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La formation des mères SOS au service du bien-être des enfants

Les enfants de la Toile tissent-ils leurs propres pièges ?

Villages de joie juin 2010 / n° 213 / 2 E

La revue des donateurs

Pour que frères et sœurs partagent la même enfance

dossier

Comment grandir

lorsqu’un parent est en prison ? L’accompagnement des enfants dont l’un des parents est incarcéré est délicat. Le suivi psychologique et éducatif est essentiel. La construction de leur personnalité, pour en faire des adultes équilibrés, en est l’enjeu majeur.

S

ix détenus sur dix, en France, ont des enfants. Dans l’immense majorité des cas, le parent incarcéré est le père, les femmes ne représentant qu’à peine 5  % de la population carcérale. Environ 51  000 enfants mineurs sont

ainsi séparés d’un de leurs parents détenu (source  : Eurochips, novembre 2005). Or, l’incarcération a toujours des conséquences lourdes pour la construction psychique des enfants et pour l’évolution des liens familiaux dont la pérennité est mise en danger. L’Observatoire international des pri-

sons (OIP) estimait, dans un rapport de 2005 sur les conditions de détention en France, que le fonctionnement des établissements pénitentiaires ne permet pas de garantir le maintien des liens familiaux et affectifs des personnes incarcérées  : visites impossibles ou rendues difficiles par l’éloignement, tracasseries administratives, perte de l’autorité parentale... Par ailleurs, les conflits familiaux constituent une entrave importante au maintien des liens entre un parent incarcéré et ses enfants. Souvent les détenus sont ainsi sans nouvelle de leur enfant au bout d’un an d’emprisonnement, suite à un divorce ou une mésentente.

lire p 2, 3 »


Le mot du président

dossier

« Rien de ce qui concerne l’enfant ne doit nous être étranger » Ce numéro de votre revue aborde des questions de société comme le maintien du lien avec un parent incarcéré qui garde, il convient de le savoir, l’autorité parentale. Comment grandir, se construire, face à une telle séparation ? Quel accompagnement psychologique et éducatif ? Cette réalité concerne beaucoup de frères et sœurs qui nous sont confiés et renvoie aux difficultés de leurs situations personnelles et familiales. Par ailleurs, l’actualité nous rappelle la complexité et les risques de l’univers des nouvelles technologies. Il est naturel, et souhaitable, de développer l’intérêt des enfants pour ces nouveaux outils qu’ils auront à utiliser dans leur vie active. Mais enfants et jeunes doivent être guidés pour leur permettre d’éviter les écueils nombreux sur ce chemin. Pour les accompagner dans la durée et les ouvrir au monde extérieur, l’ensemble de l’équipe éducative joue un rôle de premier plan : les mères SOS, bien sûr, mais d’autres encore. Dans un village, aux yeux des enfants, tous les adultes sont des référents et des modèles, du directeur à l’homme d’entretien. Enfin, la maison qui accueille les enfants est un point d’ancrage important. Elle leur assure la sécurité dont ils ont tant besoin pour retrouver confiance et stabilité. Pilier du nouveau cadre familial que leur offre notre association, la maison permet aux frères et sœurs de partager la même enfance. L’enfant est au centre de notre mission et rien de ce qui le concerne ne nous est étranger. Tout mérite attention. Nos équipes tendent sans cesse à relever ce défi, avec tendresse et professionnalisme. P ierre Pascal

Villages de joie. Magazine édité par SOS Villages d’Enfants / 6, cité Monthiers - 75009 Paris / Tél : 01 55 07 25 25 / Président : Pierre Pascal / Viceprésidents : Jean-Pierre Rousselot et Michel Rémond / Directeur général et directeur de la publication : Gilles Paillard / Rédactrice en chef : Frédérique ClénetLécuyer / Impression sur papier recyclé : Groupe Maury imprimeur / Photos : PhotoAlto/Laurence Mouton, Photodisc, Christelle, Prod. Numérik, Katerina Ilievska, Stockbyte, Frédéric Cirou/PhotoAlto, SOS Villages d’Enfants, DR / Publication trimestrielle éditée par SOS Villages d’Enfants / Abonnement annuel : 8 E. Prix au numéro : 2 E / Commission paritaire : N° 0112 H 81095 – ISSN : 0243.6949 – Dépôt légal juin 2010 /// 2 / Villages de joie / juin 2010 / n° 213 / www.sosve.org

Le développement psychique des enfants en jeu Dans tous les cas, les enfants doivent bénéficier d’un accompagnement approprié, pour leur développement psychique et leur intégration sociale. Il est essentiel de ne pas gommer le lien familial, de ne pas laisser les enfants culpabiliser –  un sentiment qui leur est fréquent car ils se sentent souvent responsables de ce qui arrive à leur parent et d’en être séparé – mais aussi de ne pas dévaloriser les parents.

Un enfant pour se construire a besoin de se savoir investi de la confiance de son parent en ses capacités à grandir et s’épanouir.

