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PAPIERS DE SOI souvenirs heureux des ainés de l’Habitation Raymond-Goyer


•BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES NATIONALES DU QUÉBEC•BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES CANADA•ISBN 978-2-923059-12-9 LÉGAL

DÉPÔT

PAPIERS DE SOI

Voici le magazine , bouquet de souvenirs heureux de quinze ainés de l’Habitation Raymond-Goyer. Ces petits et grands bonheurs racontés, photographiés et parfois dessinés, sont la preuve tangible de l’existence en nous d’une certaine aptitude au bonheur. Encore faut-il en conserver le goût, sinon le retrouver. Le projet avait donc pour objectif premier de raviver des souvenirs heureux chez des ainés volontaires. Accueil dans l’intimité du chez-soi, confidences, ateliers d’exploration artistique et de création littéraire lors de rencontres hebdomadaires en groupe ou en solo, récital de poésie en cadeau et quelques gâteaux, voilà les ingrédients de base de l’expérience-pilote « Papiers de soi ». En exprimant sous diverses formes leurs souvenirs heureux, les ainés du projet ont mis en mouvement une courroie de transmission capable de contaminer positivement le cœur, le corps et la tête, et cela bien au-delà de leur résidence de Chomedey. Ils sont devenus les générateurs d’un modèle à reproduire dans des communautés menacées de grisaille. Partageons dans les pages qui suivent des papillons d’amour, un bus blanc et bleu des vacances, des baignades au lac, les rayons du soleil, des nuages inspirants, un feu de camp, un magnifique manteau rouge, une jupe rose à crinoline, une danse autour d’un jukebox, une glisse au clair de lune, des poupées, des animaux de ferme, des pneus à rabais, des histoires de pêche, des voyages de noces, des repas de Réveillon et autres fêtes de famille. Merci Laurette, Monique et Édouard, Sylvia, Conrad, Huguette, Rita, Alice, Françoise, Cécile, Solange, Claudette, Madeleine et les deux Lise pour vos aventures aux pays merveilleux de vos vies. Merci pour votre générosité, puissiez-vous continuer de cultiver ce qui a été semé : ces souvenirs qui allument vos yeux. Leslie Piché


Desjardins

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Laurette

Mes petits papillons blancs deux beaux souvenirs de Laurette Desjardins C’est par une magnifique journée de printemps et entourée de mes parents et grandsparents que j’ai fait ma première communion. Je me souviens de cette fête de Pâques en particulier parce qu’en ce temps-là, bien qu’on fêtait Pâques comme on fêtait Noël, la première communion faisait de moi, petit bout de sept ans, la reine du jour. J’étais très fière dans ma robe blanche, mes collants blancs et mes claques… qu’on avait oublié de m’enlever ! C’est grand-maman qui s’est précipitée dans l’allée pour venir me les retirer et ainsi libérer mes petits souliers, tout blancs eux aussi.

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C’est en robe blanche que j’ai vécu mes moments les plus solennels : ma première communion et mon mariage. Et chaque fois avec des petits papillons d’amour dans l’estomac !


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Il était une fois... une jeune fille prénommée Laurette qui était allée danser à la salle des Chevaliers de Colomb de Saint-Jérôme, en compagnie d’une amie. Un peu après leur arrivée, l’amie dont le prénom s’est perdu dans la nuit des temps observa qu’un beau jeune homme regardait intensément Laurette, et elle encouragea celle-ci à accepter de danser avec lui. Laurette passa toute la soirée sur le plancher de danse avec le garçon. À la fin de la soirée, Jean-Marie – c’est son nom – suivit les jeunes filles au restaurant et demanda gentiment à s’assoir à leur table.

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Ainsi commença la romance entre Laurette Létourneau et Jean-Marie Desjardins. Après une année et demie de fréquentations, leur mariage fut célébré le 22 juillet 1955, par une très belle journée ensoleillée. Le chœur de la cathédrale de Saint-Jérôme chanta pour les nouveaux époux l’Ave Maria de Franz Schubert.


