Prends ça, Jack Bauer. → Carrefour (Valentin), rue de Châtillon, Besançon

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Jeudi 22 octobre

ce qu’il ne fallait surtout pas rater ces dernières semaines

C’est le jour choisi par une élue de Talant, Marie-Ange Cardis (à ne pas confondre avec Marie-Ange Nardy) pour partir en roue libre, en commentant sur Facebook une publication de Valeurs Actuelles tançant Christiane Taubira : « Qu’elle reparte dans sa brousse, ses lianes l’attendent ! » La brousse ? En Guyane ? Tu démissionnes Marie-Ange ? Oui.

par TONTON STÉPH et CHABLIS WINSTON

Vendredi 23 octobre

Jeudi 8 octobre

La première journée sans respirer est annoncée à Dijon ; il s’agit d’une initiative souhaitant dénoncer sur le mode de l’ironie la tendance de la plupart des automobilistes à imposer les gaz d’échappement de leurs moteurs dans les rues de la ville. Suggestion : que Marie-Ange Cardis le tente vraiment, à moins que l’asphyxie par le gaz ne soit quelque chose qui lui parle d’une façon ou d’une autre.

On commence fort dans la puterie, puisqu’un des héros américains du Thalys se fait poignarder lors d’une rixe devant un rade à son retour à Sacramento. Home sweet home. T’avises pas de faire le malin dans ton train corail avant de retourner dans ton hood à Auxonne, gros, on sait dans quel genre de bar tu traînes. Tu t’exposes.

Mardi 27 octobre Troller, c’est avant tout un art. C’est ce que semble avoir oublié cet internaute qui souhaitait défoncer Loiseau des Ducs, le restaurant du centreville de Dijon, en lui infligeant un commentaire cinglant... à une date précédant l’ouverture de l’établissement. Les propos dénigrants et mensongers soulageront 11.000 € des poches de l’auteur. Dans le même esprit, Bild fait sensation en Allemagne en exhibant les photos, noms et commentaires des haters racistes sur son site.

Jeudi 15 octobre 63 plants de cannabis découverts à Bonnencontre, vers Seurre. Peut-être que le particulier interpellé n’était pas au courant. Un peu comme ce résident de Chalon-sur-Saône qui a pu se rendre compte qu’une prostituée officiait dans son appart qu’il avait mis en location sur Airbnb. Ah, et on apprend que la permanence de Sauvadet pour ses Régionales a été saccagée à Besac’. Le proprio des murs était au courant de ce qui s’y tramait, au moins ?

Samedi 17 octobre Juste un mot sur le nouveau phénomène mongolito des internets : après le Ice Bucket challenge, l’Extreme Phone Pinching. Se photographier en mettant en danger son bijou de technologie devant un précipice. Voilà une des raisons pour lesquelles Sparse sort en format papier : que tes p’tits yeux aient de quoi lire si t’as plus d’accès au numérique. Et voilà pourquoi La Gazette de Côte-d’Or aurait p’têt dû rester en numérique. R.I.P, d’ailleurs, La Gazette.

Samedi 31 octobre Seconde guerre froide : les Américains s’inquiètent de voir les Russes fureter du côté de ces câbles sous-marins par où transitent la plupart des flux d’Internet. Quand ça pètera, prépare-toi : tu pourras probablement plus mater tes habituelles vidéos de lolcats ni liker les photos de couchers de soleil de la page J’aime Dijon. Enfoirés de communistes.

Dimanche 18 octobre Une demoiselle arrangue les automobilistes, nue au bord de la route de l’Ain, du côté de Jasseron. À l’arrivée des gendarmes, elle leur annonce sans déconner qu’elle pratiquait un « rite franc-maçon ». On fait comment pour devenir Franc-Maçon ?

Mercredi 4 novembre On nous annonce un braquage d’une centaine de meules de Comté dans une fromagerie du Doubs pour une valeur de 10.000 euros. Balaise. Le moment de se renseigner sur le marché noir ? Sans rapport, encore que, c’est le jour où on apprend que des traces de désherbant (glyphosate) sont décelables dans... les tampons hygièniques. Et que Speed Burger veut commercialiser un burger d’halloween... aux insectes.

Mardi 20 octobre

C’est à Bourguignon (!), dans le Doubs, qu’est organisé le championnat du monde de cancoillote. Ok, c’est n’importe quoi, la BFC. On a plus qu’à créer un patelin qui s’appellerait Francomtois, dans la Nièvre, et où il y aurait le championnat du monde d’époisses. Palmarès des voitures volées : on apprend qu’en Hot Saône, les voitures les plus volées sont les Xsara et les 205. Sérieux ? Genre, des GTI ? Visiblement, ça roule encore.

Jeudi 5 novembre Les choses se passent à Genlis : soirée-débat L’alcoolisme, c’est quoi au juste ? Dans le même genre, un Avignonnais est contrôlé avec 11 grammes dans le sang ! Record de France pour lui ! Le pire, c’est que selon le cafetier, « il n’avait pas l’air trop saoul ». 12


Lundi 23 novembre

Samedi 7 novembre

Un Anglais mattait la télé à la cool depuis plus 6 mois avec le cadavre de son père, dont il ne voulait pas se séparer. Fallait bien finir la dernière saison de Game of thrones. À Bruxelles, les gens préfèrent ne pas trop sortir dans la rue. Comme à Dijon en fait, sauf qu’eux y sont obligés.

On frôle le drame avec la petite Mayline, trois ans, qui manque de s’étouffer avec une Knacki Ball. Alors que la petite fille a recouvré la santé, ses parents ont porté plainte contre Herta et demandé au pape François de reconnaître la guérison comme un miracle. C’est pas le genre de choses qui pourrait arriver avec une saucisse de Morteau. Enfin, jusqu’à preuve du contraire.

Mardi 10 novembre Un étudiant originaire de Mayotte est retrouvé décomposé dans sa piaule universitaire de Villeneuve d’Ascq. La cause ? Il serait mort de faim. Flippant. Plus léger, l’affaire ValbuenaBenzema prend un tour syntaxique tout à fait magique, avec ce SMS du second retrouvé lors de l’enquête : « Faut que tu vas voir le mec. La vidéo, je l’ai vue il y a une semaine, avant de venir ». Franck Ribéry fait-il partie du chantage organisé ?

Mercredi 25 novembre 4,9 secondes. À 14 ans, le jeune américain Lucas Etter bat le record du monde de Rubik’s Cube. Le mec a été puni de console de jeu ou quoi ?

Vendredi 13 novembre Les mots manquent parfois. Saloperie...

Dimanche 15 novembre Claude Guéant prend 2 ans avec sursis pour « complicité de détournement de fonds publics et recel ». Et ça fait quand même assez plaisir.

Lundi 16 novembre La nappe phréatique serait anormalement vide pour la saison. Où ça ? À Pontarlier ! Comme par hasard ! C’est le genre d’excuses qu’on pourrait aussi bien entendre rue Jeannin à Dijon ou rue Battant à Besac’. Ailleurs, sans jeu de mots, des forains énervés organisent une opération escargot sur les routes de Beaune. Non, il ne s’agit pas d’une action gastronomique.

Vendredi 27 novembre

Mercredi 18 novembre

Lundi 30 novembre

« Je suis républicain parce qu’il y avait une bibliothèque en bas de chez moi, et pas une salle de rap ». Cette phrase n’est pas du truculent Eric Ciotti mais de... Malek Boutih. Et puis, qu’est-ce que c’est que ça, une salle de rap ? Un peu comme une salle de shoot ? Et, euh, la République Française, n’est-ce pas un peu des deux ? Hexagone toujours, Just Fontaine, icône du foot, estime que l’Euro 2016 ne devrait pas se dérouler dans notre pays avec les risques d’attentat.

Une femme accouche sur le parking du CHU de Dijon. Au prix du stationnement sur ledit parking, sans prise en charge par la mutuelle, sortez-la d’ici !

Le DFCO gagne 3-0 contre Paris. Hé ouais mec ! Ah, c’était le Paris FC... ? Bon, ça fait plaisir quand même.

Dimanche 29 novembre Forêt de Chaux, près de Dole. Une jeune chasseuse de 26 piges fait tomber un sanglier de... 145 kg. Un « superbe coup de fusil » et une photo déjà mythique, la belle posant fièrement devant la bête, à découvrir dans les pages du Progrès, le canard local. Bonus offensif : la dame détient sa carte de chasse depuis moins d’un an.

Dimanche 22 novembre Arnaque à Mâcon, extrême sud du Duché. On installe la patinoire de plein air esplanade Lamartine, cadeau (payant) hivernal du maire, qui chaque année attire les foules à raison d’un patineur par m2. Les puristes du ice-dancefloor en seront une fois de plus pour leurs frais : c’est du plastique ! Ils pourraient la foutre au mois d’août, semble ruminer la statue du grand poète. 13



enquête

Le mystère

chinois PaR pauline chevalier et loïc baruteu illustrationS : david fangaIa photos : alexandre claass, pauline chevalier

Vous n’avez jamais remarqué ? Vous n’avez jamais fait attention ? Ils sont pourtant parmi nous, ils arrivent en masse, à raison de 2 à 6 bus par jour, pour le meilleur et pour le pire. Qui sont-ils ? Que font-ils ? Que nous veulent-ils ? Nous nous sommes penchés sur le phénomène du tourisme chinois à Dijon. Nous nous attendions à une omerta, c’était l’inverse. Comme si les gens voulaient parler. La thérapie par la parole. Échanger, pour mieux comprendre.

C

Pékin express. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il y a deux catégories de touristes chinois bien distinctes en Bourgogne. D’abord, les Chinois « haut de gamme » plus aisés, qui prennent le temps de visiter. Au programme : oeno-tourisme, gastronomie et shopping de luxe, en témoigne cette bijouterie rue de la Liberté qui accepte carrément le paiement par carte bancaire chinoise. L’Europe, ils la connaissent déjà, ils ont déjà grimpé la Tour Eiffel. Ce qu’ils veulent maintenant, c’est découvrir la France profonde, « une ville authentique du terroir ». Le ter-ter. Et avec eux, c’est bling-bling attitude. Il faut que ça brille. Ils dépensent la plupart de leur flouze en articles de marques de luxe. D’après les données de l’office de tourisme, « avec un panier moyen en détaxe de 1.500€, ils représentent la première clientèle des grands magasins parisiens. La dépense hôtelière est encore assez loin derrière le shopping ». Ce que nous confirme un réceptionniste d’un établissement haut de gamme près de la gare : « Ils s’en foutent d’être dans un boui-boui ». Bon, faut pas déconner, on les soupçonne tout de même de chercher à racheter tous nos bars-tabacs et nos brasseries. Car au milieu de toutes ces visites bucoliques qui sentent bon le pain d’épices et les achats de sacs en croco, il y a également du tourisme d’affaires. Businessmen, médecins, scientifiques : c’est tout le gratin de l’Empire du Milieu qui se réunit dans la capitale du bon goût. Pour le congrès international du nez électronique, par exemple. Didier Martin nous balance une anecdote à propos d’une délégation d’hommes d’affaires chinois, propriétaires d’une fameuse brasserie en Chine et en trimballe à Dijon. Une fois le lourd protocole achevé, on enquille. Première question : « Est-ce qu’il y a des brasseries ici ? » Deuxième question : « Est-ce qu’on peut les racheter ? ». Bon. « Le Chinois est un commerçant dans l’âme », selon Didier, notre →

e n’est un secret pour personne : la population chinoise s’accroît de jour en jour. Un équivalent de notre classe moyenne a vu le jour et quand une population d’environ un milliard et demi d’habitants s’ouvre au tourisme, ça se remarque. En revanche, si Paris est pour nous une évidence, pourquoi ces touristes en herbe arrivent-ils par milliers dans notre capitale à nous ? C’est avec un milliard d’interrogations que nous sommes allés voir Didier Martin, le gourou du tourisme en Bourgogne. L’adjoint au maire de Dijon délégué au tourisme et président de l’office de tourisme nous reçoit dans son bureau à l’Hôtel de Ville, avec vue sur la place de la Libération : « comme ça, je compte les touristes chinois ». C’est un marrant, Didier. Il nous le confirme, le tourisme chinois est en plein boum. Avec ses équipes de l’office de tourisme de Dijon, il écume les salons en Chine depuis plusieurs années, de Hong Kong à Shanghai en passant par Macao, pour aguicher les tours-opérateurs. Une stratégie qui paie : parallèlement à la démocratisation du secteur en Chine (7 tours-opérateurs en 1990, 1.400 en 2012), les touristes chinois se sont rués sur Dijon et la Bourgogne comme un poivrot sur un mauvais pinard. Ils veulent découvrir notre gastronomie, nos vignobles, nos produits de luxe. Nous, on veut leur pognon, on est fait pour s’entendre. Aujourd’hui, le contingent touristique chinois représente le troisième plus important en Bourgogne après les visiteurs belges et britanniques. Il devrait même passer en tête d’ici une poignée d’années si la tendance se poursuit. 15


Chinatown.

guide de la psychologie asiatique. Pour lui, il faut approfondir notre connaissance de cette population en quête d’expériences occidentales. Il en profite pour citer habilement, à plusieurs reprises, la Cité de la Gastronomie, dont il a la charge, propice selon lui à l’ouverture de notre culture à l’étranger, et particulièrement aux Chinois, amateurs de cet art de vivre à la française.

« Heureusement qu’ils ne restent que deux nuits, s’ils restaient plus longtemps, ils ruineraient nos chambres » La réceptionniste d’un hôtel

Quartier de la gare : Chinatown. Mais en marge de cette

clientèle friquée, cette poule aux œufs d’or et aux yeux bridés, il y a les autres. La masse. Moins fortunée. Moins habituée aux voyages, la nouvelle classe moyenne. Le véritable mystère concerne ces bus, déchargeant quotidiennement rue des Perrières des Chinois aux mines fatiguées, le regard vide, probablement épuisés par un long voyage dans l’inconfort d’un autocar. On aimerait se dire, en bons chauvins fiers d’être Bourguignons, que notre région est si belle, si riche, si attractive, qu’elle séduit et attire par milliers ces touristes, avides de souvenirs forts et d’expériences « authentiques ». Que nenni ! Toutes les informations récoltées au cours de notre enquête sont sans appel : pourquoi Dijon ? Bah parce que Dijon, c’est sur la route. Ah ! Notre si belle capitale n’est qu’une étape pour une grosse majorité de touristes chinois. Une étape, bordel ! Une aire d’autoroute de luxe. Un guide (chinois, évidemment), traînant derrière lui une file de touristes visiblement affamés, nous le confime d’un laconique : « Ah non mais on visite pas. On reste une heure. On va manger au restaurant là, et on repart, direction Paris ». Et où vont-ils manger ? Je vous le donne en mille. Au restaurant chinois ! Deux restaurants

de prédilection : « Allô Nem » avenue Foch, et « Anshu » rue des Perrières. Trois nems, et ca repart. « Les Chinois n’aiment pas la nourriture occidentale, ils veulent manger comme chez eux », selon l’un des restaurateurs asiatiques du quartier. Soit ils arrivent le soir et pioncent une nuit avant de reprendre la route, soit ils s’arrêtent en coup de vent le midi. Sur une feuille de route qu’on s’est procuré, le programme prévoyait l’arrivée à 12h20 pour un départ à 14h30. La durée moyenne du séjour à Dijon pour nos amis : 1,2 nuits. On vous l’accorde, c’est pas énorme. Mais alors, quel intérêt représente Dijon pour eux ? Principalement… le repos. Il faut avouer qu’ils bombardent, ces touristes. Ils sont fatigués, ils n’arrêtent pas, leur circuit se déroule à un rythme effréné. Tout est chronométré, millimétré. Nous avons croisé un chauffeur de bus, que nous avons interrogé sur son circuit : dix jours on the road. Partis de Paris, où ils sont restés trois jours, ils passent une journée et une nuit à Dijon, puis descendent en Italie. Le rythme est hyper intense et ça se voit : 42 16


Dijon est une aire d’autoroute de luxe

le chauffeur a l’air naze, lui aussi. Toujours cette impression que, même s’ils restent parfois une nuit chez nous, ils ne font que passer. C’est sûrement la raison pour laquelle on ne les voit que très rarement au centre-ville : ils n’ont pas le temps ! On a plus de chance de croiser les touristes chinois dans leur Triangle d’Or (place Darcy – rue des Perrières – avenue Foch) qu’en hyper-centre en train de tripoter la Chouette. Leur visite de Dijon doit généralement s’arrêter à la place Darcy, le temps d’une photo symbolique. La porte Guillaume pour limite. Seuls les plus courageux s’aventureront plus loin. Et pour preuve : la moutarde de Dijon et le vin de Bourgogne, ce ne sont pas dans les boutiques du centre-ville extrêmement visitées par les autres touristes qu’ils les achètent, mais dans les épiceries proches de la gare.

s’est adaptée à cette nouvelle clientèle. « Leur présence a considérablement changé le commerce. Le patron s’est adapté : il a changé certains produits pour convenir à la demande » nous confie Erkan du Cocorico. « On a mis plus de moutarde, plus de vins de Bourgogne et de la nourriture asiatique également, comme les nouilles instantanées. Globalement, ils raffolent de produits régionaux, et typiquement français. Et les tablettes de chocolat ! C’est impressionnant le nombre de tablettes qu’ils achètent ». La drague du touriste chinois ne s’arrête pas là, puisque l’épicier a carrément installé un panneau à l’extérieur du magasin, indiquant, en chinois s’il vous plaît, les produits disponibles susceptibles de les intéresser le plus. À l’intérieur de la boutique, on peut également trouver des petites affichettes en chinois qui indiquent les promos. À l’entrée du restaurant Anshu, on trouve des produits à vendre, comme à l’épicerie : des produits régionaux (moutarde, vin), Ferrero rochers, des soupes chinoises instantanées, mais également des produits d’hygiène : déodorants, shampoings. Cette gringue faite à la clientèle chinoise, on peut la comprendre. Selon Erkan, « ce sont de très bons clients, et pendant les périodes basses, heureusement qu’ils sont là. Ils sont devenus indispensables pour notre commerce ».

« Des meutes, une transhumance ». Mais alors, si nos amis chinois ne stoppent à Dijon que pour taper un roupillon, prendre une photo et aspirer trois nouilles, représentent-ils un réel bénéfice pour les commerçants dijonnais ? Hé bien oui. Parce qu’ils sont nombreux. Ils sont légion ! Parfois, trop. « Ce sont des meutes, une transhumance » lâche le réceptionniste d’un hôtel proche de la gare, excédé par leur comportement de groupe. Mais des meutes qui consomment, et qui font du bien à certains commerces. Même si selon Didier Martin, ils ne consomment pas assez chez nous, ils représentent tout de même une sacrée source de revenus pour pas mal d’hôtels et de commerces, principalement ceux situés autour de la gare. L’épicerie Cocorico en fait partie. Et comme les autres, elle 17


« Ce sont de très bons clients, et pendant les périodes basses, heureusement qu’ils sont là. Ils sont devenus indispensables pour notre commerce »

de les accueillir en couchsurfing dans ton T2. Leur comportement étrange peut aussi se voir dans leur façon de se déplacer : Erkan du Cocorico nous confie, amusé, qu’ils ont tendance à se bousculer facilement, à se rentrer dedans. Comme si la densité de la population dans les grandes villes chinoises les conditionnait à se mouvoir de cette manière surprenante. La réceptionniste d’un hôtel s’emporte : « Leurs agissements ne nous plaisent pas spécialement et peuvent gêner nos autres clients, notamment lorsqu’ils se raclent bruyamment la gorge le matin au petit-déjeuner, ce n’est pas vraiment agréable. Ils nous manquent parfois de respect, sont assez sales… Heureusement qu’ils ne restent que deux nuits, s’ils restaient plus longtemps, ils ruineraient nos chambres ». C’est peut-être la raison pour laquelle au restaurant Anshu, rue des Perrières, il existe deux salles bien distinctes : une pour les clients dijonnais ou de passage, une autre réservée aux touristes chinois, en groupe. Il y a même deux entrées différentes : on ne mélange pas ! Les Chinois ne cherchent pas à se mélanger aux populations locales, de toute façon. Ils ne s’adressent jamais directement au personnel de l’hôtel, tout passe par leur guide. Et puis, ils ne parlent ni anglais, ni français. Lorsque nous avons cherché à échanger avec certains d’entre eux au détour d’une sortie de bus ou de restaurant, ils nous renvoyaient avec un timide « no, no ». « Ils ne s’intéressent à rien, à part au wifi. Le wifi, ils se jettent dessus », précise un autre réceptionniste, visiblement excédé. « On se demande vraiment ce qu’ils apprécient. On a l’impression qu’ils doivent rattraper le temps perdu quand ils ne pouvaient pas voyager, du coup c’est consommation à outrance, ils ne profitent pas ! » Malgré tout, cette clientèle bordélique fait du bien au secteur de l’hôtellerie. À tel point que certains ne peuvent plus s’en passer désormais et que de plus en plus d’établissements cherchent à toucher leur part du gâteau. Tu peux désormais croiser des groupes dans certains hôtels rue Turgot ou rue des Godrans... Finalement, Dijon comme destination touristique en tant que telle séduit autant qu’elle indiffère. Proche de Paris, porte d’entrée sur l’Europe et destination prisée des touristes asiatiques, la capitale bourguignonne jouit également de la réputation de ses vignobles à l’international. Alors que la France et la Chine fêtaient en 2014 le 50ème anniversaire des relations diplomatiques entre nos deux pays et que cette grande nation d’amateurs de riz s’apprête à abandonner la politique de l’enfant unique, il faudra s’habituer de plus en plus à croiser nos amis asiatiques à Dijon. Sans compter sur les ambitions insatiables de Didier Martin et de ses équipes de l’office du tourisme : « On est contents de cette manne mais je crois qu’il faut qu’on aille plus loin ». Allez, on continue le bon boulot les gars. // P.C. & L.B.

