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par Chablis Winston

C’est déjà le numéro 25. Comme le temps passe vite. Il y a 8 ans, tu ne comprenais rien au monde qui t’entourait, maintenant, grâce à Sparse, tu as les clefs de ta vie en main, veinard. Pour marquer le coup, on a imaginé un numéro spécial. LE numéro à garder dans tes cabinets. Celui qui peut carrément lutter contre notre propre cynisme. On a sélectionné, avec des critères extrêmement objectifs et pas mal de mauvaise foi, les 70 personnes ou structures qui méritent d’être connues plus que ça en Bourgogne-Franche-Comté. Qui se bougent et qui font du bien, ou qui font bien rire. Tous les contributeurs de Sparse, dans toute la région, ont eu envie de t’en présenter quelques-uns. Y’a trop de gens classes en BFC, on a dû faire des choix. On n’a pas mis les têtes de gondole ou ceux dont on t’a déjà trop parlé, ni ceux qui... bref. Je t’entends déjà d’ici : « Pourquoi il a mis celui-là, alors que le Kevin il est meilleur ». Peut-être, mais si ça se trouve, on ne le connaît pas ton Kevin, parce que malgré tous nos efforts, on ne connaît pas les 3 millions d’habitants de la région, faut nous le présenter. Peut-être aussi que je connais Kevin, mais que j’ai préféré mettre en évidence quelqu’un de Belfort parce que Kevin est de Montceau-lesMines, et que malheureusement pour lui, il y a déjà trop de Montcelliens dans ce mag. Déso Kevin. Mais ça t’est pas venu à l’esprit que Kevin était tout simplement un branleur parmi d’autres, qui n’intéresse personne ? Même s’il est très sympa ? Penses-y.

Photo : Alexandre Claass

En fait, y’en a pas 70, y’en a 69, parce qu’on est très coquins. Oui, c’est une blague sur le sexe... Et alors ?


La Bourgogne-Franche-Comté rayonne tellement qu’elle occupe la majorité des discussions mondaines en France, ou presque. Petite sélection de traits d’esprits, souvent extrêmement gentils, de gens qui pèsent, à propos de l’éternel rayon de soleil qu’est notre région enchanteresse.

« Si j’étais désagréable, je dirais que je ne dors pas à Dijon, car quand on dort à Dijon, on se réveille à Dijon » Jean-Pierre Foucault, effectivement désagréable, dans Salut les terriens sur Canal + en 2013.

« Je fume autant que les hauts fourneaux du Creusot » Johnny Halliday, qui savait où ça allait l’amener, dans Cure de blues, 1982.

« En vacances à Besançon dans le Doubs ( Ouap) Je priais saint Antoine de Padoue (Ouap dou ouap) Est-ce un virus qu’on attrape (Dou ouap) Surtout à Besançon dans le Doubs » Michel Jonasz, Dean Martin français très inspiré, dans Minuit sonne, 1983.

« It’s now or Nevers » Elvis Presley, prophète en bord de Loire, 1960.

« Ils sont moches les gens, à Montbéliard. Quand j’y ai été, je me suis dit : le nuage de Fukushima, il s’est arrêté au centre-ville ?! » Jamel Debbouze, manchot qui se trouve sexy, en direct sur M6 en 2012.

« Besançon n’est pas seulement une des plus jolies villes de France, elle abonde en gens de cœur et d’esprit » Stendhal, lèche cul qui a une sub’ à demander à la mairie, dans Le rouge et le noir de Jeanne Mas, 1830.

« La Nièvre, c’est mon Mississippi » Benoit Minville, écrivain wild west, dans Le Journal du Centre en 2016.

« Le corbeau, honteux et confus, Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus » Jean de la Fontaine, amoureux du 39, 1668.

« Venez découvrir 50 nuances de Gray » E.L. James, auteur pour l’office de tourisme en Haute-Patate, dans le Nouvel Obs, 2011.

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Scène de musiques actuelles

Dijon

Janv. Fév. Mars

Dijon Arnaud Rebotini Alpha Wann Mario Batkovic Vaudou Game Fontaines D.C. Ann O’aro Hubert Lenoir Delgres Black Midi Bodega ... Programmation complète le 19 décembre lavapeur.com | generiq-festival.com | #generiq2019

lavapeur .com

Angèle Miossec Sunn O))) Bertrand Belin Youssoupha PLK Ladylike Lily Baptiste W. Hamon Golem mecanique Chevalrex ...

FESTIVAL BFC DES MUSIQUES ÉLECTRONIQUES

Festival GéNéRiQ 07 − 10 février 2019

PILULE

le magazine du sonore

répond à des questions essentielles sur la musique

pilule-magazine.fr Why Note * Sparse Radio Dijon Campus * LeBloc


2,82 9

Le nombre de sites classés à l’UNESCO présents dans la région. Le dernier en date : les climats du vignoble de Bourgogne.

1

Comme le nombre de structures affiliées à la ligue de sport boules de BFC. Plus de 7.000 clubs de pétanque...Vain dieu.

En pourcentage, la part des retraités dans la population de la région.

70 2,63

0

2

Soit le nombre de tueurs en série qui ont exercé le métier de chauffeur de car dans la région.

7366 30.2

2.81

En millions. C’est le nombre d’habitants de la région Bourgogne-Franche-Comté (Insee), qui se trouve au 11ème rang sur 13 parmi les régions françaises. Tranquille, quoi, sans se gêner.

9

100

4

2.81

Comme le nombre de kébabs à Pontarlier.

14

En pourcentage, ce que represente la BourgogneFranche-Comté dans l’économie et dans la démographie nationale.

5-3

La taille, en mètre, du plus gros silure pêché dans la Sâone.

En pourcentage, la part de la population à moins de 10 minutes d’une gare.

1,4

En jour, la durée moyenne de séjour d’un toursite dans la région. Vite fait.

51679 98

Le prix au kilo de la viande charollaise sur le marché de StChristophe-en-Brionnais (pour un mâle de moins de 300 kg).

210

Jours de brouillard annuels en Plaine de Saône.

Clubs revendiqués comme libertins dans le région. Y’en a des plus discrets, beaucoup plus...

Le score, à la mi-temps, entre les U15 de l’ESA Breuil et du FC Marmagne samedi dernier.

L’année où il deviendra normal pour tous les Dijonnais de traîner à Besançon et inversement.

Le prix en euros de la magnifique casquette trucker brandée Sparse.

En mètres, la profondeur maximale du lac de Vouglans.

Comme le nombre de Bourguignonnes et de FrancComtoises devenues Miss France : Sonia Rolland en 2000 et Marine Lorphelin en 2013 pour la Bourgogne. Roberte Cusey en 1927 et Patricia Barzyk en 1980 pour la Franche-Comté. Mais Patricia a été élue 2ème en fait. Elle a remplacé Miss Tahiti qui s’est tirée. Pareil pour Miss Monde 1981. La gagnante a démissionné, alors Patricia est devenue Miss Monde, l’air de rien.

62,8

8

Soit le nombre de mois dans l’année où la ville de Vesoul voit le soleil.

En euros, c’est le montant de l’amende que tu te prends si tu te fais attraper par la brigade des contrôleurs dans le train Dijon-Besançon. On n’a pas vu plus hargneux sur la prime depuis la retraite du colonel Aussaresses.

2021

10

Le nombre de fois par jour où un Franc-Comtois prononce : « T’aurais meilleurs temps de... »

4

Le nombre de fleurs au classement des villes fleuries de France de la ville de Quetigny, en Côte-d’Or.

Le nombre de 8.6° bues pendant Châlon dans la rue, en moyenne.

En pourcentage, la part de Morvandiaux qui ne veulent pas qu’on les fasse chier.


13 Dec 2016 VISUEL CRÉÉ PAR L’ÉTUDIANTE ÉMILIE QRcode FERREIRA À L’ISSUE D’UN

Contre-Courant CONCOURS INTERNE À L’ÉCOLE NATIONALE D’ART Url du QRcodeSUPÉRIEURE : https://www.dijon.fr/Dijon-au-quotidien/Etudier/Carte-culture-etudiant DE DIJON (emilieferreiradesign@gmail.com).

ACHAT EN LIGNE

Avec la participation de Chenôve • Chevigny-Saint-Sauveur Fontaine-lès-Dijon • Longvic • Marsannay-la-Côte Quetigny • Saint-Apollinaire • Talant 13 Dec 2016 - Contre-Courant - http://www.contre-ourant.com Contre-Courant 12, rue Georges Bizot - 44300 Nantes - France Tél. : 02 40 40 40 27 - contact@contre-courant.com


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déc. 2018 ->Fév. 2019

// FACE A COMME ÇA / FACE B TEL QUEL PAR IDEM COLLECTIF / JEU.06 DÉCEMBRE 2018 | 20H30

// SPARSE AWARDS PAR L’ÉQUIPE DE SPARSE / VEN.14 DÉCEMBRE 2018 | 20H30

// DIKTAT PAR SANDRINE JUGLAIR / VEN.21 DÉCEMBRE 2018 | 20H30 // PILLOW CONCERT AVEC CIE KuB / JEU.17 JANVIER 2019 | 20H30 // RHEIN PAR MARINE CHESNAIS / LUN.21 JANVIER 2019 | 20H // OSCILLARE PAR ÉRIC FESSENMEYER / VEN.25 JANVIER 2019 | 14H30 & 18H30

// QUI A PEUR DU ROSE PAR FRANÇOISE TARTINVILLE / MAR.29 JANVIER 2019 | 20H

// HOLY PAR LA COMPAGNIE AFFARI ESTERI / LUN.4 FÉVRIER 2019 | 20H

Diktat © Enrico Bertollucci

// 7M2 PAR LE PIED EN DEDANS CIE / DU MAR.12 AU JEU.14 FÉVRIER 2019 //

LA

G

IN GU

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resto-bistro caché au fond de la cour ambiance conviviale - prix tout doux rue Berbisey - cour Bourberain (Dijon)


NC OGNE-FR A EN BOURG

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H E- C O M T

É!


Une sélection soignée de 70 69 personnes à découvrir chez toi. Ça, tu vois, ce sont des gens que tu devrais connaître. Parce qu’ils sont talentueux ou cools, et souvent les deux. Depuis 8 ans à sillonner le terrain, de Belfort à Nevers, de Sens à Mâcon, de Charolles jusqu’aux Rousses, on a rencontré du beau linge en Bourgogne-Franche-Comté, et on nous en a fait rencontrer. Des gens passionnés, des gens différents, qui se bougent et qui font vivre ta contrée. On a vu des lieux incroyables, découvert des projets fous. Alors on t’en présente quelques-uns. Cette petite sélection n’a rien d’exhaustif. Il n’y a peut-être pas les plus connus, pas les chefs d’entreprise, pas les plus grands champions, quoique, très peu de politiques, pas les plus grosses stars de la chanson, pas ceux dont on vous a déjà trop parlé, peutêtre pas ceux que tu préfères… On a plutôt privilégié ceux qui pèsent un peu moins, ceux qui travaillent dans leur coin, ceux qui se foutent de te montrer leur travail sur les réseaux sociaux, ceux qui sont connus chez eux mais pas forcément dans toute la région, ceux qu’on croit connaître ou ceux qui viennent de débarquer... et quelques zinzins. Parfois encore, les hommes et les femmes s’effacent au service d’un projet. Ça ne veut pas dire que les autres sont moins talentueux, ou moins cools. Par contre, y’a aussi quelques cons dedans. Il faut bien pouvoir les repérer.

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Adrien Dipanda Enfin, le MainBallon à l’honneur dans ce mag ! Adrien est d’abord est avant tout un fantasme. D’abord celui des amateurs de hand dijonnais. Le natif de Dijon ne viendra sûrement jamais enfiler le maillot du DBHB. Il vient de signer un des plus longs contrats français avec son club de Saint-Raphaël, jusqu’en 2024 (en plus, il fait vachement beau et chaud dans le sud). Fantasme pour la fédé de Tennis, le sport qu’il pratiquait à haut niveau avant d’être débauché par la fédé de hand. Longtemps, cette même fédé française de hand le couva. Gaucher, il devait devenir le grand arrière droit de l’équipe de France. Sauf que Adrien, c’est son ascendant Côte-d’Or qui agit malgré lui, vendange des occasions. La fine gâchette met tout au-dessus, à côté, rarement dedans. En équipe de France, il cire le ban sur le règne de Claude Onesta. Son club, Montpellier, la

Mecque du hand français de l’époque, le laisse finalement partir en 2011 après 5 ans de formation, un départ qui ressemble à un aveu d’échec. Le fantasme s’envole et puis... la fée miraculeuse du hand transforme ces 2m02 de maladresse en 2m02 de forteresse infranchissable. Adrien devient défenseur. Il mastique devant sa zone. Depuis, il est titulaire indiscutable de la défense de Didier Dinart le nouveau coach, et lui-même ex-maître ès défense. Les mauvaises langues disent(-aient) qu’il ne doit sa place sous le maillot bleu qu’à son amitié avec les frères Karabatic. Possible, mais depuis, il a suffisamment distribué devant ses 6 mètres pour ne plus devoir sa place aux copains. En 2017, il est devenu champion du monde de sa discipline. Ce qui est sûrement son fantasme de môme. // MARTIAL RATEL

Agnès Desjobert Concerts a domicile

Photo : Jean-Louis Courtinat

Agnès est responsable du développement pour l’association nationale Pour que l’esprit vive, montée par Armand Marquiset en 1932, autant dire hier. Armand qui est aussi le père des Petits frères des pauvres. L’association Pour que l’esprit vive a été créée dans le but de venir en aide aux artistes et aux intellectuels... Ça, c’est pour le titre. Au sein de cette superstructure, Agnès a inventé « Hors saison musicale » et s’occupe de sa programmation. Initié en Côted’Or, dans l’Auxois, en 2012, ce dispositif a fait des petits dans toute la France (Lot, Berry, Puy de Dôme…) et même en Belgique. Il s’agit, par la musique, de favoriser le lien social en milieu rural, en particulier auprès des personnes âgées. Les salles de concerts sont loin ? C’est la galère ? Agnès fait venir les artistes chez vous, à la cool. Ou dans votre village, votre maison de retraite, à l’école... Rien ne remplace la musique live, alors autant l’avoir à la maison. Agnès est aussi élue adjointe à la culture de Flavigny-surOzerain. Un des plus beaux bleds de la région s’il en est. // CHABLIS WINSTON

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Photo : Le Télégramme

handballeur, distributeur de mornifles et machine a fantasmes


Photo : DR

L’aire du poulet de Bresse

Biggest chicken in the world ! La Bresse, le petit Nevada de BFC. C’est aussi plat et jaune. Et il y a son fameux poulet de Bresse. Oui, la variété de poulet bien sûr, mais aussi la sculpture. LA sculpture. Tu vois de quoi je te parle hein ? Le grand poulet en barres métalliques, sur le bord de l’autoroute. C’est pas incroyable franchement comme truc ?! Figure-toi que c’est, tiens-toi bien, le plus grand poulet du monde. Bim ! The biggest chicken in the world. Encore un record pour toi, BFC. Une sculpture de Jean Brisé de 20 mètres de haut datant de 1999. Ils étaient zinzins à la veille du grand bug de l’an 2000, ils voulaient vouer un culte au dieu poulet. Le poulet trône

fièrement à un endroit où la moitié des automobilistes français l’a déjà vu une fois, sur une aire qui porte son nom, sur la commune de Dommartin-les-Cuiseaux, en Saône-et-Loire, sur l’A39, cette tranchée d’asphalte que ces créateurs ont choisi d’appeler l’autoroute verte. Pourquoi ? Je ne sais pas. Tout le monde prend l’autoroute, cet énorme poulet est inratable. Il est à la fois majestueux et tout pété. Il me fait rire autant qu’il me fascine. Et c’est mieux que toutes ces sculptures post-moderno-apocalyptiques de « l’art autoroutier » genre « le signe infini ». Le poulet de Bresse, je suis pour, je l’aime. // CHABLIS WINSTON

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L’Amuserie

une bonne tranche de jura L’Amuserie, ce sont des mecs et des filles trop cools. L’Amuserie, c’est un lieu de pestacle à Lons-le-Saunier. Mais en fait derrière tout ça, c’est le Théatre Group’. La Jurassienne de réparation, Vigile, Stand 2000… Tu te rappelles, cette compagnie n’a plus rien à prouver dans le théâtre de rue en France depuis plus de 30 ans. Un spectacle du Théâtre Group’, c’est un pipi dans la culotte assuré. Leur dernière création : Départ arrêté, ambiance rallye. En 1997, ils ont envie d’offrir aux Lédoniens les spectacles qu’ils croisent en tournée. Ils montent l’Amuserie, petite salle nichée contre le Bœuf sur le toit, la salle de concert de Lons, et commencent à y distiller une programmation théâtre de rue (dans une salle... enfin bref). Le meilleur de la rue est aussi à Lons. En plus, ils drivent La vache qui rue (vous l’avez ? La vache qui rit : Lons le Saunier. Impayables), lieu de résidence artistique à Moirans-en-Montagne, au dessus du lac de Vouglans. Le lac Baïkal jurassien. Sur le podium au palmarès des « Gens les plus drôles » de BFC, à l’aise. // CHABLIS WINSTON

Photo : Chloé Lebert

Antoine de Bourgogne

grand batard Lui, ça a toujours été mon préféré des Ducs et cie. Il est mort à 31 ans le 25 octobre 1415, à Azincourt. Plutôt pote avec les Anglais durant la guerre de 100 ans, le Duché de Bourgogne ne voit pas d’un très bon œil le départ du frère de Jean Sans Peur aux côtés des Français contre les Brit’s. Mais, bon, on peut rien lui dire à l’Antoine, il écoute que lui... Il est borné et ambitieux. Arrivé à Azincourt, il pleut comme vache qui pisse. Le mauvais temps retarde les chariots de son intendance perso. Voyant les chevaliers français partir à l’assaut, il a un peu les boules que les copains s’amusent

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sans lui. Pressé par une trop grosse envie de gloire, l’Antoine décide d’aller sur le champ de bataille sans son armure. Drapé uniquement dans sa bannière de Bourgogne, il fonce avec son canasson. Comme un gland, il se fait choper et se fait zigouiller par l’Anglais malgré l’alliance du Duché avec Henri V. Beau, grandiose, ridicule, orgueilleux, noblesse oblige, bravache... Les qualificatifs se succèdent et se bousculent. // MARTIAL RATEL Peinture : Rogier van der Weyden


Axelle Philipps

La meuf est intenable. À 24 ans, elle lançait son activité dans la décoration et la scénographie. À 31 ans aujourd’hui, elle vient tout juste d’ouvrir un shop à Montbéliard pour le Studio Sauvage, le projet qu’elle a enfanté il y a quelques années avec Barbee, son associé graphiste sérigraphe. Outre la conception graphique et la scéno, le Studio se décline désormais entre la boutique, la galerie expo, le cabinet de curiosités et une marque, Sauvage, qui se vend par cartons entiers un peu partout. L’univers ? Une version cosmique du rock, plus classe que crade. Des têtes de mort, des insectes, des serpents… Mais pas trop sales, plutôt stylisés. À côté de ça, Axelle chante dans le

groupe de rock stoner MØØN et passe des disques de temps à autres. «Ça c’est la partie plaisir ». Elle ne s’arrête jamais. Cette native de Grenoble issue d’une famille d’artistes (dont une grand-mère peintre) se plaît à Montbé, «une ville de prolétaires avec des gens vraiment passionnés », où il se passe plein de trucs tout le temps. « Que ce soit le festival Entrevue, le FIMU, l’Impetus, il y a toujours quelque chose à faire dans la culture, je ne comprends pas ceux qui disent que c’est mort ». On pense tout pareil. // PIERRE-OLIVIER BOBO

Photo : Jean-Philippe Putaud / Les disparus de la photo

sauvage

Sur le podium au palmarès des « Gens les plus drôles » du coin, on trouve l’Amuserie. À l’aise. 17


Le bar-atteint

folie culturelle Au Bar Atteint à Belfort, la nécessité fait loi. Une ville, ça vit au rythme de sa culture. Et au petit bistrot citoyen, ça tire à hue et à dia : apéro théâtre, jazz bop, chanson française, jazz manouche, blues, jazz classique, chantier d’intégration, jazz contempopo, échanges en langue arabe. Une auberge espagnole, quoi. Sans le braceo mais avec las palmas grandes ouvertes. 251 évènements par an, le score est pas mal pour un lieu associatif. Associatif, donc forcément un peu fragile et le voisinage belfortain pousse toujours un peu plus la maréchaussée à pointer du bâton. Pour la tranquillité limitrophe, le Bar Atteint et ses créatures accueillent seulement de petites formations sans cuivres ni percussions. Et les tauliers d’enfoncer un peu le clou : « à Belfort, le fossé entre l’univers culturel et la culture de masse se creuse ne laissant que peu de place aux petites structures. La pression imposée peut être fatale. » De la pression pour un bistrot ? Normal mais moins que les menaces de fermetures administratives. Tant pis pour les fâcheux qui voudraient voir le virus éradiqué, on parle bien du Bar Atteint, pas du bar éteint. // BADNEIGHBOUR

