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Numéro viNgt-trois / PaPier à rouler


SKATE.VANS.COM/TNT5


© 2011 VANS, INC - PHOTO: O’MEALLY


DCSHOES.COM/SKATEBOARDING


SKATEBOARDING


Le Sommaire

14 Le Jeune

Live fast, die young.

16 Le Vieux

Live old, die fast.

18 L’matos

Des tishs, des pompes, des boards, d’autres trucs et des p’tits dessins.

24 SHUT UP AND SKATE 1

A boire et à manger. A voile et à vapeur.

30 Le QCM de Max Genin

Max a pris le temps de répondre à notre QCM entre deux réunions de chantier.

40 L’Allemagne de l’Est

C’est grâce à des gars comme Lars Greiwe qu’on est toujours contents de bosser dans le skateboard. Il s’occupait du skate chez Carhartt, et il a décidé de tout quitter pour faire un stage chez Lovenskate et voir le monde.

52 Antonio Aiello

Aiello est le genre de gars qui mériterait qu’on s’intéresse un peu plus à lui. Et puis c’est bien les timides, ça repose.

62 L’Australie

Pour une fois que Loïc essayait de bosser avec la concurrence, il s’est fait refouler son article australien à cause d’un mauvais choix de chaussures… Quelle connerie la politique.

70 La weed !

Quel putain de fléau la weed ! Par contre, ça marche mieux que la tisane pour dormir et là, je dois reconnaître que je suis plutôt jaloux.

76 SHUT UP AND SKATE 2

Du lard ou du cochon. Mi-figue mi-raisin.

84 La coupe au bowl Par Vincent Coupeau bol.

88 En vrac

Plein de bouquins et de documentaires pour devenir un peu moins con !

Plus gentil tu meurs, plus timide aussi. Antonio Vincent Coupeau n’a pas eu à aller bien loin pour rentrer ce tuck knee en sortant du bowl du Cosa Nostra skatepark, à Chelles, où il travaille... Photo : Tura 8 

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L’ intro

Illustration par Da

« Voyager, c’est bien utile, ça fait travailler l’imagination. Tout le reste n’est que déceptions et fatigues. » Cette citation est tirée d’un bouquin de Louis-Ferdinand Céline que j’ai dû commencer une bonne dizaine de fois sans jamais arriver à le finir. C’est assez lamentable de ma part, puisqu’il semblerait que la chose soit un putain de chef d’œuvre anti-capitaliste, anti-militariste, anticolonialiste, anti-nationaliste, anti-tout un tas de trucs. Mais je n’arrive pas à rentrer dedans, à me laisser transporter par « la beauté brute du texte » comme disent les gens intelligents... En même temps, je n’ai pas trop la tête à ça en ce moment. Je pense plutôt à me laisser transporter par la beauté brute d’un avion à réaction pour fuir toutes les déceptions et les fatigues que génère la pratique du skateboard dans ma ville sans spots. Quand j’aurai mis le point final à cette introduction, ma partie du travail pour ce numéro 23 de Soma sera terminée et je pourrais enfin faire mon sac pour partir avec mes potes en Oregon. Quinze jours de skate et de rigolades devant moi, la tente et le duvet sont déjà dans le sac, la board, les roues et les roulements sont neufs, les trucks sont juste vieux comme il faut… Je peux vous dire que j’ai rarement été aussi pressé de pondre un édito… Je vais emmener Voyage Au Bout De La Nuit aussi, ce sera son deuxième voyage en Oregon, la première fois, j’étais allé jusqu’à la page 178, ce coup-ci, j’ai encore bon espoir de ne pas avoir le temps de le finir… C’est pas très grave, je me cultiverai plus tard. Allez, on reparle de tout ça dans le 24 ! - FD

PS. Merci à Tura qui est resté boucler le mag tout seul, entre deux sessions sur son pole jam portatif (l’Oregon, c’est pas son truc)… 10 

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GSM EUROPE: +33 5 58 700 700


Numéro vingt-trois Soma est édité par Les éditions du garage SARL 13, rue de l’Isère 38000 Grenoble info@somaskate.com

ISSN : 1959-2450 Impression Tuerlinckx, Belgique. Toute reproduction, même partielle, publication, édition, ou sous n’importe quelle autre forme est interdite, même sur internet ! Alors faites pas les malins, les mecs.

Quoi ? Déjà la page 12 et même pas encore de wallride ? On est dans Soma ou pas, là ? Ben Chadourne, tail slide transfer. Photo : Alex Pires

Directeur de la publication David Turakiewicz Rédaction en chef Fred Demard [fred@somaskate.com] Publicité David Turakiewicz [tura@somaskate.com] Rédacteurs Lars Greiwe / Eric Antoine / Bastien Duverdier / Valéry Blin Secrétaire de rédaction Valéry Blin Mise en page Jad Hussein (p. 30 à 39), le reste par Tura Photographes Loïc Benoît / Pierre Dutilleux /Davy Van Laere / David Manaud / Manu Sanz / Jean Feil / Clément Le Gall / Iseki Nobuo / Alexandre Pires / Eric Antoine / Lars Garta / Maxime Taillez / Yohan Kim Illustrations David Lanaspa / Soy Panday

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FS feeble par Clément Le Gall

le jeune

Mihiel Guerhane Date de naissance

9 juin 1994, à Nantes

Lieu de résidence actuel

Nantes

Années de skate

9 ans, j’ai commencé à Vidéo de référence

La Baker 3

Skateur de référence

Cody McEntire

Première board

C’était une Prémium, achetée à Sirocco à Nantes Où te vois-tu et que feras-tu dans 15 ans ?

Je skaterai des bowls en béton en Espagne ! Sponsors

Click, Eye et Nike SB 14 

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t h e s tacks terry kennedy signature shoe suprafootwear.com


Nose pick tirette Photo : Manu Sanz

LE Vieux Nicolas Rouquette

Date de naissance 30 septembre 1977 à Montpellier Lieu de résidence actuel Montpellier. Années de skate Wow... Plus de 20 ans, c’est sûr... J’ai

commencé vers 10 ans, donc 22 ou 23 ans.

Vidéos de référence On va dire Hokus Pokus pour faire le

vieux ! Sinon c’est la Mouse, et la Menikmati, depuis les vidéos ne me marquent plus comme ça me marquait avant. Skateur de référence Arto. Première board Une Joe Johnson, avec un ciseau, mais elle était trop grande, j’ai dû l’échanger contre Psycho Stick ! Où étais-tu et que faisais-tu il y a 15 ans ? Je me doutais que j’allais devoir répondre à ça... mais je ne sais plus... J’étais soit en Hollande en train de peler des pommes, soit à Grammont en train de faire des sad front par dessus la pyramide ! 16 

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l’matos 1 Une chaussure Authentic de chez Vans, en collaboration avec Carhartt / 2 une casquette Analog ‘snapback’ (réglable, quoi) / 3 une boîte contenant précisément 8 roulements Element de qualité supérieure / 4 un sweat-shirt à capuche de chez KR3W, comme vous aurez pu le constater / 5 un plateau Cliché Charles Collet en 8,1» / 6 un t-shirt Analog recouvert de photos abstraites prises par Mathias Fennetaux / 7 un t-shirt DC plutôt sobre / 8 une chaussure de marque CONS, modèle CTS mi-montante / 9 un t-shirt Anagram au message clair et sans ambiguité / 10 une board Carhartt au shape à l’ancienne / 11 un t-shirt Perus pas top, mais bon, on les aime bien, ces petits finlandais… / 12 une chaussure Supra

Amigo tout ce qu’il y a de skatable. 2

5 4 10

6

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3 7 11

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Illustrations : Da

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TRAPASSO PRO

JULIAN DAVIDSON


l’matos 1 Un t-shirt Carhartt/Lovenskate ‘tea-rrific» (humour flegmatique anglais) / 2 une chaussure Gravis Dylan déclinée cette fois en slip-on / 3 un t-shirt de chez nos potes de la marque Olow / 4 un planchon Anagram JP Trioulier en 8,1» (vendu à l’unité) / 5 un t-shirt 5Boro piqué dans l’armoire de Luidgi / 6 un caleçon de beau gosse Moskova / 7 une chaussure DC Swift SE / 8 une casquette DC pour aller avec / 9 un plateau Gamble en bois d’arbre / 10 un t-shirt crew pour aller à la chasse, la nuit / 11 une paire de chaussettes d’été de chez Volcom.

