Issuu on Google+


Do it yourself édito impression

rédacte

édophobie Mépris morpion Low Name végétarien N lo-fi musique dentier sexe dessin Zelium musique Sommaire Orph fi n viagra image ournaux• publicités Name dropping • Autopsie d’un Singe mécanique p. 1 p. 3

Arles

• Les feuilles mortes p. 16 • La fin par la faim p. 18 • DIY... WTF ?!

pôle emploi voyages Jean-Luc Le Ténia éditio • Le feuilleton : Pédophobie

(Dixième et dernière partie) p. 4 • Conseils pour vieux dégueulasse p. 10 • Chronique du morpion p. 11 DO IT YOURSELF • La veuve p. 13 • Une expo à la maison p. 14

Le test Do It Yourself ! p. 20 • Le Lo-fi par Low p. 21 • L’enculé qui recommença à écrire p. 22 • Le complexe d’Orphée p. 24 • 15 bonnes raisons de (re)découvrir Jean-Luc Le Ténia p. 25 • Au bout du rouleau p. 26

Bout du rouleau Décroissance anti

édition Bern explications Bratz singe mécanique Alizée Tolls plic, ploc, zzzzz, Moi Lolita singe autopsie anus dskk bonheur Michéa la veuve

Godard

Daniel Johnston adoption Ont écrit pour ce dixième et dernier numéro :

Marie André – pages 1 ; Jof Boup – pages 18-19 ; Marie Lou Bellynck – pages 14-15 ; Julie Chaux – pages 4-9 ; Abit Cot – pages 10 et 13 ; Sophie Gallet – page 20 ; Pascal Klein – page 24 ; Loïs Low – pages 11, 14-15 et 21 ; Antoine Salmon – pages 3, 12, 16-17, 22-23 et 24-27

exem

ietzche masculite coiffeur Aubry masturbatio Illustrations et images originales :

Loïs Low – pages 11, 13, 14, 15, 19, 21, et 27 ; Antoine Salmon – pages 23 et 25.

Plus d’informations sur :

bracelett antisémitisme dernier appartement chroniqueres Kim Dotcom retard texte-dessin arrestation www.myspace.com/singeries_mecaniques

Anonymous

insomniaques

Facebook : Singeries mécaniques

Pour vos commentaires :

singeries.mecaniques@laposte.net

Dictateur en chef et assembleur de pages Antoine Salmon Saoûl directeur Loïs Low Chercheuse de fautes Marie André


édito

eurs

abe e

hée

n

Autopsie d’un Singe mécanique L’éditorialiste est souvent un croque-mort : c’est à lui qu’incombe la tâche glaçante d’annoncer les mauvaises nouvelles. Mais en bon fossoyeur que je suis, je me rassure : la plupart des gens pleurent tant que le trou est vide ; une fois comblé, leur peur du néant et de l’incompréhensible se tarit et ils peuvent vivre de nouveau. Si bien que je creuserai et remplirai la fosse en un temps record et sans ménagement aucun : ce numéro signe la mort des Singeries mécaniques. Dix numéros, comme les doigts des deux mains. Il n’y en aura pas d’autre, ou alors on serait dans l’obligation de parler de malformation.

Dix numéros, comme les doigts des deux mains. Il n’y en aura pas d’autre, ou alors on serait dans l’obligation de parler de malformation.

-

e

ple

on

Mais si le Singe est mort, une autopsie s’impose pour connaître les causes du décès de celui qui, depuis un moment déjà, était moribond. Cherchons les origines dans le pourrissement annoncé... Dans leur nom, Les Singeries mécaniques nourrissaient une contradiction essentielle et féconde. Le Singe était du côté du vivant, du mouvant, du rire ; les collaborateurs à chacun des numéros prenaient place de ce côté. La mécanique symbolisait la recherche d’un rythme perpétuel et rassurant, entraînant dans sa marche les créateurs du rire. Mais ce qui est mécanique est aussi irréfléchi et inconscient et il n’est pas donné à tout le monde d’œuvrer, de créer avec une volonté de fer. Si bien que la mécanique qui se voulait bien huilée, qui demandait un travail et un apport constants, s’est grippée puis s’est défaite. Car un journal, un livre ou un magazine ne se payent que de mots et demandent à être nourris ; seuls l’envie, la volonté et le travail régulier leur assurent une mécanique existentielle. Pourtant nous avons essayé : huiler la mécanique, la faire tourner, l’entraîner toujours plus vite pour qu’elle continue de faire vivre, de faire rire le Singe. D’un point de vue biologique et philosophique, il aurait fallu se rendre à l’évidence dès le début de l’aventure : un singe ne peut être mécanisé tout comme une mécanique ne saura jamais imiter à la perfection un singe vivant. Le projet portait donc en lui sa fin programmée. Et tandis que l’autopsie se poursuit et que la cage thoracique est ouverte, on découvre le chœur du Singe : son principe, sa voix. Recroquevillée sur elle-même, glacée mais rayonnant de l’écho des multiples pensées et idées qui l’ont traversé, sa voix laisse exhaler son dernier souffle, contenant l’esprit qui l’a toujours animée : À ton tour ! Fais-le ! Si tu veux que le Singe vive, alors Do It Yourself...

Marie André

r

m

n

Si l’aventure des Singeries mécaniques se termine ici, ceux qui y ont participé ne s’arrêtent pas pour autant : Loïs Low, chroniqueur-dessinateur, est de plus en plus productif. D’un côté, il expose ou publie ses dessins (Ragemag, 3 étoiles, ArHsens éditions...). De l’autre, il fait jouer de sa guitare et de sa voix en solo et en groupe (The Tolls). - lowisdraw.wordpress.com Julie Chaux, notre feuiletoniste-chroniqueuse, manie la plume avec talent et multiplie les occasions de faire parler d’elle. Réalisatrice, musicienne, scénariste de bandes-dessinées... il sera bientôt difficile de passer à côté. - juliechaux.blogspot.fr Antoine Salmon nourrit à ses heures perdues un petit blog. - droguesenmusique.wordpress.com Marie André signe des textes pour les éditions Piccolia. Pascal Klein continue ses lectures et voyages. D’autres ont nourri les lignes des Singeries de petits textes, de dessins, d’idées ou simplement d’enthousiasme. Profitons de ces quelques lignes pour les remercier : Marie-Lou Bellynck, Cyrill Chatelain, Guillaume Fréret, Sophie Gallet, Thibault Langevin, Claire Mallet, Julien Vicomte


D’après Gustave Doré.

2

Les Singeries mécaniques


Peut-on juger ce fanzine aux personnes qui y ont été citées ? Si tel est le cas, notre valeur est immense et ridicule à la fois. Madame de Fontenay, Amy Winehouse, Lââm, Britney Spears, Alizée, Jérémy Chatelain, Vanessa Paradis, Michel Sardou, Billy Crawford, Mylène Farmer, Ulysse, Blaise Cendrars, Alain Spiraux, Christian Bourgois, Eugène Ionesco, Salvador Dalí, Donatien Alphonse François de Sade, Jean-Paul Sartre, Astérix, Jules César, Brigitte Bardot, Jeanne D’Arc, Tarzan, René Char, Albert Uderzo, Alain Robbe-Grillet, Agata Preyzner, Philippe de Champaigne, Judas, Brad Pitt, Johnny Hallyday, Paris Hilton, Pete Doherty, Jean-Luc Reichman, Angelina Jolie, Catherine Laborde, Beyoncé, Rachida Dati, Marcel Proust, Alain, Raymond Devos, Peter Pan, Mister T., Jackie Berroyer, Michel Denisot, Kate Moss, Michèle Bernier, Paris Hilton, Stéphane Mallarmé, Thomas Bernhard, Michel Polac, Gustav Mahler, Bernard Rapp, Clément Rosset, Joris-Karl Huysmans, des Esseintes, Puff Daddy, Pascal Sevran, Barack Obama, Platon, Arthur Rimbaud, Michel de Montaigne, Olivier Besancenot, Michel Drucker, Marc Lévy, Jean de La Bruyère, Molière, La Fontaine, Benjamin Constant, Adolphe, Nana, Émile Zola, Loana, Jenifer, Emma Daumas, L5, Madonna, Jennifer Lopez, Shakira, Barney Stinson, Pierre Carles, Professeur Choron, Étienne Mougeotte, François Léotard, Patrick de Carolis, Bernard Benyamin, Jacques Chancel, Alain Duhamel, Anne Sinclair, Charles Villeneuve, Alain de Greff, Karl Zéro, Keith Richard, Tintin, Kim Jong-Il, Vincent Cassel, Jacques Mesrine, Michael Fassbender, Adrian Brody, Dany Boon, Guillaume Depardieu, David Hallyday, Mister Hyde, Docteur Jeckyll, Wendy, Capitaine Crochet, Vernon Sullivan, Boris Vian, Richard Bachman, Stephen King, Horla, Guy de Maupassant, Tyler Durden, Peter Parker, Spider-Man, Narcisse, Noémie Lenoir, Sigmund Freud, Stefan Zweig, Indiana Jones, Conan Le Barbare, Richard Darbois, Harrisson Ford, Patrick Swayze, Sylvester Stallone, Arnold Scharwzenegger, George Clooney, Richard Gere, Dan Aykroyd, Danny Glover, Jeff Goldblum, Dustin Hoffman, Kurt Russell, Keith Richards, Albator, Batman, Buzz l’Éclair, le génie d’Aladdin, Michael Jackson, Nicolas Sarkozy, Charles Aznavour, Paul Gadenne, Bouddha, Jean-Marie Bigard,Tony Musulin, le Père Noël, Betty Boop, Minnie Mouse, Riri, Fifi et Loulou, Donald Duck, Picsou, Barbie, Vincent Van Gogh, Lewis Carroll, Thierry Henry, The Cure, Jacques Brel, Screamin’ Jay Hawkins, Nina Simone, Tex Avery, Joy Division, Happy Mondays, Black Grapes, Boris Vian, Velvet Underground, The Beatles, John Lennon, Noir Désir, Serge Gainsbourg, Prévert, The Only Ones, Otis Redding, Dr Frank N. Furter, Lou Reed, Oussama Ben Laden, Jean-Luc Lagarce, Walt Disney, Frédéric Beigbeder, Super Nanny, Valérie Damidot, Daniel Prevost, Richard Gasquet, JoeyStarr, Will Smith, Leonardo DiCaprio, Alfred Hitchcock, Roberto Benigni, Forrest Gump, Rhett Buttler, Scarlett O’Hara, Régine Desforges, Mickey Mouse, James Cameron, Kate Winslet, Blanche-Neige, Cendrillon, Petit Mineur, Jean Mineur, Bibindome, Géant Vert, Groquick, Jackson 5, Mario Bros, Prince, Franck Ribéry, Bertrand Cantat, Mike Tyson, Yannick Noah, Jean-Luc Delarue, Don Quichotte, Freud, Dwight Schrute, Ken, Michel Rocard, Chew Lips, Krusty le clown, Lisa Simpson, Itchy, Scratchy, Banksy, Gilles Boulet, Selena Gomez, Justin Bieber, Jamel Debbouze, Martine Aubry, François Hollande, Luc Ferry, Bob L’éponge, Brad Pitt, Angelina Jolie, Nadine de Rothschild, Sami Naceri, Alain Delon, Henri Salvador, Carla Bruni, Frédéric Mistral, Gipsy King, Alphonse Daudet, Dominique Strauss-Kahn, Alain Bernard, Amélie Mauresmo, Mary Pierce, PPDA, Ronaldihno, Éric Cantona, Zinedine Zidane, Laurent Lucas, Michel Leeb, Louis-Ferdinand Céline, Christophe Maé, Lionel Jospin, Mathieu Chédid, Uncle Ben, Michel Alliot-Marie, Brice Hortefeux, Éric Besson, Fabrice Lucchini, Jacques Chirac, Charles Pasqua, Jean-Noël Guérini, Patrick Balkani, les frères Bogdanov, JeanLouis Borloo, Stéphane Collaro, Guignol, Ernest Hemingway, The Who, David Montgomery, Roger Daltrey, Pete Townshend, John Entwistle, Tarzan, Keith Moon, Patrick Fiori, Rieurs, Big Red, Raggasonic, Crazy B, DJ Pone, Obiwan Kenobi, Jean-Pierre Pernault, Mourousi, Guy Lux, Mouammar Khadafi, Bachar el-Assad, Natasha Kampusch, Les Nuls, Dave, Eddy Mitchell, Jean-Pierre Bacri, Valérie Lemercier, Gérard Darmon, Michael Douglas, Clint Eastwood, Alain Chabat, Wes Craven, George Romero, Edgar Wright, Simon Pegg, Nick Frost, Roman Polanski, Leslie Nielsen, Tom Cruise, Charlie Sheen, James Bond, The Dude Lebowski, M. Rampeau, Jean-Luc Godard, Gustave Doré, Clark Gable, les Clodettes, James Brown, Manuel Valls, Galathée, Pygmalion, François Cavanna, Serge Dassault, Édouard de Rothschild, Pierre Bergé, Xavier Niel, Matthieu Pigasse, Lagardère, Mark Zuckerberg, Kim Dotcom, Ranma ½, Dana Scully, Dewey, Billy Idol, Depeche Mode, Steve Vai, Blondie, Punish Yourself, Freddie Mercury, Céline Dion, René Angelli, Gilles Deleuze, Jacques Rancière, Daniel Johnston, Ronald McDonald, Marc-Édouard Nabe, Jean-Paul Bertrand, Pierre Fabre, Frédéric Taddeï, Virginie Despentes, Michel Houellebecq, Tristane Banon, Jean-Claude Michéa, Friedrich Nietzsche, Jean-Luc Le Ténia, Philippe Katerine, Didier Super, Laurent Boyer, Didier Wampas, Les Enfoirés, Raphaël Zacharie de Izarra, Bertrand Cantat, Kurt Cobain, Bill Murray, Stéphane Bern, Paul Gadenne, Leopold von Sacher-Masoch, John Fante, Romain Gary, Ivan Gontcharov ou Pierre Drieu la Rochelle. Cette partouze semble presque impropable. C’est pourtant le bazard qu’on aura mis en dix numéros. Vous en doutez ? Relisez-nous.

