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Le chaos sublime de

LA TESTA DE CAN Sophie Anaf

Promotion 2012 - 2013

1

École Supérieure d’Architecture des Jardins et des Paysages


Avant - Propos « Grand délice que celui de noyer son regard dans l’immensité du ciel et de la mer ! Solitude, silence, incomparable chasteté de l’azur ! Une petite voile frissonnant à l’horizon et qui par sa petitesse et son isolement imite mon irrémédiable existence, mélodie monotone de la houle, toutes ces choses pensent par moi, ou je pense par elle (car dans la grandeur de la rêverie, le moi se perd vite !) ; elles pensent, dis-je, mais musicalement et pittoresquement, sans arguties, sans syllogismes, sans déductions. »

Charles Baudelaire

2


S

o

1- U n

2 La

m

a

i

r

e

voyage au bout des sens

1-1 1-2 1-3 1-4

A rrivée par le ciel U n relief atypique A u fil des corniches L e trait d ’ union

8 12 16 32

C onclusion

tête de chien

2-1 2-2 2-3 2-4

L a beauté du paysage L’ emblème du site L a force du site D es sensations en péril

3 R éléver

m

2-1 2-2 2-3 2-4

38 56 66 72

96

B ibliographie

98

les sens

A mbition programmatique S cénario 1 : I nvisible S cénario 2 : impactant S cénario 3 : I nsertion

88 90 92 94

R emerciements

100


T

e x t e Fondateur

La géographie offre des profondeurs de vues, une diversité de reliefs se retrouvant tous dans l’immensité des paysages, ceux-ci étant à la fois des lieux subtils et grandioses. Les grandes étendues permettent d’apprécier l’amplitude du monde, et d’appréhender les personnes que nous sommes. L’immensité exacerbe le sentiment d’isolement et d’unicité, il permet à chacun de se retrouver. Dans de tels paysages, l’évasion et le ravissement dans le rêve, l’exotisme même, sont permis. Il est difficile pour moi d’imaginer mener une année d’étude sur un site sans pouvoir retrouver ces sensations qui me sont chères et essentielles. Ces grands paysages constituent notre socle, notre terrain naturel, façonné par leur histoire géologique. On y trouve des montagnes, des fleuves, des plaines, des mers, des vallons, des corniches... Sur ce relief naturel vient s’installer la végétation, se déclinant en prairies, garrigues, maquis, forêts... L’Homme s’installe sur ce relief principalement au creux des vallons et près des points d’eau. Par son développement il va plus ou moins modifier le paysage. Les modifications sont parfois radicales : villes, réseaux de circulation, industries, agricultures témoignent de l’évolution de l’Homme et de son impact sur l’environnement.

4

Mais… comment l’Homme investit-il ces paysages et les modifie-ils ? En quoi ces actions modifient-elles ces milieux naturels ? Quels sont les résultats de l’évolution humaine sur les paysages ? Que deviennent ces derniers après leur exploitation ? Comment les traces passées de l’activité humaine modifient-elles encore ces paysages de nos jours ?


Est-il possible d’imaginer une cohabitation raisonnée entre les besoins évolutifs de l’homme et la préservation des milieux naturels ? Là est l’enjeu et la place de chaque projet de paysage. Il m’importait de trouver un site pouvant me permettre de confronter ces questions à la réalité d’un terrain ; un terrain malmené, menacé pouvant m’offrir des sensations qui me permettraient de m’exprimer et me servir de support d’analyse à la question de l’impact de l’Homme sur le grand paysage ; une parcelle ayant autrefois été occupée spatialement par l’Homme de façon ostensible et présentant aujourd’hui une déprise de l’activité humaine ; une parcelle concernant des questionnements actuels de reconversion ; une parcelle présentant une préoccupation de préservation de la nature présente. C’est pour cela que j’ai choisi de travailler sur le site de la Tête de Chien situé sur la commune de la Turbie. Sa position particulière, à la pointe de la chaine des Alpes et à la lisière de la Mer Méditerranée, en fait un véritable balcon sur la mer. Le paysage qu’il nous offre est un enchaînement de monts plongeant dans la mer et de vallons accueillant des ruisseaux ou des rivières. Sa diversité de reliefs en fait toute sa beauté : la verticalité des collines en confrontation directe avec l’horizontalité de la mer à perte de vue est saisissante. Lorsque j’ai découvert ce site et que je me suis retrouvée là-haut, j’ai enfin ressenti ce sentiment bienfaisant d’isolement ressourçant. Le sentiment de l’infiniment petit dans cette amplitude de relief infiniment grand emportait mon esprit sillonnant dans la grandeur de ce paysage. Surplombant les villes, me trouvant hors du bourdonnement incessant, je me retrouvais enfin seule face à moi même. La vie me semblait douce, plus aucun doute, plus de peur du jugement de l’autre. J’étais là, seule, et les réponses aux questionnements essentiels de la vie (qui suis-je ? que je dois faire de ma vie ? pourquoi suis-je ici ?) me semblaient évidentes. En quittant ces lieux, j’étais apaisée, purifiée des pollutions procurées par la foule.

La beauté du site est principalement due à sa situation dans le relief. Historiquement, le site de la Tête de Chien était un parfait observatoire défensif de la côte, on peut le constater par la présence du fort « Serré des Rivières » aujourd’hui reconverti en centre de recherche France Télécom. Une imposante sphère blanche servant à capter les ondes (le radôme) surplombe le fort de manière insolite. C’est l’exemple même des évolutions des besoins humains modifiant le paysage. En outre, ces pentes escarpées étaient un lieu idéal pour le pâturage. Aujourd’hui la parcelle est pauvre en arbres, mais riche en végétation rase. En effet, l’oviculture pratiquée sur ces coteaux n’a permis qu’un développement parcimonieux des ligneux, ce qui en fait aujourd’hui une zone de végétation remarquable, classée comme biotope national. De nos jours, l’activité de pâture, pratique séculaire intimement liée au terroir, a totalement disparu, à cause de la fragmentation spatiale des coteaux due à l’implantation du bâti récent. Ce phénomène d’évolution de la ville est aussi constaté au niveau de la commune de la Turbie en direction de la Tête de Chien. Ceci en fait un lieu menacé. En effet en lisière de la parcelle, la ville programme la construction d’un hôtel étoilé. Il permettrait à la commune de s’imposer dans un contexte économique et foncier perpétuellement en concurrence par rapport aux communes avoisinantes. Les villes côtières sont naturellement plus touristiques par leur emplacement privilégié, et bénéficient donc d’un essor économique supérieur. Néanmoins, leurs activités économiques principales restent saisonnières et la qualité du tourisme est uniquement balnéaire. Est-il possible de faire coexister les besoins économiques de la Turbie, la préservation du paysage et l’évasion qu’il nous apporte, tout en conservant la biodiversité faunistique et floristique déjà implantée ? 5


P artie 1 - U n

6

voyage au bout des sens


1-1 A rrivée

par le ciel

1-3 A u

fil des corniches

1 - Géographie générale

9

1 - La Basse Corniche

18

2 - Topographie générale

9

2 - La Moyenne Corniche

22

3 - La Riviera méditerranéenne

11

3 - La Grande Corniche

26

4 - La végétation des trois corniches

30

1-4 L e

trait d ’ union

1 - Le Trophèe des Alpes 33 2 - Analyse de l’itinéraire de la Tête de Chien 34

1-2 U n

relief atypique

1 - L’amphithéâtre de Nice

13

2 - La scène de Monaco

14

3 - L’observatoire de la Turbie

14


A rrivée

1.1

8

par le ciel Quand on quitte une ville comme Paris, très dense, le rapport au ciel est limité et l’on ne distingue que très rarement le socle sur lequel la ville s’implante. La géographie et la terre deviennent parfois imperceptibles. Les immeubles construits de plus en plus près laissent peu d’espace aux aérations. Le sol est entièrement recouvert de cet asphalte noirâtre et les pentes sont diminuées et aplanies pour permettre un accès plus facile. Pour s’échapper de la ville, il faut patienter au moins 1 heure en voiture ou 30 min en train pour enfin arriver à percevoir de grandes étendues et distinguer enfin le relief. Après 1 h 15 de vol, et sans aucune transition, la surprise, de ce grand espace qui s’offre à moi est absolue. De l’avion, assise à côté du hublot, la côte se dessine. La délimitation mer - côte à perte de vue me donne déjà l’impression d’ouverture sur de nouveaux horizons. Arrivée à l’aéroport de Nice, je longe la côte par la promenade des Anglais et découvre la mer, cette étendue, cette ouverture qui me désoriente par sa dimension ultime et son profond bleu-azur touchant le ciel en une ligne parfaitement horizontale. Je reprends naturellement plaisir à observer les éléments majeurs de la nature et leur interaction. La ville se trouve dans une cuvette entourée de deux collines et cette topographie particulière me donne rapidement envie d’aller arpenter les lieux qui l’entourent pour échapper à une sensation d’étouffement qui s’amplifie au fil du temps malgré l’ouverture sur la mer.


1 - Géograpghie générale La Commune de la Turbie se situe au sud-est de la France dans le département des Alpes-Maritimes et la région de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Bordant la mer Méditerranée, cette commune est frontalière de l’Italie et domine la Principauté de Monaco. Anciennement italienne, la Turbie faisait partie de la région de la Ligure et du comté de Nice. La réunification s’est faite le 31 janvier 1783. Le 4 février 1783, le département des Alpes-Maritimes est créé. Ce nom est emprunté aux Romains : Alpes maritimas.

2 - Topograpghie générale

de 0 à 1000 m de 1000 à 2000 m plus de 2000 m

Les Alpes sont une chaîne de montagnes qui s’étend en Europe, recouvrant la frontière nord de l’Italie, le sud-est de la France, Monaco, la Suisse, le Liechtenstein, l’Autriche, le sud de l’Allemagne et la Slovénie. Les Alpes culminent à 4 810,45 mètres, au sommet du Mont Blanc. Le village de la Turbie se trouve à 450 m d’altitude et à 1500 m de la mer. Situé à la pointe des Alpes, son positionnement en belvédère sur la mer lui offre des vues magnifiques et diversifiées. La pointe du massif montagneux se jette en ce point dans la mer.

Vienn

Munich

Zurich

Genève Lyon

Ljubjan Mont blanc

4807m

Milan

Turin Venise Gêne

Marseille

La Turbie Nice

9


LES VILLES

Vado Ligure

La ville de Vado Ligure est une ville fortement industrialisée. Sa position en bord de mer la rend avantageuse pour le commerce méditerranéen. Lors de la traversée de la ville, les vues sur la mer sont rares. Les constructions industrielles viennent jusqu’en bordure de la côte, et la route et les cheminements piétons se trouvent en arrière-plan. L’industrialisation et le commerce sont prédominants pour l’économie de la ville.