– A l ain B oureg ba

«  L’incarcération ne touche pas que l’auteur des actes répréhensibles. Un enfant pour se construire a besoin de se savoir investi de la confiance de son parent en ses capacités à grandir et s’épanouir, insiste Alain Bouregba, psychanalyste

51 000 enfants

sont séparés d’un de leurs parents détenu.

et directeur de la Fédération des relais parents-enfants (FREP). L’éloignement dû à l’incarcération entraîne, paradoxalement, l’impossibilité de la séparation psychique qui permet à l’enfant de devenir adulte. L’enfant fixe la représentation qu’il a de son parent, qu’il soit diabolisé ou déifié, et ne peut plus la faire évoluer. Le maintien du contact avec le parent incarcéré permet, au contraire, à l’enfant de mettre ses parents à distance et de changer peu à peu son regard ». La Fédération des relais parents-enfants, tout comme les centres médico-psychologiques ou les villages d’enfants SOS, auxquels sont parfois confiés des enfants dont l’un des parents est incarcéré, favorise les actions de mise en contact des enfants avec leurs parents pour que perdure le lien qui les aidera à grandir et se construire. 


3 questions à Marie-Anne Ramarijaona,

psychologue au pôle infanto-juvénile du centre psychothérapique de Nancy, travaille régulièrement avec des enfants ayant un parent incarcéré.

Comment les enfants que vous prenez en charge vivent-ils l’incarcération de leur parent ? L’enfant est toujours victime de l’incarcération de son parent, directement ou indirectement. Il a pu être l’enjeu de conflits, parfois violents. Une fois le parent sous écrous, une autre vie commence : l’enfant est pris en charge par des proches accablés ou bien il est placé, il a quitté son domicile, éventuellement son école et est souvent mis au ban de sa famille et du voisinage. L’absence du parent incarcéré, bien souvent sans explication et sans possibilité d’en parler, entraîne une rupture dans la structuration psychique de l’enfant. Comment faut-il en parler aux enfants ? La réalité des faits doit leur être dite quelle que soit sa violence, afin qu’elle ne laisse pas la place à l’imaginaire et à son lot de culpabilité et d’incompréhension. La tentation des familles, surtout quand il y a eu meurtre d’un parent, sera souvent de faire oublier à l’enfant les faits, par bienveillance ou par ressentiment. Nous commençons par évaluer la situation. Nous rencontrons le parent responsable ou l’interlocuteur désigné. Nous réalisons le bilan psychologique des enfants en cas de fratrie, afin de tenir compte de leurs forces et faiblesses. Puis nous préparons et réalisons si possible une rencontre au parloir de la prison. Pour les enfants, la visite est suivie d’un temps de parole ou de récupération, car ils peuvent en ressortir très émus ou éprouvés. Quels sont les bénéfices de cette démarche ? Les visites peuvent continuer quelques mois, voire quelques années, tant que cela aide l’enfant à se structurer. Ensuite, l’enfant aura le choix de continuer ou cesser de voir ce parent. Dans tous les cas, cette étape lui aura permis de reprendre son évolution psychique. Les thérapeutes remarquent d’ailleurs que lorsque le contact a été renoué, les enfants recommencent à jouer au « papa et à la maman », posent de nouveau des questions, retrouvent un peu d’élan vital.

Un chemin difficile mais possible Depuis une dizaine d’années, le village d’enfants SOS de Jarville (54) accueille une fratrie de quatre enfants dont le père est incarcéré. Frédéric Marchal, éducateur, témoigne.

A

u cours des dernières années, le village d’enfants SOS de Jarville a dû faire face à plusieurs cas d’enfants dont l’un des parents est incarcéré. Il accueille ainsi depuis une dizaine d’années une fratrie de quatre enfants dont le père des deux plus jeunes a été placé en détention et la mère est décédée. Accompagner ces enfants est un travail de longue haleine pour toute l’équipe du village SOS : « Les enfants dont l’un des parents est en prison ressentent souvent de la culpabilité, explique Frédéric Marchal, éducateur au village d’enfants SOS de Jarville. Et le placement, lui aussi, produit de la culpabilité. Les enfants se disent “si j’ai été placé, c’est que j’ai été méchant”, “si mon père ne s’occupe pas de moi, c’est que je ne le mérite pas”. Ils se rendent responsables de la séparation, de l’éloignement. Le dialogue avec le parent incarcéré est donc très important, pour aider l’enfant à se décharger de ce sentiment qui l’empêche de se construire ».

L’éducateur que je suis représente une référence masculine, un gage de stabilité.

–Frédéric Marchal, éducateur au village d’enfants SOS de jarville

Ces enfants posent en outre fréquemment d’importants problèmes de comportement. « Nous devons organiser leur suivi par des psychologues spécialisés, voire des psychanalystes, poursuit Frédéric Marchal. Dans le cas de cette fratrie, tous les intervenants, tant au niveau du village d’enfants SOS que de la justice, ont longuement débattu sur l’opportunité de renouer le contact. Deux ans d’efforts nous ont été nécessaires auprès des autorités compétentes pour obtenir l’habilitation à rendre visite au père en prison. Désormais, les enfants vont le voir une fois par mois. Ce dernier cherche à se racheter. Nous l’incitons à exercer son autorité parentale, par exemple en discutant avec les professeurs des enfants. » Ces enfants ont en outre un grand besoin de sécurité affective et éducative. « L’éducateur que je suis représente une référence masculine, un gage de stabilité. Pour eux, parvenir à une vie d’adulte équilibrée est possible, mais c’est un chemin long et difficile. » /

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En direct

c o mp é t e n c e s

La formation des mères SOS au service du bien-être des enfants Renforcer les compétences des salariés est une volonté clairement affirmée par SOS Villages d’Enfants. Les mères SOS, en particulier, bénéficient de multiples actions de formation afin de les conforter dans leur pratique quotidienne.

