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# mai 2021

Dossier spécial lycéens: Une invitation au voyage... Éco-délégués - Eric Guérin Damien Seguin- Le MarSOINS


L’édito

Sinon #7 Mai 2021, édition spéciale ! Sa rédaction aurait pu s’essouffler face à un contexte compliqué. Mais non, vaille que vaille, avec son équipage sur le pont, jamais la perspective de ne pas sortir SINON #7 n’a été imaginée. Précieux projet d’éducation aux médias, SINON est un magazine vivant, qui met en lumière le territoire de la région nazairienne et questionne notre jeunesse. L’idée de garder le contact avec les lecteurs était indispensable. L’énergie d’une jeune rédaction. Le comité de rédaction a répondu présent, il s’est même étoffé avec l’arrivée de nouveaux rédacteurs, toujours épaulé par la participation active des lycéens et des jeunes de maisons de quartier. Quelques collégiens ont même rejoint les plus grands. Collaborateurs mobilisés On se félicitera de l’intervention des collaborateurs (professeurs, éducateurs, chargés de communication, attachés de presse…) qui ont facilité la mise en lien et encouragé les jeunes rédacteurs. Un sommaire varié Le sommaire est exigeant : témoignages de citoyens de toutes les générations, présentation d’un camion MarSOINS bienveillant, reportage sur des éco-délégués engagés, interviews culturelles sur le streaming, ou échange avec un élu concerné par la transition énergétique. On notera un dossier philo illustré qui étudie les peuples premiers pour mieux voyager. Bonus avec le grand navigateur Damien Seguin, et le chef étoilé Éric Guérin. Le reflet de l’énergie joyeuse et la curiosité incessante de la jeunesse d’aujourd’hui. Un numéro de printemps qui fera du bien à tous ceux qui le liront. Alors bonne lecture . La rédaction de SINON

Sinon #7 P.03


Sommaire

Sinon #7 P.04

Culture P.08 : Captation au VIP Interwiews de Floriane Le Cahérec-Réthoré et du groupe de rock Graceful

Écologie

Dossier spécial : Les lycéens ont carte blanche

P.23 : Invitation au voyage avec les peuples premiers

P.12 : Éco-délégués, les jeunes prennent le devant… P.14 : Claude Aufort. Interview du Maire de Trignac

Société P.16 : Rencontre du 3 e âge et échange intergénérationnel P.20 : Le MarSOINS, pour faciliter l’accès aux soins

© Jean-Louis Carli

Sport P.30 : Damien Seguin, l’interview du skypper a son retour du Vendée Globe

©Jules Carluccio


Gastronomie P.34 : Éric Guérin, l’étoile gourmande du marais

©Jules Carluccio

Artisanat ©Jules Carluccio

P.38 : Philippe Nerrière, l’art et le morta

Bonus P.40 : Les applications indispensables que vous ne connaissiez pas

mai 2021

Reportages, interviews, vidéos, bons plans...

Rejoignez-nous sur www.sinon-magazine.com


L’Équipe de rédaction

Sinon #7 P.06

Sinon

C’est qui ?

Les classes CAP 1ATMFC (Assistant technique en milieu familial et collectif )

Une classe qui renouvelle son engagement auprès de Sinon pour le deuxième numéro de l’année. Après avoir présenté les métiers de sa formation en temps de pandémie, cette jeune classe s’est cette fois rapprochée de personnes âgées, en Ehpad ou à leur domicile pour connaitre leur point de vue durant ce contexte difficile. Témoignage sensible et touchant.

Spécialité Humanités-LittératurePhilosophie 33 élèves de première, attachés à la spécialité Humanités, ponctuent pour la deuxième fois consécutive le sommaire du magazine avec un dossier humaniste illustré. Sept pages comme un carnet de voyage qui révèleront la sagesse des peuples premiers, pour envisager quels principes pourraient nous guider.

Secteur jeunesse de Besné et de Trignac Ce sont 6 jeunes de la ville de Besné et de Trignac qui ont préparé les rencontres avec le chef étoilé Éric Guérin et l’artisan Philippe Nerrière. Ils ont rencontrés ces deux personnalités locales pour nous rapporter une interview croustillante et un portrait synthétique.


Le comité de rédaction

Léa Kutlay

Créative et passionnée par la bande-dessinée, Léa passe tout son temps à dessiner les histoires qu’elle a en tête quand elle n’est pas à s’amuser sur un piano, chantonnant des airs imaginaires. Mais Léa est aussi ceinture verte de karaté. Chers lecteurs, gare à vous !

Simon Praud-Ayraud

Il aime tout Simon : la musique, les films, les jeux, l’humour, les gens, les voyages... Mais ce qu’il préfère par-dessus tout c’est se perdre, souvent dans la nature, et capturer la beauté de ce qui l’entoure.

Cléa Soupé-Drouet

Elle a toujours plein de projets perso ou pro et se donne les moyens de les réaliser jusqu’au bout. Elle est ouverte d’esprit, curieuse, et ses centres d’intérêt sont très variés : elle adore voyager, faire du sport, cuisiner, apprendre, faire des rencontres...

Etaine Radja

Bavarde et curieuse, Etaine est passionnée par le théâtre. L’humour représente sa manière de communiquer. Elle adore s’informer et connaître l’actualité.

Loïc Lhermite

Loïc est un jeune engagé. Trop engagé ? Quand il ne joue pas de la musique ou fait des saltos sur les toits, il est bénévole de-ci de-là. Pour sûr, vous le croiserez au festival Bouge, à la Source ou encore dans les troquets au moindre concert.

Khadija Zahrane

« J’ai 18 ans, je viens de Bologne en Italie et je vis en France depuis 4 ans. Je suis passionnée par les langues et par toutes les spécificités des différents pays, j’adore voyager, j’apprécie lire et écrire, la musique et la photographie. »


Sinon #7 P.08

Captation au VIP

Le live à l’écran

Pandémie... Les salles ont perdu leur public en présentiel. Le Vip, la salle des musiques actuelles de Saint-Nazaire, s’active pour garder le contact, faire jouer les artistes et diffuser leur musique. La captation vidéo des concerts permet de rentrer chez les gens et de faire vivre la culture. Floriane, la régisseuse du Vip, est responsable de la mise en place de ce concept où les caméras viennent attraper les instants scéniques. Elle a accueilli récemment le groupe de rock nantais Graceful. Interview des deux à suivre.