LES VILLAGES

Pietra Ligure

Les anciens villages de pêcheur, comme celui de la Pietra Ligure, se développent dans l’objectif d’accueillir du tourisme. On y retrouve des installations plus modestes, avec des hôtels de plus petite ampleur et des restaurants de pêcheurs et familiaux. La ville présente un aménagement discret, mais appréciable des espaces publics. L’alignement de palmiers organise l’espace et le limite visuellement. La plage de sable a un accès direct à la ville et la route ne se présente pas comme une frontière entre les deux.

Cannes

À Cannes, l’aménagement des espaces publics présente un souci d’esthétique et de fonctionnalité. Les cheminements sont aménagés de manière à séparer les voitures des piétons. Les plages sont aménagées pour accueillir les touristes. L’économie de la ville dépend essentiellement du tourisme. Initialement rattaché aux loisirs et à la santé, le tourisme provoque également l’ensemble des activités économiques auxquelles la personne fait appel lors d’un déplacement inhabituel : restauration, transport, bien-être.

Villefranche-sur-mer

Le village de Villefranche-sur-mer, est un ancien village de pêcheur qui s’est développé aussi dans l’objectif d’accueillir du tourisme. La principale différence avec le village de la Pietra Ligure est que Villefranche-sur-mer se situe dans la rade située à l’est de Nice, et cette situation géographique contribue à son développement. L’ancien village de pêcheur situé dans le fond de la rade de Villefranche est devenu un véritable havre de paix pour les Niçois voulant prendre l’air.


3 - La Riviera méditerranéenne Dans le contexte des villes côtièr es Riviera est le nom donné à la région côtière de la Méditerranée depuis la Côte d’Azur en France jusqu’au-delà de La Spezia en Italie, région réputée pour la douceur de son climat, hiver comme été. Une partie est située dans le département des Alpes-Maritimes, mais la plus grande partie se trouve en Ligurie, dans le golfe de Gênes. La côte de manière générale est un espace limité, convoité, attractif, propice aux différents flux (échanges commerciaux, déplacements...), il accueille actuellement la majorité de l’humanité, nombre d’agglomérations et de nombreuses activités. On parle alors de littoralisation. On peut constater entre la France et l’Italie, différents types de littoralisation. La côte Française s’urbanise dans un étalement urbain ou le relief ne freine pas l’urbanisation, contrairement à l’Italie où l’urbanisation se fait sous forme de lanière, dans le fond des vallons et en bordure des rivières Au niveau de la qualité de l’urbanisation, nous sommes en Italie dans une urbanisation tournée vers la terre. La côte n’est pas valorisée, on y retrouve des industries. En France nous tournons les habitations vers la mer. On constate tout de même que Nice, anciennement ville Italienne, est tournée vers la terre. Le village de la Turbie a une position stratégique frontalière avec l’Italie et dominant Monaco, elle bénéficie du tourisme italien et français.

11


Un

1.2

12

relief atypique

Par r a ppor t à l’urbanisation des villes de la Côte d’Azur

Nice est une ville côtière à l’urbanisation dense. Elle est située dans une vallée. Bien que la ville soit ouverte sur la baie des Anges, le ressenti reste étouffant. Heureusement, la « promenade des Anglais”nous permet d’apprécier l’ouverture sur la mer. La ville est aussi très touristique et la densité de personnes au m2 est très importante.J’ai rapidement envie de louer une voiture pour m’évader dans les hauteurs. Je quitte Nice par l’Est. Arrivée sur les hauteurs du mont Boron, la perspective est bien différente. À travers le brouillard matinal, je distingue la côte italienne. Je me dirige vers Monaco, un peu au hasard des routes. Le paysage qui s’offre à moi tout au long de mon périple est magnifique. Je traverse de nombreux villages, dont les perspectives sur la mer sont diverses. Le relief marqué engendre une route très escarpée, parfois accrochée à des monts, parfois à flanc de colline, parfois de retour en bord de mer, elle dessine la côte. L’arrivée à Monaco se fait dans un tissu urbain dense, la seule perspective est celle de la route qui plonge ensuite dans un enchainement effréné de tunnels. Ce n’est qu’arrivé au port, centre de Monaco, que j’apprécie l’ouverture sur la mer. Face au Palais de la principauté, après avoir traversé le vieux Monaco, je m’arrête sur la place du Palais. De là, je distingue la ville à l’est qui s’étend à la verticale. À l’ouest, mon regard est attiré vers cette roche blanche se détachant de la colline verdoyante ; cette « tête de chien », objet de mon aventure.


1 - L’amphithéâtre de Nice La ville est située au fond de la baie des Anges, abritée du vent par un amphithéâtre de collines, dans une étroite cuvette montagneuse appuyée au massif du Mercantour, limitée à l’ouest par la vallée du Var et à l’est par le mont Boron. Le noyau originel de Nice est la colline du Château, qui fut entièrement militarisée avant d’être détruite par Louis XIV. Nice s’est développée au pied de cette colline en se limitant à la partie comprise entre le Paillon et la mer, qui constitue aujourd’hui le Vieux-Nice aux ruelles étroites. C’est surtout après le rattachement à la France que la ville s’est étendue au-delà de ce cours d’eau qui est aujourd’hui partiellement couvert.

Nice d’Ouest en Est

Nice du Nord au Sud

13


Monaco / Vue en direction du nord Ouest.

14

La Turbie et le Trophèe des Alpes / Vue vers l’ouest


2 - La scène de Monaco

3 - L’observatoire de la Turbie

Monaco est située au bord de la mer Méditerranée. L’ altitude maximale de 164 m est atteinte sur un des flancs du mont Angel, qui culmine à 1 150 m. La principauté est enclavée dans le territoire de la France, excepté pour sa façade maritime, dans le territoire de la France. Monaco est située en contrebas de la commune de la Turbie. C’est pour cela que nous parlons de scène.

La Turbie, tel un observatoire du paysage, place Monaco dans une scène paysagère urbaine. Située à 515 m de haut, La Turbie, nous offre de ce seul point de vue une diversité et une concentration de paysages entre mer et montagne. De la Tête de Chien, on distingue plusieurs caps qui s’étendent depuis la côte italienne de Bordighera jusqu’à l’Esterel. Le village est situé au point culminant de la Via Julia Augusta.

Monaco et la Turbie / Vue en direction du sud-ouest

15


Au

fil des corniches Entr e Nice et Monaco Le mot corniche signifie falaise ou route des falaises. Le relation entre Nice et Monaco est l’exacte application de cette définition. De cette façon, la signification d’une corniche devient claire lorsqu’on parle de la relation entre Nice et Monaco. Au départ de Nice, nous avons trois corniches qui se déroulent en direction de l’est. La basse corniche dessinant le bord de mer est principalement empruntée par les touristes. Elle est souvent très encombrée, car elle dessert tous les villages de bord de mer. C’est par cette corniche que nous accédons à la presqu’ile de Saint-Jean-Cap-Ferrat. Par cette route nous prenons peu d’altitudes, mais nous avons tout de même de très belles vues sur la mer. La route est une succession de traversées de village, périphéries de village et panoramas. La moyenne corniche nous fait traverser la plupart des villages d’altitude. Elle nous offre des vues stupéfiantes sur certains villages perchés sur des promontoires rocheux. Cette route sinueuse rythmée par des virages

1.3

16


serrés est très empruntée. Il est très difficile de s’arrêter pour observer et apprécier le paysage, il existe malgré tout de rares emplacements pour stationner ; ils ne sont ni aménagés, ni entretenus. Cette corniche est très riche en paysages et en histoire ; en témoigne le village historique d’Eze, village fortifié où se trouve un jardin botanique. Elle est de ce fait très touristique. Elle dessert aussi toutes les zones résidentielles de moyenne montagne. Lorsque j’ai parcouru cette route, je me suis sentie parfois frustrée de ne pouvoir m’arrêter pour observer le paysage qui s’offre aux yeux des conducteurs. L’arrêt me semble impossible et dangereux de par la configuration de la route et sa fréquentation incessante. La grande corniche est la route la plus ancienne, elle traverse des zones boisées et se déroule à flanc et haut de colline. Elle nous offre par sa diversité une vraie richesse. Cette route ne traverse aucun centre de village hormis celui de la Turbie.

Au départ de Nice, la première ascension nous permet d’atteindre une altitude importante (250 mètres) en direction de l’arrière-pays. Les montagnes nous transmettent en peu de temps leur fraicheur bienvenue en été. Puis nous avons un retour au bord de mer dans la seconde partie. À flanc de falaise, la route donne parfois l’impression de se jeter sans le ravin. Cette corniche est beaucoup moins fréquentée que les deux autres. Elle est moins bâtie, on observe en bordure de route quelques maisons et restaurants à l’allure de gites de montagne. Le rythme des paysages entre forêts et vues panoramiques est saisissant. La route se déroule ainsi sur une quinzaine de kilomètres pour arriver au village de La Turbie. Ce village d’étape est l’unique village traversé par cette corniche pittoresque. Il en est le prolongement logique et l’aboutissement. Il en fait partie intégrante. Le charme des forêts, les vues à couper le souffle, l’absence de fréquentation me transportent dans un tout autre monde, un monde aux dimensions contrastées.

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1 - La basse corniche La basse corniche se situe en bord de mer. Cette route débute au port de Nice pour ensuite contourner le mont Boron par le sud. Cette portion de route est très impressionnante, car nous culminons à 60m au-dessus de la mer, l’urbanisation est très aérée en contraste avec la sortie de ville traversée au préalable. Dans la continuité de la basse corniche, on traverse les villes balnéaires de la côte (Villefranche-sur-Mer, Beaulieusur-Mer, Eze bord de mer, Saint-Laurent, Cap-d’Ail et Monaco). Le tissu urbain de cette corniche est très dense. Les paysages sont rythmés par cette urbanisation et ces grandes ouvertures. Les périphéries des centres de villages sont constituées de maisons pavillonnaires qui nous proposent l’unique perspective de la route. De part et d’autre, de hauts murs camouflent la vue. Dans le prolongement du tissu urbain de Cap-d’Ail, on accède à Monaco. L’urbanisation de la Principauté de Monaco est extrêmement dense, la basse corniche est aujourd’hui enterrée lors de la traversée de la ville. La route passe par un enchainement de tunnels interminables. La corniche émerge dans le centre de Monaco. À la sortie de la ville, la route est à nouveau encadrée de buildings, qui obstruent la vue.

18


L’urbanisation environnante de la basse corniche

EZE BORD DE MER

ALT: 10M

SAINT LAURENT

ALT: 30M

BEAULIEU-SUR-MER ALT: 10M

ALT: 90M

TÊTE DE CHIEN

CAP D’AIL

ALT: 90M

VILLEFRANCHE-SUR-MER ALT: 50M

NICE

ALT: 10M

SAINT-JEAN-CAP-FERRAT 19


Eze : le village est séparé de la mer par la voie de chemin de fer.

NICE

En direction de Villefranche-sur-mer, la route est accrochée à la falaise. À 50 mètres audessus de la mer, elle suit le découpage de la côte.

20

Le passage du Cap de l’Esterel se fait par un tunnel.

L’accès aux plages et au bord de mer se fait par des passerelles piétonnes.