Erkan, de l’épicerie Cocorico

Un mal nécessaire ? Cependant, tous ne sont pas aussi optimistes quand il s’agit de parler de la clientèle chinoise. « On les aime bien parce qu’ils remplissent l’hôtel, mais c’est tout », nous balance la réceptionniste d’un hôtel. Les touristes chinois, un mal nécessaire ? Il est vrai que lorsqu’il s’agit d’aborder la problématique du comportement des touristes, nos interlocuteurs se lâchent. Mais alors, carrément. Il est vrai que le tourisme à grande échelle est quelque chose que la population chinoise découvre depuis simplement quelques années. Grand écart culturel oblige, certains comportements peuvent surprendre, voire choquer nos hôtes bourguignons. À tel point que la Chine a dû publier un Guide du touriste bien élevé à destination de ses ressortissants. Dans certains hôtels dijonnais, des pancartes pour les Chinois leur indiquent, dans leur langue, que cracher par terre, chez nous, ça ne se fait pas. Des mesures qui choquent les Japonais, cette clientèle louée par les hôteliers pour leur attitude respectueuse, ces ennemis intimes des ressortissants de la République populaire préférée des communistes. Notre conception des normes sociales est vachement différente : un voyage en Chine et on peut vite s’en rendre compte. Ils braillent, bouffent toute la journée, crachent par terre, te reluquent le zgeg dans les toilettes publiques. Les gosses en bas âge ont même un trou dans leur futal pour pouvoir pisser (parfois au milieu de la rue), au calme. Ce qui ne choque personne là-bas. C’est comme ça. Le choc des cultures se ressent forcément, en dépit des dispositions prises par le gouvernement chinois pour éduquer sa classe moyenne en quête du frisson touristique aux habitus culturels européens. Les employés des différents hôtels visités nous ont confirmé ces poncifs : les Chinois peuvent passer pour des dégueulasses. Ils pissent dans les couloirs, crachent dans les cendriers, se douchent à même le sol de la salle de bain, arrachent les rideaux, cassent les abats-jours, tapissent leur chambre de papier-toilette. On ne te conseille pas 18



rencontre

par ivan moal photos : alexandre claass illustration : hélène virey

“La FrancheComté existait avant la France. Elle mérite un minimum de respect !” Jean-Philippe Allenbach, du Mouvement Franche-Comté, nous a fourni un précieux howto : comment devenir Suisse en quelques petites leçons. - Besançon ? Euh, c’est dans l’est de la France, à côté de la Suisse. Grosso modo entre Bâle et Genève, tu vois ? - Et y’a quoi d’autre comme ville à côté ? - Strasbourg au nord, et Lyon au sud. Pour certains Francs-Comtois, leur région se définit par rapport à la frontière franco-suisse. Une frontière qui s’apparente davantage à une simple limite administrative, longue de 230 kilomètres, tant les paysages se ressemblent des deux côtés du massif du Jura. Environ 30.000 Francs-Comtois travaillent par exemple en Suisse. « La Suisse est le premier employeur de la région, avant Peugeot », peut-on lire sous la plume de Joël Grappin, un habitant du Doubs qui milite pour que la RTS (Radio Télévision suisse romande) puisse diffuser ses programmes en Franche-Comté. Pourtant, si la légende veut que Besançon fut autrefois une « vieille ville espagnole » (dixit Victor Hugo), elle n’a jamais été suisse et c’est dans ce contexte que plusieurs voix ont pu s’élever en Franche-Comté en réaction à la fusion programmée avec la Bourgogne. « Plutôt Suisse que Bourguignon, plutôt Berne que Dijon ». Sérieux ? Oui, ce n’est pas que du folklore (pour ça, il y a la République du Saugeais). En tête de cortège, Jean-Philippe Allenbach, citoyen franco-suisse, né en 1948 à Besançon. Une figure locale dans la capitale comtoise. Il fut longtemps porte-parole du Parti Fédéraliste, de 1995 à 2005 et en a porté les couleurs aux élections municipales de 2001. Sa liste avait alors

rassemblé plus de 4 % des suffrages. Après une candidature ratée à la présidentielle de 2002, faute d’avoir obtenu les 500 signatures, il est tête de liste aux régionales de 2004 en FrancheComté. Son programme ? « Une Franche-Comté ni dupe, ni soumise ». Verdict : lanterne rouge avec 0,25 %, soit 1 154 bulletins. Après avoir rompu avec le Parti Fédéraliste et lancé une candidature (avortée) à la présidentielle de 2007, il est désormais à la tête du Mouvement Franche-Comté, un parti dont l’objectif est de « défendre l’intérêt supérieur de la FrancheComté ». En somme, un parti régionaliste.

L’objectif ? « Défendre l’intérêt supérieur de la Franche-Comté ».

Propriétaire d’un immeuble en plein centre-ville de Besançon donnant sur la Place du 8 septembre, Jean-Philippe Allenbach a voulu en faire une vitrine pour la cause qu’il défend. Les Bisontins s’étaient habitués à cette devanture vitupérant contre le projet de tramway du maire (PS) Jean-Louis Fousseret. Opposé à la création de la nouvelle région Bourgogne-FrancheComté, il y dénonce actuellement une « fusion piège à cons ». Parodiant le logo de la future ex-

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région Franche-Comté, il imagine un Pacman bourguignon croquant sa voisine de l’est. La Franche-Comté, il l’aime tellement qu’il serait capable d’en parler pendant des heures, grillant cigarette après cigarette. Au moment de notre rencontre, il venait d’apprendre peu de temps auparavant qu’il était débouté du recours intenté contre l’organisation des élections à l’échelle de la Bourgogne-Franche-Comté. À peine assis à la table qu’il se lance dans une critique d’un Conseil d’État « juge et partie », fustigeant « un système soviétique où les élites savent mieux que d’autres ce qui est bon pour le peuple ». Indéniablement, Jean-Philippe Allenbach excelle dans l’exercice de la punchline. Visiblement, la perspective d’un mariage entre la Franche-Comté et la Bourgogne ne l’enchante pas. Jean-Philippe Allenbach, JPA pour les intimes, réfute les arguments du Conseil d’État, qui considère la loi fixant les régions dans leurs nouvelles limites comme « loi de procédure », un concept juridique qu’il trouve fumeux. « Il font des pirouettes, mais à aucun moment ils n’écrivent que la France a réellement respecté la Charte européenne de l’autonomie locale », texte sur lequel il se base pour contester les fusions des régions. À ses yeux, rien n’est bon dans la réforme territoriale. « On se disait qu’avec la décentralisation, les régions auraient du pouvoir, des moyens et seraient autonomes comme des cantons suisses ou les Länder allemands. Résultat des courses : pas plus d’argent, pas plus de pouvoir, et la Franche-Comté rayée de la carte ». Ce qui attriste →


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FLNC, canal cancoillotte.


Besançon, Suisse.

chômage dépasse largement celui du canton (suisse) du Jura. Entretien avec le bonhomme.

L’objectif ? « Défendre l’intérêt supérieur de la Franche-Comté »

Plutôt Suisse que Bourguignon, dites-vous. Êtes-vous sûr que les Suisses aient envie d’accueillir un 27ème canton ? Justement, oui. Il y a un complexe franc-comtois vis-à-vis des Suisses : on ne serait pas assez bien ni assez riche pour eux. C’est faux ! le Mouvement FrancheComté a commandé un sondage en 2008. On avait posé la question suivante : « Si demain les régions françaises voisines de Franche-Comté et de Savoie demandaient à devenir cantons suisses, y seriez-vous favorable ? » 6,9% étaient très favorables, 36,8% assez favorables, 26% assez opposés et 11,5% très opposés. 18,8% ne se sont pas prononcés (NDLR : enquête réalisée entre les 25 et 30 août 2008 auprès d’un échantillon de 509 personnes par le LINK-Institut de Lausanne). Dans sa majorité, l’opinion publique suisse approuve donc l’idée d’un canton de FrancheComté. J’ai entendu des Suisses, y compris à Zurich, le dire très simplement : « La FrancheComté, c’est pas un problème pour nous. Vous, les Francs-Comtois, vous payez correctement vos impôts, vous faites du fromage, et vous êtes catholiques ».

Jean-Philippe Allenbach ? Que la FrancheComté n’ait plus de personnalité juridique, avec son assemblée, son budget et son drapeau. « La Franche-Comté n’aura plus de papiers d’identité ni de chéquier. Il ne faut pas oublier qu’elle existait avant la France. Elle mérite un minimum de respect ! » Lui a une solution toute faite : la Franche-Comté doit devenir un canton suisse. Il nous avait déjà fait le coup en 2005 après la victoire du Non au référendum sur la Constitution européenne. Un sondageévénement avait buzzé des deux côtés de la frontière, rapidement relégué dans la rubrique insolite des journaux et magazines. Cette fois-ci, il considère que « François Hollande a ouvert le feu en anéantissant la Franche-Comté ».

Sur ces mots, on imagine des Rafales ou des Mirages de l’armée française larguant leurs bombes au-dessus de Besançon, Montbéliard ou Saint-Claude. Il continue dans l’exercice de la métaphore en évoquant ensuite un couple. Pour Jean-Philippe Allenbach, la FrancheComté est mariée à un loser. « Oui, l’État est un loser. Il est couvert de dettes, il dépense à tire larigot. Alors la solution qui s’offre à elle est de lui dire : Mon chéri, je t’aime bien, mais je préfère voir ailleurs ». D’autant que pour le portedrapeau du Mouvement Franche-Comté, « on vit mieux en Suisse qu’ici : moins de chômage, moins d’insécurité, un meilleur niveau de vie ». Et son argument qui tue, c’est l’exemple du département (français) du Jura, où le taux de 22

Et la Bourgogne, dans tout ça ? C’est quoi le problème avec les Bourguignons ? Franchement, les synergies sont à rechercher avec la Suisse, pas avec la Bourgogne. Et d’ailleurs, qu’est-ce que la Bourgogne apporte à la Franche-Comté ? Sa dette ! Les Bourguignons font du vin ? Nous aussi ! Et en plus, on a le Comté. Par contre, la Franche-Comté apporte PSA, Alstom et une frontière avec la Suisse. Non non, Bourgogne et Franche-Comté n’ont rien à voir ensemble. La Franche-Comté faisait partie du Saint-Empire Roman Germanique, tandis que les Ducs de Bourgogne préféraient partir à la conquête de la France. Vous savez, ici, on garde un bon souvenir du Saint-Empire. Besançon, alors, était une ville libre, exemptée d’impôts... Il paraît que vous avez entrepris des démarches pour que la Suisse accueille la Franche-Comté. Vous avez vraiment contacté la présidente de la Confédération suisse ? Qu’est-ce qu’elle vous a répondu ? Oui, on l’a contactée en 2008. La


présidente de l’époque nous a répondu que la Suisse ne prendrait aucune initiative susceptible de se fâcher avec la France. C’est une réponse de Suisse : elle ne dit pas “oui”, mais elle ne dit pas “non”. Le Mouvement Franche-Comté a prévu de solliciter à nouveau l’actuelle présidente, Simonetta Sommaruga, ou le président en exercice en 2016 (NDLR : en Suisse, le président de la Confédération est élu pour un an parmi les membres du gouvernement), avec un nouveau sondage à l’appui. Ça prend un peu de temps, parce qu’une enquête comme ça, ça coûte cher à produire. Là, vous allez sonder les Suisses. Mais les Francs-Comtois, vous croyez qu’ils veulent faire sécession avec la France, et rejoindre la Suisse ? Ça implique quand même beaucoup de choses, comme le service militaire obligatoire. Oui, il y en a de plus en plus, qui le disent et qui le pensent. Les Francs-Comtois rêvent de la Suisse. Peut-être qu’on en trouvera qui ne veulent pas devenir Suisses, mais c’est une réaction émotionnelle. Si l’on regarde les choses rationnellement, il n’y a pas un seul argument qui nous pousserait à rester en France. Pas la queue du début de quelque chose ! Ce que je constate, c’est qu’il y a un rêve suisse ; il n’y a pas de rêve français. La vérité, c’est que les FrancsComtois regardent vers la Suisse, alors que la France ne fait pas rêver les Suisses. Regardez le canton de Genève, qui fut un département français mais qui pour rien au monde n’aurait envie de rejoindre la France. Faire sécession, ça se passe comment, concrètement ? Ce n’est pas juste un petit formulaire à remplir... Il suffit de lire la constitution de la Vème République. L’article 53 prévoit que la cession, l’échange ou l’adjonction de territoires se fasse dans le cadre de traités internationaux et après consultation des populations intéressées. Donc fondamentalement, si les gens sont d’accord, ça peut se faire. J’entends bien ceux qui disent : “Mais c’est complètement fou, ça ne se fera jamais !” Je remarque cependant que, rien qu’en Europe, il y a de plus en plus de changements de frontières. Vous avez vu que des élus proposaient à la Wallonie et à Bruxelles de rejoindre la France ; les mêmes, parfois, refusent que la Franche-Comté rejoigne la Confédération suisse. De toute façon, si la population le veut, aucun gouvernement ne prendra le risque d’envoyer l’armée. La Franche-Comté, ce n’est pas la Crimée. Vous voyez ce qui se passe en ce moment en Catalogne ? Madrid ne va quand même pas intervenir militairement. Admettons que l’on organise une série de référendums, en Franche-Comté et en Suisse.

Vous croyez que ça va passionner nos voisins ? Il y a des Suisses qui ne savent pas où ça se trouve, la Franche-Comté ! Oh si, détrompezvous ! Il y a un vrai intérêt côté Suisse pour tout ce qui se passe ici. Les Suisses suivent l’actualité française, ils connaissent bien la France. Les radios et télévisions françaises sont reçues à Genève. Vous avez remarqué que ce n’est pas le cas ici : moi-même, je suis passé en correctionnelle pour avoir diffusé Couleur 3 en pirate à Besançon. Ça, c’est pour la Suisse romande. À Zurich, on pense business, et personne ne fait d’objection particulière. Peugeot et Alstom deviendraient suisses : c’est ça qu’on voit. Imaginons un plan B : une Franche-Comté indépendante. Vous le souhaiteriez ? Non, et je n’y crois pas trop. Je vais reprendre la métaphore du couple : “J’ai envoyé chier mon mari et je l’ai quitté, je ne vais quand même pas aller m’installer toute seule dans un studio, alors que je pourrais aller chez quelqu’un qui m’aime…” Je vous rappelle que je ne suis pas régionaliste : je suis fédéraliste. Mon rêve, c’est une France fédérale. Dans les autres pays, c’est d’une banalité, de se définir comme fédéraliste. Je suis pour l’application du principe de subsidiarité : ne pas faire à deux ce qu’on peut faire tout seul. Le Mouvement Franche-Comté n’est pas régionaliste ? Il y a de tout, au Mouvement Franche-Comté, pas que des régionalistes ou des fédéralistes. On y trouve des gens de gauche, des gens de droite. Ce qui nous mobilise, c’est la défense des intérêts francs-comtois. La campagne pour les élections régionales a commencé. Vous comptez y participer, prendre position, présenter des candidats ? Ah non, hors de question pour nous de présenter une liste dans une région qui n’existe pas ! Ça revient à cautionner cette “Bourgogne-FrancheComté”. Tous les candidats francs-comtois qui se présentent sont des traîtres : ils ont été élus pour défendre les intérêts des habitants et de la région, pas pour défendre Valls et le Gouvernement. Oui, ils ont trahi la FrancheComté, ils ont capitulé ! Avec la fusion, on perd tout : l’Assemblée, le budget, la personnalité juridique, le drapeau. La Franche-Comté n’existera plus, ou alors simplement au niveau folklorique. Dans cette affaire, les élus ne pensent qu’à leur avenir personnel. La gauche est pour, parce qu’il faut soutenir le gouvernement. La droite ne dit rien, parce qu’elle sait qu’elle va gagner des grandes régions, plus grandes que des états européens. Honnêtement, quand je vois comment on a capitulé face à Manuel Valls, je comprends mieux comment on a capitulé en 1940. Alors non, on ne présente pas 23

de candidats, mais on va appeler à voter blanc, comme le font d’ailleurs nos partenaires “Les Fédérés” et “Les Alsaciens réunis”. In fine, notre objectif commun est de présenter un candidat, Paul Mombach, à l’élection présidentielle de 2017. Les 500 signatures, on les aura facilement. Notre candidat est maire de Dannemarie, en Alsace. On va se concentrer sur la bande est du territoire français, de Strasbourg jusqu’à Nice, ce qui correspond peu ou prou à l’ancienne Lotharingie.

« Les Francs-Comtois rêvent de la Suisse. Peut-être qu’on en trouvera qui ne veulent pas devenir Suisses, mais c’est une réaction émotionnelle »

Avec quel programme ? Un programme fédéraliste. Moi, j’aime bien utiliser cette formule : le maximum du possible aux régions et le minimum du nécessaire à l’État. C’est un scrutin important. Tous les candidats sont des jacobins pur jus, à commencer par celle du Front National. Le FN souhaite d’ailleurs la mort des régions, il préfère les départements. L’est de la France correspond à des zones qui ont toujours été en contact avec des états voisins et frontaliers. Les maires, les élus, voient la différence entre un état centralisé comme la France et ce que peuvent faire les communes en Allemagne, en Suisse ou en Italie. Croyez-moi, le maire de Pontarlier, il sait très bien ce que le syndic (NDLR : maire) d’Yverdon, à cinquante kilomètres de lui en Suisse, a comme pouvoir et marges de manœuvre en plus. Une dernière question, à propos du logo de la région Franche-Comté : avouez que ce ne serait pas une grosse perte. Il est moche, vous ne trouvez pas ? Non, j’ai toujours eu un petit faible pour ce logo, qui représente la Franche-Comté en dehors de la France... // I.M.


immersion par franck le tank illustrations : estelle vonfeldt photo : DR

La

triste

Zumbawa, Zumbaia… Cette musique entêtante résonne dans ma tête, chaque jour un peu plus. Je ne veux pas céder aux sirènes de la hype et rejoindre le club de sport qui me fait de l’œil au coin de ma rue. Mais je n’y peux rien c’est déjà trop tard, le raz-de-marée Zumba m’a déjà balayé sur son passage.

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Quand Ricky Martin rencontra Veronique & Davina. Malgré ce que l’on peut penser, la Zumba n’est pas née de la dernière pluie. Son fondateur, Alberto Perez, dit Beto, a créé ce mouvement à un moment charnière du bon goût : les années 90. La légende dit que Beto, prof’ de fitness émérite, aurait un jour oublié la cassette préconçue pour son cours. Dans un mouvement de panique, il aurait utilisé une cassette de substitution, son top à lui composé d’airs latino (Lorie n’étant pas dans la « selecta »), afin de mener à bien son cours. L’effet aurait été tellement saisissant que Beto se consacra depuis, corps et âme, à l’évangélisation de sa pratique sportive. Pour ma part, la Zumba est une activité inconnue au bataillon jusqu’aux environs de 2010 mais j’avoue avoir peut-être confondu le mouvement avec celui de la Tektonik (les couleurs chatoyantes sans doute). Qui aurait pu me dire que, un peu par hasard et grâce à un alignement astral des calendriers, je me retrouverais au Zénith de Dijon en 2015 pour le « plus gros événement Zumba d’Europe ». La serendipité mecton. Dès l’arrivée sur les lieux, un samedi d’octobre, le spectacle est édifiant ; des bus affrétés et des hordes de gens, tout de fluo vêtus se chauffent sur le parking. Je vous rassure, pas de mix sky-coca ou de grosses clopes. On danse, serviette autour du cou tout en se rafraîchissant à la Cristaline. Healthy. La queue de plusieurs dizaines de mètres devant la salle, que j’esquive royalement grâce à mon accréditation Sparse, est surréaliste. Je pénètre par l’entrée des artistes et m’installe tranquillement pour rencontrer le promoteur de l’événement Z33 (pour Zumba 33), présidé par Hermann Melo, la star européenne de la discipline. La soirée est organisée autour de deux temps forts, une première partie de l’artiste Seb Sax, présenté comme le saxophoniste de David Guetta (calme-toi, il a partagé un seul titre avec lui), puis la soirée Zumba où 33 professeurs de la région viennent épauler ce bon vieil Hermann (âgé également de 33 ans), pour faire danser la foule. Notre contact sur place, que nous avons eu peu de temps avant au téléphone et que nous appellerons Patoche, a un accent sudiste et un sac de blagues plus fourni que Jean Roucas. Il m’accueille à bras ouverts tout en faisant son tour de régie en réglant les derniers détails de la soirée. S’en suit une discussion à bâtons rompus sur le

« La Zumba, c’est une secte. De gentils, certes, mais cela reste une secte » Patoche, organisateur d’événements Zumba

pourquoi de l’organisation d’un événement aussi atypique. Il m’avoue très clairement que la Zumba, ce n’est pas sa came. Patoche est dans l’organisation de concerts de rock style « tribute » à des stars décédées. Mais voilà, sa femme a un faible pour la Zumba et apparemment ça rapporte. En effet, le Zénith de Dijon affiche complet pour la jauge prévue : 1.500 places ont été vendues en un temps record. Depuis leur premier test de soirée Zumba dans un petit village du sud de la France, ils ont vite réalisé que l’attrait pour ce « sport » était des plus grandissants. Depuis, c’est donc success sur success, puisqu’ils ont rempli l’Arena de Montpellier et plusieurs Zénith à travers la France. Pyramide du Plaisir. Mais alors, comment une pratique fitness peut se retrouver catapultée dans un Zénith devant autant d’aficionados ? Patoche est péremptoire : « La Zumba, c’est une secte. De gentils, certes, mais cela reste une secte ». Le modus operandi est simple, on fait dans

le participatif afin que chacun soit le plus engagé possible ; la condition sine qua none pour que le porte-monnaie reste ouvert. Voyez vous-même. Les intervenants présents sur scène avec Hermann sont des professeurs qui viennent de Genlis principalement (c’est la réalité !). Ils sont venus avec leurs élèves qui eux-mêmes prodiguent la parole d’évangile en local à qui veut bien l’entendre. La pyramide du plaisir est donc complète ; la Zumba est une grande famille où toutes les caractéristiques sociales et physiques sont effacées et où tout le monde participe. Patoche nous confie également qu’à son échelle organisationnelle, la plupart des membres de l’association sont des bénévoles qui gagnent parfois très bien leur vie et qui ne sont motivés que par l’aspect plaisir procuré par cette activité. On commence à comprendre la dérive sectaire, Tom Cruise sort de ce corps ! Night-Club x Zumba x Diarrhee auditive. H-2 minutes avant que les portes ne s’ouvrent, les jeunes (et moins jeunes) filles débarquent en courant dans la salle, ça me rappelle l’intro de The Wall d’Alan Parker avec la DayGlo* en plus. Patoche me prévient que les filles vont littéralement « mouiller leurs petites culottes » pour la première partie. Je le laisse et file m’installer en gradin. Le saxophoniste Seb Sax ressemble au mème internet Epic Sax Guy qui a fait les choux gras de l’Eurovision, il y a quelques années. Le mec joue par-dessus une bande son bien trop compressée, c’est tout bonnement infâme. Peu importe, les filles n’entendent rien et crient, on se croirait devant les Beatles au Shea Stadium, le talent en moins. Aucun intérêt d’écouter des reprises des White Stripes au saxophone, je me rends au stand de merchandising pour voir l’ampleur des dégâts. D’ailleurs, le terme stand de merchandising est un peu réducteur puisque c’est un véritable supermarché Zumba qui s’offre à moi. Pour des sommes raisonnables (vu la qualité il ne faut quand même pas pousser mamie au RSA), les pratiquants peuvent s’acheter du casque audio, du string fluo et même de la godasse chinoise estampillée Zumba©, la marque officielle. Au détour du stand, j’entame la conversation avec une cliente potentielle qui s’avère être professeur de Zumba en Saône-et-Loire. Bingo ! →

*peinture fluorescente

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$umba Corp. Il me paraît nécessaire de savoir comment devenir prof’ de Zumba, afin de faire quelque chose de ma peau si la rédac’ de ce magazine me vire. La formation, selon Josiane, n’est pas que technique avec l’apprentissage des chorégraphies inhérentes à la pratique. On y parle beaucoup de valeurs de la Zumba.