Floriane Le Cahérec-Réthoré D’abord, quel est le rôle une régisseuse ? Elle supervise tout le fonctionnement technique et scénographique d’une salle de spectacle. Pour que le son, la lumière et la vidéo fonctionnent pendant les spectacles. Elle est responsable de coordonner les métiers nécéssaires à l’organisation des concerts, du montage au démontage. Elle doit

prévoir une veille technologique sur les évolutions à anticiper, savoir aussi planifier pour que l’organisation de la salle soit parfaite. La Captation vidéo à défaut de concert. Quel est son intérêt ? L’intérêt des captations est de continuer à faire exister la musique live et de faire vivre la structure (ici la SMAC – Salle des Musiques Actuelles) en cette période. Les artistes jouent, notamment les groupes régionaux et locaux, professionnels ou amateurs, le matériel fonctionne, les salariés de la salle travaillent.

©Le VIP

Culture

Ça permet aussi de faire fonctionner et d’asseoir un système de captation qui était déjà en place. Les différences majeures entre une captation vidéo et un concert normal ? La différence entre un concert en vrai et celui qu’on voit sur une télévision. La captation n’est pas le concert comme on l’aime véritablement. L’élément primordial est l’absence du public. La chaleur, les applaudissements, le contact… On est dans une situation où les habitudes sont complètement bouleversées.


Selon vous, la captation est-elle une bonne solution pour pallier a la fermeture des salles ? Elle est une solution dans le contexte mais elle est aussi un autre mode de diffusion. Est-ce une alternative ? Vaste sujet. En tous les cas beaucoup de salles utilisent la captation, dans des formes parfois différentes, en direct ou en différé. Disons que la situation Covid a permis de mettre en valeur ce concept et de faire un vrai bond technologique sur ce format un peu spécifique. Est-ce efficace ? Retrouve-t-on le public ?

Comment on diffuse ? Comment on consomme ? Comment communique-t-on ? Est-ce que cela a du sens ? C’est beaucoup de questions qui se posent. Beaucoup de nouvelles problématiques pour sans doute faire progresser cette nouvelle méthode. La captation du Vip est en différé ou en direct ? Elle est en différé. On donne rendez-vous à notre public à une date sur laquelle il doit se fixer. La captation en direct existe aussi, le Livestream, mais elle est plus complexe à mettre en place. Celle du Vip, en différé, garde les

éléments du live car nous avons conservé le parti pris d’un son mixé en direct, en enregistrant tout sans rien retoucher. On garde les petites erreurs qui peuvent survenir pendant un concert. C’est le choix de rester dans le réel avec les prises de risque du concert live, celui qu’on connaît en vrai. C’est le principe d’une captation instinctive.

Entretien : Loïc Lhermite de Saint-Nazaire


Culture

Sinon #7 P.10

Graceful

©Simon Grumal

Avis d’artistes rock

Avec la crise du COVID-19, le groupe de rock Graceful et le VIP de Saint-Nazaire ont décidé de tenter l’expérience du streaming. Avec Eddie, on a discuté captation vidéo pour recevoir l’avis d’un artiste sur cette alternative au concert en public. Quel est votre sentiment sur la mise en place de la captation vidéo d’un concert ? Par souci de qualité, on a décidé de s’abstenir de se filmer en live chez nous pendant le confinement. En plus d’être coûteux, cela nécessite aussi beaucoup d’organisation et de matériel pour un rendu acceptable à l’écoute. On préfère ne pas faire plutôt que de mal faire. Par contre, avec le VIP, les conditions sont très adéquates, sans problème technique, avec des professionnels

qui nous facilitent les choses, avec la garantie d’une bonne qualité audio et visuelle. En situation de captation, est-ce que les sensations sont aussi intenses qu’en concert ? En tant que batteur du groupe, en situation de concert je suis derrière et ne vois que le premier rang, donc même sans public, pour moi, peu de changement. En revanche, la situation de prise de risque du live, de ne pas pouvoir revenir sur une erreur de frappe ou d’accord, les imprévus qui font le charme d’un concert, sont ici les mêmes parce que la captation au VIP est définitive. Ce qui manque, c’est l’interactivité avec le public. J’ajoute que si le streaming est une expérience intéressante et rare, je ne ferai pas ça sur le long terme. On attend de revenir en vrai concert.

Quels étaient vos plans pour cette année ? Est-ce que la situation sanitaire vous a ralentis, voire arrêtés ? Oui professionnellement, mais non artistiquement. Professionnellement, on a été ralenti. On avait prévu la sortie du deuxième album, on avait préparé sa promotion. Aussi, on reste en attente de trouver quelqu’un pour nous organiser une tournée. Les tourneurs ne signent aucun groupe en situation de pandémie. Donc, après le confinement, ce sera l’objectif. En ce moment on passe beaucoup de temps à composer, répéter et préparer notre troisième album. L’esprit du rock est-il compatible avec le streaming ? Pour moi, dans un concert de rock il se passe plein de choses, il y a des


surprises parce que ce n’est pas scripté, il y a des improvisations quand on parle au public, quand on rallonge un morceau... L’esprit rebelle du rock n’est pas que sur scène, il est aussi dans les intentions, dans l’aspect global. Sinon, si Graceful est rock il n’est ni rebelle ni donneur de leçon, ce qui n’empêche de vouloir partager nos constats et nos émotions. Donc oui, l’esprit du rock est compatible avec le streaming. Est-ce que le rock aura raison du COVID-19 ? Ahah ! Je pense que oui. Les gens ont besoin de rapports sociaux, on est fait comme ça. Partager des moments de simplicité avec les autres, échanger, c’est la meilleure invention humaine. La musique live ne peut pas mourir, elle est synonyme de lien entre les artistes et le public donc même s’il y avait 10 ans sans concert ça finirait par reprendre, ce n’est qu’une question de temps.

Entretien :: Léa Kutlay de Saint-Nazaire

Plan technique de la captation vidéo au VIP

CAMÉRA 4

SCÈNE

CAMÉRA 1 CAMÉRA 5

CAMÉRA 2

CAMÉRA 3 LUMIÈRE CONSOLE

SON

CONSOLE

RE

C

MIX VIDÉO TÉLÉCOMMANDES CAMÉRAS


Écologie

Sinon #7 P.12

Écodélégués

L’environnement... les jeunes prennent le devant lycée, ou encore en organisant des débats et des conférences sur le développement durable. Ces actions peuvent également porter sur les déchets, la solidarité, le gaspillage ou sur l’alimentation dans les cantines scolaires. Le champ des possibles est très large !