Photo : Bar Atteint

La Batailleuse

baston en montagne

Photo : La Batailleuse

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Derrière ce nom belliqueux, il y a une ferme dans le Haut-Doubs, à Rochejean entre Mouthe et Métabief. Cette ferme est tout ce qu’il y a de plus normal… ou presque. On y fait du lait avec des vaches montbéliardes. Du lait bio. On y accueille des classes pédagogiques de tous les coins de France. On y fait du fromage de chèvre, vendu sur place et sur les marchés alentours. Le bouc du troupeau s’appelle Rocco. On y organise des soirées pizza, grâce au fournil du boulanger de la Batailleuse. Le potager donne des carottes, des patates consommées dans le village au club de loisirs et d’action de la jeunesse qui héberge les groupes et les familles. Créée dans les années 1980 par d’anciens activistes mao, quasi 40 ans plus tard, la ferme fonctionne encore sur les principes originels : éducation

populaire, organisation collective, autonomie, autogestion… Rareté, la ferme a un statut associatif, alors que 99% des structures agricoles françaises sont des entreprises. L’histoire ressemble à une version politique de La Petite maison dans la prairie. Sauf, que c’est raide pour les 13 membres de l’équipe qui se renouvelle très régulièrement. Autour du noyau dur de la deuxième génération d’agriculteurs, les gens sont de passage, deviennent pour quelques mois, quelques années, vacher, chevrier, animateur puis s’en vont. Bonne nouvelle pour l’ilot antiproductiviste, après 40 ans à être regardés en chien de faïence par les autres agric’ du village, ils sont acceptés ! La ferme a accueilli en 2017 une partie du comice agricole ! 40 ans de lutte pour une bien belle victoire. // MARTIAL RATEL


Be Bop Or Be Dead

jazz bien raide vous est régulier, avant il y avait des shots de syncope énervée savamment distribués dans la saison culturelle locale. Lanneau connaît son sujet, on l’aura vu traîner son nez dans les boîtes de prod de la capitale, on l’aura vu conseiller le client au rayon disque d’un ex-agitateur de culture. Aujourd’hui, encore tout petit et tenant au bout du bras d’une poignée de bénévoles acharnés, le Be Bop Or Be Dead semble déjà avoir le crâne bien solide. Vivement le crunch avec la Nièvre. // BADNEIGHBOUR

Photo : Gaël Jolivot

Be Bop Or Be Dead ? Le genre de choix qu’un trois-quart centre nivernais réglerait d’un coup d’épaule en ahanant « Va z’y, gros. Paye ton dilemme et r’tourne lire shakespeare ». À l’opposé de la transversale BFC, il y a Belfort et François Lanneau. Lui, c’est le gazier qui, même s’il a la carrure d’un demi-d’ouverture ex-fan de trashcore, répond sans trembler à la question. Be Bop et Be Dead. Enfin, Dead, vu les dernières jauges des concerts, ça a l’air assez vif. Et, Bop. Un peu free jazz quand même, son festival. Depuis 4 ans, le rendez-

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Bernard Kudlak

Dernier tango sous le chapiteau Après 36 ans de « poésie en acte », le Cirque Plume s’arrêtera définitivement en 2020. Tout commence en Franche-Comté en 1984. Une bande de potes décide de créer un spectacle d’un genre nouveau. C’est les premiers pas du Cirque Plume qui durant presque 40 ans se produira dans toute la France et à travers le monde. Pourtant rien n’était écrit d’avance. « Je suis originaire du pays de Montbéliard, de Valentigney, le bassin ouvrier de Peugeot et plus au nord d’Alstom. » L’œil malicieux et petite lunettes rondes sur le nez, Bernard Kudlak, le fondateur du cirque, se souvient. « Peugeot et les sous-traitants employaient tout le monde. Les enfants qui habitaient-là étaient quasiment destinés à aller chez Peugeot. Mais à 17 ans, j’ai été totalement bouleversé par le film d’Andrei Tarkovski, Andreï Roublev, un des chefs-d’œuvre du cinéma. Ce film m’a rassuré et m’a dit : il y a une porte possible dans la vie, il faut l’ouvrir et derrière tu peux accomplir ton destin. Un destin qui n’était pas forcément celui qu’on prévoyait pour moi. » Cinq ans avant la naissance du Plume, les fondateurs de la compagnie se rencontrent sur une péniche, dans une fanfare. Puis très vite, viennent les spectacles. « J’ai d’abord été marionnettiste » se souvient Bernard Kudlak. « Puis, j’ai fait du cirque dans la rue, en créant un spectacle en décembre 1983 qui mêlait de la fanfare à d’autres numéros. Nous nous sommes produits sous un chapiteau à l’intérieur de la cour du Centre Pierre Bayle à Besançon. C’était le premier spectacle du Cirque Plume ». Les choses alors se sont enchaînées rapidement pour la bande du Plume. « On a décidé de prendre la route et de partir dans les village en Franche-Comté » se rappelle son fondateur. « Le directeur de la culture de la région a été enchanté par notre projet, et des villages ont coproduit le spectacle. Cela a été la première tournée en 1984. On l’a faite avec des chapiteaux un peu pourris, dans lesquels on faisait des ateliers, des parades, une exposition de photographie. »

De Baudelaire à Buster Keaton

Dès le début, l’orientation du Cirque Plume est à part. Il se différencie alors nettement du cirque traditionnel. « Sans créer en réaction au cirque d’animaux - car nous n’étions pas des fins connaisseurs de ce qui se faisait - nous voulions faire quelque chose de complétement différent » explique Bernard Kudlak. Pas d’éléphant, de girafe, ni de chevaux, mais de la poésie à l’état brut, puisant dans les références de son créateur. « Je suis allé chercher les connaissances du cirque chez Baudelaire, chez Chagall, chez Henry Miller ou bien Buster Keaton » dit-il. « Nous avions notre culture, on a donc fait à partir de nos connaissances qui était différentes de ce qui se faisait

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auparavant. » Mais le projet d’une troupe, c’est aussi le désir d’un autre mode de vie. « On était aussi dans des idées d’utopie, des désirs de collectifs, de créer quelque chose de différent du monde » assure le fondateur du Plume. « Pour cela, le cirque c’était vraiment bien, car marginal, épique et que cela demande une pratique. Ça nous permettait de créer une utopie en se coltinant le réel. Pas de baratiner, pas de faire des trucs factices. Quand on est obligé de s’entraîner 2-3h par jour, c’est du réel, avec le corps et avec la tête aussi ».

Cirque et merveilles

Les tournées commencent alors à s’enchaîner. En 1984-1985, sous des chapiteaux, dans des salles des fêtes ou bien des carnavals, les projets du Plume se multiplient. « On faisait de la rue, des événements aussi. En 1985-86, à Planoise, on a fait un spectacle avec des feux d’artifice. L’année d’après, on était avec une batucada de 100 personnes qui nous accompagnaient, on créait des danses sur façade. Puis en 1986, Avignon au festival off, avec le chapiteau, ça a très bien marché et on a commencé à parler de nous. » De tournée en tournée, le Plume développe un langage qui lui est propre et qui fait sa spécificité. Il donne alors au cirque nouvelle génération ses lettres de noblesse. « On a mis en date ce qu’on rêvait de faire avec un art qui promettait des merveilles, qu’on voyait comme ayant des possibilités immenses » se souvient Bernard Kudlak. « On l’a bien servi


Unique en son genre, le Cirque Plume s’exporte alors à l’étranger. « On a créé un spectacle plus important en 1991 :

bande ont réussi à faire entrer dans l’âge adulte, sans lui faire perdre sa candeur ni sa spontanéité. Les spectacles du Plume sont des mille-feuilles émotionnels : on peut en faire plusieurs lectures quel que soit son âge. On peut les admirer avec des yeux d’enfants et en être ému avec des yeux d’adulte. « Le spectacle du cirque est joyeux, coloré, profond, poétique, sale, brouillon, précis, il est comme la vie » écrit Bernard Kudlak. « Le cirque est un poème en acte. » La dernière tournée se clôturera en automne 2020 à Besançon, là où l’aventure avait commencé. Mais pourquoi s’arrêter maintenant ? « L’âge mon jeune ami. Notre génération ne devait pas vieillir, mais on s’est fait avoir quelque part… Donc 40 ans plus tard, on a 40 ans

No animo, mas ànima, qui était symbolique du passage d’une forme ancienne une forme nouvelle de cirque » se remémore Bernard Kudlak. « À partir de ce moment-là, on a tourné dans de nombreux pays. On a planté notre chapiteau en Tunisie, au Maroc, à New York, à São Paulo, Stockholm, Copenhague, Helsinki ou encore Madrid… » Et pourquoi « Cirque Plume » ? « Un oxymore, pour être toujours léger, en équilibre, vers le paradis, ou - en vrai - la nostalgie du paradis » écrit-il dans l’un de ses textes. Le cirque, c’est cet art relié à l’enfance, cette « nostalgie du paradis », mais que Bernard Kudlak et sa

de plus, et donc on arrête, parce qu’il faut laisser la place aux jeunes. On a fait assez notre boulot, c’était formidable. C’est vraiment le bon moment pour s’arrêter. On est en plein succès, on n’est pas au bout. C’est plutôt le contraire : on s’arrête, car on voudrait pas subir ça. » Avec près de 40 ans à son actif, le Plume a essaimé et suscité des vocations. « Je pense qu’on a inspiré d’autres générations, c’est la règle depuis des milliers d’années, le désir créé par le fait de voir quelque chose pousse des gens à créer eux-mêmes des choses. C’est la passation du désir et ça c’est vraiment formidable. » // CLÉMENT GUILLET

Le cirque, un poème en acte

Photo : Sébastien Bozon

et lui nous a bien servi. Nous étions un collectif dans lequel j’étais un peu initiateur, mais on avait tous beaucoup d’énergie à mettre dans ce projet. J’ai créé l’esthétique du Cirque Plume, mais la musique - créée par Robert Miny - était aussi très importante. C’est cet ensemble qui a contribué à la marque de fabrique du Cirque Plume. Et puis la décision de faire de nos spectacles des objets poétiques de cirque et de merveilles. »

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Bigger

plus gros « Un songwriting élégant, entre tension et relâchement ». Putain les mecs, on dirait le brief marketing pour un parfum votre truc ! Heureusement, cette petite faute de goût n’entâche pas du tout les très beaux débuts du groupe Bigger, qui se classe facilement aujourd’hui comme le next big thing de la scène rock régionale. Bigger, c’est d’abord la rencontre entre Damien Félix de Catfish et Kevin Twomey, le chanteur irlandais de Monsieur Pink. Malins, ils se sont entourés de la crème des zikos franc-comtois: Antoine Passard, batteur de Clara Yucatan et accessoirement supporter du FC Sochaux, Ben Muller, ancien dirlo du Moulins de Brainans et Mike Prenat. Tout en étant soutenu par le Moloco, le Moulins de Brainans et les Eurockéennes de Belfort. Une véritable armée. Dans les oreilles, ça pue la mélancolie et la noirceur british. Mettez moi un peu de Nick Cave, d’Anna Calvi sur fond de Beatles. Bref, ça marche fort. Actu chaude : ils sortent un deuxième EP et viennent de jouer aux Transmusicales de Rennes, la Mecque des nouvelles pépites de la scène indé. Ça semble bien parti pour eux. // PIERRE-OLIVIER BOBO Photo : JC Polien

« J’enfante à chaque fois que je construis un bateau » 22


Bineuil

dernier pirate de la loire Jean-Marc, Bibi ou Bineuil, au choix, est le spécialiste de la Loire. Pêcheur, charpentier de marine et passionné par ce qu’il appelle « la rivière » pour désigner les deux fleuves de la région, la Loire et l’Allier. Il connaît ces derniers en long en large et en travers. Héritier d’un père pêcheur de concours professionnel et d’une mère tenancière d’une « Auberge des Pêcheurs », Jean-Marc a toujours traîné la rivière. Devenu pêcheur professionnel lui même, il crée dans les années 80, avec la bande des Tambours du Bronx, les Trans Pub : raid

sauvage de radeaux sur la Loire, de Nevers à l’océan, qui avait pour but de relier des troquets le long du fleuve. Belle quête. Quelques années plus tard, cet autodidacte s’amuse à se fabriquer ses propres barques. Il fera de la construction de bateau son métier. « J’enfante à chaque fois que je construis un bateau » confie-t-il. Très demandé, Binoeil, sans carte de visite ni site Internet, est carrément devenu ambassadeur officiel de la Loire sur des événements dans toute l’Europe. // VICTOIRE BOUTRON

Blue Orchid

clamecy city rockers Les rockers peuvent aussi se trouver du côté de Clamecy. Charmante bourgade du nord de la Nièvre, Clamecy, ville natale d’Arnaud Montebourg, avec son usine des pains Jacquet ou sa fabrique de fèves de galettes est très loin d’être stylée comme Detroit, Liverpool, New-York et pourtant le garage/punk/rock s’y est sacrément bien épanoui. Du moins dans la tête de deux gamins du bled : Alex et Math. Les Blue Orchid sont archi fans des White Stripes, d‘où leur nom piqué à une de leur chanson. Si le blues du delta du Mississippi coule dans les veines de Jack White, leur illustre modèle, pour les Orchid, le rock serait plutôt speedé par la vallée de l’Yonne et

son affluent le Beuvron, des noms peut-être moins clinquants mais leur musique n’est pas moins claquante. 5 titres sont à écouter sur leur bandcamp, 5 bonnes raisons de danser sur ces invocations quasi voodoo, 5 fois ces voix nasillardes et plaintives recouvertes par la reverb et la saturation de la guitare vous feront chanter sous la lune dans une forêt du Morvan comme à la grande époque du flottage de bois. C’est au nord de la BFC, à la limite du duché, aux marches de l’empire bourguignon, à la presque ville, sous les néons blafards de Sens que leur musique a été polie par Théo Courtet, le chanteur des Johnny Mafia. // MARTIAL RATEL

Photo : Sofiane Boualia

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Photo : Blundetto

Blundetto

fond de puisaye Le producteur d’origine dijonnaise Blundetto est doublement de retour : avec un 5ème album Slow Dance, reggae, dub, soul, mid tempo et dans le secteur BFC, caché au nord-ouest de la région, en Puisaye. La Puisaye ? Un coin du monde reconnu pour sa poterie et patrie de Colette, « une région de forêts et d’étangs dans de petites vallées humides et verdoyantes » (cf. Wikipedia). Là, il retape pépouse sa maison, cultive des carottes en agroécologie et fait de la musique. Pourquoi être venu t’installer dans l’Yonne ? C’est un retour à la nature ? Je travaillais à Paris à Radio Nova depuis 1998. J’ai grandi avec Nova, au contact de personnalités de la musique et de la radio qui m’ont appris énormément. J’ai même la sensation d’avoir traversé des « époques » de cette enseigne parisienne : quand j’y suis arrivé, Internet existait à peine, on avait un ordi en commun pour toute la radio et on consultait la préhistoire des réseaux à tour de rôle, pendant que Dj Clyde, Manu le Malin ou Lord Zeljko enfumaient la régie DJ pour des « Novamix » qui couraient sur tout le week-end. 20 ans plus tard, la maison Nova (orpheline depuis 2007, date la mort de son créateur Jean-François Bizot) voit arriver de nouveaux propriétaires. C’est là que j’ai eu l’impression d’avoir fait le tour de mes envies de programmateur musical et que j’ai ressenti la nécessité de prendre le large ; d’autant plus que ma famille vient de s’agrandir, et que dans mes rêves, mes mômes galopent dans l’herbe et pas sur le périphérique ! C’est sérieux l’agroécologie ? Ça doit l’être vu que c’est un concept qui rentre maintenant même jusque dans les amphis d’AgroParisTech, jusqu’ici surtout connu pour son savoir-faire en matière de chimie et de monoculture. En même temps, il s’agit juste de renouer avec le bon sens et l’observation, la base de toute pratique agricole avant l’arrivée massive de la chimie dans les champs et les assiettes.

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Ça fait quoi d’habiter dans une commune de 1.617 habitants ? Normalement, tu connais tous tes voisins. C’est exactement ce que je cherchais en quittant la région parisienne : retrouver une dimension humaine plus authentique. Ce qu’on perd en divertissement et en acte de consommation culturelle à la campagne, on le gagne en relation à l’autre et en qualité de vie. Il y a même ici une forme d’entraide unique, dégagée de considération de classe sociale ou de question de génération, juste parce qu’on est à la campagne, ensemble. Même si c’est un « ensemble » par défaut dû à l’exclusion de la population rurale du projet national. Tu vas faire des concerts, des lives, des soirées sound sytem à la campagne ? Ah ben non ! Je n’en faisais déjà pas spécialement à Paris… J’aime travailler dans l’ombre : je fais de la radio et je me considère comme un producteur de studio et pas de scène. Reggae icaunais ? Comme il y a eu du reggae nivernais avec Pierpoljak ? Ah ah ! je vois que tu parles de Pierpoljak au passé, mais attention je crois qu’il sort encore des albums… Non, sérieusement, je pense avoir été suffisamment bombardé par les musiques du monde entier pour que ma musique sorte du cadre départemental ! Même si le côté calme et contemplatif de mes productions découle certainement plus de la douceur des coteaux bourguignons que des ghettos de Kingston. // MARTIAL RATEL


Bobby Furax

sens, capitale du monde « En août 2015, on était à un concert à la MJC de Sens et on a voulu en faire un aussi. Et puis on nous a dit qu’il fallait faire une asso pour ça. Donc on a fait une asso ». Les choses se font très simplement avec Anna, Camille, Agathe, Benoît et leurs potes. Eux, c’est Bobby Furax, une certaine idée de la musique dans le nord de l’Yonne. Ils font des compilations et organisent des concerts. Ambiance faitmaison. « Dans ces compil’, on ne trouve que des groupes de consanguins sénonais ou alors des bébés consanguins des groupes sénonais qui essaient de se développer comme Johnny Mafia sans jamais y arriver » assure le petit groupe, jamais avare d’une bonne vanne sur leur ville qui, entre nous soit dit, fait flipper. Entre la province parisienne et le coupegorge. L’Yonne badass. Si horrible que ça ? « Détrompe-toi ! Il y a pire, il y a Auxerre... À Sens, on a la première cathédrale gothique, un théâtre, une salle, mais surtout un studio de répét et d’enregistrement pro avec des heures pas chères. C’est Le Garage, géré par Arca ». D’après ces jeunes gens, le problème ici, c’est qu’il y a plein d’artistes, mais pas de quoi les montrer. « C’est une ville à la bonne taille pour que chaque génération s’y côtoie et fasse des choses ensemble ». Ils le clament haut et fort : ils aiment terriblement leur ville et ont envie d’y faire plein de trucs. À l’image de leurs potes, les Johnny Mafia, qui sont en train de tout cabosser en ce moment sur la scène rock garage. La suite pour Bobby Furax ?