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Illustrations : Da

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CHAD MUSKA LIZARD KING TERRY KENNEDY ERIK ELLINGTON JIM GRECO ALI BOULALA TOM PENNY SPENCER HAMILTON KR3WDENIM.COM


dylan slip on/ grey herringbone/ gravisskateboarding.com


Jérémy Plisson, FS nose grind à Anglet Photo par Clément Le Gall

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NUméro XXIII

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Paul Grund, gap to nose grind à Bordeaux Photo par Jean Feil

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Takahiro Nakano, 50-50 à Tokyo Photo par Iseki Nobuo

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KĂŠvin Rodrigues, ollie into bank, Paris Photo par Alex Pires

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TH O R P E w w w. w es c . c om/ f oot we a r


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Carhartt en ex–RDA Photos Par Davy Van Laere Texte par Lars Greiwe

Rollbrett trip Faire une tournée à travers l’Allemagne de l’Est était, je dois l’admettre, un choix purement égocentrique. J’ai toujours été attiré par l’Est. J’ai plusieurs fois eu la chance de me rendre en Russie, en Mongolie, dans les Balkans… Mais il m’aura fallu plus de vingt ans pour enfin faire mon sac et aller explorer cette partie de mon pays qu’on appelait autrefois la RDA.

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Christian Petzold BS flip

Rollbrett trip J’avais treize ans en 1989, quand le mur de Berlin est tombé. J’avais découvert le skateboard deux ans plus tôt et j’étais tellement à fond que je dévorais tout ce qui pouvait avoir un quelconque rapport avec le skateboard. Les rares vidéos qui existaient n’étaient disponibles qu’en VHS et étaient surtout réservées aux plus riches, les magazines aussi étaient rares et coûtaient trop cher. Mais grâce à des copains, j’avais pu mettre la main sur des vieux mags que j’avais lus et relus jusqu’à la moelle. Un article en particulier m’avait marqué, dans le Monster skateboard magazine de janvier 1988. C’était un article sur les championnats d’Europe à Prague dans lequel figurait une interview de Marco Sladek, un skateur de Berlin-Est.

Marco y parlait de la scène en RDA, il décrivait à quel point elle était petite, une trentaine de skateurs seulement dans tout le pays (nous étions une trentaine de skateurs dans mon petit village dans l’Ouest allemand), et à quel point le matériel était complètement inabordable. Une planche à 4000 marks représentait six mois de salaire moyen en RDA. Ils avaient dû se confectionner leurs propres skateboards avec des platines de rollers et des bouts de bois. Leur seule possibilité de posséder une vraie planche était de se la faire offrir par quelqu’un à l’Ouest, ce qui était extrêmement difficile. Mais il ne se plaignait pas de cette situation, il était 100% positif, et juste complètement à fond de skateboard. Voici comment il concluait son interview : « Le skateboard, c’est la liberté pour moi. Skater me donne le sentiment d’être libre. Tous les problèmes du quotidien – aussi nombreux soient-ils – disparaissent lorsque vous roulez dans la rue. Quelques ollies, quelques boardslides et vous oubliez tous vos problèmes. Du moins c’est comme ça que ça marche pour moi. Et c’est formidable de rencontrer d’autres personnes dans d’autres pays (...). Pour moi le skateboard est un monde sans frontières et sans structures sociales. Skateboarders à travers le monde, unissez-vous ! » Cette interview m’a vraiment marqué, cet entrain, cette positivité pure… J’avais été à Berlin-Ouest à l'âge de 5 ans, mais tout ce qui m’intéressait à l’époque était les bonbons et les jouets. Je me souviens juste m’être demandé pourquoi les gens avaient l’air si nerveux quand on passait la frontière. En 1989, j’étais encore très jeune, mais je considère la lecture de ce soma 

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Rollbrett trip

Tom Derichs BS 50-50

magazine comme ma première prise de conscience par rapport à la situation en RDA et j’ai passé beaucoup de temps par la suite à réfléchir à ce sujet. Les enfants que nous étions à l’époque ne se préoccupaient que du matos le plus cool et de la façon d’obtenir les dernières nouveautés vues dans les magazines. Nos prochains trucks se devaient d’être des Gullwing magnesium vert fluo, pas de simple Indy gris… Et même ceux dont les parents avaient le moins d’argent se débrouillaient toujours pour « être à la pointe », peutêtre par le biais d’une board d’occasion, mais nous avions tous plus ou moins directement accès à du « vrai » matos. Puis, deux ans après la lecture de cette interview, le mur est enfin tombé, l’Allemagne s’est réunifiée, donnant naissance à un nouveau chapître dans les livres d’histoire. Un nouveaux chapître également dans l’histoire du skateboard allemand. Amis français, pour mieux comprendre ce qui s’est passé en RDA, permettez-moi de faire l’étalage de mon savoir à ce sujet.

Quand l’Allemagne Nazi a été démantelée en 1945, l’alliance des pays ayant gagné la guerre, à savoir l’Angleterre, les U.S.A., la France et la Russie, ont divisé le pays en quatre différentes zones, chacune gouvernée par un des 44 

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Rollbrett trip alliés. La seule exception fut Berlin qui était dirigée par un conseil regroupant les quatre pouvoirs et qui plus tard est devenue une île de l’Ouest dans le territoire de l’Est. L’euphorie de la fin de la guerre fit alors place à ce qu’on appela plus tard la guerre froide : un conflit entre les forces de l’Est contrôlées par l’Union Soviétique et les forces de l’Ouest régies par les Etats-Unis. L’Allemagne devint alors l’une des principales scènes de ce conflit. En 1949, les forces de l’Ouest ont unifié leurs trois zones pour créer la RFA (République Fédérale Allemande) et y installer un gouvernement démocratique tandis que les Russes nommaient « ironiquement » leur zone RDA (République Démocratique Allemande), avec un gouvernement absolument pas démocratique, mais dictatorial, obéissant aux règles socialistes de Moscou. Ce qui était autrefois un pays, une nation et son peuple, fût divisé en deux états ennemis. C’était Est contre Ouest, communisme contre démocratie, socialisme contre capitalisme, Allemands contre Allemands, frère contre frère.

Puis, le 17 juin 1953, seulement quatre ans après la création de la RDA une grande partie de la population de l’Est quitta son travail pour protester dans les rues. Ils protestaient pour la liberté de choisir, leur liberté de parole et de meilleures conditions de vie. Il s’agissait de gens issus de toutes les couches sociales de la population, pas seulement des ouvriers. Les Russes ont répondu par la force, envoyant immédiatement leur armée. 55 personnes furent tuées, des centaines furent envoyées dans des camps de travail en Sibérie et des milliers furent emprisonnées. La situation générale poussa de plus en plus de gens à fuir la RDA. Jusqu’en 1961, on en dénombre 2,6 millions. La RDA décida alors d’ajouter un « petit plus » à ses 1400 Km de frontière déjà existante et déjà connue sous le sobriquet de « Death Zone » car minée, agrémentée de fils barbelés et sous la surveillance de snipers. Le « Berliner Mauer » était né. Ce mur séparant Berlin-Est de Berlin-Ouest devint le symbole ultime du « rideau de fer », la frontière qui coupait l’Europe en deux pendant toute la durée de la guerre froide. Jusqu’à ce que le mur tombe sous les protestations des citoyens en 1989, le nombre des réfugiés atteint un total de 3,5 millions ! Près de 1300 furent tués au cours de tentatives d’évasion. Les méthodes employées par les Allemands de l’Est pour fuir la RDA dépassaient l’entendement. Du simple tun46 

