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nÂş14 / avril / mai 2010

gratuit

dossier

Handicap et Culture p. 12 Ă  15

expressions


expressions nº14

Édito « Le passé m’encourage, le présent m’électrise, je crains peu l’avenir. » Sade

A

Sans titre-1 1

13/04/10 10:27:13

hmmm........ !

© Léon Louis

nicolas giacometti

04 Bref… 07 L’opinion   de Dany Huc   08 Interview de Benoît Delépine 12 Dossier Handicap : la

près 86 numéros, Siné Hebdo va cesser de paraître, faute d’argent. Quelles traces en restera-t-il dans 12 culture déficiente ? 200 ans ? Je ne donne pas cher de sa peau papier. Le bouche à oreille aura-t-il porté 17 Peinture son nom jusqu’aux lèvres de nouveaux Dominique Barreau insoumis ? Étant donné la perte irréversible de la mémoire orale engendrée par 18 Littérature Jacques Mailhos la civilisation marchande du livre, c’est douteux. Des fichiers numériques en 19 Agenda auront-ils été régulièrement dupliqués par des archivistes consciencieux ? C’est 23 Art contemporain à espérer mais reste très hypothétique. François Méchain 24 Au même moment paraît un rapport 24 Musique   des Académies des sciences et des techRock around nologies, sous-titré «  Les données que the bahut à philippe guerry carte blanche nous* voulons garder vont-elles s’effacer ? », ouvrant un gouffre sous nos pieds. 26 Rochefort La plupart des supports numériques de La rock school 27 28 stockage ont une durée de vie d’environ 27 Édition 10 ans, qui s’usent sans qu’on s’en serve. FrancoFans et Une aubaine pour nos milliards de phoZik&Bulles tos ratées jamais triées, une menace pour les travaux scientifiques, artistiques, adDiaporama 28 Festival   ministratifs… Les coûts de copie projetés Takavoir sont ahurissants, exponentielsNumériser. avec le Accepter la numérisation. Enregistrer. Je 29 écran. Portrait temps. fais face à la vie de mon père. Entre nous un Claude Margat 29 Depuis l’invention de l’écriture, à meNous préparons les noces d’or. Nous préparons les sure que la masse d’informations à archisurprises. Le diaporama qui sera montré aux31invités. Carte blanche à ver augmente, les supports se fragilisent. Créer une sélection personnalisée. Des instantanés de Guerry Philippe Aujourd’hui, la civilisation desjeunesse échanges fixés sur de vieilles photos jaunies. Une vie à la vitesse de la lumière pourrait bien qui s’extirpe des boîtes à chaussures et bombe 34 un Internet torse être aussi celle de l’effacement. Le mouparcheminé. Améliorer les couleurs. Ma mère en taille Design vement crée l’illusion. • de guêpe et en jupe à volants, couchée dans 35l’herbe, Des histoires

Antichambre

un sourire de malice. Mon père conquérant sur une 31

L’académie rochelaise de la cuisine italienne et méditerranéenne 1 & 3 rue Thiers, 17000 La Rochelle - T 05 46 41 07 03 - F 05 46 41 07 10

* S’interroger sur l’identité de ce « nous » à tramoto qu’il enfourche crânement. Ils se marièrent 37 Livreset / Disques / vers les âges peut être éclairant : les religions ? eurent Dvds les bourgeois  ? les érudits  ? les commerçantsbeaucoup d’enfants. Numériser. Trois enfants. Téléchargez le magazine sur dans la boîte à Accepter Retourner de l’édition ? ceux de l’informatique ou de l’in- la numérisation. formation  ? ou nous lecteurs, ou simples êtres chaussures. Lawww.magazine-expressions.com vie fait face. Le fil du scanner lui brûle humains ? les yeux. Le soleil lui chauffe le dos. Ajuster les images

à la fenêtre. Mon père n’a pas de photos d’enfance. Sa guerre d’Algérie est une succession de clichés joyeux. Il fume sur toutes les photos mais nulle part il ne souffle dans son saxophone, nulle part il ne joue du violon. Effacer la mémoire de sélection. Pas de photos non plus de ses exploits cyclistes. Augmenter la netteté. Le Expressions – 36, rue Beltrémieux, BP 32046 – La Rochelle – Tél. 05 46 43 19 20 – Fax. 05 46 00 08 12 saxophone, le violon, le vélo, la guerre comme un séjour email : redaction@magazine-expressions.com / Site : www.magazine-expressions.com de vacances. Convertir en niveau de gris. Une enfant. Directeur de la publication : Pierrick Zelenay / Responsable de la rédaction : Nicolas Giacometti / Ont collaboré à ce numéro : Gilles Diment, Jack Supprimer les yeux rouges. Une deuxième. Numériser. Flenoir, Catherine Fourmental-Lam, João Garcia, Philippe Guerry, Dany Huc, Pierre Labardant, Élian Monteiro, Philippe Thieyre / Carte blanche à Philippe Guerry / Couverture Irène Gérard de parution  : Avril 2010 ISSN  : 1960-1050 Photographe  : Marie MonteiroLa / Maquette et mise Accepter la/ Date numérisation. Tardivement, le troisième. en page  : Antichambre Communication / Impression  : IRO - ZI rue Pasteur - Périgny / Service commercial  : François Fottorino 05 46 43 19 20 / place qui manque. Recadrer les bordures. La menuiserie Expressions est une publication gratuite et bimestrielle de Performances Sports / Tirage : 20 000 exemplaires qu’il quitte pour l’usine. Les trois huit en mobylette.


Express

Express

bref... revues Petites bêtes

Le 2.0, une panacée ?

Les premiers Charentais étaient des diplodocus

Ordre et progrès

Fumer ou ne pas fumer C

J

’est une découverte archéologique majeure que viennent de faire les carriers d’Angeac-Charente en ce début d’année. Leurs machines excavatrices ont mis au jour les restes de grands dinosaures reposant dans le sous-sol charentais depuis 135 millions d’années. L’étendue et la variété du gisement laissent déjà penser que le site sera un des plus importants de France. De quoi enrichir les collections du musée d’Angoulême, auquel il a été fait don de l’intégralité des découvertes, et qui se retrouve à l’interface du travail des scientifiques et des appétits du grand public. Un chantier passionnant. • P.G.

e ne suis pas fumeur. Je ne connais pas le patron de la Vuelta à Rochefort-sur-Mer et je ne fréquente pas particulièrement son établissement. Ce bar a été condamné à fermer deux jours pour tapage nocturne. Cette décision préfectorale, injuste par bien des aspects, est surtout symptomatique d’une situation devenue inextricable pour tous les lieux qui proposent de la musique en soirée (sans parler de la nuit). Économiquement, il était déjà difficile de faire vivre et perdurer de tels endroits pourtant indispensables à l’activité et à la culture musicale d’une ville moyenne. Maintenant, c’est mission impossible à cause de la réglementation sur le tabac, sachant que la terre entière n’arrêtera pas de fumer d’un seul coup : griller une clope à l’intérieur est interdit, et à l’extérieur le bruit gêne les voisins. Plutôt qu’une énième politique trop coercitive du tout ou rien, n’aurait-il pas mieux valu, à l’instar de l’Espagne, offrir la liberté de choix entre bars fumeurs et non fumeurs ? Mais il est vrai que les mots « liberté » et « choix » font souvent peur. • P.T.

angoulême

Garden Nef, fin de partie

O

n attendait un printemps riche en surprises du côté des festivals angoumoisins. On est servi : Jean-Louis Menanteau, le directeur de la Nef et coorganisateur de la Garden Nef Party à Angoulême, a annoncé début avril qu’il quittait ses fonctions pour des questions d’affinités introuvables avec les collectivités, en tout premier lieu le maire de la ville. Un départ qui met un terme probablement définitif au festival rock, qui s’était hissé en à peine quatre ans parmi les valeurs sûres des programmations estivales. À défaut d’être chaud, l’été sera long sur les bords de Charente. • P.G.

4 expressions

niort

cinéma

Au

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les mains pleines

e Dragon a le bec dans l’eau. Même s’il ne pétait plus le feu. Mais qui a fait boire une nouvelle tasse au fameux cinéma de La Rochelle ? La municipalité, en attribuant sa future gestion au groupe CGR, ou la tempête Xynthia, en recouvrant les quais du vieux port ? Car s’il est heureux de voir ce cinéma de proximité survivre et

tendre vers un lieu d’arts et d’essais, le candidat retenu*, déjà maître des images de l’Olympia et du complexe des Minimes, sera-t-il capable de ranimer la flamme du Dragon ? • P.L. * Deux autres postulants ont répondu à l’appel d’offres : Utopia (réseau de cinémas indépendants) et Morgane (société organisatrice, entre autres, des Francofolies).

La Maison ne fait pas crédit Dans notre n°13, l’affiche de l’exposition « Crayonnés » et la photographie illustrant l’article sur la Maison des auteurs d’Angoulême n’ont pas été créditées. On doit l’affiche à Rachel Deville et la photographie à Alberto Bocos Gil. •

L

a presse est en crise à cause de ce satané Web, vous le saviez, non ? Premières victimes déclarées, les revues critiques, à faible diffusion et à coût d’impression élevé. 14 ans que la revue Neuvième Art offrait annuellement une somme de travaux de référence, accompagnant l’entrée de la BD dans l’âge adulte. Depuis cet hiver elle est passée au « 2.0 », soit un espace niché dans le portail de

la Cité de la BD. Les dossiers sont là mais la qualité de lecture sans doute moins… Souhaitons-lui de trouver sa place et le nouveau lectorat auquel elle aspire, sachant qu’il est souvent plus dur de passer du papier au virtuel que de créer tout de go pour ce nouveau média, comme les passionnés de Du9 ont pu le faire. • C.F.-L. www.citebd.org www.du9.org

culture officielle

Et la lumière fut

S

ans doute ne connaissez-vous pas Anne-Marie Molinié. Pourtant, au même titre qu’Yves SaintLaurent, Bono ou Benjamin Biolay, cette conseillère municipale de Pons fait partie des élus de cœur de Carla Bruni-Sarkozy. Lauréate de la fondation éponyme, Anne-Marie a vu soudainement la lumière irradier sa vie et les flonflons de la gloire résonner en son fief. Son association Patrimoine et culture en Saintonge est entrée dans le cercle très fermé des amis de la première dame de France. Ainsi soit-elle ! • P.L.

Fabrique avec pignon sur Sèvre et sur rue L

’usine Boinot, à Niort, fut un lieu de fabrique (fameuse chamoiserie) et le restera. Fabrique de spectacle, le Centre national des arts de la rue y loge tout près d’ateliers plus anciens dont la réhabilitation est lancée sous le crayon de l’agence d’architecture Novembre : 12 000 m2 entièrement dédiés à la culture – concerts, spectacles, expos, cafétéria. Le bâtiment-pont, qui enjambe la Sèvre, est l’objet d’une première tranche de travaux. Ils s’échelonneront jusqu’à totale reconfiguration en 2014. Avec mission de diffusion et de création, le CNAR, installé à Niort depuis 2009, accueille des troupes en résidence sous le doux et bienveillant regard d’un agneau. La même enseigne signalait autrefois l’usine. Mais on ne vendra plus sa peau pour le chrome des Cadillac ou les gants du Vatican (jusqu’aux derniers assauts du capital). L’agneau Boinot, c’est la culture qu’il a maintenant dans la peau. • E.M.

tournoi de sixte in

Mots en lice

U

n tournoi de slam européen aura lieu le 5 mai à partir de 16 h 30, à La Rochelle, place de l’Hôtel-de-Ville. Les présélections ont pris fin le 16 avril mais, néanmoins, l’inscription reste ouverte aux jeunes Rochelais de 13 à 20 ans. La règle du jeu : des textes de 3 minutes, en français ou toute autre langue,

sur des thèmes à dimension européenne (paix, solidarité, partage des cultures…) Des slammeurs russes, portugais, allemands sont invités par l’association Horizon Habitat Jeunes et le F.J.T., les organisateurs. • D.H. Contact : Luc Le Pech / Foyer des jeunes travailleurs : 05 46 00 79 00 un magazine à l’ouest 5