Exemples d’actions :

©Khadija Zahrane

Le tri des déchets « Nous avons réfléchi en groupe à l’organisation d’un nouveau tri des déchets dans les classes. Quand le projet a été accepté, on a pu réaliser une vidéo qui a été diffusée dans toutes les classes pour expliquer à nos camarades le concept puis cela s’est concrétisé ! » Aline Bourcy, Saint-Louis

Face à l’urgence climatique, la mise en place d’éco-délégués au sein des classes de collèges et lycées a déjà engagé plus de 250 000 élèves depuis la rentrée 2020. Mais qu’est-ce qu’un éco-délégué ? Il participe avant tout aux actions qui ont lieu au cœur de son établissement scolaire. Il fait aussi ses premiers pas dans l’engagement citoyen, en étant associé à des décisions importantes et en ayant l’opportunité de s’initier aux grands enjeux environnementaux. Enfin, il se forme à la gestion de projet et au travail en équipe avec ses autres camarades. L’éco-délégué peut initier des actions dans divers domaines : la biodiversité avec la mise en place d’un potager, la pollution en installant une poubelle à mégots devant le

Concours de la classe la plus écolo « Afin de sensibiliser nos amis en 4e, nous voulions organiser un concours pédagogique sur l’écologie. Chaque classe part de 30 points. Selon les critères qu’on a définis, comme oublier d’éteindre les lumières et les ordinateurs le soir, des points seront retirés. Au bout des 6 semaines, la classe avec le plus de points aura gagné ! » Noémie et Erin, Saint-Louis Le parc à trottinettes Il y a de plus en plus d’élèves qui viennent au lycée en trottinette électrique. Flavio, un éco-délégué, a proposé de créer des casiers dotés de chargeurs pour pouvoir les charger et les garder en sécurité. Cela encourage ainsi les élèves à emprunter un transport peu polluant pour aller au lycée. Texte : Cléa Soupé-Drouet et Khadija Zahrane de Saint-Nazaire


© Cléa Soupé-Drouet

Interview Cyril Combesoux CPE du lycée Brossaud-Blancho Comment mettez-vous en place l’organisation de ces projets ? Nous les organisons en fonction de ce qui est décidé au cours des réunions des éco-délégués. En effet, toutes les idées sont réunies afin de décider celles qui vont être mises en œuvre. Les actions à réaliser en priorité et les moyens de financement sont aussi définis. Qu’est ce que cela apporte aux élèves ? En plus d’un investissement sur l’ éco-durable

pour l’établissement, les élèves bénéficient d’une formation sur la citoyenneté, d’une initiation à la démocratie et au respect des différences. Tous nos projets apportent un plus à l’établissement, qui s’ajoute à un meilleur vivre ensemble ! Le lycée vise aussi l’obtention du label E3D (Établissement en démarche globale de développement durable), qui valorise les établissements s’engageant dans une démarche globale de développement durable, en apportant des solutions concrètes pour répondre aux objectifs de l’Agenda 2030. Entretien : Khadija Zahrane de Saint-Nazaire


Écologie

Sinon #7 P.14

Claude Aufort

L’urgence climatique à Trignac

« La question de la transformation nécessite une forte volonté tout en respectant l’héritage que l’on a »

Claude Aufort est maire de la ville de Trignac ainsi que vice président à la CARENE, chargé de la commission Transition écologique et Aménagement durable. Il nous a accordé un temps d’échange sur les problématiques environnementales du territoire Pensez-vous que les projets sur la question environnementale mis en place à Trignac et au sein des territoires de la CARENE répondent à l’urgence de l’enjeu climatique ? Nous sommes face à un territoire industriel, avec une utilisation importante du pétrole, du gaz

ou encore avec la présence du tourisme de masse. Celui-ci est également fragile et vulnérable, étant notamment confronté à une montée des eaux en cours. Mais le territoire reste ambitieux et dynamique, avec une volonté de moins subir le désordre climatique. Le développement des énergies renouvelables marines l’illustre, notamment avec la mise en place d’éoliennes en mer. S’ajoutant à des moyens mis à disposition, tels que le développement des bus et des voies cyclables. Cependant, le comportement des citoyens face à ces initiatives ne peut pas être contrôlé. Le rôle des politiques de la commune est aussi

d’encourager les entrepreneurs qui prennent des risques en faveur de la transition énergétique. En parallèle, on relève une prise de conscience globale des élus, malgré une constante remise en cause sur la rapidité des actions. La question de la transformation nécessite une forte volonté tout en respectant l’héritage que l’on a. Par exemple, il ne serait pas possible de fermer du jour au lendemain la raffinerie de Donges, en partie en raison des emplois. Ainsi, le changement des mentalités prend du temps, il faut l’accompagner tout en le poussant à l’évolution. À votre avis, comment peut-on perfectionner l’éducation au


© Monsieur Fonlupt

développement durable à l’échelle d’une ville ? Tout d’abord cela nécessite une forme d’exemplarité de la part des institutions, en mettant en place des actions concrètes. Par exemple, afin d’inciter les citoyens à ne pas utiliser de produits phytosanitaires, la ville ne doit pas s’en servir dans les jardins publics. Dans le cas de figure précédent, des affiches indiquant une zone « zéro phytosanitaire » sont judicieuses. Et je soulignerais sur la sensibilisation sur le sujet, qu’il ne suffit pas de le faire, il faut l’expliquer. Savoir écouter la nouvelle génération est aussi primordial car les jeunes sont

relativement plus sensibilisés aux enjeux environnementaux. Face à de nouvelles initiatives pour l’environnement, quels obstacles rencontrez-vous ? La question du temps se pose souvent. En effet, elle engendre des avis controversés sur la rapidité et le rythme des actions menées, car la lenteur ne répond pas à la hauteur de certaines attentes, causant de la frustration. Le temps permet aussi parfois de prendre du recul et de mettre en place des actions réellement concrètes et pertinentes. À noter que ces soixante dernières années ont été

marquées par une forte utilisation des voitures et du plastique jetable, ou encore d’une industrie croissante. Ainsi, le territoire a été façonné en fonction, et sortir de ce modèle prend du temps. Cela nécessite de la ténacité, de la volonté et de l’endurance car il y a une multiplicité d’obstacles qui se dressent.

Texte : Cléa Soupé-Drouet De Saint-Nazaire


Société

Sinon #7 P.16

Rencontre e du 3 âge

échange intergénérationnel sur la situation sanitaire

Bonjour, c’est encore nous la classe de 1ATMFC du lycée Brossaud-Blancho de Saint-Nazaire ! Tu te rappelles, nous avions déjà écrit un article (Au cœur des Ehpad) pour le numéro précédent du magazine. Nous y parlions de la vie des personnels durant la période du Covid-19 (dans les établissements d’hébergement et de soins). Nous revenons aujourd’hui avec une interview menée auprès de personnes âgées pour connaître leurs points de vue et leurs ressentis sur la période actuelle. Nous avons également souhaité présenter quelques différences entre les générations afin de mieux nous connaître et échanger avec un portrait chinois croisé qui clôture notre dossier.