Pas de compétition dans la Zumba, pas de discrimination, le cours que la prof’ dispense en campagne est souvent le rayon de soleil de la semaine pour les adhérents

Hmm, j’aimerais bien savoir en quoi le fait de danser en fluo sur une musique latina/ dance est porteur de valeurs. La réponse est toutefois catégorique : le partage, se vider la tête et être zen. Effectivement, on a bien un tiercé gagnant. Elle insiste sur le côté partage. Pas de compétition dans la Zumba, pas de discrimination, le cours qu’elle dispense en campagne est souvent le rayon de soleil de la semaine pour les adhérents. Là où le bât blesse, c’est qu’être prof’ à son niveau, c’est du bénévolat : « Je ne peux pas être payée pour les cours de Zumba si je n’ai pas de brevet d’état dans le sport ». De toute façon ce n’est pas le problème pour elle, car cette pratique est une « passion ». Cela va toutefois de mal en pis, j’apprends au fil de mes questions que la formation est payante et plutôt pas donnée, 800€ en moyenne pour la formation avec le crew de Zumba France dont Hermann Melo (encore lui !) et un abonnement mensuel d’une trentaine d’euros afin de recevoir les cours

et autres compilations musicales Zumba. Je commence à comprendre pourquoi la compagnie connaît une croissance à deux chiffres depuis 2007. Je laisse Josiane se diriger vers la piste pour rejoindre ses élèves. En pénétrant à nouveau dans la salle, je vois Seb Sax danser lascivement sur une fille choisie dans le public, saxochippendale. Je décide de faire une pause bar bien méritée, quand je me rends compte à mon grand effroi qu’aucun bar/snack n’est mis en place pour la soirée. Je prends mon mal en patience et observe les crews de Zumba se mettre en place. La physionomie des participants est effectivement très hétérogène. Beaucoup de mère/fille (préadolescentes qui n’ont pas encore envoyées valdinguer tout consensus parental), des bandes de copines pas forcément de première fraîcheur, des couples (plus rares), quelques mecs, des mamies en forme… Dans les gradins (particulièrement vides d’ailleurs), la typologie est plus simple : du troisième âge et des conjoints, en gros des gens qui se sont fait traîner là sans vergogne et qui se font tout simplement chier. "Un son a la Ibiza". C’est parti pour 1h30 de live. Àprès quelques erreurs techniques au niveau de la vidéo (que l’on peut évidemment qualifier de grandiloquente), les professeurs font leur entrée sur scène. Portrait géant et speaker présentant en grande pompe chaque intervenant bénévole (les 33 apôtres d’Hermann) qui à ce moment ne touchent plus terre. Après trois Kevin, deux Jessica et un Jordan, Hermann Melo vient compléter le tableau façon Noces de Cana. Avec son nom à faire rougir un dignitaire nazi planqué à Copa Cabana, Hermann Melo est beaucoup trop à l’aise. Il danse dans tous les sens et touche le derche de toutes les profs en arborant un sourire bright digne d’une pub Sanogyl. En qualité d’observateur, je ne peux qu’être choqué de la disparité technique entre la scène et

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le public. Les chorégraphies créées pour l’occasion sont inconnues des participants, qui font, pour la plupart, n’importe quoi ! Même si le principe de la Zumba est basé sur des mouvements simples et accessibles, il en reste que c’est une pratique plutôt rapide et que sans répétition, on va droit dans le mur. Surtout que la population du fond de salle n’est probablement pas la plus assidue. S’en suit un festival de collisions, de gênes et un grand tohu-bohu organisé pendant 20 minutes. Je dois vous avouer que je n’ai pas tenu plus longtemps, le Zénith commençant à sentir fortement le gymnase, je décide de m’éclipser sans repasser par la case Patoche.


Le top 10 des chansons de Zumba, par Franck Le Tank Zumba - Don Omar Si Sierra (Tequila) - Pachanga Danza Kuduro - Don Omar Dame - Jennifer Lopez feat. Chalanee Get Up (Levantate) - Pitbull Lou Bega - Mambo Number 5 El Party - Proyecto Uno Suavemente - Nayer feat. Pitbull & Mohombi Zumba He Zumba Ha - DJ Mam’s La Mordita (Zumba Mix) - Ricky Martin

La musique dans la peau. Je ne pouvais pas finir ce récit sans essayer moimême un cours collectif de Zumba sous peine de me faire traiter de hipster-nazi du bon goût dijo-dijonnais. Vous comprendrez aisément que je ne pouvais pas faire mes débuts au sein du plus grand rassemblement de Zénith d’Europe. Il me fallait donc un endroit plus cosy avec un niveau débutant pour tester mes compétences. Grâce à ma sœur (big up), adhérente d’un club de remise en forme dijonnais, j’intègre le monde des muscles trois semaines plus tard. En arrivant pile à l’heure du cours de Zumba, et en implorant le cours gratuit du parrainage (technique galvaudée des professionnels du sport en salle), je parviens à intégrer le cours. Machiavel est mon saint patron. Après quelques minutes, la réminiscence de l’événement Zumba au Zénith me revient en pleine poire. Une musique braillarde de type salsa, merengue y cumbia mixée à de la dance me casse à nouveau le cerveau. J’y retrouve la même faune qu’au Zénith, des jeunes filles, des femmes matures et entretenues (physiquement j’entends), des mamies, ou encore un homme qui semble éperdument amoureux de la prof’. Au niveau de la disparité des performances, aucun problème, c’est la même. Je suis incapable de bouger dans le rythme ou même de reproduire les mouvements sans ressembler à un chien dans un jeu de quilles. Après trois chansons, je percute une vieille dame qui apparemment s’inquiète pour son col du fémur, elle n’est d’ailleurs pas plus dégourdie que moi. Dans l’ensemble, un problème de cohésion générale se fait sentir. Même si les deux ou trois fayots du premier rang semblent connaître les chorégraphies, personne n’est exempt de

tout reproche. Bien que les chorégraphies soient moins dures que celles de Kamel Ouali, le problème réside dans la rapidité de reproduction et d’exécution de celles-ci. Contrairement à la danse où les pas sont répétés lentement au préalable, tout ici se passe first shot. Heureusement, Mambo Number 5, tube interplanétaire de Lou Bega, calme le jeu. La prof’ en profite pour faire péter les flashlights, on se croirait en boîte, l’accoutrement en moins. On varie entre mouvements d’aérobic (plus haut les gambettes) et les mouvements latino, suavemente. La prof’, qui a d’ailleurs un petit côté entertainer, crie du Zumba en veux-tu en voilà, et nous fait participer en nous demandant régulièrement si ça va et en nous encourageant. La fin du cours se passe sans heurt, 45 minutes de « danse » à géométrie variable. Je finis tout de même en sussu sans trop de courbatures. Il faut dire que le rythme imposé n’est pas trop violent, et le sport s’adapte effectivement à un type de population assez large. Je repense à la prof’ de Zumba interviewée dans les travées du Zénith et je n’arrive pas à comprendre le côté « zénifiant » de l’activité. L’agression sonore mélangée aux mouvements chaloupés pourrait me faire penser à un Taï Chi du beauf, mais ce serait trop facile. Bien qu’ayant cherché sur les Internets les valeurs véhiculées par la Zumba, et ce côté zen vendu à tort et à travers, je ne trouve pas la solution. Le monde chico et tout ce qu’il y a dedans. Au cours de ce reportage, j’ai été plusieurs fois interpellé par des gens qui me faisaient remarquer plus ou moins à juste titre l’aspect éphémère de la mode Zumba. Je ne peux pas les blâmer (ils aimeraient que

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L’agression sonore pourrait me faire penser à un Taï Chi du beauf

cela finisse vite), ni même affirmer que la Zumba ne disparaîtra pas, cependant cette mode s’est installée de façon durable dans le quotidien de millions d’utilisateurs. La machine marketing très bien rôdé de Beto y est également pour quelque chose ; en marge du merchandising évoqué plus haut, on pourrait parler des jeux vidéo, des DVD, des croisières ou encore de la diversification des cours : Zumba gold pour le troisième âge, Zumbatomic pour les kids… La liste est longue, bien trop longue, pour passer à travers le phénomène. Alors si vous voyez un proche contaminé, un seul conseil, fuyez ! Pendant qu’il est encore temps. // F.L.T.


interview

le fougueux françois cheval par édouard roussel photos : E.R.

Il y a bientôt deux siècles, Nicéphore Niépce inventait la photographie et les Chalonnais se sont dit que cela méritait bien un musée. Créée en 1974, la paisible institution vivotait gentiment, à l’écart des variations et des « pétulances » de la photographie contemporaine. En 1996, François Cheval en prenait la direction et engageait le musée sur une autre voie. En 20 ans, cet ethnologue et sociologue de formation, biberonné aux idéaux des années 1970, aura réussi à sortir le musée chalonnais de sa torpeur. Rencontre avec ce conservateur qui n’aime rien moins que de bousculer les conservatismes.

On a beau être là pour parler de photographie, c’est d’abord sur la musique que la conversation s’engage. Calé derrière son bureau, François Cheval déguste un album d’Hawkwind, Warrior on the Edge of Time. Il évoque Moorcock, l’écrivain qui a collaboré à l’écriture de celui-ci et le bassiste Lemmy Kilmister qui s’est barré du groupe en 1975 pour fonder Motörhead. On aurait presque envie de lui foutre la paix et de laisser aller la conversation là où il voudra, sur le rock, ou tout autre chose ; mais la musique cesse, et l’interviewé et l’intervieweur ont leurs partitions à jouer.

des œuvres de Fox Talbot (l’inventeur du procédé négatif-positif), mais aussi énormément de calotypistes français. Il a aussi défendu une école particulière, Cordier - Brihat - Sudre, une sorte de renouveau du pictorialisme. Son travail m’a permis d’éviter de continuer cette accumulation primitive et d’avoir la chance d’ouvrir le musée sur d’autres choses ; ce qui ne l’intéressait pas, moi m’intéressait. L’impression que cela donne, c’est d’avoir « rattrapé le retard », tant au niveau des collections, que du fonctionnement du musée. Vous vous y êtes pris comment ? Déjà, pendant un an, j’ai essayé de comprendre la muséographie française et de voir ce qui se faisait ailleurs, dans d’autres musées de la photographie (Rochester, Bedford, Cologne…). J’en ai fait un constat, plutôt accablé : on retrouve partout la même histoire, qui commence invariablement par « Dieu donna la photographie à l’humanité », avec toujours cette idée de raconter l’histoire chronologiquement. Je trouvais que ça n’avait aucun intérêt : les livres le font déjà ! J’ai pensé qu’il fallait réinventer un parcours en renversant la proposition.

Vous êtes arrivé en fonction en 1996 : vous aviez une idée claire de ce que vous vouliez faire ? Généralement, quand un nouveau conservateur arrive, il dit du mal de son prédécesseur et casse « l’outil », histoire de s’affirmer dans la rupture. Personnellement, j’ai beaucoup de respect pour le travail de Paul Jay, le premier conservateur du musée. Il a commencé avec très peu de moyens et créé une collection hallucinante : aujourd’hui, nous avons près de trois millions d’images et quelque 1.500 appareils. Il est parvenu à constituer un fonds de référence : avec 28


François Cheval, conservateur du musée devant une œuvre de Joan Fontcuberta, variation post-moderne sur la première photo de l’histoire : le Point de vue pris d’une fenêtre du Gras à Saint-Loup-de-Varennes.

Sur quels principes ? La photographie est un geste de technofacture : tout le monde sait l’utiliser mais, au final, peu de gens savent comment cela fonctionne. On a décidé de partir du point de vue de l’utilisateur, car la photo n’est pas réductible à l’art. C’est le point de départ pour expliquer comment on fait une photo et en comprendre le processus physico-chimique. Beaucoup de musées dressent aussi un inventaire des usages : la photographie scientifique, militaire, publicitaire, etc. Pour moi, ça n’avait pas de sens de présenter cela. Il y a autant d’usages que de photographes ! La photographie est clairement une dialectique entre ce qui est réalisable et l’utopie. L’utopie de tout couvrir, d’être une preuve, une vérité… Avec les équipes du musée, on a travaillé sur cette idée que la photographie évolue sans arrêt, prenant des formes sans cesse différentes, mais toujours entre ces quatre points cardinaux : le photographe, le sujet photographié, la caméra et la destination. On est le seul musée au monde à proposer ce type de discours sur la photographie et, je trouve qu’à partir de la centaine d’objets de Niépce, on a réussi à créer une institution qui est reconnue pour sa qualité.

l’ensemble de la chaîne, les autres musées externalisent pratiquement tout… On a même notre propre labo numérique ! À titre d’exemple, l’expo temporaire d’Olivier Culmann est entièrement produite par le musée, de la numérisation en haute déf ’ des négatifs aux tirages d’expo. Dans quelles mesures vos goûts personnels ont-ils influencé les collections ? C’est surtout ma formation qui a façonné mon goût : Deleuze, Guattari, Barthes… Au moins, je n’ai pas été massacré par une pseudo-histoire de la photographie écrite par les Anglo-Saxons qui pensent toujours qu’une photo est un tableau… Mais, même si je suis ethnologue-sociologue de formation, j’ai rompu avec les sciences humaines le jour où je me suis rendu compte que les artistes ont la capacité de condenser des propos très forts que le sociologue ou l’ethnologue vont diluer en 200 pages. Maintenant, j’ai une claire méfiance envers ce que j’aime dès le début. Très souvent, les gens pour qui j’ai le plus de curiosité sont ceux qui m’ont emmené dans des directions qui n’étaient pas les miennes : John Batho ou Patrick Bailly-Maître-Grand, pour ne citer que ceux-là.

Il n’y a pas que la présentation des collections que vous avez changée. Vous avez aussi pas mal fait évoluer le fonctionnement en interne ? Déjà, je suis aussi arrivé dans une période où il y avait davantage de moyens, j’ai donc pu créer des postes de cadre. De 23, nous sommes passés à 50 salariés, et on a pu mettre en place un service de documentation, de médiation. Nous avons aussi notre scénographe, un vidéaste, etc. Il faut bien comprendre que l’histoire de la photographie est océanique, alors, si on ne s’entoure pas de gens qui ont un regard particulier, on s’y perd. Et puis, ce que j’ai voulu mettre en place ici, c’est l’idée assez simple de pouvoir contrôler

Quels sont vos rapports avec Antoine d’Agata ? Vous semblez assez proches ? Déjà, il ne faudrait pas dire « rapport » avec d’Agata, parce que les gens pourraient se faire des idées ! Plus sérieusement, avec Antoine, on a une relation parfois conflictuelle avec des désaccords amicaux. L’expo du Bal par exemple, ne m’a pas convaincue… Il a parfois des stratégies d’accrochage qui ressemblent un peu à du papier peint. Et puis, à un moment donné, il tenait un discours un peu problématique : il considérait que le corps des prostituées était le dernier endroit libre du monde… Mais, je trouve que ce qu’on a → 29


Ci-dessus, vue de l’expo temporaire The Others d’Olivier Culmann.

Tout plein de photos !

fait avec les migrants il y a 3 ans, sa série « Odyssea », est aujourd’hui d’une pertinence incroyable.

trop bruyants, il y a trop de choses, trop d’images, ils sont faits pour les professionnels et non plus pour le public. Circulation(s) est bien, Images Singulières à Sète aussi. Par contre, j’ai plus de difficulté avec Perpignan. Et Arles, au final c’est très cher, pour finalement ne pas découvrir grandchose… Et se rendre compte que Stephen Shore, ces dernières années, est mauvais…

L’année prochaine, cela fera 20 ans que vous êtes en poste, vous allez fêter ça comment ? Je pars ! Je quitte le musée l’an prochain. Travailler dans la fonction publique ne me satisfait plus : c’est trop lent. Et puis, je me suis rendu compte que j’avais suffisamment de sponsors privés (BMW, HSBC, Olympus) pour développer des projets personnels. J’ai envie de passer plus de temps dans l’écriture ou à analyser des fonds, plutôt qu’à gérer du personnel, des bâtiments ou des relations avec des politiques. Ça me correspond plus… En fait, Je vais continuer à faire ce que je sais faire sans les emmerdements du Service public. En ce moment je travaille à l’organisation d’une grande rétrospective sur Albert Watson. Je vais avoir 61 ans, et j’ai l’impression qu’il y a encore plein de photographes à défendre, que la photographie comme discours autonome reste à écrire, qu’il y a une demande incroyable du public et trop de mauvaises réponses.

Le marché de la photo est très étrange : les reporters exposent en galerie et, finalement, un nombre infime de photographes fait parler d’eux, toujours les mêmes d’ailleurs (Gursky, Sherman, même Yann Arthus-Bertrand…) Ou JR. Le marché, les gens adorent ça ! En fait, ceux qui font le marché ont l’outrecuidance de croire que ce sont eux qui définissent les goûts du public et l’importance d’un auteur dans l’histoire de la photographie. Et, dans le même temps, il y a une paupérisation de la grande majorité des photographes. Les structures classiques se sont effondrées, la presse aussi ; les collectifs comme Myop, ou Tendance Floue, souffrent… En fait, il y a un nombre très important de photographes pour un marché de plus en plus réduit. On a vu ça au moment de la prise de Kaboul par l’Alliance du Nord : il y avait plus de photographes et de journalistes que de soldats. Dans cette économie de crise, on observe une migration collective des photographes vers le monde de l’art.

C’est par déception ? Suite à l’abandon de ce projet de pôle consacré à l’image ? J’ai 32 ans de Service public : il est temps de laisser la place aux jeunes. Ce projet a été abandonné sous le mandat de Christophe Sirugue. Gilles Platret, le nouveau maire, en a un nouveau qui se fera dans les 5-6 ans à venir. Je n’ai pas la patience d’attendre jusque-là, mais, tant que je serai là, je donnerai le coup de main nécessaire.

Typiquement, Luc Delahaye. Oui… Il produit 2-3 photos gigantesques par an à vendre aux institutions. Aujourd’hui, il reste aux photographes un petit peu de corporate ; ils concourent tous pour des prix (HSBC, Carmignac, Neuflize, etc.) ou pour faire des résidences. La baisse importante des budgets du Service public n’arrange pas les choses. Avant, les musées achetaient ou faisaient des commandes, mais cela diminue. Les photographes vivent dans une économie complètement étonnante.

Justement, comment sont vos relations avec l’actuelle municipalité ? Je n’ai rien à en dire. Vous auriez aimé prendre la direction d’un festival : Arles par exemple ? J’ai postulé à Arles l’année dernière, mais ils ont choisi Sam Stourdzé. Finalement, c’est peut-être une bonne chose. Je pense qu’ils recherchaient un profil de communicant et moi je me considère plutôt comme un activiste culturel. D’ailleurs, je viens d’écrire un texte dans L’Œil de la Photographie intitulé « Pour un festival utile » : je pense que la majorité des festivals en France ne sont pas utiles ou partent dans de très mauvaises directions. Les festivals photographiques sont devenus

Et pourtant, vous savez quel est le moyen le plus simple pour un photographe de gagner de l’argent ? (Il réfléchit) Non. Vendre son matériel. // F.L.T. 30



Le Styliss reportage

Au bal, au bal cramé ohé ohé...

Dimanche 30 août 2015. Vers les coups de 21h, le Styliss vit, au sens propre, une nouvelle et dernière soirée enflammée. Lendemain matin, grosse gueule de bois : la boîte emblématique du 89 n’est plus qu’un gigantesque coin fumeur de 3000m² au milieu duquel les cendres font office de souvenirs. Les habitués du lieu cocheront chaque année la date sur leur calendrier des pompiers, douce ironie du sort. Lumière sur ce temple de la nuit, un endroit de sociabilité par excellence.

PaR mhedi merini photos : mhedi merini, maxime lafargue, vincent jorquera

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Le lieu du drame.

Clap de fin brûlant. La boîte a cramé. Jean-Philippe Raynaud, gérant des lieux depuis 2012, affirme avoir été ligoté avant de se défaire de ses liens façon Mac Gyver. 5 hommes cagoulés s’y sont infiltrés à la GTA pour braquer et mettre feu à la boîte. Un gros dispositif de pompiers et d’engins à eau a œuvré toute la nuit pour sécuriser le lieu, aucune victime n’a été déplorée, c’est bien le plus important. Une enquête judiciaire est ouverte pour « vol avec arme, séquestration et dégradations graves par incendie », l’hypothèse de « l’arnaque à l’assurance » n’est cependant pas balayée. Le redressement judiciaire du Styliss nourrit un peu plus les soupçons. L’intéressé, Jean-Philippe Raynaud, est un

homme très en colère. Il s’est exprimé sur les ondes de France Bleu Auxerre défendant ardemment les bons comptes de l’entreprise. « Ne se sentant pas capable de parler », le gérant n’a pas profité de la tribune conséquente que lui offrait Sparse et loupe ainsi l’occasion de sa vie. En 2013, le Styliss a été frappé par une attaque à l’arme à feu, sans victime, mais les auteurs des coups de feu ont été retrouvés et punis par la justice. Faut-il y voir un règlement de compte ? Une vengeance ? Plusieurs pistes se dressent donc, l’enquête suit son cours et devrait durer. L’incendie a en tout cas sonné le glas d’un royaume nocturne incontesté où la fête était reine. Ravivons la flamme du souvenir, avec au menu tristesse et nostalgie. Mais au fait,

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c’était quoi le Styliss ? Déjà, c’était une « boîte de nuit ». C’était la boîte phare de l’Yonne et largement reconnue extramuros. L’idéal pour oublier les tracas du quotidien entre potes. Jean-Claude Fauvernier, l’édificateur du Styliss en 1980, a pensé un espace géant pour faire la fiesta. Le complexe du Styliss a grandi progressivement, gagnant une capacité de près de 3.000 personnes en 20 ans ! Au début des années 2000, près de 3.500 personnes pouvaient y danser, boire et rigoler. Il existait par le passé un nombre divers de salles qui ont existé plus ou moins longtemps, le Styliss a fait l’objet de multiples peaufinages. Un caractère unique et objet des curiosités pour une clientèle des départements avoisinants. →


Le ticket de la dernière soirée. Visiblement, l’auteur de cet article connaissait du monde au Styliss...

Facilement reconnaissable par son laser lumineux qui fendait la galaxie icaunaise, le Styliss était un lieu intergénérationnel par excellence où se mixaient différentes classes d’âge. Jean-Pierre, 56 ans, jeans Rica Lewis, pouvait danser à côté de la jeune Stacy, 19 ans, sans aucun souci depuis qu’Emile Louis avait libéré les mœurs. Pas de querelle marquée entre les anciens et jeunes. Sur la fin, la boîte comprenait deux endroits, un endroit plus moderne, plus branché (pour ce qu’on peut appeler une « boîte de nuit ») et le fameux coin des années 80 où résonnent encore dans les décombres les titres phares de l’époque. Chacun transitait comme il le souhaitait. Les vieux, désireux de montrer qu’ils n’ont pas vieilli, allaient chez les jeunes et inversement pour les jeunes voulant revivre un temps qu’ils n’ont connu que depuis les « couilles » de papa.

C’était également un lieu de rencontres qui a conduit à beaucoup d’histoires sans lendemain, ces modiques et insultants coups d’un soir comme on les appelle. L’ivresse rapproche les corps aussi, c’est empiriquement prouvé. Mais c’est également au milieu de ces mêmes pas de danses endiablés que se sont écrits les plus beaux récits d’amour. Oui, le Styliss a été à l’origine de plusieurs unions maritales avec musique de mariage rastarisée. Le Styliss était tout simplement un lieu de vie. Il jouissait d’une belle réputation et accueillait dans son antre des célébrités fameuses. Qui imagine les Forbans, Gold ou encore Image se rendre dans cette bourgade au milieu d’un département méconnu pour chanter leurs plus gros tubes ? C’est là que la chanson Capitaine abandonné prenait tout son sens. Le Styliss a même accueilli Mylène Farmer, une grosse star internationale, comme si ton club de foot district faisait signer Ronaldo ou

Messi. Dernièrement Keen’v, Tal, Maître Gim’s, Black M, bref la crème de la varièt’ française ou encore les gens de la téléréalité pourrie ont animé un bon nombre de soirées. Major Lazor devait soit disant venir chauffer le Styliss pour l’anniversaire des 30 ans, celui qui ne sera jamais fêté... Le Styliss offrait un large éventail de services. Anciennement, un restaurant était intégré à la boîte. Pratique pour éponger l’alcool et inhabituel à la fois. Plus récemment, une espèce de panini plus modeste était aussi utile que rentable. Jean-Claude Fauvernier avait bâti à lui seul un vrai empire nocturne, qu’il n’hésitait pas à améliorer au gré du temps. On notera, par exemple, la mise en place innovante de la « navette Croco » qui desservait Auxerre et son pourtour avant et après la soirée pour les antiSAM qui avaient décidé de passer la nuit dans les bras de Dionysos. Respect au personnel qui a 230 kilotonnes de gerbe nettoyées à son actif. Tout ce qui contribua à nourrir la légende du Styliss se range désormais dans la rubrique « souvenirs ». Au milieu des amas de taules brûlées fument encore les époques d’or du Styliss, notamment dans les années 90’s. Le lieu s’est trouvé moins fréquenté dans les années 2000 avec notamment les débuts de la mise en place de l’éthylotest (juillet 2003), la réduction de l’espace dédié au parking pouvait en témoigner. En dépit de ce fléchissement, le Styliss restait le fief pour un bon nombre de gens, notamment des jeunes.