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Opinion Dany Huc

Les jokers   du vide D

ans nos beaux Royaumes de la Culture se pressent des esprits curieux, intelligents, vifs, prompts à débattre autour des spectacles et des artistes qui leur donnent le meilleur d’eux-mêmes… Bon, ça c’est la version idyllique. L’échange n’est pas toujours au rendezvous ; certains de ces esprits ne ressentent aucunement la nécessité ni l’envie de DIRE, avec leurs mots, leur ressenti et leurs questions. Pour tout commentaire sur ce qu’ils viennent de voir sur scène ils sortent la carte à tout faire, le joker : un mot, un seul, qui donnerait la quintessence de leur émoi artistique ; ça laisse perplexe… Dans la même soirée on peut entendre que Mozart est sublime et que les rillettes du buffet sont aussi sublimes. Ce qualificatif a surgi dans les années 1990, ainsi que fan-tas-tique, for-mi-dable ; ils n’y allaient pas avec le dos de l’écuyère, comme le remarquait le sapeur Camember. On observe que ces jokers vivent à peu près une décennie. Dans les années 1980 tout était génial, ils se ressourçaient, ils étaient questionnés, interpellés (bigre !) et des fois ils étaient interpellés quelque part… là, ne surtout pas demander « où ça ? ». Juste avant l’an 2000 le phénomène a pris une tournure plus déterminée. Un gros mot a décimé presque tous les autres et sévit encore. Propagé par les « initiateurs », ceux qui forment les « initiés », il faut le prononcer, ce mot,

dans une semi-pâmoison, sans préambule ni développement (superflus), paupières mi-closes sur l’œil qui en dit long : le bonheur, le joker absolu est lâché ! Il est, au choix, vrai, pur, grand, total (pas « petit » s’il vous plaît, c’est celui de Félix Leclerc et c’est pas pareil). Le bonheur à toutes les sauces, évoqué furtivement en se faufilant vite vers la sortie… oui, mais encore ? Rien. Évitement des échanges. Ils pourraient être plus diserts, plus inventifs, après des années de pratique du culturel ! Et ils devraient se calmer au sujet du bonheur, ne pas oublier qu’il est, selon certains philosophes fondateurs, accessible aux seuls dieux ; donc qu’il est un peu ridicule de prétendre en être empli, à tous moments. Est-ce par humilité soudaine que quelques « initiés », aujourd’hui, susurrent des c’est joli, des c’est mignon attendris, appliqués à des choses ni jolies ni mignonnes ? Après les prétendus états et mots démesurés, inaccessibles, nous voici dans un moralisme niais, dans un monde inoffensif, sans excès, domesticable, rien pour faire désordre sur la photo. Dehors ! les choses dérangeantes et inconnues… C’est pas mignon tout ça ? •

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ex professo

explicite

Interview Benoît Delépine

Delépine :

l’as de pique Benoît Delépine est un enfant de la télé. Formé à l’école des Guignols de l’Info, il agite toutes les semaines le chiffon rouge sur Canal Plus dans l’émission Groland. Mais sa verve d’auteur s’exprime bien au-delà des coins carrés du petit écran. Il affirme désormais ses positions grâce à des scénarios de films et de bandes dessinées. Sans détour. Une bonne raison pour nous frotter à Delépine. Vous êtes un passionné de bandes dessinées. En quoi cette passion influence-t-elle votre travail à la télévision et au cinéma1 ? Tout a commencé avec le magazine Pilote. Perdu dans ma campagne, vers 15 ou 16 ans, j’adorais la bande dessinée mais j’étais incapable de sortir un dessin. Le scénario a été un moyen de se lancer dans la BD. Pour la télé, à l’époque des Guignols déjà, j’étais dans la caricature, mais sans dessiner. Et puis, en passant sur grand écran, j’ai gardé en tête que dans cinématographique, il y a « graphique ». Dans chacun de nos plans, nous essayons de trouver un angle original, de jouer sur l’esthétique de l’image en optant pour certains choix de techniques et de pellicules2. C’est une façon de forger un style très personnel, comme les dessinateurs peuvent en avoir. Une 8 expressions

image banale, ça nous fait chier ! Gustave et moi partageons le même goût pour le dessin et la peinture. Ça se voit dans nos films. Avida était un vrai hommage au surréalisme [ndlr : le nom du personnage Avida Dollars est une anagramme de Salvador Dali]. Mammuth un hommage à l’art brut. Pourtant nos films ne sont pas storyboardés, à la différence de ceux des gens issus de la BD, qui mettent des planches originales à l’écran. C’est le style de Jeunet, par exemple. Je préfère vivre des choses pendant le tournage, sans être prisonnier d’un cadre. Être étonné par les acteurs et par les potentialités que nous offre la vie. Si c’est pour réaliser un film qu’on a déjà dessiné, autant produire de la 3D ou sortir une BD ! Et cet amour de la BD se concrétise également dans la création de scénarios ? Quand j’ai une idée mais qu’elle n’est pas réalisable en film, j’écris un scénario de BD. C’est le cas des trois albums de SF [science-fiction] que j’ai publiés avec Stan et Vince3. Ce sont des histoires impossibles à transposer au cinéma. Ou alors il faut dévouer sa vie à un seul film, trouver des budgets et essayer de convaincre des gens de se lancer dans un projet de fou furieux, avec un résultat aléatoire. Les BD sont de vraies aventures humaines, comme les films. Mon album avec Diego Aranega aurait pu être >

Réaction pachydermique

L

e nouveau long-métrage de Benoît Delépine et Gustave Kervern met en scène un Gérard Depardieu baptisé « Mammuth » (du nom de la moto qu’il possède) qui, aux premiers jours de sa retraite d’ouvrier, part en quête de son passé. De son passé administratif pour glaner auprès de ses anciens employeurs des points de retraite manquants mais aussi de ses histoires d’amour, hantées par la disparition tragique de sa passion de jeunesse (interprétée par Isabelle Adjani). Mammuth, que les auteurs voulaient ancrer dans la satire sociale, est finalement un film délicat, légèrement relevé par des incartades made in Groland. Un pachyderme louvoyant dans un magasin de porcelaine. En salle le 21 avril. •

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excitateur

< simplement un sketch. Mais c’est une affaire d’amitié avec Siné. Quand il s’est retrouvé vilipendé, mis au ban pour son histoire de soi-disant antisémitisme, on s’est tous démenés pour qu’il s’en sorte et puisse fonder son journal. Quand Siné Hebdo est sorti, je me suis dit qu’il ne fallait pas oublier le fils Sarkozy qui avait été la cause, peut-être à son corps défendant, de toute cette affaire. Siné m’a présenté Aranega et nous avons décidé de lancer ce projet de strips [dessins de presse] intitulés S et Fils dans le journal. Aranega a ensuite eu l’idée d’un format chéquier4 pour rassembler toutes les histoires, et j’en suis très content. Mais je n’avais pas envie de continuer. De cette aventure, il reste surtout la rencontre avec Siné et Aranega.

et irait voter pour les mêmes mecs que d’habitude. Et comme on ne pourrait pas être à leur cul toute la journée, ces mecs feraient toujours un peu ce qu’ils veulent. Je ne crois pas à la démocratie tout le temps. On n’est pas informé de tout. C’est difficile de voter sur des sujets qu’on ne possède pas totalement. Mais j’ai un espoir, peut-être un peu balourd. En imaginant qu’Internet soit sécurisé, on pourrait proposer à chacun de passer une demi-heure par jour en ligne – et c’est déjà énorme ! – plutôt que dans une réunion. Ces échanges d’avis sur des grands sujets auraient une valeur consultative auprès des élus. On pourrait ramener des publics, comme les jeunes, vers la politique. Comme on y réussit en abordant à notre façon les sujets importants dans Groland.

Il y a justement des rencontres qui ont joué un rôle important. Celle de Mathieu Kassovitz en particulier ? La rencontre date d’Avida. On lui avait envoyé un DVD d’Aaltra parce qu’on cherchait un producteur. Beaucoup des gens sollicités étaient restés évasifs. Il faut dire que le scénario d’Avida tenait sur très peu de pages. Le héros est sourd-muet. Il n’y a pas de dialogue, juste des situations visuelles. Mais Mathieu a voulu nous voir dans la journée. Ça a donné lieu à une anecdote de fou. Il nous avait fixé rendez-vous dans un bar mais Gus [Gustave Kervern] et moi n’avions pas eu le temps de discuter de la façon de présenter Avida. Et on s’est engueulés pour la première fois de notre vie. En plus, devant le seul mec qui pouvait produire notre film ! Ça ne l’a pas découragé. Quand nous lui avons adressé le script, il a renvoyé un SMS s’exclamant « magnifique, ne changez pas une ligne ! ». Ensuite, le courage du mec a permis de retourner les chaînes, qui ne voulaient pas du projet. Il leur a dit :  « C’est simple, si vous ne produisez pas ce truc-là, je ne vous donne pas mes prochains films. » Il n’y a pas beaucoup de gens qui sont capables de tels coups de folie. Pour lui, on aura un respect éternel.

Vous menez aussi des actions en Charente où vous habitez depuis quelques années ? J’ai des atomes crochus vraiment intéressants avec des gens de ma région, comme Florent Poujade qui s’occupe du Maki. Il accueille et expose dans un lieu à Angoulême des artistes sans avoir rien à y gagner. Juste par respect pour eux. Nous avons d’abord organisé ensemble des élections [un lapsus que nous laisserons par simple gourmandise]… des expositions. Et puis nous avons essayé de fédérer d’autres énergies, comme le collectif Acting Out de Laurent Weber. Quand les abattoirs ont cessé leur activité et qu’un appel à projet a été lancé, nous avons postulé et des concours de circonstances politiques nous ont été favorables. Ça dure depuis maintenant deux ans et demi. Mais nous allons devoir partir parce que des industriels vont s’y installer [voir Expressions no 12]. J’espère qu’on va trouver une autre solution pour continuer ce projet…

Vous vous impliquez dans le combat social. Quelles sont vos batailles ? L’injustice m’énerve. Mais plus tu avances, plus tu t’aperçois que c’est difficile de mener des actions concrètes. Soit tu tombes dans l’extrémisme, et il faut en passer par la violence, soit tu en appelles à une responsabilisation de chacun, mais il faut du temps et c’est pénible. Dans les quelques réunions d’Attac auxquelles j’ai participé, j’ai un peu perdu mon temps. Tout le monde donne son avis mais c’est finalement la plus grande gueule qui s’impose. Le côté « démocratie participative », c’est gentil dans les mots mais pas réalisable. Pour être vraiment responsable, il faudrait être tous les soirs en réunion pour débattre des grands thèmes. Au bout d’un mois, tout le monde craquerait

À l’issue de cette interview, Benoît Delépine s’est souvenu de la manière dont sa carrière d’auteur a commencé : « J’ai écrit mes premiers textes dans un journal comme Expressions quand j’étais étudiant. Il s’appelait Fac Off ! » • Propos recueillis par Pierre Labardant 1. Il est co-scénariste et réalisateur, avec Gustave Kervern, des films Aaltra (2004), Avida (2006), Louise Michel (2008) et Mammuth (2010). 2. Aaltra et Avida sont en noir et blanc. Un filtre très marqué est appliqué à l’image de Louise Michel. Dans Mammuth, tous les plans réalisés pour suggérer la présence fantomatique d’Isabelle Adjani ont été filmés avec une pellicule Super 16 inversible (un procédé sans négatif probablement jamais utilisé jusqu’alors au cinéma). 3. L’Imploseur (2000), La Bombe (2001) et Godkiller (2005), édités par Vent des Savanes. 4. Cette BD, éditée chez Dargaud début 2010, réunit 31 strips publiés à l’origine dans Siné Hebdo, en imaginant les rapports entre Jean Sarkozy et son père.

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exceptions (et règles)

dossier handicap et culture

exdf

La culture et le handicap se posent mutuellement la question de la place qu’ils sont prêts à s’accorder l’un l’autre. Au-delà des bonnes intentions, il manque aux politiques publiques un brin de folie.

Handicap : la culture L déficiente ?

’exposition «  Match de catch à Vielsalm  », présentée au dernier festival de la bande dessinée d’Angoulême, a fait très forte impression  : les planches apportées par les artistes belges s’illustraient par une ligne sombre, grasse, inquiétante parfois, et appuyaient des récits de guerre et de combats, âpres, bruts, directs. Les artistes tenaient atelier ouvert sur le lieu même de l’expo, se soumettaient de bonne grâce à l’exercice obligé de la dédicace du livre-catalogue et «  les gens étaient souvent surpris que ce soit un artiste trisomique qui signe leur bouquin  », reconnaît Anne-Françoise Rouche en rigolant. La directrice artistique du Centre d’expression et de créativité de la Hesse en Belgique est, avec les éditions Frémok, à l’origine de ce projet de collaborations graphiques. Un coup d’œil sur la production courante de La Hesse prolonge le coup de poing artistique : les peintures, les sculptures et jusqu’aux poupées de chiffon, tout concourt à rendre caduque le filtre imbécile qui voudrait nous faire voir des œuvres « d’handicapés » là où il n’y a que des œuvres. Un changement de perspective qui résulte de la lutte quotidienne menée par Anne-Françoise Rouche depuis près de vingt ans  : «  Nous sommes soutenus à la fois par les instances sociales mais aussi et surtout par les instances culturelles. Il y a davantage d’artistes que d’éducateurs à La Hesse. » La politique culturelle dans un fauteuil En France, les initiatives culturelles en direction des personnes handicapées sont soumises à un cadre législatif et institutionnel assez rigide. Pour le législateur, mettre en place une politique culturelle en leur faveur consiste avant tout à résoudre un problème d’accessibilité aux équipements existants en envisageant des ajustements techniques. Des préconisations qui concernent surtout les différentes formes de handicap physique. «  L’accessibilité est