épouse de Édouard Bruneau

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Monique Legault

« C’est lorsqu’Édouard a accepté de m’accompagner à l’anniversaire de ma mère que notre union s’est concrétisée. Trop d’émotions, j’ai éclaté en sanglots lors de la fête, mais c’étaient des larmes de bonheur ! » Quand j’étais jeune, il y avait un genre de code vestimentaire qui imposait aux filles des jupes ou des robes. Je me souviens que maman m’avait cousu une belle jupe circulaire en feutre rose à carreaux bleu et noir, à porter sur une crinoline. Une jupe parfaite pour les grandes occasions, dont les danses du vendredi et du samedi soirs au sous-sol de l’église. Mais la mode changeait et, à 17 ans, j’ai eu mon premier pantalon !

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autoportrait

On allait magasiner à Montréal, sur la rue Saint-Hubert. À partir de Laval, c’était moins loin que la rue Sainte-Catherine.


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« En 1993, je travaillais pour la Fédération des coopératives du Nouveau-Québec. À l’époque, les employés étaient invités à visiter les postes éloignés, qui ressemblaient à un magasin général. On y restait un mois environ. Or, j’avais rencontré ce bel homme dont j’étais tombée amoureuse juste avant mon départ.

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C’est bien beau le Nord, les aurores boréales, les Eskimos et leurs chiens qui hurlent, n’empêche qu’à Inuqjuak...

... je m’ennuyais terriblement de mon beau Édouard, mon Eddy. De là-haut, je l’appelais tous les soirs ! Au poste, nous avions la connexion. C’était ça, le bonheur, et il dure encore ! »


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Édouard Bruneau

second époux de Monique Legault, et Boso leur beau petit caniche Le prélude de leur romance

Le bonheur familial Noël, leur fête préférée, se passait jadis chez les parents d’Édouard. Aujourd’hui, c’est son fils Denis qui réunit les quatre générations de cette famille heureuse.

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Édouard a conservé un souvenir de son père : une pipe sur un reposoir, qui lui rappelle qu’ils ont aimé un sport, le baseball.

Lorsqu’Édouard est présenté à Monique, il lui offre quelque chose qu’elle adore : un café espagnol. Coup de foudre ! Ils se revoient une semaine plus tard, puis Monique s’en retourne travailler au Nouveau-Québec. Dès son retour, Eddy la comble de petits cadeaux : des fleurs – il est romantique –, et des lunettes pour le voir « de plus près, et encore mieux » – il a de l’humour !


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Une histoire de pneus

« C’était le temps où il fallait changer les pneus d’hiver pour les pneus d’été, au mois d’avril, donc. Sauf que là, il fallait aussi en acheter. Mon garagiste m’en proposait, mais je les trouvais trop chers. Il prétendait être imbattable, il disait que je ne pourrais pas trouver moins cher ailleurs, même chez Costco. Hum...

Je suis donc parti, puis revenu le voir en prétendant* moi aussi, avoir un meilleur prix que le sien et blablabla... Au final, j’ai économisé 235 $ pour les pneus, posés et balancés en prime ! Chaque année, en avril, je me rappelle ce petit bonheur tout simple ! »

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* Pour Édouard, bluffer n’est pas mentir : « c’est une manière de négocier, dit-il, sans insulter le vendeur ! »


Est-ce du fait de sa fascination, dans l’enfance, pour les poupées de ses cousines que Sylvia a tenu à être photographiée avec, non pas une jolie poupée aux blonds cheveux bouclés et à la robe brodée, mais plutôt un beau petit garçon bien coiffé et sagement vêtu ?

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Sylvia Castonguay-Chayer

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un beau souvenir de Sylvia Castonguay-Chayer

moi, S ylvia !

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mon oncle

Le jour de l’An

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J’avais 4 ou 5 ans, je crois. Dans le temps du jour de l’An, toute la famille réveillonnait chez ma grand-mère. Après le souper, la musique commençait : mon oncle jouait du violon, mon père steppait des claquettes, ma mère faisait des chansons à répondre et huit oncles et tantes dansaient des sets carrés. Le plancher tremblait et le bruit m’excitait beaucoup !