Devoir de mémoire. C’était quoi, le Styliss, pour les habitués du lieu ? Pour Anthony, un mec de 20 ans, fan du Benfica Lisbonne et de mode, le Styliss était le lieu incontournable de ses week-ends. Il faisait près de 90 bornes aller-retour avec ses potes pour décompresser de sa semaine de travail, l’équivalent d’un ParisDakar en somme. Bon, il s’embrouillait un peu avec ses potes pour savoir qui allait faire SAM mais ça se faisait dans la bonne humeur quand même. Anthony y a passé de grosses soirées, son souvenir le plus marquant reste la soirée « Il était une fois » du mois de juillet dernier, une soirée totalement déjantée, une sorte d’ode à la reproduction. L’animateur de la soirée scandait des « Baisez avec votre partenaire, ce soir c’est

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chaud ! », le pape François aurait certainement fait un AVC. Mais le mot qui est le plus revenu dans la soirée, paraît-il, est MST. Le feu au cul des strip-teaseuses et les prouesses des cracheurs de feu prévoyaient une fin inéluctable. Le Styliss, comme toute autre boîte de nuit, était un gigantesque nid à « relous »; Anaïs, une meuf bien roulée du 8-9 s’y rendait fréquemment et subissait ces approches disgracieuses et très souvent pataudes.

Major Lazor devait soit disant venir chauffer le Styliss pour l’anniversaire des 30 ans, celui qui ne sera jamais fêté... Info postée par la page Facebook du Styliss

Oui, au regard de certains aspects, le Styliss avait le caractère classique et propre à n’importe quelle boîte quand on y pense. Des soirées pouvaient parfois être émaillées de quelques bastons, de pifs en sang. Une grande tradition de la nuit, même pour cette boîte hors-norme qui pouvait se transformer en ring pour éméchés. Et comme partout, les verres coûtaient un bras. Trop bourré, t’en payais plein à tes potes, tu recevais un appel de ta banque le dimanche matin et des mots tels que « découvert », « déplumé » prenaient un nouveau sens pour toi. Ah, ce fameux élan de générosité coupable que beaucoup ont regretté. La mort du Styliss a suscité un émoi profond chez les habitués du lieu, un phénomène perceptible à la lecture des réseaux sociaux, Facebook et Twitter en tête de pont. Cette importante vague de réactions s’est articulée autour d’un hashtag ambitieux #JeSuisStyliss, une formule dans laquelle germe l’angoisse des attentats de janvier, sans la marche républicaine. Oui, les clubbers de l’Yonne ont vécu leur 11 septembre à eux, la lutte contre l’apologie du terrorisme et du feu devient féroce dans l’Yonne. Les messages pouvaient être emplis de la tristesse la plus sincère à la moquerie la plus amère possible. La communauté clubbeuse, branchée sur Nostalgie, souffre la larme à l’œil. →


Y’en a qui regrettent de ne pas y être aller, hein ?


Les Experts, Rouvray.

Quid des salariés ? Même si ces recueillements teintés de « Charlie » pouvaient paraître saugrenus aux yeux de certains, la perte de la discothèque (mot qui n’est plus employé depuis l’an 800 et le couronnement de Charlemagne) soulève une question sérieuse, celle de l’avenir du personnel salarié. Ces employés (DJ, serveurs, videurs…) qui faisaient vivre le Styliss chaque weekend n’ont pas répondu favorablement en masse à nos sollicitations mais cette omerta généralisée ne nous empêchera pas d’en parler. À chaque soirée, une vingtaine de personnes sacrifiaient leurs nuits pour réguler le lieu, par pure passion. La grande majorité d’entre eux cumulait les jobs, la semaine et le week-end au Styliss, ils avaient un contrat dit « extra » dans le milieu. Pour quelques-uns, quatre d’entre eux, c’était leur unique gagne-pain hebdomadaire. Les quelques mots échangés directement avec les ex-salariés du Styliss, un poil capilotractés, nous laissaient croire que ces derniers n’allaient pas retravailler de sitôt. Les quelques informations données concordaient très peu. Le chemin de nos enquêtes nous a mené à Appoigny, petite ville de la banlieue auxerroise qui abrite une nouvelle boîte de nuit : le Bora Bora Club. Plusieurs anciens salariés y travaillent désormais. Qui a dit que la possibilité de retrouver un emploi dans l’immédiat en France était nulle ? Apparemment, l’ancienne direction du Styliss n’a

Facilement reconnaissable par son laser lumineux qui fendait la galaxie icaunaise, le Styliss était un lieu intergénérationnel par excellence où se mixaient différentes classes d’âge

pas aidé ces personnes à se recaser comme nous l’a confié un ancien DJ du Styliss. À l’heure du choc, toujours palpable chez l’ancien personnel, l’avenir du Styliss semble encore bien sombre. Il est encore trop tôt pour évoquer le dessein d’un nouveau Styliss alors que les possibilités de faire la fête dans l’Yonne sont de plus en plus restreintes.

Comment on s’amuse dans l’Yonne maintenant, Hein ? Les clubbers icaunais vont devoir se faire une raison, parce que niveau boîte de nuit ringarde, c’est un peu la dèche. On ne dit pas qu’il vaut mieux être assigné à résidence pour s’amuser, n’abusons pas. Le Styliss était l’un des derniers dinosaures. Il n’y en a guère peu qui subsistent dans le paysage nocturne auxerrois. Il existe le Nyx, un club qui tranche avec le Styliss au niveau de la superficie. C’est comme si tu passais de la Russie au Lesotho directement. Si t’es pas top niveau géographie, imagine un étudiant de Dijon qui décide de faire une soirée dans sa piaule de 9m² résidence Mansart. C’est très petit, mais parfois par chance tu vas y croiser l’élite auxerroise, les rois du ballon rond de l’AJA s’y rendent pour noyer leur tristesse un soir de défaite. L’Auxerrois fêtard peut toujours bouger son cul au Celeste à Sens ou au Night Club d’Avallon où anciennement des gugus se déhanchaient sur la piste avec un maillot de Manchester United. Le Top Ten

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peut être l’ultime recours, en plein centre de la Puisaye. T’as intérêt d’être motivé. À l’heure où le stade de l’Abbé-Deschamps se vide, le caractère attractif de la cité auxerroise s’amenuise dangereusement, la ville féconde l’ennui en quelque sorte. Fais-toi une cartographie des coins sympas pour bouger dans l’Auxerrois et tu verras que c’est plus si facile de faire la chouille un samedi soir. Le rêve absolu de Guy Roux prend enfin forme. Hormis les quelques bars et pubs qui jonchent la ville, c’est pas la folie. L’Auxerrois fêtard attend désespérément un geste de l’État et une nomination de Patrick Sébastien au ministère du redressement festif dans l’espoir que les choses changent. L’ouverture du Bora-Bora club le 7 novembre dernier élargit le champ des possibles nocturnes et constitue une première mesure. Le Silex (la SMAC du coin) offre une programmation diverse et variée. Ils organisent aussi annuellement le festival Catalpa à l’Arbre-Sec au mois de juillet. C’est bien, le Silex, mais comment veux-tu faire comprendre à un amoureux du Styliss la qualité des concerts indés dans une SMAC quand lui veut son petit Black Eyed Peas et son David Guetta avec un Get27 à 12 euros ? « DJ, mets-nous des trucs qu’on connaît ! » Quoi qu’il en soit, aucun autre endroit n’arrivera à combler le « manque Styliss » et ses soirées particulièrement orientées du style « Levrette Party » et « Cougar Party ». Les fêtards et soiffards comptent bien se rendre sur les lieux du drame chaque année, histoire d’y déposer une dernière gerbe. // M.M.



« Sammaritano ? Il est grand comme ça »

rencontre

olive

étonne

On a taillé une bavette à l’échalote avec Olivier Dall’Oglio. Si tu te demandais quel genre d’homme est à la manœuvre pour faire remonter ton bon vieux DFCO en Ligue 1... Olivier se livre ici en grandeur nature, avec classe, et authenticité. Entretien en 4-5-1 avec débordements sur les ailes.

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PaR julian-pietro giorgeri & tonton stéph photos : louise vayssié


A

vant l’entraîneur Dall’Oglio, il y a eu le joueur Dall’Oglio. 343 matchs en pro et quelques tacles. Vous êtes passé dans des clubs qui respirent bon le foot des années 90 comme le RC Strasbourg ou le Stade Rennais. Vous étiez quelle sorte de joueur Olivier ? Défenseur dur sur l’homme ou défenseur élégant à la Maldini ? J’étais un défenseur central plutôt rugueux, assez accrocheur dans les duels. Pour dire les choses, j’avais pas une grosse technique. J’étais assez besogneux. Du coup je misais sur mes qualités de combativité. Je me suis fait à la force du poignet comme on dit. Et puis bon, j’arrive d’un petit club du sud qui s’appelle Alès. Ça jouait en quel niveau Alès à l’époque ? En deuxième division. Le club a disparu depuis une dizaine d’années environ suite à un dépôt de bilan. Comme souvent dans les petits clubs du sud, il manque de l’argent dans les caisses. Et vous vouliez absolument devenir pro ? C’était un rêve de gosse ? Ouais depuis tout gosse, je rêvais de finir pro. J’avais un père qui baignait dans le foot. Qui a joué à un niveau amateur. Attention, à un bon niveau ! Le football, c’était dans ma culture. J’ai été éduqué à ça. Quand j’étais môme, j’allais voir mon père jouer, j’étais jamais loin d’un terrain de foot. Revenons sur l’époque où vous jouez au Stade Rennais. L’année où vous montez en D1, en 95. Vous avez connu un certain Sylvain Wiltord, qui commençait sa carrière et qui a fait une saison de cochon. Il était comment Sylvain à la ville ? On parle quand même d’un mec qui a marqué dans une finale de l’Euro. Ah Sylvain... C’était un vrai buteur, il sentait le but. On avait une attaque de feu quand on y pense cette année-là. Devant on avait Pierre-Yves André et Sylvain. Deux grosses gâchettes. On avait aussi un bon milieu de terrain avec Jocelyn (Gourvennec) qui organisait le jeu. Bref, il y avait pas mal de talents dans cette équipe. Et chez Sylvain, on sentait déjà cet énorme potentiel. Et en dehors, Wiltord, c’était déjà un

gros fétard ? Ah ça, il savait fêter les victoires ! On en a fêté quelques-unes. Mais bon, on avait dix ans d’écart avec Sylvain. On était pas de la même génération. Mais au-delà des fêtes, il nous a souvent « dépatouillé » sur des matchs chauds. Il la mettait au fond quand il fallait. On avait une belle attaque. Ça poussait fort ! Olivier, vous terminez votre carrière à l’âge de 32 ans. Vous vous pétez les croisés... Ouais ça, ça a été un coup dur. En plus j’ai eu cette blessure en fin de saison, et en fin de contrat. J’ai mis des plombes à me remettre de cette blessure, parce que j’ai essayé d’autres techniques pour ne pas me faire opérer. Je pensais rebondir vite. Mais finalement, je suis passé par l’opération et j’ai perdu carrément une année. Donc après vous savez comment c’est, vous vous faites oublier... Et une fois la carrière terminée, vous vous êtes demandé longtemps ce que vous alliez faire après ? Il y a des footeux qui changent totalement de registres, qui deviennent concessionnaires auto, ou qui ouvrent un bar-tabac... Vous, c’était entraîneur ou rien ? Non, non je me suis posé la question. En même temps, le milieu du football étant ce qu’il est, c’est un milieu difficile. Et qui ne correspond pas toujours à mon caractère, j’ai un peu tâtonné. Mais j’ai tout de même passé mes diplômes d’entraîneur très tôt. Je cherchais aussi à sortir du milieu du foot. À faire autre chose. J’ai pas mal de hobbys, dont l’art. J’aime beaucoup l’art. Mais bon, l’art, il faut savoir en vivre et puis, j’avais pas de formation non plus dans ce domaine. De l’art ?! C’est pas commun dans ce milieu, dans mon souvenir il y a Canto (Eric Cantona) qui peignait...Je suis peintre amateur. Quand j’étais joueur, entre deux entraînements, j’ai découvert la peinture. Hélas depuis que je suis coach à Dijon, j’ai beaucoup plus de mal à trouver le temps pour peindre. En plus je peins sur des formats très grands, alors bien sûr, ça demande du travail. J’ai même monté quelques expos. Ça me permet de relâcher la pression, et à la fin de ma carrière 39

ça m’a permis de voir autre chose, de rencontrer d’autres gens. Ça reste du loisir. À Perpignan, j’ai même pris des cours du soir aux Beaux-Arts... Vous avez commencé à apprendre le métier de coach à l’étage inférieur, en CFA. Vous avez entraîné les réserves d’Alès, du Nîmes olympique, et de l’Estac... C’est au contact du monde amateur qu’on apprend à tenir un vestiaire ? Je voulais d’abord passer par les équipes de jeunes. Au niveau des diplômes, j’ai aussi passé des examens

« J’ai fait goûter du vin du Sud à Stéphane Jobard, ça lui a fait saigner les gencives »

pour être directeur de centre. J’ai été directeur du centre de formation de Nîmes. Le centre de formation, c’est aussi un laboratoire d’idées. On peut essayer des choses, tester des schémas de jeu sans prendre de risques énormes sur le plan sportif. C’est vraiment intéressant. J’ai appris aussi à travers des expériences qui ne sont pas toujours dans un CV. Je me suis occupé à l’UNFP des chômeurs du foot durant deux saisons. Là, il doit y avoir pas mal d’ « humain » ? Ouais, c’est sûr. Quand vous vous occupez de joueurs pro qui n’ont pas de contrat, qui ont parfois le moral dans les chaussettes, c’est pas simple tous les jours. Au départ du stage les mecs ont pas mal d’espoir. Mais quand les championnats démarrent, ça devient difficile dans les têtes. Les gars voient que ça démarre sans eux, ils sont plantés sur le quai de la gare. Donc il y a un gros travail psychologique. Il faut aussi les maintenir en forme au cas où un club voudrait les signer. J’ai même eu l’occasion de faire une tournée aux États-Unis avec des joueurs chômeurs pour tenter de les vendre là-bas en MLS. →


Et c’était quel type de joueurs parmi ces chômeurs à l’époque ? Il y a de tout. Des jeunes, des vieux. Bon, lors des stages à l’UNFP, on voit surtout des joueurs anonymes. C’est pas des grandes stars. De toute façon, quand il y a des bons joueurs, ces joueurs-là trouvent un club. Je me souviens à l’époque, je m’occupais de Cédric Barbosa. Lui, il est pas resté longtemps. C’est un garçon qui avait de grosses qualités. Mais le plus souvent quand t’es joueur au chômage, c’est que tu as été longtemps blessé et que tu reviens doucement. Le chômage dans le foot. C’est un peu le revers de la médaille du foot business ? Oui, complètement. Et ce monde du chômage, les journaux ne titrent pas là-dessus. Il peut y avoir de la détresse financière dans le milieu du football. Il y a notamment l’exemple de joueurs qui terminent totalement ruinés, et endettés ? Alors ruinés, ça c’est un peu une image qu’on donne. Bon, il y a des exemples célèbres de joueurs qui se sont fait arnaquer comme Bruno Bellone. Mais bon, ces mecs-là ont amassé pas mal d’argent, et s’ils se sont fait arnaquer, c’est une chose. Mais après, il n’y a quand même pas énormément de joueurs qui finissent à la rue. Moi j’en connais pas. Et dans un club comme Dijon, on peut sentir qu’il y a quelques fois de mauvaises fréquentations autour de certains joueurs ? Des mauvaises fréquentations, il y en a partout. Il y a des gens qui gravitent autour des joueurs. Quand il y a un peu d’argent, tu auras forcément des gens attirés par ça et qui vont se dire ami avec tel ou tel joueur. Tu as aussi les agents. Chaque joueur a un agent aujourd’hui. Et quand tu as le mauvais agent, tu peux perdre gros.

Vous arrivez au club en 2010 comme membre du staff Carteron. Vous avez donc connu la montée, même si lors de l’unique saison du DFCO en Ligue 1, vous êtes nommé à la tête du centre de formation... C’était comment la Ligue 1 sérieusement ? C’était une incroyable caisse de résonnance pour le club. C’était fantastique. Et avant la montée en Ligue 1, on a connu une saison aboutie sur tous les plans. J’ai vécu directement la montée avec le club. On avait une belle équipe, avec un noyau solide de bons joueurs. Même si on a empoché notre billet pour la Ligue 1 dans les dix derniers matchs. C’était pas une montée programmée. Mais je me souviens d’une belle ambiance au sein du vestiaire. Quand les victoires s’enchaînent, ça galvanise tout le monde. Et avec le recul, vous qui avez connu la Ligue 1 comme directeur du centre de formation, qu’est-ce qui a manqué au DFCO pour se maintenir ? On n’a pas réussi à accrocher le maintien, mais on savait que ce serait difficile. Faut se rappeler que c’est la première expérience du club parmi l’élite. L’idée première, c’était de garder un maximum de joueurs au mercato d’été pour pas briser la dynamique de la montée, et je pense que sur les six premiers mois, ça a plutôt pas mal fonctionné. Mais on s’est planté sur le mercato hivernal. On s’est retrouvé avec un effectif de plus de 30 pros. Donc il y avait des mécontents. Je pense que c’est la gestion de l’effectif qui a posé problème. Après en interne, il s’est sans doute passé des choses entre le président et Patrice Carteron. Le manque d’entente au sein du club, le mercato problématique, ont fait que l’équipe s’est écroulée. Et vous Olivier dans la gestion d’un vestiaire, vous êtes du genre virulent ? Vous poussez des gueulantes ? Ou vous êtes alternativement good cop/bad cop ? Moi je suis avant tout nature. Mais si je sens qu’un truc ne va pas avec mes joueurs, je suis capable de monter dans les tours aussi. Mais je vais pas me forcer. Que ce soit individuellement ou collectivement, je mise sur l’authenticité. Et surtout sur le respect. Il y a beaucoup de respect entre le staff et les joueurs. Mais s’il y a des manques à ça, j’interviens. Il m’est arrivé de mettre des joueurs à l’écart, de leur dire qu’ils ne faisaient plus partie du projet s’ils ne changeaient pas immédiatement d’attitude. 40

« Y’en a pas beaucoup des entraîneurs qui sont allés en Corée du Nord »

Et il y a des joueurs qui font des écarts extra-sportifs ? Des écarts qui finissent par miner la vie du groupe ? Oui certains ont eu des écarts de comportement qui ont eu des conséquences sur la vie du groupe. Le problème, c’est qu’il y a des joueurs qui pensent qu’ils vont passer inaperçus, alors que Dijon, c’est une petite ville. Tout se sait ! Un joueur de football, bon... Suffit qu’il ait une voiture un peu différente des autres, et patatra ! Enfin surtout quand ils étaient en Ligue 1, c’était le cirque avec les voitures, là, ça s’est calmé. Oui, on se rappelle de Brice Jovial cueilli sur la rocade sans permis au volant de son bolide ? Ah mais oui, il y a eu cette histoire, c’est vrai. Mais bon, il n’y a pas eu mort d’homme ! Et pis c’est du passé, c’est oublié. Oui c’est du passé, vous allez bientôt aller dans son restaurant en Chine ? (Rires) Oui, c’est ça ! J’irai dans son restaurant pour manger du canard laqué. Mais pour revenir au phénomène de rouler sans permis, c’est pas propre aux joueurs. On voit ça partout. De toute façon, aujourd’hui on peut acheter son permis sur internet. Revenons à nos moutons. Vous avez des buteurs cette année, mais ils jouent en défense. Par exemple Christopher Jullien qui a été élu joueur du mois de septembre. Quel beau joueur ! Il a une belle relance, il est présent dans les duels, il marque des buts. Est-ce que ça vous surprend ? C’est un joueur qui est en prêt chez nous. On est allé le chercher à Fribourg. Et c’est un joueur qu’on suit depuis longtemps, on le connaissait avant son passage à Fribourg. Parce qu’il jouait en équipe de jeunes dans la région, à Auxerre. D’ailleurs, c’est un garçon qui a même marqué contre nous en Coupe de la Ligue. C’est vous dire si on avait déjà repéré son fort potentiel. Il a trouvé une certaine rigueur lors de son passage en Allemagne. Attention ça reste un pari. Mais un pari qui s’avère payant. On lui a donné notre confiance, il est en train de nous la rendre. → suite p. 44


Moulés, vissés ou tongs ?

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Malgré tout, on a encore beaucoup plus de chances de se planter en bagnole ou de mourir d’un cancer que de se faire plomber par des dégénérés dans une salle de spectacle... Pourtant, tu ne te poses pas beaucoup de questions en te mettant au volant ou en t’allumant une clope. Alors va aux concerts. C’est encore le meilleur moyen de leur dire de bien aller se faire mettre. Va aux concerts, c’est bien... (PHOTO : Louise Vayssié) 38


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Olive, égérie pour Armani.