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en effet notre axe principal d’intervention, reconnaît la correspondante culturehandicap de la Direction régionale des affaires culturelles du Poitou-Charentes, il s’agit principalement d’aider les équipements culturels à répondre aux mises aux normes imposées sur le bâti.  » Face aux injonctions de la loi (un décret d’application de la loi 2005-102 impose une mise aux normes pour le 31 décembre 2010), tous les établissements culturels ne sont cependant pas égaux. Les musées s’en sortent généralement bien, en valorisant leurs savoir-faire rodés en matière de médiation et en mettant en avant une palette large d’adaptations muséographiques aux différents handicaps (depuis les « boucles magnétiques » individuelles permettant la visite avec audioguide aux personnes malentendantes jusqu’aux visites tactiles). Des initiatives que le ministère reconnaît et où la région s’illustre : le musée Ernest-Cognacq de Saint-Martinde-Ré et le musée d’Angoulême ont ainsi été successivement désignés comme de bons élèves. La tâche est probablement plus ardue quand il s’agit d’accueillir en même temps des publics atteints de déficiences variées lors d’une représentation de spectacle vivant. La rampe d’accès – emblème a minima des efforts consentis – témoigne alors, en creux, des difficultés qu’il y a à envisager une ouverture généralisée à tous les publics handicapés. Pour autant, distribuer bons ou mauvais points selon ces seuls critères d’accessibilité ne remet pas en cause le bien-fondé d’une politique, qui n’a finalement pour autre horizon que la résorption la moins lente possible des retards locaux. Handicap mental : les idées folles Le handicap mental trouve aussi sa place dans les dispositifs législatifs, mais les propositions sont bien moins concrètes. Les bons sentiments et les grands principes sont évidemment de mise : dans les textes officiels, l’insertion et l’intégration sont servies à toutes les sauces sans que l’on parvienne pour autant à voir émerger une politique et des actions clairement définies. Les questions que pose le handicap mental ne sont en effet pas réductibles au seul accès aux

équipements. Face à des individus dont le rapport au monde est altéré, c’est ce que permet la culture qui est en jeu. Si l’accessibilité peut contribuer à faire de la personne handicapée mentale une consommatrice (comme une autre) de culture, l’aider à révéler sa part de créativité à travers des compétences artistiques propres est une autre articulation possible du rapport entre culture et handicap. On sent bien que les pouvoirs publics ne sont pas toujours à l’aise dans un rôle de prescripteur. Du côté de la DRAC, on confirme à demi-mot que cet axe – qui devrait se concrétiser par la signature d’une «  convention culture et handicap  » prévue par la loi depuis 2005 – n’est pas encore tout à fait opérationnel. Et même >

Ci-dessus : Benoît Monjoie, xylogravure Page de gauche : Rémy Pierlot, monotype sur papier

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existentiel

< si la Région Poitou-Charentes marque sa volonté d’inscrire son action en faveur du handicap dans le cadre d’un « Agenda 22  » – vade-mecum de bons principes en matière de handicap à destination des collectivités –, ce qui prévaut le plus souvent dans ce domaine, c’est l’adossement aux initiatives locales, portées sur le terrain par la foi militante des associations. En témoigne Élisabeth Cohen, de l’Adapei* de la Charente : « Les politiques publiques reconnaissent la qualité de nos initiatives ; notre travail à la base est soutenu par les institutions parce qu’il est de qualité.  » Fer de lance de cette politique active, le festival de l’Imprévu de Montembœuf est co-organisé depuis sept ans par l’association charentaise et la Communauté de Communes libres de Pougne-Hérisson Montembœuf (!), une singularité régionale. «  Il ne s’agit en aucun cas d’un festival du handicap  ! prévient Élisabeth Cohen. Il faut avoir entendu Kent ou Da Silva discuter musique avec nos musiciens pour comprendre que l’on n’était pas dans un rapport de déficience ou non, mais bien dans un échange entre professionnels. C’est cette reconnaissance des compétences de la personne handicapée qui nous importe.  » Des compétences qui peuvent dans certains cas aboutir à la professionnalisation des personnes handicapées. Culture d’entreprise Mais l’idée que la culture puisse contribuer à l’acceptation sociale du handicap n’est pas la plus en vogue. Si les initiatives existent et qu’elles sont soutenues localement, comment comprendre que les politiques publiques ne montrent pas plus de volontarisme à les généraliser  ? Face au handicap mental, de vieux réflexes demeurent  : l’important serait que ces personnes soient occupées (peu importe à quoi) et qu’elles ne dérangent ni l’activité ni le regard «  normal.  » La dernière loi de 2005 par exemple, au nom d’un très louable – et plus rentable – principe d’insertion professionnelle, a permis aux entreprises de plus de vingt salariés de s’acquitter de leur obligation d’emploi de personnes handicapées en les autorisant à sous-traiter une part de leur activité à des «  établissements et services d’aide par le travail  » (anciens CAT devenus ESAT). Ces 14 expressions

expériences

Ci-dessus : Richard Bawin, linogravure structures d’accueil médico-social doivent trouver un équilibre dans leur «  projet d’établissement  » entre les activités dites de « premier type », qui relèvent du travail stricto sensu, et celles dites de «  second type  », qui doivent viser à l’épanouissement de la personne handicapée par d’autres biais  : ��ducatif, sportif, ludique ou culturel. En privilégiant implicitement l’insertion par le seul travail de soustraitance, la loi a finalement maintenu le confinement relatif du handicap hors de la société. Elle a également contribué à réduire le temps alloué à la culture dans ces établissements à une dimension accessoire. Une tendance lourde, réductrice, mal vécue par les personnes handicapées comme par nombre d’éducateurs spécialisés qui les encadrent, et où la culture fait désormais figure de cerise sur le gâteau. Exit le théâtre ou la peinture, place au conditionnement répétitif ou à l’entretien des parkings d’entreprises. Exit peut-être aussi la possibilité d’accepter la différence par le brassage et le mélange.

Asile culturel L’idée que les personnes handicapées mentales puissent avoir une production artistique et que celle-ci soit à encourager et soutenir par les mêmes relais institutionnels que la production «  normale  » dérange encore largement les pouvoirs publics. Anne-Françoise Rouche explique cette conception, qu’il lui faut encore défendre  : «  Nous refusons tout regard complaisant, infantilisant ou caritatif sur la création des personnes handicapées mentales. Nous ne voulons pas entendre “c’est bien pour eux”, nous voulons que le public reconnaisse la valeur ajoutée à la création contemporaine.  » En refusant la culture comme « activité occupationnelle  » ou comme « art-thérapie », cette revendication d’une intégration par la compétence plutôt que par la prise en charge d’une déficience semble timidement faire son chemin. « Le regard sur le handicap change progressivement, affirme Élisabeth Cohen, mais il faut malheureusement encore convaincre  que la culture donne du sens.  » Une culture maltraitée face au travail sous-traité ? « Ce que nous constatons en Belgique, s’inquiète AnneFrançoise Rouche, ce sont des demandes croissantes d’accueil en provenance de France. » Et que les fous d’antan soient en demande d’asile culturel devrait nous inviter à réfléchir à notre capacité à combler nos propres handicaps. • Texte : Philippe Guerry Illustrations : Ce dossier a été illustré avec des dessins de personnes présentant une déficience mentale, réalisés au centre d’expression et de créativité La Hesse à Vielsalm (Belgique) - www.cec-lahesse.be * Adapei : Association départementale des amis et parents d’enfants inadaptés.

Intégration E

n région, nombreux sont les exemples d’activités culturelles proposées par les lieux institutionnels (musée d’histoire naturelle, conservatoire, espace art contemporain de La Rochelle par exemple) ou par des associations (telle Psychoses Points d’Interrogation dans cette même ville). Ces structures organisent des actions ponctuelles, en général des ateliers, des rencontres, des formations. Mais un réseau lisible reste à construire pour la prise en compte totale des handicaps dans la « sphère culturelle », à tous les niveaux, communal, régional et national. Dans une jungle fragmentée, nous avons retenu un lieu d’expérience globale convaincant, le foyer de vie Le Berceau, à Reffannes (près de Parthenay).

© FRMK

Un village, une maison Créé en 1992, Le Berceau est situé en plein centre de ce village de 380 habitants ; les débuts furent un peu délicats, les habitants un peu inquiets de ce voisinage inhabituel. Aujourd’hui Le Berceau est totalement intégré et les échanges quotidiens entre les résidents du foyer et habitants sont devenus naturels. La maison accueille une trentaine d’adultes et adolescents souffrant de handicaps psychiques, encadrés par une équipe éducative et les réseaux de soins. Les résidents participent au quotidien du foyer, à la vie sociale du village, avec un désir commun : découvrir, créer, prendre part à une vie culturelle sans exclusion. Tout au long de l’année ils participent à des stages et des ateliers d’expression, à l’organisation de soirées, à des sorties culturelles (spectacles, cinéma, expositions…). Des activités valorisées via le musée de l’Art en Marche, dans l’Allier (art brut et contemporain), qui expose certaines de leurs œuvres, ou par l’intégration au sein d’un groupe de percussions de rue (à l’invitation de six jeunes de Reffannes), ou par la participation (artistique et logistique) à un festival bisannuel mêlant toutes expressions artistiques. Pour la prochaine édition de ce festival, en 2011, ils travaillent à l’élaboration de spectacles de rue, envisagent un stage de théâtre avec la compagnie Création Éphémère, de Millau, ou encore un atelier danse avec Dany Beltran, chorégraphe déjà impliquée dans l’édition 2009. Alain Salques, fondateur et directeur du Berceau, dit de ses pensionnaires qu’« ils sont des êtres de culture à part entière ; il faut accompagner et faire avancer chacun d’eux pour qu’il trouve sa propre solution, sa parole, pour être dans la vie, la reconnaissance et le respect mutuel ». • Dany Huc Contact : Foyer de vie Le Berceau : 05 49 70 23 36

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exils

BARREAU

Tokyo 2010

BARREAU peinture dominique barreau

Un îlien en Asie Artistes permanents : AUCLER, BARREAU, BREROT, CHASSANG, CORTI, EL PEONE, ETIENNE, FOULQUIER, HAIR, LE PETITCOPRS, LITTOT, POUCHAIN, TESTA et WOHLFAHRT

G A L E R I E

G L I N E U R

Place de l’église - 17410 Saint-Martin-de-Ré Tél. : 05 46 09 10 90 - Fax : 05 46 09 94 98 e-mail : galerie.glineur@neuf.fr s i t e : w w w . g a l e r i e g l i n e u r. c o m

À Saint-Pierre-d’Oléron, son nom s’inscrit en grand sur les murs de sa galerie. À l’intérieur, Dominique Barreau ne rechigne pas à montrer les multiples toiles qui attendent le chaland. Mais au lieu des marines attendues, ce sont des visages d’Asiatiques XXL qui imposent leur crudité, travaillés à la brosse et au couteau. L’arête d’un cargo Comment ça, il aurait été un peintre « rock and roll » ? De sa jeunesse aux Arts appliqués, il gardera le goût de l’indépendance et d’un rapport frontal au monde. Mais en revenant dans son île aux débuts des années 1990, il endosse plutôt les attributs d’un peintre classique : c’est à l’huile qu’il entend saisir la réalité. « Un concept de travail : prendre de la peinture, un bout de toile, essayer d’être moderne  avec ça.  » La modernité se nichera où, alors  ? Il découvre à La Rochelle deux bateaux partant à la casse, rouillés et brinquebalants, voilà pour le sujet  : peindre des bateaux mais dans leur matière, toucher la poésie d’un monde finissant. L’angle aussi se déplace, les détails sont agrandis, le cadrage resserré pour accuser les lignes et les lettrages, sublimer leur aspect graphique. Dominique Barreau explore et démultiplie le motif, travaillant au couteau et par couches successives  : «  C’était devenu ma marque de fabrique. » Une imagerie se met en place, rattrapée rapidement par les magazines de décoration et les peintres peu scrupuleux. Sauf que la quête ne s’arrête pas là.

Shanghai, Tokyo, Sydney s’égrèneront ensuite. Poursuivant un attrait d’enfant pour les ports, les lieux d’échanges et de trafic, Dominique Barreau traque sa collection de clichés, qui rejoint notre imaginaire d’occidentaux  : les taxis jaunes, les ouvriers chinois, les jeunes Tokyoïtes et les chantiers monstrueux des nouvelles mégapoles. Une fois rendues dans l’atelier, les lignes accusent une architecture du fracas et de la vitesse, boostée par cette autre ligne, la ligne de crête du voyage, quand la perte des repères jouxte un réel vivifié par la distance. Le peintre change de palette, aborde des roses, des bleus presque criards, brosse dans le frais, habile à fouiller une fascination : les silhouettes échappées deviennent des visages immenses, où le trait s’évase, s’arrondit, et creuse le point focal où la vision se trouble. Et le désir grandit. Un monde se meurt donc, l’autre est en devenir, Dominique Barreau s’y frotte. Sa prochaine destination pourrait être à nouveau New York, ou la Côte ouest : « La folie californienne, le kitsch, ça m’intéresse. » Un peintre « rock and roll », pourquoi pas ? • Catherine Fourmental-Lam + Galerie Barreau : 6, rue Pierre-Loti, St-Pierre-d’Oléron

L’arrondi d’un visage Pour ce natif d’une île, qui sait qu’il faut en sortir pour mieux y vivre, un premier départ en 2005 à New York lui permettra de trouver de nouvelles impulsions. 16 expressions

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Exprimer

littérature jacques mailhos

Traduttore * traditore  ?