C

hez SOS Villages d’Enfants, la formation des salariés est une priorité. « Nous consacrons 5 à 6 % de notre masse salariale à la formation alors que la part obligatoire ne représente que 1,6  %, explique Sylvie Criquillion, directrice des Ressources humaines de l’association. Chaque année, nous définissons notre politique de formation avec un plan qui se décline par villages et par catégories professionnelles. L’idée est vraiment de faire monter nos salariés en compétences.

Les mères SOS et les aides familiales, qui sont au cœur de notre métier, font l’objet d’une attention particulière afin de renforcer les compétences spécifiques à leur domaine. » Dès leur arrivée à l’association, et tout au long de leur activité, les mères SOS et les aides familiales bénéficient ainsi de formations, d’autant qu’aucun diplôme spécifique n’est requis pour accéder à ces fonctions. L’objectif est de les aider à mieux comprendre leur mission, de les sensibiliser au développement de l’enfant, aux différentes problématiques des enfants accueillis – qui arrivent à des âges et avec des vécus traumatiques très différents –, de leur permettre d’appréhender les notions de liens fraternels, d’acquérir les éléments fondamentaux de gestion d’un budget familial et d’être sensibilisées aux principes et dispositifs de la protection de l’enfance. Formations initiale et continue se complètent «  Après leur embauche et durant la période d’intégration, les mères SOS et les aides familiales suivent une formation initiale comprenant différents modules sur les deux premières années, en alternance avec des temps de prise en charge des enfants, explique Anne-Sophie Gerin, responsable du recrutement des mères SOS et de la formation. Dès le départ, elles effectuent deux stages obligatoires de 15 jours en établissement de travailleuses familiales et en maisons éducatives à caractère social afin de connaître d’autres modes d’accueil d’enfants placés, pour mieux appréhender le profil des enfants accueillis en villages d’enfants SOS. »

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Ensuite, au cours de la première année, un module « associatif », d’une durée de cinq jours, est organisé à Paris pour leur permettre de mieux connaître l’association, les rôles et les missions spécifiques de la mère SOS, de l’aide familiale et des autres membres de l’équipe des villages d’enfants SOS, mais aussi les principes de la gestion d’un budget familial. Ce module permet, par ailleurs, l’acquisition de fondamentaux sur l’accueil de la fratrie et la coexistence de deux fratries, les enfants accueillis, l’étude de leurs besoins ou encore les droits de l’enfant et le cadre juridique. S’ajoute une formation d’assistante familiale de 120 heures, en région, organisée sur un à deux ans, permettant d’aborder la situation spécifique des enfants séparés de leur famille, l’accompagnement et le soutien apportés au quotidien ou encore le cadre institutionnel juridique et administratif de l’Aide sociale à l’enfance.

Les mères SOS et les aides familiales, qui sont au cœur de notre métier, font l’objet d’une attention particulière. – Sy lv i e C r i q u i l l i o n ,

directrice des ressources h u ma i n e s

Enfin, la formation initiale des mères SOS s’achève par un module de deux fois trois jours baptisé « Mère SOS : quel métier  ?  » qui leur permet de se repérer dans un dispositif de lois complexes, de revisiter ce qui fonde et légitime les placements tels que les pensent les villages d’enfants SOS et de se doter d’outils conceptuels indispensables à la compréhension


du métier. Il vise également à s’interroger sur le rôle et la fonction de ce métier, à partager en groupe ressentis et expériences ou encore à mieux se repérer dans l’équipe éducative. Un module fortement apprécié des nouvelles mères SOS. «  Il s’agit d’une formation passionnante, riche, qui apporte la lumière sur des points théoriques dont je ne disposais pas forcément au départ », témoigne une participante.   À l’issue de cette formation initiale, la formation continue prend le relais avec, en particulier, des formations « associatives » de trois jours pour répondre aux besoins repérés. «  Cette année, par exemple, ces modules portent sur les conduites à risque chez les adolescents, les rencontres parents/enfants et les temps forts du quotidien, souligne Anne-Sophie Gerin. Les • De gauche à droite : Sylvie Robache, mère SOS à Calais, et Brigitte Rambaud, sa tutrice. •

mères SOS qui le souhaitent peuvent y assister et renforcer ainsi leurs compétences sur un point ou un autre. » Le tutorat, une nouvelle piste ? Des évolutions sont, en outre, envisagées pour les mois à venir avec, en particulier, la mise en place d’un système de tutorat au sein des villages d’enfants SOS afin qu’une mère SOS expérimentée accompagne les premiers pas des nouvelles arrivées en leur prodiguant des conseils sur la vie quotidienne au village SOS. En matière de formation, l’un des enjeux est en effet de s’adapter constamment aux évolutions de l’environnement et du métier. Dans cette optique, SOS Villages d’Enfants participe à des rencontres

européennes d’échanges sur les divers aspects de la formation des mères SOS, de leur intégration et de leur fidélisation. «  L’objectif est de pouvoir s’inspirer de ce que font nos voisins et, le cas échéant, d’adapter certaines de leurs pratiques dans nos pays d’origine, explique Alain Adamiak, directeur du village d’enfants SOS de Calais. En matière de formation, par exemple, il ressort de ces échanges l’importance de mettre en place un accompagnement de proximité pour les mères SOS qui prennent leurs fonctions. D’où la volonté de réfléchir à l’amélioration de cet accompagnement, que ce soit dans le cadre du tutorat ou de l’équipe éducative du village d’enfants SOS. »

Il semble important de mettre en place un accompagnement de proximité pour les mères SOS, dans le cadre d’un tutorat par exemple.

