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sparse guide moderne de la vie

www.sparse.fr • gratuit • à lire dans tes chiottes magazine tiré à 1 million d’exemplaires

sparse | numéro 17 | trimestriel | déc. jan. fév. 2016-17

street workout un temps à se muscler dehors défi un mois sans boire d’alcool trop gentil, laurent grandguillaume ? toison d’or du mythe au mall immersion au coeur de l’élection de miss val-de-saône mad mike légende de la techno saké comme jamais l’alcool de feu du charolais + françois bégaudeau miss franche-comté le silex thomas huot-marchand superpoze l’anti-horoscope le meilleur du bon coin

gratuit.


trinidad Place du Théâtre, Dijon

Du matin au soir, le Trinidad vous met confort et propose 95% de ses plats faits maison. En plus, le Trinidad s’engage à utiliser uniquement des œufs de poules élevées en plein air. Le but dans les années à venir étant de se fournir à une très forte majorité sur des produits bio et locaux. Bref, une brasserie responsable.

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« Mon rêve quand j’avais 20 ans ? En avoir 50 le plus vite possible » E.Macron, jeune/vieux banquier.

édito.

19. En tout. C’est le nombre de personnes qui ont voté JeanFrançois Copé à Dijon au premier tour de la primaire de droite. 0.3% sur toute la France... Le score fou. Jeff avait pourtant un passif : les pains au chocolat, l’élection truquée à la tête de l’UMP, Bygmalion, le clavier dégueulasse qu’il nous ressort à chaque kermesse... Mais il y est retourné. Il doute de rien le mec. Et il s’est fait moucher la gueule. 0.3%. La droite décomplexée, il y a 5 ans, ça pouvait encore marcher comme créneau. « Je vais me mettre sur la tranche décomplexée, me fabriquer une fan-base avec des vieux fafs qui n’osent pas voter Le Pen ». Mais aujourd’hui, déjà, les vieux fafs votent Le Pen sans vergogne, et ensuite Jeff, tous tes petits potes de droite sont ultra-décomplexés, relax, torses-nus dans une piscine avec Ziad Takieddine et des call-girls. Affirmer que les immigrés volent le pain de nos SDF, ça se dit maintenant. Que les fonctionnaires sont 500.000 de trop ? Easy à assumer. Remettre en cause l’avortement ? Où est le problème ? L’homosexualité une maladie ? Pas de souci avec

la droite... Tu t’es fait griller ton créneau mec. Sarkozy était déjà ton concurrent là-dessus, et tu vois comment il finit ? Les larmes aux yeux à remercier les journalistes et à nous parler de sa femme pathétiquement. Même Juppé passe pour un mec de gauche dans le parti tellement les gars sont décomplexés. C’est comme te dire que Mike Tyson est doux comme un agneau juste parce que t’as trop vu les gars du MMA porter la violence à un autre niveau depuis. François Fion la joue « bon père de famille » avec un discours de catho des années 50 monté sur sourcil, en se faisant passer pour De Gaulle, et marche sur la gueule de tous ses concurrents. Quelqu’un va leur dire que De Gaulle c’était y’a 60 ans quand même ? Y’en a pas un qui se réclame de Clovis par hasard ? Laissez-le tranquille le Général. Il vous l’avait dit : les Français sont des veaux. Tu t’es fait fumer Jeff. Même Jean-Fred Poisson, le mec inconnu qui remplace Christine Boutin, la dame qui est mariée à son cousin, t’a humilié. C’est la plus grosse déculottée de la politique contemporaine. Une boucherie. Ne reviens pas Jeff...

Chablis Winston


sommaire amuse-bouche édito 6. guestlist 8. CONTRIBUTEURS 9. pulitzer session 10. courrier des lecteurs 11. LE BON COIN 12. l’essentiel 3.

ours Ce magazine est édité par Sparse Média. Siret : 750 725 806 00012 - APE : 9499Z www.sparse.fr - contact@sparse.fr Directeur de publication Pierre-Olivier Bobo rédacteur en chef Antoine Gauthier Contributeurs Aurore Schaferlee, Augustin Traquenard, Axelle Gavier, Cédric de Montceau, Chablis Winston, Chloé Cloche, Franck Le Tank, Jeff Buckler, Léa Signe, Loïc Baruteu, Louise Vayssié, Marion Payrard, Martial Ratel, Mr. Choubi, Nicdasse Croasky, Niko Vayssié, Simon Galley, Sophie Brignoli, Tonton Stéph, Doug Ritter, Riddimdim Selecta, Jean-Paul Goûter, Giorgio Armagnac, Badneighbour, James Granville forever Direction artistique internetinternet

PhotographIes Alexandre Claass, Béatrice Jeannin, Louise Vayssié, Vincent Arbelet, Cedric de Montceau Illustrations Hélène ‘Microbe’ Virey, Mr. Choubi, Léa Zamolo, Benjamin Moutte, Michaël Sallit, Yas Munasinghe DÉVELOPPEMENT COMMERCIAL Romain Calange COMITÉ DE RELECTURE Marion Godey, Martin Caye, Aurore Schaferlee, Chan Haut Les Badges, Maria Mood Couverture Se muscler dans la rue Photo : Alexandre Claass Imprimeur Chevillon Sens Dépôt légal : à la sortie du magazine ISSN : 2260-7617 La rédaction décline toute responsabilité quant aux opinions formulées dans les articles, cellesci n’engagent que leurs auteurs. Tous droits réservés © Sparse 2016-2017 Merci à nos partenaires ainsi qu’à celles et ceux qui ont permis la réalisation de ce numéro. Prochain numéro : mars 2017

reportage 14. se muscler dans la rue STORY TOISON d’or, du mythe au mall

20.

portrait 24. laurent grandguillaume vis ma vie 30. un mois sans boire d’alcool légende mad mike, detroit mousquetaire

36.

interview 40. superpoze, petit prince électro immersion 42. au coeur de l’élection de miss val-desaône reportage 50. du saké produit en bourgogne ? entretien 54. françois bégaudeau diaporama 60. de quoi j’ai l’aire ? la cuisine de sparse 64. so veggie Dessert 66. ANTI-HOROSCOPE 68. la page mode 70. roman-photo 74. sélection musicale 75. crash-test 76. HABILLE TON KÉVIN 77. Partenariat environnement 78. Abonnement 80. mOTS fléchés 82. CARTOGRAPHIE


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© Mária Švarbová / www.mariasvarbova.com

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Du Mardi au Vendredi / 10h-13h et 15h-19h Samedi / 11h-17h (sans interruption)

DIMANCHE 30 AVRIL 2017

10 ANS

CL ÔT URE D ES IN S CRIPTIO N S

13 JANVIER 2017

AUX ENVOYEZ 3 À 6 TITRES ORIGIN PROFESSIONNELS DE Y JUR UN PAR NÉS LES GROUPES SÉLECTION LE TRAQUENARD LE T IONALE PENDAN FESTIVAL RÉG ALE FIN LA R POU E LIV EN JOUERONT RÈGLEMENT ET INSCRIPTION : CULTURE@CROUS-DIJON.FR / 0380630000 GROUPES COMPOSÉS POUR MOITIÉ FACEBOOK : TREMPLIN-MUSIQUES-DE-RU-DIJON AU MOINS D’ÉTUDIANTS SITE : THEATRE-MANSART.COM OU ÉTUDIANTS EN SOLO Sans titre-1 1

19/07/2016 11:07:30


guestlist PAR la rédaction photos : Gaël PERNET, DR

mélissa nourry Miss Franche-Comté 2016 Pirey (25)

Cite-moi un mot bien franc-comtois. « Gauger » personne ne me comprend quand j’utilise ce mot dans d’autres régions, pourtant c’est simple rien de plus naturel ! Ta dernière claque musicale ? Twenty One Pilots, tout le monde connaît, tout le monde aime, ils sont captivants ! Ça fait quoi d’être élue d’une région aujourd’hui disparue ? Aucun FrancComtois ne se considère BourguignonFranc-Comtois, rien n’a changé pour nous alors ! En tout cas c’est vraiment un honneur de représenter notre région disparue. Comment passer une bonne journée en Franche-Comté ? J’ai toujours adoré la ville de Besançon, mais petite j’adorais aller au Lac de Chalain dans le Jura… Il faudrait se réveiller à Ornans, faire un tour et manger à Besançon, faire une Via ferrata au-dessus du lac de Vouglans, et finir la journée à Dole ! T’es plutôt France Inter ou Rires et Chansons ? Rires et chansons, ça donne le sourire ! T’as envie de répondre quoi aux gens qui pensent qu’il faudrait plutôt s’occuper des SDF plutôt que des migrants ? Je ne suis pas assez bien renseignée sur ce qu’il se fait pour les SDF mais il me semble qu’il existe des centres d’accueil, des associations pour aider les SDF. Je ne vois pas pourquoi on n’aiderait pas aussi des migrants qui sont dans le besoin et ont souvent dû quitter leur pays pour des raisons dures : situation politique, guerres... Où aller dans la région pour l’ouverture de la truite ? Vers un cours d’eau ?

sylvain briand

Directeur du Silex et du Catalpa festival Auxerre (89)

Lac de Vouglans ou les Settons ? Vouglans pour sa couleur menthe à l’eau, le lagon du Jura, la Caraïbe à deux pas de chez nous ! Tu montes à la capitale. Train, bus, covoit’ ou jet privé ? Depuis Auxerre pour rejoindre la capitale, à défaut du 4ème, un peu des 3 premiers cités. Prendre un bus jusqu’à la gare d’Auxerre, un train au mazout jusqu’à la gare de Migennes, un covoiturage pour rejoindre l’autre quai et sa correspondance en TER pour Paris Bercy… Bien prévoir une batterie de rechange pour le téléphone et le portable. Voire un hébergement sur la route, de l’eau, des vivres, une trousse de 1er soin... et prévenir vos proches de votre départ… Le meilleur coin pour se balader en Bourgogne ? L’Auxois entre l’Abbaye de Fontenay, Semur-en-Auxois, Alésia, Bussy Rabutin, Flavigny-sur-Ozerain, la vallée de l’Armançon. T’es allé voter à la primaire de la droite et du centre ? J’avais pas de monnaie... Un commentaire sur les mecs qui s’épilent intégralement le corps ? Personnellement, je m’épile intégralement le front… Le reste c’est de la coquetterie. Pourquoi le vin de Bourgogne est-il trop cher ? Celui d’Irancy ou de Coulanges-laVineuse dans l’Yonne est moins cher et tout aussi bon ! Hormis le Catalpa, c’est quoi le festival à faire absolument dans la région ? Plein ! Le Pimpinella, le Rockabylette, le Festival de la Paille, Jazz In Marciac, le Hellfest, le Burning Man !

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thomas huot-marchand Designer graphique, typographe Besançon (25) / Nancy (54)

Ils ont fusionné les régions, pourquoi ils ne fusionnent pas les France 3 ? De peur de créer un empire médiatique trop puissant, je suppose. Balance-nous le nom d’un rade cool pour boire un verre à Besançon ? Je dirais le Marulaz, place Marulaz. Pourquoi tout le monde déteste les Dijonnais à part les Dijonnais? J’aime bien tous les Dijonnais que je connais, perso. Les autres, je sais pas. Selon toi, qui est la plus grande star de Bourgogne-Franche-Comté ? Je trouve que Tahar Rahim a bien la classe, et il vient de Belfort. Comme quoi. Pourquoi a-t-on inventé le jogging slim ? C’est très mystérieux pour moi. Un artiste local à nous suggérer ? J’aime le travail du peintre Hugo Pernet, et le graphisme du duo Tout va bien. Sinon, mes amis de Superseñor à Besançon. Ils ont craqué avec la cancoillotte au chocolat, sérieux ? Complètement. Ça doit être lié à l’affaire du jogging slim. Pour qui tu ne voteras pas en 2017 ? Je me demande surtout pour qui voter, en fait. The Walking Dead, c’est tourné dans la Bresse ? J’aurais dit les Vosges, mais peutêtre, oui. C’est le remaniement. Tu prends quel ministère ? Culture, bien sûr. Je connais rien au reste.


© Mária Švarbová / www.mariasvarbova.com

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ICI L’ONDE

DIJON

2017

J A N — MARS


contributeurs PAR chablis winston photos : DR

Marion Payrard Tu ne comprends rien à cette installation de Bruce Neuman ? Bill Viola te file la gerbe ? Cet enfoiré d’Yves Klein ne te procure aucune sensation à part de la colère ? À quel prix se vend cette merde ? Tu te crois dans un sketch des Inconnus ? Marion, elle, comprend. Elle pourra te guider dans les méandres de la création contemporaine, espèce de béotien. Ça va te faire du bien. Après tu pourras retourner au stade, serein.

Marion Godey « Marion ? » ; « 10 lettres » ; « Blaise ? » ; « Pas mieux » ; « À vous Marion » ; « Mauresques » ; « Bravo Marion ». Depuis que Marion s’occupe de la relecture de Sparse, ses cancres de rédacteurs n’ont plus à se poser de questions et ce magazine est étudié dans les plus grandes universités francophones. Depuis que Marion s’occupe de la relecture de Sparse, Bertrand Renard se tait et Maître Capello repose en paix.

Niko Vayssié Notre spécialiste de l’élégance a su se fondre dans l’univers des Miss avec classe et distinction. Du Périgord à la Côte d’Opale, il écume pour Sparse les concours de beauté entre maillots de bain, tenues de soirée et épilation au laser. Costard, baskets blanches, petite moustache, le mec est incognito. Il a réussi à passer 6 ans en couple avec Geneviève de Fontenay sans qu’elle ne se doute de rien.

Benjamin Moreux Tout le monde connaît Benjamin Moreux dans la Nièvre. À la fois parrain et bienfaiteur des âmes perdues du 5-8, le Gros Benj contrôle le game. Besoin d’un logement à Decize ? Passe voir Benjamin. Un stage pour la petite dernière ? Demande au Benj. Un carton de Sancerre ? Il en a dans le coffre, il a déjà traversé la Loire. Le seul homme à pouvoir faire Dijon-Nevers en bagnole en 45 min nous protège dès qu’on a passé le Morvan. Et ça, c’est important.

Yas Munasinghe Personnage mystérieux, Yas se planque entre Saône et vignes, son pinceau et son stylo dans la poche, un pot de colle entre les mains. Capuche la nuit pour des opés commando de Londres à Tokyo, de Joigny à Vesoul. Yas modifie autant le visage des pages de Sparse que celui des murs des villes de cette putain de planète. Et si Banksy, en fait, c’était Yas ? Hein ? Franchement ? Penses-y.

Guillaume Constant Besoin d’un coup de frais sur vos publications ? De dépoussiérer une mise en page un peu old school ? Envie d’aller de l’avant et d’emmener le lecteur vers l’infini et au-delà ? Relooking express, le Damidot de la presse magazine française. Un peu de doré par-ci, une titraille strass et paillettes par-là, Guillaume rendrait glamour un hors-série du Chasseur Français. Celui sur le gros gibier en baie de Somme. Si, si.

Pierre-Olivier Bobo « Même lorsque j’édite un magazine, je trouve toujours le temps le matin pour ma lotion Petrol Hahn. Chaque matin, une bonne friction de lotion. Ça tonifie les cheveux, c’est à base de produits naturels. Alors, les cheveux à problème, les pellicules, c’est pas pour moi. »

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courrier des lecteurs Merci pour toutes vos lettres d’amour ou d’insultes. ÉCRIVEZ-NOUS : CONTACT@SPARSE.FR

Réponse de la rédaction Oui Alexis... Le concept est dégueulasse. Franchement ? Ça veut dire quoi ? Par contre, mea culpa : force m’est de reconnaître que c’est plutôt bon. Ça ne sent absolument pas le rhum, c’est un fait. Donc ça ne sent pas le mojito. Mais il y a un petit côté acide et frais, citron et menthe qui est agréable. J’en ai dans le frigo, j’en mange. Bisous, Reine de Dijon.

« Salut les gens qui jugent, Alors ? Y paraît que vous avez goûté la moutarde au mojito ? Après vous en être moqué allégrement. Ça donne quoi ? » Alexis, Fleurey/Ouche (21)

« Bonjour soleil de ma vie, Franchement ça ne vous emmerde pas que Virgil soit sorti aux épreuves de mort subite lors de la finale de Les Chtis et des Marseillais contre le reste du monde ? Solange, Arbois (39)

Réponse de la rédaction Je pourrais te répondre : pour que tu les découvres. Mais je préfère te raconter une petite histoire. Il y a quelques années, je mettais du son dans un établissement dijonnais de qualité comme d’habitude. Là, un des clients m’accoste en me demandant de « mettre des trucs qu’on connaît ». Je lui réponds que je suis justement là pour le contraire et devant son étonnement, je lui montre la piste de danse bien garnie en lui disant que ça n’a pas l’air de déplaire aux autres. Mais comme je suis de bonne composition, je lui glisse un petit Curtis Mayfield, histoire de soigner mes relations avec les gens de la plaine de Saône. Et ben croismoi qu’il ne connaissait pas non plus ! Et qu’il voulait un Shakira pour sa meuf. « Bobo ! » m’a-t’il lancé comme la pire des insultes, avant de quitter la soirée. Va en discothèque avec tes potes Lionel, c’est fait pour ça. Des fois je vais en boum (c’est le nom donné par les bobos comme moi quand ils font une soirée avec de la musique qu’ils connaissent), et des fois je vais en soirée pour découvrir. Je ne sais pas ce que tu connais. Mais arrête d’importuner le disc-jockey s’il te plaît.

« Salut les bobos, Pourquoi dans vos chroniques musicales, vous ne parlez que d’artistes qu’on ne connaît pas ? » Lionel, Pesmes (70)

« Salut les gauchistes, Avec tous ces migrants dans le coin, est-ce que je peux encore me sentir en sécurité ? » Marc, Cosne-sur-Loire (58)

« Hi everybody ! Comment c’est possible que ces connards de ricains aient voté pour Trump ? Il est pas gentil... » Clothilde, Dijon (21)

Réponse de la rédaction Qui ? Pendant quoi ? Contre qui ? Mais qu’est-ce que ça veut dire tout ça ? C’est la télé ? Moi je me suis arrêté à la Star Ac’ 2 avec Georges-Alain, désolé. Mais autrement ça doit être assez grave oui effectivement… Je suis désolé pour Virgil. On l’embrasse. J’espère qu’il passera faire un guest pour une soirée mousse au Theatro un de ces soirs, qu’on puisse le rencontrer.

Réponse de la rédaction Non. Pour preuve, à Dijon, la presse quotidienne nous indiquait que 30 d’entre eux avaient débarqué ! 30 ! C’est énorme, c’est le début du grand remplacement ! Va vite voter Trump ! Ou construit un mur autour de ta maison.

Réponse de la rédaction Ah ! Tu t’adresses aux plus fins analystes politiques de la région... Alors voilà mon avis. Tu (comme moi) vis en ville, tu fréquentes tes collègues de boulot qui habitent comme toi au centre-ville, tu traînes un peu le milieu culturel et tu fais plutôt confiance aux infos que te donnent tes médias préférés (journaux, magazines, radios, sites internet). Tu te crois informé. Mais les gars du fond de la campagne, ou des fonds de banlieues parisiennes, tu ne les fréquentes pas, à part ton cousin que tu as deux fois par an au téléphone. Eux, ils n’en ont rien à branler de tes petits concerts et de ton alimentation en circuit court, et l’écologie que tu prônes. Pour eux c’est juste un truc pour les culpabiliser de prendre leur bagnole. Ils ne vont pas sur les mêmes sites internet que toi et ne regardent pas les mêmes chaînes de télé. Eux, ils veulent qu’on les laisse se faire du fric, payer moins d’impôts et pouvoir mettre leur famille en sécurité. Et surtout, ils pensent que les gens comme toi sont des branleurs qui sont la cause des maux de la société entre autres, genre les étrangers. C’est un avis... Ils nous appellent tous « les bobos» même si tu ne t’en sens pas une... C’est pour ça que ton idéal moral, ils se torchent avec. Et vont voter. Ça marche avec Trump et Marine Le Pen. Voilà. 10


shopping PAR franck le tank Le meilleur des collectionneurs de la région dénichés sur Le Bon Coin

ZIP n°10 Description : Magazine de charme de juin 1988. Attention modèles non épilées (pas la mode à l’époque). Photos de Q & BD rigolotes. Blagues sincères. Belles nanas. Prix : 5 € + 3 balles de frais de port. Localisation : Bezak (25000)

Renault 9 TL de Collection Description : Vends superbe voiture de collection, intérieur couire, et autoradio K7 Blaupunkt d’origine (lot de K7 de Mike Brant inclus). Véhicule préféré de Yul Brynner et Darry Cowl, elle a su faire ses preuves auprès des « ladies ». Tête de Delco et transmission changées pour du neuf ; 65000 km. Prix : 1500€ à débattre. Localisation : Belleneuve (21310)

Magnets en folie Edition Equipe de France 2010 Description : Série complète. Lot de 23 magnets à coller sur son frigo ou autres. Equipe de France de 2010 (de la honte). Collection Carrefour (rare), ne vends pas à l’unité. Prix : 10 € en espaisse, frais de port offère. Localisation : Auxonne (21130)

Collection de têtes de bestioles Description : Vends têtes de bestioles (je crois que c’est des cerfs mais pas sûr), retrouvé dans le garage de mon grandpère décédey. Vieux truc de 1934. Prix : 100 euros les deux. Échange possible contre un hoverboard. Localisation : Auxerre (89000)

Missel de Collection Description : Vends missel de 1901, ayant appartenu au père Roti, et approuvé par Monseigneur Barbarin. Quelques pages collées mais rien de grave. Retrait possible à Manga Évasion (rue du Bourg). Prix : 20 € fdp out. Localisation : Dijon (21000)

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Bibliothèque verte – Collection Michel Description : Vends à regret ma collection de la bibliothèque verte de Michel. Elle a forgé mon enfance, bien que le père Roti me l’ai brisée. Michel et la voiture fantôme est définitivement mon tome préféré, il réussit à être intrépide et courageux, tout l’inverse de moi. Vente à un passionné de préférence. Retrait disponible sur Dijon (La Chartreuse). Prix : 30 € le lot Localisation : Noiron-sous-Gevrey (21910)

Collection Blindés Atlas Description : Ancien buraliste, je me sépare de mes collections Atlas et Altaya car je n’ai plus de place dans ma grange ! 16 véhicules blindés avec classeur et fiches de TRES GRANDE QUALITÉ. Cadeau de Noël idéal. Tapez JEANMICHMUCH sur Le Bon Coin pour voir mes autres collec’ (corps humain, avions de chasse, cuillères…) Prix : 399 € l’intégrale. Localisation : Corbigny (58800)


Jeudi 13 octobre Chez Sparse d’ailleurs, on aime les câlins. Surtout dans le cou. Quoique. Une info a pu calmer nos ardeurs érotiques. Un lycéen de 17 ans a en effet expérimenté le premier et dernier AVC de sa vie à l’heure où sa gow lui infligeait un suçon, lequel serait apparemment à l’origine de son trépas original. Ah, mourir d’amour...

l’essentiel par TONTON STÉPH et CHABLIS WINSTON

Dimanche 16 octobre Où l’on apprend que François Rebsamen était dans le cabinet de Joxe, ministre de l’Intérieur en 1985 et qu’il a assisté à la naissance du « RAID », censé intervenir en cas de prise d’otage. Et apparemment, le nom viendrait de l’insecticide du même nom. Et la BAC, alors, lol ? C’est lui aussi qui l’a baptisée ?