VILLEFRANCHE SUR - MER

Lors du contournement du Mont-Boron, nous avons une vue plongeante sur la mer

La route entre Eze et le cap de l’Esterel est encadrée par la falaise et la voie ferrée.

BEAULIEU - SUR - MER

Entre Villefranche et Eze, le passage de la route se fait dans un enchainement de tunnels percés dans la falaise.

À la sortie de Eze, nous continuons à longer la voie de chemin de fer.


SAINT-LAURENT

CAP D’AIL MONACO

À la sortie du tunnel du Cap de l’Esterel et avant Saint-Laurent, nous pouvons distinguer en fond de paysage la Tête de Chien.

Transition entre Cap d’Ail et Monaco

Dans le tunnel L’entrée dans Monaco se fait par un tunnel

La route passe au travers des immeubles

Après Monaco nous retrouvons une urbanisation pavillonnaire.

21


2 - La moyenne corniche La moyenne corniche est la route la plus récente. Elle débute à Nice, par la rue Barla, qui est un axe majeur de la ville. Elle prend assez vite de l’altitude lors de l’ascension du Mont Alban. Lors de la sortie de Nice par cette corniche, on traverse pendant un long moment des zones résidentielles. Elles créent un mitage du terrain, disparate et progressif, jusqu’à ne plus remarquer d’urbanisation en bord de route. Dans la seconde partie, nous longeons un front rocheux, créant un balcon sur le vide ; c’est une portion de route impressionnante donnant une vue renversante, source de vertige pour certains. L’arrivée à Eze donne l’impression d’un village isolé dans la montagne. Après la traversée de quelques tunnels taillés dans la roche, on traverse un ravin grâce à un viaduc, pour ensuite arriver au centre du village. Le bas du village d’Eze est résidentiel, et le haut du village, centre historique, est uniquement touristique. À la sortie du village, nous avons la jonction d’une route nous permettant de rejoindre la haute corniche pour accéder à La Turbie. Avant l’arrivée sur Cap-d’Ail, la moyenne corniche rejoint la sortie du tunnel conduisant à Monaco. Dans la dernière partie de route, nous sommes tout le long en position de promontoire par rapport à Cap-d’Ail et Monaco. Située sur les hauteurs de Monaco, la moyenne corniche est la frontière de la principauté. 22


ZONE RÉSIDENTIELLE DE MONACO

L’urbanisation environnante de la moyenne corniche

ALT: 400M

MONACO

ALT: 110M

EZE VILLAGE

(CENTRE VILLE) ALT: 350MZONE

RÉSIENDTIELLE DE CAP D’AIL

ALT: 250M

ZONE RÉSIDENTIELLE DE VILLEFRANCHE/MER

ALT: 300M

TÊTE DE CHIEN

ALT: 130M

NICE

ALT: 20M

23


THE PERSUADERS- AMICALEMENT VÔTRE

Dans le premier épisode tourné en 1971, nous pouvons voir le paysage de la moyenne corniche lors des fameuses courses de voiture de la série. Au départ de l’aéroport de Nice, les deux hommes partent pour l’Hôtel de Paris à Monaco. Dans la première scène, on peut voir en arrière plan Nice, vu du coté du Port, avec la butte du Château et sa roche calcaire en fond. On voit dans la troisième vignette, le passage des pilotes sous un tunnel de la French Riviera.

L’arrivée à Eze par un Viaduc, offrant la vue de l’ancien Eze (à droite) et de l’urbanisation moderne (à gauche). Percée dans la falaise au niveau de Beaulieu Le mitage de la périphérie de Nice

Ensuite les deux bolides passent par Eze, comme on peut le voir en arrière plan de la dernière vigniette. On aperçoit le village historique d’Eze, perché sur son rocher.

Tony Curtis conduit une Ferrari Dino 246GT et Roger Moore conduit une Aston Martin DBS

NICE 24

La moyenne corniche, une route accrochée à la falaise offrant des vues plongeantes comme ici en direction de Saint-Jean-Cap-Ferrat.

Percée dans la falaise au niveau de Beaulieu Arrivée à Eze village

Tunnel dans la roche avant Eze village


Liaison entre le tunnel de Monaco et la m.corniche Vue de la Tête de Chien

Des stationnements dépourvus de toutes qualités

La traversée de Monaco, vue du stade

L’arrivée à CAP-D’AIL :

Sortie Est de Monaco

Entre Eze et Cap-d’Ail

Premier aperçu de la Tête de Chien

Urbanisation abondante

Cadre de falaise

Plongeon : perspective vers la mer Vue aérienne de Capd’Ail

25


3 - La grande corniche La grande corniche est la plus ancienne des trois. Ce fut un axe stratégique dans la surveillance et la défense du territoire. Elle ne traverse aucun centre-ville, si ce n’est celui de La Turbie, et offre des vues à couper le souffle. Au départ de Nice, son accès est peu indiqué. Dans une urbanisation dense du quartier nord, elle débute par le boulevard Bischoffsheim. L’ascension de 220 mètres se fait sur la première partie de la boucle, contournant le mont Gros par le nord. Le mont Gros est très peu bâti, sur cette partie de route on traverse une forêt, où l’on retrouve une végétation de garrigue, avec des chênes verts, et des pins maritimes accompagnés de cistes et de romarins. Plus loin, la route se retrouve en position de belvédère, avec des panoramas sur le paysage maritime, où l’on peut apprécier les enchainements de monts qui plongent dans la mer sous forme de caps. Nous croisons parfois quelques bâtiments. Dans ce paysage montagneux, ces bâtis font penser à des gites étapes de haute montagne. Ces bâtiments sont pour la plupart des restaurants, des chambres d’hôtes ou des hôtels. De manière générale cette corniche, beaucoup plus en amont est isolée des deux autres. Le paysage y est grandiose. Dans la dernière partie, la route est accrochée à la falaise, puis arrive enfin au village de la Turbie. Depuis la vallée d’en face, on distingue le village de la Turbie accompagné de son symbole : le Trophée des Alpes. 26


L’urbanisation environnante de la grande corniche

ALT: 450M

ALT: 480M ALT: 500M

ALT: 30M ALT: 250M

ALT: 520M

TÊTE DE CHIEN

ALT: 350M

27


La haute corniche présente très peu d’urbanisation. On retrouve parsemés sur le bord de route quelques maisons ou restaurants, faisant penser à des gîtes de montagne.

Perspective sur Nice depuis le nord Dans la première partie de l’itinéraire, nous traversons une végétation dense et des vues sur le paysage montagneux de l’arrière-pays, puis de grands panoramas en direction de la mer.

L’ascension commence dans la partie ouest de la boucle.

28

Départ de Nice, par une voie mal indiquée.

Premier panorama embrassant le paysage maritime avec à l’ouest la presqu’île de Saint-Jean-Cap-Ferrat et à l’est la Tête de chien


Vue sur le mont Angel

Vue sur la Testa de Can Vue sur la Testa de Can Perspective infinie

Typologie de bâtiment de la Turbie 1970

Point de vue sur la Turbie depuis le vallon d’en face

1960

1990

Les premières vues de la Tête de Chien se font assez tôt. À chaque virage, l’éperon rocheux est de plus en plus visible et imposant.

29


4 - La végétation des trois corniches Thymus vulgaris

Centranthus ruber

Calicotome spinosa

Quercus ilex

Dorycnium pentaphyllum

Quercus coccifera

Les trois corniches présentent une végétation de type méditerranéen, avec une unité commune de garrigue de ciste. Elle est adaptée aux contraintes de sécheresse et à la douceur des températures. Trois étages de végétation se distinguent : - le thermo-méditerranéen avec des formations dégradées à euphorbe arborescente, caroubier et olivier sauvage dans les situations les plus chaudes, - le méso-méditerranéen avec la série du chêne vert et du pin d’Alep, - le supra-méditerranéen avec des formations à charme houblon ou ostrya carpinifolia qui représentent un intérêt particulier sur le plan biogéographique. La garrigue de ciste s’établit dans les massifs calcaires en terrain sec et filtrant, résulte en général de la dégradation de la forêt de chênes verts, qui passe progressivement à des peuplements de pins d’Alep, puis à la garrigue.

Citisus albidus

30 Rosmarinus officinal

Phillyrea angustifolia

Genista hispanic

Brachypodium retusum

Juniperus oxycedrus

Les cistes sont favorisés par les incendies et le pâturage, car ils ne constituent pas des plantes appétantes pour le bétail. Il s’agit de formations ligneuses basses (1 à 2 m de hauteur), à forte densité, composées d’espèces arbustives telles le chêne vert, chêne kermès, ciste blanc, filaire à feuilles étroites, genévrier oxycèdre, calycotome épineux, genêt d’Espagne, romarin, badasse, centranthe rouge ou le thym. La strate herbacée n’est présente que lorsque la densité de la strate arbustive diminue. Elle est alors dominée par le brachypode rameux.


La végétation subsistant au mitage de l’urbanisation

TÊTE DE CHIEN

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le trait d ’ union De la Turbie à la Testa de Can - Itinér air e Le village de la Turbie a une place stratégique dans le paysage. Il est situé sur un plateau au milieu d’un relief montagneux, et domine la mer Méditerranée à une altitude de 450 mètres. Historiquement le village de la Turbie était situé dans l‘itinéraire d’Antonin (fils de César) qui le désignait comme « Alpe Summa », là où finit l’Italie et commence la Gaule. Depuis des millénaires, cette position stratégique sur un promontoire naturel a donné au village une place à part dans l’histoire des Alpes-Maritimes. L’historien, Philippe Casimir écrira d’ailleurs « La Turbie est plus féconde en histoire qu’elle ne comprend d’espace dans son immense panorama. » Mais cette place de zone frontalière, passage obligé sur une route de grande importance (l’actuelle grande corniche), a également conféré un rôle militaire qui a marqué la vie des Turbiasques au cours des siècles. Ce rôle militaire a d’ailleurs donné naissance à des noms très évocateurs comme Col de Guerre, mont des Batailles, ou Tête du Camp (Tête de Chien). Cependant, La Turbie, située entre mer et montagne, a su dépasser cette vocation militaire et exploiter ses nombreux atouts. Depuis l’arrivée des premiers touristes de la Riviera à la fin du 19e siècle, le village est très apprécié pour ses charmes divers : l’authenticité du vieux bourg, le calme des campagnes, les nombreux chemins de randonnée, la douceur du climat et les points de vue à couper le souffle sur la mer. L’histoire a également laissé des témoignages admirables : le monumental Trophée des Alpes, les vestiges romains, l’enceinte médiévale, et le fort Serré des Rivières.