– A l a i n a d am i a k , d i r e ct e u r d e v i l l a g e d ’ e n fa n t s SOS

A c t u a l i t éen bref... • Haïti : l’aide aux victimes se poursuit > Le village d’enfants SOS de Santo prend en charge 452 enfants, dont 299 enfants isolés. La priorité demeure la réunification des familles. L’école SOS a ouvert à nouveau ses portes en avril dernier et accueille 300 élèves supplémentaires, soit au total 800 élèves. Les 16 centres communautaires et 98 points de distribution de SOS Villages d’Enfants apportent une aide d’urgence à 11 900 bénéficiaires. • Chili : le programme d’urgence > Les équipes de SOS Villages d’Enfants Chili se sont mobilisées, avec l’aide de bénévoles, en faveur des victimes

du séisme. Plus de 800 enfants bénéficient de repas quotidiens et d’activités destinées à les aider à surmonter leur traumatisme. Helmut Kutin, président de la Fédération internationale SOS Villages d’Enfants, s’est rendu sur place début avril. • Persan : ouverture en septembre > Le directeur du village d’enfants SOS de Persan est recruté. La maison commune sera terminée fin juin et une première maison familiale en août. Les premiers enfants pourront être accueillis dès septembre 2010. www.sosve.org/Actualités

Hommage à Jean Macchi C’est avec une grande tristesse que les membres du conseil d’administration et l’ensemble des équipes de SOS Villages d’Enfants ont appris la disparition de Jean Macchi, en mars dernier. Directeur général de SOS Villages d’Enfants de 1978 à 1998, Jean Macchi avait mis sa rigueur, sa détermination et ses qualités de cœur au service de la cause des enfants, qui lui était si chère. Nous partageons la peine de sa famille et de ses proches.

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Zoom

La maison familiale, un pilier de reconstruction Dans un village d’enfants SOS, les frères et sœurs séparés de leurs parents peuvent continuer à grandir ensemble, sous le même toit : celui de la maison familiale. Un des piliers de leur reconstruction. La maison : lieu d’intimité Contrairement à un foyer d’accueil et ses dortoirs d’une douzaine de lits, typiques d’un accueil collectif, les maisons des villages d’enfants SOS possèdent toutes les caractéristiques d’un « chez-soi », où la vie de famille est privilégiée. La maison est un lieu de vie simple, rassurant et chaleureux, soutien de la nouvelle cellule familiale. La maison est identifiée par les mères SOS comme un facteur majeur qui aide les enfants à « se poser ». Une grande attention est portée à l’aménagement intérieur. La mère SOS apporte sa touche personnelle, selon son style. Les enfants peuvent décorer leur chambre à leur goût et la plupart du temps, après un passage en foyer, c’est une découverte : posters de joueurs de football ou de chanteurs admirés, photos de paysages de rêve ou souvenirs de vacances, tout cela devient possible. Cette nouvelle liberté est aussi un apprentissage, pour investir un espace personnel, voire intime. En effet, cette démarche peut aller bien audelà de la dimension esthétique. Une mère SOS confie : «  Quand un enfant met la photo de son père ou sa mère dans sa chambre, c’est que la greffe a pris ». La maison permet cette intimité. La maison : lieu de convivialité Une maison permet aussi la convivialité, tellement importante pour les jeunes frères et sœurs qui découvrent ou redécouvrent la joie de partager le quotidien. La cuisine est le lieu privilégié pour se croiser le matin au petit-déjeuner ou apprendre à faire de bons petits plats partagés ensuite

L’association a à cœur d’entretenir et d’améliorer le cadre de vie des enfants accueillis. En 2009, un budget de plus de

710 000 € a été consacré à l’agencement et à la rénovation des maisons familiales en France.

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Il est important de donner ces repères aux enfants. Cela leur servira au moment de fonder leur propre famille. –Frédérique Lécuyer

à la table familiale. Le coin salon permet les rencontres, les jeux, les échanges autour des programmes de télévision ou de l’ordinateur. Autant d’occasions de partage du quotidien. « Nous tenons à offrir aux enfants un lieu de vie agréable, au sein duquel ils puissent se sentir bien et se reconstruire. Il est essentiel que les enfants s’approprient ce lieu de vie, dans lequel ils vont vivre plusieurs années  », précise Frédérique Lécuyer, directrice du développement et de la communication de SOS Villages d’Enfants. La maison : repère pour le futur Tous les fils ténus du quotidien partagé dans une maison sont structurants. Au cours de cette vie partagée dans un lieu protecteur, les frères et sœurs tissent des liens, pour la vie. Ils construisent des souvenirs qu’ils pourront partager plus tard, comme les autres enfants. Ils intègrent enfin des points de repère qui leur seront précieux pour leur vie d’adulte. « Il est important de donner ces repères aux enfants. Cela leur servira au moment de fonder leur propre famille », conclut Frédérique Lécuyer.