Lundi 3 octobre On commence en fanfare et dans la bonne humeur, avec cette habitante de Vitry-sur-Seine (oui, la ville du 113) qui décide rien de moins que de se suicider à la tronçonneuse ! Pop corn! Voilà qui est au moins aussi spectaculaire que d’attaquer des iPhones à coup de boules de pétanque. On valide ! Mardi 4 octobre Le Bien Public, toujours fasciné par les ouachons de la rue de la Liberté à Dijon (alors qu’il serait loisible d’en avoir rien à fiche), décide d’en faire la une par le biais d’un superbe titre, mettant en valeur la belle plume de ses journalistes : « Dijon : a-t-on franchi la ligne Marginaux ? »

Lundi 17 octobre Imagine deux sales tendances se téléscoper. Cela fait un défaut au carré. Accueillons comme il se doit, alors, le nouveau concept de café qui débarque à Dijon : un bar à chat. À peine arrivé, il donne dans les jeux de mots et s’appelle « Le Chat’Bulleux ». Tous les goûts sont dans la nature, faudra tif’hair, mec.

Jeudi 6 octobre On apprend qu’à Besançon, un homme nu au volant a encastré sa caisse dans une double file, tôt le matin. « Il était nu comme un ver », selon un habitant, « et il s’est mis à danser en chantant. » Prends ça, le Cap d’Agde.

Mercredi 19 octobre Un homme du Honduras s’est rendu à l’hôpital quatre jours après avoir inséré son pénis dans une bouteille. Il avait alors constaté que son pénis était devenu noir. Il a été amputé. Mollo, gros, rue Battant et rue Berbisey, avec tes ‘teilles.

Samedi 8 octobre Les champions du jour sont hindous, qui décident d’interpeller et de mettre en détention un... pigeon, vil volatile accusé d’être un espion à la solde du Pakistan voisin. Ce qui est toujours mieux que de finir « sur le coffre, conchiglioni farci de ses cuisses, artichaut, basilic et tomates confites » chez William Frachot à l’Hostellerie du Chapeau Rouge.

Jeudi 20 octobre L’ancien entraîneur du DFCO, Rudi Garcia, nommé nouvel entraîneur de l’OM. Mouais... En attendant, Dijon est devant ce club au classement. Pour ne rien dire d’Auxerre et Sochaux, dans les basfonds de la Domino’s Ligue 2. Quel nom à la con.

Dimanche 9 octobre Le destin, toujours taquin, décide de faire claquer un coureur lors d’une course intitulée « Le marathon de la vie», près de Rennes. Toujours chaud pour faire la course du Bépé, gros ?

Vendredi 21 octobre Après différentes mesures et analyses, les chercheurs de l’université du Colorado constatent une corrélation (faible certes, mais néanmoins présente) entre la taille et le QI. Vire ces talonnettes, tocard.

Mardi 11 octobre En Ardèche, un miel connaît un succès fou. Pas étonnant, il était fabriqué à partir du cannabis planté par le voisin. Prends ça, Les Ruchers de Bourgogne. Dans le Morbihan, un habitant reçoit ce jour un courrier des impôts adressé à une habitante décédée. Avec une adresse qui laisse rêveur : tombe 24, rangée E… Et toi qui te plains de te rendre rue de la Boudronnée à Dijon...

Samedi 22 octobre Galipettes. Des pilotes de la compagnie aérienne Transavia sont licenciés pour avoir fait quelques cochoncetés avec les hôtesses de l’air en plein vol. Ça dessert l’aéroport de Dole-Tavaux, cette compagnie ?

Mercredi 12 octobre Tu pestes contre le prix des recharges pour ton imprimante ? Petit joueur : aux States, un homme décide d’imprimer tout Wikipédia en anglais, soit 7600 volumes, dont 91 rien que pour la table des matières. Quel ennui. Quand on peut se contenter de lire Sparse tranquillement calé dans ses chiottes...

Jeudi 27 octobre Après un accident lui ayant causé un AVC, un Nigérian, anglophone, donc, se réveille en ne sachant plus parler qu’un espagnol approximatif. Qui sait, s’il nous fait le même coup, Franck Ribéry se réveillera peut-être en parlant français ?

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Lundi 14 novembre Une Super Lune éblouit sois-disant le ciel de milles feux. On n’a rien vu, il faisait encore un temps dégueulasse en BFC...

Vendredi 28 octobre En pleine période de tension digne des plus belles heures de la guerre froide, la Russie annonce fièrement avoir créé une arme nucléaire capable d’anéantir le Texas. Bordel, que foutent Walker et Trivett ? La bonne nouvelle, c’est qu’avec le mur géant que veut finaliser Trump avec le Mexique voisin, ce pays ne sera même pas impacté le cas échéant.

Jeudi 17 novembre À peine arrivé, le Beaujolais nouveau est déjà reparti. Dans les chiottes. Dimanche 20 novembre François Fion, le loser, le collaborateur, Mr Nobody prend la gueule de Nicolas Sarkozy et l’écrase avec la semelle de sa godasse. Eh ouais. Tout en donnant rendez-vous à Juppé la semaine d’après pour le rosser lui aussi. Merci les sondages !

Samedi 29 octobre Gloire à l’art de rue. Le graff sévit jusqu’au fin fond de la cambrousse, dans le Doubs, à Autechaux. Un éleveur de vache décide de graffer ses plus belles laitières en bleu, tro bô. L’explication : c’est pour mieux repérer certaines d’entre elles en vue de sa production. Pas d’expo au Consortium, donc. Dimanche 30 octobre 25 universitaires comtois soutiennent un texte intitulé « Alésia n’est pas dans le Jura » afin « d’alerter les élus et le grand public sur les incohérences, les surinterprétations, les mensonges » des tenants du site de Chaux-des-Crotenay, dans le Jura. Les choses se font en Côte-d’Or depuis que Napoleon III l’a imposé, les gars l’ont bien compris.

Samedi 20 novembre Tout fier de son parti En marche !, Emmanuel Macron annonce travailler les thèmes de l’Islam et de la laïcité avec l’écrivain Abdelwahab Meddeb. Très belle initiative, juste ternie par le fait que celui-ci est décédé depuis le 5 novembre 2014.

Mercredi 2 novembre Les crimes, ce n’est pas ce qui manque dans notre pauvre région ma bonne dame. En voici un, digne de figurer parmi les plus belles pages de faits divers locaux : une entreprise de MoreySaint-Denis vient d’être justement condamnée à une lourde peine pour avoir « mis trop d’eau dans son vin ». De quoi faire frémir tous les haïsseurs du consensus comme de la sobriété.

Dimanche 21 novembre Jean-François Copé - Monsieur 15 centimes - dont on se demandait bien comment il pouvait avoir le culot de revenir en politique, fait 0,3% à la primaire de la droite et du centre. Une honte, une tannée. Mais si on réflechit un peu, ça fait 12.000 personnes ayant voté pour Copé. Sérieux, ça fait beaucoup quand même.

Samedi 5 novembre Quoi, tu en doutes ? Même Hillary Clinton vient du cru. La candidate démocrate à la Maison Blanche aurait pour aïeul, à la 23ème génération, le roi de France Louis X le Hutin, frère du roi Philippe V le Long, lui-même ancêtre de... François Hollande. C’est un généalogiste qui le dit, ou quelqu’un qui, probablement, se fait vraiment chier.

Lundi 21 novembre Jean François Copé - Monsieur 15 centimes - dont on se demandait bien comment il pouvait avoir le culot de revenir en politique, fait 0,3% à la primaire de la droite et du centre. Une honte, une tannée. Mais si on réflechit un peu, ça fait 12000 personnes ayant voté pour Copé. Sérieux, ça fait beaucoup quand même. Jeudi 24 novembre L’AJ Auxerre réclame 3000 euros à un petit club amateur de Saôneet-Loire, St-Sernin-du-Bois. L’usage en pratique depuis toujours veut que le club professionnel laisse la recette du match au club amateur lors des rencontres pro/amateur en coupe de France... Pas Auxerre, qui, après s’être perdu sur le plan sportif, chie même sur les valeurs du sport. Triste.

Dimanche 6 novembre T’as allumé pour la première fois la cheminée, ça y est ? T’as eu du mal, la faute soi-disant à ce satané ramoneur ? Appliquetoi : à Tokyo, les simples flatulences d’une patiente ont réussi à causer un incendie dans l’hopital : « Les gaz intestinaux de la patiente en contact avec le laser placé à proximité de son col de l’utérus aurait créé un départ de flamme ».

Vendredi 25 novembre La Toison d’Or ce coupe-gorge. Encore de la violence, cette fois à la boutique Free où une mère de famille et sa fille avec un gamin en poussette se battent avec une vendeuse du magasin.Voilà pourquoi on ne va pas à la Toison d’Or.

Mardi 8 novembre Pourquoi chercher à proposer une grande politique quand la démagogie la plus cracra permet de se mettre les 18-25 dans la poche ? Sarko s’engouffre dans la brèche en proposant « doubleration de frites » aux citoyens français ne mangeant pas de porc à la cantine. Et si le légume du jour c’est salsifis ou côtes de bettes, gros malin ?

Samedi 26 novembre Fidel Castro casse sa pipe. La plus belle collec’ de survet’ Adidas s’en va. Ça sent la vente aux enchère sous peu. Je suis prêt à mettre 200 sur le bleu et blanc qu’il portait avec le Pape. Jeudi 1er décembre Selon Merci Alfred, site lyfestyle parisien, la BFC est la région la moins cool de France. Selon des critères du type : proximité de la mer... bande de fumiers. Je vais classer les régions de France et mon critère principal sera « présence de jambon persillé ». Et on verra qui gagne... // T.S. & C.W.

Mercredi 9 novembre Le monde se réveille avec un nouveau maître. Un mec orange avec un pancake sur le crâne. Le candidat anti-système... qui pue le système. Thanks America ! Fuck Yeah ! Great again ! 13


reportage

Tu les as sûrement remarqués au détour d’une balade au lac Kir de Dijon ou dans un parc près de chez toi. Parfois torses nus, des jeunes mâles enchaînent pompes, tractions sous les barres et mouvements zinzins plutôt impressionnants. Si tu tends l’oreille, tu entends un charabia, une langue étrange au vocabulaire inconnu : muscle-up, dips, push up, free squat. Qui sont ces jeunes et moins jeunes athlètes qui s’exercent à ce qui semble être une nouvelle pratique ? D’où vient cette activité physique ? De Riga en Lettonie, de Suède ou de Brooklyn NY ? Plutôt tendance depuis maintenant plusieurs années, on fait de la musculation dans la rue. Entre Chevigny et le lac Kir de Dijon, on est allé à la rencontre de ceux qui pratiquent le street workout.

par augustin traquenard photos : alexandre claass lettering : guillaume constant / insta : gllmconstant

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J’ai pas le droit de me salir les chaussettes.


Je rêve ou ce mec a les bras montés à l’envers ?

L

a naissance et la définition même du street workout, aussi parfois appelé « calisthénics », sont assez floues. Il y a une dizaine d’années, on assiste à un phénomène dans différents coins de l’Europe et des ÉtatsUnis. Au Danemark, en Pologne ou à New York, on utilise le mobilier urbain pour sculpter son corps. L’évènement déclencheur qui va populariser le street workout, c’est la publication sur YouTube en 2008 de la vidéo de « Hannibal For King ». Muscles saillants hypertrophiés, Hannibal jette dans cette vidéo les bases de cette culture qui va séduire nombre de pratiquants. Dans un square de Brooklyn et dans une tenue improvisée (torse nu, pantacourt en jean, gants en latex piqués à maman sous l’évier de la cuisine), Hannibal défonce le game en enchaînant des figures dans des postures improbables qui semblent nécessiter une force surhumaine. Bingo. Cette vidéo a été visionnée plus de 20 millions de fois, inspirant les lascars des quartiers. Il faut dire qu’avec son physique de Black Hercule,

son look de taulard et sa mine patibulaire, Hannibal a de quoi séduire. On imagine la scène filmée avec un smartphone en bas des housing projects, là où les bad boys pullulent. La popularité du street workout semble donc bien naître d’un double phénomène : d’une part l’image d’une activité sauvage qui puise son inspiration dans la rue avec ses codes et une esthétique qui lui est propre, d’autre part une diffusion virale via les vidéos YouTube et les réseaux sociaux. Les arguments du pratiquant de street workout, eux, sont imparables. Coût de la licence ? Zéro. Accessoires, vêtements pour pratiquer ? Gratos. Les fringues de tous les jours ou la pratique en jean ne posent pas de problème. Au mieux, des gants de chantier taxés à ton daron s’il est maçon ou bricoleur. Pour le lieu, ça sera le square en bas de chez toi, là où joue ta petite sœur et ses copines. Le street workout, c’est le sport des banlieusards et des fils d’ouvriers qui refusent le sport bourgeois et la musculation pratiquée dans les salles confortables du centre-ville. Tout se fait au poids de corps,

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pas besoin d’haltères. La pluie, le froid l’hiver vont te permettre de te confronter aux éléments. Pas besoin de prendre de protéines en poudre ou de compléments alimentaires, une alimentation équilibrée fera l’affaire. Comme dirait MC Jean Gab’1, le rappeur français ex-taulard et adepte de street workout : « Toi et ta muscu en salle avec tes fringues en lycra ? Je t’emmerde. »

Agrez Barz : DIY dans le ghetto à Chevigny Pratique physique spontanée et sauvage donc, mais qui à l’instar des vieilles pratiques de rue comme le skate, va peu à peu s’organiser et se structurer, les pratiquants se regroupant parfois en associations. À Dijon, on en dénombre une seule, Agrez Barz. L’association est née il y a 5 ans. Un des deux membres fondateurs avoue que la vidéo d’Hannibal For King a été pour lui aussi le déclencheur : « Je pratiquais la musculation en salle mais ça ne me convenait pas vraiment. Depuis,


avec l’asso, on fait des entraînements ouverts à tous mais on est également deux ou trois à se préparer pour les compétitions. » Le street workout, ce n’est donc pas seulement du gigotage de types qui montrent leurs biscotos. Des compétitions existent et se déroulent en deux temps, comme nous le confirme Mathieu : « Il y a une épreuve de force (set and reps) où il s’agit de réaliser le maximum de répétitions en tractions, pompes, dips et muscle-up (passer de la suspension sous la barre à l’appui sur la barre). Tout cela est fait de façon stricte et normée, il y a des élastiques à ne pas toucher pour vérifier la validité du mouvement lors des muscle-up ou au contraire à toucher avec la tête lorsqu’on fait des tractions. » Qu’est-ce qui différencie alors le street workout de l’haltérophilie ou de la force athlétique, ces sports antédiluviens où la performance est reine, l’ascétisme une religion et l’improvisation proche du zéro absolu ? La deuxième épreuve, nous confie Mathieu : « Le freestyle, c’est un mélange de force et d’agilité à la barre, des mouvements explosifs sur des rotations qui ne sont pas sans rappeler la gymnastique sportive et des enchaînements de planches et de mouvements tenus. Le principe ressemble à celui du breakdance, on vient, on lance nos mouvements sur de la musique pour défier les autres et imposer notre style. » Lors d’un entraînement, on a effectivement assisté à du travail de stakhanovistes où les membres aguerris et quelques débutants ont enchaîné le travail en force mais également des figures de freestyle, parfois réalisées à plusieurs pour les plus aguerris. Pour Sylvain, étudiant et gymnaste qui a découvert le « street » en tombant par hasard sur les membres d’Agrez Barz lors d’un entraînement, cette pratique est synonyme de liberté. « Il y a ici un esprit de partage et de rencontre qu’on ne retrouve pas ailleurs comme dans les salles de gymnastique classique d’où je viens. C’est vraiment spécifique aux pratiques de rue

comme le street workout ou le parcours, des déplacements où les pratiquants utilisent également le mobilier urbain. » Chez Agrez Barz, l’ambiance est plutôt à la cool et DIY, un des cadres a une formation de chaudronnier et transporte dans une remorque un kit avec une barre fixe faite maison. Dans un parc public de Chevigny, l’espace de pratique est loin des banlieues défavorisées de New York mais plutôt dans une ambiance banlieue pavillonnaire de la middle class. Comme attendu, les pratiquants sont en majorité masculins mais une invitée surprise d’une trentaine d’années s’était glissée dans le groupe pour une première séance d’essai. « Je cherchais une salle à Dijon où je pourrais me muscler « au poids de corps » mais je n’ai rien trouvé de probant, du coup je me suis tournée vers Agrez Barz, la seule association que j’ai pu repérer. » Les autres filles, ce sont les frangines restées sur le bord pour regarder l’entraînement. « On suit mon frère notamment lors des compétitions et c’est vrai qu’il y a peu de filles qui pratiquent. Nous, on a déjà essayé un entraînement mais c’est vraiment physique, et on préfère manger que s’entraîner (rires). »

Monsieur Henry et « Le Robot » Alors, on les trouve où les badass de la musculation de rue, les mecs à qui on n’osera peut-être même pas adresser la parole ?

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Tractions avec la pomme d’Adam.

Tu t’appelles comment toi déjà ?

« À l’époque je pesais 95 kilos pour 1m72. Aujourd’hui je m’entraîne tous les jours » M. Henry, 76 ans


Y’a des gamins qui font les chauds ??

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Tu feras gaffe, t’as le survêt’ qui te rentre dans la raie.

« S’aérer les bronches après une journée passée dans une atmosphère chlorée » Guy, 41 ans

Peut-être au lac Kir à Dijon. Du côté du barrage, en sortant de la Coulée Verte, un spot prisé des adeptes de street workout. Ici, à côté des anciens qui papotent assis sur les bancs et des gamins venus balancer deux-trois lancers francs sur le playground, trois barres fixes, un espalier, des barres parallèles et deux plans inclinés. Si l’endroit est prisé des joggers qui viennent s’étirer après un ou deux tours de lac, c’est surtout un endroit où on vient pour se taper des tractions et des pompes à toute heure. Ce qui se joue dans ce petit espace, c’est en fait la vie d’une communauté de personnes. Les habitués se parlent et se serrent la pince. Des personnages dont certains sont là tous les jours. L’un des piliers du lieu s’appelle « Le Robot ». Entre les séries de tractions, de dips et de pompes, il arpente le terrain de basket d’un pas décidé, enchaînant les exercices et les temps de repos avec la régularité d’une machine. Cela fait dix ans que Le Robot s’entraîne ici tous les jours. C’est avec un œil amusé qu’il voit la mode du street workout. « C’est tendance mais ça risque de ne pas durer et surtout s’entraîner dehors, ça n’a rien de nouveau, les Spartiates faisaient déjà ça dans l’Antiquité. » Souvent, Le Robot coache Monsieur Henry, 76 ans. Alors obèse, Henry croise Le Robot au lac Kir il y a 8 ans et ce dernier le convainc qu’il peut s’entrainer malgré son âge et son poids. « À l’époque je pesais 95 kilos pour

1m72. Aujourd’hui je m’entraîne tous les jours, un jour cardio, un jour muscu. C’est devenu une addiction. » Aujourd’hui, M. Henry a la patate et tape la causette aux filles qui viennent se balader autour du lac. Pas vraiment la maison d’Hannibal For King ni le style muscu de taulards tatoués, le spot du lac le jour abrite une faune bigarrée d’habitués et l’ambiance est plutôt celle d’un café du commerce où chacun est affublé d’un surnom. « Ici, le jour, tu peux croiser les habitués comme Sébastien Stallone, Bob L’Éponge et Yacine Carré mais viens plutôt à la tombée de la nuit, tu vas voir des mecs s’entraîner, on ne sait pas d’où ils viennent. Sûrement des réfugiés », confie Le Robot.

Les mecs dont on ne sait pas d’où ils viennent Bien décidé à percer le mystère des réfugiés, on est revenu le soir-même pour voir si l’ambiance était différente. Malgré le froid qui commençait à piquer en ce début de mois de novembre et la nuit qui était déjà tombée, une dizaine de personnes étaient encore là à pratiquer. Bien plus jeunes que M. Henry, Bartek, 24 ans, est Polonais et étudiant à Dijon. En un an de pratique, il a déjà des épaules de déménageur et est motivé par la performance. « Ce qui me plaît, c’est de pouvoir repousser mes limites mais aussi le fait qu’on trouve sur Internet des communautés et des vidéos pour apprendre de nouveaux mouvements, 19

des conseils pour progresser. On peut aussi à notre tour poster des vidéos. » Ce soirlà, on n’a pas croisé de réfugiés mais des étudiants, des enseignants comme Guy, 41 ans qui dit « découvrir des sensations et une maîtrise technique de son corps en pratiquant la musculation de rue » ou encore Gabriel, maître-nageur et ancien militaire qui déclare simplement « s’aérer les bronches après une journée passée dans une atmosphère chlorée. » À Dijon, la musculation de rue a plusieurs visages. Pratiquée par les plus âgés pour se confronter aux éléments et mettre son corps à l’épreuve, se remettre ou se maintenir en forme, elle revêt une forme plus novatrice chez les jeunes pratiquants, avec un intense recours aux technologies audiovisuelles, que ce soit pour apprendre et reproduire des mouvements (les tutos), puis pour diffuser à leur tour sur les réseaux sociaux leurs propres vidéos pour recevoir des conseils et des commentaires de leurs pairs. Tout ceci donne l’impression d’une communauté de pratiquants tous connectés et dont la pratique se définit et évolue au gré des échanges virtuels. Au-delà de l’aspect social et de l’image de sport de ghetto, il semble bien que la muscu de rue ne soit pas seulement une affaire de jeunes banlieusards et tende à se banaliser avec des pratiquants de tous âges. Alors tu attends quoi ? T’as des gants Mappa, un smartphone pour te filmer ? L’hiver arrive, ta petite sœur a déserté le square en bas de chez toi. Fonce, c’est un temps à se muscler dehors. // A.T.