Quand le meilleur ami de l’homme est un chien, alors ce chien a un sacré problème. E. Abbey

L

’ordinateur est allumé, le livre à traduire posé. À portée de clic, l’indispensable Trésor de la langue française. À portée de main, le paquet de clopes, méphitique mais fidèle soutien à la réflexion. C’est parti pour de longues heures de travail. Jacques Mailhos ne traduit pas en fractionné, il lui faut du temps, tâter l’atmosphère avant de s’immerger  : être au cœur de ce qui se passe dans l’écriture. Il ressent un réel plaisir, celui de jouer avec les mots (l’homme est friand des jeux littéraires à la Perec, et autres mots croisés de Scipion), et celui, plus tactile, de frapper le clavier (avec les dix doigts !). Le traducteur n’est-il pas un interprète, puisqu’il déchiffre une partition, se fond dans la musique de l’écrivain ? Sa manière de travailler est libre ; sa seule règle : respecter la signification d’une phrase, veiller à l’harmonisation de l’ensemble.

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En 2006, dans son livre Dire presque la même chose, Umberto Eco examinait la difficulté qu’il y a à exprimer une chose dans deux langues différentes. It’s raining cats and dogs est loin de signifier qu’il pleut des chats et des chiens ! Selon Jacques Mailhos, la traduction parfaite n’existe pas, il faut juste faire en sorte que le livre en français procure le même plaisir, engendre les mêmes effets que le livre en langue originale. Son travail avance en spirale, chaque chapitre traduit est soumis à l’approbation de son éditeur, Oliver Gallmeister. Sa rémunération est d’environ 20 euros par feuillet**. Nature Writing Depuis leur création en 2006, les éditions Gallmeister nous font découvrir la richesse littéraire de l’Ouest américain, grâce notamment à la collection « Nature Writing », courant majeur aux États-Unis, une littérature qui suscite de plus en plus d’intérêt chez les lecteurs français. C’est également en 2006 que Jacques Mailhos traduit son premier livre chez Gallmeister  : Itinéraire d’un pêcheur à la mouche de John D. Voelker, savoureux récits contemplatifs au charme contagieux, même pour ceux qui n’ont jamais réussi à lever une truite  ! Notre traducteur est devenu incollable en termes halieutiques ; de là à savoir monter une Blue-winged Olive Dun no 20 ou reconnaître au premier coup d’œil si la belle qui a mordu est une rainbow ou une cutthroat, c’est autre chose  ! Son plus grand bonheur de traduction reste Le Retour du gang de la clef à molette (suite du Gang de la clef à molette), de l’iconoclaste anarchiste écolo Edward Abbey, farce tragicomique, livre culte de la contre-culture américaine des années 1970. D’emblée, le lecteur est prévenu  : Quiconque prendra ce livre au sérieux sera immédiatement abattu. Quiconque ne le prendra pas au sérieux sera enterré vivant par un bulldozer Mitsubishi. • Jack Flenoir * Expression italienne qui signifie littéralement « traducteur, traître », en d’autres termes : « traduire, c’est trahir ». ** 1 500 caractères (espaces incluses). Parmi les autres ouvrages traduits par Jacques Mailhos, citons notamment L’homme qui marchait sur la lune, de Howard McCord (Gallmeister) et Les Ficelles du métier, du sociologue américain Howard Becker (La Découverte).

agenda avril + mai 2010

Envoyez vos informations à agenda@magazine-expressions.com

Musique

Expositions

avr Vendredi 16 ■ Paysages à suivre Itinéraire photographique Hôtel Hèbre de Saint-Clément – Rochefort 05 46 82 91 60 jusqu’au 02 mai ■ Hina matsuri Poupées japonaises Musée d’Orbigny-Bernon - LR 05 46 41 18 83 jusqu’au 24 mai

Spectacles

■ Fanzines givrés Montréal – Poitiers La Fanzinothèque – Poitiers 05 49 46 85 58 jusqu’au 12 mai ■ Tout est bon dans le Cosson Arnaud Cosson Théâtre St Martin – LR – 21h00 05 46 07 08 92 ■ Parce qu’on va pas lâcher Danse La Maline – La Couarde-surMer – 20h30 05 46 29 93 53 samedi 17

■ Javier Roz et Muriel Baumgartner Galerie Eva Doublet St Georges du Bois (17) 05 46 27 50 70 jusqu’au 25 avril

■ Tout est bon dans le Cosson Arnaud Cosson Théâtre St Martin – LR – 21h00 05 46 07 08 92

■ Quai des singuliers L’Art singulier au féminin Galerie Senac de Meilhan La Flotte-en-Ré 05 46 09 09 27 jusqu’au 19 avril

■ Un récit des arts sonores Conférence-écoute Le Confort moderne – Poitiers 05 49 46 08 08

■ Les voyages imaginaires de FGK installation de Françoise Gründ-Khaznadar Centre Intermondes – LR 05 46 51 50 16 jusqu’au 23 avril ■ Spont équilibre, déséquilibre de Zarco L' Astrolabe – La Rochelle 05 46 67 47 67 jusqu’au 22 avril ■ Le jeu du corps / le corps du je II Martine Hoyas Le Pilori – Niort 05 49 78 75 16 jusqu’au 24 avril ■ Martine Schildge Esp. Art Contemporain - LR 05 46 34 76 55 jusqu’au 05 juin ■ Le Nombril du Monde Jardin d’histoires Pougne-Hérisson (79) 05 49 64 19 19 jusqu’au 10 octobre

lundi 19

■ Rosa la rouge Claire Diterzi et Marcial Di Fonzo Bo La Coursive – La Rochelle 05 46 51 54 00 mardi 20 ■ Rosa la rouge Claire Diterzi et Marcial Di Fonzo Bo La Coursive – La Rochelle 05 46 51 54 00 ■ Symphonie d’Objets Abandonnés Max Vandervorst L' Astrolabe – LR – 18h30 05 46 67 47 67 ■ Les fausses confidences de Marivaux par Didier Bezace La Coursive – La Rochelle 05 46 51 54 00 jusqu’au 24 avril ■ Lieux d’être François Méchain Carré Amelot – La Rochelle 05 46 51 14 70 jusqu’au 27 mai

Littérature

Jeune public

audiovisuel

Divers

■ Oh les beaux jours Cie Les Marches de l’Été Le Gallia – Saintes – 20h30 05 46 92 10 20 ■ La terre est ma couleur Médiathèque d'Aytré 05 46 30 19 41 jusqu’au 26 juin ■ Larguez les rêves… Comédie musicale La Hune – Saint-Benoît (86) 05 49 37 77 88 mercredi 21 ■ Le Peuple de l’Herbe Électro-Dub Espace Mendes-France – Niort 05 49 17 39 17 ■ Les ateliers d’Arts Plastiques s’exposent Arts plastiques Dortoir des moines et salle capitulaire – Saint-Benoît (86) 05 49 47 44 53 jusqu’au 29 avril jeudi 22 ■ Agnès Cazorla Vidéo et lecture live Orbe Studio – LR – 18h00 06 85 79 33 39 ■ Jeune Orchestre Atlantique Dir. Jean-Claude Malgoire Abbaye aux Dames – Saintes 05 46 92 10 20 ■ Yeah right Film de Spike Jonze Nyktalop Mélodie – Poitiers 05 49 45 85 82 ■ Ray Harryhausen, le démiurge fantaisiste Comment l’animation peut donner vie à l’univers de la Fantasy Médiathèque François Mitterrand – Poitiers – 18h 05 49 45 85 82 ■ Teddy Costa & The Thompsons Blues and Jazz L' Azile – La Rochelle – 21h10 05 46 00 19 19 vendredi 23 ■ En cours de Root Groupe rochelais Théâtre St Martin – LR– 21h00 05 46 07 08 92

22 avril à 20h ■ Agnès cazorla Vernissage présentation de Orbe # 31 : Livre d'artiste en sérigraphie avec un Cd Audio-Vidéo. Œuvre collective de Agnès CAZORLA, Liam GALLUT, Patrick GAUTHIER et Richard PINHAS + Performance avec une vidéo projection et une lecture de A. CAZORLA. Studio ORBE, 63 quai Louis Prunier 17000 La Rochelle Informations : 05 46 34 19 22

■ Les rencontres de l’improvisation Musique, danse, théâtre, arts plastiques La Fabrique du Vélodrome La Rochelle – 19h30 05 46 27 12 12 ■ Topiques et politiques de l’art. François Méchain / Michel Guérin Conférence, rencontre Centre Intermondes – LR 05 46 51 50 65 ■ Dead Sexy Inc., 1969 Was Fine !, Kiss the world for me Electro punk Le Camji – Niort – 21h00 05 49 17 50 45 ■ Beaucoup de bruit pour rien Cie Philippe Person La Maline – La Couarde-surMer – 20h30 05 46 29 93 53

■ Le Chantier Cie Pyramid Fourriers – Rochefort – 20h30 05 46 82 15 15 ■ Julien allègre Exposition de peinture Galerie Le Bigorneau - La Flotte 05 46 09 95 58 Jusqu'au 9 mai ■ Grandiloquent Moustache Club L' Azile – La Rochelle 05 46 00 19 19 samedi 24 ■ Le Chantier Cie Pyramid Fourriers – Rochefort – 20h30 05 46 82 15 15 ■ Grandiloquent Moustache Club L' Azile – La Rochelle 05 46 00 19 19 ■ Olivier Lejeune Show cabaret Théâtre St Martin – La Rochelle 05 46 07 08 92


agenda

agenda

Musique

■ Odyssée ZHAR La Fabrique du Vélodrome – LR 05 46 27 12 12 ■ Soirée sex, XXD, Aymeric de Tapol, Feromil, lolab “LMG”, Jean-Philippe Renoult & Dinahbird, Lolab & Radiolingus “Les Latrines” Le Confort moderne – Poitiers – 19h30 05 49 46 08 08 ■ Kraff Théâtre de Romette Carré Amelot – LR – 17h00 05 46 51 14 70 ■ Opéra Djamileh de G.Bizet Compagnie Voix d’Aunis M. Georges Brassens – Aytré 05 46 01 71 43 dimanche 25 ■ Grandiloquent Moustache Club L' Azile – La Rochelle 05 46 00 19 19 ■ Olivier Lejeune Show cabaret Théâtre St Martin – La Rochelle 05 46 07 08 92 mardi 27 ■ Des bois et des cuivres De Mozart à Hindemith Oratoire – La Rochelle – 20h30 05 46 30 37 39 ■ Zajal Opéra de chambre arabe de Zad Moultaka La Coursive – LR – 20h30 05 46 51 54 00 ■ Dex Romweber Duo Rock Folk Le Barbarella – LR– 19h30 09 50 08 58 38 ■ Scott H Biram Dirty Blues Java des Paluches – LR – 21h30 09 50 08 58 38 ■ Infundibulum Arts de la piste La Coursive – La Rochelle 05 46 51 54 00 jusqu’au 29 avril mercredi 28 ■ L’homme seul Alexis Dombrovsky La Fabrique du Vélodrome 05 46 27 12 12 ■ Rencontre de B. Friot, L. Jacquier et du Chœur des 12/15 ans Médiathèque M. Crépeau – La Rochelle – 18h30 05 46 30 37 39 ■ Paper Jam Michel Danton Art expace 83 La Rochelle jusqu’au 22 mai

Expositions

Spectacles

jeudi 29 ■ Pigalle et Nicolas Jules Esp. Mendes-France – Niort 05 49 17 39 17 ■ Ray Harryhausen, le démiurge fantaisiste Comment l’animation peut donner vie à l’univers de la Fantasy Médiathèque François Mitterrand – Poitiers – 18h 05 49 45 85 82 ■ La Poedanza L’art d’exprimer par la parole et le mouvement la poésie de la vie Espace Bonpland – LR – 18h00 05 46 27 96 88 ■ Voyage sonore et musical Khalid K L' Astrolabe – La Rochelle – 20h30 05 46 67 47 67 ■ Marseille Marseille Le Gallia – Saintes – 20h30 05 46 92 10 20 vendredi 30 ■ Sacco et Vanzetti Dau et Catella La Maline – La Couarde-surMer – 20h30 05 46 29 93 53 ■ Emilie Marsh, Sol’n Sol, The Portraits Soutien pour la Birmanie Théâtre St Martin – LR – 20h00 05 46 07 08 92 ■ Un mari à la porte Opérette d’Offenbach Oratoire – La Rochelle – 19h00 05 46 30 37 39 ■ Youssoupha, Original H.A Rap / France Le Confort moderne – Poitiers 05 49 46 08 08

jusqu’au 27 mai ■ le tirailleur / trace de mémoire À l’initiative du Carré Amelot et de Pour l’Instant à Niort, le photographe Philippe Guionie a bénéficié d’une résidence de deux mois afin d’interroger les traces mémorielles des anciens combattants africains et nord-africains. Au Carré Amelot, La Rochelle, jusqu'au 9 avril et au Pilori, Niort, jusqu'au 27 mai 2010 C. Amelot : 05 46 51 14 70 / Le Pilori : www.vivre-a-niort.com ■ Travaux publics Festival interregional La Fabrique du Vélodrome – LR 05 46 27 12 12 jusqu’au 29 mai