Info

Entretien

Info partenaires

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« La maison aide l’enfant à se construire » Jean-Claude Cebula est psychologue clinicien et directeur de l’Institut de formation, de recherche et d’évaluation des pratiques médico-sociales (IFREP). Il a consacré une grande partie de son travail et de ses recherches à l’accueil familial des enfants. VDJ / Quel est le rôle de la maison dans le développement d’un enfant ? J-C. C. : Pour grandir harmonieusement, un enfant a besoin de continuité, de permanence, de sécurité et de prévisibilité relationnelle. L’habitation comme repère protecteur réunit ces conditions. Ainsi, la maison, lorsqu’elle est un lieu de vie stable et prévisible, va pouvoir participer au développement de l’enfant. Pour être sécurisante, elle doit bien évidemment être habitée par des fonctions maternantes. Elle doit être un espace plus ou moins immuable que l’enfant quitte le matin et retrouve le soir. Un espace intime doit être privilégié au sein du logement. Très tôt, un enfant a besoin d’espace et de temps qui lui soient propres et qu’un adulte doit respecter. Cet espace contenant lui permet de se construire. Dans le cas d’un enfant traumatisé, séparé de ses parents, quelle sera l’importance de la maison ? Pour ces enfants, la maison est d’autant plus importante qu’elle va s’inscrire dans une continuité qui lui a fait défaut jusque-là. Elle va pouvoir participer à la réparation. C’est pourquoi il est très important, lorsque l’on accueille ces enfants, d’être attentif à leur lieu de vie. La maison, avec ses espaces communs et ses espaces individuels, aide l’enfant à trouver des repères. L’espace intime de la chambre, même s’il doit parfois être partagé avec un frère ou une sœur, est très important. L’intimité de ces enfants doit être d’autant plus respectée qu’ils ont eu un passé différent, ailleurs, avec leurs parents. Accueil en foyer ou selon un mode de vie familial : quelles différences pour les enfants ? Les dortoirs, heureusement, tendent à disparaître. Même dans les foyers, ils sont remplacés par des chambres individuelles. La vie en communauté, sans espace d’intimité peut renforcer l’effet d’angoisse de ces enfants, déjà traumatisés et insécurisés. Cela peut également conduire à des comportements hostiles et agressifs chez certains, qui vont se retourner contre les plus faibles et les plus angoissés, ce qui s’apparente à « l’effet de meute ». Car, malheureusement, ces espaces collectifs manquent de structuration et c’est pour cela qu’ils peuvent être dangereux. L’enfant n’a pas la protection dont il aurait besoin. Les conséquences peuvent être dramatiques pour des enfants déjà fragilisés. Quand un enfant a sa chambre, dans un espace où les adultes assurent leur fonction structurante et contenante, il retrouvera plus facilement une assurance.

Pierre & Vacances

Des vacances familiales pour renforcer les liens fraternels Les « resorts » Pierre & Vacances poursuivent en 2010 leur engagement fidèle et de nombreux enfants vont à nouveau profiter de séjours gratuits pour partager des moments de détente et de loisirs entre frères et sœurs. •

Schmidt

262 centres conseils mobilisés pour une même cause Le réseau Schmidt renouvelle en 2010 l’opération de produitpartage en soutien à SOS Villages d’Enfants : pour chaque cuisine vendue de plus de 6 éléments, Schmidt fait un don à notre association. Les fonds collectés contribueront cette année à la rénovation du village d’enfants SOS de Marly (Nord). Rendez-vous en magasin et sur www.cuisines-schmidt.com •

Maisons du Monde

Un mobilier « généreux » pour les enfants Maisons du Monde élargit son soutien à SOS Villages d’Enfants avec 5 meubles « enfant » de son catalogue 2010 pour lesquels, à chaque achat, 10 € sont reversés à notre association en faveur du village d’enfants SOS de Raipur en Inde. Pour découvrir ces produits, rendez-vous en magasin et sur  www.maisonsdumonde.com •

Des initiatives solidaires pour Haïti Parqueterie Berrichonne

Déjà mobilisée lors du tsunami de 2004, la Parqueterie Berrichonne soutient nos programmes à Haïti en reversant 1 € pour 2 m² de parquet achetés du 1er avril au 30 juin. Plus d’information sur www.parqueterieberrichonne.com •

Accueil Négoce

Le Groupe Accueil Négoce, spécialiste de la distribution des produits du bâtiment, s’engage en faveur des enfants d’Haïti autour d’une opération de produit-partage « colis solidaire » spécialement conçue pour SOS Villages d’Enfants. Plus d’information sur www.accueil-negoce.com • www.sosve.org/Nous soutenir/Partenariats

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Enquête

Les enfants de la Toile

tissent-ils leurs propres pièges ? Internet, téléphone portable, jeux vidéo, réseaux sociaux… Les enfants du XXIe siècle sont entrés dans un monde aux technologies séduisantes. Mais pas sans dangers. Enquête.

