Des paniers avec une mission - Magazine A.S. Adventure

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L E PROJ ET D ’A .S.A DVEN T U RE AU K EN YA –––––––––––––– B ––––––––––––––

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Derrière Ayacucho, la marque propre d’A.S.Adventure, se cache une histoire qui fait chaud au cœur. Si vous achetez une veste, un pull ou un bonnet Ayacucho, une partie des bénéfices est reversée à Solid, une association à but non lucratif qui met en place des projets en faveur des personnes défavorisées partout dans le monde. Nous nous sommes rendus sur place, au Kenya, pour savoir où va votre argent. PAR SANDRA GENIJN & NATHALIE LE BLANC | PHOTOS NATHALIE LE BLANC

Des paniers avec une mission

Derrière Les

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ous n’offrons pas d’aide ad hoc, mais mettons en place des projets destinés aux groupes vulnérables afin de leur assurer un revenu fixe sur le long terme”, explique Inge Overmeer de Solid. Cette association à but non lucratif a été créée en 2000 par les Verelst, une famille d’entrepreneurs. Après avoir soutenu des projets agricoles au Pérou, Solid s’est rapidement rendu compte que les femmes non qualifiées trouvaient difficilement du travail dans la région. L’organisation a donc créé un atelier de tricot, ainsi qu’une crèche pour les enfants des tricoteuses. Les bénéfices permettent de soutenir des projets sociaux, notamment des formations en matière de développement personnel, de santé, d’entrepreneuriat… Une ferme pilote sert de centre de formation et aide les agriculteurs locaux à vendre leur quinoa à un prix honnête.

Rendre les coopérants inutiles

Quand A.S.Adventure a lancé sa propre marque de vêtements et de matériel outdoor en 2009, son nom fut tout trouvé : Ayacucho, une région du sud du Pérou où Solid emploie désormais 65 personnes. “L’opération est entièrement dirigée par les Péruviens”, explique Inge

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“Tresser des paniers nous offre des avantages matériels mais nous rend aussi plus forts.”

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Overmeer. “Notre objectif ultime est de devenir totalement superflus.” Solid a ensuite décidé d’étendre son action et s’est lancée à la recherche de nouveaux projets. “Dans la région de Ranchi, en Inde, nous avons créé un atelier de tissage et de couture pour offrir du travail aux tisserandes et aux femmes défavorisées. Les bénéfices permettent de venir en aide aux enfants qui ont été victimes d’abus et d’esclavage.” Depuis l’année dernière, Solid soutient également Hadithi, une initiative lancée par la Belge Lore Defrancq au Kenya. Pour ce projet, Solid s’est associée à Wildlife Works, une organisation active dans le développement communautaire. Cette organisation loue des terres à des propriétaires privés entre les parcs nationaux de Tsavo Est et Tsavo Ouest. L’objectif est de laisser la nature reprendre ses droits et permettre à la faune et la flore de se développer librement. Ce sanctuaire de la vie sauvage génère aujourd’hui plus de 300 emplois, notamment pour des rangers. Wildlife Works

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a également créé des ateliers de couture, une savonnerie et un centre d’information. Elle commercialise aussi des crédits carbone. Un tiers des bénéfices permet de financer des projets sociaux. En octobre 2018, une équipe de 5 personnes d’A.S.Adventure est partie au Kenya pour observer sur place le fonctionnement d’Ayacucho et visiter les différents projets.