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Pendant que les grands faisaient la fête dans le salon, nous, les petits, on s’amusait dans une autre pièce. Il y avait mes trois cousins, mes cinq cousines et leurs quelques poupées. Étant fille unique, j’aimais bien être avec eux. Encore aujourd’hui, j’aime la musique. À la télévision, j’ai regardé longtemps Soirée canadienne. Maintenant, j’écoute Pour l’amour du country avec Patrick Norman. J’ai bien du plaisir quand je repense aux jours où, plus grande, vers 15 ou 16 ans, j’allais danser avec mes amies au restaurant Chez Ménard. Son jukebox jouait du rock’n’roll et des chachas, et gratuitement !


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Conrad Lagacé Conrad est fier de ce coq de bois sculpté, reçu en cadeau, et sur lequel il a enroulé le chapelet de son père.

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En 2008, Conrad a fait UN MERVEILLEUX VOYAGE DE 25 JOURS EN UNISIE avec ses deux sœurs et un beau-frère. De ses visites des souks, il a retenu l’accueil chaleureux des marchands, l’odeur de mouton du cuir, les djellabas brodées, les ciselures des objets en cuivre. Il a emprunté le transport en commun local, a résidé près d’une marina, puis dans le désert où il a côtoyé des Touaregs. Il a savouré le thé à la menthe accompagné de cornes de gazelle, ces délicieuses pâtisseries aux amandes et à la fleur d’oranger, etc. Il est revenu au Québec, la tête remplie de moments heureux partagés en famille.


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Conrad parle avec émotion des étés merveilleux passés avec ses neveux et nièces au camping de La Tuque, sur une île de la rivière Saint-Maurice. Au souper, il cuisinait les fruits de la pêche et tout le monde se régalait en racontant des histoires à dormir debout. Puis, pour le plaisir d’être en famille, la soirée se poursuivait autour de jeux de poches et de dards, ou avec un bingo.

Toujours prêt à taquiner le poisson, Conrad se remémore ses voyages de pêche dans une cabane, en Mauricie. Il hameçonnait les truites à la Chute aux Outardes ou à la Chute Alllard. Il pêchait aussi des dorés et parfois de gros brochets.

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Il raconte comme il s’endormait fourbu mais heureux, sur un lit fait de branchages de sapin qui sentaient bon la résine.

Bon vivant, Conrad aime les joyeuses fêtes de famille ! Son fils l’a invité à bruncher dans un hôtel de Laval, pour ses 80 ans. Surprise ! Ses enfants, ses petits-enfants et son arrière-petite-fille y étaient tous. Une belle tablée d’anniversaire ! Après le repas, la fête s’est poursuivie sur deux allées de bowling, puis à Vimont où les grands se sont amusés à divers jeux pendant que les petits pataugeaient dans la piscine. Ce soir-là, Conrad est retourné chez lui, à l’Habitation Raymond-Goyer, avec un beau souvenir de plus.


LIT ET VOYAGE.

LISE TÉTREAULT

ANIME SON ESPACE DE VIE DE BEAUX MOBILES INSPIRÉS DES ASTRES.

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détail d’un collage d’images et de mots-clés de Lise Tétreault