Toison d’Or, du mythe au mall story

par marion payrard et axelle gavier illustrations : michaël sallit

De l’antiquité jusqu’au centre commercial, en passant par un ordre médiéval, un parc de loisirs et la performance d’un artiste contemporain, on a eu envie de comprendre un peu mieux quel était cet hydre aux mille têtes portant toutes le même nom : la Toison d’Or.

L

e terme “Toison d’Or”, qui pourrait sans doute faire un bon nom de porno si la tendance actuelle n’était pas à l’intégrale, fait généralement écho à un récit de la mythologie grecque : le héros Jason, accompagné de sa team les Argonautes, part en quête de cet item mystérieux pour faire plaisir à son salopard d’oncle Pélias qui vient tout juste d’usurper son trône - le coup classique. Le Roi Eetès, en possession du précieux trésor, promet d’en faire don à Jason si celui-ci parvient à surmonter une épreuve a priori insurmontable. Aidé de la fille du roi, Médée, qui s’est entichée de lui, Jason triomphe et s’empare finalement de Toison d’Or, à la barbe du dragon qui en était le gardien. Si ça t’intéresse, tu peux jeter un oeil à la fabuleuse adaptation cinématographique de 1963 du même nom - qui a, certes, excessivement mal vieilli - mais au pire tu peux te rabattre sur la version 2000. Okay. Mais dans la région dijonnaise, de l’évocation de ce glorieux et my(s)thique héritage - entre héroïsme et attributs féminins - il ne reste guère plus que l’image de bâtiments blancs-grisâtres aseptisés, parkings, néons, parfums d’ambiance à la vanille synthétique et haut-

marnais en goguette. J’ai nommé : le centre commercial et le quartier de la Toison d’Or. Mais comment en est-on arrivé là ?

quoi te rendre agoraphobe en l’espace d’un weekend. D’accord. Mais quid des Dijonnais alors ?

Après un plan d’urbanisation de la zone Nord, échafaudé par la municipalité de Poujade dès 1983, émergent, au printemps 1990, les quartiers de Pouilly et de la Toison, aujourd’hui complexe mêlant commerces, aquacenter et parc d’attraction, ce dernier étant géré par la Lyonnaise des Eaux d’une part, et le groupe Walibi de l’autre. Autant de promesses de divertissement et de décadence. Quant au doux nom de Toison d’Or, il a probablement semblé trendy à des hommes politiques un peu réacs et déjà has-been - pour reprendre la terminologie de l’époque - dans les 90’s . « C’était juste un putain de symbole de modernité quand on était petiots et qui est très vite tombé en désuétude », observe Antoine, 36 ans. « Et à la fin des années 1990 c’était déjà la lose. » Voilà qui donne le ton. Pourtant l’attractivité du centre commercial était et demeure indéniable. « Je pense que ça a attiré à mort de monde de nord Côte-d’Or, de Haute-Saône et de Haute-Marne, des mecs de Gray, de Langres…(...) pour des gens qui sont pas de Dijon ça attire encore. » De

Les réponses sont relativement unanimes : « Moins j’y vais mieux j’me porte », affirment Laure et Ulrich*, le second étant plus que familier du centre pour y avoir multiplié des stages entre 2007 et 2011. « Trop de gens, de brouha, ça crie partout… » Même son de cloche pour Oni*, qui en parle littéralement comme une phobie de gamin. Véronique, 55 ans y voit une sollicitation permanente et maximale qui lui déplait singulièrement. « Dijon possède la plus grande densité de surface commerciale par rapport au nombre d’habitants, c’est pléthorique, on n’avait pas besoin de ce truc énorme. Avant l’extension, ça allait encore... Et y’avait Oxygène, le parc aquatique ! C’était cool Oxygène ! » Ouais parce qu’avant de se vanter d’avoir Primark - le deuxième à ouvrir en France, pas croyable ! - le centre abritait l’aquacenter Les Cyclades, devenu par la suite Oxygène, club de fitness et espace aquatique. 10.000 m3 d’eau et de verdure qui suscitaient finalement une motivation assez importante pour la génération des 10-20 ans de l’époque. Piscine sous verrière,

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Une oeuvre de Felice Varini installée dans le centre commercial a tout simplement disparu à la réouverture en 2013. toboggans géants, tourbillons et piscines à vagues aka la fausse mer, sans oublier les canons à eaux... « Mon seul regret concernant la Toison c’est de n’être jamais allé faire ce parc » avoue Oni. Le club ferme définitivement en 2013 au profit des dizaines de nouvelles boutiques et services en tout genre. Mais l’abandon du parc aquatique ne constitue pas le plus gros fail local. Si t’étais au courant de l’existence d’Oxygène mais que tu es né après 1990, tu vas avoir un choc je te préviens, car crois-le ou pas, il y a eu encore plus dingue : un parc d’attractions. Un foutu « parc récréatif », surfant sur le boom à deux balles des parcs de l’époque, tous plus kitsch les uns que les autres. Le parc ouvre en 1990, avec un ticket d’entrée commun à l’espace aquatique - le second dépendant alors du premier. Heureux et rares sont les vétérans à avoir connu ce

coin de paradis perdu. Comme Oni qui se remémore un labyrinthe, un bateau, un petit train et une mascotte au nez bleu. « C’était vraiment pour les enfants mais c’était cool ». Hey forcément, quand t’as 4 ans, ça a tout du paradis. Antoine adopte le même ton enthousiaste. « C’était Disney pour moi, c’était Las Vegas! (...) c’était l’Amérique et le seul moment où tes parents te lâchaient ! » Les noms des attractions faisaient subtilement référence à des épisodes mythologiques mais personne n’en avait bien évidemment rien à foutre. « Il y avait les premiers cinémas 3D. (...) Un Anglais en coccinelle, le cliché de l’Anglais avec un chapeau melon. Y’avait pas encore le Futuroscope donc ça c’était complètement fou. » Dijon à la pointe de l’avant-garde high tech. On se tue à vous le répéter mais personne ne nous croît. Mais les belles prouesses en trois dimensions n’ont pas suffi à rentabiliser le parc, dont le projet 22

était contesté avant même sa création. Sans trop de surprise, le parc ferme ses portes en 1993 suite à la déclaration de cessation de paiement de la société exploitante. Un trauma total. La quinzaine de manèges présent atterrissent entre les mains d’un autre parc plus connu des Champenois que des Bourguignons : Nigloland, qui aurait enregistré pas moins de 320.000 entrées en 1992 et qui rachète le tout au prix de la ferraille. Alors que la société Oxygène récupérait l’aquacenter et le fitness club, les douze hectares de terrain sont concédés sous forme de bail emphytéotique par la ville de Dijon et redeviennent municipaux. Le parc de la Toison devient synonyme d’agrément, de balades, de quelques manèges et de canard égarés ; et un nouvel espace à squatter pour la jeunesse noctambule désabusée. Mais le doux nom de Toison d’Or ne fait pas seulement référence au héros badass de l’Antiquité, ni à cette structure de loisirs et de consommation tentaculaire. C’est aussi le titre d’une performance réalisée en 1993 par une actuelle superstar de l’art contemporain et autrefois Dijonnais d’adoption. J’ai nommé : Pierre Huyghe.


« Y’avait pas encore le Futuroscope donc ça, c’était complètement fou » Antoine, ex-habitué du cinéma 3D du parc de la Toison. Bon, c’est vrai que le lien entre Toison et art contemporain n’est, en lui-même, pas évident. Surtout quand on sait qu’une oeuvre de Felice Varini - tu sais, ces grands fragments colorés qui se rejoignaient pour former Trois carrés évidés (2003) - installée dans le centre commercial, a tout simplement disparu à la réouverture de 2013 (la direction n’a pas daigné nous répondre quand on lui a demandé pourquoi). Et pourtant, l’oeuvre éponyme de P.H. est un élément fondamental de sa carrière. Né en 1962, il est connu pour ses oeuvres mettant en scène le vivant et interrogeant le lien existant entre fiction et réalité. En 1993 donc, à l’aube de sa reconnaissance internationale, il réalise La Toison d’Or. L’oeuvre renvoie directement au parc d’attractions, de par son nom et ses codes. Cinq jeunes, coiffés de têtes d’animaux un peu cheap, identiques à celles des mascottes des parcs d’attractions, déambulent dans une aire de jeu, au pied d’une barre HLM dijonnaise. Livrés à eux-mêmes par l’artiste, sans script pré-établi, ils témoignent de l’ennui qui infuse l’environnement qu’ils occupent. Annoncée par un prospectus distribué à l’office du tourisme, l’oeuvre est conçue comme une sorte de fable contemporaine1. Elle réfère à l’histoire urbaine et à différentes strates de l’identité dijonnaise, par le biais de l’une des têtes d’animaux, celle d’un bélier. Quésaco, me direz vous. En quoi une nouvelle allusion à cet animal qui bêle et qui pue, célébré dans la Grèce antique et chez les aficionados de Primark, peutelle référer à un pan de notre Histoire ? En réalité, cet objet mythologique de puissance et d’intrigue est devenu l’emblème d’un ordre de chevalerie médiéval, fondé par Philippe le Bon, comte de Flandre et duc de Bourgogne en 1430. Le but est alors simple : défendre la foi chrétienne et la chevalerie dans les États bourguignons. Une sorte de réunion de la crème de la crème de la noblesse d’épée européenne. L’ordre est fondé à Bruges, mais son siège est établi dans la Sainte Chapelle du palais des Ducs de Bourgogne, aujourd’hui disparue. Il faut dire qu’à

l’époque, le duché de Bourgogne est en pleine expansion et que le duc intrigue tant et plus - allant jusqu’à s’allier aux Anglais dans l’optique de destituer le futur Charles VII - pour étendre ses terres flamandes. Si l’ordre est d’abord destiné à fédérer les nobles des États bourguignons, les règles définissant la succession de son grand maître aboutissent à la création d’un ordre européen. De la cour de Bourgogne, la tête de l’ordre devient habsbourg puis espagnole. Mais ce qui nous intéresse, c’est le blason. Les mecs arboraient en guise de signe de reconnaissance un collier composé de briquets et un pendentif à l’effigie dudit bestiau. L’emblème a traversé les âges. En cherchant sur les internets, tu peux ainsi tomber sur une photo datant de 2012 et montrant un Nicolas Sarkozy guilleret portant la bête à la boutonnière. La scène est prise après qu’il a été sacré 1203ème chevalier de l’ordre par le roi Juan Carlos d’Espagne, désormais légataire de son attribution. On reste songeur. Revenons-en à nos moutons ou plutôt à l’oeuvre de Pierre Huyghe. Plus qu’une performance, c’est un univers qu’il crée, un macrocosme dont les témoins deviennent partie constituante, observateurs du comportement d’individus porteurs de symboles. Si la question de la ville est abordée par le prisme de son héritage, de ses événements et de l’identité de ses habitants, l’artiste va plus loin en proposant à ses 23

personnages de « rejouer l’histoire urbaine à l’intérieur de ses propres signes »2. Alors voilà, c’était tout ça, la Toison. Mais n’oublions pas que « né poussière, tu retourneras à la poussière »3, ou plutôt au marécage le cas échéant. « À la base c’étaient des marais », remarque Ulrich. Du Zénith actuel jusqu’au rond point de la Nation, « c’était juste des marais et des champs ». Et on peut supposer que d’ici quelques années, quand le désintérêt sera général, c’est cet état d’origine que retrouvera le site. // M.P. * les prénoms ont été modifiés 1 Pierre Huyghe, Le Château de Turing, Les Presses du réel, 2003, p. 8-9 2 Ibid 3 Genèse 3:17-19 (Segond 1910)


Mr. Nice Guy portrait par chablis winston illustration : léa zamolo photos : alexandre claass

Laurent Grandguillaume n’a que 38 ans mais déjà une longue expérience politique. Adjoint au maire, conseiller général, député... À gauche, à droite, en Bourgogne ou à Paris, tout le monde aime Laurent Grandguillaume et salue son travail. Et lui a l’air d’apprécier tout le monde aussi, au point que ça en devient suspect. Il se paye même le luxe d’annoncer qu’il arrête la politique dès la fin de la mandature actuelle pour retourner à la vie citoyenne. Et ça, visiblement ça, commence à en énerver certains. Retour sur la carrière et les envies d’un nice guy qui a certainement une idée derrière la tête...

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Alors c’est l’histoire d’Emmanuel Macron qui dit un truc de gauche... Ahahah ! Non j’déconne !

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e 7 septembre 2016, sans coup férir, Laurent Granguillaume annonce qu’il met un terme à sa carrière politique. Il quitte ses fonctions à la mairie de Dijon et prévoit de ne pas se représenter aux législatives de 2017. Pour se consacrer à « d’autres formes d’engagements » nous dit-il. Laurent est plutôt jeune pour un politique, et surtout, donne l’impression d’avoir un boulevard devant lui pour de plus grandes responsabilités nationales. « C’est un des piliers du groupe. Il est très investi sur les dossiers économiques et sociaux, et notamment la meilleure articulation entre les territoires et les petites et moyennes entreprises. Il mène un travail extraordinaire sur ces questions », disait de lui Bruno Le Roux, le patron des députés socialistes dans une interview au Bien Public en 2014. Il est encensé aussi bien à gauche qu’à droite pour son sens du compromis. On lui confie des rapports sur l’auto-entrepreneuriat, ou encore le difficile dossier Taxi/VTC. Même les chefs d’entreprise sont fans de ce jeune député socialiste qui n’a pas peur d’utiliser le mot « entreprendre », qui pouvait être un gros mot pour la Gauche française il y a quelques années encore. Avec le projet qu’il défend en 2016 de « territoire zéro chômeur de longue durée », il se fait remarquer et apprécier par le réseau associatif national sur ces questions. Bref, au moment où il annonce son départ de la politique, on a l’impression que Lolo Grandguillaume peut demander n’importe quoi à n’importe qui. Et l’obtenir. « J’ai toujours dit, dès 2012, que je ne ferai qu’un mandat, ça ne devrait être une surprise pour personne. » Laurent nous répond comme si tout ça c’était normal, dans le cours des choses, pour un mec qui «fait ce qu’il dit ». Grandguillaume est un enfant de la BFC. Né à Besançon, il passe sa jeunesse à Montceau-lesMines avec sa mère, dans un milieu ouvrier pas vraiment politisé. C’est là-bas qu’il fait ses armes en politique, au lycée. « J’étais révolté contre les injustices. J’avais organisé des manifestations contre le plan Juppé. Et Juppé, il est encore là... » (enfin plus vraiment... l’interview a été réalisée avant la déroute d’Alain Juppé aux primaires de la droite, ndlr). Arrivé à la faculté de sciences-éco à Dijon, il adhère à l’Unef-ID, le syndicat étudiant. « Je luttais pour de meilleures conditions de vie étudiante, j’étais boursier, c’était la galère pour tout le monde ». « Je me sentais de gauche. Mais pas marxiste… » Laurent adhère au PS en 96, à 18 ans. À l’époque, le PS à Dijon, c’est que des défaites. La lose. «Tout était à droite. Ville, département, région, état... C’était

pas simple. C’était un vrai combat ». Qu’est-ce qui peut bien faire rêver un gamin de 18 ans au PS en 96 ? François Rebsamen, le moustachu, qui avait déjà perdu un paquet d’élections municipales et législatives à l’époque. « J’ai adhéré à ses idées. » François flaire le bon coup avec ce jeune ultramotivé qui veut taffer avec lui à l’âge ou d’autres se contentent de fumer des splifs sur un banc parc Darcy. « Peu de gens croyaient en lui à l’époque. Popard, Pribetich.... Il y avait quelques clashs en interne ». Le virage se fait peu avant l’élection municipale de 2001. « On sent que le vent tourne, on prend des soutiens qu’on n’avait jamais avant. » Laurent abandonne le job de conseiller financier dans une banque qu’il avait pris à la fin de ses études pour rejoindre le cabinet du nouveau maire de Dijon. Jusqu’en 2006. « J’avais déjà arrêté 2 ans entre 2006 et 2008 pour reprendre un job de conseiller en formation. » En 2008, nouvelle élection, nouvelle victoire de Rebsamen qui bombarde Laurent adjoint à la vie associative et à la jeunesse, et vice-président du Grand Dijon aux finances. C’est à ce moment-là que Lolo gagne ses galons d’homme de terrain et commence à se faire connaître. Il est partout (notament à la Fontaine d’Ouche), connaît les gens, les associations, leurs activités... un animal politique. Quand tu croises Laurent Grandguillaume une fois, il t’a imprimé. Il sait ce que tu fais, d’où tu viens, de quoi tu as besoin. Il devient conseiller général en 2008. François et Laurent règnent sur la ville. À l’époque, c’est le successeur désigné. Jeune, dynamique, propre, travailleur, apprécié... En 2012, c’est le grand bain national. Laurent prend à la droite une circonscription réputée imprenable. « C’était pas forcément un cadeau, mais j’ai gagné ». Calé sur les sièges du palais Bourbon, Laurent se fait vite remarquer. Il bosse, sait s’imposer quand il faut. Il sort un livre pour redynamiser la Gauche, et même un autre de vulgarisation citoyenne avec son presque homonyme Laurent Petitguillaume, l’animateur, avec qui il a sympathisé. Bref, je défie quiconque de ne pas le trouver sympathique et bosseur.

Quand tu croises Laurent Grandguillaume une fois, il t’a imprimé. Il sait ce que tu fais, d’où tu viens, de quoi tu as besoin... un animal politique.

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Si tu fais ciseaux, tu battras Lolo au chifumi...

« Je ne sais pas ce que je vais faire dans 2 ans » Lolo, au jour le jour.

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Laurent Grandguillaume s’en va donc la tête haute et n’ose certainement pas dire qu’au bout de 20 ans d’activisme, la politique ça fatigue... Il y est depuis qu’il a 18 ans. « Je n’ai pas l’impression d’y avoir perdu ma jeunesse. Je trouve toujours des moyens pour me faire plaisir avec mes proches, encore maintenant. Je joue au billard, je lis, je suis fan de BD, dernièrement je me suis fait un week-end à Amsterdam. Non, pas pour ce que vous croyez... » La suite ? « Je pense qu’il y a d’autres moyens que la politique pour faire avancer les choses. Je reprends les études, je passe un master en ressources humaines. Je vais m’engager sous d’autres formes. » On parle beaucoup de lui à la tête de l‘association ATD Quart Monde. « Il faut que les politiques arrêtent d’en faire leur métier. Je ne suis pas dégoûté de la politique. Je n’abandonne pas le combat. Il y a plein se moyens de changer le réel, de faire ensemble. Le vivre ensemble, c’est bien mais on peut vivre les uns à côté des autres sans se parler, l’important, c’est ça, c’est le « faire ensemble ». Il nous faut une ville plus sensuelle pour faire ensemble. La ville sensuelle, c’est important. Je pense que Dijon l’est un peu. » Là on n’a pas bien compris son truc sur la ville sensuelle, mais comme ça a l’air assez cool comme concept, on vous en parle. Comme beaucoup, Laurent pense que la radicalisation du discours sur l’Islam, la sécurité, l’immigration est en train de pourrir la vie politique française. « Je pense que les solution sont culturelles et artistiques. Le problème, c’est que la gauche a perdu la bataille culturelle. Y’a plus de débats idéologiques ». Les nouvelles formes de luttes ? « Nuit Debout ? C’est dommage que ça se soit déroulé comme ça. » Laurent l’a vécu de plein de fouet, il s’est fait péter sa permanence deux fois de suite... « C’était une minorité parmi eux... Mais la ‘démocratie des places’ participe au débat dans la cité. C’est bien. Faut que les idées viennent de la société civile. D’ailleurs, les territoires zéro chômage, c’est une idée qui vient de là. »


C’est beau, quand on écoute Laurent, on a l’impression de lire la Bible, en moins violent. Pas un mauvais sentiment pour Laurent, pas un mot plus haut que l’autre, pas une petite punchline acerbe pour ses ennemis : il n’en a pas, il n’y a que des gens avec lesquels il a une « divergence de point de vue ». Comme pour ses amis. Lolo aime tout le monde, tout le monde aime Lolo. Ça donne envie de le secouer par moment. Justement, cette posture de gentil commence un peu à en agacer quelques uns, surtout dans son camp apparemment, On trouve que M. le député Grandguillaume a tendance à se donner le beau rôle, et on le dit. Et le nice guy commence à se transformer en gun fighter. Ces dernières semaines ont donné lieu à un pugilat sur les réseaux sociaux. À Colette Popard, adjointe au maire PS, qui se dit déçue de son départ dans une récente interview, il décoche sur Facebook : « Quel bonheur de se faire critiquer par la plus grande cumularde que l’on ait connu à gauche ». Bim ! Suivi d’un « attention, à force me chercher, il vont me trouver ». Ça va flinguer. À Denis Hameau, vice-président socialiste du conseil régional BFC qui lui reproche d’avoir laissé tomber la ville de Longvic dans son projet de territoire zéro chômeur, il répond sur Twitter : « Vous devez être frappé d’amnésie, vous êtes vice-président de la région et la Nièvre a été retenue. Ça doit être l’effet cumul des mandats, mais vous êtes à bonne école ». Prends ça. Mais attends, ce « vous êtes à bonne école », ce ne serait pas un bon vieux Scud à l’intention de François Rebsamen ? Ça par exemple... Entre Monsieur le Député et Monsieur le Maire, ça n’est plus le big love. Laurent Grandguillaume s’est affranchi de la tutelle de son mentor depuis qu’il a été élu député, et Fanfan ‘la mèche’ l’a mauvaise. Ça a commencé en 2012, sur le cumul des mandats justement. « François Rebsamen défend le cumul des mandats en 2012... alors que la majorité s’était engagée dans la voie contraire. S’il n’était pas

« Quel bonheur de se faire critiquer par la plus grande cumularde que l’on ait connu à gauche » Lolo, à Colette Popard. Taquin.

d’accord, il fallait le dire avant les élections. » Premier désaccord. « À l’été 2012, je signe une tribune en faveur du droit de vote des étrangers aux élections locales. Et François Rebsamen me le reproche. Mais ça aussi, on s’était engagé à le faire avant les élections » Second désaccord. « Si on ne défend pas ses idées, si on ne tient plus ses engagements... » Suivra encore une embrouille sur la suppression des heures supplémentaires. « En tant que Maire, y’a pas de désaccord profond. Après au niveau national... » Ça n’a pas l’air d’être la même. « Ce qui nous sépare est-il plus fort que ce qui nous rapproche ? On verra à l’avenir. » Ah... donc Laurent est capable de s’énerver. Et de monter au clash. L’ex-fils préféré considère qu’il n’avait pas à demander l’autorisation de s’émanciper.