© Fabien Guillet

L’interview Ressenti/Point de vue sur la Covid-19 de Gilberte et Jean (à domicile, 89 et 91 ans)

Est-ce que cette pandémie est venue bouleverser vos habitudes ? Gilberte : Non, on se sent comme d’habitude mais je dirais un petit peu quand même. Par rapport à la famille. On se voit moins peutêtre, surtout la famille éloignée. Ça ne change pas grand-chose sinon. Jean : Tant qu’on reste ici ça ne change rien. Gilberte : Ça nous change par rapport au club, puisqu’on allait au club le jeudi, il y avait de la belotte, moi je jouais au scrabble. Ça, ça me manque, le contact avec les autres quoi. Aussi, j’aimerais bien aller au restaurant. Personnellement que les restaurants soient fermés ça m’embête. Jean : Sinon et sauf pour notre famille cette pandémie ne nous a pas inquiétés, on a toujours été entourés.

Gilberte : En général, on est plus préoccupés par nos problèmes de santé et c’est surtout ça qui nous bride. Même si on voit moins les gens, on vit déjà plutôt en vase clos, à part le club on n’a pas vraiment de contacts avec l’extérieur. Au club on voyait des gens, c’était l’occasion de se rencontrer, d’avoir des nouvelles des unes et des autres, on passait un moment agréable. Quel est votre regard sur le vaccin ? Jean : Complètement différent ! Moi je suis pour, je suis vacciné d’ailleurs. Gilberte : moi je ne veux pas me faire vacciner. Jean : j’ai été un des premiers, j’ai eu les deux injections. Ça s’est très bien passé. Pas d’effets secondaires. Gilberte : Moi à mon âge je trouve que ça n’en vaut pas la peine, avec

mes problèmes de santé ... Jean : Tu n’as pas réfléchi aux conséquences … Gilberte : Mais si ! Pourquoi tu dis ça ! J’ai réfléchi bien sûr ! Ce n’est pas comme ça, une lubie… J’espère simplement que si j’ai le Covid, vu mon état général, je ne souffrirai pas trop, que je mourrai rapidement. Jean : Le covid ne va pas t’enlever les souffrances, il va les accentuer. Gilberte : On se voit, on ne s’embrasse pas, on garde les distances… Les bisous, je ne cours pas après (rires)… à part les petits qu’on aime bien embrasser. Avez-vous un message à faire passer aux gens ? Gilberte : D’être plus attentifs les uns aux autres, d’être moins égoïstes, que les contacts soient plus amicaux. De ne pas envier ceux qui ont plus.


Société

Sinon #7 P.18

L’interview Ressenti/Point de vue sur la Covid-19 de Joëlle, Janine et Joseph (Maepa Camille-Claudel,

© La Maepa Camille-Claudel à Trignac

Trignac 82, 92 et 87 ans)

Est-ce que cette pandémie est venue bouleverser vos habitudes ? Janine : Ça ne change pas grandchose, je ne sors pas de la maison. On s’ennuie un petit peu et on n’est plus libres comme on l’était. Joëlle : L’impression d’être à l’écart de tout, des commerces. On n’a plus de vie familiale. On essaye de ne pas trop y penser. Durant le confinement, il y a eu l’arrêt de la boutique. C’était un petit magasin qu’on m’avait confié, il y avait du shampoing, des petites choses. Le confinement est venu tout arrêter. Joseph : Je suis heureux d’être ici, à la Maepa. Parce qu’on est bien

entouré, tout le monde est bien sympathique. Je me considère presque en famille et je suis dans un sens content d’être ici car je me sens protégé de l’extérieur. Tout en étant enfermés, on se sent libres. Après je regrette quand même, comme beaucoup de personnes ici la solitude de cette période, des personnes seules qui ne peuvent pas voir leur famille aisément ou sur un laps de temps plus court. Ça doit être dur. En ce qui me concerne, je suis avec ma femme donc c’est moins difficile. En revanche pendant le confinement vu que nous n’étions pas au même étage c’était plus difficile de se voir. Il fallait

montrer patte blanche, s’équiper, donc ça a été une période dure mais d’un autre côté cette période m’a aussi permis de réfléchir sur moi-même et sur ma vie. Comme j’aime bien écrire, j’ai commencé à griffonner mon autobiographie. Sinon je prenais une pensée au hasard et j’essayais de développer cette pensée le plus loin possible. Quel est votre regard sur le vaccin ? Joseph : J’ai dit non. Nous nous sommes concertés avec ma femme et on a pris la même décision, c’est non. Généralement je suis anti-vaccin, je pense aussi que les vaccins devraient surtout servir aux soignants,

Dossier réalisé par Charlotte Bartra, Thallia Chotard, Fatoumata Diakhaby, Myliann Hubert, Brenda Letexier, Laurine Martin,


aux personnels médicaux, aux personnes qui s’occupent des gens. Janine : Et bien moi je suis pour, il faut se soigner, on n’a pas envie d’attraper quelque chose qu’on pourrait éviter. Si on se fait vacciner, c’est bien pour quelque chose. Avez-vous un message à faire passer aux gens ? Joëlle : Qu’ils suivent les directives qu’on nous donne et advienne que pourra. Joseph : Pour moi, je dirais qu’une chose qui me réjouit c’est que,

sous toutes réserves, il est prévu que les Ehpad puissent rouvrir. J’espère également que de l’argent sera investi pour construire d’autres Ehpad et d’autres hôpitaux, parce que la situation à l’hôpital n’est pas tenable, négliger des gens en traitement en raison du Covid. Je regrette aussi pour la jeunesse, j’ai été jeune, j’ai été libre, on ne s’inquiétait pas du virus. Par contre, je demande à la jeunesse de bien respecter les gestes barrières, il faut surtout ne pas prendre les choses à la légère. Ce que je regrette aussi

pour ces jeunes c’est l’impact sur les études, ils sont pénalisés. Ils peuvent moins travailler pour financer leurs études, c’est plus difficile de profiter de la vie. On espère aussi que les choses reprennent vite comme avant, que ce virus disparaisse pour que les jeunes puissent se lancer correctement dans la vie, qu’ils puissent s’exprimer et faire tout ce qu’ils ont envie de faire.