« On tient vraiment à développer les arts plastiques. On a un projet de fanzine avec des dessins, bédés, posters, cadeaux et... un horoscope ». Prends ça, l’Yonne Républicaine. // PIERRE-OLIVIER BOBO

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La brochette de Marzy

word record ! Photo : page Facebook du CFA de Marzy

Un deuxième titre de champions du monde de foot, c’est bien. Mais le record de la plus grosse brochette du monde, c’est mieux. Eh ouais mon gars, la Bourgogne-Franche-Comté compte un titre de plus à son palmarès, décroché grâce à une belle pièce de quasi 244 mètres réalisée par le CFA polyvalent de Marzy. Bon, faut souligner un truc, c’est que les Nivernais n’en sont

pas à leur coup d’essai : en 2016 pour le Téléthon, le collectif soudé du CFA s’était déjà attaqué à un gros morceau (tu l’as ?) en confectionnant le plus gros rôti de porc du monde. 305,98 mètres. Rien que ça. Que vous vous figuriez bien le délire : on parle d’une BROCHETTE GÉANTE, de la longueur de deux terrains de foot et demi. On est sur 350 kg de barbac offerts par le groupement Charolais Morvan, découpés en 6400 cubes, et embrochés un à un (amis vegans bonjour). Pour la logistique, c’est pas des manches non plus : pour poser et soutenir cette brochette des enfers, ces vaillants bouchers ont réalisé « un très long serpent fait de planches recouvertes de papier aluminium et réfrigérées par des glaçons, posé sur des parpaings, qui cheminait à travers les couloirs et dans la cour du centre ». Plus de préparation que le mondial des Bleus. Alors ok, ils ont probablement une obsession avec les longs bouts de viande, mais t’en connais beaucoup toi, des villes de moins de 4000 âmes qui peuvent se vanter d’avoir deux records mondiaux à leur actif ? Bah nan. Plus improbable que le 0-0 contre le Danemark ? Oui. Plus collectif que face à la Bulgarie ? Tout juste. Plus satisfaisant que le seum de Thibaut Courtois ? Assurément. // CYRILLE PICHENOT

Cardoland

jurassic park 1.0 À Chamoux, près de Vezelay, en plein dans le triangle des Bermudes local formé par Dijon, Auxerre et Nevers, se trouve l’autoproclamé « parc le plus ancien de France » : Cardoland. Une terre d’asile « unique au monde » pour plusieurs espèces de dinosaures sculptés dans le béton, grandeur nature. On nous promet « une visite inoubliable au pays des dinosaures », sur dix hectares, pour un parcours d’environ un kilomètre où se dressent 88 sculptures en métal et béton taille réelle d’animaux et d’hommes préhistoriques. Bon, la réalisation est plutôt sommaire, avec les moyens du bord à l’époque de l’ouverture du parc, en 1981. Son créateur, Cardo, un artiste multi-casquettes passionné par le règne animal, quand les hommes découvraient le dessin rupestre, le feu et le pagne, s’est ainsi recyclé dans le vaste monde du divertissement après une longue carrière de danseur

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et d’acteur. Cardo décide d’appeler son parc Cardoland, en toute humilité. Un peu comme Walt Disney et son Disneyland, avec moins de files d’attente et des tarifs plus abordables, sauf que ça a quand même moins de gueule d’ouvrir un parc à Chamoux qu’à Los Angeles. Pas d’amalgame, on est quand même loin du Monde perdu imaginé par Arthur Conan Doyle et mis en scène à grand renfort d’effets spéciaux par Steven Spielberg. La réalité est brutale, les vrais dinosaures ont disparu. Il en reste un peu, on en met dans nos bagnoles pour 1,50 le litre à peu près, mais sinon ça reste de l’ordre du fantasme. Du coup, en l’absence de moustiques fossilisés, on peut toujours se rabattre sur Cardoland et ses statues toutes pétées, mais néanmoins assez balèzes pour impressionner les enfants. // LOÏC BARUTEU


Céline Bourillot

Le XV charolais Photo : Cédric de Montceau

Attention, la dame n’est pas là pour enfiler des perles ou vendre des godasses. Elle dirige, et elle le fait avec une poigne de troisième ligne. Elle est la présidente du club des Tigresses / Geny’zz, l’équipe de rugby féminin Montceau-Le Creusot-Paray-leMonial. Toute la famille trempe dans le milieu de l’ovalie. Autant dire que si le XV de France prend une volée au tournoi des six nations, c’est tout le poulet du dimanche qui est gâché chez les Bourillot… Qu’à cela ne tienne, ce n’est pas ça qui aura raison de l’énergie guerrière de Céline. Un jour, c’est l’ami du petit déjeuner, Bernard Laporte, en personne qui lui a demandé d’être sur sa liste lors des élections à la présidence de la Fédération. Bingo ! Elle se retrouve vice-présidente de la Fédération Française de Rugby (FFR) en charge de développer le rugby féminin et c’est bien ! Son truc c’est la jeunesse et la relève. Elle est donc prête à mettre des cadenas sur les mobylettes à la sortie des boîtes de nuit. // CÉDRIC DE MONTCEAU

Le classement des 70 personnalités qui pèsent dans la région, cet univers impitoyable. Ils veulent en être, ils vont pas être déçus !

Alors les gars ? 70, tout pile !

C'est bien, bravo. Du coup, on est censé te féliciter d'être fit ?

Que nous veut ce mec ?

Alors... Comment te dire... Le thème de cette année... Dis lui, toi..

C'est "les 70 qui pèsent", pas ceux qui pèsent 70. C'est une expression en fait... Pour dire que... Laisse tomber.

Et merde... Faut mieux expliquer les gars...

Je pèse 70kg. Un régime de fou, des mois de salle de sport. Je peux être dans votre sélection de ceux qui pèsent 70 ! C'est le plus beau jour de ma vie depuis la victoire de Sochaux à Lorient en 2004.

Vois le bon côté des choses, tu vas pouvoir recommencer à bouffer de la merde en grosse quantité !

J'peux plus ! J'suis devenu vegan pour vous.

Ah merde...

T'es un peu relou en fait...

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Chalon dans la rue

direction bicephale Ils sont deux, Bruno Alvergnat et Pierre Duforeau, depuis juillet 2017 à la tête du Centre National des Arts de la Rue (CNAR). Leur envie, leur besoin : créer du lien. Lien entre action à l’année et festival de juillet, artistes et publics, local et international, diffusion et création, création et territoire… et au milieu, un lieu, les Abattoirs.

C’est à deux qu’ils ont répondu à l’appel à candidatures pour le poste de directeur du Centre National des Arts de la Rue et de l’Espace Public. Bruno Alvergnat : directeur de la salle de concert La Péniche à Chalon, a fait ses armes à Tours en tant que responsable de deux festivals, l’un de musiques actuelles, l’autre d’arts de la rue. Pierre Duforeau est l’un des piliers de la compagnie Komplex Kapharnaum, connue pour investir l’espace public. Son orientation : l’intervention urbaine et une bonne dose d’humain. On devine déjà le lien… Les deux hommes sont complémentaires. Bruno, le Chalonnais, sur site depuis 15 ans a une très bonne connaissance du réseau local et, comme il le glisse, de très bonnes relations avec tout le monde… Pierre navigue dans le secteur depuis 20 ans. Une complémentarité de fonctions, mais aussi de regards. Ils sont deux, comme une évidence. L’enjeu n’est pas là. Ils portent un projet, conjointement. Un projet culturel qui va bien au-delà du projet artistique. Une démarche faite de liens, de ponts et de maillage. Au commencement était… la création. La création et l’accompagnement à la création. L’action du CNAR dépasse la grande scène de Chalon dans la rue. « Nous avons déjà le temps fort du festival. En parallèle, nous avons décidé de nous concentrer sur le processus de création et la façon dont il est montré. C’est un travail au long cours différent de l’événementiel ». Pierre et Bruno veulent faire des Abattoirs un réservoir à créativité. « On a envie que les Abattoirs soient un lieu de création où l’on peut participer à un projet, voir une expo, faire une soirée. Cette dimension new MJC nous va bien ». Un lieu de rencontre où se mêlent les arts, les artistes et les publics, où des compagnies installées rencontrent des associations locales, où des projets en cours d’écriture croisent des spectacles finalisés. Un carrefour des arts de la rue… mais pas que. Le site accueille des artistes en résidence, produit des spectacles et propose des manifestations variées. « Nous proposons des résidences, mais nous pouvons aussi mettre à disposition des espaces. L’idée est de faire se croiser des équipes

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professionnelles et plus amateurs, de créer du mouvement. Rendre le lieu vivant est une condition sine qua non pour que les propositions des artistes soient en lien avec le monde dans lequel on vit. C’est quoi aujourd’hui l’atelier d’artiste ? Un endroit isolé ou ouvert sur le monde ? Nous, on a envie de collaborer avec des artistes qui incluent les publics dans leur processus de création ». La relation aux publics, aux espaces publics, au territoire, un leitmotiv pour Pierre et Bruno. L’action culturelle classique met en relation une œuvre et un public, à grand renfort de médiation. Il s’agit ici d’impliquer le public dans le processus de création à travers des projets participatifs, la présentation d’un travail en cours, le regard d’un artiste sur la ville ou l’occupation de l’espace urbain. « On n’a pas envie de faire du théâtre en salle mis en plein air. On a envie de faire un travail sur l’espace public. Les artistes peuvent intervenir sur une place, dans une vitrine, un parking de supermarché. C’est la ligne artistique que l’on défend ». Le choix du lieu dépend du projet de l’artiste. Il ne s’agit pas seulement de s’exporter hors les murs mais d’amener du sens. « On choisit des propositions artistiques qui investissent la ville et trouvent des liens avec des publics très éclectiques. L’idée est que ce tissage perdure jusqu’au festival ». Il n’existe pas d’un côté l’action pour les Chalonnais et de l’autre le festival pour les extérieurs. Les deux se mêlent et se prolongent. « L’enjeu, c’est de ne pas être concentré uniquement sur un temps événement du festival, mais de créer des ponts et de la porosité. On veut faire en sorte que Chalon dans la rue ne soit pas juste un inventaire de spectacles en diffusion, mais qu’il y ait quelque chose de propre à la ville, qui se soit tissé pendant l’année ». Les Rencontres de l’Archipel illustrent parfaitement cette démarche. Deux temps forts au cours de l’année, avant-goût du festival de juillet. L’idée : présenter le programme du festival, mais pas que. Créer du lien entre les visibles et les invisibles gravitant autour du CNAR, regrouper les îlots dispersés qui pourraient ne jamais se rencontrer. « Les artistes, les


Photo : Thomas Lamy

professionnels, les politiques, les habitants, les hébergeurs, les associations, les scolaires, les publics. Notre activité est portée par l’ensemble de ces personnes », nous dit Bruno. La dynamique impulsée au cours de l’année amène quelque chose d’atypique au festival, un souffle chalonnais. À l’image du sous-titre lancé l’année dernière, « Etre bête ? ». Ce thème a intrigué. Il ne s’agit pas d’un fil rouge dans la programmation mais d’un projet qui se déroule pendant l’année et se poursuit pendant le festival. Un sous-titre avec une relation au territoire. Bête - Animalité – Chalon… Bruno explique : « L’animalité, on peut l’attaquer par le biais de la ruralité. Ça a du sens dans ce territoire qui reste très rural. Le sous-titre donne un côté

sensible et rattache à la ville. Ça se fait à Chalon-sur-Saône et pas n’importe où ailleurs ». Le sous-titre de juillet sera l’eau, lien à cette ville construite autour de la Saône. Et pour 2019 ? Les notes sur les murs donnent le ton. La réflexion est en cours, brainstorming à tous les étages. « Pour l’instant on ouvre les portes, ensuite on va resserrer » nous dit Bruno. Que pensentils de leur première édition de Chalon dans la rue ? « C’était super !» répondent-ils en chœur et Bruno de préciser : « C’est une année de prise de fonction, quand le festival arrive tu es content parce que tu concrétises. On a réussi à impulser un virage sur un type de diffusion et un rapport au territoire ». Et oui, ils l’ont fait, la suite en juillet… // ERIKA LAMY

C’est quoi aujourd’hui l’atelier d’artiste ? Un endroit isolé ou ouvert sur le monde ? 29


Charles Piaget

l’ame de la lutte À l’heure de la sortie des classes, place de la Révolution à Besançon, j’ai croisé, par le plus grand des hasards, monsieur Charles Piaget. En quelques mots, et à la vitesse de la trotteuse, je lui ai fait part de ma grande admiration pour l’homme, ce formidable ouvrier syndicaliste et cette lutte des années 70 au sein de l’entreprise LIP. On a pri rendezvous et, le lendemain, à 10:00 précises, je décrochais mon portable. Chez Charles Piaget, l’heure c’est l’heure.

Il y a quelques années, j’avais rencontré Monsieur Michel Jeanningros, autre figure légendaire du combat des LIP. Personnage débonnaire, il m’avait dit ne plus souhaiter vouloir parler de cette histoire, et quasi deux heures plus tard, j’étais toujours chez lui à l’écouter nous narrer cette histoire autour d’un apéritif, lui dithyrambique et intarissable sur le sujet ! Ce mercredi d’octobre, Charles Piaget me reçoit chez lui. Je suis assez intimidé, à l’instar du jour où j’ai photographié Joe Strummer des Clash, ce n’est pas peu dire ! La première sensation qui s’empare de moi est de découvrir une maison « vide ». Tout est comme spartiate et me met quelque peu mal à l’aise. J’avais fantasmé des pièces remplies d’affiches des années 70, de drapeaux rouges, et du slogan de l’époque : « Lutter, vivre, construire ». Nous nous installons dans la cuisine, autour de la toile cirée et de la table posée non loin du poêle à bois. En observant l’endroit je comprends tout de suite que l’homme vit seul. Il s’inquiète du manque d’eau et de la sécheresse de son jardin. Charles Piaget est né rue des Grands Bas il y a 90 ans, dans le quartier Saint-Claude à Besançon, à quelques encablures de sa maison. Quand nous évoquons son enfance, un silence s’installe. Sa mère partie dans sa petite enfance, une chape de plomb s’abat sur la famille. Ces histoires qu’il ne fait pas bon questionner lors des repas dominicaux autour d’un poulet-purée à l’adolescence. Puis le CAP mécanique obtenu à 18 ans à l’école Jules Haag, et l’embauche chez LIP, en août 1946. Charles Piaget monte en grade, jusqu’à l’année 1973 et « l’affaire LIP ». Entre 1973 et 1976, se déroule le conflit social le plus médiatisé de l’après-Mai 68. Le leader de l’horlogerie française est aux prises avec l’une des premières restructurations spéculatives. LIP compte alors 1 300 salariés, dont la moitié sont des femmes. Un LIP sur deux est syndiqué... À Palente (quartier de Besançon où se trouve l’usine), les voix s’équilibrent entre CGT et CFDT, dont la section est conduite par Charles Piaget, « l’âme de la lutte ». Un comité d’action naît à la base. Le 12 juin, privés d’informations, les salariés séquestrent les administrateurs provisoires et découvrent un

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document précisant : « 480 à dégager » ! Ils occupent l’usine, s’emparent d’un stock de montres qu’ils mettent en lieu sûr. C’est le premier défi des « hors-la-loi de Palente ». L’homme s’y investit sans relâche, corps et âme, et devient la voix des revendications ouvrières. À l’initiative du réalisateur Chris Marker, le groupe Medvedkine va se créer à Besançon. Cinéastes engagés et groupes d’ouvriers mettent leurs pratiques en commun pour la création de films militants en 16mm. Ils filmeront les conflits chez Rhodiaceta (usine textile de la ville) et des LIP. Parmi les membres du groupe de Besançon, nous retrouvons, entre autres, le réalisateur Jean-Luc Godard, la comédienne Juliet Berto, le directeur de la photographie Pierre Lhomme ou encore la chanteuse Colette Magny. À la même époque, Joseph Pinard, conseiller régional du Doubs, sollicité par Alain Krivine et Alain Geismar, invitent Charles Piaget à se présenter à la présidentielle de 1974. Le 19 avril, Lutte ouvrière publie une longue analyse pour justifier le refus de se rallier à Piaget. Argument choc : « en tant que militant chrétien il ne peut pas être représentant des travailleurs révolutionnaires ». La gauche du parti soutient la candidature de Charles Piaget, le syndicaliste CFDT de LIP, mais Rocard réussit à obtenir une majorité de soutiens pour la candidature unitaire de Mitterrand contre Giscard. Face à l’absence de repreneurs, LIP est définitivement liquidée le 12 septembre 1977. Les LIP créent six coopératives (des SCOP, horlogeriemécanique, imprimerie, restaurant, bois-tissus, société d’études, société organisation de loisirs) dont Les Industries de Palente perpétuant sous forme d’acronyme le nom des LIP jusque dans les années 80. Mais l’aventure tourne court. « L’argent des ventes de montres, l’argent de la lutte permettait une aide au départ de chaque embryon de coopérative. Les idées ne manquaient pas pour d’autres activités, mais nous n’avons pu les réaliser, personne ne voulait prendre en charge, soit seul soit à plusieurs, la gestion des coopératives ». Sur les 403 LIP restants, 183 personnes tombaient dans le dispositif social : pré-retraite, formations longue durée, placements extérieurs.


Photo : JC Polien

Groggy, maux de tête récurrents, épuisé physiquement et moralement par ces mois de lutte, Charles Piaget prend alors la tangente. Il a 55 ans. À la même période survient le décès de son épouse. Et Charles Piaget disparait durant dix ans du paysage politique et syndicaliste. Jardinage, bricolage, oubli du conflit, détachement du travail, passer du temps avec ses six enfants, sont alors ses maîtres mots. Jusqu’en 1993, où le conflit du CHU de Besançon le ramène à son engagement syndical et politique. Durant notre conversation soutenue, l’homme fait des allers-retours dans un vaste bureau où sont empilés bon nombre de dossiers et de photocopies, désireux de me montrer tels documents d’époque. Sa mémoire des dates et des noms est intacte, et j’en suis fort impressionné. Avec un large sourire en coin, il revient sur cette croustillante

anecdote. Durant l’occupation de l’usine, les huissiers, mandatés par les repreneurs, rapportent dans leur rapport : « Les cadres de l’horlogerie prétendent actuellement que la qualité ne peut plus être garantie. Exemple : des ouvrières tricotent sur leur poste de travail = risque de déchets de laine dans les mouvements. Monsieur Piaget a été convoqué par l’un des repreneurs afin de lui préciser que si cette situation persistait, il se verrait dans l’obligation d’arrêter le montage horlogerie ». Et la réponse fut cinglante : « Avec réticence, les personnes ont changé d’activité… et jouent maintenant à la bataille navale ! » À l’heure de se quitter, Charles Piaget me raccompagne jusqu’à la véranda. Au cadran de ma montre LIP, il est alors 11:27. // JC POLIEN

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Charles Rozoy

Photo : Instagram

l’homme sandwich Il est grand, il est blond, il est beau. « Charles Rozoy met à votre disposition son parcours de vie atypique, son expérience de sportif de haut niveau et du handisport lors de vos conférences, séminaires et team building. » C’est ainsi que le jeune conseiller municipal de Dijon (LREM) et nouveau collaborateur de la ministre des Sports se présente sur son site sobrement intitulé Charles Rozoy Consulting. C’est dans un accident de moto en juillet 2008 que Charles Rozoy voit son bras gauche être paralysé. Nageur de haut niveau, champion paralympique à Londres en 2012, fortement impliqué dans la vie associative et étudiante dijonnaise,

il rentre dans le game politique à Dijon en soutenant François Rebsamen lors des municipales de 2014. Charles Rozoy devient logiquement conseiller municipal délégué aux sports et aux commerces, adoubé par Rebsamen qui a été réélu à la mairie. Début 2017, Rozoy marche pour Emmanuel Macron. Entre deux conférences, une séance de swing au golf de Norges et un petit jeu-concours sur son Instagram pour une marque de boisson au thé vert, King Charles a des journées ultra chargées. Vous avez besoin de quelqu’un pour animer une séance de coaching afin que vos collaborateurs aient confiance en eux ? Vous appelez Charles. « Une énergie nouvelle, un échange sur la motivation, une expérience inoubliable… Charles Rozoy vous propose des conférences dynamiques basées sur son expérience personnelle et professionnelle. Faites le plein d’énergie pour remonter la pente ou tout simplement performer. » Besoin de valoriser votre marque sur les réseaux sociaux auprès d’une communauté de millenials adepte de boissons sucrées ? Vous demandez à Charles. C’est simple, il fait tout dorénavant : de la politique, du coaching, du community management... Peut-être bien qu’il peut aussi vous préparer à bouffer ou réparer votre bagnole. Dingue. // PIERRE-OLIVIER BOBO

Christophe Demangel

3 etoiles a la cantoche Chef de cuisine du collège Jules Grevy à Poligny. Ça fait pas vraiment rêver à première vue, mais justement, Christophe a braqué les projecteurs sur la cantoche. Tout droit venu de la cuisine gastronomique, formé par des chefs étoilés, il révolutionne la bonne vielle bouffe au réf’ et la transforme en déjeuner au restaurant scolaire. Filière courte, produits locaux, de saison, lutte contre le gaspillage... Les yaourts sont faits à Poligny, le porc vient de la Bresse et est bio comme la moitié des aliments. Christophe a même installé des moutons dans le parc du

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collège. La semaine prochaine, c’est gigot pour tout le monde. On bouffe Frisette. Désolé Frisette… Le collège Jules Grévy a reçu le 1er prix européen de la Semaine européenne de la réduction des déchets et même, tiens-toi bien, une légion d’honneur en juin 2014 pour le travail de sensibilisation des élèves aux enjeux du développement durable. Bim. Il avait une légion d’honneur toi, ton collège ? Grâce au cuistot ? Les gamins de Poligny ne veulent plus aller au kébab. Christophe, c’est le meilleur prof’ du collège en fait. Il donne envie de redoubler sa 3ème. // CHABLIS WINSTON


Cinécyclo Photo : Cinécyclo

projectionniste a velo Le concept est génial. Organiser des diffusions de films dans des zones rurales grâce à l’énergie produite par un vélo. « Durant les projections, le public est invité à contribuer à l’effort nécessaire pour alimenter le matériel ». Tout

simplement. Résultat ? Aux quatre coins de Bourgogne, de France et du monde, les cyclistes vont à la rencontre des populations dans une démarche solidaire, invitant aux échanges multiculturels et au développement local. Les films diffusés portent sur la préservation de l’environnement ou sur les nouvelles techniques agricoles. Et c’est un énorme carton. Vincent Hanrion, natif de Metz, baroudeur et fondateur de l’association Cinécyclo basée à Dijon, est un héros. « Cinécyclo est née d’une simple envie d’associer au plaisir de voyager à vélo, celui de partager l’une de mes passions qu’est le cinéma » précise ce fils d’une famille modeste et ancien étudiant de l’école des arts décoratifs de Strasbourg. 2015, Sénégal, 6 mois d’itinérance et 3.000 km bouffés. En 2016 l’Amérique, du nord au sud, 11 mois, 8 pays, 15.000 km. Nouvelle étape à venir, l’Équateur, avec comme objectif une cinquantaine de projections et 5.000 spectateurs. Entre temps, Cinécyclo, c’est des tournées à vélo en Bourgogne, la région mère, mais aussi des expos, des films, des bouquins et des ateliers avec les scolaires pour donner le goût de l’aventure… et de de la protection de la planète. Avec tout ça, si on n’a pas envie de s’aimer tous entre nous sérieux… // PIERRE-OLIVIER BOBO