■ Russel Maliphant Company Danse La Coursive – LR – 20h30 05 46 51 54 00

mardi 04

■ La bête à deux dos ou le coaching amoureux Yannick Jaulin Salle Oléron – Échillais – 21h00 05 46 82 15 15

■ Huun Huur Tu Musique du monde La Coursive – LR – 20h30 05 46 51 54 00 mercredi 05 ■ Bonheur d’une étoile Arts plastiques, musique Le Gallia – Saintes – 15h00 05 46 92 10 20 ■ Légendes Danses Hip-Hop Chapelle Fromentin – LR 05 46 67 47 67 ■ Push Up Roland Schimmelpfennig Par Gabriel Dufay La Coursive – La Rochelle 05 46 51 54 00

mai

jeudi 06

■ Beatles/Eagles Diese Revival Théâtre St Martin – LR – 21h00 05 46 07 08 92 ■ Enablers Rock et plus si affinités Le Confort moderne – Poitiers 05 49 46 08 08 ■ L’arbre à musiques Déambulation musicale Fief Chapon et parc Richard – Niort – 15h00-19h00 05 49 78 75 44

■ Légendes Danses Hip-Hop Chapelle Fromentin – LR 05 46 67 47 67 ■ Push Up Roland Schimmelpfennig Par Gabriel Dufay La Coursive – La Rochelle 05 46 51 54 00 ■ Voix Soirée organisée par l’association culturelle de la Faculté des Lettres et des Langues Le Confort moderne – Poitiers 05 49 46 08 08 ■ Batlik Apéro-concert L' Astrolabe – LR – 19h00 05 46 67 47 67

■ Bonheur d’une étoile Dario Moretti La Passerelle – La Rochelle 05 46 51 14 70 vendredi 07 ■ Bonheur d’une étoile Dario Moretti La Passerelle – La Rochelle 05 46 51 14 70 ■ Terra Incognita Annabelle Joussaume Corderie royale – Rochefort 05 46 87 56 15 jusqu’au 04 novembre ■ André Manoukian Quartet “Inkala” La Maline – La Couarde-surMer – 20h30 05 46 29 93 53 ■ Orchestre des Champs-élysées Dir. Philippe Herreweghe Abbaye aux Dames – Saintes 05 46 92 10 20 ■ Festival international des très courts Carré Amelot – LR 05 46 51 14 70 ■ Quand est-ce que ça commence ? Cie Un deux trios soleil L' Azile – La Rochelle 05 46 00 19 19 Jusqu'au 9 mai

Jeune public

■ Territoire Fabienne Verdier Fouras – 19h30 06 63 29 04 05

■ Lowerb trio Concert Fourriers – Rochefort – 21h00 05 46 82 15 15

■ Black Diamond Heavies + Billy Gaz Station + Arthemus Skelton Heavy Blues Chantier des Francos – LR – 20h30 09 50 08 58 38

■ Samiade en trio Jazz texte au bar Fourriers – Rochefort – 19h30 05 46 82 15 15

■ de Scarletti à Ropartz Concert Oratoire – La Rochelle – 20h30 05 46 30 37 39

■ Chostakovitch, Dvorak, Prokofiev Quator Kadenza Fourriers – Rochefort – 20h30 05 46 82 15 15

samedi 01

Littérature

■ La bête à deux dos ou le coaching amoureux Yannick Jaulin Les Salons du Parc – Fouras 05 46 82 15 15 ■ Les Chevaliers du Fiel Humour La Hune – Saint-Benoît (86) 05 49 37 77 88 samedi 08 ■ Festival international des très courts Carré Amelot – LR 05 46 51 14 70 ■ Croque Madame Juliette Fournis Théâtre St Martin – La Rochelle 05 46 07 08 92 ■ Couleur Femme Rencontre scène ouverte Pinceau sur l’oreille – Burie (17) 05 46 97 02 71 ■ Takavoir Festival de films realisés par téléphone portable Moulin du Roc – Niort samedi 09 ■ Croque Madame Juliette Fournis Théâtre St Martin – La Rochelle 05 46 07 08 92 ■ Hannah Crafts Muséum – La Rochelle 05 46 43 44 91 jusqu’au 16 mai ■ Laétitia Lecque Artiste peintre Ancien presbytère – Talmont (17) ■ Le tirailleur, trace de mémoire Photos de Philippe Guionie Le Pilori – Niort 05 49 78 75 16 jusqu’au 27 mai lundi 10 ■ Sacrifices Nouara Naghouche La Coursive – La Rochelle 05 46 51 54 00 Jusqu'au 12 mai mardi 11 ■ Le Chantier de la “Rue des étoiles” Bruno Loire L' Astrolabe – La Rochelle jusqu’au 11 juin

■ Rencontres par Les XV du Poitou Saint-Benoît (86) 05 49 47 44 53 jusqu’au 22 mai vendredi 14 ■ Maceo Parker Funk Espace Encan – LR – 20h30 09 50 08 58 38 ■ Lili Ster + Jérôme Van Den Hole Concerts Chantier des Francos – LR – 20h30 05 46 28 28 28 ■ La Géographie du danger Compagnie Hors Série La Maline – La Couarde - 20h30 05 46 29 93 53 samedi 15 ■ Flec pointes Danse La Hune – Saint-Benoît (86) 05 49 37 77 88 ■ Epsilon Entre l’alpha et l’oméga… Esp. M. Crépeau – Nieul-sur-Mer 05 46 30 37 39 dimanche 16 ■ Schein, Schütz, Bach Barocco A Capella Église Notre-Dame – Niort 05 46 00 13 33 ■ Concert d'élèves et de l’OHVLR Avec l’ensemble Epsilon Oratoire – La Rochelle 05 46 30 37 39 lundi 17 ■ Fête de la poésie Les Mots à la Bouche L' Astrolabe – LR – 18h00 05 46 67 47 67 mardi 18 ■ Fête de la poésie Les Mots à la Bouche L' Astrolabe – LR – 18h00 05 46 67 47 67 ■ Les éditions Gallmeister Avec Jacques Mailhos Calligrammes – LR – 19h30 05 46 52 18 92 ■ From Monument to Masses, My own private Alaska The Flying Elephant Records Le Confort moderne – Poitiers 05 49 46 08 08 ■ Bitter Sugar Raphaëlle Delaunay La Coursive – La Rochelle 05 46 51 54 00

audiovisuel mercredi 19 ■ Bitter Sugar Raphaëlle Delaunay La Coursive – La Rochelle 05 46 51 54 00 ■ Iva Bittová Voix et violon Le Confort Moderne – Poitiers 05 49 46 08 08 ■ Salle des fêtes J. Deschamps – M. Makeïeff La Coursive – La Rochelle 05 46 51 54 00 Jusqu'au 21 mai ■ Courts métrages de Charlie Mars Association Hors Champs Le Camji – Niort – 20h30 05 49 17 50 45 jeudi 20 ■ The Radio Kings Blues and Jazz L' Azile – La Rochelle – 21h10 05 46 00 19 19 ■ La Poedanza Art et mouvement Espace Bonpland – LR – 18h00 05 46 27 96 88 ■ Slamalamer et Ka Jazz Apéro-slam et concert L' Astrolabe – La Rochelle 05 46 67 47 67 ■ Les étrangers familiers Un salut à Georges Brassens Fourriers – Rochefort – 21h00 05 46 82 15 15 ■ Le plateau s’offre un chapiteau L’Homme Cirque David Dimitri Sous chapiteau – Saintes – 20h30 05 46 92 10 20 Jusqu'au 22 mai vendredi 21 ■ Get the Blessing, minimal Orchestra, Neox Nu-Jazz / Jazz electro Le Camji – Niort – 21h00 05 49 17 50 45

Divers

■ Scream Club, Gachette of the mastiff Hip-Hop / Electro Le Camji – Niort – 21h00 05 49 17 50 45 ■ Les Concertos Brandebourgeois Marc Minkowski Église – Loix – 21h00 05 46 29 93 53 mardi 25 ■ L’Idiot Laurence Andreini La Fabrique du Vélodrome - LR 05 46 27 12 12 jusqu’au 04 juillet vendredi 28 ■ Ah ! Bernard Azimuth La Maline – La Couarde-surMer - 20h30 05 46 29 93 53 ■ Ciel d’eau Ciné concert Petit théâtre de verdure – Niort 05 49 78 71 78 ■ Mariscal + ZAZ Concert Chantier des Francos – LR – 20h30 05 46 28 28 28 ■ Orchestre National Bordeaux-Aquitaine Jonathan Stockhammer La Coursive – LR – 20h30 05 46 51 54 00 ■ l’écho des coquelicots Éric Mulard Carré Amelot – LR – 21h00 05 46 51 14 70 ■ Beaucoup de bruit pour rien Cie Les 26000 Couverts Fourriers – Rochefort – 21h00 05 46 82 15 15 ■ Christophe Guybet One Man Show L' Azile – La Rochelle 05 46 00 19 19 Jusqu'au 30 mai

■ Vincent Ruffin et Michèle Savinel Peintures et sculptures Galerie Le Bigorneau - La Flotte 05 46 09 95 58 Jusqu'au 6 juin

samedi 29

■ Spectacles chorégraphiques par les JAD La Hune – Saint-Benoît (86) 05 49 37 77 88

■ l’écho des coquelicots Éric Mulard Carré Amelot – LR – 21h00 05 46 51 14 70

■ Roméo & Juliette, la version interdite Spectacle L' Azile – La Rochelle 05 46 00 19 19 Jusqu'au 23 mai samedi 22 ■ Spectacles chorégraphiques par les JAD La Hune – Saint-Benoît (86) 05 49 37 77 88

■ Danse créative Danse La Hune – Saint-Benoît (86) 05 49 37 77 88

■ Beaucoup de bruit pour rien Cie Les 26000 Couverts Fourriers – Rochefort – 21h00 05 46 82 15 15 ■ Cheminement Graziella Girlando Saint-Benoît (86) 05 49 47 44 53 jusqu’au 05 juin


Murex

art contemporain françois méchain

L’Inquiéteur de certitudes Soirée cabaret / Khalid K Jeudi 29 avril À 20h30 À l’astrolabe Chanteur, bruiteur, conteur, Khalid K nous invite à un drôle de voyage autour du monde. Seul, armé de sa voix, il nous embarque dans toutes les cultures et toutes les langues sans jamais en parler aucune. Totalement dépaysant ! Tarifs : 8 euros- réduit 5 euros - 4 euros Pass’Culture  Contact : 05 46 67 47 67

apéro-concert / batliK Jeudi 6 mai à 19h à l’astrolabe Un propos percutant, une voix unique au timbre sensible et puissant… Les concerts de Batlik sont une réelle rencontre, un moment de poésie pure. Entrée participative / Réservation conseillée  Contact : 05 46 67 47 67

beaucoup de bruit pour rien de ShaKeSpeare 28 et 29 mai à 21h00 – théâtre des Fourriers à rochefort Après « Le championnat de France de n’importe quoi », les 26000 couverts, l’une des compagnies de théâtre de rue les plus créatives, s’attaquent à un monument du théâtre avec beaucoup d’humour et le sens des situations. Un spectacle audacieux et percutant. Renseignements : 05 46 82 15 15  www.theatre-coupedor.com

photoS de laurence lemaire chez matlama de mai à juin. Vernissage le 20 mai à 18h30 L’art de faire sécher sa petite culotte de Marseille en Asie. Le linge s’exhibe, une fois propre, au public. Il faut que ça sèche. Il faut que ça se sache… Sans retenue, sur un fil traversant la rue. C’est plutôt culotté. Matlama Ancien Encan/parking Aquarium. 61 quai Louis Prunier - LR,  du mardi au samedi 14h à 18h. Tél. 05 46 50 12 84  www.matlama.fr

D’une impossibilité de dialogue, François Méchain pose la question du mur. Quel mur ? À La Rochelle et partout dans le monde. Un site, l’histoire et une œuvre.

À

trois pas de trois pierres anciennes, un mur a poussé avec avril. Trois pierres en reste de la digue apostolique et romaine qui a piégé La Rochelle par le siège et contraint les Rochelais à manger leurs chats – le menu de qui prie dans la Réforme. Sur ces cailloux, le sang est protestant. Le mur, lui, est contemporain, bâti de bois. Signé Méchain, François. Photographe, sculpteur, plasticien, comme on veut – Inquiéteur de certitudes, Semeur de doutes, il préfère. Avait-il des doutes ce ministre à triste figure, roulé dans sa pourpre cardinalice, escorté de curetons, poil en pointe au menton ? Pas l’ombre. Que certitudes, tout plein la cape et la calotte. Au musée d’Orbigny, on voit ce Richelieu sous le pinceau de Motte. Comme s’il fut vraiment planté là, un jour de 1628. Image imaginée, on la prendrait pour preuve. Elle n’est que toc. C’est ici que déboule François Méchain.