« Les joueurs des Émirats, c’est des gars qui courent pas beaucoup »

Il n’y aura pas de cadeau lors du derby contre Auxerre (entretien réalisé au mois de novembre, ndlr). C’est bientôt, comment vous préparez ce match pas comme les autres ? Oh, on fait pas une fixette sur ce match. Même si dans la têtes des Dijonnais, le derby sera très attendu. Aujourd’hui, on devient exigeant avec le DFCO, si je me souviens ne serait-ce qu’il y a 3 ou 4 ans, Dijon ne battait pas Auxerre. On a inversé la tendance. Dans les bars de la ville, on sent un engouement autour de votre équipe. L’engouement est certes circonstanciel, du fait que vous soyez devant, mais il y a de nouvelles attentes, vous le sentez ça ? Oui, et on sent aussi qu’on n’a pas trop le droit à l’erreur. J’entends des gens qui disent : « De toute façon, ils feront comme la saison dernière. Ils démarrent bien, mais ils s’écroulent vers la fin ». Ça, on nous le rabâche tout le temps. Après, les commentaires, ça compte. Mais j’ai pas le temps de m’arrêter là-dessus. Et puis c’est très changeant, il suffit qu’on fasse un bon match, et les gens nous voient trop beaux. Et puis le match d’après, on perd et là c’est : « Ils sont nuls ! » Et je dis souvent à mes joueurs qu’une saison n’est jamais linéaire. Il y a une dizaine d’années, Rudi Garcia était assis à votre place. Aujourd’hui, il est en tête de la Série A avec Rome. Ça vous dirait un parcours à la Rudi ? Vous savez, il me reste deux ans de contrat avec le club. Et je suis très bien ici, je me projette pas trop. Et puis dans le foot, tout va très vite. Et je suis très tributaire des résultats de mon équipe, si la machine s’enraille, je peux très bien sauter dans 5 matchs. Mais ici, ce qui me plaît, c’est le projet. Vous débarquez à Dijon grâce à quelques contacts au club, notamment Patrice Carteron. Vous vous plaisez dans la région ? Vous êtes installé dans le coin ? Je suis tombé sous le charme de la ville. Dijon est une ville très accueillante et riche par son patrimoine. Il y a un cadre de vie intéressant. Tous les joueurs qui viennent de l’extérieur me le disent. Les alentours

sont pas mal aussi, la Côte a beaucoup d’attraits. Moi qui fais un peu de moto, je fais de superbes balades dans les vignobles. Dimanche dernier, j’étais en vadrouille. Ensuite, on a goûté du bon vin. J’ai appris à aimer le Bourgogne ici. À Nîmes, il y a le Costière ? Oui, mais ça n’a rien à voir. J’ai fait déguster du vin du sud à Stéphane Jobard, qui est un bon bourguignon, il m’a dit : « Ça me fait mal aux gencives ». (rires) Bon, et puis à Dijon, on mange bien aussi. Il y a de très bons restaurants. Et puis moi j’habite au-dessus du Lac Kir, j’ai une très belle vue sur la vallée. Par contre, ça manque un peu de soleil. Et il y a toujours un épais brouillard en automne. Pour le soleil, il faut retourner aux Émirats alors ? (Olivier Dall’Oglio a été sélectionneur adjoint des Émirats Arabes Unis, ndlr) Là, il y en avait trop. C’est le sable du désert, il n’y avait pas un brin d’ombre. Vous êtes resté en poste aux Émirats un an ? J’y suis resté huit mois, et c’était intense. Une super expérience. C’était vraiment une autre culture. Vous parlez anglais, et puis c’est une sélection. Ça n’a rien à voir avec le calendrier ou l’organigramme d’un club. J’étais sélectionneur adjoint. Et puis bon, c’est surtout incroyable pour les pays visités. Là-bas, on joue pas contre la Belgique ou la Suisse. J’ai eu l’occasion de visiter Oman, la Malaisie, d’aller en Iran et puis en Corée du Nord, donc bon... Il n’y en a pas beaucoup qui vont en Corée du Nord ! Pas beaucoup qui en reviennent aussi ? (Rires) Oui, c’était ma grande peur. Parce 44

qu’une fois que tu y es, ça va, mais tu sais pas ce qui peut t’arriver. Non mais sans rire. Dans ces matchs joués au bout du monde, il y avait une dimension sportive intéressante, mais avant tout une dimension culturelle. Après, c’est une autre mentalité. Les joueurs des Émirats sont des bons joueurs, mais ce sont des joueurs qui courent pas beaucoup. Ils font pas les efforts. Bon, il faut reconnaître qu’il fait extrêmement chaud. Mais c’est aussi des joueurs qui n’ont pas besoin de travailler, ils sont déjà riches. Vous savez que chez les U19 des Émirats, quand ils sont devenus champions d’Asie, ils ont eu en cadeau un appartement chacun à Dubaï. Le meilleur buteur de la sélection que j’entraînais se faisait offrir une Porsche ou une Ferrari parce qu’il était le meilleur buteur. Une dernière question pour la route. Vous êtes en lien avec les ultras dijonnais, les Lingon’s Boys ? Oui, je connais les responsables des groupes de supporters. C’est vrai que lorsqu’ils chantent dans les gradins, ça aide vraiment. Mais c’est pas parce qu’on fait trois passes derrière, qu’il faut se mettre à siffler. Après, Dijon, c’est pas Lens. Qu’ils gagnent ou qu’ils perdent, à Lens, les supporters sont toujours derrière leur équipe. Les mecs sont pas contents quand ça perd, mais ils restent fidèles. À Dijon, on a plus un public de spectateurs. Ils viennent nous voir gagner. En janvier, quand ça perdait, c’était la déferlante, on avait plus besoin du soutien de nos supporters que de critiques et ça été tout l’inverse, ça partait dans tous les sens. Bah faut gagner le derby ! Ouais, c’est ce qu’on m’a dit. Si tu gagnes le derby ici, tu peux dormir tranquille. // J.-P. G. & T.S.


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interview

pop genius par mr. choubi, avec chablis winston photos : louise vayssié

Des mecs qui sortent du lot, on en croise de temps en temps. Sans parler de génie. Juste des types qui ont un truc en plus. Une aura, une attitude. Une différence. En classe, dans ton club de foot, au boulot ou dans tes potes. Les mecs sont rares, on savoure donc la rencontre. Dans la production musicale française, des artistes qui arrivent à attirer l’attention, qui ne suivent pas la meute, singuliers, qui interpellent, on va pas s’mentir, y’en a pas des masses. Avec sa pop cinématique et baroque sous forte dose de BO française 70’s, Emile Sornin alias Forever Pavot en fait partie. Ça tombe bien, en octobre il était en concert à la Vapeur pour le festival Novosonic. Et vu qu’on n’a plus de nouvelles du 9 qui dribblait tout le monde en pupilles à Marsannay, on a sauté sur l’occasion. Rencontre.

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Attention, jamais de catogan ! Sinon, ça abime les pointes.

Tu vas jouer dans une heure et chez Sparse, on est super content que tu passes enfin par Dijon. D’ailleurs, tu en es où au niveau de ta tournée, tu arrives à la fin ? On va jouer jusqu’à fin janvier en fait, on va partir en Italie et en Allemagne. L’album est sorti en novembre 2014, la tournée a débuté en décembre et depuis environ un an, on a fait une soixantaine de dates. C’est cool. Tu as mis pratiquement deux ans pour réaliser ton album Rhapsode. C’est long, non ? Oui ça peut paraître long, mais c’était un processus normal. J’ai commencé par composer chez moi, tout seul. Ensuite j’ai fait beaucoup d’aller-retour entre Paris où j’avais encore mon boulot de vidéaste, et Toulouse, où j’enregistrais chez mes amis d’Aquaserge. C’est des potes et surtout ils ont un son que je trouve incroyable. J’étais pratiquement installé chez eux. Tu les as rencontrés comment ? Un soir je passais des disques aux Trois Baudets où bossait ma copine. Aquaserge était le backing band d’April March, qui jouait ce soir-là. Comme ils avaient bien aimé ma sélection, ils sont venus me voir après. Et on a tout de suite sympathisé. Humainement, c’est des mecs que j’adore. Par la suite j’ai joué dans Hyperclean, l’autre groupe de Benjamin (Glibert, guitariste d’Aquaserge). C’est lui qui a mixé l’album d’ailleurs. T’as commencé comme batteur au départ, c’est ça ? Oui j’ai commencé la batterie assez jeune. J’étais plus dans le punk hardcore, on a même fait quelques tournées avec mon groupe de l’époque, puis j’ai commencé à me mettre au hip-hop. C’est d’ailleurs ça qui m’a amené à la musique de film, le son 60/70’s, pour mes instrus, mes recherches de sons. J’aimais ce que je samplais en fait. Comment t’en es arrivé à monter ce projet qu’est Forever Pavot finalement ? Avant je jouais dans Arun Tazzief, avec lequel on faisait une sorte de prog-psyché. C’était cool. Mais je composais déjà de mon côté et j’avais envie de monter mon projet perso pour pouvoir tout contrôler. Seul, ça permet d’être plus efficace. D’être plus réactif. Par contre je joue de tous les instruments, batterie, clavier, que je joue presque comme des percussions, mais comme je ne suis pas super bon à la basse et la guitare, ça prend plus de temps. En tout cas j’étais convaincu que ça allait rester un projet studio. Je n’étais pas à l’aise avec le côté frontman sur scène. Je savais très bien où j’allais et j’avais du mal à trouver les gens avec le même feeling. Finalement les musiciens qui m’accompagnent, je les connais depuis longtemps mais c’est moi qui les ai choisis. Et sur scène, on s’amuse vraiment. Ça transforme les morceaux. C’est plus énergique que sur l’album. Moins psyché je dirais. → 15


« Faire l’amour au micro »

Ça te dérange, d’ailleurs, cette étiquette de groupe psyché ? Pour moi ce n’est pas vraiment un style de musique. C’est quoi les groupes psychés actuels ? Black Angels, Tame Impala, même si maintenant ils font plus rien de psyché ? J’adore ces groupes mais je me sens plus proche musicalement d’Aquaserge. Notamment pour la basse sixties, le côté Gainsbourg ou alors Dorian Pimpernel, un autre artiste Born Bad Records, avec lequel je bosse. Broadcast ou Stereolab aussi. Je ne me reconnais pas dans le terme psyché, c’est trop fourre-tout pour moi. Je fais de la pop, influencée par la musique de films et la pop sixties ou la Sunshine pop, avec des groupes comme Free Design, Left Banke, la musique orientale également. J’ai chopé des 45 tours terribles en Turquie, qui groovent à mort. En fait j’aime bien la musique que je ne comprends pas. On pense aussi à Finder Keepers (label anglais de réédition). C’est un label incroyable ! On les avait rencontrés en Angleterre d’ailleurs. Les mecs voulaient me signer, ils prévoyaient de sortir ça sur K7. C’était avant Born Bad. J’étais super flatté. Mais je n’ai plus eu de nouvelles. (rires)

« Il y a des accords que je joue, je ne sais même pas ce que c’est »

D’ailleurs quand on tournait en Angleterre, les DJs qui mettaient du son après les concerts passaient des trucs de dingue ! Du pur son. Ils nous faisaient découvrir plein d’artistes, de la pop sixties, du groove asiatique, du rock iranien... En France, c’est plus rare. Là-bas, les mecs ont une culture musicale incroyable. Avec Finder Keepers, c’est pareil, j’ai découvert plein de choses grâce à ce label. Pour revenir à l’album, est-ce que tu revendiques ce côté bricolage, artisanal de ta musique ? Complètement. Je trouve qu’il y a trop de musiques propres, lisses, nettoyées, où le chant est hyper juste, surtout maintenant avec le vocoder. J’aime le côté

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bricole, humain, les faussetés du chant. Par exemple sur l’album de Julien Gasc, un autre membre d’Aquaserge, on entend les chaises qui grincent, les pieds de micros. Y’a un côté crado mais c’est le feeling qui est important. Moi par exemple y’a des accords que je joue, je ne sais pas ce que c’est. Je joue à l’oreille. Bon, parfois ça me joue des tours. Mais ce n’est pas la technique ou la perfection qui prime. Par exemple Ennio Morricone que je vénère, il vient de la musique expérimentale et du bruitage, et il a apporté dans ces BO des instruments non conventionnels, des bruits de fouets, etc. C’est aussi de l’amusement tout ça, ce côté bricolage. Finalement, t’es le seul à faire ce genre de zique en France. Oui, en même temps, c’est pas super original, je pique plein de trucs. (rires) Les purs diggers le savent. Je pioche à droite, à gauche. Je suis un peu à part mais comme je le disais, je ne me sens pas très éloigné d’Aquaserge. Le Sacre du Tympan aussi, qui a ce côté très musique de film. On se connait un peu avec Fred Pallem. Mais ce n’est pas de la pop. Je pourrais faire des morceaux de quinze minutes mais au final ça serait du rock prog’ ! (rires) Moi, j’aime


Forever Pavot à La Vapeur le 23 octobre 2015.

« J’aime beaucoup ce que fais Action Bronson »

bien les trucs efficaces. J’aime la pop. Trois minutes, c’est parfait. Tu fais de la vidéo, notamment des clips pour Disclosure ou encore Dizzee Rascal. C’est quoi ton vrai métier finalement ? Les deux. Auparavant ça a toujours été la vidéo, mais cette année, ça s’est vraiment équilibré. Mais je continue. J’ai d’ailleurs réalisé le clip de Joe & Rose, un morceau qui représente parfaitement l’identité musicale de Forever Pavot. Les clips ça me permet d’expérimenter, mais ce qui rapporte le plus, c’est la pub. J’avais failli arrêter mais là je vais m’y remettre un peu plus. D’ailleurs je bosse sur le prochain clip de The Shoes en ce moment. Je sais que la zique c’est super éphémère, c’est pour ça que je n’arrête pas mon boulot de vidéaste. Je connais trop de musiciens qui ont eu pas mal de succès à un moment donné, dont la carrière s’est arrêtée d’un coup. Ça me permet de garder les pieds sur terre. C’est important d’avoir des plans B. Par exemple, j’aimerais forcément faire de la musique de film. J’ai quelques connexions avec des réalisateurs avec lesquels je bosse mais rien de concret. En France, visuellement, un type que je trouve excellent c’est Quentin Dupieux. J’adore sa zique, j’adore ses films. Je trouve ça génial qu’on ait un type comme ça en France. Dans une vie parfaite, faire une BO pour lui, ça serait top. Et le prochain, ça sera toujours chez Born Bad ? Ah oui, c’est sûr. Pourtant j’ai reçu des propositions assez alléchantes. Mais je ne peux pas aller ailleurs. J’adore la manière de bosser de JB (Jean-Baptiste Guillot, patron de Born Bad Records, ndlr). Il m’évite les plans relous et ce genre de choses. Et puis il ne me met pas la pression.

Pour le prochain, on en parle, mais si c’est dans cinq ans, pas de soucis, ça sera dans cinq ans ! (rires) T’as déjà commencé à bosser dessus ? Oui, bien sûr. J’ai déjà composé quelques trucs. Et je pense que ce sera un peu différent. Moins psyché justement. Sur Rhapsode, j’utilise ma voix comme un instrument, elle est sous-mixée, avec pas mal d’effets. Mais maintenant, je l’assume plus. Elle sera plus en avant. Et les futurs morceaux seront écrits en français. J’adore un type comme Dick Annegarn par exemple. Son personnage, sa musique. Il me fascine. Mathieu Boogaerts aussi, Yves Simon, Brigitte Fontaine, Areski, cette musique française dégénérée. (rires) J’ai toujours aimé la musique bizarre. Dans les groupes actuels, Arlt ou encore Julien Gasc, ça me donne envie de chanter en français. Y’a quelques temps j’avais encore un vieux réflexe d’ado, en me disant : « Dans la musique, le français c’est de la merde, c’est impensable de le chanter ». Les gars d’Aquaserge me poussent, me disent : « Tu t’en fous de raconter une histoire », comme peut le faire Bertrand Belin. Effectivement, je n’éprouve pas trop de difficultés à écrire en français, en plus sur scène tu es moins passif que lorsque tu chantes en anglais. Pour les prochains morceaux, j’essaierai d’être dans cet héritage de la musique française et de garder aussi le côté musique de film, car j’aime ça. Y’a toujours une envie

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de se mettre dans une ambiance. Une envie de composer des thèmes. Je ne m’invente pas de films pour autant. Les images arrivent après. Ce que j’aime le plus, c’est la musique terrorisante. Y’aura donc moins ce côté sunshine, que peut avoir Rhapsode. Et revenir au hip-hop ? C’est vrai, je pourrais refaire du son. À force, j’ai accumulé pas mal de matière. Faire des instrus pourquoi pas. Mais pas tout de suite. Y’a des mecs en particulier avec qui tu aimerais bosser ? J’aime beaucoup ce que fait Action Bronson. Ou Ghostface Killah. En France, le Klub des Loosers et Fuzati sont vraiment excellents. J’adore ces prods. Je ne les connais pas du tout, mais je sens qu’on est assez proche musicalement. Au final, tout se passe bien pour toi ? Oui, c’est clair, la tournée, on se marre vraiment entre nous, les retours de l’album qui ont été excellents, mes rapports avec Born Bad, non, vraiment, c’est une super année ! (rires) Au fait, tu mixes encore ? Sous quel nom ? Oui, carrément. Je mixe sous le nom de DJ Forever Pavot en fait. Mais y’a pas beaucoup de lieu même à Paris, où on peut passer de la bonne zique sans vouloir forcément faire danser les gens. Ecouter de la musique tranquille, de la pop française sixties, du groove oriental, de la musique de film, etc. // Mr.C. & C.W.


INTERVIEW par martial ratel, avec lĂŠa singe illustration : lĂŠa zamolo

this shoes are made for walking 50


Le nouveau disque de The Shoes, Chemicals, fait partie des bonnes surprises de la rentrée : de la pop enrobée d’un vernis électro, des envolées atmosphériques, du hip-hop gonflé aux amphétes dancefloor et des morceaux avec des gros kicks. Les Shoes sont deux : Guillaume Brière et Benjamin Lebeau. Rencontre avec les Rémois en marge de leur passage à Dijon pour le concert de rentrée en septembre dernier. Votre nouvel album Chemicals mélange l’electro, la dance, la pop, le hip-hop. Benjamin : On écoute tellement de musique... C’est pour ça aussi qu’on a du mal à se définir. Notre truc, c’est mélanger tout ce qu’on aime et d’en faire notre sauce, pour rendre le truc très homogène. Guillaume : On ne saura jamais choisir entre de la musique qui tabasse, de la musique pop, de la musique chiante...

notre musique et à se faire produire. À partir de ce moment-là on a un peu ouvert notre musique à d’autres personnes. Guillaume : Le premier album était produit par Lex. Chemicals, c’est Ashley Workman, qui a fait tous les albums de Metronomy ou Christine And The Queens. On a aucun mal à laisser notre musique entre les mains d’autres.

Ah, oui ! Même de la chiante ? Guillaume : Oui ! Des fois, on se laisse aller à mettre des nappes de trois quart d’heure.

Vous avez travaillé avec Brodinski . Comment se passe le travail à trois producteurs ? Guillaume : Brodinski arrive en studio avec une idée, il dit : « Tiens, on va faire un morceau avec un cri de singe ». Il fume des joints toute l’après-midi et toi tu travailles sur le bruit de singe. À la fin ça fait un truc de gogole qui fait rigoler tout le monde et t’as fait un morceau avec lui. C’est de la spontanéité. Il ne va pas te parler du Velvet Underground, nous on adore, mais lui s’en fout totalement. C’est ça son génie !

Chiante à jouer mais pas à écouter ? Benjamin : Elles sont chiantes même à jouer. (rires) Comment est-ce que vous avez choisi les rappeurs comme Blue Daisy ou Mikill Pane qui apparaissent sur Chemicals ? Guillaume : C’est souvent lié à des rencontres faites en Angleterre, où on a passé un peu de temps. Ce n’est surtout pas des rencontres arrangées pour faire du name dropping. Sur album, on n’a pas la prétention de bien chanter mais dans l’énergie du live, il faut bien incarner notre musique. Quand tu as des featuring dans tous les sens, si tu n’as pas une somme faramineuse à chaque date, tu ne peux pas amener tout le monde.

The Shoes existe depuis 2007. Comment est-ce que musicalement vous avez évolué ? Vous vous adaptez à l’air du temps ? Guillaume : On essaye de s’adapter mais avec la peur d’être ringards au bout d’un moment. On s’adapte mais sans trop faire de jeunisme. Benjamin : On s’inspire de l’air du temps, quand même : sur notre dernier album on a un morceau qui sonne EDM... Guillaume : ...EDM dégueulasse ! Parce qu’on a découvert ça dans un bar, bourrés... C’est ça qui est drôle ! On a repris les codes d’un truc qu’on trouve dégueulasse... Moi j’aurais rêvé d’être Neil Young : un harmonica, une guitare et une voix ! On pique des choses à droite à gauche et ce qui fait la colle de tout ça c’est les chansons, couplet-refrain. On est un petit peu old school. D’ailleurs, je ne fais pas du « son », moi, je fais des chansons !

Chemical... Brothers ? Guillaume : Oui, clairement, c’est un hommage aux Chemical Brothers. On a pris beaucoup de références de cette techno mainstream du début des années 2000. Chemicals s’est imposé comme ça, c’est aussi un clin d’œil. Quand on regarde en dehors de ce nouvel album, on voit que vous avez aussi travaillé sur les disques de Gaëtan Roussel, Woodkid, Joke, Yuksek... Guillaume : Ils n’ont rien à voir les uns avec les autres. Cherche pas ! Benjamin : Aucun lien, ne cherche pas !

Vous avez composé la musique du club de foot du Stade de Reims. Guillaume: J’ai fait la musique d’entrée des joueurs et j’ai serré les fesses en fin de saison parce qu’on a failli être relégué. Je me suis dit : « Je porte malheur au Stade, c’est pas possible ! »

Vous avez remarqué ? Je ne vous ai pas posé la question...Benjamin : D’habitude, on nous la pose... on l’attendait. (rires)

Pour faire ça, tu as prix un gros billet... ? Guillaume : Un gros billet au Stade de Reims ? Non, sinon on achèterait un joueur ! (rires)

Je voulais savoir si c’était vous qui alliez vers ces artistes, parce que vous aviez envie de bosser avec eux ou bien était-ce l’inverse ? Benjamin : Les gens viennent nous voir. On fait ces choix-là parce que leurs univers, leurs musiques sont différents des nôtres. Parfois, des groupes dans la même mouvance que nous nous approchent et on ne sait pas vraiment quoi leur apporter. On aime bien les grands écarts. Guillaume : Les prods de rap, tu sais comment ça se passe : le mec écoute, ça lui plaît ou ça ne lui plaît pas... Gaëtan Roussel, c’est grâce à lui qu’on a découvert le métier de producteur sur l’album Ginger. On n’avait jamais fait ça avant, on a abordé ça de manière hasardeuse et le gars, d’un coup, nous fait confiance... Après, il se trouve que l’album a eu un énorme succès.

Comment expliquer que, depuis une dizaine d’années, Reims produit des artistes comme Yuksek, Brodinski, les Bewitched ou vous ? Guillaume : Et ça continue ! En ce moment, vous pouvez suivre Rouge Congo. Bizarrement, tous les bons groupes du moment font de la pop, du rock. Il y a eu une période où on trouvait plein de simili Brodinski... Benjamin : Après, c’est comme à Versailles ou à Bordeaux à une époque, dès que tu as un coup de projecteur sur une ville... Guillaume : Pour être honnête, c’est un concours de circonstances, ça aurait pu être Dijon. Des maisons de disques, des tourneurs parisiens se sont intéressés à Yuksek, à nous et ça a fait boule de neige. Je ne dévalorise pas le talent des groupes mais je suis persuadé que dans chaque ville, il y a des bons groupes partout ! Ça va bientôt arriver dans une autre ville.