« Durant les projections, le public est invité à contribuer à l’effort nécessaire pour alimenter le matériel »

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Docteur Serin

la locomotive du soin Saint-Amand-en-Puisaye, Nièvre. En pleine diagonale du vide, avec son millier d’habitants, sa population vieillissante, l’endroit était bien parti pour devenir un désert médical. Mais c’était sans compter sur l’énergie et l’enthousiasme contagieux du Dr Michel Serin. Ce praticien humaniste, installé depuis 1986, est un visionnaire. « Les maisons de santé, c’est l’avenir ». Voilà en gros ce que disent depuis quelques années les ministres de la santé successifs, devant le nombre croissant de personnes qui se retrouvent sans soin à la campagne. L’avenir, Michel Serin l’a vu venir il y a plus de 10 ans. En 2005, il fonde la première maison de santé pluridisciplinaire qui regroupe des médecins, des sages-femmes, des infirmières, des kinés ou encore des dentistes. « Notre modèle a été décortiqué et c’est ce qui a permis de construire le prototype de ce qui

Photo : URPS

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se monte actuellement. » Et Saint-Amand a fait des petits : actuellement, ce sont plus de 1.000 maisons de santé qui sont réparties sur le territoire français, dont 105 en BourgogneFranche-Comté, la région où l’on en compte le plus par habitants. En rassemblant les professionnels et en mutualisant les moyens, la maison de santé change les conditions de travail des soignants et l’accès au soin de la population locale. « Le rôle d’une maison de santé, c’est la prise en charge globale de la santé de la population, c’est-à-dire mettre en place des actions de promotion d’éducation à la santé, ensuite d’avoir des moyens de travailler de façon coordonnée, pour la prise en charge des cas complexes au quotidien » explique le Dr Serin. Entre les visites à domicile et ses 40 consultations par jour, le Dr Michel Serin déborde toujours de projets : formation des stagiaires, télémédecine… Une vraie locomotive. // CLÉMENT GUILLET


La distillerie Michel

retour a la terre Oubliées les terrasses en été et la version tonique de la Suze, allongée sur glaçons. Ça, c’est de l’alcool à mamans ou pour les p‘tits bras. À Chapelle-des-bois, on entre dans la vérité de la gentiane. Dans le muscle du produit. Dans le spirit jurassien. Le genre de trésor franc-comtois qui vous fait passer les excès de croûte aux morilles en moins de temps qu’il n’en faut pour visiter le centre-ville de Morez. En 1888, la famille Michel accueille des saisonniers auvergnats. Un morceau de lard plus tard, les secrets de distillation sont partagés. Et depuis, de père en fils, on a distillé la racine de gentiane. Le process tient de l’art amoureux. Racines sélectionnées à vue de bulbe, nettoyage minutieux et ciselage chirurgical en fines lamelles. Puis c’est la fermentation en caves chambrées, la double distillation et le produit fini à 45%. Le graal des gosiers. Enfin ceux qui aiment le goût de la terre et du caractère des territoires. Celui de l’eau de vie de gentiane est aujourd’hui passé dans d’autres mains, celles de la distillerie Pernot à La Cluse et Mijoux, le challenger de la distillerie Guy dans la catégorie Pontarlier. Foutue Jura’s connection. // BADNEIGHBOUR Photo : distillerie Michel / À consommer avec modération.

Echo System

phare du 7-0 Si pour toi la Haute-Saône se limite à Vesoul, dont t’as entendu le nom dans la fameuse chanson de Brel, eh ben non mon ami, sors de ces clichés. Figure-toi que ça bouge en haute patate, surtout du côté de Scey-sur-Saône, à 15 bornes de la préfecture ! Là-bas, les petits gars d’Echo System se démènent pour faire vivre leur campagne. Et vu le bourbier, c’est pas une mince affaire. Alors avec un nom comme ça, tu pourrais croire qu’ils plantent des carottes entre deux tawas, en braillant des programmes altermondialistes. Tout faux. À la base du projet, l’asso « Au coin de l’oreille » qui défend les musiques actuelles depuis plus de 20 piges. Un jour, ces p’tits gars décident de monter leur structure. Excellente initiative, surtout quand t’as une friche industrielle de 2.700m² à côté ! Physiquement, c’est une ancienne tôlerie de 1000m² réaménagée et inaugurée en octobre 2014. Salle de concert de 350 places à la prog léchée, bureaux, bar,

loges... tout ce qu’il faut pour une bonne soiros. Mais le plus intéressant, c’est ce qu’ils font sur leur territoire. Qui dit « milieu rural » dit toutes les difficultés qui vont avec. Notamment la relation compliquée entre l’offre culturelle et le public, qu’on a souvent du mal à déplacer en spectacle. Echo essaye de développer « les musiques actuelles, les expressions artistiques associées et émergentes, ainsi que la mobilisation des populations et acteurs locaux autour de cette activité. » En clair, grâce aux artistes en résidence à Echo System et à la cinquantaine de bénévoles, l’asso met en place par exemple des ateliers autour de la musique. Autant en maison de retraite, que dans des salles de classes entre autres, et aussi le festival itinérant Les Estivales de Saône. Et la détermination ça paye, puisqu’ils ont réussi à décrocher le label SMAC (Scène de musiques actuelles) pour leur salle. // CYRILLE PICHENOT

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Entrevues sundance bfc Entrevue est un magazine français mensuel de presse, qui analyse les dessous des médias, interviewe les acteurs du show-biz et enquête sur les crimes et délits divers. Créé en 1992 par Thierry Ardisson, lancé au prix de 18 francs le numéro, il atteint les 200.000 exemplaires mensuels l’année de son lancement. Pas mal ! En 1995, Thierry Ardisson vend ses parts, il était sûrement le dernier à s’en rendre compte mais Entrevue n’était qu’un torchon rigolo, sorte d’Actuel people et faits-div’ qui malgré son ambition n’arrivait pas à la cheville de son modèle… Hein ? Pardon ? On me glisse dans l’oreillette que ce magazine, au nom si proche, n’a rien a voir avec ? Entrevues, avec le S à la fin, qui est ? Un ? Festival international du jeune cinéma indépendant et novateur qui a lieu tous les ans à Belfort. De nombreux réalisateurs y ont fait leurs premiers pas à l’ombre du lion de Belfort : Leos Carax, Lars von Trier, Claire Simon, Jean-Pierre Chevènement (?)... Historiquement, le premier festival de cinéma existe à Belfort depuis 1969, déjà dédié à la jeune création. Il a été réactivé en 1986 sous ce nouveau nom, en 2018 il fêterait alors ses… 32 ans. Joli. Depuis 2016, un prix récompense les jeunes talents de la BFC ; on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Aux dernières nouvelles, Thierry Ardisson ne ferait pas partie du jury. Autrement plus classe et attaché au territoire que le festival de Beaune. Franchement. // MARTIAL RATEL

Photo : Vincent Courtois

Eye of the dead Photo : Dorine Maillot

east siders Si t’es bilingue, tu sais que ce nom tout en délicatesse est l’oeuvre de ces coquins de fans de metal car au départ, en 2006, cette bande de potes voulait diffuser un maximum de musiques extrêmes dans le Nord Franche-Comté. Même s’ils ont diversifié leur prog’ depuis, l’asso Eye of the dead continue de programmer à tire larigot du côté de Montbéliard et Belfort, et à décliner ses concepts de soirées. À la Poudrière, au Moloco, dans les bars, à l’Axone, au Malsaucy… du métal, du hip-hop et aussi beaucoup d’électro, dont les fameuses soirées Noizegate, qui chauffent Montbé à blanc. Tous les 6 mois, une grosse Noizegate outdoor en extérieur (décidément, le bilinguisme), et pour patienter, des Noizegate Klub, dans les salles du coin en attendant le feu d’artifice. Ils n’hésitent plus à sortir des salles pour fumer le territoire. Avec un CV comme ça, pas étonnant qu’ils soient liés depuis longtemps au très bon festival Impetus. Une bande d’allumés, tous bénévoles, tous potes depuis des années, qui font bouger le coin, et qui montrent à grand coup d’énergie que Montbé est un quartier de Berlin. Ou l’inverse. // CHABLIS WINSTON

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« Entrevue est un magazine français mensuel de presse, qui analyse les dessous des médias, interviewe les acteurs du show-biz et enquête sur les crimes et délits divers »

Le classement des 70 personnalités qui pèsent dans la région, cet univers impitoyable. Ils veulent en être, ils vont pas être déçus !

Hors de question que cette meuf fasse partie des 70 qui pèsent ! Elle est zinzin, capable de tout, elle me harcèle depuis des mois.

Mets-moi dans cette sélection VIP !

Non merci jeune fille Sinon je balance que t'es un anarchiste partouzeur de droite à tous les internets

T'inquiète, je vais lui faire comprendre très vite. Ah ah ah ! C'est de notoriété publique ça. Allez dégage ! Tu vas cracher du sang !

Je vous demande de quitter cet établissement.

Vraiment Pierro, elle est bien cette petite.

Fous-moi sur cette liste !

JAMAIS

J'ai fait la Syrie, mec. Ça va être une boucherie.

Fumière !

Tu savais qu'elle était capable de briser des vertèbres à une main ? Si ça mérite pas ça ?! J'vais faire 2 pages sur elle. Ouais j'suis sûr.

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Fabien Bazin entendez-vous dans nos campagnes Maire de la petite ville de Lormes dans le Morvan depuis 2001, l’insatiable Fabien Bazin poursuit son travail de fourmi pour faire entrer son bourg dans la modernité et défendre une vision positive et volontariste du monde rural.

« Mon âge ? Alors je n’en sais rien, je ne compte plus. Mais je suis de janvier 1967, donc ça doit être ça, 51 ans ». Loquace, voire carrément intarissable lorsqu’on le questionne sur la ruralité, Fabien Bazin semble pourtant déconcerté quand on l’interroge sur son âge. Il faut dire qu’il n’a pas vraiment le temps de penser à son prochain anniversaire. Au téléphone, de sa voix grave travaillée à la clope, on le sent véritablement animé par les enjeux du monde rural, soucieux de faire rentrer Lormes et ses 1.500 habitants dans le futur. En 2010, à l’époque du bouclier fiscal de Sarko, il défend les principes d’un bouclier rural : déploiement de la fibre optique « partout et pour tous », mise en place de zones franches rurales, et temps d’accès minimum aux services publics. Repris ensuite au plan national et présenté à l’Assemblée par les socialistes, le projet va pourtant rester à l’état de proposition de loi. « C’était plutôt pas mal à l’époque d’arriver jusque là, parce que la ruralité était quand même assez maltraitée et on en parlait uniquement au moment des campagnes électorales où il y avait toujours un mot aimable pour elle. Là, on a quand même fait probablement le seul truc qui propose une stratégie claire sur les sujets de ruralité ». Pas découragé pour autant, Fabien Bazin lance alors l’idée de village du futur et se met à chercher des solutions très concrètes pour son territoire : « En constatant que ça ne répondait pas au niveau national, on n’allait pas les attendre 107 ans. Donc on s’est demandé ce qu’on pouvait faire au quotidien ». L’action est bel et bien le maître-mot de cet optimiste convaincu. Lormes devient alors un véritable laboratoire à ciel

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ouvert où il expérimente, sollicitant ses concitoyens et imaginant ce que sera son village dans 10, 20 et 50 ans. Installation de bancs connectés, mise en place d’une brigade des bricoleurs réunissant des artisans retraités qui donnent un coup de frais sur les huisseries de la grande rue avec des fournitures payées par la mairie, création d’un site internet d’entraide « Faire compagnie »... Le village morvandiau peut s’enorgueillir d’avoir une gendarmerie, un centre social, une école maternelle, une école primaire et un collège, une bibliothèque de 100m 2, un hôpital rénové avec une maison de retraite de 96 lits, une maison de santé regroupant toutes les professions médicales et même la fibre optique ! Ici, en dix ans, on dénombre 102 actifs de plus et 55 nouveaux habitants, juste pour l’année 2018. « Localement on peut faire plein de trucs qui coûtent pas forcément des millions de dollars mais qui sont liés à un travail régulier notamment avec le milieu associatif, avec le conseil municipal, ce qu’on appelait autrefois les gens de bonne volonté... On règle des tas de problèmes ! » Ainsi, 60 associations maillent la vie sociale de Lormes, un nombre considérable pour un bourg de 1.300 habitants. De l’équipe de foot en passant par la fanfare, le maire encourage le développement de ces espaces de sociabilité, bien conscient de l’enjeu que cela représente. « C’est aussi important d’avoir la fibre optique que d’avoir une fanfare municipale ! Le sujet c’est de savoir comment on arrive à clipper de la modernité sur de la tradition, de faire prendre la mayonnaise entre des gens qui ont tenu la baraque pendant un demi siècle en ne fermant pas leurs commerces et les éléments qu’attendent ceux qui quittent les grandes métropoles aujourd’hui et qu’ils souhaitent retrouver


à la campagne. Avant la fanfare, il y avait 20 péquins lors des commémorations, maintenant ils sont 100. Tout de suite ça donne une autre dimension à la vie ensemble. Je suis d’ailleurs devenu un as du répertoire de la fanfare, je peux presque vous fredonner Hardi pompier, c’est un truc on n’imagine pas que ça existe » s’amuse-t-il. Fabien Bazin en est convaincu, à l’heure où les habitants des grandes métropoles souffrent de plus en plus d’anonymisation, des effets de la pollution et de la gentrification, les zones rurales apparaissent désormais comme une alternative envisageable, pour ne pas dire vivable. Selon une étude de l’INSEE (parue en 2017), de 2009 à 2014, la part de la population vivant dans les cent communes françaises les plus peuplées a continué de diminuer (cette baisse étant constante depuis plusieurs décennies déjà). Selon un autre sondage IFOP lancé par l’association Familles Rurales, 81% des français considèrent la vie à la campagne comme le mode de vie idéal. « Un mec comme Michel Serres raconte que les trois innovations incroyables dans l’histoire de l’Humanité sont l’écriture, l’imprimerie et Internet. À ça j’ajouterais l’exode urbain qui a succédé à l’exode rural. En France ce sont 200 à 300.000 personnes qui quittent chaque année les métropoles. Et le télétravail, dont on peut parler sans sauter sur son siège comme De Gaulle, c’est 7% des salariés à l’échelle nationale, contre 13% en Europe. On est donc déjà en retard, et les projections à 15 ans disent

que cela va concerner 20% des salariés. » Le maire maîtrise bien son sujet, il met également un point d’honneur à alimenter les réseaux sociaux. Sur les pages Facebook et Twitter, intitulées La commune de Lormes s’active, toutes les actualités du village sont partagées quotidiennement, de la sortie culturelle des enfants en passant par le nouveau projet de la brigade des bricoleurs, ou du chien perdu cherchant son maître... Mais c’est aussi un lieu facilitant la communication avec les habitants et leur implication. Un sondage lancé par la mairie leur proposait récemment de donner leur avis sur l’action municipale. Une participation que Fabien Bazin sait essentielle à la réussite de ses actions : « Il faut que les gens comprennent que ce sont eux les acteurs. Et l’avantage de la campagne, c’est qu’on se connait déjà tous. Il n’y a pas d’un côté les élus et les sachants et de l’autre, ceux qui vont à la messe. Ça c’est terminé. Et c’est comme ça qu’on s’en sortira. Ecouter les gens c’est fondamental ; il faut donc mettre des chaises en rond, arrêter les estrades, même si on n’a pas encore trouvé la martingale qui fait qu’on est dans la vraie coproduction, qui reste le but ultime. » Ne laisser personne de côté, « redonner la parole à ceux qui n’auraient jamais dû la perdre», Fabien Bazin s’y emploie tous les jours depuis 17 ans. Et les chiffres lui donnent raison ; aux dernières présidentielles, Le Pen est arrivée deuxième derrière Macron à Lormes, alors qu’à l’échelle du département, elle est pour la première fois, arrivée en tête. Mitterrand doit s’en retourner dans sa tombe... // SOPHIE BRIGNOLI

Photo : DR

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La Fraternelle de Saint-Claude d’utilite publique

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Claude avec La Frat’. Tout le monde a un ami, un voisin ou un proche qui est lié à La Fraternelle. Tout le monde y est déjà venu car ce sont les salles de ciné du coin. Pendant longtemps, le gymnase de La Frat’ était celui qu’utilisaient toutes les écoles. Même les personnes en désaccord avec les valeurs et l’histoire politique de l’association y sont

attachées. « Pour ce qui est des critiques, on a été un temps perçu comme trop élitiste. » Mais cette image a changé, du fait notamment de la programmation horsles-murs, de la restitution des ateliers par les élèves aux parents ou encore d’une offre de spectacles plus variée. Cependant, malgré l’attachement de la population à la structure, malgré la reconnaissance des collectivités qui ont chargé l’association de coordonner le contrat territorial de développement culturel et d’éducation à la culture depuis plusieurs années, La Fraternelle fait face à des difficultés financières. Une campagne de soutien est lancée (checkez le site de l’association). La bonne nouvelle, c’est que Cahuzac va participer car La Fraternelle est reconnue d’utilité publique depuis 2015. Les dons donnent droit à un crédit d’impôt. // AUGUSTIN TRAQUENARD

Photo : La Fraternelle

Capitale de la pipe (et du diamant). Ça ne vous fatigue pas un peu, vous, les habitants de Saint-Claude, les blagues salaces à propos de votre ville ? « Un peu, mais la pipe, c’est capital, dirait Marx » répond Christophe Joneau, directeur de La Frat’. L’association accueille des artistes en résidence, quatre salles de ciné, un théâtre, une imprimerie, une salle de sport, des ateliers et des concerts dans un bâtiment qui s’étend sur 4000m 2 et 8 niveaux. Par quel miracle l’esprit et les initiatives de « coopérateurs » du XIXème siècle perdure aujourd’hui dans un lieu culturel pluridisciplinaire au fond du Jura ? Depuis le début des années 80, la maison du peuple, initialement une coopérative alimentaire qui fût également un lieu d’éducation populaire et de résistance pendant l’occupation, accueille en ses lieux La Fraternelle. L’association, dont le but initial était de créer un lieu d’échanges et de rencontres, affiche un fier bilan 30 ans plus tard, tant le rayonnement culturel de la structure est impressionnant. Les bénévoles de la première heure ont gagné leur pari, le bâtiment qui s’étend sur 4000m 2 sur 8 niveaux est aujourd’hui, de l’avis des nombreux artistes, habitants, professionnels et élèves, cet espace rêvé de liberté et d’émancipation par la culture. Christophe Joneau le confirme, l’activité à La Frat’ est intense avec près de 50.000 visiteurs par an, pour pas moins de 10.000 habitants dans la ville. « Aujourd’hui, on a trois secteurs d’activités principaux qui sont la diffusion, l’éducation artistique et populaire et la production. On a une convention avec l’éducation nationale qui va être reconduite ». Mystérieusement, l’esprit d’un modèle coopératif d’un autre âge se perpetue dans un lieu associatif. C’est à se demander comment un repère d’irréductibles gauchos, les Frateux et leur « utopie concrête » n’ont pas encore été balayé par la start-up nation. Pour Christophe Joneau, ce paradoxe tient dans le rapport affectif qu’entretiennent les habitants de Saint-


La friperie des copains

La Friperie des Copains, c’est l’idée de deux garçons : Damien et Clément. Passionnés depuis des années du chinage en brocante et du vintage, ils sont vite rejoints par leur pote Edward. Après des mois de recherche dans les diverses brocantes du coin, les trois copains se sont réunis dans l’idée de partager cette passion avec la jeunesse neversoise. « On aime notre ville natale et on est très attachés à ce qu’elle se dynamise. On a donc voulu créer La Friperie des Copains pour les jeunes du coin ». Conscient que la friperie est plutôt l’affaire des grandes villes, la bande de potes s’est pourtant lancée le défi de faire bouger les choses à Nevers. Se retrouver dans un hall d’immeuble pour le 2ème édition de la friperie, endroit iconique pour tous genres de bavardages, colle parfaitement à leur identité bonne franquette. « On voulait faire profiter aux jeunes de Nevers d’articles vintage uniques, à des prix convenables pour eux et échapper à la vente lambda d’Internet où tout le monde se retrouve avec le même t-shirt dans la rue, surtout dans une petite ville ».