“Maman Lora” au Kenya

Une vingtaine de femmes dansent en marquant le rythme avec leurs pieds. Une femme porte une bandoulière pleine de capsules et secoue les épaules pour apporter une touche musicale supplémentaire. Douf. Douf-douf. Elles balancent leur corps en chantant les mêmes phrases : elles sont ravies de notre présence et tissent des paniers pour “maman Lora”. La parade colorée se dirige vers un petit bâtiment semi-ouvert, entre les arbres. Quatre murs, un toit en tôle ondulée, un réservoir d’eau et une seule pièce avec une porte :


voici la nouvelle maison communautaire où se réunissent les femmes de Kisimenyi pour tisser et ranger en lieu sûr des paniers, à l’abri du soleil et de la pluie. Tandis que Lore Defrancq est félicitée pour l’aide apportée par son organisation Hadithi à ce groupe de femmes, ses assistantes Mercy et Kate sélectionnent les paniers à emporter. Vous avez peut-être l’un de ces paniers chez vous, car ils sont vendus en Belgique chez Juttu. Et si vous possédez un vêtement ou du matériel outdoor Ayacucho, il est fort probable que vous ayez personnellement contribué à la construction de cette maison communautaire.

Tisser pour vivre

Lore Defrancq: “‘Hadithi’ signifie ‘histoire’ en swahili. Derrière chaque panier, il y a un nom. Chaque panier raconte une histoire à celui qui l’achète.”

“La fabrication de paniers en sisal est une tradition chez nous.”

“La fabrication de paniers en sisal est une tradition chez nous”, raconte Hilder Mwawana, la présidente du groupe de femmes de Jora, un village voisin. Elle s’est rendue à Kisimenyi pour l’ouverture de la maison communautaire. “La plupart des femmes taita transmettent ce savoir-faire de génération en génération. Le tissage des paniers est plus compliqué qu’il n’y paraît. Il faut ajuster parfaitement la tension. La fabrication d’un joli panier bien solide prend plusieurs jours. Nous utilisons ces paniers au quotidien, pour conserver de la farine ou du maïs par exemple, ou pour transporter nos légumes au marché. Mais nous aimerions aussi pouvoir les vendre pour disposer d’une source de revenus supplémentaires.” Ce petit supplément est vraiment le bienvenu, car près de la moitié des habitants du Comté de Taita-Taveta est sans emploi et vit sous le seuil de pauvreté. La plupart des familles essaient de survivre en cultivant leur propre lopin de terre. Mais elles sont confrontées à l’insécurité alimentaire et à la faim en raison de la sécheresse persistante. L’argent suffit à peine à se nourrir et ne permet donc pas de payer les frais de scolarité des enfants, qui ne vont souvent pas au-delà de l’école primaire. Dans cette région, l’espérance de vie atteint 57,5 ans, soit dix ans de moins que celle du Kényan moyen. Les causes sont connues : insuffisance des soins de santé, manque de sanitaires et d’électricité, accès à l’eau potable pour seulement 42 % des foyers... “La vente des paniers nous apporte une certaine sécurité. Elle nous permet de mieux nous nourrir et d’envoyer les enfants à l’école”, explique Hilder. Dans cette communauté, l’art de la vannerie repose sur une tradition séculaire. Franchir l’étape de la commercialisation n’est pas chose aisée,

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Notre marque Ayacucho fête ses 10 ans ! Pour l’occasion, nous lançons une collection de plein air qui se veut originale. L’élégance s’associe au look urbain, alors que les lignes et rayures pour les femmes côtoient les blocs de couleurs pour les hommes. Les vêtements sont à la fois fonctionnels et techniques, ce qui est la marque de fabrique d’Ayacucho.

WWW.ASADVENTURE.COM/AYACUCHO


À gauche : Les dons de Solid ont permis d’achever la deuxième maison communautaire.

“La vente des paniers nous apporte une certaine sécurité. Elle nous permet de mieux nous nourrir et d’envoyer les enfants à l’école.”

raconte Rosemarie, la présidente du collectif local. “Nous ne savions pas comment distribuer nos paniers sur les marchés locaux et dans certaines boutiques. Grâce à Lore, ils sont même commercialisés en Europe et aux États-Unis. Que Dieu vous bénisse, Lore !”