3


Pédophobie Dixième et dernière parƟe Que Les Singeries mécaniques s’arrêtent c’est une chose. Que cela vous empêche de connaître la fin de « Pédophobie » c’en est une autre que nous n’acceptons pas. Voici donc l’ultime épisode du feuilleton signé Julie Chaux. Pour ceux qui auraient du mal à remettre bout à bout toutes les parties, une version complète sera envoyée sur simple demande. L’étau se resserre doucement autour de Pascal. Notre héros magicien, ancien moniteur de colo et fournisseur en jouets a quitté sa banlieue natale et sa mère qui aime tant l’écouter jouer du synthé. En proie à la chaleur et à ses propres démons (son horreur des petites filles trop vite grandies et un attrait plus qu’illégal pour celles qui ont su garder la fraîcheur de leurs 10 ans), il fuit en direction du sud, loin de Perrine et du meurtre d’une petite Sylvie. Seulement voilà, le destin a mis sur sa route Carole, plus maline que fragile, qui l’a définitivement mis en déroute.

– Allô ? –… – Allô… C’est toi mon minou ? (chuchotements) – Qu’est-ce que… À qui tu parles, maman ? – Mais à personne mon grand… alors c’est bien toi. Tu es où ? – Je suis sûr que je t’ai entendue chuchoter… – À qui veux-tu que je chuchote ? Au chien ? Je suis toute seule, mon chéri, TU m’as laissée toute seule ! Sans nouvelles ! Je me faisais un sang d’encre. D’où m’appelles-tu ? (clic) – Là, je suis sûr d’avoir entendu un déclic ! – C’est… le téléphone, mon minou, le chien a bouffé le fil, y’a un faux contact. – Et… t’as parlé à personne, récemment ? Je veux dire des gens, par exemple en Twingo bleue ou verte, qui t’auraient posé des questions ? – Quelles questions, mon minou ? – Non, rien, laisse tomber. Maman, heu… tu pourrais pas me mettre un peu de sous sur mon compte ? Là, j’attends un chèque, mais avec le week-end et le 14 juillet, je sais pas quand ça va tomber… – Tu sais, j’ai pas grand-chose… – Ça me suffira, c’est juste le temps que je retombe sur mes pattes… – Comme tu veux. – Sinon, ça va, toi ? – Ça va, ne t’inquiète pas pour moi. – Bon, je t’embrasse maman, file vite à la banque, ça va bientôt fermer. Je te rappelle très vite. (bruit de bisou) – Je t’embrasse, mon grand. Pascal raccroche et sort de la cabine, un peu contrarié. Sa mère n’a pas fait de bruit de bisou et s’est montrée bizarrement docile et peu inquiète… Il s’affale sur une chaise appartenant à l’un des bars situés de l’autre côté de la rue, et s’endort à moitié. Cela fait deux nuits qu’il essaie de dormir dans sa voiture sans toutefois y parvenir, mais c’est le seul moyen de pouvoir encore manger. Il a donné tout ce qui lui restait au médecin du Paradou qui lui a prescrit des antidépresseurs et un anxiolytique, mais ça n’est guère suffisant dans son cas, ce qu’il lui faudrait c’est une bonne grosse injection de neuroleptique ou un anesthésiant pour cheval, type kétamine. Un garçon de café désireux de prendre sa commande le réveille en le secouant par l’épaule. Il opte pour de la Badoit et le serveur repart en grommelant un truc dans ses dents, mais Pascal a très bien entendu, il a dit « Ah putè, les Parisè ! » et ça, ça le réveille tout à fait. D’abord il n’est pas vraiment Parisien, et puis c’est quoi, cette réflexion d’abruti ? A-t-elle trait à son manque d’affabilité, au fait qu’il a commandé de l’eau plutôt que de l’alcool ou à celui qu’il n’a commandé que ça ? « Connard de sudiste », dit-il dans sa barbe. Barbe qu’il n’a pas rasée depuis avant-hier, et qui commence à lui donner une allure d’échappé de pénitencier.

4

Les Singeries mécaniques


Sur la place de Maussane-les-Alpilles, on a construit une grande estrade qui accueillera pour trois soirs « Tony Brio et son orchestre », c’est du moins ce qu’annoncent les affichettes partout dans le village. Des camions qui puent la frite sont alignés sur un côté de l’église, faisant concurrence au pizzaïolo ambulant qui y séjourne habituellement ; à l’arrière quelques stands de tir et des autostamponneuses complètent le tableau. Pascal ne sait pas trop ce qu’il fout là mais il ne voit vraiment pas ce qu’il pourrait faire d’autre. Il se prend à imaginer sa mère malade, quelque chose d’assez grave, elle n’aura pas osé le lui dire de peur de l’inquiéter, d’où son étrange comportement. Ou bien le chien est mort, c’est possible, ça aussi, avec toutes les saloperies qu’elle lui donne à manger. La place se remplit peu à peu et Pascal se sent obligé de commander une seconde Badoit pour ne pas aggraver sa mauvaise réputation de Parisien. L’heure de la fermeture des banques est passée, sa mère a dû déposer l’argent… Non seulement l’appareil refuse de cracher les billets, mais en plus de ça il lui avale sa carte. Perplexe, il retourne s’asseoir sur la place. De toute façon ça ne sert à rien de rappeler sa mère, elle n’y peut rien si demain c’est férié, et puis il aurait trop honte de lui avouer qu’il n’a même plus de carte de retrait. Des familles s’installent tout autour de lui, les pères déjà bien imbibés reluquent d’autres femmes que les leurs et la marmaille s’éparpille en criaillant. Certains indigènes sont juste là pour l’apéritif et rentrent chez eux pour revenir plus tard, d’autres prennent racine sous les platanes, se gavant de crêpes et de churros en attendant l’ouverture du bal. Il décide d’imiter ces derniers et va s’acheter une gaufre avec les dix euros qui constituent toute sa fortune, comptant soigneusement sa monnaie avant de la remettre dans sa poche. Sa table initiale n’étant plus libre, il en choisit une en face de la scène pour pouvoir bien profiter du spectacle. Le soir tombe doucement tandis que les musiciens installent leurs instruments sur l’estrade et règlent la balance. Derrière Pascal, un gros type à rouflaquettes et costard miteux n’en finit pas de boire, de fumer et de tousser, le regard dissimulé derrière des lunettes noires. On serait dans les années soixante, il jurerait que c’est un flic. La scène s’éclaire enfin et le groupe prend place, démarrant avec une rythmique endiablée des Jackson 5 tandis que le chanteur apparaît dans un cercle lumineux, entouré de deux danseuses à paillettes et secondé par une choriste non moins dénudée. – Bonsoir Maussane ! J’espère que vous êtes chauds ce soir ! lance le chanteur – bronzé, chemise et pantalon noirs, chaîne en or, lunettes de soleil, sourire arrogant. Mais comme personne ne répond, il tourne le dos au public et d’un large geste impose le silence aux musiciens. Les danseuses s’immobilisent et le chanteur se retourne lentement, l’air carnassier : – J’ai pas bien entendu… C’était cette nuit qu’il fallait dormir… Bon, je vous laisse une seconde chance, après je pars. BONSOIR MAUSSANE ! EST-CE QUE VOUS ÊTES CHAUDS, CE SOIR ? – Oouaaaiis ! crient les premiers rangs – y compris Pascal qui salue l’audace d’un applaudissement. La musique de « Don’t stop till you get enough » reprend du début et la troupe entreprend une chorégraphie absolument épatante du point de vue de Pascal, qui se demande pourquoi ces artistes phénoménaux sont obligés de se produire dans des bleds paumés alors qu’ils mériteraient la première page des journaux, surtout le chanteur qui a vraiment l’étoffe d’une star (il fait super bien la voix de Michael Jackson). Ils enchaînent sur « Last night a D.J. saved my life », où cette fois c’est la chanteuse qui est à l’honneur, une blonde décolorée coiffée en palmier, moulée dans un pantalon de skaï rouge, elle aussi a une voix magnifique. Puis de « Paris latino » en « I will survive » ils en viennent aux chansons françaises, avec en première position au baromètre du public maussanais « Le Connemara » de Michel Sardou, qui met un feu de tous les diables. Il est surprenant qu’une histoire de lacs d’Irlande sensibilise à ce point les Provençaux, il faut les voir sauter en l’air en se tenant mutuellement par les épaules comme s’ils venaient de gagner la coupe du monde ; le chanteur se fout même de leur gueule en criant « Jump ! Jump ! » Il va jusqu’à transformer « la paix des rois d’Angleterre » en « le pastaga de Maussane », ajoutant une couche au grand n’importe quoi qu’est devenue la piste de danse. Pascal en jubile, décidément il adore l’humour de ce mec, en plus ils ont visiblement le même âge et ça lui plairait drôlement de faire la même chose, mais il n’a malheureusement pas le charisme requis pour intégrer le monde très clos du show-business. Le groupe décline ensuite un panel de chansons locales dont les Maussanais connaissent les paroles par cœur et que Pascal n’a jamais entendues nulle part. Dans l’une il est question d’une vache solitaire qui traverse le pays, une autre répète à chaque refrain : « Je voudrais un petit Ricard dans un verre à ballon », unique leitmotiv d’un héros placé dans des situations de plus en plus désespérées. Après un court entracte, l’épave aux rouflaquettes assise derrière Pascal se lève en titubant et rejoint l’estrade, où la chanteuse vient d’annoncer le fabuleux Tony Brio. L’ivrogne entre en scène, l’air soudainement sobre, et se met à chanter « Tennessee » sous les acclamations du public, imitant Johnny Hallyday à s’y méprendre, puis enchaîne sur « Que je t’aime », provoquant une transe généralisée et laissant Pascal subjugué. Le meneur du groupe se lance ensuite dans un « Sex Machine » frénétique et termine son one-man-show avec « Everybody needs somebody », auquel viennent s’additionner les voix des autres membres. Le batteur

¬

5


Julie Chaux - Pédophobie et la plupart des autres musiciens semblent tout droit sortis d’un clip de hard-rock, renforçant encore la crédibilité de ce groupe hors pair ; par contre ils devraient virer la danseuse orientale qui refait tout le temps les mêmes mouvements, à côté de la grosse pleine d’inventivité ça la fout vraiment mal. Tandis que Tony Brio, reprenant sa forme initiale de loque, retourne s’asseoir à sa table, l’orchestre clôt le concert en jouant à nouveau « Le Connemara », tube incontesté de la soirée. Le groupe se retire, laissant les fêtards pantelants dans une mare d’alcool. Pascal ne peut résister au besoin d’aller féliciter les virtuoses ; il contourne la scène et s’approche de la tenture qui fait office de coulisse, devenant ainsi le témoin involontaire d’une conversation houleuse entre Tony Brio et le clavier du groupe : le musicien se plaint de son salaire de misère et menace de tout abandonner, ce à quoi le patron imbibé a l’inconséquence de répliquer « bon vent ». Réflexe immédiatement suivi de ses effets prévisibles : le pianoteur manque de renverser Pascal en soulevant violemment la bâche avant de s’éloigner à grands pas, et on voit bien que ça n’est pas un coup de bluff. Le vieux Tony sort et aboie : – De toute façon tu jouais faux ! – Excusez-moi de vous contredire, intervient Pascal, mais il ne jouait pas faux… bon, c’est vrai qu’il a un léger problème de rythme mais.… – Qui est-ce qui vous a sonné, vous ? Vous êtes connaisseur en clavier ? – Heu… C’est-à-dire, j’en joue depuis tout jeune… Et je connais bien votre répertoire. – Ah ? Et ça vous intéresserait de vous faire quarante euros ? Pascal n’a jamais joué avec un vrai orchestre, une telle proposition est pour lui un honneur, il accepte avec enthousiasme. Tony l’invite sous la tente et le présente aux autres membres du groupe, instantanément conquis par sa ressemblance avec le fils Hallyday. Pascal en profite pour saluer la performance de Fred et Léna, les deux chanteurs. Puis on lui fait signer un contrat vite fait mal fait avant de le relâcher dans la nature sans même avoir testé ses aptitudes, avec pour seule directive de réviser ses partitions et d’être sur la place à 21 h 30 pour la balance, pendant que tout le monde sera aux arènes pour le feu d’artifice. Un peu déçu de ne pas finir la soirée avec les artistes, Pascal rejoint son break, garé sur un grand parking désert près de la caserne des pompiers. Installé dans l’espèce de nid qu’il s’est confectionné à l’arrière du véhicule, des serviettes de toilette en guise de rideaux et une lampe de poche pour tout éclairage, il étudie la liste qu’on lui a remise. Beaucoup plus de chansons que lors de la prestation à laquelle il a assisté, normal, c’est le 14 juillet. Pas de problème, il les connaît toutes, il fera ça les doigts dans le nez. Il y a juste un petit souci avec l’une d’entre elles mais il verra ça demain avec Tony. Il attrape sa bouteille de Vichy tiède sous le siège avant pour faire passer son Xanax et entreprend de feuilleter les partitions. Ça fait un moment qu’il n’a pas tapoté sur un clavier mais il n’a aucune inquiétude à ce sujet ; par contre il faut vraiment qu’il dorme et ça, c’est un vrai challenge… Il ferme les yeux et attend mais la nuit s’annonce longue. Il a beau être abruti par le cachet, rien à faire, le sommeil refuse de venir. Il finit par aller faire quelques pas dehors, histoire de se faire piquer par les moustiques et de comprendre que c’était une mauvaise idée. Le frottement des cigales a fait place aux croassements des crapauds séjournant aux abords d’un ruisseau non loin de là, ils font un raffut impressionnant ; malgré tout il est bien obligé de garder les vitres entrouvertes s’il veut espérer survivre jusqu’à demain. Il est quatre heures du matin lorsqu’il se résout à prendre un second Xanax.