«

Trois enfants sur dix sont volontairement ou involontairement confrontés à des contenus choquants sur le Net  », relève une étude Ipsos/e-Enfance de juin 2009 réalisée auprès de 500 jeunes Français de 9 à 17 ans. En téléchargeant illégalement (musiques, films) ou en naviguant simplement sur la Toile, les jeunes peuvent être victimes d’images violentes, pornographiques ou perturbantes. Selon la même étude, « 48 % des adolescents de 13 à 17 ans ont déjà reçu une proposition de rendez-vous avec un inconnu et 20 % déclarent l’avoir acceptée ; 29 % ont fait l’objet de propositions sexuelles ». Pour ces internautes, la toile est un vaste terrain de jeux et d’expérimentation où tout, ou presque, semble possible.

jour, en moyenne, trois heures vingt-cinq minutes devant un écran de télévision et une heure vingt-deux sur internet (2)… Suffirait-il donc de verrouiller l’accès à l’ordinateur familial ? Non bien sûr. Les portables ont d’ailleurs déjà pris le relais. Suréquipés, les dernières générations de téléphones offrent une connexion quasi permanente à internet… Et «  près de trois adolescents français sur quatre sont équipés d’un téléphone mobile », relève une étude TNS-Sofres (3). Parallèlement, les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter, domaines de prédilection des ados, sont autant d’amplificateurs de ces phénomènes…

Aujourd’hui, je considère que le fait d’exposer sa vie privée sur Facebook est le premier danger d’internet.

– Ja c q u e s H e n n o , j o u r n a l i s t e

Les enfants passent

1 h 22 par jour sur internet.

Permissivité excessive des parents ? « Les parents se sentent dépassés par leurs enfants au niveau de leurs propres compétences », constate plutôt la commission Famille, Éducation aux médias (1). Les enfants ont, en effet, acquis une réelle autonomie et manient souvent les nouvelles technologies bien mieux que leurs parents. En France, ils passent chaque

Éduquer sans diaboliser Selon une étude de l’Union européenne, « 50 % des adolescents européens publient sur la Toile des informations personnelles qui peuvent rester indéfiniment en ligne et être vues par n’importe qui  ». La Commission européenne a ainsi lancé, à l’occasion de la Journée annuelle pour un internet plus sûr (Safer Internet Day), un message aux adolescents : « Tu publies ? Réfléchis ! ». Selon elle, « moins de la moitié des sociétés de réseaux sociaux (40 %) limite par défaut la visibilité des profils des moins de 18 ans à leurs seuls amis ». Pendant ce temps, sur Facebook – dont 84  % des membres ont entre 15 et 24 ans –, les Français téléchargent 30 millions de photos chaque mois ! Or, ces internautes méconnaissent les risques liés à la divulgation d’informations sur le Net, et les adolescents, à l’âge où ils cherchent leurs limites et les transgressent, en sont des proies de choix. « Il y a quelques mois, j’aurais pointé

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du doigt la pornographie. Aujourd’hui, je considère que le fait d’exposer sa vie privée sur Facebook est le premier danger d’internet  », constate Jacques Henno, journaliste spécialiste des nouvelles technologies (4).

• Les jeunes peuvent être victimes d’images violentes ou perturbantes. •

Faut-il pour autant interdire à ses enfants ces nouveaux moyens de communication ? L’association e-Enfance préconise plutôt la mise en place de logiciels de contrôle parental. Mais ils ne sont pas infaillibles. Internet Sans Crainte (5), programme national de sensibilisation aux enjeux et risques de l’internet, a, lui, édité une plaquette La sécurité sur internet. Si on en parlait en famille. C’est en effet au sein de la cellule familiale que l’éducation doit commencer. Instaurer un dialogue avec ses enfants reste le plus sûr moyen de parer aux pièges des nouvelles technologies. (1) In Rapport Construire une politique structurée d’éducation aux médias pour tous, remis le 21 octobre dernier, à Nadine Morano, secrétaire d’État chargée de la Famille et de la Solidarité. (2) Source Médiamétrie/Études réalisées en 2009. (3) Étude TNS-Sofres de septembre 2009 auprès de 500 adolescents âgés de 12 à 17 ans. (4) Jacques Henno, ancien rédacteur en chef adjoint de Web magazine, premier mensuel français consacré à internet et au multimédia, est l’auteur de nombreux ouvrages sur les nouvelles technologies, notamment Les 90 questions que tous les parents se posent : téléphone mobile, internet, jeu vidéo... (5) www.internetsanscrainte.fr


interview

L’écran doit rester

un support de communication Psychiatre, psychanalyste et directeur de recherches à l’université Paris X, Serge Tisseron a publié de nombreux ouvrages sur les images et les médias. Il répond à nos questions sur les dangers des nouvelles technologies. Selon Médiamétrie, un Français passe en moyenne 3 h 25 par jour devant la télévision. Sans compter les autres écrans. Quels risques cette consommation fait-elle courir aux enfants ? Tout d’abord, il faut nuancer cette consommation en fonction des tranches d’âges. C’est ce que j’appelle la règle des « 3-6-9-12 ». Ces repères correspondent aux grandes étapes de développement  : entrée en maternelle, en primaire, apprentissage de la lecture et de l’écriture, entrée au collège. Avant 3 ans, il vaut mieux éviter les écrans, même en bruit de fond. L’enfant est souvent malmené par ce qu’il y voit et son développement psychomoteur nécessite d’engager ses cinq sens, alors que la télévision ne sollicite que ses yeux et ses oreilles. En outre, lorsque vous laissez votre enfant devant un écran, il n’y a pas d’interaction : la télé ne lui répond pas. À 3 ans, l’enfant peut regarder la télévision une heure, puis une heure trente à partir de 5 ans, etc. Au-delà, son attention s’effondre et il ne sait plus ce qu’il voit. Et surtout, cette activité em-