Portrait chinois Classe 1ATM1

Les seniors

(âge moyen 17 ans)

(âge moyen 87 ans)

SI NOUS ÉTIONS UNE MUSIQUE, NOUS SERIONS

Du rap/RNB

Forcément avec de l’accordéon SI NOUS ÉTIONS UN VÉHICULE, NOUS SERIONS

Une voiture allemande

Un avion ou une traction avant

SI NOUS ÉTIONS UN DIVERTISSEMENT, NOUS SERIONS

Des objets connectés

Du chant ou de la danse SI NOUS ÉTIONS UNE FLEUR, NOUS SERIONS

Une rose rouge

Une rose rouge, des jonquilles SI NOUS ÉTIONS UN LIVRE, NOUS SERIONS

Des albums Martine, des romans jeunesse

Des romans d’histoire SI NOUS ÉTIONS UN FILM, NOUS SERIONS

Les Tuches, Fast and Furious

Un péplum ou un film avec Michèle Morgan SI NOUS ÉTIONS UN OBJET, NOUS SERIONS

Un Smartphone

Une chaise, un aquarium, un poste de radio

Océane Moncoiffet, Margarida Nunes Neves Do O Chainho, Shana Van Suypeene - Enseignants : Myriam Cosson, Fabien Guillet


Société

Sinon #7 P.20

MarSOINS

Réduction des inégalités d’accès aux soins

Dans l’optique de réduire les inégalités sociales et de rendre l’accès aux soins plus facile, l’association À vos soins est née en 2014. Le MarSOINS a vu le jour quelques années après, afin de sensibiliser et d’orienter les gens sur des soins médicaux potentiels.

collectives, notamment sur l’alimentation. Une réflexion pour s’adapter à l’individu, en fonction des particularités de chacun . Pour cela, l’association propose de la prévention individuelle ainsi que la possibilité de se déplacer avec une unité mobile : le MarSOINS.

La création de À vos Soins

Les débuts du MarSOINS

En 2015, un centre de soins infirmiers a été mis en place. Dans celui-ci, les infirmières opèrent à tous types de soins prescrits, sur un public très large de patients. À cela s’ajoutent des actions

Ce camion est à l’origine d’une campagne de financement participatif en ligne, qui a permis de mobiliser les entreprises sur le territoire et de tenir informées les collectivités, comme la mairie, sur

le projet. Cela à également permis de collecter des fonds et d’acheter un camion de la médecine du travail. Un premier espace devant le camion, où les gens peuvent se rencontrer, permet d’attendre dans un environnement convivial. L’intérieur du véhicule constitue le second endroit, où les intervenants sont à la disposition des personnes volontaires. Celuici est plus confidentiel et permet l’anonymat. En outre, l’identité visuelle du camion est à l’origine d’un atelier sur la santé encadré par l’artiste Paul Camus. Ainsi, des enfants


de la maison quartier de la Chesnaie, ont réalisé les dessins. Le but était de « casser les codes du côté médical très blanc, très froid et d’apporter une touche de bien-veillance », d’après Maïna Houssier la coordinatrice.. Une deuxième unité mobile de prévention a été mise en place sur un territoire rural, entre Brest et Crozon. Et d’autres vont bientôt voir le jour, à Châteaubriant où il y a une désertification médicale et une précarité importante, ainsi qu’en Pays de Redon.

Témoignage Une médecin généraliste s’occupe

de la prévention sur des sujets comme le diabète ou la tension et répond aux questions, sans donner de prescription. Elle souligne : « cette activité me sort du cadre du cabinet médical et notre association touche la population au plus près. Une population qui n’a notamment pas l’occasion de se rendre souvent dans des cabinets médicaux. De plus, le temps n’est pas limité comme lors d’une consultation habituelle avec un médecin ».

en toute bienveillance », nous a confié la médecin. Ce qui est conforté par la solidarité et l’humanisme qui sont chers à toute l’équipe.

Les valeurs

Texte : Cléa Soupé-Drouet De Saint-Nazaire Photos : Jules Carluccio de Saint-Nazaire

« Ce qui fait notre ADN ainsi que notre identité c’est la simplicité

Chiffres Le MarSOINS acceuille mille personnes par an et en oriente plus de 50 % vers un besoin de soin ou de dépistage complémentaire. De surcroît, 120 actions sont réalisées par an.


Dossier spécial

Sinon #7 P.23

Une invitation au voyage… Les lycéens ont carte blanche Les élèves de première en spécialité Humanités continuent à prendre la parole dans ce dossier spécial de Sinon. Comment échapper à l’ethnocentrisme ? Comment bien voyager ? Comment lutter contre la disparition de certaines cultures ? Les élèves vous proposent d’aller à la rencontre des peuples premiers et de se mettre à l’écoute de leur sagesse.

Se révéler l’autre Pour moi c’est…

« S’intéresser à lui pour nous permettre de découvrir son nom » Kenza Cherik-Regdhi

« C’est vouloir découvrir d’autres façons de penser » Léna Morantin

« Mettre en avant l’autre, montrer la richesse des différences de chacun » Angel Vignol

« Encourager l’autre dans sa différence et non le forcer à nous ressembler » Marine Bernard

« Accepter que l’autre se dévoile à nous, nous montre qui il est vraiment » Maïwenn Lhotellier


Dossier spécial

Sinon #7 P.24

« Supériorité ? Infériorité ? Pourquoi tout simplement ne pas essayer de toucher l’autre, de me révéler l’autre ? Ma liberté ne m’est-elle donc pas donnée pour édifier le monde du toi ? » Frantz Fanon Peaux noires, masques blancs 1952 - p. 225

Kabylie

ALGÉRIE

36° 42′ 00″ N, 3° 13′ 00″ E

Robes kabyles Avec un style de vêtements original Et leur savoir-faire artisanal Les Kabyles tissent leurs habits noués à la taille alors que notre mode repose sur l’argent, notre faille. Les robes longues des femmes Kabyles sont brodées de couleurs vives, Parmi les teintes bleues, le rouge ressort, revêtant de chatoiements tout leur corps. Le goût des motifs très variés Leur permet plein de possibilités tandis que nous n’avons presque que le noir Et sommes enfermés sans ne rien y pouvoir.

Andela Hekuri, Ivan Magalhaes, Hippolyte Thonin


Aloha Des autres peuples si odieux, Hawaïens, nous sommes des plus respectueux ! Nos guerres n’ont que peu existé, À jamais nous serons animés par la sérénité. Emplis de joie et de rire, Nature, nous ne cesserons de te servir. Transmettons l’amour par le chant de la mer, Et évacuons nos émotions les plus amères. Soucieux et bienveillants à l’égard de notre prochain, Notre chaleur humaine accueille la génération de demain. Apprenons aux autres Hommes l’ouverture d’esprit, Afin qu’ils cessent tous leurs conflits. Enseignez à vos enfants, dès petits, À vivre en paix et en harmonie.