Les trois garçons ont aussi voulu créer un lieu culturel éphémère grâce à cette friperie. Au milieu de casquettes et de bananes, on retrouve des livres sur les années 70, 80, 90 et début 2000 et aussi des affiches réalisées à la main, sur le thème de la fripe. On retrouve alors des graphismes colorés, dans lesquelles la fripe est mise à l’honneur. Affaire à suivre de très près pour les prochaines éditions. // VICTOIRE BOUTRON

Photo : DR

nevers vintage

Gaëtan Boissard

pilier Juin 2018. Alors que tous les beaufs de ce pays s’apprêtent à casser la démarche comme Samuel Umtiti, les moins de 20 ans de l’équipe de France de Rugby sont champions du monde, pendant que leurs glorieux ainés végètent bien comme il faut. En tapant l’Angleterre, en plus. « C’était vraiment une super aventure humaine, avec un super groupe et des jeunes qui viennent d’horizons très différents, on représente bien ce qu’est la France et ça c’est une grande fierté. » Ces paroles qui font plaisir viennent de leur préparateur physique, Gaëtan Boissard, originaire du 7-1 et de Saint-Rémy. Gaët’ a tracé sa route paisiblement, sans points de côté, depuis les bancs de la fac de sport de Dijon et jusque dans les coulisses de la Fédération

Française de Rugby. D’abord avec les U18, le blond longiligne s’est retrouvé à gérer les meilleurs jeunes joueurs du pays dont les organismes portent les stigmates de saisons bien hardcores. La condition physique, c’est le phare de la performance, la composante élémentaire qui se nourrit d’un travail monstre : « Faut pas compter ses heures, on est souvent levé avant tout le monde et couché après ». À bientôt 33 balais, Gaëtan conduit la forme des équipes nationales de jeunes avec une dalle intacte : «Mon objectif est de performer à mon nouveau poste et de participer activement à la recherche d’excellence pour la formation des jeunes ». Oui, oui, Gaëtan mérite bien que toute la BFC vienne lui bouffer dans la main. // MEHDI MERINI

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Photo : Alexandre Claass


Grand Singe

outang clan

Photo : JC Polien

Grand Singe est un ovni. Visuellement. Esthétiquement. Musicalement. Grand Singe, c’est l’alliance de trois rappeurs indé bisontins, réunis dans un univers à la mesure de leurs ambitions et de leur déjà long parcours. Derrière les masques de singes stylisés et sous les amples toges sombres, les trois hommes se connaissent bien. Ils ont déjà « croisé le mic de branche en branche », rimé ensemble dans les 90’s avant de se choisir cette identité simiesque. Individuellement, ces trois super-héros du hip-hop s’appellent Boucherie Chevaline, Zo et Miqi O. Sur scène ou en studio, ils forment Grand Singe, union sacrée du roi de la jungle, du roi du désert, du roi de la toundra. Ils sont les fils de la Pachamama, déesse majeure de la culture pré-inca. Amen. Ils sont mystiques, uniques, futuristes et classiques à la fois, tout comme leur musique néo boom-bap, mélange d’ancien et de moderne. Car côté son, entre classique et contemporain, ces trois «orangs-outans du verbe », ces «bonobos du beat », n’ont pas choisi. Pourquoi faire ? Pour eux, ce sera l’alliage entre l’âge d’or des 90’s, une diction agile et impeccable, des lyrics fouillées et travaillées, des assonances et allitérations complexes, des thématiques exigeantes et cultivées. Pourquoi choisir quand on peut traverser les ères et les frontières, croiser les influences, prendre le meilleur du hip-hop, des emcees et beatmakers d’outre Atlantique ou d’ailleurs ? // JEAN-PAUL PUPILLIN

Herbie Cartier

dandy masque psychés à Charly et Lulu. Sur son album Magnificence, il rappe mais ce qu’on préfère c’est quand il nous susurre ses états d’âmes, egotrip cynique, lucide et embrumé. Un album d’Herbie, c’est pas un épisode d’Une famille formidable. Ce monde est merdique. Herbie fait avec, veut sa part, fume, et boit un bon vieux bourbon, en peignoir, à l’aise. Avec une nonchalance soul qui pue la Californie, ou le parking du Cora de Marsannay, un dimanche soir, autoradio calé sur Nostalgie, ou Nova. // CHABLIS WINSTON

Herbie se trimballe en peignoir, un foulard sur la tête, un cigare à la main sur une plage ou sur un banc le long d’un boulevard de son Dijon natal. Il perd ses petits samples de funk dans une trap fumeuse et soignée, une turbine fine sur des basses sombres. À première vue, c’est gras comme un loukoum, et quand tu croques c’est délicat comme une chouquette, l’acidité en plus. Ce mec est tellement moderne qu’il est déjà demain, et tellement old school qu’il a envoyé ses derniers clips complètement

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Artwork : Dour


Le festival des histoires vraies

Autun en emporte le vin Photo : Fleurine Pospiech

Le temps d’un gros week-end, à Autun, des milliers de personnes investissent l’ancienne ville romaine à l’invitation des revues XXI et 6 Mois pour parler avec des journalistes, des témoins du monde sur des sujets aussi divers que la Russie, l’éducation, l’histoire en bande dessinée, l’affaire Cahuzac, Trump, la fabrique de l’information, les services secrêts... C’est bien simple, depuis l’arrivée des Eduens pour s’installer dans la ville, on n’avait pas vu autant de monde. Médiatiquement, les têtes pensantes du festival sont repérées mais à Autun, on connait surtout Sharlie Minette et Thibault Brugat-Dreux. Bien au-delà du copinage que vous pouvez soupçonner – Sparse est partenaire du festival, le travail entrepris par ces deux chevilles ouvrières du Festival des histoires vraies mérite d’être dans ce hall of fame de la BFC. Pendant 6 mois, Thibaut se autunise. Il s’installe en ville juste au pied du morvan pour silloner le terrain, sourire aux lèvres. Pour convaincre de l’intérêt local du festoche. Que je te sers une main de grand-mère sur le marché le samedi matin, que je m’en jette un petit derrière le col avec les notables au Grand Café, que je rassure le club de foot sur l’utilisation de la douche par les festivaliers, une tape sur la joue du bébé et une sur la croupe de la charolaise. Digne d’un candidat aux cantonales. En deuxième lame,

Hôp hop hop

Né à Oran Initié par une urbaniste, un designer et trois architectes, Hôp Hop Hop est un laboratoire urbain et social qui consiste en l’occupation temporaire, via une convention avec le CHU et la ville de Besançon, du site de l’Arsenal, Photo : Nicolas Waltefaugle

Sharlie débarque tout sourire pour assurer l’intendance, la connexion, la gestion de la salle des fêtes transformée en cantoche, des internats empruntés aux lycées, à la Maîtrise. Et toujours... sourire au lèvres. // MARTIAL RATEL

A BASE DE HOP HOP HOP à deux pas de la mairie. À terme, cette partie de l’ancien Hôpital Saint-Jacques sera reconvertie en quelque chose (la glorieuse incertitude de l’urbanisme à la française). En attendant, une quarantaine de résidents l’ont investi au printemps dernier : artistes et freelances pour l’essentiel, tous attirés par des loyers foréziens l’ambiance post-industrielle (passion carrelage blanc) et l’émulation entre occupants du site. En parallèle aux espaces de travail, Hôp Hop Hop accueille des ateliers partagés, des festivals, des expos, des pièces de théâtre... En gros, il s’y passe quasiment un truc chaque jour. De quoi dessiner une nouvelle centralité en ville. Et ça marche sa race : en novembre, une deuxième aile ouvrait pour accueillir une dizaine de résidents supplémentaires, une ressourcerie et un café associatif (opé, lui, en cette fin d’année). Voilà. Ce portrait était vraiment supère complet, mais si tu veux plus d’infos, il y a Facebook. Et si tu vas ap’ sur Facebook, rapport que c’est old, demande à ta mère, la seule qui t’envoie encore ses vœux, alors que t’as un pont Renaissance dans la narine. // VITTORIO FRATELLO

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Le Loup de BFC

Back in business patous. Ces chiens sont très balaises et capables de tenir le loup en respect en cas d’attaque de troupeau. Mais les chiens posent aussi des problèmes. Mal dressé, le patou a autant de discernement qu’un chasseur : il attaque les vététistes et les randonneurs. Devant tant d’incertitudes face à l’évolution de ce complexe écosystème où évoluent moutons, loups, chasseurs, éleveurs et randonneurs, le mieux est sans doute de s’en remettre à la perspicacité des élus. En 2017, le maire d’Is-surTille a tout simplement interdit la pratique de la randonnée en forêt en période de chasse. Priorité aux prédateurs. // AUGUSTIN TRAQUENARD

Photo : DR

Décimé par les chasseurs au début du XXème siècle, Canis Lupus est revenu en France en 1992 via l’Italie. Ce sont probablement les cris de Jordy, qui couinait cette annéelà sur la FM combien il était dur d’être un bébé, qui l’ont alerté. Vous pensiez que la bête allait rester cantonnée dans les massifs des Alpes ? En juin dernier, un convive surprise s’est invité à un méchoui sauvage à Arthoney, dans l’Yonne. Bilan de la soirée : une dizaine de moutons dévorés. Suite à des analyses ADN, la préfecture a confirmé les craintes des éleveurs. Le loup est de retour. En octobre, une photo prise à Lajoux confirme sa présence dans le Jura également.Le canidé traîne dans toute la BFC. Sachez que la bestiole a une capacité de dispersion galopante. Pas de panique, personne n’a encore repéré de spécimens dans les rues piétonnes de Dijon ou de Besançon. Pas de danger donc, y compris en campagne où le loup n’attaque pas l’homme. Mais les éleveurs sont fumasses et demandent l’éradication du prédateur. Avec une population estimée à un peu moins de 400 individus en France, le « Plan loup » du gouvernement autorise le prélèvement (c’est-àdire le flinguage) de 40 loups par an. Insuffisant pour les éleveurs, inadmissible pour les écologistes. En montagne, pour contrer la menace, pas mal de bergers adoptent des

Espace Lullaby

MA VOYANTE BIEN AIMEE Joigny, capitale du triste ? Pas certain. Depuis l’été dernier, la rue Cortelle s’est habillée de rubans, de bougies, de bijoux et l’Espace Lullaby vient troubler la grisaille des corbeaux. La porte poussée, c’est Lise qui apparaît. Sourire au visage, savoirs ésotériques en poche et pédigrée à faire pâlir tout self-made man. Petite fille de rebouteuse, écrivaine, poétesse. Lise a été comédienne, elle est aujourd’hui médium, magicienne et voyante. Pas forcément portée sur la gloire, elle travaille pour la joie. En échange d’une donation libre et quelconque, les cartes sont tirées ou

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la boule de cristal interrogée. Parfois arrivent des réponses, le plus souvent des questions. Bien entendu, de temps à autre, on vient chercher Lise, en loucedé, pour nuir ou jeter quelques mauvais sorts. Son refus est systématique. Tant pis pour les corbacs, un médium n’est pas sorcier, ni psy et encore moins médecin. Dans la boutique Lullaby, on ne croit à une seule chose. Le vrai n’est pas vénal. Lise l’a inscrit ainsi sur sa porte sur sa porte : « Qu’il y a t’il de plus beau qu’une clé dont on ne sait pas ce qu’elle ouvre ? ». Prêt à trouver votre serrure ? // ZACK


Lulu et Céline

Jonathan et Jennifer Ce ne sont pas des justiciers milliardaires mais pour l’amour du risque, ils se sont lancés dans l’élaboration d’un musée des camions et d’un bar associatif, le Bar Aillot à Montceau (cf. Sparse numéro 15). Ouvert de mai à fin octobre, cette ancienne usine montcellienne du XIXème siècle fabriquait des rouleaux compresseurs pour les entreprises de travaux publics. Aujourd’hui, on peut y boire une bonne mousse, y déguster de la cochonnaille en écoutant un concert. Ce lieu a été créé de toute pièce par François Gambut – dit Lulu – et Céline Demontfaucon. L’un est un amoureux des camions et des bons mots, l’autre d’art contemporain et d’aménagement d’intérieur. Combo sympathique pour un lieu unique. L’humour des tenanciers n’est plus à vérifier et c’est avec plein d’amour qu’ils ont su donner à ce lieu en friche toutes ses lettres de noblesse. The place to be à Montceau-les-Mines. // CÉDRIC DE MONTCEAU

Photo : Cédric de Montceau

Cette ancienne usine montcellienne du XIXème siècle fabriquait des rouleaux compresseurs. Aujourd’hui, on peut y boire une bonne mousse. 47


Le lynx boréal

La bete du GeVouglans

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eu des précédents avec des lynx désinvoltes. Le lynx filmé est un mâle, on est dans une période de fin de rut, peut-être était-il fatigué ». Fin de rut ou pas, en juin dernier, dans l’état de Géorgie, chez les Ricains qui s’y connaissent en terme de régulation des migrants et des espèces animales, une femme a tué à mains nues, en l’étranglant, un lynx qui l’avait attaquée alors qu’elle le filmait tranquillement dans son jardin. « Make America and Jura great again », aurait-elle déclaré. // AUGUSTIN TRAQUENARD

Photo : DR

Comme pour son petit pote le loup venu d’Italie coloniser le Mercantour, le lynx boréal a profité de la frontière poreuse de l’espace Shengen entre la Suisse et la France pour s’installer dans le Jura depuis les années 70. Avec sa tête mignonne et ses oreilles de Gremlins, les randonneurs et les skieurs de fond aimeraient le croiser plus souvent. Contrairement aux migrants syriens, le lynx jurassien a la cote chez à peu près tout le monde. L’association Athenas, basée à L’Étoile (39), recueille même les lynx victimes de collisions automobiles ou blessés par les braconniers. Parfois, certains specimens sauvages ne manifestent aucune crainte et déambulent peinards en traversant les routes départementales. Les quelques chanceux ayant filmé ces lynx désinvoltes ont été propulsés au rang d’influenceurs sur Insta. Commentant une de ces vidéos, Gilles Moyne, responsable du centre Athenas, a confié à nos confrères de France 3 : « il y a déjà


Maggy Bolle

chanteuse a deglingue Depuis 2007, l’artiste originaire de Besançon Maggy Bolle écume les petites salles et les festivals avec sa guitare et sa gouaille. Elle chante avec ironie les tracas du quotidien et en profite pour régler parfois Tu jouis d’un énorme capital sympathie auprès du ses comptes avec les politiciens, les gros public, comment l’expliques-tu ? cons, la connasse d’en face... Mais toujours Je décris souvent le spectacle en disant chanter tout avec le sourire. Rencontre avec une artiste haut ce que tout le monde pense tout bas. Mais je pense entière à l’humour poilant. qu’il y a de ça. Ça leur fait du bien d’entendre plein de vérités, de gros mots. Il y a l’engagement aussi. En plus les refrains sont faciles à retenir donc très vite le public chante.

Tu écris aussi des textes plus engagés ? Sur la politique, j’ai fait une chanson qui s’appelle Les enculés : « Voter pour l’enculé pour pas que le connard passe ». Parce que c’est ce qu’on fait tout le temps. J’en ai fait une autre où je chante « quand c’est non, c’est non ». Je l’ai écrite par rapport à l’affaire Baupin, d’ailleurs elle s’appelle Baupin dans ta gueule. Maintenant, j’ai envie d’écrire sur ceux qui jettent leurs ordures partout par terre, sur le Mc Do. C’est un personnage Maggy Bolle ? En fait je ne sais plus trop. C’était pas un personnage au départ. Mais comme je tourne pas mal et que je me défoule beaucoup sur scène, je dirais que dans la vie je suis vachement plus calme. Mais bon, Maggy Bolle n’est jamais loin, je fous quand même rapidement le bordel.

dernier album © Le Cri du Corbeau, 2017

Tu passes beaucoup de temps à La Réunion, pourquoi là-bas ? Je me casse au soleil, à La Réunion ou à Madagascar, comme ça je joue moins. (rires) Si je reste en France, les gens me sollicitent tout le temps et j’ai du mal à dire non... Je faisais jusqu’à 120 dates par an avant. La Réunion, ça fait quatre ans que j’y séjourne, c’est là où j’ai écris le dernier album. Et puis cette année j’essaie vraiment de passer l’hiver au chaud ! Je rentre début février à Besançon pour attaquer une tournée, ça va me faire bizarre. Donc j’arrive, je fais la Percée du vin jaune et on part sur les routes, sur la neige... Oh merde ! Dans tes chansons, tu racontes des histoires de la vie quotidienne avec beaucoup d’ironie. Pourquoi ce ton ? J’aime ce sens de l’humour, pour moi c’est complètement l’humour britannique. J’ai vécu deux ans en Angleterre et je pense que ce penchant s’est accentué quand j’étais là-bas. C’est trash, mais sans que ça se voit vraiment.

Dis quelque chose de méchant sur les Bourguignons. Ah. Alors, ce que je voulais dire sur les Bourguignons, c’est que depuis qu’on est cousins, ben nous, on a récupéré plein de bon pinard et plein de bons fromages alors que les Dijonnais se tapent tous les chômeurs de Sochaux ! Et je me dis qu’au concours de consanguins, c’est la Bourgogne qui gagne. Parce que nous, on a la Haute-Saône, mais vous, vous avez le Morvan, la Nièvre et l’Yonne ! // SOPHIE BRIGNOLI

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Max et son chamois Qui a dit que la Guyane était plus dangereuse que la BFC ? Max a connu le grand frisson de la nature en pleine ville en vivant une histoire digne des plus belles de Pierre Bellemare. Affairé à son petit running (on ne dit plus jogging en 2018) juste derrière la Citadelle de Besac’ (pas non plus le fond de la campagne) en septembre dernier, il entend des pas dans la forêt. Il croit d’abord à un promeneur, et se retrouve nez à nez avec un chamois. « Il m’a tout de suite sauté dessus. J’ai essayé de le repousser, mais c’est balaise un chamois ». La bête cherche la merde alors que Max ne le connaît pas et n’a pas insulté sa mère. Why ? Et les deux commencent à s’empoigner, si je puis dire. Une sorte de street fight. « Il m’a fait passer au-dessus de lui, et m’a embroché la cuisse, puis m’a envoyé à 10 mètres dans la forêt ». Affûté, le chamois. Il faut dire que Max a plus un gabarit de jockey que de rugbyman, mais quand même. Le vainqueur du combat ? Il est reparti vite fait une fois son forfait accompli. Le choc. Après avoir tenté de joindre les pompiers, Max arrive tant bien que mal à descendre jusqu’à la route où il est pris en charge par des automobilistes. À peine croyable. « À l’hôpital, je leur disais : il faut me croire ! C’est un chamois. » Max est désormais tiré d’affaire mais l’a échappé belle. Une expérience dans la jungle mais à Besançon. On devrait organiser des combats chamois vs loup ou vs pitt’, pour voir qui gagne. En tout cas, cette histoire a une morale, à méditer : le running, c’est très dangereux. N’en faites plus. // CHABLIS WINSTON

Photo : Pierre Acobas

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Photo : DR

Man vs Wild

La Méandre berlin sur Saone Dans un ancien hangar des quais du Port Nord à Chalon-surSaône, le collectif La Méandre donne le tournis : concert, tournage, spectacle et création, bref de la culture dans tous ces états. Ces Chalonnais ont le sens de la débrouille et une furieuse envie d’étonner. Déjà, le lieu vaut le détour. Pour trouver La Méandre il faut aller la débusquer au Port Nord, où elle se planque, dans cette enfilade d’entrepôts vides et de grues abandonnées à la rouille. « On a eu une veine incroyable de trouver cet endroit, explique Pierre Acobas, membre du collectif. On est arrivés en janvier 2011 à un moment où il n’y allait plus avoir aucune présence humaine. Toute l’activité économique s’étant déplacée au Port Sud. » Depuis leur arrivée, ces créatifs de bout-deficelle ont métamorphosé l’endroit en lieu de création et de de diffusion. C’est Berlin-sur-Saône : underground, arty et plein de tendresse. « Je pense que l’idée générale ici c’est de s’entraider pour créer. Le dénominateur commun de ce qui se passe à La Méandre, c’est peut-être les arts de la rue. C’est un genre qui n’est pas rigide, ça nous va bien. Et on aime ça, avec le festival Chalon dans la Rue, même à notre époque où l’espace public a tendance à se refermer, à cause de vigipirate ou des politiques. » Pour être au courant de tout ce qui s’y passe ? Un petit tour sur leur page facebook ou mieux : mettre tutecalmes.org dans tes favoris. Cet agenda culturel alternatif va te faire aimer Chalon-surSaône. // ÉDOUARD ROUSSEL


Michel Antony

Le S.O.S des hostos en detresse Ce n’est un secret pour personne, les hôpitaux de France pissent un peu plus le sang chaque jour. À Lure, en HauteSaône, la coordination nationale des comités de défense des hôpitaux de proximité ferraille dur depuis 2004 pour que les territoires ruraux ne perdent rien de leur offre de soins publique. On en parle avec Michel Antony, ancien président de la coordination et toujours très actif au sein de la région. Pourquoi c’est important de défendre un service public de la santé et l’égalité de soin pour tous ? La défense au nom de nos grands principes: la solidarité et l’égalité. C’est pour maintenir un aménagement du territoire qui correspond aux besoins des gens. Plus on va fermer ou regrouper les services, plus les gens vont être contraints de prendre la route, d’avoir des risques supplémentaires, des coûts, etc. C’est une nécessité sociale et éthique.