1.4

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1 - Le Trophée des Alpes Ce monument célèbre la victoire d’Auguste, empereur romain, sur les peuples des Alpes définitivement soumis entre 24 et 14 siècle av J - C. Il est érigé au col le de la Turbie, point le plus haut de cette voie Julia qu’Auguste avait fait construire pour faciliter les échanges vers la Gaule et pour affirmer la puissance et la protection. Par ce monument exceptionnel, Auguste était honoré tel un dieu. Selon la tradition, les trophées étaient dédiés aux divinités de la victoire : à l’issu d’un combat, les vainqueurs rassemblaient les dépouilles ennemies sur un mât, constituant une sorte de mannequin. Construits en pierre, les trophées devenaient des véritables monuments d’architecture. Mais très peu ont été conservés. Il subsiste à Adalklissi, en Roumanie, un trophée de plan circulaire qui fut dédié au vainqueur de Daces en 107 après J - C. Au Moyen Âge, le trophée des Alpes est fortifié et habité. Mais en 1705, la forteresse est démantelée et ses fragments sont utilisés pour la construction du village. En 1860, lors du rattachement du Compté de Nice à la France, le trophée est classé monument historique. En 1905, des fouilles archéologiques sont entreprises. En 1929, Jean-Camille Formigé et son fils Jules, architectes en chef des monuments historiques, reconstruisent une partie de l’édifice grâce au financement du mécène américain, Édouard Tuck.

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2 - Analyse de l’itinéraire jusqu’à la tête de Chien Lorsqu’on arrive à l’entrée du village de la Turbie, on peut distinguer dans la perspective d’une rue, le Trophèe des Alpes. Son architecture particulière nous met directement dans un contexte de village hors du commun. Village à l’histoire forte. On se trouve ici sur un lieu stratégique et légendaire. En continuant notre itinéraire sur la Grande Corniche, on tourne à droite à la Mairie du village, en direction de la mer. À l’extrémité de la route, on retrouve un parc de stationnement à ciel ouvert. Qui apporte une perspective sur la mer.

Dans la seconde partie du village, sur l’avenue du Cap-d’Ail, on longe des bâtis qui sont très peu espacés les uns des autres. La route passe au centre et il n’y a pas de trottoir sur ses abords. Nous n’avons plus aucune perspective vers l’extérieur, hormis celui du bout de la route. 34

Arrivée au bout de cet enchainement de maisons, une route se présente sur notre gauche, la Tête de Chien. La route qui continue tout droit est celle qui nous mène à la Moyenne Corniche en direction de Cap d’Ail puis Monaco. Ne voulant pas redescendre dans le vallon, j’emprunte la route à gauche. Sur cette route se présente en premier lieu, des maisons pavillonnaires, qui ont peu d’impact visuel. Ces maisons sont situées en général, en fond de jardin. De la route, on ne distingue que les murs de clôture et les haies bocagères des limites de terrain. Ceux-ci ne laissent comme unique perspective que le déroulement de l’asphalte qui semble se jeter dans la mer. Après un virage, nous découvrons une colline totalement recouverte de pavillons. La végétation est artificielle et maitrisée. On peut voir ici en premier plan des cerisiers accolades, espèce totalement exotique à la région.


A8 cal n e rov P la ute o r to Au

En se rapprochant de ces bâtiments, on découvre des lotissements créant un village. Il parait artificiel au milieu de ce lieu magnifique. Dans la région, nous retrouvons souvent ce type de lotissements au crépis beige accompagné d’un jardinet en devanture.

Les dernières maisons que l’on croise sont plus des bâtis typiques de la région qui s’intègrent bien dans le paysage. N’ayant pas d’étage, elles se fondent dans le paysage. Le mur en pierre sèche calcaire, du premier plan, donne un aspect naturel à l’ensemble.

Grand e Cor niche

Trophée des Alpes

Arrivée à la tête de Chien, la route est un cul-de-sac. Au bout du terre-plein (destiné au stationnement des bus), nous avons une perspective à 360°. Devant nous, la mer infinie, derrière le relief montagneux dont on ne perçoit pas l’extrémité. 35


P artie 2 - L a

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testa de can la tĂŞte de chien


2-1 L a

2-2 L’ emblème

beauté du paysage

du site

1 - Le Fort et les Casernes

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2 - Le Radôme

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2 - Le Fort Massena et le déclin militaire

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3 - Le lotissement France Télécom

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3 - Une topographie singulière

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4 - Le bout de la route

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5 - Les Coteaux Ouest et Sud

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6 - Le Côteau Est

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2-3 La force du site

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7 - La Falaise du fort massena

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8 - Le Belvédère

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2-4 D es

1 - Histoire d’un lieu unique

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sensations en péril

1 - Un biotope existant

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2 - Une urbanisation grandissante

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La

beauté du paysage Ce lieu de toute évidence est beau, mais avant de rentrer dans une description des éléments époustouflants et inattendus du site, j’aimerais vous faire comprendre ma vision du beau et mes questionnements sur ce sujet. Aujourd’hui, le beau dirige d’une certaine manière notre vie et nos projets. On essaie de porter de beaux vêtements, de vivre dans une belle maison entourée d’un beau jardin, on tente au maximum de s’entourer de choses qui sont belles. Mais qu’est-ce que le beau, et en contrepartie on peut se demander ce qu’est le laid ? Pourquoi un lieu est-il beau ? Qui décide ce qui est beau ou ce qui est laid ? Et qui est capable de le dire objectivement ?

2.1

Si pour ce projet d’étude, je décidais de faire un beau projet puis un projet laid, on peut se demander lequel des deux serait le plus apprécié. Nous avons intériorisé ces milieux naturels, est-ce cette vision qui se rapproche du beau ou leur transformation ? Aujourd’hui quand une personne dit que quelque chose est beau on peut se

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demander s’il n’est pas influencé par les dictats de la mode et des tendances actuelles. Faut-il coller à une image correspondant à un idéal ? Mais ne serait-ce pas ça le beau : l’idéalisation d’une chose devenant réelle, d’une personne ou d’un lieu. Lorsqu’un paysagiste fait un projet, que tente-t-il réellement de transmettre ? Quelle idée ? Quelle sensation tente-t-il de nous procurer ? La question ne serait-elle pas plutôt, qui est le paysagiste ? Je pense qu’un bon paysagiste est une personne dotée d’une sensibilité à l’environnement, qu’il développe au fil de sa vie et qui se soucie des enjeux des transformations. Avec sa connaissance des milieux, cela fait partie de sa boite à outils dont il sait utiliser toutes les palettes. Ce carnet personnel est enrichi à chaque découverte d’un lieu. Depuis sa plus tendre enfance, jusqu’à l’âge adulte, le paysagiste et l’homme qu’il est, acquiert un certain nombre de sensations référente en fonction des lieux qu’il rencontre. Le jardin d’Éden inconnu de tous nous laisse à notre imagination. Nous pouvons rêver et inventer un paradis. Un lieu englobant toutes les meilleures émotions que l’on est capable d’éprouver, le bonheur, la joie, la surprise, la passion, l’extase, l’excitation, l’allégresse, ou encore l’enchantement. Le paysagiste peut aussi procurer des sensations de peur, de solitude, de douleur, d’anxiété, d’effroi, de méfiance, d’intimidation, ou encore d’impuissance. Le paysagiste se doit d’être un rêveur, s’il n’y a pas de rêve, un jardin n’a pas d’âme. La beauté, c’est cette chose intouchable, cette perfection, cette âme que l’on trouve en une chose, en un lieu ou en une personne. Aujourd’hui, il est difficile de discerner cette beauté. Les médias et la mode manipulent habilement notre esprit. Aujourd’hui, lorsqu’on ouvre un catalogue de jardin, on retrouve spécifiquement ce qu’on pourrait qualifier de jardin à la mode : ces photos magnifiques, d’ambiance végétale fluide et structurée, ou ce mobilier design et épuré. Je ne dis pas qu’il faut aller à l’encontre de notre temps, mais la mode ne doit pas diriger nos projets. Le projet est fait de sensations, de ressentis, de références,

d’écoute des usages. Le paysagiste est un rêveur éveillé, un artiste ancré dans la réalité. La beauté de la Tête de Chien est évidente pour la plupart des gens, mais sauraient-ils dire ce qu’ils trouvent beau ? Le site de la Tête de Chien est merveilleux en lui-même. C’est un endroit où l’on se sent bien, un lieu paisible qui nous permet de nous recentrer sur nous même. C’est un bout de monde, un bout du monde, une destination de promenade. C’est un lieu nous offrant la simplicité et la beauté de la nature à l’état pur. C’est un lieu unique comme il en est peu dans ce monde. Lors de mon excursion, je ne savais pas spécialement à quoi m’attendre. Arrivée ici au hasard d’une balade, je me suis retrouvée en cette pointe assise sur un mur de pierre, les pieds dans le vide. Je suis restée plusieurs minutes, à observer tout ce qui m’entourait ; au-dessus de la mer, des vallées, des bois et des nuages. Par delà le soleil, mon esprit, se déplaçait avec agilité. Il sillonnait gaiement et avec habilité l’immensité profonde, les montagnes, les falaises et cette étendue immense. Ces contrastes de pleins et de vides, ces couleurs vives remplissaient ces espaces limpides. Ce chaos sublime et enivrant de roches, divinement disposées parmi cette végétation spontanée, nous était offert par le hasard de la nature. « Que change en moi l’existence brumeuse de la découverte de cette terre d’asile. Tu n’aurais pas toute cette résonance si tout ce qui t’entoure n’existait pas. » Disait Charles Baudelaire dans le poème Elévation, extrait des Fleurs du Mal. Dominant le bourdonnement des villes monotones faites de béton, de métal et de marbre, je repense à tout ce chemin que je viens de parcourir. La Côte d’Azur, beauté convoitée par l’homme s’étend devant moi, elle n’est plus aussi authentique que celle de Françoise Sagan, les années ont passées avec leur urbanisation galopante. 39


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1 - Le fort et la caserne Le fort Masséna évoque à une époque passée. La guerre et la défense des frontières étaient par le passé une priorité du pays. Face à ce monument, j’éprouve plusieurs émotions : - Admiration pour ces hommes qui ont vécu en ces lieux, qui se sont battus pour leur pays. Risquer sa vie (le plus précieux à mes yeux) dans les combats est fascinant pour ma génération protégée. Admiration aussi des esprits contemplatifs pour les hommes d’action, vite transformés en symboles.

Fort depuis le belvédère

J’éprouve aussi de l’admiration, pour ces architectes et ingénieurs qui, avec des moyens techniques simples, ont réussi à créer un monument qui défie le temps et les éléments naturels. L’effet visuel assez simpliste du fort, au premier abord, cache une architecture élaborée avec des cheminements complexes et où chaque élément à un emplacement spécifique. - Peur de cette époque où l’unique préoccupation était la guerre. Bien sûr, elle permit d’inventer de nouvelles techniques de défense, ou de combat. Aujourd’hui, le Fort Masséna est abandonné, mais je n’ose imaginer qu’il puisse reprendre du service un jour dans le domaine militaire.

Fort intramuros accès sud Agence Faragou

-Fierté d’appartenir à cette descendance d’hommes valeureux et créatifs.

Casernes / Vue vers le sud

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2 - Le radôme Un radôme (de radar et dôme) est un abri protecteur imperméable utilisé pour protéger une antenne des intempéries. Il est présent à la Tête de Chien pour des recherches sur les ondes menées par France Télécom.