Namaca Mendy, Mariame Lorgeoux, Lynnie Morvan, Maïwenn Lhotellier

HAWAÏ

19° 34′ 00″ N, 155° 30′ 00″ O


Dossier spécial

Sinon #7 P.26

MAROC

35° 00′ N, 4° 00′ O

Le Rif

Traditions rifaines Je suis rentré du nord du Maroc il y a trois mois, impressionnée de la différence entre nos deux cultures. Les Rifains sont généreux et bienveillants. L’importance qu’ils accordent à la famille et aux traditions me fascine. Les moments privilégiés avec nos proches sont rares et nous laissons filer nos propres traditions. Ce peuple m’a fait découvrir de grandes valeurs : l’entraide et le partage, ce sont mes plus beaux souvenirs de voyage. Kenza Cherik-Regdhi, Lina Kouranfal


La justice des Aïnous

JAPON

39° 43′ 00’’ N, 140° 07′ 00’’ E

Une Aïnou : “Vos conflits se finissent en rouge, Votre violence rime avec souffrance, Vous faites résonner les cris des peuples que vous discriminez. Qui êtes-vous pour décider de la vie ou de la mort d’autrui ? Nous réglons nos querelles dans la tolérance. La sanction ultime de nos conflits ne peut être que le son du bois qui résonne, Nos punitions riment avec rédemption Nous nous rapprochons du pacifisme, nous laissons les victimes rendre le verdict, mais la peine de mort n’est pas en vigueur, le mot d’ordre est le pardon. Réfléchissez au système de justice que vous imposez : écoutez les victimes, aidez les coupables à comprendre, pour continuer de vivre ensemble. Léa Moeckes, Duncan Sanchis, Ewan Tattevin

La tendre grossesse des Quichés La grossesse a une valeur fondamentale pour le peuple Quiché. Elle se passe en douceur avec des plantes médicinales et le bain de “temascal” assouplit le ventre. Un de leurs rituels est de brûler le placenta à la naissance en signe de bon présage. Ce peuple trouve impur qu’un enfant naisse à l’hôpital alors qu’en Europe, la norme est d’accoucher en étant accompagnée par un personnel medical. Les Quichés nous montrent qu’accoucher auprès des siens est bénéfique pour le bien-être du bébé. Madysson Champion, Orlane Gouret, Luna Derès

El Quiché

GUATEMALA 15° 03′ N, 91° 15′ O


Dossier spécial

Sinon #7 P.28

Le voyage de l’âme d’un Kayapo Avec ma sœur, nous sommes parties trois mois au Brésil, dans la vallée du Rio Xingu, découvrir la culture des Kayapos. Jour 48 : Le réveil fut bousculé par la mort d’un Mekrare, frère du chef de la tribu. Leur vision de la mort nous a frappées. Ils prennent soin du corps, placé au centre du village, en déposant autour des objets personnels ainsi que de la nourriture. Selon eux, l’esprit met plusieurs semaines à trouver le chemin de la mort. C’est une tradition qui se transmet de génération en génération. Pensons à nos disparus avec affection. Eva COURDIER, Sarah GUILLOIS

Vallée du Rio Xingu

BRÉSIL

1° 31′ 27″ S, 51° 52′ 02″ O


Peuple ouïghour, continuez de danser ! Xinjiang

CHINE

43° 49′ 31″ N, 87° 36′ 50″ E

Société, belle société perdue au milieu de ses artifices, et d’une individualité désormais plus pesante que jamais, aujourd’hui je me lève, nous nous levons, le peuple ouïghour se lève pour clamer haut et fort la puissance de la musique et de la danse. Qu’elle soutienne la résistance politique ou qu’elle se mette au service d’une expression artistique, puits de connaissances culturelles infinies, elle nous rappelle que le collectif doit primer sur l’individualisme. Cette vertu est nécessaire au bonheur de l’humain. . Anna RAULT, Benjamin GROSSEAU


Sport

Sinon #7 P.30

Damien Seguin

Premier athlète handisport à terminer le Vendée Globe

Quelles sont les grandes étapes de votre parcours de skipper pour devenir le champion que vous êtes aujourd’hui ? Je citerai quatre grandes étapes. La première, c’est la découverte de la voile. J’ai commencé à en faire à l’âge de 10 ans en Guadeloupe, là où j’habitais. Ensuite il y eut l’intégration d’une structure de voile de haut niveau à l’École Nationale de Voile de Saint-Pierre-Quiberon en Bretagne, en 1998. Après mes quatre participations aux Jeux paralympiques, trois médailles en or et une en argent ; 2004 Athènes, 2008 Pékin, 2012 Londres et 2016 Rio. Et pour finir, il y a mes débuts avec la course au large en 2006, la Route du Rhum en 2018 et la dernière en date le Vendée Globe en 2020.

© Jean-Louis Carli

Damien Seguin est arrivé à la septième place du Vendée Globe - 9e édition - Le skipper a prouvé que, même en situation de handicap, il est capable de faire aussi bien voire mieux que les valides. Ce grand sportif, qui connaît bien la région nazairienne, nous a accordé cette interview.


Sport

Sinon #7 P.32

Qu’est-ce qui fait un champion comme vous, en terme de motivations ? La motivation, je la trouve au niveau sportif parce que j’aime bien me confronter aux autres que ce soit en olympisme ou pour la course au large. On est sur des parcours extraordinaires, sur des machines énormes. Il y a un aspect aventure et défi qui vient s’ajouter à la compétition.

que les organisateurs de courses pouvaient en avoir. Donc voilà, ça a forcément été un peu plus compliqué qu’une personne valide. Là, avec le Vendée Globe, où j’ai fini à une bonne place, j’ai prouvé au-delà de moi qu’une personne en situation de handicap pouvait aspirer à réaliser les mêmes défis sportifs qu’une personne valide.

Comment définiriez-vous votre rapport à l’océan ? Un rapport avec beaucoup d’humilité parce qu’on a beau avoir des gros bateaux, très performants, quand on est au milieu de l’océan on est tout petit. Quand les éléments se déchaînent, avec un vent fort, des vagues très grosses, on se rend compte que la nature est plus forte que nous. Le rapport est donc assez inégal, on compose avec l’environnement, mais jamais on ne le dompte.

Vous êtes revenu sur terre après trois mois en mer, quel est votre prochain projet ? Le prochain projet, c’est de refaire un Vendée Globe en 2024. Le projet sera un peu plus performant avec un bateau un peu plus récent, équipé avec des foils notamment, des appendices qui permettent de faire voler le bateau. D’ici 2024, il y aura une Transat Jacques‑Vabre en 2021, une Route du Rhum 2022 et de nouveau une Transat Jacques-Vabre en 2023 et après bien sûr il y a d’autres courses mais voici les principales.