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LISE TÉTREAULT

Lise Tétreault


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La casquette volante un drôle de souvenir de Lise Tétreault Mon frère et moi étions adolescents. Avec quatorze enfants dans la famille, on était forcément proches en âge. C’était l’hiver. On vivait à la campagne et les travaux de ferme nous demandaient beaucoup d’énergie. Lorsqu’on prenait une pause, on s’amusait avec la casquette de mon père, une espèce de galette en laine qu’on se lançait du salon à la cuisine : c’était notre Frisbee. Très souvent, notre maison accueillait de la visite les fins de semaine. On devait nous penser plus riches que d’autres parce qu’on avait des animaux ! Ma mère préparait les repas pour les invités, souvent du rôti de porc au four à bois, des patates brunes et de la minoune – c’était comme cela qu’on nommait la graisse de rôti. Ce jour-là, le repas était fin prêt. Sauf que ce qui devait arriver arriva : la casquette de mon père atterrit dans la graisse de rôti promise aux patates. Personne ne nous avait vus, mais la casquette était bien mouillée, et nous, penauds. Comment avouer à maman qu’on venait de bousiller son repas ? Alors, on s’est tus. Puis on a mis la casquette à laver pour la corvée du lundi dont j’étais chargée. Pendant le repas, on n’a pas osé prendre des patates parce que nous, les enfants, on savait que papa s’appuyait sur le flanc des vaches pour les traire. Sa casquette sentait toujours la vache ! Mais le cousin péteux de broue, lui, n’en savait rien et il affirma à maman que ses patates brunes avaient un p’tit goût qui les rendait encore meilleures qu’à l’habitude !

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Ouf ! On l’avait échappé belle. Ce n’est que plusieurs années plus tard qu’on a confessé notre crime, ce qui a expliqué pourquoi la casquette de mon père s’était tout à coup ratatinée !


« Dans la grande maison de style canadien de mes grandsparents, raconte Huguette, il y avait deux cuisines : l’une pour l’été où, pour boire, il me fallait actionner à la main la pompe à eau, et l’autre qui ne servait que l’hiver. Une salle à manger immense servait de lieu de rassemblement aux joueurs de cartes du village. Vous ne devinerez jamais ce qu’ils pariaient : des poules !

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Huguette Leclair

Normalement endormie à cette heure-là, j’épiais les parieurs à travers une grille dans le plancher de l’étage. J’aimais aussi écouter les conversations téléphoniques. C’était un gros appareil en bois verni, accroché au mur. Pour faire un appel, il fallait tourner une manivelle et porter à l’oreille un énorme cornet. Ça sentait bon, la cuisine de ma tante ! Surtout ses desserts ! Je buvais du lait frais de la ferme, mais seulement s’il était dans une bouteille de verre, comme à la ville. »

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Séjours enchanteurs à la ferme un beau souvenir d’Huguette Leclair Chez son oncle Léo, qu’elle prénomme affectueusement Ti-Minou, Huguette épie les vaches du haut de la fenêtre du second étage de la maison. Le soir, elle accompagne oncle Ti-Minou à l’étable, pour la traite. À la ferme, il y a de beaux champs de légumes et plusieurs autres animaux : des cochons, des moutons, des chevaux et des poules. Huguette adore jouer dans les meules de foin de la mezzanine de la grange, le lieu préféré des chats. Elle ne se doute pas que leur présence éloigne les souris. Si Huguette aime les vacances d’été chez son oncle, elle apprécie davantage encore y retourner à l’automne, quand Ti-Minou laboure les champs en prévision du printemps. La maison de Fort Coulonge est vraiment chaleureuse et confortable, même s’il faut aller à l’extérieur pour les bécosses.

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Ses visites à la campagne alimentent en anecdotes les compositions françaises d’Huguette, qui y excelle !

Huguette en visite chez oncle Ti-Minou alias oncle Léo


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Rita Briand

Rita possède un beau livre généalogique de porcelaine, bordé de dentelle. Son père Alcide, né le 9 janvier 1909, et sa mère Clara, née le 9 juin 1918, se sont « unis le 11 mai 1940 à Escourt », dans le comté de Témiscouata, à la frontière du Québec avec le Maine. Le couple a eu sept enfants, quatre garçons et trois filles dont Rita, l’ainée, venue au monde le 5 août 1943. À droite de son prénom, sa pierre de naissance : le péridot, une pierre précieuse vert-jaune. Fille de grands espaces, Rita aimait la pêche « dans l’eau jusqu’aux genoux » et se délectait du caviar de ses prises, « roulé dans la farine, puis frit dans le beurre ». Aventurière elle-même, Rita a encouragé ses enfants à construire des cabanes dans les arbres et, en hiver, à ouvrir des chemins dans les bois.