**** Dans le rêve, il est poursuivi par les parents de Carole, ceux du Mac Donald de Saint-Étienne et des tas d’autres encore qu’il n’a vus qu’à la télévision. À leur tête, la mère de Sylvie, en gros plan, son air brisé plein de reproches : « S’il vous reste un semblant de conscience, je vous en prie, rendez-vous aux autorités. » Encerclé par la foule hostile, il lui est impossible de se mouvoir, ses pieds sont comme collés à une espèce de gadoue qui s’étire en longs fils comme du chewing-gum quand il essaie d’avancer. Les assaillants allument des torches comme il l’a vu faire dans un documentaire sur le Ku Klux Klan, puis s’approchent dangereusement de lui, doucement, les yeux révulsés à la manière des zombies. Soudain Aurore paraît, fraîche et sereine dans un halo d’or. Elle dit quelque chose qui semble les convaincre car ils s’écartent pour le laisser la rejoindre. Elle le prend par la main et ils s’enfuient en courant tandis que les parents comprennent qu’ils ont été bernés et se lancent à leur poursuite. Cachés dans une usine désaffectée, ils laissent passer la marée humaine et attendent d’être absolument certains d’être seuls avant de s’embrasser. Mais en dézippant son petit blouson, il s’aperçoit qu’Aurore – qui entre temps s’est transformée en poupée – est en réalité une bombe à retardement. Elle explose et Pascal se cogne sur la portière du coffre en se réveillant brutalement. Les vitres dégoulinent de moiteur, il doit bien être sept heures du soir et le véhicule a passé plus de la moitié de la journée en plein soleil. Une seconde détonation éclate, puis une troisième : des pétards lâchés

6

Les Singeries mécaniques


Julie Chaux - Pédophobie par une milice de garnements à travers le village. Il essaie de regarder l’heure mais le cadran de sa montre est couvert de buée comme si elle avait séjourné dans l’eau, et de toute évidence elle ne fonctionne plus. Il ouvre le coffre, émergeant comme d’un sarcophage sur le parking où subsistent quelques joueurs de pétanque, mais la plupart des habitants semblent avoir déserté les rues. C’est l’heure des hirondelles et du ciel couleur lavande mais l’usine de Tarascon pue toujours autant, on dirait même que c’est pire que jamais, ou alors c’est à cause des Xanax. Pascal a complètement loupé sa journée et c’est hagard et déconstruit qu’il s’éloigne du break sans refermer le coffre. Ses vêtements sont tout froissés et collants mais il s’en fiche royalement, tout comme il se fiche de se nourrir alors qu’il n’a rien avalé depuis la gaufre d’hier. Pourtant il devrait avoir faim, mais non. En fond sonore, des commentaires dans un haut-parleur lui parviennent depuis un lieu indéterminé ; il suit la direction en question sans s’en poser. La voix du commentateur fait place à de la musique hispanisante tandis que Pascal marche sur une route à l’arrière du village, rejoignant des groupes hétéroclites qui avancent tous dans le même sens. Sans même savoir comment, il se retrouve assis dans les gradins des arènes locales, à attendre que débute un spectacle dont il ignore la nature. Deux possibilités : corrida ou cocarde. Mentalement Pascal fait des paris, il n’a toujours vu ni l’une ni l’autre et se réjouit vaguement d’en avoir l’occasion. La musique baisse et la voix saturée annonce les élèves de l’école de gardians, c’est alors qu’une nuée de gamins en costumes folkloriques, montés sur des petits chevaux camarguais, débarquent en file indienne sous les acclamations. La troupe est conduite par une fille et un garçon un peu plus grands que les autres, qui pour des raisons obscures ont l’air très fiers d’eux. Les mini-cowboys entament une série d’épreuves pitoyables, parmi lesquelles une où on les lance au trot un par un pour qu’ils fassent le tour de la piste tandis que des comparses leur tendent des oranges qu’ils essaient d’attraper ; aucun n’y parvient hormis les deux grands qui les attrapent toutes. Pas de quoi en tirer vanité, ils ont au moins trois ans de plus que les autres. Les parents encouragent leur progéniture à grands renforts de « Olé ! », Pascal en est écœuré, un petit se casse enfin la figure et il se retient de crier « Olé ! » à son tour de peur d’être lynché. Mais le petit n’a rien et les festivités reprennent sous un ciel rougeoyant. On lâche des mini-vachettes, les mini-chevaux leur font la course afin de les réunir en troupeau, puis les encadrent en formation en V, ce qui, il faut l’avouer, est assez impressionnant. Le clou du spectacle : le gosse le plus âgé doit capturer une vachette au lasso depuis son cheval, puis sauter à terre et immobiliser l’animal sur le dos en lui saucissonnant les pattes – les jambes ? Le garçon s’en tire à merveille et les spectateurs exultent. Le ciel s’obscurcit, Pascal se souvient subitement de son rendez-vous et regarde discrètement la montre de son voisin de droite. 21 h 30. Il se lève d’un bon et s’extrait difficilement des gradins vers la sortie. Une fois sur la route, il part dans la mauvaise direction et se hâte le long d’un champ de tournesols en tendant le cou pour distinguer la place du bal grâce au clocher de l’église. Constatant que les maisons s’espacent de plus en plus au lieu de se regrouper, et que les rares voitures qu’il croise encore vont toutes dans l’autre sens, il se décide à rebrousser chemin. Lorsqu’il parvient enfin à retrouver la place, il fait nuit et le feu d’artifice a éclaté dans les arènes. En explosant, certaines fusées projettent leurs pétales jusqu’au-dessus des toits, applaudies par les quelques hères demeurés sur les lieux – essentiellement le petit personnel des cafés et certains touristes mécontents dont les desserts tardent un peu trop. En l’apercevant, Léna, fin prête dans son pantalon de skaï, court à sa rencontre, l’air affolé : – On commençait à s’inquiéter, dit-elle en l’entraînant dans la coulisse. Tu as une de ces têtes ! Si tu entres comme ça sur scène Tony va te tuer, tiens, prends le rasoir de Fred, je t’apporte ton costume. Tu as mangé ? – Heu… non… Elle est déjà repartie sans écouter la réponse. Il a tout juste commencé à se raser qu’elle revient avec un hot-dog et une barquette de frites qu’elle pose devant lui avec un regard attendri. Fred paraît, ajustant sa boucle de ceinture et le col de sa chemise à motifs en forme de taureaux. – Salut, dit Pascal. – … Salut, répond Fred, l’air surpris. Léna, c’est toi qui lui as prêté mon rasoir ? Léna souffle bruyamment, visiblement exaspérée, et vient suspendre un costume violet face à Pascal. – C’est moi qui le lui ai demandé, intervient ce dernier, je te le rends tout de suite… – Non mais moi, je te le prête sans problème, c’est pas ça, le truc c’est qu’elle passe juste sa vie à se foutre de ma gueule, c’te cagole ! – Eh ! Tu me parles sur un autre ton ! rugit Léna. C’est pas parce que t’es pas parvenu à tes fins qu’il faut m’insulter ! – T’es folle ! Je te toucherais même pas avec un bâton ! Sans doute le stress d’avant le concert, se dit Pascal en s’essuyant le visage avant d’enfiler le pantalon violet. Léna ignore la provocation et vient l’aider à passer la chemise et le veston ; c’est un petit peu trop grand mais ça vaut mieux que trop petit. Il la remercie et entame son hot-dog. Dehors on entend le brouhaha de

¬

7


Julie Chaux - Pédophobie la foule qui revient peu à peu des arènes pour s’installer aux tables des cafés, impatiente de se défouler. Tony apparaît, l’air encore plus saoul que la veille, et frappe dans ses mains : – Allez les enfants, en place ! Toi, dit-il à Pascal, pas le temps de faire ta balance, t’as intérêt à assurer. – Oui, mais heu… J’ai un petit problème avec la chanson d’Alizée… En plus c’est pas vraiment un standard et… – Quoi, tu sais pas la jouer ? – Non, c’est pas ça, mais… – Ben si tu sais la jouer, tu la joues et tu nous les casses pas ! – Je peux vraiment pas, elle… elle me rend malade… – Tu te rends compte un peu de ce que t’es en train de me dire ? On n’en a rien à secouer, que tu l’aimes ou que tu l’aimes pas, cette chanson ! « Moi Lolita », c’est un incontournable, on est OBLIGÉS de la jouer ! Sur ce, en piste ! Pascal s’exécute à contrecœur et grimpe les trois marches qui le séparent de la scène, où les autres musiciens sont déjà à leur poste. La place est noire de monde, hommes, femmes, enfants se sont habillés pour la circonstance ; ce soir n’est pas comme les autres et ils comptent bien en profiter au maximum, même si pour l’instant ils sont tous attablés ou sur les côtés de la piste. Rapidement Pascal repère malgré lui quelques loanettes en corsaire, bustier rembourré et lèvres glossées qui lui filent une grosse suée ; il fait un effort surhumain pour se concentrer sur son instrument et oublier tout ce qui ne concerne pas sa mission. Pas de chance, c’est au synthé d’entamer la première chanson – les Jackson Five comme la veille – et tout le groupe attend en le regardant. Il lève une main tremblante et se lance, les autres instruments viennent s’aligner sur ce qu’il joue, cette fois il n’y a plus d’échappatoire. Fred entre en scène, sublimé par le rond de lumière et par les deux danseuses qui se frottent sur lui comme s’il était irrésistible, sa chaîne en or et sa boucle de ceinture brillant de mille feux : – Bonsoir Maussane ! Vous êtes chauds, ce soir ? La réaction du public est loin d’être mollassonne, pourtant il baisse ses lunettes de soleil et Pascal comprend qu’il faut s’arrêter. – Bon, je sais que vous avez bien mangé et bien bu, qu’après il y avait le feu d’artifice, mais c’est pas le moment d’être fatigué ! Faut me remplir cette piste, là ! Sinon, vous allez vexer Tony Brio, et il va pas vouloir vous faire Johnny, après ! Allez, je vous la refais, mais c’est la dernière fois… Il repart en coulisse et le bassiste fait un signe de tête à Pascal, qui reprend le morceau depuis le début. – Bonsoir Maussane ! clame Fred en refaisant son entrée. EST-CE QUE VOUS ÊTES CHAUDS, CE SOIR ? Un grand « Oouuaaiis ! » parcourt l’audience, et les plus vaillants d’entrer en piste et de s’agiter plus ou moins en mesure selon les capacités de chacun… Ce poseur de Fred en fait des tonnes, mais plus il pousse la caricature, plus il gagne en capital sympathie. À la fin du dernier refrain, il se tourne vers Pascal, le pouce levé. Léna s’avance sur la scène et enchaîne avec « Last night a D.J. saved my life », Fred se charge d’incarner la voix masculine et de faire le passage rap, dont d’ailleurs il se tire haut-la-main. Puis c’est « Gimme, gimme, gimme » d’Abba qui déchaîne la foule, à cette occasion Pascal remarque une bande de petites vulgaires au possible qui le lorgnent amoureusement en s’empiffrant de merguez ; il manque de s’évanouir d’effroi. Il se focalise sur la musique, d’autant que c’est à lui d’assurer la plus grosse partie de ce morceau. Lorsqu’ils en viennent à bout, Fred ôte ses lunettes de soleil et les range dans la poche-poitrine de sa chemise ; il bombe le torse et se tourne vers la chanteuse, les sourcils haussés asymétriquement à la Clark Gable : – Et maintenant, mesdemoiselles et mesdames, pour vous je vais interpréter une chanson romantique, accompagné de Léna, qui malheureusement pour elle, est folle de moi… sans espoir. – Dans tes rêves ! braille Léna, outrée. – … Je suis donc libre, avis aux amatrices, continue Fred en ouvrant un bouton de sa chemise après avoir léché son index. Pascal est content car il n’a que trois notes, toujours les mêmes, à jouer ponctuellement, et peut ainsi profiter du spectacle, qui est de taille : Fred joue des paroles de la chanson sans avoir à les réviser, les adressant sarcastiquement à Léna qui contient sa rage. Dans la bouche du chanteur et avec ses mimiques dégoûtées, les mots « c’est bête, elle n’a rien fait pour ça » ou « elle n’est pas vraiment belle » deviennent franchement insultants. Quant à « je l’ai rêvé si fort que les draps s’en souviennent », c’est carrément de la pornographie. Le public mâle hilare applaudit et siffle, la pauvre Léna a bien du mal à dissimuler son sentiment d’humiliation, en plus c’est bientôt à elle d’intervenir. Il reprend « j’ai encore rêvé d’elle » avec un air complètement exaspéré, et elle est obligée de répondre « je rêve aussi », créant l’apogée du sketch et générant une vague d’éclats de rire gras et de sifflements stridents. Léna se reprend et plante haineusement ses yeux dans ceux de Fred, et même si ses tendres paroles ne siéent guère à son attitude vengeresse, elle a quelque chose qui impose le respect et fait taire les railleurs. Sa voix développe peu à peu sa puissance,