Comment devient-on le premier participant handisport du Vendée Globe challenge ? Votre inscription a-t-elle nécessité une validation spécifique ? Sur le Vendée Globe non, mais si je reviens un peu en arrière ça a posé un certain nombre de problèmes au début des années 2000. J’ai dû prouver un peu plus que les autres que j’étais capable de faire ce métier-la et ça c’était vraiment dû à mon handicap et à la vision

Quel est votre plus beau souvenir du Vendée Globe, seul au milieu des océans ? Mon plus beau souvenir, ça va être un souvenir extra-sportif. C’est ma rencontre avec les baleines, la veille de Noël. J’étais au milieu de l’océan Pacifique, au milieu de nulle part. Il y a eu deux baleines qui sont venues me voir pendant plus de cinq minutes. Ça a été une rencontre du 3e type. C’était un beau cadeau.

Nous avons vu que vous étiez parrain des associations (ESAT) Marie Moreau et le MarSOINS à Saint-Nazaire, est-ce toujours d’actualité ? C’est toujours d’actualité. Je trouve un équilibre entre mon engagement au niveau sportif et mon engagement au niveau d’associations ou de structures spécialisées. Voilà, ma façon de concevoir le sport de haut niveau, c’est aussi par ce partage-là. Quel rôle pensez-vous jouer auprès de ces associations en tant qu’ambassadeur ? Mon rôle permet de médiatiser ce qu’ils font, sachant que je leur rends visite régulièrement. Ça leur permet d’avoir un coup de projecteur sur leurs actualités, sur mes actualités et ce sont des échanges très constructifs. Comment se fait-il que vous soyez ambassadeur d’associations à Saint-Nazaire ? J’ai habité pendant une petite dizaine d’années à Guérande. Mon bateau de course était amarré dans le port de Saint-Nazaire. J’y ai des attaches et je connais beaucoup de monde dans le coin.

Texte : Etaine Radja De Saint-Nazaire


© Jean-Louis Carli

© Jean-Louis Carli

« Je vais continuer à vivre ma passion du mieux possible avec les valeurs associées autour du handicap » 


Gastronomie

Sinon #7 P.34

Éric Guérin

Après un parcours d’excellence, avec ses hauts et ses bas, Éric Guérin s’est installé sur l’île de Fédrun pour tenir son restaurant La Mare aux Oiseaux. Chef engagé, passionné, défendant l’humain autant que l’art du «  canard à la rhubarbe  », il a toujours su se réinventer pour surprendre ses clients. Un acteur incontournable du paysage de la cuisine française. Un des ambassadeurs de la Brière et de ses habitants. Quel est votre parcours, pourquoi avoir choisi d’être cuisinier ? Originaire de Toulouse, j’ai habité à Giverny, à 60km de Paris. Ma mère tenait une galerie d’art. Nous recevions beaucoup, maman faisait de bons plats familiaux et papa ouvrait de bonnes bouteilles, c’était convivial. À quinze ans, j’avais toujours cette envie de recevoir des gens chez moi. Finalement j’ai fais l’École Hôtelière de Paris. J’ai travaillé dans plusieurs restaurants étoilés de la capitale, mais aussi au sein du ministère de la Défense. Un milieu dur et hostile.

En 1994, alors que j’étais en vacances en Brière et que L’Auberge du Parc fermait, je décide de la racheter. Le 1er avril 1995, j’ouvre mon restaurant. La Mare aux Oiseaux, un choix fait dans l’insouciance et la passion de la jeunesse. Je suis passé du Parisien qui vient à la pêche à la cool à l’envahisseur qui fait des plats bizarres. Cinq années difficiles et intenses. J’étais même sur le point d’arrêter quand une étoile au Michelin sauva l’affaire. En 2008 j’ai perdu l’étoile mais un an après je l’ai récupèrée. Le temps a passé, avec beaucoup de travail et d’investissements. À ce jour, La Mare aux Oiseaux réalise 60 à 65 couverts par service, 130 tous les jours de l’été 2020. À l’âge de cinquante ans je me suis posé la question de l’avenir. Me rendre au Brésil ? En Afrique du Sud ? Me concentrer sur quelque chose d’artistique ? Monter un p’tit hôtel ? J’ai finalement décidé de rester, avec l’objectif de transmettre un jour une maison, toujours dans l’air du temps, à un jeune cuisinier.

L’étoile gourmande du marais

Pourquoi s’être installé en Brière ? La Brière est de nature sauvage et atypique. Je l’ai découverte à 16 ans. Mon père me disait « La Brière est un coin de France magnifique, c’est un peu l’Afrique ». J’y suis allé. On a finalement acheté une maison pour y passer les vacances. On s’adonnait à la chasse, à la pêche etc. en parallèle j’apprenais que je pouvais cuisiner. Et j’ai fait le choix de venir à 25 ans, ce qui m’a fait grandir au travers d’un projet qui a fait grandir un établissement, La Mare aux Oiseaux. À savoir que je suis sur un territoire d’adoption qui me permet d’avoir beaucoup de respect pour cet espace et ses habitants. Comment élaborez-vous vos plats, où puisez-vous votre inspiration ? Mon inspiration vient toujours de la nature (marais, forêt…). Ce qui m’inspire, ce sont les contrastes, les couleurs, les émotions fortes. Passionné par l’ornithologie et le déplacement des oiseaux, j’ai découvert qu’ils allaient se nourrir sur la plage et revenaient dormir ici.


« La Brière est un coin de France magnifique, c’est un peu l’Afrique, disait mon père »  Éric Guérin


Artisanat

Sinon #7 P.36

Reflets lumineux à la Mare aux Oiseaux.

Une relation terre-mer, que j’ai mise en scène dans mes assiettes.Une fois, j’ai vu un canard qui me piquait ma rhubarbe donc j’ai cuisiné un canard à la rhubarbe. Petit à petit mon inspiration est devenue mature et teintée de mes émotions et celles des cultures du monde. Une cuisine en fait très autobiographique. Même dans les moments les plus difficiles, il faut trouver la lumière et moi la cuisine m’a toujours aidé. Finalement ma cuisine est mon écriture. Une recette étoilée, super simple à communiquer ? Je pourrais conseiller la coquille Saint-Jacques avec du caviar. Mais moi, c’est avec des produits classiques que je réalise des

recettes étoilées. Être étoilé c’est plus un état d’esprit qui cherche toujours à aller vers l’excellence tout en innovant. Et finalement, pour moi c’est avant tout de faire de belles choses avec des produits simples. Un conseil écologique pour le milieu de la restauration ? Suivre les saisons ! Le temps évolue, beaucoup de choses ont changé et même pour les producteurs c’est très compliqué. J’ai embauché une personne juste pour gérer la relation restaurant/fournisseur. Le conseil c’est de trouver le moyen d’être le plus proche de ces producteurs locaux et nouer une relation de confiance avec eux. Il faut être à l’écoute de la nature et même de

ses caprices. Par exemple, une fois les carottes ont poussé de travers, on aurait dit les mandragores dans Harry Potter. Néanmoins, j’ai créé un plat pendant 15 jours : les carottes biscornues avec du brochet fumé. On en a fait un plat étoilé et on a raconté l’histoire du producteur. Quels sont vos projets pour la suite ? Ouvrir dès que possible. Malheureusement, la situation bloque nos projets. J’avais envie de créer des maisons suspendues dans les marais, comme au Cambodge. Aujourd’hui, le projet en cours c’est de retaper la chambre dédiée aux personnes à mobilité réduite pour la rendre plus spacieuse et sexy.