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Aujourd’hui, ce sont eux qui lui rapportent un peu d’exotisme : au retour de chacun de leur voyage, elle a droit à un paquet de cartes d’un lieu visité ou à un bel éléphant. Sa collection se fait tendre rappel du cirque Shriners, où elle offrait à ses enfants quelques tours de piste à dos d’éléphant. Il y a ce bel appui-livres et des amulettes porte-bonheur à la trompe haute et à la longue mémoire du cœur.


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Glisser au clair de Lune Bria ita R r de i n ve sou n u

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À l’hiver 1955, à Escourt Pohénégamook, Témiscouata, il faisait vraiment frette. Mais à huit ans, bien habillée, j’adorais jouer dehors avec mes cousins et mes cousines, surtout quand on glissait à plusieurs sur une même grande traine sauvage.

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Les soirs de pleine Lune, nos parents nous autorisaient à parcourir le chemin – toujours déneigé pour le transport du bois – jusqu’à la maison de notre oncle violoneux, juste avant le pont. On partait vers 6 heures du soir et on marchait un bon mille avant d’arriver en bas de la pente. La Lune nous éclairait le chemin, car il n’y avait pas de lampadaires et il n’y en a toujours pas. Une seule descente était permise vu que la marche aller et retour, la montée et la glisse prenaient un bon quatre heures. La buée sortait de nos bouches, le givre blanchissait nos cils et nos cheveux, mais on ne sentait rien : il y avait juste le plaisir d’une descente en traine sauvage sur une distance d’un mille au clair de Lune ! Arrivés à la maison, ma mère accrochait nos vêtements à sécher, puis on allait se coucher. On s’endormait presque aussitôt. Aujourd’hui, c’est pas pareil, on a de la misère à dormir…


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Alice Dubois et sa fille Ginette

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Alice prend plaisir à broder et crocheter. Elle est habile. Elle a travaillé chez Ideal Dress, une manufacture de robes. Elle a beaucoup cousu pour habiller ses six enfants : Jean-Pierre, Jean-Guy, Daniel, Lucie, Lise et Ginette. Son mari, Jean Dubois, était ferblantier. À son mariage, elle portait une très belle robe bleue, sa couleur préférée. Alice a fait son voyage de noces à Nicolet, chez sa grand-mère paternelle. C’était en 1943.


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Alice se souvient d’un chalet sur le bord d’un lac des Laurentides. Son plus grand plaisir consistait à s’assoir sur la galerie pour observer le ciel. Elle s’amusait à demander à ses enfants de décrire les nuages, puis de dessiner ce qu’ils voyaient. Elle s’émerveillait de leur imagination.


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Lise Vaillancourt

Parmi les objets-souvenirs de Lise, ces dessins de son père Jean Vaillancourt. Date : août 1937. Écouter de la musique est l’un de ses passetemps préférés.

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Le temps des p’tits bonheurs un beau souvenir de Lise Vaillancourt J’avais deux ans, et mon frère, deux mois, le premier été au chalet de Saint-Placide, au bord du lac des Deux-Montagnes. Mes parents n’avaient pas d’auto, alors la famille prenait l’autobus blanc et bleu de Duhamel pour s’y rendre. Souvent, les enfants devaient s’assoir sur les valises faute de places ! On passait par Saint-Eustache, puis par SaintHermas, Sainte-Scholastique et Pointe-aux-Anglais. Plus tard, quand notre famille a compté deux autres filles, des oncles nous ont voyagés. On restait au chalet tout l’été et il y avait toujours de la visite ! Ma mère popotait des tartes et des rôtis cuits au four. Mon père, lui, faisait de la soupe avec les légumes du jardin.

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J’aimais marcher jusqu’au village, à un mille et quart du chalet. Mais ce que je préférais, c’étaient les couchers de soleil et les feux de camp au bord du lac.