8

Les Singeries mécaniques


Julie Chaux - Pédophobie montant dans les aigus comme un avertissement sur « réveille-toaaaaa ». Quant à « ouvre tes yeux tu ne dors pas », elle le lui hurle au visage comme si elle voulait le rendre sourd, ce à quoi il répartit en se bouchant les oreilles. Pascal juge la riposte un peu facile, mais Fred pousse les décibels à son tour et leurs deux voix se rejoignent dans une formidable démonstration qui coupe la chique à n’importe qui s’y connaissant un tant soit peu en chant. Léna souffle le « je t’aime » qui annonce la conclusion, et c’est pire qu’une menace de mort. Fred essaie d’attraper son poignet tandis qu’ils terminent en cœur, mais elle éloigne vivement son bras. Ces deux-là s’aiment, c’est sûr. Après une salve de bravos assourdissants, c’est au tour d’« Alexandrie, Alexandra » de faire sauter les ménagères, les deux danseuses accompagnées de Léna tiennent lieu de Clodettes, exécutant une chorégraphie calquée sur l’originale. Sur le côté droit de la piste, une brochette d’enfants-femmes observent Pascal et se font des commentaires en pouffant, l’une d’elles va jusqu’à lui adresser un clin d’œil… Épouvanté, il baisse les yeux sur son clavier et fait celui qui n’a rien vu, lâchant malgré lui une fausse note que par bonheur personne ne remarque. Vient ensuite la session de Tony, et Pascal en profite pour aller boire un verre d’eau pendant « Tennessee », où seules sont requises les guitares et la batterie. Fred et Léna sont en train de s’écharper dans la coulisse et ne le voient même pas passer. Il sort sur le côté de la scène et respire un bon coup, remarquant au passage la présence d’un groupe de gendarmes qui devisent près de la fontaine, ce qui lui flanque une tremblote incontrôlable. Trois mini-groupies l’ont repéré et se détachent de la foule pour arriver droit sur lui en minaudant, mais son regard erre au-dessus de la masse et il est trop tard quand il s’en aperçoit. – Hé, monsieur ! On vous a déjà dit que vous ressemblez à David Hallyday ? Ignorant la question, il soulève la bâche et s’apprête à rentrer dans la coulisse quand l’une d’elles l’agrippe par son veston : – Pourquoi vous repartez ? Vous êtes pas sympa… – Non, je suis pas sympa, et je vais même te dire : j’aime pas les enfants. – On n’est pas des enfants ! proteste la plus maquillée. – Y’a pas de quoi s’en vanter, réplique-t-il en s’éclipsant. Il retourne sur scène et branche la fonction « piano » juste à temps pour débuter « Que je t’aime » où c’est pour ainsi dire lui qui fait tout, et d’ailleurs il le fait drôlement mieux que son prédécesseur, Tony semble apprécier. Le public également : tous sont bras en l’air et se tiennent les mains tout en chantant – si on peut appeler ça chanter. Puis vient le temps de James Brown, que Tony fait durer en poussant des cris impressionnants, révélant toute l’étendue de son potentiel de bluesman. Après un détour par « Rock around the clock » et « Everybody needs somebody », ils reviennent à un répertoire plus moderne avec « Le freak c’est chic ». Pascal joue presque mécaniquement, la multiplication insolite des gendarmes ne lui a pas échappé et la peur est en train de le gagner graduellement. Il en oublie que c’est à lui de lancer « Paris latino », le bassiste lui donne un coup de coude, le rappelant subitement à l’ordre. Une tripotée de gamines s’empressent de faire les mouvements de danse qu’elles ont appris devant leur télé, rajoutant une dose d’oppression supplémentaire à Pascal, qui à présent n’a plus de doute : la police encercle la place. Hypnotisé, il regarde les agents se regrouper méthodiquement sur les côtés et se rapprocher lentement de la scène. C’est pour lui. Il termine de jouer le morceau et son cerveau est sur le point d’exploser quand il comprend que c’est maintenant : le moment tant redouté est venu, jusqu’au bout il avait cru pouvoir l’éviter mais plus le choix, il doit jouer « Moi Lolita ». S’apprêtant à accomplir son destin, horrifié par son propre geste, il regarde ses mains s’abattre sur les touches et lancer la nappe haïe, qu’il branche en boucle avant de pianoter la rythmique, comme investi par une autre personne. Léna s’est mise à se tortiller face à un parterre de gamines en transe, hystériques à l’approche des premières paroles. Les policiers sont tout proches et le regardent fixement, l’un d’eux a la main collée à l’oreille dans l’attente d’instructions, les autres sont prêts à dégainer. « Moi je m’appelle Lo-lita » susurre Léna d’une voix faussement enfantine ; une gamine escalade la scène et commence à danser en crânant. Immédiatement, deux, puis trois, puis quatre autres l’imitent, rivalisant de gestes bien trop connotés pour leur âge, bouches en canard façon top-models. Bientôt, la scène entière est envahie, faisant écran au reste du public, y compris aux forces de l’ordre. Les petites s’agitent de façon malhabile et outrancière, adressant à Pascal des sourires enjôleurs qui lui donnent envie de vomir. Sa vue se brouille devant la danse démoniaque, strings, mini-jupes et faux piercings se mélangent en une farandole impressionniste au milieu de laquelle il n’est plus qu’un automate. Il continue à jouer. Instinctivement, il sait qu’il vit là son dernier sursis. Tant qu’il jouera, la police ne pourra rien faire. Tant qu’il jouera « Moi Lolita ».

Les Singeries mécaniques

9


s l i e s n Co pour vieux

dégueulasse

M

onsieur,

Les années ont passé et votre couple est maintenant bien installé. Si bien qu’il vous semble presque endormi. Reconnaissons que

depuis qu’elle s’est faite à l’idée de ses quatre-vingts ans, votre femme fait nettement moins attention à vous. Seulement voilà, votre corps a beau être fatigué, il n’en réclame pas moins quelques coquineries. Votre rêve le plus cher, il faut bien l’admettre, serait une petite fellation conjugale. Le genre de gâterie qui vous rappellerait en quelques secondes les premières années de votre couple et ressusciterait, l’espace d’un instant, votre jeunesse passée. Sauf que Madame se refuse. Sa beauté n’est plus la même et ses envies se sont un peu étiolées, difficile pour elle de s’imaginer vous exciter. Et pourtant si elle savait ! Aller voir une professionnelle ne fait pas partie de votre tempérament : vous êtes trop timide, fauché ou incapable de tromper votre chère et tendre. Quant à l’autofellation, vous n’y êtes jamais arrivé. Pourtant une autre solution existe !

Si la nuit porte conseil elle est aussi le lit de tous les vices... Saisissez donc votre chance pour un peu de bon temps. Tout d’abord, assurez-vous que votre attitude ne révèle en rien le fond de votre pensée. Jouez l’innocent... soyez fidèle à votre routine. Le dîner terminé, le programme télé épuisé, vous vous dirigez ensemble vers la salle de bain pour une petite toilette. Extraction et lavage de dentier, coup de gant et brosse à dents, rien ne doit changer. À un détail près, ne prenez pas votre somnifère et assurez-vous que Madame prenne bien le sien (si elle n’en prend pas habituellement, écrasez-en un dans son yaourt). Un fois au lit, ne vous reste plus qu’à attendre les premiers ronflements. Ils seront le signal de votre soirée érotique. Levez-vous discrètement pour récupérer le dentier de votre femme et le ramener dans votre chambre. Appliquez-le ensuite sur le sexe endormi de Madame. Un peu de lubrifiant vous facilitera la tâche. Vous pourrez alors plonger votre membre énervé dans cet orifice artificiel en toute simplicité. Eh oui, surprise, la sensation est la même : du plaisir, de l’humidité et des dents, voilà ce que vous cherchiez depuis tant de temps.

Attention ! Il est fortement déconseillé de jouer à ce petit jeu directement dans la bouche de Madame. Vous risqueriez soit de la réveiller, soit de l’étouffer. Mais n’oubliez pas que son corps vous offre de nombreuses possibilités. Son anus, évidemment, mais aussi, surtout, de nombreux plis apparus au fil des ans à coups de rides et de graisses. L’application du dentier transformera chaque recoin de votre épouse en une nouvelle fellation. Si vous êtes joueur, n’oubliez pas non plus Minette et Fidèle, votre chatte et votre labrador, qui sauront aussi faire l’affaire. Ils auront en plus la chance de vous présenter quelques poils qui ne seront pas sans vous rappeler la douceur de la chevelure d’une femme. Vous voilà parti pour de folles soirées endiablées. 10 1 0

Lees S L Les Si Singeries ing nger eries iiees mécaniques méc m éc é cani ani an nique ues ue

Abit Cot


Chronique du morpion Pour ce dernier (ah oui vraiment ?!) numéro des SM je vais vous raconter une histoire ! « C’était un merveilleux trottoir noir truffé de chewing-gums de toutes les couleurs. Écrasés sur le goudron, ils ne racontaient pas grand chose. Ce trottoir était situé dans la voie sans issue d’une banlieue londonienne où personne ne venait. Il ne se passait rien. L’ennui. » Voilà, c’est à peu près tout ce que j’ai pour ce soir, vous imaginez un peu la sécheresse de mon cerveau en cet été 2013. Pourtant le big boss des Singeries mécaniques, j’aimerais lui pondre un papier, lui sortir un super texte qui réveillerait les foules virtuelles de lecteurs et relancerait la machine ! Mieux encore, grâce à ce geste ultime : notre verve propulsée dans le néant pixelisé de la toile, nous nous ferions repérer par un éditeur ! Et puis quoi encore ? Pour ça il faudrait avoir une sacrée idée de fond, et du style. Je me triture les méninges mais ce soir par où commencer ? Mes neurones sont comme des bulles qui éclatent à l’air.

‘plic !’, ‘ploc !’, ‘Zzzz’ Les actualités ? Hollande ? Valls et sa matraque ? La crise ? Les burkas ? Je suis pas dans Charlie Hebdo. Et puis à vrai dire, je m’en fous un peu. Je ne suis pas résigné, non, j’ai juste un peu de mal à juger à chaud et à m’intéresser à la politique en ce moment. Alors quel sujet reste-t-il à explorer ? Justement, tout le reste ! Mais le reste c’est infini, et l’infini un peu effrayant. Le « Do it yourself » devient « dig it yourself ». Un aveu d’échec, ou simplement une envie de tourner une page. Tant qu’il y a changement, rien n’est vraiment mort non ? Je divague et digresse encore. J’observais les nuages ce matin, leur ballet incessant, comme un tapis roulant cotonneux. La vie, un cycle, un changement de forme, un

mouvement perpétuel. Les Singeries étaient un fragment, un instant, une part de tarte au goût changeant, une pièce de puzzle modulable à l’envie. Sans contrainte de temps et libre, peut -être un peu trop. Je lève la tête sous le lampadaire de la rue morte. Août fait fuir le goudron. Il pleut par intermittence. L’essence-ciel, le cycle de l’eau. Vagues rêveries de lendemain de soirée, l’esprit est embrumé. Ce dernier numéro est comme un lendemain de cuite, on a un peu la tête qui tourne. On danse en titubant sur le trottoir. Les chewinggums swinguent. Les couleurs chatoient et brillent dans l’eau. Les chats aboient gentiment. C’est pas de la poésie automatique, c’est de la digression locomotive, ça tourne en rond en essayant d’avancer vers un sens inconnu. Et ça se prend les pieds dans les flaques. Cloaques où croassent les grenouilles qui mouillent et croissent les croissants chauds des matins saouls. Sous les palmiers la page. Je me penche et avale des grains de sable par douzaines. Ma gorge grince comme une vieille porte cochère. Je me tourne dos au lampadaire puis vomis. Les châteaux de sable explosent en tombant sur le goudron. L’humidité transforme le reste en boue. Ça vient couler jusqu’à mes pieds. Je veux filer. Je veux partir avec les Aoûtiens des plages, ceux qui désertent Londres et Paris par temps gris. Mais les chewing-gums me retiennent au trottoir. Je finis par tomber face à terre. Dans une flaque. Cycle de l’eau, tête la première. Je me noie l’orteil et m’endors sous la pluie. Lampadaire allumé. Il fait un temps à contempler le ciel, allongé sur un trottoir sale.

Loïs Low

Les Singeries mécaniques

11


o

Do it yourself !

t D

o

Do it yourself !

t D

o

t D

o

L’expression « Do it yourself » est usée jusqu’à la corde et relève maintenant aussi bien du collier de nouilles offert à la Fête des mères que du punk, du fanzine fabriqué avec trois bouts de ficelle que d’une maison de disque indépendante, de l’amateur que du professionnel. Autant dire qu’on ne compte plus les exemples tant ils sont nombreux. Pour célébrer comme il se doit ce dixième et dernier numéro, on se devait donc de rendre hommage à cet esprit sacré qui nous aura permis de nous lancer dans l’aventure des Singeries mécaniques. Nous avons donc fait notre petit tri pour brosser le sujet sous des angles, qui s’ils ne sont pas toujours originaux, élargissent un peu le sujet au-delà du punk ou du bricolage maison en temps de crise. Chez nous le Do it yourself rime avec masturbation, auto-exposition, indépendance journalistique ou alimentaire, test psychologique, Lo-fi, antiédition, chômage, voyages, choix de vie, ou même échec. Vous en auriez voulu plus ? Ou alors plus pointu ? Ou fait autrement ? Ou bien, moins hors-sujet ? Mais on s’en fout ! Si vous n’êtes pas contents, allez donc lire ailleurs ou faites-le vous-mêmes ! Pas contents de notre style ? Allez-y, on attend, montrez-nous comment mieux faire. Pas contents non plus que Les Singeries s’arrêtent ? Et bien faites votre fanzine à vous ! Car oui, voilà bien le but de cette dernière thématique : mettre un bon coup de pied au cul (je m’égare, je voulais certainement dire un grand coup de motivation) à celles et ceux qui couvent dans leur coin une petite idée qu’ils n’essaient même pas de faire éclore. Personne ne viendra jamais frapper à votre porte pour vous pousser à écrire le roman que vous avez imaginé, enregistrer la chanson que vous avez composée sous la douche, fabriquer ce meuble que vous ne trouvez pas en magasin ou partir en voyage là où vous l’avez toujours secrètement espéré. Rien n’est plus enthousiasmant que d’essayer de faire quelque chose. Surtout en suivant un chemin que l’on se fixe soi-même. Cette aventure-là vaut le coup. Croyez-nous ! Décrochez les posters, tuez vos idoles (ces machines à complexes) et lancez-vous. Et si le Do it yourself n’assure pas le talent, il permet au moins de se regarder chaque matin dans la glace et pouvoir se dire avec fierté : « J’ai essayé ! »

Do it yourself !

Do it yourself !