Il a été disque d’or... Benjamin : Oui, il a eu des Victoires (de la musique)... Guillaume : Des « Victoires » ? J’aime bien, t’as vu comment il te place ça comme ça : « des Victoires »... Il le place comme ça vite fait. (rires) Benjamin : Produire quelqu’un nous a fait prendre conscience de ce que ce travail pouvait nous apporter. Ça a été le déclic, on a réussi à lâcher

Vous ne seriez pas un peu la synthèse de ce que la scène rémoise : un mélange de pop, comme les Bewitched et d’électro, comme Yuksek, Brodinski. The Shoes, le crossover parfait ! Guillaume : C’est une bonne définition ! // M.R. & L.S. 51


diaporama par MARTIAL RATEL PHOTOS : ALEXANDRE CLAASS

Un grand grue

C

’est beau, c’est haut, c’est les grues. C’est drôle parce que ces trucs ont l’air vachement lourds, stables, solides et pourtant ça pousse dans un quartier en une journée et ça disparaît aussi sec. La grue doit être une espèce de bestiole nocturne qui ne se déplace que quand on ne la regarde pas. Un jour, un chef d’entreprise disait choisir les villes dans lesquelles il investissait son cash flow en fonction des grues de chantier. Pour lui, pas de BTP actif, c’était pas de développement local donc pas de bizz juteux. Cet homme amoureux des beaux zéros se trompait bien sûr ! Il lâchait la proie pour l’ombre. Il oubliait que si dès potron-minet, après avoir vérifié la taille de son Nasdaq, il levait toujours les yeux au ciel, c’était à cause de la persistance d’un plaisir enfantin, par pur amour de ces tubes, de la câblerie et des échelles

interminables. Ah oui, ça, l’échelle, c’est comme le kilt des Écossais pour certains. Dans une grue, on monte comment ? Y’a un ascenseur ou on se fait tout à pinces ? À vrai dire, Carlos, le chauffeur de grue qu’on a rencontré, s’en tape un peu de toute cette poésie urbaine plus ou moins feinte : « C’est un métier comme un autre. Trois semaines pour avoir le permis. Moi, j’étais maçon, j’avais mal au dos alors j’ai fait ça... Et puis, en désignant la cabine : Faut voir qu’après trois heures assis là-haut j’ai encore mal au dos ». On oublie le rêve, on enchaîne sur le confort : « La radio, ah ah ah, ouais, j’ai celle qui me permet de communiquer avec les gars en bas, un talkie, quoi. La clim’ ? Il parait que les nouveaux modèles vont en être équipés ». Dernière question à Carlos, la seule qui compte : et l’ascenseur pour monter, c’est cool ? « Ben, r’garde, tu le vois bien, c’est une échelle et ça monte à plus de 50 mètres de haut ».

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Grue Grangier

C’est comme la bouteille de goutte avec le crapaud, la question est : comment a-t-elle pu rentrer là-dedans ? Le crapaud, on sait, c’est en le desséchant. Est-ce qu’on fait pareil avec une grue de 55 mètres de haut ?

Grue ronde place de la République Ah non, pardon, c’est pas une grue, on s’est trompé.

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Réhabilitation de la caserne des pompiers du Transvaal, prochaine maison des associations. Elle a une drôle de tronche la grande échelle, même pas rouge.

Grue patriotique en face d’Urbanis.

Prends ça Daech ! Tricolore, 40 mètres de haut, capable de bouger des tonnes et bichonnée par des hommes casqués !

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Le belvédère aux grues, quartier de l’arsenal. Ici par temps dégagé, un coup d’œil panoramique et c’est pas moins de 10 grues qui s’offrent à votre regard. C’est incroyable, on en a les larmes aux yeux. Bien mieux que la Foire du Trône.

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dubactivistes Soundsystem, grosse soirée prise d’assaut par les petits frères et sœurs de tes potes, musique à fond, esprit fédérateur où les opinions et finalités se rejoignent pour former une seule et même masse grouillante qui bouge et se laisse aller sur le même rythme. Bientôt 5 ans maintenant que Skanky Yard, parti de rien, blinde les salles de concert à base de subs surpuissants, et de manière alternative. Laquelle ?

Les 5 ans du label à La Vapeur. 56

portrait par kenza naaimi, avec chablis winston photos : louise vayssié, mayd hubb


François, le maître à jouer de l’équipe

C

’est François qui nous reçoit dans l’atelier du gang, planqué dans un fond de cour proche du fameux char à Dijon, pour en discuter. Un peu le chef de file de cette tribu dub. Il est accompagné de Camille (le petit dernier), Guillaume et d’autres membres venus de tous les milieux… Grande adepte du do it yourself, cette structure fait tout de ses doigts et de ses doigts seuls. Que ce soit pour leurs sons, l’organisation de leurs soirées en passant par la rénovation très récente de leur labo, leurs studios… Et surtout, monter leur propre soundsystem (la sono, quoi). Un outil associatif monté par Raphaël Rossi en 2010 qui a développé son style dub à la MJC des Bourroches pour commencer. En soutenant des engagements de puristes avec comme seule arme : la musique. De vrais guerriers qui contribuent à faire vivre des milieux et des lieux indépendants. Mais de quelle musique tu parles ? De dub. Pour te la faire vite, le genre de zic sorti tout droit de la Jamaïque des 60’s. Arrivé en Europe dans les 80’s, c’est au Royaume-Uni, communauté jamaïcaine oblige, que ce mouvement va commencer à s’étendre à l’international pour faire fureur et prendre un peu d’ampleur grâce à l’essor de la musique électronique, à ses basses très rythmées et aux samples empruntés

à la culture reggae. Dit comme ça, t’es un peu perdu, hein ? Le pire, c’est que c’est loin d’être terminé. En creusant un peu, on s’est rendu compte que le dub, c’était bien plus que ça, bien plus qu’une simple musique à écouter pendant tes trajets Transco Sainte-Marie – Dijon.

« On a une vibe, on veut répandre cette vibe, c’est tout » La musique dub, déjà, c’est un état d’esprit. Les notes, les rythmes, c’est de la transformation, de la décomposition, du découpage. C’est le ménagement des vides. Donc à toi et tes kékés du soundsystem, il faut arrêter avec les « Fais péteeeeer ! » ou les « M’allez làààà ! ». Parce que ce n’est pas une musique sur laquelle tu dois danser comme un porc la tête dans l’enceinte. Mais sur laquelle tu peux fermer les yeux et te laisser porter par les fourmis qui envahissent ton estomac. Ces mecs maltraitent, personnifient, détournent et poussent le son dans ses derniers retranchements, quitte à manier les boutons de la technique comme personne, afin d’offrir des effets qui diffèrent de ce que toi, tu as l’habitude d’entendre. C’est

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presque une science, en fait. Au lieu de bosser dans des studios, on bosse dans des labos. Les artistes deviennent des chercheurs qui triment pour te faire du son de qualité, souvent analogique. Et c’est ce qu’ils valorisent : le travail des chercheurs. À les écouter parler, on finit par se rendre compte que le son n’est qu’un simple outil de la vibe, un moyen pour exprimer le besoin de se réunir. Une véritable communauté dub qui organise autant de concerts que d’ateliers de production, des mini-conférences, des foires aux disques, etc. Dans la vie comme dans la musique, le dub, c’est déconstruire et reconstruire des codes alternatifs. Ensemble. Skanky Yard est aussi un peu la succursale locale de l’Internationale dubist. Connecté en France et en Europe à tous les activistes dub, le collectif est mouvant, avec « toujours au moins une dizaine de personnes. Certains sont là depuis le début, d’autres restent quelques semaines, filent un coup de main et s’en vont. Tout le monde est libre », affirme François, accoudé aux énormes subs du nouveau soundsystem du crew : le Dubatriation soundsystem (il a un petit nom). « En rejoignant Skanky Yard, on cherche d’abord à rejoindre le côté humain avant le son, y’en a qui n’en avaient rien à foutre de la musique dub avant », renchérit Guillaume, le nouveau président de l’asso. →


« Ouais, posez ça là les gars »

20 Une dread sur cinq : ça a changé, le dub


Cassons le mur du son Sans s’poser de questions (Willy Denzey, poète)

Le but n’est pas d’être hype (même si finalement, ils le sont malgré eux), au contraire, mais d’avoir aussi des engagements autres que musicaux et de faire taire ceux qui pensent que Dijon n’est qu’une ville de bobos, ce qui en soit ne veut rien dire. D.I.Y. on te dit ! On retrouve un peu les mêmes

intentions que le mouvement punk au final. Alors, quoi de mieux que les Tanneries pour eux ? Une confiance qui s’installe depuis les premières soirées aux Tanneries I, il y a 3 ans, qui règne et qui risque de perdurer, sachant que les Skanky sont maintenant partie prenante aux Tanneries II. Ils participent aux réunions, se sont investis dans l’aménagement du nouveau lieu. Les mecs se déplacent au moins 24 heures avant leurs soirées pour faire le montage de tout le matos eux-même et éviter les imprévus en plein boom boom. Prévoyance aussi ! Ça permet une meilleure organisation des événements, une meilleure sécurité (vu la fréquentation qui ne fait que s’accroître) et surtout : une meilleure résonance des basses. Et qui dit basse, dit soundsystem. Le plus ouf, c’est que les gens ne se déplacent plus seulement pour les artistes ou les soundsystems de grande renommée (Radikal Guru, OBF ou Alpha Steppa aux sonorités rasta) ou pour les artistes du coin comme Kiraden (un peu plus électro), mais pour le mur de son, souvent amené par le collectif invité. Un mur qui devient, à son tour, la star de la soirée. Chaque soundsystem

a une patte, un son à lui. Et les gens veulent découvrir et comprendre ce qui se cachait derrière le titre de leurs invitations Facebook aux événements « Roots in town », « House of Skank » ou encore « Dub Forge ». Appellations toutes remplacées aujourd’hui par « Protect The Dub ». « C’était le bordel, pas vraiment

lisible pour le public, maintenant c’est les soirées« Protect the Dub » » une fois par mois aux Tanneries, identité graphique simple et chiadée (François, comme quelques autres, vient des Beaux-Arts), organisation calibrée. Loin de l’image de branleurs que les dubists peuvent avoir. On fait encore quelques soirées ailleurs, mais dans des lieux qui comprennent notre vibe. Pas chez des gens qui sont juste des commerçants », enchaîne un François déterminé. Parce que oui, tu ne sors pas aux soirées des Skanky juste pour boire un verre (ou tu ne devrais pas), tu y vas pour apprécier le son, frôler le hardcore, le chaos et passer du bon temps avec les mecs de la vallée de l’Ouche, de Lyon ou les Bisontins qui se déplacent aussi pour tout ça.

« Les gens nous disent qu’on joue trop fort… MAIS ON ne JOUE PAS DU TOUT TROP FORT ! » 59

Selon eux, ça n’est jamais trop fort quand il s’agit de te faire ressentir psychiquement et physiquement la musique. Le dub te pousse à la trans-méditation, le dub te pousse à te faufiler dans la foule et à fermer les yeux jusqu’à t’en faire oublier l’heure. L’ambiance est on-ne-peut-plus-cool. Tu apprendras vite à différencier les gens qui se déplacent vraiment pour la programmation de ceux qui suivent juste le mouvement. Parce que bien sûr, une fois par mois, les Tanneries, c’est the place to be. Invités nationaux et internationaux, création du label Dubatriation en 2011, ça fait pas mal d’artistes au compteur. Et de rencontres. François nous en raconte quelques unes, les befores avec Gravity, les afters avec Panda Dub, les croissants partagés au petit matin, « des moments privilégiés qui nous restent plus en tête que la soirée elle-même en fait », témoigne Guillaume. « À Dijon, y’a une vrai énergie et un public, certains artistes font 2000 km pour venir et hallucinent complètement sur l’ambiance qui règne ici ». Tout ça pour te dire que Skanky Yard, c’est pas que remplir des salles, c’est pas pour faire du blé (ou quand il y en a, le cercle est vertueux, tout le monde en croque), c’est avant tout faire vivre le dub, « dégager des bonnes vibes », conquérir de nouveaux publics (peut-être un peu plus âgé aussi), et… pourquoi pas s’élargir ? Partir à la conquête des routes ? À la conquête de l’Eldoradub. Le local/labo qu’ils viennent d’aménager est le départ d’une nouvelle étape. « On a un lieu pour se retrouver, pour bricoler, pour créer du son, faire venir des artistes en masterclass, stocker le matos, et pour inventer ensemble ». // K.N. et C.W.


la cuisine de sparse foodage de gueule

Pimp my truck ! Comme on peut les envier, ces autoentrepreneurs et ces gérants qui peuvent s’aménager leur mignon petit camtar, loin des openspaces hypocrites et des hiérarchies sourcilleuses. Ils doivent être tranquilles ! Sur les routes de notre beau pays, ils pourraient ainsi voguer à vue et vendre à la sauvette des mets grossiers et rentables. T’as tout faux, gros. Non seulement ils ne peuvent pas s’installer n’importe où -ne serait-ce que parce que les restaurateurs traditionnels voient d’un mauvais oeil cette concurrence nomade- mais surtout, les propositions gustatives vont être pensées de telle façon à être relativement chiadées, histoire de correspondre aux réquisits toujours plus pointilleux des esthètes de la frite et du fast-food. Bon, bien sûr, il reste toujours des restaurants mobiles qui visent

par tonton stéph illustrations : estelle vonfeldt

l’efficacité, l’étouffe-chrétien, et le bankable, comme le camion à pizza, lequel lorgne davantage du côté du reportage Zone Interdite sur M6 que Mon foodtruck à la clé sur France 2, qui a su surfer sur cette nouvelle vague. Deux écoles : l’une tournée vers les années 70, l’autre bien de notre temps. Allez, on fait chauffer la Fuego et on va s’y rendre, au bord de la route, là où opèrent les travailleuses du sexe et les brigades de radar.

foodies (www.foodiestruck.fr) Foodies est diabolique. La fabrique du cromesquis à l’époisses devrait être encadré par les stups. Ce truc te fond de façon indécente dans la bouche, et paraît qu’il y en deux autres maléfiques à l’escargot ou au Nutella. J’ai envie de chialer. Mais ce n’est pas pour ce met en particulier que nous sommes là. Souvent burger varie : on passera ainsi de celui à la sauce curry, poulet croustillant à la noix de coco, galette de pommes de terre cheddar et poivrons grillés, à celui au steak de veau haché sauce au lard grillé et ciboulette, compotée d’oignons, salade tomates. Ou encore le blue cheese, avec son steak charolais, roquefort et béarnaise, compotée d’oignons, laitue et tomates. Un burger au Langres, sauce acidulée aux herbes fraîches, compotée d’oignons, laitue et tomate. Bon, ok, j’arrête. Ouais, oublie tes bonnes résolutions vegans, gros, y’en a même un au porc mariné dans la bière (!) et la moutarde... Perso, j’ai opté pour le bourguignon, car

je l’avoue, je rêve souvent d’époisses la nuit. Le truc coûte 6 euros, et à lui tout seul il te cale pour la journée. Il est juste délicieux et copieux. La fonction d’un tel engin ambulant de toute façon : t’aider à faire une bonne coupure pendant ton job de merde en te sustantant de friandises raffinées. Elle aura de la gueule, ta verrine tarte citron meringuée ou chocolat caramel ultra gourmande. Tu pourras même ramener des macarons passionvanille au bureau, pour peu que tu ne méprises pas tes collègues. Nous, ce jour-là, nous avons eu droit à une coupelle façon pêche melba du plus bel effet. À trois euros le dessert, oublie ton Mac Flurry, gros. Puisque une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, on a appris en papotant un peu que l’établissement déraciné était en pourparlers en vue d’une implantation décisive non loin de la B.U Droit-Lettres sur le campus dijonnais ! Histoire que pour une fois, la qualité des plats du R.U ne se ressente jusque dans la B.U.

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B comme Burgui (www.bcommeburgui.fr) Le chauvinisme a toujours un succès fou dans notre belle région, et il faut bien admettre qu’il est tout à fait légitime lorsqu’il s’agit de la graille. Fort de ce constat, ce foodtruck a décidé de miser autant que possible sur l’identité de la bouffe locale. Un coup d’oeil aux mets proposés pourra s’avérer trompeur, tant il mettra en appétit tout en flattant tes origines du cru. Ici, il y aura bien des macarons, mais forcément, à la crème de cassis. Les buns des burgers sont maison, et à la moutarde ce sera Fallot. Il en est aussi proposé un « Bressan » au poulet et sauce du cru. La Bresse, bordel. Pour une fois, avoir un quelconque rapport à ce coin maudit et marécageux de ta région te sera autorisé. Un autre à la compotée d’oignon, boeuf et époisses célébrera une zone non moins douteuse : l’Auxois. On ne peut toutefois pas cracher dans la soupe, tant il s’agit du fromage royal, bien loin du cheddar proposé par ailleurs, que nous aurons bien entendu snobé. Il y a parfois des variantes, comme ce jour où le même modèle de burger a été proposé plutôt avec du morbier et une

mayo façon gribiche. Une panacotta pourra certes être dégustée en dessert, elle sera à l’anis de Flavigny... Ainsi de suite. En supposant que tu sois aussi peu lassé par les clichés de la région qu’un touriste asiatique, il te sera tout de même possible de goûter des alternatives, comme le burger savoyard au lomo (un jambon espagnol) et reblochon (pas du coin non plus). Bon, le problème, c’est que rien ne s’est bien passé lorsque nous sommes venus à quatre. Le service : glacial, absolument pas cordial. Aucune présentation des produits, un serveur désagréable qui se permet une remarque déplacée auprès d’une de ses clientes, et qui ne propose pas de sauces gratuites prévues dans le menu choisi... Pire : chacun s’est accordé pour affirmer sans ambages que les sandwichs étaient fades. Le mien au poulet-chèvre et miel sec bien trop sucré n’était absolument pas assaisonné. Les frites sont certes bien servies, mais elles sont apparemment cuites et recuites – ce qui leur donne un goût d’huile pas du goût de tout le monde. Bref, il n’y a même pas match, préférez Foodies.

le Camion À pizza (un peu partout) D’utilité publique. Le camion à pizza à l’ancienne pourrait quasiment être estampillé comme service public dans les patelins et les zones périurbaines délaissées et méprisées par les bobos du centre ville – bisous. C’est même un vecteur de sociabilité, genre, le pub du pauvre habitant de la diagonale du vide qui n’a même

plus d’échoppe, de PMU pour évoquer son dernier crédit avec Gégé. Il n’est pas rare en effet que vous puissiez croiser, devant ces camions à pizza, plusieurs riveraines et voisins, accoudés au camion comme s’ils étaient intimes, en train de deviser en attendant leur reine ou leur salmone(lle).

Les autres possibilitÉs (liste non exhaustive) Matezzo, Dijon, Cours général de Gaulle, du mardi au dimanche 18-22h, pizzas au feu de bois Pizza Ro-Ma, Dijon, 63 rue Chevreul, mais aussi Fixin, Vosne-Romanée, Morey-Saint-Denis, Chambolle-Musigny. Autant de lieux produisant des petits vins parfaits pour les pizzas. La Caravella, Longvic, Chenôve, Thorey-enPlaine. Buon giorno a tutti, pizzas au feu de bois. La Tour de Pizz’, Plombières-les-Dijon, Marsannay-la-côte, Corcelles-les-Monts. Rien que pour le jeu de mot absolument déplorable. Emile Street Burger, Chalon-sur-Saône, parking du Castorama, mais aussi à Lans, Loyère et Sevrey selon les jours. Une reconversion pour l’Emile du 89 ? Le Boeuf Bourguignon, Mâcon, ZAC Grand Sud à Mâcon vers Simire et Cars Maisonneuve.

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Burgers aux Charolais et aux légumes locaux, choix du fromage AOC possible. Franch’Country truck, Dole, Avenue de Lahr, Saint-Apollinaire, 845 cours de Gray ; juste en face d’où se déroulent parfois des contests de tuning. La Cerise sur le camion, Besancon, Vaux Les Prés (après Chateaufarine). Plats fins, cuisinés, produits frais et locaux Caviar et coquillettes, Nevers, 47 rue Henri Boquillard, ou Parc Roger Salengro. Burgers avec pain français, dont un avec camembert fondu et confiture de grillottes. La roulotte gourmande, Auxerre, Parc Roscoff. Burgers aux cacahuètes, wraps végétariens, paninis, salades, prix très doux. // T.S.


la cuisine de sparse so fish

La percée du Jura par so fish illustrations : mr. choubi

La fishstory Lundi 9 novembre, tu rentres du boulot, allumes ton mac. Mozilla, l’Equipe, eBay, un tour sur le Bon Coin. Tu relèves enfin tes mails. Thib vient de t’en envoyer un, agrémenté d’un joli lien doodle. Thibault, c’est le GO bons plans du groupe, celui qui organise chaque année des week-ends entre vieux potes. Lac des Settons, Amsterdam, Prague pour le jour de l’an, Europa Park, la biennale de Lyon... Un coin sympa en adéquation parfaite avec vos âges, rimant avec alcool, bonne bouffe et toujours quelqu’un qui s’humilie. Toi, tous les trucs organisés, tu t’en fous un peu. Mais le côté fun avec les plans de Thib, c’est que chaque année c’est le bordel et le seul moment qui ne te déçoit jamais, c’est la grosse bouffe du samedi soir. Cette année, ton pote, débordant d’imagination, fait dans le rapprochement des régions. La grande région Bourgogne Franche-Comté. Une envolée créative qui se retrouve également dans les pages de notre magazine préféré et dans notre propre chronique... Ce sera donc un week-end dans le Jura, entre potes, pendant les vacances de Noël ! Un petit amuse-bouche des fêtes de fin d’année. Un concentré de trop plein de nourriture, d’alcool, de fête et

en bonus... de la neige et les premières sensations de glisse sur les pentes abruptes de Métabief ! Oui Métabief, un nom qui souffle comme une brise d’hiver à nos oreilles. Les Grenoblois ont Tignes, nous avons le Jura, les Jouvencelles et Métabief. Les Grenoblois se tapent les Parisiens, nous avons les gens du coin. En général, les week-ends organisés par Thibault se déroulent en trois temps. La journée du samedi, c’est activités. Le soir, bonne bouffe. Et le dimanche, remise en forme en fonction de l’état de chacun. Depuis quelques temps, tu as mis la main sur les soirées du samedi. Les planteurs à coup de Old Nick pendant votre séjour à Prague il y a quelques années ont fini de te convaincre. Thibault n’a pas de goût, tu t’en occupes donc avec d’autres convives. Et il faut dire que cette année, tu as le choix. Le Jura, et plus globalement, la Franche-Comté, c’est une vraie terre de gastronomie. Autant te le dire direct mon pote, tu peux ranger ton Pinot et ton Epoisses. Cet hiver, c’est direction le pays du Savagnin, des 1000 et 1 fromages et de la saucisse fumée comme s’il en pleuvait. Et à la différence de ton voisin de palier, là-bas, ils sont vraiment sympas ! 62


La shortfish Tu vas peut-être trouver ça étrange pour découvrir la Franche-Comté mais tes courses débuteront bien dans ta région, en te rendant dans le marché de qualité le plus proche de chez toi. Ami franc-comtois, je ne te fais par l’affront de te dire où aller chercher tous ces produits, je te laisse seulement juge des informations que j’apporte à nos lecteurs de Dijon. Tu peux donc commencer par acheter environ 4 kilos de légumes racines* (ne prends pas peur stp !) sur une belle étale de produits locaux. C’est la saison et ça fait vivre les producteurs du coin. Achète aussi des oignons pour l’occasion et si tu trouves, de beaux champignons pour la frime. Trouve ensuite un bon volailler qui vend des bêtes qui ont vu le jour au moins une fois avant leur abattage. Prends-lui des cuisses de poulet fermier en fonction de votre nombre.

Et enfin, direction ton fromager. Notre proximité avec la Franche-Comté nous permet en Bourgogne d’avoir des professionnels qui s’y connaissent un peu en fromages de montagne. Si tu as vraiment de la chance, tu trouveras même du cacouyard, le reblochon au goût de noix de nos voisins doubistes et petite perle de notre chronique. Sinon, tu pourra le trouver sur place. Tu peux aussi acheter du comté ou du tourmonnier pour l’apéro. Et n’oublie pas la crème fraîche de la ferme, en masse. Pour les puristes ou dépourvu de cacouyard, faites une halte à Poligny, la capitale de la Franche-Comté pour les étrangers incultes. À Poligny tu trouveras tout ce qu’il te faut : Juraflore, chez Reverchon, les Salaisons Brelot et l’autoroute... Autant dire du fromage, du vin jaune et de la saucisse fumée à portée de main.