Ah ! le bonheur de se baigner dans le lac, de pêcher et de piqueniquer sur l’autre rive en cueillant des fraises ou des framboises !


Roméo

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Madeleine Lanthier un amour de compagnon de vie par Aimée Dandois « Lors de ma visite chez Madeleine Lanthier, son fidèle ami et compagnon de vie a assisté à notre entretien. Dès mon arrivée, Roméo m’a adoptée et ne m’a pas quittée pendant nos deux heures de conversation. Il frôlait mon sac à main et l’explorait de son museau, lorsqu’il ne mordillait pas mon stylo. Il est magnifique ce chat ! Lorsque Madeleine l’a recueilli, il était très maigre, mais grâce aux soins prodigués par sa bonne Samaritaine, il affiche maintenant un air replet. Madeleine dit qu’elle parle beaucoup avec son chat, et qu’il réplique. À la nuit tombée, endormi sur le lit de sa maîtresse, il rêve, comme elle, de petits bonheurs simples et partagés. »

Parmi les objets-souvenirs de Madeleine, cette soupière aux tourterelles.

Pendant qu’ils se fréquentent, Madeleine et Gérard vont quelquefois au cinéma.

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« Je me souviens que nous étions allés aux vues voir La petite Aurore, l’enfant martyre. J’avais pleuré et Gérard m’avait consolée. »


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L’amour de sa vie Venu visiter son copain Réal, Gérard Lanthier est séduit par sa sœur âgée de 18 ans, sensible en retour au charme du garçon. Les tourtereaux se fréquentent pendant 4 ans et se fiancent en mai 1957. « Mon mariage est mon plus beau souvenir, confie Madeleine. Je portais une belle robe longue de tulle blanc brodé. Mes cheveux étaient auréolés d’un diadème et un voile court flottait au vent. La noce s'est ensuite déroulée dans un petit hôtel de Saint-Jovite. On nous a servi un buffet froid, de la bière et du vin et on a dansé des valses et des sets carrés. Le lendemain, on est partis faire le tour de la Gaspésie. À Percé, on a fait le tour du rocher en bateau. » À son retour de voyage de noces, le couple s’installe à Sainte-Rose, où deux enfants naissent : Mario, puis Sylvie.

Le premier manteau un autre beau souvenir de Madeleine Lanthier

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J’ai commencé à faire des ménages, puis j’ai aimé ça. Je voyais du monde, je gagnais de l’argent. Dès ma première paye – un beau 25 piastres pour ma semaine de frottage – j’ai commencé à épargner des sous et j’ai réussi à m’acheter le premier manteau neuf de toute ma vie, chez Miracle Mart, au centre d’achats Saint-Martin. Un manteau d’hiver long jusqu’aux genoux, rouge et gris. J’avais 34 ans, pas plus d’éducation, mais la fierté d’être capable de travailler et de gagner ma vie, plus la fierté d’avoir un beau manteau !


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Françoise Lafrenière

À l’aide d’une bobine à crochets, Françoise tisse un long cordon multicolore. Qu’en fera-t-elle ?

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Parmi les objets-souvenirs de Françoise, il y a cette horloge peinte dans un cadre doré. En visite chez une tante, Françoise avait admiré la vraie horloge qui lui a servi de modèle. Elle l’avait photographiée, pour ensuite la dessiner. Artiste, Françoise a aussi réalisé quelques vitraux qui décorent son appartement. Elle a fait l’apprentissage de la technique auprès de son frère.


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Drôle de souper de Noël par Françoise Lafrenière C’était l’hiver. Il faisait très froid cette année-là et une grosse tempête de neige rageait. Nous étions réunis pour le souper de Noël : parents, frères, sœurs et conjoints. Maman avait cuisiné ses tourtières, sa dinde et son ragoût de boulettes. Il faut dire que maman n’était pas très bonne cuisinière et que c’était papa qui faisait les repas les fins de semaine. Nous étions assis autour de la table et j’avais vraiment très faim. Au moment où j’allais attaquer mon repas, j’ai vu dans mon assiette, sur mon morceau de patte de cochon... des poils ! Je me suis penchée vers ma sœur pour lui montrer les poils. Réaction en chaine, notre fou rire s’est emparé des dix-neuf adultes présents.