L’art du tissage

C’est l’amour qui a conduit Lore Defrancq, l’initiatrice du projet, au Kenya en 2011. “Je suis tombée amoureuse de Rob, qui travaillait pour Wildlife Works à Rukinga. Son travail m’a permis de prendre conscience des problèmes aux-

quels sont confrontées les femmes dans cette région : pauvreté, chômage, absence de méthodes de planification familiale, familles séparées, violence, inceste... Les hommes abusent de l’alcool et d’autres drogues, et beaucoup de femmes doivent se débrouiller toutes seules. J’ai rencontré des groupes de femmes par le biais des programmes sociaux de Wildlife Works. Je me suis aperçue que ces femmes fabriquaient de très beaux paniers. J’ai donc décidé de leur venir en aide. C’est une activité artisanale traditionnelle, respectueuse de l’environnement, que chacun peut faire chez soi. De plus, c’est une façon créative de gagner de l’argent.” Ainsi est né le projet Hadithi. Aujourd’hui, Hadithi collabore avec 35 groupes et assure ainsi un revenu à 850 femmes. Lore est assistée sur le terrain par trois jeunes femmes, Mercy, Kate et Aggy, pour faciliter la logistique et mettre en place les projets de développement communautaire. Les bénéfices générés sont intégralement reversés aux femmes par Hadithi qui achète leurs paniers à un juste prix et contribue à des actions de soutien et de formation. Depuis l’année dernière, l’organisation bénéficie également du soutien de Solid. “Les groupes de femmes réclamaient depuis quelque temps déjà une maison communautaire, mais cela coûte beaucoup d’argent. Nous n’avions pas une telle somme”, explique Lore. “Les dons ont permis de construire une maison communautaire ici à Kisimenyi et dans le village de Makwasinyi. Les fonds récoltés par Solid permettent également d’organiser des formations destinées à aider d’autres groupes de femmes à se perfectionner dans l’art du tissage.”

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“Avant, nous

tressions quand nous en avions envie. Aujourd’hui, c’est devenu un métier.”

Prendre son destin en main

Hilder Mwawana, tisserande et présidente de la maison communautaire, est particulièrement enthousiaste : “Le fait de travailler ensemble permet à chacune d’entre nous de découvrir ses talents particuliers. Nous avons beaucoup à apprendre les unes des autres. Les discussions portent sur le tissage des paniers, mais aussi sur les relations affectives, l’éducation des enfants et la vie en général. Si vous avez un problème d’ordre pratique ou personnel, il y aura toujours quelqu’un pour aider. L’une de nos membres, âgée de 95 ans, partage sa sagesse avec les plus jeunes. Cette maison communautaire devient ainsi une sorte de conseil des sages.” Les groupes de femmes ne fournissent pas seulement un soutien émotionnel. Ces coopératives ont également recours au table banking qui permet aux femmes de se prêter mutuellement de l’argent. C’est par ce biais qu’une organisation locale comme Zawadisha trouve ses clients. Elles accordent des microcrédits pour l’achat de réservoirs d’eau, toitures, matelas, lampes à énergie solaire et réchauds sécurisés, et organisent des formations pour apprendre à utiliser plus efficacement un réservoir d’eau et prendre soin de ses poules. “La fabrication de ces paniers a changé notre vie”, dit Hilder en souriant. “Ce qui était autrefois une occupation comme

Hilder Mwawana: “Tresser des paniers nous offre des avantages matériels mais nous rend aussi plus forts.” une autre est devenu aujourd’hui une activité commerciale qui, en plus d’offrir des avantages matériels, renforce la communauté. Pour les personnes qui vivent uniquement de l’agriculture, les moyens de subsistance dépendent de facteurs naturels. Qui dit sécheresse, dit mauvaise récolte et faim. Désormais, nous pouvons prendre en main notre destin. L’achat d’une polaire toute douillette ou d’un sac de couchage bien chaud de la marque Ayacucho n’améliore donc pas seulement votre propre confort. www.asadventure.com/ayacucho www.asadventure.com/fr/marques/hadithi.html www.asadventure.lu/fr/marques/hadithi.html www.hadithikenya.com www.solidinternational.be

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