En tout cas on le sent sincère quand il nous dit qu’il a envie d’autre chose, et qu’il a envie de faire bouger les lignes. Mais en a-t-il fini avec la politique pour autant ? « Je ne sais pas ce que je vais faire dans deux ans, en général, c’est la durée que je me donne quand je pense à l’avenir ». Lolo a-t-il un plan ? Parce qu’il est trop malin pour seulement s’en aller en claquant la bise aux gens. À l’heure où on se parle, je pense qu’il prendrait la ville de Dijon à n’importe qui les yeux fermés. Mais en 2020 ? Faut voir. En attendant laissez-le relax répandre la bonne parole et les bonnes actions de scout. Mais ne le branchez pas trop sur Twitter... parce qu’il est chaud. // C.W.

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vis ma vie par Franck Le Tank illustrations : michaël sallit, hélène virey

octobre sobre

October Sober est une initiative lancée par un organisme anglo-saxone, la Macmillan association, pour vaincre le cancer. Les soberheroes, comme ils les appellent, s’engagent à ne pas boire durant octobre et à reverser une partie de l’argent économisé pendant ce mois de sobriété pour la lutte contre le cancer.

Semaine 1 : La lutte de tous les instants

Tout commence bien évidemment avec une énorme gueule de bois, le genre de casquette qui pourrait se transformer en refrain d’une chanson de Svinkels ou de celle que se trimbale John Mc Lane la moitié du temps dans Die Hard. Nous sommes le samedi 1er Octobre, et j’ai vaguement entendu parler d’un « mouvement » appelé October Sober ; je m’engouffre dans la brèche, conforté par les dernières vapeurs d’alcool de la veille. Cet état physique précaire, et mon bide à bière naissant ne peuvent que me conforter dans ce choix. D’autant plus que les fins de week-ends se traduisent bien souvent par ce que j’appelle la « nuit de l’angoisse », sorte de soirée cauchemardesque du dimanche soir, où l’état fiévreux atteint son paroxysme dû au manque d’alcool. La résultante, ce sont des frayeurs nocturnes, la tremblotte et la fameuse sussu, comme Phil Collins l’expliquait dans son tube Sussudio. Demain, j’arrête et demain, c’est aujourd’hui. Il y a de ces indigents qui célèbrent le mois d’octobre à coup de chopes de bières allemandes, harnachés au bar par la ceinture pour ne pas tomber d’ébriété. Je suis, pour ma part, de ces indigestes qui ont bu le calice jusqu’à la lie lors d’un été bien trop chargé et qui entament la rentrée en ingurgitant 8 Malox©/ jour, pour calmer un estomac adepte de la politique de la terre brûlée. Je commence le samedi 1er octobre 2016, j’ai bu 15 vedeTT la veille, je pèse 74,5kg et je suis bouffi.

Samedi 1er octobre, quelques heures après mon voeu de chasteté, une des éminences grises de Sparse me demande de l’aider pour son déménagement. Après avoir porté quelques cartons, je pose la question qui fâche, t’as pas un truc à boire? Ce dernier me désigne un pack de 16, ce mois va être long. Après cette première épreuve, je décide de rester dans le plus grand des KLM le premier samedi soir; mieux vaut ne pas agir en kamikaze en fanfaronnant au bar et laisser ma motivation fragile se désagréger devant une pinte de gin tonic. La semaine suit son cours et bien évidemment je n’ai pas calculé que le mois d’octobre est culturellement très riche à Dijon, entre le Tribu festival, les dizaines de concerts que je vais voir et les événements auxquels je vais participer, je risque d’être sollicité à tous les instants. Pourtant, ce n’est pas la première fois que j’arrête de boire, précédemment cela avait duré un peu plus de quatre mois. Les circonstances étaient un peu différentes, car cet arrêt était intervenu comme une évidence, voire une nécessité (en gros j’avais grave la poisse). Cette fois-ci, c’est plus difficile. Dans ce genre d’épreuve que l’on s’impose, il faut savoir être méthodique. Tout au long de l’article vous trouverez quelques conseils à la volée, sorte de petit manuel de survie en milieu alcoolique.

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Conseil n°1 : TOUJOURS amener une boisson avec soi. On ne peut pas confronter le copain relou si on n’a pas sa boisson totem. Pour ma part, je tourne à la petite bouteille de San Pellegrino, classe et maniable. Cela évite que le copain relou t’attaque d’entrée de jeu avec une bière, certes chaude, mais qui te fait cruellement envie.

ce mag. Bien évidemment ces fumiers-là ont eu la bonne idée de nous convier dans un bar du centre-ville. Tu sais ce côté business mais décontract’, un peu comme le short de costard. Je me ruine en eau gazeuse, plus chère que la bière en passant, je mate mes collègues rigoler, verres de vin et pintes à la main, et je me dis, ça y est, je suis dans le dur. Je ne bois plus depuis 10 jours. Ma copine me rejoint après la réunion, au bout du deuxième verre commandé, elle est ambiance pour rester, moi pas trop. Quand elle me rejoint à la maison, elle m’avoue que j’étais plus drôle quand je buvais. Je ne peux pas vraiment la contredire sur ce point… Bon, bien sûr, il n’y a pas que les mauvais côtés à retenir, cette semaine j’ai dépensé moins de 10 balles au bar, et dimanche matin, je me retrouve à faire un run de 10km à 10h du mat’, du jamais vu. Je retrouve mon teint frais, j’ai perdu 2 kg. En arrêtant de boire, je me suis inscrit sur le fameux site October sober, histoire de pousser le truc à l’extrême. Cette initiative lancée par les Anglo-saxons, permet de supporter la lutte contre un cancer (je ne sais plus lequel), en reversant tout l’argent du mois que l’on aurait dépensé en boissons alcoolisées. Il est bien sûr hors de question que je refile un kopek à ladite cause, mais c’est agréable d’être considéré et de faire partie d’une communauté. À quand le Tinder pour alcolos ou les covoit’ avec blablatise ?

Conseil n°2 : Identifier le COPAIN RELOU et le moucher le plus rapidement possible, histoire de montrer aux autres que vous ne déconnez pas avec cette décision. C’est un peu comme à la rentrée de sixième ou quand tu rentres en prison, si tu t’imposes pas, tu es bon pour tenir la poche d’un gars les six prochains mois. Mon copain relou, je l’ai identifié assez rapidement car son insistance n’a cessé de croître au moment où il a su que j’avais arrêté de boire, classique. Finalement il n’aura pas eu raison de moi, et s’en est collé une superbe tout seul. Le lendemain, vaseux et honteux, il m’avoue qu’il fera comme moi dès le lundi d’après (début de week-end oblige). Je l’attends toujours. La première semaine c’est évidemment la plus dure, je regarde mes copains boire des bières, je me venge sur l’eau mais comme je ne suis pas habitué, j’en écoule 15 verres par soir. Je ne vous parle pas des A/R aux toilettes, vous me direz c’est bon pour vaincre une cystite alors ça ne peut pas me faire de mal…

Semaine 2 : Babtou fragile J’entame ma deuxième semaine plein d’espoir. Je commence à respirer mieux, le goût des aliments a changé. Ah non merde, je n’ai pas arrêté de fumer ! Au niveau de la tise, l’envie de couler des bières avec mes potes se fait moins sentir et ces derniers commencent à me lâcher la grappe avec ma sobriété (la première semaine est toujours un calvaire à ce niveau-là, vous verrez si vous le faites). Mon état physique s’améliore grandement toutefois, mon estomac et mon foie me remercient (ma consommation de Maalox© est passée de 1000 à zéro). Je prends conscience de l’alcoolisme mondain et du fait que l’on boit tous énormément sans s’en rendre compte, ce constat est digne d’une étudiante d’Info-com qui s’étonne de prendre du cul malgré son régime drastique alors qu’elle s’envoie quinze vodka redbull en soirée. À l’apéro, on me propose des subterfuges pour contrecarrer ma sempiternelle San Pé, je goûte donc la ginger beer, une bière sans alcool. Autant se le dire tout de suite, on est plus proche du Schweppes Agrumes que de la 33 Export. Tant pis, pour le subterfuge, on fera sans. D’ailleurs ça me fait penser au conseil numéro 3 pour ceux qui n’assument pas leur arrêt.

Dans ce genre d’épreuve que l’on s’impose, il faut savoir être méthodique.

Conseil °3 : Zoner avec un Perrier tranche en soirée, les gens penseront allègrement que vous buvez du Gin Tonic (tu peux pousser le vice en mettant du concombre dans ton Perrier). Milieu de semaine, Sparse me convie à sa réunion de rédaction pour parler des sujets que vous trouverez dans 32


Semaine 3 : Mental de vietcong J’ai de moins en moins de mal à sortir et à affronter les apéros. La preuve, un ami donneur de leçons, me dit que s’arrêter de boire complètement ça ne sert à rien, apparemment c’est encore plus mauvais pour la santé. Il a l’assurance d’un bar-tabac, tout en sirotant une énorme canette. Il me parle bien sûr de modération, et je ne sourcille même plus. Le problème c’est que la modération ça ne marche pas avec moi, je ne sais pas commander un verre d’eau entre mes pintes, et quand on me donne le choix entre une lager et une bière belge de la mort à 15°, mon coeur penchera toujours vers le plat pays. Et puis merde, je suis un gars extrême, comme ce court-métrage coréen (Three… Extremes, Fruit Chan, 2004 ndlr), où la meuf mange des foetus qui ne sont pas arrivés à maturation pour rajeunir. C’est ça l’esprit Coubertin, sois tu t’en mets une superbe, soit tu restes out of the game ! Du coup, on est vendredi et comme je m’en sors pas trop mal, je m’impose une petite difficulté supplémentaire, je serai de sortie ce soir. Je règle le niveau sur extrême en choisissant les Tanneries. Au programme, 3 concerts de punk sinon rien. Je passe à la Péniche avant, le serveur que je connais bien me demande,

le plus naturellement du monde, si je suis malade quand je commande un Perrier. Normal. J’arrive, exprès, aux Tanneries avec une heure et demie dans la vue, bien évidemment, eux, ils en ont deux de retard. Le premier groupe vient de commencer et c’est pas bien. Je vais devoir poireauter encore bien trois heures pour voir le groupe qui m’intéresse - Complikation - nom providentiel. La soirée est plutôt calme, et à part quelques punks bien attaqués au père la casquette, pas de vagues. Ils ont retiré le JuraCola au menu du bar, pour servir des Coca-Cola, petite boite indépendante d’Atlanta, dommage… La soirée se passe plutôt bien et je discute avec quelques gugusses pas trop déboit’. Conseil n°4 : Identifier le mec le moins déboit’ de la soirée et en faire son wingman, ça évite de se faire trop chier et d’éviter les attaques des mecs marrav’ (cf. conseil n°2). Je rentre tout de même avant la fin du concert que je suis venu voir, il est 1h30, le son tabasse et mon niveau de glycémie après 3 cocas frise le mont Fuji. Résultat des courses : après 3 semaines d’abstinence, j’ai un mental de vietcong de 9h à 17h50. Après, j’ai envie de boire l’apéro, rien n’a changé.


Semaine 4 : Canettes will always remains Canettes

anticipé à l’alcool, cependant je me sens bien plus à l’aise sur la soirée. Je ne dis pas qu’il est impossible de s’amuser sans cela mais les interactions avec les autres sont bien plus funs et je ne vous apprends rien en disant que l’alcool déride les gens et délie les langues, moi le premier. Le lendemain, restaurant, copains, concerts, et bien sûr rebelote. Foutu pour foutu, je reviens à mes premières amours : bières et gin tonic. Un ami belge a la bonne idée de proposer de se couler quelques fraîches dans le parc, en attendant l’heure de l’apéro. Il est 15h. On est toujours à la bière à 18h et on passe au gin to à 20h. À une heure du mat’, je ne sais plus comment je m’appelle, j’arrive tant bien que mal à finir les concerts, mais je ne pourrai pas vous parler de celui d’Odezenne plus de 20 secondes si l’occasion se présentait. Le retour au camping est un combat de tous les instants, et je ne vous fais pas de dessin sur la méthodologie pour retrouver le bungalow… Bien évidemment, je me lève le lendemain avec une énorme barre dans le crâne. Nous sommes le 29 et la vie est un éternel recommencement. Je vois même le spectre de la nuit de l’angoisse se profiler au loin. I’m definitely back in the game.

La rémission est complète, je vis l’arrêt de l’alcool comme un sage, un immortel, je pense que je suis en droit d’exiger un costume de l’Académie Française. Je pourrais de ce fait, sabrer mes bouteilles de Perrier avec mes srabs au bar. L’alcool c’est de la merde, mon dieu comment ai-je fait pour être aussi longtemps aveug’ ? Le mardi, je me paye même le luxe de monter sur scène avec mon groupe sans consommer une goutte d’alcool (rare dans la profession, à part contreindication médicale). Bien sûr ça se corse en fin de soirée quand il faut charger le matériel, mais l’expérience est plutôt agréable ! Nous sommes le 27 octobre, je ne crains plus rien et je décide donc de me rendre à Vendôme pour le festival des Rockomotives. Gonflé à bloc, je me prépare à passer des festivités sobres, deux mots qui ne sont d’ailleurs plus antinomiques. Cependant à l’arrivée sur site ma vision se trouble et tout mes sens sont en éveil ; un camping municipal quasi désert, une ville morte et des concerts intéressants qui commencent malheureusement trop tard. L’ennui s’abat sur moi et les habitudes reviennent au galop. J’identifie l’itinéraire le plus proche pour arriver au Monoprix, je reconnais le chemin du rayon des canettes, les 16 sont à ma portée, c’est la chute, le cataclysme. Je replonge tout seul dans l’engrenage, nous sommes le 27 octobre, je BREAK. Ce mois d’octobre se transforme en un mois de février…

J’aurais pu intituler cet article : Ivre, il fait le voeu de rester sobre tout le mois d’octobre et finit en coma éthylique le 1er novembre. Mais je n’aurais finalement pas eu le mental pour finir ce mois de sobriété. J’ai eu, comme on dit, plus gros oeil que gros ventre. Il faut l’avouer, cette trêve hivernale m’a tout de même fait le plus grand bien, d’un côté physique bien évidemment mais également d’un point de vue financier. Si vous êtes comme moi, et non pas comme mon ami buraliste adepte de la modération, ce genre d’initiative qui peut paraître extrême pour le profane, est une bonne solution pour s’assainir. Attention tout de même à ne pas se brûler les ailes dès la reprise.

Conseil n°5 : Eviter les événements trop importants, vous êtes bon mais vous n’êtes pas un surhomme ! Contrairement à ce qu’indiquait le site d’OctoberSober. Proscrire festival, openbar, Barmitsva, descente de caves… Franck Le Tank revient au galop, « c’est trop bon le goût quand la bière t’arrive dans la bouche » (Extrait du film Old School, 2003, Todd Philips ndlr). Premier soir de retour à l’alcool, les six premiers demis passent comme du petit lait. Je me sens bien, je fais tout de même une pause soupe, avant d’oublier que je n’ai pas mangé. Je finis bien caisse, mais pas hardcore, good vibrations. Je me sens tout de même un peu coupable par ce retour

Je finis d’écrire ces lignes début novembre, une bière à la main. Vous êtes priés de me laisser tranquille avec movember et leur moustache ridicule, l’arrêt de la clope et autres engagements mensuels. Bien à vous. // F.L.T.

Ivre, il fait le voeu de rester sobre tout le mois d’octobre et finit en coma éthylique le 1er novembre. 34


légende

detroit mousquetaire par MARTIAL RATEL, AVEC SOPHIE BRIGNOLI, MATHIEU ROUSSOTTE illustration : Yas Munasinghe photo : mister b

Rencontre avec Mad Mike, leader d’Underground Resistance. Une légende de la techno. Un artiste et patron de label qui mêle depuis une quarantaine d’années recherche musicale et activisme social.

M

ad Mike incarne presque à lui seul la techno made in Detroit, ville-berceau de cette musique. Une techno froide influencée par les rythmes de la ville autant que par la musique de Kraftwerk. Un son parfois dur qui pourtant fait une place à un groove inspiré du P-Funk. Figure discrète mais influente depuis le début des années 1990, le patron du label Underground Resistance (UR) se fait aussi producteur, apparaissant aux crédits de quelques 300 morceaux. Les disques UR, sélectionnés, bichonnés par

Mad Mike participèrent aux premières heures glorieuses des raves et des free parties. Sous le panache d’UR, des Jeff Mills, Robert Hood, Suburban Knight ou Mark Flash sortirent quelques hymnes techno à l’image de DJ Rolando, sous l’alias The Aztec Mystic, et l’imparable, hypnotique, entêtant The Jaguar, en 1999. Au-delà de la musique, c’est la communauté black de Detroit, une communauté de laissés pour compte dans une Motor City qui capote toujours, l’industrie automobile ayant perdu depuis 2008 plus de 400.000 emplois, se délestant avant tout des salariés 36

les moins qualifiés - venant rejoindre ceux qui déjà étaient sans emploi -, qu’UR tente de donner une direction, une image positive à travers une musique électro reconnue internationalement. Fait extrêmement rare pour un homme avare de paroles médiatiques, à l’occasion d’un dayoff, Mike, qui a des connexions à Dijon, a passé plus d’une heure en notre compagnie pour évoquer sa ville et sa musique, mais aussi son passé musical comme guitariste dans les années 1980 et son apprentissage du travail en studio aux côtés de George Clinton.


Comment ça va Underground Resistance ? Actuellement, on entraîne encore et toujours de nouveaux gars. Ça me fait plaisir que les gens soient toujours intéressés par ce que l’on fait. C’est d’ailleurs étrange comme la techno est arrivée à Detroit parce que que personne ne connaissait ça et pourtant certains ont réalisé quelques uns des meilleurs disques... Maintenant c’est différent, plein de gens arrivent et veulent être le «meilleur DJ», le DJ jetset qui va tourner dans le monde entier. Avant, le DJ voulait juste enregistrer un disque et le sortir. Aujourd’hui, le but c’est devenir une star et tourner dans le monde entier. C’est assez difficile de trouver des gens vrais, qui ne sont pas influencés par la techno du reste du monde et qui veulent sortir un titre brut, de leur cave. La vraie musique de Detroit, c’est : pas d’influence du reste du monde. C’est ça qu’on cherche. On arrive à en trouver des gars comme ça, même si c’est dur. Ça fait quoi d’être Mad Mike, cette figure mondiale de la techno ? Oh, tu sais, ca n’a rien de génial. Ça m’a surtout permis de créer des connexions à droite et à gauche avec des vrais mecs qui aiment comme nous la musique et nous soutiennent vraiment comme Dimitri Hegemann du club berlinois Tresor. Je l’avais aidé il y a 25 ans et lui nous a renvoyé l’ascenseur quand on a eu besoin. Mais il y a une grande ironie à être «Mad Mike». Il y a deux jours, je tuais un rat chez moi et là, je fais une interview. L’avion est un instrument cruel du changement (rires). Il faut faire attention, parce que tu peux vraiment déprimer à cause de ça, j’en connais à qui c’est arrivé. Tu vois tellement de choses bien en Europe (transports en commun, services publics) et... tu rentres à Detroit. C’est un retour en arrière. Donc quand je viens en Europe, je joue et je me dépêche de rentrer. Même si cette ville n’est pas parfaite, j’ai besoin de Detroit pour travailler. Si les morceaux ne sont pas parfaits, d’un point de vue esthétique ou propreté, c’est qu’ils sont à l’image de la ville. 37

« Underground Resistance est le label d’un mouvement. Un mouvement qui veut le changement par la révolution sonore. Nous vous exhortons à rejoindre la Résistance et à nous aider à combattre la médiocrité des programmations sonores et visuelles destinées aux habitants de la Terre. Ces programmations entretiennent la stagnation des esprits, édifient un mur entre les races et s’opposent à la paix mondiale. C’est ce mur que nous allons détruire » - extrait du manifeste d’UR


Mike, de dos, lors de la venue d’UR au Consortium à Dijon en 2011.