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Maman, je m’excuse si je vous ai blessée…


Cécile Galarneau MES

GALARNEAU SIGNIFIE « SOLEIL* ».

NOM DE FAMILLE

ENFANTS ET MOI PAR ALLIANCE PORTONS CE NOM LUMINEUX.

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LE

* Référence

à un roman de Jacques Godbout, Salut Galarneau ! éditions du Seuil, 1967.

Il y a plusieurs années, raconte Cécile, j’avais vu un cadre au centre d’achats Laval qui, à mes yeux, nous représentait. À l'époque, tous les sous gagnés servaient à se procurer l’essentiel, alors j’avais renoncé à l’acheter. Longtemps après, ma fille Suzanne s’en est souvenue : elle m’a offert ce grand soleil en métal, en me disant :

« Ne t’inquiète pas pour l’argent, maman, je l’ai trouvé à l’Armée du salut ! »

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Depuis, le soleil des Galarneau trône sur un mur de mon salon. J’ai 20 enfants et petits-enfants. Je me dis que l’un d’eux, un jour, gravera tous leurs noms sur ce soleil et accomplira ainsi un devoir de mémoire des Galarneau.


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Une femme convaincue, vivant de sa foi.

Lors d’une procession de la Fête-Dieu, Cécile a personnifié un ange. À la vue du prêtre tenant l’ostensoir, elle avait été transportée d’une grande joie intérieure. Vêtue de blanc, elle tenait dans ses mains des roses en papier crêpon que sa mère avait payées 25 cents. Elle se souvient avoir chanté, pendant la procession, le cantique

« J’irai la voir un jour »

Cécile Galarneau se remémore avec grande joie trois évènements marquants de sa vie : sa Première Communion, sa Confirmation et une Procession de la Fête-Dieu.


Solange affectionne les petits bonnets de nuit que sa fille lui tricote. C’est qu’elle a la tête frileuse ! Enjouée et ricaneuse, elle en porte un tout rouge lorsqu’elle veut égayer son entourage, ce qui, explique-t-elle, lui réussit particulièrement bien auprès des jeunes Yo qu’elle croise à Miami, lorsqu’elle rend visite à sa fille.

Solange aime les bijoux de fantaisie : ils s’accordent à son caractère.

La belle Solange et son Yvon, le jour de leurs noces.

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Solange Martineau-Jolicœur

❤❤❤❤❤❤❤❤❤❤❤ Solange, qui a le sourire aux yeux comme d’autres l’ont aux lèvres, a signé ce beau dessin de l’initiale son prénom « S » suivi d’un cœur

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Le beau bagagiste un souvenir d’amour de Solange Martineau-Jolicœur Solange a rencontré son mari en 1945, au cours de sa première année d’école primaire. Elle avait alors déclaré à sa mère : « Plus tard, je vais me marier avec Yvon Jolicoeur ». La vie avait séparé les enfants, mais la fillette, tenace, avait continué à entretenir son rêve en silence. À 13 ans, Solange avait téléphoné à tous les Jolicoeur de l’annuaire de Montréal, espérant ainsi le retrouver, mais sans succès. Un an plus tard, le hasard était venu à son aide : un jour, elle a aperçu sur le quai de la gare Jean-Talon un beau jeune homme en uniforme de bagagiste, portant fièrement une casquette rouge. Certaine que c’était son Yvon, elle l’avait abordé avec l’impression que tout le monde entendait battre son cœur emballé. Hélas ! il ne se souvenait pas d’elle et ne se montrait pas intéressé par la conversation. Solange avait dû développer un stratagème : elle était retournée à la gare assidument, sans porter aucune attention au porteur de bagages. Cette indifférence marquée avait si bien titillé Yvon que le déclic s’était produit et, petit à petit, il avait pris plaisir à revoir la belle Solange. Après cinq ans de fréquentations, il tardait à Solange que son bel Yvon lui demande sa main, mais il n’osait pas parce qu’il souffrait de diabète. Solange lui a fait comprendre qu’ils pouvaient être très heureux ensemble pendant plusieurs années et, le 14 juin 1958, par une belle journée ensoleillée, les amoureux ont lié leur destin. Après le repas de noces, ils ont pris un train pour la Floride où, pendant quinze jours, le couple a fait des excursions en mer et des promenades inoubliables dans tout Miami.