piète sur son temps de jeux, indispensable à son développement. Deuxième point : pas de console de jeu individuelle avant 6 ans au moins. C’est la période où l’enfant apprend à se servir de ses dix doigts pour appréhender l’espace au travers du collage, du pliage… C’est essentiel. C’est avec les mains qu’on apprend à penser ! Ensuite, à partir de 9 ans, il peut commencer à surfer sur internet, mais accompagné. À 12 ans enfin, il peut y aller seul, mais pas tout le temps, et il faut conserver des moments où on l’accompagne. Y a-t-il des limites à fixer aux enfants ? Comment faut-il s’y prendre ? Les règles que je viens d’énoncer sont des points de repères. L’essentiel est de percevoir l’écran, quel qu’il soit, comme un support de communication familiale. Il vaudra toujours mieux passer deux heures devant un écran et en parler en famille plutôt qu’une heure sans communiquer. Bien sûr, il y a des limites importantes à respecter. Par exemple, ne jamais imposer à un enfant le journal télévisé en mangeant. Car c’est le prendre en otage et lui imposer des images dont on ne maîtrise pas à l’avance le degré de violence.

Enfin, la prévention doit commencer dès la maternelle. Les adolescents scotchés devant leurs jeux vidéo sont souvent des enfants qui ont commencé à regarder la télévision très jeunes ! Avec les nouveaux réseaux sociaux comme Facebook, les jeunes exposent leur vie privée, parfois même leur intimité. Qu’en pensez-vous ? Les adolescents ne font que caricaturer le comportement des adultes. Ils s’exhibent en copiant ce qu’ils voient sur les affiches dans la rue, ou à la télévision… Évidemment, c’est une erreur. C’est problématique mais personne ne leur explique les règles d’internet. Il faudrait inscrire au-dessus de l’ordinateur familial : « Tout ce que vous écrivez ici tombe dans le domaine public ». Les enfants sauraient ainsi, dès l’apprentissage de la lecture, décrypter cette consigne et l’intégrer comme une réalité importante. Il est également important de leur expliquer leur droit à leur propre image. Et cela doit commencer très tôt, en demandant à l’enfant photographié s’il a envie qu’on garde la photo qui le représente ou s’il préfère qu’on la jette. Après tout, c’est son image, et ça permet d’en parler !

t é m o i g n atémoignage ge « Il faut accompagner ces évolutions » « Pour ou contre internet ? Aujourd’hui, la question ne se pose plus ! On n’a pas le choix, il faut accompagner ces évolutions en réfléchissant à ce qui est intéressant », souligne Pierre Garnier, directeur du village d’enfants SOS de Digne-les-Bains. Le village a ainsi équipé toutes ses maisons familiales d’un ordinateur, pour que les enfants et les jeunes aient accès à cet outil incontournable.

Reste que leur accompagnement est une priorité : la formation des adultes, mères SOS, aides familiales, éducateurs, parfois peu familiarisés avec cet outil, est le préalable indispensable à l’ouverture d’un accès internet dans une maison familiale. L’adulte est, en effet, le garant de son bon usage et de son contrôle. À défaut, les jeunes peuvent avoir accès à internet dans l’espace collectif de la maison commune,

avec l’autorisation d’un adulte. Autres moyens de contrôle : l’usage d’une clé ou l’historique des consultations. Le contrôle a cependant ses limites : les jeunes peuvent par exemple accéder directement à internet avec leur téléphone portable. Aussi Pierre Garnier plaide-t-il pour la prévention, afin que l’exacte connaissance des risques et dérives liés à internet permette aux enfants d’en profiter en toute sérénité. /

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Parcours

Issu d’une famille très pauvre, Bakollo entre à 15 ans au village d’enfants SOS de Kara au Togo. Menuisier de formation, il est aujourd’hui à la tête d’une entreprise prospère et père de quatre enfants. Récit.

Bakollo, un entrepreneur prospère qui a connu la faim 10 / Villages de joie / juin 2010 / n° 213 / www.sosve.org

A

îné d’une famille de six enfants, Bakollo a vu son destin basculer après le décès de son père, sa maman étant trop pauvre pour assurer sa scolarité. Après ses études primaires, Bakollo ne peut donc plus poursuivre dans le secondaire. Habitant près du village d’enfants SOS de Kara, nombre de ses amis y vivent. « J’allais souvent leur rendre visite, se souvient-il. On jouait ensemble. Nous étions si pauvres à la maison qu’il nous arrivait fréquemment de rester deux ou trois jours sans manger. » Un jour, il se rend au village d’enfants SOS et trouve une assiette de nourriture sous la véranda. Comme il n’y avait personne aux alentours,


il se met à manger. À leur retour, ses amis sont surpris de le voir manger le repas du chien ! Ils vont alors voir la directrice du village SOS pour lui raconter. «  Elle m’a appelé pour s’enquérir de ma situation sociale, poursuit Bakollo. Elle a commencé à me donner régulièrement à manger et, quelque temps après, m’a admis au village. Je suis resté huit mois dans une maison familiale avant de déménager pour le foyer de jeunes. » Devenir adulte en somme Bakollo vit alors trois ans au foyer de jeunes et suit une formation de menuisier : « Nous avions tout ce qui était nécessaire pour notre épanouissement  : argent de poche, nourriture, vêtements, accès à la scolarité, aux soins, etc. La vie au foyer était différente de celle au village d’enfants SOS. Notre éducation était plus orientée sur la vie en communauté, sur l’affirmation de notre personnalité. On nous enseignait à gérer notre argent de poche, à prendre nos propres décisions, à devenir adultes en somme.  » En 1990, sa formation achevée, Bakollo quitte le foyer de jeunes et va vivre en habitation semi-encadrée en centre-ville et commence à chercher du travail.