« La techno a permis à des personnes de toutes nationalités de partager du plaisir ensemble sous un même toit simplement par le son » - extrait du manifeste d’UR

Avant de devenir Mad Mike et de fonder UR, tu étais musicien dans un groupe qui tournait avec Parliament ? Oui, le groupe s’appelait Cherry Boom et on a aussi tourné avec Funkadelic. Des fois, au concerts, les mecs de Funkadelic ne venaient pas alors on devait les remplacer (rires) J’ai beaucoup travaillé en studio avec George Clinton, il me donnait des conseils sur le son. Il ne faut pas croire que George Clinton est un juste un type fantasque sous ses airs un rigolo, c’est un vrai Monsieur avec qui j’ai appris énormément de choses dans la maîtrise du son, du studio, il m’a donné mes premières leçons. C’est un monstre en studio. Il sait exactement ce qu’il veut faire. Lui et son ingé son sont responsables des boucles avec des bandes magnétiques ! Ces boucles, ça a révolutionné l’industrie du hip-hop et toute la musique actuelle. Tous les producteurs savent de quoi je parle. Quand tu fais une boucle, tu utilises une invention de Detroit ! George a créé beaucoup de hits grâce à cette technique. Ça permettait de donner une profondeur, un son énorme! Il dupliquait la section rythmique de 2 à 20 pistes ! Il nous disait aussi comment il voyait l’industrie de la musique : fais ton propre truc et si tu dois intégrer l’industrie, dépenses un max d’argent en studio, comme ça ils seront obligés de transformer ton morceau en hit ! Undergroud Resistance, vous avez souvent associé musique et politique. Sur le disque

UR 88, Dookie Machine/Dangerous, vous évoquez une crise de l’eau. De 2014 à 2016, il y a eu une énorme contamination au plomb à Flint, une ville à côté de Detroit. Sur la pochette, on donne une solution pour le traitement de l’eau. Une dépollution pour un coût réduit mais cette solution n’a jamais été acceptée par les autorités. L’eau ressemble tout simplement à du caca, de la rouille. Ce disque a été produit par Marc Taylor. Ensemble on a décidé que ce serait le sujet de ce projet et grâce à ce disque on aimerait porter ce problème au niveau international. Sur le disque précédent, UR 87, il y a un titre Moment In Marseille. Il s’est passé quoi à Marseille ? Ho ! C’était il y a longtemps, une des premières dates de Timeline hors de Detroit était à Marseille. On avait fait une interview radio. En tant que producteur, j’écoute plein de choses, comme du hip-hop, je rencontre des gars et il m’arrive de dire « combien de temps tu vas encore jouer des trucs comme John Coltrane ? Ça a 50 ans, c’est pas ça l’avenir. » Par contre soyons clair : j’ai toujours été un gros fan de Stanley Clarke, Chik Corea ou Jean-Luc Ponty, tous ces mecs qui expérimentaient et qui avaient un vrai sens du jeu. Ils poussaient les barrières du jazz ! Ils n’étaient pas considérés dans le milieu mais nous, qu’est-ce qu’ils nous ont influencés ! Là, ces gars à la radio ont compris, écouté... Ils ont compris que la musique électronique allait

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« Je peux dire que Robert Hood et Jeff Mills ont ramené beaucoup pour UR. Quand il n’y a plus d’argent dans les caisses, quand on va te couper le courant... Ces potes sont là »

devenir le nouveau jazz ! J’ai su à ce moment à Marseille, dans la discussion, que nous aussi on allait complètement laisser tomber le coté jazz traditionnel qui restait dans notre musique pour vraiment développer notre techno. C’était une vraie épiphanie. On compare souvent UR à Public Enemy. Qu’est-ce que tu as pensé du retour sur le devant de la scène de Chuck D, le leader de Public Enemy, dans le projet musical antiTrump, Prophets Of Rage ? J’adore tout ce que fait ce gars ! Les gens se demandent si ça vaut encore le coup de se battre, de résister, Fight The Power, comme le chantait Chuck D... Tout ce que je dis, c’est qu’à Detroit, une ville ravagée par le crime et la drogue, les radios, au lieu de choisir des programmes adaptés, poussent en Top 1


le titre I’m In Love With The Coco. Est-ce que c’est le message que l’on veut véhiculer, après 40 ans de lutte ? Il n’y a pas de Carl Craig, pas de Flying Lotus pas de Prophets Of Rage sur les grosses radios ! C’est un enjeu d’éducation ! Ça crée des stéréotypes et ça détruit des potentiels. Les radios indés et les Prophets luttent contre ces radios qui stigmatisent les musiques : ça c’est pour les blacks, ça pour les latinos, etc. On ne peut pas se battre contre les grosses radios mais ne t’inquiète pas, la technologie va nous permettre de gagner contre ces dinosaures. Les communautés pourront écouter ce qui est bien pour elles. C’est d’ailleurs ce qui s’est

passé pour nous dans les années 1980 grâce aux DJ-radio Alan Oldham ou Electrifying Mojo, ils envoyaient un vrai message positif, de l’espoir pour la communauté. Ils nous apportaient des artistes comme B-52’s, Prince ou David Bowie. La musique, la radio était libre. Le marché était pourri. Personne ne s’intéressait à Detroit. Personne n’avait d’argent pour acheter quoi que ce soit, alors les DJ passaient ce qu’ils voulaient, ce qu’ils pensaient être bien pour la communauté, c’était très bien. Clairement, c’est la radio qui a créé la techno à Detroit. C’est aussi puissant que ça. Il n’y avait pas de génies parmi nous, il y avait juste des mecs extrêmement talentueux comme Jeff Mills ou Carl Craig ou Robert Hood. L’éducation culturelle, c’est ça. Pas besoin d’aller au lycée, c’est ce qui t’arrive dans les oreilles. Il faut toujours imaginer quelque chose de différent et de

Dédicace signée par Mike dans les bureaux de Radio Dijon Campus. 39

meilleur. Penser le futur, c’est penser ce qui est porteur d’espoir. Avec quel artiste du label, ça a été le plus difficile de travailler ? Bonne question. (silence) Jeff (Mills) et Rob (Hood), certainement, à cause de l’intensité, DJ Skurge aussi. Rob et Skurge au même niveau. Ils sont tellement critiques par rapport à eux-même. Ils veulent la perfection. Tout le temps. C’est difficile de travailler avec eux. Des fois, c’est sur l’artwork que c’est compliqué. Mais c’est aussi difficile de travailler avec moi. UR, c’est un camp d’entraînement. Le boss ici, c’est moi, je suis parfois obligé de dire : « Si tu mets trop de temps à finir ton morceau, hop, je le passe à la poubelle ! Quelle décision tu prends ? » (rires) Ça peut faire partir les artistes que je leur parle comme à des enfants. Mais ce n’est pas grave, ils grandissent dans UR et ils volent de leurs propres ailes ailleurs. Tout ce qu’on demande, c’est qu’ils ramènent quelque chose à UR après. Et je peux dire que Robert Hood et Jeff Mills ont ramené beaucoup pour UR. Quand il n’y a plus d’argent dans les caisses, quand on va te couper le courant... Ces potes sont là, sans oublier Carl Craig ou Kenny Dixon. // M.R.


interview par axelle gravier PHOTOS : nathanne le corre, béatrice jeannin

posé Rencontre avec Superpoze, le petit prince de la nouvelle génération de l’électro française, à la cool, à Besançon, à l’occasion de son passage au Festival Détonation.

On s’était croisé en 2013, au Consortium, à l’occasion du festival Génériq. Il s’est passé quoi depuis 3 ans ? C’est la première tournée qui suivait la sortie de mon tout premier EP sur lequel figurait le morceau The Iceland Sound, le morceau qui a un peu révélé la musique que je faisais. J’ai tourné beaucoup jusqu’à fin 2013 et je sentais que tout le mouvement beatmaking, hip hop commençait à vraiment se populariser, je trouvais ça moins intéressant. Il y avait un quelque chose qui me touchait moins dans le découpage de samples, j’avais besoin d’autre chose. J’ai arrêté les concerts, complètement, je me suis enfermé dans un home studio à Caen (sa ville natale, ndlr), j’ai commencé à écrire des morceaux très différents de ce que j’avais fait jusqu’alors. Durant la même période je suis parti faire ma première tournée à l’international. À mon retour j’ai continué à composer, pour aboutir à un premier album, Opening, sorti l’année dernière. J’ai continué à tourner en Europe, et à travailler pour d’autres artistes comme DJ Pone, pour des documentaires, j’ai fait des productions dans le rap - pour Nekfeu entre autres - et j’ai sorti des EP un peu plus axés club puisque je commençais à être booké en DJ set, avec les morceaux Gleam, Shelter et Azur… Et là j’achève un deuxième album, qui

sortira en 2017. Cet album sera-t-il un peu à l’image de ce que tu as fait plus récemment avec le maxi Azur ? Ce ne sera pas aussi radical. Je conçois toujours un album comme une œuvre entière, dans un ordre précis, je ne pourrais pas faire un album avec uniquement de la musique de club, c’est plus large que ça. On t’a connu avec The Iceland Sound et ses sonorités très enjouées, joyeuses même ; Opening présente lui une facette qui, sans être plus sombre, parait aussi beaucoup plus mélancolique. Ce changement s’explique-t-il par cette lassitude que tu évoquais plus tôt ? Ce changement, c’était avant tout une volonté musicale. Quand j’ai composé des morceaux comme The Iceland Sound, j’avais 18-19 ans. Pour Opening j’avais 22 ans, j’avais envie de faire d’autres choses. Bien sûr, des morceaux tel que Home is where I am, par exemple, ne seraient pas nés s’il n’y avait pas eu pas un certain esprit solitaire et mélancolique. C’est pour un tas de raisons diverses donc, mais d’abord purement musicales. Et je sentais que - sans prétention - les gens n’avaient peut-être pas forcément besoin de réentendre des voix découpées sur des beats, quoi.

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« Je ne suis pas toujours très à l’aise pour des sets dans des salles dites classiques. Mais en club, là où les gens savent que c’est inutile de regarder ce qu’il se passe car ce qui est important ce n’est pas la performance mais ce que tu vis, une forme de voyage musical, là, j’adore ça »

Tu as beaucoup voyagé, notamment au Canada, en Asie. Comment as-tu été reçu là-bas ? Ces publics étaient-ils très différents du public français ? Ça s’est très bien passé. Je ne dirais pas que le public était plus ouvert car ce ne serait pas vrai, le public français est ouvert. Quand tu joues ici, tu sais très bien à quel moment exact de ton concert les gens applaudissent, où les gens s’envolent. Mais quand tu joues à l’étranger - même si on vit aujourd’hui dans une société ultramondialisée - il y a quand même des réactions différentes. J’ai été moins confronté à des gens qui pensaient en terme de style de musique. J’ai préparé un live expressément pour l’Asie, une sorte de mélange de morceaux assez beatmaking avec des premières mélodies comme Time Travel (troisième morceau de l’album Opening, ndlr) insérées au tout, et pour moi c’était très bizarre. Alors que là-bas, ça choquait pas du tout.

Tu as collaboré avec Redbull Music Academy sur le projet Beats on demand, avec l’idée de ne composer qu’avec des sons du quotidien. Ces sons étaient enregistrés par des auditeurs, dans une démarche similaire à celle de la musique concrète. C’est quelque chose que tu avais déjà fait avant ou que tu comptes éventuellement exploiter par la suite si ce n’est pas déjà le cas ? Le principe vient effectivement des compositeurs de musique concrète et du fait que certains ont commencé à intégrer, à considérer que les bruits pouvaient être des sons, des sons qui rentrent dans une organisation. Par exemple : que ça (il toque contre la table en métal une fois) c’était un bruit , et que ça (il toque deux fois) c’était un son parce qu’il y a une organisation. De là on pouvait comprendre une sorte de rythmique. Ce système constituait le propos central de cet exercice-là mais c’est quelque chose que je faisais déjà avant et que je continuerai à faire.

Tu fais un DJ set ce soir, tu trouves ça plus confortable ? Qu’est–ce que ça peut t’apporter de plus - ou de moins - par rapport à un live classique ? J’ai décidé de faire des DJ sets car j’ai découvert beaucoup de titres grâce aux DJ sets d’artistes que j’aimais. Je suis né à Caen j’ai grandi à Caen, il y avait trois clubs, ils étaient nazes, c’était de la house au kilomètre, je ne comprenais rien, ça ne m’intéressait pas… et forcément, quand t’emménages à Paris, tu découvres qu’un club peut aussi être un endroit où tu forges ta culture musicale, que certaines personnes y jouent des morceaux hyper pertinents et intéressants. Et j’ai commencé à reconstruire ma bibliothèque musicale grâce à ça. J’étais hyper content de voir, par exemple, Four Tet autant en live qu’en DJ set, j’avais envie de m’essayer à ça, tout simplement. J’ai pas pour autant envie de faire une carrière de DJ, je suis un musicien et je veux continuer à faire du live, mais c’est une activité qui me plaît parce qu’elle a un côté un peu curateur… Quand les gens savent le prendre de cette façon. Là, en l’occurrence, je sais que le DJ set se fera sur une scène, et que les gens regarderont dans cette direction. Je ne suis pas toujours très à l’aise pour des sets dans des salles dites classiques, mais en club, là où les gens savent que c’est inutile de regarder ce qu’il se passe car ce qui est important ce n’est pas la performance mais ce que tu vis, une forme de voyage musical, là, j’adore ça.

On a parfois tendance à regrouper des artistes tels que Jacques, Fakear, Superpoze et d’autres sous l’étiquette de « nouvelle scène électro française » bien que vous ne fassiez pas du tout la même chose. Ça t’inspire quoi ? Il y a toujours ce besoin de faire des cases, groupes, et c’est toujours un peu plus embêtant quand t’as pas décidé par toi-même d’être dans un mouvement. Nous, on n’a jamais fait ça, on ne le fera pas : on n’a pas créé un label ensemble, on n’a pas écrit de manifeste… Ce sont des gens avec qui je m’entends très bien, avec qui j’ai déjà collaboré. On ne le revendiquera jamais car nous n’avons pas envie d’être « les Français de 25 ans des années 2015 ». Si j’ai fait un album comme Opening, c’est que j’avais envie de faire de la musique encore à 40 ans, et pas juste de faire des singles ou d’immortaliser un mouvement. Bon, c’est ce qui finit par se produire dans 90% des cas, t’as la musique des années 90, la scène de Reims, de Nantes, de Caen et de machin. Ça a toujours été comme ça, mais ça n’empêchera aucun d’entre nous de faire ce qu’il veut.

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Y a-t-il un artiste que tu aimerais tout particulièrement voir au festival Détonation, parmi la programmation de ce samedi soir ? Rival Consoles, qui joue juste avant moi. Je suis un gros fan du label Erased Tapes, on a déjà échangé plusieurs fois par email, et on s’est enfin croisé tout à l’heure. J’irai le voir avec plaisir. // A.G.


immersion


PAS E É D I H C R O ’ D POUR MISS VAL-DE -SAÔNE Une immersion dans la tristesse des concours de beauté de campagne. par niko vayssié photos : louise vayssié


pourtant peiné à conserver la vedette tant le spectacle était aussi bien dans la salle que sur scène, autour des vedettes et autres personnages invités pour constituer le jury et désigner la gagnante, mais pas que. Éclairage feutré, rooming à l’américaine, valse des selfies et déplacements furtifs, fierté des parents et commentaires sarcastiques des mamies bénévoles de la buvette, conciliabules aux airs de lobbying... Nous nous présentons dans le bon timing, élégants mais discrets, aux abords de cette salle des fêtes années 50 dans laquelle on a l’impression que s’entasse un bon gros mariage. Sauf que devant l’entrée trônent, en guise de sentinelles rutilantes, le nouveau SUV 3008 GT LINE version cuivre et son drapeau publicitaire tout droit venus de chez Nomblot, concessionnaire Peugeot à Mâcon. Nous sommes censés faire demander Maxime à l’entrée VIP pour obtenir nos accréditations, mais dans la confusion des arrivées nous entrons là-dedans comme dans un moulin. Maxime Djebabra, président-fondateur du comité MVDS, organisateur de l’événement et maître de cérémonie du spectacle, est facile à repérer dans le clair obscur. C’est le vortex du tourbillon qui s’affole et pépie tandis que la salle se remplit d’un brouhaha croissant. Lui semble conserver un calme olympique (comme dirait not’mère), petit brun à lunettes en costard d’âge indéterminable, genre pensionnaire de Poudlard, lisse et rond, éternellement affable. Tout en rassurant chacun et chacune, il nous accueille chaleureusement et nous confie à une hôtesse qui nous indique deux chaises municipales stratégiques. Nous savons déjà que l’homme (l’adolescent ? L’extraterrestre ?) est entrepreneur de com/événementiel sis à la même adresse que le Comité MDVS, créateur du site Mâcon Web Info (petit

Jauger la femme à ses mensurations, établir les canons, et promouvoir des standards de beauté au gré (ou au bénéfice) des modes est une activité biscornue et paradoxale qui se décline, depuis fort longtemps, en d’innombrables concours de miss d’envergures diverses, parmis lesquels l’élection de Miss Val-de-Saône, ou, pourrait-on dire, miss foyer rural de Viré (71). Un truc de macho, a priori, mais pas que. Immersion dominicale dans l’univers régional du look et de l’entregent.

Aux innocents les mains pleines ! Pleines de quoi ? En l’occurrence, il s’agissait d’innocentes aux mains moites pleines de vent et aux yeux remplis d’espoir. De princesses d’un jour, éblouies à force de chercher derrière le feu des quartz multicolores les familles et les amis venus des profondes campagnes acclamer leur gloire éphémère. De fleurs chiffonées dans un feuillage taillé à l’emportepièce, chiffonées surtout par l’obsédante ambition d’être la première, la reine, l’élue des cœurs et des yeux, bref, d’être la plus belle, ou peut-être la moins pire. De qui parle-t-on ? Des candidates à l’élection Miss Val-de-Saône (MVDS) 2ème édition, organisée par le comité du même nom et tenue ce dimanche 23 octobre au foyer rural de Viré-en-Maconnais, petit bled vigneron d’arrière pays, par un temps couvert et frisquet. Pierres angulaires du show, les girls du terroir ont

Incroyable : la couronne-lustre.

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La désuétude du spectacle rend impossible la mise en valeur des lauréates.

Y’a quand même un mec qui fait des mots-croisés pendant la cérémonie...

BFMTV à l’échelle cantonale), et lauréat du concours « Les jeunes Mâconnais ont du talent 2016 », catégorie artistique. Autour de lui virevoltent hôtesses fringuées sexy-classique, invités d’honneur et miss variées en robes de soirée, lauréates de précédents concours (genre Miss Dauphiné 2014, 3ème dauphine de Miss Villeurbanne 2015, Miss Valde-Saône 2016, etc.), parmi lesquelles Flore Cocquerel, Miss France 2014, grande et belle à croquer derrière un inextinguible sourire. Épaules dénudées, tout ce beau monde se prête aux selfies quémandés par des ados, des mamies, des prolos, des bling-bling, des politiques locaux, des vignerons, un public éclectique à tendance populaire. Nous repérons également le président du jury, Samir Benzema, beau gosse à la mode (mannequin pour Vuitton, Dolce & Gabbana, Gucci, etc.), ange déchu (?) de la télé (L’île des vérités, Les Anges de la Téléréalité, sur NRJ 12), et cousin putatif de Karim Benzema, parenté souvent contestée par de nombreuses interviews télévisées au cours desquelles il se montre évasif. Lui non plus ne refuse aucun selfie, ce que, pour l’instant, nous trouvons sympathique. Son blaser gris perle accroche les nuances de la lumière tamisée, au gré de ses déplacements entre les rangées de chaises intallées comme pour un meeting américain autour de la table du jury, elle-même placée devant le praticable-escalier de la scène. Sur la table, les magnums de Crémant de Bourgogne estampillés « Cave de Viré » escortent le diadème MVDS, coquillage/arête de poisson tout de strass brillant dans le rayon bienveillant d’un automatique bleuté. Ah ! Enfin nous avisons les quatre hommes en noir de la sécu, très élégants en smoking, belles gueules et carrures d’encausse niveau X-Men, en maraude dans l’ombre touffue d’avant spectacle. Derrière nous, le fan-club de Fiona, post-ados lookés Kiabi, s’excite gentiment:

« Faudra lever les pancartes bien hautes, les gars ! » Nous bavardons avec eux et leur offrons un Sparse, mais ils ne lisent que Closer. La tension monte d’un cran, n’épargnant que Maxime qui, à deux minutes de prendre le micro, a plutôt l’air de quelqu’un qui s’apprête à se faire cuire des brocolis. Dans la salle les yeux papillonnent, les faux cils font office d’éventails. Ça commence ! Techniquement parlant, le spectacle est un désastre. Rien n’est calé. Tout foire. Les projections vidéo cour et jardin vont de traviole, ce qui n’est pas grave parce que l’image est noyée sous les projos de face qu’on oublie de baisser. La musique ne part pas, Maxime prend le micro (coupé), prononce trois syllabes dont on n’entend que la troisième mais la musique part, du coup le voilà en plein numéro, ce qui n’est pas grave vu que la scène est dans le noir... le tout à l’avenant, dans un décor entre

Techniquement parlant, le spectacle est un désastre.

funèbre et Deschiens. Le rideau reste fermé côté cour pendant toute une séquence sans que personne ne s’en offusque. La variété des niveaux du son donne le tournis, la lumière flashe, on a du schimmi dans la vision. Mais tout ça n’est pas grave, parce que Maxime s’en fiche royalement. Imperturbable et très pro, il mène sa barque tambour battant et flatte le public d’une 45


1 + 1 ça fait combien ? Bien joué mec !

voix de séraphin, snobant les ratés. Sa spécialité, c’est le suspense, qu’il maniera avec brio jusqu’aux insoutenables dernières secondes d’avant proclamation. Le numéro comique du type qui fait le con avec un violon en bâchant les paysans est pathétique, son micro-cravate sature. On s’habitue au côté cahin-caha du show, on finit même par y voir une certaine forme de poésie, on pense aux spectacles des 26 000 couverts... Le déroulé, plan-plan au possible, est calqué sur celui de Miss France. Entre numéros et discours, les six candidates défilent dans plusieurs tableaux et divers accoutrements, de la robe de soirée à la tenue balnéaire en passant par la robe de cocktail papier de bonbon, à chacune sa couleur. Les maillots de bain ne sont pas assortis, les bodies baillent. Les candidates se dévouent de bon coeur au speech imposé, copié-collé des speechs de Miss France, dévoilant leur accent local (le A prononcé bien grave, par exemple). Tiens ! Parlons-en vite fait des candidates. Fiona, Elsa, Lola, Laury, Ophélie, Flavie, un vrai poème. Six nénettes, issues de milieux populaires du Val-de-Sâone (région naturelle mais aussi entité économicopolitique brumeuse), bien mignonnes mais dépourvues des mensurations gynométriques imposées pour espérer figurer dans un casting officiel de Miss France (Bourgogne, Saône & Loire, etc.) dépourvues également de hanches, de fesses, de seins, de ventre. À leur apparition on compred vite que le « mesurable » inhérent aux concours de beauté officiels cèdera la place au « non mesurable », c’est-à-dire au subjectif, de la part du jury et du public (invité à voter dans l’urne estampillée Cave De Viré). Petit rappel : les concours de beauté existent depuis quasiment toujours. Passons sur les castings de Praxitèle, les modèles de Boticelli, les académismes de Diderot, passons sur les Miss Camping, les Miss t-shirt mouillé des rassemblements Harley de Louhans ou les Miss Girafe : le besoin de formater le corps de la femme s’est toujours imposé comme vecteur d’un rassemblement socio-culturel glauque, et le besoin de déterminer la plus belle, comme une manière de moraliser la pulsion masculine inébranlable de mater le cul des filles. La gagnante ne sera pas la plus sexy. Flavie (17 ans), poupée blonde horripilante de nubilité, plate de tous côtés. En fait, les vrais gagnants seront Papa et Maman, qui, debouts sur la plus haute marche du podium autour de leur prodige, recevront en larmes les salves d’applaudissements les plus enthousiastes. Maxime continue de n’en avoir rien à braire,

car son affaire est ailleurs. Où ça ? Mais dans la salle, vinzou, où Samir Benzema s’active à recruter du client. Parce que voilà : le bonhomme n’est pas là uniquement pour l’amour de l’art. Lui non plus n’en a rien à cirer des MVDS. Disons que ses propres critères (pour préférer Flavie, par exemple) visent plutôt à valoriser un canon qui, véhiculé par les médias, favorise le marché de la mode et de la beauté. Président du jury, star people sur toutes les lèvres, il monte sur scène, présente son business sans complexe puis annonce : « Je déclare ouverte l’élection MVDS à trois ! Trois, deux, un, zéro ! », avant de filer faire le job, à savoir (tout en présidant) faire œuvre de coercition commerciale auprès du public (essentiellement des proches, familles, amis, connaissances des postulantes, du comité et des partenaires présents) en bradant des gâches pour le prochain stage relooking organisé prochainement à Dubaï par R Look Academy, agence de coaching versée dans la valorisation personnelle par le look, qu’anime Samir avec maestria. Nous l’interviewons après le spectacle, tandis qu’il prodigue autographes et selfies. Questionné sur le professionnalisme relationnel dont il a fait preuve pendant le spectacle, il se vante d’être un habitué des élections de Miss de tout bois, « Miss Machin-Truc, Miss Quartier, Miss Monoprix, Miss Nice, Miss Girafe... », avions, taxis, hôtels, mais certainement pas putes ni cocaïne, tant Samir paraît sain de corps et d’esprit et ne renifle jamais. Incidemment nous lui demandons ce qu’il pense du fait que le phénomène Miss ne s’applique pas aux hommes. D’un geste il nous indique les quatre bonshommes de la sécu en train de distribuer selfies et autographes un peu plus loin vers le bar. Mince ! Nous remercions Samir et je m’en vais déguster le crémant local, succulent. Les mémères bénévoles de service y sont aux premières loges, le bar surplombant l’assemblée sur le côté de la salle. Lorsque le verdict tombe, elles commentent : « Rhôôô ! Mais ! Elle a fait la tronche tout du long, celle-là ». Un peu avant, elles avaient glosé : « D’ façon, c’est tout vu, c’est celle-là qui va gagner ! » Mais revenons à nos types de la sécu. Je les abordes, remarquant enfin les mentions Mister Men brodées en or sur les revers de leurs costars. Rien à voir avec la sécu, je bafouille. Tyler Calagane (ça ne s’invente pas !), Mister Men Cannes deux

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À gauche, Maxime Djebabra, l’organisateur. À droite, Samir Benzema, pépouze, pieds nus dans ses mocassins. Au milieu, la seule écharpe qui pèse vraiment de la soirée...