Droit dans le mur. « Je crée un concept qui prend en compte l’histoire, ce qu’il y a en dessous. Il faut connaître les strates pour comprendre ce que l’on fait. » In situ, Méchain fait le mur Chez Méchain, le site impose la réflexion : « On sait que ça ne peut être que là. » Le mur s’étire au parc d’Orbigny : 12 mètres en long, 3,50 en haut ; un mur d’amertume face à la mer où se murmurent d’autres lamentations d’autres murs  : Tijuana, Padoue, Cachemire  ; entre Corée, entre Israël et Palestine. Entre toi et moi. Il peut habiter une campagne recluse au canton de Saint-Jeand’Y, l’Inquiéteur habite en réalité le monde. Il a sculpté le paysage (et photographié) aux Amériques, en Europe, partout. « Et je vois une montée des apartheids. On est dans un moment pré-fasciste. La France est préfasciste. » Identité nationale en poche. Ce mur est un énoncé politique, une question sur la relation à l’autre  ; hier et ici, ici et maintenant. « Mais je n’ai pas de réponse. J’essaie d’être un déclencheur, un passeur et d’être efficace. » Pour le passant du parc, le Méchainmur est percé dans son mètre en large d’un tube rond. Un judas de prison, juste pour enfiler l’œil. Et viser quoi ? La bouée Richelieu ! Bien rouge. Signal de plaisance, déplaisant souvenir. Un mur avec vue sur l’histoire, l’acte III d’une suite ouverte à Jodoigne entre Wallons et Flamands. Contre un mur il a invité les habitants, de part et d’autre, à appuyer leurs échelles. Prenant de la hauteur, certaines ont fraternisé. Dans la langue des échelles. Fin mai, le mur tombera. Ne fut là que pour inquiéter les certitudes… En 2010, comme en 1627, comme à Berlin en 1961. Comme partout où ils tomberont, aveux des faibles qui les eurent en tête. • Élian Monteiro + « Où commence le mur, l’histoire balbutie », avril/ mai, installation et expos photos de F. Méchain. Production Ville de La Rochelle, Carré Amelot, Intermondes, DRAC, lycée Valin. Voir sur www. carre-amelot.net et www.francoismechain.com On peut aussi réécouter The Wall, live in Berlin (Roger Water, 1990).

un magazine à l’ouest 23


Rock bahut exigence

exaltés

Les rockers en culottes courtes

around

J

the

Les lycéens ont meilleure mine depuis qu’ils sont sortis des caves et des garages. Car être rock est enfin politiquement (trop ?) correct. Et même encouragé par les lycées qui mettent les « musiques actuelles » à leur programme pédagogique et incitent leurs élèves à pousser la chansonnette. C’est à se demander quand ils révisent...

P

remier exemple de l’intrusion de la musique du diable dans les lycées : les Chroniques lycéennes. Créées à Amiens il y a quelques années, elles sont depuis 2008 dans le giron du Centre départemental de documentation pédagogique de Charente-Maritime (CDDP 17), en partenariat avec l’Académie Charles Cros*. Ce programme national a pour mission de brandir l’étendard de la chanson francophone dans des classes volontaires de lycées en terres francophones (Suisse, Belgique ou Québec) mais également à l’étranger (Ukraine, Vietnam, Turquie, Espagne et Angleterre). Pour tous, le travail commence à réception d’un CD contenant vingt chansons d’artistes francophones** de la «  nouvelle scène  », sélectionnés essentiellement parmi les « coups de cœur » de l’Académie Charles Cros et les jeunes pousses des Chantiers des Francos (cinq artistes de la compilation). Les lycéens sont invités, à partir de janvier de chaque année, à écrire des chroniques sur le(s) titre(s) de leur choix et à les rendre – sans 24 expressions

Écouter une chanson, en écrire une chronique, la publier dans Les Inrocks, fastoche !

rechigner – pour le début du mois d’avril par Internet. Tout au long de ce processus de rédaction, les élèves sont accompagnés par leurs enseignants et profitent de ressources pédagogiques publiées par le réseau CRDPCDDP. Au final, 50 chroniques (environ 2  500 ont été envoyées en 2009***) sont sélectionnées puis publiées fin mai dans un supplément encarté dans le magazine Les Inrockuptibles. Pour cette édition 2009/2010, quelque 6  000 élèves, répartis sur plus de 200 classes d’établissements d’enseignement général et professionnel, participent au programme. Qui est in, qui est out ? Mais les Chroniques lycéennes ne sont pas un travail de classe ordinaire mettant aux prises élèves et enseignants. Tout au long de l’année, elles sont un prétexte pour ces motivés motivés à goûter aux musiques actuelles tant à l’intérieur de leur établissement (par exemple des rencontres avec les artistes) qu’à l’extérieur. Ils peuvent ainsi assister aux concerts organisés par les Chantiers des Francos ou fondre sur les festivals impliqués dans la promotion de la scène francophone (« Alors… Chante ! »

Talking 'bout my generation... à Montauban notamment). Ils sont également impliqués dans les événements portant depuis longtemps la bonne parole de la francophonie, comme l’élection du prix Charles-Cros lycéen de la nouvelle chanson française (trois artistes choisis parmi les vingt présents sur la compilation des Chroniques) dont les récompenses sont remises en fin d’année à la Maison de la Radio à Paris, ou la semaine de rencontres des musiques actuelles «  Musiq’o’lycée  » organisée au lycée Jean-François-Cail de Chef-Boutonne – la dixième édition s’est tenue en mars dernier. Les temps changent, décidément. Autrefois, on séchait les cours pour écouter ou jouer de la musique. Désormais, on reste au lycée pour en profiter. • Pierre Labardant + www.chroniqueslyceennes.fr www.charlescros.org

e cause pas d’Angus Young, guitariste « survolté » du groupe AC/DC, dont la fameuse culotte courte d’écolier a fait la gloire. Je disserte sur les lycéens qui foutent le feu (en association) aux scènes musicales de leurs bahuts. À La Rochelle, chaque année, ils s’écharpent lors du tremplin inter-lycées L’Hissé Ô. Créé en 1998 par l’association Croches en Stock, cette « battle » permet aux plus vaillants de jouer dans des conditions professionnelles, bénéficiant de répétitions en studio et d’une « finale » en concert (programmée le 21 mai 2010 à la salle Georges-Brassens pour cette édition). Au niveau régional, les talents artistiques (dont les musiciens) s’expriment pendant la Créateuf, organisée grâce au budget participatif des lycées (BPL) mis en place par la Région. Pour sa cinquième édition, en 2010, les lycéens sélectionnés aux quatre coins du Poitou-Charentes se lanceront des décibels à la face le 24 avril prochain à Angoulême, avant de laisser leur place sur scène à des formations professionnelles (La Ruda en guest star). / P.L.

Merci à Céline Langevin (CDDP 17), Émilie Yakich (Francofolies) et Marie Jouin (L’Hissé Ô) * À titre indicatif, le budget consacré à l’opération par le CDDP est de 30 000 euros (finançant en particulier la conception du CD et l’impression des encarts Inrockuptibles) et de 7 000 euros pour l’Académie Charles Cros (droits pour l’utilisation des œuvres de la compilation et financement de certaines rencontres). ** Parmi les têtes d’affiche : Tryo, La Grande Sophie ou Oxmo Puccino. *** Une première sélection réalisée par le CDDP17 ramène le nombre des chroniques éligibles à environ 500, puis une deuxième par des enseignants à 150. Le choix final des 50 meilleures, reflet des 20 chansons de la compilation, revient aux Inrockuptibles. + http://blogs.poitou-charentes.fr/lhisseo/ www.bpl.poitou-charentes.fr/la-createuf/

un magazine à l’ouest 25


en expansion

extensions

édition FrancoFans et Zik&Bulles

Itinéraire d’un

rochefort la rock school

Une spécialité du Sud-Ouest

P

remière à avoir vu le jour en 1988, la rock school Barbey à Bordeaux, forte actuellement de 600 élèves, est devenue un modèle qui a essaimé dans le grand Sud-Ouest (Poitou-Charentes, Aquitaine, Midi-Pyrénées) à travers une dizaine de structures. Le principe, posé par le fondateur Éric Roux, part d’une idée simple  : associer la pédagogie du conservatoire aux musiques amplifiées de façon plus ludique, sans s’appesantir sur l’aspect théorique et le solfège. C’est après une visite à Barbey en 1998 que Christophe Pineau, responsable de la Poudrière de Rochefort-sur-Mer, décide de s’associer avec le directeur du conservatoire, Michel Delage, pour développer trois ateliers d’apprentissage et de perfectionnement d’instruments (guitare, basse et batterie, la base même du rock) auxquels vont se rajouter percussions africaines et chant. Cette méthode a aussi l’avantage de permettre aux jeunes musiciens d’accéder à une pratique collective et d’établir une éventuelle passerelle avec les sections 26 expressions

La pédagogie du conservatoire appliquée aux musiques amplifiées de façon ludique.

papier

musiques actuelles et jazz du conservatoire. Jusqu’à 2001, la gestion de la rock school était assurée par une association, depuis elle est passée sous le contrôle direct de la mairie. Bon et pas cher Le coût global de fonctionnement de la rock school se situe autour de 15  000  euros, soit la somme nécessaire pour rémunérer les enseignants. Ce budget est inclus dans le financement des musiques actuelles qui comprend également les activités de la Poudrière, les Mercredi du jazz et le festival Rochefort-enAccords. Aujourd’hui, pour une cotisation identique à celle d’une inscription au conservatoire, plus de cent jeunes, entre douze et dixhuit ans, se répartissent sur trois lieux différents : le conservatoire (50 inscrits), le lycée Dassault (15) et le collège Pierre-Loti (50). Faute de locaux et de moyens pour payer des heures complémentaires, soixante autres se retrouvent sur liste d’attente. Pour que cet enseignement débouche sur des actions concrètes, tous les aspirants musiciens, quel que soit leur niveau, participent à une série de trois concerts par an donnés devant un vrai public, qui, il est vrai, leur est acquis d’avance. Cette année sera marquée, pour la première fois, par des échanges avec la rock school de Cognac. En revanche, Rochefort possède une autre singularité. Depuis 2006, pendant une semaine dans le cadre du festival Rochefort-en-Accords, à l’instigation du guitariste Thierry Bouyer*, coordinateur des ateliers, se sont instaurés des rencontres avec des musiciens professionnels et des travaux sur l’écriture et le jeu scénique, avec, en point d’orgue, un concert place Colbert. • Philippe Thieyre * Et l’aide financière de la Ligue de l’enseignement.

T

out commence avec la parution du premier numéro de FrancoFans, magazine indépendant de la «  chanson francophone actuelle  ». En ce mois d’avril 2004, Christian Chagot, son fondateur, prend le pari risqué de se dresser face aux puissants groupes parisiens, détenteurs de l’essentiel de la presse musicale. Passionné et désargenté. Un scénario à la Ken Loach ! D’autant que le modèle économique initial manque un peu d’assise. Aucune aide institutionnelle. Un lancement en kiosque « aléatoire ». Un contenu difficile à centraliser et une maquette lourde à produire. La formule s’essouffle vite et, en juillet 2006, FrancoFans est mis en liquidation. L’histoire aurait pu s’arrêter à ce numéro 24 si l’équipe, et en particulier Benjamin Valentie, en charge alors de la communication et aujourd’hui rédacteur en chef, n’avait pas écumé les coulisses de cette édition des Francofolies. Portant un message simple à destination des professionnels : ce magazine est le vôtre, sauvez-le ! Voilà comment les artistes sont devenus les nouveaux garants de la subsistance du magazine dédié à leur production. Ils adhèrent désormais chaque année*** à la structure associative baptisée accFa et contribuent à l’actualité rédactionnelle de FrancoFans dans sa nouvelle formule bimestrielle de 84 pages. De la musique de qualité compilée sur papier glacé.• Pierre Labardant * Association culturelle pour la chanson Francophone actuelle. ** Et comme dit le poète Solaar : « Qui sème le vent, récolte le tempo. » *** 250 artistes et groupes ainsi que 100 salles de concerts sont aujourd’hui adhérents de l’association et représentent, grâce à leur adhésion annuelle de 100 euros, 40 % des recettes du magazine (en complément des 40 % de la vente kiosque et des 20 % d’insertions publicitaires). + www.francofans.fr

glacé

Le combat en faveur de la production de supports papier (et disques) de qualité, sonnants et odorants, s’organise partout. Des irréductibles se dressent vaillamment pour proposer une alternative au tout Web. C’est le cas de l’accFa* qui, depuis Rouillac (16), sème un vent de révolte culturelle**.