Une fois, j’ai vu un canard qui me piquait ma rhubarbe donc j’ai cuisiné un canard à la rhubarbe.

Le coin cosy qui borde le restaurant.

Pour finir, une observation sur votre métier ? On bosse dès 15 ans comme des fous et là, avec le contexte sanitaire, on arrête tout ! On redécouvre la vie de famille, le plaisir de dormir etc. Le défi va être de trouver un projet d’équilibre entre ma vie perso et mon travail. On se met toujours en état d’inconfort et en zone d’humilité pour que la maison reste dans son époque et ça me permet d’être toujours dynamique et jeune.

Texte : Erve Clara, Pageot Maxime, Keryhuel Mathis de Trignac Photos : Jules Carluccio de Saint-Nazaire

LES QUESTIONS

SINON, quel est votre plat préféré ? l’osso bucco de ma maman SINON, quel plat raté vous reste en tête ? La tarte au concombre et c’est réellement pas bon la tarte au concombre SINON, comment c’était de passer à Top Chef ? J’ai adoré passer à Top Chef malheureusement maintenant il faut avoir 2 étoiles pour y être reçu. SINON, qu’est-ce que vous mangez ce soir ? Ce soir on va faire des nouilles sautées un peu version asiatique. Questions : Yanis Orain, Noah Hamon Quentin Olivier De Besné


Société

Sinon #7 P.38

Philippe Nerrière

L’art et la matière : le morta

Si son atelier se situe en plein cœur des marais salants, c’est en Brière que Philippe Nerrière trouve la matière première pour travailler : le morta, un bois ancestral qu’il façonne pour en faire des éléments de décoration ou de beaux objets. Présentation.

Le morta Il est un bois de chêne de l’âge du bronze emprisonné par la tourbe, issu d’arbres enfouis qui se sont minéralisés et conservés. Autrefois en Brière, il servait de bois de chauffage et bois de charpente. Il s’inscrit aujourd’hui dans l’art décoratif.

Philippe Nerrière n’a pas de formation dans l’art du morta. Depuis quatre ans, c’est lui qui va à sa recherche dans les marais avant une production qui demande de le transporter, le sécher, le sabler, le scier, le modeler, beaucoup d’opérations pour donner au bois la forme voulue. Un travail minutieux.

La création C’est la décoration que Philippe Nerrière privilégie, décoration murale qui peut être brute et de grand format, parfois agrémentée de luminaires, ou de matières comme le bronze. S’il travaille avec des acteurs locaux (Il a fabriqué le bar du restaurant La Mare aux Oiseaux d’Éric Guérin), ses œuvres commencent aussi à s’exporter à l’étranger… Texte : Erve Clara, Pageot Maxime, Keryhuel Mathis de Trignac Photos : Jules Carluccio de Saint-Nazaire

© DR

L’artisan


« J’apprends tout de moi même. C’est un bois que personne ne connaît que ce soit dans le séchage ou le ponçage... »


Bonus

Sinon #7 P.40

Le cadeau de la rédaction L’Apple Atore (Iphone) et le Play Store (android) regorgent de petits trésors peu connus du grand public, voici notre sélection des trois meilleurs indispensables à installer d’urgence sur son smartphone. À utiliser sans modération.

1

RainToday

Les amateurs de balade vont nous remercier : RainToday est une application qui vous prévient à la minute près de l’arrêt ou du début de la pluie. C’est assez bluffant. Une appli qui possède de nombreuses utilités : vous rendre sur votre lieu de travail tout en restant bien sec, ou bien prévoir à quelle heure il vaut mieux ne pas rester dehors…Bref RainToday reste un indispensable au quotidien.

2

Fip

Vous connaissez certainement Fip, mais peu de personnes savent que cette radio du service public est disponible sur une application 100% gratuite. Avec une dizaine de stations différentes diffusant des styles tous plus différents les uns que les autres. Vous y trouverez forcément votre bonheur et des nouveaux morceaux formidables. Malheureusement une connexion 4g ou Wi-Fi reste nécessaire.


Les applications indispensables que vous ne connaissiez pas

3

Calm

Une application qui comme son nom l’indique a pour but de vous aider à dormir via des pistes sonores diverses et variées que vous pouvez choisir et écouter pendant votre phase d’endormissement ou bien simplement dans un moment où vous souhaitez vous détendre. Calm vous guide dans la découverte de la méditation et de ses bienfaits sur votre sommeil et votre vie : un must have ! Texte : Simon Praud-Ayraud De Saint-Nazaire


Ours

Sinon #7 P.42

Votre avis nous intéresse ! Participez à l’aventure Sinon, écrivez-nous : contact@sinon-magazine.com mai 2021

www.sinon-magazine.com

Éditeur

Association Culture Pop Pays de la Loire 66, rue Eugène Daviers 44 600 Saint-Nazaire Avec la collaboration de Popamine N° ISSN : 2678-0356

Directeur de publication :

Alain Geffray, président de Culture Pop

Rédaction en chef /coordination : David Daunis Magali Fenech Yohan Ferré, volontaire en service civique contact@sinon-magazine.com

Bureau de Culture Pop :

Sophie Arnera, Thibaut Krzewina et Laurent Vaillant

Commercialisation et communication : Alizée Andrieu / David Daunis

Mise en page/direction artistique : Julien Pouplin

Coordination pédagogique :

Lycée Aristide-Briand à Saint-Nazaire : Catherine Drouet, Ivane Frot Lycée Brossaud-Blancho à Saint-Nazaire : Fabien Guillet Secteur jeunesse de la ville de Besné : Marie Penuizic Secteur jeunesse de la ville de Trignac : Tiphanie Texier

Distribution :

Adrian Maquigneau, Jonathan Michaud, et les jeunes de la rédaction

Impression :

Les Ateliers Paquereau, imprimerie responsable - Saint-Barthélemy d’Anjou SINON est imprimé sur du papier recyclé Nautilus Super White avec des encres végétales.

Typographies :

Faune, Alice Savoie / Cnap et Roboto

Couverture :

Khadija Zharane et Théo Ruel - Photographie : Simon Praud-Ayraud.

Avec le précieux soutien de :


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Sinon magazine #7  

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