Tyler Calagane(!), Mister Men Cannes deux mille quelque chose et 1er dauphin Mister France veut bien bavarder avec moi, tandis que ses collègues matent le cul des filles qui boudent de n’avoir pas triomphé. Il me tent sa carte : « showman ».

mille quelquechose et 1er dauphin Mister France veut bien bavarder avec moi, tandis que ses collègues matent le cul des filles qui boudent de n’avoir pas triomphé. Tyler rêve de cinéma : « J’aime bien les rôles de garde du corps », confiet-il en bombant le torse (finalement on n’était pas loin du compte). Son dernier rôle ? Il a tenu la main de Miss Girafe à Cannes, quand elle est montée sur un yacht au cours du tournage d’un documentaire sur les people de l’été sur BFM. Je finis par comprendre que ces quatre gugusses, à l’instar de Samir Benzema, font le tour des Miss de tous bords pour s’y pavaner. Tyler me file sa carte sur laquelle est inscrit : Show Man. Je lui rapporte les propos de Samir Benzema, à qui nous avions demandé pourquoi les Mister Men ne bénéficiaient pas du même écho médiatique que les Miss. Réponse de Samir : « En politique, il y a plus d’hommes que de femmes, ben en Miss, c’est le contraire... et puis en temps de crise, c’est le mannequinat masculin qui souffre ». Mais Tyler Calagane n’en a rien à taper, il est quasi beurré, il est content et commence à beugler. Nous interrogeons Maxime Djebabra, il nous confie avoir vécu une expérience « compliquée » avec la société Miss France, propriété d’Endémol (qui produit les émissions de téléréalité dans lesquelles cabotine Samir Benzéma). À la suite de quoi il fonda le comité MVDS, solide équipe à chacun son job (responsable diffusion, chargée du bien-être des lauréates, etc.), ce qui semble consister à inventer l’événement qui fera tourner sa boîte d’événementiel. Maxime s’en défend et nous affirme gérer l’élection MVDS bénévolement. Il reste évasif sur son entreprise et refuse de parler des déboires avec Endémol/Miss France. Puis il nous invite à bavarder avec les lauréates, ou n’importe quelle autre Miss invitée. Ce que nous faisons, constatant l’ultra formatage du discours ponctué des

Allo ? Ouais. Tu peux m’enlever ce catogan ? Tu me fouts la honte.


formatage du discours ponctué des leitmotivs de la journée : ça a toujours été un rêve d’enfant, ça me permet de m’affirmer, c’est un vrai défi, grâce auquel je peux voyager (stage de coaching pré-sélection à Cannes l’été dernier), rencontrer de belles personnes et participer au caritatif. Le caritatif, à savoir l’ensemble des œuvres de bienfaisance auxquelles se dévouent les stars de la mode et du mannequinat, ressemble à une manière de contrition pour avoir le privilège de se faire des couilles en or juste en étant bien gaulé(e). Flore Coquerel (Miss France 2014 et 3ème Dauphine Miss Univers), s’escrime par exemple pour l’alphabétisation et l’enseignement du français (pourquoi pas du serbo-croate ?) au Bénin et au Panama, entre autres. Pour l’heure, elle crépite sous les flashs, c’est la séquence photo d’après élection dans le hall d’entrée, le moment de grapiller quelques fonds pour l’humanitaire, peut-être. Nous y buggons un peu, abrutis, tâchant de scaner une dernière fois l’ambiance ultime. J’en profite pour remarquer qu’en fin de compte, les hôtesses d’accueil bénévoles ont bien plus de chien que les lauréates. Miss Val-de-Saône 2017 tournicote parmi ses amis, livrée à son bonheur. Un joli bouquet à la main, finalement, mais pas d’orchidée, cette fleur symbole de gloire éternelle. Elle sera la reine de son lycée à Tournus, ce qui est déjà pas mal. Quoi d’autre ? Ah oui, le gars Nomblot tout en mondanités, qui accueillait cet été, dans sa concession, la présentation officielle des candidates, dans l’esprit «berlines et bikinis ». Maxime toujours en lévitation zen, entretenant plusieurs conversations à la fois. Monsieur le Maire et la maman de Flavie causant voitures... Nous filons dans la nuit qui vient de tomber non sans avoir sollicité une photo avec Miss Girafe (1m98), amusés autant que circonspects, avec pour ma part un bon mal de crâne. Dans la voiture, nous restons très mitigés, tâchant en Hihihi...

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vain de mettre au point une impression tranchée. Tout cela ressemble à de la combine. D’une part, l’événement constitue un espace publicitaire multidimensionnel en live et une foire aux sponsors orientée sur le look, l’apparence, la beauté. Les cabas surprises Galeries Lafayettes de Chalon offerts sur chaque chaise et remplis d’offres promotionelles, autant que les manigances de Samir Benzema pour faire tourner son affaire pendant et après le spectacle, attestent une connivence entre marques, marchands de rêve ou politiques locaux et l’organisation MVDS, Maxime Djebabra en premier chef, qui s’accomode parfaitement de ce détournement affairiste. D’un autre côté, la désuétude compassée du spectacle rend impossible la mise en valeur des lauréates, qui semblent, à leur corps défendant, faire les frais ou tout au moins servir de prétexte à un tel rassemblement, vu que ce n’est pas rien de déambuler en bikini devant 200 clampins aux langues pendantes. Nous avons été amusés, presque émus pourtant, mais par des gags trop involontaires et des artifices trop voyants pour nous faire fantasmer. Et nous ne sommes pas sûrs d’avoir saisi à qui profite le plus cette grande magouille, à laquelle il faut reconnaître le mérite de véhiculer quelques valeurs humaines et humanitaires à la mode. // N.V.


Y’a un problème avec la robe turquoise, non ?

En fait, les vrais gagnants seront papa et maman qui, debouts sur la plus haute marche du podium autour de leur prodige, recevront en larme les salves d’applaudissements les plus enthousiastes.


reportage

C⼶arolishim par Cédric de Montceau photos : Cédric de Montceau et cédric chabal

Un initié à la culture japonaise a trouvé en Bourgogne le lieux adéquat au développement subtil et fragile de produits asiatiques introuvables sur le marché européen. Du saké sans la femme à poil au fond du bol, made in BFC.

Poisson est un joli port de pêche sur la côte sud-ouest de la Bourgogne Franche-Comté. Là-bas, par contre, on y attrape plus de grenouilles et d’escargots que de fugu. Au mieux quelques champignons. C’est un trou du cul du monde entre Paray-le-Monial et La Clayette. Un petit coin de bouse et de sérénité, mais le CharolaisBrionnais, c’est aussi un terroir cher aux Bourguignons et aux gastropathes viandards amis avec le collègue Stérol. C’est pourtant bien ici qu’Hervé Durand a décidé de développer sa petite vision enthousiaste. Kura de Bourgogne, voilà le nom de son laboratoire de production. « Kura » veut dire « brasserie » en japonais. Après avoir appris à brasser de la bière avec des amis, et imprégné de la culture japonaise, il est invité par son entourage à s’attaquer à la fabrication du saké. « Un pari fou ! » Voilà, l’homme vient de monter la première fabrique de condiments et saké traditionnels en Europe. Comme ça, tranquille, sur une intuition. Le brasseur a débuté dans la recherche scientifique et nanotechnologique à l’international (Japon, Allemagne, Angleterre). C’est d’ailleurs du Japon qu’il garde le souvenir prégnant d’une culture forte dont il est tombé amoureux. « Je suis revenu avec une petite famille d’ailleurs ». Après un passage à Lyon, il décide de retourner vivre sur ses terres natales. « Mes origines sont un mélange de Charolais, Bourbonnais, Morvan et de Bresse. Mes parents sont originaires de Paray-le-Monial et Digoin. En bon Bourguignon, je suis naturellement un amateur de vins et de gastronomie. Cet ancrage profond a toujours été important pour moi et m’a donné confiance lors de mes nombreux voyages et

expatriations ». Hervé retrouve donc la terre originelle pour mettre en place son projet. Il veut produire du saké. « Le saké est un produit brassé depuis plus d’un millénaire au Japon. C’est la boisson de la religion shintô, la boisson de l’empereur. Il vous assure la gaieté et le contact avec les dieux. Au Japon c’est très important vous savez... C’est une boisson alcoolisée douce et claire, entre 12 et 20 degrés, ça n’a rien à voir avec l’eau de rose qu’on vous sert dans les restaurants chinois ! » En effet, c’est une bière fine de riz, presque fade pour le palais non initié, mais idéale pour la cuisine, selon notre hôte.

« Le saké vous assure la gaieté et le contact avec les dieux » Hervé Durand, lucide « C’est parfait avec les sushis, le sashimi mais aussi avec le chocolat et certains foies gras. C’est un réhausseur de goût, il est très utilisé en cuisine au Japon, un peu comme un vin blanc sec mais sans acidité. Essayez mon saké, c’est délicieux avec des moules marinières. J’ai même des amis pas du tout habitués aux saveurs du Japon qui l’utilisent dans des rôties de porcs ou pour déglacer des jus de poulet. » Ce qu’Hervé oublie de nous dire c’est qu’il est aussi Saké Sommelier certifié par la Saké Sommelier Association depuis fin 2013. Une distinction toute particulière pour le gaillard bourguignon. Débonnaire et réservé, il explique qu’il est « à la recherche de l’umami ». C’est l’une des 5 saveurs de base reconnue avec le sucré, l’acide, l’amer et le salé. On peut traduire umami par

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ma

“Le saké, ça n’a rien à voir

avec l’eau de rose qu’on vous sert dans les restaurants chinois ! ” Le 3ème ligne du RC Charolais-Brionnais.

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Produire dans le Charolais n’est pas un choix mais plutôt une évidence

savoureux ou par goût... Vous savez dans cette région, et plus précisément dans le Charolais, il y a un environnement superbe et de l’eau pure. J’ai l’intuition qu’il y a en Bourgogne une importance donnée au goût. » Notre homme cherche à affiner son processus de fabrication. Il est loin d’obtenir des résultats à la hauteur de saké japonais traditionnel pure souche. Faut dire qu’il a décidé de travailler avec des produits français ou européens. « Pour faire du saké, il faut du riz et de l’eau. Mon riz vient de Camargue ou d’Italie. L’eau vient de là. Quant au matériel, j’utilise des outils oenologiques. Il y a tout ce qu’il faut ici. » L’homme est pragmatique, il a su flairer une possibilité d’environnement propice à l’exigence de fabrication de son saké. « Produire dans le Charolais-Brionnais n’est pas vraiment un choix mais plutôt une évidence. Originaire du pays, il m’est apparu normal d’y produire des sakés mais aussi des condiments qui demandent du temps, de l’air propre, de l’eau pure, de l’espace, de la profondeur et de la sérénité. Mes produits mûrissent lentement, certains jusqu’à cinq ans. Entourée de pâturages, la fabrique est justement placé au coeur d’un environnement d’élevage, exempt de pollution, avec une eau formidable disponible. » Hervé trouve dans le terroir bourguignon un endroit suffisamment calme pour la maturation lente de ses produits et de ses recherches. « Je ne fais pas que du saké, insiste-t-il. Pour faire un saké, il faut du riz malté, du kôji. C’est ça qui va permettre la transformation de l’amidon en sucre puis en alcool. Ce kôji, ce riz malté est lui-même un ingrédient essentiel de la cuisine japonaise. Il a d’ailleurs longtemps été la seule source de sucre au Japon. Y’avait pas de betteraves ou de cannes à sucre là-bas! Rien ne se perd dans la fabrication du saké. Même les lies de saké en fin de production sont un composant ancestral de la cuisine asiatique... En fait, je me suis rendu compte que les communautés japonaises en France, en Angleterre ou en Allemagne étaient heureuses et étonnées de pouvoir trouver des produits frais et crus, non pasteurisés pour leur cuisine... Sur la base du kôji, je fabrique de la pâte miso, un produit dont raffolent les Japonais.

18 Potion magique.


Diarhée passagère ? Goûtez le riz du Charolais.

Il possède d’excellentes qualités recherchées sur le marché bio actuel. C’est un très bon probiotique, il aide à la digestion, possède de nombreuses vitamines, apporte des protéines, c’est un super antioxydant. C’est un produit unique en Europe, les chefs japonais en sont très friands, surtout lorsqu’il est frais. » On a donc un mec qui produit du saké et des condiments japonais introuvables en Europe dans son garage en mode savant illuminé. « Ma femme est ravie ! » dit-il. Cependant, l’aventure ne s’arrête pas à une production bio pour les bobos soucieux de rentrer dans leur slim. Le producteur est suivi par l’incubateur de Bourgogne, avec lequel il expérimente la fermentation de son riz afin d’en tirer les meilleurs saveurs. « Mon intuition était bonne ! J’ai trouvé en Bourgogne des scientifiques qui travaillent sur la fermentation des solides, ils sont très intéressés par mon approche de fabrication et m’aide dans le développement de mes produits. Vous savez, d’habitude, ils travaillent sur des déchets moins nobles que ceux apportés par le saké. Quand on brasse de la bière, on donne les drêches de céréales aux bêtes à foin. Mes déchets à moi sont consommables, ce sont des mets fins et raffinés cuisinables. »

Pour le brasseur, c’est toute une philosophie ce processus de travail, bien au delà du résultat. « Dans la culture bouddhiste, il n’y a pas d’aboutissement, il n’y a que de la progression. » Une amélioration perpétuelle en somme. Hervé Durand porte son projet et sa production comme une expérience spirituelle inachevée et inachevable. L’homme et son Kura de Bourgogne tend pourtant à une forme d’excellence tant il est passionné et précis lorsqu’il nous parle de sa recherche de subtilité au pays de l’entrecôte. Un gourmet au pays des gourmands. Le métissage enfante souvent de belles choses. KANPAÏ ! // C.D.M.

« Dans le Charolais, il y a un environnement superbe et de l’eau pure » Hervé Durand, fier

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entretien par MARTIAL RATEL illustrations : benjamin moutte

Bégaudeau, bord cadre Entretien avec un auteur obsédé, qui nous parle du monde contemporain et de ses rapports de domination. Entre théâtre, philo et politique...

F

et leur déception, dans le monde du travail, avec cette question : « Comment le libéralisme pousse-t-il, malgré tout, à croire en lui, à se rendre désirable ? » Les êtres désirants mis en scène ont un statut social particulier. Il ne s’agit pas d’ouvriers ou de patrons mais de managers, les executives, les cadres dirigeants. Des cadres dociles mais éduqués. Éduqués parce que formés dans les grandes écoles. Dociles parce que convaincus que le monde ira mieux grâce aux réformes sociales et à l’esprit de compétition qu’ils ont appris à aimer. Cinq exwinners de l’économie marchande témoignent, installés sur un plateau TV, comme d’anciens alcooliques, de leur vie et de leurs croyances libérales d’avant. Avant la révélation, le flash et leur sauvetage par le présentateur de ce show. Un sauvetage d’ailleurs tout relatif… On a discutaillé une petite heure ensemble et on a gardé cela : sa réflexion critique, entre rappel de deux-trois évidences et analyses contemporaines.

rançois Bégaudeau est avant tout l’auteur du livre puis du film Entre les murs. Sa notoriété publique est fondée sur ça. Le film a glané une Palme d’or à Cannes en 2008 et plusieurs Césars en 2009. Entre les murs était son troisième roman. Depuis, il a travaillé sur plus d’une vingtaine d’ouvrages, romans, essais, BD, littérature jeunesse, théâtre… avec une constante : le monde contemporain, ses rapports sociaux et les stratégies de domination. Ce libertaire, post-marxiste, est par ailleurs amateur de sport et se fend régulièrement d’articles sur le ballon rond. En 2015 avec Benoît Lambert, ils avaient créé La Devise en réaction aux attentats de Charlie Hebdo. Cette année, ils poursuivent leur travail en commun avec La Bonne nouvelle, une pièce qui ausculte les désirs,

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« Ce que l’on aime dans la vie, c’est qu’elle est chaotique, désordonnée. La raison est toujours une restriction du vivant » Je peux avoir l’impression à la fin du spectacle qu’il n’y a pas d’issue possible. Est-ce que La Bonne nouvelle c’est : on est dans ce monde, on est pris dedans et c’est compliqué d’en sortir ? Ça a été l’enjeu d’énormes discussions avec Benoît Lambert. Pour lui, l’idée du spectacle, c’était des gens du libéralisme qui en étaient sortis. Alors que pour moi c’était un gros problème métaphysique, philosophique : est-ce qu’on peut en sortir ? Est-ce que les gens peuvent changer, en général, pas seulement les libéraux, mais toi, moi ? Moi, par exemple, je considère que je n’ai pas beaucoup changé. Politiquement à 15 ans, j’étais de gauche, je le suis toujours... Il y a une continuité. Je dirais même que le spectacle est écrit contre tout un tas de fictions cinématographiques ou théâtrales qui posent que ce serait possible : le mec a été un connard depuis 30 ans, puis il a une prise de conscience et là tout à coup, il devient un mec bien. J’ai beaucoup de mal avec ça. Avec Benoît, on est rentré dans une discussion sur « comment estil possible de changer ? » mais... sérieusement. Là, on s’est beaucoup servi du travail sociologique de Frédéric Lordon. Je crois que c’est possible mais il faut être sérieux. Nous racontons des parcours où c’est de l’intérieur, de leurs affects libéraux, que les mecs arrivent à une espèce d’impasse. Le personnage de Luc, qu’on appelait « le libéral d’en bas », le prolo qui est devenu un commercial, voit son mythe américain s’effondrer. Même s’il est performant, même s’il

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vend 3 millions de canapés, il ne gravira plus les échelons, il heurtera un plafond de verre parce qu’il n’a pas fait H.E.C. ! Et comme Benoît et moi étions encore sceptiques par rapport à cette mutation, on a poussé le truc à fond. On a pris la figure christique et la révélation divine. Ouais, le changement est possible si la lumière te tombe dessus ! Donc tout ça est un peu pipeau mais on joue sur les deux tableaux. C’est une petite ironie. Mais j’aimerais que le spectateur maintienne l’idée réelle que l’on peut se sortir de ça. C’est le spectateur qui se fait son idée.


tord à Marx. Le capitalisme a gagné contre le bloc de l’Est. Mais les faits récents -dans la pièce on parle d’une époque récente, les années 80-902000- auraient tendance à lui donner raison : Lehman Brothers ou la crise de subprimes. Je crois percevoir chez les libéraux un sentiment de panique. Même s’ils essaient de faire bonne figure. Paradoxalement, ils tiennent le même discours que les communistes à l’époque, comme des staliniens, ils disent : « Si le capitalisme est en crise, c’est parce que nous ne sommes pas assez capitalistes ». Ils s’accrochent mais on voit bien que c’est hystérique. On s’est amusé à prendre tous les éléments de la rhétorique qui a été utilisée par les libéraux sur le communisme. « Les communistes, c’étaient des croyants. Ils ont cru à une bonne idée, disent-ils de manière condescendante et paternaliste, et ils s’aveuglaient comme des croyants. Le réel est venu leur dire de revenir sur terre... C’était un beau rêve mais maintenant il va falloir être réaliste.» On a complètement récupéré cette rhétorique et on l’a appliquée aux libéraux. On leur dit : « Vous êtes des croyants ! » Et c’est vrai. Ça a été une utopie le libéralisme. Ça vient de loin, du XVIème siècle... Dans la pièce, il y a des éléments concrets qui laissent penser au spectateur qu’il y a quelque chose qui est en train de se terminer. Vous avez travaillé aussi sur la notion d’idéologie. Un de vos personnages dit : « Il n’y a pas d’idéologie !» On sait en général que, avec ce discours, c’est là qu’il y en a le plus. Le terme d’idéologie, tel qu’on le connaît maintenant, vient de Marx. Le mot idéologie, ce n’est pas seulement avoir des idées sur quelque chose, c’est plaquer ses croyances sur le réel. Et les libéraux se sont toujours cachés, ont toujours démenti cette thèse alors que depuis le début, c’est une croyance. Une croyance, qui a été en partie liée au christianisme, qui disait que nous allions êtres sauvés par le libéralisme, que ça allait enrichir la planète... Il y a encore des gens qui tiennent ce discours aujourd’hui. Les idéologues, c’est eux !