Le fishmeal prendre plus ou moins de temps...) verse ta crème dessus et enfourne pour une bonne heure au four à 180°. • Pendant que ton gratin se dore tranquille au four, mets tes cuisses de poulet soit dans un plat pour les cuire au four, si ton électroménager te le permet, soit dans une ou deux poêles, avec des échalotes, du beurre, un peu d’huile et quelques herbes aromatiques. Quoi qu’il en soit, tu feras griller tout ça environ 45 min, en l’arrosant régulièrement avec son jus. • À ce moment-là, tu entendras ton gratin toquer à la porte du four... Après sa grosse heure de cuisson, pique pour vérifier que ça cuit bien, et ajoute ensuite les fines tranches de cacouyard sur le dessus et remets au four pour une petite demi-heure tout en vérifiant que le fromage ne grille pas trop ! • Quand tu jugeras le poulet cuit (et oui, c’est notre 4ème chronique, tu es censé avoir progressé maintenant...) déglace-le au vin jaune (au moins 25cl), gratte les sucs de la viande attachés au fond et laisse évaporer pendant 20 min pour que ta sauce réduise. Tu y ajoutes ensuite de la crème (oui encore !), tu rectifies l’assaisonnement et tu laisses sur feu très doux le temps que tout le monde se mette à table. • Pour le dessert, on te laisse terminer les fromages avec la fin du vin jaune. C’est ça le Jura comme on se l’imagine. Sans sucre. Pense aux clémentines aussi, pour la digestion ça aide !

Say cheese ! En apéro, choisis une bonne bouteille d’Arbois blanc, que tu serviras avec du tourmonier et du comté vieux en dés (au moins 18 mois), tranche finement aussi une saucisse de pays, ce sera parfait pour vous mettre en bouche ! Un bien beau gratin de légumes racines au cacouyard, avec des cuisses de poulet sauce vin jaune. • Pèle tes légumes, rince-les bien et détaille-les en tranches assez fines. Émince tes oignons. • Assaisonne ta crème fraîche avec un peu de sel, poivre, persil plat et dilue-la avec un peu de lait pour qu’elle se répande bien partout dans ton gratin. • Coupe ton cacouyard en fines tranches. • Prends ton plat, beurre-le un peu et frotte les bords et le fond avec de l’ail, ce n’en sera que meilleur. • Monte maintenant ton gratin, et pour cela tu as 2 possibilités : la bordélique, en balançant tout d’une traite et en tassant pour que ça tienne dans le plat. Ou la psychopathe, en créant un algorithme minutieux avec chaque tranche de légume... à toi de te trouver sur ce coup-là ! Une fois que tes légumes sont « rangés » dans le plat (tu l’auras compris, cela peut

La happyfish Tu pensais faire du ski alpin toute la journée et dévaler les pistes en tunique rouge flamboyante comme Luc Alphand à la grande époque mais les locaux t’avaient prévenu. Ça fait des lustres qu’il n’y a plus de neige à Noël dans le Jura. Du coup, vous vous êtes faits une

balade en raquette après une bonne descente de cave à Arbois. Tu t’es quand même pété un genou en faisant le con, José a fini à poil dans la boue devant le gîte après une intoxication au vin jaune et le Uno n’a jamais été un jeu aussi passionnant. // A.S. et S.G.

* navet, panais, rutabaga, topinambour, carotte, pomme de terre, cerfeuil tubéreux, betterave...

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la fierté bernard Un Dijonnais chez les Ricains. Août 2015, Julien Bernard quitte le SCO Dijon et pose ses cales dans l’écurie Trek Factory Racing. Les poussières du Colorado le marquent du sceau des promesses et ravivent dans l’œil des suiveurs les souvenirs lunaires du Ventoux avalé par son père. Un seul pas à faire pour mettre en danseuse Bernard père et fils, dans un même papier ? Champagne, ces gars-là ont de la caisse.

C

’est une des premières choses qu’il ait dites : « Il faut savoir rester humble. N’oublie jamais ce mot ». Mots du père au fils, embarqué dans cette putain d’aventure qu’est le cyclisme pro. Le fils a retenu la leçon sur les routes, le père s’en souvient encore quand il évoque sans faillir erreurs de jeunesse, victoires de rêve et filiation. Le premier tombe dans le vélo par hasard et frotte dans les virages du Bazois, le second passe cadet près de Nevers. On ne le dira pas assez : la Nièvre, c’est vital. Pour les Bernard, c’est sans appel. Après Nevers, Jean-François, le pater, conquiert la France de 1983 en amateur avant de passer pro l’année suivante chez La Vie Claire, équipe grand luxe ciselée par deux autres Bernard : Hinault et Tapie. Après Nevers, Julien, le fiston, reste

réaliste et aligne victoires en amateur (Pays de Gex, Pays du Nivernais-Morvan, TroyesDijon) et études au cordeau : Bac S puis STAPS à Dijon. Le père n’a jamais poussé le fiston à faire du vélo et c’est Denis Repérant du SCO Dijon qui décèle la caisse à venir et le recrute à la sortie du pôle espoir. Toujours vainqueur à Bac+3 et « pour ne rien regretter », Julien annonce à ses parents qu’il prévoit deux années de vélo à fond, comme un petit professionnel parmi les amateurs. C’est entraînement tendu avec à peine le temps du ravito au Chat Noir ou de réglages au Mac Callaghan. En selle 6 jours sur 7, la caisse se forge, les socquettes s’allègent dans la plaine d’Auxonne ou plus agréablement côté route des Grands Crus et Pouilly-en Auxois. Julien, jeune homme de son époque, entre deux tweets et un message sur la timeline de son facebook, s’amuse aussi à suivre les 64

portrait par badneighbour et martial ratel illustrations : mr. choubi

riders en fixies de Dijon : « Ils font des trucs vachement bien. J’ai même fait deux heures de route la dernière fois pour assister à la finale du National Moutarde Crit’ ». Finale sur un parking, sous la pluie, un dimanche aprem… Chapeau ! Là où on sentait deux mondes, il y a une même passion : le casse-dalle au bord de la route. Après une bonne saison 2014, Cofidis le repère et le pré-drafte pour la saison 2015 mais finalement renonce. La déception dure une seule journée. Alain Gallopin, directeur sportif de la Trek et parrain synchro du SCO, l’appelle le lendemain du refus cofidisque pour l’embarquer sur le Tour de l’Utah et le Tour du Colorado avec la team pro. « Je passais direct au World Tour avec un contrat de deux ans en stagiaire ». Trek, c’est le monde sur deux roues. Basée en Belgique avec une quinzaine de nationalités, mais pour Julien « l’équipe s’approche d’une ambiance proche du SCO ». Mécanos, coureurs et soigneurs font partie du même clan, le clan Trek. « Je suis très heureux d’être dans une équipe étrangère ». Marrant, ce fut aussi l’avis soulagé de Bernard père, exilé volontaire en 1991 chez les Espagnols de la Banesto : « J’avais besoin de changer d’air, je suis parti à l’étranger ». Voulant se couper des équipes françaises, il fait le choix de devenir équipier mais en dealant le fait d’être protégé sur certaines courses. Si le regret point de n’avoir connu Echevarri plus tôt, le choix reste bon. L’ambiance est plus saine qu’à La Vie Claire, où Paul Köchli tourne en boucle dans ses réformes d’entraînement. Delgado et

« Au foot, tu as 1 chance sur 3 de gagner. En vélo, si tu gagnes, c’est avec 1 chance sur 180 » Julien Bernard


Indurain prennent le petit blaireau dans leur giron. Miguel roule même pour Jeff dans le Paris-Nice 92, course de rêve qu’il remporte. Un tilt qui ajoute une barre de plus à son diagramme de victoire pro qui chiffre à près de 60. Col roulé Pour le fiston, l’aventure Trek commencée en août dernier, c’est la fin des fonds d’écran avec les deux frangins Schleck : Frank est là, en vrai, en plein Colorado à courir pour lui. En stage à Milan, c’est le chamboule-tout vélocipédique. Les yeux qui pétillent à chaque tête croisée à l’hôtel : Mollema, Hejsdal, Nizzolo... Cancellara, le patron charismatique et très classe est là aussi. Les vélos montent en gamme - « Trek, c’est un peu Jaguar » - mais le boulot reste à l’ordre du jour : « Le vrai moteur, il est dans tes jambes. Tu ne gagneras pas dix places sur un grand tour avec un bon vélo ». Le Colorado offre une autre découverte. Jusquelà classé grimpeur parce qu’il prend plus de plaisir dans les bosses, adieu les ascensions à plus de 3000 mètres dans les premières places, Bernard fils se rend compte qu’il n’a jamais monté un col de sa vie. Info confirmée dans un éclat de rire par le pater : « Je ne sais même pas si Julien a déjà monté un col même en voiture ! Je lui ai dit : « Quand tu auras monté le Tourmalet, l’Aspin ou la Croix de fer, là tu pourras dire que tu auras monté un col... » J’ai été surpris au Colorado quand il s’est trouvé devant. Il a pris confiance ». Confiance venue avec la conscience d’être aux States avec le champion Born in the USA qui roule pour vous, leader de l’équipe et une 10ème place au classement général dans la musette. Humilité, nous disions plus haut. Dope little song À ce moment-ci, on l’entend d’ici la question coincée sous la langue : et le dopage ? Alain Gallopin résume nickel la situation à Julien Bernard : « Les mecs comme toi, qui n’ont jamais rien pris dans leur vie, ont une chance terrible de pouvoir faire du vélo maintenant ». (Gallopin en connaît un rayon en résultats stratosphériques après la fréquentation d’Armstrong et Bruyneel chez Radioshack ou Astana). Il suffit de lire la presse, les commentaires sur les réseaux sociaux. L’image du cycliste dopé est impossible à enlever. La cata des années Armstrong et Festina aura pourri la fête du dimanche. Jeff raccroche juste avant les explosions. Il fallait que ça

s’arrête. Aujourd’hui les Français commencent à revenir : Bardet, Barguil, Pinot. Julien est intelligent et le père n’a jamais eu peur pour le fils face à ce « tout petit noyau qui nous emmerde à chaque fois ». Et Kim Andersen, membre du staff Trek, contrôlé… 7 fois positif durant sa carrière ? Julien : « C’est le passé, aujourd’hui c’est différent ». Une réponse blasée, une moue désolée, en forme de désapprobation qui laisse entendre que ce n’est pas parce que certains se sont mal comportés que lui plongera le doigt dans le pot de confiture. Alors, laissons le passé et ses rites car si aujourd’hui on parle de dopage, il faut aussi aussi parler de la lutte contre le dopage. Maintenant dans le World Tour, Julien est soumis au contrôle Adams, doit être géolocalisable, tous les jours, à une heure donnée, pour un contrôle éventuel. Au bout de 3 non-shows, la suspension guette. On compte 656 contrôles sur le dernier Tour, un seul cas détecté, à la cocaïne, « qui n’aide pas du tout sur le vélo ». Mon père, ce héros Quand il a commencé à en faire son métier, le fils a maté les exploits du père sur VHS, étant impressionné par sa façon de rouler et de gagner. Le compare à Quintana, Wiggins ou Cancellara. Pas son but de copier à la ligne mais fier de porter le même blaze. Il ne veut pas l’effacer des tablettes et semble prêt à parier sur les complications pour les coureurs d’aujourd’hui de refaire ce type de résultats. Résumé rapide du Jeff magistral : 3ème place au Tour 1987, 3 étapes au Tour de France, 4 sur le Giro, 1 Paris-Nice et le fameux maillot du combiné trusté comme un seul homme. Pourtant, Jeff, c’est toujours pour le pékin : « Il a gagné le Ventoux ». Français dans l’ère d’après-Hinault, il affronte donc le Ventoux. Au sommet, Jean-François Bernard prend le maillot jaune et devient donc Jeff. Mais, pourtant, il chérit davantage sa victoire à Dijon dans le chrono, huit jours après. Normal : lutte pour la 3ème place du podium final et victoire de l’étape devant Delgado et Roche qui se battent pour la victoire du Tour. Ce tour 87 qui n’aurait jamais dû lui échapper, c’est une histoire de manque d’expérience, d’erreurs tactiques, de jeunesse. De pression aussi, propulsé leader à cause de l’accident de chasse de Lemond, le petit blaireau sent le manque de Bernard Hinault parti en retraite ou de ne pas « avoir été dans l’équipe de Guimard ». Les deux années noires qui suivent la chute au Giro, à portée de main en 1988, lui 65

« Profite de tout jusqu’à minuit, tu peux tout perdre demain » Jean-François Bernard

forgent le mental. Sans le mental et une forte personnalité, on ne refait pas surface. Il faut être patient, ça revient forcément. Si on a un peu de classe et si on bosse, ça revient toujours. Humilité, on vous disait. Cette patience aiguillonne le fils. Que ce soit au cours de ce contrat pro de deux ans chez Trek où les victoires apparaissent déjà comme des bonus, tant l’enseignement est déjà intense. Que ce soit aussi à la fête de la chasse de Saint-Honoréles-Bains où Julien, après avoir passé la journée à tenir le stand de saucisses-frites, attend son père à 3 heures du matin pour le ramener : « Dis, si tu n’es pas capable de gagner une course de deuxième catégorie en te couchant à 3 heures après avoir mangé des saucissesfrites toute la journée, tu ne seras jamais un coureur cycliste ! » Le fils, vexé, gagne. La chasse pas par hasard. Lemond s’y blesse en 1987, Duclos-Lassalle a failli lui sacrifier une main. Clairement une histoire sociale, « moi j’ai appris à lire, à écrire et à chasser ». Dans ce sport quasi-calvaire, on retrouve un paquet de coureurs venus de la campagne. Il y a toujours des courses dans tous les villages le dimanche. De là à dire que c’est le terreau de cette satanée humilité. Humilité et pudeur font tourner en douce les manivelles de la cellule familiale et l’esprit de compétition supplante les effusions. Jeff, le père, fait « toujours chier Julien, en lui disant que j’ai gagné la course qu’il part faire ». La réponse du fils, impassible, est toujours de lui rappeler qu’il n’a jamais gagné le Tour Nivernais-Morvan. C’est vrai. « Mais je n’y ai jamais participé non plus... » Coureurs complets jusqu’à la mauvaise foi, les deux hommes sont taillés pour les courses à étapes. Aux regrets légers du père de n’avoir jamais gagné Milan-San-Remo en dévalant le Poggio répondent les envies de Dauphiné et de Catalogne du fils. Rien n’est défini pour la saison prochaine. Dans les coulisses du padre, on parle d’une possible Vuelta.. ¡Anda, corre, hijo ! Pour Sparse, qui n’a pas peur de se mouiller, Julien fait très clairement partie des favoris du Tour 2022 et évidemment en août prochain, on le voit (qui d’autre de toute façon ?) gagnant sur le critérium d’après-Tour dans les allées du Parc à Dijon. // B. et M.R.


La Maladière, en 1975, avec un Ênorme steak au milieu.


welcome to my hood

Maladiere Bourroches Montmuzard Les ex-losers PaR lilian elbé photos : L.E., icovil, bibliothèque municipale de dijon

Dans le cœur des habitants, chaque quartier a une cote variable. À Dijon, certains sont des symboles, et d’autres, tout le monde semble s’en foutre. Tu vois desquels je veux te parler ? Ceux dont les frontières te paraissent un peu floues et qui semblent sans identité propre : les quartiers pavillonnaires de Dijon. Bourroches, Maladière et Montmuzard représentent. Là où tes parents habitent, là où il n’y a que de petites maisons des années 1930 et où règne un silence de roi dans les rues. Pas de commerces et des milliers de mètres de trottoir en gravier rouge. Depuis ton enfance, tu te demandes pourquoi toutes les maisons ont l’air d’avoir été construites la même année mais sans vraiment être identiques, pourquoi les rues sont parfaitement quadrillées, pourquoi il n’y a pas de commerces, bref pourquoi tout ça a l’air paradoxalement vieux et artificiel. Quartier mort, quartier de vieux ? Malaise. Pourtant, Maladière, Bourroches ou Montmuzard ont bel et bien une histoire, qui devrait d’ailleurs répondre à toutes tes questions. Contrairement à ce que l’on peut croire, leur apparition n’est pas du tout le fruit d’un étalement anarchique. Tout a été bien pensé, bien préparé. Même qu’avec presque un siècle d’existence, il paraît que ces centaines de petits pavillons ouvriers redeviennent tendances et séduisent de plus en plus de jeunes couples. Casse ton PEL, direction les tous premiers ghettos des familles.

La banlieue, dans la ville. Pour comprendre l’apparition des Bourroches, du quartier Montmuzard ou celui de la Maladière, il faut remonter aux années 1920, dans l’entre-deux-guerres. C’est la crise du logement, le Dijon intra-muros est surchargé, les faubourgs bordant les anciens remparts aussi, réputés malsains et malfamés. Alors puisqu’on ne peut plus construire dans la ville, la municipalité est contrainte à l’expansion horizontale, en empiétant sur les terres agricoles alentours. On pousse les murs, et quitte à le faire, autant le faire en grand, « proprement ». La Ville de Dijon s’autoproclame donc promoteur immobilier. Le quartier de la Maladière est le meilleur exemple de cette ambition. À l’époque, au nord de l’actuel quartier Clémenceau, les Hospices de Dijon possèdent depuis toujours une vingtaine d’hectares de terres inoccupées. Il y a bien quelques militaires qui squattent régulièrement les lieux pour organiser des manœuvres, et plus tard des pionniers de l’aviation faisant atterrir et décoller de temps à autre leur aéroplane, mais rien de plus. Très vite négocié, le terrain est cédé à la Ville qui lance alors une grande campagne de promotion. Le terrain est mis à plat, les rues tracées, des parcelles constructibles de tailles variables quadrillées et les commodités énergétiques tirées jusque sur chaque terrain. Pour la première fois dans l’histoire du logement individuel, le travail est prémâché et surtout « pensé », afin de séduire cette nouvelle catégorie de population que sont les ouvriers. Premiers suburbs*. C’est ainsi qu’en 1924, dans les rues de Dijon, on peut lire sur les murs de grandes affiches clamant en grosses lettres : « Pour détruire le taudis et conjurer la crise du logement – UN NOUVEAU QUARTIER À LA MALADIÈRE ». Plus bas, sous un joli dessin de pavillon idyllique au crayon rouge : « Tous lots de toutes contenances à très bas prix avec facilités de paiement – s’adresser aujourd’hui même à l’Hôtel de ville ». Premier arrivé, premier servi, la ville jure ne pas faire de bénéfices et fait crédit sur 20 ans. Les Hospices étant partenaires, on parle même d’une « œuvre philanthropique ». C’est dire le rejet et l’opposition totale aux fameux faubourgs de l’époque. L‘alcoolisme, la violence et l’insalubrité clichés d’alors – sont en effet peu compatibles avec ce qu’une jeune famille attend du quartier dans lequel elle s’installe. La municipalité, souhaitant évacuer les faubourgs au plus vite pour pouvoir les raser, va jusqu’à publier des encarts publicitaires dans la presse, promouvant un « vaste espace sain, aéré et pourvu de tous les éléments nécessaires à l’hygiène et au bien-être (eau, égout, gaz…) ». Vu la pénurie de logement, c’est le succès. Dix-sept nouveaux hectares sont rachetés aux Hospices cinq ans plus tard, puis 300 parcelles supplémentaires en 1933 pour un total de 760 terrains privés sur toute la durée du programme. Gigantesque. Sur son lot, chacun construit son petit pavillon avec jardin symbolisant la parfaite réussite ouvrière, le lopin de terre privatif compris. Côté harmonie, le style hygiéniste des → 67

*banlieues pavillonnaires


Habiter à la Maladière en 1930, c’est comme vivre dans un éco-quartier ultra-tendance conceptuel aujourd’hui : un peu fake, mais propre.

géomètres-urbanistes plaît. Les rues sont larges, éclairées la nuit, pas tortueuses. Au centre, un square, une grande école en briques à l’anglaise tout aussi hygiéniste et une église à l’architecture résolument moderne. Tu peux chercher, tu ne trouveras pas de bistrot, trop faubourien. Habiter à la Maladière en 1930, c’est comme vivre dans un écoquartier ultra-tendance conceptuel aujourd’hui : un peu fake, mais propre.

a été fragmenté puis mis en vente prêt à la construction, quoique dans un esprit beaucoup plus aléatoire. Sur les tracts de promotion, les surfaces sont cette fois « au choix » et le découpage « au gré des amateurs ». Le long de la rue de Mirande, on retrouve ainsi beaucoup de plus gros ouvrages, habitations locatives bon marché d’un standing tout à fait acceptable, voisines de toutes petites maisons populaires. Quant au quartier des Bourroches, enfin, le processus de développement est identique à celui de la Maladière, finalement symbolique de ce qu’il s’est passé dans de nombreuses grandes villes françaises. Quoique cette fois, la cible est un peu plus populaire, plus modeste, du fait de l’implantation au sud du quartier. Car le sud est synonyme de zone industrielle : fabriques, usines, port du canal industriel avec docks de chargement, et plus bas la grande gare de triage de Perrigny-lès-Dijon. Voilà qui en fait, de la masse ouvrière à loger, dont beaucoup sont des familles nombreuses ! Laissant cette fois un peu moins de place à la construction indépendante, les îlots sont vendus pré-construits, la maison quasiment clé en main, dont une part est réquisitionnée pour le relogement des faubourgs, dont la destruction s’opère toujours petit à petit en parallèle.