- Étonnement proche du Choc : par le contraste de la sphère parfaitement ronde et lisse au sein du chaos de roches et de végétation bulle parfaite, et géométrique dans un environnement brut, dans ce chaos sublime d’enchevêtrement de roches et de végétations remarquables.

Depuis le haut du coteau Est

- Interrogation face à la science, le monde des scientifiques, qui paraît extérieurement très abstrait. Que cache cette sphère blanche ? Comment fonctionne ce système de calcul d’ondes ? Depuis les toits du fort Agence Faragou

- Émerveillement et Amusement : par le décalage visuel des deux témoins de l’histoire ; la sphère lisse posée sur la colline et le Trophée de Alpes, les deux s’intégrant chacun facilement dans le paysage. L’un symbolise la victoire guerrière, l’autre la victoire du raisonnement scientifique.

Depuis la route ouest

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3- Le lotissement France Télécom Ces lotissements estivaux de France Télécom sont promis à la déconstruction. Ils ont été rétrocédés à la ville, dans le but de construire en ces lieux un hôtel de luxe. - Découragement face à ce lotissement sans âme, sans caractère, identique à tous ces lotissements fonctionnels où qu’ils soient. Cette banalisation du paysage par la standardisation répond souvent à des contraintes de coût, de temps, mais laisse de véritables verrues au sein du paysage.

Depuis le nord

- Colère envers cette société dans laquelle la vision à court terme, la facilité sont souvent privilégiées et où la solution financière la plus bénéfique aux promoteurs est généralement retenue. - Espérance de voir ces habitations remplacées par un projet d’hôtel cohérent avec le site. Les leçons auront-elles été retenues ? Peut — on espérer un projet rempli de sensibilité et d’affection du paysage ?

Depuis la route nord

Depuis l’ouest

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4 - Le bout de la route C’est cette extrémité de route, où l’on a que deux possibilités, faire demi-tour, ou s’arrêter. Les extrémités de route sont des destinations. On rentre chez soi, c’est un bout de route, on va au travail... Ce bout de route, je le qualifie de naturel, car même si l’homme avait eu envie d’aller plus loin, il n’aurait pas pu. - Ce bout de route m’inspire le bien-être : lorsqu’on arrive au bout de la route, je ressens le bien-être d’un aboutissement. C’est la fin de ce périple en voiture, le terme d’un voyage ; comme au terme d’un examen après lequel les vacances s’enchaînent, ou à la fin d’un travail accompli, on se sent bien. On a envie de profiter de tout ce temps libre qui nous est offert.

Vers le nord et les montagnes

- Curiosité : Lorsque j’arrive en ce bout de route, j’arrive au terme de quelque chose et au début d’un nouvel instant. Ceci anime ma curiosité. Que vais-je découvrir ? - Excitation : L’excitation de cette découverte, car je sens que le site est grandiose et unique et je vais le découvrir enfin par mes yeux. Sera-t-il à la hauteur de mes espérances ? Je suis sûre ne pas être déçue, car tous les témoignages en amont ont décrit ce site en termes élogieux.

Vers le sud et la mer

Vers l’ouest et Saint-Jean-Cap-Ferrat

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5 - Le Coteau Ouest et Sud Je regroupe ces deux coteaux de la colline, car ils sont ouverts sur la mer, et le dénivelé est sensiblement identique. Les ressentis sont donc similaires. - Ravissement : Cette ouverture sur la mer, après un épisode parisien passé entre les murs urbains, me ravit. Cette ouverture enchante mes yeux, et tout mon être dans une action bienfaisante. Vers depuis Cap d’Ail

- Bouleversement : L’opposition grandiose et violente entre la mer et les montagnes m’étreint. L’immensité de la nature sauvage et ses contrastes qui s’offrent à moi me bouleversent. - Étourdissement à la vision de ce paysage. L’ivresse de la grandeur, la distorsion et l’élargissement de la perspective sont surprenants. Je suis dans ce paysage, comme dans un autre monde ou dans un autre corps. J’aimerais pouvoir prendre mon envol et découvrir ce paysage par les airs.

Vue de l’aéroport de Nice

Vue sur les loubières et les Caps

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6- Le Coteau Est Ce coteau est fortement végétalisé, et à un plus grand dénivelé que les deux autres. Les vues sont ouvertes en direction de Monaco et de l’Italie. - Vertige : Le dévers est encore plus prononcé que sur le coteau ouest. L’à-pic est saisissant. Je ressens un vertige face à cette immensité abrupte. À mes pieds, la ville de Monaco s’étale et se verticalise.

Vue vers Monaco

- Impuissance : La ville engloutit toute trace de géographie. L’infiniment petit de ma personne face à cette étendue d’alliage minéral bétonné me frappe, malgré ma position dominante sur mon promontoire. Je constate impuissant l’impact de l’urbanisation sur la nature. Vue vers Monaco

- Résignation : J’accepte cette impuissance face aux forces qui s’affrontent : nature sauvage et urbanisation galopante.

Vue vers le Sud et la mer

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7- La Falaise du fort Masséna La falaise est cet escarpement rocheux, non couvert par de la végétation, créé par l’érosion le long de la côte. Elle résulte généralement de l’ennoiement récent d’un abrupts tectonique ou continental.

- Curiosité : Face à cette falaise calcaire chutant dans la verdure et dernier élément visible de la chaîne des Alpes, je m’interroge sur son origine, sa formation, son évolution au fil des âges. Depuis le belvédère, j’observe cette roche blanche.

La falaise

- Saisissement : Face à cette falaise située à 500 m au-dessus de la mer et s’élevant tout aussi haut, je suis saisie par la beauté de cette verticalité naturelle. Elle évoque en moi la force de la nature et sa persistance à travers les siècles. La falaise surplombée du fort

- Respect : La pureté brute de cette muraille spontanée provoque en moi un respect envers la nature.

La falaise plonge dans la verdure

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8- Le belvédère C’est cette avancée de roche en direction de la mer qui offre des vues panoramiques sur tout l’arrière-pays et sur la mer. - Désorientation : À la pointe de la roche, sur ce belvédère naturel, je suis désorientée. Deux entités de l’immensité s’offrent : devant moi la mer, cet infini de bleu, de l’autre côté, l’immensité des montagnes. Dominant tout ce paysage, je suis comme située entre plusieurs mondes, la terre, la mer et le ciel.

Ascension douce vers le ciel

- Enchantement : De me trouver entre les mondes terrestre, maritime et aérien, dans cette nature vierge et puissante. Le temps d’un instant, je ne suis plus dans la réalité, le trop-plein d’oxygène véhiculé par le mistral m’enivre et je plane. En direction de cap d’Ail

- Abandon : À la jouissance provoquée par ce lieu hors du commun ce moment éphémère en ce lieu magique est irréel. Je m’abandonne totalement à ce plaisir d’observation, et d’admiration. Mon esprit et mon corps ne reviendront pas indemnes de cette expérience.

Depuis l’esplanade vers le sud

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L’ emblème

du site

La force de ce fort est inscrite dans son caractère, dans l’équilibre qui résiste à tout ce qui a été construit autour. Aujourd’hui, la durée de l’architecture est en général plus limitée. Ce fort est une marque de l’histoire, une oeuvre de résistance militaire. Il s’inscrit dans une époque et dans une lignée d’architectes formés uniquement pour inventer et créer des ouvrages qui résisteront le mieux aux attaques, et qui se camoufleront le mieux dans leur environnement.

2.2

Des années plus tard, le fort est recyclé, il est utilisé par France Télécom. Cette possibilité de transformation et d’adaptation aux besoins du temps présent lui donne une force particulière. Pour intervenir sur une oeuvre architecturale historique, il faut tout d’abord connaitre son histoire, ses fondations, ses fonctions passées. Elles feront résonnance à la transformation future.

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1 - Histoire d’un lieu unique

Je commencerai l’historique du fort en 1860, au moment où la Turbie devient française. Après les victoires de Napoléon III, le plébiscite se tient les 15 et 16 avril 1860 pour voter le rattachement à la France. À La Turbie, le vote sera favorable pour un rattachement à la France à l’unanimité.

Ainsi seront construits le Fort de la Tête de Chien en 1877 et la Citadelle du Mont-Agel achevée en 1893. À Nice, en 1862 le général Serre des Rivières est chargé d’organiser la défense de cette nouvelle région française.

Entre 1860 et 1870, grâce à de forts investissements du gouvernement de Napoléon III et au tourisme hivernal, le nouveau département connaît un essor sans précédent (hôtels, casinos, festivités, industrie florale, constructions de somptueuses villas et par conséquent, création de nombreux emplois et immigration importante...). Les carrières de La Turbie produisent une pierre blanche de qualité qui est utilisée pour la construction de nombreux édifices dans la région : la Cathédrale de Monaco ou le Musée Océanographique, par exemple. En 1870, le chemin de fer arrive à La Turbie, favorisant le développement du tourisme. Après la défaite de 1870 contre la Prusse, la France renforce la défense de ses frontières et redonne à La Turbie une activité militaire.

Le fort est construit suite à l’étude du commandant Wagner, chef du génie de Nice. L’idée est approuvée en 1878. Le projet initial est établi la même année par le capitaine Boilvin. Les travaux commencent en 1879. On décide cette première année à ajouter une casemate cuirassée en fonte dure. Le fort est achevé en 1883. En 1886, il reçoit le nom de « fort Masséna ». Pour faire face à la crise dite « de l’obus-torpille », on creuse entre 1888 et 1889 un magasin à poudre caverne. Après 1918, l’édifice est utilisé comme casernement et dépôt. En 1939-40, il est complété par des batteries et des petits observatoires légers. Il reçoit le baptême du feu en 1944. Dans les années 50, il est affecté au centre d’études des PTT. 57


Photos prises en septembre 1944 par des parachutistes amĂŠricains

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2 — Le Fort Massena dans un contexte de déclin militaire Au cours des années 1880, alors qu’une grande partie des ouvrages du plan Serré de Rivières sont sortis de terre, vont intervenir deux découvertes améliorant l’armement qui vont remettre en cause les principes techniques mêmes ayant régi la construction de toutes ces fortifications. Il s’agit d’abord de l’apparition de l’obus à mitraille, dont le détonateur était réglé pour le faire exploser en l’air. Les imposants massifs de terre n’étaient plus alors d’aucune utilité pour protéger les servants des pièces situées à l’air libre. Puis en 1884, l’ingénieur Vielle découvre le coton-poudre gélatinisé, c’est à dire la poudre sans fumée. Ce nouvel explosif est utilisé pour la charge propulsive des obus. Les pièces deviennent alors, débarrassées de leurs nuages de fumée accompagnant chaque tir, beaucoup plus difficiles à localiser pour les contre-batteries. Mais surtout en 1885, il s’agit de la découverte par Eugène Turpin, ingénieur français, d’un nouvel explosif chimique, la mélinite, qui surpassait en puissance l’ancienne poudre noire. Cet explosif sera utilisé pour la charge détonante des obus. En 1886, est réalisé un obus cylindro-ogival à « explosif brisant », utilisant le nouvel explosif. Il est fabriqué en acier au lieu de la fonte utilisée jusqu’alors. Ces avancées techniques permirent à la fois d’augmenter la portée des canons, mais aussi d’augmenter la quantité d’explosifs des obus (meilleure densité). Les ingénieurs militaires vont apporter plusieurs solutions à cette crise, plus connue sous le nom de « crise de l’obus torpille » : - mise sous casemate ou sous tourelles des canons pour leur offrir une meilleure protection, - dispersion des canons jusqu’alors concentrés dans l’enceinte du fort, dans de multiples batteries extérieures, beaucoup plus difficilement localisables