Mais avec cette déception possible, tu ne te dis pas que tu participes à ce que des analyses critiques peuvent appeler des « entreprises de déception » ? Il y a des culs de sac un peu partout dans la pièce. Il y a un peu de tout dans la pièce. Il y a, martelée de manière un peu didactique, cette vieille idée marxiste : Marx ne disait pas « il faut faire la révolution pour renverser le capitalisme. Mais le capitalisme va se renverser tout seul sous le poids de ses contradictions.» On dit souvent que les faits ont donné

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« Politiquement à 15 ans, j’étais de gauche, je le suis toujours... »

« Le vivant est plus vaste que la raison et c’est une bonne nouvelle. » Cette phrase tirée de votre spectacle est le slogan du Théâtre Dijon Bourgogne. De quelle raison s’agit-il ? Parce que moi, je suis plutôt content de comprendre le monde et de pouvoir maîtriser une partie de ce monde. J’aime bien cette phrase, elle résume assez bien ma pensée, et à l’inverse de toi, je trouve que c’est une bonne nouvelle parce que le vivant est vaste. Ce serait le théorème numéro 1 d’une pensée vitaliste qui irait de Spinoza à Deleuze en passant par Nietzsche. Ce que l’on aime dans la vie, c’est qu’elle est chaotique, désordonnée. La raison est toujours une restriction du vivant. Le travail de la société, c’est de rendre le vivant moins dangereux, plus raisonnable. Et la raison dont on parle, c’est la raison libérale, c’est le speech de fin de Patrick, « ils ont voulu mettre le réel dans la raison », dans ce qu’ils appelaient la raison : les modèles mathématiques. Comme cet exemple de crèche où on mettait des amendes aux parents qui venaient chercher leurs enfants en retard. Du coup, les gens ont acheté leur retard. Plutôt que de s’en remettre à quelque chose qui n’est pas très rationnel, un truc assez chrétien qui est le plaisir à faire le Bien, être respectueux d’autrui, sans qu’il y ait de gratification derrière. Le libéralisme n’aime pas ça, ce n’est pas stable, il faut qu’il y ait du fixe, du rentable tous les jours. Le libéralisme a créé des monstres d’hyper-rationalisation. Il n’y a qu’à voir les schémas, les PowerPoint qu’ils font tous les jours. Le point de résistance au libéralisme c’est dire : « Je suis vivant, je ne rentrerai pas dans les cases ». La Devise, vous l’avez fait tourner dans les lycées, pour aller sur le terrain. Pour La Bonne nouvelle ne devriez-vous pas aussi sortir du théâtre car le public des scènes nationales est en grande majorité déjà convaincu. La question est valable pour toutes les pièces de théâtre, et celle-là a fortiori. Un théâtre politique, on peut lui poser, plus qu’à d’autres théâtres, la question de sa destination et de son récepteur. On ne va pas 58

s’illusionner, on ne va pas aller jouer dans les usines ou dans les séminaires de cadres. Mais la première chose que j’ai dit à Benoît c’est : « Je ne veux pas prêcher des convertis ». Je ne pense pas que la pièce consiste simplement à dire « le libéralisme, c’est de la merde », sinon je ne l’aurais pas écrite. Je trouve que c’est beaucoup plus intéressant de se demander ce que c’est qu’un « corps libéral » ? Toute la première partie de la pièce explique à quel point le libéralisme est un truc puissant. Et ça, je trouve que ce n’est pas mal de le dire à des gens de gauche. Ça fait 200 ans que le truc a gagné, que ça a investi notre quotidien, ce n’est pas rien ! Soyons encore spinoziste, si ça a investi tout ça, c’est qu’il y a une puissance au travail. Il y a une puissance vitale dans le capitalisme. Je le dis dans le spectacle : « Le capitalisme, c’est la vie. C’est un jaguar. » C’est quelque chose de fort ! Pas simplement parce qu’ils sont dominants et qu’ils ont le pouvoir mais « fort » parce que c’est séduisant. On est tous séduits par ça dans notre quotidien. Le spectacle vise « les premiers de la classe ». Benoît et toi, par votre parcours, vous êtes, vous avez été ces premiers de la classe. Benoît insistait beaucoup dès le début sur cette idée et moi, j’ai insisté pour qu’il y ait aussi un libéral d’en bas, un qui ne serait pas un premier de la classe. Alors, oui, Benoît et moi sommes des premiers de la classe. Simplement, nous sommes des premiers de la classe défroqués. Lui a quitté Normale Sup’, il n’a pas fait fructifier ça, il a fait du théâtre. Et puis moi, j’aurais pu faire Normale Sup’, j’ai fini prof’ de collège… Ce n’est pas un grand parcours d’élite. Le fait que je sois un médiatique ? C’est autre chose, ce serait une extension de la notion de premier de la classe. Et puis, je n’ai pas le Goncourt non plus. Mais oui, on a été les premiers de la classe à l’école mais ce n’est absolument pas un règlement de compte. Pour moi, l’art n’a rien à voir avec les règlements de compte. Je déteste ça, ce n’est pas nietzschéen de régler ses comptes comme ça, de faire de la comptabilité. Et ce n’est pas non plus du « crachage » dans la soupe. Qui mieux que des gens qui ont vu de l’intérieur le fonctionnement de la machine dominatrice peuvent en parler ? Ou alors « vive les cracheurs dans la soupe ». Heureusement, il y a des gens défroqués de la domination. Bourdieu disait que ce sont de ces gens là dont on peut attendre le mieux. Le sociologue, Geoffroy de Lagasnerie le rappelait encore récemment : « Il n’y a de critique que venant du centre ». Les meilleurs déconstructeurs l’ont vu de l’intérieur. Et moi, j’ai vu cette misère et Benoît m’a raconté des trucs pour que j’écrive la pièce. Il a vu ses copains normaliens, économistes de gauche, devenir les meilleurs serviteurs du libéralisme. Il les a vus quotidiennement. Il a eu comme prof’ Daniel Cohen, qui est cette espèce de barde du social-libéralisme. Mais c’est génial ! La pièce a prospéré grâce au témoignage de Benoît. Le salut viendra sûrement des premiers de la classe qui refusent de l’être. // M.R.


diaporama par MARTIAL RATEL PHOTOS : alexandre claaSs

De quoi J’ai l’Aire ? La liaison entre la Bourgogne et la FrancheComté est parfois un peu difficile. Sparse a la solution pour une bien meilleure communication : l’autoroute. 96 km entre Dijon et Besançon. 1 heure de route sur l’A39 et l’A36, avec comme point d’orgue, au milieu, la ville-frontière Dole. Nous avons vécu cette heure d’excitation pour vous. Un chemin que nous avons voulu défricher. Visuellement, le paysage est rural. Du côté de Dijon, la vaste et morne plaine de Saône nous tend les bras. Plaine rythmée par les banlieues champignons, maisons Phénix construites sur plans standards, et par les champs, aussi tristes que le plat d’une main. Ensuite, c’est la forêt, de plus en plus présente à chaque kilomètre. À tel point que la sortie

pour Arc-et-Senans se fait dans les bois. Et puis, à quelques minutes de Besançon, les vallons, les contreforts du massif jurassien et les panneaux en bord de route qui nous signalent, quelque part, entre deux bosquets, un « toit comtois ». On a aussi croisé, sacrilège, des camions-plateau chargés de Volkswagen se dirigeant vers la terre sainte de la Peuj’. Les camions règnent en maître sur ces tronçons autoroutiers. On regarde les plaques des 15 tonnes. On a dû rater un embranchement, une sortie. La quasi totalité sont immatriculés en Pologne. La Pologne, l’autre pays du Comté? Justement, comme nous sommes des gens de « goûts » nous avons décidé de faire des haltes sur les aires d’autoroute. Des mini-territoires, résumés d’une micro-localité à travers des

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noms toujours poétiques, la toponymie élevée au rang d’art, où l’empreinte du terroir rivalise avec des choix, des gestes architecturaux parfois douteux. On a tapé large, on a fait des deux côtés de l’autoroute, petites et grandes aires. Celles signalées simplement par un sapin penché sur une table de camping et celles qui font rêver avec leur resto-route et leurs toilettes high-tech. Sans pour autant être le Gault et Millaut du routier, nous avons porté une attention toute particulière à l’exposition des produits régionaux et aux playlists ; des choix musicaux diffusés mine de rien jusque dans les pissotières. // M.R


Aire de Bois défendu Tout est dans le nom. On frissonne d’avance. Là, quand on y vient, c’est pour l’arrêt pipi ou pour la pause réglementaire quand on est camionneur. Cet aire te donne juste envie de repartir. On est sur une pissotière de type classique, tout en rond. L’accès se fait par l’avant. La musique, c’est Autoroute Info. C’est important de toujours rester informé. Dans le bâtiment, on vous conseille de lever la tête, vous pourrez ainsi admirer par endroits une bien belle mosaïque dorée. Devant, la fontaine à eau est tarie. Ambiance désert, caravansérail. Fait notable, et c’est bien le seul, on est à mi-chemin entre Dijon et Dole. C’est dingue...

Aire De Pont Chêne D’argent Là, c’est la classe. Il y a le mot « argent » dans le nom. Et comme pour la Tour, il y a un resto. Une grosse aire avec l’essence et les tables à l’extérieur. Une fresque géante vante les lieux historiques de la ville d’Auxonne. Une fresque de caractère. En produits régionaux : du Bourgogne et de la moutarde Fallot. Le sandwich triangle poulet-crudité est abordable, à moins de 4 euros. Sa dégustation nous a permis d’apprécier dans l’espace restauration, l’ambiance créée par deux télés se faisant face et branchées sur deux chaînes différentes, tout en écoutant la radio qui diffusait When I’m With You de French Kiss. On peut venir se reposer ici juste pour cette cacophonie. Et pour apprécier pour la première fois, dans les chiottes, les stickers tournesol qu’on trouvera dans toutes les autres aires.

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Aire de Dole-Audelange Là, d’un coup, la température baisse. On arrive en Franche-Comté. On touche encore de la grosse aire mais comme on vient de passer dans le Jura, on oublie l’énorme antenne-relais qui fait bien rêver et on pique sur le rayon produits locaux pour découvrir une belle variété de vins du Jura. On jettera notre dévolu sur un Poulsard 2011 à même pas 10 balles. Par contre, là il faut choisir son camp ou arrêter de se plaindre. Juste à côté des quilles de vins trône un rayon moutarde de Dijon. C’est pas bien ça ! En FC, le produit c’est le fromage et là ça manque ! Mettez une cave à Comté. Juste à côté des machines à café et des toilettes, la salle de repos des routiers. Petits fauteuils sobres. Confort tranquille mais peut-être parfois troublé par des rixes ou des bêtes comtoises qui font de gros trous dans le plaquo. Une caméra de vidéosurveillance est là sûrement pour scruter le repos du chauffeur poids-lourd qui se la coince en écoutant... Autoroute Info, qui envoie du Olivia Ruiz.

Aire Le Bois de servole Cette aire qu’on croyait « simple pipi » recèle quelques secrets. D’abord des huttes sûrement plus hobbits que comtoises. Et derrière l’espace « détente vessie », un playground. Oui, un truc pour taper le foot ou le basket comme en bas d’une cité. Sauf que là, ça fait bien 20 bornes qu’on n’a pas vu la fumée d’un hameau. Un peu plus loin, un trou. Ou une arène, pour combats de coqs, tradition comtoise peu connue. Bien moins que le combat de vaches pratiqué de l’autre côté de la frontière suisse, mais là l’espace est bien trop petit pour pouvoir accueillir deux vaches. Ou, enfin, une pataugeoire qu’on aurait oublié de finir. La pissotière s’offre à vous par le milieu. Deux entrées : madame ira à gauche, monsieur à droite et tout le monde se retrouvera dans la voiture. Le geste de l’architecte n’attend plus que l’écriture d’une chorégraphie.


Aire de Romanche Sens Besançon-Dijon. Les pompes d’essence marchent très bien, on en a testé une. On croise un chien à trois pattes et un bus de personnes en situation de handicap mental, cette aire est d’un coup animée comme nulle part ailleurs. Une fois encore, on a droit à Autoroute Info. On suit minute après minute les bouchons, les accidents. La tension monte, ça en devient anxiogène. Puis c’est la délivrance, après le flashinfo, on revit le film Flashdance avec Maniac de Michael Sembello. Le rayon des rouges du Jura est faiblement fourni. Le prix des bouteilles est le même que dans l’autre sens. On voulait vérifier. Notre attention est attirée par une tour comtoise d’environ 2 mètres de haut, en carton, posée au milieu des mag de sudoku. On apprécie les pixels sur le carton qui tente de reproduire le tableau d’un artiste local du XVII. Ce moment est offert par l’Office du tourisme. Merci.

Aire de Pont Val-de-Saône Quand l’architecture, la sculpture et le bon goût se tutoient. On est restés tout simplement scotchés à ce monument soviétique qui pourtant surgit de terre en... 1995. Pourquoi ça ? Pourquoi ça comme ça, ces 5 grands pics ? Un hommage à l’Ognon, la rivière locale, et aux 4 cantons d’Auxonne. La plaque nous livre ces explications ainsi que les noms des coupables : la jeune chambre d’économie et 3 jeunes étudiants des beaux-arts. C’est sûr, on est revenu en Côte-d’Or.

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so veggie

la cuisine de sparse

par so fish illustration : mr. choubi

Vendredi 25 novembre à 23h. Devant la télé. Des larmes coulent le long de tes joues alors que le dernier docu alimento-écolocatastro-durable d’Arte vient de se terminer devant tes yeux. Tu es touché, et ce n’est pas la première fois. Aujourd’hui, tu viens d’apprendre que les pets de vaches vont finir par anéantir la planète, et donc toi. Que c’est la faute à qui ? À McDo et donc à tous ces bouffeurs de protéines en batterie. L’image d’un bout de gras commence à te faire tourner la tête, tu vois des côtelettes t’encercler, des pilons de poulet s’agiter et du pâté de foie qui veut t’attaquer... Tu te réveilles en sueur sur ton canapé ! Cauchemar ? Indigestion ? Non pire, tu es en train de devenir végétarien ! Le problème pour devenir VG après des années de carnivorisme, c’est qu’il faut passer de la diversité à l’abstinence. C’est comme passer de Toys’R’Us à Cora quand tu es enfant pour choisir ton cadeau d’anniversaire. Déception... Alors comment rester cool et non frustré alors que tu t’empêches de manger toute forme animale ? C’est possible et on va tenter de te l’expliquer. Quand tu deviens VG, le seul et unique piège à éviter, c’est de suivre le parcours so boring du parfait petit VG donneur de leçon. J’entends par là : pression de ta meuf, bioCop de quartier, « hum le tofu c’est délicieux » et débat d’après film au cinéma indépendant de ta bourgade avec une bande de profs aux visages blêmes.

La fishstory

Petit 1. Ne deviens jamais VG uniquement pour satisfaire ta moitié, tu perdras à la fois l’occasion de manger de la viande et toute forme de virilité. Petit 2. Quand il s’agit d’acheter de la nourriture, je t’en prie réfléchis trois secondes et ne fonce pas dans tous ces magasins bios qui te vendent des patates d’Israël, des kiwis de Nouvelle Zélande et des oranges du Bangladesh en toute saison. Exploitation, avion, ton panier, ta bagnole, RIP le Bio. Petit 3. Le tofu ne sera jamais bon. C’est une substance fabriquée de toute pièce pour remplacer le goût de plein d’aliments vivants, libres de droit et offerts par la nature. Inutile. Et petit 4. Comme tout ancien fumeur de clopes, ne commence

pas à étaler ta science juste parce que tu aurais compris que la vie c’est mieux sans viande, que toi au moins tu respectes la planète et que tu ne tues pas d’êtres vivants. Un minimum de respect pour les anciens qui, eux, n’avaient pas le choix bordel ! C’est bon ? Tu as mis de côté ton joli manuel « Parcours VG pour les nuls » ? On peut enfin commencer à discuter... Si tu veux manger des graines et des légumes toute ta vie, c’est super, mais facilite ton transit, mélange donc épices de notre monde et produits locaux. Avec un peu de chance tu te farciras une limace ou deux en mangeant de la salade, ça t’évitera les carences !

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La shortfish Devenir VG, c’est savoir allier épices de notre planète (mondialisation) et produits du terroir (nationalisation) avec subtilité. Si tu réussis ce combo, tu auras trouvé une solution pour la planète et tu arriveras à te faire des petits plats aussi sexy que la sacro-sainte bavette à l’échalote, l’andouillette au vin blanc ou tout simplement la saucisse (toute variété). Deux adresses s’ouvrent donc à toi quand tu veux devenir VG. Les épiceries du monde, dorénavant tenues majoritairement par la famille Tang, et les marchés où tu trouves les fruits et légumes qui poussent près de chez toi. Pour la super recette sexy qu’on te propose aujourd’hui,

Commence par faire la pâte à galette ; mélange 300g de farine de pois chiches avec 70cl d’eau, un peu de sel, de curcuma et quelques graines de cumin. Réserve. Épluche 4 carottes et détaille-les en tranches, une cuisson vapeur (env. 30 min) sera sublime pour le caviar. Épluche les patates douces, coupe-les en petits morceaux et cette fois cuisson à l’eau avec du laurier et du sel env. 25 min. Quand c’est cuit, égoutte les. Pour le caviar, fouzitout dans le mixeur : carottes, ail, jus de citron vert, ½ cuillère à café de pâte de curry et du lait de coco au fur et à mesure. A servir avec des crudités (pour ta meuf), des Waza (pour les copines de ta meuf) ou sur un bon pain de campagne ! Épluche les panais, nettoie bien les champi, fais les griller à la poèle avec un peu de beurre et ajoute en fin de cuisson de la coriandre ciselée. Et maintenant, lave les épinards et fais-les cuire

commence donc par acheter de la farine de pois chiche, du bon curry madras (indien), de la pâte de curry rouge (thaï), des citrons verts, de la coriandre, des pois chiches en boite (eh ouais, pas mieux pour un houmous) et du lait de coco. Ensuite, tu fais le tour de tes maraîchers ou de ton Amap pour acheter un petit chou rouge, du panais, quelques champignons, des patates douces (si tu as la chance d’avoir un producteur dans le coin sinon prendsen chez l’épicier), des épinards, des carottes, et de l’ail. Te voilà armé pour préparer un joli caviar de carottes en entrée et pour le plat, des galettes à la farine de pois chiches garnies à la crème de patates douces au curry avec des panais et champignons rôtis, saupoudrées d’un houmous de compèt’.

avec juste une cuillère d’huile sur feu très fort pour que toute l’eau s’évapore. Comme faisait ma grand-mère, tu peux te servir d’une fourchette piquée dans une gousse d’ail pour remuer, ça va grave parfumer ! Quand il n’y a plus d’eau (fais gaffe ça brûle vite !) tu peux couper le feu et mélanger les épinards et les poids chiches dans un robot, avec un peu d’huile et d’eau pour arriver à la texture qui te convient. Pour assaisonner tu peux utiliser un vinaigre, genre vinaigre de tomates c’est bien ! Revenons maintenant aux patates douces, une fois qu’elle sont cuites, écrase-les en purée. Fais revenir un petit oignon avec du curry madras et mélange avec les patates douces. Pour une texture bien lisse tu peux ajouter du beurre, un peu de crème liquide et mixer un peu. Une fois que tu as vérifié tous tes assaisonnements, tu peux cuire les galettes comme des crêpes et les garnir avec la purée de patates douces, les légumes rôtis et un peu de houmous !

Le fishmeal La happyfish Tu deviens tellement proche du légume que tu commences à dormir avec un concombre contre toi. Tu ne supportes tellement plus la mort du monde animal que tu recueilles tous les animaux que tu rencontres chez toi. 462 mouches, 234 araignées, 3 cochons et 19 lombrics. Et un jour tu craques. Après avoir écrasé une coccinelle, tu fais une tentative de suicide par overdose de gratons.

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anti-horoscope

par cédric de montceau illustrations : monsieur choubi

hFroscopitone Travail, Famille, Patrie, on vous glisse quelques prédictions d’après votre signe astrologique. 2017 devrait être une bonne grosse année de merde. Tentons de voir les choses en face, l’espoir ne fait plus vendre. Les sangliers sont lâchés.

Va falloir vous calmer un peu. Allez-y mollo sur l’anisette et prenez vos distances avec les natifs du Verseau. Apprenez à canaliser vos pulsions. L’année 2017 sera celle de la sagesse et de l’appaisement, mais ne perdrez pas pour autant votre spontanéité. Votre audace sera récompensée un soir de juillet autour d’un cocholume. Vénus favorise les rencontres au printemps 2017. Ça tombe bien, c’est la période où tout le monde a envie de baiser. Saisissez votre chance surtout si vous êtes dégueulasse. Santé : portez du lycra sans couture.

E

Votre tendance conservatrice passe mal dans le cercle familial, ouvrez les yeux ! Non, Fillon ne passera pas les primaires, non Major Lazer n’est pas un artiste majeur, et oui la formule 1 c’est super chiant, ça fait du bruit. En 2017, donnez la balle dans les pieds, faîtes tourner tranquille. L’important c’est le rythme, alors trouvez le bon tempo. Il semble que la chance soit généreuse au mois de mai avec quelques petits ponts pour faire glisser les élections . Travail : l’ambiance est à la hausse, la Kommandantur vient d’installer windows 7.

Vous allez devoir choisir. Suis-je bien moi-même ou suis-je mon propre double? Pourquoi “Abréviation” est-il un si long mot ? Qu’est-ce que j’ai foutu de la télécommande ? Ne vous questionnez plus. Assumez vos talents et la médiocrité générale de vos relations personnelles. Ignorez les autres, vous êtes déjà assez nombreux avec vos plusieurs. En tant que nombril du monde, vérifiez toutefois que vous ne vous êtes pas trompé d’orifice. Travail : l’Yonne vous offre l’asile politique. No go zone.

C

C B

Si vous êtes ascendant pancréas, c’est fichu ! Vous allez mourir vite et jaune. Laissez pisser, restez cool. Allez au bistrot et attendez que ça vienne, au mieux vous ne le verrez pas venir. Pensez à payer vos dettes, mangez du gras et mourez de votre vivant. Faîtes-vous plaisir et soyez utile : profitez du peu de temps qu’il reste pour vous lancer dans un acte irréversible historique. Dieu est grand, Jah aussi. Santé : voyez les choses positivement, vous rentrez dans du 36.