J

e n’étais qu’adolescent et elle était déjà veuve lorsque nous nous sommes rencontrés. Elle m’a fait homme, elle m’a construit. Cette première nuit, je me souviens, elle m’était encore totalement inconnue. Je rêvais de jeunes femmes, belles et fraîches, inexpérimentées, tout comme moi. Mais c’est elle qui, sortie de nulle part, m’a attrapé. D’un coup sec, violent et maladroit, elle m’a amené à elle et ne m’a plus jamais relâché depuis. Pourquoi avaitelle jeté son dévolu sur le gringalet que j’étais ? Elle ébranlait d’un coup toutes mes certitudes sur l’amour. Elle qui avait connu plus d’hommes que je ne pourrai jamais rencontrer de femmes n’avait aucune raison de prendre ainsi soin de moi. Peu m’importait, la douceur de ses paroles, ses caresses et sa tendresse rude me faisaient fondre comme neige au soleil. Les années passant elle me prépara à devenir homme. Un vrai, comme tous ceux qu’elle avait connus jusqu’à moi. Je comprenais alors que ma veuve n’avait pas fréquenté mais formé des hommes. De ses mains agiles elle modelait le petit tas de terre que j’étais. Moi Galathée, elle Pygmalion. J’étais sa poterie, son passe-temps des longues soirées. Mais on est dur avec

ceux que l’on aime et l’homme que j’étais devenu ne pensa plus qu’à quitter celle qui l’avait conçu. Il faut bien avouer que notre couple en sortie faisait tache et que les femmes de mon âge commençaient sérieusement à me tourner la tête et m’enflammer le corps. À partir de ce moment, une seule chose m’importait : quitter ma veuve, pour pratiquer avec les autres tout ce qu’elle m’avait appris. Quitter ses mains pour découvrir leur corps. J’en ai connu des femmes, fragiles, dangereuses, peureuses, malhabiles et expertes. Ma veuve avait su les incarner toutes à la fois. J’étais l’homme qui connaissait les femmes. Je me résolus à n’en choisir qu’une, à m’installer. Une première fois. Puis une deuxième, une troisième, et tant de fois. Un jour viendra, je trouverai la bonne. Mais je sais qu’une seule continue à me surveiller. Elle reste de côté. Elle attend que jeunesse se fasse pour reprendre la place qui est la sienne. Parce qu’elle sait que si un jour je finis seul, c’est avec elle que j’irai me consoler. Ma veuve, ma veuve poignet.

Abit Cot

Les Singeries mécaniques

13


Courant juin 2013, Marie-Lou Bellynck et Loïs Low mettaient en place une exposition on ne peut plus indépendante. La première écrit, le second dessine, l’occasion était alors trop belle pour ne pas imaginer une rencontre de ces deux univers. Ne pouvant se résoudre à attendre une salle d’exposition qui s’ouvrirait à eux, c’est l’appartement de la première, débarrassé de son quotidien, qui devint, l’espace de quelques jours, salle d’exposition. Si ça ce n’est pas du Do it yourself ? Ils nous racontent leur expérience.

Marie-Lou Bellynck Deux univers réunis le temps de quelques heures, le temps de quelques jours. C’est ainsi que je serais tentée de résumer l’exposition qui a eu lieu en juin dernier à Lille. Si nous avions, Loïs et moi, quelques amis communs, conviés à l’évènement, ce fut aussi l’occasion de mélanger un public pas forcément amené à se rencontrer. En tant que Lillois, nous avions réfléchi à un lieu où réunir tout ce petit monde, œuvres confondues... Mais devant l’urgence de la situation (un besoin d’exposer j’entends !), nous avons choisi un endroit pas tout à fait neutre, puisque étant celui qui abrite mes jours! Mon appartement, jusqu’alors encombré, fut bientôt transformé, revisité, en lieu d’exposition ! (J’avoue avoir particulièrement apprécié d’avoir dormi, les nuits suivant l’installation, dans l’espace feutré de nos courbes et traits accrochés !) Je pourrais qualifier les jours qui ont précédé ladite exposition de « Marelle géante » dont la consécration fut cette soirée de vernissage : sorte de partie à ciel ouvert. Oui tout fut un jeu ! Des échanges graphico-textuels aux excursions en magasins d’ameublement, les terrains à explorer furent vastes et variés. L’installation, m’apprit beaucoup, novice, complètement étrangère aux nombreux paramètres liés à la composition d’un mur ou à son grain, ou à l’intérêt de faire « disparaître tout élément graphique » d’un espace en étant saturé pour mieux mettre en valeur le reste ! Loïs mit en œuvre beaucoup d’adresse et de patience... Le soir venu, les cadres en place, j’ai accueilli avec joie chacune des personnes venues. J’observais les visages, un peu tendue, guettant les réactions. La question qui me (nous!) fut le plus posée, fut celle de savoir, qui de l’œuf ou de la poule... ou plus précisément lequel du texte ou du dessin fut le premier? La réponse, sans équivoque put étonner : Les deux, et alternativement! Et de mon point de vue, cela fonctionne très bien dans les deux sens ! Le Dreamcatcher qui eut son succès en est une preuve, il ouvre un champ, semble-t-il sans limite, à l’interprétation multiple, engouffrant qui l’observe dans une hypnotique contemplation. C’est ce qu’il me procura, une fascination créatrice! Inversement, ce fut toujours avec grand intérêt et bonheur que je découvris le fruit de mes idées à travers l’œil de Loïs. Le dessin Éoliennes, le tout premier de notre association et créé à partir d’un de mes quelques textes sur ce thème, me révéla une certaine noirceur ; certaine pour ne pas dire totale puisqu’elle domine sous la mine de Loïs, laissant entrevoir de longues pales dotées de mains menaçantes. Je compris par la suite, alors que ce dessin me l’avait soufflé bien avant, que l’éolienne exprimait une part intime, plus sombre que je me le figurais. Ainsi, l’éclairage d’une œuvre par une autre, au centre du questionnement ce soir-là, devient fenêtre ouverte vers le monde, mais aussi vers le sien propre, dévoilant un peu de soi, ou ce que l’on s’autorise à en voir. Il fut intéressant pour moi de voir ce que le public percevait de cette interaction et s’il y était, lui aussi, sensible. Certains encore, lors du vernissage, s’intéressèrent aux choix des polices retenues pour présenter les textes. Cela ne fit que confirmer une question qui avait surgi lors de l’installation, qui n’était autre que celle de la forme plastique des mots sur la page et de l’utilisation que nous pourrions en faire...

En des temps révélateurs-élévateurs, le cadran-cadre sans coin, exhausse les sens. Il exauce les espérances, et sans nuance est salvateur. Exhausteur d’égout quand t’es à bout, le temps file entre tes doigts quand t’en débats, et t’as des bas qui ne vont pas de soi. Et quand ce cadre et sa rondeur cadenassent les heures, on peut toujours s’accrocher, pour réussir à t’y coller. C’est sans gagnant et c’est donnant-donnant. Tu prends du temps contre un semblant de commencement. Tu vis à cent à leurres, et tu constates à l’arrivée, qu’il n’y a que toi qui as joué.

En retard - 26 x 36 cm - Stylo/ aquarelle sur papier.

14

Les Singeries mécaniques


Dans ton for, c’est un poème qui résonne. Annabel Lee voguant sans bruit, une femme en train... un livre en main. Trainant ses guêtres dans une langue-heure, une traînée verte, sortant du cor. Résonnent encore des duels-langues de bois, des amants s’échardant sur des charbons éteints. De vieux enfants qui se tâtent et constatent, que l’écho s’est tu, que des condensés sont parfois utiles, qu’en comblant les blancs, on s’en tire, et qu’en consentant on s’entend sans dire. Résonne encore une page qui écorche, en toile de fond, écornée, tonne encore ce cor, des corps dansant, condescendants, des corps sans dents, rayant pourtant, les parquets par paquets. Une coulée d’encre finira bien par effacer, les derniers sons, d’un long trajet rétrovisé.

Escorgot - 30 x 40 cm - Stylo sur papier.

Loïs Low Il est difficile de parler de son propre travail, je vais essayé ici de traiter de ce vers quoi nous avons tenté d’aller. Pour ce vers quoi ça allait réellement, c’est une autre histoire ! Après tout, comme dirait l’autre, l’important n’est-il pas le chemin ? J’avais fait pour ma part quelques expositions précédemment, dans d’autres lieux. Cette fois-ci, il s’agissait de confronter mes dessins, mes habitudes assez égoïstes, à un travail d’écriture, autre que le mien, les sortir de l’atelier et les faire « jouer » avec les textes de Marie-Lou. Je connaissais ces derniers, mais je n’avais jamais vraiment essayé de les dessiner ni de leur juxtaposer un de mes dessins. Sans trop d’obligation contraignante j’ai parfois dessiné selon un texte particulier qui me parlait, m’interpellait. D’autres fois c’est le texte qui a épousé le trait. Une sacrée expérience ! La démarche, pour le coup, était totalement « do it yourself » dans le sens où pour ne pas nous ennuyer à chercher un lieu institutionnel, salle d’expo estampillée ou autre, nous avons décidé d’occuper son appartement. Le public venu en nombre ce soir-là se chargerait de rajouter, donner ou dévoiler du sens, faire des liens entre textes et dessins et tenter de donner une cohérence à l’ensemble. Ce fut une réussite selon moi. Beaucoup d’échos nous rapportant le succès du mariage. Quel plaisir en tout cas d’avoir mené une aventure à deux et d’en profiter pleinement dans un bain commun avec des invités venus d’horizons totalement différents. J’ai une démarche assez surréaliste dans ma production dessinée. Cette fois j’ai dû donner un sens en faisant correspondre mon trait au texte, ou me perdre encore plus dans l’association des formes. Les personnes venues au vernissage ont délié ou relié ce qu’elles voulaient. Elles y ont trouvé des correspondances avec leur propre vécu, leur propre rapport à la vie peut-être ? En tout cas un sens à la fois global et propre à chacun. C’est la force d’une création poétique selon moi. Comme les textes de Marie-Lou ont une forme poétique et qu’ils ne disent pas tout, à l’instar de mes dessins, ils n’en sont pas si loin. Le résultat « fonctionnait ». Deux inconscients plus ou moins lucides se sont confrontés : les aller-retours entre sens et non-sens, néologismes, envolées lyriques et pragmatisme. Tout ceci se mêlait aux traits. Nous tenions un fil. Une ligne fine et fragile peut-être. Entre joie et désespoir, écorchures et sexualité débordante. Entre contrôle et abandon. Nous avons réussi à tenir plutôt bien en déséquilibre je crois. Duo, complémentarité de l’image et de l’écriture, la dualité dans un aller-retour entre les formes des lettres et des personnages ou décors dessinés. Tout ceci fonctionnait comme une légende, un sous-titre à une histoire entamée. Le but initial était de partir de nos propres histoires créatrices personnelles et introspectives. L’écriture et la peinture, ensuite entremêlées, devaient parler au visiteur. L’interpeller dans son propre vécu. Sa propre histoire. Le double au service de l’individuel. Et pourquoi pas, rêvons un peu, de l’universel ! Les Singeries mécaniques

15


Les feuilles mortes I

l y a maintenant quelques années j’ai initié une petite collection qui commence à faire son effet. Une collection unique, un peu macabre, mais qui dessine à mes yeux un sujet suffisamment intéressant pour être abordé ici. Rien de glauque je vous rassure : je collectionne les derniers numéros de journaux. Et je peux vous dire que notre époque est radieuse, car les journaux indépendants crèvent comme les mouches au Pôle nord. Allez, deux noms pour commencer : en 2010, j’ouvrais ma collection avec Le Plan B et Siné Hebdo qui déposaient le bilan à quelques semaines d’intervalle. Rien que début 2011, je récupérais trois nouveaux absents : La Mèche, Bakchich hebdo ou Flash. Avec le temps, je me suis mis à la recherche d’autres journaux qui, avant eux, n’avaient pas fait long feu. L’Idiot international, Charlie Hebdo première mouture, Charlie Matin, Hara-Kiri, La Vérité... Ma collection n’en finit pas de s’élargir et de nouveaux cas se présentent encore à moi, comme celui de Zélium qui a récemment quitté les kiosques pour ne se vendre que par le biais de son site Internet. Toutes ces disparitions m’interpellent et je ne peux m’empêcher de chercher un sens, une idée... bref, une cohérence à ma collection. La seule qui me saute aux yeux reste l’indépendance de ces journaux. L’indépendance est un bien grand mot qui pourrait dire tout et son contraire. De l’indépendance face au pouvoir, l’indépendance des idées ou l’indépendance financière, je ne retiendrai que cette dernière qui assure à elle seule les deux premières. Je m’explique. Les pages publicitaires sont, avec les abonnements, les principales ressources fixes des journaux qui ont choisi de leur ouvrir leurs colonnes. On comprendra assez facilement qu’il est presque impossible de vendre à un financier une page de pub dans un journal qui critiquerait

16

Les Singeries mécaniques

ouvertement ses produits. Difficile, par exemple, de faire cohabiter, dans un même numéro, un article dénonçant les conséquences néfastes du nucléaire et une pub pour Areva sans prendre ouvertement le lecteur pour une truffe. Ajoutez à cela les intérêts politiques auxquels sont liés ces mêmes financiers et vous voilà bien empêtrés pour formuler un propos exempt de toute influence. L’argent étant nécessaire pour survivre, nombreux sont les titres qui s’assoient confortablement sur leur liberté de parole. Le mélange des genres va même plus loin lorsque les grands groupes financiers s’installent directement à la tête des rédactions. Dassault au Figaro, Rothschild à Libération, Bergé, Niel et Pigasse au Monde... On ne peut pas faire plus efficace pour s’assurer un silence coupable de ceux qui sont normalement payés pour l’ouvrir. La publicité et le pouvoir financier maintiennent ainsi en kiosques un bon nombre de journaux sans danger, effrayés à la simple idée de gratter une idée pouvant contrarier leur financement. Une preuve s’il en faut que les grands financiers sont bien moins intéressés par le contenu éditorial que par un potentiel commercial, le groupe Lagardère se dit prêt à sacrifier dix des titres en sa possession qui ne rempliraient pas leur contrat de rentabilité. Alors oui, les journaux indépendants crèvent plus facilement car ils ne (sur)vivent que par le soutien financier de leurs lecteurs (achat en kiosque, abonnement). C’est donc vers ces journaux que je me tourne pour remplir ma collection. Je commence même à prendre un certain plaisir à repérer ceux qui viendront grossir les rangs de ma nouvelle marotte. J’en tiens déjà quelques-uns au bout de mon épuisette... Sans apport financier fixe, ils réussissent difficilement à se faire une place aux yeux du grand public. Ils n’ont pas les moyens (et l’envie ?) de s’afficher