- renforcement des casernements existants par une couche de béton non armé, d’une épaisseur variant de 1,50 m à 2,50 m, coulée sur les maçonneries existantes, recouvertes d’environ 1 m de sable (uniquement appliqué pour les ouvrages considérés comme prioritaires), - remplacement des caponnières devenues trop vulnérables par des coffres de contrescarpe en béton, - emploi exclusif du béton spécial de fortification, puis du béton armé pour la construction de tous les nouveaux ouvrages. Du système fortifié élaboré par le général Serré de Rivières, pour assurer la défense de la France, il ne reste aujourd’hui que peu de souvenirs. Le nom, même, de son concepteur n’apparaît pas dans les livres d’histoire. Et pourtant, avec près de 200 forts construits en moins de 10 ans, intégrés dans un programme défensif global et tenant compte de l’action combinée des armées et des ouvrages fortifiés dans le but de garantir l’intégrité des frontières françaises, n’a d’équivalent que le système élaboré 150 ans plus tôt par Vauban. Les causes, de cet incroyable oubli collectif, ne peuvent être que l’expression d’un profond traumatisme qui trouve, peut-être, ses origines dans le désastre de 1870, mais ce n’est pas suffisant pour expliquer la forte valeur négative attachée à cette architecture fortifiée. Ce système défensif est, avant tout, l’aveu officieux du déclin démographique, politique et économique de la France. Mais gardons-nous de tout jugement hâtif, car, le système Serré de Rivières est avant tout un système dissuasif inachevé. Quel fut l’impact de ce dispositif sur les plans de l’invasion allemande en 1914 ? Difficile à dire. Quoiqu’il en soit, et quoiqu’on en pense, ce dispositif est une réalité de notre histoire ! 59


Système Serre des Rivières

La défense de Nice à la Turbie

Fort du Mont-Angel

Le Var

Fort du Mont-Chauve

La Turbie Batterie du Rimiez Batterie de Saint Auber

Fort du Mont Alban

Nice 60

Fort de la Drète Fort de la Revère

Fort de la Tête de Chien

Batterie du Mont-Gros Citadelle de Villefranche-sur-Mer

Fort du Mont Boron et sa Batterie

Batterie du Cap Ferrat

Légende Fort et batterie non modernisée

Fort anterieur au système Serre des Rivières Petie ouvrage d’infanterie


3 - Une Topographie singulière accompa gnée d’un r uban de for tifications militair es

Pour protéger le Comté de Nice des envahisseurs, le Duc de Savoie fait bâtir au XVIe siècle la Citadelle, les forts satellites du Mont-Alban et de SaintHospice ainsi que le port de la Darse où sont stationnées les galères. Ces constructions, confiées à des ingénieurs italiens, préfigurent un nouveau type de fortifications bastionnées. Puis le général Serré des Rivières met une place un dispositif de défense du front de mer français. Il fit construire de nombreux forts et batteries. Ils sont disposés sur toutes les hauteurs de la côte de manière à voir de loin le danger. Aujourd’hui abandonnés ou reconvertis, ils sont un réel patrimoine militaire. Leur disposition dans le relief était très importante. On retrouve les forts disposés au-dessus des villes et des ports maritimes, et surplombant les voies de chemin de fer. Toute la Côte, et l’arrière-pays sont cernés par ces forts.

Citadelle de Villefranche-sur-mer

Fort du Mont Alban

Fort de la Revère

Fort du Mont Agel

Le système est basé sur la construction de plusieurs forts polygonaux enterrés, formant soit une ceinture fortifiée autour de certaines villes, soit un rideau défensif entre deux de ses places, soit des forts isolés.

Fort de la Tête de Chien ( Fort Massena)

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63 Le fort: continuitĂŠe du relief (coteau ouest)


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Photo Intramuros du fort : Agence Faragou

65 Le fort: continuitĂŠe du relief (falaise est)


La

force du site La force du site est ce qu’il peut nous offrir dans sa nature propre. C’est un lieu dépourvu d’artifice, qui nous permet de rêver et de nous évader. L’accès au site se fait par un tunnel qui nous ouvre vers un nouveau paysage, vers un point de vue inconnu. Le passage par le tunnel donne au lieu une part d’irréelle. Le passage dans cet autre monde matérialisé par ce moment de pénombre qui crée une rupture. Lorsque nous le traversons, notre esprit, nos yeux, notre mémoire vive se vident de toute nuisance rencontrée au préalable. Le fait de passer dans ce tunnel nous protège le temps d’un instant de cette brise qui nous effleure le visage. Le temps d’un instant, nos sens ne sont plus mis à contribution. Notre corps se vide du maximum de ces sens et de ces sentiments avant d’être jeté dans un bain de sensations. À la sortie du tunnel, je n’aurai pu appréhender ce qui m’attendait. Une esplanade de sable, ouverte d’est en ouest sur le lointain. Et devant moi, une ascension d’entremêlas de roches. En premier temps, je m’approche de la falaise du côté de Monaco. Intriguée par ce qu’il y a en bas... Je peux distinguer, creusées dans la falaise, des grottes aménagées, cela doit être les magasins du fort. Les magasins devaient être cachés et enterrés, car c’est l’endroit où étaient

2.3

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entreposées les armes et les munitions. S’il y avait une attaque, elles ne devaient pas être détruites au premier assaut. En dessous, un ravin d’une quarantaine de mètres, et face de moi cette falaise monumentale, cette majestueuse roche blanche, plongeant dans une mer de verdure. Et mon infime personne face à cette falaise qui me désoriente... De l’autre côté de l’esplanade, une perspective ouverte sur ces montagnes plongeant dans la mer. Sur la vallée d’en face, je découvre ces terrasses qui découpent élégamment la montagne. Cet élément dans le paysage est assez pénétrant, ces murets de roche maintiennent une colline entière. L’angle de vue à cet endroit étant assez réduit, je décide de continuer mon chemin. J’attaque cette ascension entre les blocs de roches. Il est assez amusant de se déplacer sur cette roche totalement lisse, tout en évitant les interstices. Je saute entre ces creux, je tente d’aller de plus en plus vite, je retombe le temps d’un instant dans les jeux de l’enfance. J’ai hâte de découvrir ce qu’il y a plus loin. Arrivée en haut, je retrouve un semblant de chemin, composé d’une roche, coupante et de terre. Bordé d’un muret construit en pierre calcaire, je longe la falaise. Sur ma gauche, il y a une sorte de prairie miniature, ornée d’un magnifique olivier. Quelques rochers viennent s’imposer parmi la fluidité de ces herbes hautes. Face à moi, l’immensité de la mer s’offre à mes yeux. Le panorama en cet endroit est irréel. Les montagnes plongeant dans la mer,

formant des caps, la vallée, les collines qui s’enchainent à l’infini. En bas, Monaco et Cap d’Ail se dessinent à mes pieds. Comme si j’étais sur un nuage, ou que je ne faisais pas partie de ce monde, j’observe cette terre comme un lieu étrange. J’aime à imaginer ce que serait ce monde sans urbanisation. À quoi ressemblerait la Côte d’Azur sans urbanisation ? La ville, c’est le lieu vivant de toutes les contradictions. La ville est faite des gens que nous rencontrons, du stress que nous tolérons, des dangers que nous encourrons, de nos intérêts divers et de notre curiosité. La ville est la façon que nous avons de vivre le temps. En ce lieu situé en apesanteur entre deux mondes je me sens hors du temps. L’économie peut chuter, la guerre peut se déclarer, cela m’importe peu, car je ne suis pas dans ce monde. Je suis sur cette pointe indéfinissable et imparfaite. Je suis sur cette avancée de terre hasardeuse, qui devient un élément du sublime et de la poésie. Autour de moi, la spontanéité du rythme de la nature m’offre ce chaos sublime qui se défait de toute rigidité, de toute géométrie figée et brisée que l’on retrouve dans les villes. Cette idée de chaos sublime modifie notre façon de concevoir ce que nous entreprenons et le sens même de l’existence. 67


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D es

sensations en péril Le site de la Tête de Chien offre des sensations paradoxales que j’aimerais protéger, conserver et surtout partager. Ses multiples sensations se répondent dans en ensemble proche du parfait et de l’harmonie. L’envie de mettre cet espace sous bulle, comme des roses éternelles placées dans une bulle vidée de son air, pour le conserver tel que je l’ai trouvé lors de ma découverte, est vite abandonnée. Elle en ferait un lieu figé, dénué de vie, de liens et d’avenir. Souvenez-vous ce jour où vous avez découvert un lieu remarquable ; ce lieu délaissé qui en faisait un endroit extraordinaire ; un endroit que l’on peut s’approprier ; peut-être avez- vous eu la même tentation ? Le site a une multitude de qualités à nous offrir, mais il manque d’identité et semble à la merci de la convoitise des chercheurs de rentabilité. En descendant au village de la Turbie, j’observe les habitations qui érodent petit à petit la colline et je me rends compte de l’importance qu’il

2.4

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y a à identifier le site pour le préserver d’un éventuel développement immobilier outrancier.

C’est ici que le rôle du paysagiste prend tout son sens ; pouvoir mettre ce lieu à la portée de tous, tout en préservant son intégrité.

Bien que la Tête de Chien ait un caractère fort de par les sensations contrastées qu’elle procure (sensation d’illimités par le panorama, de vides par son à-pic, rugosité des larges pierres plates…), il faudrait lui apporter une identité, un lien avec la société pour le protéger.

La pluridisciplinarité et la sensibilité de l’architecte des jardins, l’aideront à prendre en compte les contraintes écologiques, historiques, économiques, politiques et sociales et à trouver une adéquation cohérente et équilibrée entre l’homme et la nature.

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1 - Un biotope existant La Tête de Chien est aujourd’hui classée en zone biotope. Cette classification est due à une étude des milieux écologiques en place. Cette zone biotope rentre dans un continuum de zones classées biotope de la Côte d’Azur, sous la dénomination de « Falaise de la Riviera ». Elles sont installées sur les communes de la Turbie, d’Eze, de Villefranchesur-mer, de Beaulieu et du Cap D’Ail, une surface approximative de 408 hectares. Il y’en a six : le Mont Leuze (72 ha), la Petite Afrique (41 ha), la Savaric (18ha ), la Culassa (50ha), la Tête de chien (164 ha) et le Mont Bataille (59 ha). Afin de garantir l’équilibre biologique des milieux et la conservation des biotopes nécessaires au maintien et à la reproduction des espèces protégées, le décret présente différents règlements qui rendent ces espaces pratiquement intouchables, sauf sous autorisation préfectorale et sous réserve de présenter qu’il ne porte pas atteinte à la conservation de ces milieux classés en zone biotope. Parmi les espèces protégées, nous retrouvons par exemple la nivéole de Nice, l’ophyrys de Bertoloni, le crocus de Ligurie. Au niveau de la faune, il y a des reptiles à protéger tels le lézard ocellé, le lézard des murailles, le lézard vert. Nous avons aussi la présence de couleuvres d’Escapule, ou des spéléomantes de Strinati. Certains volatiles nichent aussi dans les falaises tels le monticole bleu ou le grand-duc d’Europe.