Soyez attentif aux signes olfactifs, les gens qui dégagent une forte odeur dissimulent forcément quelque chose ou alors ils bossent chez Séphora. Ils ont ce “je ne sais quoi” qui leur permet de péter peinard dans l’ascenseur. Méfiance ! Le muguet n’est pas compatible avec toute les moquettes murales. 1er décan, votre autorité risque d’être mise à rude épreuve. En 2017, ne cédez ni à la compréhension ni à la pitié. Infligez les pires humiliations aux mécréants qui n’obéiront pas à vos ordres. Santé : évitez les fruits de mer. 66

f


Vous avez Vénus dans la Lune, c’est de bonne augure pour allez faire les courses en pantoufles. Par contre, vous mettez la pression à tout le monde avec le ménage, personne ne veut plus partir en camping avec vous. En 2017, votre famille s’appuyera volontairement sur votre sens de l’organisation car personne ne veut se coltiner la compta. Côté forme, arrêtez les tartines de beurre et commençez dès aujourd’hui à bouger votre couenne de la méridienne. Famille : un déménagement à Genlis est possible.

C

Votre charme risque d’en faire chavirer plus d’un(e)s, cette année est la vôtre ! Vous avez une pêche d’enfer, vous êtes au top de vos possibilités. Vous savez où vous allez mais vous ne savez pas par où. En 2017, attention néanmoins, à ne pas trop faire preuve de tact avec les cons, c’est agaçant à la fin. Cette nouvelle année, vous serez fléxible et toujours de bonne humeur. Votre positivisme dentifrice va d’ailleurs énerver certains membres de votre famille qui voudront vous casser la gueule. Santé : vous en avez sous la semelle.

Tout le monde sait que vous êtes des gros bâtards et des pervers narcissiques défoncés à la crasse ! Martyriser votre cochon d’Inde n’arrangera en rien vos problèmes financiers. Côté coeur, l’ego ne doit plus être au centre de votre désert affectif, le sexe n’est pas un sport de combat. Grandissez ! Prépus n’est pas un empereur romain. Même si votre charme et votre magnétisme naturel est très efficace, il n’excuse en rien vos moeurs douteux. En 2017, pensez à devenir raciste si vous voulez vous intégrer. Chance : jouez au loto le 31 février.

E

D

C’est bien beau d’en chier comme un buraliste, il faut savoir récolter le fruit de son travail et de ses efforts. L’année 2017 vous sera propice. Vous ne serez pas là pour vendre des piscines. Vous aurez le diable au corps. Une fièvre régénératrice et puissante vous stimulera. Cependant, sous le carré Lune/Neptune, vous prendrez conscience qu’on ne peut pas faire confiance à n’importe qui. C’est aspect vous invitera à regarder les choses en face : moins on a d’amis, moins on a de chances de se faire enculer. Santé : pratiquez le bain de siège.

Mars vous fait des misères en 2017. Ce sera long, horrible et pénible mais vous avez des ressources et un calme à toute épreuve. Ce n’est pas toujours simple d’être pacifiste et né un 26 décembre. Vous souffrez probablement de mégalomanie christique à tendance mythomane et/ou de dépression avec perte d’identité. Soulagez-vous côté travail. Apprenez à glander un peu mais ne faîtes pas de bêtises, l’argent pourrait vous rendre illogique. Santé : des ballonnements après le réveillon, consultez les natifs du Lion.

f

E

C

Mars vous manipule : manque d’argent et maux de tête. Préférez le Perrier rondelle et sortez votre épingle du jeu. Jouez la carte de Jupiter et saisissez l’opportunité à trèfles. Il y a peu de chance qu’on vous la coinche. Comme la plupart des natifs du verseau, vous êtes introvertis mais l’année à venir devrait vous permettre de mieux vous exprimer et d’être à l’aise en public. En décembre 2017, sans complexe, vous pourrez caresser l’espoir de faire Noël en famille et à poil. Chance : évitez les natifs du Scorpion

Vous avez le vent dans le dos, gardez le cap ! Saturne influence une logistique favorable à vos projets intimes. Vous caressez secrètement l’ambition de tout déchirer à N’oubliez pas les paroles mais vous avez peur de vous jeter à l’eau. En 2017, vous serez encore une petite fiotte qui refuse de terminer son assiette. Faîtes un effort et prenez le large ! Personne ne vous respecte, pas même cet horoscope. Travail : demandez conseil à Paul Bismuth. 67

H


la page mode

Marcel : JO de Los Angeles 1984, Carl Lewis. Combi : Emergency Ebola au Sierra Leone Chaussures : orthopédiques. Coupe : maman, j’ai raté la frange. Pose : « je te refais la jante ? » Ambiance : atelier du médecin de la Festina.

Photos : Vincent Arbelet Série réalisée à la Bécane à Jules (Dijon) Modèle : Clément

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Kway : juste la moitié. Entier c’était trop cher. Veste : mission Soyouz départ de Baïkonour. Pantalon : que tu mettais quand ta mère te disait que t’avais le droit de te salir. Chaussures : Adidas low flux Z-Top, système torsion Coupe : Caradoc. Pose : identité judiciaire. Ambiance : running on the moon.

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la sélection musicale

La vieillerie Spain – Blue Moods Of Spain (1995, Restless Records). 50 bpm. Ça doit être le tempo maximum des neufs morceaux qui composent cette merveille. Un album dans lequel on plonge comme dans du coton, au ralenti, enveloppé par une sorte de pop-folk minimaliste, chaude comme la basse et la voix du leader Josh Haden (fils du jazzman Charlie Haden). Dans les 90’s, on appelait ça du slow-core. Comme si les Tindersticks, plus lents et plus cosmiques, avaient grandi dans le Michigan. Hypnotique et élégant, sombre et feutré, on se surprend en apesanteur, porté par une mélancolie jubilatoire, sensuelle et magnétique. Les adjectifs ne manquent pas pour qualifier ce miracle qui fera de Spain le meilleur groupe du monde. Le temps de deux albums (avec She haunts My Dreams en 99). Chef d’œuvre intersidéral. // M.C

À éDe grande qualiteé JorRdee - WAVERS EP (NOV. 2016). On le sait maintenant tous : les années 2k10 sont celles du rap français, et Jorrdee est de ceux qui trônent au dessus du podium. Auto-Tune et hélium à fond sur sa voix, souvent lointaine, toujours doucement acide, diction à mi-chemin entre la plainte nonchalante et le sursaut désintéressé, son nouvel EP Wavers, balance les instrus sous la flotte pour un rendu aquatique et étouffant, toujours avec ce petit plus… aérien, qui domine et caractérise le cloud rap, que tu as entendu, dans un premier temps si t’y connais pas grand chose dans le genre, chez PNL. Hormis le name dropping comparatif un peu facile et débile, Jorrdee a toujours son style à lui, propre et unique. On vous conseille aussi d’aller chercher et l’écouter sur internet sur une session avec sa voix sans effets pour vous rendre compte une bonne fois pour toute que non, l’Auto-Tune, c’est pas de la triche. // M.C. Vaudou Game - Kidayu (oct. 2016, Hot Casa Records). « La vie c’est bon bon bon bon mais pas trop quand même », préparez-vous à avoir cette chanson et beaucoup d’autres dans la tête à l’écoute de Kidayù, second opus de Perter Solo et son gang des Lyonnais. Afrobeat très funky à la sauce Vaudou, le groupe réitère le succès du premier album en appuyant sur ses points forts : musique rythmée et dansante, philosophie Vaudou, paroles en français... Plusieurs titres se dégagent d’un ensemble solide et on aime le disque dès la première écoute. Simple et efficace, parfait sur les dancefloors, Vaudou Game est aussi un vrai succès en live puisqu’ils écument salles et festivals depuis plus de deux ans ! L’album groove de la rentrée ! // R.S.

ÀTout le monde s’en tamponneé François Juno - L’an 1999 (1970, RGR RECORDS). On reproche à l’ère Internet d’apporter tout et n’importe quoi, surtout en musique. Mais bon, soyons francs deux minutes : l’être humain est lui-même tout et n’importe quoi, et il n’a pas attendu le monde virtuel accessible à tous pour pouvoir pousser la chansonnette. Avant, il fallait juste avoir beaucoup d’argent pour se payer un studio et des musiciens, à défaut d’avoir un réel talent. C’est, on l’imagine, le cas de François Juno. Alors merde : oui, il a sur la pochette une tête à mi-chemin entre un mec angoissant, pas rassurant, et un chien battu. Et oui, il a une voix nasillarde pas possible à la limite du faux par moments. Mais mince, c’est n’importe quoi, mais c’est magnifique! Essayez de me prouver le contraire et essayez, surtout, de ne pas garder quoi que ce soit de ce deux-titres dans la tête pendant plusieurs jours. François Juno, la perle oubliée de la variété française. C’était le paradis ! // D.R.

Caca dans les oreilles Michel Delpech - J’étais un Ange / ALBUM HOMMAGE (2016, FONTANA). Michel Delpech était un mec sympa, le tonton cool qui a connu les grands moments de la variété à la française même s’il avait des chansons un peu faciles, il faut l’avouer. Je me suis souvent dit que les arrangements étaient pas dégueus et l’ochestration plutôt chiadée. Les cordes et le piano sur Marianne était jolie par exemple, du grand. Et puis, Michel il était à cœur ouvert, t’avouant ses problèmes. Il se la jouait pas, Michel. Nature, le type. Alors pourquoi ces ringards veulent le reprendrent en salopant tout ? Louane ? Paxi ? Vianney ? Barbelivien !? Même Chamfort... Sur un album hommage - J’étais un ange - les versions sont poucraves, les arrangement faits en 6 secondes. Des kicks rajoutés par là, genre version moderne de Delpech... Mais laissez-le tranquille ! Vous salissez sa mémoire. C’est mal. Si vous voulez lui montrer du respect, filez une petite enveloppe à sa veuve, avec ce que vous palpez, mais pitié ne chantez pas. // C.W. 74


crash test par jeff buckler photo : dr

Tu t’es vu quand tu regardes... ? Descriptif faussement sociologique et non exhaustif de certains genres cinématographiques que tu peux voir sur une toile de cinéma ou sur un écran XXL dans ton canapé. Intense ou léger. Proche du réel ou intemporel. Pour te vider la tête ou te la remplir. À boire ou à manger. Pas besoin de faire ton choix. Tu peux cumuler en fonction de tes humeurs. C’est la magie du 7ème art. Prends ça le temps de cerveau disponible.

commando (Guerre)

Parce que t’as pas pu faire ton service militaire. Parce que t’es pas assez téméraire pour t’engager. Parce que les bons et les méchants. Manichéen. Parce que c’est nous les bons et eux les méchants. Crédule. Parce que malheureusement l’actualité du monde alimente le genre. Parce que Dijon ou Besançon comme capitale régionale ? Choisis ton camp. Tu es : Francois R. Ou Jean-Louis F.

love story (Dramatique)

Parce que tu vois, la vie c’est pas si facile. Parce que ça te rassure de voir des histoires tristes. Parce que tu pleures comme une madeleine. Parce que t’aimes la misère et la pluie. Parce que tu cultives ton côté voyeur malsain. Parce que t’as rien pu faire pour les aider. Parce que ça ira mieux demain. Parce que t’habites dans l’Yonne. Tu es : un Capulet. Ou un Montaigu.

monstres & cie (Dessin animé)

coup de foudre à notting hill (Romance)

stargate (Science-fiction)

la colline a des yeux (épouvante)

Parce que je suis ton père. Parce que bien sûr que ça existe les extraterrestres. Parce que t’espères qu’on pourra bientôt vivre sur Mars. Parce que tu peux pas comprendre, Terrien. Parce que tu crois encore au Père Noël. Parce que si on t’avait dit, gamin, que la Bourgogne et la Franche-Comté deviendrait la même région ??? Tu es : Un Franc-maçon. Ou un nerd.

Parce que t’étais pas le dernier à te cacher derrière la porte. Bouh. Parce que t’as cru que t’allais pécho ??? Parce que même pas peur. Parce que, évidemment, t’as eu un peu peur quand même. Coquin. Parce que c’est les mêmes sensations que de suivre un 70 en bagnole. Flippant. Parce que t’es pas encore allé voir un psy. Tu es : Donald Trump. Ou Sophie Montel.

Camping 3 (comédie)

au-delà des collines (Indépendant)

Parce que t’as gardé ton regard d’enfant. Parce que tu veux pas assumer ta vie d’adulte. Parce que ton lit est encore blindé de peluches. Parce que tu suces encore ton pouce. Parce qu’un manga un peu vicieux de temps en temps ça fait pas de mal. Parce que tu joues toujours à la console. Parce que t’es dans la queue pour entrer au SAITEN festival. Tu es : Gulli. Ou de la MDMA.

Parce que t’as souffert du divorce de tes parents. Réalité. Parce que Les feux de l’amour. Highlander. Parce que pas de bonne B.O sans violons. Parce que t’as rencontré ta femme au lycée... Ou au collège. Parce que c’est beau la vie. Doc Gynéco likes this. Parce que t’aimes bien les histoires qui finissent bien. Naïf. Parce que t’étais très content du mariage entre la Bourgogne et la Franche-Comté. Tu es : Jay Z. Ou Beyoncé.

Parce que t’aimes la différence. Parce que tu cultives ta différence. Prétentieux. Parce qu’un bon film est forcément incompréhensible la première fois. Parce que t’arrives à lire jusqu’au bout les critiques ciné de Télérama. Parce que t’es chiant. Parce que t’aurais jamais raté le lancement du cycle « Le cinéma russe, de Nicolas II à la chute de l’U.R.S.S. » Sans sous-titrage. Tu es : le Territoire de Belfort. Ou la République du Saugeais.

Parce qu’il faut bien rire de temps en temps. Parce que t’aimes les films légers, voire très légers. Parce que MDR. Parce que LOL. Parce que tu nous emmerdes avec ton langage SMS. Parce que tu comprends pas l’humour noir. Parce que c’est facile de se moquer des autres. Parce qu’on peut rire de tout mais pas avec... Un Bisontin. Tu es : place du Théâtre à Dijon. Ou place de la Comédie à Lons-leSaunier.

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Ce mois-ci, Kévin participe au Noël du golf avec les potes de sa mère. Prêt à tout pour être le meilleur lutin, il va boire des russes-blancs et sucer des sucres de Norges.

PaR Jean-Paul goûter et Giorgio armagnac

Russe-blanc : 1 volume de liqueur de café, 2 volumes de vodka, 2 volumes de crème liquide

habille ton kevin

Fais gaffe, y’a des trucs écrits au dos, tu viendras pas pleurer quand ton Kévin sera découpé et que tu pourras plus les lire


Avelia lave plus vert que vert.

Avelia sauve la planète partenariat environnement Portrait d’une entreprise qui va acheter un encart pub dans le prochain mag tellement on va la brosser dans le sens du poil. PaR chablis winston photo : dr

Avelia, premier fournisseur d’énergie mondial s’est toujours posé les bonnes questions pour défendre l’environnement. Comment promouvoir l’énergie verte, les éoliennes, l’hydraulique ou le vélo d’appartement alors que toutes ces nouvelles pratiques douces pour la planète niquent nos anciens business ultra-lucratifs... et qu’on fait tout pour ralentir leur progression ? C’est très simple, après s’être emparé du marché de tout ce que la terre compte de fournisseurs d’énergie, Avelia, grâce à un budget com’ indécent, martèle le client de pubs avec des couchers de soleil, des oiseaux rares et des petits enfants africains qui sourient, en faisant passer le message que son premier intérêt est d’investir massivement pour leur futur (alors que ces gamins ont été pris dans une banque d’images, les seuls africains qu’ils côtoient étant en train de travailler dans leurs mines). Si en plus y’a une petite voix rassurante pendant le spot pub, c’est toujours mieux. À cela, Avelia, pas rapiat, vous rajoute un petit bonus avec la pub « couple de vieux heureux sur sa terrasse avec sa maison autonome à 6 millions d’euros ». Et bim, le tour est joué. Greensuperwashing, tout à 90°. Comment nous en vouloir alors pour l’exploitation de charbon qui défonce tout, le réchauffement climatique, pourtant inventé par des gauchistes anti77

« Pardonnez-nous tout ! On est trop gentil ! »

business ou encore les risques de sécurité liés au nucléaire, qu’on lâchera pas parce que ce qu’on veut c’est être indépendant, pis c’est tout ? Hein, franchement, comment nous en vouloir ? Évident. Et ne nous emmerdez pas trop parce sinon, on vous fait du chantage à l’emploi. On menace de licencier tout le monde. Ok ? // C.W.


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sparse | numéro 16 | trimestriel | sep. oct. nov. 2016

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CLUB

16/01/2017


mots fleches

Niveau couillu Solutions page 82

Sois provincial et remplis cette grille tendance BFC.

PaR niko vayssié

si elle est bien faite, on n’y voit pas double

fit un truc intelligent

le poulet de bresse n’en meurt jamais

godet rital

parfois victime de pourrissement

le gendarme de poil (58) en est-il équipé ?

sans elles on ne ferait rien dans ce pays

avant-scène

sale con prétentieux destination du type d’au-dessus

état dépressif les gars de chaussin n’en ont pas besoin

anus (89) n’en est pas un

on la mate

fit quelque chose d’intelligent

l’appelle-t-on toujours ainsi à nozeroy ?

ordure positive

celle de vézelay est admirable

la moitié d’une frangine à ta mère

habitué du saint-antoine à mâcon

sortis d’italie

communauté escampoise relativement sauvage

tient parfois tout

cousine germaine de morez

un célèbre langrois le faisait souvent

dose de tafiole

repasses à l’envers

spa à dijon restaurant à nevers

passe par l’étrier

reste frais dans le morvan

bonita chez madonna

ce que doit être un bon steak à poil ou ailleurs

fin d’années on y trouve le bois de troussechemise

souvent mouillé quand on l’empoigne

fis comme trump

fin de gamme

finit finit

bienvenues

cherche à savoir si c’est dur ou mou

80


DIJON • 5 jours • 27 artistes • 16 rendez-vous AN PIERLE • AMENRA • PARADIS • ROMEO ELVIS ANDY SHAUF • WARHAUS • MESPARROW • ALEX CAMERON SHAME • HMLTD • KITE BASE • JUNIUS MEYVANT BAYONNE • ROPOPOROSE • ABDU ALI • POUVOIR MAGIQUE SSCK (MAWIMBI) • SUPER PARQUET • OCTAVE NOIRE KING MUD • PICK’O’RAMA • SYMPATHETIC MAGIC... generiq-festival.com | lavapeur.com

#generiq2017


cartographie

bon plan pour ton réveillon So long 2016 ! À l’occasion du réveillon tu vas enfin pouvoir dire adieu à cette année merdique. Mais pas n’importe comment. Petit panorama des soirées déglingues en BFC.

par la rédaction

Auxerre

Restaurant O’Daly’s 3, 2, 1, Bonne année !! Animation Dj Power (généraliste). Votre menu : 60 € TTC hors boissons.

Noroy-le-Bourg

Salle polyvalente Soirée organisée par Arcey Moto Club. Adulte 50€. Enfant : 20€. Table de 20 personnes = 1 repas offert.

Avallon

Auberge Le relais fleuri Ambiance piano bar et soirée dansante jusqu’au bout de la nuit. Menu : 157 € / pers. Pour plus de confort et votre sécurité, offre spéciale repas + nuitée : 201€/pers en chambre double. Chaulgnes

Chez Gros Ben Élu meilleur réveillon de la Nièvre 2015 par l’amicale du canton de Garchizy. Paëlla à volonté. Repas offert pour les filles.

Saint-Apollinaire

Espace Tabourot des Accords Animation par Romain Lamia et un des ces musiciens (chansons personnelles, orchestre et DJ) 95 € tout compris.

Chevigny-Saint-Sauveur

Salle du crépon

Soirée dansante cabaret avec une heure de spectacle. Plein tarif : 95€. Adhérents : 85€.

Plein tarif : 65€. Enfants (-12ans) : 25€ Ambiance familiale avec l’orchestre « Pascal Mouret », jambon salade à l’aube. Arc-et-Senans

Salle polyvalente Grande Rue

Beaune

Menu gastronomique à 68€ (boissons en sus). Soirée animée par l’orchestre Gala, cotillons et soupe à l’oignon.

Restaurant la ferme aux vins Ibis Hotel Diner dansant “Back to the 80’s”, à partir de 108€.

Les Piards

Saint-Christophe-en-Brionnais

Association le bureau du réveillon brionnais Solutions des mots fléchés

Sochaux

Polygone

Repas dansant avec l’orchestre lyonnais Fréquence nuit (chant et accordéon), 58€ (apéritif inclus-boisson non comprise).

Salle des Fêtes Belote de la Saint-Sylvestre. Repas amélioré : 10 €. Inscription 24€ la doublette dès 19h. Valeur des inscriptions en lot cochonnaille, fromage et vin.

Tavaux

Salle Gérard Philippe Réveillon organisé par le club des supporters du Jura Dolois Foot, menu 58€. Animé par PLAY MUSIC 39 Fabrice.

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Crédit photo : Faïza Khelil, ENSA Dijon - web : zazakhelol.tumblr.com

ACHAT EN LIGNE :

Visuel créé par l’étudiante Faïza Khelil à l’issue d’un concours interne à l’école nationale supérieure d’art de Dijon.

Avec la participation de Chenôve • Chevigny-Saint-Sauveur Fontaine-lès-Dijon • Longvic Marsannay-la-Côte • Quetigny Saint-Apollinaire • Talant


Rejoignez la féerie de Noël à Besançon et ! R E T n e d r ia l é b t Mon ns, les problèmes Évitez ainsi les boucho itions météo de parking et des cond parfois difficiles.

2

d

Saint-Vit - Besançon Belfort - Montbéliard

...

trajets : Quelques exemples de

Besançon - Montbéliard Dijon - Besançon Morteau - Besançon

...

12

d

Dijon - Montbéliard Lons-le-Saunier - Montbéliard

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- Valable sur le périmètre TER Franche-Comté (y compris depuis Dijon) - Valable les mercredis, samedis & dimanches du 26 novembre au 14 décembre et tous les jours du 17 au 24 décembre - Billets en vente dans les gares du périmètre TER Franche-Comté (y compris dans les gares d’Auxonne, Genlis et Dijon) et sur ter.sncf.com/franche-comte

Conception, réalisation : Région Bourgogne-Franche-Comté, Direction de la Communication et des relations avec les citoyens - 2016

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Sparse 17 (déc. 2016)  
Sparse 17 (déc. 2016)  
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