Comment agit-on pour lutter contre ça et pour peser efficacement ? Surtout quand il y a peu de moyens et surtout des bénévoles… La lutte est multiforme : mobilisation, grève, grève de la faim et référendum d’initiative populaire. La justice aussi. L’essentiel pour nous, pour mettre fin à ce rouleau compresseur, passe par la coordination de l’action des élus, du personnel des services concernés et de la population. Ce sont les trois piliers qui nous feront gagner. On organise aussi des rencontres nationales, deux par an depuis 2004. C’est une forme de démocratie par le bas qui sert la cause. Il n’y a pas si longtemps, Agnès Buzyn a présenté son plan national de santé. Est-ce que ça satisfait la cause des hôpitaux de proximité ? Non, son plan prolonge ce qu’ont fait ses prédécesseurs. Elle continue les regroupements, d’essayer de remplacer les personnels par le numérique. Elle détruit sciemment la santé de proximité à cause de soucis d’économies et d’une pénurie de personnels. On va se retrouver avec une aggravation de la santé et des inégalités entre les centres hospitaliers. On perd d’ailleurs des places dans le classement mondial de l’efficacité de notre système de santé. // MHEDI MERINI

De plus en plus de maternités ferment, de plus en plus d’hôpitaux de proximité voient leurs services supprimés. Comment en est-on arrivé là ? Il n’y a aucune justification morale, ni économique, ni sociale. Les seules raisons qui ont mené à ça sont la volonté de l’État de faire des économies et la gestion de pénurie de personnel. C’est à cause de cela qu’on supprime ce qui est le bien commun des gens. Ça dure depuis plus de 30 ans et ça s’accentue aujourd’hui avec Macron mais la résistance des gens s’organise partout en France. On ne peut plus presser le citron comme avant, il n’y a plus rien à presser.

Photo : DR

Pourquoi le siège se trouve à Lure ? Lorsqu’on s’est mobilisés contre les suppressions à Lure en 2003-2004 avec des référendums locaux notamment, il se passait la même chose à Saint-Affrique dans l’Aveyron. On a décidé de se regrouper avec eux et comme j’ai très rapidement pris la présidence pendant une dizaine d’années, c’était normal que le secrétariat s’établisse ici.

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Morgan Kneisky

Le Champion meconnu une piste. Et la course à l’américaine ? C’est quand tu te gaves de gras en tirant avec un flingue sur ton biclou. Non, c’est une course en relais à deux avec un classement sur les points que tu marques à tous les sprints intermédiaires. Houla, c’est compliqué ? Tape Morgan Kneisky sur le net. // CHABLIS WINSTON

Photo : DR

Morgan est coureur cycliste professionnel. Il a couru pour plusieurs équipes, relax, sans faire trop de bruit. Mais sa spécialité à lui, c’est plutôt le cyclisme sur piste. Ce mec est multi champion de monde, multi médaillé, multi tout ce que tu veux. Y’a des pays où ce type aurait une avenue à son nom ; en France, il est à peine connu dans sa région. Ce Bisontin de 31 ans est plutôt du genre discret, mais si tu déroules son palmarès sur piste, il est aussi épais que ses cuisseaux de sprinter. Champion du monde du scratch en 2009, champion du monde de la course américaine en 2013, 2015 et 2017. Trois médailles d’argent et cinq de bronze aux mondiaux et championnat d’Europe. Les titres de champion de France ? J’ai pas la place pour tout marquer, y’en a pas assez dans le magazine. Rien à envier aux Brian Coquart (qui a été son partenaire) ou autres Florian Rousseau. Là, tu me demandes ce que c’est que ces noms d’épreuves ? Oui, pour les pistards, y’a plein de disciplines différentes. Le kirin, le kilomètre, l’omnium... Le scratch, c’est l’épreuve reine : tout le monde part en même temps sur une distance déterminée, une beuterie, comme le vélo sur route, mais sur

Le classement des 70 personnalités qui pèsent dans la région, cet univers impitoyable. Ils veulent en être, ils vont pas être déçus !

Ah ouais, génial. Là y'a une histoire, y'a un personnage, y'a un univers. T'es le gars à connaître en BFC, vraiment. C'est bien simple, J'ai envie d'écrire un livre sur toi.

Bon on se tient au courant, hein ? Je filerai ton numéro à notre photographe.

C'est un honneur d'être dans ce classement ! J'en rêvais depuis longtemps et pas seulement en me rasant ! Bin merci les gars. Moi j'me donne à fond pour les autres.

Sans déconner j'appellerai un pote à l'Unesco pour essayer de te dégoter une sub'. Merci c'est trop !

Bon, j'ai laissé mon phone en mode recording dans le bureau, voyons ce que ces hipsters racontent sur moi.

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- Il se prend pour l'abbé Pierre cet enfoiré ? - "Gnagna sauver le monde..." petit prétentieux ! - Une de nos moustaches est de trop dans cette ville. - Fils de pu.... - Tu t'emportes là... - Ah ouais excuse. Déso...

Mais comment on fait pour être dans ce classement, bordel !


Le Mouvement Franche-Comté

Photo : Alexandre Claass

FLNC canal cancoillotte

Le Mouvement Franche-Comté est né en 2006 sous l’impulsion de Jean-Michel Allenbach. C’est le plus médiatique des mouvements indépendantistes en Franche-Comté. Le plan est simple : comme la Franche-Comté a été créée avant la France, elle n’a pas à rester dans son giron. La Franche-Comté doit être indépendante ou, au mieux, rattachée à la Suisse. Facile, non ? Précisons quand même que le Mouvement Franche-Comté n’a

pas l’intention de prendre les armes pour arriver à ses fins. Ouf. Le truc, c’est que le projet ne déclenche pas l’engouement populaire attendu... Penses-tu ! On ne voit pas des masses de Bisontins descendre dans les rues pour exiger la sécession, malgré la boutique du mouvement faisant office de vitrine place du 8 Septembre à Besançon, et malgré le gros coup de com’ que Jean-Mi a envoyé au moment de la réunification au forceps des régions. Allenbach est la seule tête qui émerge de cette entité. Seul et incompris. Mec ! C’est cramé. Lâche l’affaire. Et ça n’a aucun sens. Elle est où ta nation franc-comtoise ? La Franche-Comté libre ? Déjà que la Catalogne n’y arrive pas. La Franche-Comté rattachée à la Suisse ? Bien qu’un des arguments de Jean-Mi soit que les Suisses y sont favorables, les Suisses s’en tamponnent de la Franche-Comté. Tu as vu comment ils te traitent J-M ? C’est de l’argent que tu veux Jean-Michel ? C’est ça ? Dis-le tout de suite. La Franche-Comté inventée avant la France ? C’est ça l’argument ultime ? Avant la pénicilline, on avait la saignée. La BFC, c’est là maintenant, et c’est aussi pour des gens comme toi, va falloir faire avec. Ça ne t’empêche pas de continuer à te sentir Comtois. Et fier de l’être. // CHABLIS WINSTON

Le nem d’andouillette La honte de la gastronomie Parfois, on est obligé de monter au créneau pour défendre une certaine idée de la vie et de la gastronomie. Après la moutarde au mojito, certains esprits malfaisants s’attaquent à l’andouillette de Chablis. Le nem, c’est devenu le cancer de la gastronomie. Ils commencent à tout foutre sous forme de nem. On trouve aujoud’hui dans beaucoup de snacks-kebabs des americains-nems, où le gars a remplacé le steak par un nem ! Sandwich nem-

frites. Encore, le sandwich américain, c’est le niveau zéro de la gastronomie... mais l’andouillette ! Pourquoi créer un nem d’andouillette de Chablis ? Pourquoi bordel ?! Est ce que mon nem sentira un peu le fion aussi ? Tu vas me faire un nem de jambon persillé ? Un nem de Mont d’Or ? Un nem de gougère ? Ne le fais pas ! Arrête ! C’est non. // CHABLIS WINSTON

Photo : Very Easy Kitchen

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ODIL la tele qui a bonne mine « O.D.I.L... Qu’est ce que ça peut bien vouloir dire ? Lido ? C’est un truc de danseuse ? » s’interrogeait Alain Chabat dans le film. L’idée, c’est de « mettre en lumière ce qui se passe dans le département, en culture, sport et société et soutenir le déploiement d’initiatives :  Observer et Déployer les Initiatives Locales ». O.D.I.L., voilà ! La petite chaîne de télé qui monte, basée à Montceau-les-Mines, trimballe son studio et son canapé rose dans toute la Saône-etLoire : sur des stades de foot, dans la forêt, au cœur des villes, au supermarché comme dans les hautes instances de la région. « On n’est pas journaliste, notre truc c’est de mettre nos outils à disposition pour les habitants et les inviter à un grand débat populaire sur le local ». Du matos et un savoir-faire au service du coin. Le territoire est riche, plein de talents et de possibilités. C’est toujours mieux quand on a un média qui peut les mettre en valeur. L’idée, c’est d’être dans la vraie vie plus que dans le virtuel, et dans la discussion plus que dans l’analyse à tout va. « Quand on discute ensemble, c’est mieux que quand on se cache derrière des avatars Facebook, non ? » In Real Life. Voilà un média qui s’inscrit dans l’action. Dans la proximité, sur le terrain, et qui est co-construit avec la population. Ça donne tout un tas de programmes à aller mater sur leur site. J’ai même pas de blague cynique à faire, tiens. Un vrai truc bien. L’abonnement est à 1 euro. On soutient. // CHABLIS WINSTON

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Photo : DR

Photo : ODIL


Olivier Michalak

Roi des grattons

Photo : Cédric de Montceau

Vegan s’abstenir. Ici, on parle de pur terroir. Olivier règne sur le game du gratton en Bourgogne du sud, confortablement installé dans son antre-charcuterie-traiteur de la rue Carnot, en plein centre de Montceau-lesMines. Carrure de 3ème ligne et joues toutes roses, Olivier Michalak tient son savoir-faire de son ancien patron, car il a commencé comme arpète dans la même boutique. Tradition, terroir. Sans te livrer tous les secrets du processus de fabrication, le gratton, c’est du bon gras cuit dans du bon gras. Salé, vinaigré. Point. Olivier a la technique et des machines spécialement conçues « pour dégraisser le gratton », ce qui, pour un truc fait à 100 % de gras, n’est pas une mince affaire. Le gratton est un plat croquant, il fond sur le palet, le petit Jésus en culotte de velours. Pas comme ces saloperies de grattons lyonnais qui t’explosent en bouche. Dégueux. À clairement consommer avec modération, c’est dangereux ces petites choses-là. Du cholestérol en barre. Un poignée à l’apéro, pas plus. Mais tous les jours par contre, sinon, ça compte pas. // CHABLIS WINSTON

Pasta Grows On Trees Pop short en jean et biere a 1 euro « Les pâtes, c’est mon fruit préféré », voilà le verbatim du nouveau projet de Simon Dougé, commandant du navire Pasta Grows On Trees né sur le cendres fumantes de Gepsiz. On l’avait quitté avec un projet folk 70’s aux guitares introspectives pour le retrouver près d’un an et demi plus tard avec un karaoké live complètement déglingué. Mais qu’est-ce qu’il s’est passé ? « La République Tchèque en Erasmus, la prise d’autonomie en quittant le cocon familial, la glande avec 10 heures de cours par semaine, la bière à un balle ». Effectivement, ceci explique cela. Du coup, Simon est de retour en terre dijonnaise avec des influences nouvelles, qui ont glissé gentiment des poncifs 60’s et 70’s -les Fab Four, les Doors,

Véronique Sanson (non, je déconne)- vers le lo-fi, la pop bricolage Leroy Merlin quoi (Mild High Club et Ariel Pink en tête de liste). Le mag’ Gonzaï l’a qualifié trop facilement de Mac DeMarco dijonnais, mais vous verrez pas mal d’autres aspects de sa personnalité sur l’album Bohemian songs, qui sortira d’ici début 2019, en K7 via le label japonais Galaxy Train. Foncez voir son karaoké ! Mais pas besoin de forcer les portes du Cintra ou de vous bourrer de boules coco au Panda de Chine pour autant. En 2019, Pasta bougera dans la région et ailleurs pour vous narrer ses déserts sentimentaux et autres souvenirs d’un Erasmus qui fout moins la gerbe qu’un Klapisch, et ce même avec de la bière bon marché. // FRANCK LE TANK

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La Poèterie

Photo : Vincent Magni

Make culture great again

En pleine Yonne, à environ six bornes du chantier médiéval de Guédelon, tu peux tomber sur un lieu de vie culturelle assez hors du commun. Depuis 2006 à Saint-Sauveur-en-Puisaye se trouve la Poèterie. Cette ancienne usine/friche industrielle a su retrouver une seconde vie sous l’impulsion de Vincent Magni, sculpteur et initiateur du projet. Son idée de base : faire de ces vieux bâtiments rincés comme les HLM de Marseille, un village d’artistes avec tout le nécessaire à disposition (ateliers, lieux d’exposition etc.). Le tout, entouré par un immense terrain où sont exposées des sculptures monumentales. Outre ces dispositions pour les artistes, l’espace est aussi pensé pour le public : si l’idée te vient d’aller y passer un week-end avec la belle-famille, relax, tu peux : sur place deux gites de groupe. Si t’as juste envie de

Voilà, grâce à l’apéro inventé par Armand Guy, la BFC est totalement autonome. 56

passer un soir, bim ! Café-concert ! Géré par des associatifs bénévoles, le café culturel est avant tout un lieu d’échange entre les artistes et le public. Tu te poses et tu tailles le bout de gras avec des plasticiens, céramistes, sculpteurs, tout en buvant des coups. C’est-y pas beau ? Niveau prog, tout y passe, aussi éclectique que les profils qui peuvent s’installer à la Poèterie : musique du monde, rock atmosphérique, jazz, rap, électro ou trip-hop entre autres. On a pu voir passer Christian Olivier, The Wow Signal ou encore nos Dijonnais de Toxic Citizens. Et autre truc chouette, le Poèt’Fest. Chaque été pendant quatre jours, l’ancienne usine accueille un festival de rock metal, organisé par ses soins. Sympa, surtout en pleine campagne où l’offre culturelle est malheureusement souvent restreinte. // CYRILLE PICHENOT

La BFC capitale mondiale du (bon) goût ! C’est connu. Au moment de la fusion des régions Bourgogne et Franche-comté, on faisait le décompte des bijoux de famille culinaire, Époisses vs Comté, jambon persillé vs saucisses, arrivait la question des alcools : pinards bourguignons vs… ? Pontarlier, bien sur ! C’est la fierté locale de cette ville frontière franco-suisse. Boisson créée en 1921 par la sainte figure locale Armand Guy, le Pontarlier n’est bien évidemment fabriqué que dans cette ville. C’est une boisson apéritive anisée mais elle n’a absolument rien à voir avec le pastis car le Pontarlier est (très) bon. Armand Guy possède au début du 20ᵉ une des nombreuses distilleries de la ville, il faisait dans l’absinthe,


Photo : Vincent Magni

Distillateur de culture depuis 1921 l’apéro de l’époque aux vertus médicales sédatives ou hallucinogènes. En 1915, la société hygiéniste interdit la « fée verte » en France. Coup dur pour la ville. Sur les 8.000 habitants, 3.000 travaillent dans une des 25 distilleries. Mais Saint Armand Guy entre en jeu. Malin, en 1921, il conserve la recette de l’absinthe mais remplace la plante Artemisia absinthium par Pimpinella anisum soit de l’anis vert. L’anis distillé est associé à plein de petites plantes des vertes montagnes jurassiennes. Voilà, grâce à l’apéro inventé par Armand Guy, la BFC est totalement autonome d’un point de vue gastronomique. Merci Armand ! PS : le Pontarlier est également réputé pour favoriser la culture si on en croit la consommation faite de la liqueur par les techniciens du secteur, du moins dans la région. // MARTIAL RATEL

Photo : Distillerie Guy / À consommer avec modération.

Le Pontarlier

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Poop Man

I’m a Scato Man Il s’appelle Poop Man. Il est Bisontin et sa Chanson du caca frôle les 10 millions de vues Youtube (réponds à ça, Aldebert avec ton feat. Claire ‘Chaudière’ Keim qui plafonne à 2 millions). Mais avant de rencontrer le succès, Poop a pas mal navigué. « J’ai connu les toilettes du Yam’s, du Seven, de l’Underground et de Robert Schwint», se remémore-t-il. Un parcours rock qui ne l’empêche pas de confesser des amours goldmaniennes quand vient la question des influences musicales. Résolument « Fraîcheur Pacifique », Poop enchaîne sans fard au sujet des royalties : « sur Youtube, compte 500 € par million. » La Sacem, c’est racho et compagnie : 70 € le million. Niveau actu – et comme un bel hommage à cette autre reusta née « dans Besançon, vieille ville espagnole », Poop a sorti La Canción

de la caca. « Je me mets aussi à l’anglais pour The Poop song, précise le Man in Brown. Ensuite, pourquoi pas devenir polycrotte (sic, of course) et apprendre le coréen… » En attendant le tsunami K-pop, la chanson brasse déjà un monde interlope sur le web. Deux-trois internautes qui en ont fait une reprise ne sont pas loin d’être flippants. On conçoit sans peine qu’un soum de la Crim’ soit garé H24 en face de chez eux. D’ailleurs, un destin à la Helter Skelter – la tioune qui a inspiré Charles Manson – n’émeut pas Poop. Poop est de cire. Tout juste concède-t-il que « si on recherchait un serial killer scatophile, ce serait une piste à suivre ». On est aussi tombé sur la vidéo d’un perroquet qui danse et défèque en rythme sur La Chanson. Alors voilà, si un Frac du coin est intéressé par une performance, dropez un mail à la rédaction, on fera suivre. Poop est chaud. // VITTORIO FRATELLO

Photo : videoclip La Chanson du caca

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Le remonte-pente de Métabief maree basse ce qui nous fait croire que la vie peut être plus cool ici qu’à Venice Beach ? Le remonte-pente de Métabief ! (vous pouvez changer et cocher ◻ Les Rousses - ◻ Les Fourgs - ◻ Le Haut Folin (rare) - ◻ Mouthe). À nous les arabesques et l’adrénaline sur la piste noire verglacée et dégueulasse de La Morond, les p’tits jumps dans le snow-park... Ce qui permet de jouir de tout ça c’est ce tire-cul glacé et pourtant si réconfortant que t’offre le saisonnier, ton Kelly Slater à toi, avec l’accent franc-comtois mais au profil identique au kid chéri des rouleaux hawaïens. Soit un mec élevé dans la nature, à la dure mais à la cool, qui se tartine de Nivea et qui envoie de la peuf’. Le remonte-pente, c’est notre Jet Ski à nous. Le blizzard, notre swell. Une chute de neige, notre marée haute. // MARTIAL RATEL

Photo : Webcam / Métabief

Le collage des régions Bourgogne et Franche-Comté a l’insigne honneur de comporter des horizons géographiques qui se situent entre 500 et 700 kilomètres de la Méditerranée ou la Manche. Un record en France ! Franchement, à quoi ça sert d’être un des coins les plus éloignés des rivages si ce n’est de pouvoir s’adonner aux doux et vains plaisirs des sports d’hiver dans le massif du Jura ? Qu’y a-t-il en effet de mieux que de glisser négligemment sur cette ouate glacée, posée avec bonheur sous nos planches ? De la même manière que les demandes de justice sociale formulées à l’endroit du gouvernement Philippe glissent sur son mépris de classe, assuré qu’il est, lui, de pouvoir se rendre en moins de deux heures au bord de la rade du Havre, son ancienne mairie. Alors, qu’est-

On l’avait rencontré lors d’un précédent numéro (cf. Sparse de juin 2017). RNST, la quarantaine, était alors de retour dans Dijon et ça se voyait. Ses pochoirs, ses affiches, ses tableaux et ses grafs s’affichaient en ville, dans les bars et les concept stores. Il revenait du sud de la France où il s’était installé après avoir fait, un peu, les Beaux-Arts de Dijon. « Pour des raisons familiales et politiques, j’ai décidé de revenir à Dijon. Dans le sud, c’est vraiment tendu quand tu vois les résultats des élections. » Politique, il en est évidemment beaucoup question avec lui et ses œuvres. Les jeunes manifestants qu’il dessine, narquois et hilares, sont cagoulés et brandissent au choix des lance-pierres ou des bombes de peintures à la face des autorités constituées. « Être poétique et revendicatif, il y a à la fois une fragilité et une rébellion chez mes personnages. Le masque, c’est simplement pour se protéger des gaz pendant les manifs ». RNST soutient beaucoup et offre aux structures culturo-politiques amies ses sérigraphies bradées à prix cassés. Depuis notre rendez-vous, on l’attendait sur d’autres versants : l’artistique et le municipal. La mairie s’était officiellement engagée, sous sa pression, à mettre un mur de graf à disposition. Un vrai mur, en ville, pas un bout de béton dans une zone industrielle où le bourgeois ne serait pas choqué. Le M.U.R a vu le jour à l’été dernier, en plein centre historique de Dijon. Tous les 3 mois, des « vedettes » du street art proposent une grande fresque. RNST, ou le BTP (mur et peinture) en mode activiste.