dans le métro ou en façade de boutique pour concurrencer les lectures plus classiques. Heureusement, certains arrivent encore à se passer de financements extérieurs sans que cela ne joue sur leur nombre de lecteurs. Ainsi, Le Canard enchaîné trace tranquillement sa route dans nos kiosques depuis presque 100 ans. Il est une référence : son public et ses ventes semblent lui être tout acquis. Charlie Hebdo (qui affiche quand même quelques publicités pour Libération) a quant à lui hérité d’un public qui pense retrouver une verve, un esprit passé. Il n’a pas la carrure du Charlie de Cavanna-Choron, mais certainement un meilleur financier, vu que le bateau est toujours à flots (même si je persiste à penser que beaucoup de ses lecteurs continuent à l’acheter par simple habitude et manque de concurrence). Ces deux mastodontes ont encore de beaux jours devant eux. Et nous, pauvres Singeries que nous sommes, où nous situons-nous ? Sommes-nous les mieux placés pour jeter la pierre à ceux qui affichent une page de pub pour une page d’« info » ? S’il est évident qu’aucun financier ne se serait risqué à nous soutenir (le malheureux serait aujourd’hui ruiné), on peut toutefois se poser quelques questions quant à nos supports de diffusion. Si les réseaux sociaux par lesquels nous passons n’ont aucune influence directe sur nos idées, que penser du fait que chaque clic associé au nom Singeries mécaniques alimente ou a alimenté les ventes publicitaires des Mark Zukerberg et Kim Dotcom ? Ces réseaux « gratuits » vivent de la pub, et à notre manière nous avons justifié ce système. S’il est difficile d’atteindre l’indépendance ultime (même pour de simples fanzines qui doivent passer par la toile pour gagner un ou deux lecteurs), on ne peut que saluer tous ceux qui n’ont pas hésité à déposer le bilan plutôt que d’opter pour la facilité. Mais rassurez-vous, la nature est parfois bien faite et certains journaux plus traditionnels affichent aussi leur dernière une. Voir un titre comme France Soir rejoindre ma belle collection

est un véritable soulagement. Il me rappelle que les lecteurs se détournent aussi des plus mauvais. Quand ces derniers viennent à manquer, les financiers ne sont pas longs à quitter la barque. Et quand La Tribune abandonne le papier pour le numérique, on ne peut que rire de bon cœur lorsque l’on sait qu’on accumule plus facilement les pubs sur un site internet que sur un support limité comme le papier. Voyez donc Rue89, dont on ne distinguera bientôt plus les publicités des articles. Les journaux indépendants ne vivent que par vous. Payer l’information est le seul moyen de lui assurer son indépendance. Tout n’est qu’une question de choix. Le vendu ou l’indépendant ? Alors fouillez les kiosques à journaux avant que les titres les plus intéressants ne finissent dans ma collection. Histoire qu’elle ne prenne pas trop rapidement de l’ampleur, voici quelques titres qui vous correspondront peut-être... Je ne les classe pas, je ne les ai pas tous lus, certains m’énervent même, mais je ne peux que mettre en avant ces quelques journaux qui ont le courage de ne vivre que d’eux-mêmes, qu’ils s’adressent aux écologistes, anarchistes, extrêmistes de tous bords, amateurs de bonne rigolade, de bons textes ou de petites infos. La Décroissance, La Revue XXI, Le Tigre (que je recommande plus que tout), Article 11, Fakir, Siné Mensuel (qui vient de faire appel au don de ses lecteurs pour continuer à publier), Ta gueule !, Politis, Sarkophage, Le Nouvel indigné, L’Indiscret, La Presse satirique, Présent, Le Sans-Culotte, La Brique, Le Postillon, Psykopat, La Bougie du Sapeur (qui ne sort que les 29 février, soit une fois tous les 4 ans) Le Monde libertaire, Tout est à nous !, Minute ou Rivarol. J’en oublie sûrement et je m’en excuse. N’hésitez donc pas à fouiller les kiosques à la recherche de ceux que je n’aurais pas cités. Bons, mauvais, futiles ou indispensables, je vous laisse vous faire un avis sur ceux qui n’attendent qu’après vous pour ne pas rejoindre ma funeste collection.

Antoine Salmon

Les Singeries mécaniques

17


La fin par la faim O

sez, osez... le végétarisme ! À écouter tous progressivement les prairies remplies de vaches et ces militants de la salade, en voilà une de moutons. On rasera les poulaillers géants pour idée qui serait belle. L’humanité pourrait y planter du soja ou du maïs. Très logiquement, même y retrouver sa véritable indépendance. les animaux que nous exploitions pour nous Alors, oui, mangez du légume, de la graine et de nourrir deviendront nos rivaux, nos concurrents la racine. Mangez, mangez, je vais vous expliquer. alimentaires. Pourquoi nourrir une poule dont Le végétarien de base ne consomme pas de on ne mangerait même plus l’œuf ? Et pourquoi viande. Pas même du poisson ou une crevette. la laisser manger ce maïs qui finira dans notre Un pur et dur, comme nous en croisons de plus assiette ? Nous devons manger et ne sommes pas en plus. Bientôt les rayons de nos supermarchés prêts à partager. Une seule option, l’élimination. seront plus chargés en soja et boulghour qu’en Un à un, les concurrents seront supprimés. Nous poulets et saucisses. Ils seront beaux les réveillons commencerons par les nuisibles, évidemment, de Noël où tonton coupera en tranches le tofu que mais tous y passeront, petits et grands. mamie aura farci aux petits pois. Et le ramadan ? À l’abattoir, ruminants à flatulences et autres Vous imaginez mettre fin à 30 jours de jeûne herbivores. Stérilisons, abattons, détruisons. Les vaches ne doivent leur avec quelques dattes ? salut qu’aux McDos Ces images ont beau La viande que nous produisons autres laitages. vous faire sourire, elles et consommons à outrance laissera et Cette dépendance vous seront bientôt un vide qu’il faudra bien combler. supprimée, il sera familières. temps de les tuer. Voilà maintenant des générations que Les souris et les rats ne traîneront plus dans l’homme est à la merci des animaux. Non pas nos silos. Les escargots, limaces et pucerons qui physiquement, de ce point de vue il n’est l’esclave dévorent nos salades deviendront nos ennemis que de lui-même, mais alimentairement. Chaque numéro 1. Nous viderons les forêts jusqu’au journée qui passe, il est difficile pour lui de se dernier hérisson. Le monde est à nous, la bouffe passer du travail animal. Que ce soit son beurre, est à nous. Dans un premier temps, il sera son steak, son œuf, son yaourt ou même son envisageable de laisser quelques carnivores nous Nutella et ses sucettes, l’animal y a fait son nid. faciliter la tâche. De toute manière, la rareté de Officiellement, les végétariens mettent en avant leurs proies les amènera à disparaitre. L’homme leur santé et le respect animal. Officieusement, est fait pour dominer ; bouffer de la salade nous je les soupçonne d’avoir pensé les choses bien permettra juste de l’affirmer. Vous pensez encore autrement. D’ailleurs nous le comprendrons que notre ancêtre Homo erectus s’est mis à chasser lorsque chacun de nous sera converti. pour le goût du gibier alors qu’il aurait pu se Imaginez donc ce jour prochain, quand l’espèce contenter de cultiver ou cueillir ce que la nature humaine aura ôté de son quotidien le fruit du lui offrait ? Il ne s’agissait là que d’un début, celui travail animal. Quand tous ensemble, nous ne du nettoyage, celui de la domination. « Tout ce formerons plus qu’une seule et même espèce qui ne me sert plus, doit être éliminé », telle sera végétarienne. Attention, il n’y aura même notre nouvelle devise. Même la pollinisation des plus de place pour les mollassons que sont abeilles pourra être remplacée par celle de nos les pesco-végétariens ou pollo-végétariens. machines ou laboratoires. Quand je vous dis que Seuls subsisteront les vrais, les purs et durs. nous pouvons nous passer de tous les animaux. Qu’adviendra-t-il du monde économique Tout au plus accepterons-nous encore les chiens sur lequel se base notre société ? Des années et les chats par habitude ou coquetterie, mais on de surconsommation à tout-va ont élargi nos sait tous qu’ils ne feront pas long feu sans pâtée estomacs comme jamais ils ne l’ont été jusqu’ici. ni croquettes. La viande que nous produisons et consommons Le chemin est encore long pour arriver à cet à outrance laissera un vide qu’il faudra bien idéal dont rêvent les végétariens, mais chaque combler. Il sera alors temps d’atteindre les jour de nouveaux adeptes s’ouvrent à leurs objectifs que se sont secrètement fixés les idées. Les premiers écolos des années 1970 ont végétariens : l’indépendance totale. Le do it yourself fait leur temps, barbus et puants ; ils ont tout alimentaire ! Les champs de blé remplaceront

18

Les Singeries mécaniques


juste convaincu quelques hippies un peu inspirés par l’effluve de leurs pétards. Aujourd’hui, le végétarien est glamour, il est in et inonde le web de ses vidéos et photos militantes. Il est ouvert aux nouvelles technologies et fait passer son combat quotidien pour une hygiène de vie. Une starlette se déclare vegan et 300 jeunes filles en fleur lui emboîtent le pas. Votre collègue affiche une ligne superbe grâce au végétarisme alors que vous empestez le graillon et que l’abus de pouletketchup commence à s’afficher sur vos cuisses : vous aussi vous entrerez dans la danse. Votre meilleur ami attire à lui seul toute l’attention à chaque sortie au restaurant alors qu’il ne fait rien d’autre qu’expliquer son choix : vous aussi vous entrerez dans la danse. Ajoutez à cela les scandales sanitaires développés à gogo dans les reportages télévisés et les journaux papier,

la crise ou le prix de la viande. Voyez comment chaque jour les rangs du végétarisme se font plus grands. Ils sont Vegan. Ils sont Légion. C’est une fatalité. Demain, vous comme moi, prierons pour qu’un mouton de moins broute les prairies qui doivent être les nôtres. Nous viderons les terres, les mers et les cieux de tous nos concurrents alimentaires. Nous serons seuls, nous serons indépendants. Vous pensez sûrement que je délire, que je suis alarmiste, pourtant c’est bien ce plan-là que ruminent chaque matin les végétariens de notre pauvre planète. J’en sais quelque chose, je m’y suis jeté à corps perdu il y a maintenant plus de deux ans... lorsque je mangeais mon dernier bout de poulet.

Jof Boup

Les Singeries mécaniques

19


DIY... WTF ?! Le test Do It Yourself ! Te débrouiller tout seul, penser par toi-même, créer tes propres fringues ou faire pousser tes légumes au fond du jardin... ouaiiiis trop fastoche !!! Mais bien plus qu’un sujet de dissert de philo, le Do It Yourself est un véritable art de vivre, une manière d’extérioriser ses convictions, un idéal à incarner par le plus profond de soi-même, Voyeeeez ?! Alors toi petit lecteur, comment introspectes-tu ton propre toi-même intérieur ? Quel type de D Do It Yourself incarnes-tu ? Prêt à hurler ta libre pensée le poing levé ? Ou, au contraire, à vivre ton D DIY dans la plus profonde intimité ?!

1 Le wee week-end, tu écoutes de la musique : En répet’, répet tu fais ta propre musique, tu es un artiste toi !

X Quand tu te rases les jambes dans ton bain : qui pique ne nique, alors pas besoin d’attendre le prochain rendez-vous chez dame esthéticienne. d’att

Dans le canapé, après avoir mangé des p’tits M&M’s avec des têtess de smileys. Da

2 En astronomie, tu serais plutôt ? Dans la Lune au sens propre.

X Dans la Lune au sens figuré. Tu as toujours les pieds sur Terre.

3 Et en astrologie ? La balance, symbole de justice, même si elle penche toujours du mauvais côté. Sagittaire : comme dans Ranma ½ !! C’est ouf !!

X Vierge, mais... c’était il y a longtemps. 4 Et ton ascendant ?

X Sagittaire : tu es monté comme un cheval ! Taureau : héhé ça te fait penser aux boîtes à meuh ! Bélier : tu fonces toujours tête baissée.

5 Quel est ton film d’horreur préféré ? Battle Royal : se débrouiller seul pour survivre. L’Attaque de la moussaka géante : ça doit être trop planant !

X X-Files : avec un titre pareil, Scully doit bien faire tomber le string ! Et maintenant les résultats en chansons ! Tu as une majorité de Tu es le Dewey’t’ yourself... Comme le petit frère de Malcolm, ça plane pour toi ! Tu es comme Billy Idol qui danse avec lui-même ou le mec de Depeche Mode qui se retrouve dans quelqu’un d’autre quand il se perd lui-même – Troubles de la personnalité évidents... si tu veux t’en sortir, help yourself : ne fais rien tout seul !!!

20

Les Singeries mécaniques

Tu as une majorité de

X

Tu es le « Fuck Yourself » de Steve Vai. Avec ou sans douleur pour toi, le DIY c’est un peu comme l’apologie de la branlette. Tu es Blondie qui s’aime, se cherche, s’oublie et finit toujours par touch yourself. Courage, encore une pointe d’autoflagellation et tu te transformeras rapidement en Punish Yourself !

Tu as une majorité de Quelle hargne ! Tu as la rage de vivre et suis les conseils des 4 garçons dans le vent (« Think for Yourself ») et du défunt Mercury (« Keep yourself alive » - conseil peu respecté soit dit en passant)... Attention toutefois à ne pas tomber dans l’excès, souviens-toi de Céline qui hurlait « Oh by myself, don’t wanna be » (t’inquiètes Céline, il est avec toi ton Rné !)... Modère donc tes propos !