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Ferit Batir method


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Rollbrett trip nel jusqu’aux mongolfières de fortune en passant par les sous-marins faits maison ou même les chevaux de Troie, la liste est sans limites. Les gens tentaient même de se faire embaucher comme douaniers pour avoir de plus grandes chances de s’échapper… Pour ce qui est de la vie en RDA, je vous laisse imaginer. Celui qui était ton frère ou ton voisin, avec qui tu partageais la même histoire devenait subitement ton ennemi officiel. On apprenait l’Anglais à l’Ouest tandis qu’à l’Est on se mettait au Russe. Une frontière est érigée et vous ne pouvez plus communiquer librement. Tous les biens de consommation, comme la nourriture ou les vêtements sont créés, produits et fournis par le gouvernement. Tous les médias, comme la télévision, la radio et les journaux sont sous la tutelle du gouvernement et ne diffusent que ce que le gouvernement veut que vous pensiez. Idem pour le système éducatif. Toute voix s’élevant contre le gouvernement ou jugée comme telle est censurée et son auteur persécuté : de l’emprisonnement avec torture jusqu’à la peine de mort. Mais la propagande envers « l’ennemi » se faisait dans les deux sens. L’Est condamnait l’Ouest et vice-versa. Les gens avec des idées communistes étaient persécutés à l’Ouest comme les gens avec des idées démocratiques à l’Est. C’était une guerre sans champ de bataille. Un des plus gros problèmes en RDA se nommait STASI, un système de surveillance très élaboré et surtout très efficace. Les gens s’espionnaient les uns les autres pour le compte du parti, le SED. La plupart des gens se retrouvaient embrigadés par pression sociale (vous ne pouviez accéder à certains emplois qu’en devenant membre de la STASI), d’autres par idéologie ou simplement par faveurs personnelles. Les chiffres officiels font état d’un quart de million de gens en 1988, mais les chiffres officieux iraient au-delà du million de personnes travaillant pour la STASI. La juridiction en RDA avait tous les droits. Les lois étaient suffisamment vagues pour laisser le soin à la police de les interpréter comme bon lui semblait. On condamnait des délits tels que « influence négative sur la structure sociale » ce qui pouvait dire à peu près tout et n’importe quoi. Consommer quelque source d’information ou système de pensée venant de l’Ouest était interdit et puni. D’un autre côté le gouvernement tentait de déguiser au mieux leurs règles de censure et d’oppression. Il se présentait comme ouvert d’esprit et tourné vers le futur afin de paraître irréprochable aux yeux des citoyens. La population devait penser qu’elle était du bon côté du Mur ! Un phénomène comme le Skateboard pouvait sembler contestataire puisqu’il venait des Etats-Unis, mais d’un autre côté, se déplacer sur une planche de 48 

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Jan Kliewer wallie to wallride


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Rollbrett trip bois équipée de quatre roues n’était pas une réelle menace pour le pouvoir en place. Le Skateboard a donc fait son chemin jusque l’autre côté du rideau de fer où il était toléré, même si dans les médias, le terme officiel pour le présenter était « Rollbrett », la traduction littérale de skateboard en allemand. Les skaters devaient s’inscrire dans un « Rollsport-club » et ils avaient même des endroits spécifiques pour skater, comme des gymnases pour que le SED puisse garder un œil sur eux. Peu avant que le rideau de fer ne s’écroule, il y a même eu un skateboard made in RDA, décrit par la plupart comme « non fonctionnel ». Bon, ce cours d’histoire touche à sa fin, même s’il y aurait encore tellement

à raconter, merci d’être arrivé jusqu’ici. Pour ceux qui seraient inquiets, je précise juste que l’Allemagne a été réunifiée en 1990 et que les choses ont évolué dans le bon sens pour les gens de l’Est. Tout du moins, c’est comme ça que je le vois.

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Julian Furones BS heelflip


DJ's Gaston Pluton -

Ju

Dorst / Buv Samedi soiree au C ette et omptoir de la Folie Ordin BBQ aire

Š2011 Vans, Inc. Art: Jean Morte


Ante est tellement discret que personne ne s’est rendu compte qu’il était allé faire ce BS flip dans cette galerie déserte.

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Texte et photos par Eric Antoine (sauf indiqué)

AANITEOLNLI O O cascades et discretion

J’ai rencontré Ante quelques fois, c’est le genre de p’tit gars discret qui laisse ses actions parler pour lui. Et ses actions parlent fort, très fort… Il excelle dans la cascade, le jeune. Timide mais pas sauvage, cascadeur mais pas fermé à d’autres pratiques plus raisonnables, ou plus originales… C’était un très bon client pour nous. J’avais donc pour projet de l’interviewer mais pour le faire parler, je me suis vite rendu compte qu’il était utile de le mettre en confiance. J’ai donc botté en touche et fait appel aux services de quelqu’un qui le connaissait un peu mieux, le gars qui a fait les photos, celui qui est célèbre là : Éric Antoine. Oui mec ! Eric putain d’Antoine ! - FD

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Ante est tellement timide qu’il n’a pas osé faire ce 3-6 flip par-dessus le handrail. Il s’est contenté de passer dedans. Séquence par Lars Garta.


O « Juste être intègre, regarder autour de soi » D’où viens-tu et quel âge as-tu, Antonio?

Je viens de Hard, un petit village de l’ouest de l’Autriche et j’ai 23 ans. Aiello, ce nom sonne très italien, est-ce que tu as des racines de ce côté-là ?

Ma mère vient de Hard, mais mon père est de Calabria dans le sud de l’Italie. J’ai vécu les 7 premières années de ma vie dans un petit village nommé Cuzago qui se situe près de Verbania dans le nord de la botte. C’est un chouette petit village, calme, entre montagnes et forêts avec un maximum de 500 habitants, je pense. Tu vas souvent en Italie ?

Il y a quelques années on a fait des tournées Yama en Italie. À Gênes, Rome et puis en Sicile. Je suis aussi retourné à Cuzzago pour voir mon père les deux dernières années. C’était étrange pour moi de retourner dans un lieu où je vivais, il y a 14 ans. Une très belle expérience. L’année passée je suis allé à Calabria pour voir grands parents, oncles, tantes et cousins. La première fois que j’y suis allé je devais avoir 3 ou 4 ans alors c’était aussi une expérience nouvelle. J’aime beaucoup l’Italie, surtout pour la bouffe et puis sa campagne magnifique et surtout j’adore voir le côté italien de ma famille. Tu parles italien?

Je le parlais parfaitement quand j’y vivais ; puis mes parents ont divorcé, j’ai déménagé en Autriche et je n’ai jamais vraiment reparlé italien ensuite. Mon père passait de temps à autre et c’était le seul entraînement que j’avais. Maintenant, j’essaie de regarder des films en italien pour récupérer la langue. J’aime particulièrement les films de Roberto Benigni, non seulement ils sont faciles à comprendre mais en plus ce sont les meilleurs ! Tu as filmé pour la Stay Gold et tu as quelques bons tricks dedans. Comment est-ce que ça s’est passé ? Tu as skaté avec le team américain parfois ?

J’étais tellement content quand j’ai su qu’on allait avoir

une section européenne dans la vidéo. Mais pour moi ce n’était pas le meilleur moment pour filmer, je faisais mon service civil et c’est un job à plein temps. C’est 40 heures par semaine avec une paie de 300 euros par mois et seulement 10 jours de vacances, le tout pendant de 9 mois ! C’était nul parce que j’étais super motivé pour filmer des bons trucs pour Stay Gold mais je n’ai eu que peu d’occasions. En plus, je devais aller à Vienne ou à Stuttgart si je voulais qu’un trick soit filmé parce qu’ici, il n’y a personne qui peut vraiment filmer. J’ai fait un petit trip à Londres avec les Ricains. Il y avait Braydon Szafranski, Aaron Suski, Spanky et Eniz Fazliov. Je me souviens d’une super session sur le spot des volcans dans le parc. Ils étaient sympa avec moi, mais je me suis fait mal le troisième jour et je suis parti plus tôt... Est-ce que tu penses quitter l’Autriche ou au moins partir vivre à Vienne?

J’avais pensé à déménager à Badalone. J’y suis allé en février cette année pour trois mois avant de me blesser au genou et devoir partir. J’ai adoré. Je passais tout mon temps avec les gars de Antiz et mes potes autrichiens qui vivent là-bas. Je voudrais d’ailleurs remercier Alex, Kathi, Susi et Murl pour leur accueil ! C’est trop bien pour skater là-bas. Je n’ai pas assez d’argent pour partir y vivre donc je vais déménager à Vienne et peut-être que je pourrai me permettre d’aller à Badalone dans un an ou deux. Parle nous de Yama....

Yama Skateboards est la meilleure marque de skate qui ait jamais existé ! Notre team est comme une famille, on est tous amis et on se connaît très bien. Alex (le boss) fait toutes les décos lui-même et j’aime le fait qu’ils aient un message, il essaie de sensibiliser les skaters sur ce qui se passe dans le monde. Je ne pense pas qu’il y ait un véritable leitmotiv qui pourrait décrire la marque en quelques mots... Juste être intègre, regarder autour de soi et ne pas essayer d’être quelqu’un d’autre. BE YOURSELF ! [suite page 57]

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Ante est tellement réservé qu’il aime se réfugier dans les grandes œuvres… Surtout si elles grindent bien. FS nosegrind.


Ante est tellement modeste qu’il a laissé Gauthier Rouger faire FS feeble pour sa pub éS et il s’est contenté d’un FS smith.

Comment est-ce que tu as commencé à skater ? Est-ce que Yama est une bonne école ? Chris Pfanner sort de cette école si je ne m’abuse ?