Aujourd’hui, la Tête de Chien subit une gestion par l’ONF. J’ai pu constater une incohérence dans la gestion de cet espace et les espèces devant être protégées. Aujourd’hui, l’ONF n’est pas formé à la gestion de zone biotope. Ils entament une stratégie de végétalisation intensive de cet espace. On sait que par exemple la nivéole de Nice se développe dans les lieux ensoleillés, et affectionne les milieux de roche calcaire. L’ophyrys de bertoloni se développe dans les garrigues ensoleillées. Pourtant, nous pouvons observer la mise en oeuvre de plantations de pinus pinea et de quercus ilex, mis en place sous forme de baliveaux ; cette survégétalisation de la parcelle entrainera une disparition de certains écosystèmes déjà en place et d’autre part changera considérablement le paysage perçu depuis le site. En conséquence, mon projet devra bien prendre en compte la notion de gestion du site.

Le Mont Bataille

La Culassa Le Savaric

La Tête de Chien

Le Mont Leuze La Petite Afrique

75 zone biotope


Lacerta bilineata

Podarcis muralis

Lacerta lepida

Coronilla valentina

Elaphe longissima

Brassica montana

Cneorum tricoccon

Coronilla valentina

Acis nicaeensis

Crocus ligusticus

Atractylis cancellata

Ceratonia siliqua

Heteropogon contortus

Ophrys bertoloni

Lavatera maritima

Bubo bubo

Monticola solitarius

Falco peregrinus

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La Testa de Can accueille une grande biodiversité d’espèces protégées. Ce lieu offre à ces espèces des abris, un terrain de chasse, un sol suffisamment chaud, propices à leur développement et leur existence. Les plantations de baliveaux de L’ONF risquent fortement de nuire à la plupart des espèces présentes aujourd’hui, par la modification du milieu qu’elles provoqueront.


Speleomanthes strinatii

Euleptes europeea

Temps 1 Lavatera maritima

Ceratonia siliqua

Temps 2 Trichodroma muraria

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Lacerta bilineata

Podarcis muralis

Lacerta lepida

Coronilla valentina

Elaphe longissima

Brassica montana

Cneorum tricoccon

Coronilla valentina

Acis nicaeensis

Crocus ligusticus

Atractylis cancellata

Ceratonia siliqua

Heteropogon contortus

Ophrys bertoloni

Lavatera maritima

Bubo bubo

Monticola solitarius

Falco peregrinus

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Les baliveaux, en se développant, empêcheront par exemple les rapaces de chasser sur ce lieu anciennement ouvert. Seuls les granivores possiblement pourront subsister. Les reptiles disparaitront totalement de la Tête de Chien, l’ombre portée des arbres devenus adultes réduisant considérablement la chaleur du sol, essentielle à la vie reptilienne. La végétation pouvant pousser à la mi-ombre pourra subsister, mais pas celle s’épanouissant en plein soleil.


Speleomanthes strinatii

Euleptes europeea

Lavatera maritima

Ceratonia siliqua

Temps 3

Trichodroma muraria

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2 - Une urbanisation grandissante La mairie a un programme de construction d’hôtel sur le site de la Tête de chien. Nous pouvons prendre en considération cette envie de développement économique dans le cadre de la révélation de ce site, en considérant la bienséance paysagère à l’emplacement de cette surface bâtie dans un tel paysage. Ce que j’entends par bienséance paysagère serait d’imaginer l’architecture de ce bâtiment en l’immisçant dans le paysage existant, de l’intégrer dans les nivellements actuels, à l’image du fort, dissimulé de toute part dans le paysage. Leur désir aujourd’hui est d’installer cette surface bâtie à l’emplacement des logements saisonniers de France Télécom. Il serait nécessaire de considérer cet hôtel comme un point final à l’urbanisation de la Tête de Chien pour la préserver. De tout temps, il s’avère que la construction d’une route pressent à une urbanisation. En supprimant l’accès à la pointe de la Turbie, nous assurerions l’arrêt de l’urbanisation dans cette direction. Il est à prendre en compte, dans un futur proche, que l’emplacement des bureaux France Télécom dans le fort tend à une délocalisation. Plus qu’une quinzaine de personnes travaillent aujourd’hui dans le fort, et hormis le radôme, les bureaux, eux, déménageront. En effet, le positionnement géostratégique du radôme permettant des études scientifiques sur les ondes ne peut changer d’emplacement. Maquette d’étude illustrant l’urbanisation de Monaco, Cap d’Ail et la Turbie Urbanisation dense

Urbanisation de mitage

Tête de Chien


LA TURBIE

LA TURBIE

LA TURBIE

Évolution de l’urbanisation depuis 1903 MONACO

MONACO

CAP D’AIL

MONACO

CAP D’AIL

1903

1984

1974

LA TURBIE

LA TURBIE

LA TURBIE

MONACO

CAP D’AIL

1955

1926

1969

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CAP D’AIL

MONACO

MONACO

CAP D’AIL


LA TURBIE

LA TURBIE

MONACO

MONAC

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Aujourd’hui

Demain CAP D’AIL

CAP D’AIL


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Cahier des charges réalisé par AlphaVille Urbanisme Paris

SECTEUR PRINCIPAL

SECTEUR CONTIGU D’EXTENSION

Hôtel + Espace Naturel

Hôtel + Extension de l’hôtel


Extrait du cahier des charges réalisé par l’agence Alphaville pour le village de la Turbie 1- SECTEUR PRINCIPAL

2- SECTEUR CONTIGU D’EXTENSION

C’est le secteur de développement de l’offre hôtelière. Il devra offrir 50 à 60 chambres (au minimum 3 étoiles+), soit 3 000 m2 SHON environ, avec restaurant et piscine, centre de remise en forme/SPA (1000 m2 au total) qui permettrait de constituer un ensemble cohérent autour de concepts à préciser avec l’hôtel et serait susceptible d’accueillir une clientèle extérieure touristique ou résidentielle. Cette structure est une des conditions de la réussite du projet. Elle est donc indissociable de la structure hôtelière même si la propriété et gestion peuvent incomber à des opérateurs différents.

Il est souhaité sur ce secteur le développement d’une programmation de l’ordre de 2 000 à 2 500 m2 qui pourrait comprendre l’un des éléments suivants, ou la combinaison de certains d’entre eux :

Ces deux éléments doivent être considérés comme le noyau dur de l’opération : - Aménagement paysagé global ouvert au public et prenant en compte la qualité, et la sensibilité du site. - Équipements accessibles aux publics, les équipements de l’hôtel (SPA, restaurant...) sont accessibles aux personnes non clients de l’hôtel. L’adressage et le rapport à l’espace public des équipements doivent inviter les non-clients de l’hôtel à les utiliser.

- Structure hôtelière complémentaire : celle-ci devra se démarquer de celle implantée sur le secteur principal, soit par son niveau de prestation, soit par son mode de fréquentation : une résidence hôtelière dont le ciblage est à définir serait, par exemple, envisageable comme il s’en développe un certain nombre sur le littoral. L’objectif est d’élargir le type de clientèle susceptible d’être accueilli et les durées de présence. - Hébergement à gestion privée orienté vers les personnes âgées autonomes. Il est certain que les besoins en la matière iront croissants avec le vieillissement de la population, particulièrement sensible en PACA et notamment dans les Alpes Maritimes. Il conviendra de définir précisément le type de structure qui pourrait s’implanter sur le site. - Bureaux pouvant, par exemple, compléter ceux d’une ou plusieurs entreprises situées sur le littoral et ayant des besoins d’extension, mais dont le ou les occupants futurs devront être identifiés précisément (pas de bureaux « en blanc »). - Espace naturel, dont il faudra préciser les modalités de gestion. Dans tous les cas, les préconisations sur le secteur 1 concernant l’aménagement paysager et l’accès au public des équipements éventuels restent valables sur ce secteur.


P artie 3 - R ĂŠvĂŠler

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les sens


3 - 1 Ambition programmatique

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3 - 2 Scénario 1 : Invisible

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3 - 3 Scénario 2 : Impactant

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3 - 4 Scénario 3 : Insertion

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3 - 1 Ambition programmatique Mise à distance du Parking Pont du Gard – 1,18 M de visiteurs/an

Mont Saint-Michel – 3,3 M de visiteurs/an

Parking de 1400 places sur deux sites, Rive droite : 600 places, Rive gauche : 800 places 3 200 visiteurs/jour soit 1 place de stationnement pour 2 visiteurs.

Parking de 4 000 places

Distances entre Parkings et Pont du Gard. Rive droite : 700 m. Le parcours dessert une salle de congrès et un restaurant. Rive gauche : 900 m. Le parcours dessert l’accueil, une salle d’exposition, un musée, une cafétéria.

Le trajet pourra être assuré par des navettes réversibles de 100 places, spécialement conçues pour le site, et déposeront les visiteurs 350m avant le Mont.

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9 000 visiteurs / jour soit 1 place de stationnement par visiteur Distance entre Parking et le Mont Saint-Michel : 2 500 m


Installation des Parkings en contrebas à La Turbie De manière générale, le projet préconise d’installer les parkings en contrebas par rapport aux allées piétonnes en pourtour. Plantés d’arbres d’essences locales, les parkings se situent sous la canopée. Leur impact visuel est diminué.

Hôtel

Vue cadrée et sauvegardée

Plantation d’essences locales

Cheminement carrossable

Parking

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Traduction formelle

Consolacion Hotel, Monroyo, Teruel, Espagne Surface totale (réhabilitation + construction) : 1343 m2

L’espace au sol est commun. Les vues des chambres sont dégagées. Depuis la route, seuls les deux premiers bâtiments sont perceptibles. Les services communs sont situés dans une ancienne maison, qui comprend aussi deux chambres. Les 10 autres chambres sont des cubes individuels, traités de manière minimale en bois. Les chambres les plus éloignées sont situées à 100 m du bâtiment principal. La disposition des chambres offre des vues sur le paysage de collines à l’Ouest, et évite tout vis-à-vis. Maîtrise d’œuvre : Camprubi i Santacana / Estela Camprubí Amat & Eugènia Santacana

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Traduction schématique

Ce scénario s’appelle invisible, car c’est celui qui sera le moins impactant dans le paysage. Les maisons de l’hôtel formeront la fin de la route. Un parking se dessinera en son pied. Le radôme se dissimule au sein de l’architecture militaire. Il prolonge le fort. Le fort sera un lieu de bien-être qui accueillera les activités récréatrices de l’hôtel. Les casernes sont détruites dans le but de libérer les horizons. Les gravats accueilleront la population du biotope.