RNST

The wall

Photo : Alexandre Claass

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Robin Un Dijonnais dans le laboratoire de Bure. Non, pas du côté des scientifiques ou des spécialistes en radiation nucléaire et géologie mais du côté des Docteurs Folamour du maintien de l’ordre. Il s’appelle Robin, en août 2017 il manifestait à Bure, à deux heures de route de Dijon. Bure, c’est le lieu où doivent être enfouis des déchets radioactifs : chaise de bureau de centrale nucléaire ou matériaux plongés dans les cuves des réacteurs. Robin, comme pas mal d’autres, venait une fois de plus montrer son opposition. Sauf que… Les toutes dernières infos qui sortent dans la presse montrent une forme d’acharnement ou d’envie de ne rien lâcher côté autorités. De nombreuses actions policières et judiciaires menées contre les activistes joue avec la légalité. En gros, on applique contre tous ces « gens pas d’accord », les lois antiterroristes de l’état d’urgence intégrées depuis peu dans le droit commun. Depuis la ZAD, les institutions ne veulent plus reculer. Et donc, Robin est une des premières victimes à Bure du « nouveau maintien de l’ordre ». Le 15 août 2017, une grenade lancée explose à ses côtés : pied déchiqueté, chaussure fondue, un trou de 13 centimètres de long par endroits, jusqu’à trois centimètres de profondeur,

Photo : Reporterre.net

plus bure sera la chute

suivi, c’est cadeau, d’une perquisition de sa chambre d’hôpital ! Verdict pied atrophié et béquilles. Il porte plainte. L’État fait traîner l’instruction. Normal, c’est une violence policière. On peut toujours penser que Robin a tort, qu’il est méchant, qu’il sent mauvais, qu’il est mal coiffé. Mais, attention, ce qui se joue depuis des mois à Bure prépare le maintien de l’ordre de demain, pour tous. // MARTIAL RATEL

Silehm Boussehaba

Photo : FB Silehm BDF

Champion

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Champion du monde de gainage ! Cham-piiiion du-mooon-de de-gainaaaa-ge !!! Champion = lutte, contester, challenge. Monde = plusieurs, nombreux, international. Gainage = ? Définition. Gainage : 1. plastique moulé, utilisé en physique pour isoler les fils électriques (voir : isolant). 2. gaine, habit intime porté naguère par les grands-mères sous leur chandail afin de cacher leur ventre replet (voir : corset). Exemple : là où il y a de la gaine, il n’y a pas de plaisir (humour de film X). Antonyme : dégainer, enlever de sa poche son gros attirail. Ultra-localisme : Dijon, Bourgogne, le 17 mars 2018, à 23 ans,

un samedi matin dans une salle de sport, Silehm Boussehaba devient champion du monde de gainage. Les avant-bras posés au sol, les pointes de pieds à l’opposé, il a fait, comme ça, le pont pendant 4’02’’ avec un sac de 90,7 kg sur le dos. L’ancien record est éclaté de près d’une minute. « 60 % mental, 40 % physique » déclare-t-il. Record avec diplôme Guiness World Records à la clef ! Avant, pas de bol, trop ambitieux, il avait raté le record des 4 heures (!!!) de gainage, sans poids supplémentaire. Voilà, voilà. Sinon, Silehm est danseur de breakdance. Il se la donne à fond en headspinner, c’est sa spécialité. Il tourne sur la tête en enchaînant les figures, les pieds au plafond, et ça, on sait vraiment à quoi ça sert. // MARTIAL RATEL


Sophie Montel la plus grosse... defaite de l’annee Sophie Montel adhère au Front National. Sophie Montel est conseillère municipale Front National à Besançon. Sophie Montel est conseillère régionale FN en Bourgogne-FrancheComté. Sophie Montel est élue au conseil municipal de Montbéliard. Sophie Montel est députée européenne. Florian Philippot se barre du Front National. Florian Philippot lance un nouveau parti : Les Patriotes. Sophie Montel est fan de Florian Philippot. Sophie Montel lâche le Front National. Sophie Montel rejoint Les Patriotes. Sophie Montel fait 1,99 % au 1er tour des législatives partielles de 2018 dans la 1ère circonscription du Territoire-de-Belfort. Sophie Montel se clashe avec Florian Philippot. Sophie Montel accuse le Flo d’avoir imité sa signature pour toucher du pognon via le Parlement européen. Sophie Montel porte plainte contre le Flo. Fin de l’histoire. « Un veau restera toujours un veau » (proverbe franc-comtois). // PIERRE-OLIVIER BOBO Photo : capture écran RTL

Le silure

Ernest, c’est le plus grand silure pêché dans la Saône. En réalité il ne s’appelle pas Ernest, les poissons n’ont pas de prénom, mais on s’en fout, appelons-le Ernest, en guise d’hommage et dressons-lui le portrait. He’s a poor lonesome fish. Ernest, omnivore solitaire, poisson des eaux profondes à l’abri de la lumière. Une peau vertbrun, sans écailles. Belle prise. 263 cm, 18ème du top 20 des plus gros silures du monde selon la très sérieuse revue La pêche et les poissons. Il battrait presque le record français de 274 cm. Encore quelques mois dans l’eau, à décimer les poissons blancs et mettre

Les Dents de la Saone en pièce ses camarades carnassiers et il aurait eu le record. Il pouvait encore grandir et engraisser. Mais bon, 263 cm c’est déjà pas mal. Ernest est un tueur. Une masse, un molosse, un Moby Dick des eaux douces (alerte répétition inutile de superlatifs). Ernest ne vient pas des eaux glacées de l’estuaire du Saint-Laurent, mais d’ici, de chez nous, dans la Saône. C’est là que Sébastien Vuillet l’a pêché. Sur les bords de la rivière, Ernest repose épuisé (alerte anthropomorphisme). Le pêcheur l’a eu à la fireball. Un truc de plomb et d’hameçons lancés à l’aplomb d’un bateau, mais c’est peut-être pas tout à fait ça (alerte pigiste incompétent). La bête s’illumine des lumières de la fin de journée et des flashs des journalistes (alerte poésie). Il retournerait bien dans les eaux profondes de la Saône. La tête massive du poisson et sa bouche pleine de dents impressionnent les passants. Il se dit, là maintenant, qu’il en boufferait bien quelques-uns. // ERIKA LAMY Photo : DR

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Le Swamp Fest bayou bisontin

Photo : Raphaël Helle

Les frangins tauliers du bar de l’U n’avaient déjà plus rien à prouver point de vue coolitude. Leur établissement bisontin est une valeur sûre du combo bonne ambiance/ concerts de qualité. Ils ont pourtant monté l’asso Heavy Gators et le Swamp Fest, avec une poignée de potes et les réseaux qu’ils avaient déjà grâce à leur rade. Ambiance

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bayou, blues, rock cradingue et autres joyeusetés qui grattent. Des gueules, des bananes, des salopettes, du cuir, des belles barbes, des tatouages de papas. Ça se passe en septembre sur l’aérodrome de Thise, juste à côté de Besac, au pied des montagnes, calé contre les hangars Eiffel, à la fraîche. // CHABLIS WINSTON


Sylvain Matisse

Le Fox Mulder du Bassin Minier

Photo : Cédric de Montceau

Ce mec est un détective, chacune de ses approches sur le sujet OVNI (Objet Volant Non Identifié), se déroule de manière méticuleuse. La géniale rédaction du petit bijou que vous avez entre vos mains a rencontré le bonhomme en 2017 (cf. Sparse numéro 21). Notre homme vient du Creusot, il bosse le plus clair du temps dans la métallurgie, mais derrière la bonhommie du personnage ouvrier se cache un redoutable investigateur. Evidemment le ciel n’a pas encore dévoilé tous ses secrets. Sylvain a souvent le nez en l’air mais surtout les yeux dans l’eau. Son vrai centre d’attention, ce sont les OANI (Objet Aquatique Non Identifié). Il publie un livre, il se fait entendre et partage ses observations avec une communauté ufologie très active. Et si la clé de l’univers se trouvait au fond des océans ? Sylvain connaît la tâche ingrate qui l’incombe : « recueillir des données et les présenter est relativement simple. Analyser les faits est déjà plus délicat. Partager les connaissances obtenues au risque de choquer est le plus grand défi. » // CÉDRIC DE MONTCEAU

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Tom Sulem

L’homme le plus fort du Morvan Tom est un mec ordinaire, il fait de la moto, traîne dans la Nièvre où il est né il y a 25 ans et où il vit toujours, du côté de Château-Chinon, à SaintLéger-de-Fougeret. Sauf que, contrairement à toi, Tom peut soulever des pneus de 350 kg, tirer des tracteurs d’une tonne-et-demi, se trimballer avec des 100 kg à bout de bras pendant 100 mètres… Le tout avec le sourire. Il a gagné le concours de l’Homme le plus fort du Morvan en 2017 et 2018. Le concours de force le plus cool de France, organisé à Étang-sur-Arroux chaque année en juin. Il l’a gagné à l’aise, face à des gars bien entraînés à la salle. « Moi ? J’ai zéro entraînement, c’est le seul concours que je fais dans l’année. » Il est

serein le Tom. La nature lui a donné un corps aussi massif qu’un chêne de 300 ans, alors de temps en temps, il en profite. On n’est pas dans le crossfit de salle de sport ; Tom ne passe pas son temps à se regarder. Son boulot dans la vraie vie, c’est de faire de la confiture, il est artisan. Pas n’importe quelle confiture, il livre les restos où tu rêves d’aller. À ce niveau-là, c’est même plus de l’artisant, c’est de l’art tout court. Pas vraiment le genre de job d’un butor capable de soulever les mêmes masses qu’un super héros Marvel, comme quoi. Le genre de pote à avoir en cas de déménagement, ou de gros œuvre, ou alors tout simplement pour le goûter. Plutôt rhubarbe ou reine claude ? // CHABLIS WINSTON

Le classement des 70 personnalités qui pèsent dans la région, cet univers impitoyable. Ils veulent en être, ils vont pas être déçus !

Ah ah ah ! Qu'est-ce qu'on est bon putain ! J'adore lire ce mag. C'est une vraie bouffée d'air frais dans ce monde merdique. C'est moi qui ai écrit ça ? Excellent...

m Donne moi s ton coeur baybay, ton corps baybay k

l

p

Ah kesskessai ! Bordel de... !

m

J'ai pas d'argent ! Je n'exprime pas mon consentement !

Darling tu le sais z y que tu me plais ! h p

#no_means_no !!! j

i

o

DriiiiiIIIIIIInnnnnn..

Je sais pas qu'est-ce qui se passe, i t'as ce regard dans la face h o

Hein oui ?!?! Ça avance pour le mag ?!

Pas toi ! Pas comme ça ! Pas maintenant !

Non mais attends j'ai été attaqué par une morteau. J'ai pas pu avancer là ! T'as replongé ?

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n h Un homme like i you, yeah ! j

DriiiiiIIIIIIIIIIIIINNNNnnnnnnnnnnnng !

Elle chantait du K-Maro je te dis ! Tu crois que je dois devenir vegan ? On en a déjà discuté mec, ne fais plus ça, pense à ta mère...


Photo : Raphaël Helle Photo : Jean-Charles Sexe

Thibaut Baronian Et voila le trail ! Quand ses petits camarades voient Thibaut Baronian se pointer au départ d’un trail, ils font un peu la gueule, rapport que le Bisontin est un des meilleurs français de la discipline. Entre autres, il a fini la saison 2018 dans le top ten du Golden Trail National Series et a mis une pétée à 1.000 coureurs au Red Bull 400, un reun de 400 m pour 185 m de dénivelé. Record de France à la clé. Après avoir soigné une blessure qui traînait depuis l’été, le traileur attaque sa nouvelle saison au Chili, en décembre, avec El Cruce, une reprise pépouze de 100 km en trois étapes. « En 2019, le challenge sera aussi d’intégrer l’équipe de France pour les Mondiaux du 8 juin, au Portugal», annonce-t-il. Débarqué à Besançon il y a dix ans pour ses études, le Haut-Savoyard s’y plait bien. « Quand tu t’entraînes, t’as les

collines à trois minutes du centre et tu ne les quittes plus pendant des heures. » Kiné et nutritionniste, il est aussi amateur de rouge en période de break (plutôt Bourgogne que Jura, personne n’est parfait). Du coup, on lui a demandé des conseils pour yogger avec la gueule deub’ : « une fois passé un point de nonretour, il n’y a plus grand-chose à faire, hormis de bien s’hydrater avant de se coucher ». Déception, quoi. Reste qu’on l’aime bien, le gars : quand tu le croises sur les bords du Doubs, en cruisant vers 7 minutes au kilo, et que lui rentre d’une session de 30 bornes, il te salue avec un sourire crêpi à la boue. Ces petits moments Trail a Little Tenderness, ça fait chaud à ton cœur 160 BPM, rapport que depuis l’affaire Daval, y’a plus beaucoup de yoggeurs qui disent encore bonjour. // VITTORIO FRATELLO

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Toxic Citizens

rappeur et sans reproche la musique depuis une dizaine d’années. Emir a sorti quelques sons sous le pseudo M600blaz (j’te laisse chercher le sens), et il a trainé son flow old school sur la scène rap underground parisienne dans les années 2000. La parfaite tambouille entre des kicks secs et le rythme rond des prods donne à leur musique une saveur aigre-douce singulière. Stelio, pas méconnu dans le rap-jeu de la Cité des Ducs, fait les backs sur scène. Gros plus, lui est plus rodé que les deux autres à la scène. En attendant, qu’ils nous concoctent un nouveau truc à se mettre sous la dent, on garde un œil sur eux. Pour le moment ça mijote tranquille. // CYRILLE PICHENOT

Photo : Sacha Sépulcre

L’alchimie est parfaite entre ces deux Dijonnais qui commencent à montrer à la BFC entière qu’ils en ont gros sous le capot. Le duo est composé de Naimh et d’Emir. Le premier compose des instrus électro boombap qui tabassent et le second déroule son flow tranchant dessus. Les deux acolytes étaient sur scène le 31 août pour le concert de rentrée à Dijon. Et, si t’as un peu suivi le truc, ils ont fait partie des sélectionnés pour les Inouïs du Printemps de Bourges 2018. Chauffés à blanc, les deux lascars en ont profité pour sortir dans la foulée leur premier album fin septembre. On était à la release party à la Péniche Cancale : lourd. Les deux ont plus de 30 ans et font de

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Photo : JC Polien

Truckks Punk patate La meilleure chose qui soit arrivée à Vesoul depuis longtemps. Quatre gamins qui n’ont pas peur d’envoyer du steak malgré leurs 17 piges. Il faut dire que c’est un bon truc de bourrin, ne nous mentons pas. Un gros camion chargé à bloc lancé sur l’autoroute du punk noise bang bang. Grosse basse en avant, déglingue sur scène et dans les clips, ces mecs n’ont encore pas l’âge légal de se défoncer mais doivent certainement très bien savoir le faire. Ils commencent déjà à écumer les scènes de tout le pays, gagnent du tremplin, cassent des dancefloors et des nuques, et en plus, ils chantent en français. Couillu. // CHABLIS WINSTON

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TVO

Ma TV, ma bataille !

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Photo : Béatrice Jeannin

Photo : TVO

« TV Oxois (TVO), ça explose, avec des pointes à 4.000 vues par émission et un ratio de visionnage à 75% par vidéo ! » Avec 8.000 habitants dans le coin, Gérard Delalleau est pas peu fier du succès de TVO, la web TV de la vallée de l’Ouche ! Et Gérard est pas un bleu. Il a écumé les cabarets parisiens, bossé à la TV avec Pat’ Sébastien, La Classe (ouais ! La Classe avec Fabrice, Bigard, El Chato...big up Muriel Montossey) ou même pour Canal +. Puis, il a été le taulier durant 15 ans de La Main au panier, un dîner spectacle dans lequel les humoristes qui pèsent ont fait leurs gammes, dont Guillaume Meurice, qui a commencé chez lui. 2012, c’est l’année de la quille. Gérard et sa femme posent leurs valises à Bligny-sur-Ouche (50 bornes au sud-est de Dijon). Comme tous les retraités, Gérard refuse de ne rien faire et en 2014, il organise ni vu ni connu le FBI (festival Bligny imitation) et lance la première mouture de TVO, la web TV qui met en boîte la vallée de l’Ouche. TVO, c’est dans la vallée de l’Ouche, ça s’appelle TV Oxois, genre Auxois. Mais la vallée de l’Ouche, c’est pas dans l’Auxois. Où est le problème ? Gérard a les crocs. TVO, c’est un journal d’actus tous les 15 jours, un mag culturel et des cartes postales vidéos léchées des communes. Pernaut peut se rhabiller. Gérard, il l’aime sa vallée de l’Ouche. Et il n’est pas seul : les bénévoles s’activent depuis le lancement de TVO et sont de plus en plus nombreux. Les collectivités locales soutiennent et, depuis peu, le site gère une régie pub, avec des carnets de commandes remplis. On est dimanche, il est 18h. Gérard raccroche et retourne monter de la vidéo : TVO, ça tourne ! // NICDASSE CROASKY


Vallourec Basée depuis 1899 à Montbard, charmante bourgade du nord de la Côte-d’Or, l’entreprise Vallourec a réussi à truster le haut de l’actualité nationale pendant une bonne semaine, courant octobre. C’est rare et digne du meilleur plan marketing ourdi par des spin doctors de Berkeley. Comme quoi quand on veut on peut faire rentrer dans le game : le tribunal de grande insistance de Strasbourg, le ministre de l’Économie, sa secrétaire d’État, le président de la région Hauts-de-France et le Premier ministre. Chapeau bas les Bourguignons. Comment ont-il fait pour faire l’unanimité contre eux ? De la merde. Les dirigeants de Vallourec ont décidé de sortir de leur groupe l’usine Ascoval, dans le nord. Dans le même temps, Vallourec refuse l’offre de reprise de son partenaire Altifort. Donc, l’acierie va couler avec 281 salariés. Sauf que miracle, devant la déferlante politique, syndicale et médiatique, les boss de Vallourec révisent leur jugement, « on va s’arranger », et Ascoval ne semble plus être un si mauvais cheval que ça. Misère et grandeur du capitalisme. Fabricant de tubes pour des chantiers pétroliers, Vallourec se gave début 2000 grâce au gaz de schiste et au marché brésilien. Sa progression au CAC 40 est saluée par les plus grands. Quelques années plus tard, la boite est retirée de la cotation de la bourse parisienne. En 2016 son chiffre d’affaires était de 2,965 milliards d’euros pour un résultat net de – 219 millions. Quelque chose me dit que ce ne sont pas les salariés du groupe qui ont creusé ce trou. // MARTIAL RATEL

Photo : Sami Belloumi (La Voix du Nord)

Mauvais tube de l’automne 2018

Xavier Marmier

promotion canopee Depuis 2011, il vit avec sa compagne dans une cabane perchée dans les arbres sans eau ni électricité. Après un procès gagné contre la municipalité de Cléron (25) qui demande le démantèlement de la cabane (cf. Sparse de juin 2017), il vit toujours sous la menace puisqu’un recours en appel a été déposé. Xavier semble avoir eu plusieurs vies. Né à Besançon, il a grandi en Lozère. Puis il a été cuisinier, il a vécu en Turquie, en Espagne, en Angleterre avant de revenir sur sa terre natale. Il a travaillé plus de 15 ans comme monteur de chapiteau, pour le Cirque Plume notamment. Il est aujourd’hui grimpeur-élagueur. En 2011, il réalise son rêve de gosse : habiter dans une cabane construite avec l’aide de ses potes. Petite visite guidée. D’une surface de 20m 2, la pièce principale posée sur un

plateau octogonal à 7 mètres de hauteur est largement éclairée par de grandes fenêtres et une baie vitrée qui donne accès à une petite terrasse. La cabane est reliée au sol par un pont suspendu, en pente. C’est assez casse-gueule, mieux vaut se tenir à la corde. Sur la terrasse sans barrière, on n’a pas vraiment le sentiment de vertige mais on ne fait pas les fanfarons. C’est haut. Dans la partie supérieure de la cabane se trouve une chambre spacieuse, la maisonnette est confortable. Toilettes sèches, la cabane n’est pas raccordée à l’eau courante. Un panneau photovoltaïque qui recharge une batterie suffit à l’éclairage, poêle à bois pour le chauffage, la maisonnette a son indépendance énergétique. Vous avez dit transition écologique ? On tient peut-être bien ici le futur de l’habitation individuelle ! // AUGUSTIN TRAQUENARD

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Jan. > mar. 2019

TON NOM : SALLE DE MUSIQUES ACTUELLES & DE DIVERTISSEMENTS

Ton sous-titre : Si tu penses que tu devrais être dans ce classement, si tu penses que la rédaction de ce magazine t’a oublié, si tu penses que ta petite nièce devrait être dans cette putain de liste... À toi de jouer ! Remplis les cases, écris un texte, colle

une photo et renvoie tout ça, soit par mail (contact@sparse.fr), soit sur les réseaux sociaux de Sparse (Facebook, Instagram, Twitter) ou bien par courrier : 26 boulevard de l’université, 21000 Dijon. On promet de le publier.