Pavillons et ancêtres du HLM. Si d’un côté la délimitation des parcelles a été bien pensée, on peut noter beaucoup de variantes architecturales entre les premières maisons des années 20 et celles construites parfois de longues années après l’achat du terrain, jusqu’après-guerre. Notamment l’apparition du garage à voiture dans la structure principale de la bâtisse. Surtout, comme l’achat était ouvert à tous, plusieurs sociétés ont profité de l’aubaine pour elles aussi s’improviser promoteur immobilier. Notamment les organismes d’habitation bon marché, l’équivalent des actuels offices de l’habitat public. En achetant plusieurs parcelles voisines, ils ont pu construire de plus grands ouvrages résidentiels. Les trottoirs rouges, quartier Montmuzard. De petits immeubles au confort moderne mais abordables, avec peu d’étages, se mêlant assez bien avec l’architecture pavillonnaire ambiante. Parfois, ce sont simplement de longues maisons jumelées sur cinq ou six numéros, à d’autres endroits ce sont de grosses maisons multi-locataires, proches du concept des cités ouvrières, ou enfin de grandes résidences. Ancêtres des HLM, on appelle alors ça des HBM, pour « habitation bon marché ». Cette mixité architecturale, on la retrouve typiquement au quartier Montmuzard - ou de la Fontaine des Suisses comme disent les plus anciens Dijonnais. Ce grand quartier essentiellement pavillonnaire situé entre les facs et le boulevard Voltaire, le long de la rue de Mirande. Dans le même esprit qu’à la Maladière, ce grand espace appartenant à la société foncière de Dijon

Du vieillot au vintage. Les décennies passant, ces grands quartiers ouvriers pavillonnaires sont petit à petit passés de mode. Les années 40 et 50 ont apporté une nouvelle crise du logement, de nouvelles tendances urbanistiques et de nouveaux projets, encore plus en périphérie. Le tout début des années 1960 marque la première génération de cités à grands ensembles, jusqu’à la fin des années 1970. Dans les années 1980, l’immeuble résidentiel tout confort, moins volumineux, se modernise à son tour jusque dans les années 1990 avec des quartiers comme la Toison d’Or. Au début des années 2000, la mode vire radicalement au pavillon de plain-pied en périphérie de la ville, imageant vaguement le confort moderne et le grand espace permis par la campagne, loin des désagréments et de la frénésie urbaine. Mais aujourd’hui, la tendance s’inverse à nouveau et une génération de néo-urbains apparaît. Ne cherchant plus forcément le plus grand espace possible quitte à rouler 20 kilomètres en voiture, les trentaines travaillant en ville briguent toujours le confort pavillonnaire, mais veulent surtout éviter de trop s’éloigner de leur lieu de travail. Alors petit à petit, ces suburbs à l’ancienne deviennent moins ringards, car ils ont l’extraordinaire avantage de proposer une maison avec jardin, en plein cœur d’une ville au périmètre bien plus large. Imaginez, une maison à 15 minutes à pied du centre historique, quand vous logez vers la rue de Mirande ou derrière le Grand Dijon ! Et puis ces petites maisons sont de très bonne conception, durables. Le jardin permet de faire jouer les enfants, et pourquoi pas de se remettre au potager. Le crépi n’est plus vieillot mais soudain rétro, tout comme le carrelage du vestibule. So vintage. Bref, à y regarder de près, le mode de vie ouvrier idéal des années 1930 n’est pas si éloigné de celui, volontairement décroissant, du jeune adulte moderne, bobo sur les bords. Mais cette fois, si toi aussi tu veux te payer une petite maison ancienne, le budget n’est plus exactement celui d’un ouvrier de l’époque. Mais qui sait, tu peux toujours demander un coup de main aux Hospices… // L.E. 68







la page mode Photos : Vincent Arbelet Série réalisée au quartier de l’Arsenal

Manteau : pur labrador. Veste/chemise/jupe : retour en force du jeans. Ambiance : danger-ghetto-street shit des 80’s... mais un peu en forêt quand même. Pose : dimanche matin à St-Michel.


Kimono : traîne par terre et va être tout dégueulasse. Imprimé : rideau hôtel Kyriad de la gare. Ambiance : planque de méchants qui viennent de faire un braquage et qui se retrouvent pour partager le pognon. Pose : caca.


guide Dans le monde impitoyable de la chanson d’amour pour dames, il y a deux monstres sacrés encore vivants. Deux légendes qui blindent les salles de France de cheveux gris. Deux prétendants au titre de champion des champions. Frédéric François et Frank Michael.

Frédéric François Frank Micha

2 séances de 20 minutes par semaine en cabine UV pour ce résultat.

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eut-être que dans l’esprit de certains, les deux, c’est la même chose... Ils se trompent lourdement. On n’est pas fan des deux, on choisit. Autant on peut aimer Johnny et Eddy, autant on ne peut pas aimer Frédo et Frank, impossible, il y a deux écoles. Paris/Marseille, Real/Barça, Stones/Beatles, Iran/Irak, Israël/Palestine, Frédo/Frank. Les deux lovers ne s’apprécient pas et prennent un soin particulier à ne pas parler l’un de l’autre. En bonne fan de Frédéric François, ma grand-mère, que j’accompagnais souvent aux concerts pour un plaisir sans cesse renouvelé, m’interdisait d’aller voir Frank Michael. Un ordre auquel j’ai obéi bien sagement jusqu’à sa mort cet été (RIP Germaine, bisous). Libéré désormais de cette promesse familiale, il fallait que je puisse voir de mes propres yeux ce que valait l’auteur du tubissime Toutes les femmes sont belles. Rendez-vous pris au Zénith de Dijon le dimanche 8 novembre à... 16h. Forcément. À l’heure du goûter. Comme on sait ce que vaut Frédéric François, on est prêt à confronter les chanteurs d’amour. Les deux sont nés en Italie. Francesco Baracato (Frédo) est né en Sicile et Franco Gabelli (Frank) à Parme. Apparemment, dans les 70’s, il fallait se choisir un pseudo moisi. Alors que leurs noms italiens sont assez classes. Ils grandissent en Belgique du côté de Liège dans des familles qui galèrent. Ils font donc de la chanson Italo-Belge. Ils ont presque le même âge (66 et 68). Ils font tous les deux des chansons à base de synthé, qui parlent d’amour avec des mots simples. C’est le moins qu’on puisse dire. À peu près 150 mots maximum sur tous leurs titres confondus. « Amour, tendresse, embrasser, cœur ». Ils vendent encore pas mal d’albums, hein, ils ont le genre de public qui ne va pas pirater des tracks sur le net. Ils tournent énormément. Ils sont tous deux maintenant un peu refaits, le visage orange, le cheveu teint et le sourire forcé. Il faut payer un bon 40 euros pour pouvoir obtenir une place à leur concert. Ils rendent les fans hystériques. Ces mesdames leur offrent des fleurs sur scène, du parfum, des bouteilles, veulent les toucher. Mention spéciale à Frank Michael qui passe son temps à essuyer sa sueur dans les foulards des ladies du public, et qui a, pendant son live, donné les chiffres du Loto à une dame qui voulait remplir sa grille avec les chiffres de

Frank. 4-31-28-29-12 et le complémentaire, le 4. Maintenant tu sais. Moment de magie... Mais le parallèle s’arrête là et les points pour Frank Michael aussi. Car ce combat des légendes est une véritable boucherie. C’est pas PSG/OM, c’est PSG/Genlis, Mike Tyson contre ma petite nièce de 6 ans. Ça ne boxe pas dans la même catégorie. Déjà, Frank Michael a toujours plus galéré. Il ne passe pas à la radio et en télé. Il a fait sa carrière seul à base de gala à travers la France depuis 40 ans, alors que Frédo se pavanait chez Michel Drucker en toute impunité. Gros plan com’. En fait, tout ça, tu le ressens sur scène. Chez Frank, il y a moins de moyens. Pendant que Frédo envoie sept musiciens, deux choristes, des chorégraphies, un écran géant avec Roberto Alagna dessus qui lui fait coucou - Roberto Alagna mon pote ! -, Frank a trois musiciens qui jouent à peine par-dessus des sons déjà bouclés, et une choriste bien seule. Avec trois projecteurs, un peu de rideau noir, une scéno digne du spectacle de fin de colo au chalet des Jacobeys à Prémanon... Autant Frédo c’est presque toujours la même chanson, autant Frank c’est toujours la même chanson ! Y’a deux accords en tout et pour tout dans le set. Frédo est pro, incroyablement pro. Tout est calibré. Le mec se change pendant le spectacle, te raconte des anecdotes savoureuses entre les morceaux, organise des moments de «proximité» (sic) avec la salle en faisant parfois choisir les chansons au public, danse avec les choristes... De son côté, Frank est perdu, à part s’essuyer dans des foulards et demander aux gens d’acheter l’album, il ne fait rien, il dit merci. Et puis Frédo a du coffre quand Frank ronronne. Avec Frédo, elles en ont pour leur pognon. Et leur mari aussi, vu qu’elles viennent avec. C’est tout désuet, vieillot, mais au moins c’est un show. Avec Frank, pas de merchandising à l’entracte, pas de catalogue de la tournée à acheter. Frédo a 80 produits dérivés avec sa gueule dessus au bas mot (je vous conseille le coffret parfum à 25 euros). Frank aussi, mais visiblement il n’a pas les moyens de payer au Zénith le droit de déballer sa marchandise, même pas un briquet… Triste. Et en plus, y’a facile 1000 personnes de plus au concert de Frédéric François. Frank Michael c’est cheap, c’est la 2ème division de la chanson d’amour. Frédo est vainqueur par K.O. Germaine avait raison. Maintenant tu sais. Et c’est le plus important. // C.W. 77


habille ton kevin

Ce mois-ci, Kevin doit se rendre à la cabane de chasse pour boire des 102* avec les potes de son père. Il lui faut donc un look adapâté de campagne. Alors prends tes ciseaux et rends-le tout beau !

74 Fais gaffe, y’a des trucs écrits au dos. Tu viendras pas pleurer quand ton Kevin sera découpé et que tu pourras plus les lire.

PaR jean-paul goûter et giorgio armagnac

* double Pastis 51 avec très très peu d’eau.


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Pourquoi je décide de m’abonner à Sparse : (merci de cocher la bonne réponse) J’ai trop peur qu’il soit épuisé très vite dans les points de distribution habituels. On me considérera comme has been si je ne le fais pas. Je suis un grand journaliste et je puise mon inspiration dans cette publication de génie. Tous les médias sont à la solde du grand complot capitaloilluminati-judéo-maçonnique, sauf Sparse. Je suis Bisontin et je sens que ce magazine va peser grave dans la nouvelle région. C’est le meilleur magazine du monde. Merci d’envoyer un règlement de 20 euros (ou 25 euros, hors France) par chèque libellé à l’ordre de SPARSE MÉDIA, avec vos coordonnées à l’adresse suivante : SPARSE MÉDIA - 12 place Emile Zola - 21000 Dijon Liste des points de diffusion à consulter sur Sparse.fr

Précède la hype. Remplis cette grille si t’as un peu d’amour propre.

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PaR niko vayssié HORIZONTALEMENT 1 – SPARSE est loin d’avoir brûlé sa dernière. Rendez-vous citoyen, hélas. – 2 – Ce qu’on ne saurait faire sans réfléchir. Royaume du petit jardinier. Simple dans son enfance. – 3 – Tant qu’à faire on préfère le gros. Les dijonnaises valent bien les parisiennes. Quand il est bon c’est plus facile. – 4 – Activité de chiottes recommandée pour (et par) SPARSE. Créer de la force. On s’en fout partout quand même. – 5 – Vieux machin biblique. Bric-à-brac cosmologique. – 6 – Se cassera. Golden boy sur planches. – 7 – Il faut bien que le rédac-chef de SPARSE le soit un peu. Mesure le risque. – 8 – Pourchassées par le dit rédac-chef. Fin de soirée. – 9 – Pièces du logis. La moitié du pire. Bientôt mis en boîte. – 10 – Morceau de Catherine. Sûrement plus agréable au soleil. On n’en veut pas dans son salon. – 11 – On y voit un Zouave à l’envers. Un peu de reconnaissance. Un truc ultra rapide. – 12 – Vieux sou. Enchaîne. On peut aimer qu’un dessous de bras le soit (ou pas). – 13 – Bled helvête. Apophtegme. – 14 – Chasse-t-il le radin ?. Promis. Avec toi, peut nous faire faire n’importe quoi. – 15 – Emission sportive. Bordel universel. VERTICALEMENT 1 – Ceux de SPARSE se préparent d’agréables vieux jours. – 2 – Quand on y est, ça sent la fin. Ailé zélé. Petite sœur de la Camargue. – 3 – Vacances ad lib. Parfois donnée quand on réclame – 4 – En entier. Un genre de Molière hellène d’avant JC. En entier – 5 – Pour faire clinquant. Doit-on en garder pour soi-même ? – 6 – Manière de s’engager. Balade pékinoise. Un morceau des enfoirés. Peut éclairer, tirer, bouter... – 7 – Message discret. On peut aimer qu’un chat le soit. – 8 – Les contributeurs de «Quoi de neuf à l’étranger » élargissent considérablement celles de SPARSE. Préfère-t-on y trouver des guèpes ou des vipères ? – 9 – L’os du grimpeur. A faire en cas de grosse flemme. – 10 – Bien tronqué. Transporte-t-il une pâtisserie dans sa valise ? – 11 – On aime de moins en moins les collectionner. «Dégage !», dit le curé. Humide en partie. Part de flan. – 12 – Un pro de la baguette. A Paris, permet de dépasser les taxis – 13 – Pas très normal. Où garer son yacht tranquille. Un peu aigre. – 14 – On ne peut plus humaine. Le fibromyalgique l’est constamment – 15 – Notre dernier toit. Circule difficilement. Au bout de la vérité. Solutions page 81.


la sélection musicale par la rédaction

La vieillerie Kruder & Dorfmeister – K&D Sessions (1998). Attention classique. Un album. Plutôt une compil’ de remixes. Sorti en 1998, ce bijou est l’œuvre de deux producteurs autrichiens aux blazes de prix Nobel de physique, Kruder & Dorfmeister. Avec leur caisse à outils synthétiques, ils malaxent et réorchestrent de la pop (Depeche Mode), du hip-hop (Bone Thugs), du reggae (Gregory Isaacs) ou encore de l’électro (Roni Size). 21 titres au son unique, dubisant et cotonneux, ouaté et chaleureux. Avant on appelait ça du triphop ou de l’abstract hip-hop. Nul. C’est juste l’album parfait pour l’apéro. Le meilleur album de salon de l’univers. Mieux qu’un Satie ou qu’un Sinatra. Vingt ans plus tard, l’objet n’a pas pris une ride. Personne n’avait jamais sorti un son pareil. Personne ne l’a fait depuis. Grande classe.

À éDe grande qualiteé VOILAAA – ON TE L’AVAIT DIT. Dernier né des projets de Bruno Hovart aka Patchworks, producteur lyonnais de black music oisive (tu te rappelles de Mr Day, de The Dynamics, de Mr President). Ça sort chez Favourite records. Funk lourd, disco qui lèche les murs à la sauce afro, dans les voix comme dans les cuivres. Dix titres de musique à transpirer. Pour se rouler sur les pistes de danse de Ouaga, Bamako ou Quetigny avant de chopper une MST. Soleil intense.

Drame – Drame . Alors k... k… krautrock, voilà : Le krautrock, littéralement « le rock choucroute », est un genre musical ayant émergé à la fin des années 1960, essentiellement représenté par des groupes d’Allemagne de l’Ouest. Sous-genre du rock progressif, le style ne connaît du succès qu’en Allemagne, mis à part pour Tangerine Dream et Kraftwerk. Très orienté vers la musique électronique, il sera l’une des principales influences de l’ambient, du post-rock ou de la new age. Ça tombe bien, Rubin Steiner et son nouveau projet Drame en font, du krautrock. On peut même dire que c’est un mix entre Stereolab, Cave et Beak. Répétitif et sombre, psyché et dansant. Parfait. Saucisses pour tout le monde. ONEOHTRIX POINT NEVER - GARDEN OF DELETE. Daniel Lopatin aka Chuck Person aka le gars derrière Oneohtrix Point Never est un hyperactif. On le savait déjà depuis ECCOJAM en 2010 et tout ce que cette cassette a engendré (au même titre qu’un James Ferraro). Mais c’est sous le blaze OPN qu’il nous revient ici avec un Garden Of Delete moins analogique qu’avant mais tout aussi aventureux et étrangement contemplatif, musique électronique contemporaine et difficilement définissable, un peu comme l’oeuvre très personnelle d’un navigateur autiste plasticien, voguant dans une mer en 3D entre îlots pop électronique et péninsule épileptique expérimentale. À ranger entre Coil sans le côté glauque, Aphex Twin sans le côté rave, et devant une vieille Playstation, probablement.

Caca dans les oreilles Neil Young + Promise Of The Real - THE MONSANTO YEARS. Qu’est-ce qui est encore plus facile que de voler un enfant, frapper une vieille dame et écrire une biographie sur la vie des Stones ? The Monsanto Years de Neil Young et les Promise of the Real. Avec des textes presque aussi contestataires qu’un « ACAB » écrit sur un mur gris, Neil Young vous balance ici que, sans rire, la pollution, c’est pas gentil, et que l’amour et les bisous, c’est quand même beaucoup plus sympa. Paroles à part, c’est mou et ça n’apporte rien de neuf ni au style, ni à la musique. Pour l’ensemble, imaginez simplement le vieux Neil composant et écrivant les textes de l’album pendant une interminable séance de monte-escalier électrique.

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crash test par jeff buckler illustration : estelle vonfeldt

Tu t’es vu quand tu Vas au travail... Descriptif hautement sociologique des différents moyens de transports utilisés par les travailleurs de notre grande région au quotidien. Habitant par monts et par vaux. Qu’il grêle ou qu’il pleuve. Assez fréquemment dans nos contrées, tu as su adapter ton mode de déplacement en fonction de tes contraintes logistiques, souvent, et en fonction de tes moyens financiers, toujours. Aucun jugement de valeur dans cet article. Un simple constat. Te plains pas, t’as un boulot. Prends ça la crise.

en voiture

À VÉLO

Parce qu’il faut déposer les gosses à l’école. Parce qu’il faut déposer les gosses chez la nounou. Parce que tu t’es pas encore rendu compte que c’était à 100 m de chez toi, blaireau. Parce que jamais sans ma caisse, Betty Mahmoody likes this. Parce que t’habites à la campagne. Parce que tu travailles en ville. Normal. Parce que tu kiffes écouter ta radio préférée en allant au boulot, 92.2 fm Radio Dijon Campus. Parce que ça te permet de faire du covoiturage avec tes voisins, non tu déconnes tu prends pas à la même heure qu’eux. Tu es : un sapin magique. Ou un plein d’essence.

Parce que t’es écolo, bien sûr. Parce que t’es aussi inscrit dans une AMAP, de centre-ville bien évidemment. Parce que t’habites pas en banlieue. Parce que c’est la seule activité sportive que tu pratiques. Parce que t’as perpétué une tradition familiale, papy était facteur. Parce que t’aimes bien arriver au taff avec un peu de graisse sur les mains, putain de dérailleur. Parce que toutes ces voies à contresens, piment. Parce que ton rêve de gosse c’était de gagner le Tour de France, perdu. Parce que t’habites pas une ville qui monte et qui descend, genre Besançon. Tu es : une sacoche. Ou un poncho imperméable. Ou encore un putain de trentenaire qui n’a pas son permis.

en train

en tram

Parce que t’as une sacrée chance d’habiter près d’une gare de campagne pour aller travailler en ville, Mâlain ou Saint-Vit. Parce que tu travailles à la capitale, crâneur. Parce que tu travailles à Montbard. Parce que t’es encore lucide et t’habites pas à Montbard. Parce que t’es cheminot et tu payes pas le train, nanti. Parce que l’amour du rail... Sniff. Parce que quand t’es Dijonnais c’est toujours un plaisir de se réveiller la gueule dans le cul à Mâcon alors que tu travailles à Chalon. Fuck. Tu es : un magazine. Ou un lecteur MP3.

Parce que t’habites dans une métropole qui a su adapter ses moyens de transports collectifs aux réalités du XXIème siècle. Bof bof, ils existaient déjà au XIXème. On le sait bien, la mode c’est cyclique, attention au retour du fluo. Parce qu’il est intime le tramway de Besac, 25 places assises, en forme de gros suppositoire. Parce qu’il représente les couleurs de ta ville. Cassis, oui. Bleu turquoise, I don’t understand. Parce qu’en tant que provincial, t’as l’impression de vivre le quotidien d’un Parisien, un peu. Tu es : debout. Ou un jeune.

en deux roues motorisées

À PIED

Parce que t’es nostalgique de ta 103 kit Polini. Parce que c’est le moyen de transport urbain le plus rapide, tant que t’es pas passé sous une bagnole. Parce que les joies de s’équiper comme un vulcanologue quand il pleut. Parce que c’est hype de se déplacer en scooter comme le président de la République, #voici #entrevue #iciparis. Parce qu’à quoi ça sert un vélo électrique ? Parce que « Born to be wild ». Parce que dixit les utilisateurs tu peux te garer partout, et ça c’est important. Ou pas. Tu es : en sursis. Ou en fauteuil roulant.

Parce que t’es pauvre, point barre. Parce que t’as un logement de fonction, t’habites au-dessus de ton commerce. Parce que tu sais pas faire de vélo, flippette. Parce que t’as qu’à traverser la cour pour rejoindre la grange et aller chercher le tracteur. Parce qu’un peu de marche avant d’aller travailler ça aère la tête, pas les bronches, satanée pollution. Parce que t’es claustrophobe, tant pis. Parce que manger bouger, toi-même tu sais. Parce que la banlieue tu connais pas. Tu es : chanceux. Ou alcoolique.

en bus Parce que t’habites en ville mais pas dans une grande ville, bisous Nevers. Parce qu’il y a un arrêt en bas de chez toi. Pas comme ce tram qui coûte des millions et qui te sert à rien. Parce que c’est sympa de mettre 30 minutes pour faire 1 km. Parce que ça te fait une bonne excuse pour arriver à la bourre au travail : « Patron c’est à cause des bus, ils étaient blindés et en retard ». Parce que tu vis encore dans les nineties. Parce que c’est le seul moyen de transport collectif qui roule au colza, ta caution écolo. Tu es : assis. Ou une vieille personne.

P.S : notre honneur nous impose de ne pas vous parler de la trottinette et de la planche à roulettes. On n’est pas des enfants, bordel.

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cartographie

les meilleurs clubs d’amour de ta grande région par la rédaction

Monéteau (14 rue des Isles)

L’Olisbos

« Le pantalon sera et restera un motif de refus à l’entrée pour une femme »

Plancher-Bas (3B rue de la Libération)

Swinger’s Club

« Avancez à votre rythme sur le chemin du plaisir. Être libertin, c’est être libre. Libre de vivre des moments intenses »

Fresnes (Morville)

La Diligence

Auxerre (8 rue Denis Papin)

KLS

« Partez à l’aventure dans les couloirs et labyrinthes avec ses trous de la gloire (glory hole) aux bouches impatientes »

« Le SPA hammam et sauna dans la cave voûtée abrite de voluptueux instants mémorables »

Besançon (1 rue Charles Fourier)

Dijon (rue de Serrigny)

Le Réservoir

Le Peub Club

« Sauna sec, hammam, cabines bien équipées avec notamment sling et croix de Saint-André »

« Prochaine soirée cagoule, 08 jan. 2016 dès 21h » Tronsanges (Lieu-dit Barbeloup)

Addict Club

« Pensez à ceux qui vous succèdent, laissez-leur les locaux propres, tout le monde sait changer un drap ! »

Dole (87, avenue de Lattre-de-Tassigny )

ODBX Club

Dijon (3 bis rue du jardin des plantes)

« Sauna hétéro mixte tous les jours sauf les lundis (gays friendly) »

Le Bossuet

« Tous les mercredis, soirée bi » Branges (1325, route des Pies)

Le Diderot

« Nous disposons également d’une salle fumeur car il arrive qu’une petite cigarette s’impose »

Curdin (chemin des Tailles)

Le Selekt

« Fermeture pour changement de propriétaire »

Mâcon (6 impasse du Grand Clos)

Le New Rubis

« Tous les jeudis après-midi, et en soirée : la folie du gang-bang »

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POUR NOËL, DIJON CÉLÈBRE LES CLIMATS DU VIGNOBLE DE BOURGOGNE !

Son

© tempsRéel, dijon - crédit photos : j.blanchard, m.joly& D.R

DIJON, UN PATRIMOINE POUR L’HUMANITÉ

Rendez-vous cour d'honneur le 18 décembre à 18 h pour le lancement exceptionnel !

Du 18 au 24 décembre Palais des ducs Rendez-vous le 18 décembre à 18 h pour le lancement exceptionnel !

www.dijon.fr Tous les soirs, du 18 au 23 décembre, cour d’honneur, 18h, 18h30 et 19h Jeudi 24 décembre à 17h45 suivi du son & lumières pour les enfants et de la descente du Père Noël


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