France Télécom

3 - 2 Scénario 1 : Invisible Les chambres d’hôtel se dissimuleront dans la pente en petits bungalows. Le parking encaissé et planté d’essences locales sera partagé entre les clients de l’hôtel et le public.

Les bureaux France Télécom présents au pied du radôme sont intégrés à une extension du fort. En prolongeant l’architecture existante du fort et en y intégrant les bureaux, il est possible de réduire l’impact visuel dans le paysage des constructions France Télécom actuelles.

Espace public Hôtel Le fort est une annexe de l’hôtel. Spa, piscine, solarium, restaurant, bureau.

Les casernes sont déconstruites et sont laissées sur place. Les matériaux pierreux issus de la déconstruction favoriseront l’installation des espèces constituant le biotope.

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Traduction formelle

Traduction schématique

Restructuration du fort de Buc + Hôtel

Les terrasses vont venir découper la colline en plusieurs niveaux. Ceci impactera le paysage, mais sans le dénaturer, en restant dans l’esprit méditerranéen.

Le fort du Haut-Buc est situé dans la commune de Buc, dans les Yvelines. C’est un ancien fort militaire construit en 1879 avec le système Serre de Rivières.

Site de 14.5 ha Le projet a pour but de revitaliser et de réhabiliter cet ouvrage remarquable en conciliant contemporanéité et patrimoine, avec des réhabilitations et des constructions neuves. Maîtrise d’œuvre : KLNB + ECDM

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Le fort sera investi par l’hôtel. On conservera les terrasses végétalisées. Le parking visiteur de l’hôtel et du public sera en contrebas. La route carrossable pour les livraisons permettra le transport des clients en véhicule de type « golfette » au sein du fort. Un bureau est conservé pour le fonctionnement du radôme et la recherche France Télécom.


3 - 3 Scénario 2 : impactant Espace public

France Télécom

Hôtel

Un seul bureau de France Telecom subsiste au pied du radôme.

Le Fort est restructuré en Hôtel. Le Fort est réaménagé en hôtel en utilisant les surfaces existantes et en conservant la couverture végétal ainsi que les caractéristiques du patrimoine militaire.

Le lotissement France Télécom est détruit. L’espace libéré est restructuré en de multiples terrasses permettant d’accueillir du public, dans un espace ombragé.

Espace public Il utilise les anciennes plates-formes des cantonnements militaires qui seront démultipliées. La disposition en terrasse permet de minimiser l’impact de la fréquentation intensive. Ceci permet de se retrouver seul sur sa terrasse. Les sentiers et les belvédères seront réaménagés.

La route est supprimée à l’ouest. Une voie spécifique aux livraisons de l’hôtel se fait par l’Est.

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Biblioteca de la Zona Nord, Barcelone Programme : Blibliothèque, 1 462 m2 Le bâtiment s’intègre dans la pente. Une topographie reconstituée donne l’impression que la façade est le seul élément construit. Maîtrise d’œuvre : Rafael Perera Leoz

L’hôtel encastré dans la colline se dissimule dans les courbes de niveau et devient invisible. Le parking de l’hôtel est encastré de manière à le dissimuler au maximum. Le fort devient un noyau de verdure, un lieu ou le végétal est roi. Le passage par les coursives du fort amplifiera la vision du paysage à la sortie sud. La promenade aérienne des casernes permet d’apprécier de nouveaux points de vue en hauteur sans pour autant toucher au charme des casernes. On déambulera sur cette promenade aérienne au travers des ruines et du biotope.

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Espace Public

3 - 4 Scénario 3 : Insertion Hôtel L’hôtel est encastré dans la colline sous forme de grandes constructions longilignes dans la falaise. Ces constructions semienterrées se percevront très peu.

Le fort est réaménagé en utilisant les surfaces construites existantes et en conservant la couverture végétale ainsi que les caractéristiques du patrimoine militaire. Les toitures seront aménagées en un jardin botanique.

Inaccessible Les casernes seront conservées en l’état. Autour de ces constructions passera une promenade hors-sol, qui permettra de protéger le biotope en place.

Le parking de l’hôtel est semi-encaissé et planté. Ceci limite l’impact visuel du parking à ciel ouvert.

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Partie d’un site exceptionnel, j’ai basé mon analyse sur des ressentis enrichis par ma perception sensible en tant qu’élève paysagiste. Cette analyse fine de ce morceau de territoire situé à la pointe des Alpes m’a permis de révéler la beauté et la singularité de ce lieu. De manière générale, la beauté du site est le « chaos sublime » que dégage ce lieu. Dominant Monaco et Cap D’ail, la Tête de Chien donne l’impression d’être hors du monde, hors du temps. Ce site est une exception paysagère qui mérite d’être l’objet d’attentions et de soins d’aménagement bien particuliers. Le projet ne devra pas dénaturer cet endroit si singulier où le hasard devient un élément du sublime et de poésie comme le mariage de la couleur des roches calcaires et de celle de la Méditerranée, l’ombre des feuilles de la garrigue jouant avec le soleil et la lumière. Toute cette poésie est déjà présente, mais semble parfois dissimulée, voire menacée. Mettre en valeur la force du lieu, en planifiant l’installation des éléments fonctionnels nécessaires à l’économie et l’expansion de la commune de La Turbie, comme le Radôme ou le futur hôtel est un enjeu essentiel pour sauvegarder ce paysage et lui donner une valeur encore plus évidente. Un programme raisonné prenant en compte les conditions de respect des milieux, les installations touristiques, mais aussi la gestion de la végétation et de l’accès au lieu est à établir de façon à ce que ce site ne perde pas son identité, sa poésie et son caractère exceptionnel.

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OUVRAGES :

SITE INTERNET :

Massimiliano FUKSAS. Chaos sublime. Arléa, 2010, 143 pages

http://www.fortiff.be/

Les carnets du paysage n° 6. Dossier Hors-Champs : La terre dans l’esthétique romantique (p125-138). Acte Sud, 2000, 201 pages

http://www.ville-la-turbie.fr/ http://www.basecommunale.paca.developpement-durable.gouv.fr

Les carnets du paysage n° 16. Bout du monde. Acte Sud, 2008, 352 pages Liat MARGOLIS et Alexandre ROBINSON. Systèmes vivants et paysage. Technologies et matériaux évolutifs pour l’architecte. Birkhauser. 2009, 191 pages Robert HARRISON. Essai sur l’imaginaire occidental. Champs Flamarion, 2004

http://lashha.perso.sfr.fr/media/sere.pdf http://sudwall.superforum.fr/

(Photos historiques)

http://www.elec.unice.fr/pages/cremant/Orange_Labs_La_Turbie. pdf http://www.visitmonaco.com/fr

Charles BAUDELAIRE. Les Fleurs du Mal. Flammarion Henry DE LUMLEY. Les premiers peuplements de la Côte d’Azur et de la Ligurie : 1 million d’années sur les rivages de la Méditerranée Tome 1, Le paléolithique. Mélis edition 2011, 160 pages Stéphen LIÉGEARD, La Côte d’Azur, Paris, Maison Quantin, 1887, 430 pages

CRÉDITS PHOTOGRAPHIQUES :

Sophie Anaf, étudiante à l’Esaj Alexis Grandry, étudiant à l’Esaj Agence Faragou, Nice 99


REMERCIEMENTS

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Avant tout, je me dois de remercier toute l’équipe pédagogique de l’École Supérieur d’Architecture des Jardins de Paris ; tous ces enseignants ont donné la couleur à mes réflexions paysagères. Je ne peux tous les nommer ici, mais je me permets de souligner les plus notables lors de mon apprentissage. Je remercie M. Dominique Garrigue, l’homme par qui l’histoire de l’art des jardins nous est contée. Merci, autant pour sa merveilleuse générosité en termes de don de soi, que par son aptitude à nous enseigner et nous transmettre sa passion pour l’histoire et pour les jardins. M. Ridha Ben Hassine et M. Carlos Jullian Jullian pour leur enseignement de l’architecture. Leurs connaissances sont la base de mes références architecturales. Le souci du détail, la rigueur du dessin m’accompagnera dans mes projets futurs grâce à eux. M. Nicolas Renard pour son enseignement du Génie Civil. Merci pour sa passion et sa transmission claire de la compréhension des ouvrages publics et de la technique des travaux. Mme Aleth Koch de Crecy pour nous avoir apporté sa passion du paysage, ainsi que pour ses réflexions positives et ses encouragements. Mme Sophie Fichefeux, notre enseignante en graphisme, de nous avoir accompagné dans l’expression harmonieuse de notre mémoire. Je remercie M. Thomas Seconde, cet encadrant qui m’a suivie tout au long de mon année de diplôme. Sa culture et sa pratique du paysage ont enrichi nos conversations. Grâce à sa persévérance et son écoute bienveillante, il a su cerner avec précision certaines de mes intuitions que j’avais du mal à mettre en mots. Sa réelle capacité à échanger, son attitude positive sans critique m’ont aidée à avancer, progresser et prendre confiance dans mes idées.

Merci à Lionnel Guibert, pour m’avoir accompagnée et encouragée tout au long de mon enseignement. Merci pour ses remarques réalistes et objective lors de nos rendus de projets, pour sa pédagogie humaniste et rigoureuse dans l’encadrement des étudiants. Je remercierai ensuite les personnes qui m’ont fourni de la matière première pour l’avancement de mon travail. En premier lieu, Monsieur Alain Faragou pour m’avoir accueilli dans son agence niçoise, avec qui j’ai pu discuter de mes premiers ressentis sur le site de la Testa de Can, et qui m’a fournie de précieux documents, ainsi que sa vision du paysage Turbiasque. Mme Muriel Bousquet, directrice générale des services de la Mairie de La Turbie qui m’a introduite dans le lieu qui m’a présenté leur appel d’offres, et qui m’a introduite à ce suivant. M. Laurent Pinon, directeur associé de l’agence Alphaville Urbanisme, pour m’avoir accueillie dans son agence et m’avoir fait part de la programmation urbanistique de la Turbie et des enjeux du projet. Merci à cette merveilleuse promotion, tout particulièrement Simon Diard pour ces encouragements dans les moments de doute, pour son soutien, et son aide au cours de ce mémoire. Agathe Dessin pour avoir pris le temps de partager ses pensées et son opinion. Florian Larcher pour son incroyable motivation et passion du travail qui par mimétisme nous stimule au quotidien. Je remercie aussi cet étudiant originaire de Nice qui a réalisé des clichés de mon site lorsque je ne pouvais me rendre là-bas, Alexis Grandry. Je remercierais aussi Cesar Faragou, étudiant à l’école d’architecture de Malaquais qui m’a proposé sa vision architecturale en ce qui concerne la construction de l’hôtel. Merci à mon entourage, de près ou de loin, famille et amis, à ceux qui ont bien voulu participer, en écoute ou en dialogue, à mes réflexions. Merci, surtout, à ceux que j'ai choisi de négliger afin de me concentrer sur le présent travail.


Le Chaos sublime de la Testa de Can