J’ai commencé à skater à l’âge de 12 ans. Un jour, mon pote Victor m’a montré cette étrange planche et j’étais surpris qu’il réussisse à décoller d’un ou deux centimètres avec ! J’étais super impressionné et il fallait que j’essaye, mais j’étais déjà en retard, je devais rentrer, donc il m’a prêté sa planche et j’ai poussé avec pour rentrer à la maison. C’était le meilleur feeling que j’avais jamais eu. Je suis tombé amoureux de ce bout de bois avec des roues à ce moment-là et je le suis encore aujourd’hui. À 14 ans, Yama m’a sponsorisé et je suis parti pour ma première tournée avec eux. C’était l’aventure pour moi. C’est clairement une très bonne école. L’école de la vie. Effectivement, Chris était à la même école, ce qui est certainement la raison pour laquelle il est non seulement un skater incroyable mais surtout une très bonne personne. Et puis, quand tu traînes avec des gens comme Muki ou Chris tu apprends à dompter les gros spots. J’adore les voir skater des gros trucs...

Tu vis dans une ville plutôt petite, mais il semble que le skate soit particulièrement apprécié.

Je ne dirais pas ça. Les gens me regardent toujours bizarrement quand je pousse mon skate à travers la ville. Ils ont ce regard qui dit «tu es un adulte maintenant et tu joues toujours avec ta petite planche ?» Mais, oui, la ville a construit un bowl à Hard et je dois avouer que j’étais surpris quand je me suis rendu compte que ça se faisait vraiment. Alex de Yama a vraiment poussé pour que ça aboutisse, sans lui nous aurions des modules en plastique comme partout ailleurs. Il semble que des beaux parks et bowls se construisent dans toute l’Autriche et particulièrement dans le Tyrol avec tous ces bowls en béton ! Quel était ton job pour le service civil ?

Je travaillais dans une maison de retraite. C’était une bonne expérience. Les vieux sont comme des jeunes enfants. La plupart d’entre eux ont cette étrangeté propre aux vieux, pas mal sont malades et certains sont même heureux. Ce qu’ils ont en commun, c’est une vision soma 

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Ante est tellement secret que personne ne sait s’il a choisi ce spot pour les arc-enciels ou simplement pour la taille des marches. Caballerial.

confuse de l’arrivée imminente de la mort. J’ai beaucoup appris là-bas, je ne regrette pas. Heureusement, quand tu fais ton service civil tu ne fais pas le sale boulot. Je n’ai donc pas nettoyé de cul ou autre activité déplaisante. Je chillais juste avec les pensionnaires, on parlait, je les accompagnais en balade. C’était de bons moments… Mais neuf mois, c’est vraiment trop long.

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Tu es plutôt un skater de rue, non ?

Quand j’étais plus jeune, j’avais cette mentalité, je refusais de skater les courbes parce que j’étais un vrai «street skater». Puis, le skatepark a été construit et je me suis mis de plus en plus à skater le bowl. Maintenant j’aime à peu près tout de manière égale. Où est-ce que le skateboard t’a emmené dans le monde ?

J’ai visité pas mal de pays. Croatie, Belgique, France, Italie, Espagne, Allemagne, Ténérife, Chypre, Hollande, Angleterre... Mon meilleur souvenir reste une tournée en Sicile avec Yama. Nous étions au milieu de nulle part dans un petit village où David Martelleur avait vécu à un moment de sa tumultueuse vie. Nous sommes arrivés dans un van coloré et très voyant,


tout le monde nous regardait. Puis nous sommes allés dans un bar. Après une heure environ, à notre sortie, une trentaine de types se tenaient devant notre van. Ils avaient vu nos planches et voulaient qu’on leur montre quelque chose. Alors on a commencé à faire des ollies dans tous les sens, sauter par-dessus des mecs. Ils se marraient trop, je pense qu’ils n’avaient jamais vu de skate auparavant. C’était trop bizarre. Explique les règles d’une tournée Yama…

Ce qui se passe en tournée reste en tournée ! C’est à peu près la seule règle, mais ce qui est clair, c’est qu’il faut de bons nerfs et de bons os pour supporter l’anarchie et le chaos ! Comment est-ce que tu t’es blessé?

C’est arrivé pendant le «Go Skateboarding

Day». Je faisais le « Wild In The Streets » avec Emerica à Londres. J’ai sauté des marches et je suis mal retombé. Maintenant j’ai une sorte de liquide au niveau de la moelle osseuse et un ligament externe fragilisé et instable. Il a fallu pas mal de temps pour savoir ce que j’avais. Je suis allé à l’hôpital plusieurs fois avant de passer une IRM et même ainsi ils ne comprenait pas vraiment ce que c’était. Après une longue période à arrêter et reprendre le skate je suis allé voir un médecin du sport privé qui m’a exactement dit ce que j’avais à faire, ça m’a coûté un peu cher, mais ça valait le coup. Dans 4 ou 5 mois, avec une bonne rééduc, je devrais pouvoir reskater comme avant. Ceci démontre que sans une bonne mutuelle, on se fout un peu de toi et tu restes mal soigné. Sans argent, pas de bon traitement ni même un diagnostic correct. soma 

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Ante est tellement sauvage que ça fait cinq pages qu’il n’a pas changé de T-shirt… Kickflip.

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O « Le plus grand fléau pour notre planète ? Nous ! » Que fais-tu depuis ta blessure ?

Maintenant, je fais du vélo et de la marche pour me refaire de la masse musculaire au niveau du genou. Sinon je bosse un peu à droite à gauche pour économiser de l’agent. Arrêter de skater au début du printemps quand tous tes amis sont des skaters c’est très difficile… Tu as pas mal de surnoms je crois, je n’ai jamais entendu personne t’appeler Antonio...

Ante, Tone, Kante, Tony, Anton, Al´Olio et des combos comme Ante-Kante, Tone-Bohne ou Fat-Tony, Big-Tony ... pourtant je suis loin d’être gros ! Est-ce que tu as peur d’une catastrophe nucléaire mondiale ?

Non, je n’ai pas peur. Les médias tentent d’effrayer les gens en ce moment. Avant le tsunami au Japon personne ne semblait se soucier des dangers des réacteurs nucléaires, ou alors de petits groupes malheureusement marginaux. Il semble que les gens ont besoin d’une catastrophe pour commencer à réfléchir. Je veux dire, comment les humains peuvent être aussi stupides et construire tous ces réacteurs qui sont non seulement dangereux mais qui en plus produisent des déchets radioactifs dont on ne peut pas se débarrasser ? Cela prouve encore que tout n’est basé que sur l’argent et peu importent les conséquences. Tu sais ce qui est le plus grand fléau pour notre planète ? Nous !

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Bondi Beach

l’Australie les idees reçues Texte par Bastien Duverdier Photos par Loïc Benoît Légendes par Tura

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Tout le monde a un membre de son entourage qui est parti six mois en Australie. Six mois de rêve à faire les vendanges ou des petits boulots pour s’acheter un camping car et faire le tour du pays. Et puis quand il revient, il te parle de son périple comme si l’office du tourisme australien détenait toute sa famille en otage. En l’écoutant, tu as l’impression que c���est mieux que le jardin d’Eden alors tu te dois d’y aller aussi, sinon ta vie n’aura jamais aucun sens. Tu t’y vois déjà, courant nu sur les plages, descendant les rivières à dos de crocodiles, traversant le désert dans une poche de Kangourou, trinquant au Karaoké du coin avec les membres d’AC/ DC... Laisse-moi donc briser tes rêves d’ado en mal d’aventure, en détruisant ici-même huit idées reçues sur ce pays merveilleux qui a enfanté Mel Gibson, INXS et Rupert Murdoch. Ensuite tu ne croiras plus en rien de bon dans ce monde et tu seras mûr pour aller te faire recruter par les témoins de Jéhovah, ou mieux, par les Talibans de ton village, qui te donneront peut-être la possibilité de faire un attentat kamikaze contre la MJC du coin, et ainsi gagner une réservation pour le vrai paradis, celui avec les 70 vierges et tout le tintouin…

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« les seins siliconés qui dégueulent du soutien-gorge et les gros malabars en string en train de jouer au boomerang... » idee reçue #1 : « La french class »

On vous a dit que la gent féminine australienne attend avec impatience le prince charmant François le Français, tout droit venu du vieux continent en bateau à voile ? FAUX ! C’est bon, elles ont compris le manège. Quand le Français fait exprès de prendre son accent prétentieux, qu’il se vante de venir d’un pays qui a une riche histoire, qu’il parle volume 50 dans le métro et qu’il se fout de la gueule de tout le monde, en français, comme le dernier des lâches… En quelques années, on est passé de «french class» à « french loser ». Justice est enfin faite. Bref, pour niquer, c’est mort.