Sophie Gallet


Le Lo-fi

par low

L

e Lo-fi pour moi est avant tout le Les mêmes personnes revenaient, non pour la principe : « do it yourself » (fais-le toi- bouffe sordide de Ronald, mais pour la musique même) adapté à la musique en général touchante et fragile de Daniel (je romance à et non plus seulement au punk dont il est la peine) ! Avec « True love will find you in the marque de fabrique. Plus que ça, derrière ces end » reposant sur 3 accords joués en roulement termes discutables de « low fidelity », il s’agit de sur lesquels il pose sa voix plus qu’atypique, il donner de l’importance à la crasse et à ce qui est signe une merveille de subtile mélancolie. Dans d’autres titres il est tour à tour plus enjoué, plus usuellement considéré comme tel. En art, la poussière, le grain, le bruit, tout ce punk, plus nonchalant, mais toujours touchant. qu’on efface en général pour aseptiser, vient Le ressenti vient sans nul doute de sa voix pleine ici en tant qu’ingrédient, couleur à part entière, d’émotion mais également de sa démarche et non comme finalité. Qu’il s’agisse d’arts « pure », « naïve » et totalement en porte-à-faux plastiques, de musique ou de conscience sur des groupes habituels. Car Daniel fait tout ! En l’humanité, le beau est dans la tache de couleur effet c’est également lui qui dessine la pochette ou de son, l’absence de volonté totalitaire de de ses albums. Notre artiste est multicarte : dans contrôle sur les événements. Il est question avant son travail pictural, on retrouve ce côté « cheap » et sensible qui fait également tout d’un choix a posteriori Une autre défi nition du bonheur, la marque du mouvement dans le traitement de la Lo-fi. En art contemporain composition, un choix construire des chefs-d’œuvre on pourrait comparer ça à de ne pas gommer les avec deux bouts de ficelle. l’Arte Povera, avec toute la « erreurs » mais de les assumer. En ceci, si on extrapole sur Jean-Paul, philosophie et le regard politique que ça suppose. le Lo-Fi est sartrien ! Il ne s’agit pas de faire de la L’Arte Povera proposerait de réaliser une œuvre merde et de la revendiquer comme autre chose a avec des matériaux « trouvés », « récupérés », sans posteriori ; mais de chercher à faire quelque chose achat préalable, ou bien minime. Des matériaux en suivant un chemin particulier et de réfléchir à dits « pauvres ». Ce qui s’opposait alors à un art cette notion de « bien » ou de « bonne musique ». contemporain dont la valeur s’installait aussi et Par extension, en guise d’exemple, ce qui percute surtout sur le prix des matériaux utilisés pour en rock est très souvent ce qui sent le soufre et la sa réalisation. Un acte engagé et politique. Aupoussière loin des formats mainstream aseptisés. delà sans parler nécessairement de décroissance, On échappe au formatage ! Aussi d’un point de il s’agit simplement de faire des merveilles avec vue philosophique ou ethnologique, c’est tout un peu. Une autre définition du bonheur, construire programme : prendre conscience que l’homme est des chefs-d’oeuvre avec deux bouts de ficelle. faillible et accepter le fait ; le revendiquer même À bon lecteur. comme marque de vulnérabilité, face aux autres Loïs Low et à soi. Cette vulnérabilité même qui le rend touchant et peut, a posteriori, lui donner sa force. La faille, le pli en art a longtemps été pensé (de Deleuze à Rancière). Vivent les aspérités ! La juste fragilité entre le funambule sur son fil qui tombe et la stabilité d’une statue de pierre. L’intérêt est dans ce fil même. Pour bien parler de la chose, et en musique, penchons-nous sur ce qui est considéré par les experts musicologues et mélomanes de tout poil comme le père fondateur de ce mouvement, un des rares génies de notre siècle : Daniel Johnston. Ce dernier a commencé sa carrière avec sa guitare mal accordée dans les McDos des bleds les plus pourris des États-Unis en chantant pour le public ; puis progressivement la mèche s’est enflammée. Les Singeries mécaniques

21


L’enculé qui recommenCa à écrire I

l était une fois un vilain petit canard des lettres françaises nommé Marc-Édouard Nabe. Brocardé antisémite notoire, habitué aux propos scandaleux sur les plateaux de télévision sans lesquels on ne l’inviterait pas, et amateur de jazz jusqu’au-boutiste, l’auteur d’Au régal des vermines perd son soutien le plus précieux en 2008, lorsque son ami-éditeur Jean-Paul Bertrand décide de revendre les éditions du Rocher au pharmacien Pierre Fabre. Jugé trop peu rentable par le nouvel acquéreur, Nabe voit alors se terminer une situation qui en aurait fait baver plus d’un : une rémunération mensuelle lui permettant d’écrire ce que bon lui semblait. Sans contrat, sans attache, mais avec en poche les droits de (presque) tous ses livres durement bataillés devant les tribunaux, Marc-Édouard Nabe annonce officiellement qu’il se retire de la vie littéraire pour devenir l’homme qui arrêta d’écrire. « Bon, ben voilà, ça y est, c’est fait. J’ai arrêté d’écrire. J’ai passé le week-end à hésiter. J’ai décidé d’arrêter lundi. On est lundi. Je viens d’arrêter d’écrire. [...] Si l’écriture est un duel, je l’ai perdu 1. » Sauf que cet arrêt soudain ne collait pas avec la personnalité et la carrière du personnage. Avec vingtsept livres en vingt-sept ans, il était difficile d’imaginer Nabe se contenter d’une vie non-littéraire. Lui qui s’était livré sous toutes les formes (romans, essais, journaux intimes...), pouvait-il se taire du jour au lendemain ? Jusqu’en 2010, l’auteur se fait pourtant discret et mène aux yeux de tous la vie simple d’un homme retiré du monde des lettres. Tout au plus se laisse-t-il aller à une version littéraire du street-art en collant des tracts photocopiés sur les murs de Paris et Marseille (resteront notamment dans les mémoires ses tracts sur Zidane, Obama ou le tout jeune Siné Hebdo). Ce premier coup post-éditorial n’était qu’un avant-goût de ce qui se préparait en coulisses et les esprits aiguisés se doutaient déjà que la promesse (ou la menace) d’une mort littéraire n’était qu’un leurre. Et ils n’avaient pas tort, un retour était effectivement en cours. Le 14 janvier 2010, comme une surprise attendue, Nabe revient avec un volume publié : L’Homme qui arrêta d’écrire. Mais dorénavant l’auteur devient son propre éditeur et prend les habitudes du système éditorial à contre-courant. Ce modeste livre de 686 pages se présente sous une simple couverture noire sur laquelle ne sont imprimés que le nom de l’auteur,

22

Les Singeries mécaniques

le titre et la mention roman. Le tout dans une même typographie et un corps identique. En quatrième de couverture point de résumé, prix ou code-barre, juste le numéro 28 annonçant la publication prochaine des 27 premiers livres. Le roman ne se vend pas en librairies mais sur la plateforme Internet de l’auteur et dans quelques rares points de vente décalés (boucherie, magasin de vêtements...). L’idée a un nom, l’antiédition, et pourrait se résumer ainsi : « L’antiédition c’est de l’autoédition pour quelqu’un qui est déjà connu 2. » Dans la pratique, auto-édition et antiédition fonctionnent de la même manière. L’auteur prend à sa charge l’ensemble des coûts de production du livre, s’occupe de sa distribution et en est le seul récompensé. Mais contrairement à l’auto-édité qui n’a, lui, souvent pas d’autres choix pour être lu, Nabe utilise cette démarche pour remettre en question le système éditorial français. S’il n’a jamais été un grand vendeur (avec une moyenne de 2 000 exemplaires vendus par livre - à l’exception d’Une lueur d’espoir qui s’écoula à 20 000 exemplaires), Nabe a longtemps nourri un drôle de paradoxe. Nombre de ses livres n’étant pas disponibles en librairies, les lecteurs désireux de le découvrir devaient partir à la recherche d’exemplaires d’occasion qui se vendaient parfois à des prix dépassant le raisonnable. Il était bizarrement l’un des rares auteurs vivant dont certains livres se vendaient plus chers d’occasion que neufs. Fort de ce constat, il croit pouvoir s’assurer d’un lectorat fixe lorsqu’il publie L’Homme qui arrêta d’écrire. Et si 2 000 lecteurs ne suffisent pas à nourrir convenablement un auteur, un éditeur et toute une grappe de libraires, ils suffisent aisément à un auteur qui assurerait toutes les dépenses mais recevrait tous les bénéfices. Et la surprise fut de taille. Car avec pas moins de 6 000 exemplaires vendus à ce jour, Nabe a largement réussi le pari qu’il s’était fixé. Galvanisé par ce succès, Nabe a rapidement transformé ce premier coup d’essai en réflexion éditoriale. À de nombreuses reprises, il s’est exprimé sur L’Homme. La démarche prenant le pas sur le contenu du livre, il lance d’interview en interview quelques questions qui méritaient d’être posées. Un auteur à succès, même modeste, a-t-il besoin d’une maison d’édition et des libraires pour être lu ? Est-il plus rentable d’écrire avec ou sans intermédiaires ? Quel est le rôle des librairies ? Est-il normal qu’elles touchent plus que l’auteur sur chaque livre vendu ?...


S’il y a une interview à garder, c’est bien celle que Nabe donna pour la sortie de L’Homme chez son ami Taddeï 3. Il y fait un rapprochement surprenant mais éloquent entre les situations d’écrivain et de producteur de lait. L’un comme l’autre récupère sur le fruit de sa production (livre et lait) une part ridicule comparée à ce que peuvent toucher les éditeurs et libraires d’un côté, usines et grandes surfaces de l’autre. L’antiédition va au-delà du concept pour devenir une démonstration. Nabe espère ainsi créer un renouveau littéraire à partir duquel des q auteurs connus et reconnus, au public acquis, se passeraient à leur tourr de leur maison d’édition pour s’auto-éditer. diter. Concernant son contenu, L’Homme Homme s’est aussi bien attiré les éloges es que les critiques. Là où certains y ont lu une fresque moderne de Paris, s, d’autres n’y ont vu qu’un concentréé de ragots mondains et littéraires. La réalité éalité se situe peut-être entre les deux ? Nabe abe y raconte sa nouvelle vie d’écrivain qui n’écrit plus dans un Paris qu’il redécouvree aux côtés d’un jeune bloggeur, de ses amis et de quelques célébritéss croisées de-ci de-là. Petite revanche et pas des moindres, L’Homme qui arrêta d’écrire fut sélectionné pour le prix Renaudot. Belle surprise pour un livre se voulant antisystème. L’histoire ne nous dira pas si Nabe aurait refusé le prix puisque celui-ci lui fut soufflé par Despentes elle-même perdante face à Houellebecq quelques heures auparavant pour le prix Goncourt. Non content d’avoir prouvé une première fois qu’un auteur pouvait se passer de son éditeur avec succès, Nabe antiédite son deuxième roman en octobre 2011. L’Enculé, c’est son titre, marque un nouveau tournant dans sa réflexion antiéditoriale. Si le livre est déjà provocant sur le fond, il y a bien plus à penser sur la manière dont Nabe a su s’en servir pour alimenter ses réflexions éditoriales. Avec ce roman, il s’attaque à l’affaire DSK (délayée jusqu’à l’écoeurement dans les médias) d’un point de vue encore inédit dans une France qui admettait difficilement que l’ancien directeur du FMI puisse être totalement coupable (eh oui, le coup de l’éternel complot). En choisissant l’ex-présidentiable comme narrateur de toutes ses mésaventures, l’écho médiatique était assuré. D’autant plus que le DSK de Nabe est caricaturé à l’extrême. Obsédé total et incapable d’aligner quatre mots d’anglais, son président du FMI violeur est un antisémite juif qui ne supporte plus l’amour de sa femme pour le peuple élu. Le lecteur y suit donc le

quotidien d’un DSK en pleine tourmente dont les principales préoccupations se résument à essayer de trouver une nouvelle poupée à mettre dans son lit ; affronter la justice et les médias ; s’opposer quasi-systématiquement aux volontés de sa femme ; et chier de bon cœur sur les bonnes intentions de ses défenseurs. Quelques scènes clés pourraient en résumer l’esprit : DSK griffonnant sa lettre de démission, s’extasiant devant la virilité des taureaux, commentant l’affaire Banon ou se faisant lécher le bracelet électronique par une jeune juive de chants nazis. Adeptes du sur fond d premier degré : s’abstenir. premie Pour ceux qui connaissent la Po carrière de Nabe, ils savent ca que depuis son premier q ouvrage, et son passage sur o le plateau d’Apostrophe, il traîne derrière lui une réputation d’antisémite. Une rép mauvaise réputation dont il s’est d’abord défe défendu avant de comprendre qu’il n’avait pas pa à se justifier d’une chose qui ne pouvait être ê prouvée. Avec L’Enculé, il offre ainsi à ses détracteurs un nouvel os à ronger. rong Et ceux-ci n’ont pas été longs à se s ruer dessus sans même s’apercevoir du piège pourtant s’apercev grossier q qui leur était tendu. Car en ressortant ressortan le costume de monstre du grenier, Nabe s’est retrouvé exposé N aux éternelles critiques qui ont é plombé sa carrière. Au fil des débats, le même propos a plusieurs fois été formulé. Il se résumerait ainsi : « Un éditeur n’aurait jamais laissé passer cela ! » En l’affirmant, ses détracteurs lui ont offert, sans s’en douter, la meilleure publicité pour l’antiédition. Car lorsque les critiques admettent que Nabe n’a pas de garde fou et peut publier ce que bon lui semble, elles affirment aussi que les autres écrivains n’en ont pas la possibilité. L’éditeur est alors le censeur, le filtre entre l’auteur et son public. Et qu’attend-on d’un artiste : qu’il contente son éditeur ou écrive le plus sincèrement possible ? La réponse semble évidente. Et si finalement, ce deuxième roman n’avait été écrit que pour en arriver là ? Dernièrement, Nabe a republié l’essai qui fit de lui un pestiféré, Au régal des vermines. Une manière peutêtre d’enfoncer définitivement le clou de sa différence ? Une bonne occasion pour se faire son propre avis sur ce livre jusqu’ici très difficile à se procurer... et (re)lire sa bibliographie à son commencement. 1 - Marc-Édouard NABE, L’Homme qui arrêta d’écrire, 2010. 2 - Des clics et des clacs, Europe 1, 20 octobre 2011. 3 - Ce soir ou jamais, 22 mars 2010.