Coup d’Marron lâche les chiens

C

’est encore Christian Chagot qui est derrière le concept original de Zik & Bulles. L’objectif est d’éditer tous les ans un bel objet conciliant production musicale et bande dessinée. Pour initier le projet, il s’est tourné vers des « signatures » régionales (confiant sa coproduction au groupe Coup d’Marron) : Wilfried Hildebrandt, chanteur et auteur des textes, et Thibault Balahy, dessinateur. Au final, Le nord c’est pas fait pour les chiens regroupe le nouvel album de Coup d’Marron (« Pour les chiens ») et une histoire illustrée façon BD, libre interprétation de la chanson intitulée Dawson figurant sur le CD. Le 5 mars dernier, tout ce petit monde s’est retrouvé à la maison Georges-Brassens d’Aytré pour présenter ses œuvres : expo, concert et performance de Thibault Balahy sur scène. Du bel ouvrage ! • P.L. + www.ziketbulles.fr www.coupdmarron.com thibault-balahy.over-blog.com

un magazine à l’ouest 27


exploratoire

exorcismes

festival takavoir

Allô ! On tourne

«C

’est important de se protéger, même pendant la période des fêtes  », annonce le gars, grand angle serré sur sa face à l’écran. On en déduit qu’il s’agit des fêtes de Noël ou pas loin – facile, la scène est en extérieur jour, ça caille et il y a des sapins à vendre autour. On voit le même gars pénétrer (oui  !) tête la première dans la machine d’emballage à la place du sapin puis en ressortir emmailloté dans son filet comme un arbre à boules. Protégez-vous (1’30”) concourt dans deux festivals : l’un, VIH Pocket Film  ; l’autre, Takavoir, sur le thème de l’arbre. Qu’ont-ils en commun ? Ils s’adressent à une nouvelle catégorie de réalisateurs qui prendraient facilement leur mobile pour une vraie caméra et au public qui prendrait ces films pour du vrai cinéma. Qu’est-ce qui distingue ces deux festivals ? Le deuxième est une première.

Une première pour le ciné de poche : le 8 mai, Niort déroule le tapis rouge aux porteurs de portables devenus réalisateurs de films.

Outil de création Ce truc qui nous colle partout à l’oreille, on peut aussi se le coller en fenêtre sur l’œil, capter le monde avec, ou s’en inventer un autre – généralement, on appelle cela fiction. Dans sa filmitude la plus débile, ça donne le happy slapping – on ne perdra rien à la translation en ne disant pas claque heureuse mais vidéo lynchage. Dans un cerveau créatif, ça peut donner trois merveilleuses minutes et/ou des films nécessaires*. Takavoir en a reçu une centaine, mis en ligne sur son site. Le comité de visionnage en a gardé un quart de crème pour le jury. Au-delà de l’arbre pris pour thème – qui cache la forêt de nos généalogies, notre vieille branche amie, ou la came dans le moteur –, Takavoir est ouvert à la création  : le hors-compétition est donc aussi son invité  ; on veut ici montrer, au sens XXL, ce que l’on sait faire d’un portable «  qui est déjà un thème en soi  ».  Là, c’est Guyome Simonnet que l’on entend dans le sien. « L’idée prime, la technique devient secondaire », explique le président de l’association Hors-champ, porteuse du projet né dans le grenier culturel de la Ville de Niort. L’esthétique oscille entre le Super8 et le Polaroid des familles. Un instantané qui bouge, saisi dans un format de poche. Le pocket film a son vocabulaire, sa construction, sa couleur propre – ou carrément crade ! Avec la téléphonie mobile qui va évoluer à grande vitesse, le festival est appelé à évoluer aussi. Il grandira également sur sa fonctionnalité pédagogique. Où le portable est souvent diabolisé, Takavoir appelle les jeunes, lycéens, étudiants à devenir réalisateurs. «  Le festival est un biais que nous allons prendre pour faire de l’éducation à l’image  », annonce Guyome Simonnet. Et au bout du tapis rouge, il n’y a pas que des petits fou(r)s. 1000 € au Grand Prix, ça en fait des SMS ! • Élian Monteiro * Un documentaire (60’) clandestinement réalisé par une femme sur son quotidien à Téhéran, projeté le 8 mai hors sélection. Programme, composition du jury, délibérations, proclamation, projections du 8 mai  : www.takavoir.fr

28 expressions

portrait claude margat

artiste des marais à l’écoute du monde Un

N

é à Rochefort, Claude Margat n’a quitté sa ville que le temps des études (de philosophie et de musique) à Poitiers et d’un intermède parisien de quelques années. « Pour moi, Rochefort est un décor, une ville vide, dont je peux sortir en cinq minutes pour déambuler sans limite dans des marais s’étendant à perte de vue. J’ai alors l’impression de vider ma mémoire, de m’abstraire du quotidien pour vivre au diapason du monde. » Dans sa peinture, l’omniprésence des paysages plats et infinis du marais s’impose immédiatement. C’est sa rencontre avec l’écrivain et calligraphe François Cheng qui l’a orienté vers les techniques des paysagistes chinois auxquelles il entraîne inlassablement son poignet. Pour Claude Margat, il convient de demeurer un amateur éclairé en toutes choses. Les vrais grands artistes, selon les dires d’Alberto Giacometti luimême, échouent sans cesse et c’est dans cet échec que se crée une œuvre. Ainsi Jimi Hendrix, autre figure tutélaire, prenait ses

morceaux par tous les bouts, en recherche permanente, avant d’arriver à des versions quasi parfaites, comme celle de Stone Free au Royal Albert Hall. L’art, les textes, la magie et la politique L’art est essentiellement une affaire de magie, plus que d’écoles ou de formations. Saisir l’esprit des choses, le voler à la réalité, déchiffrer l’écriture, toutes ces actions transforment l’artiste en médium appréhendant le mouvement du cosmos, avec ou sans recours à des psychotropes libérateurs. Autre précepte : éviter l’ennui et la redite, les pires ennemis de tout être vivant. Claude Margat évoque aussi son exclusion de l’Éducation nationale en tant que prof de musique, son travail de critique littéraire (La Quinzaine littéraire et Le Monde libertaire) et ses débuts d’écrivain plutôt prolixe et sans exclusive (poèmes, essais, romans), prompt à rentrer dans la structure de la langue pour mieux casser les mots et les reconstruire en toute liberté. « Avant la peinture, je m’adonnais au dessin, à la caricature de mes semblables, de mes concitoyens. C’était une forme d’exorcisme pour ne pas les flinguer. C’était un massacre sur papier.  » Donc, ce ne serait pas par empathie que Claude se serait investi dans la politique locale, mais par détestation du maire précédent (Jean-Louis Frot, vice-président du conseil général) dont il vilipendait la gestion «  à la limite de l’honnêteté ». Bien qu’il ne soit pas entièrement satisfait des réalisations de la gauche et qu’il privilégie dorénavant les actions ponctuelles et concrètes*, il préfère à l’évidence  «  vivre dans une ville de gauche plutôt que de droite ». • Philippe Thieyre * Contre la future 4 voies de contournement de Rochefort, par exemple. + Dernier livre : Daoren Un rêve habitable, éd. de la Différence. Prochaine exposition  à Houston, Texas, présentant de très grandes toiles horizontales de 1520 m de long (« Je ne fais pas de croquis. J’élabore une construction dans ma tête, puis je laisse partir ma main et après j’assemble le tout »).

un magazine à l’ouest 29


carte blanche à philippe guerry

1970

2010

le triolet un club

Les petits riens qui font la différence

Diaporama

Pas de top 50, une musique très branchée pour noctambules de tous âges, dans un décor de miroirs, laque laiton. Un étage repensé dans un décor d’inox, de cuir et sculptures. Ouvert à partir du mardi au dimanche. A partir du jeudi ouverture du Triolet à l’étage avec salon fumeur. Discothèque de 23h à 5h du matin

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IRO

13/04/10 10:28:51

Numériser. Accepter la numérisation. Enregistrer. Je fais face à la vie de mon père. Entre nous un écran. Nous préparons les noces d’or. Nous préparons les surprises. Le diaporama qui sera montré aux invités. Créer une sélection personnalisée. Des instantanés de jeunesse fixés sur de vieilles photos jaunies. Une vie qui s’extirpe des boîtes à chaussures et bombe un torse parcheminé. Améliorer les couleurs. Ma mère en taille de guêpe et en jupe à volants, couchée dans l’herbe, un sourire de malice. Mon père conquérant sur une moto qu’il enfourche crânement. Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. Numériser. Trois enfants. Accepter la numérisation. Retourner dans la boîte à chaussures. La vie fait face. Le fil du scanner lui brûle les yeux. Le soleil lui chauffe le dos. Ajuster les images à la fenêtre. Mon père n’a pas de photos d’enfance. Sa guerre d’Algérie est une succession de clichés joyeux. Il fume sur toutes les photos mais nulle part il ne souffle dans son saxophone, nulle part il ne joue du violon. Effacer la mémoire de sélection. Pas de photos non plus de ses exploits cyclistes. Augmenter la netteté. Le saxophone, le violon, le vélo, la guerre comme un séjour de vacances. Convertir en niveau de gris. Une enfant. Supprimer les yeux rouges. Une deuxième. Numériser. Accepter la numérisation. Tardivement, le troisième. La place qui manque. Recadrer les bordures. La menuiserie qu’il quitte pour l’usine. Les trois huit en mobylette. Conserver les proportions. Arrivée pendant le repas du soir. Le baiser froid du dehors sur nos joues chaudes de purée Mousline. Régler les contrastes. La caravane qu’on attelle à l’aube. Rotation à gauche. Les clignotants que l’on teste. Rotation à droite. Piquenique sur une aire de repos. Le auvent à monter. Numériser. La Bourboule, 1972. Benidorm, 1978. Argentat, 1980 et les suivantes. Accepter la numérisation. Une volière dans le fond du jardin. Une colombe que je laisse échapper. Ajouter une zone de texte. Elle est sortie toute seule, un mensonge. Miroir vertical. Un moineau qu’il piège avec du pain pour me faire plaisir. Il s’est échappé, un mensonge. Zoom. Je distingue les morsures de nos dents de lait. Je distingue la foulure de nos pieds d’enfants. Les lacérations irritantes de nos adolescences. Zoom. Le souffle triomphant de nos vies d’adultes. Des enfants qui cuisinent en cachette des souvenirs de noces d’or. Augmenter le nombre de couleurs. Enregistrer. Lancer le diaporama. •


carte blanche à philippe guerry

Je suis perdu dans le marché d’une grande ville de l’ouest. Des jeunes gens me voient et échangent entre eux de larges sourires moqueurs. Je ne sortirai pas sans leur aide. Je joue le jeu et tourne ostensiblement en rond afin de prolonger pour eux cette offrande touristique. Je suis à qui m’a vu le premier. Isaac m’a vu le premier. Il me trimballe chez tous ses parents présents sur le marché. Tous se payent de ma gêne. Une bonne tranche de rigolade pour chacun, les oncles, les cousins, les frères, les maris, un peu de mon regard abîmé. Je suis perdu davantage encore. Sur les étals familiaux, je laisse des morceaux d’écorce pour retrouver mon chemin. Mais je ne reviendrai jamais sur mes pas. Isaac lui-même est sans doute perdu mais il s’en amuse. Il me ballotte. Il me bringuebale. Il me montre, m’exhibe, m’estime, me monnaye. Je suis à lui qui m’a vu le premier. Le premier de la liste longue de ceux qui m’ont vu également et veulent me trimballer également, me ballotter également, me bringuebaler également, chez les mêmes oncles, les mêmes cousins, les mêmes frères et les mêmes maris, sur les étals desquels sèchent mes morceaux d’écorce. Ce soir les étals se plieront et la place libérée des oncles et des cousins montrera ses dimensions modestes, coincée entre les murs des maisons boutiquières où officient frères et maris. Même ainsi exposé sur une place vide, je serai encore perdu dans une grande ville de l’ouest. J’habite une grande ville de l’est et les marchés n’y sont pas disposés pareillement. Les travées y sont droites et les jeunes gens interdits. Aucun sourire n’écorche personne et on ne s’y perd qu’en suivant les regards, qui sont fuyants et montrent les étals. Je resterai perdu dans une grande ville de l’ouest. Les sourires des jeunes gens seront moins moqueurs. Avec ou sans aide, je n’en sortirai pas. Je jouerai le jeu et tournerai ostensiblement en rond afin de prolonger pour eux l’offrande. Je serai à qui me verra le premier, qui me trimballera, me ballottera, me bringuebalera et m’étalera le lendemain matin parmi les morceaux d’écorce. Nous, les jeunes gens des villes de l’est, nous ne sommes peut-être pas faits pour les marchés. Quand, malgré l’interdit qui frappait notre présence, nous nous perdions dans les travées droites de ceux des villes de l’est en cherchant la sortie, des regards fuyants nous montraient les étals d’écorces comme seule issue possible. •

carte blanche à philippe guerry

J’ai mangé un renard. J’en mangerai d’autres. Je prendrai cette habitude. Je m’habituerai aux renards. J’apprendrai leurs horaires, la façon dont il faut se comporter avec eux, les manières qu’ils ont de s’approcher, le sens de leurs jappements plaintifs. Je répondrai à leurs appels, j’essaierai de me faire remarquer, de devenir l’ami de l’un d’entre eux, d’entrer dans leurs cercles, d’entamer une sociabilité proprement renarde. J’en attraperai un, qui connaîtra la nature de mes incisives, celle de mes canines. J’abandonnerai dans des viscères chauds ma chape d’humanité, à la lisière de marais, dans l’humidité des fosses, dans des forêts. Un je ne sais quel bûcheron trouvera une dépouille et l’attribuera à un loup : les bêtes sont comme ça entre elles. Je changerai de lisière, de marais, de bois. Je retournerai en ville me rebâtir une civilité honorable. Être un homme d’habitudes, retrouver des horaires, me plaindre en jappant, me recréer des cercles d’amis. Je saurai comment t’approcher, la façon dont il faut se comporter avec toi et je referai ma vie en bordure du parc. J’attendrai que me revienne le goût du renard. •

Philippe Guerry : pguerry@gmail.com


examiner

expressif

internet design

De l’histoire d’une technologie qui permet, au choix, de découvrir le monde, de se divertir ou de fouiner chez son voisin. Petit survol de sites remarquables en quelques lignes et clics.