Idée reçue n°2 : La fameuse plage « Bondi beach », the place to be

The place to be, si tu aimes les seins qui dégueulent du soutien-gorge tellement ils sont siliconés et les gros malabars en string en train de jouer au boomerang. L’emploi du temps des riverains est construit comme suit : jogging, roller et surtout bronzage sans couche d’ozone et sans crème solaire, ce qui donne des vieilles mamies à la peau aussi flasque qu’une poche à testicules. Mais ne vous inquiétez pas, les cliniques spécialisées dans le cancer de la peau sont plus nombreuses que les PMU chez nous, elles trouveront loisir à aller agoniser tranquillement dans l’une d’elles, histoire de compenser d’un trait l’économie réalisée sur la facture de crème solaire.

Idée reçue n°3 : Bosser en Australie, c’est cool

On les a croisés les p’tits Français qui croient faire le voyage de leur vie. Ils étaient dans un «backpacker» miteux (sorte d’auberge de jeunesse), entassés à dix par chambre, en train de fumer des gros jockos pour oublier leur « job de rêve ». Ils n’avaient pas l’air super enchanté de leur statut d’immigrés spécialisés dans le récurage systématique des chiottes... L’état australien nous propose le « visa agricole » pour faire le travail que les Australiens ne veulent pas faire. Donc en gros, le petit Français en école d’art ou en BTS communication qui n’en branle pas une, se retrouve à faire le travail pénible qu’une mairie FN n’oserait même pas refiler à nos immigrés ici (quoique…) ! Le système est quand même bien fait, non ? 64 

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On n’avait dit plus de photos de Sam dans l’mag avant 2012 ! Enfin, avec le décalage horaire d’Australie, on est à peine en avance... FS boardslide.

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Pas le dernier pour féliner une fois la nuit tombée, ce Joseph. Ollie air.

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« une aire d’autoroute à l’échelle d’une ville » Idée reçue n°4 : La vie n’est pas chère

Oui, enfin ça mon bijou, c’est fini. À part si tu es né avec une cuillère en argent dans la bouche, tes économies durement gagnées à tondre la pelouse des ronds-points de ta commune vont vite disparaître à grands coups de paquets de TUC à 10$. Sauf que grâce à la super promo de huit paquets pour seulement 5$ de plus, te voilà à 9 heures du matin en train de tartiner de la confiture sur des TUC parce qu’il faut les finir avant qu’ils ne deviennent tout mous…

Idée reçue n°5 : L’Australie, c’est magnifique

Pas du tout, c’est dégueulasse. Ok, j’exagère un peu, mais quand même, faut arrêter ça… Et puis si t’es pas content, tu peux toujours te laisser transporter par la beauté brute des poèmes de Scott Bourne. Bref, la ville où il ne faut pas aller s’appelle Canberra. Ils n’arrivaient pas à choisir entre Melbourne et Sydney pour désigner leur capitale, alors ils ont eu l’idée de créer de toutes pièces une nouvelle ville. Aseptisation assurée. Il y a comme une odeur de javel qui s’en dégage. Quand on y entre, on a une soudaine envie de vomir dans la bouche de celui qui l’a conçue. On a l’impression d’être sur une aire d’autoroute, mais à l’échelle d’une ville. Et puis elle est au milieu de nulle part, alors mieux vaut ne pas louper sa sortie. Sur la route, il y avait les fameux panneaux oranges en forme de losange, pour signaler la présence de kangourous et de koalas. Au niveaux des koalas, ça va, ils ne se bousculent pas trop dans les arbres... En 1100 Km, on n’en a pas croisé un seul, pas même un faux, rien. De toute façon, c’est des feignasses de bestioles rastaquouères qui ne pensent qu’à bouffer de l’eucalyptus et faire la sieste. On s’est dit qu’avec un Hugo Liard dans l’équipe qui est plutôt branché «métal», il y aurait eu de la baston, donc on a peut-être évité le pire.

Idée reçue n°6 : Les Australiens sont hyper accueillants

On a déboulé à un contest de bowl et Sam comptait sur son pote Australien Nick Boserio pour nous laisser dormir dans son salon. On a fini par le croiser dans la rue et il a sorti «yeaaaah Saaam, good to see you !». Fin de la discussion. On s’est retrouvés à quatre dans une bagnole, à suffoquer dans nos sacs de couchages, suintant comme des tranches soma 

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de jambon au soleil. Heureusement, Loïc Benoît, notre photographe-manager a découvert trois jours après, un email avec les numéros de nos chambres que Vans nous avait réservées dans un hôtel 4 étoiles. Mais au lieu de gérer ça, il préférait foirer les plans-cul de ses camarades en proposant des plans à trois à leurs nouvelles conquêtes…

Idée reçue n°7 : On peut parler français, personne ne comprend

Un soir, je me suis inséré dans un petit groupe composé de deux filles et de Sam (Partaix). Celle à côté de Sam était plutôt mignonne et l’autre, à côté de moi, était une sorte de sosie de David Douillet en version maquillée et perchée sur des aiguilles de 10 cm. Ça conversait en anglais depuis cinq bonnes minutes, quand je me suis soudain livré à Sam, lui expliquant tout haut en français : « Je suis tellement bourré que je pourrais même finir avec ce gros boudin » (papa, maman, je sais que je ne fais pas honneur à la famille), et voilà que David Douillette se met à me répondre en français... À ce moment précis, je méritais juste qu’on me coule dans du béton, ligoté au fond d’une tombe. Heureusement, elle n’avait ni caveau, ni bétonnière dans son sac à main. J’ai eu chaud sur ce coup-là.

Idée reçue n°8 : Dustin Dollin n’est qu’un alcoolique pas du tout anonyme

T’es mauvais, t’as rien compris… On est allé à un de ses concerts, il reprenait des chansons de Pierre Perret avec son nouveau groupe. Il avait un thermos de verveine toujours à portée de main et Jake Phelps est même monté sur scène pour entonner avec lui le fameux « Tout, tout, tout, vous saurez tout sur le zizi…». Il y avait là tout le gratin du skate, Trujillo, Szafranski, Duncombe, Caballero, Biais, faisant la chenille dans le bar avec des panachés à la main. Et c’est là que l’on a compris qu’on était bien mauvaises langues parfois… Ce texte s’achève ici, si vous n’êtes pas encore complètement déprimés, je vous invite à un web-visionnage de l’artiste accompli qu’est Sébasto avec son titre fétiche : «Fais la poule», suivie d’une défenestration si vous êtes dans un immeuble de plus de dix étages, ou l’option pendaison simple par corde à linge si vous êtes dans un pavillon avec jardin. Merci à Vans, Fonfon, James, Von, Tony Hawk, Jean Pierre Castaldi et Vincent Mcdoom. 68 

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Certains appellent cette chose un casper flip. Moi je refuse cette appellation (tant qu’elle n’aura pas été officialisée par la fédé). Alors j’appelle ça un trick de mec du sud ouest to BS revert, parfaitement executé par Bastien, à qui l’on doit le texte cicontre.


« tout le gratin du skate faisant la chenille dans le bar »

Hugo et les rails, c’est un peu comme Soma et les wallrides, quand y’en a un dans l’coin, l’autre n’est pas loin... Gap to boardslide.

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LA QUESTION QUI FÂCHE

Ce magazine a beau porter le nom d’une drogue plus ou moins disparue, je tiens à vous rassurer : nous (Fred et moi) ne mangeons pas de ce pain-là. Je dois quand-même bien avouer que ça m’est bien arrivé, une poignée de fois, de tirer sur un joint, cela dit, je n’ai jamais compris pourquoi le cannabis était autant plébiscité, et devenu aussi incontournable dans le skate. A force de partir en tournée avec des skateurs, d’aller dormir chez des skateurs, en gros, de passer beaucoup de temps avec des skateurs, j’ai fini par constater qu’une grande partie d’entre eux fumait des joints, à un rythme plus ou moins soutenu, aussi bien dans le van que le matin, le soir, sur le spot, n’importe où, n’importe quand. En tant que non-fumeur j’ai donc été témoin des effets de cette drogue sur le skate en général. Pas que ceux-ci soient dévastateurs, loin de là, mais ayant bien souvent pour vice de ralentir toute réflexion et de plonger dans un état végétatif ses consommateurs. C’est d’ailleurs le but, apparemment,

de son utilisation. « Se mettre bien ». Sauf que le skate est aussi une activité physique, qui implique une certaine prise de risque, surtout à haut niveau, et « se mettre bien » avant d’aller skater me paraît assez contradictoire. Etre témoin de ces roulages de joints quotidiens a fini par m’amener à me poser ce genre de questions : et si le skate français, je parle au niveau professionnel, ou au moins lorsque des sponsors sont impliqués, tournait au ralentit à cause du cannabis ? Et si c’était ça qui empêchait les gens de gravir les échelons de la pyramide du skate international (combien de skateurs français pro aux EtatsUnis en 2011?) ? J’ai donc pris mon calepin, mon dictaphone et je suis parti à la rencontre de divers acteurs du skate français, pour leur demander leur avis. Parce qu’après tout, c’est peutêtre juste moi qui fabule, et que le cannabis, la weed, le shit, le bedo, n’a rien à voir la-dedans…

Les témoignages qui suivent sont publiés de manière anonyme. Un choix éditorial contestable, mais qui délie les langues…

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LE CANNABIS

ENDORT-IL

LE SKATE

FRANÇAIS ?