TON TEXTE

SAM 19/01 DEATh DECLINE + SLoVENLy WoRLD + hEART ATTACk VEN 25/01 LE bATTLE DE LA gRANDE TUERIE #3 (DANS LE CADRE DE LA NUIT DES CoNSERVAToIRES)

DIM 27/01 CIE ALfRED ALERTE & LETo + oUDApo + MARIA VIoLENzA JEU 31/01 VIRgIN MoJITo (opEN pLATINES) SAM 02/02 opEN CLUb DAy JEU 07/02 pLAy’ART pARTy : bAD pILöT + DJSETS (EgC ChALoN)

SAM 09/02 CUMbIA ChIChARRA + 1E pARTIE JEU 14/02 boRJA fLAMES

SAM 16/02 LoïC LANToINE EN DUo (TbC) + 1E pARTIE (TbC) MAR 26/02 ToIMoINoUS (CINé-CoNCERT JEUNE pUbLIC) MER 27/02 fRANkIE goES To poINTE à pITRE

TA PHOTO

(CoNCERT JEUNE pUbLIC)

JEU 28/02 fRANkIE goES To poINTE à pITRE

SAM 02/03 bpM pARTy : hyDRANgEA + SENTIMENTAL RAVE + VERDICT 111 + zAgAM JEU 14/03 SIRk fESTIVAL ToUR : ShEITAN bRoThERS + RISk CREW

SAM 16/03 CoSMIC TRIp ToUR : ThE SCANERS + LES LULLIES + WEIRD oMEN + gIbERT NASAL DJ SET + pAUL DUTERChE DJ SET DIM 24/03 INTERzoNE 70

52 quai Saint CoSme 71100 Chalon-Sur-Saône www.lapeniche.org | 03 85 94 05 78 | infos@lapeniche.org


Le futur en Bourgogne-Franche-Comté, ou ailleurs, ou nulle part. Attention, dans les pages suivantes, on est déjà demain.


Encore une année de passée, comme dirait notre Pat’ Seb’ national. 2019 pointe le bout de son nez et il est temps de faire le bilan, calmement, en se posant les bonnes questions. Qui mérite de casser sa pipe cette année ? Retour sur nos poulains, Johnny en moins. par FRANCK LE TANK / illustration : HÉLÈNE VIREY

Catégorie Chanteur (déjà) mort MICHEL SARDOU

Catégorie Fauteuil d’or ABDELAZIZ BOUTEFLIKA

Le mec a pris sa retraite en faisant la gueule, normal. Réactionnaire jusqu’au bout des ongles, acariâtre, limite grabataire, il est prêt à crever à tout moment. Pas sûr que le disque posthume se vende aussi bien que celui de Johnny. Par contre, on attend le remix des Lacs du Connemara par Vianney. Choix alternatif : Eddy Mitchell.

Le Roi président algérien, candidat à un cinquième mandat, sucre déjà les fraises. Vous l’avez vu, fanfaron avec son wheel chair en or façon Larry Flint, il est probablement déjà mort. Heureusement que Tatayet a pris possession de son corps pour un numéro de ventriloquie dont il a le secret.

Catégorie Politicar

Catégorie Royauté

JACQUES CHIRAC JEAN-MARIE LE PEN VALERIE GISCARD D’ESTAING

Le triumvirat des dinosaures de la politique française est difficile à départager. Forcément on préférerait que Neuneuille casse sa pipe en prem’s mais il faut dire que VGE et Jacquot ont rapidement pris le lead dès le début de la course du grand national du trot Paris-Turf. Les paris sont lancés. Parions sport.

Catégorie Rock star KEITH RICHARDS

Mais non, on déconne, le mec se fait changer le sang tout les 6 mois en Suisse. Il est cheaté, intuable.

ELIZABETH II

Elle est plus toute jeune Elizabeth, et la famille royale est dans les starting blocks pour être calife à la place du calife. Attention cependant, la qualité de vie royale et un tea time bien maîtrisé peuvent allégrement faire grimper l’espérance de vie et retarder l’échéance de quelques années.

Catégorie Cinéma français ALAIN DELON

Seule la mort le fera taire et on dirait bien qu’elle ne devrait pas tarder à sonner à sa porte. Habitué des sorties de routes (remember le comité Miss France), la légende du cinéma français à l’égo surdimensionné a tellement perdu de sa superbe qu’il finit par emmerder tout le monde.

Catégorie OD / Foncedé / Rappeur / Tatoué sur la face

Catégorie Cinéma international

POST MALONE

Y’a 30 ans, il jouait déjà les retraités. Qui l’a déjà vu jeune ? Rien ne va plus depuis que cet acteur à la bonhomie naturelle s’est fait pourrir en mode #metoo pour avoir tiré sur les jupes de ses assistantes. En plus, il joue tout le temps les mêmes rôles.

Dans la génération des rappeurs qui se la colle pleins tubes en se faisant tatouer la face et en buvant du purple drink accouplé à d’autres substances opiacées, Post Malone se place en champion de ceux qui restent. On préférait Mac Miller mais il a décidé de tirer sa révérence en 2018. Choix alternatif : Ariana Grande.

Catégorie Bondieuserie BENOIT XVI

Aka Colonel Reitzinger. Aka Condom fighter 2.

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MORGAN FREEMAN


Frac

Franche-Comté

expositions rendez-vous sensibilisation à l’art contemporain — ateliers familles & jeune public bibliothèque ouverture au public mercredi → vendredi 14 h — 18 h samedi et dimanche 14 h — 19 h (gratuit le dimanche) Fonds régional d’art contemporain de franche-comté — cité des arts 2, passage des arts 25000 besançon — +33 (0)3 81 87 87 40

www.frac-franche-comte.fr Crédit : Frac Franche-Comté, Cité des arts, Besançon © Kengo Kuma & Associates / Archidev. Photo : Blaise Adilon


En 2019, rassurez-vous, ce sera la même merde qu’en 2018. Voilà, au moins on ne prend pas trop de risque. Au pire, notre prédiction sera validée, au mieux vous ne vous en souviendrez pas. On vous souhaite quand même un happy 2019, motherfuckers ! par NICDASSE CROASKY & CÉDRIC DE MONTCEAU / illustrations : MR. CHOUBI

En 2019, le marché immobilier profite d’une manière totalement inédite au signe du bélier ! En effet, ce dernier craquait complètement depuis que sa maison servait de squat à ce loser de Pluton, le roi pour plomber l’ambiance. Résultat : sa baraque astrale est fourguée ce mois-ci à un prix bien juteux à la balance, qui croit faire une bonne affaire. Et grâce aux taux d’intérêt très faibles, il s’est acheté directos un palais cosmique au sud de la constellation du phoque, la Miami de la voie lactée. Et là, c’est la baraka pour tous les natifs du bélier jusqu’en décembre 2019 car Vénus rapplique et avec elle fiesta, volupté, plaisir, joie. Destin : vous êtes le jouet des dieux et du marché immobilier.

Fin 2018, Charles Aznavour étant mort, vous pensiez récupérer sa place dans le classement des 70 qui pèsent de Sparse. Pas de bol, c’est un obscur directeur de festival de musique hippie (natif du verseau, bien connu pour ses pots de vin) qui hérite du golden ticket. Alors, oubliez 2018 et foncez sur 2019 : vous n’êtes pas taureau pour rien, merde ! Profitez d’une fenêtre défoncée entre septembre et novembre, Mars et ses réflexes guerriers vous galvanisant comme jamais. Foncez ! Sexe : 34 points ! Vive la lettre X compte triple.

Si vous cherchez un sens à votre vie, oubliez 2019. Sauf si vous êtes du 3ème décan. Quoi dire de plus ? Forme : évitez de vous effondrer.

Vos projets bloqués depuis 10 ans vont-ils se conclure de manière éclatante ? Vos dents seront-elles enfin blanches malgré les excès de tabac et d’alcool ? La languette rouge de la Vache qui rit ® ne se cassera-t-elle plus lorsque vous essaierez d’ouvrir, les yeux fermés, la maudite portion de fromage de Lons-le-Saunier ? Votre vélo récemment volé réapparaîtra-t-il comme par magie ? Voilà ce que vous voulez entendre pour 2019 ! Alors, rendez-vous en décembre prochain pour faire le bilan, en vous remémorant calmement chaque instant. Politique : soyez slogans.

(Très) mauvaise nouvelle : destruction de la biodiversité oblige, c’est la dernière année d’existence du signe du lion, qui casse sa pipe dans trois mois pile pour tous les décans. Pourquoi ce fiasco ? Parce que le pénis des lions réduit en poudre provoque des orgasmes incontrôlables chez nos amis jurassiens et dans le nord Côte-d’Or, qui surconsomment donc logiquement ce produit. Natifs de ce signe, soyez rassurés : les signes voisins vous recueilleront bien volontiers. Si vous êtes effarouchés, choisissez le cancer. Si vous êtes hypocondriaque, préférez la vierge. Mercato : ARTE revend votre âme à NRJ12, tellement vrai.

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Vous concernant, c’est le bordel car une tempête astrale brouille les prédictions pour 2019 : y’a de la friture sur la voie lactée, comme on dit dans le milieu ! Pas de panique : pensez juste à vérifier vite, vite, VITE, tous vos contrats d’assurance (logement, automobile…) pour éviter le désastre. Un incendie est si vite arrivé ! Conseil d’ami : prenez rendez-vous à l’agence d’assurance Astro-fistalis (Auxerre sud) et demandez Jacky. Dites-lui que vous venez de la part de Sparse : 20% de réduc’ garantis sur tous les nouveaux contrats (valable jusqu’au 20 décembre). Argent : trop cher.

Votre conjoint est insupportable à moins que ce soit le contraire. En 2019, on vous conseille de ne pas répondre aux provocations insistantes, sinon ce sera la guerre des tranchées. Si vous êtes un mâle du 2ème décan, pensez à abaisser la cuvette des toilettes avant qu’on vous coupe une couille. Si vous êtes une femelle du 1er décan, admettez votre cycle pré-menstruel d’agressivité et faites des croix dans le calendrier. La mauvaise foi, c’est le sport national du couple. Ami.e.s balances, soyez justes, au moins sur le prix. Chance : oh, et puis merde, démerdez-vous.

La rédaction de cet exceptionnel magazine mieux refuse catégoriquement de dévoiler les prédictions scandalisantes de ce signe honteux. Les planètes refusent de coopérer, nous aussi. Forme : mangez gras, fumez beaucoup et faites du jogging sur l’autoroute.

Il paraît que c’est vous, les vrais gentils du zodiaque. Sparse serait donc ravi de vous accueillir en CDI nonrémunéré. Votre passeport vous sera retiré, votre identité bafouée et votre personnalité brisée. C’est quand même la meilleure manière de commencer un nouveau départ, non ?! En 2019, cassez les codes, ouvrez-vous une nouvelle vie. Ne supportez plus les responsabilités, allégez vos soucis ! Vous coûtez trop cher à la société ? Offrezvous à elle. Devenez un esclave. Travail : fermez-la !

C’est très connu, les capricornes sentent un peu (le 2ème décan, surtout) le vieux dentier, la chaussette de sport mais surtout, le pipi. Il est vraiment urgent de reprendre en main votre hygiène. Vous pouvez vous faire aider si la tâche est trop importante. Pour se faire, contactez la rédaction de Sparse, un stagiaire sagittaire viendra nettoyer vos sous-vêtements à la main. Ce service est gratuit. Santé : enduisez-vous avec de l’erreur.

On s’en fout de vous. Au même titre que les natifs du scorpion, vous êtes une aberration astrologique. Si Sparse propose d’envahir la Suisse, d’interdire les Hollandais, alors pourquoi ne pas imposer un zodiaque à dix signes ? Avec un certificat médical, vous pourrez choisir de devenir capricorne ou poissons. C’est préférable pour tout le monde, bientôt ce sera oublié… Avec le temps vous comprendrez qu’il vaut mieux être d’hier. Amour : appelez le 0895 69 03 05 ( 1,50 € / par minute + coût de votre opérateur).

Pour ou contre le gilet jaune ? FN ou En Marche ? Facebook ou Instagram ? Hitler ou Staline ? Jambon cru ou jambon cuit ? Football ou rugby ? String ou shorty ? Votre petit coeur en bocal ne cesse de vous tourmenter. En 2019, vous risquez d’être terriblement indécis et vous tournerez en rond. La vie n’est pas une interview de Konbini. Santé : le syndrome du poisson rouge est en fait un AVC.

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Mieux que Topito et que le HuffPost réunis, Sparse vous propose un guide qui va vous permettre de choisir de façon éclairée la ligne de conduite à adopter devant tant d’incertitudes face à l’avenir. par AUGUSTIN TRAQUENARD / illustrations : MICHAEL SALLIT

Réchauffement climatique, pollution, extinction massive des espèces. Elections de chefs d’états complètement abrutis. Un faisceau inquiétant d’indices semble nous rappeler que le monde va bientôt nous péter à la gueule. La question n’est plus de savoir si cette croissance folle qui défonce l’écosystème et nos perspectives d’avenir est réelle mais de savoir comment tout ça va se terminer. L’idée la plus communément admise est que la société va décliner tranquillement sous l’effet du réchauffement climatique, du manque de ressources et de la surpopulation mais qu’avec l’innovation technologique

et notre capacité d’auto-adaptation, ça va le faire. Et puis merde, s’il fait deux degrés de plus en BFC, qui va s’en plaindre ? Une autre théorie est que le système ne va pas décliner tranquillement mais qu’il va s’effondrer brusquement. Cette idée vraiment flippante est plus répandue qu’on ne le pense. Elle a même donné son nom à une vraie science : la collapsologie. Pour vous la faire courte, nous vivons dans un monde tellement complexe et interconnecté que lorsqu’une crise majeure arrivera, tout va effectivement nous péter à la gueule. Scénario probable : crise financière majeure suivie d’une forte baisse voire d’un arrêt brusque de l’économie, blocage des lignes d’approvisionnement (transport routier), crise alimentaire, incapacité des individus à subvenir à leurs besoins primaires. Famine, guerre. Quelle attitude adopter face à ce Mad Max in real life ? Voici quelques choix.

Le survivalisme (preppers) Stockez massivement des produits de première nécessité et des armes. Apprenez à chasser, à reconnaître les plantes sauvages comestibles. Apprenez les rudiments des notions médicales. Soyez capables de construire des abris, et même pourquoi pas un bunker. Ça va chier et il va falloir être prêt à défendre le bout de gras. Le mouvement survivaliste ne date pas d’hier et à chaque fois que la menace plane (guerre nucléaire, choc pétrolier, bug de l’an 2000), on flippe et on se prépare. Historiquement très influencé par l’extrême-droite, le mouvement survivaliste ne fait pas dans la dentelle. Le conseil de Sparse : achetez un treillis et un couteau de Rambo dans un stock américain. Ne dites pas aux autres que tout va péter, vous aurez un avantage sur une majorité de la population. Idée cadeau : Adrenactive, stage de survie en forêt près de Pontarlier dans le massif du Jura : « Un instructeur expérimenté vous enseigne les fondamentaux de la survie dans les forêts épaisses du Haut-Doubs. »


Le néo-survivalisme Tout seul, vous n’arriverez à rien. Lorsqu’une catastrophe se produit, la population ne devient pas hystérique et ne cherche pas à s’entretuer comme dans un film hollywoodien. Au contraire. Notre salut viendra de l’entraide et de la coopération. Finalement, vous risquez de bien vous faire chier si vous restez tout seul dans votre bunker. Lorsqu’il y a une fuite chez vous, vous appelez le plombier. Vous êtes peut-être capable d’ouvrir le capot de votre bagnole mais vous n’avez aucune idée de la façon dont votre véhicule fonctionne. Quand le réseau électrique va lâcher, ça risque d’être très compliqué pour vous. Le mieux est de s’entourer de personnes compétentes susceptibles de vous aider en cas de désastre. Vous avez sûrement un quelconque don à partager en échange. Après tout, quand vous étiez ado, c’est bien à vous qu’on demandait d’essayer de rouler un joint parce que personne n’était capable d’arriver à un résultat concluant en collant deux feuilles dans le square près de chez vos parents. Le conseil de Sparse : reprenez contact avec votre ami de lycée qui avait fait médecine et qui est aujourd’hui chirurgien. Même s’il est devenu un gros connard, il a sûrement des bons cotés. N’oubliez pas qu’une appendicite bénigne peut vite partir en couille si personne ne s’occupe de vous. Idée cadeau : stage « Créer son jardin en permaculture », Asquins (Morvan)

L’optimisme

Le rien-à-foutisme

Il n’est pas trop tard. Vous avez foi en la mobilisation collective. Si chacun au quotidien adopte des comportements adéquats, tout va changer. Vous recyclez, vous pissez dans la douche et vous ne prenez pas de bain. Vous n’utilisez plus de plastique. Vous allez au taf ’ en vélo, vous ne mangez de la viande que le week-end. Vous avez adopté un contrat qui vous garantit une électricité uniquement produite par des énergies renouvelables. La technologie et l’innovation vont permettre la transition énergétique et enrayer le changement climatique. Manu va convaincre son copain Donald de revenir à la COP 24. Ça vous énerve un peu que pas mal de monde autour de vous ne fasse pas plus d’efforts pour limiter leur empreinte carbone, mais les gens sont prêts. Ensemble, on va le faire. Le conseil de Sparse : vous êtes trop con. On vous l’a dit, tout va péter. Continuez vos gesticulations, il semble que cela vous permette de vous sentir mieux. Mais n’oubliez pas de vous préparer au pire. Idée cadeau : carte d’adhésion Europe Écologie Les Verts.

Puisque tout est foutu, autant en profiter à fond pendant qu’on peut. Vous avez pété votre PEA pour vous acheter une Mercos cabriolet. Carpe diem. Plusieurs fois cette année, ça sera quatre jours à Barcelone, Ibiza, en Thaïlande ou à Las Vegas. Vous êtes tellement lucide que vous savez que vous n’avez aucune chance de tenir plus d’un mois en cas d’effondrement du système. Parfois, vous pensez que le réchauffement climatique, peut-être bien que c’est une connerie de plus pour nous faire flipper et nous la mettre profond en augmentant le prix du diesel. Le conseil de Sparse : si vous n’avez pas d’enfant, c’est OK. Dans le cas contraire, attendez-vous à rendre des comptes et à vous faire gifler par vos rejetons quand ils découvriront dans quel état vous leur avez laisser le monde. Idée cadeau : course de kart, circuit Dijon Prenois (Bourgogne).

Bonus : le plein-aux-assisme Comme Ellon Musk, vous êtes pété de thunes. Vous allez construire un vaisseau pour rejoindre une base spatiale avec votre famille et vos amis. Le conseil de Sparse : prenez du LSD ou une autre substance hallucinogène de synthèse. Ainsi, votre entourage ne vous traitera plus de fou mais de drogué. Donnez le reste de votre argent au WWF. Idée cadeau : Star Trek, l’intégrale (coffret 36 DVD).

Conseils lectures

Man vs Wine, on a tenté le stage de survie en Bourgogne, article de Franck Le Tank, Sparse Magazine numéro 21 Comment tout peut s’effondrer, manuel de Pablo Serigne et Raphaël Stevens (éditions du Seuil, 2015) Tout va s’effondrer et alors ?, in revue Usbek & Rica numéro 24 (automne 2018 - en kiosque)

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TRINIDAD Place du Théâtre (Dijon) Ouvert 7j/7 Bar toute la journée jusqu’à 2h Service brasserie de 12h à 14h30 et de 19h à 22h Soirées mix apéro avec DJ le vendredi et samedi Brunch le dimanche

Plein les yeux, plein les papilles, plein les oreilles. C’est ici que ça se passe. Produits locaux, brunch à gogo, fêtes de dingos.


Photos : Edouard Roussel

Deux salles, deux ambiances. Brunch généreux, soirée festive.


Franchement, je suis assez content d’avoir pris cette photo parce qu’elle brouille bien les pistes, je pourrais même l’appeler Hexagone. Comme la chanson de Renaud. Qui toutefois est un hymne anarchiste contre la beauferie franchouillarde. - Raphaël Helle

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Sparse 25 (numéro spécial - déc. 2018)  

Sparse 25 (numéro spécial - déc. 2018)  

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