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Parce qu’il lui rappelle les animaux qu’elle adore mais ne peut accueillir dans son appartement, Solange a récupéré ce « cadre aux chiens » dont personne dans la famille ne voulait. Ils lui tiennent compagnie quand elle lit, en français aussi bien qu’en anglais, des romans, des essais et des magazines.


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Réaliser son rêve de devenir couturière À 9 ans, Claudette Beaulieu sait déjà qu’elle deviendra couturière. Jeune adulte, elle commence des études à l’École nationale de couture, à Montréal. Après son mariage, en 1964, elle met en veilleuse sa formation, bien qu’elle continue à confectionner des vêtements, notamment pour ses enfants, puis elle développe une clientèle privée. Elle se souvient de son premier client, monsieur Massé. Il s’était étonné qu’une femme si jeune puisse créer des vêtements, mais il lui avait fait confiance pour habiller toute sa famille : son épouse et sept enfants, dont six filles, ce qui a tenu Claudette très occupée pendant 30 ans. Il arrive qu’on lui demande de transformer des vêtements démodés dont le tissu est encore bon. Par exemple, dans les années 1970, au moment où les religieuses ont quitté leur costume traditionnel, elle en a défait plus d’un, pour les transformer en magnifiques tailleurs. Elle se souvient aussi avoir créé, pour trois filles d’honneur d’un mariage, de belles robes en crêpe de satin dignes d’un magazine de mode. En témoignent les photos que Claudette exhibe avec fierté. Depuis qu’elle vit à l’Habitation Raymond-Goyer, Claudette continue à rendre service en effectuant pour des résidentes de petits travaux de retouches de vêtements. Réaliser son rêve de conduire une auto Dans les années 1990, Claudette a appris à conduire et elle a demandé à son fils mécanicien de lui dénicher une bonne voiture usagée, pas trop chère. Pour la payer, elle a alors ajouté à ses revenus de couture, un salaire de femme de ménage. Réaliser son rêve d’avoir une vie sociale

PAPIERS DE SOI

Depuis 1990, Claudette est membre de l’association Laval au féminin, avec laquelle elle pratique l’aquaforme, va au théâtre et fait de très beaux voyages : New-York, la Gaspésie…

Claudette a des doigts de fée pour tous les travaux d’aiguille.


Merci au comité des résidents de l’Habitation Raymond-Goyer, à la Société littéraire de Laval, à la Conférence régionale des élus de Laval et au Centre communautaire Val-Martin

Merci à l’équipe du projet

PAPIERS DE SOI

Leslie Piché • chargée de projet, confidente et rédactrice Aimée Dandois • confidente et rédactrice Danielle Shelton • infographiste et rédactrice Richard Warren • photographe Annouchka Gravel-Galouchko, Stéphan Daigle, Françoise Belu • artistes Marcelle Bisaillon, Jeannine Lalonde • réviseures

Merci aux résidents participants page

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Laurette Desjardins Monique Legault Édouard Bruneau Sylvia Castonguay-Chayer Conrad Lagacé Lise Tétreault Huguette Leclair Rita Briand Alice Dubois Lise Vaillancourt Françoise Lafrenière Madeleine Lanthier Cécile Galarneau Solange Martineau-Jolicœur Claudette Beaulieu


collectif sous la direction de Leslie PichĂŠ et Danielle Shelton

Profile for Société littéraire de Laval

Papier de soi  

Société Littéraire de Laval

Papier de soi  

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