Une enquête de Tura Illustrée par Soy Panday

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LE CANNABIS

ENDORT-IL

LE SKATE

FRANÇAIS ?

« J’ai vu un paquet de monde commencer à skater. Très jeunes tu les vois, ils sont doués, ils ont un bon style, une bonne motivation, et à un moment, ils croisent la route du shit, et tu les vois complètement changer… Il y a peut-être d’autres raisons, mais tu les vois se dégrader, jusque dans leur attitude physique, jusqu’à ce qu’ils disparaissent du skate… » Ceci fait partie du premier témoignage que j’ai pu recueillir. Un constat triste, mais pas vraiment alarmant, la crise d’adolescence y étant pour quelque chose également, pour notre plus grand désespoir, lorsque l’on croit avoir déniché le prochain Lucas Puig… Il faut juste savoir que la consommation de cannabis concerne aujourd’hui 42% des jeunes de 17 ans (source : Observatoire français des drogues et toxicomanies) et qu’à l’âge de 16 ans, les jeunes Français sont actuellement les premiers consommateurs d’Europe (source : Ministère de l’intérieur).

La France, donc. Ses skate-shops, ses marques, ses pros, ses amateurs, ses contests, ses magazines, ses associations, ses tournées... Sa scène, quoi. Le tout baigné dans un nuage de fumée. Je suis persuadé que le shit/la weed sont en grande partie responable du faible dynamisme des français en matière de skateboard. Mais je n’affirme rien. Voilà plutôt ce que j’ai pu entendre au sujet de la présence inévitable de cannabis pendant ces traditionnels skate-tours auprès de quelques team managers français : « Concrètement parlant, oui, je pense que le cannabis ralentit la scène skate. Surtout en ce moment. C’est difficile de faire un projet avec un groupe de jeunes qui fument… » « C’est clair, ça ralentit tout, les prises de décisions, surtout que déjà le fait d’être en groupe, tout est plus lent, alors ajouté à ça, tout de-

vient compliqué, tout le monde oublie tout, et c’est le bordel ! » « Je pense qu’en France c’est un phénomène de groupe. Même si tout le monde ne fume pas, le groupe en lui-même ne sera pas super motivé. » « Souvent le problème c’est que pour les fumeurs de cannabis, la recherche de ‘produit’ devient très vite une priorité, qui peut venir mettre en danger le planning d’une tournée. »

Tout le monde s’accorde donc à dire qu’en présence de cannabis les choses tournent au ralenti. Cela dit, certains y trouvent quand-même des effets positifs : « En tournée, quand tu as de la route, ça peut permettre à certains de dormir, ou de calmer les ardeurs d’autres, ou même en emmener d’autres sur des sujet de discussions différents, et sortir des ABD à El Toro… » J’ai même été assez surpris de voir, lors de tournées à l’étranger, le niveau de débrouillardise (voire de risque) dont faisaient preuve certains riders à peine majeurs, pour trouver le moyen de se procurer de quoi rouler leur joint. ‘Une école de la vie’, qu’ils diraient, dans les vrais magazines. Mais revenons au skate français d’une manière plus générale et au titre de cet article. Voilà ce qu’on m’a répondu à la question : ‘Le cannabis endort-il le skate français ?’ « Je pense qu’il le réconforte plus qu’il ne l’endort. Il est bien dans son confort, et il n’y a pas vraiment de positionnement sur l’échelle mondiale. » « L’ambition du skate français est minimisée par ça. Endormie, peut-etre pas complètement, il y a des exemples de mecs qui skatent vraiment bien sous l’emprise du cannabis. »

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LE CANNABIS

ENDORT-IL

LE SKATE

FRANÇAIS ? « Peut-être, mais c’est difficile. Si je te réponds oui, c’est une généralisation. J’ai l’impression que la nouvelle génération s’éloigne de ça, que ça finit par passer comme une mode, qui était très présente dans les années 90. » « Je ne suis pas sûr, mais on peut peut-être dire que le skate dépend un peu de ça… » « On consomme beaucoup de cannabis en France, c’est clair, mais de là à dire que ça endort le truc… »

Peut-être que le skate français n’est pas si endormi que ça, finalement. Pourtant, là encore, tout le monde est d’accord pour dire que le cannabis empèche de prendre des décisions et aurait tendance à limiter la réflexion : « Quand tu as entre 15 et 25 ans, et que tu es déjà sponsorisé, rares sont les gars qui ont envie d’aller plus loin, il se contentent de ce qu’ils ont, une peu de thune pour bouffer et payer la colocation… » « Certains détails leur échappent. Mais je ne veux pas être catégorique non-plus, il y a aussi des exemples de mecs qui fument et qui comprennent. » Impossible aussi de généraliser sur le fait que fumer rend les skateurs moins productifs. Les exemples démontrant le contraire sont d’ailleurs nombreux… « Ce n’est pas forcément en nombre de tricks, mais plus dans leur implication, et la compréhension de leur rôle, en tant que skateur sponsorisé, par rapport aux jeunes, notamment. » « Ça ne joue pas forcément sur le skate, mais plus sur le comportement. »

Le comportement. Voilà une piste intéressante : « C’est sûr que j’ai assisté à des coups de pute de malade à cause de ça… Parfois ils sont prêts à tout ! Lors d’une tournée, un rider a échangé les boards qu’on avait pour tout le monde contre du shit… » Mais c’est peut être aussi de la faute de certains médias (comme Soma) à toujours raconter que le skate n’est pas un sport, qu’il ne faut pas se prendre au sérieux, que rien n’est important tant qu’on passe un bon moment avec les potes… « C’est sûr que c’est plus présent que dans d’autres milieux, mais est-ce que ça ne fait pas partie du skate, un petit peu ? C’est un truc un peu marginal, ce sont souvent des gens qui ont envie de faire un truc à part, ça va peut-être avec… » Au moins, tant que même les pros fumeront, avec leurs contrôles anti-dopage, le skate ne sera pas à la grande foire des Jeux Olympiques ! Si ça peut au moins servir à ça… Pas facile de tirer des conclusions de tout ça… Mais après tout, le plus important, là-dedans, n’est pas de savoir si oui ou non le skate en France s’endort à cause du cannabis, mais d’ouvrir le débat et de parler d’un sujet resté trop longtemps tabou dans les médias. Avec dans l’espoir que certains prennent conscience de leur dépendance, et qu’on me demande si ça me dérange, la prochaine fois, avant d’allumer un joint dans le van !

(J’en entends déjà crier justice : « qu’en est-il de l’alcool ? », et ils font bien de poser la question. A la différence du cannabis, l’alcool est une drogue dure, et à moins de s’appeler Tom Penny, il devient vite très compliqué de skater bourré. Par ailleurs, l’alcool, dans une certaine limite, n’empêche pas la prise de décision. Boris Elstine, alcoolique notoire, a gouverné la Russie pendant 9 ans… Et je pense sincèrement qu’il n’y a pas vraiment de problème d’alcool dans le skate français. Quant à la cocaïne, en vogue ces temps-ci, personne n’osant encore assumer et plus difficile à observer, difficile d’en parler...)

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Alex Richard, boneless lipslide. Lille. Photo : Maxime Taillez


NUméro XXIII

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Valentin Bauer, no comply 180. Paris. Photo : Jean Feil


Romain Jorda, FS flip fakie nose manual. Toulouse. Photo : ClĂŠment Le Gall


Ceci n'est pas un contest !

Des photos de Yohann Kim Un texte de Valéry Blin

Le 8 mai dernier, Amienskate organisait sa cinquième Coupe Au Bowl. Pour ceux qui ne connaîtraient pas cet événement d’envergure internationale, c’est un peu comme la Street League dont la première étape se déroulait en même temps à l’autre bout du monde. Enfin, journalisme professionnel oblige, nous devons admettre qu’il y a quand même une ou deux différences…

(la coupe au bowl ) 8 mai à Amiens, donc. Il fait beau depuis un mois au moins. Le maître de cérémonie Homer BD, aussi connu sous le nom de Bernard Daburon, est chaud bouillant. Il s’est fait beau et a révisé ses meilleures blagues qu'il débite dans son inamovible mégaphone. Pour la musique, fini les DJ et leur musique pour “fête du fun”, cette année quatre groupes rock ont fait le déplacement en jet privé pour jouer directement au bord du coping. Ça s’annonce bien… Et ça commence bien. Il y a du monde même s’il manque quelques habitués. Oscar Candon, Ben Hamy ou le local Kévin “Bibi” Masson montrent qu’ils maîtrisent le spot alors que les punks de Notepok proposent une fine analyse de la situation politico-économique internationale. Jugez plutôt : “ La France est dans la merde, l’Europe est dans la merde, le

Oscar Candon, plus ou moins élu Roi du Bowl. FS wallride et hurricane.