Le directeur du village SOS a cru en moi et n’a cessé de m’encourager.

« Les premières années n’ont pas été faciles car j’avais peur de vivre loin du village d’enfants SOS, souligne-t-il. Je me suis senti subitement seul, incapable d’assumer mon destin. Je craignais de retomber dans les souffrances de mon enfance. Pour moi, mon destin était lié au village d’enfants SOS et je ne supportais pas de le quitter. » Prêt à faire n’importe quoi pour y rester, il rencontre le directeur afin qu’il lui trouve un travail sur place. Mais ce dernier l’encourage à mettre sa formation en pratique et à monter une affaire pour devenir son propre patron. «  Je pensais

• Aujourd’hui, Bakollo possède un grand atelier, bâti sur 900 m2, et emploie douze personnes. •

SOS Villages d’Enfants a façonné ma vie, en me donnant la possibilité de devenir un homme sur qui la société peut compter. que ça ne marcherait pas, que je n’aurais pas assez de clients. Pourtant, le directeur du village SOS a cru en moi et n’a cessé de m’encourager. Il a fait débloquer une somme d’argent pour que je puisse acheter des chevrons, du bois, des clous et tout le petit matériel nécessaire pour démarrer un atelier de menuiserie.  » Bakollo fabrique alors une table et des chaises qui sont achetées immédiatement. Puis, il réalise un lit, acheté par un expatrié, propriétaire d’un hôtel, qui en commande ensuite 50 autres. Cette grosse commande permet à Bakollo de s’affirmer et de s’investir définitivement dans ce secteur d’activité. Une vie généreuse Aujourd’hui, Bakollo possède un grand atelier, bâti sur 900 m2, et emploie douze personnes, de nombreux stagiaires et plus d’une dizaine d’apprentis. Il dispose de deux véhicules, l’un à usage personnel, l’autre pour la livraison des meubles, et s’est créé une vaste clientèle.

Chaque mois, son chiffre d’affaire oscille entre 3  500 et 4  000 euros. «  Je suis marié et père de quatre enfants de 11 à 17 ans, sourit Bakollo. Je ne suis pas riche, mais je suis à l’abri du besoin. Ma famille ne manque de rien. J’assiste mes frères et sœurs du mieux que je peux. Je sais que je ne pourrai jamais rendre au village d’enfants SOS ce qu’il a fait pour moi. Je m’efforce donc d’aider tous ceux qui me sollicitent ». Et chaque année, à la période des fêtes, il offre des cadeaux à toutes les maisons familiales des villages d’enfants SOS de Lomé et Kara. Sa façon à lui de remercier le village SOS. « Je me demande très souvent ce que je serais devenu sans le soutien de SOS Villages d’Enfants, conclutil. Cette organisation a façonné ma vie, en me donnant la possibilité de devenir un homme sur qui la société peut compter. Tout ce que je suis aujourd’hui, je le dois à SOS Villages d’Enfants et je tiens à l’en remercier encore une fois. » /

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Vous avez écrit...

M. et Mme H. (68) parrainent et soutiennent le village d’enfants SOS d’Antsirabe, à Madagascar. Ils ont pu s’y rendre à l’automne 2009. Témoignage.

« Au retour d’un voyage à Madagascar, il y a 12 ans, nous avons décidé de venir en aide aux enfants malgaches. Nous sommes devenus parrains du

village d’enfants SOS d’Antsirabe et nous y sommes rendus en novembre. À Madagascar, le dynamisme, la disponibilité, l’implication personnelle des responsables du village d’enfants SOS d’Antsirabe nous ont impressionnés. Nous avons visité les lieux, rencontré des enfants sereins et souriants, heureux de vivre ensemble. Nous avons choisi d’apporter un soutien financier plus

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important à ce projet, tant nous croyons dans cette action-là et dans le dévouement des responsables que nous avons vus et entendus. Nous avons été frappés par le sérieux de la coordination, l’honnêteté et la transparence de l’Association. Nous continuons à œuvrer en Alsace avec des amies afin de continuer à apporter un soutien important à ce projet. »

Missions accomplies… Au Vietnam, au village d’enfants SOS de Dalat • accueil pour sauver des enfants sans appui familial, exposés à tous les dangers : 105 enfants et adolescents sont pris en charge au village d’enfants SOS et au foyer de jeunes. • prévention de l’abandon autour du village SOS, pour permettre aux enfants de grandir dans leur propre famille : 250 enfants de la province sont directement bénéficiaires du programme de renforcement de la famille. • La santé et l’éducation pour favoriser la scolarisation, la formation ou l’apprentissage : l’école SOS primaire et secondaire est fréquentée par plus d’un millier d’élèves, dont 90 % sont issus des familles du voisinage.

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