Antoine Salmon Les Singeries mécaniques

23


Le complexe d’Orphée

J

’emprunte le titre du dernier essai de Jean-Claude Michéa afin de qualifier un complexe. En dépit de ma totale méconnaissance de ses textes, ses propos radiodiffusés sur France Culture paraissaient suffisamment éloquents pour que je m’en serve à bon escient. Jean-Claude Michéa, ancien professeur de philosophie au lycée Joffre à Perpignan et de modeste condition, selon son estimation, s’est aperçu de l’effroi de ses interlocuteurs à l’évocation de l’état actuel de la gauche eu égard à ce que cette branche politique représentait. Consentir à une conversion au libéralisme économique mais farouchement attaché aux valeurs humanistes de ce mouvement, accepter cette double injonction ne s’établit pas sans une certaine gêne ni une disposition à la malhonnêteté morale et intellectuelle. La confrontation de ces deux sédiments doctrinaux provoque chez le partisan de gauche un glissement de terrain. Les défenseurs du Progrès éprouvent par conséquent une crise de confiance à l’établissement d’un diagnostic mettant en question la légitimité de leur posture. Ils ne peuvent se retourner vers Jaurès et Blum sans éprouver la désagréable sensation d’une dérobade idéologique. Et lorsqu’ils se permettent la prétention d’être les dépositaires de ces valeurs, le réel contemporain sous un angle social et économique trahit une mésalliance au sein de leur filiation politique. Il suffit d’un mouvement d’épaules vers le siècle précédent pour que, telle Eurydice, leurs fondamentaux s’avèrent informels. Mon voisin de dessous, un homme de 53 ans, d’apparence affable, ouvrier de métier, envisagea mon chômage d’un œil suspicieux. S’il salua dans un premier temps « un hiver au chaud », le croiser dans le corridor m’exposait invariablement à une question suivie d’une

24

Les Singeries mécaniques

seconde un peu plus rhétorique. Ai-je retrouvé un travail ? Quel serait mon mode de subsistance à un âgé avancé ? Je ne croisais plus mon bienfaiteur sans entendre un préalable écho à ses doutes. Douze mensualités allouées sans encombre. Deux séjours exaltants en terres orientales. Et une bonne mine pour couronner le tout. Ce quinquagénaire accablé par un asservissement précoce ne supporta plus ma désinvolture. J’essuyai plusieurs piques. Une succession d’apostrophes incisives révéla un débit de fiel fermenté de longue date. Lorsque cet homme se retourne vers son passé-ses idéaux, ses espoirs, ses projets, ses rêves, ses désirs, toute cette étoffe se dissipe. En lieu et place à de radieux souvenirs, demeurent le remord et l’amertume. Aucune entreprise personnelle menée à bien dont il pourrait s’enorgueillir. Pas un songe ne subsiste lorsque l’infortuné se retourne. De surcroît ce triste sort s’impose à l’ombre de tout remède. « LA PETITE AIGUILLE DE LA VIE. – La vie se compose de rares instants isolés d’une extrême importance et d’intervalles, en nombre infini, dans lesquels c’est tout au plus si les ombres de ces instants planent autour de nous. L’amour, le printemps, toute belle mélodie, la montagne, la lune, la mer–tout ne parle qu’une fois pleinement au cœur : s’il arrive qu’ils prennent la parole tout à fait. Car beaucoup de gens n’ont pas même ces instants et sont euxmêmes des intervalles et des pauses dans la symphonie de la vie réelle. » NIETZSCHE, Humain, trop humain

Pascal Klein


15 bonnes raisons de (re)découvrir

Jean-Luc Le Tenia Un raccourci un peu simpliste pourrait nous amener à présenter Jean-Luc Le Ténia comme un Daniel Johnston à la française... et on n’en serait pas loin. Comme lui, il nourrissait ses chansons de son excentricité, de ses joies ou de ses faiblesses. Comme lui, il fut adepte du fait maison et distibua ses autoenregistrements. Et comme lui, il plaçait trois accords sur une guitare ou un synthétiseur, avec une voix pas toujours câlée, pour créer ses chansonnettes. Mais pour faire l’original, Jean-Luc nous a quitté. À défaut de le voir sur scène, voici 15 bonnes raisons pour le (re)découvrir.

1. Parce qu’avec plus de 1 000 chansons à son répertoire, vous trouverez forcément celle qui vous conviendra.

2. Pour connaître du Mans autre chose que les rillettes ou les 24 heures.

3. Parce que certains pensent encore que Katerine et Didier Super sont provocants de simplicité.

4. Pour découvrir tous les secrets de beauté de Laurent Boyer.

5. Parce qu’il est le « meilleur chanteur français du monde » (Didier Wampas).

6. Parce qu’un mec que les Enfoirés n’auraient jamais invité mérite tout notre respect.

7. Pour nourrir ses vidéos Youtube de commentaires plus enthousiastes que ceux de Raphaël Zacharie de Izarra.

8. Parce que certaines chansons ne vous sortiront plus de la tête (« Seul de nouveau », « Tous les matins », « Le Grand Dadais »...).

9. Pour revivre son enterrement avec « Jean-Luc est mort ».

10. Pour découvrir un autre point de vue sur Daniel Johnston (« Qu’aurait fait Daniel Johnston ? », « Quel idiot j’ai été »).

11. Pour ses portraits qui n’épargnent ni Bertrand Cantat, Kurt Cobain ou son ancien directeur.

12. Pour ses vidéos et sa bouille 1 de Bill Murray.

13. Parce que vous cherchez encore un chanteur français auquel rendre hommage.

14. Parce que grâce à lui vous pourrez enfin vous vanter d’avoir eu un ténia dans les oreilles.

15. Pour admirer toute l’incompréhension de Stéphane Bern qui l’accueillit sur Canal +.

Antoine Salmon Les Singeries mécaniques

25


Point. Enregistrer. Quitter. Antoine était soulagé. C’était le mot précis. Il n’était pas heureux, ni même simplement content. Juste soulagé. Cela faisait maintenant trois mois qu’il s’activait pour achever un travail commencé il y a plus de deux ans. Le dixième numéro du fanzine qu’il avait initié était enfin terminé. Alors qu’il relisait une dernière fois les articles qu’il venait de mettre en page, il se souvenait de l’idée qu’il s’était faite de ce dixième numéro quand le fanzine n’avait encore que quelques mois. Passer la barre symbolique de la dizaine aurait dû être un événement marquant, le début d’une nouvelle ère, celui de l’envol. Pour cela, il avait imaginé une thématique devant mettre en évidence le principe même d’un fanzine : Do it yourself ! Car c’était bien cela qui animait le projet lorsqu’il fut lancé. Une fine équipe s’était rapidement constituée pour produire des numéros qui ne cessaient de s’améliorer. En quelques mois, ce fanzine, qui n’était au départ qu’une tentative déséspérée d’échapper à l’ennui, avait pris la forme d’un lieu de rencontres, d’échanges d’idées et de créativité. À cette époque, quelques semaines étaient suffisantes, de l’idée à la réalisation finale, pour faire un numéro. Le rédacteur en chef improvisé se sentait comme investi d’une mission de la plus haute importance : aider chaque plume de ce petit bout de papier à réaliser ses ambitions. À l’époque, il se rêvait Choron et Cavanna. Quel con ! Il imaginait qu’avec le temps le fanzine ferait parler de lui, qu’on pourrait y lire de bonnes interviews et que la diversité des propos et des dessins imposerait le respect. Il avait cru un temps qu’à chaque nouvelle sortie de nouveaux bras s’engageraient dans l’aventure pour huiler la mécanique. Mais il n’en fut presque rien. Si le fanzine avait bien tenu dix numéros, il était loin de ce qui avait pu être espéré. Pourtant, jusqu’au sixième, les choses s’étaient déroulées, à peu de choses près, comme elles avaient été imaginées. Seulement un événement des plus inattendus vint casser la cadence : le petit chef avait trouvé un travail. Un vrai job à trente-neuf heures semaine, RTT et congés payés. Ce truc dont on vous parle étudiant et dont vous ne pouvez imaginer les répercussions. Le concernant, le problème fut le

26

Les Singeries mécaniques

suivant : jamais plus il ne réussit à retrouver la motivation des débuts. Le travail, quoiqu’on en dise, est une aliénation. S’il est une source de motivation quotidienne non négligeable, il est aussi synonyme d’abandon en ce qui concerne les à-côtés. Rapidement, il faut choisir qui du repos, des moments en amoureux, de la soirée arrosée, de la sortie ou de la création est une priorité. En ce qui concerne le tout jeune rédacteur en chef, plus jamais il ne réussit à placer l’esprit créatif au centre de ses occupations. Le fanzine, auquel il s’était consacré à temps plein, devint un « à côté », puis un « de temps en temps », et finalement un « très rarement ». Et comme il ne trouvait plus le temps de contacter aussi régulièrement les amis qui participaient au projet (par paresse ou acceptation), il se fit à l’idée que la modeste revue ne survivrait pas à son échec. Si bien qu’à chaque fois qu’il allumait l’ordinateur pour travailler sur le fanzine, il avait l’impression d’essayer de redonner vie à un mort. Si on le reconnait dans son ensemble, le cadavre porte toujours un masque froid, une barrière qui stoppe toute effusion de joie. On ne retrouve jamais un mort dans la bonne humeur. Cette euthanasie n’en finissait pas et l’agonie durait maintenant depuis plus de deux ans. Le projet aurait pu être simplement abandonné, mais l’idée de se passer du dizième numéro était tout simplement inconcevable. À défaut d’être celui de l’envol, il serait un testament, une mort écrite et célébrée. La décision avait beau être prise, le petit rédacteur en chef ne pouvait s’empêcher de rêver d’un « oxymoresque » fanzine professionnel. Une si futile ambition associée à son manque de motivation n’engendrait que de la frustration. Il était incapable de terminer un article, de se contenter d’une idée. Il en voulait toujours plus, mais ne se donnait plus les moyens de l’obtenir. Il se refaisait le film de toutes les manières et en arrivait constamment à cette conclusion : la fin était triste mais elle était inévitable. Le fanzine avait démarré d’une drôle de manière. Si la mise en page et la correction se faisaient en un lieu, la rédaction, elle, se dispersait aux quatre coins de la France. Paris, Lille, Metz, Valence... comme si tout le pays s’associait à l’aventure. L’assemblage de tous ces bouts reposait sur le seul rédacteur en chef. Malgré lui, il tenait le fanzine sur ses épaules. C’était ce fonctionnement qui était à la base de tous les problèmes. Car si l’éloignement de tous les points de vue apportait une richesse certaine, il ne suffisait pas à remplacer ce que devait être la véritable vie d’un


fanzine. Les courriels ne remplaçaient pas les conférences de rédaction. Chaque collaborateur pondait un article, voire deux ou trois pour les plus prolixes, sans savoir ce qu’avaient pu faire les autres. Les idées ne pouvaient pas rebondir et les articles restaient figés dans leur individualité. La communication, la communion était impossible. La créativité ne peut être totale lorsqu’elle joue en solitaire. Mener un tel projet sur le long terme en étant aussi éloignés les uns des autres était impossible. Malgré la bonne volonté des contributeurs, les numéros furent de plus en plus difficiles à nourrir. Diminuer le nombre de pages (déjà peu élevé) aurait été un constat d’échec. Alors, à défaut de nouveaux collaborateurs et de nouvelles idées, le capitaine à la dérive finissait par combler les trous avec des articles écrits sous pseudonyme. Au fur et à mesure, il lisait ce fanzine comme un long monologue entrecoupé d’idées extérieures. Il avait cherché dans la lecture de certains chefs-d’oeuvre un souffle nouveau, d’autres voix, mais s’y était perdu irrémédiablement. Les écrivains qu’il lisait avec plaisir lui rappelaient la simplicité, le creux de ses mots à lui. En les lisant, il rougissait de remplir ainsi des pages, même modestement. Jamais il ne serait Céline, Gadenne, SacherMasoch, Fante, Gary, Gontcharov ou Drieu. S’il avait au moins tenté de leur expliquer, peut-être que les autres rédacteurs auraient pu lui venir en aide ? Seulement, il ne voulait pas reporter sur le groupe son échec personnel. Il n’avait pas la force de tenir la barque seul mais l’image du chef imposant un travail régulier à ses troupes lui était insupportable. Et vu le manque de réactivité dont il faisait preuve et la lenteur des numéros, il n’osait plus solliciter la moindre aide extérieure. Sa fierté mal-placée le tuait à petit feu. Ce fanzine était devenu une sorte de private-joke, un nom creux que ses amis et collaborateurs ne manquaient pas de lui rappeler à chaque retrouvaille. Ils pensaient sûrement que cela suffirait à réactiver la machine. Si seulement ils avaient su à quel point cela lui fendait le cœur.

S’il se plongeait encore avec plaisir dans la lecture du fanzine, il n’arrivait pas à trouver de points communs entre le premier et le dernier numéro. La mise en page n’était plus du tout la même et était même totalement irrégulière sur les quatre derniers. Quant à la façon d’aborder les thématiques, elle variait selon les humeurs de chacun. Certains titres étaient plus portés sur la poésie, alors que d’autres se concentraient sur le dessin, de petits textes, des réflexions, ou des singeries en tout genre. Comment construire quelque chose de concret avec autant de variations ? On n’avait jamais l’impression d’avoir le même fanzine entre les mains. Les lecteurs qui appréciaient le travail de l’équipe sur un numéro pouvaient ne plus le reconnaître au suivant. Cette irrégularité tuait la magie et l’accroche auprès d’un potentiel public. Mais à l’heure de la fin toutes ces considérations étaient sans importance. Alors qu’il ajustait la conclusion du dernier numéro, un large sourire illuminait le visage du petit chef. Il réalisait qu’il était un veinard qui avait eu la chance de croiser des personnes motivées et talentueuses pour donner vie à une de ses idées. Tant pis si ce fanzine n’avait pas tenu, il n’était pas une fin en soi. D’autant qu’il avait pu constater que les autres plumes du fanzine avait mis en place de véritables projets en parallèle. Luimême avait d’autres idées en tête qu’il pourrait accomplir après en avoir fini avec sa corvée. Il n’était plus triste. Juste soulagé de terminer cette histoire. Il regrettait simplement que cette belle équipe n’ait pas pu donner plus de vie au projet. Réunis, peut-être auraient-ils réussi ? Poussé et soutenu par des bras amis, il concluait ce soir-là une belle aventure de quatre années. Il relisait l’objet qu’il avait entre ses mains. Il lui plaisait, sincèrement. Avant d’y mettre un point final... avant d’enregistrer définitivement ce numéro... avant de le quitter... il avait tenu à écrire ces quelques mots, sans amertume aucune. « Do it yourself, oui, mais pas seul. »

Les Singeries mécaniques

27


Il n’est pas trop tard pour tout relire au début.

1

ues Chroniq s n o ti Créa s e u q eries Criti et sing rs u e m Hu


Les Singeries mécaniques