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monde entier est dans la merde, on est tous dans la merde …” Brillant n’est-ce pas ? Coïncidence ou pas, tout le monde se retrouve effectivement vite dans la merde lorsqu’une averse, comme on en voit que sur la Côte Basque, vient légèrement casser l’ambiance. Heureusement, un immense préau vide se situe juste à côté du «Bloodbowl». Et quelques locaux y avaient judicieusement placé des modules DIY, ce qui a sauvé la journée. Merci à eux et à la mairie d’Amiens qui avait construit ce mysté-


rieux préau vide plusieurs années à l’avance juste pour sauver cette Coupe au Bowl 2011. Y’a pas à dire, ils sont bons dans la fonction publique ! Grosse session wallrides, concours de ollies par-dessus des boards, etc… Avec les groupes rock en live, la session prend vite un chouette côté oldschool qui fait oublier la pluie. Le reste de cette journée, qui aurait pû être un fiasco, s’est ainsi déroulé dans la bonne humeur générale entre le préau et le bowl selon les caprices d’une météo hésitante. Météo sûrement commandée par le tout puissant Rob Dyrdek, bien conscient que le prestige de sa Street League était menacé par une bande de rigolos s’amusant à faire des wallrides ou des poursuites dans un bowl (même pas parfait).

Fatigués mais heureux, et sûrement un peu saouls aussi, les derniers skateurs, zikos et petites amies restant sur le spot ont conclu cette belle journée par une saine partie de «tong au prisonnier», une balle au prisonnier où la balle est remplacée par une tong. Oui parce que la «bouteille au prisonnier” c’était dangereux finalement. Et ça, c’est pas demain qu’on le verra chez les Street Leaguers… Rendez-vous le 8 mai 2012. (Pas de Roi du Bowl officiel cette année en raison des circonstances. Oscar Candon et Ben Hamy étaient pourtant bien chauds. Dédicace à Etienne qui a lui gagné un retour gratuit dans le fourgon du SAMU après une méchante slam. Bon rétablissement, vieux.)

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à LA GAîTÉ LYRIQUE dU 18 jUIN AU 7 AoûT 2011

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en vrac 2 0 0 1 L’ O D Y SS É E D E L ’ ES P A C E Vous faisiez quoi en 2001 ? Vous étiez où ? Moi j’étais vendeur de carrelage chez Brico Dépot ! Eh ouais ! Il s’en est passé des choses en 10 ans... - DT

• La vidéo Real to Reel sortait. • Keenan Milton disparaissait. • La seconde version de la Osiris D3 sortait. • Les Twin Towers tombaient. • Stephen Khou gagnait le Teenage Tour. • Paul Rodriguez entrait chez Es. • Chris Cole gagnait Tampa am en baggy. • Bastien Salabanzi passait pro chez Flip (Appleyard aussi). • La video Sight Unseen sortait (avec Cardiel, Dollin, Kirchart, Townend et Sanchez) • Bastien remportait l’ESC de Bâle. • Arto Saari était élu Skater Of The Year. • Le premier vrai streetpark en béton en France était inauguré à Nantes. • Fred Mortagne réalisait Menikmati. • Cairo Foster faisait ollie sur le double set d’Hôtel de Ville, à Lyon. • Antiz naissait. • Le pool d’Algorta était tout neuf. • Sugar coutait 28F, Freestyler 29F. Il s’est passé pas mal d’autres trucs, aussi, mais c’est tout ce qu’on a retenu...

L a q u e s t i o n f o n da m e n ta l e Où jeter ses vielles boards, trucks, roues et roulements une fois usés ?

Surtout pas à la poubelle. En effet, une fois ramassées, les poubelles domestiques sont le plus souvent brûlées, et malgré le fait que les boards sont en bois, la colle contenue entre les couches de bois (et le grip) produit des gaz toxiques lorsqu’elle est incinérée. Idem pour les roues, qui ne sont que du plastique finalement… Quant aux trucks et aux roulements, forcément, ça ne brûle pas… Gardez donc tout et arrangez-vous pour jeter ça à la déchetterie du coin. Eux sauront comment faire en sorte que tout ça produise le moins de déchets toxiques une fois détruits (ne me demandez pas comment…). Sinon, faites comme Nils Inne, recyclez tout ça en oeuvre d’art, ou même en objets utiles. Voilà, c’était la minute écolo, j’ai pas pu m’empêcher. - DT 88 

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L E BOU Q UIN D ’ H ISTOIRE Marc McKee est celui à qui l’on doit Flame Boy et Wet Willy, mais surtout la déco de la board la plus controversée de toute l’histoire du skateboard : la Natas “devil worship” 101 (1991), ainsi qu’une poignée d’autres tout aussi provocatrices et qui pourraient avoir donné naissance à cet esprit particulier qu’était le skate des années 90. Enfin, c’est une ébauche de théorie, et il n’était pas tout seul : son pote Sean Cliver y serait également pour beaucoup, mais sans la volonté de Steve Rocco de foutre le bordel, tout cela ne serait jamais arrivé. Vingt ans plus tard, McKee a dû lisser son trait pour continuer de bosser pour World Industries, Blind et Darkstar. Rocco a quitté le navire et le skate ne tolère plus les mêmes provocations. C’est d’ailleurs amusant de constater, en parcourant les pages de ce livre, comment les “graphiques” de boards qu’il réalise perdent de leur intérêt au fil des années, pour à la fin n’en avoir pratiquement plus. C’est même un peu triste de voir ce qu’il a pu produire si jeune, et ce qu’on lui autorise aujourd’hui… En tout cas, son bouquin n’a rien de prétentieux (petit format, 96 pages) et pour 20 dollars, ce serait dommage de s’en priver. - DT Warning : the art of Marc McKee Edité par Mark Batty Publicher ISBN 978-1-9356132-3-7, 100 pages

L a s o r t i e C u l t u r e ll e Si vous habitez en Région Parisienne, vous avez quandmême de la chance. Du 18 juin au 7 août, à la fameuse Gaité Lyrique (Paris, 3è arr.), se tiendra une gigantesque foire culturelle nommée « Public Domaine » regroupant tout un tas d’artistes issus du skate, de Spike Jonze à Ill-Studio, en passant par Benjamin Deberdt ou encore Michael Sieben... Il paraît même qu’il y aura un skatepark à l’intérieur, des démos et des concerts de Dinosaur Jr et Tommy Guerrero... Si tout se passe aussi bien que c’est prévu sur le dossier de presse, il y a une chance pour que ce soit ‘un truc de ouf’, comme ils disent dans mon quartier. On s’voit là-bas. - DT

www.gaite-lyrique.net


en vrac L e d o c u m e n ta i r e de la semaine

Le pack bouquin + DVD indispensable

Il est bizarre Frankie Hill. À l’époque, c’était pas encore flagrant. On voyait bien qu’il avait un style curieux, mais il était tellement en avance sur son temps qu’on le laissait replaquer n’importe comment sans rien dire. Enfin, on n’en pensait pas moins, mais on n’osait pas trop moufter… Aujourd’hui par contre, dans ce documentaire, ça saute aux yeux, sa façon de se mouvoir, de s’exprimer, de parler de lui, tout est bizarre chez lui. Même son histoire est tout sauf banale. Il commence par plus ou moins révolutionner le skateboard en introduisant les gros gaps et les gros handrails dans les vidéos Powell à la fin des années 80, puis il se met à faire du « hard tech » dans le genre FS boardslide hardflip out (avec un style plus dégueulasse tu meurs), puis en 1992 il disparaît totalement sans qu’on nous explique vraiment pourquoi, ni comment. Et puis aujourd’hui, grâce à Nate Sherwood qui réalise ce doc, on comprend tout et honnêtement, ça valait le coup d’attendre. D’ailleurs hé, franchement, Nate Sherwood, c’est pas bizarre ça aussi ? Une carrière entière construite sur le pressure flip… Ils se sont bien trouvés les deux-là. - FD

Vous vous souvenez d’Alex Klein ? C’était il n’y a pas si longtemps. 3 ou 4 ans. Sa carrière était toute tracée, mais il avait préféré laisser tomber avant de passer pro pour se lancer dans la réalisation de films.