Des histoires

Sélection de Pierre Labardant

www.lelieududesign.com

http://culturebox.france3.fr

Le destin régional du design

Pourtant que la montagne est belle…

Les mots et les images ne trompent pas. Le « Lieu du Design » est bien un temple à la gloire de Jean-Paul Huchon. L’omnipotent président du conseil régional et du Lieu apparaît donc dès l’accueil du site lelieududesign.com pour nous faire plonger dans le décolleté de l’Île-de-France. Situé dans le XIIe arrondissement de Paris, cet antre dédié à la « promotion du design industriel et de l’eco-design » accueille sans rechigner tous les designers franciliens. Une politique de l’IdF über alles qui n’aura sans doute pas été décomptée du temps d’antenne Internet du candidat socialiste reconduit dans ses fonctions de président de Région le 21 mars dernier… •

www.lesautresgens.com

Dessine-moi le web Le 1er mars 2010, un feuilleton numérique est né. Quinze auteurs de bande dessinée se sont associés pour créer une histoire et mettre chaque jour un nouvel épisode en ligne. Lesautresgens.com raconte la vie de gens ordinaires accaparés par leur routine. Un sujet somme toute banal qui se révèle pourtant captivant en mode Internet. Les styles variés des illustrateurs donnent du relief à l’affaire et en renouvellent sans cesse l’intérêt. On se prend quotidiennement au jeu, trépignant comme une « ménagère de plus de 50 ans » devant Les Feux de l’amour. •

C’est un roc. C’est « culturebox ». France 3 y hisse tous les reportages consacrés à son actualité culturelle, diffusés à l’antenne ou produits spécialement pour le Web. Les vidéos se dressent comme autant de pics, les plus récentes trônant en altitude. Franchissement impossible. Beaucoup de contenu, des images qui s’animent soudainement, des bêtes de scène qui côtoient des spectacles de salle des fêtes. Heureusement, l’œil attentif, disposant d’un grand écran, aura remarqué ce petit pavé de navigation en bas à droite. Un guide qui nous fait cheminer dans la poudreuse, godillant parmi les informations selon des critères géographiques ou thématiques. Soignez le planter de bâton ! •

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En design, le besoin de surprendre est un impératif. Les façons de le faire sont multiples et souvent, heureusement, mystérieuses.

© J. Garcia

D

ans une rue d’une ville étrangère, une boulangerie. Dans la vitrine de cette boulangerie, deux baguettes disposées avec application l’une sur l’autre, formant un X, sur l’une des étagères en verre. Les autres sont impeccablement vides. La simplicité du dispositif attire mon attention, le soin apporté à cette réalisation produit sur moi son effet de séduction. Je m'arrête, je regarde, je sors l’appareil de ma poche et… clic, je prends rapidement une photo. Je remets l’appareil dans la poche, je reste quelques secondes de plus à regarder la scène, j’hésite, et finalement je décide d’entrer. À l’intérieur, les étagères de marbre blanc veiné de noir sont vides et entourent le boulanger, qui lit le journal assis derrière un comptoir peu éclairé. Sans parler, il me regarde à la dérobée et comprend tout de suite que je lui suis étranger. Il continue de lire son journal, semblant attendre que je prenne l’initiative. Dans le magasin, il n’y a rien d’autre à vendre. Seules les deux

baguettes justifient sa présence. Deux bêtes rares, gardées par un homme qui les connaît depuis leur naissance et les surveille tranquillement, de loin, du coin de l’œil, rassuré par une vieille complicité. Elles sont à vendre, mais il n’est pas pressé de les voir partir, il est sûr que tôt ou tard quelqu’un viendra les acheter. Ou peut-être qu’il préfère ne pas s’en séparer, qu’il a déjà gagné assez d’argent ce jour-là. Je lui adresse un « bonjour » qu’il me retourne, et tacitement nous convenons ensemble de demeurer silencieux. Un silence imperméable remplit l’espace. Sans doute m’a-t-il vu prendre la photo et, après l’échange de salutations, cet acte lui a-t-il révélé, le temps d’un cliché, mon double statut de touriste et de nonacheteur. Je jette un dernier regard au magasin et à son comptoir, petit, sombre, entouré de marbre, je lance un « merci » en l’air – sans réponse – et je sors, mal à l’aise dans mon rôle de voyeur. Après tout, ce qui m’a motivé à entrer, c’était l’envie de vérifier qu’il n’y avait rien d’autre à vendre en plus de ces deux baguettes. Et dans ma bête condition de prédateur d’images, j’ai repris mon chemin. C’est sans doute exagéré de penser cela. Aujourd’hui je sais que j’aurais préféré ne pas entrer dans la boulangerie, l’image de la vitrine aurait dû me suffire. Pourtant je n’avais voulu qu’enregistrer, prendre note, pas faire une photo et encore moins chercher des explications. Le reste n’a pas d’importance. Je voulais pouvoir me souvenir, comme je le fais maintenant, du monde d’images et d’histoires qui est passé entre moi et cette vitrine pendant les trois premières secondes qui ont suivi notre rencontre. Elles étaient toutes fugaces, floues, oubliées et néanmoins belles. João Garcia

un magazine à l’ouest 35


Exhausteurs

livre

livre

revue

disque

disque

Auguste Derrière

Laurent Bonnet

Anne & Julien

Hey ! N°1

Grizzly Bear

Veckatimest

Massive Attack

Ankama éditions

Warp

Virgin

Le sous-titre de cette nouvelle revue parle de lui-même, Modern Art and Pop Culture. Superbe et surprenant sont les premiers qualificatifs qui viennent à l’esprit en découvrant son graphisme et sa mise en pages. Un format inhabituel, des articles, des interviews, des pochettes de disques et surtout une abondance d’illustrations dans un esprit légèrement trash et radicalement libertaire, sans oublier une bande dessinée à détacher, signée Blanquet, et des découpages. Ne passez pas à côté, plus tard vous le regretterez. • P.T.

Un petit rappel pour ce troisième disque du groupe new-yorkais Grizzly Bear. Folk-rock-poppsychédélique… si ce « Veckatimest » mélange un peu tout ça, au-delà des qualifications et des classifications obligatoires, c’est surtout un disque magnifique, au lyrisme exacerbé avec des mélodies scintillantes sublimées par les harmonies vocales et des guitares limpides. Une des toutes meilleures et des plus originales productions de 2009. À écouter et réécouter pour en découvrir toutes les subtilités.• P.T.

Ce n’est finalement que le cinquième album du groupe de Bristol en 20 ans de carrière. Après sept années d’absence discographique, mais pas de présence puisqu’ils ont beaucoup participé et produit pour d’autres artistes entre-temps, ces propagandistes du trip-hop nous livrent un nouvel et excellent opus. Sans être au niveau de « Mezzanine », leur chef-d’œuvre de 1998, « Heligoland » n’en est pas moins une des belles réussites de ce début 2010, avec tous les ingrédients qui ont fait leur réputation : des invités judicieusement choisis au chant et une aptitude rare à bâtir une atmosphère unique pour chaque morceau. • P.T.

Les moustiques n’aiment pas les applaudissements

Se souvenir de Rochefort et de son canton

Maison PoaPlume / Le Castor Astral

Geste éditions

Mais qui est donc dessous Derrière ? Car enfin, il y a de quoi se taper le cul par terre ! Personne n’en avait eu vent jusqu’à ce que le courant ne le reflue. Et que son œuvre soit portée aux nues. Derrière est au-dessus du lot. Il sait vanter le mot. Auguste est élégant. Sous sa plume, le français se diffuse, exhalant. Tout en slogans. On dirait du Chaban. Sans doute parce que ses auteurs sont bordelais. Et sont formés aux mots laids. Ce livre contient plus de 450 pensées parmi lesquelles les Rochelais trouveront leur plus florissante : « Il vaut mieux être belle et rebelle que moche et remoche. » • P.L.

Souvent, ces livres constitués de cartes postales anciennes font uniquement appel à des sentiments de nostalgie. Il en va différemment lorsque sont juxtaposées des images d’hier et d’aujourd’hui. C’est le cas avec ce très beau et très gros volume, non seulement riche en illustrations, mais aussi très pertinent dans ses choix, car ces comparaisons permettent de réfléchir sur les évolutions de la société et ses lignes directrices, sans mythification passéiste. Sont ainsi soulignées sous nos yeux la place prise par la voiture dans le paysage urbain ainsi que la laideur et l’agressivité esthétique des enseignes actuelles. • P.T.

Heligoland

un magazine à l’ouest 37


Exhausteurs

Le Globe Trotter Restaurant Traiteur Bar

disque

disque

dvd

dvd

DVD

The Hot Rats

La Maison Tellier

divers

Pearry Teo

Max Ophuls

Action & Communication

Carlotta

Turns On

G&D Records / Pias France Voici le printemps et son herbe tendre. Il est grand temps de rouler décapoté en scandant des hymnes au grand air. La meilleure époque pour revoir ses classiques grâce aux Hot Rats. Derrière ce nom à ronger dehors se cachent Gaz Coombes et Danny Goffey, deux membres du groupe Supergrass partis en goguette. Après un premier remake du Drive My Car des Beatles en 2009, les compères reprennent, malaxent et malmènent douze hits de pointures du rock. Alors, sifflotez au guidon du Bike des Pink Floyd, ronronnez avec The Lovecats de Cure et formez les rangs pour le Fight For Your Rights des Beastie Boys ! • P.L.

38 expressions

L’Art de la fugue

Asiaexpo édition

3ème Bureau / Wagram Music

Le cinéma taiwanais ; thaïlandais ; vietnamien ; indien

La musique de La Maison Tellier est un paradoxe. Sombre, amère et parfois étouffante, elle a pourtant plus d’allant que le chant du pinson. Dans ce troisième album, les Tellier s’installent dans le deep south de la vaste Amérique, à la croisée des marais de Louisiane, des plantations d’Alabama et des barbelés de la frontière mexicaine. À la rencontre du blues, de la folk et du rock. Ce ragoût à base d’acoustique, de cuivres et de voix rocailleuse nous ravit les papilles auditives.• P.L.

L’arrivée d’un nouvel éditeur de livres (et films) de cinéma est toujours à marquer d’une pierre blanche. Spécialisé dans le domaine asiatique, Asiaexpo publie en même temps 4 ouvrages pointus, rédigés en anglais et en français, dont l’érudition et la connaissance des auteurs sont remarquables. Si le choix des chapitres peut être contestable, la globalité des œuvres en font une référence. Presque aucune photo, en revanche chaque édition est accompagnée d’un DVD. L’éditeur propose dans le même temps 3 films d’auteurs : Sanyogita, la mariée en rouge de Sadashivam Rao, Neige au printemps de Hiroshi Toda, Like A Hero de Chu Yu-ning. • G.D.

Necromentia

Si l’ambiance se rapproche de l’univers de Clive Barker (la chair, le sang, l’enfer, la douleur…), il n’en a ni la saveur ni la rigueur. Le scénario est si alambiqué que très vite le spectateur se perd, attiré dans trop de directions qui empêchent toute cohérence… et le montage ne fait rien pour l’aider. Dommage, car le réalisateur parvient à créer une atmosphère glauque et dérangeante digne de grands films d’épouvante des dernières décennies. Un coup raté, mais il faudra tout de même surveiller le prochain film de Teo : une surprise peut-être ? • G.D.

Les Désemparés Reprenant l’acteur de son précédent film, James Mason, Max Ophuls réalise son dernier film hollywoodien. Tout comme Caught, Les Désemparés est tiré d’une nouvelle écrite par une romancière populaire. Si le personnage principal féminin – Ophuls oblige – est proche de Mildred Pearce, le réalisateur se tourne plus vers le drame que vers le polar noir façon Michaël Curtiz. Moins abouti que le film de ce dernier, mais plus dense sur le plan psychologique, Les Désemparés reste une œuvre résolument déchirante pour cette femme écartelée entre sa conscience, son instinct maternel et son insatiable désir d’ascension sociale. • G.D.

Port des Minimes Avenue du Lazaret LA ROCHELLE

Tél./Fax 05 46 50 49 43 le.globe.trotter@hotmail.fr

La Ca iss e à Ju s

res tau ran t 18 rue gam be tta 170 00 la roc he lle 05 46 34 44 78 ww w.l aca iss eaj us. com res to@ lac ais sea jus .co m



Magazine Expressions n°14