The Frankie Hill documentary Disponible quelque part sur le net...

l e s t r i pl e t t e s Torres

Merci

Vanessa Rodney Ernie

Etienne ‘Chips’ Lobelson Jeremie Villermaux Valéry Blin

Sketchy-classe

Pro, avec 3 gamins

John Cardiel Vincent Alvarez Massimo Cavedoni

Kenny Anderson Chris Senn Brian Sumner

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« God went surfing with the devil » est son premier documentaire qui part du constat qu’il existe une scène surf tout le long de la côte israëlienne, jusqu’à l’intérieur de la bande de Gaza. Forcément, en Israël, à part les 2 ans d’armée obligatoires entre 18 et 21 ans, le surf fait partie des rêves de gosses comme ailleurs. A Gaza, c’est tout juste s’il y a de quoi se nourir dans les magasins. Impossible de trouver une board. Mais le surf n’est qu’une toile de fond pour raconter le quotidien de cette partie du monde où l’on vit, ou meurt, des deux côtés de la frontière au rythme des bombardements. La situation politique est tellement inextricable que rien ne semble pouvoir apaiser les tensions, sauf peutêtre le surf. Un Israëlien et un Américain se mettent alors en tête d’aller offrir des planches à leurs collègues arabes à Gaza. Une mission pacifique mais quasi-impossible administrativement, et constamment sous la menace d’un missile envoyé par le Hamas en Israël, ou l’inverse une fois passé côté palestinien, voire d’un kidnaping... Pour une première réalisation, Alex n’a pas fait semblant. Le sujet est difficile mais offre une vision différente du conflit, d’une région et d’une pratique. C’est franchement bien filmé, bien monté et intéressant. Jad Hussein et Stéphane Rançon sont deux potes, qui comme nous, ont monté leur petite maison d’édition. Eux produisent des livres, le soir, lorsqu’ils ont fini leur vrai boulot (Jad est graphiste, pour Soma occasionnellement d’ailleurs, et Stéphane est avocat). Tous deux pratiquent le skate depuis des années, et avaient entendu parler du projet d’Alex. Il aura suffit d’un e-mail pour que la machine soit lancée et qu’un an plus tard, le bouquin accompagné du DVD sorte. Si vous aviez l’intention de vous instruire un peu, alors achetez ce livre. Le film offrant une grosse quantité d’informations, commencez par le bouquin qui présente les personnages et éclaire certains détails, pour ensuite visionner le DVD. Par contre, le doc n’étant pas sous-titré, si vous n’avez que des notions d’anglais, ça va être compliqué pour vous... - DT Surfin’ Gaza + God went surfing with the devil Publiés chez 1980 ISBN 978-2-919159-02-4, 164 pages, 32 euros


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en vrac Le bouquin le livre du mois Mathias Fennetaux n’est pas un louveteau de la dernière pluie. Avant d’être le photographe de skate, puis plus ou moins de mode que l’on connaît, il était surtout l’un des principaux acteurs de la scène skate parisienne. C’étaient les années 80, la « bonne époque » des boneless et des wallrides et surtout des échappées sauvages « Bones brigadiennes » dans les rues bondées de monde. Nul doute que le Troca et les bassins se souviennent encore de lui, de son rire tout du moins, parce qu’on ne peut pas oublier le rire de Mathias, même quand on est un simple monument. Disons qu’il a le rire communicatif et que c’est précisément ça, ainsi qu’une bonne grosse dose d’entêtement, qui a dû lui permettre d’arriver au bout de la mission quasi-impossible qu’il s’est fixé avec ce bouquin : à savoir tirer le portrait des skateurs qui l’ont influencé dans les années 80 et 90. Les Natas, Gonz, Cab, etc. les gars des vidéos, ceux qui ont posé les bases de ce qu’est le skate d’aujourd’hui. Pour cela il est parti en Californie avec son appareil photo et a commencé à pister ses héros d’enfance comme un vrai détective. Presque quinze ans et une bonne dizaine d’allers et retours en Californie plus tard, Mathias avait enfin complété sa galerie de portraits idéale. Aucune maison d’édition derrière lui, aucun mécène, aucune deadline donc, Mathias a pris le temps de fignoler ce magnifique livre de 160 pages comme il l’entendait et le résultat est maintenant à votre portée. La préface est signée par J. Grant Brittain, sa référence en matière de photo de skate. On peut donc dire que la boucle est bouclée pour Mathias, que va-t-il donc bien pouvoir faire maintenant ? Se remettre sérieusement au skateboard serait un bon début ! Allez, Mathias, rendez-vous au bowl chez One dist. ! Et vous, filez acheter ce bouquin… - FD

Mark Gonzales, un parmi 70 autres portraits du bouquin.

No Skateboarding, de Mathias Fennetaux ISBN 978 2 746 622 890 - 1000 exemplaires, 55 euros environ. Tirage limité de 100 exemplaires, numérotés, livré dans un coffret comprenant un tirage original 24x30 cm signé Expo chez Colette (Paris) du 6/06 au 3/08, dédicaces le 16/06 www.no-skateboarding.com

La vraie video Comme tout le monde, on n’a pas pu attendre le DVD pour visionner la vidéo Real Since Day One. On l’a trouvé sur internet, et puis Fred est quand-même allé l’acheter, histoire d’avoir la conscience tranquille. Une semaine plus tard, on recevait un exemplaire dans la boite aux lettres, gracieusement envoyé par le distributeur... Bref, tout le monde l’a vue, voici les + et les - qu’on a pu y trouver : + Ishod Wair, rien qui dépasse, et avec la classe - Max Schaaf qui ne s’est + Dennis Busenitz pas foulé + la part du frangin de Justin Brock dans les bonus - la musique de routier + Keith Hufnagel qui prouve encore qu’il n’est pas uniaméricain quement un vendeur de chaussures - les bonus… bof… + le bouquin vendu avec le DVD - le HD au milieu du mini DV + la vert’ avec Schaaf, un peu, et surtout Perelson - Nick Dompierre, qui ne + Ramondetta pas là pour enfiler des perles s’est pas foulé non plus + Dennis Busenitz (bis) - la petite déception, quant à + le générique de début (mise à jour de celui de la prela signature Dan Wolfe par DT/VB mière vidéo ‘the real video’, vers 1992) 92 

soma


en vrac

Paul Labadie et Gabriel Engelke en plein boulot ! Lien disaster. Photo : Tura

La video de hammers à L’ e u r o p e e n n e J’étais à l’avant-première de la nouvelle vidéo Antiz, l’autre jour, à Lyon. Et histoire de casser tout le suspense, sachez que la dernière part’ a été accordée à Samu Karvonen et la première à Steve Forstner. Ah ah, j’aime bien faire chier, des fois. A peu près tout le monde l’aurait méritée, cette dernière part’, mais bon, je vous laisse quand même découvrir ça par vous-même, c’est juste qu’on ne pouvait pas boucler ce mag sans en faire au moins trois lignes... Et puis maintenant que Paul a fini, il va enfin pouvoir se remettre à bosser un peu sur Hobo Erectus (notre page vidéo sur www.somaskate.com) ! - DT

Occasional Antiz Flashback www.antizskateboards.com

L e ch i ff r e

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Le nombre de fois qu’a été visionnée la version en ligne d’A PROPOS (au 10/05/11), soit presque 12 fois plus que la version papier (tirée à 2000 ex.). Bim ! Prochain numéro, début juillet.

www.aproposskatemag.com

m o c . s r e k c i t s s smoo A, VEEN

ALEXONE, KO

IQUES

ARTIST SERIES

LYPSE DRAW,

IK, APOCA OM, ROSE KIP

POZLA


Kevin Rodrigues / Pivot fakie / photo : jean Feil

MUS BENNACER × AKIM CHERIF × GREGOIRE CUADRADO × lIONEl DOMINONI lISA jACOB × MARtIN KEllER × MAtHIEU lEBAIl × jON MONIé SAMUEl PARtAIx × KEvIN RODRIGUES × RéMY tAvEIRA ♠ ♦ ♣ ♥ nozbone skateshop 295, rue du faubourg st antoine 75011 Paris metro nation - 01 43 67 59 67 le shop en ligne nozbone.com / le blog nozbone-skateshop.com


« Organiser d’urgence les jeux olympiques des dopés, toutes drogues confondues étant admises, du moment que les records tombent. Succès garanti. » - Roland Topor Hans Claessens, Fs RoCk’n Roll PHoTo : loïC BenoîT


SOMA #23